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Déclarations officielles de politique étrangère du 29 août 2014


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - RĂ©union informelle des ministres europĂ©ens des affaires Ă©trangères - RĂ©union informelle des ministres et secrĂ©taires d'État chargĂ©s des affaires europĂ©ennes/Participation de M. Harlem DĂ©sir - ConfĂ©rence internationale des petits États insulaires en dĂ©veloppement/DĂ©placement de Mme Annick Girardin aux Ă®les Samoa - Golan/Enlèvement de casques bleus - Égypte/Terrorisme - Pakistan/Assassinat de deux journalistes dans la province du Baloutchistan - Maroc (Paris, 29/08/2014)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Réunion informelle des ministres européens des affaires étrangères (Milan, 29-30 août 2014) - Participation de M. Laurent Fabius

À l'issue de la Conférence des ambassadeurs, M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, se rendra à Milan pour participer à la réunion informelle des ministres des affaires étrangères de l'Union européenne.

Les discussions porteront principalement sur les points suivants :

- Irak/Syrie : les ministres discuteront des moyens de renforcer la lutte contre «l'État Islamique», en Irak comme en Syrie ;

- Ukraine-Russie : alors que le conflit s'intensifie, un point sera fait sur les suites de la rencontre de Minsk le 26 août et les actions possibles de l'Union européenne ;

- Libye : les échanges porteront sur le soutien de la communauté internationale à la Libye ;

- Processus de paix : les ministres discuteront de la situation au lendemain de la trêve négociée sous l'égide de l'Égypte et de la contribution que peut apporter l'Union européenne pour la consolider.

2 - Réunion informelle des ministres et secrétaires d'État chargés des affaires européennes (Milan, 28-29 août 2014) - Participation de M. Harlem Désir

M. Harlem Désir, secrétaire d'État chargé des affaires européennes, participera à la réunion informelle des ministres et secrétaires d'État chargés des affaires européennes qui se tient à Milan les 28 et 29 août.

Deux points principaux sont inscrits Ă  l'ordre du jour :

- les mesures concrètes visant à améliorer le fonctionnement de l'Union européenne auxquelles la France est favorable, dans le cadre des traités actuels ;

- la mise en oeuvre du programme stratégique défini par le Conseil européen en juin dernier, essentielle pour obtenir rapidement des résultats concrets en matière de croissance et d'emploi.

3 - Conférence internationale des petits États insulaires en développement - Déplacement de Mme Annick Girardin aux îles Samoa (30 août-3 septembre 2014)

Mme Annick Girardin, secrétaire d'État chargée du développement et de la francophonie, participera du 30 août au 3 septembre à Apia (Samoa) à la troisième conférence sur les petits États insulaires en développement, organisée par les Nations unies. Alors que ces États sont en première ligne face aux dérèglements climatiques, la conférence contribuera à la définition de l'agenda du développement durable après 2015 et à la préparation de la conférence «Paris Climat 2015».

À cette occasion, Mme Girardin réaffirmera notre engagement concret en faveur du développement durable des petits États insulaires, notamment grâce aux actions de coopération conduites par les collectivités d'outre-mer et par l'Agence française de développement.

Elle aura par ailleurs de nombreux entretiens avec les participants à la conférence et les représentants de la société civile. Elle visitera également, avec l'ensemble des partenaires concernés, un projet de coopération que nous conduisons à Sa'anapu (île d'Upolu), sur le thème de la prévention des risques liés aux tsunamis.

4 - Golan - Enlèvement de casques bleus

La France condamne la détention, par des groupes armés, de 43 casques bleus de nationalité fidjienne déployés dans le cadre de la Force des Nations unies pour l'observation du désengagement (FNUOD) sur le plateau du Golan, ainsi que l'encerclement de casques bleus philippins.

Nous appelons à la libération immédiate des casques bleus enlevés et à la cessation de ces actes inadmissibles.

La France exprime sa profonde solidarité avec les autorités de Fidji et des Philippines, dont l'engagement dans les opérations de maintien de la paix est déterminant.

5 - Égypte - Terrorisme

La France condamne avec la plus grande fermeté le meurtre odieux et barbare de quatre personnes dans le Sinaï, revendiqué par un groupe terroriste. Elle adresse ses condoléances aux proches des victimes et exprime sa solidarité avec le peuple égyptien.

Elle se tient aux côtés des autorités égyptiennes dans leur lutte contre le terrorisme.

6 - Pakistan - Assassinat de deux journalistes dans la province du Baloutchistan

La France condamne l'assassinat de deux journalistes pakistanais dans la province du Baloutchistan. Elle exprime toutes ses condoléances aux familles et aux proches des victimes.

Nous appelons les autorités du Pakistan à traduire en justice les auteurs de ces assassinats.

La France rappelle que la défense de la liberté d'information et de la sécurité des journalistes sont des priorités de son action diplomatique, comme l'illustrent notamment les initiatives que nous avons prises dans le cadre des Nations unies.

7 - Maroc

Q - Malgré la suspension de la coopération judiciaire avec Paris, est-il exact que le Maroc a donné son accord pour le transfèrement d'un groupe de prisonniers français ? Si oui, combien et sur quels critères ? Quelle est la position des autorités françaises par rapport aux autres détenus qui poursuivent une grève de la faim ?

R - La France se félicite de ces premières décisions de transfèrements.

Nous formulons le souhait que cette dynamique puisse se poursuivre.

Nous souhaitons résoudre au plus vite l'ensemble des situations individuelles en matière judiciaire.

Nos services consulaires sont mobilisés pour exercer notre protection consulaire en faveur des détenus français, notamment pour s'assurer de leurs conditions de santé. À cette fin, la France est naturellement disposée à travailler en liaison avec la commission spécialement créée par les autorités marocaines, avec lesquelles nous sommes en contact étroit./.

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2. Irak - Syrie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France 24» (Paris, 29/08/2014)

(...)

Q - La lutte contre l'organisation islamique en Irak, c'est également aujourd'hui une priorité pour les Occidentaux qui sont menacés sur leur propre territoire. D'ailleurs, aujourd'hui, le Royaume-Uni a relevé son niveau d'alerte de sécurité. Vous, vous avez parlé tout à l'heure devant les ambassadeurs d'une menace supérieure à celle d'Al-Qaïda. Barak Obama, aujourd'hui, reste très indécis quant à des frappes aériennes. Quelle va être la stratégie des Occidentaux ?

R - Vous avez noté que la France a été la première à souligner la gravité extrême de ce qui se passait en Irak et nous avons été aussi les premiers à appuyer des envois d'armes pour, justement, faire barrage contre l'État islamique.

Le président de la République a annoncé l'idée - j'espère qu'elle va se réaliser dans les jours et les semaines qui viennent - d'une grande conférence internationale pour, à la fois stabiliser ce qui se passe en Irak, parce qu'il y a besoin d'un gouvernement inclusif, et en même temps, pour lutter contre l'État islamique, qui est d'une dangerosité extrême, encore plus dangereux, si on peut dire, qu'Al-Qaïda. Rappelez-vous que l'État islamique s'est créé parce qu'il trouvait Al-Qaïda trop mou, ce qui est absolument invraisemblable.

Et vous avez raison de dire que, non seulement, cela menace, même gravement, les pays de la région, puisque le califat que souhait l'État islamique, c'est à la fois l'Irak, la Syrie, la Jordanie, le Liban, la Palestine, Israël. Non seulement, cela menace la région, mais cela menace la monde entier, puisque ces gens-là veulent supprimer tous ceux qui ne pensent pas comme eux.

Donc cela menace aussi l'Europe et la France. Avec, en plus, cette question des jihadistes, apprentis jihadistes qui pourraient partir de tel ou tel pays d'Europe pour rejoindre ces combats.

Notre attitude, notre volonté, notre proposition, c'est que tous les pays fassent bloc pour résister, pour lutter et pour finir par neutraliser cet État islamique. Cela demande bien sûr des renseignements, des moyens de force, cela demande qu'on coupe les ressources financières parce que l'argent vient quand même de quelque part. Cela demande qu'on ait une intégration de ces pays...

Q - L'argent vient, entre autres, des pays du Golfe. Nous sommes alliés avec certains de ces pays du Golfe. Va-t-on taper du poing sur la table ? Va-t-on leur dire : «arrêtez de financer ces groupes» ?

R - S'ils finançaient ces groupes, ce serait à leur propre détriment, parce qu'il ne faut pas penser que l'État islamique va s'arrêter à telle ou telle frontière.

Prenons un exemple concret très récent. L'État islamique a pénétré en Irak s'est développé, a battu l'armée irakienne, a pris la ville de Mossoul et, à Mossoul même, ils ont pris les réserves de la Banque centrale, 500 millions de dollars ; en plus, ils ont pris des armes sophistiquées qui avaient été fournies auparavant par les Américains à l'armée irakienne.

C'est donc un danger absolu et il faut que tous les pays s'unissent. Là, quand je dis «tous les pays», cela concerne aussi bien les pays de la région, les pays d'Europe, les États-Unis, le Japon, la Chine et les autres.

Q - Monsieur le Ministre, mais les experts militaires disent qu'on ne pourra pas vaincre ces terroristes s'il n'y a pas aujourd'hui une intervention au sol en Syrie et en Irak.

R - C'est plus compliqué que cela. Mais l'un des problèmes qui est posée, vous avez raison de le souligner, c'est que l'État islamique, comme il s'appelle lui-même, le califat, est présent à la fois en Irak et en Syrie.

Donc, nous fournissons les éléments pour que l'armée irakienne, la population irakienne puisse lutter contre l'État islamique en Irak. On comprend bien que, s'il peut à chaque instant se réfugier, se rabattre en Syrie, si vous voulez lutter contre une organisation transnationale, il faut aussi avoir une action du même type.

Ce sont des choses dont nous sommes en train de parler avec nos partenaires et nos voisins. Bien Ă©videmment, il faudra avoir une action d'ensemble.

Q - François Hollande a exclu toute alliance avec Bachar Al-Assad...

R - Bien sûr.

Q - ...mais, là encore, des experts militaires disent qu'il faudra compter à un moment donné sur l'armée syrienne pour battre ces terroristes sur le terrain. Est-ce que la realpolitik ne prendra pas le dessus ?

R - Les experts, c'est très utile mais il y avait un philosophe très célèbre qui disait : «Qu'est-ce que c'est qu'un expert ? C'est quelqu'un qui se trompe selon les règles». Donc, faisons attention.

Ce qui est vrai, c'est qu'il n'est absolument pas question de considérer M. Bachar Al-Assad comme notre partenaire. M. Bachar Al-Assad est un dictateur, M. Bachar Al-Assad a été l'une des origines de la création de l'État islamique, il ne faut pas l'oublier : il a fait sortir des prisons des terroristes qui ont, ensuite, constitué l'État islamique. Et, jusqu'à il y a quelques jours, il épargnait l'État islamique et, lui d'un côté et l'État islamique de l'autre tapaient «à bras raccourcis» - si je peux me permettre cette expression - contre les Syriens modérés qui veulent une Syrie inclusive. Il n'est donc pas question de dire aux gens : «Vous avez le choix entre ou bien un dictateur ou bien des barbares».

Il faut donc mettre au point une stratégie. Ce n'est pas facile. C'est pour cela que je vous ai dit qu'il fallait de la concertation pour desserrer l'étau et arriver, sans du tout de compromission avec M. Bachar Al-Assad - qui est une partie du problème mais pas de la solution -, à faire en sorte qu'il y ait une alliance de beaucoup de forces à travers le monde, pour arriver à non seulement faire reculer mais à neutraliser cette organisation extraordinairement dangereuse.

(...)

Je voudrais faire une remarque, si vous le permettez. On parlait de l'État islamique. Auparavant, vous me parliez de l'Ukraine. En ce qui concerne la France - moi, je suis le chef de la diplomatie française -, dans toutes ces crises - il y en a malheureusement beaucoup en ce moment -, nous avons un point fixe, il faut avoir les idées claires : nous agissons à court ou moyen terme pour tout ce qui peut favoriser la paix et la sécurité. La paix, ce n'est pas le pacifisme ; la sécurité, ce n'est pas la neutralité. Et parfois vous avez vu la France intervenir, dans le cas du Mali par exemple pour stopper le terrorisme, dans le cas de la Centrafrique pour empêcher le génocide.

L'idée que vous devez garder à l'esprit, c'est que l'objectif de la France, c'est de travailler, d'agir pour la paix et la sécurité./.

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3. Ukraine - Russie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France 24» (Paris, 29/08/2014)

(...)

Q - Monsieur le Ministre, le ministre polonais des affaires étrangères parle aujourd'hui d'une guerre en Ukraine. Vous le savez, l'OTAN affirme que des soldats russes sont entrés en territoire ukrainiens et cela est prouvé aujourd'hui par des images satellites. Est-ce la guerre en Ukraine ?

R - En effet, nous avons des indications extrêmement alarmantes qui montrent qu'il y a des forces militaires russes à l'est de l'Ukraine. Lorsqu'un pays envoie des forces militaires dans un autre pays sans l'accord et même contre l'accord de cet autre pays, cela s'appelle une intervention et évidemment, cela est inacceptable. On ne peut pas, dans la société internationale, accepter, quel qu'en soit le prétexte qu'un pays envoie une partie de ses militaires dans un autre pays contre le gré du dit pays.
Vous savez que la position de la France depuis le début est de dire qu'il faut, par rapport à la Russie, faire à la fois preuve de fermeté et de dialogue.

Nous avons essayé le dialogue mais encore faut-il qu'il y ait une réponse.

Pour ce qui concerne la fermeté, nous avons déjà pris un certain nombre de sanctions. Si la Russie, en urgence, ne modifie pas son comportement, il est probable que les sanctions seront encore renforcées.

Q - À chaque fois un train de sanctions est décidé à l'encontre de la Russie, mais peut-on imaginer une intervention militaire pour repousser les troupes russes ?

R - Non. Il faut rester dans le domaine de la raison.

Q - Oui, mais la Russie ne reste pas dans le domaine de la raison.

R - Oui mais nous devons y rester, nous.

Personne de sensé ne peut souhaiter qu'il y ait une guerre avec la Russie, il faut rester raisonnable et retomber sur terre.

En revanche, il faut, par une pression de plus en plus forte, il n'y a pas d'autres moyens, faire que la Russie renonce d'autant que ce n'est, me semble-t-il absolument pas de son intérêt.

Les sanctions économiques ont déjà eu des conséquences redoutables sur l'économie russe. Il n'y a plus d'investissements, le rouble a chuté, la bourse russe chute également. Il y a toute une série de difficultés.

Q - Mais cela n'empĂŞche pas Vladimir Poutine de poursuivre son agression contre l'Ukraine.

R - Eh bien, il faut que nous soyons suffisamment unis et suffisamment fermes pour exercer un effet de dissuasion, voilĂ  la position qui est celle de la France. (...)./.

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4. Ukraine - Russie - Intervention au Conseil de sĂ©curitĂ© du reprĂ©sentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies (New York, 28/08/2014)

Monsieur le Président,

Je remercie M. Jeffrey Feltman pour sa présentation.

Les informations qui nous parviennent du terrain sont très inquiétantes. Les actions menées par les séparatistes et l'intensification des combats en zones urbaines, entraînent des conséquences humanitaires graves. Aujourd'hui, nous appelons toutes les parties à la retenue, à la protection des populations civiles et au respect du droit international humanitaire, en ayant à l'esprit ces centaines de milliers de personnes déplacées et terrorisées.

