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Déclarations officielles de politique étrangère du 16 janvier 2017


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Kirghizstan/Accident d'avion - Bahre√Įn/Peine de mort (Paris, 16/01/2017)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations suivantes :

1 - Kirghizstan - Accident d'avion (16 janvier 2017)

Nous avons appris avec émotion l'accident d'avion survenu aujourd'hui à Bichkek, dont le bilan s'élève à au moins 35 morts, parmi lesquels plusieurs enfants.

La France exprime ses condoléances aux familles des victimes.

Dans ces circonstances tragiques, nous nous tenons aux c√īt√©s du Kirghizstan.

2 - Bahre√Įn - Peine de mort (15 janvier 2017)

La France condamne l'ex√©cution, par les autorit√©s bahre√Įniennes, de trois de leurs ressortissants le 15 janvier.

Nous réitérons notre opposition constante à la peine de mort, en tous lieux et en toutes circonstances.

La France appelle les autorit√©s bahre√Įniennes √† r√©tablir un moratoire en vue d'une abolition d√©finitive./.

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2. Isra√ęl - Territoires palestiniens - Conf√©rence pour la paix au Proche-Orient - Discours de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique (Paris, 15/01/2017)

Madame la Haute représentante de l'Union européenne,

Mesdames, Messieurs qui représentez ici les organisations internationales,

Mesdames, Messieurs les Ministres des affaires étrangères,

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Je veux d'abord vous remercier d'être nombreux pour cette conférence, répondant à l'invitation que je vous avais lancée il y a un an. Car il y a un an, la France décidait de prendre une initiative pour la paix au Proche-Orient.

Le ministre des affaires √©trang√®res Jean-Marc Ayrault a port√© inlassablement cette volont√© de donner une perspective. Et je me suis moi-m√™me entretenu avec la plupart des chefs d'√Čtat et de gouvernement de la r√©gion et au-del√†.

Il y a eu cette réunion ministérielle le 3 juin, elle a constitué une étape importante puisque nous sommes aujourd'hui réunis dans le cadre de cette conférence.

L'initiative que la France a lanc√©e et √† laquelle vous avez pleinement adh√©r√©s, c'√©tait d'abord une alerte, car la solution des deux √Čtats, celle sur laquelle la communaut√© internationale s'√©tait retrouv√©e depuis plusieurs ann√©es appara√ģt menac√©e.

Elle l'est physiquement sur le terrain par l'acc√©l√©ration de la colonisation, elle l'est politiquement par l'affaiblissement progressif du camp de la paix, elle l'est moralement par la m√©fiance qui s'accumule entre les parties et bien s√Ľr qu'exploitent les extr√©mistes. Elle l'est enfin par les terroristes eux-m√™mes qui ont toujours redout√© la perspective d'un accord isra√©lo-palestinien.

L'attentat qui a frappé Jérusalem le 8 janvier dernier en est la manifestation la plus abjecte et qui mérite d'être condamnée par tous.

Voilà pourquoi il était si important de prendre et de reprendre l'initiative. Certes, les guerres en Irak, en Syrie, au Yémen, la lutte contre Daech ont à juste raison mobilisé la communauté internationale ces derniers mois, voire ces dernières années. Et ont pu laisser penser qu'il était moins urgent de se préoccuper du processus de paix au Proche-Orient, qu'il pouvait attendre.

Mais comment penser que le Moyen-Orient pourra retrouver sa stabilit√©, si on ne traite pas le plus ancien de ses conflits ? Car il continue de servir de pr√©texte aux criminels qui enr√īlent des esprits √©gar√©s.

Voil√† pourquoi le monde ne peut pas, ne doit pas se r√©signer au statu quo. Votre pr√©sence aujourd'hui, avec 70 √Čtats et organisations internationales repr√©sent√©s, est la preuve que nous ne renon√ßons √† rien et que nous voulons avancer.

Il y a eu le rapport du Quartet qui rassemble les Nations unies, l'Union europ√©enne, les √Čtats-Unis et la Russie le 1er juillet dernier, qui avait d√©j√† mis en garde le monde contre le risque que s'installe la r√©alit√© d'un seul √Čtat.

Il y a eu ensuite la r√©solution du Conseil de s√©curit√© adopt√©e sans aucune opposition parmi ses 15 membres, et qui a r√©affirm√© le soutien international √† la solution des deux √Čtats. C'est pour nous tous un point d'appui.

Je salue également le discours qu'a tenu John Kerry ces derniers jours et qui est venu encore renforcer cette prise de conscience.

Dans la r√©gion, je constate que la solution des deux √Čtats continue de b√©n√©ficier d'un soutien large, au-del√† des diff√©rences souvent importantes qui peuvent exister sur d'autres sujets. Et ce qui vaut pour la r√©gion vaut √©galement pour le monde.

La solution des deux √Čtats n'est pas le r√™ve d'un syst√®me d'hier, c'est encore, c'est toujours l'objectif de la communaut√© internationale dans toute sa diversit√© pour l'avenir.

Je voudrais donc avec cette conférence inscrire la question du Proche-Orient à l'agenda international. Mais je veux être clair sur nos intentions. Il n'est pas question de dicter aux parties les paramètres du règlement, comme certains l'ont prétendu pour disqualifier nos efforts. Je réaffirme ici que seules des négociations directes entre les Israéliens et les Palestiniens peuvent conduire à la paix. Nul ne le fera à leur place.

C'est à leurs dirigeants de s'entendre et de convaincre leur population des compromis nécessaires. Par le passé, je le rappelle, les avancées ont toujours été le produit de discussions, et les blocages toujours la résultante de l'absence de dialogue.

Notre contribution aujourd'hui doit √™tre de donner des garanties et des encouragements. C'√©tait d√©j√† ce que nous avions voulu √† travers la r√©union du 3 juin, avec une r√©flexion men√©e dans trois groupes de travail, que vous avez poursuivie aujourd'hui, sur le volet √©conomique, sur la question des capacit√©s du futur √Čtat palestinien et sur la mobilisation des soci√©t√©s civiles isra√©lienne et palestinienne.

Vous y avez ajouté une réflexion sur les incitations que la communauté internationale pourrait apporter aux deux parties en cas de règlement du conflit. Cette méthode a permis d'identifier de nombreux projets, publics et privés, dans le domaine des infrastructures urbaines, des transports ou de l'énergie.

Ce travail a également mis en évidence le renforcement des relations économiques et commerciales qu'induirait la paix entre les deux parties ; et le partenariat privilégié qui pourrait encore s'amplifier avec l'Union européenne.

Je sais ce que l'on a dit de cette conférence. Il y a toujours les sceptiques, ils sont nombreux, il y a ceux qui ne veulent jamais qu'une initiative soit prise parce qu'ils en préparent une autre.

Je sais ce que l'on a dit de cette conf√©rence, qu'elle pourrait √™tre une na√Įvet√©, comment imaginer parler de la paix aujourd'hui quand la guerre d√©chire une grande partie du Moyen-Orient ?

On a dit m√™me que √ßa pouvait √™tre une futilit√©, presque un suppl√©ment d'√Ęme que nous viendrions ici introduire dans les relations internationales.

Je vous l'affirme ici, la na√Įvet√© ce serait de croire que le rapprochement entre Isra√ęl et ses voisins, si n√©cessaire, serait possible sans avancer vers la paix entre Isra√©liens et Palestiniens.

Et le cynisme, ce serait de s'enfoncer dans le statu quo, pour espérer ensuite un dérèglement de la situation qui justifierait tous les excès.

Il y a un moment o√Ļ la communaut√© internationale doit rappeler non seulement les devoirs qu'elle la pour la paix, mais les droits aussi qui sont ceux attach√©s aux peuples ; et surtout rappeler l'enjeu de la s√©curit√© : la s√©curit√© pour Isra√ęl, la s√©curit√© pour l'ensemble de la r√©gion, la s√©curit√© aussi pour les Palestiniens.

Notre initiative, elle est faite pour être utile, elle est faite pour aider et non pas compliquer, elle est faite pour unir et non pas diviser.

Depuis un an, nous avons beaucoup consulté, nous nous sommes régulièrement retrouvés. Nous avons associé à nos travaux 150 organisations israéliennes et palestiniennes ; et nous avons constaté que les bonnes volontés étaient toujours là. Cette disponibilité doit conduire les dirigeants à prendre leurs responsabilités.

C'est aussi pour la stabilit√© du monde que nous agissons et n'avons pas d'autre int√©r√™t. Et nous aurions tous √† souffrir si les peuples du monde arabe et musulman renon√ßaient, pour des raisons diff√©rentes, √† la solution des deux √Čtats.

Voil√† notre message, il intervient au moment o√Ļ une nouvelle administration s'appr√™te √† rentrer en fonctions √† Washington. Plus de 20 ans apr√®s la signature des accords d'Oslo, chacun doit bien savoir quelle est la le√ßon que nous tirons de l'histoire. Chacun doit bien comprendre quel est l'enjeu et que rien ne peut √™tre improvis√© ou boulevers√©.

Il y a un effort qui a √©t√© engag√© il y a des ann√©es, il doit se poursuivre. Il est l√©gitime, il est n√©cessaire que la communaut√© internationale r√©fl√©chisse s√©rieusement √† la meilleure mani√®re d'accompagner la solution des deux √Čtats. Et j'affirme ici que cette solution est la seule possible pour la paix et pour la s√©curit√©.

Et je vous remercie tous d'y avoir contribué par votre présence, par vos travaux, par votre inspiration aujourd'hui à Paris.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Isra√ęl - Territoires palestiniens - Conf√©rence pour la paix au Proche-Orient - √Čtats-Unis - Conf√©rence de presse de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 15/01/2017)

Mesdames et Messieurs,

Comme vous le savez, je viens de clore la conférence internationale pour la paix au Proche-Orient. Près de 70 pays et organisations internationales se sont réunis à Paris pour parler d'une seule voix sur ce sujet d'une importance capitale pour tous.

Avant de revenir sur ce qui s'est dit aujourd'hui, et avant de remercier tous ceux qui ont jou√© un r√īle particulier dans cet √©v√©nement, j'aimerais vous livrer trois impressions.

La premi√®re, c'est le sentiment d'urgence. Toutes les interventions depuis ce matin l'ont confirm√©, l'urgence √† pr√©server la solution des deux √Čtats, et cette solution qui est la seule viable pour l'avenir est aujourd'hui gravement menac√©e. Elle est menac√©e par la colonisation et par la poursuite de la violence. Il y a urgence √† √©viter tout acte unilat√©ral qui enflammerait encore davantage la situation sur le terrain, √† J√©rusalem et ailleurs.

Chez certains, on entend dire souvent qu'il vaudrait mieux s'occuper de la Syrie, de l'Irak ou de la Libye, plut√īt que de ce conflit. D'abord, nous nous occupons de la Syrie, de l'Irak et de la Libye mais nous faisons aussi la m√™me chose pour trouver une solution √† ce conflit qui dure d√©j√† depuis si longtemps. Il serait un peu facile de d√©tourner le regard du conflit isra√©lo-palestinien qui a produit, je le rappelle, trois guerres en six ans. Aujourd'hui, tous les ingr√©dients d'une escalade des tensions sont encore l√†. Si nous ne faisons rien, nous prenons la responsabilit√© de laisser la situation d√©river vers une confrontation √©crite d'avance.

Ce conflit - cela a été rappelé par de nombreux intervenants aujourd'hui - n'a rien perdu de son importance symbolique et il dépasse toutes les frontières. Prendre le risque de l'alimenter serait faire un cadeau insensé aux extrémistes de tous les pays. Cela a également été rappelé par de nombreux représentants, en particulier des pays concernés.

La deuxi√®me impression de cette conf√©rence, c'est celle qui s'est exprim√©e autour de l'unit√© de la communaut√© internationale. Bien s√Ľr, il y a des nuances de m√©thodes et d'approches, mais c'est vrai pour tous les grands enjeux internationaux et il n'y a rien de surprenant √† cela. Ce qui frappe, c'est la communaut√© de vision sur l'essentiel¬†: l'attachement √† la solution de deux √Čtats, le rejet de la violence et, je l'ai dit, la d√©nonciation de la colonisation.

Tous ces constats sont partagés par tous. Ce n'est pas le fait de tel ou tel pays, de telle ou telle administration. Nous sommes unanimes dans notre condamnation de l'attentat de Jérusalem qui a eu lieu dimanche dernier ; nous sommes unanimes pour condamner ce terrible attentat, comme nous le sommes aussi pour condamner toute incitation à la violence.

La communauté internationale s'est récemment exprimée au conseil de sécurité des Nations unies en dénonçant la colonisation avec la résolution 2334. Aujourd'hui, c'est la voix du monde qui s'est exprimée à travers une décision qui est marquée du sceau de la légalité internationale. Il faut prendre cela avec gravité.

Lorsque, quelques jours après, John Kerry a fait son intervention, à travers un discours que je qualifie de courageux et digne - et en même temps profondément émouvant -, c'était au-delà de la voix de l'administration américaine, l'écho d'une inquiétude internationale largement partagée. Beaucoup d'orateurs depuis ce matin y ont fait référence avec gratitude.

C'est √©galement le message qui a √©t√© port√© par la communaut√© internationale depuis plus de 50 ans. Il vient d'√™tre r√©affirm√© avec une force qui est intacte. Aujourd'hui, l'Union europ√©enne √©tait autour de la table, avec la Ligue arabe, les pays du G20 et le conseil de s√©curit√© des Nations unies. Tous les pays les plus concern√©s, tous ces pays ont parl√© d'une seule voix. Nous ne sous-estimons pas les soci√©t√©s civiles¬†: en Isra√ęl, plus de 1.200 intellectuels ont appuy√© ces efforts dont des anciens ambassadeurs, des prix Nobel et des organisations de la soci√©t√© civile. C'est aussi cela la r√©alit√©, au-del√† des mots et des formules. C'est, d'une certaine fa√ßon, r√©confortant pour ceux qui doutent.

La troisième impression, parce que chacun en est conscient, c'est de la nécessité de rester mobilisé. Cette volonté s'est exprimée dans tout le labeur de préparation de la conférence que chacun a pris au sérieux, et elle va se manifester maintenant pour la suite. Il faut bien le dire, une crainte s'est exprimée. En effet, l'emballement des faits sur le terrain et une réaction internationale qui serait insuffisante peuvent ruiner les espoirs de paix. Il est donc important qu'il y ait un suivi des travaux qui ont été enclenchés. Beaucoup de participants nous l'ont demandé, ils ne souhaitaient pas se contenter d'une seule conférence, ils veulent travailler dans la durée. C'est également important de saluer cette volonté très nette de poursuivre cette dynamique positive qui a commencé - ou recommencé - le 3 juin dernier. Nous n'aurions pas été là, aussi nombreux, s'il n'y avait pas eu ces efforts constants, patients, déterminés et poursuivis, s'il n'y avait pas eu cette première réunion du mois de juin 2016.

Je voudrais revenir plus en d√©tail sur ce qui s'est dit aujourd'hui et sur la signification profonde de cette conf√©rence. Nous nous sommes r√©unis pour tenter d'apporter une contribution constructive et de bonne foi √† un processus de paix qui est, il faut bien le dire aujourd'hui, au point mort. On nous dit souvent que seules des discussions bilat√©rales entre les parties sans pr√©conditions permettront d'avancer et que toute autre initiative serait une forme de distractions, de facilit√©s, pour ne pas dire de futilit√©s. √Čvidemment, nous sommes pour que la n√©gociation ait lieu entre les parties, il n'y a pas d'autre issue possible. Nous n'avons jamais rien dit d'autre et nous n'avons jamais eu l'intention, pas plus hier qu'aujourd'hui, de n√©gocier √† leur place. La paix ne se fera que s'il y a une volont√© et un engagement concret entre Isra√©liens et Palestiniens.

La question pour la communauté internationale, qui se préoccupe de la permanence de ce conflit, de ces tensions, de ces violences, c'est comment aider les deux parties sans négocier à leur place. Comment les inciter à reprendre le seul chemin possible, celui de la table des négociations.

