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Déclarations officielles de politique étrangère du 21 septembre 2017


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole adjoint - R√©publique tch√®que/Entretien de Mme Nathalie Loiseau avec M. Ales Chmelar, secr√©taire d'√Čtat tch√®que aux affaires europ√©ennes - Ukraine - Espagne (Paris, 21/09/2017)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a fait la déclaration et répondu aux questions suivantes :

1 - R√©publique tch√®que - Entretien de Mme Nathalie Loiseau avec M. Ales Chmelar, secr√©taire d'√Čtat tch√®que aux affaires europ√©ennes (Paris, 21 septembre 2017)

Mme Nathalie Loiseau, ministre chargée des affaires européennes, reçoit aujourd'hui son homologue tchèque, M. Ales Chmelar.

Ils évoqueront l'avenir de l'Union européenne, en particulier la mise en place d'une Europe qui protège mieux ses citoyens, conformément aux appels lancés par le président de la République et le président de la Commission européenne, M. Jean-Claude Juncker.

Les ministres échangeront sur les grandes questions d'actualité européenne, dont la révision de la directive relative au détachement des travailleurs.

Ils feront également le point sur la relation franco-tchèque, dans la perspective du renouvellement du plan d'action de notre partenariat stratégique.

2 - Ukraine

Q - Une ¬ęrepr√©sentation¬Ľ de la R√©publique autoproclam√©e de Donetsk doit √™tre inaugur√©e le 25 septembre √† Marseille. Dans quelle mesure une telle repr√©sentation est-elle l√©gale sachant que cette entit√© n'est pas reconnue par la France ? Le Quai d'Orsay peut-il et va-t-il demander sa fermeture ?

R - L'entit√© √† laquelle vous vous r√©f√©rez (dite ¬ęcentre de repr√©sentation en France de la R√©publique populaire de Donetsk¬Ľ) est enregistr√©e en tant qu'association au titre de la loi de 1901, ce qui ne n√©cessite pas d'autorisation pr√©alable. Les autorit√©s fran√ßaises n'accordent aucune reconnaissance officielle √† cette association, qui ne dispose pas d'un statut diplomatique et ne saurait b√©n√©ficier des privil√®ges et immunit√©s associ√©s.

Notre position est constante : la France est attach√©e √† l'int√©grit√© territoriale de l'Ukraine dans ses fronti√®res internationalement reconnues et au plein r√©tablissement de sa souverainet√© ; elle ne reconna√ģt pas les entit√©s s√©paratistes de certaines zones des r√©gions de Donetsk et de Louhansk, avec lesquelles nous n'avons pas de relations.

Estimant que l'objet de l'association est illicite, le ministère de l'Europe et des affaires étrangères a par conséquent transmis des éléments au procureur de la République.

La France est engag√©e, aux c√īt√©s de l'Allemagne, dans le cadre du format ¬ęNormandie¬Ľ pour trouver une solution politique pacifique et durable √† la crise.

3 - Espagne

Q - Le ministère de l'Europe et des affaires étrangères a-t-il reçu un courrier de la délégation de la Catalogne à Paris concernant la déclaration institutionnelle du président catalan, Carles Puigdemont ? Si c'est le cas, quelle est la réaction du ministère ?

R - Nous n'avons pas reçu à ce stade le courrier auquel vous faites référence.

Sur le fond, comme nous l'avons déjà indiqué le 9 juin dernier, cette question relève de la politique intérieure de l'Espagne, dans laquelle la France n'a pas vocation à s'immiscer. Elle doit être réglée dans le respect du cadre constitutionnel espagnol.

Les peuples fran√ßais et espagnol sont unis par des liens de proximit√© particuli√®rement anciens et √©troits. La France et l'Espagne, pays alli√©s et amis, entretiennent depuis de nombreuses ann√©es une coop√©ration d'une densit√© et d'une qualit√© exceptionnelles, notamment dans le domaine prioritaire de la s√©curit√© int√©rieure. √Ä l'heure o√Ļ l'esprit d'unit√© et de solidarit√© doit plus que jamais nous guider dans la relance du projet europ√©en, les autorit√©s fran√ßaises rappellent leur attachement √† une Espagne forte et unie./.

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2. 72√®me Assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies - Lutte contre le terrorisme - Cybers√©curit√© - Num√©rique - Discours de M. Emmanuel Macron, pr√©sident de la R√©publique (New York, 20/09/2017)

Madame la Première Ministre, Chère Theresa,

Monsieur le Président du Conseil, Cher Paolo,

Cher Ken Walker,

Mesdames et Messieurs,

Ce que Theresa May vient de dire, je peux y souscrire totalement et en effet suite en particulier aux attentats que la Grande-Bretagne a eu à subir, l'initiative prise à Taormina, sous la présidence italienne du G7, puis l'initiative prise dans la déclaration commune franco-britannique étendue ensuite à nos partenaires européens, ont marqué cette volonté collective que nous avons d'avancer vers un agenda d'une plus grande et plus efficace lutte contre la propagande terroriste sur Internet.

De quoi s'agit-il ? La Première ministre vient de le rappeler, de notre efficacité collective à protéger nos citoyens. Et il s'agit d'un défi que nous partageons, gouvernement et opérateurs de l'Internet, il ne faut pas se tromper, si dans le monde actuel, avec les technologies de communication contemporaine, nous n'avons plus la possibilité, nous gouvernements, de garantir la protection de nos concitoyens face à ce qui les met en danger, à ceux qui tuent nos enfants alors soit nous changeons de civilisation, soit nous irons vers des règles beaucoup plus dures.

Et on a déjà perdu sur ce sujet, beaucoup de temps parce que pendant trop longtemps certaines ou certains ont pu croire que cela n'était la charge que des gouvernements de protéger nos concitoyens. Et il faut bien le dire, le monde de l'Internet est une formidable opportunité qui révolutionne notre imaginaire, qui nous permet d'être plus efficace, qui crée un nouveau continent d'opportunités, mais il y a aussi malheureusement le pire qui s'y joue. Et donc la question, c'est comment collectivement, nous prenons nos responsabilités pour que le pire ne s'y joue plus.

