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Déclarations officielles de politique étrangère du 18 septembre 2014


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Espagne/DĂ©placement de M. Harlem DĂ©sir - Ebola/Nations unies/RĂ©union du conseil de sĂ©curitĂ© - Fidji/Élections lĂ©gislatives (Paris, 18/09/2014)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations suivantes :

1 - Espagne - DĂ©placement de M. Harlem DĂ©sir (Madrid, 19 septembre 2014)

M. Harlem Désir, secrétaire d'État chargé des affaires européennes, se rendra demain à Madrid pour s'entretenir avec son homologue, M. Iñigo Mendez de Vigo, ainsi qu'avec M. Jorge Moragas, directeur de cabinet du président du gouvernement espagnol.

Ces entretiens permettront de faire le point sur notre coopération bilatérale et les principales questions européennes et internationales.

M. Harlem Désir rencontrera en outre notre communauté d'affaires en Espagne et interviendra devant le «Nueva Economía Forum».

À l'occasion de ce déplacement, M. Désir rendra par ailleurs hommage au lieutenant-colonel Henri Morel, attaché militaire en Espagne de 1936 à 1939 et mort pour la France en 1944, en dévoilant une plaque commémorative dans l'ambassade. Il aura également un entretien avec M. Alfredo Pérez Rubalcaba, ancien secrétaire général du parti socialiste ouvrier espagnol.

2 - Ebola - Nations unies - Réunion du conseil de sécurité (New York, 18 septembre 2014)

La France participera aujourd'hui à la réunion du conseil de sécurité des Nations unies consacrée à la lutte contre l'épidémie d'Ebola, une semaine avant le sommet organisé par le Secrétaire général des Nations unies au niveau des chefs d'État ou de gouvernement.

Cette menace globale, qui a déjà fait près de 2.600 victimes et déstabilise l'économie des pays touchés, appelle plus que jamais une mobilisation de l'ensemble de la communauté internationale et une coordination accrue des efforts.

La France y prend toute sa part.

3 - Fidji - Élections législatives (17 septembre 2014)

La France salue le bon déroulement des élections législatives du 17 septembre, qui marquent le retour du pays à la démocratie.

Elle se tient prête à travailler avec les autorités nouvellement élues et à renforcer notre coopération bilatérale, notamment dans le domaine de l'intégration des collectivités françaises du Pacifique dans leur environnement régional./.

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2. Chine - Dialogue franco-chinois de haut niveau sur les Ă©changes humains - Interventions de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international (Paris, 18/09/2014)

Je suis extrĂŞmement heureux de vous accueillir Madame la Vice-Premier-ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Monsieur le Président Mérieux, Président du comité des mécènes du 50e anniversaire,

Madame et Monsieur les Secrétaires généraux du dialogue de haut niveau franco-chinois sur les échanges humains,

Chers Amis Chinois et Français,

Madame la vice-Premier ministre,

Je veux tout d'abord vous remercier chaleureusement pour votre venue en France à l'occasion de cette première session du dialogue de haut niveau franco-chinois sur les échanges humains dont je suis heureux d'assurer à vos côtés la présidence.

La mise en place de ce dialogue a été décidée par le président chinois et par le président français lors de la visite d'État du président Xi Jinping en mars 2014. Je me souviens fort bien que c'est dans cette salle que le président Xi avait prononcé son allocution extrêmement importante.

Les deux présidents ont souhaité manifester tout le prix qu'ils attachent à cet exercice par un échange de messages à l'occasion de cette première session. Cela témoigne de la volonté de nos deux pays, portés au plus haut niveau, de bâtir ensemble un avenir commun, en multipliant les canaux d'échanges entre nos deux peuples.

Je veux remercier également, mais vous venez de le faire par vos applaudissements les artistes pour cette ouverture musicale absolument magnifique qui témoigne non seulement de l'amitié entre nos deux peuples, mais aussi de la richesse de nos cultures et de nos traditions artistiques.

C'est la première session du dialogue sur les échanges humains et nous le disions avec mon homologue, les échanges humains, c'est à la fois la base de tout et le but de tout. C'est pourquoi la création de ce dialogue est si importante.

Cette première session intervient en plein coeur des commémorations du cinquantième anniversaire de nos relations diplomatiques.

C'est pour moi l'occasion de rendre hommage à ceux qui ont eu cette idée visionnaire, il y a 50 ans maintenant, de l'établissement des relations diplomatiques : le président Mao et le général de Gaulle ; de rendre hommage à ceux qui ont rendu possible ce cinquantenaire extrêmement brillant dans les deux pays ; et, s'agissant de la France, de rendre un hommage particulier - sa modestie en souffrira mais ce ne sera que pour un instant - à Alain Mérieux qui a tant fait, comme président du comité des mécènes et à beaucoup d'autres titres, à la fois pour les relations franco-chinoises et pour le succès éclatant de ces commémorations. Merci beaucoup à vous, Cher Alain Mérieux.

