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Déclarations officielles de politique étrangère du 21 février 2017


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - √Čtats-Unis (Paris, 21/02/2017)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a répondu à la question suivante :

√Čtats-Unis

Q - Les déclarations de la nouvelle administration américaine sur l'architecture et les évolutions souhaitées dans le domaine de la sécurité internationale ont été pour le moins contradictoires et floues. Est-ce-que la France est rassurée par les déclarations américaines à la conférence de Munich le weekend dernier - sur l'OTAN, le Moyen-Orient etc. ? Pourriez-vous nous dire vos secteurs de préoccupation ou de soucis afférant aux positions exprimées à Munich ?

R - Je vous renvoie aux déclarations faites par M. Jean-Marc Ayrault à l'occasion de son déplacement à Munich.

Le ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international a appel√©, face aux incertitudes actuelles et aux crises internationales, √† une action collective et au dialogue entre les √Čtats-Unis et l'Europe (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/defense-et-securite/actualites-et-evenements-lies-a-la-defense-et-la-securite/article/securite-internationale-participation-de-jean-marc-ayrault-a-la-conference-de).

./.

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2. Nations unies - Conf√©rence internationale ¬ęProt√©geons les enfants de la guerre¬Ľ - Discours d'ouverture de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique (Paris, 21/02/2017)

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Monsieur le Directeur exécutif de l'UNICEF,

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Madame la Représentante spéciale,

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes réunis aujourd'hui, et j'en remercie Jean-Marc Ayrault, dix ans après cette déclaration de Paris qui a pu enfin porter une lumière crue mais une lumière nécessaire sur le martyre des enfants soldats.

À la suite de cette déclaration de Paris, beaucoup d'actions ont été engagées. Ce qui pour nous est le plus essentiel, c'est de regarder le travail mené depuis dix ans mais surtout d'engager encore des projets pour l'avenir, car hélas la situation n'a pas vraiment changé. Au contraire.

C'est vrai que lorsqu'au mois de septembre 2015 l'image d'un enfant noyé sur une plage en Turquie a fait le tour du monde, il y a eu une très grande émotion qui a permis une mobilisation internationale pour l'accueil des réfugiés. Mais depuis cet événement tragique, de nombreux enfants sont morts dans l'indifférence générale.

Je pense √† ces dizaines de milliers de jeunes Syriens dont l'enfance a √©t√© vol√©e. On leur a demand√© de dessiner et ils n'ont pas pu mettre sur la feuille de papier des maisons ou des sourires mais des ruines. Dans le ciel de leur dessin, ce ne sont plus des oiseaux qui volent mais des h√©licopt√®res qui l√Ęchent des barils d'explosifs. De ces centaines de dessins, l'UNICEF a tir√© une campagne de sensibilisation en collaboration avec un grand artiste, Brian McCarthy.

Ces dessins disent la lucidit√© et la force de ces enfants, leur vitalit√© malgr√© le cauchemar sur lequel leur innocence a √©t√© fracass√©e. Je pense aussi √† ces lyc√©ennes de Chibok au Nig√©ria, enlev√©es il y a bient√īt trois ans par Boko Haram et dont beaucoup sont encore d√©tenues, mari√©es de force ou utilis√©es comme bouclier humain ou comme kamikaze. Il y a aussi ces enfants soldats en Afghanistan, √† l'est de la R√©publique d√©mocratique du Congo, au Soudan, Soudan du Sud. L'urgence est donc encore l√† et toujours l√†. Nous devons reprendre le slogan qui avait √©t√© celui port√© il y a dix ans : ¬ęProt√©geons les enfants de la guerre¬Ľ.

230 millions d'enfants vivent dans des pays ou dans des zones qui connaissent des conflits arm√©s. 15 millions d'entre eux sont directement affect√©s par les combats, un million et demi risquent de mourir de faim si nous n'intervenons pas. Les violences n'ont pas d'√Ęge. Elles n'ont h√©las avec le temps ni chang√©, ni diminu√©. Ce sont toujours les m√™mes : les meurtres, les mutilations, des recrutements forc√©s, des attaques contre des √©coles, des h√īpitaux, des violences sexuelles, des enl√®vements.

Ceux qui s'en prennent à ces enfants atteignent ce que l'humanité a de plus sacré. Tuer et brutaliser des enfants, c'est nier la civilisation. Pourtant, à mesure que je parle, il y a aussi de l'espoir que je veux également souligner. Dans les années 90, et on en aura ici le témoignage, le Liberia, la Sierra Leone sombraient dans la guerre civile. Ils étaient des milliers d'enfants soldats drogués de force et qui tuaient ou qui étaient tués et qui étaient réduits en esclavage.

En 1997, les Nations unies créaient le mandat de représentant spécial pour les enfants dans les conflits armés. C'était une première étape majeure. Et puis il y a dix ans, en 2007, nous adoptions ici à Paris les Principes et les Engagements de paix et aujourd'hui nous célébrons cet événement. Ces deux percées diplomatiques ont permis d'initier le long combat pour la libération des enfants soldats.

Ch√®re Leila Zerrougui, vous √™tes repr√©sentante sp√©ciale du secr√©taire g√©n√©ral depuis cinq ans et vous avez men√© la campagne ¬ęEnfants, pas soldats¬Ľ. Cette campagne s'est achev√©e √† la fin de l'ann√©e derni√®re. Vous l'avez men√©e avec tous les √Čtats concern√©s. Gr√Ęce √† vos efforts, gr√Ęce √† votre pers√©v√©rance, deux d'entre eux - le Tchad et l'Ouganda - ont √©t√© retir√©s de la liste annex√©e au rapport annuel du Secr√©taire g√©n√©ral, ce qui montrait des progr√®s.

Sous votre impulsion, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, le Y√©men, la Birmanie, l'Afghanistan, et la R√©publique d√©mocratique du Congo ont sign√© un plan d'action supervis√©, contr√īl√©, √©valu√©. Aujourd'hui seul le Y√©men l'a suspendu. Vous avez √©galement agi dans les processus de r√©conciliation aupr√®s des forces arm√©es non √©tatiques, c'est-√†-dire un certain nombre de groupes qui agissent sur des zones de conflit. 14 groupes, notamment en R√©publique centrafricaine, en C√īte d'Ivoire, au Soudan ont r√©cemment √©galement sign√© le plan d'action.

En fin de compte, 115.000 enfants soldats ont √©t√© lib√©r√©s depuis 2000. Beaucoup diront que ce n'est pas assez mais c'est d√©j√† beaucoup. Plus de 8.000 l'ont √©t√© dans la seule ann√©e 2015. Cette action, vous l'avez men√©e aux c√īt√©s d'organisations non- gouvernementales √† l'image de Save The Children dont je salue la pr√©sidente Helle Thorning-Schmidt. L'UNICEF sous votre impulsion, Anthony Lake, a men√© un travail consid√©rable sur le terrain en contribuant au volet r√©insertion des programmes de d√©sarmement et de d√©mobilisation.

Notre devoir aujourd'hui o√Ļ nous sommes r√©unis, les gouvernements, les organisations non-gouvernementales, c'est de vous aider √† mener ce combat. La France, en tant que membre permanent du conseil de s√©curit√©, a √©t√© en pointe pour faire voter des r√©solutions et pour que soit vot√© en 2005 un m√©canisme de surveillance et d'alerte du secr√©taire g√©n√©ral dont le champ d'application a √©t√© √©tendu. Ce dispositif a produit plusieurs r√©sultats.

D'abord il y a un groupe de travail aupr√®s du conseil de s√©curit√© qui effectue des visites sur place, recueille des t√©moignages sur les enfants qui ont √©t√© enr√īl√©s, √©labore des recommandations concr√®tes pour que les parties en conflit puissent s'en inspirer et enfin qu'il puisse y avoir des sanctions exemplaires pour tous ceux qui violent les droits des enfants.

Aujourd'hui notre conférence se réunit pour définir l'action que nous allons mener dans les dix prochaines années. Je vois quatre priorités pour mobiliser la communauté internationale.

D'abord faire progresser les droits des enfants dans les conflits arm√©s. √Ä ce jour, 105¬†√Čtats - et je remercie ici leurs repr√©sentants- ont endoss√© les principes de Paris. Notre objectif, c'est de promouvoir l'universalit√© ; c'est-√†-dire que tous les √Čtats puissent signer et se rallier.

Je remercie la Birmanie, la Tunisie, le Kazakhstan qui ont d√©cid√© de nous rejoindre. Faire progresser le droit, c'est aussi lutter contre l'impunit√©. En 2012, Thomas Lubanga a √©t√© condamn√© pour crimes de guerre par la Cour p√©nale internationale. Il avait particip√© √† l'enr√īlement et √† la mobilisation d'enfants de moins de quinze ans. Parce qu'il ne peut pas y avoir de paix durable s'il n'y a pas de sanction exemplaire pour les tortionnaires.

Seconde priorité : augmenter les moyens financiers pour améliorer la condition des enfants qui vivent des situations de crise. Laetitia Casta, vous êtes une ambassadrice de l'UNICEF. Vous vous êtes rendue sur les rives du lac Tchad. Vous y avez vu la misère, la sécheresse mais aussi ce que peut faire le terrorisme sur une zone comme celle-là. Autour du lac Tchad, plusieurs actions ont été menées par ce groupe barbare avec des actions kamikazes.

Vous avez compris et vous avez surtout dit qu'il fallait qu'il y ait une action de d√©veloppement. Nous vous avons entendue. L'Agence fran√ßaise de d√©veloppement, avec l'Union europ√©enne, a d√©cid√© de s'engager encore davantage pour le lac Tchad, √† la fois pour permettre que les populations puissent revenir et surtout qu'elles puissent vivre sur place, notamment les enfants. Gr√Ęce √† cette exp√©rience, nous avons pu cr√©er une facilit√© sp√©ciale pour les pays vuln√©rables qui est dot√©e de 100 millions d'euros par an, qui est op√©rationnelle et qui pourra accompagner les processus de d√©sarmement, de d√©mobilisation et de r√©insertion.

En 2015 et 2016, la France a contribué à hauteur de 30 millions d'euros aux activités de l'UNICEF et nous allons participer, Monsieur le directeur exécutif, à l'action que vous avez engagée au nord-est du Nigéria conformément à ce que j'ai dit pour le lac Tchad.

La troisi√®me priorit√©, c'est l'acc√®s √† l'√©ducation et √† la sant√©. La France contribuera l√† aussi √† l'initiative ¬ęl'√©ducation ne peut pas attendre¬Ľ. Parce qu'il ne s'agit pas simplement de d√©sarmer, de d√©mobiliser, de r√©ins√©rer mais d'√©duquer ces enfants qui ont v√©cu l'horreur. L√† aussi, je salue l'action de l'UNICEF et nous participerons au financement de ce programme.

Je suis all√© il y a quelques mois au Liban, pour me rendre dans des camps de r√©fugi√©s. La premi√®re demande qui √©tait exprim√©e par les organisations humanitaires qui accueillent ces familles - plus d'un million au Liban - c'est d'avoir l'√©ducation pour les enfants. Il y a l√†-bas des exp√©riences que je n'oublierai pas : des femmes et des hommes qui accompagnent les enfants tr√®s t√īt, qui leur apprennent leur propre langue mais surtout les instruments essentiels pour vivre dignement. Alors nous avons d√©cid√© que sur les 100 millions d'euros d'aide humanitaire que la France apporte au Liban sur la p√©riode 2016-2018, 50 millions soit la moiti√© serait consacr√©e √† l'√©ducation.

Enfin, la France soutiendra les programmes de santé maternelle et infantile dans les pays en sortie de crise. C'est ce que nous devons faire aussi pour les jeunes filles. Parce que ne pas être présents pour l'éducation sexuelle, c'est également prendre des risques pour leur propre avenir.

Il y a un autre ph√©nom√®ne qui, h√©las dramatique lui-aussi, mobilise la communaut√© internationale. C'est de refuser que les h√īpitaux et les √©coles soient pris pour cible par les groupes terroristes ou par des √Čtats. Car cela peut aussi arriver, on l'a vu √† Alep. C'est pourquoi une d√©claration sur la s√©curit√© dans les √©coles a √©t√© initi√©e en 2015 √† Gen√®ve et la France soutiendra cette initiative.

Mesdames et Messieurs, l'exemplarité c'est défendre les droits de l'enfant en tous lieux et en toutes circonstances, en temps de guerre comme en temps de paix, au sud comme au nord. L'exemplarité, c'est le respect du droit fondamental à l'asile et notamment pour les enfants. La France prend sa part de l'effort européen. Elle attend aussi que ses partenaires fassent de même, surtout lorsqu'il s'agit de mineurs isolés. J'appelle le Royaume-Uni à prendre ses responsabilités s'agissant des adolescents aujourd'hui en France et qui ont de la famille outre-Manche. Nous avons fait l'effort de les abriter, de les accueillir ; ils veulent aller au Royaume-Uni, nous avons des accords avec ce pays ami et voisin ; ils doivent être pleinement respectés.

L'exemplarité c'est aussi le refus de la violence dont les enfants sont victimes, y compris dans des pays qui ne connaissent que la paix. Voilà pourquoi la France a ratifié en janvier 2016 le troisième protocole facultatif de la Convention relative aux droits de l'enfant qui permet à des particuliers de présenter des communications au comité des droits de l'enfant pour les protéger.

Alors il est tr√®s important que nous ayons des institutions internationales, qu'on ait √©galement des grandes organisations comme l'UNICEF, que l'ONU puisse jouer tout son r√īle. Je m'exprime √† un moment o√Ļ cette conception de la vie internationale est remise en cause, o√Ļ le multilat√©ralisme est contest√©, o√Ļ le chacun-pour-soi pourrait l'emporter, o√Ļ il pourrait y avoir des remises en question des contributions des grands √Čtats, notamment du plus grand d'entre eux pour les organisations internationales et notamment pour l'ONU.

Il est tr√®s important qu'√† travers cette initiative, nous rappelions ce qu'est une communaut√© internationale qui doit agir ensemble et o√Ļ il doit y avoir des forces, des instruments, des institutions qui agissent au nom du monde. C'est ainsi qu'apr√®s la Premi√®re Guerre mondiale, nous n'avions pas pu, au-del√† de la SDN, √™tre capables de porter une id√©e forte de la communaut√© internationale.

Après la Seconde Guerre mondiale, c'est le système de l'ONU qui s'est enfin installé, imposé, avec forcément ses limites. Aujourd'hui, c'est ce système de l'ONU, ces institutions, ces organisations que nous devons défendre. Parce que, nous le voyons ici concrètement, pour le droit des personnes c'est ainsi que nous pouvons agir et voilà pourquoi il était si important, dix ans après la déclaration de Paris, que nous puissions aussi lancer cet appel ici pour les enfants et, plus largement pour le droit international et les institutions qui le portent. Merci pour votre contribution./.

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3. Nations unies - Conf√©rence internationale ¬ęProt√©geons les enfants de la guerre¬Ľ - Conclusions (Paris, 21/02/2017)

Le gouvernement de la R√©publique fran√ßaise et le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF), en collaboration avec le comit√© de pilotage des Principes de Paris, ont organis√© conjointement la conf√©rence minist√©rielle internationale ¬ęProt√©geons les enfants de la guerre¬Ľ √† Paris, le 21 f√©vrier, afin de comm√©morer l'adoption, dix ans auparavant, des Engagements de Paris en vue de prot√©ger les enfants contre une utilisation ou un recrutement ill√©gaux par des groupes ou des forces arm√©s (Engagements de Paris) et des Principes directeurs relatifs aux enfants associ√©s aux forces arm√©es ou aux groupes arm√©s (Principes de Paris).

Cette conf√©rence a rassembl√© des repr√©sentants de 73 √Čtats membres, de 11¬†organisations r√©gionales et internationales et de 20 organisations de la soci√©t√© civile, qui ont r√©affirm√© leur volont√© de concr√©tiser les Principes de Paris par des r√©formes politiques et juridiques et par des ressources d√©di√©es √† l'objectif de pr√©venir l'enr√īlement et l'utilisation d'enfants par des forces arm√©es et des groupes arm√©s non-√©tatiques et de mettre un terme √† ces ph√©nom√®nes, ainsi que de soutenir les initiatives de lib√©ration et de r√©int√©gration. En s'appuyant sur les r√©sultats de dix ann√©es d'efforts, la conf√©rence a pass√© en revue les progr√®s accomplis dans la mise en oeuvre des Engagements et des Principes de Paris au cours de la derni√®re d√©cennie : partage des enseignements tir√©s et des bonnes pratiques, identification des lacunes et des difficult√©s, et d√©finition des mesures compl√©mentaires √† prendre pour mettre fin aux graves violations √† l'encontre des enfants, en particulier pr√©venir leur enr√īlement et leur utilisation dans des situations de conflit arm√©.

Cette conf√©rence internationale et les √©changes soutenus entre les √Čtats, les organisations internationales et les organisations de la soci√©t√© civile, surtout celles agissant directement sur le terrain, ont permis √† la communaut√© internationale de r√©affirmer avec force sa volont√© de prot√©ger les enfants dans les conflits arm√©s et de mettre fin √† leur utilisation et √† leur recrutement par des forces et des groupes arm√©s. Une attention particuli√®re a √©t√© port√©e √† l'intensification de l'action collective destin√©e √† pr√©venir plus efficacement les violations graves commises contre les enfants dans les conflits arm√©s et √† les faire cesser imm√©diatement l√† o√Ļ elles sont susceptibles de se produire.

Les participants ont soulign√© l'importance d'une adoption universelle des Principes et des Engagements de Paris ; ils se r√©jouissent du fait que trois √Čtats, la Birmanie, le Kazakhstan et la Tunisie, aient endoss√© ces textes √† l'issue de la conf√©rence.

Réunis en trois panels de haut niveau, les participants à la conférence ont débattu des orientations et enjeux actuels et émis des recommandations concrètes concernant la marche à suivre. Un bref résumé de ces discussions est décrit ci-dessous.

Prévention du recrutement et de l'utilisation d'enfants par des forces et des groupes armés - libération et réintégration des enfants

Les participants ont √©voqu√© les avanc√©es r√©alis√©es en mati√®re de protection des enfants affect√©s par un conflit arm√©, en particulier concernant la mise en oeuvre de bonnes pratiques et de normes et crit√®res conform√©ment au droit international, y compris les Principes et Engagements de Paris endoss√©s √† ce stade par 105 √Čtats. Les participants ont fait part de leur inqui√©tude concernant la poursuite du recrutement et de l'utilisation d'enfants par des parties aux conflits et les autres violations et atteintes commis √† l'encontre des enfants dans les situations de conflit arm√©.

Ils ont soulign√© la n√©cessit√© de r√©affirmer les engagements internationaux et de respecter le droit international humanitaire et des droits de l'Homme, en soulignant l'importance du d√©veloppement, du renforcement et de l'application des cadres juridiques nationaux. Par exemple, ont √©t√© prises des mesures en faveur de l'adoption universelle et de l'application des Engagements et des Principes de Paris, ou telles que l'√©laboration et l'application des lois nationales qui p√©nalisent l'enr√īlement d'enfants par des forces gouvernementales et des groupes arm√©s non-√©tatiques, la dissuasion de l'utilisation d'√©coles et d'h√īpitaux √† des fins militaires et la p√©nalisation des attaques d'√©coles et d'h√īpitaux, contraires au droit international humanitaire, la normalisation des proc√©dures judiciaires se rapportant √† l'enr√īlement d'enfants dans diff√©rentes branches du droit conform√©ment aux normes internationales pour la justice des mineurs, telles que la privation de libert√© comme mesure de dernier recours et pour la plus courte dur√©e possible.

Dans le but d'emp√™cher le recrutement et l'utilisation d'enfants par des forces et des groupes arm√©s, les participants √† la conf√©rence ont soulign√© qu'il convient de favoriser leur inscription √† un √©tat civil gratuit et universel pour que tout enfant poss√®de un acte de naissance dans la juridiction de l'√Čtat. Il est particuli√®rement important de s'int√©resser aux besoins des enfants en situation de vuln√©rabilit√©.

De la même manière, les participants ont souligné l'importance de renforcer les initiatives visant à consolider un environnement protecteur à l'échelle locale dans le but de prévenir le recrutement. À cet égard, les actions conduites devraient inclure un soutien aux mécanismes de protection gouvernementaux et communautaires, à la sensibilisation des enfants et des communautés, à l'identification précoce et à l'action contre le recrutement et l'utilisation ainsi qu'au renforcement des capacités de résilience des filles et des garçons.

Les participants ont appel√© les parties aux conflits √† lib√©rer de fa√ßon inconditionnelle et imm√©diate les enfants int√©gr√©s √† leurs forces arm√©es. Ils ont √©galement d√©clar√© qu'il √©tait n√©cessaire que les gouvernements, avec le soutien de leurs partenaires internationaux, r√©gionaux et locaux, revoient et renforcent les proc√©dures de recrutement de leurs forces arm√©es, y compris s'agissant des milices paramilitaires et membres d'autres corps volontaires, qu'ils g√©n√©ralisent l'application de codes de conduite et qu'ils √©tablissent des unit√©s de protection des enfants au sein des structures des forces arm√©es et de s√©curit√©. Les participants ont insist√© sur le r√īle premier des gouvernements nationaux, avec le soutien des partenaires humanitaires et de d√©veloppement, des bailleurs et des communaut√©s locales pour fournir une protection concr√®te et des services √† tous les enfants affect√©s par un conflit arm√©.

Les participants ont salu√© les avanc√©es r√©alis√©es dans le cadre de la campagne ¬ęEnfants, pas soldats¬Ľ, lanc√©e par la repr√©sentante sp√©ciale du secr√©taire g√©n√©ral pour les enfants et les conflits arm√©s et l'UNICEF en 2014, afin d'acc√©l√©rer l'√©limination et la pr√©vention de l'enr√īlement et de l'utilisation d'enfants de moins de 18 ans dans des conflits arm√©s par les forces arm√©es √©num√©r√©es dans le rapport annuel du secr√©taire g√©n√©ral sur les enfants et les conflits arm√©s. Les participants ont soulign√© l'importance d'intensifier les efforts pour lutter contre le recrutement et l'utilisation d'enfants et contre les autres violations commises par des groupes arm√©s non-√©tatiques.