A ce titre la déclaration d'aujourd'hui est une étape, est-ce une étape suffisante ? Non. Est-ce une étape satisfaisante ? En un sens, puisqu'elle améliore la situation dans laquelle nous étions. Est-ce qu'elle appelle d'autres rendez-vous et d'autres progrès ? Résolument oui. Parce que si nous ne savons pas faire des progrès sous cette forme, nous devrons les faire sous d'autres formes, sous la pression des événements et nous le ferons par de la législation, or nous pensons collectivement qu'il est plus intelligent de procéder comme nous sommes en train de le faire aujourd'hui.

Premier effort, première direction qui est adoptée par cette déclaration et l'approche que nous avons collectivement depuis plusieurs semaines, c'est le retrait des contenus faisant l'apologie du terrorisme et appelant à la violence. La rapidité de détection et de retrait des contenus à caractère potentiellement terroriste ou haineux progresse. La Première ministre vient de le rappeler, chaque heure compte, chaque heure parce que ce sont des jeunes ou des moins jeunes qui ont accès à cette propagande, qui peuvent d'un seul coup basculer dans des situations de très grande fragilité, nous le savons, cela a été documenté.

Tous les contenus ne sont pas identifi√©s et je ne m√©sestime pas la difficult√© d'identifier un contenu proprement terroriste. Les sc√®nes les plus brutales et les plus violentes le sont ais√©ment mais il y a des discours qui sont plus insidieux et il nous faut donc travailler encore davantage pour mieux les identifier. De plus les contenus retir√©s peuvent r√©appara√ģtre et certains contenus ne sont m√™me pas retir√©s compte tenu de la difficult√© de les d√©tecter.

Et face √† une arm√©e moderne de terroristes qui utilisent des modes d'actions asym√©triques, les Etats comme les entreprises doivent adapter leur strat√©gie. D'abord, il me semble que les grandes entreprises repr√©sent√©es ici se sont engag√©es dans la d√©claration commune que nous allons publier √† accro√ģtre les moyens consacr√©s au retrait des contenus. C'est un engagement n√©cessaire que je veux ici saluer. Nous avons besoin de plus d'investissement dans la recherche, plus de moyens humains, plus d'automaticit√© pour parvenir √† des retraits rapides, d√©finitifs et complets.

Il est ensuite nécessaire que les efforts consentis par les grandes entreprises pour identifier et retirer les contenus illicites profitent aussi aux plus petites entreprises, pour que ces contenus ne réapparaissent pas sur des réseaux sociaux moins connus et ne suivent des voies parallèles. Je note aussi qu'avec son projet Redirect, l'une des entreprises du forum prend en compte un risque particulier, celui de l'enfermement algorithmique, c'est-à-dire le risque qu'un individu surfant sur le Net ne soit exposé qu'à des contenus qui le renforce dans sa radicalisation. C'est une démarche absolument essentielle, je pense qu'à ce titre la déclaration n'est pas suffisamment précise et qu'il est indispensable que l'ensemble des opérateurs puissent avancer dans le sens de cet effort.

Il doit donc être poursuivi, développé pour proposer à la personne en voie de radicalisation des contenus susceptibles, bien au contraire de l'inciter au doute, au questionnement. Nous devons collectivement avoir une stratégie qui est adaptée à nos finalités profondes, qui est de ramener ces personnes en voie de radicalisation ou en fragilité vers le sens commun.

Nous devons maintenant nous fixer un premier objectif ambitieux mais nullement inatteignable, celui de retirer les contenus de propagande moins d'une heure après leur mise en ligne. C'est dans la première heure que tout se joue, en une heure le contenu doit être identifié, analysé et retiré afin de limiter les possibilités de rediffusions massives. Notre expérience démontre que c'est possible et je souhaite vivement que nos équipes à tous trois, comme tous les membres d'équipes ici représentées puissent travailler avec les opérateurs de manière précise, concrète et en prenant des engagements durables.

Sur l'incitation à la haine raciale ou religieuse, il faut aussi que nous progressions plus rapidement, des engagements ont été pris au niveau européen avec les entreprises dans le cadre du code de conduite pour lutter contre les discours haineux illégaux diffusés en ligne. Nous l'avons déjà dit si nous n'arrivons pas à obtenir des résultats tangibles, alors il nous reviendra de légiférer et de mettre en place des règles plus contraignantes, parce que nous n'avons pas le choix, parce que c'est notre responsabilité vis-à-vis de nos concitoyens, parce qu'à mes yeux c'est la responsabilité de toutes celles et ceux qui sont assis dans cette salle.

Le deuxi√®me axe fort de notre effort doit porter sur le discours de la soci√©t√© civile et c'est un sujet sur lequel, en particulier la Premi√®re ministre s'est engag√©e d√®s le d√©but et je veux ici saluer son leadership. Le message anti-terrorisme ne doit pas √™tre port√© uniquement par les Etats et nombre d'autres acteurs le font d√©j√†. De tr√®s nombreux projets men√©s par la soci√©t√© civile ont ainsi entrepris de diffuser sur Internet un discours qui d√©nonce celui des groupes terroristes, un discours fond√© sur des faits, sur nos valeurs humanistes, sur une lecture √©clair√©e de la religion. Et notre r√īle collectivement c'est d'aider ces voix ind√©pendantes √† √™tre entendues, qu'il s'agisse de personnalit√©s morales, de leaders religieux, de jeunes parlant √† leur p√®re, nous ne devons pas interf√©rer avec le contenu ou la forme de ce discours alternatif, mais nous pouvons en revanche lui permettre d'avoir acc√®s au plus grand nombre. Cette contre-propagande est absolument essentielle parce qu'une partie des batailles que gagnent les djihadistes se fait sur l'imaginaire, sur leur capacit√© √† proposer justement des h√©ros, √† proposer des histoires dans lesquelles se retrouvent nos jeunes ou nos moins jeunes.

Nous devons donc faire émerger cette contre-propagande avec un discours qui n'est pas un discours officiel que les gouvernements ont à émettre, mais qui diffusé par les opérateurs permettra de proposer des modèles positifs et un imaginaire positif cohérent avec nos valeurs. D'importantes initiatives ont été prises, mais j'appelle les grandes entreprises représentées ici à développer encore leur action pour soutenir les acteurs de la société civile dans la diffusion d'une réponse crédible et légitime à la propagande des groupes terroristes.