Nous avons propos√© trois choses. La premi√®re, c'est tout d'abord un rappel du cadre de n√©gociations reconnu par la communaut√© internationale. Alors que certains s'interrogent, il est bon de rappeler la base. La base, ce sont les fronti√®res de 1967 et ce sont les grandes r√©solutions des Nations unies, et il y en a eu beaucoup. Il faut bien s√Ľr s'inspirer des plus grandes et des plus importantes, notamment la derni√®re.

La seconde, c'est de travailler concrètement à des incitations pour les parties en cas de processus et d'accord de paix. Je l'ai dit, chacun sait que les parties ne négocient plus depuis longtemps. Nous avons donc regardé ensemble comment les y encourager.

Nous avons travaill√© dans trois domaines avec nos partenaires. D'abord sur le volet √©conomique, avec notamment l'id√©e d'un partenariat sp√©cial et privil√©gi√© avec l'Union europ√©enne, et parce que nous sommes convaincus de l'immense potentiel qui existe pour l'investissement priv√© dans cette r√©gion, et des coop√©rations internationales en cas de paix. Nous avons effectu√© un travail qui va se poursuivre sur le renforcement des capacit√©s du futur √Čtat palestinien.

Nous avons fait un travail de fond sur le rapprochement des sociétés civiles israélienne et palestinienne. Ces sociétés civiles existent, elles ont leur autonomie et leurs spécificités, elles sont souvent représentatives de la diversité. Nous avons consulté plus de 150 organisations au cours des derniers mois.

Enfin, une mobilisation internationale en soutien des parties.

Nous ne nous faisons pas d'illusion, nous sommes r√©alistes. Les incitations sur lesquelles nous travaillons ne vont pas subitement pousser les parties √† n√©gocier d√®s demain matin, mais l'accompagnement international le plus sinc√®re possible, le plus d√©sint√©ress√© possible compte, j'en suis s√Ľr. Il compte et il comptera.

Nous sommes attachés à la sécurité dans cette région. J'évoquais l'attentat odieux à Jérusalem de dimanche dernier que nous avons dénoncé et condamné. C'est le gouvernement israélien lui-même qui a fait allusion à un engagement de Daech dans cette opération criminelle. Il ne faut pas laisser d'espace aux criminels, il ne faut pas laisser d'espace aux terroristes de Daech notamment, qui ne doivent pas trouver là un espace à leur propagande meurtrière et abjecte.

Nous sommes aussi profond√©ment attach√©s √† la s√©curit√© d'Isra√ęl et je le dis en ami d'Isra√ęl le plus sinc√®rement possible. Cela a √©t√© rappel√© avec √©motion cet apr√®s-midi. Oui, il n'y aura pas de paix r√©gionale solide et durable tant que le conflit avec les Palestiniens ne sera pas r√©gl√©. Je dis cela sans aucune excuse √† la violence, d'o√Ļ qu'elle vienne et quelle qu'elle soit.

C'est pourquoi nous proposons cette mobilisation avec tous les pays de la région sur la base de l'initiative arabe de paix qui a été plusieurs fois mentionnée par de très nombreux intervenants. Elle nous aidera tous, elle aidera surtout les parties à trouver le chemin.

J'ai essay√© de trouver une formule pour r√©sumer, √† la fin de nos travaux, le sens de cette conf√©rence. Pour moi, c'est d'abord une main tendue aux parties, aux Isra√©liens et aux Palestiniens. Cette main tendue, nous esp√©rons qu'ils sauront la saisir. On nous demande pourquoi faire une conf√©rence sans les parties¬†? Je souhaite rappeler que tout cela a √©t√© fait en transparence avec elles. Le pr√©sident de la R√©publique, Fran√ßois Hollande l'a rappel√© tout √† l'heure, il s'est entretenu avec Benjamin Netanyahou et Mahmoud Abbas. J'ai fait une visite sur place et mon envoy√© sp√©cial, Pierre Vimont, que je remercie tout particuli√®rement, a effectu√© sans rel√Ęche plusieurs missions en Isra√ęl, en Palestine et dans de nombreux pays pour expliquer le sens de la d√©marche. Nous leur avons propos√© une restitution de nos travaux.

Nous avions m√™me propos√© que cette restitution ait lieu sans d√©lai, d√®s ce soir √† Paris. Le Premier ministre isra√©lien m'avait dit √† plusieurs reprises, ainsi qu'au pr√©sident Hollande qu'il √©tait pr√™t √† venir √† Paris √† tout instant, pour rencontrer M. Abbas afin d'engager directement une n√©gociation avec lui. Manifestement, il a sans doute chang√© d'avis mais cela ne change pas le n√ītre, c'est-√†-dire notre disponibilit√©, soit qu'il vienne √† Paris, soit que nous nous rendions sur place. En tout cas, je suis pr√™t √† faire le d√©placement aussi rapidement que possible, pour rendre compte des r√©sultats et du sens de nos travaux, pour porter aux Isra√©liens comme aux Palestiniens le message sinc√®re de la communaut√© internationale.

Alors, oui, il nous faut regarder vers l'avenir. C'est vrai que les parties peuvent sembler encore loin d'être en mesure de se réunir à la table des négociations. C'est vrai, et c'est justement parce que c'est difficile que nous avançons seulement pas à pas, certains diront petits pas par petits pas.

Oui, cela autorise-t-il à renoncer ? Non, au contraire. En ce sens, nous avons fait des premiers pas dont encore un autre aujourd'hui à Paris. Nous avons exprimé notre inquiétude - celle de la communauté internationale - nous avons aussi réaffirmé son plein engagement. Nous avons rappelé le cadre international du futur règlement et nous avons élaboré les incitations pour la paix. Nous avons porté un discours positif sur ce qui n'était que griefs et frustrations. Nous avons réuni les pays de la région sans lesquels il n'y aura pas non plus de paix durable.

Nous avons donc la base pour avancer avec les parties et avec la nouvelle administration am√©ricaine que nous souhaitons convaincre, avec cette conf√©rence, que la volont√© de paix est partag√©e par l'ensemble du monde. On nous a demand√© pourquoi nous faisions cette r√©union maintenant. Nous avons fait la d√©monstration que l'ensemble du monde veut la paix - c'est vrai notamment du monde arabe - et que soit r√©affirm√©e la perspective de deux √Čtats dans le respect d'Isra√ęl. L'impasse actuelle menace la paix et la s√©curit√© internationale, elle ne peut √™tre surmont√©e qu'en traitant avec un √©gal respect les Palestiniens et les Isra√©liens.

La France se sent un devoir car elle a des liens tr√®s anciens dans cette r√©gion. Elle a un attachement profond et amical pour Isra√ęl comme vous le savez, comme pour les Palestiniens qui ont leur propre voie.

La France est un pays ind√©pendant, attach√© au multilat√©ralisme et √† la voie de la n√©gociation pour obtenir la paix. Nous avons constat√© aujourd'hui qu'elle n'est pas seule et qu'elle est m√™me accompagn√©e par beaucoup de ceux qui s'inqui√®tent que seul le rapport de forces joue d√©sormais pour r√©gler les conflits. Bien s√Ľr, les rapports de forces existent, mais toute l'Histoire montre que la voie de la diplomatie, la voie de la n√©gociation prend souvent du temps, mais c'est la seule qui paie √† la fin.

Vous pouvez compter sur la France pour qu'elle ne renonce pas, c¬Ď√©tait le sens de cette conf√©rence. Je vous remercie.

Q - Bonjour Monsieur le Premier ministre. Vous avez prévu le suivi de cette conférence, pouvez-vous nous en dire un peu plus. Sous quelle forme ?

R - Nous n'allons pas mettre en place une organisation, mais nous avons commenc√© un travail. Plusieurs pays s'√©taient propos√©s, depuis la r√©union du 3 juin, pour animer des chantiers, ce que j'ai √©voqu√© tout √† l'heure. Je pense √† l'Allemagne, √† la Norv√®ge, √† l'Union europ√©enne et √† la Su√®de, qui avaient anim√© des groupes de travail th√©matique sur les capacit√©s √©conomiques, sur les capacit√©s de l'√Čtat et sur le dialogue avec la soci√©t√© civile. Ces pays nous ont rappel√© leur disponibilit√© pour poursuivre. Nous n'ignorons pas non plus le r√īle que joue l'√Čgypte - et va continuer √† jouer et nous l'encourageons - et les √Čtats-Unis pour leurs efforts inlassables pour tenter de ramener les parties √† la table de la n√©gociation. Il y a d'autres pays encore. Nous souhaitons, qu'en liaison avec la France, nous puissions poursuivre. Certains pays ont m√™me dit qu'ils souhaitaient prendre des initiatives bilat√©rales, la Belgique a donn√© l'exemple d'une initiative prise au niveau des entreprises qui avaient invit√© ces entreprises isra√©liennes et palestiniennes √† se r√©unir sur des projets concrets √† Bruxelles. Tout cela cr√©e un contexte, un climat, qui doit √™tre entretenu. C'est un √©tat d'esprit plut√īt qu'une organisation, c'est un √©tat d'esprit amical, constructif, sinc√®re. C'est pourquoi nous ne r√©pondrons pas par des pol√©miques lorsque certains propos peuvent para√ģtre excessifs. La situation est trop grave et pr√©occupante pour que nous nous laissions aller √† cela. Nous voulons continuer √† √™tre utile.

Q - Monsieur le Ministre, souhaitez-vous que le communiqu√© final soit repris demain par le conseil des ministres europ√©ens¬†? Et par ailleurs on √©voque aussi une r√©union du conseil de s√©curit√© mardi, o√Ļ il pourrait faire l'objet d'une d√©claration.

R - Pour l'instant nous n'avons pas évoqué, à aucun moment, dans la réunion le conseil de sécurité, aucun intervenant ne l'a fait. Je serai personnellement à Bruxelles, demain, pour représenter la France à la réunion du conseil des affaires étrangères. Mme Federica Mogherini était présente et plusieurs membres de l'Union européenne m'ont dit en aparté qu'ils souhaitaient que le conseil des affaires étrangères appuie ce qui a été fait ici à Paris et je n'ai aucun doute que ce sera le cas.

Q - Monsieur le Ministre, vous avez dit que le transfert √©ventuel de l'ambassade am√©ricaine √† J√©rusalem √©tait une provocation. Est-ce que vous avez pr√©vu une r√©action du pays au cas o√Ļ l'ambassade serait bien transf√©r√©e¬†?

R - Ce n'est pas la premi√®re fois qu'il y a des d√©clarations am√©ricaines sur ce point. Des gouvernements am√©ricains pr√©c√©dents avaient envisag√© cette option et finalement tous les pr√©sidents y ont renonc√©. Je dis que ce serait une provocation car il s'agirait d'une d√©cision unilat√©rale alors que la question si sensible de J√©rusalem ne peut √™tre abord√©e que dans le cadre d'une n√©gociation entre les parties. Si, √† la fin, il y a un accord g√©n√©ral de paix entre les parties, qui inclut une r√©ponse sur la question de J√©rusalem qui soit √©quitable et juste, alors la question de l'emplacement des ambassades se posera dans d'autres termes pour les deux √Čtats. Mais, √† l'heure actuelle cette d√©cision am√©ricaine serait une provocation.

En apart√© j'ai parl√© avec plusieurs pays de cette question qui ont r√©agi avec moi de la m√™me fa√ßon et qui souhaitent qu'une mise en garde soit faite. J'aurai l'occasion, lorsque mon homologue am√©ricain¬†Rex Tillerson sera nomm√© apr√®s le vote du S√©nat, de le voir et de discuter avec lui de toutes ces questions. Je le ferai avec lui en toute franchise et en toute amiti√©, compte tenu des relations historiques qui existent entre les √Čtats-Unis et la France et qui doivent perdurer.¬†Nous aurons beaucoup d'autres sujets √† √©voquer et nous les √©voquerons, encore une fois en toute franchise et en toute sinc√©rit√©, avec l'objectif, qui doit toujours √™tre le m√™me, d'agir ensemble dans le respect de l'autonomie de l'autre. La France y est attach√©e pour obtenir des solutions aux probl√®mes du monde.

Q - Monsieur le Ministre, il y a quelques mois il √©tait question √©ventuellement que la France reconnaisse l'√Čtat palestinien. Est-ce que vous en avez parl√© lors des travaux aujourd'hui et est-ce qu'il en est question¬†√©ventuellement ?

R - Non, cela n'a pas √©t√© √©voqu√© dans ces termes-l√†. Ce n'est pas une d√©claration unilat√©rale de la France qui va r√©gler le probl√®me que nous avons √©voqu√© toute la journ√©e et dont nous parlons depuis des mois et des mois. Ce sur quoi nous travaillons et sur quoi nous voulons contribuer, c'est que les parties reprennent la voie du dialogue et de la n√©gociation qui n'existent plus aujourd'hui. Nous sommes dans une situation dangereuse et pr√©occupante. Ce qui a √©t√© dit - et ce qui est la position de la France et la France a de l'ant√©riorit√© sur cette question - c'est qu'il n'y a pas d'avenir de paix dans cette r√©gion du monde si nous ne r√©affirmons pas la n√©cessit√© de deux √Čtats, c'est-√†-dire qu'√† c√īt√© de l'√Čtat d'Isra√ęl existe l'√Čtat palestinien. Ce n'est pas possible d'y arriver autrement, c'est la position de la France.

Le premier à l'avoir évoqué en toute franchise et en toute sincérité, c'était le président François Mitterrand dans son discours à la Knesset - donc, la France a une antériorité - et lorsqu'il l'a fait, il l'a fait à la Knesset en s'adressant aux Israéliens avec un message de franchise, d'amitié fidèle et de grande sincérité et de grande lucidité. C'est vrai que c'est ancien, mais la France ne renonce pas et ne renoncera pas à ce que l'on contribue à créer les conditions d'une solution.

Aussi, j'appelle en quelque sorte Isra√©liens et Palestiniens √† se retrouver et qu'il n'y ait pas de malentendus. Certains voudraient provoquer des malentendus, publient des tribunes, font peur, mais cette conf√©rence n'a eu √† aucun moment la tentation de se laisser aller. Lors de cette conf√©rence, il y avait √† la fois un esprit de responsabilit√©, de la mesure, de la ma√ģtrise et puis une vraie passion pour la paix. Et en se disant on ne renoncera pas, et c'est ce que je retiendrai de cette conf√©rence, cela restera la conf√©rence de la main tendue et, je le souhaite, de l'espoir.

Je vous remercie./.

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4. Isra√ęl - Territoires palestiniens - Conf√©rence pour la paix au Proche-Orient - Discours d'ouverture de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 15/01/2017)

Monsieur le Secr√©taire g√©n√©ral de la Ligue des √Čtats arabes,

Monsieur le Représentant spécial des Nations unies

Monsieur le Secrétaire général de l'Organisation de la Coopération islamique,

Madame la Haute représentante de l'Union européenne,

Mesdames et Messieurs les vice-Premiers ministres,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Je vous remercie d'être ici à Paris en ce dimanche 15 janvier et je vous remercie aussi pour votre contribution et pour votre participation.

C'est un honneur pour la France de vous recevoir à l'occasion de cette conférence internationale, que je crois utile pour faire avancer un objectif commun, un objectif juste : celui d'une paix équitable et durable entre Israéliens et Palestiniens.

Si nous sommes réunis si nombreux c'est parce que nous avons tous conscience de l'urgence de la situation. Et nous avons aussi tous conscience de nous mobiliser collectivement pour redonner un élan indispensable au processus de paix.

Nous sommes au lendemain du 25e anniversaire de la conférence de Madrid et, plus que jamais, il est indispensable de résoudre ce conflit. Vingt-cinq ans depuis Madrid, c'est dire le chemin qu'il reste à parcourir.