Je suis heureux de voir parmi nous aujourd'hui des acteurs extrêmement nombreux et variés de notre relation. Chacun, chacune, dans votre domaine, vous illustrez un partenariat unique par sa richesse et par son dynamisme.

Nous sommes particulièrement touchés d'accueillir de jeunes étudiants chinois et français au Quai d'Orsay. Nous comptons sur elles et sur eux pour être, durant toute leur vie, les ambassadeurs de l'amitié franco-chinoise.

Nous allons maintenant avoir le plaisir d'écouter les deux secrétaires généraux de ce dialogue, Mme Anne-Marie Descôtes, directrice générale de la mondialisation, du développement et des partenariats de cette Maison et M. Hao Ping, vice-ministre chinois de l'éducation, qui ont préparé cette rencontre avec enthousiasme, avec énergie pour nous présenter les résultats extrêmement appréciables de leur travail.

Je m'efface maintenant devant ceux qui ont travaillé, c'est à vous deux que je demande de venir prendre ma place, Monsieur Hao Ping d'abord, et de nous dire la substantifique moelle. Merci./.

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Madame la vice-Premier ministre (Mme Liu Yandong) ;

Mesdames et Messieurs les Ministres ;

Mesdames et Messieurs les Parlementaires ;

Madame et Monsieur les Secrétaires généraux du dialogue de haut niveau franco-chinois sur les échanges humains (Mme Anne-Marie Descôtes et M. Hao Ping) ;

Mesdames et Messieurs, Chers Amis chinois et français ;

Tout d'abord, permettez-moi de vous dire le plaisir que j'ai d'accueillir aujourd'hui la première session du dialogue de haut niveau sur les échanges humains.

Pour les raisons que j'ai dites tout Ă  l'heure, les Ă©changes humains Ă©tant Ă  la fois la base de tout et l'objectif de tous, nous sommes, Madame la vice-Premier ministre et moi-mĂŞme extrĂŞmement attentifs Ă  cette dimension majeure du partenariat franco-chinois.

À vrai dire, les échanges fructueux dans ces domaines ont lieu depuis très longtemps. La qualité exceptionnelle du partenariat franco-chinois a été mise en valeur par la visite d'État très réussie du président Xi Jinping en mars 2014, est le résultat d'une longue amitié.

Nos échanges n'ont jamais cessé depuis que le roi Louis XIV a dépêché, au XVIIème siècle, des jésuites français à la cour de l'empereur Kangxi. Ces deux grands monarques, dont les dates de règne coïncident presque exactement, ont inauguré une ère de découverte mutuelle et de coopération magnifiquement illustrées par l'exposition en cours au Château de Versailles, si vous avez un instant de libre, courez-y, «La Chine à Versailles, art et diplomatie au XVIIIe siècle». Au fil des années et des décennies, les jésuites de la mission française de Pékin ont établi des liens fructueux avec les lettrés-savants chinois qui ont permis une fertilisation croisée de nos deux civilisations.

Ce qui est important à retenir, c'est que dès l'origine, notre relation a ainsi été marquée par la place donnée aux échanges intellectuels et à ce que l'on appellerait aujourd'hui, le mot n'était pas exactement le même à l'époque, la coopération scientifique et technologique.

Aujourd'hui encore, l'innovation technologique et le débat d'idées demeurent deux traits dominants des grandes nations et des grandes civilisations qui sont les nôtres.

Un second trait, apparu au XVIIIème siècle, reste d'actualité : l'inscription de notre relation dans une vision universaliste. C'est l'un des traits qui, lorsque nous discutons avec les autorités chinoises est toujours extrêmement présent.

En France, le Siècle des Lumières a été fasciné par la Chine. Les débats entre philosophes en témoignent tout comme le goût de ce que l'on appelait alors «chinoiseries» qui étaient largement répandues. Ce mouvement des Lumières a suscité en retour l'engouement des lettrés chinois pour la culture française au tournant du XXème siècle.

Je veux aussi rappeler un épisode important du début du XXème siècle : la venue de nombreux jeunes Chinois, étudiants et ouvriers. Certains sont restés en France et ont été à l'origine de ce qui allait devenir la première communauté chinoise d'Europe. D'autres sont rentrés pour contribuer au redressement et à la modernisation et à vrai dire à la révolution de la Chine mais ils ont porté la France dans leur coeur. Je sais, Madame la vice-Premier ministre, que vous vous rendrez demain à Montargis pour rendre hommage à l'un des plus prestigieux d'entre eux, Deng Xiaoping. Mais, en étant à Lyon, vous avez certainement eu connaissance non seulement de sa venue, mais de la venue d'autres grands personnages qui ont marqué l'Histoire chinoise et d'ailleurs l'Histoire tout court.