En outre, ils ont insist√© sur la n√©cessit√© de concevoir des programmes de pr√©vention et de r√©int√©gration qui soient adapt√©s √† l'√Ęge des enfants et prennent en compte les particularit√©s culturelles et les besoins sp√©cifiques de chaque sexe, permettent l'acc√®s √† l'√©ducation, √† la formation professionnelle et √† un choix de vie, ainsi que sur la n√©cessit√© d'autonomiser les enfants et de reconna√ģtre leur r√īle dans la construction d'une paix durable. Les participants ont not√© que les programmes de pr√©vention, de lib√©ration et de r√©int√©gration, pour √™tre efficaces, doivent s'inscrire dans le cadre des communaut√©s et inclure d'autres enfants affect√©s par un conflit arm√©, tels que les enfants non-accompagn√©s ou s√©par√©s, les membres des communaut√©s d'accueil et les enfants r√©fugi√©s ou d√©plac√©s, cette liste n'√©tant pas exhaustive. Ces programmes devraient inclure des composantes traitant de la stigmatisation et promouvant l'acceptation dans la communaut√© d'enfants anciennement associ√©s √† des forces ou groupes arm√©s, y compris les filles ayant des enfants n√©s du conflit.

Ils ont admis la n√©cessit√© d'accro√ģtre fortement les moyens consacr√©s aux enfants touch√©s par un conflit arm√© et leur acc√®s √† ces ressources, et de favoriser un financement multi-sectoriel pr√©visible, coh√©rent et durable des programmes de r√©int√©gration. Ils ont √©galement soulign√© le r√īle essentiel jou√© par l'√©ducation dans les efforts de lib√©ration et r√©int√©gration.

Les participants ont reconnu que les organisations de la soci√©t√© civile jouent un r√īle cl√© dans la pr√©vention des conflits (notamment via des initiatives locales de r√©conciliation), la protection des enfants et en aidant √† r√©int√©grer les enfants ayant √©t√© associ√©s √† des forces arm√©es ou √† des groupes arm√©s non-√©tatiques, ainsi que d'autres cat√©gories d'enfants vuln√©rables, dans les communaut√©s touch√©es par des conflits.

Il a été noté que l'adoption et l'application de Plans d'action dans le cadre de l'ordre du jour du conseil de sécurité sur les enfants et les conflits armés se sont révélées utiles dans un certain nombre de situations pour combattre le recrutement et l'utilisation d'enfants ; partant de ce constat, les participants ont appelé les parties concernées à travailler avec les Nations unies et leurs partenaires afin d'élaborer des Plans d'action et d'autres mesures visant à combattre toutes les violations graves commises à l'encontre des enfants.

Prévention des violations graves commises à l'encontre des enfants dans les situations de conflit armé et réaction à ces violations

Les participants √† la conf√©rence ont soulign√© que la pr√©vention et les r√©ponses apport√©es aux graves violations commises √† l'encontre des enfants dans les conflits arm√©s sont essentielles √† la protection effective des enfants. Les participants ont identifi√© les liens communs entre ces violations graves et ont reconnu le r√īle jou√© par les Principes et les Engagements de Paris au cours de la derni√®re d√©cennie dans la pr√©vention et l'√©limination d'autres types de violations graves de l'int√©grit√© physique des enfants dans les conflits arm√©s, telles que les meurtres et les mutilations, les violences sexuelles et les enl√®vements. Les participants se sont mis d'accord sur le fait qu'il faut faire davantage pour cr√©er et p√©renniser un environnement protecteur pour les enfants dans des situation de conflit arm√©s, ainsi qu'il convient d'√©largir et renforcer les initiatives ayant port√© leurs fruits. La pr√©vention des violations est essentielle et rel√®ve de la plus grande priorit√©.

√Ä cet √©gard, il est important de renforcer les fonctions essentielles de l'√Čtat pour faire cesser et pr√©venir les violations commises √† l'encontre des enfants. Ils ont identifi√© les domaines qui n√©cessitent une attention et un engagement accrus, comme le fait de prendre des mesures pour que les auteurs de violations contre des enfants rendent des comptes et pour lutter contre l'impunit√©, agir en faveur du renforcement des politiques et des l√©gislations prot√©geant les enfants, et aboutir √† une prise de conscience plus importante des in√©galit√©s entre les sexes et le ciblage syst√©matique des filles.

Les participants ont salu√© la pertinence des Plans d'action arr√™t√©s entre les parties aux conflits et les Nations unies, conform√©ment aux r√©solutions du conseil de s√©curit√© des Nations unies, non seulement pour mettre un terme aux violations graves des droits des enfants dans les situations de conflit arm√©, mais √©galement pour prendre des mesures pr√©ventives. En effet, tout plan d'action est √©labor√© dans le but de r√©pondre √† des situations sp√©cifiques et de donner des orientations s'appuyant sur des mesures concr√®tes, afin que la partie concern√©e applique mieux les normes nationales et internationales. Le retrait d'un √Čtat ou d'un groupe arm√© de la liste du secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies indique qu'il s'emploie √† assurer une meilleure protection des enfants.

Les participants ont discuté des souffrances causées aux enfants par les opérations militaires, à travers l'utilisation excessive et indiscriminée d'armes explosives ou l'impact indiscriminé d'armes activées accidentellement par les victimes. Les participants ont souligné qu'il était nécessaire d'adhérer et d'appliquer le droit international, ainsi que de considérer la possibilité de mieux identifier des mesures pratiques à mettre en place avant, pendant et après les opérations militaires pour réduire les atteintes aux personnes civiles et mieux protéger les enfants.

Les participants ont not√© qu'il √©tait n√©cessaire de d√©velopper les capacit√©s techniques des procureurs comp√©tents pour les forces arm√©es et de s√©curit√© nationale et la formation en mati√®re de protection de l'enfance des personnels de justice, de police et des √©tablissements p√©nitentiaires, ainsi que des organisations humanitaires et de la soci√©t√© civile et des structures et groupes communautaires. Ce renforcement des capacit√©s inclut notamment l'√©laboration et la diffusion d'outils de programmation bas√©s sur les faits, qui visent √† renforcer les mesures emp√™chant les parties √† un conflit de (r√©)enr√īler ou utiliser des enfants, et √† favoriser leur r√©int√©gration dans les communaut√©s.

Les participants ont relevé le potentiel de l'agenda 2030 pour le Développement durable, en particulier les objectifs 16.2 (mettre un terme à la maltraitance, à l'exploitation et à la traite, et à toutes les formes de violence et de torture dont sont victimes les enfants) et 5.2 (éliminer toutes les formes de violence faites aux femmes et aux filles) pour prévenir et répondre aux violations graves commises contre les enfants dans les conflits armés.

Les conséquences des conflits armés sur les enfants

Les participants ont analysé les évolutions dans les conflits armés contemporains et mis en évidence les défis à relever pour diminuer leur impact sur les enfants.

Les participants ont identifi√© l'impact n√©gatif de l'augmentation du nombre d'attaques d√©lib√©r√©es contre les √©coles et les h√īpitaux, ainsi que leurs personnels prot√©g√©s, dans un environnement politique et s√©curitaire qui devient de plus en plus complexe. L'utilisation des √©coles accro√ģt les risques d'attaques et compromet la s√©curit√© des enfants, augmente les risques de recrutement et emp√™che les enfants de retourner √† l'√©cole, une condition essentielle de la r√©int√©gration et de la pr√©vention de reprise des recrutements.

Les participants ont √©galement rappel√© la D√©claration sur la s√©curit√© dans les √©coles, dont le but est de r√©duire l'utilisation des √©coles et des universit√©s par les parties au conflit, ainsi que de minimiser l'impact n√©gatif des conflits arm√©s sur la s√©curit√© et l'√©ducation des enfants. Les participants ont convenu d'encourager, en tant que besoin, la mise en oeuvre de bonnes pratiques dans le but d'accro√ģtre la protection de l'√©ducation en temps de conflits. Deux √Čtats, la France et le Canada, ont annonc√© l'endossement de la D√©claration sur la s√©curit√© dans les √©coles.

Ils ont insist√© sur le fait qu'il est n√©cessaire de garantir aux enfants vivant dans une zone de conflit ou √† ceux fuyant un conflit arm√©, y compris les enfants victimes des pires formes d'exploitation par le travail, une √©ducation de qualit√© et un acc√®s aux services de sant√©, dont une assistance psychologique, afin de traiter le stress psychosocial et les sympt√īmes de stress post-traumatique. Les participants ont soulign√© les cons√©quences durables des attaques perp√©tr√©es contre des √©coles, des h√īpitaux et leurs personnels prot√©g√©s qui s'y trouvent : en particulier, le sentiment persistant des enfants de ne pas √™tre en s√©curit√© lorsqu'ils se rendent √† l'√©cole apr√®s un conflit, l'augmentation du nombre d'enfants d√©plac√©s avec leurs familles et les restrictions impos√©es √† l'acc√®s humanitaire. Ils ont soulign√© combien il est important d'utiliser des programmes, des outils p√©dagogiques et un langage appropri√©s afin de garantir un apprentissage efficace et de veiller √† ce que les professeurs et le personnel √©ducatif soient form√©s de fa√ßon ad√©quate pour r√©pondre aux besoins √©ducatifs sp√©cifiques des enfants dans des situations de conflit arm√©, notamment les enfants migrants et r√©fugi√©s.

Les participants à la conférence ont identifié les vulnérabilités auxquelles sont confrontés les enfants déplacés, réfugiés et migrants et ont plaidé pour une action urgente visant à les protéger, en particulier ceux qui sont séparés et non accompagnés, dans les pays d'origine, de transit et de destination contre l'exploitation et la violence, les trafics illicites et la traite des êtres humains ainsi que le risque de recrutement par des groupes ou des forces armées. Parmi les autres actions stratégiques dont ont débattu les participants afin d'améliorer le bien-être et la protection, il faut considérer l'arrêt de la mise en détention des enfants en raison de leur statut d'immigrés ou de celui de leurs parents et le fait de ne pas séparer les membres d'une même famille, ce qui est le meilleur moyen de protéger les enfants et de leur assurer un statut juridique. Garantir l'accès des enfants déplacés, réfugiés et migrants à des services de qualité tels que l'éducation et les soins médicaux est également un élément essentiel.

Les participants appellent à investir dans des mécanismes durables de collecte de données qui en respectent la confidentialité et dans des outils de recherche efficaces permettant d'élargir le socle des connaissances sur les violations graves à l'encontre des enfants, dans des plaidoyers, des politiques et des programmes. Une référence particulière a été faite aux objectifs 16.2, 8.7 et 5.2 de l'agenda 2030 pour le Développement durable. À cet effet, il a été suggéré d'améliorer les systèmes nationaux d'information et de collecte de données afin d'identifier les enfants vulnérables et d'assurer un suivi efficace des avancées.

En outre, les participants ont reconnu et salué les efforts mis en oeuvre par le comité de pilotage des Principes de Paris dans l'élaboration du manuel de terrain sur le recrutement, la libération et la réinsertion des enfants, ainsi que pour son soutien constant apporté aux pays en situation de conflit armé afin de soulager les souffrances humanitaires et d'améliorer le bien-être et la protection des enfants, de leurs familles et des communautés./.

(Le comité de pilotage des Principes de Paris, coprésidé par l'ONG Save the Children et par l'UNICEF, compte parmi ses membres : Child Soldiers International, ChildFund, Conflict Dynamics International, L'Appel de Genève, le gouvernement français, le Comité international de la Croix-Rouge, l'Organisation internationale du travail, le Centre international pour la justice transitionnelle, le Comité de secours international, la Romeo Dallaire Child Soldiers Initiative, Save the Children, le Département des opérations de maintien de la paix des Nations unies, le Programme des Nations unies pour le développement, l'UNICEF, War Child et World Vision International.)

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4. Nations unies - Conf√©rence internationale ¬ęProt√©geons les enfants de la guerre¬Ľ - Message de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 21/02/2017)

La France est fermement engagée dans la protection des enfants dans les conflits armés qui constitue une priorité de notre action diplomatique.

Il y a 10 ans d√©j√†, en f√©vrier 2007, la France avait organis√© en partenariat avec l'UNICEF la conf√©rence ¬ęLib√©rons les enfants dans la guerre¬Ľ. √Ä l'issue de cet √©v√©nement, des principes et engagements contre l'enr√īlement d'enfants par les forces et les groupes arm√©s avaient √©t√© adopt√©s. Ce sont ¬ęles Principes et Engagements de Paris¬Ľ. √Ä ce jour, 105 √Čtats les ont endoss√©s.

Aujourd'hui, notre engagement est plus que jamais n√©cessaire : 246 millions d'enfants vivent en effet dans des pays ou des zones qui connaissent des conflits arm√©s, rapporte l'UNICEF. C'est pourquoi, √† l'occasion du dixi√®me anniversaire des Principes et Engagements de Paris, la France, aux c√īt√©s de l'UNICEF, a pris l'initiative d'organiser une conf√©rence internationale ¬ęProt√©geons les enfants de la guerre¬Ľ, en pr√©sence de la repr√©sentante sp√©ciale du secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies, Leila Zerrougui, et du directeur ex√©cutif de l'UNICEF, Anthony Lake.

Nos objectifs sont triples : faire l'√©tat des lieux de la situation des enfants vivant dans des zones de conflits arm√©s ; √©valuer les progr√®s r√©alis√©s au cours de la derni√®re d√©cennie et √©tudier de nouvelles initiatives afin de toujours mieux prot√©ger filles et gar√ßons ; et renforcer la d√©termination des acteurs internationaux dans ce combat, gr√Ęce √† des r√©formes politiques et juridiques ainsi qu'√† travers des programmes de r√©int√©gration et de d√©veloppement √©conomique et social adapt√©s.

Je tiens à remercier l'ensemble des acteurs qui participent chaque jour avec détermination et conviction à la protection des enfants vivant dans des zones de conflit armé, et en particulier notre partenaire de longue date dans cette mission, l'UNICEF, ainsi que les organisations de la société civile et les ONG, qui veillent sur le terrain à la défense et au respect des droits des enfants. Notre engagement commun est notre meilleure arme pour lutter contre les violations graves commises à l'encontre des enfants dans les conflits armés, et éradiquer définitivement le phénomène du recrutement des enfants dans les guerres./.

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5. Nations unies - Conf√©rence internationale ¬ęProt√©geons les enfants de la guerre¬Ľ - UNICEF - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęTV5 Monde¬Ľ - extraits (Paris, 19/02/2017)

Q - Sur l'agenda, un élément qui intéresse naturellement le monde entier, c'est la situation des enfants, 250 millions d'enfants qui vivent en zone de guerre. Vous prenez l'initiative pour tenter de les protéger de leur venir en aide, 250 millions, c'est tout à fait dramatique !

R - C'est considérable. C'est souvent ce que l'on appelle les enfants soldats qui ne sont même pas des adolescents et que l'on voit sur les photos qui sont terribles. La France a déjà pris il y a dix ans une initiative pour établir ce qu'on appelait les principes et les engagements de Paris concernant la protection des enfants dans les conflits qui avait été établie avec l'UNICEF, 105 pays qui ont endossé ces engagements de protection des enfants. Dix ans après, avec l'UNICEF, nous allons faire un point complet sur la situation et ce qui peut être fait davantage. Le président Hollande fera un discours et il y aura beaucoup de participants pour que cette grande cause de l'enfance ne soit pas oubliée. Il y aura des témoignages d'enfants soldats ou d'anciens enfants soldats qui viendront raconter la tragédie de ce qu'ils ont vécu pour que cette grande question reste à l'agenda international. (...)./.

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6. Nations unies - 10√®me anniversaire de la convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forc√©es - Intervention de M. Mathias Fekl, secr√©taire d'√Čtat charg√© du commerce ext√©rieur, de la promotion du tourisme et des Fran√ßais de l'√©tranger - Assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies (New York, 17/02/2017)

Merci Monsieur le Président de l'Assemblée générale,

Monsieur le Président du Comité des disparitions forcées,

Madame la Présidente du groupe de travail sur les disparitions forcées,

Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi d'abord de vous remercier, Monsieur le Président, de nous avoir réunis aujourd'hui pour un événement de cette importance et de cette portée. Je suis heureux et fier de pouvoir y représenter mon pays, la France, qui accorde une importance toute particulière à cette Convention. Anniversaire et point d'étape, notre réunion d'aujourd'hui est à la fois solennelle et opérationnelle.

La Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forc√©es a aujourd'hui 10 ans. Mais les travaux et r√©flexions qui l'ont rendue possible ont d√©but√© trois d√©cennies plus t√īt puisque d√®s 1978, et l'adoption par l'Assembl√©e g√©n√©rale de l'ONU, √† l'initiative de la France, d'une premi√®re r√©solution sur les personnes disparues, des progr√®s consid√©rables n'ont cess√© d'√™tre enregistr√©s. Nous pouvons collectivement ici nous en f√©liciter et saluer ces avanc√©es.

Le groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires, créé en 1980 a révélé l'ampleur et la gravité du phénomène. Ce diagnostic a été décisif pour la suite de l'action. Il a contribué à la mobilisation des membres des Nations unies en faveur d'un nouvel instrument de droit international : la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, adoptée le 20 décembre 2006, signée à Paris le 6 février 2007, trouve là son origine.

Avec le recul de ces 10 ann√©es, la France consid√®re ce texte comme une r√©ussite majeure. Son √©laboration en premier lieu a constitu√© un mod√®le de coop√©ration entre √Čtats, repr√©sentants de la soci√©t√© civile et experts. Un homme au sein de ce collectif soud√© a jou√© un r√īle d√©terminant, il s'agit de l'homme de droit Louis Joinet, militant selon sa propre formule de ¬ęla lutte contre l'impunit√© du temps qui passe¬Ľ, et qui nous fait aujourd'hui l'honneur de son t√©moignage. Le texte lui-m√™me est d'une grande solidit√© juridique, il est nourri de principes forts et en m√™me temps d'un souci op√©rationnel et concret extr√™mement d√©taill√©. Les avanc√©es ont √©t√© consid√©rables pour lutter contre l'impunit√© gr√Ęce au droit international ; pour reconna√ģtre en temps de paix comme en temps de guerre les disparitions forc√©es comme des crimes ; pour qualifier la pratique g√©n√©ralis√©e ou syst√©matique de la disparition forc√©e de crime contre l'humanit√©¬†; pour interdire les lieux de d√©tention secrets ; pour renforcer les garanties de proc√©dures entourant la d√©tention ; et pour ouvrir aux familles et √† leurs proches le droit √† conna√ģtre la v√©rit√©.

√Ä cet √©gard, je veux devant vous rendre hommage √† l'action inlassable des familles et des proches de victimes, elles ont jou√© un r√īle d√©terminant dans la lutte contre les disparitions forc√©es et elles continuent √† remplir ce r√īle aujourd'hui.

Permettez-moi de partager avec vous un souvenir personnel. Il y a quelques mois, j'accompagnais le pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise, Fran√ßois Hollande, lors de sa visite d'√Čtat en Argentine. √Ä Buenos Aires, nous avons rencontr√© des familles et j'ai, en cet instant, une pens√©e pour toutes les m√®res, toutes les grands-m√®res de la place de Mai qui continuent √† faire vivre la m√©moire des victimes.

Ma pensée va notamment à Mme Estela de Carlotto, présidente de cette association, à son petit-fils Guido, retrouvé 37 années après sa disparition. Ma pensée va à ces femmes, ces dames, ces grandes dames, dignes, droites et fortes de la place de Mai qui inlassablement se battent pour la mémoire et pour que justice soit faite.

Pour pouvoir agir, les Nations unies se sont dot√©es de nouveaux moyens d'action. C'est ce que nous devons √† ces victimes. √Ä cet √©gard, le r√īle du Comit√© des disparitions forc√©es qui veille √† la mise en oeuvre effective de la Convention a √©t√© rappel√© et renforc√© le 19 d√©cembre dernier √† Gen√®ve lors de la conf√©rence des parties co-pr√©sid√©e par l'Argentine et la France. Permettez-moi de saluer le travail remarquable du pr√©sident actuel du comit√©, M. Santiago Corcuera Cabezut, et de son pr√©d√©cesseur, M. Emmanuel Decaux.

Ce temps √† Gen√®ve a permis de prendre la mesure du r√īle fondamental du comit√© aujourd'hui encore. Plusieurs raisons √† cela. En premier lieu, l'√©lucidation des disparitions forc√©es est une √©tape dans le retour √† l'√©tat de droit, une √©tape indissociable du r√©tablissement de la paix civile.

En deuxi√®me lieu, le combat contre les disparitions forc√©es ne s'arr√™te pas aux situations de crises. Il concerne en droit tous les √Čtats. La France en mettant elle aussi en place un dispositif juridique interne, solide, robuste, en acceptant pour elle-m√™me la comp√©tence du comit√©, prend toutes les responsabilit√©s pour se soumettre aux exigences du droit international et de nos travaux communs.

La troisième raison est que les disparitions forcées demeurent aujourd'hui encore une pratique trop répandue dans de nombreux pays et ce sur tous les continents.

Depuis sa cr√©ation, le groupe de travail des Nations unies a √©t√© saisi de 55.000 cas concernant 105 √Čtats. Le rapporteur sp√©cial sur la situation des droits de l'Homme en Cor√©e du Nord a, lui, fait √©tat de 200.000 personnes pr√©sum√©es victimes d'enl√®vements et de disparitions forc√©es. Depuis 2011, la pratique tr√®s r√©pandue des disparitions forc√©es en Syrie a elle aussi √©t√© d√©nonc√©e comme une forme d'attaque contre les civils par la Commission internationale ind√©pendante d'enqu√™te sur la Syrie et ce d√®s 2014.