Monsieur le Président,

Le soutien de la Russie aux séparatistes, en violation de l'intégrité territoriale de l'Ukraine, est inadmissible. La présence de soldats russes sur le territoire ukrainien et leur participation directe aux côtés des séparatistes, à la prise de la ville de Novoazovsk, ne sauraient être tolérées. Comme l'a rappelé le président de la République française ce matin, la Russie doit respecter la souveraineté de l'Ukraine, arrêter son soutien aux séparatistes et les amener à accepter un cessez-le-feu bilatéral. C'est dans ce cadre que doit être recherché un règlement politique durable. Mais encore faudrait-il que Moscou accepte de s'engager sur la voie de la désescalade. Cela suppose dans l'immédiat l'arrêt des livraisons de matériel militaire aux séparatistes. Cela suppose également le contrôle de la frontière russo-ukrainienne. Sur ces points, nous attendons de la Russie des gestes qui nous permettent d'engager - enfin - un dialogue politique sérieux et bénéfique à tous. La prolongation ou l'amplification du conflit n'est dans l'intérêt ni de l'Ukraine, ni de la Russie, ni de la communauté internationale.

Monsieur le Président,

La tenue le 26 août dernier à Minsk d'une rencontre en tête-à-tête entre M. Porochenko et M. Poutine, même si elle n'a apporté que peu de résultats concrets, avait constitué un pas positif, dans la mesure où elle avait permis un contact direct entre les deux présidents, après celle du 6 juin à Bénouville. La crise ukrainienne constitue l'une des crises les plus graves en Europe depuis la fin de la guerre froide. Notre objectif est de parvenir, enfin, à une solution politique, durable, à cette crise qui n'a que trop duré. Mais tant que la Russie poursuivra sur la voie de l'escalade et ne saisira pas l'opportunité de reprendre le dialogue politique, nous maintiendrons la pression. C'est pour cette raison que l'Union européenne a adopté, le 29 juillet dernier, un «paquet» substantiel de sanctions économiques sectorielles à l'encontre de la Russie. Ces sanctions seront maintenues, voire augmentées, si l'escalade devait se poursuivre. Nous ne souhaitons pas en arriver là. Ce n'est pas dans l'intérêt de la Russie, et ce n'est dans l'intérêt de personne.

Je vous remercie./.

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5. Virus Ébola - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France 24» (Paris, 29/08/2014)

(...)

Q - L'Ouest de l'Afrique est touché aujourd'hui par le virus Ebola qui a fait plus de 1.500 morts. Vous en avez parlé lors de votre discours aux ambassadeurs. Le gouvernement français a recommandé à Air France de suspendre ses vols à destination de la Sierra Leone. Aujourd'hui, les gouvernements africains ont le sentiment qu'on les isole. C'est une décision qui a été dénoncée par les organisations humanitaires. Diriez-vous que c'est le principe de précaution qui prime sur le principe de solidarité ?

R - C'est une situation très difficile parce que, d'un côté, bien évidemment, il y a des gens à secourir, de l'autre il faut éviter la contagion. Et nous n'avons pas pris la même position - vous l'avez noté sans doute - pour ce qui concerne la Sierra Leone et pour ce qui concerne les pays voisins, puisque la situation sanitaire n'est pas la même.

Mais, lorsqu'il y a un risque extrême d'épidémie, les médecins nous ont dit qu'il faut absolument éviter la contagion. (...)./.

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6. Diplomatie Ă©conomique - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France 24» (Paris, 29/08/2014)

Q - Laurent Fabius, merci d'ĂŞtre avec nous en direct du Quai d'Orsay.

Monsieur le Ministre, vous venez de clôturer la XXIIe conférence des ambassadeurs, ambassadeurs à qui vous avez donné un mot d'ordre : priorité à la diplomatie économique. Vous avez dit qu'ils devaient être des patrons dans leur pays respectif.
Monsieur Fabius, le mot patron est devenu le mot Ă  la mode mĂŞme en diplomatie, est-ce vive les patrons ?

R - Non, c'est un peu plus compliqué que cela. La diplomatie économique c'est important, pourquoi ? Parce que la France est une grande puissance diplomatique mais, dans le monde où nous sommes, il n'y a pas de grande puissance diplomatique si on n'a pas, en même temps, un rayonnement économique, c'est une évidence. Les ambassadeurs qui sont les chefs de l'action extérieure de l'État doivent donc s'occuper d'économie, c'est-à-dire favoriser la présente entreprise française à l'étranger et favoriser les investissements étrangers en France.

C'est le message sur lequel j'ai insisté mais pas seulement. De plus, je leur ai dit : «oui, vous devez vous occuper d'économie, - ce sont les entreprises qui créent les richesses mais l'État peut les accompagner - mais vous devez aussi vous occuper de diplomatie stratégique, de diplomatie culturelle, de diplomatie climatique, de diplomatie sportive.»

Je pense d'ailleurs que c'est l'intérêt de leur fonction, qui est d'un intérêt exceptionnel, de jouer sur la totalité des registres. La France ne compte que 65 millions d'habitants, mais si c'est l'un des grands pays du monde, avec le plus d'influence, c'est parce que nous avons une langue qui est parlée partout dans le monde, parce que nous sommes une puissance économique, parce que nous avons une puissance militaire, parce que nous avons des principes, parce que nous avons un réseau culturel extraordinaire.

Je leur ai donc demandé d'utiliser tous leurs atouts, toute la palette, Ils sont nos représentants - c'est cela l'expression de patron - dans les différents pays et en même temps, occupez-vous d'économie. (...)./.

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7. XXe ConfĂ©rence des Ambassadeurs - Discours de clĂ´ture de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international (Paris, 29/08/2014)

Mesdames et Messieurs les ministres et parlementaires,

Mesdames et Messieurs les présidents,

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Sur le plan international, 2014 restera comme l'été de toutes les crises.

Gaza, l'Irak, la Syrie, l'Ukraine, la Libye, le Sahel, la RCA, d'autres encore, des conflits meurtriers qui nous concernent d'autant plus qu'ils interviennent dans des parties du monde où la France est traditionnellement active. Ils s'ajoutent à d'autres crises - crise sanitaire avec la fièvre Ebola, crise climatique avec les dérèglements liés aux gaz à effet de serre, crise économique avec l'atonie européenne - qui contribuent à nourrir dans l'opinion un sentiment de «paninquiétude», renforcée par la mondialisation des médias.

D'aucuns nous expliquent avec assurance soit qu'il n'y aurait pas lieu de s'alarmer, soit au contraire que nous sommes à l'été 1914. Les comparaisons historiques garantiraient la suite. Non ! Outre le fait que les prétendus «enseignements de l'histoire» n'enseignent en réalité pas grand-chose, nous devons nous arrêter sur l'ampleur, l'origine, la nature de ces crises, et surtout sur nos réponses, si nous voulons exercer notre mission, car cette mission est d'agir (nous sommes des acteurs, pas des commentateurs) pour servir à la fois les intérêts de notre pays et ceux de notre planète. Hier, devant vous, le président de la République et le premier ministre ont largement exposé ces réponses.

* * * *

Pourquoi tant de crises et tant de crises à la fois ? J'y vois au moins trois explications générales. La première, «la dépolarisation du monde». Vous m'avez déjà entendu souligner que nous étions passés du monde bipolaire de l'après-guerre (quand les États-Unis et l'URSS s'affrontaient mais contrôlaient ensemble les crises) à un monde unipolaire après la chute du mur de Berlin (quand les États-Unis faisaient la loi), pour connaître désormais un monde zéropolaire, aux repères idéologiques brouillés, dans lequel des puissances majeures existent (anciennes ou nouvelles), mais sans qu'aucune d'elles, seule ou en alliance stable avec d'autres, ne maîtrise vraiment les crises. Eh bien, nous y sommes ! Autant la volonté politique de la France est d'agir pour aller demain vers un «monde multipolaire organisé», autant nous devons constater qu'aujourd'hui les conflits s'additionnent et se nourrissent les uns les autres. La guerre américano-britannique d'Irak et l'intervention en Afghanistan ont dispersé Al-Qaïda à travers le monde. Ses métastases au Sahel ont renforcé des mouvements plus anciens et généré de nouveaux. Le désordre - le mot est faible - en Libye a nourri le terrorisme en Afrique, cependant que la Syrie est devenue un champ de bataille entre dictature et djihadistes, ceux-ci et celle-là contribuant à la montée de l'État islamique en Irak. Faute de puissance(s) réellement régulatrice(s), ce monde dépolarisé est un monde de tous les dangers.

Une deuxième explication globale est ce que j'appellerai «l'éclatement de la puissance». De nouveaux États revendiquent - souvent avec raison - une place accrue. Les États ne détiennent plus le monopole de la force. Certains n'en n'ont plus que le nom, résultat de décennies de mal-gouvernance qui les ont fragilisés, qui ont bloqué le développement et attisé les frustrations des peuples, constituant un terreau très favorable aux radicalisations et aux conflits. Cependant que l'État Islamique en Irak et au Levant (EIIL), ce califat de la terreur et de la haine, s'arroge, lui, des pouvoirs super-étatiques en matière de finances, de justice, d'armée, de pensée et de vie ou de mort. La société internationale se retrouve ainsi confuse, mélangée, avec ses notables traditionnels, ses nouveaux riches, ses mafias, ses milices, ses groupes interlopes et ses hors-la-loi. Cet éclatement de la puissance paralyse les mécanismes traditionnels de sécurité collective, particulièrement le Conseil de sécurité des Nations unies qui n'exerce pas suffisamment assez son rôle de «juge de paix». Si l'on rapproche les deux phénomènes - la dépolarisation du monde et l'éclatement de la puissance -, la situation internationale actuelle peut se résumer ainsi : davantage de forces à contrôler au plan international et moins de forces pour les contrôler.

S'y ajoute une troisième explication globale qui repose sur la «dispersion de la capacité destructrice». C'est vrai sur le plan nucléaire : de là l'importance que nous attachons à la négociation sur le nucléaire iranien, qui va bientôt se terminer. Plus généralement, pour des raisons notamment technologiques, des groupes et même des individus peuvent bien plus facilement qu'hier acquérir, amplifier et projeter leur propre capacité destructrice. Les attentats effroyables de New York le 11 septembre 2001 avaient été réalisés avec des moyens limités, y compris financiers : songez aux dégâts que rend désormais possibles la puissance de militaire Boko Haram au Nigéria, et surtout, treize ans après New York, l'utilisation par le groupe EIIL de moyens financiers, militaires et d'enrégimentement incomparablement supérieurs ! Ces groupes sont d'ailleurs de natures diverses : certains - je ne parle pas d'EIIL - peuvent porter des revendications légitimes, même si leurs moyens ne le sont en aucun cas. D'autres développent des thèses et des pratiques totalement inacceptables. Les États installés qui sont mais qui sont divisés, éprouvent beaucoup de difficultés à pouvoir engager un dialogue avec les premiers et à combattre efficacement les seconds.

Ce sont, telles que je les analyse, des causes générales. Mais s'y ajoutent des situations régionales particulières. Pour m'en tenir au Moyen-Orient, le conflit israélo-palestinien, sans cesse recommencé, alimente dans le drame un terreau permanent d'affrontements. L'opposition entre sunnites et chiites contribue aux conflits, elle se double de rivalités internes et favorise des attitudes ambiguës. Les printemps arabes, facteurs d'espérance à l'origine, ont placé plusieurs pays devant un choix impossible - pour schématiser ou dictature ou terrorisme -, là où la solution souhaitable serait un régime modéré, «à la tunisienne», inclusif, respectueux des droits humains et porteur de progrès. Ajoutons-y les contradictions et les hésitations de la communauté internationale et de plusieurs de ses dirigeants, certaines interventions militaires justifiées et d'autres non, en tous cas rarement suivies du long accompagnement politique indispensable, ajoutons-y la marée misérable des déplacés et des réfugiés, la contagion des problèmes transfrontières, la pauvreté persistante des peuples contrastant avec l'insolente richesse de dirigeants ... Tout cela ajoute des crises aux crises, face auxquelles le simplisme mortifère et connecté du nouveau terrorisme constitue une menace terrible non seulement pour les pays directement concernés, mais pour le monde entier, donc pour la France.

* * * *

Dans cette situation, quelles orientations retenir ? J'écarte d'emblée deux attitudes de politique étrangère qui constitueraient deux erreurs. «La tentation neutraliste», encouragée par celles et ceux - il y en a - qui, flattant un prétendu bon sens populaire, protestent dès que la France s'engage, insistent sur les inconvénients (qui existent toujours), mais oublient que la plupart des crises emportent des conséquences mondiales et que notre pays ne pourrait prétendre demeurer un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, un pilier de l'Union européenne, ou simplement un pays indépendant et influent, si nous laissions systématiquement à d'autres le soin d'agir. L'autre erreur serait la «tentation gesticulatoire», laquelle comporte aussi ses pratiquants, soit par réflexe d'opposition, soit par une sorte de seconde nature. Ni neutraliste ni gesticulatoire, la politique extérieure de la France doit être volontaire et réfléchie. Elle se donne comme ambition de servir les grands objectifs qui s'accordent avec nos intérêts propres et avec notre vision du monde.

Le premier de ces grands objectifs, c'est la paix et la sécurité. Porté par les commémorations du centenaire de la Guerre de 14 et du soixante-dixième anniversaire du Débarquement, le souvenir rejoint ici les tensions du présent. Je le disais en commençant : rarement avons-nous connu une telle accumulation de dangers, face auxquels la France doit être et est une puissance de paix. Mais la paix n'est pas le pacifisme, et la sécurité n'est pas la neutralité. D'où le choix par le président de la République de l'action, parfois de l'intervention, dès lors que celles-ci sont nécessaires et conformes au droit international, par exemple au Mali ou en Centrafrique. D'où aussi notre appui concret aux populations aujourd'hui pourchassées en Irak. D'où notre action diplomatique globale, aussi bien la préparation d'une prochaine Conférence internationale pour la sécurité en Irak et contre l'EIIL qu'en Asie du Sud-Est avec l'effort constant pour apaiser les tensions, à l'Est de l'Europe pour encourager la désescalade entre Russes et Ukrainiens. Je veux dire, ayant été informé des derniers développements, qu'il faut que cessent les bruits de bottes russes dans l'Est ukrainien. D'où aussi notre action constante pour rechercher une paix durable entre Israël et les Palestiniens, qui passe par la solution des deux États à laquelle la France réaffirme son attachement, ce qui signifie qu'il faudra bien, à un moment, reconnaître l'État palestinien. Mesdames et messieurs, à chaque fois qu'une question est posée au président de la République, au gouvernement, à moi-même, concernant un choix majeur de politique extérieure, notre réponse est dictée par cet objectif central : la sécurité et la paix.