Tous ces jeunes Chinois ont posé les fondements d'une amitié solide entre nos deux peuples.

Il y a cinquante ans, la France du général de Gaulle (dont j'ai dans mon bureau, un portrait magnifique dessiné par le fameux artiste Fan Zeng. Parfois un certain nombre de mes visiteurs lorsqu'ils entrent dans mon bureau et qu'ils voient ce portrait au premier plan sont un peu surpris. Est-ce parce que c'est un portrait d'un Chinois, est-ce parce que c'est le portrait du général de Gaulle, en tout cas, je leur dis à ce double titre, c'est naturel qu'il soit là.

Le général de Gaulle donc fut le premier grand dirigeant d'un grand pays du monde occidental à établir des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine. Cette décision visionnaire a donné son caractère unique à la relation franco-chinoise aujourd'hui enrichie par les multiples échanges humains. Ce qui fait la force de notre partenariat ne l'oublions jamais, ce sont d'abord les dizaines de milliers d'étudiants chinois en France et français en Chine, les centaines de milliers de Français d'origine chinoise, les milliers de chefs d'entreprise chinois et français qui s'engagent ensemble dans des aventures industrielles.

Les centaines d'artistes chinois et français engagés dans des collaborations au long cours, les millions de touristes chinois et français qui s'engagent dans une découverte réciproque, nous sommes assez fiers les uns et les autres que cette année, le nombre des visas délivrés à des Chinois pour venir en France ait augmenté de 62 %.

En bref, tout le bouillonnement né de la rencontre de deux grandes civilisations, de deux sociétés civiles dynamiques et tournées vers l'avenir.

Les commémorations du cinquantenaire, que nous avons lancées ici-même au début de cette année, illustrent (avec éclat) cet élan, tant par le nombre de manifestations organisées en France comme en Chine - plus de 800 - que par leur succès populaire. Je pense en particulier à l'exposition consacrée à Claude Monet à Shanghai, qui a accueilli plus de 350.000 visiteurs, ou à celle des «Dix chefs-d'oeuvre de la peinture française», inaugurée au Musée national de Chine en avril et qui a depuis rejoint Macao. Quant à l'exposition «Splendeurs des Han, essor de l'empire Céleste», qui ouvrira bientôt à Paris, au Musée Guimet, je ne doute pas qu'elle suscite auprès du public, français mais aussi étranger, un vif intérêt. J'espère qu'elle sera aussi l'occasion pour de nombreux Chinois de découvrir un des plus beaux musées du monde consacrés à l'Asie.

Au-delà des grandes expositions, les commémorations sont aussi l'occasion de présenter des spectacles innovants. Je pense en particulier à la présentation en octobre prochain à Pékin, j'y assisterai et j'espère qu'une très haute autorité chinoise ouvrira les yeux du Cheval-Dragon, spectacle de la compagnie nantaise La Machine qui, à n'en pas douter, sera magnifique et populaire.

Si nous avons voulu que ce cinquantenaire soit réussi et il l'est, nous avions à l'esprit que ce ne soit pas un aboutissement mais plutôt une manière d'ouvrir de nouvelles voies de coopération entre nos deux peuples. C'est l'objet du dialogue de haut niveau qui nous réunit aujourd'hui.

Il doit nous permettre de consolider, par nos échanges culturels au sens large, une meilleure reconnaissance de l'autre. Comme l'a rappelé le président Xi Jinping en mars ici même : «L'affinité culturelle est un atout particulier de la relation franco-chinoise». Et c'est vrai, nous sommes les uns et les autres les héritières de civilisations multimillénaires, le creuset d'identités culturelles fortes et nous y tenons, ancrées dans des territoires, un art de vivre, une langue, une certaine conception qui n'est pas partagée par tous de la place de la culture dans la société, mais aussi et c'est un point très important, toujours se voulant ouvertes sur le monde.

La connaissance de l'autre passe d'abord par l'apprentissage de la langue du partenaire. Le Français n'est pas si facile, le Chinois non plus. Mais, mais j'ai pour habitude de dire à des Français qui redoutent d'apprendre le Chinois, avec un trait d'esprit d'ailleurs assez galvaudé : il y a quand même de nombreux Chinois qui ont réussi à parler le chinois. Donc, il est probable que si nous commençons tôt, il n'y ait pas de raison pour ne pas y parvenir. Et l'inverse est vrai, y compris pour l'accord des participes passé.