Je suis parfaitement conscient de certaines réserves exprimées à l'encontre de cette conférence et de certains doutes quant à son opportunité à ce moment précis. Mais, d'une part, la France n'a pas d'autres motivations que d'être utile à la paix et, d'autre part - nous le savons tous - la situation sur le terrain est telle qu'il n'y pas de temps à perdre.

Vous le savez, la France s'est engag√©e, de bonne foi, depuis plus d'un an dans une initiative pour tenter de sortir de l'impasse actuelle. La premi√®re √©tape a √©t√© la r√©union minist√©rielle du 3 juin. Cette r√©union a permis de r√©affirmer notre soutien collectif √† la solution de deux √Čtats et notre d√©termination √† lancer un travail pour √©laborer une contribution globale de la communaut√© internationale √† la paix. Cette contribution c'est, je crois, notre mission collective.

À la suite de cette réunion du 3 juin, la mobilisation internationale s'est intensifiée. Beaucoup d'entre vous se sont impliqués concrètement et je tiens ici à les remercier chaleureusement pour leur action et leur engagement.

Je remercie en particulier la Su√®de, l'Allemagne, la Norv√®ge et l'Union europ√©enne, qui ont travaill√© sur des th√®mes cl√© pour la viabilit√© de la solution des deux √Čtats : le dialogue des soci√©t√©s civiles isra√©lienne et palestinienne, le soutien au renforcement des capacit√©s du futur √Čtat palestinien et les incitations √©conomiques dont pourraient b√©n√©ficier la totalit√© de cette r√©gion, en particulier les Isra√©liens comme les Palestiniens en cas d'accord de paix. Je laisserai, dans quelques instants, la parole √† ceux qui ont accept√© d'animer ces groupes de travail et de propositions.

Je voudrais aussi mentionner les √Čtats-Unis et j'aurai d'ailleurs l'occasion, cet apr√®s-midi, de dire toute l'appr√©ciation de la France pour l'action infatigable de John Kerry sur ce dossier. J'aurai l'occasion aussi de de saluer le travail du Quartet dans son ensemble et de remercier l'√Čgypte pour les efforts qu'elle fait. Conform√©ment √† leur engagement de longue date sur cette question, tous ont oeuvr√© √† fournir de nouvelles occasions de dialogue entre les parties et ont contribu√© √† cr√©er un climat plus apais√©.

La mobilisation n'a cess√© de s'√©largir depuis le 3 juin dernier. D√®s le d√©part, notre objectif √©tait, conform√©ment √† l'approche ouverte qui n'a cess√© de guider notre action, de permettre √† toutes les bonnes volont√©s de jouer le r√īle qui leur revient pour oeuvrer √† la paix et au dialogue. Je les salue aujourd'hui.

Cette mobilisation commune a d√©j√† produit des r√©sultats importants. La question isra√©lo-palestinienne a √©t√© remise √† l'ordre du jour international, apr√®s plus de deux ans d'√©clipse, dans un contexte o√Ļ de nombreuses crises continuent de d√©chirer cette r√©gion. La solution des deux √Čtats, si menac√©e aujourd'hui, et la n√©cessit√© de la pr√©server, ont √©t√© r√©affirm√©es avec force par la r√©solution 2334 qu'a adopt√©e le conseil de s√©curit√© des Nations unies le 23 d√©cembre dernier.

Ce n'est donc pas le moment de s'arr√™ter, car l'urgence demeure. Les parties restent tr√®s √©loign√©es, dans une relation de d√©fiance qui est particuli√®rement dangereuse. Nul n'est √† l'abri d'une nouvelle explosion de violence. Notre responsabilit√© collective est d√©sormais de parvenir √† amener Isra√©liens et Palestiniens √† se remettre autour d'une m√™me table pour n√©gocier. Nous savons que c'est difficile. Mais il n'y a pas d'alternative. Car seule une n√©gociation permettra in fine de r√©aliser la solution des deux √Čtats et d'apporter enfin la paix et la s√©curit√© au Proche-Orient.

Mesdames et Messieurs les Représentants de vos nations qui avez accepté d'être là ce matin ainsi que les organisations internationales, je voudrais rappeler l'objectif de cette rencontre d'aujourd'hui.

L'objectif est triple, et c'est le message de la déclaration que je souhaite que nous adoptions à l'issue de cette réunion :

Le premier objectif, c'est de redire avec force que la solution des deux √Čtats est la seule possible, la seule qui permette de r√©pondre aux aspirations l√©gitimes et aux droits des deux parties.

Le second, c'est de marquer notre disposition collective à contribuer concrètement à recréer les conditions d'une négociation entre les parties, en présentant notamment un ensemble de contributions et d'incitations concrètes proposées par la communauté internationale sur lesquelles nous avons tous pu travailler et chacun apporter sa contribution.

Enfin, troisième objectif, c'est de tracer des pistes d'action pour les semaines et mois à venir, afin de poursuivre notre mobilisation et de réouvrir un horizon politique, qui ne peut être celui d'une occupation indéfinie et d'explosions régulières de violences.

Bien entendu, nous maintiendrons notre effort de transparence avec les parties, comme nous avons toujours veill√© √† le faire jusqu'√† pr√©sent. Les nombreuses visites que le pr√©sident de la R√©publique, le Premier ministre, mon envoy√© sp√©cial Pierre Vimont et moi-m√™me avons effectu√©es en Isra√ęl et en Palestine, t√©moignent de cet effort.

Nous sommes prêts à leur présenter, sans délais, les résultats de la conférence et en ce qui me concerne je suis disponible pour aller expliquer les conclusions de nos travaux ainsi que nos préconisations. Ceci afin de créer ou de récréer un climat de confiance. C'est une contribution essentielle et cette conférence part d'un a priori, celle de notre sincérité et de la disponibilité de la communauté internationale pour la paix. Nous n'avons pas d'autres buts ni espérances. Mais cette espérance de la paix c'est l'espérance des peuples israélien et palestinien et des peuples du Moyen-Orient. C'est aussi l'espérance de tous les peuples qui veulent que les questions qui n'ont que trop duré, que les drames qui se renouvellent sans cesse et que les tragédies qui font tant de morts et de victimes cessent enfin. Et que cette région du monde puisse, enfin, vivre en paix et profiter aussi de la prospérité. C'est, je le crois, ce que les peuples attendent avec sincérité.

Parfois, il faut aider et créer un contexte et un climat et c'est le sens de cette réunion. Et j'espère que ce qui sera retenu de nos travaux, c'est que nous sommes venus ici à Paris tous ensemble pour tendre la main aux bonnes volontés pour qu'enfin elles puissent aussi la saisir pour négocier la paix pour l'avenir. Merci encore une fois de votre présence./.

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5. Isra√ęl - Territoires palestiniens - Conf√©rence pour la paix au Proche-Orient - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęFrance3¬Ľ - Extraits (Paris, 15/01/2017)

(...)

Q - Aujourd'hui a lieu une conf√©rence sur le Proche-Orient √† Paris sous l'√©gide de la France, qui va se poursuivre cette apr√®s-midi. Le conflit Isra√ęl-Palestine, cela fait 70 ans que cela dure, ce n'est pas aujourd'hui que cela va √™tre r√©gler. C'est plus du symbole¬†?

R - Ce n'est pas que du symbole. La première réunion que la France a organisée, c'était le 3 juin dernier. Il y avait 34 pays représentés. Aujourd'hui, ce nombre est plus que doublé et il représente les pays de la communauté internationale. Et ces différentes initiatives de la France, - la France sait qu'il faut du temps, que tout ne sera pas réuni en une réunion -, ont permis de remettre à l'agenda international ce conflit qui dure depuis si longtemps. C'est un acquis.

Q - Mais le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, qui n'est pas à Paris, estime que cette conférence est une imposture palestinienne sous les auspices de la France. Que lui répondez-vous ?

R - Quand 70 pays plus les Nations unies, l'Union europ√©enne et la Ligue arabe se r√©unissent √† Paris le 15 janvier, cela ne peut pas √™tre qualifi√© d'imposture. C'est une r√©alit√© politique qui s'inscrit dans une √©tape qui est intervenue le 23 d√©cembre au conseil de s√©curit√© des Nations unies o√Ļ a √©t√© vot√©e une r√©solution. C'est une √©tape tr√®s importante et qui est aussi le fruit des initiatives fran√ßaises, condamnant la colonisation qui emp√™che la perspective...

Q - C'est violent tout de même ! Voyez ce qu'il dit sur la France quand même !

R - Oui, mais que se passe-t-il sur place ? Il y a encore eu, dimanche dernier, un attentat à Jérusalem qui a fait des morts israéliens et que nous avons bien entendu condamné. Le gouvernement israélien a dit lui-même que c'était une initiative d'inspiration de Daech. Personne n'a envie qu'après les affrontements au quotidien qui risquent de s'amplifier Daech intervienne en plus dans cette situation. Pour nous, la question de la paix entre Israéliens et Palestiniens est une question clé pour la paix dans cette région et dans le monde.

Q - Pour éviter que les Islamistes n'entrent dans le...

R - Bien entendu. Il faut tout faire pour cela. Je parle en ami d'Isra√ęl et je suis pour que l'on assure sa s√©curit√© dans la dur√©e. Mais si on laisse se d√©grader cette situation, si on continue de cr√©er le d√©sespoir, notamment dans la jeunesse palestinienne, o√Ļ va-t-on¬†? Tous ceux qui sont autour de la table de la conf√©rence partagent cette n√©cessit√© qu'Isra√©liens et Palestiniens reprennent enfin les n√©gociations.

Q - Donald Trump veut installer l'ambassade américaine à Jérusalem. C'est une provocation ?

R - Bien s√Ľr. Mais je crois qu'il sera dans l'impossibilit√© de le faire.

Q - C'est une provocation ou c'est pire que cela ?

R - Je crois que ce serait extr√™mement lourd de cons√©quences. Ce n'est pas la premi√®re fois que cette question est √† l'ordre du jour aux √Čtats-Unis. Mais aucun pr√©sident am√©ricain, malgr√© les d√©clarations qu'ils avaient pu faire √† certains moments, se sont laiss√©s aller √† cette d√©cision.

Nous voulons rappeler, par cette conf√©rence, la n√©cessit√© de la n√©gociation pour que la perspective de deux √Čtats, un √Čtat isra√©lien et un √Čtat palestinien vivent c√īte √† c√īte en paix et en s√©curit√©.

Q - Mais Donald Trump menace en disant cela, c'est une menace.

R - Quand on est pr√©sident des √Čtats-Unis - et on va donc attendre le 20 janvier prochain -, sur cette question comme sur les autres, on ne peut pas avoir une position aussi tranch√©e et aussi unilat√©rale, il faut chercher √† contribuer √† cr√©er les conditions de la paix. C'est cela notre conception, celle que j'ai rappel√© de Fran√ßois Hollande, qui est celle de la France¬†: une conception organis√©e du monde.

Et plus le monde évolue, que ce soit sur le plan économique, sur le plan technologique, sur le plan des échanges, plus il faut de l'organisation, plus il faut de la négociation, plus il faut de la régulation ; on le voit sur la transition énergétique sur l'accord de Paris. (...)./.

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6. Isra√ęl - Territoires palestiniens - Conf√©rence pour la paix au Proche-Orient - Conclusions (Paris, 15/01/2017)

(Traduit de l'anglais)

I) √Ä la suite de la r√©union minist√©rielle organis√©e √† Paris le 3 juin 2016, les Participants se sont rencontr√©s √† Paris le 15 janvier 2017 afin de r√©affirmer leur soutien au r√®glement juste, durable et global du conflit isra√©lo-palestinien. Ils ont rappel√© que le seul moyen de parvenir √† une paix durable √©tait une solution n√©goci√©e avec deux √Čtats, Isra√ęl et la Palestine, vivant c√īte √† c√īte en paix et en s√©curit√©.

Ils ont souligné qu'il était important que les parties réaffirment leur engagement en faveur de cette solution, prennent des mesures urgentes afin d'inverser les évolutions négatives actuelles sur le terrain, notamment la poursuite des actes de violence et des activités de colonisation, et lancent des négociations directes significatives.

Ils ont rappel√© que la solution des deux √Čtats n√©goci√©e devait respecter les aspirations l√©gitimes des deux parties, y compris le droit des Palestiniens √† un √Čtat et √† la souverainet√©, mettre fin compl√®tement √† l'occupation commenc√©e en 1967, r√©pondre aux besoins de s√©curit√© d'Isra√ęl et r√©soudre toutes les questions relatives au statut final sur le fondement des r√©solutions 242 (1967) et 338 (1973) du conseil de s√©curit√© des Nations unies, et ils ont √©galement rappel√© les r√©solutions pertinentes du conseil de s√©curit√©.

Ils ont souligné l'importance de l'Initiative arabe de paix de 2002 comme cadre global pour le règlement du conflit israélo-arabe, contribuant ainsi à la paix et à la sécurité de la région.

Ils ont salu√© les efforts d√©ploy√©s pour faire progresser la paix au Proche-Orient, notamment l'adoption de la r√©solution 2334 du conseil de s√©curit√© des Nations unies le 23 d√©cembre 2016, qui a clairement condamn√© les activit√©s de colonisation, l'incitation √† la violence et tous les actes de violence et de terrorisme, et ils ont appel√© les deux parties √† prendre des mesures pour faire progresser la solution des deux √Čtats sur le terrain ; les recommandations du Quartet, le 1er juillet 2016 ; et les principes √©nonc√©s par le secr√©taire d'√Čtat des √Čtats-Unis d'Am√©rique le 28 d√©cembre 2016.

Ils ont noté qu'il était important de répondre à la situation dramatique dans la Bande de Gaza dans le domaine humanitaire et de la sécurité et ils ont appelé à prendre rapidement des mesures pour améliorer la situation.

Ils ont rappelé qu'il était important que les Israéliens et les Palestiniens respectent le droit international, notamment le droit humanitaire international et les droits de l'Homme.

II) Les participants ont soulign√© le potentiel pour les deux parties d'un accord de paix en mati√®re de s√©curit√©, de stabilit√© et de prosp√©rit√©. Ils se sont d√©clar√©s pr√™ts √† d√©ployer les efforts n√©cessaires pour parvenir √† la solution des deux √Čtats, ainsi qu'√† contribuer de mani√®re substantielle aux arrangements visant √† assurer la viabilit√© d'un accord de paix n√©goci√©, en particulier concernant les incitations politiques et √©conomiques, le renforcement des capacit√©s de l'√Čtat palestinien et le dialogue avec la soci√©t√© civile. Ces incitations pourraient inclure, notamment :

-¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† un partenariat sp√©cial privil√©gi√© avec l'Union europ√©enne ; d'autres incitations politiques et √©conomiques et une participation plus importante du secteur priv√© ; le soutien des efforts ult√©rieurs mis en oeuvre par les parties pour am√©liorer la coop√©ration √©conomique ; la poursuite du soutien financier √† l'Autorit√© palestinienne afin de b√Ętir les infrastructures d'une √©conomie palestinienne viable ;

-           le soutien et le renforcement des mesures prises par les Palestiniens pour exercer leurs responsabilités étatiques par la consolidation de leurs institutions et de leurs capacités institutionnelles, y compris en termes de services ;

-¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† la tenue de forums r√©unissant les soci√©t√©s civiles isra√©lienne et palestinienne, afin d'am√©liorer le dialogue entre les parties, de raviver le d√©bat public et de renforcer le r√īle de la soci√©t√© civile des deux c√īt√©s.

III) Se projetant vers l'avenir, les Participants :

-¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† invitent les deux parties √† r√©affirmer officiellement leur engagement en faveur de la solution des deux √Čtats, se dissociant ainsi de ceux qui rejettent cette solution ;

-¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† appellent chaque partie √† manifester, de mani√®re ind√©pendante, par des politiques et des actions, un engagement sinc√®re en faveur de la solution des deux √Čtats et √† s'abstenir d'actions unilat√©rales qui pr√©jugeraient de l'issue des n√©gociations sur les questions li√©es au statut final, en particulier concernant entre autres J√©rusalem, les fronti√®res, la s√©curit√© et les r√©fugi√©s, actions unilat√©rales qu'ils ne reconna√ģtront pas¬†;

-¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† se f√©licitent de la perspective d'une coop√©ration accrue entre le Quartet, les membres de la Ligue des √Čtats arabes et d'autres acteurs pertinents, afin de poursuivre les objectifs de la pr√©sente d√©claration.