Je souhaite donc, Chers Amis, que nous puissions √† partir d'aujourd'hui, continuer √† travailler concr√®tement pour aller plus loin pour que les engagements indispensables que j'ai rappel√©s et que nous avions √† un moment cru possibles √† plus court terme puissent se concr√©tiser dans les meilleurs d√©lais, que des engagements suppl√©mentaires soient pris, que nous puissions ensemble aussi √©laborer des listes publiques d'op√©rateurs qui d√©cident de s'engager dans cette ligne, parce que nous devons maintenant aller vers une politique de name and shame sur ce sujet si vous m'autorisez cet anglicisme. On doit valoriser les op√©rateurs qui d√©cident de jouer le jeu et en creux, d√©noncer les op√©rateurs qui d√©cident de ne pas jouer le jeu parce que dans cette bataille contre la propagande terroriste, il n'y a pas trois camps, il n'y en a que deux. Il y a celles et ceux qui se battent pour nos valeurs, la libert√© et la s√©curit√© de nos concitoyens et il y a ceux qui d√©cident de fait de faire le jeu des terroristes. Il faut choisir son camp, l'ambigu√Įt√© ne fait que l'affaire d'un des deux. Merci pour votre attention./.

(Source : service de presse de la présidence de la République

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3. 72√®me Assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies - √Čducation - D√©veloppement - Discours de M. Emmanuel Macron, pr√©sident de la R√©publique, lors de la r√©union ¬ęFinancer l'avenir, l'√©ducation pour tous¬Ľ (New York, 20/09/2017)

Merci, Monsieur le Secrétaire général, Cher Gordon Brown,

Mesdames et Messieurs les Chefs d'√Čtat et de gouvernement,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Chers Amis,

Le Secr√©taire g√©n√©ral vient de tr√®s bien r√©sumer la situation une fois encore, les d√©fis qui sont les n√ītres sont multiples mais l'√©ducation est un sujet mondial par-dessus tout parce que quels que soient les pays qui nous r√©unissent, quelles que soient les aires linguistiques qui sont les n√ītres, si nous voulons relever les d√©fis de la mondialisation contemporaine nous ne le ferons que par l'√©ducation. Et si je puis me permettre cette remarque pour commencer, j'en suis d'autant plus convaincu que dans le projet de transformation que nous conduisons pour la France l'√©ducation fait partie du socle fondamental, nous sommes en train tr√®s profond√©ment de transformer notre √©ducation, de r√©investir et de r√©organiser les choses avec le ministre qui aujourd'hui m'accompagne.

Le sujet de l'éducation dans le monde, Monsieur le Secrétaire général, vous l'avez dit, c'est celui que nous souhaitons porter avec le président Macky Sall parce que c'est une cause qui nous permettra, je suis profondément convaincu et à plusieurs reprises Erna Solberg l'a dit, qui est profondément engagée sur ce sujet, de relever chacun de ces défis. Celui de la transformation numérique, celui de la transformation climatique, celui du défi du développement et de prévenir les phénomènes mondiaux que nous ne traitons que par les conséquences. Et quand on parle des grandes migrations, quand on parle du terrorisme, quand on parle des déstabilisations contemporaines dont nous sommes les victimes, l'éducation est une des réponses qui s'attaque aux causes profondes.

Vous l'avez parfaitement décrit pour ce qui est de votre pays et de votre cas et je veux ici vous saluer, vous l'avez dit, la seule chose que craignent ceux qui veulent affaiblir, appauvrir, la seule chose que craignent par-dessus tout les terroristes dans le monde qui nous entoure c'est que les gens, c'est que l'ensemble de nos concitoyens soient éduqués.

La pauvret√© continue √† grandir partout o√Ļ on ne donne pas l'autonomie √† des jeunes gens pour construire leur propre destin, partout o√Ļ on ne forme pas pour pouvoir apprendre √† se d√©velopper et √† construire tout au long de la vie. La violence s'installe partout o√Ļ on peut faire des femmes et des hommes des bombes humaines parce que l'obscurantisme l'a emport√© sur l'√©ducation.

Nous passons beaucoup de temps, beaucoup d'énergie, beaucoup d'argent à régler les problèmes de ce monde et les grandes crises mais l'éducation c'est ce qui - parmi les réponses qui sont à notre portée - permet de les régler bien plus que les autres. Lorsqu'une jeunesse est éduquée, lorsque tout au long de la vie on continue à apprendre alors on ne cède en rien à ces facilités du temps présent, à ces déséquilibres et on résiste.

C'est pourquoi l'objectif de ces initiatives c'est bien d'abord de focaliser notre effort sur les r√©gions qui sont les plus en difficult√©, qui sont frapp√©es par les crises, les guerres ou l'extr√™me pauvret√©. C'est l√† o√Ļ l'√©ducation joue un r√īle absolument fondamental, c'est l√† o√Ļ l'√©ducation permet justement de donner de l'autonomie, de construire de l'activit√©, de trouver pour chacune et chacun sa place dans la soci√©t√©, c'est ce qui enraye la fatalit√© de la pauvret√© et de l'appauvrissement. C'est exactement ce que nous avons voulu retenir √† quelques-uns dans l'Alliance pour le Sahel que nous avons lanc√©e en soutien aux pays membres du G5 Sahel avec l'Allemagne, le PNUD, la banque mondiale, l'Union europ√©enne et la banque africaine de d√©veloppement. L'√©ducation sera l'un des piliers justement de cette initiative avec la scolarisation de quatre millions d'enfants. Nous continuerons partout o√Ļ il y a des conflits, partout o√Ļ il y a l'appauvrissement qui s'est install√© √† d√©velopper des initiatives d'√©ducation parce que c'est ce qui permet de l'enrayer mais c'est ce qui permet aussi de conduire √† des transitions d√©mographiques, √† des transformations de comportement et √† l'autonomie des femmes et des hommes.

La deuxi√®me priorit√©, et je rejoins ici le Secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies, c'est en particulier l'√©ducation des filles parce que l'in√©galit√© entre les hommes et les femmes c'est bien souvent l'injustice au carr√©. Partout o√Ļ il y a des conflits ou des continents, des r√©gions enti√®res sont en train de d√©crocher, o√Ļ la grande pauvret√© s'est install√©e, o√Ļ le terrorisme se construit et o√Ļ les pires projets se d√©veloppent on explique que l'√©galit√© entre les hommes et les femmes est une valeur relative. Si nous acceptons cela nous c√©dons sur ce qui est fondamental et ce qui nous unit, l'un des ciments des Nations unies, c'est-√†-dire l'universalit√© de ces valeurs qui sont les n√ītres.