Aujourd'hui, 50.000 jeunes Français apprennent le chinois et plus de100.000 Chinois étudient la langue française. Nous nous mobilisons en France pour répondre à la demande croissante d'apprentissage du chinois. Vous m'avez fait, Madame le Premier ministre des suggestions fortes intéressantes. Le français, ouvre non seulement sur la France mais aussi le monde francophone qui comprendra d'ici quelques décennies probablement 800 millions de locuteurs français ; Nous savons par ailleurs que la Chine s'intéresse beaucoup avec raison à l'Afrique. C'est dans ce contexte porteur que le développement des sections internationales de français en Chine et de chinois en France apparait comme une priorité commune des deux gouvernements. Le futur lycée français de Pékin, dont je poserai bientôt la première pierre, devra aussi jouer un rôle de pont entre nos jeunesses.

Un autre vecteur de compréhension mutuelle qui mérite une attention particulière est le cinéma. Nous en avons longuement parlé avec Mme Liu et nous nous sommes accordés pour renforcer la coopération cinématographique. Celle-ci s'illustre d'ores et déjà par la co-production de films dont nous tirons une grande fierté, comme «Voyage en Chine» de Zoltan Mayer, qui sortira en salles en 2015, ou «Le Totem du Loup» de Jean-Jacques Annaud, qui a par ailleurs récemment signé avec la Chine un accord de coproduction pour deux autres films. D'autres films, je le sais sont en préparation. Nos deux cinématographies apportent une remarquable contribution à la diversité culturelle. Pour promouvoir cette diversité, il nous faut faire des efforts en faveur de leur diffusion et de leur visibilité dans nos deux pays. Actuellement, pour des raisons réglementaires, il y a quelques entraves et je disais en plaisantant à mon homologue que nous pourrions faire un concours amical de bureaucratie entre nos deux pays et je ne sais pas qui gagnerait. Nous sommes tous deux résolus et nos gouvernements avec nous à simplifier tout cela, à ouvrir tout cela pour que les films chinois soient largement diffusés en France et que les films français puissent être distribués largement en Chine.

Je souhaite que nous puissions enrichir l'offre cinématographique réciproque.

La France se réjouit, par ailleurs, de donner à voir sur son territoire de nombreuses chaînes de télévision chinoises. Nous souhaitons, toujours dans un esprit de réciprocité qui caractérise notre relation, que le partenariat que nous engageons aujourd'hui permette une plus large diffusion des chaines de télévision françaises et francophones en Chine, notamment France 24 et TV5 Monde qui fourmillent de projets pour et avec la Chine.

Et puis, il ne faut pas oublier, parmi les domaines d'excellence et d'intérêt commun le sport qui est un lieu de partage et de transmission de valeurs, et qui, dans notre monde moderne fait échos auprès de toutes les populations et singulièrement des jeunes.

Nous souhaitons encourager les échanges sportifs à tous les niveaux : jeunes espoirs, sportifs confirmés, entraineurs, cadres techniques, experts, et tout simplement, comme moi-même spectateur notamment dans les disciplines populaires dans nos deux pays, comme le tennis de table et le football. Je me réjouis en particulier du rapprochement entre nos deux fédérations de sport universitaire sur le thème du football. Et je souhaite que la France, pays organisateur de l'Euro 2016, grand événement car je crois que c'est le troisième plus grand événement sportif à travers le monde par le nombre de ses spectateurs, je souhaite que nous puissions accueillir, à cette occasion, de nombreux touristes chinois qui, à défaut d'être supporters d'équipes engagés dans le tournoi, sont passionnés de football et dont j'espère qu'en finale, ils supporteront la France.

Ce dialogue doit nous aider à faciliter les déplacements, que ce soit pour de courts ou longs séjours, entre nos deux pays. La France accueille aujourd'hui 35.000 étudiants chinois, qui forment la première communauté étudiante étrangère ; 8.000 jeunes français étudient en Chine. Nous pouvons et devons faire beaucoup mieux.

Nous avons fixé l'objectif de 50.000 étudiants chinois accueillis en France et 10.000 étudiants français en Chine mais il n'est pas interdit de dépasser ces chiffres. Des projets de partenariats ambitieux viennent nourrir cette ambition, comme la constitution de l'Institut franco-chinois entre Aix-Marseille Université et l'Université de technologie de Wuhan, qui pourrait mener à terme à la création d'une université franco-chinoise. La création envisagée d'un label de qualité franco-chinois pourrait permettre de valoriser les nombreuses coopérations bilatérales d'excellence. Mais nous avons parlé, Madame la ministre, de ce que nous pourrions éventuellement faire pour le bac.

Si la croissance du nombre d'étudiants est la plus spectaculaire, les artistes, scientifiques, ingénieurs et hommes d'affaires chinois sont aussi de plus en plus nombreux à séjourner en France plusieurs années. Nous souhaitons qu'ils s'y sentent chez eux. Ce sont eux qui, avec les 50.000 Français installés en Chine, construisent la relation franco-chinoise au quotidien. C'est en leur assurant de bonnes conditions de vie dans notre pays que nous atteindrons notre objectif de de faire de la France la destination privilégiée des investissements chinois en Europe.

