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Déclarations officielles de politique étrangère du 26 juin 2017


Sommaire



1. Point de presse - Union europ√©enne/Entretien de Mme Nathalie Loiseau avec M. Julian King, commissaire pour l'union de la s√©curit√© - Libye/Nomination du nouveau repr√©sentant sp√©cial du secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies - Nations unies/Cl√īture de la 35√®me session du conseil des droits de l'Homme - Droits de l'Homme/Journ√©e internationale pour le soutien aux victimes de la torture - Ukraine - Chypre - Danemark - Mali - Tchad - Qatar - Syrie - Vietnam (Paris, 26/06/2017)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a fait les déclarations et répondu aux questions suivantes :

1 - Union européenne - Entretien de Mme Nathalie Loiseau avec M. Julian King, commissaire pour l'union de la sécurité (Paris, 26 juin 2017)

Mme Nathalie Loiseau, ministre chargée des affaires européennes, reçoit aujourd'hui M. Julian King, commissaire européen pour l'union de la sécurité.

L'entretien portera sur le renforcement de l'action européenne contre le terrorisme après le conseil européen des 22 et 23 juin.

Mme Nathalie Loiseau et M. Julian King évoqueront notamment la détection et la suppression des contenus sur internet qui incitent à la commission d'actes terroristes, l'interopérabilité des bases de données ainsi que l'accès effectif aux preuves électroniques comme aux communications cryptées.

2 - Libye - Nomination du nouveau représentant spécial du secrétaire général des Nations unies (20 juin 2017)

La France se félicite de la décision du secrétaire général des Nations unies de nommer M. Ghassan Salamé représentant spécial pour la Libye et chef de la mission d'appui des Nations unies (MANUL).

Nous lui apporterons tout notre soutien pour promouvoir le dialogue entre parties libyennes et renforcer le processus politique men√© sous l'√©gide des Nations unies, ainsi que pour mettre en coh√©rence les initiatives diplomatiques. Nous saluons √©galement √† cette occasion l'action de son pr√©d√©cesseur Martin Kobler, qui ach√®ve sa mission et a jou√© un r√īle essentiel √† la t√™te de la MANUL.

Seule une solution politique incluant l'ensemble des acteurs libyens permettra une stabilisation durable et la reconstruction du pays. Ce processus fondé sur l'accord politique inter-libyen constitue le seul moyen de lutter efficacement contre le terrorisme et la criminalité organisée. La France appelle l'ensemble des parties libyennes à s'y réengager.

Dans ce contexte, la France est attachée à la pleine mise en oeuvre des résolutions adoptées par le conseil de sécurité et au respect des mécanismes qu'il a adoptés, notamment pour faire respecter l'embargo sur les armes et lutter efficacement contre les exportations illicites de pétrole.

3 - Nations unies - Cl√īture de la 35√®me session du conseil des droits de l'Homme (Gen√®ve, 6-23 juin 2017)

La France salue les résultats des travaux de la 35ème session du conseil des droits de l'Homme, qui s'est tenue à Genève du 6 au 23 juin 2017. Nous y avons notamment porté la résolution permettant le renouvellement pour 3 ans du mandat du rapporteur sur l'extrême pauvreté et les droits de l'Homme.

La France salue l'adoption de r√©solutions sur la situation des droits de l'Homme en Syrie, en Bi√©lorussie et en √Črythr√©e, ainsi que sur la coop√©ration avec l'Ukraine dans le domaine des droits de l'Homme. Nous accueillons favorablement la d√©claration du pr√©sident sur la situation des droits de l'Homme en C√īte d'Ivoire. Aux c√īt√©s de nos partenaires de l'Union europ√©enne, nous nous sommes mobilis√©s pour l'adoption par consensus d'une r√©solution permettant l'envoi d'une √©quipe d'experts internationaux charg√©e d'enqu√™ter sur les violations des droits de l'Homme dans les r√©gions du Kasa√Į, en coop√©ration avec la R√©publique d√©mocratique du Congo.

Nous saluons par ailleurs l'adoption de résolutions sur les discriminations, les violences faites aux femmes et les mariages forcés ou précoces, la jeunesse et les droits de l'Homme, ainsi que le renouvellement des mandats des rapporteurs spéciaux sur les exécutions sommaires, arbitraires ou extrajudiciaires, sur la traite des êtres humains et sur l'indépendance des juges et des avocats.

4 - Droits de l'Homme - Journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture (26 juin 2017)

A l'occasion de la journée internationale pour le soutien aux victimes de la torture, nous réaffirmons notre engagement à lutter contre cette pratique inacceptable, sous toutes ses formes.

La France appelle au respect de l'interdiction absolue de la torture en toutes circonstances, conform√©ment au droit international, et encourage les √Čtats qui ne l'ont pas encore fait √† rejoindre la convention contre la torture ainsi que son protocole facultatif.

Nous demeurons en particulier engagés contre les actes de torture commis en Syrie, comme nous l'avons fait en transmettant les photos du dossier César à la justice et en appelant à ce qu'une enquête internationale soit diligentée pour faire toute la lumière sur les crimes commis dans la prison de Sednaya. La France réitère son soutien à la commission d'enquête internationale indépendante sur la Syrie présidée par M. Paulo Sergio Pinheiro.

5 - Ukraine

Q - Le mois de juin a été le plus mortel pour les troupes ukrainiennes dans l'est du pays depuis mars et il y a de plus en plus de violences envers la mission de l'OSCE. Estimez-vous que la Russie utilise toute son influence pour mettre la pression sur les séparatistes prorusses ?

R - Le niveau de violence le long de la ligne de contact, y compris au moyen d'armes lourdes dont l'emploi est interdit par les accords de Minsk, est très préoccupant.

Nous r√©it√©rons notre appel au respect du cessez-le-feu et en particulier de la nouvelle tr√™ve √† compter du 24 juin, dont les parties sont convenues au sein du groupe de contact trilat√©ral. Les intimidations et entraves inacceptables dont fait l'objet la mission sp√©ciale d'observation de l'OSCE contreviennent en outre au mandat qui lui a √©t√© conf√©r√© √† l'unanimit√© par les 57 √Čtats participants de l'OSCE et aux multiples engagements des parties au sein du groupe de contact trilat√©ral.

Les mesures connues et agréées de longue date pour améliorer la situation sécuritaire (désengagement, retrait et stockage des armes lourdes vérifiés par la mission de l'OSCE) doivent être mises en oeuvre sans délai. Nous appelons à ce titre la Russie à user de ses leviers auprès des autorités séparatistes de facto. Le président de la République a reçu ce matin son homologue ukrainien pour évoquer la situation dans l'Est de l'Ukraine.

6 - Chypre

Q - Craignez- vous une remont√©e de tensions entre la Gr√®ce et la Turquie si les n√©gociations chypriotes n'aboutissent pas. Quel r√īle joue Paris pour essayer de conclure un accord?

R - Pour √©voquer la situation sur l'√ģle, M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res, et Mme Nathalie Loiseau, ministre charg√©e des affaires europ√©ennes, re√ßoivent aujourd'hui le ministre chypriote des affaires √©trang√®res, M. Ioannis Kassoulides.

En tant que membre du conseil de sécurité des Nations unies, la France soutient de façon constante le processus de négociation en vue d'une réunification. Alors que les discussions reprennent, elle encourage les dirigeants des deux communautés à trouver un règlement conforme aux paramètres onusiens et compatibles avec l'acquis communautaire.

La question de la s√©curit√© sera au coeur de la conf√©rence qui s'ouvrira √† Gen√®ve le 28 juin. Il appartiendra √† tous les acteurs concern√©s d'oeuvrer en faveur d'une solution qui r√©ponde au d√©sir commun des Chypriotes de retrouver une √ģle unifi√©e et en paix.

7 - Danemark

Q - Quel est l'objectif de la rencontre du ministre avec son homologue danois demain?

R - À la suite de l'entretien du président de la République avec le Premier ministre Rasmussen le 7 juin, M. Jean-Yves Le Drian recevra son homologue danois, M. Anders Samuelsen, le 27 juin.

Cette rencontre permettra notamment de nous coordonner dans la mise en oeuvre des décisions du conseil européen des 22 et 23 juin.

Les ministres feront également le point sur notre combat commun contre le terrorisme, que ce soit au Mali ou au sein de la coalition contre Daech.

Les ministres évoqueront enfin le renforcement de nos relations économiques.

8 - Mali

Q - Quelle est votre réaction au report sine die du référendum au Mali ? Considérez-vous que le gouvernement malien est suffisamment engagé pour mettre en oeuvre les accords de paix d'Alger?

R - Il ne nous appartient pas de commenter une décision qui relève de la souveraineté du Mali.

Nous appelons toutes les parties à progresser rapidement et de façon concrète dans la mise en oeuvre de l'accord d'Alger.

9 - Tchad

Q - Le Tchad menace de retirer ses soldats de th√©√Ętres d'op√©rations en Afrique, faute de moyens financiers, et se montre extr√™mement r√©ticent √† l'id√©e de participer √† la force G5 Sahel. Quelle est votre r√©action ?

R - La France salue la contribution du Tchad à la paix et à la sécurité régionale, au prix d'un lourd tribut, notamment au Mali au sein de la MINUSMA et dans la force multinationale mixte contre Boko Haram. Avec nos partenaires européens et internationaux, nous soutenons, y compris financièrement, les efforts des pays africains et du Tchad en particulier dans la lutte contre le terrorisme, à travers notamment l'opération Barkhane.

La force conjointe du G5 Sahel est une initiative africaine de lutte contre le terrorisme, soutenue par la résolution 2359 du conseil de sécurité des Nations unies que la France a portée, en accord avec les pays concernés, dont le Tchad.

L'engagement international en soutien √† la stabilisation du Mali est, pour sa part, au coeur du mandat de la MINUSMA. Il importe qu'elle conserve ses moyens d'action au moment o√Ļ se met en place la force conjointe du G5 Sahel, qui manifeste la volont√© des √Čtats africains de s'unir pour assurer leur s√©curit√©.

10 - Qatar

Q - Estimez-vous que la liste des doléances présentées par l'Arabie Saoudite et trois de ses alliés au Qatar est fondée ?

R - Notre priorité va à l'apaisement des tensions, dont nous estimons qu'elles doivent être résolues par le recours au dialogue et la concertation entre les pays arabes du Golfe.

Nous appelons chacun √† faire les gestes n√©cessaires en ce sens et r√©it√©rons notre soutien aux efforts de m√©diation d√©ploy√©s par le Kowe√Įt.

Dans ce cadre, Jean-Yves Le Drian poursuit ses consultations avec l'ensemble de ses interlocuteurs dans la région.

11 - Syrie

Q - Les forces syriennes loyalistes et les milices chiites sont-elles des éléments incontournables de la lutte anti-terroriste et considérez-vous le président syrien comme un rempart contre le terrorisme ? L'opposition syrienne a réagi avec consternation aux propos du PR indiquant qu'il ne voyait pas de successeur légitime à Assad. Considérez-vous qu'il reste une opposition crédible et légitime en Syrie et si oui quel est votre message pour cette opposition ?

R - La priorité de la France en Syrie est la lutte contre le terrorisme. La coalition internationale contre Daech à laquelle nous prenons part activement est le principal acteur de cette lutte, comme le démontre le recul de Daech à Mossoul en Irak, comme à Raqqa en Syrie.

Cette lutte nécessaire contre le terrorisme sera d'autant plus efficace s'il est mis un terme à la guerre civile qui déchire la Syrie depuis six ans.

C'est la raison pour laquelle la France appelle à une transition politique négociée dans ce pays.

12 - Vietnam

Q - Un blogueur franco-vietnamien vient d'être déchu de sa nationalité vietnamienne et expulsé vers la France. Quelle est votre réaction ?

R - La France regrette la décision des autorités vietnamiennes d'expulser vers la France le professeur et blogueur franco-vietnamien Pham Minh Hoang, sans qu'il n'ait pu exercer de recours.

La France appelle le Vietnam à assurer le respect des libertés d'expression et d'opinion, y compris sur internet, qui sont garanties par le pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel le pays est partie./.

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2. Ukraine - Relations bilat√©rales - Russie - Format Normandie - D√©claration √† la presse de M. Emmanuel Macron, pr√©sident de la R√©publique (Paris, 26/06/2017)

Merci beaucoup. Mesdames, Messieurs, je voulais remercier vraiment le président Porochenko d'être ici aujourd'hui à Paris.

Tout d'abord pour vous dire qu'il y a entre nos deux pays une relation de long terme, une histoire, vous irez tout à l'heure la consacrer en allant, si je puis dire, rendre hommage à Anne de Kiev, reine des Francs au 11e siècle, pour montrer à quel point cette histoire s'ancre dans les profondeurs du millénaire passé.

Au-delà de ce lien, nous avons d'abord parlé de nos relations bilatérales et du souhait partagé que, justement, nous puissions encore travailler davantage ensemble, à travers des partenariats administratifs, des partenariats d'entreprises, de développement, dans le secteur de l'énergie, dans le secteur justement du traitement des eaux, des transports en commun, entre autres. Et donc, là, nous allons mettre en place une série de procédures très concrètes pour que ces projets puissent voir le jour de manière extrêmement rapide.