Dans le prolongement de la conf√©rence, les participants int√©ress√©s, se d√©clarant pr√™ts √† √©valuer les progr√®s accomplis, ont d√©cid√© de se r√©unir √† nouveau avant la fin de l'ann√©e pour aider les deux parties √† progresser sur la voie de la solution des deux √Čtats par la n√©gociation.

La France informera les parties du soutien collectif et de la contribution concr√®te de la communaut√© internationale √† la solution des deux √Čtats, qui figurent dans la pr√©sente d√©claration conjointe./.

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7. Sommet Afrique-France - Lutte contre le terrorisme - Migrations - D√©veloppement - Discours de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique (Bamako, 14/01/2017)

Monsieur le Président de la République du Mali, Cher Ibrahim Boubacar Keita,

Mesdames, Messieurs les Chefs d'√Čtat et de gouvernement,

Mesdames, Messieurs les Ministres, chefs de délégation,

Mesdames, Messieurs,

D'abord Cher Président, Cher Ibrahim, j'ai été très sensible aux mots que tu as bien voulu prononcer à mon égard. Mais je veux ici te retourner l'hommage que tu viens de m'adresser.

C'est une grande fierté pour le président du Mali, pour le peuple malien que d'organiser le Sommet Afrique-France aujourd'hui.

Ici sont r√©unies 60 d√©l√©gations - 35 conduites par des chefs d'√Čtat et de gouvernement - il y a la pr√©sence de nombreux ministres, des chefs d'entreprise, des responsables d'organisations internationales. Nous sommes tous conscients de l'enjeu que peut repr√©senter l'organisation d'un tel √©v√©nement ici, au Mali.

Il y a 4 ans presque jour pour jour, les forces maliennes, françaises, africaines étaient engagées pour reconquérir le Nord du Mali, et la ville de Bamako était sous la menace d'une offensive terroriste de grande ampleur.

Le peuple malien tremblait, les Africains partageaient cette inquiétude et l'Europe pouvait regarder parfois avec distance ce qui se passait au Mali, ne saisissant pas immédiatement l'enjeu.

Aujourd'hui alors que nous sommes r√©unis, nous devons prendre la dimension de ce qui a √©t√© engag√© ici en 4 ans. Les terroristes ne contr√īlent plus aucun territoire, la d√©mocratie a repris son cours, les √©lections ont eu lieu : pr√©sidentielles, l√©gislatives. Ibrahim Boubacar Keita est l'√©lu du peuple malien, l'√©conomie repart et la r√©conciliation, avec les accords d'Alger, est en cours.

Voil√† ce qui a √©t√© fait en 4 ans. Il y a peu d'exemples au monde o√Ļ un pays d√©chir√©, menac√© par le terrorisme, divis√© en son sein et qui pouvait douter √† un moment de son propre avenir, ait √©t√© capable de se redresser aussi vite et de se tenir debout aujourd'hui devant nous.

C'est une le√ßon que vous adressez √† l'ensemble de la communaut√© internationale. Il n'y a pas de fatalit√©, il n'y a pas de processus irr√©versible. D√®s lors que nous sommes unis, d√®s lors que nous sommes solidaires, d√®s lors que nous sommes ensemble pour relever le d√©fi majeur de la paix, il est possible de r√©ussir, il est possible de r√©ussir l√† o√Ļ l'on pense que l'horreur s'est install√©e. Elle √©tait pr√©sente au Mali mais elle est en Syrie, elle est en Irak, elle est en Libye.

Donc nous devons dire là encore à ces peuples martyrs, à ces pays qui affrontent des difficultés sans nom, à ces réfugiés et à ces déplacés, à ces hommes et à ces femmes qui ont souffert et qui souffrent encore : il y a de l'espoir : regardez vers le Mali.

Je tenais en effet, Cher Président, à ce que le Sommet Afrique-France puisse se tenir à Bamako. Je l'avais affirmé lors du Sommet de Paris, parce que c'était à la fois une affirmation de volonté mais aussi un défi.

La volont√©, c'√©tait de pouvoir dire aux Maliens qu'ils √©taient capables d'organiser une manifestation d'ampleur internationale. Mais c'√©tait aussi un d√©fi. Un d√©fi √† la fois en termes logistiques car il s'agit de recevoir autant de chefs d'√Čtat et de gouvernement, de d√©l√©gations, des milliers d'observateurs et de journalistes.

C'√©tait un d√©fi s√©curitaire qui doit √™tre encore relev√© tout au long de ces prochaines heures, pour √©viter qu'il puisse y avoir un doute sur la capacit√© qui est la n√ītre, qui est la v√ītre de tenir un tel √©v√©nement. Puis, c'√©tait un d√©fi au sens des conclusions que nous pourrions ici produire pour l'Afrique tout enti√®re et pour marquer nos engagements et, en particulier, l'engagement de la France.

D'abord, je veux affirmer que la France restera toujours aux c√īt√©s du Mali, toujours, jusqu'√† l'aboutissement du processus de paix, jusqu'√† ce que l'√Čtat malien puisse voir son autorit√© respect√©e sur l'ensemble du territoire malien.

Pour la France, c'est à la fois l'expression de sa solidarité à l'égard d'un peuple ami et l'accomplissement de son devoir. Je l'ai d'ailleurs dit ici à Bamako en 2013, je l'ai rappelé aussi chaque fois qu'il a été possible de le faire dans tous les pays africains et notamment à Dakar, la solidarité nous la devons, la France, à l'égard du sacrifice des tirailleurs lors des deux derniers conflits mondiaux. En venant au secours du Mali puis en formant son armée, la France acquitte une dette à l'égard des soldats venant de toute l'Afrique morts pour notre liberté.

La France fait √©galement son devoir et d'une certaine fa√ßon poursuit son int√©r√™t, car il ne peut pas y avoir de s√©curit√© en Europe si des groupes terroristes s'installent √† ses fronti√®res. Il ne peut pas y avoir de ma√ģtrise de l'immigration sans stabilit√© politique. Il ne peut pas y avoir de paix durable sans s√©curit√© en Afrique. La France agit donc partout o√Ļ elle pense qu'il est utile de le faire en Afrique, par solidarit√©, par devoir et √©galement par la volont√© de porter partout le message de la s√©curit√© et de la paix.

Lorsque la France intervient d√©sormais en Afrique - j'insiste sur le mot d√©sormais - c'est toujours √† la demande d'un pays souverain, avec l'accord de l'Union africaine et aux c√īt√©s des forces africaines dans le respect du droit international.

Nous l'avons fait au Mali à la demande du président Traoré, nous l'avons fait en Centrafrique dans le respect des résolutions de l'ONU, nous l'avons fait avec les pays voisins du lac Tchad pour lutter contre Boko Haram et nous ne cesserons d'appliquer ce principe.

Quand la France est en Afrique, elle ne cherche pas à exercer une influence, à peser sur les choix politiques d'un pays et encore moins à capter ses ressources. Elle n'est là que pour participer à des opérations de maintien de la paix et pour travailler avec les Africains au renforcement de leurs capacités de défense. Parce que je vous le confirme ici, ce seront les Africains qui devront assurer la sécurité des Africains. Ce sont les forces armées africaines qui devront lutter contre le terrorisme.

Mais nous devons - nous la France - vous accompagner, pouvoir vous soutenir. J'avais fixé au Sommet de Paris il y a 3 ans l'objectif de former 20.000 soldats africains par an. Nous avons tenu cette promesse et elle a même été dépassée. Je vous propose aujourd'hui de réévaluer encore l'engagement de la France et de porter à plus de 25.000 la formation des soldats africains pour les trois prochaines années.

Nous le ferons en particulier dans les domaines du déminage, des forces spéciales et du renseignement. Nous le ferons également parce que nous sommes conscients que les réseaux criminels et terroristes utilisent les nouvelles technologies, pour que les forces africaines puissent également relever ce défi.

C'est la raison pour laquelle, la France a décidé de soutenir un projet d'école internationale de la cybersécurité qui sera installée sur le sol africain.

Mais je viens ici aussi dire qu'il ne peut y avoir de sécurité durable sans progrès politique. Ici même en Afrique de l'Ouest, nous avons assisté ces dernières années à plusieurs alternances, à des élections transparentes et libres, à des résultats crédibles et acceptés et encore récemment au Ghana. Je veux féliciter ici le nouveau président du Ghana Nana Akufo-Addo. C'est pourquoi en Gambie, le choix des électeurs gambiens en faveur du président Barrow doit être respecté.

Depuis 2012 que j'exerce cette responsabilit√© de pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise, je n'ai cess√© de rappeler l'attachement de la France √† l'√Čtat de droit, √† la libert√© de la presse, √† la transparence des √©lections; pas par volont√© de nous ing√©rer dans les affaires politiques d'un pays mais parce que le mouvement vers la d√©mocratie est une aspiration irr√©pressible et l√©gitime des peuples, qui rencontrent en plus les exigences du d√©veloppement.

Ce que doit faire la France, au-delà de la sécurité qu'elle peut apporter, de la formation des armées africaines, du partage de technologies, c'est accompagner l'Afrique dans son émergence. C'est le sens même de ce Sommet consacré à la paix, à la sécurité et à l'émergence de l'Afrique.

Nous devons être conscients des risques que vous rencontrez - je ne parle plus là des risques liés à des situations politiques ou à des menaces sur la paix - je parle là de ce qu'est l'évolution de la démographie africaine, et qui durera encore plusieurs décennies. C'est un défi majeur pour votre continent mais aussi pour l'Europe, car il faut en former cette jeunesse qui arrive, il faut lui fournir les millions d'emplois que ces jeunes attendent pour décider de leur avenir. Il faut leur donner cet espoir de vivre dans leur pays et de le développer et de participer pleinement à son destin.

Nous ne pouvons pas accepter que, pour beaucoup de jeunes Africains, le seul horizon soit de quitter le continent pour rejoindre l'Europe. Nous devons donc tout faire pour assurer votre croissance et votre développement. Vous avez déjà des résultats considérables.

Je reviens sur la question des migrations. Comment accepter qu'il puisse y avoir encore, à travers des trafics organisés dans des pays qui sont dans le chaos, par des manipulateurs sans scrupules, souvent liés aux terroristes, comment accepter qu'il y ait autant de malheurs qui s'abattent sur des familles entières, avec des jeunes Africains qui meurent noyés dans la Méditerranée ? L'année dernière, 5.000 jeunes Africains sont morts dans des conditions épouvantables. Nous ne pouvons donc l'accepter.

Voilà pourquoi nous devons consacrer nos efforts au développement et à la croissance, et lancer un appel pour l'investissement en Afrique. J'avais annoncé là encore il y a trois ans ma décision de porter les engagements de l'Agence française de développement à hauteur de 20 milliards d'euros sur cinq ans pour l'Afrique. Nous sommes en mesure de réviser encore à la hausse cette contribution. Nous pouvons l'augmenter de 15%. Ce seront donc 23 milliards d'euros qui seront mobilisés pour le continent africain ces cinq prochaines années.

Nous avons aussi lancé un fonds d'investissement franco-africain. La Banque publique d'investissement française s'est entourée de partenaires, français et africains, pour réunir les fonds nécessaires pour que l'investissement des PME, des entreprises, sur les deux continents, puisse être encore amplifié. Ce fonds sera géré par une équipe franco-africaine, parce qu'ici il y a des gisements de croissance considérables - d'ailleurs, votre rythme de croissance est parmi les plus élevés du monde.

Mais en même temps, nous devons encore amplifier cette croissance, et faire en sorte qu'elle soit durable, respectueuse de l'environnement, et qu'elle donne des opportunités d'investissement à de nombreuses entreprises françaises et européennes.

Nous devons également prendre la mesure de ce que les nouvelles technologies ont changé l'Afrique tout entière. Nous remettrons tout à l'heure les prix de l'innovation pour des jeunes entrepreneurs africains particulièrement brillants, qui ont fait la démonstration de leurs capacités. Je crois que c'est un beau symbole pour ce sommet Afrique-France que de pouvoir remettre à des jeunes entrepreneurs, à de jeunes chercheurs, à de jeunes créateurs, le prix qui les gratifie et qui en même temps les encourage pour créer des entreprises nouvelles.

Grande surprise a √©t√© pour des entreprises de t√©l√©communications de constater que c'√©tait en Afrique qu'il y avait le plus d'usages des nouvelles technologies, et que les Africains avaient finalement, gr√Ęce aux nouvelles technologies, saut√© plusieurs √©tapes. Mais en m√™me temps, nous pouvons aussi utiliser ces nouvelles technologies pour aller plus vite dans le processus de d√©veloppement. La France p√©rennisera le principe d'une journ√©e ¬ęAfrique num√©rique¬Ľ. Sa premi√®re √©dition √† Paris a connu un grand succ√®s, et la prochaine aura lieu en Afrique.

Nous devons aussi nous appuyer encore davantage sur les diasporas africaines. Le montant des transferts des Africains résidant en Europe vers leurs pays d'origine est supérieur au montant de l'aide au développement - ce qui peut d'ailleurs souligner l'insuffisance de l'aide au développement.

On comprend l'enjeu qu'il y a à orienter ces sommes considérables vers des opérations qui puissent bénéficier au développement local, et l'importance qu'il y a également à mobiliser les compétences des Africains d'Europe au bénéfice de leurs pays d'origine. Beaucoup ici travaillent à des projets.

√Ä Paris, c'√©tait en d√©cembre 2015, la France venait d'√™tre touch√©e par des attentats terroristes particuli√®rement horribles, nous avons tenu la Conf√©rence de Paris sur le climat. Nous avons r√©ussi tous ensemble, et l'Afrique a √©t√© d√©terminante, √† signer un accord consid√©r√© comme historique. Il est mis en oeuvre, il a √©t√© ratifi√© dans des d√©lais particuli√®rement courts, et aucun pays, f√Ľt-il le plus grand du monde, ne pourra le remettre en cause.

Cet accord comporte à la fois les contributions que chaque pays doit consentir pour éviter le réchauffement, mais il y a aussi la mobilisation de fonds, puisque les pays les plus riches se sont engagés à mettre à la disposition des pays émergents et des pays qui ont à faire leur transition énergétique, des moyens et des ressources qui peuvent atteindre, qui doivent atteindre 100 milliards de dollars.

Il y a eu √©galement √† Paris le lancement d'une grande initiative pour l'acc√®s de tous les Africains √† l'√©nergie. C'est Alpha Cond√© qui a eu la responsabilit√© de la coordonner. L'Afrique elle-m√™me avait pr√©sent√© un plan d'installation de 10 gigawatts suppl√©mentaires issus des √©nergies renouvelables. La France a pris l'engagement d'en financer 20%. Gr√Ęce √† des moyens nouveaux que nous avons d√©gag√©s, en particulier gr√Ęce √† la taxe sur les transactions financi√®res, la France pourra d√©passer de 50% cet objectif, en finan√ßant l'installation de 3 gigawatts avant 2020, pour un montant de 3¬†milliards d'euros.

L'objectif, au-del√† des chiffres, c'est d'ouvrir l'acc√®s √† l'√©nergie √† un grand nombre d'Africains, tout en r√©duisant la pollution et le r√©chauffement qui auraient r√©sult√© d'une production √©quivalente issue des √©nergies fossiles. Nous devons redoubler d'efforts. L'Europe elle-m√™me va consacrer des fonds pour cet objectif d'acc√®s de tous √† l'√©nergie en Afrique. Nous devons √©galement convaincre les investisseurs priv√©s - ils sont l√† - que c'est √† la fois une grande cause, mais en m√™me temps une source d'activit√©, et m√™me de rentabilit√©, parce que les √©nergies renouvelables telles qu'elles sont aujourd'hui exp√©riment√©es en Afrique, ont contribu√© √† en faire baisser le co√Ľt. L'Afrique est un exemple en mati√®re d'utilisation des √©nergies renouvelables.