Et aujourd'hui l'√©ducation des jeunes filles est un d√©fi fondamental parce que c'est ce qui permet de lutter contre les mariages forc√©s partout o√Ļ c'est impos√©, de lutter contre une d√©mographie subie, ce terme je l'assume, il a pu choquer certains, mais il y a des r√©gions enti√®res quand la pauvret√© s'est install√©e o√Ļ la crise d√©mographique est l√† aussi, qui pr√©pare les migrations de demain et d'apr√®s-demain et se nourrit de l'absence d'√©ducation des jeunes filles. Et d'ailleurs elle est l√©gitimement construite par celles et ceux qui ne veulent pas l'√©mancipation des jeunes filles et des femmes, c'est qu'ils savent que la pire des armes contre eux ce serait l'√©ducation qu'on leur donnerait.

Le troisième objectif que nous devons poursuivre c'est en effet dans toutes nos sociétés de repenser la structure de notre éducation pour en faire, d'abord, une éducation fondamentale qui enseigne les savoirs fondamentaux, le comportement et qui forme votre génération qui est là devant nous, c'est-à-dire des jeunes femmes, des jeunes hommes qui auront à devenir capables, autonomes, qui se feront leur jugement, qui décideront ou pas leur vie.

Notre éducation aujourd'hui doit relever un autre défi, c'est que nous allons tous et toutes être formés tout au long de notre vie parce que nos sociétés doivent aujourd'hui absorber des transformations technologiques, des chocs profonds qui font que cette idée dans laquelle beaucoup ont vécu jusqu'ici, qu'on serait formé pour toute la vie à 20 ans ou 25 ans, est révolue, elle n'a plus cours ! Parce qu'à 40, 45 ans, 50 ans nous aurons une transformation profonde du monde qui nous entoure, de notre activité, des secteurs d'activité porteurs d'avenir, et notre éducation, au niveau mondial, doit aussi embrasser ce défi et savoir le relever.

C'est pourquoi je considère que l'investissement dans l'éducation est une priorité, une priorité en tout cas que la France veut faire sienne dans son propre agenda. C'est une dimension centrale dans l'agenda 2030 pour le développement durable. L'éducation tous niveaux confondus représente aujourd'hui 15% de l'aide publique au développement de la France, nous devons là aussi faire davantage, en part et en valeur absolue. Et c'est pourquoi nous souhaitons nous appuyer sur une riche collaboration avec les agences des Nations unies ici présentes et que je salue ainsi qu'avec le Partenariat mondial pour l'éducation dont je souhaite souligner la pertinence et l'efficacité. Le partenariat est un catalyseur dans le secteur qu'aucune autre organisation ne peut générer à ce stade.

620 millions d'enfants suppl√©mentaires d'√Ęge primaire devront √™tre scolaris√©s d'ici √† 2030, dont 450 millions en Afrique subsaharienne et le manque de financement pour atteindre l'objectif du d√©veloppement durable consacr√© √† l'√©ducation est d'ores et d√©j√† de 39 milliards de dollars annuels. √Ä cet √©gard, je veux saluer le travail de la commission √©ducation que pr√©side Gordon Brown. Les √Čtats partenaires doivent accro√ģtre leurs financements nationaux et les bailleurs leurs engagements dans ce secteur. Il nous appartient donc de garantir l'acc√®s √† une √©ducation de qualit√© pour tous et c'est pourquoi je m'engagerai aux c√īt√©s du S√©n√©gal en 2018 pour mobiliser l'ensemble de la communaut√© internationale en faveur d'un effort accru pour financer le d√©veloppement de syst√®mes √©ducatifs p√©rennes et r√©silients.

Le président Macky Sall et moi-même avons ensemble de grandes ambitions, mobiliser 3,1 milliards de dollars sur trois ans de 2018 à 2020 et je compte sur vous, partenaires européens, membres du G7 et du G20 et plus largement sur tous les pays et les acteurs de la société civile y compris les fondations, les entreprises qui sont prêts ou qui seront prêts dans les mois à venir à s'engager pour l'éducation.

Mais je souhaite √©galement que lors de cette conf√©rence nous puissions adopter de nouvelles m√©thodes, c'est-√†-dire afficher nos priorit√©s et √©valuer, l√† aussi rendre compte. √Čvaluer les besoins parce qu'ils changent chaque ann√©e et √©valuer nos propres r√©alisations parce qu'on ne peut pas se contenter de mettre simplement des chiffres ou des montants face √† ce d√©fi, c'est un travail au quotidien qui impose une responsabilit√© de notre part √† tous.

Je laisserai le pr√©sident Macky Sall le soin de vous faire part du projet qui t√©moigne de notre engagement conjoint en faveur de cette humanit√© plus solidaire mais ce d√©fi pour l'√©ducation, vous l'avez compris, est √† mes yeux l'une des batailles fondamentales de nos soci√©t√©s, c'est ce qui nous permettra de relever pour partie presque tous les d√©fis qui sont aujourd'hui les n√ītres. Mais c'est surtout le devoir moral que nous vous devons √† vous nouvelles g√©n√©rations, c'est que c'est parce que nous aurons fait ce choix, cet investissement, pris ces d√©cisions que vous aurez la possibilit√© dans 10 ans, 15 ans, 20 ans, 30 ans √† notre place d'avoir ce luxe de choisir votre destin. Nous avons encore ce luxe aujourd'hui, il y a trop de r√©gions sur notre plan√®te qui ne l'ont plus et elles ne l'ont plus parce que l'√©ducation n'est plus l√†. Alors ce que nous vous devons, cela n'est pas de vous dire quel destin vous aurez ou le choisir pour vous, mais c'est de tout faire pour que vous puissiez le choisir vous-m√™me.

Je vous remercie./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

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4. 72√®me Assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies - D√©bat ouvert de haut niveau du conseil de s√©curit√© des Nations unies sur le maintien de la paix - Intervention de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res (New York, 20/09/2017)

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Président de la Commission de l'Union africaine,

Chers Collègues,

Permettez-moi d'abord de vous remercier, Monsieur le Premier Ministre, pour avoir organis√© ce d√©bat, sur un sujet dont vous savez combien il est cher √† mon pays. Le th√®me de la r√©forme du maintien de la paix r√©pond √† une double exigence qui n'a jamais paru si importante : une exigence de r√©sultats, r√©pondre √† la complexit√© croissante des crises et aux attentes de populations, et une exigence de moyens, dans un monde aux ressources limit√©es et o√Ļ l'efficacit√© n'est plus une possibilit√© mais un imp√©ratif. Cette double exigence nous la retrouvons dans tous les domaines de l'action publique. Mais la Charte des Nations unies nous a confi√© une responsabilit√© unique : pr√©server la paix et la s√©curit√© internationales.