Enfin, nous sommes très attentifs aux touristes. On m'a moqué parfois, il y a de cela quelques mois, au moment même où le tourisme entrait dans les compétences de ce ministère parce que je m'étais rendu à Roissy très tôt le matin et que j'avais notamment accueilli des touristes chinois. Non seulement on avait tort de se moquer, mais on avait tort de ne pas soutenir ce que nous devons faire et ce que nous sommes en train de faire maintenant. Il est légitime, compte tenu de la qualité de nos relations et du nombre de Chinois qui viennent et qui viendront en France qu'ils soient accueillis, c'est un message que j'ai passé au président d'ADP, par une grande banderole qui dise bienvenue.

Mais, comme tous les Chinois ne sont pas agrégés de l'université, il est envisageable et envisagé, et cela sera fait dans les semaines qui viennent que la même bienvenue soit dite en caractère chinois. On peut d'ailleurs à l'occasion le dire en anglais et en espagnol et pourquoi pas dans d'autres langues.

En tout cas, il faut que la première expérience soit une expérience positive. En 2013, nous avons eu un million 700.000 Chinois qui ont visité notre pays. Je sais qu'en pourcentage c'est peu pour vous, mais en pourcentage et en valeur absolue, c'est beaucoup pour nous. Cela faisait 23 % de plus qu'en 2013. Mais nous devons et nous allons faire beaucoup plus et beaucoup mieux. C'est pourquoi le gouvernement français a fixé l'objectif d'accueillir 5 millions de visiteurs chinois dans l'avenir proche et nous le dépasserons.

Vous le disiez, vous-même, Madame, aujourd'hui, il y a je crois 150 millions de personnes originaire de Chine qui voyagent dans le monde mais vous citiez pour les années qui viennent 500 millions. Ces chiffres doivent tout de même résonner à notre esprit et il faut que nous soyons en situation de très bien les accueillir.

L'objectif essentiel de notre dialogue de haut niveau me semble devoir être de fluidifier ces échanges et trouver des solutions concrètes quand existent encore des obstacles.

Faciliter les échanges cela veut d'abord dire proposer des offres attractives. C'est tout particulièrement vrai pour les étudiants. C'est pourquoi un effort particulier est fait pour proposer aux étudiants chinois une mobilité d'excellence en France, orientée vers les niveaux master et doctorat. C'est aussi dans cet esprit que j'insiste pour qu'une plus grande attention soit portée à la formation des jeunes chinois à des métiers qui seront de plus en plus important dans notre société, dans notre économie, comme le tourisme, l'hôtellerie-restauration ou l'oenologie, où la France dispose d'une expertise unique au monde.

Se pose aussi la question des procédures, de visa notamment. Pendant des années, ces procédures ont, il faut le reconnaître, constitué un obstacle à la venue de nos amis chinois en France. Les procédures ont été considérablement simplifiées et facilitées, au point que, depuis le 27 janvier 2014, nos consulats en Chine délivrent, comme je m'y étais engagé, les visas en 48 heures maximum. Il reste encore beaucoup à faire toutefois, en France comme en Chine. Je pense en particulier nous en avons parlé à la question des visas pour des jeunes diplômés. De gros efforts ont été faits côté français pour permettre aux jeunes diplômés chinois d'avoir une première expérience professionnelle en France et c'est excellent. Il faut que nous trouvions des solutions homologues du côté chinois. Nous avons besoin, là comme ailleurs de développer les échanges.

L'accueil, enfin, est décisif. Accueil des étudiants notamment, je me réjouis à cet égard des progrès de la réflexion sur le projet de Maison de la Chine à la Cité internationale universitaire de Paris. Accueil des touristes. J'ai parlé de la signalétique, mais je parlerais aussi de l'amélioration des liaisons RER entre Paris et l'aéroport Charles de Gaulle, c'est la raison pour laquelle le gouvernement a décidé maintenant d'entamer la réalisation de ce que l'on appelle le «Charles de Gaulle express» Et il faut être très concret dans ces matières, pas seulement pour nos amis chinois mais pour tous ceux qui viendront désormais à Paris : la création au 1er janvier 2015 à la fois d'un couloir particulier pour ne pas perdre son temps dans les encombrements et - je suis encore plus concret - d'un forfait taxi entre l'aéroport et le centre-ville qui permettra de savoir exactement combien cela coûte et de ne pas être pénalisé. Le gouvernement français accorde également la plus grande importance à la sécurité des ressortissants chinois sur son sol. Et, en liaison avec le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, nous avons pris des dispositions qui s'avèrent déjà efficaces. Mais tout cela doit être encore renforcé, et c'est notre intention et c'est notre choix.