Mesdames et Messieurs,

Voil√† ce que je voulais vous dire √† l'occasion de ce Sommet de Bamako. La fiert√© qui est la n√ītre de partager avec le Mali le sentiment du devoir accompli, depuis 4 ans, mais √©galement la responsabilit√© qui est celle du pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise vis-√†-vis de l'Afrique. Parce que nos sorts sont communs, pas seulement parce qu'il y a l'histoire : parce qu'il y a ce lien ind√©fectible entre le peuple fran√ßais et les peuples africains. Parce que nous avons conscience que ce qui se fait en Afrique a des cons√©quences pour toute l'Europe, et donc pour la France. Parce qu'il y a la culture qui nous unit, parfois la langue, m√™me si ici, √† ce Sommet, je suis tr√®s heureux que des pays qui parlent d'autres langues, soient ici, parce que la France veut travailler avec toute l'Afrique, et pas simplement avec l'Afrique qui parle le fran√ßais. M√™me si la secr√©taire g√©n√©rale de l'Organisation internationale de la Francophonie est l√†, et √† qu'√† chaque fois qu'un Africain parle fran√ßais, pour nous c'est un honneur et un prestige.

Ensemble nous avons affronté des périls, des épreuves, repoussé des menaces. Mais ensemble, la France, l'Afrique, nous avons été capables de relever des défis, et de faire avancer le monde. J'évoquais notamment la cause climatique.

Ensemble, l'Afrique, la France, nous avons été capables aux Nations unies de porter les objectifs de développement durable.

L'Afrique, la France, ensemble, nous portons le message d'une réduction des inégalités à l'échelle planétaire. L'Afrique, la France, ensemble, nous voulons marquer notre indépendance. Nous ne relevons pas d'une logique de puissance, nous voulons servir la cause de l'humanité. L'Afrique, la France, nous sommes conscients que la jeunesse est une chance, mais nous devons répondre à ses aspirations et à ses exigences.

Ensemble, nous cherchons toujours √† permettre que le monde soit meilleur, soit plus solidaire, soit plus juste, soit plus respectueux de l'environnement. Durant toutes ces ann√©es o√Ļ j'ai √©t√© parmi vous, o√Ļ j'ai √©t√© accueilli sur le sol africain et j'y ai effectu√© 32 visites officielles - disant cela, je ressens un go√Ľt d'inachev√©, qui aurait d√Ľ finalement justifier d'autres pr√©tentions, mais je veillerai √† compl√©ter mon exp√©rience, tout en revenant l√† o√Ļ je suis d√©j√† all√© -, chaque fois que j'ai √©t√© accueilli sur le sol africain, j'ai pu ressentir combien - et je ne vous en remercierai jamais assez - la France est aim√©e, comment elle est regard√©e, comment elle est attendue, parce qu'elle porte des valeurs, parce qu'elle est exigeante sur les principes, parce qu'elle peut correspondre √† une esp√©rance pour le monde entier.

Vous savez aussi combien la France, les Françaises et les Français sont conscients de la vitalité de l'Afrique, de son potentiel économique, de sa richesse culturelle. Les plus grandes expositions de ces derniers mois à Paris ont souvent concerné des artistes africains. Nous sommes aussi conscients de votre émergence et de votre capacité technologique.

Mais je veux aussi toujours rappeler l'histoire, que nous devons regarder lucidement, avec ce qu'elle a produit qui a pu nous séparer, mais aussi ce qu'elle a fait pour nous unir ; et j'évoquais les commémorations auxquelles j'ai tenu, toujours, à associer les représentants des pays africains.

Voil√† pourquoi, Mesdames Messieurs les Chefs d'√Čtat et de gouvernement, Mesdames Messieurs les Ministres, Mesdames Messieurs ici les Repr√©sentants de toute l'Afrique, vous pouvez √™tre s√Ľrs que la France sera toujours √† vos c√īt√©s, parce que c'est son histoire, parce que c'est aussi son avenir, parce que votre avenir est notre avenir.

Je vous l'assure, je n'oublierai jamais les liens que nous avons pu tisser, personnels, humains, politiques, et la confiance que nous avons établie ensemble.

Vive l'Afrique, et vive la France./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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8. Mali - Op√©ration Barkhane - Discours de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, sur la base militaire de Gao (Gao, 13/01/2017)

Monsieur le Premier Ministre de la République du Mali,

Monsieur le Ministre de la défense,

Messieurs les Ministres,

Je salue les autorités de la région de Gao, le maire.

Je suis venu avec le chef d'état-major des Armées, et je voulais ici m'adresser à vous, Général commandant l'opération Barkhane, à vous officiers, sous-officiers, militaires du rang, qui effectuez cette mission parfois depuis plusieurs mois, certains font un deuxième séjour ici au Mali. Je veux souligner l'importance de l'action que vous menez ici.

Je suis au Mali pour participer au Sommet qui réunit la France et l'ensemble des pays d'Afrique. Ce Sommet va se tenir à Bamako et c'est un événement considérable qu'il puisse justement avoir lieu aujourd'hui au Mali.

Il y a quatre ans, presque jour pour jour, le Nord du Mali, ici la r√©gion de Gao, √©tait occup√© par des groupes terroristes. Il y a quatre ans, ces groupes s'√©taient rassembl√©s pour aller √† la conqu√™te de l'ensemble du Mali, mena√ßant ainsi toute l'Afrique de l'Ouest. Quatre ans apr√®s, le Mali a retrouv√© son int√©grit√© territoriale, a pu effectuer sa transition politique, √©lire son pr√©sident, choisir ses d√©put√©s parce que nous avons ensemble, le Mali et la France, mis un coup d'arr√™t √† ces groupes terroristes. C'√©tait l'op√©ration ¬ęServal¬Ľ. Je l'ai lanc√©e le 11 janvier 2013. Le ministre de la d√©fense, le chef d'√©tat-major des arm√©es de l'√©poque et l'ensemble des militaires concern√©s, ont r√©pondu imm√©diatement apr√®s mon ordre pour que vous puissiez, nous puissions arr√™ter l'avanc√©e des groupes terroristes, puis les faire reculer, leur infliger des pertes. Ensuite avec les forces maliennes, tchadiennes, nig√©riennes, et de nombreux pays africains, nous avons pu les poursuivre jusqu'√† leurs repaires et les r√©duire.

Je suis ici à Gao. J'ai d'abord eu longtemps de Gao l'image qui m'était renvoyée par vos chefs et le combat qui s'y livrait. Gao, pour moi, était un point très important sur une carte, mais c'était aussi des hommes et des femmes qui subissaient les pires outrages de la part des groupes terroristes. C'était une ville qu'il fallait libérer. Ici à Gao, je vous retrouve. Nous avons encore à faire mais une administration est en place et la vie est revenue. Je veux donc saluer le succès de cette intervention et le courage de nos soldats.

Les forces armées maliennes se reconstruisent et vous les accompagnez. J'ai vu tout à l'heure un certain nombre d'officiers qui sont intégrés, insérés pour que nous puissions leur transmettre nos compétences, nos savoirs. Je sais qu'ils seront parfaitement utilisés. Il y a aussi la MINUSMA, qui est là que je veux saluer, qui accompagne et soutient les avancées des forces maliennes. Elle consent de lourds sacrifices : la MINUSMA comme d'ailleurs nos propres armées a subi des pertes et donc je veux là encore adresser aux forces qui constituent la MINUSMA tout mon respect.

La MINUSMA, c'est 15.000 hommes. Elle appuie le Mali dans ses efforts pour rétablir son autorité sur l'ensemble du territoire et pour assurer la sécurité des populations civiles, mais la France qui est aussi partie prenante de la MINUSMA, puisqu'elle est dans son état-major, a aussi une responsabilité particulière.

La France doit ici au Mali agir chaque fois que c'est possible : c'est vous qui le faites à travers vos patrouilles. Nous devons aussi faire en sorte que l'accord d'Alger qui avait été passé entre les autorités maliennes et les groupes puisse se mettre en place. Nous avons à préparer les patrouilles communes qui devront le plus vite possible se déployer : cela sera la meilleure démonstration que la réconciliation est possible !

Nous avons aussi √† former avec la mission europ√©enne les forces arm√©es maliennes. Il y a eu plus de 8.000 soldats qui ont √©t√© b√©n√©ficiaires de cette formation avec l'EUTM qui va d'ailleurs √™tre prolong√©e encore pendant deux ans. La France, donc, √† travers vous, contribue √† la s√©curit√© de l'ensemble de la r√©gion. C'est le sens de l'op√©ration ¬ęBarkhane¬Ľ qui a succ√©d√© √† ¬ęServal¬Ľ : c'√©tait le 1er ao√Ľt 2014, j'en avais √©galement pris la d√©cision. Aujourd'hui ¬ęBarkhane¬Ľ sous l'autorit√© du g√©n√©ral Woillemont mobilise 4.000 militaires dont 1 600 ici pr√©sents √† Gao. Depuis le lancement de ¬ęBarkhane¬Ľ, 1.000 op√©rations et patrouilles ont √©t√© conduites dans la bande sah√©lo-saharienne, c'est consid√©rable.

Vous menez, et c'est notre volont√©, de plus en plus d'actions conjointes avec les pays de la zone du Sahel. Plus particuli√®rement ici au Mali, ¬ęBarkhane¬Ľ poursuit trois objectifs. Le premier est de combattre directement les groupes terroristes, il y en a encore qui subsiste. Le second objectif est d'aider l'arm√©e malienne √† retrouver le contr√īle total de son territoire. Le troisi√®me objectif est de permettre √† la force de l'ONU, la MINUSMA, d'accomplir au mieux son action au cours de cette p√©riode de transition.

Je mesure, et c'est le sens de ma pr√©sence ici, ce qu'est la complexit√© de votre t√Ęche. Avec ¬ęBarkhane¬Ľ, c'est un espace consid√©rable que vous avez √† s√©curiser, vous avez aussi √† accompagner, √† impulser, √† aider, √† former des forces africaines parce que les Africains veulent assurer demain leur propre s√©curit√©. Nous sommes l√† pour leur permettre d'arriver √† ce niveau indispensable d'autorit√© et d'efficacit√© parce que c'est leur int√©r√™t, mais c'est aussi le n√ītre !

Aujourd'hui, je viens ici à Gao avec le ministre et le chef d'état-major des armées pour vous dire toute notre confiance, toute notre fierté pour ce que vous faites ici au Sahel. Vous le faites pour permettre à des populations de vivre autant qu'il est possible dans la dignité et dans la liberté. Vous le faites pour éviter que des groupes de trafiquants, de terroristes puissent les soumettre à leur loi qui n'en est pas une, le pire étant pour les femmes. Oui, vous permettez à cette population ici d'être libre et de ne pas être soumise !

Mais vous faites davantage encore parce qu'ici en contribuant √† la protection du Mali comme, dans le cadre de l'op√©ration ¬ęBarkhane¬Ľ, de l'ensemble de la zone, vous assurez notre propre s√©curit√©. J'√©tais il y a encore quelques jours avec le ministre en Irak ; nous le savons tous : les terroristes qui attaquent notre propre territoire, qui agissent sur notre propre sol sont li√©s avec ceux qui sont au Levant, en Irak, en Syrie mais aussi ici dans la bande sah√©lo-saharienne. C'est le m√™me combat, c'est le m√™me enjeu et en venant ici pour agir au nom de la France dans l'op√©ration ¬ęBarkhane¬Ľ, vous assurez la s√©curit√© des Fran√ßais.

Je veux rendre hommage aux 18 soldats français qui ont donné leur vie pour notre pays sur cette terre malienne. Je me souviens du premier, Damien Boiteux, parce que nous avions engagé l'opération et que, quelques heures après, il tombait : c'est un héros. C'est un héros parce qu'il est le symbole de l'amitié entre la France et le Mali, il est le symbole du dévouement !

Et il y en a eu d'autres et encore cette ann√©e, Micka√ęl Poo-Sing, Damien Noblet, Michael Chauwin, Fabien Jacq sont tomb√©s et je voulais ici leur rendre hommage sur cette terre malienne.

Je pense aussi aux blessés qui poursuivent leur convalescence, blessés français, blessés maliens puisqu'ils sont soignés et parfois rapatriés en métropole, en France. Pour les avoir visités, je sais ce qu'ils peuvent ressentir dans leur chair et dans leur coeur mais je veux vous dire que nous les accompagnons. Il y a aussi cette fraternité qui vous unit.

Enfin, je pense aux v√ītres qui vous manquent et qui attendent votre retour, c'est-√†-dire vos familles. Je veux ici, m'exprimant devant vous, dire toute la confiance que je vous porte mais aussi toute la solidarit√© qui doit √™tre la n√ītre √† l'√©gard de vos proches. Et m√™me si nous n'avons pas le sentiment que nous sommes en tout d√©but d'ann√©e, m√™me s'il n'y a pas le m√™me temps ici qu'√† Paris - je peux vous le confirmer - je voudrais vous adresser tous mes voeux et vous dire que vous √™tes ici la France : vous √™tes l'honneur de ce que nous pouvons porter comme id√©al ; vous √™tes au service de valeurs universelles ; vous √™tes en menant votre combat, au service de la Paix.

C'est pourquoi nous pouvons dire ensemble : vive la République et vive la France !./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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9. Union europ√©enne - Migrations - Communiqu√© de presse du Premier ministre (Paris, 16/01/2017)

M. Bernard Cazeneuve, Premier ministre, a re√ßu lundi 16 janvier √† l'H√ītel de Matignon M. Dim√≠tris Avram√≥poulos, commissaire europ√©en charg√© de la migration, des affaires int√©rieures et de la citoyennet√©.

Le Premier ministre a rappelé la détermination du gouvernement français à obtenir l'accélération de la mise en oeuvre des mesures européennes sur les questions migratoires et la sécurité intérieure de l'Union.

Concernant les migrations, le Premier ministre et le commissaire ont rappelé leur conviction que seule une réponse globale et fondée sur la solidarité et la responsabilité permettrait à l'Union européenne de répondre efficacement au défi migratoire.

Dans ce contexte, le Premier ministre a rappel√© la n√©cessit√© de poursuivre et d'amplifier la mise en oeuvre de toutes les d√©cisions prises √† l'√©chelle de l'UE depuis plus de deux ans : programme de relocalisation des personnes en besoin de protection vers l'UE, qui concernent tous les √Čtats membres (la France est le premier pays contributeur √† ce programme europ√©en de relocalisation, ayant accueilli √† ce jour plus de 30% des personnes relocalis√©es √† partir de la Gr√®ce), r√©forme du droit d'asile europ√©en, mise en oeuvre des pactes migratoires avec cinq pays de transit et d'origine prioritaires (le Mali, le S√©n√©gal, l'√Čthiopie, le Niger et le Nigeria).

S'agissant de la s√©curit√© des fronti√®res ext√©rieures de l'UE, essentielle pour parvenir √† la ma√ģtrise des flux migratoires et pour lutter efficacement contre le terrorisme, le Premier ministre a salu√© les r√©centes d√©cisions adopt√©es et soulign√© l'urgence de les traduire concr√®tement dans les faits : qu'il s'agisse de la mise en oeuvre op√©rationnelle de l'agence de gardes-fronti√®res et gardes c√ītes europ√©ens (et √† cette fin de la constitution de la r√©serve op√©rationnelle de 1.500 personnes) ; ou de la mise en oeuvre de l'accord de d√©cembre sur les contr√īles syst√©matiques et obligatoires √† l'entr√©e et √† la sortie de l'espace Schengen.