Depuis 3 ans l'Ukraine met en oeuvre par ailleurs un programme de r√©formes tr√®s exigeant, de nombreuses avanc√©es ont √©t√© faites justement, l'assainissement du secteur bancaire, la lutte contre la corruption, le secteur de l'√©nergie. Et l√† aussi nous avons fait un point ensemble pour identifier toutes les avanc√©es √† faire dans plusieurs secteurs qui demeurent, en particulier la justice, l'√Čtat de droit, avec l√† aussi la n√©cessit√© d'avoir des r√©sultats concrets tangibles, et le pr√©sident m'a annonc√© aussi les d√©cisions r√©cemment prises en mati√®re de privatisation dans plusieurs secteurs, et tout ce qui va continuer √† √™tre fait. C'est pour moi un √©l√©ment important, qui contribue aussi √† la r√©ussite collective et √† la gestion des prochains mois.

Par ailleurs, la France, et plus largement l'Union européenne, tout comme les pays du G7, continuent à accompagner l'Ukraine dans ce processus de réformes internes ambitieuses pour rapprocher nos standards de gouvernance.

Au-delà donc de ces partenariats, dans le renouvelable, dans la croissance durable, je veux vraiment saluer, une fois encore, l'engagement de l'Ukraine dans justement la mise en oeuvre de l'Accord de Paris, vous êtes l'un des premiers, vous me rappeliez tout à l'heure avec quelque cruauté que vous aviez ratifié l'Accord de Paris avant la France. Mais ça montre à quel point vous avez cette volonté justement d'engager ces réformes et d'aller de l'avant, et je souhaite qu'on puisse concrétiser là aussi, en la matière, des initiatives communes.

Par ailleurs, sur la résolution du conflit dans l'Est de l'Ukraine, et donc de la crise avec la Russie, j'ai réaffirmé, président Porochenko, ma volonté, comme je l'avais d'ailleurs dit dès notre conversation téléphonique, et comme je l'ai dit plusieurs fois publiquement, ma volonté de poursuivre le processus de Minsk et de pouvoir tenir avant le G20, et c'est aussi le souhait de la Chancelière, un échange nourri dans le Format dit Normandie - nous sommes d'ailleurs en train de finaliser l'organisation de celui-ci - avec la présence, en tout cas pour un temps de cette discussion de l'OSCE. C'est ce que j'ai proposé à l'ensemble des parties, suite à la discussion que j'avais eue à Versailles, il y a plusieurs semaines, avec Vladimir Poutine, et aux contestations, de fait, qui sont mises en avant sur la situation sur place.

J'ai r√©affirm√© la position constante de la France depuis la prise de contr√īle, par la force, de la Crim√©e par la Russie en mars 2014, la France demeure plus que jamais attach√©e √† la souverainet√© de l'Ukraine dans ses fronti√®res internationalement reconnues, et comme ses partenaires de l'Union europ√©enne, elle ne reconna√ģtra pas l'annexion de la Crim√©e, et l√†-dessus, vous avez parfaitement raison, il importe, √† chaque fois, de le r√©p√©ter.

La situation dans l'Est de l'Ukraine, depuis 3 ans, crée une situation dramatique pour les populations civiles et un réel danger pour la sécurité de l'Ukraine, de l'Europe, et, je le crois d'ailleurs, de la Russie. C'est pourquoi nous ne devons pas accepter qu'elle puisse s'installer, et la volonté qui est la mienne, et nous en avons longuement parlé, c'est de pouvoir, lors de notre prochain échange en Format Normandie, mettre sur la table une série de conditions nouvelles pour, de part et d'autre, faire mouvement, et essayer de trouver une solution concrète de sortie de crise.

La France reste profond√©ment engag√©e, aux c√īt√©s de l'Allemagne, pour permettre aux parties de progresser dans la mise en oeuvre de ces accords, et je crois qu'on ne doit pas s'habituer, ni au non-respect, ni √† la non-avanc√©e de ces accords sur place, ni au fait que nos discussions soient condamn√©es √† ne pas aboutir. Et donc, la dynamique dans laquelle je m'inscris, c'est bien celle du processus de Minsk, mais c'est aussi d'avoir un format de discussion efficace pour que l'ensemble des parties prenantes conduise √†, d'abord, un partage d'informations et une compr√©hension commune de la dynamique sur le terrain, d'o√Ļ ma volont√© d'avoir l'OSCE pr√©sente, et surtout √† des r√©sultats concrets qui marquent une dynamique d'avanc√©e. C'est ce que j'avais dit il y a plusieurs semaines au pr√©sident Poutine, c'est ce dont nous sommes convenus aujourd'hui avec le pr√©sident Porochenko, et c'est ce que, dans les prochains jours et prochaines semaines, nous allons nous employer √† faire, de mani√®re tr√®s √©troite, avec la chanceli√®re Merkel.

Voilà Mesdames et Messieurs ce que je pouvais vous dire à l'issue de cet entretien, en remerciant à nouveau le président Porochenko pour sa visite et en lui redisant la détermination et l'engagement qui est celui de la France pour trouver une issue favorable à cette situation./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

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3. Climat - Accord de Paris - Allocution de cl√īture de M. Emmanuel Macron, pr√©sident de la R√©publique, √† l'issue de l'√©v√®nement ¬ępour un pacte mondial pour l'environnement¬Ľ (Paris, 24/06/2017)

Monsieur le Président du Conseil constitutionnel, Cher Laurent Fabius,

Mesdames et Messieurs les grands acteurs de l'engagement mondial pour l'environnement, Chers Amis,

Monsieur le Recteur de Paris,

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de m'avoir donn√© l'opportunit√© de cl√īturer cette journ√©e de travail parce qu'il s'agit bien de travail et d'√©changes et de pouvoir redire ici notre engagement commun pour cette cause, notre cause, la lutte contre le r√©chauffement climatique. Je sais, Monsieur le Pr√©sident que vous √™tes comme moi sensible aux lieux. Et donc votre choix, celui de nous accueillir dans le grand amphith√©√Ętre de la Sorbonne inscrit votre combat, notre combat dans son plus juste cadre car nous sommes ici en un lieu o√Ļ, depuis des si√®cles, se forge la pens√©e du monde. Et c'est bien de cela dont il s'agit aujourd'hui.

En effet, nous ne tentons pas seulement d'endiguer, de limiter les ph√©nom√®nes climatiques li√©s √† l'activit√© humaine ; nous tentons de r√©viser en profondeur les paradigmes de notre vie commune sur cette plan√®te et pour cela, nous devons forger des id√©es, des notions, des r√®gles qui fassent pi√®ce √† ce qui aujourd'hui nous accable au moins autant que le d√©r√®glement climatique, le cynisme, le pessimisme, la passivit√©. Nous sommes ici en un lieu qui ne s'est jamais r√©solu √† cela, un lieu o√Ļ on a toujours cru en l'homme, quelles que soient les circonstances. Et le droit qui est au coeur de votre projet est assur√©ment la plus haute expression de cette foi dans la conscience individuelle et collective.

Votre combat et ce texte du pacte mondial pour l'environnement que vous m'avez remis aujourd'hui, c'est ce qui consiste √† choisir les r√®gles de notre pr√©sent et de notre avenir commun plut√īt que de subir les r√®gles du changement climatique que nous avons laiss√© faire. C'est le coeur du combat pour notre autonomie ; c'est le coeur de notre libert√© commune. Le projet d'un pacte mondial sur le climat est un d√©fi lanc√© √† l'humanit√© comme avant furent les combats pour les droits civiques ou pour les droits sociaux ou culturels mais le d√©fi, ici, est plus grand encore, ce n'est pas seulement de la dignit√© de l'homme dont il s'agit mais de sa survie. Et nous savons que l'√©volution du climat d'ores et d√©j√† aujourd'hui repr√©sente des vies entrav√©es, des centaines de milliers de morts, des millions selon certains calculs li√©es au r√©chauffement de la plan√®te, √† la pollution de l'air ; et si elle ne devait pas √™tre frein√©e, cette √©volution causera la disparition de territoires entiers, des guerres de l'eau, des exodes massifs, des millions d'hommes et de femmes, d'enfants partout sur la plan√®te dont la vie sera boulevers√©e, dont les vies seront bris√©es, dont les morts sont d'ores et d√©j√† aujourd'hui certaines.

Personne ne peut dignement aujourd'hui prétendre lutter avec efficacité contre le terrorisme, pour la paix dans le monde, en ne s'attaquant pas à la guerre contre le réchauffement climatique. J'ai essayé de convaincre certains de mes collègues qu'il en était ainsi, j'ai échoué sur quelques-uns, vous vous en êtes aperçus, mais quiconque traverse le Sahel et le Sahara, échange avec les dirigeants du voisinage du lac Tchad ne peut pas ne pas comprendre que les exodes, cette région brisée, le terrorisme renaissant, les extrêmes et le pire de ce que nous pouvons parfois porter conduisant aux crimes atroces, y compris dans notre pays, sont pour une large partie aussi dus au réchauffement climatique et aux transformations profondes de notre planète.

Nul ne sait mesurer aujourd'hui les conséquences d'une telle catastrophe mais aujourd'hui, nous savons seulement qu'elle est là et que demain, elle sera encore plus terrible si nous ne faisons rien. La France a pris conscience de cela et vous le savez. Notre pays porte en matière d'environnement une forte ambition qu'attestent la charte de l'environnement à valeur constitutionnelle, la loi de transition énergétique ou encore la loi biodiversité.

La n√©gociation de l'Accord de Paris a parachev√© ces travaux et elle a √©t√© port√©e par la volont√© sans faille de mon pr√©d√©cesseur, le pr√©sident Fran√ßois Hollande, et de vous-m√™me, Monsieur le Pr√©sident, Cher Laurent Fabius qui avez fait du climat une cause que vous portez inlassablement avec toutes les ressources de t√©nacit√© et d'intelligence dont nous connaissons les ressorts et gr√Ęce √† vous, cher Ban Ki-moon, dans vos fonctions de secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies ; soyez-en aujourd'hui remerci√©s !

Alors, oui, le pr√©sident des √Čtats-Unis d'Am√©rique a d√©cid√© de sortir de cet accord, de faire reculer ou b√©gayer l'histoire et parce que c'√©tait une promesse - on fait parfois des promesses inconsid√©r√©es dans des campagnes √©lectorales, le mieux est d'√©viter de les faire pour pouvoir les tenir dignement -, il a d√©cid√© de se retirer de l'Accord de Paris. La France non seulement parce qu'elle avait accueilli la signature de cet accord a r√©affirm√© sa volont√© de le pr√©server, de maintenir autour d'elle toutes celles et ceux qui l'avaient sign√© mais d'aller plus loin et d'abord en agissant concr√®tement pour pouvoir respecter cet accord parce qu'une chose est de signer des textes mais nous devons aujourd'hui les faire r√©alit√© et nous n'y sommes pas encore, nous avons beaucoup √† faire, √† conduire, √† transformer pour respecter les exigences de l'Accord de Paris dans notre pays et c'est cela, ce que nous allons engager. Nous mettrons en place une politique d'incitation √©conomique et de simplification des proc√©dures car nous devons lib√©rer le potentiel de la transition √©cologique. Le plan d'investissement de 15 milliards d'euros et les chantiers de simplification sur lesquels je me suis engag√© y contribueront. Ils doivent s'accompagner d'une forte volont√© politique, relay√©e par l'ensemble du gouvernement, qui a √©t√© nomm√© il y a quelques jours. Cela passera par un dialogue social renforc√© √† l'√©chelle des territoires, par des contractualisations avec les collectivit√©s sur la base d'objectifs de d√©veloppement durable.

Nous devons engager des actions qui se traduisent par des r√©sultats concrets, pour am√©liorer la vie quotidienne de nos concitoyens, offrir les opportunit√©s d'emploi et d'activit√©s √©conomiques. Cela regroupe toutes les actions en faveur de la mobilit√© propre, de la r√©duction des √©missions des b√Ętiments, du d√©veloppement de l'√©conomie locale collaborative et solidaire et de la sensibilisation et de l'information des citoyens sur les impacts de leurs comportements.

Il ne s'agit pas de choisir entre l'environnement et l'emploi, entre l'√©cologie et la croissance - ce sont les d√©bats d'hier - ; il s'agit comme il m'est arriv√© parfois de le dire, de le faire en m√™me temps et pour cela, il nous faut nous r√©organiser, transformer, changer les comportements, investir et le faire avec d√©termination. Pour cela, nous allons d√©carboner la production d'√©nergie, renforcer le prix du carbone, soutenir le d√©veloppement de la finance verte, offrir des conditions favorables aux chercheurs et aux entrepreneurs du monde entier qui apportent des solutions pour le climat, mobiliser des financements publics et priv√©s. Nous devons aussi bien int√©grer les enjeux climatiques dans le commerce international que dans nos modes de production. Il faut bien s√Ľr √©galement pr√©server les √©cosyst√®mes, interdire l'exploration des gaz de schiste, ne plus d√©livrer de nouveaux permis d'exploration et d'exploitation d'hydrocarbures afin de maintenir les √©nergies fossiles dans le sous-sol. Mais il faut aussi oeuvrer √† pr√©server l'√©quilibre des oc√©ans, am√©liorer l'exploitation des for√™ts et pr√©server la biodiversit√© indispensable pour le fonctionnement de nos √©cosyst√®mes.