Cette responsabilit√© unique cr√©e des attentes qui sont immenses. Cette responsabilit√© nous engage, et nous engage √† nous interroger sans rel√Ęche sur nos modes d'action, sur notre capacit√© √† r√©pondre aux crises, sur nos r√©ussites, car il y en a, mais aussi sur nos limites. Je ne veux pas ici tomber dans la critique facile d'un maintien de la paix qui serait inutile, inefficace et trop co√Ľteux. Car nous ne devons pas n√©gliger les progr√®s significatifs qui ont √©t√© accomplis ces derni√®res ann√©es et nous ne devons pas oublier cette r√©alit√© selon laquelle les op√©rations de maintien de la paix des Nations unies sont souvent la seule garantie d'un minimum de s√©curit√© et d'un minimum de protection des populations. Et je veux ici rendre hommage aux 120.000 militaires, policiers et civils, qui sont d√©ploy√©s √† travers le monde, sur des th√©√Ętres difficiles, et qui, chaque jour, en notre nom, sont des messagers et des acteurs de paix.

Mais nous devons aussi entendre les critiques. Nous ne devons pas les sous-estimer. Au contraire, elles doivent √™tre notre boussole pour chercher sans cesse de meilleures r√©ponses. Et c'est ce travail de critique constructive qui doit nous permettre d'avancer vers un maintien de la paix plus efficace, de renforcer ce que nous pouvons faire mieux, de changer ce que nous pouvons faire autrement et de cesser ce que nous ne savons pas faire. En particulier, il est parfois difficile sur certains th√©√Ętres de concevoir une fin aux op√©rations de maintien de la paix. En R√©publique d√©mocratique du Congo, cela fait 18 ans que la MONUSCO est d√©ploy√©e et que la perspective d'un retrait semble encore lointaine. Au Soudan du Sud, cr√©√©e pour accompagner la naissance du plus jeune √Čtat du monde, la MINUSS est aujourd'hui confront√©e √† une guerre civile et une crise humanitaire sur laquelle elle a peu de prise. Au Mali, d√©ploy√©e pour stabiliser un pays confront√© √† une menace terroriste, la MINUSMA porte le triste record d'op√©ration la plus meurtri√®re des Nations unies. Cette simple √©num√©ration illustre la limite √† laquelle nous sommes parvenus.

Les Nations unies sont devenues la r√©ponse √† tous les maux et on attend d'elles qu'elles g√®rent √† moindre co√Ľt l'int√©gralit√© du spectre de crises : protection des civils, stabilisation, s√©curit√©, justice, r√©insertion, droits de l'Homme, aide humanitaire, accompagnement du processus politique... Et cela n'est plus tenable.

L'autre écueil, c'est celui de la tentation de la substitution. Le maintien de la paix s'est construit en apportant des solutions de l'extérieur. Nous avons pensé qu'en déployant une dizaine de milliers d'hommes en appui d'un accord de paix on réglerait définitivement les conflits. On voit aujourd'hui au Soudan du Sud ou en RDC les limites de cette approche. La présence des soldats du maintien de la paix a beau être massive, elle ne nous garantit plus une capacité à peser de manière sérieuse sur les choix des acteurs d'une crise ou d'un conflit. Fort de ce constat, je pense qu'il est temps de renouveler notre logiciel et d'orienter notre réflexion dans deux directions.

Premi√®rement, renforcer les capacit√©s des √Čtats. C'est ce que l'on appelle aussi la r√©forme du secteur de la s√©curit√©. Et √† force d'en parler sans la faire, ce terme est devenu presque un repoussoir. Pourtant, accompagn√©e d'un processus politique cr√©dible, c'est la cl√© d'une s√©curit√© durable. Et il faut reconna√ģtre que nous n'avons pas r√©ussi dans ce domaine, nous devons poursuivre notre r√©flexion et inventer des r√©ponses nouvelles pour mieux associer et responsabiliser les √Čtats h√ītes et les pays les plus concern√©s dans la prise en charge de leur propre s√©curit√©. Et c'est ce que nous avons souhait√© en soutenant l'initiative du G5 Sahel. Le G5, ce sont cinq √Čtats concern√©s par une menace terroriste et des trafics en tout genre, qui d√©cident de surmonter leurs diff√©rences pour mettre en commun leurs moyens limit√©s, coordonner leurs efforts et mener des actions conjointes. Le G5, c'est aussi des pays parmi les plus pauvres du monde. Ils sont confront√©s √† une menace qui nous concerne tous. Nous avons donc une responsabilit√© collective √† les soutenir. C'est la premi√®re direction : renforcer les capacit√©s des √Čtats.

La deuxi√®me direction : plus largement, nous devons trouver les outils adapt√©s √† l'√©volution des menaces et √† la complexit√© des crises. Le pr√©sident Macky Sall rappelait cet exemple tout √† l'heure. Aujourd'hui au Mali nous sommes face √† un paradoxe. Nous avons d'un c√īt√© la MINUSMA, op√©ration sous Chapitre sept qui b√©n√©ficie de moyens significatifs, mais qui n'a pas un mandat de lutte anti-terroriste pour les raisons que l'on conna√ģt. Et de l'autre, la force conjointe du G5 qui a un mandat de lutte anti-terroriste, mais peu ou pas de moyens et qui doit plaider pour un soutien ad-hoc de ses partenaires, sans garantie, sans visibilit√©. Cette situation n'est pas satisfaisante, et si l'attribution d'un mandat de lutte anti-terrorisme √† la MINUSMA n'est pas la solution, alors c'est une autre architecture √† laquelle nous devons travailler. Par ailleurs, les Nations unies n'ont pas le monopole de la gestion de crises, cela a √©t√© dit √† plusieurs reprises. L'Union europ√©enne, l'Union africaine et ses organisations sous-r√©gionales sont devenues des acteurs majeurs du r√®glement des crises. Nous devons mieux nous appuyer sur la valeur ajout√©e de chacun pour construire une r√©ponse consolid√©e et coordonn√©e. Nous devons r√©inventer l'articulation entre ces outils. Je ne peux que rejoindre l'analyse du Secr√©taire g√©n√©ral et les pistes qu'il a mises en avant lors de son intervention liminaire : chacun doit se recentrer sur son coeur de m√©tier. Et pour cela nous devons trouver le moyen d'accompagner la mont√©e en puissance des partenaires r√©gionaux. Depuis un an, les Nations unies et l'Union africaine ont beaucoup travaill√© et nous pr√©sentent aujourd'hui des options s√©rieuses pour une r√©ponse africaine aux d√©fis s√©curitaires du continent. Certaines questions, dont la question cruciale du financement, restent ouvertes et doivent √™tre affin√©es. J'entends les r√©ticences. J'entends m√™me l'hostilit√© de certains. Mais je suis convaincu pour ma part que c'est cela l'avenir. Je sais le chantier majeur engag√© au sein de l'Union africaine. La France se tiendra pr√™te √† traduire, en lien avec nos partenaires africains, les √©volutions engag√©es au Conseil de s√©curit√©, le moment venu.