Je souhaiterais aborder, avant de conclure, un dernier domaine de coopération particulièrement riche : les échanges scientifiques. Notre dialogue doit veiller à maintenir cette dynamique dans tous les domaines et à les renforcer particulièrement dans le domaine de la santé.

Je sais, Madame, que la consolidation du système de santé publique est une priorité du gouvernement chinois. La France et la Chine nourrissent de longue date, pour certains hôpitaux depuis un siècle, une coopération portant sur la formation des élites médicales chinoises, en particulier au travers des quatre filières de formation médicales francophones de Shanghai, Kunming, Chongqing et Wuhan, qui ont formé plusieurs milliers de médecins chinois. Et il est extrêmement émouvant, lorsque nous nous rendons en Chine, d'entendre ces médecins, qui sont parfois de très grands professeurs, faire référence à leur formation franco-chinoise. Cette coopération associe aussi depuis longtemps les entreprises françaises, qui sont désormais regroupées en Chine au sein d'un club santé, avec l'appui du fédérateur de la famille «santé», M. David Sourdive.

Deux enjeux en particulier - mais il y en a beaucoup d'autres - ouvrent des perspectives fructueuses de coopération. L'un touche à la question du vieillissement parce que la population chinoise, par son nombre et par son vieillissement qui est un fait, rend nécessaire toute une série d'efforts. L'ouverture au premier semestre 2015 d'une maison spécialisée franco-chinoise à Nanjing et le travail en cours sur un projet pilote de services médicalisés aux personnes âgées à domicile, sur lequel travaillent les équipes françaises et chinoises, constituent quelques-unes parmi beaucoup d'autres réalisations emblématiques qui vont avoir lieu dans ce secteur.

L'autre enjeu très important, dont la progression de l'épidémie d'Ebola vient nous en rappeler dramatiquement l'actualité, c'est la lutte contre les maladies infectieuses et émergentes. C'est un domaine où existent plusieurs coopérations importantes depuis la signature de l'accord intergouvernemental franco-chinois de 2004. Nous célébrons cette année le dixième anniversaire de l'Institut Pasteur de Shanghai qui, déjà fort de 23 équipes de recherche et de 250 personnes, vise un effectif de 400 collaborateurs à brève échéance. Dans quelques mois sera inauguré un laboratoire de haute sécurité biologique à Wuhan, premier laboratoire chinois de ce niveau, fruit d'une étroite collaboration entre des équipes françaises et chinoises. Les experts français et chinois de la surveillance et de la lutte contre l'épidémie d'Ebola ont eu récemment des échanges nourris et ont décidé de travailler davantage ensemble contre ce virus. Je pense que c'est très important à la fois par l'ampleur bien sûr de l'épidémie et par le fait qu'il s'agit de l'Afrique. La France est l'amie de l'Afrique. La Chine est de plus en plus présente en Afrique. Et le fait que les Français et les Chinois apportent un soutien à l'Afrique et de la santé du monde est un élément absolument essentiel. C'est sur cette base que j'ai proposé à Mme la vice-Premier ministre de faire du partenariat dans la lutte contre les maladies infectieuses, y compris pour agir vis-à-vis de pays tiers, un axe désormais structurant de la coopération franco-chinoise.

Je veux enfin souligner combien nos collectivités territoriales contribuent activement à renforcer les liens humains entre nos deux pays. Je me réjouis à cet égard de la tenue prochaine des quatrièmes rencontres de la coopération décentralisée franco-chinoise, qui auront lieu à Strasbourg les 6 et 7 novembre 2014. Cette forme de coopération permet d'associer pleinement les populations et de travailler très concrètement sur des projets qui relient le local et l'universel. C'est notamment le cas du projet d'éco-cité franco-chinoise de Wuhan porté par ma représentante spéciale pour la Chine, Mme Martine Aubry. Cette réalisation améliorera très concrètement la vie quotidienne des habitants de Wuhan et, au-delà, par son caractère pilote, de nombreuses mégalopoles chinoises et probablement à travers le monde. Il sera aussi une contribution importante à la lutte contre le dérèglement climatique, qui est aujourd'hui le plus grave défi auquel l'humanité doit faire face. Il se trouve que Paris accueillera en décembre 2015 la conférence mondiale contre le dérèglement climatique. Et la Chine et la France ont décidé de préparer cette importante échéance ensemble.

Afin de concrétiser ce dialogue, nous allons bientôt procéder à la signature d'une déclaration conjointe, qui sera la feuille de route des prochains mois. Seront aussi signés plusieurs accords sectoriels, qui montrent à quel point - et je remercie les équipes - un travail fructueux de préparation a été fait et qui sont autant d'étapes nouvelles dans notre relation d'une grande intensité. Et je disais en souriant à Mme la vice-Premier ministre, que si elle le souhaitait, nous pouvions très bien lui installer un bureau au Quai d'Orsay de la même façon que moi-même, qui en suis à ma huitième visite en Chine depuis que je suis là, dispose quasiment d'un bureau auprès du ministère de mon collègue et ami Wong.