Tout cela, ce sera la feuille de route que la France annoncera avant la fin du mois de juillet pour la politique nationale comme pour sa politique europ√©enne ; ces actions, ce seront celles qui seront conduites d√®s √† pr√©sent et pour les ann√©es √† venir parce qu'elles imposent des changements profonds, elles n√©cessitent de construire dans la dur√©e cette action, de donner de la visibilit√© √† l'ensemble des acteurs mais d√®s le d√©but, d'expliquer clairement o√Ļ nous allons, pourquoi, de montrer notre d√©termination, de convaincre l'ensemble de nos partenaires europ√©ens √† le faire. Cette feuille de route fran√ßaise et europ√©enne, c'est celle que le gouvernement aura √† pr√©senter avant la fin du mois de juillet et c'est celle qui conduira l'action de la France pour faire dans le cadre et pour r√©ussir l'Accord de Paris pour nous-m√™mes.

Mais d√©sormais, il s'agit de mener encore plus loin ce combat et d'agir r√©solument √† sa juste √©chelle, l'√©chelle plan√©taire. L'organisation des Nations unies est l'enceinte ad√©quate pour cela, l'Accord de Paris a √©t√©, comme je le disais, gr√Ęce √† vous n√©goci√© sous son √©gide et votre pr√©sence ici le rappelle. Un doute aurait pu s'immiscer, avec la d√©cision du pr√©sident des √Čtats-Unis d'Am√©rique de se retirer de cet accord. Vous l'avez constat√© comme moi, il ne s'est pour ainsi dire rien pass√©. C'est m√™me l'inverse qui s'est produit. L'acc√©l√©ration des ratifications a comme t√©moign√© une prise de conscience profonde de certains gouvernements. J'accueillais encore hier le pr√©sident de la Colombie ; la semaine derni√®re, ils ont ratifi√© √† l'unanimit√© l'Accord de Paris et ces ratifications manquantes se poursuivent. Nous attendons encore avec impatience les derni√®res, je pense √† nos amis russes tout particuli√®rement et je suis s√Ľr que chacune et chacun continuera √† les confirmer. Pourquoi ? Parce qu'ils ont compris que ce mouvement profond n'√©tait pas la propri√©t√© d'untel ou d'untel et que de la m√™me fa√ßon, il ne pouvait √™tre endigu√© par personne ; un homme, quel qu'il soit ne peut pas arr√™ter le mouvement que vous avez consacr√© par cet accord sign√© √† Paris parce que ce mouvement est plus fort que nous, parce qu'il est la prise de conscience plan√©taire, celle de cette volont√© de libert√© et de responsabilit√© re-conjugu√©e au pr√©sent et au futur, parce que, et vous √™tes plusieurs pour en t√©moigner ici, il y a aussi derri√®re cet accord le mouvement des territoires au-del√† des √Čtats, qui s'est exprim√© et reconfirm√©, Cher Arnold Schwarzenegger, le R20 et l'ensemble des territoires mobilis√©s derri√®re l'engagement climatique, l'engagement du C40 et le lendemain de l'annonce de M.¬†Trump, je recevais √† l'√Člys√©e Anne Hidalgo en tant que pr√©sidente du C40 accompagn√©e de Mike Bloomberg, son fondateur.

Les r√©gions, les √Čtats, les villes partout sur notre plan√®te ont reconfirm√© leur mobilisation, leur volont√© d'aller plus loin et de faire et le soci√©t√©s civiles partout, les acteurs non √©tatiques, ONG, entreprises, associations de citoyens ont r√©affirm√© chaque heure depuis lors leur volont√© d'agir, d'aller plus loin, de faire.

Alors oui, être là aujourd'hui ensemble, réaffirmer que sur le plan planétaire, nous devons franchir une nouvelle étape après l'Accord de Paris, c'est constater que nous sommes portés par cette vague profonde qui dépasse là aussi les clivages, les camps, les réflexes que nous avons parfois connus. Il n'y aurait pas les associations qui aiment l'environnement et les acteurs économiques qui voudraient continuer à produire. J'étais il y a quelques jours à Vivatech, dans cette formidable réussite parisienne de la technologie et de l'entreprenariat international. J'y ai vu les chercheurs, des entrepreneurs du monde entier du numérique, des cleantechs, des foodtechs, montrer que par l'entreprenariat, l'innovation, la transformation, on réconcilie cette volonté de produire et de respecter les règles de l'écologie.

Le monde est pr√™t ; nos soci√©t√©s le veulent. Il nous faut donc en effet agir. Et la question qui nous est pos√©e collectivement, c'est de savoir si nous, responsables politiques, nous sommes pr√™ts. Si nous voulons continuer en quelque sorte √† reproduire tout ce qui s'est toujours pass√©, √† √©couter les lobbies que nous connaissons parfaitement, qui nous disent : non, les int√©r√™ts en pr√©sence, sont plus forts que tout ; √† vouloir entendre les peurs, nous r√©fugier dans les habitudes et consid√©rer que les emplois d'hier sont toujours ceux √† pr√©server. Je sais que ce chemin n'est pas facile et il y a tant et tant de cas difficiles qu'il nous faudra ensemble r√©soudre avec patience et respect. Mais c'est cela le devoir des soci√©t√©s contemporaines, de savoir donner un cap et dans le dialogue constructif, en partageant nos contraintes ; prot√©ger les individus et les territoires. Mais leur montrer que nous pouvons produire, faire, cr√©er les emplois de demain o√Ļ chacune et chacun aura sa place, en √©tant √† la hauteur des d√©fis qui sont les n√ītres.

Nous partageons les priorit√©s de ce projet de pacte ; le principe de pollueur-payeur, le principe de pr√©caution, l'information et la participation du public, l'ensemble des principes juridiques essentiels que vous avez rappel√©s √† l'instant, Cher Pr√©sident. Et nous pouvons les conjuguer avec l'esprit de conqu√™te et d'innovation dont nos soci√©t√©s ont aussi besoin. √Ä nous maintenant de r√©aliser la mobilisation des gouvernements du monde entier autour de cet indispensable progr√®s dans la lutte contre le r√©chauffement climatique. Il ne s'agit pas d'interdire ou de vouloir tout arr√™ter ; il s'agit de faire mais de faire diff√©remment. Oui, le droit est au coeur de cette lutte car c'est ce qui r√®gle notre vie en commun ; c'est ce qui nous permet de choisir ces r√®gles plut√īt que de subir les contraintes que nous avons collectivement contribu√© √† cr√©er.

Le sommet du G20 dans quelques semaines sera un rendez-vous clef pour obtenir la pleine mise en oeuvre de l'Accord de Paris. Nous devrons également chercher à rehausser les engagements pris au niveau international sur les émissions de gaz à effet de serre, notamment lors de la COP23 de novembre qui lancera également l'adoption des règles d'application de l'accord. Ce seront des temps forts de consolidation de l'Accord de Paris au plan international. Plus largement, la France se mobilisera, portera le travail des coalitions dans les différents forums internationaux et dans chaque rendez-vous bilatéral de haut niveau avec les dirigeants de ce monde. Et ce que je veux vous dire aujourd'hui, c'est que sur la base de cet avant-projet de pacte mondial pour l'environnement, je m'engage non pas simplement à venir faire un discours, mais comme vous l'avez très bien dit vous-même, à agir. Et donc en lien direct avec vous, pour que ce travail ainsi amorcé, soit continué, d'aboutir à un texte, de convaincre nos partenaires et de placer ces efforts sous l'égide de l'organisation des Nations unies en association l'assemblée générale de l'ONU avec la volonté de renforcer les agences existantes et pour dès septembre prochain, porter les bases de ce qui ne sera pas l'avant-projet mais bien un pacte mondial pour l'environnement que la France portera.

Monsieur le Pr√©sident, le processus qui nous attend pour faire ratifier ce pacte mondial, si j'√©coute tous les experts, sera lent, difficile - mais par le pass√©, on m'a d√©j√† beaucoup dit cela - ce que je vous propose donc, c'est de ne pas attendre parce que le monde ne peut pas attendre. Tous les talents et tous les savoirs seront n√©cessaires pour remporter la bataille d√©cisive qui se profile : la science, le droit, les lettres, la m√©decine dont vous voyez derri√®re moi et autour de moi les all√©gories, tous ces savoirs veillent en quelque sorte sur cette cause dont d√©pend notre avenir √† tous. Et puisque vous citiez il y a un instant Einstein, permettez-moi de citer un de nos grands penseurs, qui r√©unissait en lui nombre des disciplines que je viens d'√©voquer et dont un grand amphith√©√Ętre de la Sorbonne porte le nom : Gaston Bachelard √©crivait quant √† lui ¬ęCe qui coordonne le monde, ce ne sont pas les forces du pass√©, c'est l'harmonie tout en tension que le monde va r√©aliser¬Ľ. Cet avenir, fait d'harmonie, Mesdames, Messieurs, c'est ce √† quoi nous aspirons toutes et tous. Alors pour cela, nous devons garder la vigilance et la tension vers l'action que cela requiert de nous ; pour cela, nous devons en effet faire, agir ensemble et donc pour cela, ce que je vous propose, Mesdames et Messieurs, c'est bien de faire, d'agir ensemble et pour longtemps et pour r√©ussir !

Merci à vous. Merci beaucoup !./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

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4. Conseil europ√©en - Union europ√©enne - Allemagne - Climat - Lutte contre le terrorisme - Migrations - Gr√®ce - Conf√©rence de presse conjointe de M. Emmanuel Macron, pr√©sident de la R√©publique, et de Madame Angela Merkel, chanceli√®re d'Allemagne - Propos liminaires de M. Macron (Bruxelles, 23/06/2017)

Je voudrais d'abord remercier la chancelière Angela Merkel de venir dans cette salle, simplement parce qu'elle est la plus grande, pour avoir en commun cette conférence de presse, ce qui nous semblait à l'un et à l'autre important, pour rendre compte des avancées de ce conseil européen.

Je suis très heureux pour ma part d'avoir pris part pour la première fois à ces discussions très riches qui ont marqué ce premier conseil et je veux dire ici combien à la fois le fait que nous ayons très étroitement préparé ensemble nos remarques à ce conseil, que nos interventions aient été constamment en ligne et que nous puissions en rendre compte en commun est à mes yeux important. C'est en tout cas ce que je m'attacherai à faire, dans les années à venir, parce que je pense que quand l'Allemagne et la France parlent de la même voix, l'Europe peut avancer ; ce n'est parfois pas la condition suffisante mais c'est en tout cas la condition nécessaire.

C'est donc plus qu'un symbole, c'est une v√©ritable √©thique de travail et une volont√© de travail commun que je souhaite qu'ensemble nous puissions conduire et elle renvoie √† un h√©ritage commun que nous avons puisque, dans quelques jours, nous nous rendrons aux obs√®ques officielles d'Helmut Kohl. Et je crois que le couple que la France et l'Allemagne ont alors repr√©sent√© et la m√©thode de travail qui unissait Helmut Kohl et Fran√ßois Mitterrand, le r√īle aussi que Jacques Delors a jou√© √† certains moments, ont pleinement illustr√© la force de la collaboration, de cette alliance entre nos deux pays.

Cette conférence conjointe est d'autant plus importante que le conseil européen a traité de nombreux sujets de fond - les migrations, la défense, la lutte contre le terrorisme, le commerce, le climat - avec à chaque fois une même conviction que nous avons portée : l'Europe est notre meilleure protection face à ces défis mondiaux, qu'il s'agisse de grands dérèglements ou de risques ou de menaces. Et sur chacun de ces sujets, l'Allemagne et la France ont travaillé ensemble au service de l'ambition européenne parce que c'est bien cette coopération qui est aujourd'hui notre bien commun.

Nous avons ainsi rappelé notre engagement européen sans faille sur le climat, l'Accord de Paris étant la pierre angulaire de ce combat et l'Union européenne son premier défenseur. Nous avons réalisé des avancées notables en matière de lutte contre le terrorisme, en particulier dans la lutte qui doit encore s'accentuer au niveau européen contre la propagande terroriste sur Internet et sur tous les supports en ligne. Et nous avons réalisé une véritable avancée en matière de défense et je salue une fois encore à cet égard l'initiative prise par le président de la Commission que nous avons pleinement soutenue, qui nous a permis d'obtenir la création d'un Fonds européen de défense. Sa mise en place sera un progrès concret et significatif pour l'Europe de la défense en mettant en commun nos ressources.

Nous avons √©galement √©voqu√© un nouveau cadre institutionnel, la coop√©ration structur√©e permanente, qui permettra √† tous les √Čtats qui sont pr√™ts √† prendre des engagements robustes en mati√®re de d√©fense d'avancer ensemble.