Notre deuxième grand objectif, c'est l'organisation de la planète et sa préservation. L'an prochain verra le soixante-dixième anniversaire de la fondation des Nations unies : nous plaiderons plus que jamais pour une société internationalement mieux régulée, sur les plans politique, économique, social et environnemental. De là notre appui constant à l'ONU, qui doit être réformée afin d'être plus représentative et efficace. De là aussi notre proposition, qui peut paraître utopique, mais l'utopie du moment est la réalité du lendemain, à laquelle une séance spéciale sera consacrée lors de la prochaine Assemblée générale, d'une auto-suspension volontaire par les 5 membres permanents de leur recours au veto en cas de crimes de masse. De là également notre attention constante aux droits de l'Homme, à travers notamment notre campagne permanente pour l'abolition universelle de la peine de mort. De là notre mobilisation, malgré les contraintes budgétaires, en faveur de l'aide au développement et de la solidarité, par exemple pour lutter contre l'épidémie Ebola.

Nous agissons pour une meilleure et plus juste organisation de la planète, mais aussi, pour la préservation de la planète : ce sera en 2015 la mission principale de notre diplomatie et sans doute la tâche principale de ce quinquennat, avec la présidence à nous confiée de la COP 21. Notre but ? Un accord universel juridiquement contraignant, plus une série d'engagements nationaux, plus un paquet financier comprenant notamment la dotation du Fonds vert pour le Climat, et enfin un encouragement, un recensement des initiatives prises à travers le monde par les communes, les régions et les grandes entreprises ou branches économiques afin de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre responsable du dérèglement climatique. L'idéal serait que ces 4 volets puissent composer l'an prochain une véritable «Alliance de Paris pour le Climat» qui marquerait, si nous y parvenons, l'entrée de notre planète dans un nouveau modèle de développement, porteur de transition écologique et de croissance verte.

Le troisième objectif de notre politique étrangère est la relance et la réorientation de l'Europe, responsabilité spécialement assurée à mes côtés par le secrétaire d'État Harlem Désir. Dans quelques jours, de nouveaux responsables européens seront choisis. Ils se mettront au travail avec le nouveau Parlement. Les résultats des élections européennes d'une part, l'analyse objective de la situation européenne d'autre part, montrent combien des changements très importants sont nécessaires dans l'orientation économique, sociale, environnementale et dans la gestion même de l'Union. Ces changements, nous ne les concevons nullement comme un substitut aux réformes que doit mener la France, mais comme un complément indispensable. Puisqu'il y a débat, je veux être encore plus clair : l'amélioration de notre attractivité nationale, la politique française du logement, de la formation ou de l'apprentissage, la simplification de nos règles, la réforme de notre État et de nos collectivités locales, la nécessité publique de dépenser moins et d'investir plus, pour ne citer que ces quelques domaines, ne dépendent en rien de Bruxelles : Paris doit prendre ses responsabilités afin de poursuivre les changements indispensables. En revanche, dans une Europe économiquement atone avec une demande déprimée et 25 % des jeunes au chômage, relèvent spécialement de l'Union par exemple le soutien aux investissements, une gestion active de la politique de change, l'adoption d'une nouvelle stratégie énergétique ou d'une nouvelle politique de la concurrence. Oui, tout cela relève de l'Union et doit fortement être réorienté. Quant à la politique extérieure de l'Union, nous la souhaitons et nous la soutenons car, contrairement à ce que je lis parfois, nous la voulons active, vigoureuse, ambitieuse même, nous demandons qu'elle s'intéresse à la fois au Sud et à l'Est, à tous les continents, et qu'elle sache accompagner la France, comme la France doit savoir l'accompagner.

Notre quatrième et dernier grand objectif extérieur concerne le rayonnement et le redressement économique de notre pays. Bien sûr, ce sont les entreprises qui créent les richesses, mais vous aussi, représentants de l'État, vous êtes comptables du redressement économique, et les réformes apportées au Quai d'Orsay ces derniers temps doivent faciliter l'action en ce sens. Notre compétitivité nationale doit s'améliorer en Europe ainsi que hors d'Europe. Le secrétaire d'État, Thomas Thévenoud, aura notamment pour mission, avec vous tous, de se concentrer sur le redressement du commerce extérieur. Lorsqu'on mesure par exemple notre déficit massif avec l'Allemagne (le deuxième du monde après la Chine) ou bien notre déficit de 1,5 mds d'euros pour le seul secteur agro-alimentaire avec les Pays-Bas, ou encore les efforts qui nous restent à accomplir par rapport à l'Asie, au Brésil ou aux pays du Golfe - je pourrais allonger la liste -, chacun de vous est concerné. Il n'y a pas de «petit» poste. Il n'y a pas de déficit incompressible ou d'excédent satisfaisant. Notre mot d'ordre, c'est la mobilisation générale et ordonnée. Ce redressement économique, souhaité et soutenu par nos compatriotes français à l'étranger, doit être aidé par tous les autres outils dont nous disposons pour notre rayonnement. Inversement, il constitue la meilleure contribution qui puisse être apportée à ce rayonnement. C'est en cela aussi que notre diplomatie est globale.

Mesdames et Messieurs,

Pour atteindre ces quatre objectifs, je parlerai volontiers d'une méthode ou même d'un style de notre diplomatie : décider, décider juste, décider ensemble et décider fermement.

Décider, c'est-à-dire éviter le piège du fatalisme ou de la résignation. Les États - je l'ai relevé - ne peuvent plus tout faire et tout faire seuls, mais ils restent au centre de l'action, parce qu'ils sont encore les principaux dépositaires de la légitimité, y compris pour l'usage de la force, et les garants de la stabilité. Lorsque la France décide d'intervenir au Mali ou en Centrafrique, lorsqu'elle décide de voter pour que la Palestine devienne un État observateur non-membre de l'ONU, lorsqu'elle décide de soutenir l'opposition modérée en Syrie à la fois contre les groupes terroristes et contre la dictature de Bachar Al-Assad, dont je note en passant qu'il les a longtemps encouragés et qu'il n'est pas devenu notre partenaire sous prétexte qu'il les combattrait maintenant, lorsqu'elle décide de réorienter son action et ses moyens diplomatiques vers les États asiatiques, africains et sud-américains, lorsqu'elle décide de renforcer l'armée libanaise garante de l'unité de ce pays ami, ou de livrer des armes en Irak pour résister à la menace terrible qui frappe les minorités, à travers toutes ces décisions et beaucoup d'autres la France ne se résigne pas, elle ne s'aligne pas, elle contribue à la sécurité, à la stabilité et au progrès.

Décider juste - c'est une deuxième exigence -. Dans ce domaine, il n'existe malheureusement pas de certitude absolue. Au moins sait-on que les coûts associés à toute action augmentent à mesure qu'on tarde pour la décider : ainsi de la crise de l'euro. La procrastination ou l'inaction envoient de mauvais signaux à ceux, ils sont nombreux, qui guettent pour bafouer le droit, violer les frontières, défier l'ordre mondial ou, plus simplement, porter atteinte à nos intérêts. Qui dira par exemple l'impact qu'a exercé la renonciation aux frappes contre Bachar Al-Assad fin août 2013 sur le comportement ultérieur du président russe en Crimée ou dans l'est ukrainien? En même temps, décider juste implique de comprendre qu'aucun acteur étatique ou multilatéral n'a plus désormais la capacité d'imposer seul et de l'extérieur les réformes nécessaires aux gouvernements pour qu'ils reprennent la main. Les grands exercices de remodelage menés de l'extérieur après les deux guerres mondiales ou la décolonisation ne sont plus possibles : Libye, Syrie, Irak, Ukraine, Bosnie, Centrafrique, les progrès se feront à la fois par une approche internationale et, au cas par cas, avec les parties prenantes de l'intérieur. Décider juste, c'est favoriser ces progrès et les accompagner.

Une troisième exigence doit être de décider collectif. Il nous faut travailler de plus en plus en réseau. Le réseau européen : le multilatéralisme organisé que nous recherchons a besoin d'une Europe qui s'affirme. Le réseau francophone, qui doit être lui aussi mobilisé. Le réseau euro-arabe. Le réseau du P3 (les États-Unis, le Royaume-Uni et la France). Le réseau du P5. Le réseau de l'Alliance Atlantique. Le réseau du G20 et du G8 devenu, de plus en plus, le G 7. Le réseau des ONG. Le réseau des collectivités territoriales. Il nous faut diversifier nos réseaux d'influence et nos effets de levier, sachant que la France dispose d'un atout exceptionnel et reconnu : son indépendance politique et son souci de l'universel.

Enfin, décider ferme. L'exemple en est donné par nos choix en matière de lutte contre le terrorisme et je salue tous les services qui mènent cette lutte de manière remarquable. Nous menons cette lutte sur le plan intérieur et sur le plan extérieur. La communauté internationale doit pratiquer d'urgence contre le terrorisme une lutte coordonnée et sans faiblesse, en particulier contre le désormais fameux «État islamique». Une action de force, par des moyens de renseignement et militaires. Une action financière, en asséchant les sources. Une action politique, au nom de l'unité et de l'intégrité des pays concernés. Une action sociale, en soutenant les populations déshéritées et en les éloignant de cette monstrueuse excroissance. Une action régionale, une action européenne, qui a vocation à être partagée par la communauté internationale tout entière, y compris la Chine et la Russie. Cette stratégie ferme et coordonnée est indispensable, dès lors que ce groupe ne vise ni plus ni moins qu'à soumettre ou tuer tous ceux qui ne pensent pas comme lui.

* * *

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Il y a quelques mois notre maison a connu un changement de dénomination et de périmètre. Vous l'avez pleinement assumé. Le ministère des affaires étrangères et du développement International est désormais en charge, outre ses attributions traditionnelles, du commerce extérieur et de la promotion du tourisme. Cette extension, que j'ai souhaitée, vient compléter une évolution entamée depuis 2012 : déjà à l'époque la suppression du ministère de la coopération au profit d'une compétence géographique étendue du Quai d'Orsay, le plein rattachement à notre Département à la fois des affaires européennes, du développement, de la francophonie et des Français de l'étranger, l'accent mis sur la diplomatie économique sous l'impulsion de Jacques Maire, tout cela avait amorcé le changement. La nouvelle dénomination du ministère et les actions concrètes que nous conduisons et allons conduire complètent cette orientation : le Quai d'Orsay devient ainsi le ministère de l'action extérieure de l'État avec les outils correspondants, cependant que vous êtes vous-mêmes, dans chaque pays, les premiers acteurs et coordonnateurs uniques de notre diplomatie globale.

S'agissant du ministère, sa compétence économique et financière est confirmée. Pour la raison simple et évidente qu'il n'existe pas désormais de rayonnement politique durable sans redressement économique, et que celui-ci dépend à la fois de notre dynamisme à l'étranger et de l'attractivité de notre propre territoire. Concrètement, le commerce extérieur relève de notre maison, le tourisme également, une convention pratique a été passée entre le secrétaire général du Quai d'Orsay et le directeur général du Trésor, cependant qu'Ubifrance et l'AFII fusionnées, ainsi qu'Atout France, sont désormais placés sous notre co-tutelle. Il en ira de même pour le grand opérateur de l'expertise technique internationale qui verra bientôt le jour. Désormais, dans chaque direction géographique de notre Ministère, le directeur-adjoint sera directement responsable de l'économie. Succédant à Pierre Sellal, que je félicite pour son action, le nouveau Secrétaire général du Quai d'Orsay, Christian Masset, auquel je souhaite plein succès, y veillera. Et le connaissant je sais qu'il réussira. Et j'ai nommé Rémy Rioux, venu de Bercy, comme Secrétaire général adjoint spécialement chargé de suivre la transversalité de notre action économique. Pour le tourisme, qui est un secteur majeur, un conseil de promotion du tourisme se tiendra désormais régulièrement sous ma présidence, le président Délégué en sera votre ancien collègue Philippe Faure. Ce conseil comprendra les ministres et secrétaires d'État concernés par le tourisme ainsi qu'une vingtaine de personnalités spécialistes de ces questions. Il tiendra sa première réunion mercredi prochain. Une conférence nationale du tourisme réunira chaque année l'ensemble des professionnels.

Mais attention, il ne faut pas qu'il y ait confusion. Cette diplomatie économique ne doit en aucun cas nous conduire, vous conduire à négliger les autres aspects, tout aussi nécessaires à notre diplomatie globale. C'est en effet une caractéristique de votre action - et un de ses exceptionnels intérêts - que de devoir être multifacette. Chaque discipline renforce l'autre. La diplomatie stratégique est essentielle (les alliances, la sécurité, les partenariats politiques...), mais le sont aussi la diplomatie culturelle et éducative (les échanges d'étudiants, le développement de la francophonie, les années croisées, notre audiovisuel extérieur...), la diplomatie scientifique, la diplomatie sportive et la diplomatie économique. Nous devons jouer, vous devez jouer, sur la pluralité des registres. La France possède le premier réseau culturel du monde, le troisième réseau diplomatique, elle est le pays qui accueille le plus de touristes étrangers, notre langue est un atout universel, notre aide publique au développement nous situe parmi les premiers, notre expertise également : tout cela participe à notre action extérieure. Le ministère en est la plaque tournante et vous, mesdames et messieurs les ambassadeurs, vous en êtes les premiers relais et les premiers acteurs. C'est cette diplomatie, globale par son champ géographique et disciplinaire, que la République vous confie.

Avec des priorités particulières pour la période qui vient. J'ai rappelé les objectifs généraux de notre politique extérieure : paix et sécurité, organisation et préservation de la planète, relance et réorientation de l'Europe, rayonnement et redressement économique de la France. Dans ce cadre, comme ambassadeurs - c'est là-dessus que je terminerai - je vous fixe pour la période qui vient cinq tâches spécifiques qui devront faire l'objet de votre part d'initiatives et d'évaluations permanentes, en tenant compte de la diversité des postes. Dans l'ancien temps, les artistes signaient leurs oeuvres de leur nom et ajoutaient parfois le mot latin «fecit»: un tel a fait. Eh bien, c'est un peu la même démarche que je vous propose, moins artistique sans doute, mais aussi précise.

D'abord F, pour francophonie. La pratique du français dans les écoles, dans les universités, dans les médias, dans la société : vous en êtes comptables. La secrétaire d'État Annick Girardin a fixé des orientations claires. Le Sommet de la francophonie se tiendra à Dakar en novembre. Jacques Attali vient de remettre ses propositions, très stimulantes. J'attends de vous que vous agissiez par et pour la francophonie au sens large, c'est-à-dire aussi bien à travers nos échanges culturels et d'étudiants, nos Instituts, nos Alliances françaises, nos enseignements, nos artistes, nos scientifiques, nos industries culturelles et créatives, notre politique de développement, tous outils excellents de rayonnement. J'attends de vous que progresse la francophonie du pays dont vous avez la charge et que cela soit pour vous une préoccupation permanente. L'un de nous avait hier une formule heureuse : «la culture, ce n'est pas ou pas seulement un divertissement, disait-il, c'est un avertissement», oui un avertissement que l'autre existe, que la vraie richesse naît de l'échange, que l'uniformité, l'enrégimentement, l'obscurantisme ne sont pas fatals. Eh bien, la francophonie telle que nous l'entendons, la langue, la culture, les échanges et les valeurs francophones, constituent aussi cet avertissement.

E, pour entreprises, qu'il s'agisse des entreprises françaises à l'étranger ou de l'inverse - surtout les entreprises moyennes venant de France car c'est là que le bât blesse. Votre porte doit toujours être ouverte pour elles, mais n'attendez pas qu'elles se présentent à vous ou à vos services : avec les outils concernés et qui sont désormais réformés et coordonnés, vous devez être à l'initiative, afin que se rétablisse le plus vite possible notre balance extérieure - vrai juge de paix de notre compétitivité. Cela passe par une action quotidienne de votre part en direction des entreprises. Je ne vous demande pas d'expliquer pourquoi notre place économique n'est pas meilleure, je vous demande d'agir pour qu'elle soit meilleure.