Il est par ailleurs √† craindre que le nombre de cas d√©tect√©s et suivis par les Nations unies ne recouvrent en r√©alit√© qu'une faible partie des cas r√©els de disparitions forc√©es. Et je pense bien s√Ľr aux pays qui refusent tout acc√®s aux experts de l'ONU et dissimulent les crimes commis √† l'encontre de leur propre population. Face √† cela, nous devons rester plus que jamais actifs et vigilants. Je sais que nous sommes tous ici d√©termin√©s en ce sens. Et c'est bien s√Ľr l'un des enjeux forts de cette rencontre aujourd'hui. Nous devons r√©affirmer la vocation universelle de la Convention, pas seulement comme une d√©claration de principe, pas seulement comme une incantation, mais dans le but concret de mettre en place des actions de pr√©vention et des actions d'acc√®s √† la justice.

C'est la raison pour laquelle la France proposera en lien avec l'Argentine aux √Čtats membres du groupe des amis de la Convention de mener une campagne internationale. Cette campagne aura pour but d'une part d'accro√ģtre le nombre de signataires et d'autre part d'engager les √Čtats qui ont sign√© la Convention √† la ratifier. Notre objectif est celui d√©fendu par le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme consistant √† doubler le nombre d'√Čtats parties d'ici cinq ans.

Parall√®lement et avec votre soutien, la France appellera les √Čtats parties √† la Convention √† reconna√ģtre la comp√©tence du Comit√© des disparitions forc√©s. Elle les appellera √† coop√©rer avec lui ainsi qu'avec le Groupe de travail sur les disparitions forc√©es, et avec le Rapporteur sp√©cial sur la promotion de la v√©rit√©, de la justice, de la r√©paration et des garanties de non-r√©p√©tition.

Mesdames et Messieurs, notre mobilisation et notre force sont collectives et nous pouvons compter sur d'importants soutiens. D'abord, sur la mobilisation d'organisations non gouvernementales qui jouent notamment un r√īle essentiel d'alerte et de suivi dans les zones les plus difficiles d'acc√®s ; ensuite, sur la solidarit√© et le soutien des opinions publiques mondiales qui ont d√©j√† tant oeuvr√© en s'exprimant dans les rues ou sur internet pour r√©clamer des lib√©rations ; enfin et surtout sur le regard et l'exigence des familles qui nous rappelleront toujours l'urgence de leur attente et par cons√©quent l'urgence de notre devoir. Ce sont autant de raisons d'esp√©rer, d'agir et surtout de r√©ussir.

Je vous remercie./.

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7. 25e sommet franco-espagnol - Union europ√©enne - D√©claration conjointe (Malaga, 20/02/2017)

À l'issue du Sommet franco-espagnol organisé à Malaga le 20 février 2017, le président de la République française et le président du gouvernement espagnol ont adopté la déclaration conjointe suivante :

Face aux défis communs auxquels nous sommes confrontés, la France et l'Espagne souhaitent envoyer un message d'unité, de détermination et d'engagement ferme dans le projet européen.

La France et l'Espagne sont fi√®res de ce qu'elles ont accompli ensemble en tant que membres de l'Union europ√©enne : la plus longue p√©riode de paix et de prosp√©rit√© de l'histoire du continent ; un projet unique fond√© sur des nations qui choisissent d√©mocratiquement d'unir leurs forces pour agir ensemble, dans le plein respect de l'√Čtat de droit comme l'un de ses principes originels et irr√©vocables ; un espace europ√©en devenu la r√©gion du monde o√Ļ les libert√©s individuelles, les droits des personnes, la s√©curit√©, la protection sociale, la d√©fense de l'environnement sont les mieux garantis ; la principale puissance √©conomique, commerciale et normative ; l'une des grandes monnaies du monde ; et un foyer unique pour l'√©ducation, la science et la culture.

La France et l'Espagne savent qu'ensemble, elles pourront mieux faire face aux d√©fis d'un monde devenu plus instable et incertain, d√©fendre leurs valeurs et leurs int√©r√™ts, assurer le d√©veloppement de leurs √©conomies et transmettre √† leur jeunesse un projet porteur d'espoir. C'est cette conviction qui les am√®ne √† s'engager pour une Europe forte et solidaire, qui soit capable de conserver la ma√ģtrise de ses choix et de s'affirmer dans le monde pour qu'il soit mieux organis√©.

La France et l'Espagne s'accordent sur les priorités identifiées par la feuille de route de Bratislava pour répondre aux inquiétudes de leurs citoyens. Une nouvelle ambition doit être maintenant définie pour les prochaines années.

Afin d'assurer la pr√©servation √† l'avenir de l'√Čtat providence, le renforcement de la croissance et de la cr√©ation d'emplois est une priorit√© centrale. √Ä cet effet, il est n√©cessaire de renforcer l'investissement et de d√©velopper le march√© int√©rieur, en particulier dans les domaines du num√©rique, de l'industrie, de l'√©nergie, y compris les interconnexions, et de la lutte contre le changement climatique par la pleine mise en oeuvre de l'Accord de Paris ; de renforcer le socle europ√©en des droits sociaux ; et de d√©finir une strat√©gie pour une politique commerciale de l'Union qui soit robuste. Nous devons par ailleurs garantir que la zone euro fonctionne de mani√®re efficace et soit dot√©e des m√©canismes permettant de r√©sorber les d√©s√©quilibres et d'assurer la convergence, y compris dans les domaines fiscal et social. √Ä cette fin, nous devons achever l'Union bancaire, approfondir l'Union des march√©s des capitaux, d√©velopper la coordination des politiques √©conomiques, dans le respect du principe de subsidiarit√©, et disposer d'instruments communs favorisant la stabilit√© et la convergence.

Afin de vaincre le terrorisme et de prot√©ger les Europ√©ens face aux menaces et aux instabilit√©s dans leur environnement, il est essentiel d'assurer que les fronti√®res ext√©rieures de l'Europe sont g√©r√©es et contr√īl√©es efficacement et de d√©velopper toutes les coop√©rations n√©cessaires entre les services de justice, de police et de renseignement des √Čtats. La France et l'Espagne ont √©t√© particuli√®rement touch√©es par le terrorisme. Elles sont pr√™tes √† √©largir √† tous les √Čtats membres la collaboration √©troite qu'elles ont d√©velopp√©e entre elles pour lutter contre ce fl√©au.

Les Européens doivent en même temps prendre leurs responsabilités pour la défense européenne, afin de pouvoir agir quand ils le décident, en complémentarité avec l'Alliance atlantique. La France et l'Espagne s'engagent en faveur d'un niveau d'ambition élevé, qui doit conduire à l'autonomie stratégique de l'Europe, par la pleine capacité à déployer de manière efficace et crédible des opérations militaires et des missions civiles, y compris par une capacité permanente de planification et de conduite d'opérations ; le respect de nos engagements en matière de dépenses de défense et une meilleure coordination de nos programmes ; la mise en place d'un Fonds européen de défense.

Afin de faire face à l'enjeu des migrations, l'Europe doit se doter d'une politique d'ensemble et de moyens plus importants pour accueillir les réfugiés qui fuient les persécutions, lutter contre les migrations irrégulières et renforcer la coopération avec les pays-tiers, en particulier à l'égard des pays d'Afrique et de la Méditerranée. Cette politique doit être fondée sur ces valeurs essentielles de nos sociétés que sont le droit d'asile, l'intégration et l'inclusion sociale.

La France et l'Espagne, pays voisins et alliés, forts d'une amitié remontant à plusieurs siècles et unis par leur engagement commun dans la réussite du projet européen, ont la responsabilité de contribuer à une nouvelle impulsion pour l'Europe. Elles sont prêtes à y contribuer avec tous ceux qui sont prêts à s'engager dans ce sens. Elles poursuivront ce travail avec l'Allemagne et l'Italie, qui partagent cette responsabilité particulière lors de la rencontre qui se tiendra en France le 6 mars prochain, en vue du Conseil européen des 9 et 10 mars et de la commémoration du 60ème anniversaire du Traité de Rome le 25 mars./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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8. 25e sommet franco-espagnol - Lutte contre l'ETA - Communiqu√© conjoint du minist√®re de la justice et du minist√®re de l'int√©rieur (Paris, 20/02/2017)

À l'occasion du 25ème sommet franco-espagnol qui s'est tenu à Málaga le 20 février 2017, Jean-Jacques Urvoas, garde des Sceaux, ministre de la justice et Bruno Le Roux, ministre de l'intérieur, ont signé avec leurs homologues espagnols Rafael Catala et Juan Ignacio Zoido, une déclaration d'intention relative à la remise à l'Espagne de biens saisis dans des dossiers judiciaires français impliquant l'organisation ETA.

Cette déclaration d'intention s'appuie sur la collaboration exceptionnelle entre les autorités judiciaires et policières françaises et espagnoles dans la lutte contre l'ETA, depuis plusieurs décennies.

Elle pose le principe de la remise à l'Espagne par la France, d'ici la fin de l'année 2017, de plusieurs milliers de scellés judiciaires relatifs à des affaires définitivement jugées, en lien avec ETA. C'est une contribution significative de la France en vue de l'ouverture du futur centre pour la mémoire des victimes du terrorisme, à Vitoria-Gasteiz, au pays basque espagnol.

Cette remise pourra également contribuer à l'élucidation d'affaires liées au terrorisme de l'ETA en Espagne.

Une ¬ęcommission de cession¬Ľ est institu√©e, compos√©e de repr√©sentants des autorit√©s judiciaires et de s√©curit√© fran√ßaises et espagnoles, charg√©e de s'assurer des conditions juridiques, techniques et logistiques de la remise des biens saisis. Elle devra se r√©unir pour la premi√®re fois avant le 30 juin 2017./.

(Source : site Internet du ministère de l'intérieur)

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9. 25e sommet franco-espagnol - S√©curit√© civile - Lutte contre le trafic de stup√©fiants - Communiqu√© du minist√®re de l'int√©rieur (Paris, 20/02/2017)

√Ä l'occasion du 25e sommet franco-espagnol qui s'est tenu ce jour √† Malaga, le ministre de l'int√©rieur, Bruno Le Roux, et son homologue espagnol, Juan Ignacio Zoido √Ālvarez, ont sign√© deux accords relatifs √† la coop√©ration bilat√©rale dans le domaine de la s√©curit√© civile.

Ils ont également fait part de leur intention de renforcer la lutte contre le trafic illicite de stupéfiants et de coopérer en matière de formation des élèves gendarmes.

Coopération en matière de sécurité civile

Le premier accord relatif à l'emploi des moyens aériens bombardiers d'eau, en cas d'assistance mutuelle, pour lutter contre les incendies de forêts précise, dès le début de l'opération, les règles d'engagement opérationnelles ainsi que les dispositions administratives et financières. Cet accord concerne prioritairement certaines zones géographiques :

  • pour la France : les r√©gions ¬ęNouvelle Aquitaine¬Ľ, ¬ęOccitanie¬Ľ, ¬ęProvence-Alpes-C√īte d'Azur¬Ľ et la collectivit√© territoriale de Corse
  • pour l'Espagne : la communaut√© autonome de Catalogne, l'Aragon, le Pays Basque et les √éles Bal√©ares

Le second accord relatif à la gestion des secours dans la zone frontalière des Pyrénées fixe les modalités de réalisation d'opérations d'assistance mutuelle. Ces opérations recouvrent aussi bien les risques quotidiens (prévention et lutte contre les incendies, secours et assistance aux personnes en danger...), que les risques particuliers qui sont peu prévisibles mais qui peuvent engendrer des effets particulièrement graves.

Coopération dans la lutte contre le trafic illicite de stupéfiants

Les ministres ont fait part de leur intention de renforcer la lutte contre le trafic illicite de stupéfiants, notamment :

  • en renfor√ßant les √©changes d'informations strat√©giques dans le domaine de la criminalit√© organis√©e
  • en encourageant la cr√©ation d'√©quipes communes d'enqu√™tes par l'autorit√© judiciaire comp√©tente, avec le soutien d'Europol le cas √©ch√©ant
  • en intensifiant les contr√īles sur les routes terrestres et maritimes

Les ministres se sont également mis d'accord pour la mise en place d'un projet de coopération en matière de formation des élèves gendarmes. Celui-ci prévoit que la France utilise, à titre payant, des infrastructures de formation en Espagne pouvant héberger une compagnie de 120 élèves-gendarmes pendant les 8 mois de leur instruction initiale, à partir du deuxième semestre 2017. La formation serait assurée par des gendarmes français. Une mission exploratoire sera menée à Madrid dans les semaines à venir afin de préciser les modalités de ce projet./.

(Source : site Internet du ministère de l'intérieur)

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10. Chine - Relations bilat√©rales - Union europ√©enne - Discours du Premier ministre, M. Bernard Cazeneuve, √† l'universit√© de Beida (P√©kin, 21/02/2017)

(Seul le prononcé fait foi)

Madame la Ministre,

Messieurs les Ministres,

Messieurs les Parlementaires,

Monsieur l'Ambassadeur,

Monsieur le Président du conseil d'administration et Secrétaire général du Parti de l'université de Pékin,

Monsieur le Président de l'université de Pékin,

Mesdames, Messieurs,

Je suis honoré de pouvoir m'exprimer aujourd'hui devant vous, au sein de la plus ancienne université de Chine, qui est depuis 120 ans l'un des foyers intellectuels de la Chine moderne et dont sont issus plusieurs prix Nobel et de nombreux dirigeants, dont le Premier ministre Li Keqian. Je sais que votre université entretient en outre des liens étroits avec de nombreuses universités et grandes écoles françaises et je m'en félicite.

Les relations franco-chinoises sont anciennes, mais leur histoire moderne s'est v√©ritablement ouverte en 1964 avec le geste pionnier du G√©n√©ral de Gaulle reconnaissant la R√©publique populaire de Chine. √Ä ceux qui lui objectaient, √† l'√©poque, que les moyens de nos pays √©taient trop limit√©s pour que nous puissions peser sur le cours des affaires du monde, il r√©pondait : ¬ęLes moyens de la Chine sont virtuellement immenses. Il n'est pas exclu qu'elle redevienne au si√®cle prochain ce qu'elle fut pendant tant de si√®cles, la plus grande puissance de l'univers. Et les moyens de la France sont eux aussi immenses, parce qu'ils sont moraux¬Ľ.

Nos relations ont connu depuis un développement considérable. Les moyens de la Chine sont devenus immenses ; ceux de la France ne relèvent pas seulement de la magistrature morale que revendiquait pour elle le général de Gaulle, mais de son statut politique, de son attractivité économique, de ses capacités de défense, de son rayonnement scientifique et culturel. C'est pourquoi le partenariat global stratégique que nos deux pays ont noué en 2004 porte aujourd'hui ses fruits : couvrant un champ très large d'échanges, il constitue une avancée majeure pour la paix, la prospérité et le développement durable dans le monde.

La France et la Chine, toutes deux membres permanents du conseil de s√©curit√© des Nations unies, toutes deux puissances nucl√©aires, doivent continuer d'unir leurs efforts pour rendre ce monde plus stable et plus s√Ľr.

Nous avons tout d'abord un r√īle √† jouer sur la sc√®ne multilat√©rale. L'action conjugu√©e de nos deux pays a √©t√© d√©cisive pour le succ√®s de la conf√©rence de Paris de d√©cembre 2015. Ensemble, nous avons rendu possible la conclusion d'un accord universel pour lutter contre le d√©r√®glement climatique. C'est l'illustration √©clatante de ce que nous pouvons r√©ussir en joignant nos efforts pour mobiliser la communaut√© internationale. C'est aussi pourquoi nous partageons le point de vue exprim√© par le pr√©sident Xi Jinping lors de son discours au forum international de Davos, selon lequel ¬ęles √Čtats signataires de cet accord doivent se tenir √† cet engagement plut√īt que de s'en √©loigner, d√®s lors qu'il s'agit d'une responsabilit√© qui nous engage envers les g√©n√©rations futures¬Ľ.

Sous la présidence chinoise, les travaux du G20 ont permis en 2016 de progresser dans la ratification de cet accord, mais aussi dans la poursuite d'autres sujets que la France considère comme des priorités : en particulier la lutte contre le terrorisme et son financement, ainsi que la répression de la fraude et l'évasion fiscale. Nous souhaitons travailler dans le même esprit de coopération sur les grands dossiers régionaux, comme la Corée du Nord, la Syrie et le processus de paix au Proche-Orient, qui sont cruciaux pour la sécurité internationale.

Au plan bilat√©ral, notre dialogue politique n'a jamais √©t√© aussi intense. Les visites se sont succ√©d√© ces derni√®res ann√©es au plus haut niveau de nos √Čtats √† une fr√©quence in√©dite, avec la venue en France √† deux reprises du pr√©sident Xi Jinping et celle du Premier ministre Li Keqiang. Le pr√©sident Fran√ßois Hollande est venu trois fois en Chine, et mon pr√©d√©cesseur vous a rendu visite au d√©but de 2015. Les visites de vice-Premier ministres [Mme Liu Yandong, M. Ma Kai] et de ministres se sont √©galement poursuivies √† √©ch√©ances rapproch√©es, manifestant l'int√©r√™t que nos pays se portent et la vigueur des multiples dialogues que nous entretenons.

Je souhaite aussi que l'Europe occupe une place centrale dans les relations entre la France et la Chine. Dans le contexte actuel, marqué par une montée du protectionnisme et par la tentation du repli sur soi, l'Union européenne constitue une puissance politique de premier plan, engagée en faveur du multilatéralisme et d'une mondialisation régulée. Demain, avec ses 27 membres, donc sans le Royaume-Uni, l'Union européenne demeurera la première puissance économique du monde. Elle est le premier partenaire commercial de plus de 80 pays dans le monde. Elle est aussi le premier émetteur et le premier récepteur d'investissements directs à l'étranger au monde. C'est une puissance stable, malgré les crises qui la traversent comme toutes les régions du monde en connaissent. Je crois que cette stabilité est, à l'heure actuelle, un atout particulièrement attractif.

Bien s√Ľr, l'Union europ√©enne fait face √† des d√©fis, √† ses fronti√®res et en son sein, avec le d√©part du Royaume-Uni. La France, comme l'Allemagne o√Ļ je me suis rendu la semaine derni√®re, est convaincue que la r√©ponse √† cet √©v√©nement passe par davantage d'int√©gration. C'est le sens de l'action que nous menons depuis plusieurs mois pour aboutir √† des r√©sultats concrets dans les domaines de la s√©curit√©, de la d√©fense et du soutien de l'investissement. C'est √©galement la raison pour laquelle les 27 ont adopt√© une ligne claire et commune au sujet des n√©gociations qui vont s'engager avec le Royaume-Uni.

La France souhaite le renforcement des échanges entre l'Union européenne et la Chine sur le plan économique et commercial, mais également sur les questions politiques et de sécurité. La France se félicite des projets permettant de renforcer ce lien entre l'Europe et l'Asie, et notamment de l'initiative chinoise des nouvelles routes de la soie.

Au plan bilatéral, nous devons conforter cette dynamique, fondée sur des intérêts partagés et sur la confiance réciproque que nous nous portons. Car l'interdépendance économique de nos deux pays est désormais particulièrement forte.

La France est le troisième partenaire commercial de la Chine au sein de l'Union européenne et la Chine le sixième partenaire commercial de la France. Nos échanges ont doublé entre 2006 et 2015 pour atteindre 62,4 milliards d'euros en 2016. Ils ont dépassé la simple relation entre vendeur et acheteur pour prendre la forme de partenariats industriels solides et durables, fondés sur la complémentarité de nos entreprises. Certains sont anciens, dans le nucléaire civil et dans l'aéronautique, et continuent de se renforcer. L'inauguration d'un centre de finition et d'assemblage de l'A330 à Tianjin, en septembre prochain, en est un parfait exemple, de même que, dans le secteur nucléaire civil, la construction de nouveaux EPR à Taishan en Chine et à Hinkley Point au Royaume-Uni.

Ces partenariats sont mis en oeuvre dans plusieurs autres secteurs d'avenir, comme le d√©veloppement urbain durable, avec le projet de ville durable de Wuhan o√Ļ je me rendrai demain, mais aussi dans ceux de l'agro-alimentaire et de la sant√©.

Nous devons aussi créer des partenariats à l'exportation. En alliant leurs technologies, leurs expériences, leurs réseaux commerciaux, leurs accès aux financements, nos entreprises pourront conquérir ensemble de nouveaux marchés en Afrique, en Asie et dans d'autres parties du monde. En 2015, nous sommes convenus que nos projets seront respectueux de l'environnement, des normes sociales, des besoins des pays concernés. L'année dernière nous avons mis en place un fonds conjoint destiné à financer leur lancement. Et aujourd'hui nous venons de décider des deux premiers projets à soutenir - l'un en Namibie, l'autre au Cambodge.

Comme les investissements fran√ßais en Chine, les investissements chinois en France continuent de cro√ģtre. Ils sont naturellement les bienvenus. La France est l'un des pays du monde qui attirent le plus d'investissements √©trangers, si bien qu'un salari√© fran√ßais sur sept travaille pour une entreprise √©trang√®re. La seule condition qui s'impose aux investissements chinois, comme √† ceux provenant d'autres r√©gions, est de respecter notre s√©curit√© nationale et de s'accompagner d'une certaine forme de r√©ciprocit√© pour nos propres investissements.

La France dispose en effet de nombreux atouts en termes d'attractivité : une situation géographique centrale en Europe ; des infrastructures et des réseaux performants ; un ensemble d'entreprises innovantes dans de nombreux secteurs ; une main d'oeuvre très qualifiée et parmi les plus productives. Elle offre également aux entreprises étrangères et à leurs cadres des prix de l'énergie compétitifs, un système de santé de qualité accessible à tous, un environnement scientifique de haut niveau, un cadre de vie préservé et une offre culturelle exceptionnellement riche.