Nous avons aussi √©voqu√© la crise migratoire. Ce n'est pas l'affaire de quelques pays europ√©ens seulement, c'est notre d√©fi commun et je veux ici redire ce que j'avais eu l'occasion de dire il y a plusieurs mois et en particulier dans la campagne pr√©sidentielle fran√ßaise, le fait qu'√† ce titre, les positions prises par la chanceli√®re Angela Merkel ont √©t√© des positions courageuses et j'esp√®re que nous n'aurons pas √† r√©it√©rer cela. En tout cas, je ferai √† vos c√īt√©s tout pour parce que ce d√©fi commun implique des r√©ponses communes et ce sont celles-ci que nous avons aujourd'hui continu√© √† mettre en oeuvre. La crise que nous vivons actuellement sur le plan migratoire n'est pas une crise passag√®re, c'est un d√©fi de long terme qui ne trouvera sa r√©ponse que dans la stabilisation √† long terme en Afrique, au Proche et Moyen-Orient et dans une politique de d√©veloppement europ√©enne ambitieuse dans lesquelles d'ailleurs nos deux pays prendront un r√īle croissant et encore plus coordonn√© dans les mois √† venir.

Mais nous devons accueillir des r√©fugi√©s car c'est notre tradition et notre honneur. Et je le redis ici, les r√©fugi√©s ne sont pas n'importe quels migrants. Ce ne sont pas les migrants √©conomiques, ce sont des femmes et des hommes qui fuient leur pays pour leur libert√© ou parce qu'ils sont en guerre ou pour leurs choix politiques. Nous devons ainsi faire preuve de solidarit√© quand un de nos voisins fait face √† des arriv√©es massives de r√©fugi√©s ou de migrants. Ce qui a √©t√© act√© aujourd'hui, c'est bien l'acc√©l√©ration de notre proc√©dure de traitement des demandeurs d'asile, le renforcement des moyens pour g√©rer les fronti√®res ext√©rieures de l'Union europ√©enne - ce qui est une avanc√©e importante - et notre volont√© √©galement commune d'oeuvrer sur les th√©√Ętres d'op√©rations o√Ļ nos int√©r√™ts se jouent, en particulier en stabilisant la fronti√®re libyenne, en soutenant les efforts du G5 Sahel, en d√©veloppant les accords globaux avec les pays d'origine et de transit pour assurer ensemble une meilleure gestion des fronti√®res, une lutte r√©solue contre les r√©seaux de trafiquants et de passeurs et un d√©veloppement durable de nos relations √† long terme.

Sur tous ces sujets, c'est l'Europe le bon niveau d'action et de protection. Il y a parfois des divergences de vue, elles se sont exprimées, mais nous avons su construire par une voix commune, entre autres, des vrais consensus qui ont permis les avancées que je viens d'évoquer.

C'est aussi dans cet esprit que nous avons d√©battu de la protection dans le domaine √©conomique et social. Alors vous le savez, en la mati√®re, les esprits ont √©volu√©. Nous sommes pleinement - et nous l'avons r√©affirm√© - favorables √† une √©conomie de march√© ouverte aux relations commerciales et √† un libre commerce qui respecte les r√®gles multilat√©rales. Et alors que nous traversons une p√©riode o√Ļ plusieurs grandes puissances peuvent donner le sentiment de remettre en cause ces √©quilibres, nous avons tenu √† r√©affirmer cet attachement. Mais l'attachement au libre commerce et au multilat√©ralisme en la mati√®re ne signifie pas une na√Įvet√© qui serait le propre de l'Europe. C'est pourquoi nous avons aussi tenu √† dire que nous voulions, dans un monde ouvert et r√©gul√©, d√©fendre les r√®gles et les faire respecter, consid√©rer que la juste concurrence est pr√©f√©rable √† la loi de la jungle. C'est pour cela entre autres que nous avons act√© le renforcement des outils antidumping, une r√©elle r√©ciprocit√© dans l'ouverture des march√©s et un meilleur encadrement des investissements strat√©giques.

Je veux ici dire un dernier mot sur la Grèce. Nous n'en avons pas discuté aujourd'hui au conseil européen et je dirais presque que c'est une bonne nouvelle et nous avons tout fait ces dernières semaines avec la chancelière pour que nous n'ayons pas à discuter de ce sujet aujourd'hui parce qu'il est préférable que ce soit réglé au niveau des ministres de l'économie et des finances. Et nos ministres ont d'ailleurs travaillé de concert pour construire un consensus fort qui a permis de trouver un accord dont je souhaite pour ma part me féliciter parce qu'il vient accompagner la reprise grecque et les réformes qui ont été portées par Alexis Tsipras. Et la France et l'Allemagne sont donc pleinement engagées ensemble sur ce sujet et nous nous sommes beaucoup parlé aussi avec Angela Merkel de ce sujet.

Un tout dernier mot pour remercier Donald Tusk et Jean-Claude Juncker pour la préparation de ce conseil et saluer la présidence maltaise et son Premier ministre, Joseph Muscat. J'ai grande confiance dans la présidence estonienne. Nous avons l'un et l'autre, la semaine dernière, rencontré le Premier ministre pour préparer l'après-1er juillet et nous aurons l'occasion, au-delà évidemment du temps que nous passerons ensemble le 1er juillet prochain, de nous revoir rapidement à Hambourg puisque Angela aura à présider le G20./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

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5. Conseil europ√©en - Union europ√©enne - D√©claration de Mme Federica Mogherini, haute repr√©sentante, au nom de l'UE, √† l'occasion de la journ√©e internationale pour le soutien aux victimes de la torture - Communiqu√© de presse (Bruxelles, 25/06/2017)

√Ä l'occasion de la journ√©e internationale pour le soutien aux victimes de la torture, nous appelons une fois encore √† mettre fin √† la torture sous toutes ses formes et √† r√©pondre aux souffrances de tous ceux qui ont √©t√© expos√©s √† cette pratique terrible et inhumaine, ainsi que de leurs familles et de leurs proches. Nos pens√©es vont aussi √† tous ceux qui s'engagent sans rel√Ęche dans la lutte contre la torture, sensibilisent √† ce ph√©nom√®ne et s'occupent des victimes, parfois au p√©ril de leur propre s√©curit√© et de leur propre vie. En √©coutant les victimes de la torture, nous comprenons mieux comment la combattre.

La torture est interdite de mani√®re non √©quivoque par le droit international, dans toutes les circonstances et sans exception. Toutefois, la lutte visant √† l'√©radiquer est loin d'√™tre gagn√©e. La ferme volont√© de l'UE de lutter contre la torture et les mauvais traitements, o√Ļ qu'ils se produisent, est ancr√©e dans la charte des droits fondamentaux et confirm√©e et d√©crite dans le plan d'action de l'UE en faveur des droits de l'homme et de la d√©mocratie pour la p√©riode 2015-2019. Pour atteindre cet objectif, l'UE b√Ętit activement des coalitions avec des partenaires et la soci√©t√© civile. En d√©cembre dernier seulement, nous avons c√©l√©br√© la journ√©e des droits de l'homme en organisant le forum UE-ONG 2016 sur les droits de l'homme visant √† pr√©venir et interdire la torture au niveau mondial, ainsi qu'√† y rem√©dier.

La lutte contre la torture n'est pas seulement une affaire de sensibilisation, mais aussi d'action effective. L'UE continue d'oeuvrer √† la promotion du droit des victimes √† la r√©habilitation et √† d'autres moyens de r√©paration; √† l'introduction de garde-fous √† tous les stades de la privation de libert√©, en ouvrant les lieux de d√©tention √† des fins de contr√īle; √† l'examen des all√©gations de torture de mani√®re effective et ind√©pendante et √† la traduction des auteurs en justice. L'instrument europ√©en pour la d√©mocratie et les droits de l'homme (IEDDH) est une source de financement importante pour la r√©habilitation des victimes et la pr√©vention de la torture dans le monde entier. En 2017, il financera plusieurs nouveaux projets de la soci√©t√© civile visant √† lutter contre la torture et les mauvais traitements, pour un montant total de 13,5 millions d'euros.

Aujourd'hui, nous souhaitons affirmer le soutien de l'UE au travail effectué par le fonds de contributions volontaires des Nations unies pour les victimes de la torture, par le rapporteur spécial des Nations unies et par le comité de prévention de la torture du conseil de l'Europe et invitons instamment les partenaires à les aider dans leur travail. L'UE défend l'objectif de l'initiative sur la convention contre la torture consistant à parvenir à une ratification et une mise en oeuvre, au niveau mondial, de la convention des Nations unies contre la torture d'ici à 2024, dans le but d'éradiquer totalement la torture.

Nous sommes convaincus que le respect des libertés et des droits fondamentaux, la promotion de sociétés inclusives et le soutien à des sociétés civiles ouvertes et dynamiques sont la seule manière de garantir une stabilité et une sécurité durables. L'UE continuera de collaborer avec ses partenaires internationaux et régionaux pour faire en sorte que la torture appartienne au passé et faire office de figure de proue dans les efforts communs, accomplis au niveau mondial, en vue d'éradiquer la torture./.

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6. Conseil europ√©en - Union europ√©enne - Conclusions du conseil europ√©en (Bruxelles, 23/06/2017)

Aujourd'hui, le conseil européen a axé ses travaux sur le renforcement de l'Europe et la protection de ses citoyens par des mesures efficaces visant à lutter contre le terrorisme et à développer sa sécurité et sa défense communes, à assurer son développement économique à l'heure de la mondialisation, à s'attaquer au problème des migrations et à protéger ses frontières extérieures. Une Union forte et déterminée constitue le meilleur moyen de promouvoir nos valeurs et nos intérêts, de défendre un système multilatéral fondé sur des règles et de mobiliser les partenaires autour d'une politique climatique constructive. Elle contribuera également à façonner la mondialisation de manière à tirer parti de marchés ouverts tout en offrant une protection contre les pratiques déloyales et en promouvant les normes en matière sociale, environnementale, de santé et de protection des consommateurs, qui sont au coeur du mode de vie européen. Le conseil européen a rendu hommage à Helmut Kohl, citoyen d'honneur de l'Europe, qui est décédé le 16 juin 2017.

I. S√ČCURIT√Č ET D√ČFENSE

Sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme

1. Le conseil europ√©en condamne fermement les attentats terroristes qui ont √©t√© perp√©tr√©s r√©cemment et est uni et r√©solu dans la lutte contre le terrorisme, la haine et l'extr√©misme violent. Ces actes ont renforc√© notre d√©termination √† coop√©rer au niveau de l'UE de fa√ßon √† accro√ģtre notre s√©curit√© int√©rieure : nous lutterons contre la propagation de la radicalisation en ligne, coordonnerons nos efforts visant √† pr√©venir et combattre l'extr√©misme violent et √† lutter contre l'id√©ologie qui le sous-tend, ferons √©chec au financement du terrorisme, faciliterons les √©changes rapides et cibl√©s d'informations entre les services r√©pressifs, y compris avec des partenaires de confiance, et am√©liorerons l'interop√©rabilit√© des bases de donn√©es.

2. Les entreprises du secteur doivent assumer leurs propres responsabilités pour ce qui est de contribuer à la lutte contre le terrorisme et la criminalité en ligne. Dans le prolongement des travaux menés par le Forum de l'UE sur l'Internet, le conseil européen attend des entreprises du secteur qu'elles créent leur propre forum et mettent au point de nouvelles technologies et de nouveaux outils en vue d'améliorer la détection automatique et la suppression des contenus qui incitent à la commission d'actes terroristes. Cela devrait être complété par les mesures législatives appropriées au niveau de l'UE, si nécessaire. Le conseil européen appelle à relever les défis que posent les systèmes qui permettent aux terroristes de communiquer par des moyens auxquels les autorités compétentes ne peuvent avoir accès, y compris le chiffrement de bout en bout, tout en préservant les avantages que ces systèmes offrent en matière de protection de la vie privée, des données et des communications. Le conseil européen estime que l'accès effectif aux preuves électroniques est essentiel pour lutter contre les formes graves de criminalité et le terrorisme et que, sous réserve de garanties appropriées, la disponibilité des données devrait être assurée.

3. L'accord sur le syst√®me d'entr√©e/sortie, qui devrait intervenir sous peu, et la finalisation, avant la fin de l'ann√©e, d'un syst√®me europ√©en d'information et d'autorisation concernant les voyages (ETIAS) ouvriront la voie √† la mise en oeuvre rapide de ces syst√®mes, ce qui renforcera le contr√īle des fronti√®res ext√©rieures et la s√©curit√© int√©rieure, tout en tenant compte des situations sp√©cifiques des √Čtats membres qui n'appliquent pas encore pleinement l'acquis de Schengen. Dans ce contexte, le conseil europ√©en invite la Commission √† √©laborer, d√®s que possible, un projet de texte l√©gislatif mettant en oeuvre les propositions formul√©es par le groupe d'experts de haut niveau sur l'interop√©rabilit√©.