C, pour climat, car, comme cela a été indiqué, le dérèglement climatique sera en 2015 le thème de la grande conférence de Paris. Environ cinquante mille participants (25 000 délégués et 25 000 autres personnes). L'objectif est de limiter la hausse des températures à 2° en décarbonant les activités. Après le sommet ONU du 23 septembre et à la suite de nos amis péruviens en décembre 2014, la présidence de «Paris Climat 2015» nous sera confiée, à notre maison en particulier. La tâche est complexe et enthousiasmante. Sur la base des orientations qui vous seront données, vous aurez pour mission de préparer cette conférence auprès de chacun de vos pays de résidence, de signaler les difficultés, de faciliter les accords, de promouvoir la solidarité afin d'accompagner les pays les plus vulnérables. Le monde compte sur le réseau diplomatique français pour éviter le chaos climatique.

I, pour investissements, singulièrement les investissements étrangers en direction de la France. Par vos fonctions, par votre entregent, vous êtes les mieux placés pour favoriser les investissements sur notre sol des personnes physiques ou morales de votre pays d'affectation. Ce doit être une préoccupation constante de votre part ainsi que des services placés sous votre autorité : un peu moins de macroéconomie mais davantage de microéconomie, d'investissements, de créations d'entreprises et d'emplois en France. Vous agirez en liaison notamment avec l'AFII et Ubifrance fusionnées, avec la direction compétente du Quai d'Orsay, avec la direction générale du Trésor, avec les régions. À vous de prendre toutes les initiatives souhaitable et de veiller à leur concrétisation.

Enfin, T pour tourisme, secteur décisif, qui peut encore beaucoup progresser et apporter à notre pays davantage de devises et d'emplois non délocalisables. Je vous demande d'être très dynamiques dans ce domaine, en facilitant l'octroi plus rapide de visas, en assurant la promotion des destinations et des atouts français, en étant attentifs aux transports et à l'accueil, etc... Là aussi, un objectif : l'amélioration de nos résultats. Dans la plupart des pays, européens ou non, le tourisme va se développer en lien avec l'élévation du niveau de vie et avec la mondialisation des échanges. Aujourd'hui 1 milliard de touristes, dans une quinzaine d'années 2 milliards : nous devons, outre les touristes français qui sont majoritaires, capter le plus grand nombre possible de visiteurs étrangers par rapport à nos concurrents, bien les accueillir, leur faire découvrir puis savourer la diversité de nos régions et de nos atouts en métropole et Outre-mer. Ce secteur a longtemps été considéré comme marginal (d'où l'expression française triviale et malheureusement révélatrice : «celui-là, c'est un touriste») : énorme contre-sens ! Le tourisme est par définition l'ambassadeur de la France. Nous le savourerons dès ce samedi sous l'angle gastronomique, avec «le déjeuner des ambassadeurs» que de grands chefs français prépareront pour vous et pour vos collègues ambassadeurs étrangers.

De même, le 19 mars de l'an prochain, la grande opération «Goût de France» pour plus de 1000 restaurants sur les 5 continents et dans toutes nos ambassades mettra à l'honneur le «repas à la française». Le tourisme 2014 a été difficile, mais c'est peut-être le domaine qui peut apporter à notre pays les résultats les plus rapides et les plus spectaculaires. Son succès commence avec vous et chez vous. Je vous demande - il est des tâches plus pénibles ! - de vous en saisir sans délai.

* * *

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,

Voilà votre feuille de route. Elle est vaste. Elle nécessite des moyens. Le Quai d'Orsay prend part, comme c'est normal, aux efforts de redressement des comptes publics, indispensables pour défendre la souveraineté de la France, mais il faut rester très attentifs - et je le suis dans les arbitrages - aux moyens dont nous disposons.

Cette feuille de route est exigeante. Exigence est d'ailleurs le mot-clé. Vous devez être exigeants avec vous-même car c'est ce qu'on attend d'un responsable. À cette condition, nous pouvons être exigeants avec nos collaborateurs, - nous le sommes - et je veux, quelle que soit leur fonction, leur rendre un hommage très particulier pour leurs hautes compétences et leur grand sens de l'État.

Le Quai d'Orsay est une institution magnifique et ses collaborateurs font honneur à notre nation. Nous sommes en train de renforcer cette maison et de l'adapter afin qu'elle remplisse pleinement son rôle au coeur du nouveau monde et du nouveau siècle. Sur vos épaules repose l'action extérieure de la France. Je vous félicite de ce que vous faites pour elle. J'ai une confiance totale en vous. Merci !./.

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8. XXIIe ConfĂ©rence des Ambassadeurs - Union europĂ©enne - Discours de M. Manuel Valls, Premier ministre (Paris, 28/08/2014)

(...)

Vous le voyez, un mouvement a débuté. La France avance. Elle ne renonce pas à mener les réformes. La France respecte ses engagements.

C'est par la clarté, la cohérence, la constance de nos choix, par notre détermination à agir que nous pourrons redonner confiance aux Français et convaincre nos partenaires du sérieux de notre politique. C'est essentiel vis-à-vis de nos partenaires européens.

Car la bataille pour la croissance, nous la gagnerons aussi - c'est le deuxième niveau d'action - en mobilisant l'Europe.

Les dernières élections européennes ont adressé à l'ensemble des gouvernements de l'Union un même message fait d'inquiétude, d'incompréhension, de rejet nationaliste voire xénophobe du projet européen. Face à cela, nous ne pouvons être sourds, nous ne pouvons continuer comme si de rien n'était. Car si l'on ne répond pas à l'attente des peuples, alors ils tourneront définitivement le dos à cette aventure qui, depuis 60 ans, a contribué à pacifier, à unir notre continent.

Ce qu'il faut, c'est une Europe moins distante, plus solidaire, qui remette la croissance au coeur de ses politiques. Elle en a les moyens, notamment par la relance de grands projets dans les infrastructures, dans l'énergie, dans le numérique.

Alors oui la France entend peser de tout son poids pour une politique européenne de croissance, pour que toutes les dispositions du pacte de stabilité puissent être mobilisées.

Mais qu'on ne se méprenne pas sur les intentions de la France. Il ne s'agit pas de se défausser, de fuir nos responsabilités, de demander à l'Europe d'agir alors que nous-mêmes nous n'agirions pas. Non ! Nous ne cherchons pas à échapper à nos propres engagements. Au contraire, nous voulons coaliser l'Europe autour d'un agenda de croissance. C'est comme cela que nous pourrons mener à bien nos réformes et éviter à l'Europe de sombrer dans cette austérité qui la guette.

C'est le sens du mandat et de la feuille de route dont sera chargée la nouvelle Commission que préside Jean-Claude Juncker.

Pour la France, la priorité absolue de la nouvelle Commission, c'est la relance de l'investissement public et privé en Europe ; c'est mettre en oeuvre sans délai le plan d'investissements de 300 milliards d'euros annoncés par Jean-Claude Juncker le 15 juillet dont les modalités précises, dont le calendrier détaillé et resserré doivent être convenus le plus rapidement possible.

Mais pour que cette politique économique produise ses effets, il faut également mobiliser le levier de la politique monétaire européenne.

L'euro est surévalué. C'est mauvais pour la croissance. C'est mauvais pour nos entreprises, comme je l'ai dit hier devant le MEDEF. Je le dis à nouveau : il faut agir sur le niveau de l'euro. La banque centrale européenne a fait un mouvement positif début juin. Devant la faiblesse de la reprise économique, devant le niveau élevé de l'euro, devant le risque de déflation dans certains pays de la zone euro, la BCE a agi pour soutenir la croissance. L'euro s'est déprécié de 6 % depuis avril par rapport au dollar, sans intervention directe sur les marchés. Mais il faut aller plus loin, plus vite, notamment parce que l'inflation est trop faible. Je fais toute confiance à la BCE pour remplir son mandat d'une inflation proche de 2 % en utilisant tous les moyens à sa disposition. Les déclarations de Mario Draghi ces jours derniers à Jackson Hole vont dans le bon sens. Mais le temps presse !

Agir pour la croissance, c'est enfin aller la chercher partout où elle se trouve. Dans les nouvelles zones de croissance, dans les pays émergents, vers les continents d'avenir, et je pense en particulier à l'Afrique, à cette «verticale de croissance» Europe / Méditerranée / Afrique, porteuse d'un immense potentiel. (...)./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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9. XXIIe ConfĂ©rence des Ambassadeurs - Union europĂ©enne - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international (Paris, 29/08/2014)

Mesdames et Messieurs,

Nous allons commencer cette séance que va modérer le directeur Europe, je prendrai la parole après mes hôtes mais je voulais d'abord les accueillir, les remercier beaucoup d'être là.

Nous allons d'abord entendre mon collègue, M. Frank-Walter Steinmeier, que je remercie tout particulièrement d'être là. Nous passons la plupart de nos journées ensemble. Mme Bernadette Ségol (Secrétaire générale de la Confédération européenne des Syndicats), merci de vous être jointe à nous, je crois qu'il est très important que vous donniez le regard de votre organisation sur les perspectives européennes.

Pierre-André de Chalendar, président de Saint-Gobain, sera condamné à nous parler d'économie. A à la tête du beau groupe qu'il dirige, je crois qu'il est intéressant qu'il nous dise son point de vue sur l'Europe, d'autant que c'est un européen très engagé.

Bruno Bézard, qui est le nouveau directeur général du Trésor et avec qui nous sommes appelés de plus en plus à travailler avec le décret d'attribution qui me concerne et avec lequel nous avons travaillé efficacement dans le passé, nous éclairera sur toute une série de perspectives.

Merci à chacune et à chacun de son intervention, je pense que nous avons très largement couvert le champ, aussi bien à travers le propos introductif de Frank-Walter qui couvrait un champ très large et d'une façon extrêmement convaincante, qu'à travers le propos de M. de Chalendar, que je partage d'ailleurs, sur la nécessité d'avoir une politique énergétique européenne et du même coup, la modifier largement. Quand on réfléchit, une politique énergétique doit servir à avoir une énergie bon marché, une sécurité d'approvisionnement et qui respecte l'environnement. Des trois critères, aucun n'est rempli.

Merci à Mme Ségol qui nous a rappelé ce que nous savons, ce que nous sentons, ce qu'exprime d'ailleurs beaucoup de populations, notamment les Français à travers le vote, c'est-à-dire que nous sommes pour l'idée d'Europe. Mais le concret de l'Europe, sa gestion, ce n'est pas satisfaisant. C'est ce que nous entendons en permanence.

M. Bézard nous a rappelé avec beaucoup de force ce qui restait à faire dans le domaine très large qu'il couvre avec beaucoup de compétence.

Je voudrais, sans prétendre du tout conclure, apporter trois ou quatre remarques.

Je voudrais dire ce que les ambassadeurs que vous êtes savent tous et ce que l'opinion publique ne sait pas. Pour les relations internationales, nous sommes là pour défendre les intérêts de nos pays, pour essayer de trouver des solutions au niveau mondial. On a souvent parlé, et ce n'est pas toujours faux, des États comme de monstres froids. Mais les relations personnelles sont absolument déterminantes. Non pas qu'il faille être émotif dans ce type de fonction, mais l'on s'entend bien ou l'on s'entend moins. On se fait confiance ou l'on se fait moins confiance. On travaille facilement ensemble ou non.

Je dois dire, en espérant ne pas le compromettre que lorsqu'il s'agit de la relation que j'ai avec Frank-Walter, elle est exceptionnelle et - un mot qui est assez rare en politique -, exceptionnellement agréable. Et cela aide beaucoup.

Quand avant chaque conseil des ministres des affaires étrangères - je vous fais cette révélation qui n'en est pas complètement une -, nous nous téléphonons pour connaître les positions que nous allons prendre, tenter de susciter des conclusions positives, non seulement c'est intéressant mais en ce qui me concerne et je te force ainsi à répondre, je le fais avec plaisir. Quand on peut concilier l'efficacité recherchée avec le plaisir, je vais essayer de rester à ma place aussi longtemps que tu resteras à la tienne.

C'est vrai qu'il a un avantage supplémentaire, c'est qu'il est dans un gouvernement de coalition. Mais en France, et je salue des responsables parlementaires avec plaisir qui n'ont pas tous voté socialiste, en France la politique étrangère et la politique européenne sont épargnées de nos divisions gauloises. J'en suis vraiment très reconnaissant aux responsables de l'opposition et aussi aux responsables de la majorité.

Nous travaillons ensemble et le fait que l'Allemagne et la France, à travers leur deux ministres des affaires étrangères, et le fait qu'en France il y ait un large rassemblement sur ces questions européennes, c'est un élément extrêmement positif et je pense qu'il faut garder cela à l'esprit. Les États ne sont pas seulement des monstres froids, les ministres des affaires étrangères ne sont pas des personnes désincarnées, le climat politique et la façon dont on aborde toutes ces questions est très importante.

Ma seconde remarque : c'est vrai qu'aux élections européennes, ce n'est pas tout à fait exact en Allemagne pour des raisons diverses, mais en tout cas dans beaucoup de pays et notamment en France, les résultats ont montré que ça n'allait pas du tout. Bien sûr, on peut lier cela à la conjoncture générale, mais il y a plus que cela.

D'une part, le sentiment qui s'est exprimé à travers les votes populaires, et d'autre part, la situation objective de l'Union, comme l'a rappelé Mme Ségol – avec un jeune sur quatre au chômage sur notre continent - font qu'il faut bouger, il faut changer pas mal de choses.

C'est maintenant la tâche de la nouvelle Commission, du nouveau Parlement en recadrant des priorités.

Je ne vais pas redire ce qui a été fort bien dit à la fois par M. de Chalendar et par Bruno Bézard mais, cela va jouer très largement dans les semaines qui viennent.

Nous avons besoin de changements importants dans la politique européenne, sur le plan économique, pour lutter contre l'atonie que l'on constate. Les chiffres sont là, sur le plan social, pour faire que les Européens se sentent mieux représentés par l'Europe, sur le plan énergétique, sur le plan de la politique de concurrence, et aussi - ne laissons pas cet argument à ceux des Britanniques qui sont anti européens - pour simplifier les procédures.

Il y a un vrai travail à faire qui est toujours très compliqué lorsqu'il s'agit de simplifier mais que l'on doit absolument mener.

Je suis sûr que l'Allemagne et la France, même s'il y a tel ou tel point sur lesquels il peut y avoir des nuances, sont vraiment animées par cette volonté de changement.

Ma troisième remarque : la politique étrangère européenne.

Je lisais hier dans un grand journal du soir, un article d'ailleurs bien écrit qui disait que les Européens ne voulaient pas d'une politique étrangère sérieuse et la preuve en était qu'ils allaient choisir un responsable pour la politique étrangère qui serait sans expérience alors qu'il y avait des hommes d'expérience qui auraient pu être choisis. Et d'ailleurs, ni toi ni moi n'étions cités.

Tel n'est pas du tout notre choix et en ce qui concerne la France, il était dit subtilement que nous serions fâchés qu'il y ait une politique européenne parce que ce serait perçu comme une diminution par rapport à la politique étrangère française. Non, non et trois fois non. Nous souhaitons qu'il y ait une politique européenne active, nous y travaillons.