Nous avons décidé avec Mme Liu Yandong de poursuivre ce dialogue sur une base annuelle. Je remercie Mme Liu pour son invitation à tenir le dialogue en Chine en 2015 et donne rendez-vous à beaucoup d'entre vous l'année prochaine. Je me réjouis de l'accord intervenu pour compléter notre agenda qui est déjà très riche lors de la prochaine session avec trois nouveaux sujets : les questions consulaires liées aux échanges humains puisqu'il faut qu'un certain nombre de procédures soient améliorées ; la jeunesse, et je salue la présence de jeunes français des sections internationales de chinois et aussi de jeunes étudiants chinois boursiers ; et un domaine sur lequel j'ai concédé que personnellement je partais un certain retard par rapport à mon homologue : les droits des femmes, sujet auquel nous accordons une grande importance. Et pour essayer de rattraper mon retard, nous voulons faire de notre dialogue un dialogue exemplaire dans ce domaine, puisque, si l'on veut que les choses avancent, il faut qu'elles soient faites sur une base de parité. Et, donc, nous aurons à la tête de ce dialogue, une femme et un homme. Et je suis sûr que nous agirons dans la même direction pour que la parité soit parfaite au sein de la présidence et de la coordination générale de ce dialogue Vous pourrez d'ailleurs constater la parité parfaite au sein de la présidence et de la coordination générale de ce dialogue !

Madame la Vice-Premier ministre, Mesdames, Messieurs ce que j'ai voulu dire en quelques paroles, trop longues, trop courtes, c'est ce que nous célébrons aujourd'hui, ce n'est pas un aboutissement, c'est la promesse de beaucoup de réalisations dans le futur. Rien n'est plus important que des échanges humains. Et, parmi toutes les tâches qui nous sont confiées à vous comme à moi, je sais pour vous comme pour moi, la présidence de ce dialogue sera une des tâches les plus importantes. Merci beaucoup./.

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3. Chine - Dialogue franco-chinois de haut niveau sur les Ă©changes humains - DĂ©claration du porte-parole du ministère des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international (Paris, 18/09/2014)

La première session du dialogue franco-chinois de haut niveau sur les échanges humains s'est tenue aujourd'hui au Quai d'Orsay, sous la présidence de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, et de Mme Liu Yandong, vice-Premier ministre chinoise. Ce dialogue a été mis en place par les chefs d'État lors de la visite du président chinois, M. Xi Jinping, en France en mars 2014.

Les discussions ont porté sur la promotion des échanges touristiques, sur la distribution des chaînes de télévision et des films français en Chine, sur la mobilité étudiante, les échanges de jeunes et la santé. Il a également été décidé de renforcer notre coopération scientifique pour lutter contre les dérèglements climatiques et de développer une coopération en matière de lutte contre l'épidémie d'Ebola sur la base de la coopération.

Douze accords et une déclaration conjointe ont été signés, en présence de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, dans des domaines prioritaires comme la recherche médicale sur les maladies infectieuses, la reconnaissance des diplômes, les échanges et de la mobilité des jeunes et des sportifs ou encore le prêt d'oeuvres d'art dans la perspective de grandes expositions aux musées Rodin et Guimet.

La partie chinoise a également annoncé que le projet de l'architecte français Jean Nouvel avait été retenu pour la construction du futur Musée national d'art de Pékin. Il s'agit d'un nouveau succès emblématique de l'architecture française en Chine.

Cette session du dialogue a enfin été l'occasion de présenter le spectacle du «Cheval Dragon» de la compagnie «La Machine», qui sera un des événements marquants du cinquantenaire des relations diplomatiques franco-chinoises.

La seconde session de ce dialogue franco-chinois se tiendra en Chine en 2015. Elle intègrera trois nouvelles dimensions : jeunesse, droit des femmes et visas pour étudiants et stagiaires./.

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4. Processus de paix israĂ©lo-palestinien - CommuniquĂ© conjoint de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique, et de sa MajestĂ© Abdallah II, Roi de Jordanie (Paris, 17/09/2014)

(...)

Les deux chefs d'État ont estimé que le règlement du processus de paix israélo-palestinien constituait une priorité et marqué la nécessité de relancer les négociations en vue de la création d'un État palestinien indépendant, démocratique et viable, dans les frontières de 1967, vivant en paix et en sécurité avec Israël.