Le Premier ministre a √©galement insist√© sur la n√©cessit√© d'adopter rapidement les textes visant √† mettre en place, d'une part, un outil d'enregistrement des passages aux fronti√®res ext√©rieures int√©grant les ressortissants de l'UE (syst√®me entr√©es/sorties) et, d'autre part, un syst√®me permettant d'enregistrer et contr√īler les voyageurs dispens√©s de visa court s√©jour en amont de leur arriv√©e sur le territoire de l'UE (¬ęESTA europ√©en¬Ľ).

Toutes ces mesures sont essentielles pour retrouver la ma√ģtrise pleine et enti√®re de l'espace Schengen./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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10. Union europ√©enne - Proche-Orient - Syrie - Chypre - Irak - √Čtats-Unis - Conseil des affaires √©trang√®res - D√©claration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† son arriv√©e au conseil de l'UE (Bruxelles, 16/01/2017)

La conf√©rence de Paris pour la paix au Proche-Orient a √©t√© un succ√®s. Ceux qui pensaient le contraire se sont tromp√©s. Ceux qui √©taient absents doivent le regretter. En tout cas cette conf√©rence a vu la participation de 70 pays, avec les Nations unies, l'UE, la Ligue arabe, et a conclu par une d√©claration claire et ambitieuse rappelant la n√©cessit√© d'engager des n√©gociations dans la perspective que deux √Čtats, l'√Čtat d'Isra√ęl et l'√Čtat de Palestine, puissent enfin vivre c√īte √† c√īte en s√©curit√© et dans la paix. C'est cela l'objectif, c'est cela l'accord, c'est cela le message. C'est un encouragement aux Isra√©liens et aux Palestiniens √† reprendre enfin sans d√©lai les n√©gociations. Tout cela correspond aux positions de l'Union europ√©enne. L'Europe entretient avec Isra√ęl des relations d'amiti√© tr√®s anciennes et tr√®s fortes, et l'UE est le premier financeur de la Palestine. La Haute repr√©sentante √©tait pr√©sente √† la Conf√©rence. Les positions de l'UE vont dans le sens du texte qui a √©t√© adopt√© apr√®s une s√©ance particuli√®rement utile.

Il y a beaucoup d'autres sujets √† l'ordre du jour de ce conseil de l'UE aujourd'hui. La Syrie bien s√Ľr. Pour nous il est essentiel de parvenir √† un cessez-le-feu respect√© partout en Syrie. En m√™me temps il faut tout faire pour que les n√©gociations politiques reprennent. Il y aura une √©tape √† Astana, puis dans le cadre des Nations unies √† Gen√®ve le 8 f√©vrier. Il est indispensable que ce prochain rendez-vous ait lieu et que tous puissent √™tre autour de la table. Nous serons en particulier vigilants pour que toutes les composantes de l'opposition soient repr√©sent√©es de fa√ßon sinc√®re pour que la n√©gociation pour arriver √† la paix puisse enfin s'engager. On voit le drame que vivent depuis 5 ans les Syriens, les centaines de milliers de morts, les millions de r√©fugi√©s, les millions de personnes d√©plac√©es, et un pays d√©truit dont Alep restera le tragique symbole.

Il y aussi un autre sujet qui nous tient à coeur : c'est la négociation qui a lieu actuellement à Genève pour l'avenir de Chypre. Nous sommes optimistes, mais il y a encore beaucoup de travail à faire et l'UE suit cette question avec beaucoup d'attention. Si enfin un accord pouvait être trouvé, ce serait un message très fort qui serait adressé au monde : celui que nous sommes capables de régler des conflits anciens, et que nous sommes capables de le faire en Europe.

Q - Avez-vous des commentaires concernant la situation en Irak ?

R - Pour l'instant une bataille est engagée en Irak par l'armée nationale irakienne avec le soutien de la coalition internationale : c'est de faire tomber Daech à Mossoul. Ça, c'est la priorité. Mais l'autre priorité est politique : c'est de faire en sorte que demain, la gouvernance de Mossoul soit une gouvernance inclusive, qui ne donne pas lieu à des règlements de comptes, à des violences, et qu'elle traite de toutes les questions, en particulier la question humanitaire, et qu'elle permette à toutes les minorités d'être associées à la gestion de Mossoul. Il faut que nous soyons capables, après la guerre, qui sera longue, de gagner la paix. Ce sera essentiel.

Q - Un mot sur Trump : qu'avez-vous pensé lorsque vous avez lu aujourd'hui que l'OTAN est obsolète ?

R - Vous savez, la meilleure réponse à l'interview du nouveau président américain, qui va prendre ses fonctions le 20 janvier, c'est l'unité des Européens. Il était beaucoup question d'Europe dans cette interview, ainsi que du Brexit. La meilleure façon de défendre l'Europe - et c'est l'invitation que nous fait M. Trump - c'est de rester unis, de faire bloc, de ne pas oublier que la force des Européens, c'est leur unité.

Pour le reste, les d√©clarations de M. Trump interpellent. J'attends donc avec impatience que le secr√©taire d'√Čtat am√©ricain qui va succ√©der √† M. John Kerry, M. Rex Tillerson, puisse prendre rapidement ses fonctions, afin que je le rencontre, pour que nous puissions discuter de tous les points importants. Je pense par exemple √† l'avenir des relations avec la Russie, √† la question ukrainienne, √† la question des sanctions, √† l'accord sur le nucl√©aire iranien, √† l'accord de Paris sur le climat, et puis √† la conception que l'on doit avoir, √† nos yeux, pour g√©rer les affaires du monde, qui demandent de plus en plus de r√©gulation, de concertation, c'est-√†-dire de faire vivre concr√®tement le multilat√©ralisme, et non pas le retour au nationalisme et le chacun pour soi.

Merci à tous./.

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11. √Čtats-Unis - Union europ√©enne - Mali - Syrie - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęFrance3¬Ľ - Extraits (Paris, 15/01/2017)

Q - Dans cinq jours, Donald Trump arrive à la Maison Blanche, cela vous inquiète-il ?

R - Arr√™tons de sp√©culer sur tout cela. Il y a eu une √©lection pr√©sidentielle et le 20¬†janvier prochain, le pr√©sident des √Čtats-Unis sera Donald Trump. Il a √©t√© √©lu par le peuple am√©ricain et je respecte ce choix. La France est un alli√© et un partenaire des √Čtats-Unis qui agit pour la d√©fense de ses propres int√©r√™ts en toute ind√©pendance avec une vision multilat√©rale du monde.

Q - Cette vision ne vous fait-elle pas peur ?

R - C'est la question que nous allons poser aux Am√©ricains. D√®s que mon futur partenaire, M. Rex Tillerson - le secr√©taire d'√Čtat des √Čtats-Unis qui va remplacer John Kerry - sera nomm√©, je l'inviterai √† venir en France. Et, au d√©but du mois de f√©vrier, j'aurai l'occasion de le rencontrer en Allemagne, dans le cadre d'une r√©union minist√©rielle du G20. Je pourrai donc lui poser des questions.

Q - Donald Trump a reconnu que les services secrets russes avaient jou√© un r√īle dans la campagne pr√©sidentielle. On sait qu'ils ont √©t√© en partie √† l'origine de la r√©v√©lation des mails d'Hillary Clinton. Donald Trump est-il un pr√©sident sous influence russe ?

R - Je ne fais pas ce genre de commentaire. Ce qui est s√Ľr, c'est qu'il faut se m√©fier de cette nouvelle donne en terme de menaces avec la technologie du num√©rique et les cybers menaces. Lorsque le sommet de l'OTAN a eu lieu √† Varsovie, il y a eu tout un volet consacr√© √† cette d√©fense.

Q - En particulier de la part des Russes d'ailleurs.

R - Peut-√™tre mais pas seulement. Je crois qu'il y a √† la fois des √Čtats qui peuvent √™tre agressifs, qui peuvent utiliser cette technologie et d√©stabiliser d'autres √Čtats. Il se peut √©galement que ce soit des entreprises priv√©es, des mafias etc. Les d√©mocraties doivent s'organiser si elles veulent continuer √† d√©fendre leurs valeurs, leur mode de vie, leur fonctionnement et leurs int√©r√™ts. C'est vrai au niveau de l'OTAN, c'est aussi vrai, et cela doit l'√™tre de plus en plus, au niveau de la France. En tant que Premier ministre, j'avais contribu√© √† l'augmentation des moyens et c'est aussi vrai au niveau de l'Europe.

Q - 2017 sera marqué par des élections en Allemagne notamment.

R - En tout cas, nous quoiqu'il arrive, nous continuons de travailler avec l'Allemagne pour l'avenir de l'Europe. Car, il est de notre intérêt que l'Europe ne prenne aucun risque quant à son avenir et qu'elle se consolide. Je trouve d'ailleurs que, dans les débats de la présidentielle en France, on ne parle pas assez de l'Europe ou très peu. Cela ne peut se faire que s'il y a une bonne entente entre l'Allemagne et la France - et c'est le cas d'ailleurs - et il faut encore la renforcer.

Q - Il vous reste quatre mois au ministère des affaires étrangères, le temps de faire le tour du monde en 80 jours ou presque. Vous rentrez d'un déplacement au Mali avec François Hollande avant une conférence de paix sur le Proche-Orient qui a commencé ce matin et qui se poursuivra cet après-midi.

Diriez-vous que l'action de François Hollande est plus reconnue à l'étranger qu'en France ?

R - Elle est vraiment reconnue, d'une certaine façon cela peut être paradoxal et je l'ai ressenti souvent. François Hollande est un grand président de la République. Dans tous mes déplacements, on me parle de lui comme un grand représentant de la France, mais aussi de sa vision des relations internationales. Une vision multilatérale, une vision pacifique basée sur des valeurs qui sont celles que la France représente dans le monde. Je l'ai vu encore ces dernières heures au Mali. Vous savez, la décision qui a été prise d'intervenir au Mali était une décision risquée et dangereuse.

Q - Et la France était seule...

R - Oui mais elle a été suivie ensuite par l'Union européenne, par l'Union africaine et par les Nations unies qui ont, pour une grande partie, pris le relais. Et surtout, ce sommet de Bamako c'est le sommet entre l'Afrique et la France. Que cela ait pu avoir lieu au Mali, alors qu'en 2013 les terroristes étaient en train de s'emparer de ce pays, c'est bien parce qu'il y a eu l'intervention de la France. Ce que nous avons vécu ces dernières heures c'était un moment historique.

Q - Un autre pays a traversé le quinquennat, c'est la Syrie. Bachar al-Assad est toujours au pouvoir, la diplomatie française a zigzagué sur le dossier de la Syrie, à un moment, Laurent Fabius disait même qu'il fallait armer certains rebelles. Aujourd'hui, n'est-ce pas un échec collectif ?

R - Mais c'est l'échec de tout le monde, de la communauté internationale.

Q - Parlons de la France elle-même. La diplomatie française n'a-t-elle pas trop zigzagué sur cette question ?

R - Non, elle est toujours restée sur la même ligne, c'est-à-dire la solution politique et non pas la solution militaire. Nous sommes engagés dans une coalition internationale contre Daech, mais nous ne sommes pas une force belligérante en Syrie. Ce n'est le cas ni de la Russie, ni de l'Iran directement ou indirectement qui soutiennent le régime de Bachar al-Assad, qui bombardent l'opposition et qui sont allés jusqu'à détruire Alep.

Q - La France ne soutient pas le régime de Bachar al-Assad mais elle accepte qu'il soit autour de la table ?

R - Pour nous, ce qui est important, c'est de respecter les engagements pris par la communauté internationale auxquels la France a contribué et qui se résument dans une résolution adoptée par le conseil de sécurité des Nations unies à l'unanimité il y a un peu plus d'une année, le 19 décembre 2015. C'est la résolution 2254 qui est la base politique pour le processus de paix par la voix de la négociation.

Le 23 janvier prochain, il y aura normalement une réunion à Astana au Kazakhstan pour préparer la réunion convoquée à Genève par les Nations unies.

Q - Avec aussi les parties syriennes anti Bachar qui pourraient y assister.

R - Il faut absolument que toutes les composantes de l'opposition à Bachar al-Assad soient autour de la table. Que veut-on aujourd'hui ? Cette négociation, c'est à la fois les représentants du régime, les représentants de l'opposition avec la garantie des Nations unies et les puissances qui en font partie.

Q - Mais à l'initiative des Russes !

R - Non, la résolution 2254 du conseil de sécurité des Nations unies et la réunion de Genève sont sous l'égide des Nations unies. Ce qui est à l'initiative des Russes, à la suite d'un accord avec les Turcs, c'est la réunion qui aura lieu à Astana. Une réunion qui, je l'espère, pourra contribuer à la préparation de cette première étape à venir, après un vrai cessez-le-feu, à Genève le 8 février prochain.

Q - Bachar al-Assad est toujours au pouvoir et il distribue les bons et les mauvais points. Il trouve formidable que M. Trump arrive au pouvoir.

R - Ce que nous disons, c'est qu'il faut qu'une politique soit basée sur des principes. Ce n'est pas refuser de discuter ni de négocier, mais à la fin du processus de négociation, dans le cadre des Nations unies, Bachar al-Assad ne peut pas continuer à diriger ce pays. À la fin du processus, je le dis, il doit partir parce qu'il est responsable de 400.000 morts, il y a encore 10 millions de déplacés dont la moitié de réfugiés et il y a une Syrie détruite qu'il faudra bien reconstruire. Cela ne peut se faire que par la voie de la négociation et par une solution politique. (...)./.

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12. Bassin du lac Tchad - Intervention du repr√©sentant permanent de la France aupr√®s des Nations unies - Conseil de s√©curit√© (New York, 12/01/2017)

Monsieur le Président,

Je remercie Stephen O'Brien, Secrétaire général adjoint en charge des affaires humanitaires et M. Tayé Zerihoun, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques pour leurs exposés sur la situation dans la région du lac Tchad, et adresse un remerciement tout particulier à Mme Fatima Yerima Askira, du Borno Women Development Initiative, pour son témoignage particulièrement puissant, qui est une source d'inspiration pour nous tous.

Comme nous l'avons vu ces derni√®res semaines, Boko Haram, quoique affaibli, conserve une r√©elle capacit√© √† mener des attaques cibl√©es et meurtri√®res, en particulier dans l'√Čtat de Borno. Et comme nous venons de l'entendre, la crise provoqu√©e par Boko Haram engendre des besoins humanitaires absolument consid√©rables.

Les femmes sont particulièrement visées. Ces populations vulnérables ne sont à l'abri nulle part et nous savons combien la situation dans les camps de déplacés est difficile.

La région du bassin du Lac Tchad est trop souvent hors de l'écran-radar des grands médias internationaux, et pourtant c'est l'une des régions du monde qui a le plus besoin de nous et de notre engagement.

Dans un tel contexte, nous encourageons activement les efforts des pays de la région et des Nations unies et travaillons avec eux selon trois axes principaux :

Un axe militaire d'abord, pour combattre Boko Haram avec toute la fermeté requise et affaiblir ses capacités de nuisance.

Nous savons que l'effort militaire men√© par les pays de la r√©gion, effort qui est coordonn√© dans le cadre de la Force multinationale mixte, est particuli√®rement lourd, √† la fois militairement et financi√®rement. Nous sommes tous alli√©s dans la lutte contre le terrorisme, quelle que soit la forme qu'il prend, et o√Ļ qu'il frappe. C'est pourquoi la France traduit cette expression de solidarit√© en soutenant activement les op√©rations de lutte contre Boko Haram men√©es par les pays de la r√©gion. Nous apportons en particulier des renseignements au profit des pays engag√©s, un appui logistique au Tchad et au Niger, et des formations √† destination des forces camerounaises.

Les opérations militaires en cours ont déjà fait la preuve de leur efficacité. De nombreux soldats de ces armées ont déjà payé le prix du sang dans cette offensive régionale : nous leur rendons un respectueux hommage.

La deuxième priorité est humanitaire, car les besoins, on l'a dit, sont immenses. Il est essentiel que les Nations unies poursuivent et accentuent leurs efforts, en étroite collaboration avec l'ensemble de leurs partenaires et avec les autorités locales, pour répondre aux besoins des populations.