Si vous assistiez au Conseil des affaires étrangères de l'Union européenne, vous verriez que nous travaillons pour qu'il y ait chaque fois une position unie, autant qu'il est possible, mais aussi pour que l'on prenne des décisions. C'est vrai que c'est encore embryonnaire et parfois décevant. C'est vrai que ce n'est pas facile lorsque l'on parle de l'Irak et d'envois d'armes de faire adopter une position qui soit précisément positive à des États qui ont la neutralité dans leur Constitution; c'est compliqué.

Je pense qu'il ne faut pas abandonner ces objectifs et en tout cas, en ce qui concerne le gouvernement actuel, que ce soit le président la République, le Premier ministre et moi-même, nous sommes extrêmement loin de l'idée que tout ce qui sera fait en politique étrangère européenne le sera au détriment de la France, comme s'il y avait un avers et un revers d'une médaille. Pas du tout.

Notre tâche - et l'Allemagne et la France jouent évidemment un rôle tout à fait majeur là-dedans -, c'est d'essayer de faire en sorte que la politique européenne étrangère soit plus active. Il y a des domaines où c'est visible, par exemple lorsque nous parlons avec les Iraniens du nucléaire, où Mme Ashton - qu'il est de bon ton comme toujours de brocarder - a fait et fait un travail tout-à-fait positif. Et ce n'est pas être moins Français que d'autres que de le reconnaître, son travail est excellent.

Il faut qu'un travail du mĂŞme type soit fait dans de plus en plus de domaines et la France et l'Allemagne peuvent y aider. Je sais que c'est le souhait de l'Allemagne et je confirme que c'est le souhait de la France.

(...)

VoilĂ  quelques points que je voulais souligner.

J'ajoute un point qui va être très important dans les mois et les années qui viennent, qui est notre rapport, aux uns et aux autres, avec nos amis britanniques. C'est une affaire très compliquée. Bien évidemment, ce sont les Britanniques qui prendront les décisions qu'ils veulent prendre. Mais je pense que ce serait une très mauvaise chose pour l'Europe et pour le Royaume-Uni que, d'une façon ou d'une autre, il sorte de l'Union européenne. Il ne faut donc pas lui donner de prétexte. Et pour ne pas lui donner de prétexte, il faut que nous traitions les sujets, et en particulier la simplification, la subsidiarité et quelques autres vrais sujets qui existent.

Mais il faut en même temps que nous soyons carrés. Autant ce serait certainement, à mon sens, une erreur et même une faute que le Royaume-Uni décide de sortir de l'Union européenne, autant il n'est pas possible, sinon il n'y a plus d'Europe, que les règles communes ne soient pas acceptées.

Donc, nous aurons à faire preuve de diplomatie et, en même temps, ce qui n'est pas inconciliable, de fermeté dans les positions, pour montrer que oui, nous acceptons tout-à-fait les réformes et même nous les revendiquons là où elles sont nécessaires, mais aussi que l'Europe qui a si difficilement déjà été bâtie ne peut pas, à travers un choix politique largement intérieur, être mise en cause.

Sur tous ces domaines et sur beaucoup d'autres, il est très important que l'Allemagne et la France marchent du même pas.

C'est la raison pour laquelle j'ai été très heureux, Frank-Walter, que tu aies accepté de venir nous dire - et cela a été très apprécié - la façon dont tu voyais à la fois la perspective européenne et les relations entre l'Allemagne et la France. Merci./.

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10. XXIIe ConfĂ©rence des Ambassadeurs - Politique Ă©conomique - Discours de M. Manuel Valls, Premier ministre (Paris, 28/08/2014)

Monsieur le Ministre des affaires étrangères et du développement international, Cher Laurent Fabius,

Mesdames et Messieurs les Ministres, Mesdames et Messieurs les Secrétaires d'État,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

C'est une joie d'avoir l'occasion, pour la première fois, de m'exprimer devant vous qui, dans vos fonctions à travers le monde, êtes des grands serviteurs de l'État.

Jusqu'à présent, j'ai plutôt eu l'habitude de m'adresser à d'autres grands serviteurs de l'État : les préfets. Mais devant vous, je ne changerai pas un mot à ce que je leur ai souvent répété : servir l'État est une très belle mission, la plus noble qui soit. Et notre pays doit être reconnaissant envers vous toutes et vous tous qui, par votre implication quotidienne, faites vivre la France au-delà des mers et sur tous les continents.

On a souvent - notre pays en est friand - une image d'Épinal de ce qu'est la diplomatie ... Vous connaissez les caricatures aussi bien que moi. Elles sont à mille lieues de la réalité. Dans un monde globalisé, devenu plus que jamais auparavant notre «terrain de jeu», la diplomatie est un levier au champ d'action toujours plus élargi ; un levier essentiel de notre action, de notre influence, de notre rayonnement.

Cette conférence des ambassadeurs est parmi les grands rendez-vous qui viennent ponctuer la rentrée. Mais, peut-on vraiment parler de rentrée s'agissant de l'actualité internationale ? Tant de crises, tant de drames, tant de conflits non réglés, tant de défis mondiaux sont venus, ces dernières semaines, nous rappeler combien nous devons être en permanence mobilisés. Tragédies aériennes, urgence sanitaire avec le virus Ebola, tensions en Ukraine, enlisement au Proche-Orient, massacres en Syrie, terreur en Irak : rarement nous avons connu une telle intensité et une telle concomitance de situations alarmantes.

Le président de la République, ce matin, vous a exposé sa vision de l'état du monde. Il a précisé sa feuille de route pour notre diplomatie. Il vous a fait part également de ses initiatives pour faire entendre mieux encore la voix de la France.

Une diplomatie globale, telle est bien, au-delà du thème que Laurent Fabius a retenu pour votre conférence de cette année, notre ambition, notre volonté.

Proposer, agir, influencer, si nécessaire intervenir, voilà les maîtres mots de notre politique étrangère. Mais aussi, ne jamais se résigner, ne jamais accepter avec fatalisme des situations bloquées, être dans l'initiative : c'est là notre devoir. Et c'est notre méthode. À l'étranger, comme en France.

Avec vous, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, vous qui mesurez mieux que quiconque, là où vous représentez la France, l'image que renvoie notre pays, je veux partager ma conviction.

Ma conviction, c'est que la France sera d'autant plus écoutée, influente, reconnue comme une grande puissance qu'elle aura su dépasser ses blocages ; des blocages de toute nature qui, trop souvent, l'entravent.

Je sais que des interrogations pointent chez nos partenaires, en particulier chez nos partenaires européens, quant à notre capacité à vaincre ces difficultés. Je lis aussi les commentaires de la presse internationale, souvent critique à notre endroit. Cela dit, la presse française n'est pas plus tendre !

Votre rôle est alors d'expliquer le sens des efforts que nous menons, de relayer auprès de vos interlocuteurs la réalité de ce que nous entreprenons pour faire bouger le pays, pour lui redonner confiance en lui-même.

Et pour cela, nous devons jeter toutes nos forces dans la bataille de la croissance et de l'emploi. Cette bataille, nous devons la mener à trois niveaux. Je voudrais les détailler ici devant vous.

Le premier niveau, c'est mener les réformes indispensables qui ont été repoussées depuis trop longtemps.

Et c'est d'abord remettre - enfin ! - nos finances publiques en ordre. Quel pays, quel peuple peut penser pouvoir continuer à vivre indéfiniment au-dessus de ses moyens, c'est-à-dire à crédit ? Depuis 40 ans, nous n'avons pas eu un budget à l'équilibre. Depuis 40 ans, nous ne cessons d'accroitre notre dette. Cette fuite en avant de la dépense publique n'est plus tenable. Et ce, d'autant plus que la pression fiscale est devenue insupportable pour nombre de nos concitoyens.

C'est pourquoi, 50 milliards d'euros d'économies devront être réalisés au cours des trois prochaines années.

Cet effort est sans précédent. Il porte sur la plupart des budgets de l'État, sur les collectivités territoriales, sur notre régime de protection sociale mais avec le souci permanent de protéger les plus faibles et de maintenir nos priorités en matière d'éducation, de sécurité, de Justice, d'emploi.

Faire des économies, ce n'est pas un choix facile. Beaucoup y ont renoncé... Mais, c'est un choix nécessaire auquel tout le monde, tous les ministères doivent contribuer. Les arbitrages budgétaires ont été délicats. Je mesure que nombre d'administrations publiques sont placées sous de fortes contraintes financières. C'est le cas, je le sais, au ministère des affaires étrangères, même si nous avons veillé, avec Laurent Fabius, à préserver les moyens qui sont au coeur de l'action diplomatique.

Nous tiendrons l'objectif des 50 milliards. C'est la crédibilité de la parole de la France qui est en jeu. Ainsi que sa souveraineté.

La deuxième reforme qu'il nous faut impérativement mener, c'est la restauration de la compétitivité de nos entreprises. Et cette ligne vient d'être très clairement rappelée. Vous êtes, vous aussi, les témoins à l'étranger des difficultés de la France : l'érosion de nos parts de marché, c'est-à-dire la diminution du poids de notre pays dans le commerce mondial et au final l'accroissement du déficit de notre balance commerciale. Les causes sont connues. Vous les avez abordées, ce matin, lors de votre séance de travail consacrée au développement international, au commerce extérieur et à l'attractivité.

Nos coûts de production, et notamment le coût du travail, sont trop élevés par rapport à ceux de nos principaux concurrents. Les marges de nos entreprises sont trop faibles et donc celles-ci peinent à investir, à innover. Les gammes de produits sont ainsi en retrait par rapport à une concurrence mondiale de plus en plus exacerbée.

Nous devons par conséquent nous attaquer à tous ces handicaps. C'est le sens du Pacte de responsabilité et de solidarité. Grâce à des allègements de charge de plus de 40 milliards d'euros en trois ans, le pacte doit permette aux entreprises d'investir, de repartir à la conquête de nouveaux marchés, de remplir à nouveau leurs carnets de commandes et donc d'embaucher.

S'agit-il d'une politique de l'offre ? Ce débat m'importe peu ... et d'ailleurs, il n'intéresse pas les Français. Ce qu'ils attendent, c'est que nous prenions les bonnes décisions, que nous mettions en oeuvre les bonnes mesures, de manière équilibrée, afin de permettre à notre pays, à notre économie de se remettre en mouvement. Car nous avons pris trop de retard.

Enfin, nous devons avancer en matière de réformes de structure.

C'est ce que nous faisons avec la réforme territoriale. Cette réforme, on en parle depuis ... trente ans ... sans jamais vraiment s'y attaquer. Le débat parlementaire doit encore se poursuivre, mais il est acquis qu'avant la fin de cette année, le nombre des régions françaises sera passé de 22 à 12.

Le chantier de la simplification a été initié. Il doit à présent s'accélérer, car c'est en simplifiant les procédures, en réduisant les contraintes administratives qui pèsent sur l'activité économique que nous redonnerons du souffle à nos entreprises et que nous libérerons les énergies. Il faut notamment, comme l'a annoncé récemment le président de la République, que la discussion entre partenaires sociaux avance sur la question des seuils d'effectif dans les entreprises. Dans un même esprit, la question du travail le dimanche doit être étudiée sereinement et sans tabou dès lors qu'elle peut créer de nouveaux emplois, dans le respect de la liberté laissée à chaque salarié.

D'ici la fin du mois de septembre, un projet de loi sur la croissance et le pouvoir d'achat sera présenté. Nous devons aller vite et prendre des mesures fortes : ouverture des professions réglementées, fin des monopoles indus et des rentes de situation ; levée des verrous et des blocages notamment en matière de logements. Je mesure les oppositions que ces réformes suscitent ; mais je ne renoncerai à aucune mesure qui peut favoriser l'emploi, améliorer le pouvoir d'achat des Français, stimuler la croissance.

Cet automne également, le Parlement débattra de la loi sur la transition énergétique. Il s'agit d'engager la France, pour les 25 ans à venir, dans un nouveau modèle énergétique combinant nos atouts, le nucléaire - dont la part sera ramenée à 50 % - et une nouvelle approche misant sur la sobriété et les énergies renouvelables. Je souhaite que vous expliquiez cette loi importante et valorisiez les choix énergétiques de la France.

(...)

Il y a un mal qui frappe trop souvent la France, et vous tous qui connaissez le monde, le savez aussi bien que moi, c'est le pessimisme.

Nous Français, je l'évoquais à l'instant, nous sommes enclins à ce penchant de l'autodénigrement ... Nous ne cessons de nous comparer ... et de nous rabaisser. Cet aveuglement, souvent, ne nous permet même plus de voir combien la France, dans le monde, est regardée, et combien elle est espérée par les peuples qui sont dans la souffrance. Ils attendent tant de ce pays des droits de l'Homme qui, un jour, il y a deux siècles, a su parler au monde entier.

Bien sûr, notre grande histoire passée n'est en rien une assurance pour le présent et pour l'avenir, mais elle est au moins une bonne raison d'y croire. Car enfin, quand on arrive à se détacher de l'urgence du présent, à prendre un peu de recul, comment ne pas se dire que le jugement que nous portons sur nous-mêmes est sévère ?

Alors bien sûr, nous devons être exigeants. Nous devons mener les réformes qui s'imposent. Nous devons remettre notre pays sur les rails, car depuis 10 ans, il s'en est écarté. Mais nous devons aussi être confiants en nous-mêmes, en nos atouts.

2014 est une année de commémorations importantes. Elles rappellent qu'il y a plus de 70 ans, la France est tombée, mais qu'elle s'est relevée, plus forte encore. Alors sachons que, même si c'est difficile, même si la route est encore longue, en agissant avec constance, persévérance, abnégation, nous y arriverons. Grâce à la mobilisation de votre ministre Laurent Fabius et de vos secrétaires d'État, Harlem Désir, Annick Girardin, Thomas Thévenoud. Grâce à vous qui faites en sorte que dans ce monde globalisé, la France ait toutes les cartes en main.

Bon retour dans «vos» pays respectifs ! Continuez d'y faire briller ce beau pays qui est le nôtre.

Je vous remercie./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

 

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11. XXIIe ConfĂ©rence des Ambassadeurs - Commerce extĂ©rieur - Discours de M. Manuel Valls, Premier ministre (Paris, 28/08/2014)

(...)

Aussi, je veux vous appeler à une mobilisation générale pour une stratégie offensive de développement international. Bien sûr, les parts de marché ne se gagnent pas par décret, mais c'est à l'État d'accompagner, de stimuler, d'aider à la conquête de ces nouveaux territoires qui sont autant de relais pour notre croissance économique.

C'est la raison pour laquelle, avec le président de la République, nous avons engagé une réforme ambitieuse de nos dispositifs de soutien à notre commerce extérieur. La responsabilité du développement international a ainsi été confiée à Laurent Fabius. S'est ajouté la création d'un secrétariat d'État chargé du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l'étranger. Il ne s'agit pas d'un simple changement dans les titres ministériels ... mais bien d'une mobilisation plus efficace, mieux coordonnée de l'ensemble des services de l'État et des acteurs publics et privés. L'objectif est clair : refaire de notre pays une grande nation exportatrice ; redresser la place de la France dans les échanges mondiaux ; restaurer son image comme pays d'attraction pour les talents, pour les investissements étrangers.