Bien s√Ľr, comme tous les pays, la France a des d√©fis √† relever pour cr√©er les conditions d'une croissance √©conomique durable. Certains, du reste, ne sont pas tr√®s diff√©rents des v√ītres. Il nous faut favoriser l'innovation et la mont√©e en gamme de nos entreprises, car leur comp√©titivit√© ne d√©pend plus seulement du prix des produits. Il nous faut affronter les enjeux li√©s √† l'environnement et repenser la place de l'√Čtat dans l'√©conomie. Certains d√©fis, il est vrai, sont davantage propres √† la France. Ainsi, pour attirer les investissements √©trangers, nous devons notamment all√©ger notre cadre r√©glementaire.

Nous nous sommes attelés depuis 2012 à relever tous ces défis et, aujourd'hui, les résultats de notre politique sont clairement perceptibles. L'investissement privé a augmenté de plus de 4% en 2016. Nous avons créé 300.000 emplois marchands depuis le printemps 2015, ce qui constitue une performance inégalée depuis 10 ans. En outre, tout indique que l'activité économique va accélérer en France en 2017. La croissance a rebondi au 4ème trimestre de l'an passé. Le climat des affaires et la confiance des ménages sont au plus haut en dépit des incertitudes que font peser certaines circonstances politiques.

Le marché européen est, vous le savez, le plus ouvert au monde. Les entreprises françaises demandent donc légitimement à bénéficier des mêmes droits en Chine. Pour permettre de renforcer la croissance et l'emploi dans nos deux pays, l'accord global sur les investissements entre la Chine et l'Union européenne en cours de négociations devra être ambitieux et équilibré.

Les relations entre nos deux pays ne sont pas seulement portées par nos dirigeants et nos diplomates. Aujourd'hui plus que jamais, elles reposent sur les liens tissés entre les peuples français et chinois par des réseaux d'étudiants et de chercheurs, par les entrepreneurs, les artistes et une multitude d'autres acteurs de la société civile.

En 2016, plus de 1,6 million de voyageurs chinois sont venus en France, faisant de notre pays la destination européenne la plus appréciée des touristes chinois. Toutes les mesures sont prises pour leur réserver le meilleur accueil et leur assurer une sécurité maximale durant leur séjour. En outre, il leur est désormais possible d'obtenir un visa pour la France en 48 heures, voire 24 heures lorsqu'ils voyagent en groupe. L'ouverture en 2016 de nouveaux centres permet à présent de déposer une demande de visa à Nankin, Hangzhou, Fuzhou, Jinan, Changsha, Shenzhen, Chongqing, Kunming et Xi'an sans avoir à se déplacer jusqu'à l'un de nos cinq consulats généraux.

La France est aussi présente sur vos écrans, que ce soit à travers les films chinois ou français. Les co-productions franco-chinoises se multiplient, à la faveur notamment des avantages que présentent les tournages en France pour les cinéastes chinois : des paysages d'une grande diversité, un patrimoine exceptionnel, mais aussi la compétence de nos équipes techniques et artistiques, en particulier dans le domaine des effets spéciaux numériques.

Enfin, je me dois de relever ici qu'il existe en France une tradition d'accueil privilégiée des étudiants chinois, comme l'ont montré dès les années 1920 les exemples célèbres de Zhou Enlai et de Deng Xiaoping.

Aujourd'hui, la France est la deuxième destination européenne des étudiants chinois, dont 30.000 sont actuellement présents sur notre sol. Une majorité d'entre eux choisissent nos formations en management et en sciences de l'ingénieur. Car les grandes écoles de commerce françaises se placent en tête des classements internationaux, notamment en finance. Nos écoles d'ingénieurs jouissent elles aussi d'une solide réputation, bien au-delà de nos frontières. Mais nos formations en arts, mode et design, création numérique, qui allient de savoir-faire anciens et des techniques modernes, sont elles aussi réputées et en plein essor.

La langue française présente pour les étudiants chinois un intérêt particulier, puisqu'elle leur donne accès à un espace francophone de 285 millions de personnes sur les 5 continents, qui deviendront 700 millions, soit 8% de la population mondiale, à l'horizon 2050 ! Le français est, après l'anglais, la langue la plus apprise dans le monde. Parler français constitue ainsi un atout décisif dans de nombreux secteurs d'activités : la distribution, l'automobile, le luxe, l'aéronautique ou les cosmétiques, par exemple.

Mais, je tiens √† le r√©p√©ter devant vous, la ma√ģtrise du fran√ßais n'est pas une condition sine qua non pour venir √©tudier en France : 40% des √©tudiants chinois accueillis en France le sont dans le cadre de formations dispens√©es en anglais, ouvertes sur l'Europe et le monde.

La France et la Chine ont nou√© de nombreux partenariats dans le domaine des doubles dipl√īmes et de la formation professionnelle. Le programme ¬ę2 x 1.000 stagiaires¬Ľ mis en place en 2016 permet √† 1.000 jeunes fran√ßais et √† 1.000 jeunes chinois de b√©n√©ficier d'offres de stages d√©di√©es dans nos entreprises. Je vous invite √† vous rendre sur le site de l'ambassade de France pour consulter ces offres de stage qui constitueront un atout pour votre future carri√®re.

La France et la Chine entretiennent par ailleurs de longue date des partenariats scientifiques. La France est aujourd'hui l'une de principales puissances scientifiques mondiales. Elle a obtenu pas moins de 62 Prix Nobel et 13 médailles Field. Dix organismes de recherche français figurent parmi les cent les plus innovants au monde, ce qui nous place au 3e rang mondial.

Je souhaite donc qu'augmente le nombre des chercheurs chinois qui se forment en France au niveau doctoral : ils sont aujourd'hui 2.000. L'Institut Pasteur de Shanghai, créé en 2004 et qui emploie aujourd'hui près de 500 personnes, est un phare de la coopération scientifique bilatérale. 3.000 publications conjointes paraissent tous les ans, apportant une contribution significative aux progrès de la connaissance, notamment dans les secteurs de l'environnement et de la santé.

Je visiterai demain, √† Wuhan, le laboratoire de confinement biologique de niveau P4 qui va entrer dans sa phase op√©rationnelle apr√®s plus d'une d√©cennie de coop√©ration soutenue par l'expertise des organismes de recherche et des entreprises fran√ßaises de ce secteur. Ce centre de tr√®s haute technologie, o√Ļ peuvent √™tre √©tudi√©s les virus les plus dangereux, constituera un √©l√©ment cl√© de la r√©ponse que pourront apporter les autorit√©s chinoises √† l'√©mergence de nouvelles maladies. L'excellence de la recherche m√©dicale chinoise est d'ailleurs mondialement reconnue, et je veux saluer √† ce titre le prix Nobel attribu√© √† Madame la Professeure Tu Youyou pour la mise au point d'un traitement contre le paludisme.

Chers √Čtudiants de l'Universit√© de P√©kin,

Vous représentez l'avenir de votre pays et c'est pourquoi je crois important de vous adresser aujourd'hui ce message de confiance dans la qualité de la relation qu'entretiennent la France et la Chine et dans sa pérennité.

J'espère bien entendu qu'un grand nombre d'entre vous décidera de poursuivre sa formation dans une université française ; ou à défaut, que vous choisirez d'effectuer un stage au sein de l'une de nos entreprises comme le propose notre ambassade ; ou en tout cas que vous aurez l'occasion de découvrir mon pays, pour ceux d'entre vous qui ne le connaissent pas encore, dans le cadre de votre future profession ou dans celui d'un voyage touristique.

Nous cédons trop souvent à la tentation de critiquer la mondialisation. Nous devrions souligner davantage les bienfaits qu'elles nous apportent, à travers le commerce et l'élévation des niveaux de vie qu'elle rend possible, mais aussi à travers les rencontres qu'elle permet et les échanges qu'elle suscite. Votre génération, en Chine comme en France, est avide de découvrir le monde et de faire la preuve de son esprit d'entreprise, d'élargir ses horizons, de contribuer à servir à la fois son pays et l'avenir de la planète.

Je vous invite à concrétiser ces belles ambitions et vous souhaite beaucoup de réussite, dans vos études comme dans votre vie.

Je vous remercie./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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11. S√©curit√© internationale - Discours de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† la Conf√©rence sur la s√©curit√© (Munich, 18/02/2017)

Ich danke Ihnen, Herr Ischinger, f√ľr Ihre Einladung, lieber Botschafter Ischinger, und ich danke auch f√ľr diese sch√∂ne M√ľnchner Sicherheitskonferenz. Das ist ein sehr gro√üer Erfolg und in diesem Zusammenhang dieses Jahr, das ist noch wichtiger.

Lieber Sigmar,

Mesdames et Messieurs,

Je vais parler en français... mais vous comprenez tous le français, c'est pour ça.

Encore une fois merci √† l'ambassadeur Ischinger de l'opportunit√© qu'il me donne de m'exprimer, j'allais dire avec Sigmar Gabriel, et de porter devant vous une voix franco-allemande. Je suis heureux de le faire √† Munich, dans un pays auquel je suis tr√®s attach√© et qui, avec la France, forme ce couple franco-allemand dont vous avez parl√© Ambassadeur Ischinger, et dont le r√īle au service de l'Europe est crucial.

La capacit√© d'entra√ģnement de nos deux pays, lorsqu'ils allient leurs forces, est plus essentielle que jamais. Notre monde est, en effet, un monde d'incertitudes. Pour qualifier le d√©but du XX√®me si√®cle, je veux citer Stefan Zweig. Stefan Zweig √©tait tout √† fait repr√©sentatif de l'esprit de l'√©poque tout au d√©but du XXe si√®cle. Il √©voquait un ¬ę√Ęge dor√© de la s√©curit√©¬Ľ (¬ęgoldene Zeitalter der Sicherheit¬Ľ). On sait ce qu'il en est advenu. L'apr√®s-guerre froide aurait d'ailleurs presque pu passer pour cette p√©riode toujours r√™v√©e, mais jamais r√©alis√©e. Il est clair aujourd'hui que la fin de l'Histoire √©tait une illusion. Car l'Histoire se rappelle sans cesse √† notre souvenir et y compris aujourd'hui.

Les risques et les menaces à notre sécurité, individuelle et collective, sans se départir des formes traditionnelles, adoptent des nouveaux contours.

L'annexion par la force de territoires a refait son apparition, ici-même en Europe. Alors que nous avions voulu surmonter les déchirures du passé en renonçant au recours à la force. C'est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale.

Notre voisinage, √† l'Est comme au Sud, est porteur d'instabilit√©. Le conflit syrien dure depuis bient√īt sept ans. Il repr√©sente non seulement un drame humain et moral √©pouvantable, mais aussi un terreau pour l'expansion du terrorisme d'inspiration djihadiste.

Ce terrorisme est une menace d'une particuli√®re gravit√© pour nos pays, une menace qui r√©siste √† toute approche simplificatrice tant elle provient bien s√Ľr de l'ext√©rieur, mais s'attaque au coeur m√™me de nos soci√©t√©s.

Nos pays bénéficient des avantages de la révolution numérique. Mais, ils en sont aussi dépendants. Ils sont de plus en plus vulnérables à des tentatives de déstabilisation qui peuvent même viser nos démocraties.

Notre prospérité est liée à l'essor des échanges commerciaux qui contribuent à notre croissance. Les excès de la mondialisation appellent davantage de régulation, afin que le commerce mondial puisse bénéficier à tous et s'inscrire dans une approche fondée sur l'équité, la réciprocité et la durabilité. Or, les tendances protectionnistes sont de retour, avec une remise en cause des instruments qui permettent d'éviter que seuls les rapports de force organisent le commerce mondial.

Face √† ces menaces, face √† ces tendances, quelle r√©action¬†? Celle du repli sur soi et de la tentation, l√† aussi illusoire, de se r√©fugier derri√®re des fronti√®res ou derri√®re des murs ? Celle de la nostalgie pour un monde pr√©tendument ordonn√©, celui de la guerre froide, o√Ļ, dans une approche manich√©enne, les amis et les ennemis √©taient faciles √† identifier¬†?

La réalité, c'est que ces vieilles recettes ne correspondent plus à notre monde. Il faut donc inventer des méthodes nouvelles, tout en se rappelant que nous ne partons pas de rien. Notre point de départ, ce sont nos principes et nos valeurs qui font notre force. C'est la conviction qu'un monde globalisé appelle plus, et non pas moins, de coopération internationale, plus, et non pas moins, de multilatéralisme. Un multilatéralisme dont l'efficacité doit être renforcée et qui doit fonctionner de manière flexible.

Cette exigence, la France et l'Allemagne, instruites par leur histoire, inspir√©es par leur r√©conciliation, peuvent la porter, avec √©nergie et d√©termination. Le pr√©sident Fran√ßois Mitterrand disait ¬ęle nationalisme, c'est la guerre¬Ľ, c'est ce qu'il disait juste avant de quitter ses fonctions en 1995. Eh bien le multilat√©ralisme est l'antidote au nationalisme. C'est pour cela que nous sommes engag√©s ensemble dans le r√®glement du conflit ukrainien, au sein du format Normandie, pour faire pr√©valoir le dialogue et la n√©gociation sur les armes.

Le multilat√©ralisme, c'est l'approche qui a √©t√© privil√©gi√©e dans le dossier nucl√©aire iranien. L'accord que nous avons conclu avec nos partenaires europ√©ens, am√©ricain, russe et chinois permet de stopper le d√©veloppement d'un programme nucl√©aire √† des fins militaires et ainsi d'ouvrir la voie √† la r√©int√©gration de l'Iran dans le concert des nations. C'est un accord imparfait bien s√Ľr. Mais, il ouvre davantage d'espoirs et de perspectives qu'une hasardeuse confrontation. Son efficacit√© passe par la rigueur de sa mise en oeuvre, mais aussi par la vigilance de la communaut√© internationale.

Le multilat√©ralisme, c'est encore consid√©rer le trait√© de non-prolif√©ration nucl√©aire comme la pierre angulaire de l'ordre nucl√©aire mondial et sa mise en oeuvre comme un imp√©ratif pour la s√©curit√© collective. C'est pourquoi la France inscrit son action en mati√®re de d√©sarmement dans le cadre de cette approche √©quilibr√©e, pas √† pas, seule susceptible d'aboutir √† des r√©sultats concrets. C'est pourquoi la France souhaite l'entr√©e en vigueur au plus t√īt possible du trait√© d'interdiction compl√®te des essais nucl√©aires. C'est pourquoi la France est d√©termin√©e √† ce que la communaut√© internationale, et en particulier les membres permanents du conseil de s√©curit√©, emp√™che la course folle engag√©e par la Cor√©e du Nord vers un arsenal nucl√©aire complet et op√©rationnel, √† coups d'essais nucl√©aires et de tests de missiles balistiques.

C'est toujours cette approche multilatérale, sous l'égide des Nations unies, que nous cherchons. Nous cherchons à faire prévaloir cette approche pour trouver une issue politique au conflit syrien. Sigmar Gabriel et moi-même, nous avons organisé, hier, à Bonn, une réunion des pays qui ont compris qu'il n'y aurait pas de paix et de stabilité durables en Syrie sans une transition politique, les like-minded countries. C'est à cette transition qu'il nous faut travailler et il faut le faire à Genève, dans le cadre des négociations qui reprendront la semaine prochaine sous l'égide des Nations unies et dans le cadre de la résolution 2254.

Nous savons que la d√©fense de nos principes et de nos valeurs passe aussi par notre capacit√© √† assurer la s√©curit√© de nos populations et de nos soci√©t√©s. L'Union europ√©enne, et je dis bien ¬ęl'Union europ√©enne¬Ľ, a un r√īle particulier √† jouer dans ce domaine. Elle doit permettre aux Europ√©ens de construire leur autonomie strat√©gique, sur la base des investissements qu'ils doivent eux-m√™mes consentir en faveur de leur d√©fense. La France et l'Allemagne ont pr√©sent√© des propositions en ce sens √† leurs partenaires, des propositions qui ont permis au Conseil europ√©en, en d√©cembre dernier, de prendre des d√©cisions. Maintenant, il s'agit de les mettre en oeuvre.

Cet effort, cette mobilisation pour la d√©fense europ√©enne, nous la concevons non pas en concurrence, mais en compl√©mentarit√© avec le r√īle irrempla√ßable que l'OTAN joue et va continuer de jouer pour la s√©curit√© de notre continent. √Ä Varsovie, en juillet dernier, notre Alliance a manifest√© son unit√©, r√©affirm√© sa pertinence, mais aussi sa d√©termination. Elle l'a fait sans agressivit√©, mais avec r√©solution. La France et l'Allemagne continueront de prendre toute leur part aux mesures de r√©assurance et √† la pr√©sence avanc√©e destin√©e √† manifester notre solidarit√© √† l'√©gard de nos alli√©s orientaux. Dans le m√™me temps, nous poursuivrons notre dialogue avec la Russie, y compris au sein du Conseil OTAN-Russie, parce que nous sommes ouverts √† la coop√©ration avec la Russie, nous la souhaitons, sans transiger sur nos principes, nos valeurs et nos int√©r√™ts.

Mesdames et Messieurs,

Dans un contexte sombre, je l'ai dit, la tentation du repli sur soi est forte. Mais soyons conscients que le repli nous rendrait plus vuln√©rables. Au contraire, la construction d'une Europe plus unie et plus solidaire est une r√©ussite collective qui assure √† chacun de nos √Čtats membres une voix plus forte, dans ce nouveau monde incertain et parfois dangereux du XXIe si√®cle.

La France, l'Allemagne et leurs partenaires europ√©ens doivent continuer √† agir en faveur de ce beau projet, et nous en savons quelque chose. Nous n'oublions pas. Nous n'avons pas le droit d'avoir la m√©moire courte. Certes, pour les jeunes g√©n√©rations, l'Europe, c'est la paix. Mais ce qui est extraordinaire, c'est que cinq ans apr√®s la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1950, un ministre fran√ßais, Robert Schuman a fait une d√©claration au minist√®re des affaires √©trang√®res, au Quai d'Orsay, dans le salon de l'Horloge, c'√©tait le d√©but de la construction europ√©enne. Cela a commenc√© avec la communaut√© europ√©enne du charbon et de l'acier, mais le geste, c'√©tait la main tendue et la main tendue, c'√©tait la main de la France √† l'Allemagne, deux pays qui avaient compris que leur destin, c'√©tait de construire un avenir commun. Nous l'avons fait et nous l'avons r√©ussi. Ce n'est pas le moment de l'oublier. Au contraire, c'est le moment de le renforcer, maintenant que l'Europe est plus largement rassembl√©e apr√®s la chute du mur de Berlin. C'est cette perspective qu'il ne faut surtout pas abandonner, qu'il faut renforcer, quels que soient les choix qui ont √©t√© faits, bien s√Ľr je pense ici au choix du peuple britannique - raison de plus¬†!

Ce message, il faut que nous l'adressions, ce message de mobilisation, ce message de confiance dans l'Europe, c'est-√†-dire dans nos propres capacit√©s √† jouer notre r√īle pour nous-m√™mes, pour chacune de nos nations, pour leur prosp√©rit√© et leur s√©curit√©, mais aussi pour le reste du monde. Le reste du monde a besoin de grands ensembles stables. Parmi tous les grands ensembles, celui qui est peut-√™tre le plus stable, celui qui est peut-√™tre all√© le plus loin - et il doit le faire encore davantage,- c'est l'Union europ√©enne, pas l'Europe qui est un concept g√©n√©ral, un continent, mais la construction politique que cela repr√©sente. Je suis venu vous dire aujourd'hui que la d√©termination de la France avec l'Allemagne est plus grande que jamais pour consolider ce que nous avons accompli pour nous-m√™mes et pour l'humanit√© tout enti√®re.

Je vous remercie de votre attention./.

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12. Union europ√©enne - √Čtats-Unis - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęTV5Monde¬Ľ - extraits (Paris, 19/02/2017)

(...)

Q - Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res, vous avez rencontr√© votre homologue Rex Tillerson, le secr√©taire d'√Čtat. Est-ce qu'aujourd'hui vous, vous voyez plus clair sur la diplomatie am√©ricaine un mois apr√®s l'installation du 45√®me pr√©sident¬†?

R - Un début de clarification mais pas de clarification complète. Je comprends qu'une nouvelle administration doive prendre un peu de temps pour se mettre en place, organiser ses équipes. Simplement il n'y a pas de temps à perdre parce que la situation exige des décisions...

Q - D'urgence...

R - Absolument, vous avez tout √† fait raison. L'impression que j'ai en particulier dans l'organisation des √©quipes √† Washington, c'est que c'est assez fluctuant et ce n'est pas rassurant. Alors il y a eu plusieurs rencontres, vous l'avez √©voqu√©. Il y a eu le G20 √† Bonn et puis beaucoup de rencontres bilat√©rales, notamment avec Rex Tillerson. Et puis √† Munich, c'√©tait la conf√©rence annuelle sur la s√©curit√© - le Davos de la s√©curit√© - o√Ļ il y avait effectivement beaucoup de monde. Alors avec Rex Tillerson, j'ai pos√© beaucoup de questions. J'ai √©voqu√© la situation en Ukraine et l√†, j'ai eu une clarification qui part dans la bonne direction. Il a admis qu'il y avait eu des sanctions √† l'√©gard de la Russie parce que celle-ci a d√©rog√© au droit international, en tentant d'annexer une partie de la Crim√©e et une partie...

Q - L'Ukraine, la Crimée...

R - Absolument. Je crois que sur ce point, il a admis que les sanctions avaient un sens et a reconnu que le travail qui est fait avec l'Allemagne...

Q - Donald Trump √©tait plut√īt contre les sanctions.

R - Oui mais j'ai expliqu√© qu'annuler unilat√©ralement les sanctions sans contrepartie - la mise en oeuvre des accords de Minsk qui ont √©t√© n√©goci√©s avec la France et l'Allemagne, et qui sont suivis par la France et l'Allemagne dans le Format Normandie o√Ļ on joue notre r√īle de m√©diateur - n'auraient pas de sens. Nous avons d'ailleurs tenu une r√©union hier √† Munich en Format Normandie.