√Ä cet √©gard, nous esp√©rons que les ¬ęhubs¬Ľ humanitaires mis en place par les Nations unies au Nord-est du Nig√©ria pour servir de camps de base aux acteurs humanitaires et permettre un acc√®s plus rapide aux populations pourront √™tre rapidement op√©rationnels.

Nous rendons également un hommage particulier à MSF et à l'ensemble des organisations humanitaires qui sont engagées sur le terrain. Je tiens aussi à rappeler ici que le droit international s'applique à tous et que toutes les parties sont tenues d'autoriser les Nations unies et leurs partenaires à accéder aux personnes déplacées.

Les pays touchés par la crise sont en première ligne pour à la fois faciliter l'accès humanitaire, coordonner les différentes initiatives, et éviter les détournements de l'aide destinée aux déplacés.

La France, Monsieur le Président, prend et prendra toute sa part à cet effort collectif : pour la seule année 2016, nous avons contribué à hauteur de 13,5 millions d'euros pour répondre aux besoins humanitaires des pays affectés par Boko Haram.

La troisi√®me priorit√© est celle du d√©veloppement des r√©gions o√Ļ le mouvement est implant√©. Faute de ce d√©veloppement, indispensable en tout √©tat de cause, ce mouvement terroriste continuera √† prosp√©rer sur la pauvret√© et le sentiment d'exclusion dont il se nourrit.

C'est la raison pour laquelle la France a lanc√© ¬ęl'Initiative Lac Tchad¬Ľ : d'un montant de 35 millions d'euros, cette importante initiative port√©e par l'Agence fran√ßaise de d√©veloppement a pour but de favoriser le rel√®vement √©conomique de la r√©gion et la cr√©ation d'emplois, notamment en direction de la jeunesse, premi√®re cible, il faut le rappeler, de Boko Haram.

Monsieur le Président, dans le contexte qui vient d'être rappelé, la région du bassin du lac Tchad doit être au coeur des priorités de notre Conseil. Comme nous y encourage le Secrétaire général des Nations unies, sachons combiner l'ensemble des moyens à notre disposition - militaires, humanitaires et de développement - pour faire une différence sur le terrain.

Dans cet esprit, la France appuie résolument le projet d'une visite prochaine du Conseil de sécurité dans la région.

Je vous remercie./.

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13. Liban - Conseil des affaires √©trang√®res - Conclusions - Communiqu√© du Conseil de l'Union europ√©enne (Bruxelles, 16/01/2017)

1. L'UE salue l'élection du président Michel Aoun le 31 octobre 2016 et la formation d'un gouvernement d'entente nationale sous la direction de Saad Hariri le 18 décembre 2016, qui mettent fin à un blocage persistant des institutions politiques. L'UE rend hommage au Premier ministre sortant Tammam Salam, qui a gouverné dans des conditions difficiles.

2. L'UE prend note de la d√©claration du gouvernement et se f√©licite de son ambition de restaurer la confiance. √Ā cet √©gard, elle invite le Liban √† organiser des √©lections l√©gislatives en temps utile en 2017 et √† en assurer le d√©roulement sans heurts et transparent afin de respecter la tradition d√©mocratique √† laquelle le Liban est attach√© de longue date. L'UE est pr√™te √† apporter son soutien √† ce processus.

3. L'UE salue la détermination de l'ensemble des acteurs politiques libanais à continuer de travailler dans le même esprit constructif et dans un climat d'unité nationale. C'est là une condition déterminante pour que le Liban soit en mesure d'assurer le bon fonctionnement de l'ensemble des institutions démocratiques et de relever les différents défis politiques, sécuritaires, sociaux et économiques auxquels est confronté le pays, fortement touché par le conflit syrien. La liberté et la diversité qu'assure le Liban constituent un modèle pour l'ensemble de la région, correspondent à nos valeurs communes et méritent d'être protégées.

4. L'UE réaffirme qu'elle est attachée à l'unité, à la souveraineté, à la stabilité, à l'indépendance et à l'intégrité territoriale du Liban. Elle rappelle l'importance de s'en tenir à une politique de dissociation à l'égard de tous les conflits régionaux, conformément à la déclaration de Baabda.

5. L'UE souligne √©galement qu'il est important que le Liban demeure d√©termin√© √† honorer pleinement l'ensemble de ses obligations internationales, notamment celles d√©coulant des r√©solutions 1559, 1680, 1701 et 1757 du conseil de s√©curit√© des Nations unies. L'UE salue le r√īle jou√© par les forces arm√©es libanaises et la FINUL dans le maintien de la paix et de la stabilit√© dans le sud du Liban. L'UE r√©affirme son soutien √† la FINUL, √† laquelle plusieurs √Čtats membres apportent des contributions importantes, et elle continue √† soutenir les travaux de la coordinatrice sp√©ciale des Nations unies pour le Liban, Sigrid Kaag.

6. L'UE soutient pleinement les efforts déployés par les autorités libanaises et les institutions chargées de la sécurité au Liban pour lutter contre le terrorisme et prévenir la radicalisation, et se félicite de la coopération engagée, qu'elle est déterminée à poursuivre et à renforcer. L'UE demeure déterminée à soutenir les forces armées libanaises.

7. Les priorit√©s de partenariat UE-Liban et le pacte UE-Liban, adopt√©s le 11 novembre 2016, √©tablissent un cadre solide pour les relations entre l'UE et le Liban et le soutien que l'UE continue de lui apporter. L'UE se f√©licite que le nouveau gouvernement ait confirm√© son partenariat avec l'Union europ√©enne. Elle est d√©termin√©e √† aider le Liban √† relever les d√©fis auxquels il est confront√© pour assurer la stabilit√© du pays, √† promouvoir une croissance √©conomique inclusive et durable, y compris le d√©veloppement des secteurs de l'√©nergie et des infrastructures, et √† mettre en oeuvre les r√©formes et les plans de d√©veloppement qu'il doit appliquer d'urgence. L'UE est encourag√©e par l'engagement du nouveau pouvoir libanais en faveur du renforcement de l'√Čtat de droit, y compris la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance et la participation accrue des femmes et des jeunes.

8. L'UE salue les efforts extraordinaires déployés par le Liban pour continuer d'accueillir plus de 1,1 million de réfugiés syriens jusqu'à ce que les conditions soient réunies pour leur retour. Il convient de rendre hommage aux communautés qui les accueillent. L'UE met pleinement en oeuvre l'engagement qu'elle a pris lors de la conférence de Londres de février 2016 et espère poursuivre sa coopération avec le nouveau gouvernement pour faire en sorte d'améliorer davantage la situation des réfugiés, y compris pour ce qui est de leurs droits et de leur protection, ainsi que des communautés d'accueil vulnérables, conformément aux engagements pris par le Liban au titre du pacte UE-Liban et de la déclaration d'intention de Londres. L'UE salue également le soutien accordé par le Liban aux réfugiés palestiniens, y compris ceux qui ont récemment fui la Syrie.

9. L'UE est déterminée à continuer de soutenir le Liban et appelle les partenaires régionaux et la communauté internationale à renforcer le soutien aux nouvelles autorités libanaises./.

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14. Liban - Syrie - Relations bilat√©rales - Audition de l'ambassadeur de France au Liban devant la commission des affaires √©trang√®res de l'Assembl√©e nationale (Paris, 14/12/2016)

Merci, Mesdames et Messieurs les Députés, de votre accueil et de l'attention que vous portez à ce dossier très important pour la France. J'ai eu le plaisir d'échanger avec certains d'entre vous lorsqu'ils sont venus au Liban dans le cadre de leur mission d'information. À chaque fois, la visite des parlementaires a été comprise par les Libanais, autorités et habitants confondus, comme un geste d'amitié. La mission d'information avait dressé un panorama très complet de la situation du pays, des défis auxquels il se trouve confronté et des leçons que nous pouvons tirer des événements récents. Dans une région qui est à feu et à sang, le Liban tient le coup en dépit de toutes ses faiblesses. À l'ambassade, nous avons souvent résumé la situation par la formule suivante : tout va mal, mais pas si mal. Le grand défi pour le Liban et pour tous ceux qui veulent soutenir ce pays pour ce qu'il représente est de faire en sorte que cela n'aille pas plus mal.

Les membres de cette commission connaissent bien le Liban ; ils y ont des amitiés ; ils entretiennent un dialogue avec de nombreux segments de l'opinion libanaise. Je ne vais donc pas revenir en détail sur la situation d'un pays qui est structurellement divisé - une multitude d'intérêts politiques et confessionnels y interagissent - et donc fragile. Je vais néanmoins vous donner quelques éléments de contexte, avant de parler des derniers développements politiques et de ce que la France peut faire durant cette période compliquée pour soutenir le Liban.

Premier √©l√©ment de contexte : ce pays est plus divis√© que jamais alors qu'il a besoin de consensus pour √™tre prot√©g√© - paradoxe libanais. Ouvert √† toutes les influences, il vit au milieu de grandes tensions r√©gionales et a lui-m√™me des difficult√©s int√©rieures. Dans cet environnement conflictuel, il absorbe beaucoup de probl√®mes mais n'en exporte que tr√®s peu. Pour avoir pay√© le prix de la guerre civile, les Libanais sont instruits par l'exp√©rience et savent qu'il est vital pour eux de ne pas √™tre, une nouvelle fois, entra√ģn√©s dans des conflits qui les d√©passent.

Deuxième élément de contexte : ce pays est sous la pression de la crise syrienne. Lorsque l'on vit à Beyrouth, il ne faut pas oublier que la guerre est à soixante-dix kilomètres. Il y a eu des affrontements et des sièges très durs dans des villes comme Qusayr, Zabadani et Madaya. La pression est sécuritaire et est d'autant plus forte que le Hezbollah libanais est lui-même impliqué dans la guerre en Syrie. Mais la pression est aussi humanitaire : un million de réfugiés syriens ont été enregistrés mais ils sont probablement 1,2 million. Pour l'essentiel, ce sont des gens très modestes, venus de la Syrie centrale en 2012 et 2013, lorsque l'on se battait à Homs et à Hama.

Ces réfugiés, à présent disséminés sur l'ensemble du territoire, sont pris en charge dans des conditions précaires car leur présence soulève des questions extrêmement sensibles. À travers le prisme confessionnel des Libanais, les réfugiés sont aussi des sunnites dont l'implantation peut provoquer une nouvelle modification de la démographie et des équilibres communautaires du pays. Extrêmement fragiles, ces équilibres avaient déjà été rompus dans les années 1960 par l'afflux de réfugiés Palestiniens, ce qui avait conduit au désastre de la guerre civile.

La crise syrienne provoque une angoisse existentielle chez les Libanais. Elle menace aussi la sécurité du pays sur fond de problèmes économiques et sociaux. Beaucoup craignent aussi l'infiltration d'extrémistes parmi les réfugiés même si cela n'a pas été confirmé par les services de sécurité. L'un de ses chefs me disait récemment que Daech peut commettre des attentats au Liban mais ne peut pas y tenir une seule rue. C'est sans doute juste.

Quoi qu'il en soit, la crise syrienne est pour le Liban un probl√®me dans l'imm√©diat et √† long terme car ni les Libanais ni les r√©fugi√©s ne sont vraiment ma√ģtres de leur destin. La question du retour dans leur pays des populations r√©fugi√©es au Liban est pos√©e √† tous. La communaut√© internationale insiste sur le fait que ce retour doit se faire de mani√®re ordonn√©e et dans des conditions de s√©curit√© suffisantes qui ne sont actuellement pas r√©unies. Il n'emp√™che qu'il y a, dans tous les secteurs de l'opinion libanaise, une demande croissante de renvoi des r√©fugi√©s dans leur pays.

Troisi√®me √©l√©ment de contexte : le pays tient le coup. C'est une qualit√© tr√®s libanaise que de survivre √† tout et d'encaisser les coups sans s'effondrer. Le Liban est r√©silient. Les institutions du pays sont fragiles mais la soci√©t√© se caract√©rise par un esprit d'initiative et une solidarit√© communautaire et locale tout √† fait remarquables. Au cours des cinq derni√®res ann√©es, le Liban a √©vit√© le pire : √™tre entra√ģn√© dans la guerre en Syrie. Il y est parvenu malgr√© l'engagement du Hezbollah dans le conflit et les divisions de la soci√©t√© au sujet de la crise syrienne. En d√©pit de tout cela, le Liban a finalement √©lu un pr√©sident. Il n'y est pas parvenu au terme d'un processus parfaitement ma√ģtris√©. Il a √©lu un pr√©sident apr√®s deux ans et demi de vacance et de blocage du parlement par les amis du candidat finalement √©lu. Ce dernier n'a pu √™tre √©lu qu'apr√®s avoir obtenu le ralliement de ses adversaires, eux-m√™mes press√©s de revenir au pouvoir.

Du point de vue des autorités françaises, ce développement politique est toutefois très positif. Nous avons salué l'élection du général Michel Aoun à la présidence de la République pour plusieurs raisons.

Le d√©put√© de notre circonscription conna√ģt tr√®s bien la premi√®re raison : le pr√©sident Aoun √©tant le leader du parti chr√©tien le plus important, son √©lection a eu pour premier effet d'apaiser les frustrations chr√©tiennes au Liban. C'est tr√®s utile √† la stabilit√© du pays car cela permet d'esp√©rer que les chr√©tiens jouent enfin le r√īle qui est le leur au terme de l'accord de Ta√ęf sur la r√©partition du pouvoir entre les grandes communaut√©s libanaises. Pour m√©moire, l'accord de Ta√ęf a √©t√© sign√© en 1989 et mis en oeuvre dans des conditions difficiles, au cours de l'occupation syrienne puis dans le cadre d'un compromis sign√© √† Doha en 2008. Ce dernier, assez frustrant pour tout le monde, avait conduit √† l'√©lection du g√©n√©ral Michel Sleiman.

Actuellement, les chr√©tiens ont le sentiment d'√™tre revenus au pouvoir. Je parle de l'opinion majoritaire car il y a bien s√Ľr des opinions divergentes. Cela √©tant, l'√©lection de Michel Aoun a d'ores et d√©j√† produit une forme de r√©√©quilibrage entre les trois grands p√īles de pouvoir au Liban : la pr√©sidence de la R√©publique, la pr√©sidence du Parlement et la pr√©sidence du gouvernement.

Deuxi√®me raison : l'√©lection de Michel Aoun permet de revenir √† un fonctionnement normal des institutions. C'est aussi un point tr√®s important pour nous, Fran√ßais, qui voulons nous tenir aux c√īt√©s du Liban et avons besoin d'institutions qui fonctionnent pour pouvoir aider efficacement le pays. L'Agence fran√ßaise de d√©veloppement (AFD) peut ainsi offrir des pr√™ts tr√®s concessionnels au Liban mais n'a pas pu le faire au cours des deux derni√®res ann√©es parce que le parlement ne s'est pas r√©uni et n'a pas √©t√© en mesure d'approuver un endettement suppl√©mentaire.

Troisième raison qui nous fait considérer l'élection de Michel Aoun comme un bon signe : les règles du jeu ont changé. Depuis l'assassinat de Rafic Hariri, le pays était divisé entre deux grands blocs : la Coalition du 8 mars, dominée par le Hezbollah chiite ; la Coalition du 14 mars, dominée par Saad Hariri et le Mouvement du futur, qui est sunnite. L'introduction d'un élément chrétien fort dans cette équation permet de rééquilibrer le jeu. La situation est assez curieuse aujourd'hui : on ne sait plus très bien qui représente la majorité ou l'opposition mais on a retrouvé une certaine fluidité dans le jeu politique. C'est certainement utile à la définition de quelques objectifs d'intérêt commun pour tous. L'organisation des élections législatives en 2017 permettra de clarifier la situation.