Monsieur le Président, soyez assuré du soutien de la France aux efforts que vous avez engagés sur ce thème qui nous rassemble aujourd'hui. La France restera un acteur engagé au service d'un maintien de la paix plus efficace, au service des populations les plus vulnérables./.

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5. 72√®me Assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies - Mali - Sahel - Discours de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res (New York, 20/09/2017)

Mesdames et Messieurs les Ministres, Chers Collègues,

Monsieur le Pr√©sident Ibrahim Boubacar Ke√Įta,

La première chose que je tiens à souligner c'est que, plus de deux ans après la signature de l'accord d'Alger, des avancées notables ont été réalisées l'an passé. Elles ont été rappelées par les uns et par les autres il y a un instant. Le début de l'année 2017 a notamment été marqué par la mise en place des patrouilles mixtes à Gao, dans le cadre du Mécanisme opérationnel conjoint (MOC), et ce malgré un odieux attentat commis le 18 janvier contre le MOC précisément.

Les discussions, certes laborieuses, ont eu lieu et ont permis de mettre en place les autorit√©s int√©rimaires dans les cinq r√©gions du Nord Mali. Les gouverneurs y ont √©t√© nomm√©s, en particulier √† Kidal. Toutes ces mesures seront indispensables pour concr√©tiser le retour de l'√Čtat malien dans l'ensemble du Mali. C'est une priorit√© sans laquelle il ne peut y avoir de stabilit√© dans ce pays et sans laquelle il ne peut y avoir de stabilit√© l√©gitime, ce qui est la garantie de la paix dans la dur√©e. Il y a eu une conf√©rence d'entente nationale en mars-avril dernier qui a permis de renforcer l'appropriation du processus de paix par tous les Maliens.

Certes, il y a eu des tensions autour de Kidal au cours de l'été mais la récente trêve entre les groupes est une nouvelle positive.

Pour autant, nous ne devons pas dissimuler les difficultés et les défis auxquels le Mali doit faire face. Les attaques terroristes sont fréquentes et meurtrières - c'était encore le cas ce matin - et menacent en priorité maintenant les soldats de la paix de la MINUSMA dont je veux aussi saluer l'engagement. Elles menacent également les populations civiles. Elles les instrumentalisent car le terrorisme se nourrit du chaos et des divisions entre les populations.

Par ailleurs, les tensions et les incompréhensions qui demeurent entre les communautés sont aussi une autre source d'inquiétude, dans le Nord mais également désormais dans le centre du Mali, et cela offre un terrain propice à la menace terroriste.

Donc, aujourd'hui, la mobilisation de tous est cruciale pour juguler les velléités de déstabilisation et consolider le processus de paix.

C'est pourquoi la poursuite et l'intensification du dialogue entre les parties est essentielle pour tracer une voie commune vers une paix durable.

√Ä ce titre, la m√©diation internationale et sa pr√©sidence alg√©rienne sont pleinement mobilis√©es pour appuyer les efforts maliens. Il en va de m√™me du repr√©sentant sp√©cial du Secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies, M. Annadif, dont les efforts portent leurs fruits. Je tiens √† saluer le r√īle de tous ces acteurs et leur r√©it√©rer le plein soutien de la France dans cette entreprise.

Je me réjouis aussi, même si cela a été long, de la récente adoption par le conseil de sécurité d'un régime de sanctions contre ceux dont les actions cherchent à entraver les efforts de paix. Cette résolution offre un levier de plus à la disposition de la communauté internationale. Pour parfaire l'ensemble de ce dispositif, il reste encore à nommer un observateur indépendant conformément à ce que prévoit l'Accord de paix.

Donc beaucoup a déjà été fait, beaucoup de choses sont en cours. Mais les chantiers qui restent sont nombreux et il ne faut pas en sous-estimer la complexité : la réforme du secteur de sécurité (RSS) ; le processus de désarmement, démobilisation, réintégration (DDR), la décentralisation. Tous ces efforts devront se mettre en place progressivement mais avec la nécessité d'une vigilance et d'une détermination complète.

Par ailleurs, le pr√©sident Ibrahim Boubacar Ke√Įta en a fait √©tat, √† l'√©chelle r√©gionale, le dispositif de lutte contre les menaces qui frappent le Mali a permis la mise en place progressive de la force conjointe du G5 Sahel. Unanimement approuv√©e par le conseil de s√©curit√© du 21 juin, cette force agira en synergie avec la MINUSMA. La France apportera tout son soutien √† cette force, √† titre bilat√©ral et avec ses partenaires de l'Union europ√©enne. Elle y consacrera d'ailleurs une r√©union minist√©rielle lors de la pr√©sidence du conseil de s√©curit√© le mois prochain.

Je veux dire aussi de manière très claire que notre action antiterroriste restera déterminée, via l'opération Barkhane qui se poursuivra sous cet objectif là, et notre soutien aux missions européennes de renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité maliennes, que ce soit EUTM Mali ou EUCAP Sahel Mali, sera intacte.

Mais l'engagement militaire n'est qu'un aspect de la solution à la crise que traverse la région. Au Mali, comme dans l'ensemble du Sahel, la lutte contre l'insécurité doit aller de pair avec le développement. Et c'est en combinant ces deux piliers que nous pourrons prévenir plus efficacement le terrorisme et le fanatisme. C'est précisément le sens de l'initiative de l'Alliance pour le Sahel lancée, à l'initiative du président Macron, à Paris le 13 juin dernier, par les principaux bailleurs. Elle vise à rendre plus cohérentes et plus efficaces les actions de développement au Sahel et singulièrement au Mali.