Ensuite, il y a eu une autre clarification puisque nous avons avec mon collègue Sigmar Gabriel, le nouveau ministre des affaires étrangères allemand, coprésidé une réunion des pays affinitaires, c'est-à-dire des pays qui ont la même approche de la transition politique en Syrie et de la lutte contre Daech. Et Rex Tillerson a participé et il a effectivement indiqué que pour lui, il ne pouvait pas y avoir de lutte efficace contre Daech si, dans le même temps, il n'y a pas une transition politique en Syrie. Et je pense que ça c'est une première étape...

(...)

Q - Vous √©voquiez √† propos de Donald Trump l'art du deal, qui est d'ailleurs le livre qu'il √©crit. Est-ce que vous craignez l√†-dessus justement que Trump d'une certaine fa√ßon aille dans ce sens d'un ordre o√Ļ tout se n√©gocie...

R - La gestion du monde et des grandes questions qui se posent √† l'humanit√©, ce n'est pas simplement un projet de construction de tours o√Ļ on n√©gocie le prix du terrain et les conditions de la hauteur de la tour. C'est plus grave et plus s√©rieux que √ßa. Cela ne peut pas se traiter par des deals et cela ne peut se traiter que sur la base du droit international. Ce droit international est bas√© sur des valeurs qui a permis √† l'humanit√© de faire des progr√®s.

Qu'est-ce que c'est que l'accord de Paris ? L'accord de Paris, c'est une négociation internationale dans le cadre du droit international. C'est un traité qui permet de faire face à l'énorme défi du réchauffement climatique et de la transition énergétique et qui a été ratifié en moins d'un an. Cela veut dire que le droit international fait faire des progrès. C'est la même chose pour l'accord iranien sur le nucléaire. Le droit international, c'est la négociation, c'est la diplomatie et c'est la bonne méthode.

Q - Monsieur le Ministre, nous venons de parler de la Syrie, de l'Ukraine, de la Russie. Il y a un autre th√®me dans l'actualit√© apr√®s l'arriv√©e de Donald Trump, c'est une vision d'une Europe qui serait en train de se d√©liter, une sorte de Brexit qui allait contaminer comme √ßa peu √† peu les diff√©rents pays. Avez-vous le sentiment que la r√©ponse √† cette administration am√©ricaine - et √† votre homologue am√©ricain que vous avez rencontr√© ¬Ė redoutez-vous que ce d√©senchantement puisse en effet se traduire par des sorties de pays, par un d√©litement, un affaiblissement de cette Union europ√©enne ?

R - J'ai lu les interviews de Donald Trump √† la presse europ√©enne, o√Ļ il se f√©licitait du Brexit qu'il avait lui-m√™me pr√©vu et en se demandant quel serait le prochain.

Ce n'√©tait pas tr√®s amical √† l'√©gard de l'Union europ√©enne. D'ailleurs j'ai not√© une chose dans le discours de Mike Pence, le vice-pr√©sident am√©ricain, il a parl√© d'Europe mais il n'a jamais cit√© une fois l'Union europ√©enne. L'Union europ√©enne, c'est une construction politique, √† 28 aujourd'hui mais √† 27 demain puisque les Britanniques ont d√©cid√© de partir et les n√©gociations vont bient√īt commencer dans le cadre de l'article 50.

Mais l'Union européenne, cette construction politique originale qui s'est faite après la Seconde Guerre mondiale, qui a commencé cinq ans à peine après la fin de la Seconde Guerre mondiale. C'est un bien précieux pour les Européens, pour chacune de nos nations, mais c'est encore plus vrai aujourd'hui. Cette situation du Brexit et des déclarations inamicales du président américain devrait avoir pour effet de stimuler les Européens et de les convaincre encore davantage que leur intérêt, l'intérêt de chacune des nations qui compose cette Union, c'est de rester ensemble et d'être encore plus fort ensemble. Si...

Q - Est-ce qu'il n'y a pas un aspect théorique, même quand Angela Merkel parle de multiculturalisme. Est-ce qu'on n'est pas en train de mettre des concepts en avant qui en fait ne se traduisent pas dans les faits...

R - Pourquoi vous parlez de multiculturalisme ? Ce n'est pas le sujet de l'Europe, ce n'est pas le sujet de l'Union européenne. L'Union européenne ce sont des Nations qui ont des capacités qui, face au monde de plus en plus globalisé, ont besoin d'être ensemble pour être plus fortes et défendre les intérêts de leurs concitoyens.

Mais je ne suis pas ignorant de la réalité. ! Il y a à la fois un désenchantement, parce que pendant longtemps l'Europe a eu du mal à prendre des décisions et à les mettre en oeuvre. On a vu qu'avec la crise des réfugiés et avec un certain nombre de risques nouveaux - dont la menace terroriste - l'Europe avait été beaucoup plus rapide, non seulement dans ses décisions, mais dans leur mise en oeuvre.

On le voit dans la lutte contre le terrorisme, c'est évident, et c'est un résultat positif. Il faut que cela puisse devenir durable. Mais en même temps, vous avez noté qu'à Bratislava et puis aussi à Malte - et je pense que ce sera encore le cas le 25 mars à Rome à l'occasion du 60e anniversaire du Traité de Rome - les Européens ont réaffirmé leur engagement à continuer ensemble, pour le bien de chacun de leurs Nations.

Q -Simplement, je parlais du multilat√©ralisme, o√Ļ est-ce qu'on le rencontrait ? Pour l'instant, nous avons de plus en plus affaire √† des relations bilat√©rales, c'est ce que pr√īnent les Russes, les Am√©ricains.

R - Nous avons une n√©cessit√© d'un ordre mondial. Il ne faut pas oublier que la crise de 2007-2008, est n√©e d'un syst√®me financier qui √©tait devenu fou - la crise des subprimes. Crise qui est partie des √Čtats-Unis et qui s'est √©tendue au monde entier. Elle a touch√© l'Europe lui a fait subir une crise √©conomique dont nous sommes √† peine sortis. Crise qui a frapp√© au coeur une grande partie des salari√©s, des hommes et des femmes du monde du travail, en particulier les classes moyennes, qui cr√©e une vraie frustration et souvent de la col√®re. Mais la r√©ponse √† cela, ce n'est pas le retour au nationalisme, ce n'est pas le retour au chacun pour soi. Au contraire, il faut renforcer les r√®gles de r√©gulation mondiale.

Et je parlais du G20, et que s'est-il notamment lors du dernier G20 présidé par la Chine ? On a parlé de lutte contre les paradis fiscaux, contre la fraude fiscale, on a rappelé aussi la nécessité de règles plus précises pour des échanges internationaux plus équitables ; c'est-à-dire, nous progressons !

Il y a eu aussi l'Accord de Paris sur le climat. C'est un accord multilatéral et non pas chacun pour soi. Maintenant, la question est de savoir si cela va durer, ou si l'on va revenir en arrière ? Moi je crois que dans l'intérêt des peuples, de chacune de nos Nations, revenir en arrière serait une catastrophe pour les classes les plus fragilisées.

Aujourd'hui, la question réside dans l'avenir de l'Union européenne. Que fait-on de cette construction originale, qui a permis la prospérité, la paix et la sécurité, mais qui est aujourd'hui en danger ?

Q - Elle est en danger...

R - Oui, elle est en danger. Mais s'en sert-on √† la fois pour mieux d√©fendre les int√©r√™ts des Europ√©ens, et comme une r√©ponse aux d√©fis mondiaux au moment o√Ļ de nouvelles puissances sont en train de s'installer √† l'√©chelle mondiale. La Russie a une nouvelle strat√©gie et les √Čtats-Unis veulent revenir sur la d√©fense de leurs int√©r√™ts d'abord. Je crois que l'Europe peut servir justement de r√©f√©rence et de r√©ponses √† ces questions qui se posent √† l'√©chelle de la plan√®te.

Q - Oui, mais Monsieur le Ministre, après le choc du Brexit on avait dit : il faut arrêter les incantations. Les défis qui se posent notamment à l'Europe, c'est celle d'une politique étrangère et de sécurité commune, vu les dangers qui entourent l'Europe. Est-ce qu'aujourd'hui, concrètement, vous pensez que l'Europe a avancé là-dessus ? Et sinon, que peut-on faire pour arriver... ?

R - L'Union européenne a avancé. Le conseil européen de défense a adopté une stratégie en matière de défense qui est venue d'initiatives franco-allemandes, aussi bien au niveau des ministres des affaires étrangères que de la défense. Nous avons mis sur la table toute une série de propositions : autonomie stratégique de l'Union européenne, capacité de projection, capacité de management, et un fonds de financement d'une industrie de défense et de recherche. Maintenant il s'agit de le mettre en oeuvre. Mais cela a été adopté. Cela ne vient pas à la place de l'OTAN mais en complément de l'OTAN, pour garantir la sécurité des Européens. C'est un engagement très concret, très politique et très stratégique. Cela veut dire que le monde tel qu'il est, s'il reste inorganisé et s'il conduit au retour du chacun-pour-soi, nous conduit à la catastrophe. L'Europe, justement, peut-être la référence pour apporter une vraie réponse multilatérale. Et c'est la raison pour laquelle d'ailleurs Français et Allemands nous parlons le même langage. Vous avez montré l'intervention de Mme Merkel à Munich hier, nous disons la même chose.

Q - Vous avez l'impression par exemple, quand on pense à l'action de la France en Afrique, sur le terrain africain, la France est très seule encore.

R - Mais elle l'est moins. Lorsque je suis allé avec mon collègue M. Steinmeier - qui est devenu président de la République fédérale d'Allemagne - au Mali et au Niger, nous avons été à Gao, et nous avons vu qu'il y avait à la fois des troupes françaises et des troupes allemandes dans la MINUSMA, l'opération de maintien de la paix des Nations unies. Il n'y en a jamais eu autant. Par exemple aujourd'hui il y a eu du matériel, notamment des hélicoptères qui ont été mis en place, en service au Mali. Il y a quelque chose qui est en train de changer. Et ce qui est en train de changer, c'est une prise de conscience, pas seulement des Français et des Allemands - la France il y a longtemps qu'elle est consciente du défi africain - mais aussi de toute l'Europe qui est en train de changer.

Le G20 qui s'est réuni au niveau des ministres à Bonn, avait à son ordre du jour l'Afrique. L'Afrique est confrontée à la fois au défi de la sécurité et de la menace terroriste, mais aussi au défi du développement. Jamais on n'a autant parlé de l'Afrique au sein de l'Union européenne. Il y a eu une prise de conscience, c'est nouveau. Et l'Union européenne, c'est l'organisation qui finance le plus au monde l'aide au développement. Nous avons là une capacité à aider l'Afrique à construire un avenir, un projet et notamment à aider sa jeunesse, sans uniquement traiter la question africaine sous l'angle migratoire et des problèmes qui en découlent ; mais de la voir aussi comme une perspective et une chance pour l'avenir de l'humanité.

(...)

Moi, je suis ministre des affaires √©trang√®res et je peux vous dire que tous les jours il y a un probl√®me qui se pose, et qu'on demande √† la France √† la fois son point de vue et son engagement. Je vais prendre un exemple : la lutte contre le terrorisme. Le 20¬†mars il y aura cette conf√©rence √† Washington, je vais y participer, mais d'ici l√† il y aura sans doute un certain nombre de moments o√Ļ, entre partenaires, nous aurons des r√©ponses √† apporter.

Quand par exemple les Américains nous demandent notre aide pour lutter contre Boko Haram en Afrique, on peut l'apporter parce que nous en avons la capacité. Nous sommes un grand pays, avec une défense nationale qui en a les moyens, et nous sommes souvent les seuls. Vous croyez qu'ils vont mettre tout cela entre parenthèses, si la question se posait, en attendant le résultat des élections ? Non. Jusqu'au bout, nous sommes là, et nous agissons. Moi je m'en rends compte, d'ailleurs que la situation internationale ne fait pas de pause. (...)./.

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13. Union europ√©enne - √Čtats-Unis - Syrie - Ukraine - D√©clarations de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, en marge de la conf√©rence sur la s√©curit√© (Munich, 18/02/2017)

Q - Est-ce que vous estimez que les Américains ont clarifié leur position ? Est-ce que la France et les autres sont rassurés ?

R - Il y a un d√©but de r√©ponse. Le vice-pr√©sident Pence a r√©affirm√© l'attachement des √Čtats-Unis √† l'Alliance atlantique, et donc √† l'OTAN, √ßa c'est positif. Simplement il faut voir concr√®tement comment cela se d√©cline, puisqu'il est dans le m√™me temps demand√© aux Europ√©ens de faire plus et de payer plus. Tout cela est un point d'interrogation. Par ailleurs, j'ai √©t√© frapp√© qu'il n'ait √† aucun moment mentionn√© l'Union europ√©enne.

L'Union européenne, pour nous, c'est l'essentiel, pour chacune des nations qui la composent. Ce n'est pas seulement vrai sur le plan économique, mais c'est vrai aussi sur le plan politique, sur le plan de notre sécurité. L'Union européenne, j'en profite pour le réaffirmer, doit prendre encore plus sa place dans ce nouvel ordre mondial, qui est en train d'être bousculé par la montée de l'isolationnisme américain, par le retour des nationalismes et de la mouvance populiste partout dans les démocraties. Il faut des socles qui rassurent et qui protègent et donc, plus que jamais, l'Union européenne est nécessaire.

Je ne veux pas faire de procès d'intention au vice-président Pence. Il se rend à Bruxelles lundi prochain et j'espère que là, nous aurons une réponse claire à la question, puisque Donald Trump avait laissé entendre qu'il se réjouissait du Brexit et qu'il y en aurait d'autres. Nous attendons une clarification.

Q - Est-ce que vous avez les idées claires sur la stratégie américaine aujourd'hui dans la lutte contre Daech ? Au Moyen-Orient ? Sur la Syrie ?

R - Je n'ai pas des r√©ponses √† toutes les questions que vous posez l√†. Je crois que les Am√©ricains sont sinc√®res dans leur engagement pour lutter contre Daech, mais ils sont en train de revoir, avant de prendre une d√©cision, l'ensemble de leur strat√©gie en la mati√®re pour voir quelle est la r√©ponse la plus efficace pour vaincre Daech. Pour nous, il est essentiel de vaincre Daech. Il faut vaincre Daech sur le plan militaire, c'est ce que nous faisons en Irak et en Syrie, mais il faut aussi le vaincre en trouvant des solutions politiques aux crises. C'est ce que j'ai expliqu√© √† mon partenaire am√©ricain, en particulier sur le dossier syrien, par la voie diplomatique, par la voie de la n√©gociation et de la transition politique. Sur ces questions, j'attends bien s√Ľr des r√©ponses. Je n'ai pas en revanche √©t√© rassur√© du tout sur le conflit isra√©lo-palestinien.

Et quant √† l'Ukraine, j'ai rappel√© la n√©cessit√© des sanctions qui sont li√©es √† la mise en oeuvre des accords de Minsk. La France et l'Allemagne jouent un r√īle tr√®s important pour contribuer √† sortir de cette crise ukrainienne mais dans le respect du droit, c'est-√†-dire qu'on ne met pas en cause les fronti√®res d'un √Čtat souverain. C'est ce qui a √©t√© fait en Ukraine et qui n'est pas acceptable, ce qui a conduit aux sanctions. En m√™me temps, c'est ce qui a conduit √† un engagement franco-allemand pour cr√©er les conditions d'un accord, d'une n√©gociation, les accords de Minsk qui sont toujours sur la table et il n'y en a pas d'autres. Donc sur cette question, j'ai plut√īt √©t√© rassur√© par les Am√©ricains, mais encore une fois, sur ce sujet comme sur les autres, c'est l'avenir qui nous √©clairera et j'esp√®re que cet avenir sera constructif, positif, car je crois au multilat√©ralisme.

Je ne crois pas au chacun pour soi, je ne crois pas simplement au règlement des questions par la force et par des deals à la fin. Je crois à une conception d'un monde organisé. La mondialisation dans laquelle nous vivons, si on veut qu'elle soit bénéfique à tous, il faut qu'elle soit régulée. Le G20, c'est un exemple de régulation. Si on veut lutter contre les paradis fiscaux, si on veut lutter contre la fraude fiscale et la criminalité, cela s'organise. Ce n'est pas chacun pour soi. Si on veut lutter contre le réchauffement climatique, ce n'est pas chacun pour soi. Il y a les accords de Paris. Si on veut lutter pour le développement, et il y en a besoin, et en particulier en Afrique, cela s'organise et cela nécessite de la solidarité. C'était un des sujets du G20.

Si on veut redonner confiance aux citoyens, ce n'est pas par la montée du nationalisme et le retour au passé, j'allais dire au XIXe et au XXe siècles, qui ont conduit aux affrontements que l'on sait, c'est par les réponses concrètes, qui rassurent et qui donnent de la sécurité et, qui, en même temps, donnent des perspectives d'avenir aux citoyens du monde.

Q - Qu'est-ce que la rencontre sur l'Ukraine a apporté comme résultat aujourd'hui ?

R - Elle a montr√© que Russes et Ukrainiens n'avaient pas d'autre choix que de respecter les accords de Minsk. Ils ne revendiquent aucune autre solution alternative. Il a √©t√© plus t√īt convenu que nous puissions nous retrouver tr√®s vite, pourquoi pas dans trois semaines, pour voir les avanc√©es qui ont √©t√© d√©cid√©es sur le cessez-le-feu, sur le retrait des armes lourdes, sur les √©changes de prisonniers, pour ne prendre que trois exemples tr√®s concrets. Cela demande de la patience, parce que parfois nous sommes oblig√©s de constater le manque de volont√© sur le terrain, aussi bien c√īt√© s√©paratistes - avec le r√īle que les Russes pourraient jouer pour les pousser √† respecter certains engagements, mais aussi du c√īt√© ukrainien - o√Ļ parfois il est compliqu√© de comprendre quelle est la strat√©gie. Donc pour nous, Fran√ßais et Allemands, si nous reprenons sans cesse l'initiative pour refaire revivre ce format franco-allemand, ce format Normandie, c'est parce que nous sommes convaincus que c'est par cette voie que nous pourrons sortir de cette crise./.

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14. Union europ√©enne - Eurogroupe - Gr√®ce - D√©claration √† la presse de M. Michel Sapin, ministre de l'√©conomie et des finances, √† son arriv√©e √† l'Eurogroupe - extraits (Bruxelles, 20/02/2017)

Q - Concernant la Grèce, à entendre vos homologues il semblerait qu'il y ait un consensus. Mais n'est-ce pas reculer pour mieux sauter ? On a l'impression que c'est un nouvel épisode.

R - Ne trouvez-vous pas positif que l'on recherche aujourd'hui un accord et que, je l'espère, on puisse le trouver pour essayer de faire en sorte que la Grèce retrouve de l'air, de la croissance, et puisse à partir de là retrouver sa liberté ? Tous ceux-là travaillent ensemble et je pense qu'ils devraient arriver à un accord aujourd'hui. Cet accord permettra aux institutions d'aller à Athènes, de travailler avec les autorités grecques. Il ne faut pas simplement passer l'été, il faut aussi préparer la Grèce à un retour sur les marchés en 2018. Et moi je souhaite que, dès maintenant, on pense à cette étape qui est plus lointaine, celle de 2018, et qui est une étape absolument décisive.

Q - On a le sentiment que l'idée du FMI, de restructurer ou d'effacer une partie de la dette, est taboue au niveau des 19 ?

R - Pour ce qui est de la France, depuis le début, nous disons que la Grèce devra bénéficier, d'une manière ou d'une autre, d'un allègement du poids de la dette. Cet allègement du poids de la dette, nous avons commencé à le mettre en oeuvre avec des mesures dites de court terme. Nous devons continuer à travailler, fixer les grands principes, même si, comme vous le savez, ceci n'a pas besoin d'être mis en oeuvre dès maintenant mais plus tard. Tous ces éléments forment un ensemble, les efforts faits par la Grèce et les efforts faits par les créanciers pour accompagner la Grèce dans son retour à la normale.

Q - Y a-t-il toujours un risque de Grexit ?

R - Non, je le dis tr√®s clairement et tr√®s simplement : nous avons connu un moment difficile, tendu, en juillet 2015. C'√©tait en juillet 2015. Depuis, nous avons surmont√© le gros des difficult√©s. Ce n'est pas toujours simple, il peut y avoir des obstacles, il peut y avoir des moments de tension, mais ces tensions n'ont rien √† voir avec ce que nous avons pu conna√ģtre en 2015. Donc, nous sommes dans une p√©riode de mise en oeuvre d'un accord politique solide, celui de 2015, pour que la Gr√®ce, je le redis, retrouve de l'air, de la croissance et pleinement sa place au sein de la zone euro.

Q - Craignez-vous qu'il n'y ait pas d'accord avant les élections françaises et que cela rende cet accord politique assez compliqué ?

R - Nous recherchons aujourd'hui, dans les jours qui viennent, un accord et la mise en oeuvre de cet accord. Bien s√Ľr, parce qu'il y a des rendez-vous politiques, pas seulement en France, d'abord et avant tout aux Pays-Bas, puis en Allemagne. Donc il y a une fen√™tre d'opportunit√©, je le dis depuis le d√©but, aujourd'hui ouverte et qui le reste encore pendant quelques jours. C'est pour cela qu'il faut d√®s maintenant poser les bases solides d'un accord qui permette de passer l'√©t√©, et au-del√† de l'√©t√© de regarder l'ann√©e 2018 de mani√®re positive.

Q - Avec ces élections, n'est-ce pas la méthode Coué que de dire qu'il n'y aura pas de Grexit après le Brexit car on ne peut pas se le permettre ?