Nous réunirons, en octobre prochain, le «conseil stratégique de l'attractivité de la France» ; nous déciderons alors de nouvelles mesures fortes pour aider nos entreprises à exporter davantage et pour stabiliser un cadre fiscal et juridique propice aux investissements étrangers. Pour porter cette nouvelle ambition, il fallait un nouvel instrument. Il s'agit de la nouvelle agence publique, issue de la fusion entre l'Agence française pour les investissements internationaux et l'opérateur d'appui aux PME/PMI UbiFrance, qui sera mise sur pied à compter du 1er janvier 2015.

Agir pour l'attractivité de la France, c'est le mot d'ordre pour chacun d'entre vous ; c'est ce sur quoi votre action est évaluée. Je vous demande d'y consacrer tous vos efforts en faisant la promotion et la pédagogie de nos réformes, en soulignant nos atouts, en «vendant» la France à l'étranger. La diplomatie globale, c'est cela ! Et je voudrais à ce titre insister sur trois champs d'action prioritaires. (...)/.

(Site : source Internet du Premier ministre)

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12. XXIIe ConfĂ©rence des Ambassadeurs - Tourisme - Discours de M. Manuel Valls, Premier ministre (Paris, 28/08/2014)

(...)

Le tourisme, d'abord, car c'est un secteur Ă©conomique vital pour notre pays.

Laurent Fabius s'est saisi de ce dossier avec le dynamisme et l'ambition qu'on lui connaît. L'objectif est clair : conserver notre rang de première destination touristique mondiale. Mais cette position, pour enviable qu'elle soit, est fragile. Et si nous restons au premier rang mondial, nous ne sommes qu'en troisième position pour les recettes touristiques encaissées.

Un objectif a été fixé : passer dans les prochaines années de 80 millions de visiteurs étrangers à 100 millions. C'est un vrai défi à relever, mais nous devons nous y atteler car il est source de retombées nombreuses en termes d'emploi.

Des assises nationales du tourisme ont été organisées en juin dernier ; elles ont adopté un plan d'action d'une trentaine de mesures. Le comité de promotion du tourisme mis en place par le ministre des affaires étrangères et du développement international et présidé par Philippe Faure sera chargé de veiller à sa mise en oeuvre. Vous avez vous-même la responsabilité de mettre en oeuvre le volet à l'international de ce plan ; je vous demande de vous y investir pleinement. (...)./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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13. XXIIe ConfĂ©rence des Ambassadeurs - Politiques culturelle et universitaire - Discours de M. Manuel Valls, Premier ministre (Paris, 28/08/2014)

(...)

Deuxième champ d'action prioritaire : la culture à laquelle j'associe étroitement le dossier du numérique.

Parler de culture après avoir évoqué la question du tourisme est d'ailleurs très logique : la richesse de notre patrimoine, la diversité de notre création, la densité de l'offre culturelle française contribuent largement à l'attractivité de notre pays. Le succès des festivals d'été, partout en France, en est une illustration.

Nos industries culturelles, ce sont 3 milliards d'euros d'exportations directes, grâce aux jeux vidéo, à l'édition, à la musique, au cinéma et à l'audiovisuel. Notre culture, nos artistes, nos créateurs, par leur génie, leur audace, insufflent partout dans le monde ce «désir de France». J'ai en tête l'exposition Soulage en ce moment même à Santiago du Chili et celle de Pierre Huygues à New York. Je pense aux réussites des grandes expositions françaises organisées avec l'appui de la réunion des musées nationaux à Sao Paulo, à Mexico, à Sofia et dans tant d'autres capitales.
Avec l'Institut français, avec le réseau des Alliances françaises, avec les opérateurs relevant du ministère de la Culture, vous disposez, mesdames et messieurs les ambassadeurs, des leviers pour une promotion ambitieuse de la culture française.

Et la culture, elle passe bien évidemment par le numérique.

Le numérique, c'est d'abord un enjeu de gouvernance sur lequel la France doit être très mobilisée, afin de ne pas laisser à quelques opérateurs privés le soin de réguler seuls les réseaux mondiaux et déterritorialisés de l'Internet.

C'est ensuite un enjeu de protection de nos biens culturels face aux plateformes géantes - je pense notamment à Amazon - pour lequel il nous faut une réponse européenne. Tout en veillant, bien sûr, à la défense des droits d'auteur et au principe de juste rétribution de la création.

C'est enfin un enjeu en termes de contenus pour garantir une présence de contenus français et en français, valorisant nos savoir-faire, nos créateurs. Pas seulement nos artistes ! Également nos entreprises !

À l'évidence, nous n'avons pas encore pris la pleine mesure du potentiel du numérique. Je souhaite que notre réseau diplomatique soit pleinement mobilisé pour permettre à la France d'être, non seulement dans une stratégie défensive pour protéger nos intérêts, mais également dans une stratégie offensive pour en faire la promotion.

(...)

Le troisième champ d'action prioritaire pour notre attractivité, c'est celui des savoirs et des talents.

Le rayonnement mondial de notre enseignement supérieur et de notre recherche est un facteur clé de notre compétitivité. On peut penser ce que l'on veut du fameux classement de Shanghai. Il est bien sûr loin d'être parfait, mais vous êtes bien placés pour savoir qu'il ne peut être ignoré.

Cependant, ne tombons pas dans la facilité de l'autodénigrement. La récompense reçue il y a quelques jours par le jeune franco-brésilien Artur Avila, lauréat de la médaille Fields, vient rappeler que la France demeure une «fabrique» de grands scientifiques de rang mondial.

Nos établissements d'enseignement supérieur, nos instituts et centres de recherche résistent bien à la concurrence mondiale des savoirs, et demeurent attractifs. Nous venons de retrouver notre troisième rang derrière les États-Unis et le Royaume-Uni pour l'accueil des étudiants étrangers. Ils sont près de 300.000. La mise en place de visas pluriannuels pour les étudiants inscrits en master et doctorat, ainsi que le lancement du «passeport talent», en particulier pour les scientifiques, doit faciliter encore ce mouvement.

Vous l'aurez compris : face à la montée des pays émergents, face aux grands pays - ceux d'aujourd'hui et ceux de demain - nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers. Nous devons, au contraire, sans relâche, promouvoir nos universités et nos coopérations de recherche ; c'est votre rôle, avec l'appui de l'établissement public Campus France. Nous devons également poursuivre avec détermination la simplification du paysage de l'université française autour de 25 grands pôles universitaires. Nous devons enfin développer massivement les innovations pédagogiques et les contenus universitaires en ligne. (...)./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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14. XXIIe ConfĂ©rence des Ambassadeurs - Allemagne - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du (Paris, 29/08/2014)

(...)

Sur les relations entre la France et l'Allemagne, j'ai dit souvent et il faut faire attention lorsque l'on commence à se répéter, qu'il y avait déjà à mieux se connaître. Chaque fois que l'on parle de ces sujets devant un auditoire, qu'il soit d'ailleurs allemand ou français, je dis que les Allemands ne sont pas des Français qui parlent allemand et symétriquement, les Français ne dépensent pas tous des sommes qu'ils n'ont pas. Les chiffres sont quand même plus nuancés.

Je pense qu'à travers le travail que nous faisons, au jour le jour, entre la diplomatie allemande et la diplomatie française, nous rapprochons en permanence les points de vue. Bien sûr, le ministre des affaires étrangères doit défendre les intérêts de son pays et les situations ne sont pas exactement les mêmes. La situation économique de l'Allemagne et celle de la France ne sont pas les mêmes, n'étaient d'ailleurs pas les mêmes - peut-être dans un sens différent - il y a une dizaine d'années. La situation démographique de l'Allemagne et de la France n'est pas la même. La situation géographique n'est pas la même. L'histoire n'est pas la même.

Mais à partir de ces éléments différents qu'il ne faut pas nier, notre travail au jour le jour à Frank-Walter et à moi-même, c'est d'essayer de faire converger tout cela.

Vraiment, sur les principaux sujets du jour et de l'avenir, cette convergence est absolue. Avant d'entrer dans cette salle, nous parlions ensemble de l'Ukraine. Ce n'est pas un hasard si ce que l'on appelle le format de Normandie ou le format de Berlin fait que ce sont les Allemands et les Français qui sont là pour faire que les Ukrainiens et les Russes puissent parler ensemble.

Lorsque l'Allemagne s'apprête, semble-t-il, à prendre une décision très importante en ce qui concerne l'Irak lorsque l'on sait ce qu'est l'histoire, bien évidemment la France joue un rôle. Lorsque nous parlons de la Syrie, lorsque nous parlons de nos rapports avec les États-Unis, lorsque nous parlons de la façon d'aborder les questions africaines - Mali, Centrafrique, et nous irons ensemble dans quelques semaines avec Frank-Walter à Addis-Abeba pour parler avec l'Union africaine -, tout cela fait que nous convergeons.

L'Allemagne et la France, en convergeant, permettent à la politique européenne extérieure de s'affirmer. (...)./.

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15. XXIIe ConfĂ©rence des Ambassadeurs - DĂ©règlement climatique - Discours de Mme SĂ©golène Royal, ministre de l'Ă©cologie, du dĂ©veloppement durable et de l'Ă©nergie (Paris, 28/08/2014)

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, Cher Laurent Fabius,

Madame l'envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations unies, Chère Mary Robinson,

Monsieur l'envoyé spécial du président de la République pour la préservation de la planète, Cher Nicolas Hulot,

Monsieur le Président-directeur général du groupe Lafarge,

Madame l'Ambassadrice pour le climat, Chère Laurence Tubiana,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Je suis très heureuse de m'exprimer aux côtés de Laurent Fabius sur cet enjeu vital pour le devenir de notre planète et donc l'avenir de notre pays. La conférence des ambassadeurs consacre une séance plénière à la lutte contre le dérèglement climatique, ce qui témoigne qu'elle a désormais rang d'action diplomatique majeure.

Le dérèglement climatique

Il est toujours utile de redonner quelques repères sur l'effet de serre. Pardon pour ceux qui connaissent cela par coeur, mais à l'occasion de l'élaboration de la loi sur la transition énergétique, lorsque les problèmes deviennent techniques, on perdait facilement de vue les principes fondamentaux, faute d'un état des lieux partagé. C'est la même chose pour avancer dans toutes négociations : il faut commencer par partager l'état des lieux.

Pendant des millénaires, l'effet de serre (qu'un physicien français a le premier décrit en 1827) a régulé le climat en empêchant la Terre de renvoyer vers l'espace la totalité de l'énergie solaire qu'elle reçoit. Nous lui devons que la température moyenne de notre planète ne soit pas pire que polaire.

Mais les activités humaines de l'ère industrielle ont provoqué une augmentation artificielle des concentrations de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, qui a entraîné un réchauffement climatique de plus en plus accentué depuis quelques décennies.

Le coeur du problème est que ce réchauffement va désormais beaucoup plus vite que les capacités d'adaptation de la nature et de l'humanité. La mécanique s'est emballée et, si nous n'agissons pas, les experts du GIEC estiment que la température mondiale aura, d'ici la fin de ce siècle, augmenté de 3,7° à 4,8°. Cela signifie non seulement une métamorphose radicale de notre monde mais aussi l'entrée dans une ère de déstabilisations en cascades dont nous vivons déjà les signes avant-coureurs.

Ce qui se profile, c'est d'abord la multiplication d'évènements météorologiques extrêmes de plus en plus violents. Des vagues de chaleur asséchant et stérilisant les sols, mettant en péril l'alimentation d'une humanité dont la croissance démographique se poursuit (7,2 milliards aujourd'hui, 9,6 milliards en 2050) et provoquant des migrations de la famine qui seront sources de nouvelles tensions. Des pluies diluviennes, des inondations massives et des submersions marines dues à l'élévation du niveau des mers et à la fonte des glaciers qui ravageront les littoraux, des deltas asiatiques et africains aux côtes américaines, entraînant des déplacements massifs de populations et une recrudescence des maladies propagées par les moustiques. Les appels de détresse des petits États insulaires menacés d'être engloutis nous alertent déjà sur ce qui est en cours.

Pertes de vies humaines, destructions d'installations industrielles et portuaires, coûts financiers aussi : les inondations de 2011 en Thaïlande ont touché 14.000 usines et Sony y a perdu 230 millions d'euros.

Excès d'eau ici, pénurie ailleurs : le réchauffement climatique diminue déjà l'eau disponible en surface et en sous-sol dans plusieurs régions du globe : autour de la Méditerranée, dans la péninsule arabique, en Californie... Un accès raréfié à l'eau douce risque d'entraîner une exacerbation de la compétition entre utilisateurs, des guerres ou des conflits de l'eau : celui qui oppose, autour du Nil, l'Égypte et l'Éthiopie montre qu'il ne s'agit pas de science-fiction.

Écosystèmes perturbés et atteintes à la biodiversité (20 à 30 % des espèces animales et végétales sont menacées par un réchauffement de quelques degrés), risques sanitaires accrus (notamment du fait des changements de localisation des insectes vecteurs de maladies), incendies de forêts plus nombreux dans les zones tempérées... Mais aussi déplacés et réfugiés climatiques en nombre croissant : déjà plus de 32 millions en 2012, 200 millions voire plus d'ici 2050 ?

Telles sont quelques-unes des conséquences d'un réchauffement climatique non maîtrisé.

Et aussi des risques économiques et financiers majeurs dont certains milieux d'affaires (plus clairvoyants que les lobbies pétroliers financeurs du climato-scepticisme) s'inquiètent au point de les juger «plus pervers et cruels que ceux que nous avons vécus avec la crise financière car ils s'accumulent au fil du temps». Effectivement : les climatologues nous ont appris que l'atmosphère a une mémoire.

L'Union européenne a calculé qu'un réchauffement de 3,5° coûterait aux pays d'Europe 190 millions d'euros (soit près de 2 points de PIB). La Banque mondiale a estimé que la transition vers une économie faiblement carbonisée pourrait en revanche entraîner une hausse du PIB mondial de plus de 2 points. L'Agence internationale de l'énergie et bien d‘autres organismes se sont livrés à nombre de calculs qui, tous, montrent qu'investir massivement dans la transition énergétique, ça rapporte au bout du compte bien plus que ça ne coûte grâce, notamment, aux économies réalisées sur les énergies fossiles (qui représentent, à elles seules, près de 80% de l'augmentation de nos émissions de gaz à effet de serre depuis 1970).

Ne rien faire serait non seulement dramatique, mais ce qui est nouveau, c'est d'affirmer qu'agir avec force est une formidable opportunité de sortie de crise et de croissance qualitative.

Limiter le réchauffement climatique à 2°, objectif jugé raisonnable par les travaux du GIEC, le permettrait. Cela suppose en priorité une réduction très forte de nos émissions de gaz à effet de serre, en tête desquels le dioxyde de carbone (le fameux CO²).

Voilà pourquoi mieux protéger notre planète, c'est aussi y augmenter les chances de prospérité, de paix et de sécurité.

Voilà le contexte dans lequel s'inscrivent ces deux rendez-vous majeurs de l'année prochaine : l'adoption des Objectifs de développement durable par les Nations unies en septembre 2015, à New York, et la conclusion d'un accord universel sur le climat à Paris, en décembre 2015.

Voilà quelques-unes de nos raisons d'agir à l'échelle nationale, européenne et internationale.