4. Il nous faut accélérer les efforts que nous menons ensemble pour partager nos connaissances sur les combattants terroristes étrangers et les individus radicalisés qui ont grandi à l'intérieur de nos frontières, et faire progresser les mesures stratégiques et juridiques pour gérer la menace.

5. Le conseil européen souligne qu'il est important d'apporter un soutien aux victimes d'actes de terreur.

Sécurité extérieure et défense

6. Le conseil européen réaffirme qu'il est déterminé à renforcer la coopération au sein de l'UE en matière de sécurité extérieure et de défense de manière à protéger l'Union et ses citoyens et à contribuer à la paix et à la stabilité dans son voisinage et au-delà. Avec toutes les capacités civiles et diplomatiques dont elle dispose, l'UE offre un éventail unique de possibilités à cette fin. Ainsi qu'il ressort des conclusions du conseil du 18 mai et du 19 juin 2017, des progrès importants ont été accomplis dans la mise en oeuvre de la stratégie globale de l'UE dans le domaine de la sécurité et de la défense et de la déclaration commune signée à Varsovie par les dirigeants de l'UE et de l'OTAN. La relation transatlantique et la coopération entre l'UE et l'OTAN demeurent fondamentales pour notre sécurité globale, en ce qu'elles nous permettent de réagir face à l'évolution des menaces pesant sur la sécurité, y compris les cybermenaces, les menaces hybrides et le terrorisme. Le conseil européen salue la mise en place, à Helsinki, d'un centre d'excellence européen pour la lutte contre les menaces hybrides. La conférence à haut niveau sur la sécurité et la défense, qui s'est tenue le 9 juin à Prague, a souligné tant la complémentarité de l'UE et de l'OTAN que la nécessité d'accélérer les efforts déployés en Europe en vue de renforcer nos activités de recherche, nos capacités et nos opérations en matière de défense.

7. Le d√©veloppement conjoint de projets capacitaires d√©cid√©s d'un commun accord par les √Čtats membres en vue de rem√©dier aux lacunes majeures qui existent et de mettre au point les technologies de demain est primordial si l'on veut atteindre le niveau d'ambition de l'UE approuv√© par le conseil europ√©en en d√©cembre 2016. Le conseil europ√©en accueille avec satisfaction la communication de la Commission relative √† un Fonds europ√©en de la d√©fense, qui comporte un volet ¬ęrecherche¬Ľ et un volet ¬ęcapacit√©s¬Ľ, et attend avec int√©r√™t sa concr√©tisation rapide. Il appelle √† la conclusion rapide d'un accord sur la proposition relative √† un programme europ√©en de d√©veloppement industriel dans le domaine de la d√©fense afin que celui-ci soit mis en oeuvre sans tarder, avant que des programmes de plus grande envergure puissent √™tre envisag√©s √† moyen terme. Le conseil europ√©en appelle les √Čtats membres √† recenser des projets capacitaires appropri√©s pour le Fonds europ√©en de la d√©fense et pour le programme europ√©en de d√©veloppement industriel dans le domaine de la d√©fense. Le conseil europ√©en invite les √Čtats membres √† continuer de travailler sur des options concernant la passation conjointe de march√©s portant sur des capacit√©s dans le cadre du Fonds europ√©en de la d√©fense, sur la base de m√©canismes de financement solides. L'objectif est de fournir des capacit√©s, de doter l'industrie de d√©fense europ√©enne d'une base comp√©titive, innovante et √©quilibr√©e √† l'√©chelle de l'UE, y compris par une coop√©ration transnationale et une participation des PME, et de contribuer au renforcement de la coop√©ration europ√©enne en mati√®re de d√©fense, en exploitant les synergies et en mobilisant un soutien de l'UE venant s'ajouter au financement assur√© par les √Čtats membres. Le d√©veloppement industriel europ√©en dans le domaine de la d√©fense n√©cessitera √©galement que l'UE soutienne les investissements des PME et les investissements interm√©diaires (soci√©t√©s √† moyenne capitalisation) dans le domaine de la s√©curit√© et de la d√©fense. √Ä cet √©gard, le conseil europ√©en invite une nouvelle fois la Banque europ√©enne d'investissement √† examiner des mesures en vue de soutenir les investissements dans les activit√©s de recherche et d√©veloppement en mati√®re de d√©fense.

8. Afin de renforcer la s√©curit√© et la d√©fense de l'Europe dans le contexte g√©opolitique difficile que l'on conna√ģt actuellement et de contribuer √† ce que le niveau d'ambition de l'UE exprim√© dans sa strat√©gie globale puisse √™tre atteint, le conseil europ√©en convient de la n√©cessit√© de lancer une coop√©ration structur√©e permanente qui soit inclusive et ambitieuse. Les √Čtats membres √©tabliront, dans un d√©lai de trois mois, une liste commune de crit√®res et d'engagements contraignants, dans le plein respect de l'article 42, paragraphe 6, et de l'article 46 du TUE, ainsi que de son protocole n¬į10, notamment en vue des missions les plus exigeantes, qui sera assortie d'un calendrier pr√©cis et de m√©canismes d'√©valuation sp√©cifiques, afin de permettre aux √Čtats membres qui sont en mesure de le faire de notifier leur intention de participer sans d√©lai. Ce travail doit √™tre coh√©rent avec la planification de d√©fense nationale des √Čtats membres et les engagements convenus dans le cadre de l'OTAN et des Nations unies par les √Čtats membres concern√©s. Des initiatives et des projets de collaboration concrets devraient √©galement √™tre d√©finis √† l'appui des objectifs, engagements et crit√®res communs de la coop√©ration structur√©e permanente.

9. Afin de renforcer le dispositif de r√©action rapide de l'UE, le conseil europ√©en convient que le d√©ploiement des groupements tactiques devrait √™tre pris en charge de fa√ßon permanente en tant que co√Ľt commun par le m√©canisme Athena, g√©r√© par l'UE. Il demande par ailleurs instamment au conseil d'acc√©l√©rer ses travaux visant √† accro√ģtre la r√©activit√© en mati√®re de gestion civile des crises.

10. Le conseil européen reviendra sur ces questions au cours d'une de ses prochaines réunions.

II. ACCORD DE PARIS SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE

11. Le conseil europ√©en r√©affirme avec force que l'UE et ses √Čtats membres sont d√©termin√©s √† mettre en oeuvre rapidement et pleinement l'Accord de Paris, √† contribuer √† la r√©alisation des objectifs en mati√®re de financement de l'action climatique et √† rester √† la pointe de la lutte contre le changement climatique. Cet accord demeure la pierre angulaire des efforts d√©ploy√©s √† l'√©chelle mondiale pour lutter efficacement contre le changement climatique, et ne saurait √™tre ren√©goci√©. Il constitue un √©l√©ment essentiel pour la modernisation de l'industrie et de l'√©conomie europ√©ennes. Il est √©galement essentiel √† la mise en oeuvre du programme de d√©veloppement durable √† l'horizon 2030; bien que de port√©e plus large, le nouveau consensus europ√©en pour le d√©veloppement, r√©cemment adopt√©, contribuera aussi √† la r√©alisation de cet objectif. L'UE et ses √Čtats membres renforceront la coop√©ration avec les partenaires internationaux dans le cadre de l'Accord de Paris, en particulier avec les pays les plus vuln√©rables, faisant ainsi preuve de solidarit√© avec les g√©n√©rations futures et prenant leurs responsabilit√©s envers l'ensemble de la plan√®te. Le conseil europ√©en invite le conseil et la Commission √† examiner tous les moyens d'atteindre ces objectifs. L'UE continuera de collaborer √©troitement avec tous les acteurs non √©tatiques, en s'inspirant de l'exemple positif que constitue le plan mondial d'action pour le climat.

III. EMPLOI, CROISSANCE ET COMP√ČTITIVIT√Č

12. L'Europe a besoin d'emplois, de croissance et de comp√©titivit√©. Le retour de la croissance √©conomique dans l'ensemble des vingt-huit √Čtats membres constitue une √©volution positive, qui doit √™tre consolid√©e. Le conseil europ√©en a discut√© des moyens d'exploiter au mieux, √† cet effet, le potentiel du march√© unique ainsi que les possibilit√©s offertes par le commerce et l'industrie, tout en veillant √† ce que ces √©volutions b√©n√©ficient √† toutes les composantes de la soci√©t√©.

Marché unique

13. Le conseil europ√©en r√©affirme l'importance que rev√™t le bon fonctionnement du march√© unique, reposant sur ses quatre libert√©s, pour stimuler la croissance, cr√©er des emplois et promouvoir les investissements et l'innovation. Les col√©gislateurs ont permis l'accomplissement de progr√®s notables en vue de r√©aliser l'objectif commun consistant √† parachever et √† mettre en oeuvre les diff√©rentes strat√©gies d'ici 2018. Il subsiste toutefois des lacunes, qui doivent faire l'objet d'une attention accrue. Par cons√©quent, le conseil europ√©en souligne que l'UE et ses √Čtats membres doivent poursuivre leurs efforts afin d'atteindre le niveau d'ambition qui ressort des conclusions de juin 2016 pour ce qui est du march√© unique, y compris concernant les services, du march√© unique num√©rique, de l'union des march√©s des capitaux et de l'union de l'√©nergie, y compris en ce qui concerne les interconnexions. Dans ce contexte, il accueille avec satisfaction l'examen √† mi-parcours auquel a proc√©d√© la Commission en ce qui concerne le march√© unique num√©rique et le plan d'action pour la mise en place d'une union des march√©s des capitaux. Une mise en oeuvre en temps utile et un meilleur contr√īle du respect de la l√©gislation existante sont √©galement essentiels pour tirer parti des avantages du march√© unique europ√©en. Le conseil rendra compte au conseil europ√©en de juin 2018 des progr√®s accomplis dans l'approfondissement et la mise en oeuvre du march√© unique sous tous ses aspects, ainsi que dans le contr√īle du respect des r√®gles qui y sont li√©es. Afin de se projeter au-del√† de la finalisation des diff√©rentes strat√©gies pour le march√© unique et de s'orienter vers un march√© unique p√©renne et √©quitable, le conseil europ√©en invite la Commission √† continuer de r√©fl√©chir √† des fa√ßons innovantes de saisir les nouvelles possibilit√©s qui se pr√©sentent, de relever les d√©fis qui se posent et de supprimer les obstacles qui subsistent.

14. Le conseil européen prend la mesure des progrès accomplis en ce qui concerne le Fonds européen pour les investissements stratégiques et invite les législateurs à parvenir rapidement à un accord sur la prolongation et le renforcement du Fonds.

15. S'appuyant sur les conclusions du conseil de mai 2017, qui pr√©conisent une strat√©gie pour l'avenir de la politique industrielle, le conseil europ√©en insiste sur le r√īle essentiel de l'industrie, qui constitue un moteur important pour la croissance, l'emploi et l'innovation en Europe. Dans le prolongement de ses propres conclusions ant√©rieures, il demande que des mesures concr√®tes soient prises pour que le march√© unique dispose d'une base industrielle solide et comp√©titive.

Commerce

16. L'UE m√®nera une politique commerciale solide √† l'appui d'un syst√®me commercial multilat√©ral ouvert et fond√© sur des r√®gles, l'OMC jouant un r√īle central. Forte de sa conviction que le commerce contribue √† cr√©er de la richesse et des emplois, elle fera en sorte que les march√©s restent ouverts et luttera contre le protectionnisme. L'UE promouvra activement un programme de libre-√©change ambitieux sur la sc√®ne mondiale. √Ä cette fin, elle s'efforcera de favoriser des conditions de concurrence v√©ritablement √©quitables, tout en restant vigilante pour ce qui est du respect et de la promotion des normes essentielles, y compris les normes en mati√®re sociale, environnementale, de sant√© et de protection des consommateurs, qui sont au coeur du mode de vie europ√©en.

17. Le conseil europ√©en est convaincu que le commerce et les investissements ne peuvent √™tre libres que s'ils sont √©galement √©quitables et mutuellement b√©n√©fiques. Il invite par cons√©quent les col√©gislateurs √† parvenir rapidement √† un accord sur des instruments de d√©fense commerciale modernes et compatibles avec l'OMC, qui renforceront la capacit√© de l'UE √† lutter efficacement contre les pratiques commerciales d√©loyales et discriminatoires et les distorsions de march√©. Le conseil europ√©en demande √† la Commission de veiller √† leur application rapide et effective par des mesures d'ex√©cution non l√©gislatives visant √† rendre les pratiques commerciales et les instruments de d√©fense commerciale de l'UE plus r√©actifs et plus efficaces et de proposer, le cas √©ch√©ant, des mesures compl√©mentaires. Il demande en outre √† la Commission et au conseil d'approfondir et de faire avancer le d√©bat sur la mani√®re d'am√©liorer la r√©ciprocit√© dans le domaine des march√©s publics et des investissements. Dans ce contexte, il salue l'initiative de la Commission visant √† ma√ģtriser la mondialisation et, entre autres, √† analyser les investissements r√©alis√©s par des pays tiers dans des secteurs strat√©giques, dans le plein respect des comp√©tences des √Čtats membres. Le conseil europ√©en reviendra sur cette question au cours d'une de ses futures r√©unions.