R - Je ne sais pas pourquoi vous voulez absolument revenir là-dessus. Le Grexit, tout le monde a dit non en juillet 2015, donc la question n'est pas posée. À partir de là, nous travaillons à la mise en oeuvre des dispositions nécessaires pour que la Grèce retrouve de la compétitivité et un équilibre durable de ses finances publiques. Nous travaillons aussi à la mise en oeuvre d'un allègement de la dette. Cela a déjà commencé, je le répète, avec des mesures de court terme beaucoup plus importantes qu'on ne le dit, et qui permettent un allègement substantiel pour la Grèce.

Q - Le ministre allemand semble croire qu'une solution est possible avec le FMI. Pensez-vous que l'Europe peut résoudre le problème grec sans le FMI ?

R - Depuis le début, la France, l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne, disent qu'il vaut mieux que le FMI soit à bord. Ce n'est pas une position allemande, c'est une position que nous partageons. On aurait pu poser la question au tout début, en 2010. Est-ce qu'il fallait que le FMI soit là en 2010 ? Tout cela c'est derrière nous, c'était il y a 7 ans. Aujourd'hui le FMI est avec nous, le FMI doit rester avec nous, et le FMI restera avec nous. Cela fait partie des discussions d'aujourd'hui, et cela fait partie des modalités de l'accord qui est en train d'être discuté. (...)

Merci beaucoup./.

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15. Syrie - Irak - Turquie - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęTV5 Monde¬Ľ - extraits (Paris, 19/02/2017)

(...)

Q - Bachar al-Assad ?

R - C'est une premi√®re √©tape de clarification. Nous n'avons pas abord√© pr√©cis√©ment ce point, mais comme nous sommes √† quelques jours du d√©but des n√©gociations de Gen√®ve, il √©tait important que les pays qui ont une approche similaire - la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, les √Čtats-Unis mais aussi les pays arabes et la Turquie - aient un √©change. Ca a √©t√© une r√©union tout √† fait utile.

Q - Justement Monsieur le Ministre, qu'est-ce que vous attendez de ce prochain rendez-vous à Genève de la part des Américains, sur le dossier syrien effectivement. Il y a eu des discussions préliminaires à Astana, sous le parrainage des Turcs, des Iraniens et des Russes à Genève. Est-ce que vous vous attendez à ce que les Américains reviennent sur le devant de la scène ?

R - Nous souhaitons que les choses soient claires. J'ai dit un d√©but de clarification sur le dossier syrien, mais il y a encore beaucoup de questions √† r√©gler. √Ä Gen√®ve d'abord, comment cela va-t-il se passer ? J'ai discut√© avec mon coll√®gue russe Sergue√Į Lavrov et j'ai indiqu√© que la France avait travaill√© pour que la d√©l√©gation - qui repr√©sente l'opposition syrienne - soit la plus inclusive possible, c'est-√†-dire qu'elle repr√©sente toutes les sensibilit√©s de l'opposition. Avec le Haut conseil pour les n√©gociations, qui a son si√®ge √† Riyad et qui est pr√©sid√© par Riad Hijab, mais aussi les composantes des forces militaires, des groupes militaires qui devront √™tre √©galement repr√©sent√©s. Et puis, il √©tait souhaitable que la plateforme de Moscou et la plateforme du Caire soient aussi repr√©sent√©es. Avec cette d√©l√©gation large, inclusive, il y a un message qui est adress√©, un message constructif, positif de la part de l'opposition.

De l'autre c√īt√©, il y aura une d√©l√©gation du r√©gime de Damas. Quelle sera son attitude¬†? Quel sera son √©tat d'esprit ? J'ai dit √† mes interlocuteurs, √† tous ceux que j'ai rencontr√©s - y compris aux Russes - qu'il fallait faire pression - et je l'ai dit aussi √† mon coll√®gue iranien Zarif - sur le r√©gime pour qu'il y ait une vraie n√©gociation. Parce que ce que j'ai retenu de ce qui s'est pass√© la semaine derni√®re - l'interview de Bachar al-Assad √† des m√©dias fran√ßais - c'est que le pr√©sident syrien consid√®re que toute l'opposition est constitu√©e de terroristes. Alors, si d'un c√īt√©, vous avez les repr√©sentants du r√©gime et de l'autre c√īt√© l'opposition avec toutes ses sensibilit√©s qui sont tous des terroristes, comment voulez-vous qu'il y ait des discussions ? Nous attendons que le groupe des pays qui ont la m√™me approche que j'ai √©voqu√©e tout √† l'heure, ainsi que les Russes mais aussi les Iraniens fassent pression sur le r√©gime pour qu'il y ait une vraie n√©gociation en vue d'une transition politique dans le cadre de la r√©solution du conseil de s√©curit√© des Nations unies, la r√©solution 2254.

Q - Alors Monsieur le Ministre, quels moyens de pression avons-nous sur ceux qui peuvent faire pression, à savoir les Russes et les Iraniens, parce qu'aujourd'hui militairement, l'opposition est quand même quasiment hors-jeu. Les Russes et les Iraniens ont la main totalement sur le terrain. Quels moyens de pression avons-nous pour obliger les Russes et les Iraniens à faire pression sur le régime pour qu'il fasse des concessions ?

R - Le moyen de pression pour moi le plus efficace, c'est la clart√© de ceux qui sont favorables √† une transition politique en Syrie, dans le respect encore une fois d'une d√©cision unanime du conseil de s√©curit√© des Nations unies que je viens de rappeler. Et puis nous sommes - la France et les √Čtats-Unis notamment - engag√©s dans une coalition contre Daech, contre le terrorisme. Et j'ai expliqu√© √† mes interlocuteurs que si nous voulions √™tre efficaces dans cette lutte contre le terrorisme, il ne fallait pas faire l'impasse sur la n√©cessaire transition politique en Syrie, car cela serait une victoire √† la Pyrrhus. On voit bien que plus la lutte est brutale - pas seulement contre Daech et al-Nosra - en Syrie de la part du r√©gime mais aussi des Iraniens et des Russes, plus, en m√™me temps, l'opposition est aussi attaqu√©e et cela conduit √† une radicalisation.

Le terrorisme ne sera pas vaincu par la seule voie militaire¬†; il ne peut l'√™tre que par la voie d'une transition politique. Et j'ai ajout√© √©galement dans la discussion avec mes interlocuteurs - et pas seulement am√©ricains - qu'il y avait la question de Raqqa. Nous sommes engag√©s dans la coalition internationale contre Daech en Irak et nous soutenons le gouvernement irakien et l'arm√©e nationale irakienne pour vaincre Daech √† Mossoul, qui est son sanctuaire. Nous allons y parvenir m√™me si ce sera long et co√Ľteux, il faut en √™tre conscient. Mais apr√®s, il y a un autre objectif qu'il ne faut pas tarder √† mettre sur la table, c'est Raqqa, et je l'ai dit aussi aux Am√©ricains.

Le 20 mars prochain, il y aura une réunion de la coalition internationale contre Daech à Washington et je m'y rendrai. Je souhaite que, d'ici là, pour la question de Raqqa - de cet autre sanctuaire de Daech qui organise des attentats dans la région et qui organise des attentats partout et notamment en France -, nous nous donnions les moyens de le faire tomber. Et cela veut dire une vraie discussion politique avec les Américains, mais aussi avec les Turcs et avec les autres partenaires de la coalition. Il y a une urgence, on ne peut pas laisser cette situation. La situation en Syrie reste extrêmement chaotique, extrêmement violente, extrêmement dangereuse.

Q - Il y a une partie au conflit aussi dont on n'entend plus trop parler, ce sont les Kurdes qui sont quand même sur le terrain très bien positionnés, justement pas loin de Raqqa non plus. Que devrait-il se passer ? Estimez-vous qu'il soit normal qu'ils soient totalement en marge maintenant des discussions qui se tiennent ?

R - Il ne peut pas y avoir de solution durable sur l'avenir de la Syrie si d'abord il n'y a pas, dans le cadre de la résolution 2254, les conditions d'une transition politique, de la gouvernance, la préparation d'une constitution et puis l'organisation d'élections. C'est, en quelque sorte, la feuille de route sur laquelle on doit travailler. J'ai vérifié avec mon collègue russe qui est d'accord pour faire référence à cela. Après on va voir comment cela se passe. Il est évident - je l'ai dit à tous mes interlocuteurs et aux Turcs notamment - que la future Syrie doit rester unitaire, il ne s'agit pas de laisser faire une partition de la Syrie, ce ne serait pas acceptable.

En même temps, il faut que cette Syrie soit inclusive, que toutes les composantes de la société - pas seulement la minorité chiite alaouite qui dirige le pays avec le régime de Damas, mais aussi les sunnites, les chrétiens et les Kurdes - doivent trouver une place. Et j'ai souhaité que dans les négociations de Genève, les Kurdes puissent aussi trouver une place, sinon il n'y aura pas de paix durable.

Q - À cet égard, les Russes ont proposé - après la réunion d'Astana - aux gens de l'opposition à Moscou un projet de constitution qui est quasiment la Suisse. Ils prévoient, notamment, une décentralisation mais, pour le moment, l'opposition et certains des pays qui la soutiennent - comme les Turcs - ont refusé. Quelle est la position de la France par rapport à ce projet ? Ou est-ce est mettre la charrue avant les boeufs que de faire ce projet de constitution ?

R - Le ministre russe m'a parl√© de cette initiative russe. Il a parl√© de non-papier dans lequel un projet de constitution est mis sur la table. Il a m√™me ajout√© ¬ęce n'est pas √† prendre ou √† laisser¬Ľ. J'ai r√©pondu ¬ępourquoi pas¬Ľ. Mais c'est l'affaire des gens qui seront autour de la table, c'est-√†-dire de l'opposition et des repr√©sentants du r√©gime puisque c'est √† l'ordre du jour, c'est le deuxi√®me chapitre de la r√©solution 2254. Il faudra bien parler d'un projet de constitution, avec ou non ce projet russe.

Ce qui compte c'est d'avancer mais nous, nous ne devons pas baisser les bras. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, on est loin du compte. Je ne veux pas parler d'optimisme ou de pessimisme, mais il y a encore un cessez-le-feu qui est loin d'être respecté sur le terrain - c'était l'objet des rencontres d'Astana. Maintenant il y a une date qui a été fixée, bien qu'elle ait été reportée à plusieurs reprises, pour qu'il y ait une reprise des pourparlers à Genève...

Q - Y a-t-il le moindre calendrier pour l'instant ? Est-ce qu'il y a un agenda ?

R - L'agenda c'est d'abord la reprise des discussions √† Gen√®ve le 23 f√©vrier. Cela va √™tre le test et c'est la semaine prochaine. Est-ce que les gens qui seront face √† face accepteront de se parler ou non ? Nous, nous faisons pression en particulier sur ceux qui sont bellig√©rants sur le terrain mais nous ne sommes pas bellig√©rants. Les bellig√©rants c'est bien s√Ľr le r√©gime, avec une arm√©e tr√®s faible, et s'il n'y a pas les soutiens russe et iranien, Bachar al-Assad et son arm√©e seraient tomb√©s. C'est sur les Russes et les Iraniens que nous faisons pression et nous avons l√†-dessus une approche tout √† fait commune avec les pays qui se sont r√©unis vendredi matin √† Bonn. (...)./.

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16. Syrie - D√©claration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† l'issue de la r√©union du groupe des affinitaires sur la Syrie (Bonn, 17/02/2017)

D'abord, je voudrais remercier Sigmar d'avoir accept√© de copr√©sider cette r√©union des like-minded [affinitaires], c'est-√†-dire l'Allemagne, la France, l'Italie et la Grande-Bretagne, les √Čtats-Unis, l'Arabie saoudite, les √Čmirats arabes unis, le Qatar, la Jordanie, la Turquie et l'Union europ√©enne. Il y avait d√©j√† plusieurs semaines que ce groupe ne s'√©tait pas r√©uni et il √©tait n√©cessaire de le faire, en particulier apr√®s l'arriv√©e d'une nouvelle administration am√©ricaine au pouvoir.

C'√©tait l'occasion d'un premier √©change avec notre coll√®gue Rex Tillerson, parce que c'est important et c'est n√©cessaire qu'il y ait un dialogue √©troit avec les √Čtats-Unis sur cette question syrienne comme sur beaucoup d'autres. Donc c'√©tait, pour cette raison aussi, n√©cessaire et c'√©tait particuli√®rement utile, surtout au moment o√Ļ, la semaine prochaine, les discussions vont reprendre √† Gen√®ve sous l'√©gide des Nations unies. Le travail intense qu'a produit le repr√©sentant des Nations unies Staffan de Mistura a permis d'organiser cette rencontre, mais il ne faut pas sous-estimer la difficult√© et les dangers.

Nous, ce que nous voulons, c'est donner une chance √† Gen√®ve. Ce n'est pas gagn√© d'avance. C'est pourquoi il faut coordonner toutes les initiatives en cours. Nous avons √©voqu√© bien s√Ľr avec la Turquie son r√īle dans les discussions d'Astana, qui se sont concentr√©es sur une question qui est pour nous essentielle, √† savoir l'arr√™t des combats, le cessez-le-feu, et les capacit√©s √† surveiller ce cessez-le-feu. Donc les d√©cisions qui ont √©t√© prises hier vont dans la bonne direction, mais on est loin du compte sur le terrain. Il y a encore de trop nombreux combats et puis l'aide humanitaire arrive au compte-gouttes. C'est aussi un point qui a √©t√© √©voqu√©.

Mais ce que je retiendrai des √©changes, c'est que nous sommes tous toujours d'accord pour dire que la solution √† la crise syrienne ne peut √™tre que politique, que le r√©gime, qui ne survit d'ailleurs que gr√Ęce √† des appuis ext√©rieurs russes et iraniens sur le plan militaire en particulier, le r√©gime ne pourra pas reconqu√©rir et stabiliser tout le pays comme il le pr√©tend, comme l'affirme encore hier √† la radio fran√ßaise Bachar al-Assad. Plus la guerre continue en Syrie, plus elle renforce la haine, le ressentiment et donc renforce les terroristes que nous combattons, que nous combattons avec force et que nous allons continuer de combattre, Daech bien s√Ľr en priorit√© et Al-Nosra. Donc, pour nous, l'option politique est la seule possible, mais elle doit se n√©gocier dans le cadre des Nations unies √† Gen√®ve et en respectant les termes de la r√©solution 2254, qui permettent de travailler aux contours de de la transition politique.

Voilà ce qui est essentiel, parvenir à une transition politique. Pour cela, il faut faire beaucoup d'efforts, beaucoup travailler. Mais c'est nécessaire pour permettre aux réfugiés de revenir dans une Syrie en paix et c'est nécessaire pour que toutes les minorités, qu'elles soient religieuses ou ethniques, puissent vivre ensemble dans une Syrie unitaire et puis dans une Syrie qui puisse se reconstruire.

Qui peut financer la reconstruction de la Syrie ? Principalement l'Europe. Nous avons redit encore ce matin qu'il n'√©tait pas question de contribuer √† la reconstruction de la Syrie avec le r√©gime tel qu'il est. Donc il faut une transition politique. Tout se tient. Et puis nous avons √©galement exprim√© notre conviction concernant le r√īle que peuvent jouer les parrains du r√©gime syrien, l'Iran mais surtout la Russie. Nous pensons que la Russie peut jouer un r√īle constructif, utile. Mais d'abord en respectant la constitution du groupe des repr√©sentants de l'opposition √† ces discussions de Gen√®ve. Bien s√Ľr, il ne faut exclure personne. Pour nous, il y a le haut conseil pour la n√©gociation pr√©sid√© par Riad Hijab, la coalition nationale syrienne, qui doit √™tre repr√©sent√©e largement car elle a une vraie l√©gitimit√©, mais il y a aussi les groupes arm√©s combattant contre le r√©gime qui doivent √™tre dans la d√©l√©gation. Et puis nous pensons en effet, c'est ce √† quoi nous avons encourag√© l'opposition, d'inclure des repr√©sentants des groupes dits du Caire et de Moscou, une large repr√©sentation de l'opposition.

De l'autre c√īt√©, nous demandons particuli√®rement √† la Russie, bien s√Ľr aussi √† l'Iran, que le r√©gime arr√™te de consid√©rer toute l'opposition comme terroriste, car si toute l'opposition est terroriste, alors √† Gen√®ve, il n'y aura pas de discussion. D'un c√īt√© la d√©l√©gation du r√©gime, la d√©l√©gation syrienne, de l'autre c√īt√© les gens de l'opposition qui seraient tous des terroristes, √ßa ne marche pas. Donc si la Russie comme l'Iran pr√©tendent qu'il n'y a pas d'autre solution √† terme que la solution politique pour l'avenir de la Syrie, alors il faut qu'ils en apportent la preuve et nous voulons les convaincre qu'il faut que les deux parties discutent, n√©gocient, pour la transition politique de la fa√ßon la plus sinc√®re possible. C'est notre r√īle, c'est notre conviction, nous le groupe des dix pays affinitaires plus l'Union europ√©enne ; c'est ce que nous avons retenu encore ce matin, nous avons v√©rifi√© que nous √©tions bien d'accord et nous avons aussi d√©cid√© que nous nous r√©unirions √† nouveau autant que n√©cessaire pour montrer et r√©affirmer cette unit√© et la conviction que nous partageons. Merci./.

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17. Ukraine - Russie - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęTV5 Monde¬Ľ - extraits (Paris, 19/02/2017)

(...)

Q - Autre point de tension, ce qui se passe actuellement en Ukraine avec une reprise des tensions, il y a eu la Crim√©e. Vous avez rencontr√© votre homologue, vous le disiez, Sergue√Į Lavrov, quels sont les arguments qu'il vous donne¬†? Est-ce qu'il accepte de reconna√ģtre une intervention en sous-main de la Russie ou c'est toujours le d√©ni ?

R - Ils ne peuvent pas être dans le déni puisqu'ils sont autour de la table pour mettre en oeuvre les accords de Minsk. Il y a toujours une référence aux accords de Minsk. Ceux qui pensaient que les accords de Minsk étaient morts se sont trompés parce que les deux parties - Ukrainiens et Russes - s'y réfèrent et acceptent ce qu'on appelle le Format Normandie, c'est-à-dire la médiation franco-allemande. Nous avons fait cette réunion -, il y en aura d'autres - mais en même temps, c'est assez démoralisant sur le terrain parce que la situation empire. Nous avons abordé les choses très concrètes avec Sigmar Gabriel, mon collègue allemand.

On voulait des r√©sultats : √† savoir un cessez-le-feu et le d√©placement et l'abandon des armes lourdes √† partir du 20 f√©vrier. Et il y a eu un accord des Ukrainiens et des Russes. Les Russes parlent √† la place des s√©paratistes, ils sont donc bien impliqu√©s et ils sont bien oblig√©s de reconna√ģtre qu'ils sont venus en appui aux s√©paratistes ce qui a d√©clench√© les hostilit√©s. Je rappelle que la guerre en Ukraine a fait plus de 10.000 morts en Europe. C'est la premi√®re fois qu'apr√®s la Seconde guerre mondiale on portait atteinte aux fronti√®res, et l'intangibilit√© des fronti√®res fait partie de l'ordre international. On avance √† petits pas, notamment avec des √©changes des prisonniers, mais ce sont des petites avanc√©es.

Y a-t-il une r√©elle volont√©, aussi bien du c√īt√© russe qu'ukrainien, d'aller plus vite sur la mise en oeuvre des accords de Minsk ? Parfois j'en doute et c'est pourquoi nous, nous tenons un langage tr√®s ferme, aussi bien en direction des Russes que du c√īt√© des Ukrainiens.

Q - Y a-t-il aujourd'hui, Monsieur le Ministre, une porosit√© entre les deux dossiers, le dossier syrien et le dossier ukrainien, c'est-√†-dire √† partir du moment o√Ļ les Russes sont √† l'initiative sur le dossier syrien, que peut-on leur demander...

R - Je ne crois pas que l'on soit dans un marchandage o√Ļ on pourrait faire des avanc√©es sur un dossier et puis en faire aussi sur d'autres, une esp√®ce de deal √† la Trump, je ne crois pas √† cela. Je crois qu'il faut toujours rester sur les principes, et les principes, c'est le droit international. Et l√†, je m'interroge parce que j'ai √©cout√© aussi le discours de Sergue√Į Lavrov qui a parl√© d'un nouvel ordre international post-occidental.

Q - Post-occidental, qu'est-ce que cela veut dire exactement ce concept ?

R - Je pense que ce n'est pas l'Occident et les valeurs de l'Occident qui sont la cause des difficult√©s du monde aujourd'hui, c'est plut√īt quand on s'en d√©tourne. Et ces valeurs sont-elles occidentales ou universelles ? Je suis surpris qu'un pays comme la Russie tienne ce langage. C'est un pays qui a √©norm√©ment souffert de la Seconde guerre mondiale, celui qui a subi le plus grand nombre de victimes, de destructions et on a toujours rendu hommage - et √† juste titre - au peuple russe et √† son courage, √† l'Union sovi√©tique qui s'est battue, qui √©tait alli√©e des √Čtats-Unis et des Fran√ßais et des Anglais, je crois qu'il ne faut jamais oublier cette souffrance terrible. Et √† partir de l√†, il y a un ordre international qui s'est construit sur des valeurs, notamment la D√©claration universelle des droits de l'Homme, est-ce que c'est un texte occidental ? C'est l'h√©ritage de la D√©claration des droits de l'Homme de 1789, c'est vrai...

Q - Et Poutine abandonnerait cet héritage ?

R - Si on abandonne cela, on va vers le retour des nationalismes, on va vers le retour des rapports de force, de règlement au cas par cas des questions alors que le monde est incertain et dangereux et même plus dangereux qu'il y a quelques années, notamment depuis le tournant de la chute de l'Union soviétique et la chute du mur de Berlin. La réunification allemande a été traitée de manière intelligente.