Voil√†, Monsieur le Secr√©taire g√©n√©ral adjoint, Monsieur le pr√©sident Ibrahim Boubacar Ke√Įta, les quelques mots que je voulais vous adresser en vous assurant que la France restera mobilis√©e aux c√īt√©s de ses partenaires europ√©ens pour soutenir le Mali et pour soutenir l'ensemble des pays du Sahel.

Merci de votre attention./.

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6. √Čtats-Unis - Francophonie - Discours de M. Emmanuel Macron, pr√©sident de la R√©publique, lors du lancement du fonds bilingue √† l'universit√© de la ville de New York (New York, 20/09/2017)

Je vais peut-être parler en français, à la fois parce que c'est ce qui est attendu du président de la République de la France et aussi parce que je crois que peut-être ici et sur ce sujet plus qu'ailleurs, il est impérieux de voyager entre les deux langues.

C'est difficile de commencer un discours après ce qu'on vient de voir. Alors, je vais vous dire peut-être ce que cela m'a inspiré de manière très directe. C'est un peu tout ce que vous essayez de faire, tout ce que nous essayons de faire et qui fait que le multilinguisme n'est pas remplaçable.

D'abord, parce que l'essentiel de la pièce n'avait pas de mots. Mais surtout parce que ce que ces jeunes adolescents nous ont montré, c'est un sujet qui parcourt d'autres horizons linguistiques que celui que des jeunes devraient connaitre à New York City. Ce n'est pas votre quotidien à vous ici totalement. Ça l'a été par le passé. Mais ces vagues migratoires, ce que j'ai cru comprendre de ce que nous venons de voir, qui est l'une de nos hontes contemporaines, la mort en Afrique et dans la Méditerranée, c'est un sujet éminemment européen. C'est un sujet dont on parle normalement en langue italienne, espagnole ou allemande.

Ce que je veux dire par là, c'est que de jeunes gens, devant nous, avec beaucoup de sensibilité, nous aient interpellés sur ce sujet, parce qu'il est universel, et l'aient fait dans nos deux langues, cela illustre combien derrière la langue, il y a les consciences. Se battre pour que des enfants puissent être éduqués, apprendre, évoluer dans la vie avec plusieurs langues à leur actif, c'est leur permettre de rentrer dans plusieurs univers imaginaires, dans plusieurs consciences. C'est embrasser dans un même lieu plusieurs géographies.

Si le cosmopolitisme a un sens, il passe par le multilinguisme. Il ne passe pas par la domination d'une langue sur les autres, qui en quelque sorte finit par r√©duire tous les imaginaires √† un seul imaginaire, mais bien par ces passages, ces traductions, ces voyages d'un imaginaire √† l'autre, d'une langue √† l'autre, d'un intraduisible √† l'autre. Je dis tout cela parce que la bataille que vous menez et qui fait qu'avec le ministre de l'√©ducation nationale, nous tenions √† √™tre √† vos c√īt√©s cet apr√®s-midi, elle est essentielle √† plus d'un titre.

L'id√©e que nous nous battions pour que nos enfants puissent ici apprendre et partout aux √Čtats-Unis apprendre dans la langue de Shakespeare et dans la langue de Moli√®re en m√™me temps, c'est leur permettre non seulement d'√™tre demain des femmes et des hommes qui seront plus efficaces dans leur m√©tier, qui auront justement la possibilit√© de travailler dans plusieurs g√©ographies, c'est cr√©er de la productivit√©, comme on dirait affreusement, pour nos √©conomies, mais c'est forger des consciences, c'est leur permettre de construire leur propre √©mancipation. C'est leur permettre de ne pas √™tre enferm√©s simplement √† l'endroit o√Ļ ils habitent. C'est leur permettre d'avoir acc√®s √† autre chose qu'une seule langue ne permet pas de toucher.

Je crois que ça, ce n'est remplaçable par rien, par aucune Assemblée générale des Nations unies, par aucune réunion de leader, quelle qu'elle soit. C'est donner la possibilité aux citoyens d'être eux-mêmes ces passerelles, de traduire d'une langue à l'autre, d'évoluer dans un univers, un imaginaire à l'autre. Je crois qu'ils nous l'ont montré formidablement.

Alors, je voulais √™tre l√† parce que je crois tr√®s profond√©ment que cette initiative que vous avez conduite et que nous lan√ßons ici aupr√®s de vous et que nous lan√ßons avec vous, avec le r√īle essentiel de l'ambassade de France, de son partenaire historique, la FACE Fondation, dont l'objectif est de soutenir justement les √©coles publiques am√©ricaines qui mettent en place ces fili√®res, c'est de donner un cadre, un corps √† cette ambition.

Cela participe d'une bataille que je compte bien mener au-del√† de ce que nous faisons aujourd'hui plus largement. La bataille pour l'√©ducation, l'apprentissage des langues et pour tout ce que je viens rapidement d'√©voquer, c'est ce que nous avons fait ce matin en lan√ßant justement une initiative, avec le pr√©sident du S√©n√©gal, pour, d'ici d√©but 2018, pouvoir lever 3 milliards sur trois ans pour l'√©ducation, gr√Ęce √† la mobilisation des √Čtats et justement pouvoir reconstituer le Partenariat mondial pour l'√©ducation, avec une composante essentielle que seront les langues et l'apprentissage des langues.

Parce que ce que je viens d'√©voquer, c'est un d√©fi √† New York, c'est un d√©fi dans tous les √Čtats-Unis, c'est un d√©fi en Europe o√Ļ le bilinguisme et le multilinguisme doivent continuer √† √™tre d√©velopp√©s. Mais c'est aussi un d√©fi formidable pour toutes les terres abandonn√©es, tous les pays en voie de d√©veloppement, les pays les plus pauvres, l√† o√Ļ la bataille pour l'√©ducation et l'apprentissage des langues est une bataille contre l'obscurantisme, contre ceux qui s√®ment les ferments du terrorisme, de la religion la plus radicale et qui conduisent aux migrations.

La langue, c'est notre partage de civilisation. Donc, dans toutes les actions que nous menons, c'est un peu de cela que nous emportons.