L'action de la France : ĂŞtre exemplaire

La France a décidé de faire un effort considérable pour un nouveau modèle énergétique. Le projet de loi sur la transition énergétique pour la croissance verte, que je défendrai très prochainement au Parlement, fixe à notre pays des objectifs ambitieux, et met en place des moyens opérationnels pour accélérer l'action.

J'ai voulu qu'il exprime une vision et une détermination à la hauteur de la responsabilité de la France comme pays d'accueil de la COP 21 :

La loi fixe les objectifs suivants :

- une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% en 2030 et une division par quatre nos émissions à l'horizon 2050 (par rapport à 1990) ;

- une réduction de 50% de la consommation d'énergie finale en France en 2050, qui permettra d'améliorer l'indépendance énergétique de la France, de réduire la facture de nos importations d'énergies fossiles, de lutter contre la précarité énergétique et de maîtriser le coût de l'énergie ;

- des énergies renouvelables, qui représentaient en 2012 14% de notre consommation énergétique, portées à 23% en 2020 puis 32% en 2030.

La loi repose sur deux piliers principaux :

- les économies d'énergie car l'efficacité énergétique dans tous les secteurs, des bâtiments à l'économie circulaire en passant par les transports propres, est la clef d'une diminution des consommations qui réduit nos émissions ;

- la montée en puissance des énergies renouvelables, terrestres et marines, dans l'Hexagone et dans les outre-mer où l'autonomie énergétique est une réponse adaptée à l'insularité. La France est déjà, après l'Allemagne et grâce à son hydro-électricité, le 2ème producteur européen d'énergies renouvelables. Éolien, solaire, biomasse, géothermie, énergies marines... toutes les ressources de nos territoires doivent être valorisées, pour réaliser notamment 200 territoires à énergie positive, 20 territoires «zéro déchet», 1 500 méthaniseurs.

Elle prévoit des incitations très concrètes dans les secteurs fortement émetteurs de gaz à effet de serre :

- le bâtiment avec, en priorité, le grand chantier de la rénovation énergétique des logements (500.000/an d'ici 2017), source d'emplois non délocalisables dans un secteur fragilisé (75.000 emplois) et de pouvoir d'achat pour les ménages car un logement bien isolé, ce sont des factures qui baissent. Avec aussi, entre autres, la construction de bâtiments à énergie positive (qui produisent plus d'électricité qu'ils n'en consomment) ;

- les transports où il s'agit de préparer l'après-pétrole en accélérant la mutation de notre parc automobile, en facilitant l'acquisition de véhicules électriques par les particuliers, les entreprises et les flottes publiques ainsi que le déploiement massif d'infrastructures énergétiques dédiées aux véhicules électriques et hybrides rechargeables. Sept millions de bornes électriques de recharge vont être déployés sur le territoire.

Le projet de loi fait le choix d'entraîner et mobiliser plutôt qu'alourdir les contraintes réglementaires ou fiscales ; de donner à chacun - citoyens, entreprises, territoires, villes et régions - les moyens de s'impliquer, de coopérer et de créer les emplois de la croissance verte. Il met en place des moyens financiers, en particulier le crédit d'impôt développement durable, un fond de garantie d'un virgule cinq milliard d'euros pour faciliter l'accès à des prêts bancaires moins coûteux, une intervention de la Banque européenne d'investissement à hauteur de 400 millions d'euros ainsi que des prêts «transition énergétique» et «croissance verte» de la Caisse des Dépôts, pour financer les projets de transition énergétique des collectivités à taux très avantageux.

Il repose sur la conviction que la transition énergétique est une chance d'améliorer la compétitivité de nos industries, de stimuler l'innovation technologique, de faire émerger et de consolider des filières d'avenir, de créer des emplois durables, d'éviter les gaspillages financiers, de protéger plus efficacement la santé publique, de vivre mieux tout en préservant notre planète. On le voit, ce nouveau modèle énergétique et écologique est aussi un nouveau modèle de développement économique et social. C'est un levier de sortie de crise, le plus efficace et le plus rapide.

Bien-sûr, chaque pays a son mix énergétique, fruit d'une histoire particulière, et rien ne sert d'attaquer frontalement tel ou tel modèle. Mieux vaut s'appuyer, pour avancer ensemble, sur ce qui nous rassemble : l'efficacité énergétique, les énergies renouvelables et l'économie circulaire m'apparaissent comme le socle le plus solide de coopérations efficaces. Mais aussi la mobilisation des territoires avec les coopérations décentralisées.

Si la France veut convaincre et entraîner, ce n'est pas en donnant des leçons aux uns ou aux autres mais en administrant concrètement la preuve du possible en devenant une puissance écologique de l'après-carbone. Nous en avons les ressources, les compétences, les talents, la volonté.

Agir en Europe et avec l'Europe

Agir efficacement contre le dérèglement climatique, c'est aussi mettre en mouvement l'Europe tout entière et parvenir à la définition d'une position européenne ambitieuse et satisfaisante pour tous les États membres.

Un accord sur ce que l'on appelle le «Paquet Énergie-Climat 2030» est indispensable au plus tard en octobre pour que l'Europe accélère, elle aussi, sa mutation énergétique et transmette d'une seule voix sa contribution à la préparation de la COP 21 et déjà à Lima.

Je suis convaincue que c'est aussi en construisant concrètement l'Europe de l'énergie comme Europe des projets concrets associant les pays volontaires, incarnant notre ambition climatique, notre excellence technologique et notre indépendance énergétique, que nous pourrons être, en pratiquant ce que j'appelle la politique par la preuve, force d'entraînement pour les autres pays.

Les discussions se poursuivent. Elles doivent s'accélérer. Certaines sont serrées car il faut concilier l'est et l'ouest de l'Europe, son centre et sa périphérie, les pays d'abord préoccupés par le coût des mesures envisagées et leur sécurité énergétique, ceux qui plaident pour un objectif d'interconnexion électrique très élevé.

La France s'est attachée à faire progresser ce débat en présentant, le 12 juin dernier au Conseil Environnement du Luxembourg, des pistes pour un accord juste et efficace autour de trois idées :

1. avoir une approche globale qui lie solidement ensemble la question de la sécurité énergétique et la lutte contre le dérèglement climatique ;

2. fixer un cap clair et à la hauteur des enjeux : un objectif de réduction de 40 % des émissions européennes de gaz à effet de serre, un objectif de 27 % d'énergies renouvelables et un objectif global d'efficacité énergétique de 30 % (je me réjouis de leur adoption par la Commission) ;

3. un partage de l'effort juste et efficace, intégrant des mécanismes de solidarité et de flexibilité ainsi que des mesures qui favorisent la compétitivité de l'Union européenne.

Les propositions françaises ont été bien accueillies et j'ai bon espoir que le dialogue engagé avec nos partenaires débouche sur un compromis constructif.

C'est aussi en investissant dans l'efficacité énergétique, dans la constitution de filières d'excellence pour les énergies bas carbone, en soutenant l'innovation dans les réseaux intelligents, le stockage de l'énergie, de grands projets d'électro-mobilité, les carburants alternatifs, les villes zéro déchets, en épaulant l'action des villes et des régions qui, souvent, ont une longueur d'avance sur les États, que l'Europe répondra aux défis du temps présent, assurera son avenir et pourra convaincre que c'est une formidable opportunité de prendre le grand tournant de la croissance verte car là sont les nouveaux gisements d'activités, d'emplois, de création de richesse et de progrès social et de santé publique.

Je compte sur celles et ceux d'entre vous qui sont en poste dans des pays européens pour relayer activement cette façon de voir et ces objectifs.

La France dans la dimension mondiale

Fort de son engagement pour elle-même, la France peut contribuer très fortement à changer l'esprit des négociations en vue d'un accord à Paris Climat 2015. Tout particulièrement en mettant l'accent sur l'«Agenda positif, c'est-à-dire l'agenda des solutions» qui illustre les bénéfices, pour le climat, pour l'économie et pour le bien-être de tous, des nombreuses initiatives concrètes qui se multiplient de par le monde, souvent à l'initiative de villes et de collectivités qui mutualisent leurs bonnes pratiques dans des réseaux internationaux actifs et créatifs.

Le sommet de décembre 2015 est une formidable occasion de faire connaître et de valoriser ces réalisations qui montrent que le mouvement est lancé et ne demande qu'à s'étendre. La loi française sur la transition énergétique s'est beaucoup inspirée d'expériences pionnières qui, dans tout le pays, ont fait leurs preuves et d'expérimentations réussies qu'elle s'attache à généraliser.

Lors du Sommet Climat du 23 septembre à New York, la France soutiendra nombre d'initiatives qui sont parties prenantes de cet agenda des solutions, dans des domaines comme les alternatives aux hydrofluocarbures (plus nocifs encore que le dioxyde de carbone), la réduction des déchets, le fret vert, les véhicules électriques ou à très basse consommation de carburant ou encore l'initiative portée par la Banque mondiale de donner un prix au carbone.

De même, la Conférence environnementale française de cet automne, que présidera le chef de l'État, mobilisera, sur la base de l'élan insufflé par la loi sur la transition énergétique, de nombreux acteurs de cet agenda des solutions.

Car les réponses au dérèglement climatique sont là, à portée de main, efficaces et probantes. Ce qu'il faut maintenant, c'est un changement d'échelle et une accélération du mouvement.

Sous toutes les latitudes, la prise de conscience progresse. Aujourd'hui, 75 % des Français (50 % en 2010) disent mesurer les risques du changement climatique.

Aux États-Unis (où l'on estime que l'inaction pourrait coûter jusqu'à 150 milliards de dollars/an à l'économie américaine), des mesures inédites contre les émissions des centrales à charbon ont été prises.

En Chine, depuis deux ans, la consommation de charbon diminue de 5 %/an, ce qui représente 900 millions de tonnes de CO² évitées, soit l'équivalent des émissions cumulées de la France et de l'Allemagne.

Chez les pays les plus pollueurs de la planète, les lignes bougent. Et des pays qui ont longtemps réduit la lutte contre le changement climatique à un quasi-complot des pays riches pour entraver leur développement commencent à prendre la mesure des dégâts et à considérer qu'une économie verte peut être un gisement de croissance.

Conclusion

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, vous pouvez porter dans le monde entier le message ambitieux et mobilisateur de la France. La croissance verte est, de nos jours, la réponse la plus efficace à ces crises - alimentaire, économique, sociale, environnementale et au bout du compte humanitaire - qui s'emboîtent au point de n'en former qu'une, globale : la crise d'un vieux modèle prédateur des ressources naturelles à bout de souffle dont il est temps d'accélérer le remplacement.

Nous aimons, à raison, proclamer l'excellence de nos valeurs démocratiques mais la démocratie et l'écologie sont de plus en plus liées car quelle souveraineté, quelle maîtrise de son destin, quels choix débattus avec tous quand il ne reste plus qu'à subir ce qu'on n'a pas maîtrisé à temps ?

Il arrive qu'on nous reproche, parfois non sans raison, de qualifier d'universel la simple projection de notre propre modèle, y compris dans ses dimensions les plus particulières. Eh bien, la protection de la planète est une belle cause universelle à porter, que l'on soit du Nord ou du Sud, d'un pays riche ou d'un pays pauvre, car elle concerne l'humanité tout entière et ce sont les plus fragiles, les plus démunis, qui sont les plus exposés aux impacts climatiques de nos activités à tous.

Certes, les conséquences et les risques sont différents d'une région à l'autre mais aucune n'y échappe, toutes y sont confrontées. Chacun de vous peut l'observer dans le pays où il est en poste.

Le 1er Sommet de la Terre proclamait en 1972 à Stockholm : «tout être humain a deux patries, la sienne et la planète Terre».

Cette planète est notre bien commun à tous et c'est à nous tous qu'il incombe de la réparer et de la transmettre en meilleur état aux générations futures.

VoilĂ  le message authentiquement universel de la France que vous pouvez porter partout.

Je vous remercie./.

(Source : site Internet du ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie)

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16. IVe Sommet de la Commission de l'OcĂ©an indien - Discours de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique (Moroni, 23/08/2014)

Monsieur le Président de l'Union des Comores,

Monsieur le Président des Seychelles,

Monsieur le Président de Madagascar,

Monsieur le Premier ministre de Maurice,

Monsieur le Secrétaire général de notre Organisation

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs qui représentez les autorités comoriennes,

Je veux d'abord introduire mon propos par une gratitude. J'ai été très sensible à votre compréhension, Messieurs les Chefs d'État et de gouvernement, et à votre compassion à la suite de l'accident tragique de cet avion d'Air Algérie qui transportait, non seulement des compatriotes français, mais d'autres, de Ouagadougou à Alger, et qui a justifié que je demande le report de notre sommet.

Vous avez bien voulu l'accepter. Non seulement, vous avez pu permettre l'organisation de ce sommet à la fin du mois d'août, mais vous avez tous confirmé votre présence. Car je tenais comme, président de la République française, à être moi-même, ici, aux Comores.

Je veux remercier le président Dhoinine et la population comorienne pour l'accueil qui m'a été réservé, tout au long du parcours, entre l'aéroport et le lieu de cette conférence. J'ai vu des drapeaux français s'agiter, j'ai vu des mains s'ouvrir, j'ai vu des yeux de Comoriens qui savaient quels étaient les liens qui nous unissent et qui veulent, aussi, marquer leur esprit d'amitié à l'égard de la France. Je n'oublie pas aussi les Comoriens qui vivent en France et qui participent aussi au développement de leur propre pays, même s'ils sont pour beaucoup binationaux.

Ce qui nous rassemble ici, ce n'est pas simplement l'histoire ou la géographie, c'est la culture, c'est une volonté de développement et de coopération. Ce qui nous unit, c'est un océan, l'Océan indien, mais c'est aussi une compréhension des enjeux pour la planète.

Notre Organisation a bien travaillé. La Commission de l'Océan indien ne s'était pas retrouvée depuis longtemps, puisque le dernier sommet s'était tenu en 2005. Nous en connaissons les raisons, elles n'ont rien à voir avec le fonctionnement de notre Organisation. La situation à Madagascar, justifiait au nom des valeurs que nous portons - les valeurs de liberté, les valeurs du droit, les valeurs de la démocratie - que nous soyons en attente, que Madagascar fasse enfin le choix qui est attendu d'un grand pays, d'un grand pays ami. C'est le cas aujourd'hui.

Je veux saluer le président élu, le président légitime de Madagascar, parce qu'il nous permet aujourd'hui, enfin, de nous rassembler pour l'Océan indien. Qu'il sache bien qu'il peut compter sur le concours de la France, sur l'appui de l'Organisation que nous formons, parce qu'il n'y aura pas de développement de l'Océan indien, sans développement de Madagascar.

Je suis ici aux Comores. Je souhaite retisser les fils d'une histoire commune, dont l'un des faits marquants, rappelé par le président Dhoinine, fut la venue, ici à Moroni, de François Mitterrand en 1990. Dernière visite d'un président de la République française ! L'enjeu aujourd'hui, pour reprendre les mots mêmes de François Mitterrand il y a maintenant près de vingt-cinq ans, c'est de faire tomber les barrières qui nous séparent et de trouver une forme d'unité différente du passé.