J'ai l'impression qu'il y a un cycle qui est en train de se terminer et qu'un cycle dangereux pourrait commencer qui est celui du retour de l'isolationnisme américain mais aussi des nationalismes, du chacun pour soi, que ce soit pour le règlement des crises, pour le règlement des questions d'échanges économiques et commerciaux ou pour régler par exemple la question du réchauffement climatique. Je crois qu'on ne peut que rappeler la nécessité d'un ordre mondial multilatéral basé sur des valeurs, et, plus la mondialisation avance, plus on a besoin de régulations. Et c'était notamment l'intérêt de cette réunion du G20 qui a eu lieu à Bonn... (...)./.

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18. Ukraine - Russie - D√©clarations de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† l'issue de la r√©union minist√©rielle en format ¬ęNormandie¬Ľ (Munich, 18/02/2017)

[p.m., déclaration liminaire de Sigmar Gabriel, ministre des affaires étrangères allemand]

Sigmar hat sehr gut res√ľmiert, was wir hier entschieden haben. Auf Franz√∂sisch kann ich nur wiederholen: nous sommes tr√®s satisfaits d'avoir pu tenir cette r√©union avec Sigmar dans le cadre du format Normandie pour la mise en oeuvre des accords de Minsk, car il n'y a pas d'alternative et il y a un engagement franco-allemand de tout faire pour, √† chaque fois que c'est n√©cessaire, relancer et encourager les parties, les Ukrainiens et les Russes, √† tout faire pour que ces accords de Minsk soient mis en oeuvre. Et donc le format Normandie a son utilit√©. Nous allons le r√©unir autant que n√©cessaire. C'est ce que nous avons d√©cid√© sur tous les points que Sigmar a √©voqu√©s¬†: cessez-le-feu, retrait des armes lourdes, mise en oeuvre des d√©cisions prises notamment sur les zones de d√©sengagement. Il y en a d√©j√† deux sur trois qui sont mises en oeuvre avec efficacit√©. Nous souhaitons que cela se d√©veloppe, que nous en r√©alisions davantage, davantage d'√©changes de prisonniers, d'acc√®s de l'aide humanitaire, bref nous pouvons progresser. C'est aussi une question de volont√© politique. Et la France comme l'Allemagne ne cessent de la rappeler, de la r√©p√©ter et de renvoyer ici les Russes comme les Ukrainiens √† leurs responsabilit√©s. Chacun a sa part √† prendre pour que les accords de Minsk soient respect√©s et mis en oeuvre.

Q - Quelle est l'attitude des √Čtats-Unis √† l'√©gard du format Normandie ?

[p.m., réponse de Sigmar Gabriel]

Niemand hat Etwas anderes als das Minsker Abkommen vorgeschlagen. Es gibt keine Alternative. Das ist unsere √úberzeugung, auch nachdem wir mit Rex Tillerson gesprochen haben. Nat√ľrlich geht es nicht schnell genug, aber wir haben Geduld, wir sind da und wir sind davon √ľberzeugt, dass wir unsere Arbeit weitermachen m√ľssen. Das ist unser Engagement, das Engagement Deutschlands und Frankreichs.

I spoke with Rex Tillerson about the situation in Ukraine and I defended the Minsk agreement. I did not hear an alternative as a solution to the Minsk agreement. It is very important to involve, to continue, to go forward. That is a common engagement for France and Germa./.

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19. Isra√ęl - Territoires palestiniens - √Čtats-Unis - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęTV5Monde¬Ľ - extraits (Paris, 19/02/2017)

(...)

Q - Il y a un dossier qui est réellement dans l'impasse, ce sont les relations israélo-palestiniennes, et justement il y a une sorte de bouleversement maintenant avec l'administration Trump. Quelle va être la position de la France par rapport à ça ? Est-ce qu'il y a encore moyen de faire quelque chose pour en sortir ?

R - Je vous rappelle que nous avons tenu une conf√©rence, le 15 janvier √† Paris, o√Ļ 70 pays √©taient repr√©sent√©s avec les Nations unies, l'Union europ√©enne et la Ligue arabe. C'√©tait quelques jours avant la prise de fonction officielle du pr√©sident Trump aux √Čtats-Unis. Cela ne nous a pas emp√™ch√©s d'agir. Et cela nous a permis de rappeler, de fa√ßon forte, que la solution des deux √Čtats √©tait la seule perspective pour sortir de ce conflit.

D'une part, la colonisation se poursuit mais elle a fait l'objet d'une condamnation par le conseil de s√©curit√© des Nations unies. Et d'autre part il y a eu la rencontre du Premier ministre Netanyahu avec le pr√©sident Trump, qui s'est conclue par une tr√®s grande ambigu√Įt√©, notamment sur la perspective de deux √Čtats, comme l'a confirm√© Rex Tillerson. Je dois vous dire que je suis inquiet et que nous n'allons cesser de r√©p√©ter, notamment aux √Čtats-Unis - parce qu'ils ont leur place dans la solution des deux √Čtats pour contribuer √† la n√©gociation entre Palestiniens et Isra√©liens - qu'effectivement il ne faut pas abandonner cette perspective. J'ai dit √† M. Tillerson qui s'ils abandonnaient cette perspective, ils prenaient le risque de cr√©er une √©norme frustration et de laisser s'installer le d√©sespoir, ce qui contribue √† la propagande de Daech dans cette r√©gion. Mon coll√®gue jordanien m'a dit la m√™me chose. Ainsi, toucher par exemple √† J√©rusalem - en transf√©rant l'ambassade am√©ricaine de Tel-Aviv √† J√©rusalem - serait une faute tr√®s grave et tous les pays de la r√©gion sont d'accord. Nous n'avons cess√© de mettre en garde les √Čtats-Unis, et de leur rappeler que la perspective des deux √Čtats c'√©tait √† la fois la perspective qui redonnait de l'espoir aux Palestiniens, mais c'√©tait aussi la contribution √† la paix et √† la s√©curit√© d'Isra√ęl, √† laquelle nous sommes attach√©s, comme les Am√©ricains.

Q - Et alors quelle est la prochaine étape ? La prochaine initiative, la prochaine étape pour faire avancer... ?

R - La prochaine étape c'est qu'enfin, sur toutes les questions qui se posent - et elles sont nombreuses et j'ai parlé de l'accord nucléaire iranien -, l'administration américaine se mette vraiment en place.

Q - Elle n'y est pas, pour vous ?...

R - Un conseiller √† la s√©curit√© qui a √©t√© oblig√© de d√©missionner, pour les raisons que vous savez, c'est-√†-dire ambigu√Įt√© par rapport √† la Russie. Moi, je respecte le temps qu'il faut pour se mettre en place...

Q - Mais Trump est déjà en campagne, vous avez vu, en Floride, il a tenu un grand meeting de campagne...

R - Il ne faut pas se tromper de moment. Il est libre de dire ce qu'il veut, il assume ses responsabilit√©s en tant qu'homme politique et pour sa politique int√©rieure. Je ne vais pas m'ing√©rer dans la politique int√©rieure am√©ricaine. Mais s'agissant des affaires du monde, chaque pays a son r√īle √† jouer, la France joue le sien, et on aimerait que les Am√©ricains puissent le faire aussi sans tarder. (...)./.

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20. Cybers√©curit√© - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęTV5Monde¬Ľ - extraits (Paris, 19/02/2017)

(...)

Q - Vous venez de mentionner le d√©part de ce conseiller de Donald Trump en raison des ambigu√Įt√©s avec la Russie. Quelle est votre r√©action par rapport √† toutes les all√©gations qui planent sur ce que les Russes sont capables de faire au niveau piratage informatique, etc. dans les campagnes qui vont se d√©rouler en Europe, que ce soit aux Pays-Bas, en Allemagne, en France ? Et vous √™tes sur une cha√ģne qui a failli en mourir.

R - Vous savez ce que c'est qu'une cyber-attaque, et ce n'est pas une question théorique. C'est une menace qui existe. Le dernier sommet de l'OTAN à Varsovie, dans ses nouvelles priorités en matière de défense et d'organisation, a mis effectivement la cyber-sécurité comme une des priorités avec des investissements, des capacités.

La France le fait aussi. Nous tiendrons vendredi prochain un conseil de d√©fense consacr√© essentiellement √† cette question de la protection des donn√©es. Nous avons des outils pour √ßa. Quand j'√©tais Premier ministre nous avions renforc√© l'agence nationale qui s'en occupe, sous l'autorit√© du secr√©taire g√©n√©ral de la s√©curit√© nationale - l'ANSSI - et qui fait un tr√®s bon travail. D'ailleurs, pour la campagne √©lectorale des pr√©sidentielles, l'ANSSI est √† la disposition des candidats et des partis politiques qui le souhaitent, en termes d'accompagnement et de conseil, sans s'ing√©rer √©videmment dans les affaires int√©rieures des partis. Mais en m√™me temps il faut qu'on adresse des messages tr√®s clairs : nous ne pouvons pas accepter qu'un √Čtat, que des organisations financi√®res...

Q - Cet √Čtat, c'est la Russie ?

R - Pas forc√©ment la Russie, moi je ne mets pas en cause sp√©cialement tel ou tel √Čtat. Mais vous avez subi une cyber-attaque, qui aurait pu vous mettre compl√®tement k-o, pourquoi ? Parce que peut-√™tre vous √™tes une t√©l√©vision en langue fran√ßaise, qui diffuse dans le monde entier. Je crois que vous pouvez √™tre une cible. Donc il faut se prot√©ger et adresser des messages √† tous ceux qui pourraient nous menacer que nous ne nous laisserons pas faire.

Il y a des risques. Même chaque personne qui possède un téléphone portable sait qu'il y a des risques. Il vous arrive parfois de recevoir des mails vous demandant de venir au secours d'une personne qui se retrouverait à l'étranger alors qu'en réalité si vous répondez, vous risquez de voir vos données pillées. Cela veut dire que la révolution du numérique offre des perspectives et des possibilités considérables mais en même temps, elle présente aussi des dangers dont il faut se protéger. (...)./.

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21. Allemagne - Union europ√©enne - R√©ponse de M. Harlem D√©sir, secr√©taire d'√Čtat charg√© des affaires europ√©ennes, √† une question √† l'Assembl√©e nationale (Paris, 21/02/2017)

Merci Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Monsieur le Député,

D'abord, je veux excuser M. Jean-Marc Ayrault qui préside en ce moment même la conférence internationale sur la protection des enfants dans les zones de guerre.

Et je veux vous remercier, vous et le groupe d'amitié France-Allemagne, pour votre engagement au service de la relation entre nos deux pays.

Vous avez également mentionné, évidemment, le très fort attachement de Jean-Marc Ayrault à cette action franco-allemande.

Tout au long de ce quinquennat, la France et l'Allemagne ont d√Ľ faire face ensemble, c'est vrai, √† de nombreuses crises.

Et, je veux vous le dire, l'Europe n'aurait pas tenu sans la force de l'unité franco-allemande.

Ensemble, nous avons fait face √† la crise de la zone euro et nous avons assur√© son int√©grit√©. Nous avons lanc√© l'union bancaire, nous avons pris des d√©cisions qui ont permis le maintien de la Gr√®ce dans la zone euro. Ensemble, nous avons r√©pondu √† la crise de r√©fugi√©s et nous avons cr√©√© un corps europ√©en de garde-fronti√®res et de garde-c√ītes. Nous avons r√©form√© Schengen, nous avons fait en sorte que soient aid√©s les pays de premier accueil. Ensemble, nous avons √©tabli et consolid√© l'arsenal europ√©en pour lutter contre le terrorisme, nous avons renforc√© les √©changes d'informations, la coop√©ration polici√®re, l'utilisation des fichiers de Schengen et d'Europol ; nous avons adopt√© le PNR europ√©en.

Ensemble, nous avons fait de l'Europe le fer de lance de la lutte contre le changement climatique, et nous avons fait en sorte que l'Europe permette l'adoption de l'accord de Paris lors de la COP21.

Ensemble, nous avons également élaboré un agenda pour l'Europe de la défense et le projet d'un fonds européen de défense. Ensemble, nous avons permis à l'Europe d'assumer ses responsabilités sur la scène internationale, quand il s'agissait de l'Ukraine avec le Format Normandie, mais aussi de l'accord sur le nucléaire iranien, ou encore pour soutenir la stabilité dans les Balkans.

Sur le plan bilatéral, c'est vrai nos initiatives sont nombreuses, y compris pour développer l'enseignement de l'allemand en France et du français en Allemagne.

Par exemple, il y a aujourd'hui, après la réforme des collèges, 30.000 élèves de plus qui apprennent l'allemand en France et des nouveaux länder qui s'engagent dans l'apprentissage du français./.

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22. Libye - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault avec M. Fayez Sarraj, Premier ministre libyen - D√©claration du porte-parole du minist√®re des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 21/02/2017)

M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, s'est entretenu le 21 février avec M. Fayez Sarraj, Premier ministre de Libye et président du conseil présidentiel, pour lui faire part de son soutien après l'attaque qui a visé son convoi à Tripoli le 20 février.

M. Jean-Marc Ayrault a condamné cet acte et réitéré le plein soutien de la France au conseil présidentiel et aux efforts pour parvenir à un compromis entre toutes les forces politiques libyennes, en lien avec les Nations unies et les pays de la région.

Le ministre des affaires étrangères a également rappelé l'engagement de la France en faveur de la montée en puissance de la garde présidentielle. À cet égard, le général Najmi Nakoua, commandant de cette force, se rendra prochainement en visite à Paris./.

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23. Aide au d√©veloppement - Francophonie - Afrique - Union europ√©enne - Audition de M. Jean-Marie Le Guen, secr√©taire d'√Čtat charg√© du d√©veloppement et de la Francophonie, devant la commission des affaires √©trang√®res de l'Assembl√©e nationale (Paris, 01/02/2017)

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés, c'est un grand plaisir pour moi de retrouver cette commission à laquelle, comme la présidente a eu la gentillesse de le rappeler, j'ai appartenu au cours de cette législature.

Avant de répondre à ces interpellations très précises, je veux dire combien le département ministériel dont j'ai la charge est fascinant dans la période que nous vivons ; on y observe de très près la réalité de notre monde.

Vous avez en 2014 vot√© une loi d'orientation, et votre commission a beaucoup fait pour augmenter les moyens de l'aide au d√©veloppement ; vous avez accompagn√© la r√©forme de la politique de d√©veloppement et des structures. Sur tous ces points, mon action se situe √©videmment dans la continuit√© de celle de mes pr√©d√©cesseurs. Notre effort s'accro√ģt, notamment en direction de l'Afrique. Nous serons tr√®s actifs, je vous le confirme ici, jusqu'au terme du quinquennat, pour accompagner le nouvel essor pris par notre politique de d√©veloppement, gr√Ęce aux r√©formes de ses structures et √† l'augmentation de son budget. J'essaierai aussi d'apporter ma propre pierre √† l'√©difice.

Je commencerai par parler de la Francophonie, dont nul ne saurait surestimer l'importance non seulement affective mais aussi stratégique. Aujourd'hui, 280 millions de personnes ont la langue française en partage ; nous serons 750 millions d'ici trente ans.

Le seizième sommet de la Francophonie s'est tenu, au mois de novembre dernier, à Madagascar - et il faut saluer l'effort tout à fait remarquable de ce pays qui a su organiser un sommet pleinement réussi. Un accent particulier a été mis sur la jeunesse et la prévention de la radicalisation : la Francophonie est porteuse de culture et de valeurs, naturellement, mais aussi d'une réflexion plus politique. La famille francophone se regroupe pour peser dans le monde aujourd'hui.

Tout au long de l'ann√©e 2017 aura lieu le ¬ęGrand Tour¬Ľ de la Francophonie, dont mon pr√©d√©cesseur Andr√© Vallini avait engag√© l'organisation. Il s'agira d'une s√©rie de grandes manifestations culturelles, artistiques, sportives... La Francophonie sera ainsi c√©l√©br√©e par plusieurs dizaines de millions de personnes.

Il est √©galement important de favoriser - Micha√ęlle Jean, secr√©taire g√©n√©rale de l'Organisation internationale de la francophonie, y tient particuli√®rement - l'apprentissage du fran√ßais et surtout la formation d'enseignants de fran√ßais mais aussi en fran√ßais, notamment africains. C'est un d√©fi consid√©rable que nous devons relever, et j'y serai tr√®s attentif.

J'en viens maintenant √† la politique de d√©veloppement et de solidarit√© internationale. Nous avons r√©nov√© la politique fran√ßaise de d√©veloppement gr√Ęce √† la loi du 7 juillet 2014 d'orientation et de programmation relative √† la politique de d√©veloppement et de solidarit√© internationale (LOPDSI). Elle fixe nos priorit√©s sectorielles : la promotion des droits de l'Homme, le d√©veloppement √©conomique durable, le d√©veloppement humain, la pr√©servation de l'environnement, l'√Čtat de droit et le travail d√©cent. Ce faisant, elle propose, comme le fait traditionnellement la France, une vision globale de ces enjeux, √† l'image d'ailleurs des Objectifs de d√©veloppement durable que nous nous sommes fix√©s pour 2030.

Il faut aussi insister sur la part croissante prise par la soci√©t√© civile, de plus en plus syst√©matiquement associ√©e √† nos actions. Le LOPDSI a ainsi fix√© un cadre de travail permanent avec les repr√©sentants de la soci√©t√© civile dans toute leur diversit√© : le conseil national pour le d√©veloppement et la solidarit√© internationale. La grande diversit√© de la soci√©t√© civile internationale est mise en lumi√®re par l'organisation de la version internationale du concours ¬ęLa France s'engage au Sud¬Ľ, lanc√©e en 2015, et qui a connu sa deuxi√®me √©dition en 2016.

Je veux souligner ici que la hausse du budget de l'aide publique au d√©veloppement est le r√©sultat d'un travail parlementaire : vous avez √©t√© tr√®s en pointe sur ce sujet, et je le sais d'autant mieux que j'√©tais alors secr√©taire d'√Čtat charg√© des relations avec le Parlement. Dans la loi de finances initiale pour 2017, les cr√©dits budg√©taires de la mission ¬ęAide publique au d√©veloppement¬Ľ sont en augmentation de 97¬†millions d'euros. Ils sont compl√©t√©s par une hausse des ressources extrabudg√©taires de 268¬†millions d'euros, soit une augmentation totale de 365 millions d'euros. Cette hausse sup√©rieure √† 10% est tout √† fait significative, m√™me si - soyons honn√™tes - ce n'est qu'un rattrapage, car les niveaux pr√©c√©dents √©taient insuffisants. Il faut n√©anmoins se f√©liciter de ce mouvement, en ces temps de fortes contraintes budg√©taires.

Nous avons √©galement diversifi√© les modes de financement, notamment gr√Ęce aux financements innovants ; vous avez rappel√©, madame la pr√©sidente, la mise en place en 2012 d'une taxe sur les transactions financi√®res (TTF), dont la France est le seul pays √† consacrer une partie du produit au d√©veloppement. Aujourd'hui, elle rapporte 1,1¬†milliard d'euros dont la moiti√© est affect√©e √† l'aide publique au d√©veloppement.

Enfin, nous avons engagé le rapprochement de l'AFD avec la CDC. Des appréhensions se sont fait jour, et cette réforme n'a pas été aussi complète que le souhaitaient ceux qui l'avaient imaginée. Mais son principe, celui d'un rapprochement des deux organismes, est aujourd'hui mis en oeuvre et les responsables estiment que le processus fonctionne bien.

Une convention-cadre pluriannuelle, conclue √† l'occasion du soixante-quinzi√®me anniversaire de l'AFD, permettra de favoriser la mise en commun d'expertises sectorielles et l'√©mergence de synergies op√©rationnelles et strat√©giques ; elle facilitera aussi la mobilit√© des personnels entre les deux institutions et fera converger les r√©seaux de l'AFD et de la CDC afin de b√Ętir des partenariats communs. Un fonds d'investissement commun aux deux groupes sera cr√©√© pour financer de grands projets d'infrastructures dans les pays en d√©veloppement : nous disposerons ainsi d'un bras de levier financier beaucoup plus important.

Ce rapprochement de l'AFD et de la CDC ainsi que l'augmentation progressive des moyens de l'AFD d'ici 2020 font partie des vingt-quatre décisions du comité interministériel de la coopération et du développement international (CICID) qui s'est tenu le 30 novembre 2016. Le CICID a fixé de nouvelles orientations stratégiques à la politique française de développement, l'adaptant à l'agenda 2030 pour le développement durable que je citais tout à l'heure. Il a également pris acte de la modernisation du dispositif français, à travers notamment la création d'Expertise France.

S'agissant d'Expertise France, issue du rapprochement de six op√©rateurs pr√©existants, cette nouvelle agence me semble aujourd'hui bien partie. Son budget est aujourd'hui de 133 millions d'euros, dont 127 millions de chiffre d'affaires ; il est encore en d√©ficit de 5,3 millions d'euros, mais ce chiffre est conforme √† la trajectoire financi√®re fix√©e. Les cr√©dits allou√©s √† Expertise France en loi de finances initiale se montaient √† 12,7 millions d'euros - soit 8,6 millions d'euros en transferts d'expertise technique, 3,4 millions correspondant aux cr√©dits de l'ancien groupement d'int√©r√™t public ¬ęEnsemble pour une solidarit√© th√©rapeutique en r√©seau¬Ľ (GIP ESTHER) et 700.000 euros au titre de l'√©quilibre financier de l'op√©rateur.

Expertise France, vous le savez, travaille plus particulièrement sur la gouvernance démocratique, économique et financière ; sur la stabilisation des pays fragiles et la sécurité, car la prévention des conflits est aujourd'hui au coeur de notre politique de développement ; sur la lutte contre le dérèglement climatique et sur le développement urbain ; sur la santé, la protection sociale et l'emploi.

Nous espérons qu'Expertise France atteindra l'équilibre financier en 2020 ; d'ici là, nous continuerons à accompagner l'opérateur par une subvention de transformation. Un travail interne de restructuration est également indispensable.