18. Le conseil européen souhaite que des progrès soient réalisés dans toutes les négociations menées actuellement, y compris avec le Mexique, le Mercosur et la région Asie-Pacifique, en vue de la conclusion d'accords de libre-échange ambitieux et équilibrés, la réciprocité et les avantages mutuels constituant des principes directeurs. Le conseil européen se félicite des progrès accomplis récemment dans les négociations menées avec le Japon, lesquels pourraient ouvrir la voie à la conclusion d'un accord politique.

Semestre européen

19. Le conseil europ√©en approuve dans l'ensemble les recommandations int√©gr√©es par pays examin√©es par le conseil, ce qui permet de cl√īturer le Semestre europ√©en 2017.

IV. MIGRATIONS

20. Le conseil europ√©en demeure attach√© √† l'approche globale de l'Union en mati√®re de migrations, au contr√īle effectif des fronti√®res ext√©rieures en vue d'endiguer et de pr√©venir les flux ill√©gaux et √† la r√©forme du r√©gime d'asile europ√©en commun (RAEC), ainsi qu'√† la mise en oeuvre int√©grale et non discriminatoire de la d√©claration UE-Turquie dans tous ses aspects et √† l'√©gard de tous les √Čtats membres. La vigilance sera maintenue en ce qui concerne toutes les routes migratoires, y compris la route des Balkans occidentaux. Nous continuerons de renforcer et de mettre pleinement √† profit les capacit√©s op√©rationnelles du corps europ√©en de garde-fronti√®res et de garde-c√ītes ainsi que d'autres agences. Le contr√īle effectif des fronti√®res ext√©rieures devrait permettre la lev√©e des contr√īles temporaires aux fronti√®res int√©rieures.

21. Les pertes de vies et la persistance des flux de migrants principalement √©conomiques sur la route de la M√©diterran√©e centrale constituent un probl√®me structurel et continuent de susciter une pr√©occupation vive et pressante. L'UE et ses √Čtats membres devront reprendre le contr√īle pour √©viter une aggravation de la crise humanitaire. √Ä cette fin, ils doivent agir de mani√®re d√©cisive maintenant en renfor√ßant la coordination et en obtenant davantage de r√©sultats en ce qui concerne l'ensemble des √©l√©ments contenus dans la d√©claration de Malte, le cadre de partenariat et le plan d'action conjoint de La Valette, qui devront s'accompagner de ressources financi√®res suffisantes. Cela suppose aussi une coop√©ration continue et renforc√©e avec les pays d'origine et de transit, y compris un renforcement de la coop√©ration r√©gionale dans les activit√©s de recherche et de sauvetage, qui reste hautement prioritaire. La formation et l'√©quipement des garde-c√ītes libyens constituent un volet essentiel de l'approche de l'UE et devraient √™tre acc√©l√©r√©s. L'OIM et le HCR resteront des partenaires importants, notamment pour faciliter les retours volontaires et am√©liorer les conditions d'accueil. La coop√©ration avec les pays d'origine et de transit sera renforc√©e afin d'endiguer la pression migratoire aux fronti√®res terrestres de la Libye et d'autres pays voisins. Le conseil europ√©en souligne dans ce contexte qu'il importe de soutenir la force conjointe du G5 Sahel. L√† comme ailleurs, il demeure capital de d√©manteler les mod√®les √©conomiques des passeurs et des trafiquants d'√™tres humains, notamment par un meilleur contr√īle du commerce des √©quipements utilis√©s par ceux-ci.

22. De nouveaux efforts seront √©galement d√©ploy√©s pour r√©aliser de r√©els progr√®s dans la politique en mati√®re de retour et de r√©admission. Dans le prolongement du plan d'action renouvel√© en mati√®re de retour, des accords de r√©admission efficaces et des arrangements pragmatiques avec des pays tiers seront mis en place sans plus attendre au niveau de l'UE par la mobilisation de tous les moyens possibles, y compris un r√©examen de la politique des visas vis-√†-vis des pays tiers, selon qu'il conviendra. Les arrangements bilat√©raux des √Čtats membres avec des pays tiers contribuent aussi √† la r√©alisation de cet objectif.

23. Le conseil europ√©en rappelle ses pr√©c√©dentes conclusions sur la r√©forme du RAEC. Gr√Ęce aux progr√®s r√©alis√©s sous la pr√©sidence maltaise, il existe une communaut√© de vues quant au fait que le RAEC r√©form√© doit permettre de trouver un juste √©quilibre entre responsabilit√© et solidarit√©, et d'assurer la r√©silience face aux crises √† venir. Le syst√®me doit √™tre efficace, pouvoir r√©sister aux pressions migratoires, √©liminer les facteurs d'attraction ainsi que les mouvements secondaires, dans le respect du droit international, lutter contre les abus et apporter un soutien suffisant aux √Čtats membres les plus touch√©s. La Commission est invit√©e √† r√©fl√©chir √† des solutions permettant d'all√©ger la charge qui p√®se sur les √Čtats membres situ√©s en premi√®re ligne. Afin de renforcer la coop√©ration avec les pays tiers et de pr√©venir de nouvelles crises, il convient d'aligner la notion de ¬ępays tiers s√Ľr¬Ľ sur les exigences effectives d√©coulant de la convention de Gen√®ve et du droit primaire de l'UE, dans le respect des comp√©tences de l'UE et des √Čtats membres pr√©vues dans les trait√©s. Dans ce contexte, le conseil europ√©en appelle √† faire progresser les travaux sur une liste de l'UE des pays tiers s√Ľrs. Cela fera partie d'un futur accord global sur le RAEC. Le conseil europ√©en invite le conseil √† poursuivre les n√©gociations sur cette base et √† modifier les propositions l√©gislatives en tant que de besoin, avec le concours actif de la Commission. Le conseil europ√©en reviendra sur ces questions.

V. EUROPE NUM√ČRIQUE

24. Dans la perspective du programme de travail pour le deuxième semestre de l'année, et en particulier du sommet numérique qui se tiendra à Tallinn le 29 septembre 2017, le conseil européen insiste sur l'importance primordiale que revêt, pour l'Europe, sa société et son économie, une vision ambitieuse dans le domaine du numérique. Une approche globale du numérique est nécessaire pour relever les défis posés par la quatrième révolution industrielle et tirer parti des possibilités qu'offre celle-ci. Pour ce faire, il faut mettre en oeuvre dans tous ses éléments la stratégie pour un marché unique numérique. Parallèlement, nous devrions considérer dans leur ensemble les marchés, les infrastructures, la connectivité, les aspects sociétaux et culturels, y compris la fracture numérique, les normes et les règles, les contenus et les données, les investissements, la cybersécurité, l'administration en ligne et la recherche et développement. Le conseil européen salue l'intention de la Commission de réexaminer en septembre la stratégie de cybersécurité et de proposer avant la fin de l'année de nouvelles actions ciblées, l'objectif étant de relever les défis actuels et futurs dans le domaine de la cybersécurité./.

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7. Attractivit√© - Industrie a√©ronautique et spatiale - Discours de M. √Čdouard Philippe, Premier ministre (Le Bourget, 23/06/2017)

(Seul le prononcé fait foi)

Mesdames les Ministres, Monsieur le Pr√©fet, Messieurs les Parlementaires, Mesdames et Messieurs les √Člus, Monsieur le Pr√©sident du GIFAS, Cher √Čric Trappier.

Il y a un peu plus de 100 ans des milliers de visiteurs se pressaient, non pas au Bourget mais au Grand Palais à Paris pour découvrir au milieu d'un salon alors consacré à la mécanique automobile ce qu'on appelait la section réservée aux choses de l'air. À l'époque, ces choses de l'air n'avaient rien d'évident, rien de commun, elles faisaient sans doute un peu peur. Aujourd'hui, elles ne font plus peur, mais il suffit de se promener dans ces allées pour voir qu'elles n'ont toujours rien d'évident.

Il y a une centaine d'années exactement un adolescent de 17 ans, élève à la Villa Saint-Jean de Fribourg, obtenait son bac, de haute lutte d'ailleurs. Qui sait si ce jeune homme, alors inconnu, n'a pas lui aussi parcouru les travées de la section des choses de l'air ? Qui sait si sa passion n'est pas née en lisant les journaux de l'époque ?

Il existe au fond deux fa√ßons de d√©couvrir le monde, la litt√©rature et l'exp√©rience. L'envie de voler, je l'ai pour ma part d√©couverte gr√Ęce √† la litt√©rature, en particulier gr√Ęce au jeune bachelier que j'√©voquais √† l'instant, ¬ęvol de nuit et terre des hommes¬Ľ, au moins autant que le grand cirque qui m'ont fait tourner la t√™te vers le ciel alors que les Normands - dont je suis - regardent plus naturellement vers le large que vers les √©toiles.

Cette envie de voler je l'ai √† nouveau ressentie tout √† l'heure au contact de ces femmes, de ces hommes et de ces machines. Un grand merci Cher √Čric Trappier de m'en avoir offert le privil√®ge.

Permettez-moi de saluer votre prédécesseur, Monsieur Marwan Lahoud, qui vous a passé le relais juste avant l'ouverture de ce salon. Je veux aussi féliciter les organisateurs qui font de cet événement un événement unique au monde. C'est toujours difficile de déterminer ce qui fait ou ce qui ne fait pas le succès d'une édition : la fréquentation, le nombre de délégations étrangères, les ventes, certains industriels seront heureux de leur chiffre, d'autres des contacts qu'ils ont noués. Quoi qu'il en soit, cette édition est une nouvelle fois un succès par son aura, par son organisation, par son impact.

Le Salon du Bourget est plus qu'un événement commercial, il est une grande fête populaire. Les choses de l'air fascinent encore et parmi les enfants qui accompagnent leurs parents ici figurent à l'évidence les futurs ingénieurs, designers, mécaniciens, pilotes ou start-upeurs qui demain seront au coeur de votre industrie et de vos succès. Des enfants auxquels vos entreprises donneront la chance d'accomplir leur rêve.

Cela dit vous ne faites pas rêver que les enfants, qu'ils soient petits ou grands. Vous faites rêver tous les Français. Depuis plus d'un siècle, le Salon du Bourget - enfin, depuis plus d'un siècle, si l'on remonte à la section réservée aux choses de l'air - mais depuis plus d'un siècle ce Salon est l'expression d'une fierté française.

Fierté d'être l'un des rares pays au monde à disposer sur son territoire d'un tissu aéronautique complet permettant de réaliser un aéronef, fierté d'appartenir au cercle très fermé des grandes nations spatiales capables d'accomplir de bout en bout des missions périlleuses. Des millions de Français ont suivi avec passion les aventures de Thomas Pesquet, j'ai eu le bonheur de le croiser ce matin, chacun aura compris qu'il est Normand et donc conquérant et il se trouve que lui regardait plus volontiers vers les étoiles que vers le large, tant mieux pour la France et tant mieux pour l'espace.

Fierté aussi d'avoir su constituer une filière solide et solidaire, une sorte de pack - comme on dirait à Toulouse - fondée sur le respect et la confiance entre des entreprises de nature différente, de tailles très différentes, de métiers très différents.

Fierté enfin d'apporter une contribution majeure à la richesse nationale. Je ne vais pas m'étendre sur ces chiffres que vous connaissez par coeur, 50 milliards d'euros de chiffre d'affaires dont 85% qui proviennent de l'export, 60.000 recrutements en France durant les 5 dernières années. Derrière ces chiffres, dont nous nous réjouissons, il y a des réalités dont nous devons nous réjouir encore plus, des familles, des hommes, des femmes, des enfants, des communes, des régions qui bénéficient de ces retombées et qui contribuent utilement à cette fierté. Et cette fierté avec le temps elle est devenue européenne.

AIRBUS, GALILEO, ARIANE, COPERNICUS sont d√©sormais des noms communs et des noms communs √† 580 millions d'Europ√©ens. Ils nous rappellent qu'unis les Europ√©ens forment un g√©ant industriel et technologique, capable de rivaliser avec les plus grands. Vous permettrez, Monsieur le Pr√©sident du GIFAS, de m'approprier un peu de cette fiert√© non pas √† titre personnel - je n'y suis pas pour grand-chose - mais en tant que repr√©sentant de l'√Čtat, un √Čtat qui fait partie du pack que j'√©voquais tout √† l'heure, un √Čtat qui fait mieux que soutenir une fili√®re puisqu'il y investit et massivement par le programme d'investissement d'avenir, par les budgets de la DGAC de la DGA, par les achats qu'il r√©alise, par le cr√©dit d'imp√īt recherche, par les garanties et la couverture des risques de change qu'il apporte, il vous accompagne d'un bout √† l'autre du processus depuis 60 ans, avec constance.

Alors cela dit on ne peut pas simplement vivre de ses succès passés. On risquerait alors de se perdre dans une fausse gloire et dans une trompeuse sensation de confort. Votre longévité repose sur votre capacité à anticiper les enjeux de demain et ces enjeux nous les connaissons, les Français aussi.