Dans l'immédiat, il faut encore que le gouvernement soit formé. L'élection du président de la République ne permet pas, à elle seule, d'apporter toutes les réponses. Les intérêts de chaque communauté doivent être bien pris en compte pour que les institutions fonctionnent. Dans ce jeu compliqué, on assiste à de nouvelles crispations. Le président Aoun essaie de prendre de la hauteur et sans doute de se dégager de ses anciennes alliances. Le président du parlement, Nabih Berri, essaie de peser sur la formation du gouvernement et fait comprendre que rien ne sera décidé qu'il n'aura pas d'abord approuvé. Le Premier ministre désigné, Saad Hariri, cherche à maximiser les gains de son alliance avec Michel Aoun, notamment pour réduire le poids du Hezbollah.

Tout cela fait partie d'un jeu assez normal au Liban. Cinq semaines apr√®s la d√©signation de Saad Hariri, il n'y a pas encore de raison de trop s'inqui√©ter pour la formation du gouvernement. Le pr√©c√©dent gouvernement avait √©t√© form√© au terme de neuf mois de n√©gociations. Je suis confiant que le gouvernement Hariri sera bient√īt investi par le parlement. Cela √©tant, nous disons aux acteurs libanais qu'en cette p√©riode tr√®s d√©licate, il est fondamental que personne n'exag√®re et que la recherche du consensus prime sur tout le reste. Durablement enclav√© dans une Syrie d'Assad reconstitu√©e, le Liban a besoin de se r√©unir, de prendre en compte les int√©r√™ts de chacun et d'√©viter des divisions plus profondes et donc une nouvelle p√©riode de confrontation.

La France insiste beaucoup sur un enjeu¬†important pour les prochains mois voire les prochaines ann√©es : la dissociation avec le conflit syrien. C'est tr√®s important car le Liban est fragile mais peut √™tre un mod√®le de pluralit√© et envoyer un excellent signal √† la r√©gion en r√©solvant ses probl√®mes de politique int√©rieure. L'√©lection du pr√©sident Aoun a montr√© que les graves tensions opposant les Iraniens, les Saoudiens et d'autres pouvaient √™tre contenues et que des solutions pouvaient √™tre trouv√©es. Il y a d'autres d√©fis que le Liban peut relever sans avoir besoin de la validation de parrains √©trangers. Le pays a besoin de reconstruction et de d√©veloppement. Ceux d'entre vous qui sont venus au Liban ont pu le constater. En raison des crises r√©gionales et de l'instabilit√© en Syrie, le Liban a perdu beaucoup de son attractivit√© et de sa croissance. Celle-ci est nulle sinon n√©gative, alors que le pays a absorb√© une hausse de 30% de sa population en quatre ou cinq ans. Les transferts issus de la diaspora - la premi√®re source de recettes - repr√©sentent environ 7 √† 8 milliards de dollars par an, assez g√©n√©reusement r√©mun√©r√©s par les banques libanaises. Cependant, ces transferts d'argent diminuent en raison de la baisse des cours du p√©trole en Afrique et dans le Golfe o√Ļ la diaspora libanaise est tr√®s implant√©e.

Nous voulons √™tre pr√©sents aux c√īt√©s du Liban pour qu'il puisse relever ces d√©fis et √©viter davantage de tensions.

La France peut continuer de faciliter le processus politique au Liban, o√Ļ elle a une approche aussi unanimiste que possible : nous parlons √† tout le monde, ce n'est pas si courant au Liban, o√Ļ beaucoup de nos partenaires - les Am√©ricains mais aussi les Europ√©ens - s'abstiennent de rencontrer certains interlocuteurs. Nous sommes √©cout√©s, l√©gitimes, personne ne conteste notre int√©r√™t pour le pays et tout le monde cr√©dite la France d'√™tre un pays qui parle du Liban sans arri√®re-pens√©es, ne cherche pas √† √©changer une chose l√† contre une autre ailleurs, ce que beaucoup de pays influents sont soup√ßonn√©s de faire. Personne ne conteste non plus notre int√©r√™t particulier pour la pr√©sidence libanaise, ni pour la pluralit√© du pays dont les communaut√©s chr√©tiennes sont une composante n√©cessaire. En bref, personne ne nous conteste une forme de leadership sur le dossier libanais. Nous le voyons sur la sc√®ne internationale : c'est la France qui, au Conseil de s√©curit√© des Nations unies, r√©dige les r√©solutions et les d√©clarations relatives au Liban, et c'est elle qui a suscit√© la formation du groupe international de soutien au Liban, dont elle continue d'√™tre l'inspiratrice.

Cela nous permet de mobiliser nos partenaires au profit du Liban quand c'est nécessaire. Plusieurs initiatives en ce sens ont été prises dans le passé. Le Groupe international de soutien s'est réuni à Paris en 2014. Et nous avons aussi organisé trois conférences des donateurs pour le Liban. Peut-on en organiser une quatrième ? Il faut pour cela que les conditions d'un succès soient réunies, donc que les grands donateurs y participent. Ce n'est pas absolument certain car d'une part, les pays du Golfe et l'Arabie saoudite ont pris leurs distances à l'égard du Liban, d'autre part, nombre de nos partenaires estiment donner déjà beaucoup pour le Liban et ne sont pas nécessairement prêts à faire un effort supplémentaire.

L'action bilatérale que nous devons en tout cas poursuivre est d'obtenir la relance du don par l'Arabie saoudite de 3 milliards d'euros d'équipements français à l'armée libanaise. Pour l'essentiel, c'est maintenant une affaire saoudo-libanaise, l'Arabie saoudite voulant être rassurée sur les orientations politiques du Liban avant de renouveler son soutien. Pour ce qui nous concerne, nous continuons d'honorer notre part du contrat DONAS et souhaitons que, le moment venu, un geste soit fait pour soutenir l'armée libanaise qui consent de grands efforts dans la lutte contre le terrorisme et pour assurer la sécurité sur l'ensemble du territoire.

Parce que nous avons une place privilégiée au Liban, il nous faut aussi renouveler notre aide bilatérale et démontrer ainsi que l'amitié franco-libanaise n'est pas seulement un héritage liés à une histoire et à des affinités anciennes mais est aussi une opportunité pour l'avenir. Nous devons renouveler l'offre française dans les domaines de l'éducation, de l'économie, de l'innovation, de la culture pour entretenir chez les jeunes une préférence spontanée pour la France qui est toujours celle de la plupart des Libanais.

(Interventions des parlementaires)

La présidence du Liban est restée vacante pendant 2,5 ans parce que le parlement a été bloqué par ceux-là même qui voulaient l'élection du général Aoun. Faute de quorum, les députés n'ont pas pu voter jusqu'à ce que M. Saad Hariri décide d'apporter ses voix à Michel Aoun pour la simple et bonne raison qu'il n'avait pas d'autre option, comme l'impossibilité d'élire un président de consensus ou même un autre candidat issu du 8 mars, en l'occurrence Sleiman Frangié, l'ont montré. En apportant ses voix à Michel Aoun, M. Saad Hariri a obtenu ce qu'il demandait, c'est à dire sa nomination à la présidence du conseil des ministres. Et il faut dire que leur entente offre aujourd'hui une opportunité de restaurer le fonctionnement normal des institutions, ce qui est bien l'intérêt commun des Libanais et le plus important dans cette affaire.

M. Saad Hariri s'est assur√© que les Saoudiens pouvaient accepter l'√©lection de Michel Aoun. Ils lui ont donn√© leur feu vert en d√©pit de leur pr√©vention √† son √©gard et de la m√©fiance que leur inspire son alliance avec le Hezbollah. Je ne crois pas que l'Arabie ait ainsi c√©d√© √† l'Iran et se soit r√©sign√©e √† perdre le Liban. Je crois au contraire qu'elle a accept√© l'id√©e que Michel Aoun pourrait s'entendre avec Saad Hariri pour mod√©rer l'influence du Hezbollah au Liban. Il est d'ailleurs remarquable que le roi Salman ait appel√© Michel Aoun pour le f√©liciter de son √©lection et ait d√©p√™ch√© le gouverneur de La Mecque, le prince Khaled Al Faysal, √† Beyrouth pour lui transmettre une invitation en Arabie. Il n'est pas moins remarquable que le pr√©sident Aoun ait signal√© son intention d'y effectuer sa premi√®re visite √† l'√©tranger, sans doute en janvier 2017, sans que cela suscite de pol√©mique au Liban. Pour autant, l'Arabie n'a pas d√©cid√© - en tout cas pas encore - de r√©investir au Liban. Sans doute attend-t-elle de voir comment la situation √©volue. Et elle sait aussi que les rapports de force n'ont pas chang√© apr√®s l'√©lection de Michel Aoun. Le Hezbollah reste dominant. C'est un fait. Mais il y a clairement une tentative de l'Arabie et d'autres pays - le Qatar, l'√Čgypte et la Jordanie ont aussi invit√© Michel Aoun - de ¬ęgarder le Liban dans le camp arabe¬Ľ comme disent les adversaires de l'Iran.

Les Libanais ont collectivement intérêt à équilibrer leurs relations avec l'Arabie et l'Iran. Ils ne peuvent être dans le camp de l'un ou de l'autre sans prendre de graves risques compte tenu de leurs divisions internes. Y parviendront-ils ? On le verra au cours des prochaines semaines. Comme le souligne Saad Hariri avec humour, il n'y a qu'au Liban que sunnites et chiites dialoguent aujourd'hui. Chaque semaine, les représentants du Courant du futur rencontrent ceux du Hezbollah, non pas pour se mettre d'accord sur tout mais pour réduire les tensions et préserver l'essentiel : sécurité et stabilité.

S'agissant des r√©fugi√©s, le chiffre de 1,2 million reste une estimation. Jusqu'√† ce que le gouvernement libanais lui demande de ne plus les enregistrer √† l'√©t√© 2015, le Haut-commissariat des Nations unies pour les r√©fugi√©s (HCR) en avait recens√© un million. La plupart sont des gens tr√®s modestes - souvent des ouvriers qui travaillaient au Liban avant la guerre et y ont fait venir leur famille puis se sont dispers√©s sur l'ensemble du territoire. Il y a moins d'arriv√©es √† pr√©sent mais le HCR ne constate encore aucun retour en Syrie o√Ļ rien n'est pr√©vu pour prendre en charge les r√©fugi√©s, o√Ļ ceux-ci craignent pour leur s√©curit√© et o√Ļ ils ne sont pas n√©cessairement bienvenus. Les r√©fugi√©s sont aujourd'hui tr√®s vuln√©rables au Liban, sans ressources et tr√®s d√©pendants de l'aide internationale comme des conditions que leur offrent des communaut√©s d'accueil, qui sont elles-m√™mes souvent pauvres et en difficult√©.

L'√©conomie libanaise souffre. Un effort de relance est indispensable. Avant la guerre en Syrie, la croissance du produit int√©rieur brut (PIB) √©tait de presque 10% par an, aliment√©e notamment par le secteur immobilier et le tourisme. Et il y avait aussi une petite production agricole et industrielle qui pouvait √™tre export√©e par la Syrie, vers le Golfe, l'√Čgypte et la Turquie. La fermeture des fronti√®res et l'h√©sitation des touristes du Golfe √† venir au Liban ont aggrav√© la crise √©conomique. Les piliers de l'√©conomie restent n√©anmoins les m√™mes. Le pr√©sident Poniatowski les a mentionn√©s : la banque, le tourisme... Si les transferts d'argent sont en diminution du fait notamment de difficult√©s √©conomiques li√©es √† la chute des cours du p√©trole dans le Golfe et en Afrique, le secteur bancaire libanais demeure solide car les Libanais de l'√©tranger lui font confiance. En poste depuis 20 ans, le gouverneur de la Banque du Liban, M.¬†Riad Salam√©, pratique une ing√©nierie financi√®re qui lui permet de maintenir l'√©difice. Sa recette est assez simple et consiste dans le versement d'int√©r√™ts √©lev√©s : les d√©p√īts sont r√©mun√©r√©s √† hauteur de 6 ou 7% et sont attractifs pour la diaspora libanaise. Mais cela a un co√Ľt important et il faudra bien que le pays trouve enfin des relais de croissance.

Malgré une réelle fragilité économique, il y a quelques raisons d'espérer : les pays arabes du Golfe semblent pouvoir autoriser de nouveau leurs ressortissants à se rendre au Liban, le gouvernement veut relancer les travaux d'infrastructures, les entreprises se projettent déjà vers la reconstruction de la Syrie.

J'en viens au leadership de la France. Le fait que notre pays s'int√©resse plus que d'autres au Liban lui permet d'agir et d'√™tre entendu des acteurs locaux comme des pays qui ont une influence sur place. Nous jouons bel et bien un r√īle de premier plan qui n'est pas contest√©. Avons-nous pour autant la capacit√© de changer la donne avec nos seules forces ? La r√©ponse est n√©gative. Mais nous sommes capables de rassembler et de catalyser les efforts internationaux en faveur du Liban. Cela √©tant, il ne faut pas se faire d'illusions : c'est aussi une question de moyens. Or d'autres investissent aujourd'hui davantage que nous au Liban, que ce soit dans le domaine de la s√©curit√©, du soutien humanitaire ou de l'influence culturelle. Et vous avez raison, monsieur le pr√©sident, de mentionner un point tr√®s important : il y a aujourd'hui une prime aux acteurs r√©gionaux, notamment l'Arabie Saoudite et l'Iran, qui ont chacun un agenda particulier au Liban. Mais nous gardons un statut et donc un r√īle tr√®s particulier.

Le Hezbollah, comme je l'ai indiqu√©, est un parti dominant mais pas h√©g√©monique. Le Hezbollah est le seul parti en armes mais ne d√©tient pas toutes les clefs. C'est un grand acteur politique, qui repr√©sente l'essentiel des int√©r√™ts chiites dans le pays, mais ne peut contr√īler seul le pays. Comme tout le monde au Liban, il a besoin d'avoir des alli√©s et de participer √† des compromis. Toutefois, le Hezbollah est aussi une projection de la puissance iranienne au Liban et dans la r√©gion comme en t√©moigne son engagement militaire en Syrie. Et cela pose probl√®me √† de nombreux Libanais m√™me si la mont√©e des groupes djihadistes a pu en convaincre certains que le Hezbollah √©tait en premi√®re ligne pour les d√©fendre.

Pour ce qui est de la francophonie, elle n'est sans doute plus ce qu'elle √©tait mais reste bien vivante. Elle fait partie de l'identit√© de nombreux Libanais qui y sont donc tr√®s attach√©s. Et je crois que cette francophonie a un bel avenir. Les √©tudiants libanais sont ainsi 5.000 dans notre pays. Nous restons leur premi√®re destination √† l'√©tranger. Nous sommes par ailleurs tr√®s pr√©sents au Liban avec 41 √©coles homologu√©es qui scolarisent 57.000 √©l√®ves. C'est consid√©rable. √Ä cela s'ajoutent les √©coles publiques et priv√©es - 650.000 √©l√®ves - qui suivent le programme libanais en fran√ßais et que nous aidons aussi. Mais nous devons faire un effort d'imagination, renouveler l'offre fran√ßaise et d√©montrer qu'elle est pertinente pour les jeunes g√©n√©rations. C'est dans cet esprit que nous avons inaugur√© r√©cemment notre incubateur de start-up √† l'√Čcole sup√©rieure des affaires, qui est une tr√®s belle r√©ussite fran√ßaise √† Beyrouth, qui permet d'attirer des √©tudiants de toute la r√©gion avec le soutien de la chambre de commerce et d'industrie d'Ile-de-France et de nos meilleures √©coles de commerce. Gr√Ęce √† cet incubateur, nous avons v√©rifi√© notre capacit√© √† faire venir √† nous de jeunes Libanais qui n'√©taient pas n√©cessairement francophones ou francophiles par tradition et √† qui nous avons pu d√©montrer l'opportunit√© de travailler avec nous. C'est tr√®s important pour l'avenir.

Bref, notre ambition doit être de poursuivre la belle histoire des relations franco-libanaise en démontrant qu'elles restent pertinentes et mutuellement avantageuses dans tous les domaines. Nous avons un acquis extraordinaire au Liban que nous avons encore les moyens de valoriser./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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