Je voudrais insister sur le bilan positif de notre politique de d√©veloppement en Afrique. J'ai √©t√© particuli√®rement impressionn√© par la r√©ussite du vingt-septi√®me sommet Afrique-France qui s'est tenu √† Bamako en janvier. Le pr√©sident de la R√©publique fran√ßais peut se pr√©valoir de ce succ√®s, et je souligne qu'il a √©t√© notamment remerci√© par le pr√©sident du pays h√īte, qui a salu√© la France comme un partenaire ¬ęsinc√®re et loyal¬Ľ. Ce sommet a rassembl√© bien au-del√† de l'Afrique francophone et de nos partenaires traditionnels : plus de trente-quatre chefs d'√Čtat ou de gouvernement y ont particip√©. J'ai entendu, y compris de responsables qui n'ont pas l'habitude de nous adresser beaucoup de louanges, une v√©ritable demande de France. Les rapports entre l'Afrique et la France ont l√©gitimement suscit√© bien des discussions ces derni√®res ann√©es ; mais j'ai le sentiment que nous devons avoir la force morale de d√©passer ces d√©bats : aujourd'hui, nos liens sont puissants, et essentiels pour les uns comme pour les autres.

Notre but premier n'est pas d'exercer une influence mais d'√™tre un partenaire, je reprends une fois encore ces mots du pr√©sident Ibrahim Boubacar Ke√Įta, ¬ęsinc√®re et loyal¬Ľ dans le d√©veloppement du continent africain.

J'ai ressenti à Bamako une réelle préoccupation des dirigeants africains vis-à-vis du radicalisme et de l'extrémisme violent. Il existe aujourd'hui une prise de conscience générale des risques encourus partout sur le continent.

Les √©conomies du continent ont un potentiel de croissance remarquable, et notre politique de d√©veloppement vise, avec les √Čtats eux-m√™mes et les organisations africaines, √† mieux former la jeunesse ; le d√©veloppement du num√©rique est en ce sens crucial. BPI France et l'AFD avaient ainsi invit√© √† Bamako les laur√©ats du Startup Challenge Digital Africa, concours d'innovation en faveur du d√©veloppement de start-up num√©riques en Afrique. Les r√©sultats sont tout √† fait impressionnants. Il y a l√† un dynamisme et une modernisation extraordinaires, parfois bien sup√©rieurs √† ceux des pays d√©velopp√©s, par exemple dans le domaine financier.

La France a tenu les promesses de formation de militaires africains et de financements du développement qu'elle avait faites en 2013.

J'accorde une grande importance au continuum entre sécurité et développement. Chacun est aujourd'hui conscient de la nécessité d'un rapprochement de ces deux secteurs, dont les cultures étaient naguère encore très différentes. J'y reviendrai.

Ce sommet a par ailleurs été l'occasion d'annonces nouvelles par le président de la République. Plus de 25.000 soldats africains seront ainsi formés au cours des trois prochaines années et nous apporterons notre soutien à un projet d'école internationale de la cybersécurité en Afrique. Nous allons mobiliser 23 milliards d'euros pour l'Afrique au cours des cinq prochaines années. Un fonds d'investissement franco-africain sera lancé, comme vous l'avez souligné, Madame la Présidente. Malheureusement, je n'ai pas d'informations nouvelles à vous apporter sur ce point. La notion de fonds dédié se développe fortement ; elle n'a pas encore produit tous ses fruits, mais la démarche est intéressante. Jean-Louis Borloo a ainsi été un propagandiste actif en faveur de l'électrification de l'Afrique. Dans le cadre de la COP21, il y a également une forte mobilisation, dans une logique de partenariat entre public et privé. Je rappelle également l'accord entre la France et la Chine pour créer un fonds commun d'investissement, géré par CDC International Capital, et qui investira notamment en Afrique. Je ne cite là que quelques initiatives, mais il existe une mobilisation internationale visible pour agir dans une nouvelle logique de partenariat public-privé.

Nous allons p√©renniser le principe d'une journ√©e ¬ęAfrique num√©rique¬Ľ.

Enfin, la France participera au financement de l'Initiative africaine pour les énergies renouvelables, à hauteur de 20%.

Je vous indique également que je me suis entretenu la semaine dernière avec le nouveau secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

Les annonces de l'administration Trump ont provoqué une certaine sidération, puisqu'il est question de réduire la contribution financière américaine à l'ONU de 40%. S'agissant des questions de santé sexuelle et reproductive, en particulier, j'ai déjà eu des contacts avec les gouvernements néerlandais et suédois... Ils souhaitent se mobiliser pour que ces actions cruciales ne soient victimes de ces coupes.

Ces d√©cisions auraient plus g√©n√©ralement de graves cons√©quences pour le financement des op√©rations de maintien de la paix en Afrique, au Liban... Les √Čtats-Unis financent aujourd'hui √† hauteur de 28% les op√©rations de maintien de la paix. Or ces op√©rations doivent √™tre maintenues.

J'ai ressenti, chez tous mes interlocuteurs, une grande inqui√©tude et une forte demande de France et d'Europe - demande de soutien financier, certes, mais surtout de parole politique. Je souligne d'ailleurs qu'il existe aussi une demande de Chine : si les √Čtats-Unis mettent leurs menaces √† ex√©cution, une partie consid√©rable des organisations internationales se tourneront vers ce pays. Aujourd'hui, la France est bien plus pr√©sente aux Nations unies que la Chine ; mais celle-ci s'implique de plus en plus. Et l'on peut tr√®s bien imaginer un basculement du centre de gravit√© de l'ONU.

J'√©voquais mes priorit√©s pour ce minist√®re. J'ai d√©j√† insist√© sur l'importance d'un continuum entre s√©curit√© et d√©veloppement. C'est d'ailleurs une pr√©occupation que je partage avec Antonio Guterres, qui souhaite r√©former assez profond√©ment le fonctionnement de l'ONU, afin d'all√©ger la bureaucratie et de r√©duire les co√Ľts mais aussi de favoriser de meilleurs √©changes au sein de l'organisation ; il envisage notamment de rapprocher la direction des affaires politiques avec celle de l'organisation du maintien de la paix. L'ONU doit √™tre, selon lui, beaucoup plus engag√©e dans la pr√©vention des crises, mais aussi des risques de rechute.

L'AFD joue pleinement son r√īle dans cet √©tablissement d'une meilleure articulation entre les actions humanitaires d'urgence et celles qui rel√®vent plus habituellement de la politique de d√©veloppement, notamment gr√Ęce √† sa ¬ęfacilit√© de lutte contre les vuln√©rabilit√©s et de r√©ponse aux crises¬Ľ, dont la cr√©ation a √©t√© d√©cid√©e lors du CICID de novembre 2016 et qui est dot√©e de 100 millions d'euros par an.

Je pense principalement à quatre chantiers prioritaires que la facilité pourrait appuyer : la République centrafricaine, le lac Tchad - projet transfrontalier -, la Syrie et le Liban, et enfin le Sahel.

La Commission européenne a déjà commencé à faire évoluer ses procédures et dispositifs, avec notamment la création de fonds fiduciaires. Le fonds fiduciaire d'urgence créé lors du sommet de La Valette répond à cette même logique de travail à la fois sur la sécurité et sur le développement.

J'accorde √©galement une grande importance √† l'am√©lioration de la sant√© sexuelle et reproductive. Cela fait partie de nos valeurs, bien s√Ľr, mais c'est aussi un objectif strat√©gique. Vous connaissez parfaitement les enjeux d√©mographiques contemporains, mais aussi les probl√®mes de mortalit√© maternelle et infantile. Mais je veux signaler ici que le pr√©sident du Niger, Mahamadou Issoufou, ainsi que celui du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kabor√©, sont conscients de la n√©cessit√© d'une ma√ģtrise d√©mographique. Le retour de la volont√© d'agir en ce domaine est essentiel.

Je voudrais enfin aborder la question de la recherche, que j'estime absolument fondamentale. J'en ai d'ailleurs récemment débattu avec le professeur Jean-Paul Moatti, président-directeur général de l'Institut de recherche sur le développement (IRD). La recherche, que ce soit dans les domaines de l'agriculture, de l'énergie, de la société doit trouver une place plus importante dans les politiques publiques : lorsqu'une politique publique - sur les questions d'énergie, de sécurité ou de défense... - est mise en place, elle doit systématiquement prévoir un budget destiné à la recherche. Il faut avoir le courage politique de dire qu'il faut toujours prélever un pourcentage, certes minime, de ces flux pour financer la recherche.

J'ajoute que, si la recherche est intéressante en soi, lui apporter plus de financements permettra aussi le développement d'un écosystème de recherche en Afrique. Nous soutenons également la création d'un Erasmus euro-africain. M. Moatti, mais aussi les chercheurs de l'institut hospitalo- universitaire (IHU) Méditerranée Infection, installé à Marseille, ont souligné au cours de nos discussions l'importance pour eux de travailler avec des chercheurs africains talentueux, sur les maladies tropicales par exemple. Pour des raisons évidentes, ces chercheurs s'installent souvent en Europe. Il faudrait éviter cette fuite des cerveaux, et pour cela ouvrir de véritables perspectives à l'enseignement et à la recherche en Afrique.

L'ann√©e 2017 est un peu particuli√®re, mais la continuit√© de l'√Čtat doit √™tre assur√©e. Au mois de juillet, se r√©unira, √† Hambourg, un G20 √† l'ordre du jour duquel l'Allemagne souhaite inscrire l'Afrique. Il nous faut donc travailler d√®s maintenant avec nos amis Allemands afin d'aboutir √† une convergence de vues sur les politiques √† mettre en oeuvre en faveur de ce continent. Par ailleurs, le G7 qui se tiendra en mai en Italie aura notamment pour th√®me la probl√©matique des migrations, qui est directement li√©e aux politiques de d√©veloppement. Enfin, nous devons pr√©parer d√®s aujourd'hui le sommet Union europ√©enne-Afrique qui se tiendra √† l'automne prochain en C√īte d'Ivoire. Je serai d'ailleurs √† Bruxelles vendredi prochain, pour sensibiliser la Commission europ√©enne aux id√©es fran√ßaises sur ce sujet. Je pr√©cise, √† ce propos, que les discussions sur l'apr√®s Cotonou, c'est-√†-dire le fameux accord avec les pays d'Afrique, des Cara√Įbes et du Pacifique (ACP), ont d√©but√©. L√† encore, m√™me si les n√©gociations doivent aboutir en 2018 en vue d'une application en 2020, un travail de pr√©paration et de conviction est n√©cessaire, car nos positions - souvent partag√©es par nos amis africains - sont sensiblement diff√©rentes, actuellement en tout cas, de celles de l'Allemagne notamment.

Voilà rappelés, à la fois trop longuement et trop superficiellement, les principaux éléments de la politique que je souhaite mettre en oeuvre en matière de développement et de francophonie.

(Interventions des parlementaires)

Monsieur le D√©put√©, la question de la vision strat√©gique de l'AFD est importante, et nous partageons vos pr√©occupations. C'est pourquoi nous sommes en train de discuter avec l'agence du prochain Contrat d'objectifs et de moyens (COM) qui fixera le cadre strat√©gique et d√©crira les moyens que l'√Čtat s'engage √† lui consacrer pour les trois ou quatre ann√©es √† venir. √Ä cet √©gard, les financements innovants tels que le produit de la TTF devraient √™tre plus durables qu'un financement budg√©taire. Toutefois, nous devons parvenir √† stabiliser la l√©gitimit√© de cette innovation pour que la France ne soit pas la seule √† prendre une telle mesure.

Or, il ne faut pas se raconter d'histoires, le débat se poursuit au plan européen et son résultat n'est pas encore complètement acquis. Les négociations se sont cependant accélérées à la fin de l'année dernière, et cette proposition semble susciter l'intérêt des Allemands, ce qui n'est pas rien. Au total, dix pays européens soutiennent ce projet dans le cadre d'une coopération renforcée. Au cours du second semestre de cette année, l'Allemagne et la France auront sans doute des discussions intenses dont j'imagine qu'elles porteront non seulement sur l'avenir de l'Union européenne et de la zone euro, mais certainement aussi sur l'Afrique et le développement, de sorte qu'elles devraient inclure cette question. Du reste, si nos amis allemands ont inscrit l'Afrique à l'ordre du jour du prochain G20, c'est sans doute pour avancer sur ce terrain-là.

Par ailleurs, la question se pose d'un allongement d'un an de la dur√©e du COM de l'AFD ; j'y suis plut√īt favorable.

Le Royaume-Uni est √©videmment un sujet de pr√©occupation majeur. J'ai re√ßu son ambassadeur, et je dois dire que j'ai per√ßu une grande h√©sitation. Alors que les Britanniques √©taient, pour des raisons que l'on peut comprendre, les champions du multilat√©ral, le gouvernement conservateur actuel souhaite insister d√©sormais sur le bilat√©ral. Toutefois, leur administration n'est pas pleinement adapt√©e √† cette nouvelle orientation : ils n'ont pas l'√©quivalent de notre AFD avec son r√©seau d'agences √† l'√©tranger. J'ajoute que cette question s'inscrit dans la probl√©matique du ¬ępost-Brexit¬Ľ. Les discussions qui auront lieu entre l'Union europ√©enne, et singuli√®rement la France, et le Royaume-Uni porteront sur les questions de d√©fense et de coop√©ration, donc sur la mani√®re dont nous pouvons travailler avec les Britanniques pour les aider dans ce domaine. En tout √©tat de cause, c'est un v√©ritable d√©fi.

Pardonnez-moi, Monsieur le D√©put√©, de ne pas avoir √©voqu√© l'Assembl√©e parlementaire de la francophonie qui, c'est vrai, joue un r√īle majeur et contribue √† donner √† la francophonie la dimension politique que j'√©voquais tout √† l'heure.

S'agissant de la définition de l'orientation des fonds européens, je rappelle que la France a été à l'initiative de la mise en place du fonds Bêkou, consacré à la RCA, qui permet une certaine flexibilité.

Il est vrai, Monsieur le D√©put√©, que le nombre d'√©tudiants africains accueillis en France a √©t√© limit√© ces derni√®res ann√©es ; nous ne faisons pas tout ce qu'il faudrait en la mati√®re. Mais les Africains souhaitent d√©velopper une offre universitaire propre, et il faut que nous y soyons attentifs. Je rappelle, en outre, que la France demeure l'un des pays qui accueillent le plus d'√©tudiants √©trangers. En tout √©tat de cause, nous devons penser d√©sormais, dans le cadre du monde nouveau qui est le n√ītre, √† l'enseignement num√©rique. √Ä cet √©gard, outre le plan num√©rique national, un plan num√©rique sp√©cifique concernera l'OIF.

Dans certains domaines, la France est très en retard. Dans celui de la santé, par exemple, que je connais un peu, les Américains ont mis en oeuvre des programmes, notamment MediPlus, en langue anglaise et en langue espagnole, qui permettent à tous d'avoir accès à une gigantesque bibliothèque médicale interactive comprenant notamment des éléments de diagnostic et de thérapeutique. Je m'efforce donc de mobiliser des universitaires pour que nous nous dotions d'un outil analogue, lequel ne nécessiterait pas, d'ailleurs, des investissements colossaux.

Sur la question des visas, je vous donnerai une réponse précise ultérieurement.

À propos de la santé, Mme la députée m'a interrogé sur l'extension éventuelle du mandat de Mme Boccoz. Une réflexion interministérielle est actuellement menée sur la santé mondiale, et je souhaite consacrer à ce dossier une attention particulière. Il me semble en effet que, depuis quarante ans, la France a déserté l'offre de santé au plan mondial. Elle a certes mené des actions d'aide au développement, mais sa politique de santé n'est pas suffisamment tournée vers l'international.

Or, il est imp√©ratif qu'elle ne se limite pas aux fronti√®res de l'Hexagone ; nous avons vocation √† √™tre un rep√®re et un acteur mondial dans ce secteur, qu'il s'agisse de la sant√© publique ou de l'offre de soins. Une r√©volution psychologique est donc n√©cessaire. Nous y travaillons, et une strat√©gie ¬ęSant√© mondiale¬Ľ devrait √™tre publi√©e, qui peut aller dans le sens des pr√©conisations de Mme la d√©put√©e s'agissant du mandat de Mme Boccoz, qui est une excellente ambassadrice. Il est vrai qu'il nous faut avoir une vision beaucoup plus large.

Sur le plan budgétaire, dorénavant, l'AFD financera le bilatéral et le FSD le multilatéral, en se concentrant principalement sur le climat, l'éducation et la santé. Cette séparation améliorera la visibilité du dispositif et le simplifiera. Un décret d'application relatif à ce fonds, publié le 5 décembre dernier, permet de renforcer la transparence et le pilotage des ressources extrabudgétaires.

Madame la députée m'a interrogé sur notre coopération avec l'Allemagne. Il faudrait que nous ayons une discussion beaucoup plus large sur le sujet. Lorsque j'étais député, je présidais le groupe d'amitié avec la Chine et j'ai été de ceux qui ont souhaité une harmonisation des politiques française et chinoise en Afrique, fondée sur la création d'un fonds, qui existe désormais, et la possibilité de réaliser une véritable coordination stratégique. Ce que je dis à propos de la Chine est, d'une certaine manière, également valable pour l'Allemagne, dont nous sommes évidemment plus proches. En effet, si celle-ci doit intervenir fortement en Afrique, il faut savoir si nous l'envisageons de manière positive ou si nous avons peur d'être concurrencés à certains égards.

Pour ma part, je pense que la strat√©gie de la France doit √™tre concentr√©e sur le d√©veloppement de l'Afrique, ind√©pendamment de la part qu'elle y prend. Non pas par g√©n√©rosit√© ou par souci humanitaire, mais parce que cette question est √©minemment strat√©gique pour notre pays. Si nous ne parvenons pas √† soutenir le d√©veloppement de l'Afrique et donc √† stabiliser les populations, nous conna√ģtrons des drames terribles dans les ann√©es qui viennent. Je ne n√©glige pas pour autant les int√©r√™ts de la France : plus l'Afrique se d√©veloppera, plus la part de la France augmentera.

Monsieur le député a évoqué les infrastructures de transport. Il existe un projet français de boucle ferroviaire dans une partie de l'Afrique. Or, ce projet risque d'être fragilisé, pour ne pas dire bloqué, parce qu'un pays, pour des raisons diverses, ne souhaite pas le soutenir. Peut-être adopte-t-il cette position parce que d'autres pays lui ont suggéré que d'autres solutions existaient. Je ne veux pas présupposer que nous avons toujours raison. En tout état de cause, ne pas être capable de faire converger des initiatives est une erreur.

Je prends un second exemple, celui du projet de ligne ferroviaire reliant Addis-Abeba et Djibouti. Il y a une dizaine d'ann√©es, ces deux pays se sont adress√©s √† la France pour nous soumettre ce projet en nous expliquant qu'il permettrait que les exportations de l'√Čthiopie, pour des raisons politiques et g√©ographiques que vous connaissez, se fassent √† partir de Djibouti, qui pourrait ainsi d√©velopper son port. Nous leur avons d'abord r√©pondu que nous √©tions tr√®s int√©ress√©s, pour finir par leur annoncer, deux ou trois ans plus tard, que nous ne pouvions pas les aider. Mais nous leur avons dit que nous allions solliciter l'Union europ√©enne. Ils ont attendu six ans de plus, pour se voir opposer un nouveau refus. In fine, ce sont les Chinois qui ont construit cette ligne ferroviaire, strat√©gique pour ces deux pays. Or, Djibouti est un pays francophone et francophile, et il est essentiel √† notre pr√©sence dans l'Est de l'Afrique. J'entends d'ailleurs dire qu'il est scandaleux que ce pays ait fait le choix de la Chine. Mais c'est nous qui - peut-√™tre pour de bonnes raisons - n'avons pas donn√© suite √† leur demande. Il aurait √©t√© encore plus int√©ressant de v√©rifier que les pr√™ts consentis √† Djibouti pour r√©aliser cette op√©ration lui ont √©t√© accord√©s dans des conditions favorables. Le d√©veloppement de l'√Čthiopie, qui passe par sa capacit√© d'exportation, est strat√©gique, y compris pour nous, de m√™me que le d√©veloppement de l'activit√© du port de Djibouti.

Si nous ne sommes pas capables de mener des politiques de coop√©ration coordonn√©es, nous y perdons tous. Je reconnais que cette position peut para√ģtre na√Įve √† certains, qui estiment qu'un tel raisonnement conduirait √† faire de la place √† d'autres. Je ne le crois pas. Je sais, pour en avoir discut√© avec eux, que les chefs des entreprises les plus importantes intervenant en Afrique y sont favorables. Nous avons int√©r√™t √† accepter la pr√©sence des uns et des autres sur le continent.

D'aucuns ont dit, apr√®s la tourn√©e de Mme Merkel en Afrique, que l'Allemagne venait nous tailler des croupi√®res. C'est, au contraire, une tr√®s bonne nouvelle, pour l'Afrique et pour la France, car elle nous aidera √† r√©gler les probl√®mes que nous ne pourrons pas r√©gler seuls. Nous voulons travailler avec l'Allemagne. Certes, sur le post-Cotonou, leur approche n'est pas exactement la m√™me que la n√ītre, mais j'ai confiance. Je crois que, la connaissance de ces questions par les Allemands s'am√©liorant au fil du temps, ils comprendront que les accords ACP ne sont pas ¬ępostcoloniaux¬Ľ mais qu'ils ont vocation √† traiter la question strat√©gique de l'Afrique.

On dit souvent que la France est arrogante, mais il m'arrive de penser que d'autres le sont aussi. Nous devons, les uns et les autres, mettre notre arrogance de c√īt√© et travailler ensemble. J'ai d'ailleurs pr√©vu de rencontrer mon homologue allemand √† Berlin, mais ce n'est pas simple, tant l'organisation politique allemande semble complexe.

J'espère avoir répondu à vos questions./.

(Source : site internet de l'Assemblée nationale)

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