Un enjeu, des enjeux militaires d'abord. Avions comme hélicoptères surveillent, transportent, combattent hors de nos frontières, en particulier au Sahel et au Levant. Je me suis longuement entretenu tout à l'heure ou plus exactement pas suffisamment longuement sur le site du ministère des armées avec les femmes et les hommes qui font battre le coeur de ces machines. J'ai voulu les remercier au nom de la France pour leur courage, pour leur engagement et pour tout ce qu'ils font au service de nos valeurs, de nos intérêts de notre pays. J'ai aussi voulu comprendre leurs missions et entendre leurs besoins. Je confirme, à cet égard, que la France augmentera de façon significative son effort en faveur de la défense pour atteindre 2% du PIB à l'horizon 2025, plus que l'horizon, c'est 2025 qu'il faut retenir.

C'est un engagement fort du pr√©sident de la R√©publique et il sera √©videmment tenu. Dans un monde aussi instable, dans un monde o√Ļ s'accumulent les dangers, les Fran√ßais ne comprendraient pas que nous ne fassions pas cet effort pour leur s√©curit√©.

Les enjeux de demain ils sont aussi climatiques. La course √† l'a√©ronef toujours plus √©conome, l√©ger et discret ne fait que commencer. D'o√Ļ la n√©cessit√© de r√©fl√©chir d√®s maintenant aux appareils qui d√©colleront des a√©roports √† l'horizon 2025.

Une autre bataille se livre dans l'espace, de nouvelles nations - et c'est normal - s'invitent dans les √©toiles. Face la concurrence de l'Inde ou de la Chine, nous devons resserrer nos liens avec nos partenaires historiques, europ√©ens bien s√Ľr, russes aussi.

De nouveaux besoins et donc de nouveaux marchés apparaissent dans les domaines de la surveillance du climat et de la connexion de la planète. Le président de la République l'a confirmé, le lanceur Ariane 6 sera opérationnel en 2020 et on m'a indiqué qu'il fallait d'ores et déjà que je réserve ma date du 16 juillet 2020. Ce sera fait.

Il nous permettra, ce lanceur, d'affronter les concurrences am√©ricaines et asiatiques. L'objectif c'est toujours d'√™tre plus fiable, plus comp√©titif, √† la hauteur des attentes de nos clients, nous continuerons √† travailler sans rel√Ęche dans ce sens.

Pour relever ces 3 défis, il faut des femmes, des hommes et de la capacité industrielle. Il y a ce que vous pouvez faire vous, répondre à la demande, monter en cadence, intégrer très vite les nouvelles technologies de production, réaliser des gains de productivité, aider les PME et les ETI à atteindre une taille critique. J'ai également constaté ce matin les efforts que vous déployez collectivement pour attirer les meilleurs profils. Cette bataille est absolument capitale.

Il y a aussi ce que nous pouvons faire, nous, pouvoirs publics. Trois choses.

Continuer √† soutenir la fili√®re d'abord. Sans attendre le d√©bat budg√©taire je peux vous indiquer que 1,9 milliard d'euros du PIA seront vers√©s durant les 5 prochaines ann√©es au secteur a√©ronautique. Au-del√† - parce que l'industrie a√©ronautique est une industrie de long terme, parce que les avions qui voleront en 2050, se dessinent d'aujourd'hui, parce que nos concurrents ne resteront pas immobiles - l'√Čtat continuera d'investir dans vos projets. Ensemble, nous r√©fl√©chirons √† la meilleure fa√ßon d'adapter ce soutien aux nouvelles formes d'innovation et au besoin de toutes les entreprises de la fili√®re, grands groupes comme PME et ETI, et en confortant le r√īle de la DGAC et de la DGA qui ont fait preuve de leur efficacit√©.

Deuxième façon, prendre des mesures de coordination et d'animation de la filière. D'ici la fin de l'année nous convoquerons nos instances de concertation, le CORAC et le COSPACE. Elles seront l'occasion de définir une stratégie commune, forte, ambitieuse et de souder encore plus l'équipe de France de l'aéronautique et du spatial.

Enfin, prendre des mesures plus générales qui concernent tout le monde mais qui présentent un intérêt stratégique pour vous, des dispositifs fiscaux favorables à l'investissement et à l'innovation, de la stabilité fiscale, de la lisibilité fiscale, de la sécurité juridique, un effort massif en faveur de la formation professionnelle et de l'apprentissage.

J'aurais l'occasion de détailler les projets du gouvernement dans ce domaine à l'occasion du discours de politique générale devant l'Assemblée Nationale le 4 juillet prochain.

Enfin, il y a ce que nous devons faire avec nos partenaires europ√©ens. Nous avons un pr√©sident de la R√©publique qui a √©t√© √©lu sur une ligne r√©solument pro-europ√©enne. Gr√Ęce √† lui, la France est de retour en Europe. L'Europe elle-m√™me doit √™tre de retour, les sujets de discussion ne manqueront pas dans tous les domaines.

Vous concernant j'en identifie deux, du moins √† court terme. Le premier concerne la cr√©ation d'un ¬ębuy european act¬Ľ, notamment pour les lanceurs. Les discussions ont je crois bien avanc√©. J'ai bon espoir qu'elles d√©bouchent sur un dispositif plus contraignant qu'aujourd'hui pour r√©orienter vers les entreprises europ√©ennes une plus grande part de l'achat public.

Le second concerne les programmes GALILEO et COPERNICUS. Plus de 11 milliards d'euros d'investissement à eux deux ! Les satellites ont été lancés, chacun a salué la prouesse technique. Demeure l'essentiel : développer un marché européen de services qui exploite leurs données.

Je pense en particulier à GALILEO, le GPS européen. Les industriels doivent s'en emparer si on veut lui donner sa pleine dimension stratégique.

Mesdames et Messieurs, Chers Amis, que nous soyons responsables publics, capitaines d'industrie, agents de l'√Čtat, cr√©ateurs de start-up, nous faisons tous face aux m√™mes d√©fis, celui de l'adaptation. Vous √™tes les repr√©sentants d'une industrie de conqu√™te et de reconqu√™te. Une industrie faite de femmes et d'hommes inspir√©s par ces choses de l'air qu'il y a 100 ans un jeune bachelier d√©couvrait peut-√™tre et qui montre combien l'homme peut s'√©lever en conjuguant ce que vous ma√ģtrisez : le travail, la science et l'audace.

Je vous remercie./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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8. Attractivit√© - Tour de France - Discours de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires √Čtrang√®res, √† l'occasion de l'inauguration de l'exposition photographique ¬ęLe Tour de France et l'Europe¬Ľ (Paris, 23/06/2017)

Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les √Člus,

Madame la Présidente, chère Madame Amaury,

Monsieur Christian Prudhomme,

Chers amis,

Quelques mots simplement pour vous dire que je suis particulièrement ému d'être là aujourd'hui avec vous, parce que je ne m'attendais pas à ce que ma première inauguration - en quelque sorte - ma première exposition ici soit consacrée au vélo et au tour de France.

C'est vraiment une double satisfaction pour moi.

Je le disais tout à l'heure, et je veux le redire ici, dans chaque responsabilité politique que j'ai eue dans ma vie, je n'ai pas pu m'empêcher de créer une équipe de vélo.

J'ai √©t√© maire de Lorient et j'ai contribu√© √† ce qu'il y ait un club qui tienne √† peu pr√®s debout, ¬ęLe v√©lo - sport lorientais¬Ľ. Je suis devenu le pr√©sident de la r√©gion Bretagne, et avec d'autres, nous avons cr√©√© l'√©quipe de Bretagne qui, aujourd'hui, continue de faire le Tour de France. Elle le fait, pas uniquement par complaisance, mais parce qu'il y a de la comp√©tence, et en plus, entre la Bretagne et le v√©lo, il y a une longue et vieille histoire.

Devenu ministre de la d√©fense, j'ai contribu√© √† cr√©er l'√©quipe cycliste de l'arm√©e de terre qui se comporte plut√īt bien et qui a peut-√™tre m√™me un destin.

Je me tourne vers notre ambassadeur chargé du sport, Monsieur Vinogradoff, que je salue, pour lui dire qu'il faut faire quelque chose au Quai d'Orsay. Je ne sais pas s'il faudra mettre les ambassadeurs en selle. Avec les ambassadeurs français, il faudrait peut-être trouver des solutions, en tout cas, j'ai ce gène en moi. J'ai pour le vélo une affection particulière et je considère que c'est un sport exceptionnel, faisant appel à l'endurance, au courage, à la volonté, à la détermination et aussi à l'esprit d'équipe.

J'ai aussi une affection toute particuli√®re pour le Tour de France et surtout pour l'esprit du Tour de France. C'est d'abord une comp√©tition bien s√Ľr, mais pas une comp√©tition comme les autres, avec sa dimension internationale, avec dans le m√™me temps son inscription dans le territoire national et la passion qui l'entoure. Il y a aussi le fait que le Tour soit un pourvoyeur de plaisir et en m√™me temps un instrument d'optimisme pour notre pays, c'est consid√©rable. C'est la raison pour laquelle ce n'est pas une course comme les autres.

Le fait d'avoir retrac√© son histoire ici, sur les grilles du Quai d'Orsay, cela renforce d'abord l'attractivit√© de la France et cela permet aussi de rappeler aux Fran√ßais comment le Tour s'est inscrit dans leur histoire. J'ai √©galement plaisir √† constater la qualit√© des images qui ont √©t√© s√©lectionn√©es, le rappel des moments tr√®s forts, y compris ceux du Tour qui, deux ans avant la chute du mur de Berlin, part de l'Est pour aller vers l'Ouest - m√™me si je crois que certains coureurs se sont tromp√©s de sens mais ils en sont heureusement pour eux revenus. √Ä l'√©poque, c'√©tait une pr√©figuration de ce qu'allait bient√īt devenir l'Allemagne.

Tout cela s'inscrit dans une Histoire de l'Europe et vous avez voulu, au moment du 60e anniversaire du traité de Rome, marquer une dimension particulière, y compris dans les images que vous offrez au public. C'est aussi vrai dans cette salle puisque c'est ici dans le salon de l'Horloge au Quai d'Orsay - et cette photo en témoigne - qu'a été signé le premier accord européen de la communauté européenne du charbon et de l'acier.

C'est aussi dans cette m√™me salle o√Ļ nous nous retrouvons pour marquer cet anniversaire du 60e anniversaire du trait√© de Rome, par une exposition rappelant comment le Tour de France fait le lien. Le Tour de France, c'est aussi un instrument du lien entre les pays, du lien entre les hommes, pour marquer la force du sport dans notre soci√©t√© et le fait que ce soit un √©l√©ment de paix.

Vous savez, je quitte une maison o√Ļ l'on faisait d'abord la guerre, mais la guerre pour faire la paix. Ici, on essaie de faire la paix et de pr√©f√©rence avant la guerre. C'est important d'avoir des vecteurs de paix et le Tour de France en fait partie.

Je pense que cette exposition sera l'occasion de faire sentir tout cela √† nos concitoyens, qu'ils soient Fran√ßais, Europ√©ens ou hors d'Europe, au cours des diff√©rentes manifestations qui vont co√Įncider avec le prochain Tour de France. J'ajoute que cette manifestation s'inscrit, puisque nous sommes le 23 juin, dans le cadre de la journ√©e de l'olympisme. Cela nous fait penser qu'il y a une candidature fran√ßaise pour l'organisation des Jeux olympiques et paralympiques en 2024, nous y contribuons un peu de cette mani√®re. C'est aussi une fa√ßon de nous inscrire, par un autre biais, dans la n√©cessit√© de la fortification de la construction europ√©enne qui est aujourd'hui, √† un moment majeur de son √©volution. Le Tour de France y apporte sa petite contribution, mais sa petite contribution symbolique.

Voilà ce que je voulais vous dire, en vous remerciant de cette initiative, Chère Madame Amaury, Cher Monsieur Prudhomme, en souhaitant que le sport et l'Europe fassent un très bon ménage et qu'il y ait une très bonne communication au cours du prochain Tour. En tout cas, cette inauguration d'aujourd'hui en est déjà une anticipation.

Merci beaucoup./.

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9. Irak - D√©c√®s de V√©ronique Robert - D√©claration du porte-parole adjoint du minist√®re de l'Europe et des affaires √©trang√®res (Paris, 24/06/2017)

Nous avons appris avec une grande émotion le décès de la journaliste Véronique Robert, touchée par une mine le 19 juin près de Mossoul, alors qu'elle effectuait un reportage pour France 2. Véronique Robert venait d'être transférée à Paris pour y être soignée.

Nous présentons nos condoléances à sa famille, en particulier à ses enfants, ainsi qu'aux équipes de France Télévisions et à celles de la société #5bis Productions pour laquelle elle travaillait. Nous saluons le courage qui l'a animée pour couvrir la bataille de Mossoul.

En ce moment douloureux, toutes nos pensées vont à ses proches comme à ceux des journalistes Bakhtiyar Haddad et Stephan Villeneuve, décédés à la suite du même drame./.