Alors, l'√©ducation bilingue fran√ßaise est aujourd'hui port√©e par un √©lan et un enthousiasme consid√©rable aux √Čtats-Unis, dont je me f√©licite, avec plus de 150 √©coles publiques dans 27 √Čtats, 88 villes, avec plus de 45 √©tablissements homologu√©s. Plus de 29.000 √©l√®ves b√©n√©ficient √† New York de cet enseignement, mais aussi en Utah, en Louisiane, √† Los Angeles, √† Miami. Tout cela, ce sont les √©l√©ments factuels qu'on met normalement dans les discours d'un pr√©sident de la R√©publique, pour dire que c'est tr√®s important et que cela marche d√©j√† tr√®s bien. Mais c'est vrai. C'est pour cela que je l'ai dit !

Mais ce que vous avez entrepris de faire, c'est d'aller beaucoup plus loin. Avec le Fonds pour l'enseignement bilingue, que nous inaugurons aujourd'hui, c'est cette volonté d'accompagner l'élan à travers tout le pays, avec pour objectif d'aider les programmes existants à grandir, mais aussi d'en ouvrir de nouveaux. Pour cela, concrètement, ce fonds donne priorité à la formation des enseignants et des administrateurs, il encourage la conception et la diffusion de ressources pédagogiques innovantes, il aide au recrutement d'assistants de langue française dans les classes.

Alors, je veux remercier non seulement City University of New York de nous accueillir aujourd'hui et le représentant du gouverneur pour ses mots, mais je veux aussi remercier très chaleureusement les donateurs passés et à venir, la fondation Chanel, la fondation Gould, M. Bruno Bich, M. Hubert Joly, BEST BUY et AXA, avec leurs dons généreux et les nombreux parents qui ont aussi contribué à ce fonds.

Gr√Ęce √† vous, nous nous dotons des moyens de lancer les premi√®res actions et - je l'esp√®re - d'encourager de nouveaux soutiens pour de nouvelles initiatives.

Je suis éminemment convaincu que par ce biais-là, ce sont non seulement de nouveaux enfants dans toutes les classes et de toutes les catégories qui seront touchés, mais c'est cette ambition que j'évoquais tout à l'heure, qui sera portée concrètement et chacun y mettant sa pierre, parce que rien n'est innocent dans cette aventure.

Ce que vous entreprenez aujourd'hui, nous ferons tout pour l'aider et l'encourager. Pas seulement par notre présence, par l'action quotidienne de l'ambassadeur, de nos députés, qui, auprès de vous, continueront à oeuvrer, mais aussi en mettant à disposition - c'est ce à quoi est attaché le ministre de l'éducation nationale - tous les ponts possibles entre les enseignements.

Parce qu'on n'enseigne pas simplement une langue différente. On enseigne différemment dans une autre langue. Il est important aussi qu'à travers l'action de ce fonds, les échanges pédagogiques puissent se nouer, des échanges qui toucheront aussi nos élèves, que des méthodes d'enseignement puissent être échangées et que ce que le ministre est en train de faire en France, qui est de refonder non seulement profondément notre école, mais la manière d'enseigner aux enseignants, puisse également irriguer votre initiative.

Je crois que ce que vous faites et ce que vous avez décidé de faire est très important. Je voulais vous remercier pour cette oeuvre de civilisation dans laquelle vous avez décidé de vous investir. Chacune et chacun d'entre vous - je reconnais certains visages - avez cette part de responsabilité comme parent, comme donateur, comme artiste. Parce que vous êtes des ponts entre nos univers.

√Ä certains moments o√Ļ d'aucuns voudraient nous √©loigner, o√Ļ parfois des phrases abruptes ou des postures donneraient le sentiment qu'en tout cas la France et les √Čtats-Unis pourraient s'√©loigner, ce sont ces petits ponts humains qui nous sauvent.

Je ne sais pas ce que r√©serveront les prochaines d√©cennies. Mais je sais juste une chose : plus il y aura d'√©l√®ves en France qui auront appris √† parler l'anglais et qui sauront √©changer avec un Am√©ricain, plus il y aura d'√©l√®ves am√©ricains qui sauront parler le Fran√ßais, qui auront √©t√© √©mus par une oeuvre fran√ßaise, qui auront aim√© un acteur, une actrice fran√ßaise, un chanteur, une chanteuse fran√ßaise pour ses chansons, qui auront partag√© un peu de nos univers culturels, nos imaginaires, ceux-l√† pourront nous sauver du pire. Parce que dans les moments les plus graves, dans ces moments o√Ļ on peut tout oublier, ou tout peut basculer, ils se souviendront de ces petits d√©tails qui font la vie.

Je vais vous livrer une anecdote qui m'a toujours profond√©ment marqu√©e quant au rapport aux langues. J'ai eu la chance extr√™me de servir comme assistant d'un tr√®s grand philosophe qui √©tait Paul Ricoeur. Il √©tait orphelin, il avait perdu un de ses parents pendant la Premi√®re guerre mondiale, et puis rapidement l'autre, mais il avait appris l'allemand. Et il a ensuite √©t√© enferm√© pendant la Seconde guerre mondiale, pendant plusieurs ann√©es, dans un camp. Quand il √©tait dans ce camp, il a appris la philosophie √† d'autres d√©tenus, mais il a fait une chose que cette pi√®ce me faisait rem√©morer par contigu√Įt√©, il avait un seul livre qui √©tait un livre d'Husserl, et pendant ses ann√©es de captivit√©, il a traduit, dans la marge, le livre d'Husserl. En 1947, la premi√®re traduction en langue fran√ßaise d'Edmund Husserl √©tait sign√©e par Paul Ricoeur.

Parce qu'il avait toutes les raisons de d√©tester les Allemands, mais que quelques ma√ģtres lui avait appris la langue allemande, et avec elle, la civilisation allemande, il ne s'√©tait pas laiss√© enfermer dans ce qui aurait pu diviser.

Je ne sais pas ce que les prochaines décennies nous réserveront, mais je sais que par ce Fonds, vous apprendrez à des tas d'enfants une langue qui est le lien le plus intime, le plus fort qui puisse exister et que des milliers de kilomètres ne peuvent abolir ; et que les pires vicissitudes de l'Histoire, parce que nous ne savons jamais, ne pourront jamais abolir. Et donc en faisant cela, vous faites oeuvre de civilisation.

Merci infiniment et nous serons √† vos c√īt√©s, non seulement pour ce Fonds mais pour tout le reste.

Merci à vous./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

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