Nous avons pu sceller avec le président de l'Union des Comores, une déclaration lors de sa visite à Paris. Cette déclaration de 2013 nous permet d'envisager des relations apaisées et constructives. Il y a d'abord le développement que nous devons appuyer, nous la France, et pas simplement la France, à l'égard de l'Union des Comores. C'est pourquoi j'ai voulu porter un geste, en venant ici, en annulant la dette des Comores pour que nous puissions contribuer à l'assainissement de la situation budgétaire.

Nous avons aussi, le président l'a rappelé, des drames. Des drames qui appellent forcement des solutions. Nous devons prévenir l'immigration, parce que nous ne pouvons pas laisser penser que des familles peuvent s'embarquer sur des bateaux de fortune et espérer, en franchissant un bout d'océan, accéder à la prospérité. Nous devons travailler ensemble et il n'y aura pas de lutte contre l'immigration clandestine s'il n'y a pas un combat pour le développement et notamment pour le développement, ici, des Comores. C'est l'esprit que nous avons arrêté avec le président, de façon à ce que nous puissions prévenir l'immigration et faire en sorte d'engager une politique de développement.

Les liens qui nous unissent, c'est aussi la question de l'économie, de la technologie, de la recherche, de tout ce que nous pouvons tirer de l'Océan indien. C'est l'enjeu même de cette rencontre de la Commission de l'Océan indien. Nous avons en partage un bout de l'humanité qui s'appelle l'Océan indien. Nous avons une volonté, le développement, la coopération. Nous avons des projets. Des projets autour de la connectivité c'est-à-dire, en fait, des échanges, des transports, des flux que nous devons faciliter.

Nous avons cette chance, c'est d'être sur une partie du monde qui va connaître une croissance très forte dans les prochaines années. Est-ce que nous en subissons les effets ? Ou est-ce que nous essayons d'en saisir les opportunités. C'est l'enjeu de l'Organisation que nous avons décidée, il y a bien longtemps, de former.

À l'époque, il y avait ce que l'on appelait déjà la mondialisation. Elle a pris un tour nouveau. Il y a aujourd'hui beaucoup plus de trafic, beaucoup plus de transport, beaucoup plus de développement. Et puis, nous découvrons aussi ce que la mer peut offrir comme ressource.

Je ne parle pas simplement du tourisme, qui est néanmoins un levier de développement ; je ne parle pas simplement de la pêche ; je parle aussi des ressources naturelles que nous pouvons puiser dans la mer et dans l'Océan indien.

Il y a beaucoup d'espoir sur des gisements que nous pouvons exploiter. Il y a aussi beaucoup de technologies nouvelles que nous pouvons valoriser, utiliser, pour tirer de la mer des richesses nouvelles sans mettre en cause l'environnement.

C'est cette volonté-là que nous devons porter, pas simplement dans les paroles, mais dans les actes.

D'abord, l'Océan indien est menacé par le changement climatique. Cela a très bien été dit par Monsieur le Premier ministre de Maurice, parce que la montée des eaux n'est pas une menace virtuelle, n'est pas une hypothèse, c'est une réalité. Faut-il encore lancer de nouveaux cris d'alarme ! Tant avant moi en ont prononcés...

Mais là, maintenant, il n'est plus temps. Nous devons engager, à travers la conférence qui va se tenir à Paris sur le climat, une grande mobilisation. D'abord ici, dans l'Océan indien. Saisissons cette opportunité pour mettre en évidence que le réchauffement climatique peut avoir, pour des territoires, une conséquence ultime, c'est-à-dire leur disparition. Cela peut mettre en cause des États insulaires. Il est vrai que la formule utilisée par son ambassadeur pour la planète, Nicolas Hulot, est la bonne. L'humanité est aussi une ile qui doit se protéger, parce qu'elle peut être également atteinte. Toute l'humanité...

Nous devons faire aussi en sorte de mettre en cause la responsabilité des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre. Nous devons obtenir à la fin de l'année 2015, lors de cette conférence de Paris, un accord. Un accord équilibré, qui demandera plus aux pays qui polluent le plus et qui demandera moins aux pays qui veulent assurer leur développement. Mais aujourd'hui, les victimes, ce sont les pays les plus pauvres et les responsables, ce sont les pays les plus riches. Alors, nous devons mettre en cause cette inégalité supplémentaire.

Ce qui nous menace également et nous devons regarder aussi ce défi en face, c'est l'insécurité sur les mers et la lutte contre la piraterie ; et l'insécurité aussi sur nos propres terres. Sans sécurité, il n'est pas possible de valoriser le formidable potentiel des ressources de l'Océan indien. Là aussi, nous menons des actions, nous avons commencé à les faire, pour lutter contre la piraterie, contre la pêche illégale, contre le pillage des ressources, contre les filières mafieuses de trafics de marchandises ou d'êtres humains, y compris ces filières d'immigration.

C'est pourquoi je me réjouis de la mise en place prochaine d'un centre qui fusionnera les renseignements en matière de sécurité maritime. La France y prendra toute sa place et nos forces armées de la zone sud de l'Océan indien seront là pour lutter contre tous les fléaux qui menacent notre Océan indien.

Au-delà des menaces, il y a ce que nous pouvons espérer de l'Océan indien. C'est ce que l'on appelle «l'économie bleue». Grâce à la COI, nous pouvons mieux valoriser les ressources maritimes. Là encore, la France est à vos côtés, prête à discuter avec tous, parce que je pense que nous avons besoin de dialogue, de négociation, de coopération pour agir en matière de pêche, de tourisme, d'énergie renouvelable, d'exploitation des hydrocarbures pour porter des projets conjoints. Je pense que nous devons donner une traduction à notre Sommet, il doit y avoir des projets concrets pour l'exploitation des ressources maritimes.

La France mettra en oeuvre tous les moyens de l'Agence française de développement, tout son soutien à la politique de coopération pour que nous puissions investir davantage ensemble pour l'Océan indien.

Je voulais donc vous adresser un message simple : nous avons l'Océan indien en partage, c'est une responsabilité. Nous avons cette capacité de pourvoir valoriser au mieux cette ressource qui est votre environnement, qui est notre patrimoine. Nous avons beaucoup à faire ensemble.

Ce sommet doit maintenant ouvrir d'autres étapes et d'autres échéances. Nous pouvons maintenant nous réunir plus fréquemment, faire en sorte que les forces vives de nos pays respectifs, les acteurs économiques se voient aussi pour en délibérer. Nous devons également faire en sorte que les acteurs politiques de nos différents pays se retrouvent. Je suis venu avec des parlementaires de toute la France et de l'Outre-mer, pour partager justement cette préoccupation.

Enfin, j'évoquais la langue. Je participe à de nombreux sommets, mais ceux que j'apprécie le plus, ce sont les sommets où l'on parle français. Ce que j'apprécie le moins, c'est quand les Français parlent une autre langue que la leur - cela peut arriver - parce que ce que nous avons en bien commun la langue française. Je le dit souvent, la langue française n'appartient pas à la France.

La France a fait don de sa langue à l'humanité. Cette langue porte de la culture. En apprenant le français, on apprend la littérature, on apprend aussi à mieux connaitre la science, la philosophie... En apprenant le français, et en le parlant, vous contribuez à la diversité, à a pluralité du monde. En parlant le français, nous diffusons un esprit, une mentalité, une conviction que la dignité humaine, la liberté et l'égalité peuvent être partagées.

François Mitterrand avait des ressources liées à l'histoire. Il rappelait qu'aux Comores étaient venus les jacobins qui avaient été chassés après quelques tumultes durant la Révolution française. Il rappelait également que c'était aux Comores que s'étaient réfugiés ceux qui avaient été repoussés par Napoléon. Vous êtes une terre de liberté.

L'Océan indien, c'est un esprit de liberté. Il était bon que le Premier ministre de Maurice dise combien il était attaché à la francophonie. Pas simplement parce qu'il y a un candidat pour l'Organisation, mais parce que la francophonie, c'est notre patrimoine commun. Et l'Océan indien doit être un espace de francophonie. Ce n'est pas l'influence de la France, c'est l'influence de la culture que vous avez aussi choisi de partager avec nous.

Mesdames et Messieurs, Messieurs les Chefs d'État et de gouvernement, faisons en sorte de faire de l'Océan indien une terre de développement, de culture, de prospérité.

Vive la Commission de l'Océan indien !./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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17. Union europĂ©enne - Entretien de M. Harlem DĂ©sir, secrĂ©taire d'État chargĂ© des affaires europĂ©ennes, avec le quotidien «Les Échos» (Paris, 29/08/2014)

Q - Quels objectifs François Hollande poursuit-il en demandant la tenue d'un sommet de la zone euro ?

R - La stagnation du PIB de la zone euro et le risque de déflation appellent des décisions rapides et fortes. À la suite du débat qui s'est déroulé les 26 et 27 juin derniers au Conseil européen pour donner une feuille de route à la nouvelle Commission qui prendra ses fonctions cet automne, il est urgent d'aller plus loin et de bâtir un nouveau consensus pour la croissance et la réforme. On voit bien que, à l'échelle mondiale, l'Europe tarde à rallumer le moteur de la croissance quand les autres continents sont repartis. L'Union aussi doit être capable de sortir de la crise. Pour nous, cette stratégie de croissance doit reposer sur quatre piliers : une politique monétaire appropriée et dynamique ; une coordination budgétaire qui tienne compte des circonstances exceptionnelles et des réformes engagées ; un soutien européen fort aux investissements publics et privés, avec notamment la mise en oeuvre d'un plan d'investissements supplémentaires de 300 milliards d'euros sur trois ans comme l'a annoncé Jean-Claude Juncker ; la mise en oeuvre immédiate de la «garantie jeunesse», afin de lutter contre le chômage massif des jeunes.

Q - En 2012, François Hollande avait réclamé un pal de relance, peu suivi d'effets. Ne tourne-t-on pas en rond ?

R - Le plan de 2012 a eu des effets, en particulier l'augmentation de capital de la Banque européenne d'investissement (BEI), qui lui a permis d'augmenter ses prêts de 60 milliards d'euros. Mais il faut aller au-delà, mobiliser plus rapidement tous les instruments existants, comme le budget européen pluriannuel, prévoir une nouvelle augmentation de capital de la BEI, car l'effet de levier est efficace, généraliser les «project bonds», poursuivre la réflexion sur une titrisation sécurisée pour orienter plus de fonds vers les PME et le financement de l'économie réelle.

Enfin, nous proposons de créer un outil pour orienter l'épargne privée vers l'économie européenne, une forme de livret d'épargne européen, qui serait distribué dans tout le réseau bancaire et pourrait permettre à la BEI de relancer les investissements dans les infrastructures : énergie, transport, numérique, qui généreront la croissance de demain.

Q - la France parle investissement, l'Allemagne réformes et respect du pacte de stabilité. Les conditions d'une «réorientation» sont-elles réunies ?

R - Il faut dépasser cette opposition et toute suspicion. La France et l'Allemagne sont partenaires et doivent bâtir une vision et un message communs au service de la relance du projet européen. C'est vrai que les perceptions entre les Français et les Allemands sont différentes. L'Allemagne, lorsqu'elle a mené ses réformes dans les années 2000, connaissait des déficits importants. Elle n'a pas mené de front les réformes et la consolidation budgétaire. Et le succès des unes a facilité la réussite de l'autre.

La France a engagé un train de réformes sans précédent pour renforcer sa compétitivité et chacun peut se retrouver en Europe sur la nécessité de soutenir la croissance sans attendre. Ce qui suppose d'investir plus en fonction des possibilités des uns et des autres. Et d'utiliser les flexibilités prévues concernant le rythme de la consolidation budgétaire./.

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18. Italie - CommuniquĂ© du ministère de l'intĂ©rieur (Paris, 28/08/2014)

Le 27 août 2014, M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur de la République française et M. Angelino Alfano, ministre de l'intérieur de la République italienne et président pro tempore du Conseil des ministres de l'Union européenne, se sont rencontrés au Viminale à Rome pour une réunion de travail principalement consacrée à la question de l'immigration irrégulière en Méditerranée centrale, sur la base du plan présenté par la France et des propositions stratégiques de la présidence italienne.

Les deux ministres partagent la même préoccupation quant à l'aggravation de la crise migratoire en Méditerranée et de la nécessité de travailler au sein de l'Union européenne pour trouver des réponses à court, moyen et long terme aux drames qui se renouvellent en Méditerranée, comme aux conséquences de cette migration irrégulière en Europe.

Ils considèrent que la question de la situation migratoire en Méditerranée doit être traitée, en urgence, au niveau de l'Union européenne, dans un esprit de solidarité et de responsabilité, et que l'Europe doit s'engager avec détermination à lutter contre les filières criminelles qui organisent l'immigration clandestine et le trafic des êtres humains.

Ils ont marqué leur complet accord sur le lancement d'une opération «Frontex +» chargée d'assurer le contrôle et la surveillance des frontières extérieures maritimes de l'Union européenne en méditerranée centrale, conformément aux règles de Frontex. La mise en oeuvre de cette opération permettra de mettre progressivement fin à l'opération Mare Nostrum.

Ils partagent la conviction qu'une coordination renforcée sur les migrations en Méditerranée, en lien avec le Haut représentant de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et la Commission européenne est indispensable afin d'assurer la bonne coordination et mise en oeuvre de ces actions prioritaires. Il sera rendu compte au Conseil et au Conseil européen de la mise en oeuvre de ces orientations.

Les deux ministres se sont également accordés sur les points suivants :

- Engagement de tous les États de l'Union Européenne pour une stricte application des règles d'identification des migrants illégaux prévues par la règlementation européenne.

- Renforcement de la coopération avec les pays d'origine et de transit en matière de surveillance des frontières, de coopération policière et d'aide au développement de ces pays./.

(Source : site internet du ministère de l'intérieur)

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19. Espagne - CommuniquĂ© du ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forĂŞt (Paris, 28/08/2014)

Stéphane Le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt et la ministre de l'agriculture, de l'alimentation et de l'environnement d'Espagne, Isabel Garcia Tejerina, se sont rencontrés pour une réunion de travail afin d'analyser l'impact de l'embargo décidé par la Fédération de Russie pour l'importation de certains produits agroalimentaires en provenance de l'Union européenne.

Dans ce cadre, les deux ministres se sont accordés sur les points suivants :

- L'embargo établi par la Fédération de Russie est un problème partagé par tous les pays européens, qui demande donc des solutions au niveau européen. Les producteurs ne doivent pas être affectés négativement par les conséquences d'une décision politique dont ils ne sont pas responsables.

- Ainsi, il est nécessaire que la Commission continue de suivre avec précision l'évolution des marchés et réagisse avec la plus grande réactivité pour prendre les mesures nécessaires. Ces mesures doivent être adaptées à la situation de chaque filière.

- Pour ce faire, la Commission doit mobiliser tous les outils à sa disposition depuis l'adoption de la nouvelle PAC pour minimiser les perturbations dans le marché européen, en particulier le retrait de la production, le stockage, les restitutions aux exportations et les aides à la promotion. Par ailleurs, la Commission doit favoriser activement la recherche de débouchés alternatifs dans les pays tiers pour les produits agroalimentaires affectés par l'embargo.

- La France et l'Espagne ont les mêmes préoccupations sur les conséquences de l'embargo russe et défendront une position commune lors du Conseil exceptionnel des ministres de l'agriculture le 5 septembre à Bruxelles, à la fois sur les mesures et sur la liste des produits concernés./.

(Source : site Internet du ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt de France)

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