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10. Colombie - Discours de M. Bruno Le Maire, ministre de l'√©conomie et des finances, lors du forum France-Colombie (Paris, 23/06/2017)

Seul le prononcé fait foi.

Monsieur le Président,

Madame la Ministre, Messieurs les Ministres,

Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les chefs d'entreprise,

Mesdames, Messieurs,

C'est pour moi un très grand plaisir d'accueillir ici à Bercy ce forum économique France-Colombie, qui doit permettre de renforcer encore davantage la relation entre nos deux pays. Le plaisir que j'éprouve et le plaisir que tout le ministère de l'économie et des finances éprouve, est encore accentué par la présence du président Juan Manuel Santos, de ses ministres : ministres des finances et du crédit public, du commerce, de l'industrie, des mines et de l'énergie.

Monsieur le Président, c'est un immense honneur pour notre maison de vous avoir ici. On m'avait dit en arrivant que lorsque vous étiez vous-même ministre des finances, vous avez eu des décisions difficiles à prendre et que tout le monde voulait vous pendre en place publique en raison des décisions difficiles que vous aviez prises. J'espère qu'il ne m'arrivera pas la même chose mais j'espère que nous arriverons à prendre des décisions en France aussi courageuses que celles que vous avez prises en Colombie et qui ont assuré le redressement économique de votre pays.

Nos liens sont renforcés par nos relations économiques, ils le sont également, malheureusement, par une actualité triste qui est celle de l'attentat qui a été perpétré dans un centre commercial de Bogota, qui endeuille nos deux pays : deux ressortissantes colombiennes et une jeune Française ont péri dans cette attaque. Je voulais vous dire, comme le président de la République a eu l'occasion de vous le dire, toutes nos condoléances, toute notre tristesse et vous dire que la France adressait tout son soutien à la Colombie et condamnait avec la plus grande fermeté toute forme de terrorisme.

Je tiens, Monsieur le Président, à saluer votre action à la tête de la Colombie depuis 2010 et à vous assurer du plein soutien de la France. Vous avez oeuvré pour la paix, vous avez oeuvré pour la liberté, vous avez oeuvré pour une prospérité qui bénéficie à tous et pas simplement à quelques-uns. Ce sont des idées qui sont évidemment chères à la France.

Je souhaite avant tout saluer les efforts inlassables que vous avez faits pour rétablir la paix en Colombie depuis votre accession à la présidence de la République et sachez que ce qui se passe en Colombie, pour des raisons que vous connaissez, a toujours été suivi de très près par l'opinion publique française, et que la manière dont vous avez réussi à obtenir des accords de paix, la manière dont vous avez obtenu la ratification par le parlement colombien de ces accords de paix conclus avec les dirigeants des FARC, sont des décisions qui nous ont tous impressionnés. Le prix Nobel a d'ailleurs récompensé votre action unanimement reconnue en faveur de la paix et c'est doublement un honneur d'accueillir et le président de la Colombie et le prix Nobel de la paix.

Je souhaite √©galement saluer l'action courageuse de votre gouvernement en mati√®re √©conomique et la qualit√© de votre gestion. La Colombie b√©n√©ficie d'une croissance ininterrompue depuis plusieurs ann√©es. Vos finances publiques, votre endettement ext√©rieur sont sous contr√īle. Votre fiscalit√© a fait l'objet de r√©formes en profondeur et Dieu sait qu'il est difficile de r√©former la fiscalit√©.

La pauvreté - et c'est peut-être le résultat le plus remarquable que vous avez obtenu - a reculé de façon remarquable. Loin d'oublier les plus démunis de la société colombienne, vous avez tenu à ce que le développement économique de votre pays leur profite aussi et je voudrais dire à ce sujet que c'est une conviction profonde chez moi que les inégalités sont un obstacle à la croissance économique et que combattre les inégalités, ça n'est pas retarder ou freiner la croissance économique, c'est au contraire favorable à la croissance économique et que tous ceux qui pensent que la croissance économique peut bénéficier uniquement quelques-uns et pas à toute la société se trompent. La croissance économique est efficace quand elle bénéficie à tous et les inégalités sont un obstacle à cette croissance et un obstacle à la prospérité d'une nation.

Cela vaut pour la Colombie, cela vaut pour la France, et cela vaut pour l'idée que nous nous faisons de la mondialisation dans les années à venir. C'est probablement un des grands enjeux que la mondialisation bénéficie au plus grand nombre à travers la planète et qu'elle permette de réduire les inégalités, pas simplement entre les nations, mais également entre les plus démunis et les plus riches.

C'est encore sous votre présidence en juin 2012 que la Colombie et l'Union européenne ont signé un accord de libre-échange. Cet accord a démantelé les tarifs douaniers, levé les obstacles techniques aux échanges, libéralisé le marché des services, ouvert les marchés publics, amélioré la protection de la propriété intellectuelle. Nos échanges commerciaux en sont renforcés et devraient s'intensifier au cours des prochaines années.

L'alliance du Pacifique qui a √©t√© lanc√©e en avril 2011 me semble aussi prometteuse pour la Colombie, puisqu'elle vise √† terme la libre circulation des personnes, des biens, des capitaux, des services entre ses quatre √Čtats membres que sont le Mexique, la Colombie, le P√©rou et le Chili. En favorisant les mouvements de capitaux, en offrant de nouveaux relais de croissance aux entreprises colombiennes ou implant√©es en Colombie, elle facilitera la diversification de votre √©conomie. Votre pays deviendra plus attractif pour les investisseurs nationaux et √©trangers et, j'esp√®re en particulier √©videmment, les investisseurs fran√ßais.

La France et la Colombie partagent en outre un m√™me engagement en faveur du multilat√©ralisme. Face aux d√©fis contemporains, la coop√©ration de tous les √Čtats de bonne volont√© est n√©cessaire.

Je tiens ainsi √† vous redire, Monsieur le Pr√©sident, le soutien total de la France √† la Colombie dans son processus d'adh√©sion √† l'OCDE. Nous sommes √† vos c√īt√©s depuis l'ouverture de cette proc√©dure en 2013. Nous vous accompagnerons jusqu'√† l'approbation formelle par le conseil de l'OCDE de l'accession de la Colombie.

Je salue également la ratification récente par la Colombie de l'accord de Paris. Cet accord, il constitue une étape majeure dans notre lutte contre le changement climatique. Sa mise en oeuvre, elle est impérative. Quelle que soit la décision qu'a prise l'administration américaine, la mise en oeuvre de l'accord de Paris doit se faire dans les délais les plus rapides.

Face à ce défi climatique et face d'ailleurs à tous les défis mondiaux qui dépassent les nations, la coopération multilatérale est indispensable pour nous permettre d'apporter des réponses aux inquiétudes de nos concitoyens. Que ce soit sur l'écologie, sur le réchauffement climatique, sur la lutte contre le terrorisme, sur la régulation de la finance mondiale, nous avons besoin d'une coopération internationale étroite et l'ancien ministre de l'agriculture que je suis peut témoigner que lorsqu'on veut stabiliser les prix agricoles mondiaux, lorsqu'on veut réguler les marchés de matières premières, aucune nation ne peut y arriver seule, il faut que toutes les nations travaillent ensemble pour obtenir un bien public qui améliorera la situation de chacun.

La Colombie a √©t√© particuli√®rement active lors de la COP21 dans les discussions qui ont permis d'aboutir √† cet accord historique. Elle confirme en le ratifiant son implication dans les questions li√©es au climat et √† l'environnement de fa√ßon plus g√©n√©rale. Je veux vous dire, Monsieur le Pr√©sident, au nom du pr√©sident de la R√©publique, notre gratitude immense pour la mani√®re dont vous vous engagez dans cette d√©fense de l'accord de Paris et vous me permettrez de citer, avec mon accent allemand et germanique bien connu, un √©crivain que j'appr√©cie beaucoup, Alvaro Mutis qui disait : ¬ęCuando la gratitud es tan absoluta, las palabras sobran¬Ľ. ¬Ė ¬ęQuand la gratitude est telle, les mots sont de trop¬Ľ.

Outre ces liens culturels, historiques et affectifs, nos pays sont aussi unis par des relations √©conomiques de plus en plus intenses. 200 entreprises fran√ßaises sont install√©es en Colombie et je vois ici dans les premiers rangs de cette assembl√©e des chefs d'entreprise, de tr√®s grandes entreprises fran√ßaises, qui font honneur √† notre pays. Ces entreprises sont actives dans des secteurs aussi divers que la grande distribution, l'automobile, l'industrie pharmaceutique, cher Serge Weinberg, l'h√ītellerie, l'agroalimentaire, le BTP. Les investissements directs fran√ßais en Colombie ont doubl√© au cours des cinq derni√®res ann√©es, ils g√©n√®rent aujourd'hui 100.000 emplois directs, ce qui fait de la France le premier employeur √©tranger du pays.

Je rappellerai également que la Colombie est aujourd'hui, au plan mondial, le quatrième pays d'intervention de l'agence française de développement avec plus de 2 milliards d'euros d'encours, finançant de nombreux projets, notamment dans les domaines de la santé, des transports, de l'énergie, de l'eau et de l'assainissement. Cher Antoine Frérot, je pense que vous voyez à quel projet je fais référence.

Notre chambre de commerce bilatérale fête en 2017 son centenaire. Il s'agit de la première chambre de commerce apparue en Colombie, ce qui illustre bien la continuité et l'ancienneté de nos relations économiques. Mais notre relation est résolument tournée vers l'avenir. Nous partageons donc la volonté de la renforcer encore, notamment sur la base du comité stratégique franco-colombien qui s'est réuni hier à Paris et dont les travaux ne cessent de progresser.

Les deux accords qui ont été signés de non-double imposition et d'échange d'informations en matière fiscale doivent nous permettre de progresser encore dans notre coopération économique et de donner à toutes les entreprises concernées un cadre bilatéral clair, lisible et stable pour les années à venir.

Enfin, je terminerai en citant l'année France-Colombie, dont ce forum économique ouvre le volet en France, et qui illustre la qualité de notre relation bilatérale. Tout au long du premier semestre de cette année, Monsieur le Président, la saison française a donné lieu à des événements économiques de grand intérêt. Des séminaires ont permis de traiter des thèmes essentiels, comme la ville durable, la lutte contre le changement climatique, le combat contre la contrefaçon, la responsabilité sociale des entreprises. Des pavillons français ont été présents aux salons de l'agriculture, du tourisme, de la mode. Fin janvier, le président de la République s'est rendu en Colombie et a signé plusieurs accords bilatéraux de portée économique.

Le forum qui nous réunit aujourd'hui constituera probablement l'un des temps les plus forts de la saison colombienne en France sur son volet économique. Son organisation est l'oeuvre conjointe de Procolombia et de la direction générale du trésor, et je tiens à remercier ces deux services pour la qualité du travail de préparation qu'ils ont effectué pour le succès de ce forum.

Quel est notre objectif ? Il est de présenter la Colombie à de nouvelles entreprises, à de nouveaux investisseurs qui n'en auraient encore qu'une connaissance imparfaite ou incomplète. La qualité des intervenants qui sont ici permettra, je l'espère, de convaincre le maximum d'investisseurs français de se rendre en Colombie et au maximum d'investisseurs colombiens, je l'espère aussi, de venir découvrir l'économie française.

La seconde partie du forum mettra l'accent sur les th√®mes des infrastructures, de la ville durable, des √©nergies renouvelables qui sont autant de secteurs d'excellence de l'√©conomie fran√ßaise o√Ļ les acteurs fran√ßais ont expertise et excellence unanimement reconnues.

Je souhaite maintenant √† tous les participants de ce forum de profiter de ces moments forts entre nos deux pays. Vous me permettrez de terminer en disant que cette relation entre nos deux pays est √©troite, elle est forte, elle s'inscrit dans l'histoire et je suis tr√®s heureux d'accueillir ce forum √† un moment tr√®s particulier de l'histoire de notre pays, Monsieur le Pr√©sident, √† un moment o√Ļ il semble que tout devient ouvert. Ce qui paraissait impossible il y a encore quelques ann√©es - engager de grandes r√©formes √©conomiques, r√©tablir l'√©quilibre des finances publiques, retrouver un esprit de conqu√™te pour nos entreprises et pour notre √©conomie, retrouver tout simplement une fiert√© nationale -, tout cela semblait, il y a encore quelques mois, si vous √©tiez venu ici, Monsieur le Pr√©sident, totalement hors de port√©e de la nation fran√ßaise et du peuple fran√ßais.

Eh bien le peuple français, fidèle à ce qu'il est, a rendu possible l'impossible, retrouvé sa fierté, retrouvé sa dignité, retrouvé sa volonté de forcer les portes de l'avenir et de réussir dans la mondialisation avec des entreprises fortes, avec des entreprises libres. Vous avez devant vous une France qui est prête à vous accueillir avec générosité et qui est prête à prendre toutes les décisions nécessaires pour se redresser et regarder l'avenir en face.

Merci à tous.

(Source : site internet du ministère de l'économie et des finances)

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