Les parties ont réaffirmé leur attachement à un règlement global du conflit israélo-palestinien conformément aux résolutions de l'ONU, aux principes de Madrid et à l'Initiative arabe de paix. Les deux parties ont également affirmé l'importance du rôle que joue l'Union européenne dans le rétablissement de la paix au Moyen-Orient. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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5. Irak - CommuniquĂ© conjoint de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique, et de sa MajestĂ© Abdallah II, Roi de Jordanie (Paris, 17/09/2014)

(...)

Les deux chefs d'État ont exprimé leur soutien à la mobilisation internationale pour lutter contre les organisations terroristes et les groupes radicaux qui menacent la sécurité régionale et mondiale.

Le président Hollande et Sa Majesté Abdallah II ont évoqué la crise actuelle en Irak et marqué leur appui au nouveau gouvernement avec l'espoir qu'il répondra aux attentes de toutes les composantes du peuple irakien et qu'il les impliquera pleinement dans le processus politique. La Conférence internationale sur la paix et la sécurité en Irak, qui s'est tenue à Paris le 15 septembre, a souligné l'engagement de tous les participants à soutenir le nouveau gouvernement irakien dans sa lutte contre Daech, par tous les moyens nécessaires, y compris l'aide militaire. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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6. Irak - Audition, conjointe avec la commission de la dĂ©fense nationale et des forces armĂ©es et la commission des affaires Ă©trangères, de la dĂ©fense et des forces armĂ©es du SĂ©nat de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la dĂ©fense, devant la Commission des affaires Ă©trangères de l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 27/08/2014)

Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, merci de vos félicitations. Si je puis exercer mes fonctions dans une relative sérénité malgré une situation mondiale très instable, c'est aussi grâce à l'écoute, au partage d'informations, au dialogue apaisé et à la franchise dont j'ai toujours bénéficié au sein de vos commissions respectives des affaires étrangères et de la défense.

(...)

J'en viens à l'Irak, où une crise majeure a débuté le 9 juin dernier avec la prise de Mossoul par l'EIL, autoproclamé État islamique depuis. Même si l'Irak était traversé par une crise profonde depuis plusieurs années, ces événements marquent un tournant, à plusieurs égards.

Premièrement, l'EI constitue une entreprise de terrorisme sans précédent par la dimension de ses prétentions territoriales et par les ressources effectivement contrôlées. Nous devons avoir à l'esprit que ses objectifs - ainsi qu'al-Baghdadi, son chef, l'a affirmé sans aucune ambiguïté - s'étendent, au Moyen-Orient, non seulement aux territoires syrien et irakien mais aussi à la Jordanie, au Liban et à la Palestine.

En deuxième lieu, nous avons ici affaire à une nouvelle génération de combattants. On pourrait tenter une analogie avec les talibans mais, bien qu'il soit difficile d'établir des hiérarchies de ce type, nous sommes en présence de ce que j'appelle la seconde génération de jihadistes, post-Ben Laden : un mouvement né des combats en Irak et en Syrie, sensiblement plus radical qu'Al-Qaïda, utilisant la terreur et une violence totalement désinhibée - vous en avez vu des images particulièrement spectaculaires - comme outil habituel d'action contre ses adversaires et contre les populations. Contre tous les adversaires : les chiites, qu'ils soient turkmènes, comme dans la ville d'Amirli aujourd'hui assiégée, ou arabes, mais aussi les kurdes, les yazidis, les chrétiens.

Troisièmement, l'enjeu sécuritaire du conflit est pour nous plus immédiat encore qu'auparavant : il a certes existé par le passé des «filières afghanes», mais l'EI, plus proche, plus professionnel, plus efficace dans son recrutement, attire de partout dans le monde des centaines de combattants étrangers, parfois des familles entières. Son radicalisme dangereux séduit également de très jeunes filles et des jeunes femmes, comme le montrent les enquêtes et interpellations récemment opérées en France : deux jeunes filles de 15 et 17 ans ont ainsi été placées en garde à vue à Tarbes et à Vénissieux le 19 août dernier.

Cela posé, je ferai d'abord le point sur la situation sécuritaire.

Depuis la proclamation du califat, le 29 juin dernier, l'EI poursuit sa conquête territoriale en utilisant la terreur et la barbarie comme moyens de propagande. La symbolique véhiculée par le terme même de califat est très puissante : le deuxième califat, celui de Bagdad, s'étendait de l'Espagne à l'Iran avant sa chute au VIIIe siècle. Cette notion - reprise par Boko Haram lui-même, qui s'est érigé en califat dans la partie nord du Nigéria - renvoie donc à l'idée d'une autorité politique exercée sur un territoire par un héritier du Prophète. Le terme constitue ainsi à lui seul un programme politique. Dans cette perspective, l'objectif principal, la consolidation territoriale transfrontière du califat, s'accompagne de la captation des ressources nécessaires à sa survie.

Au début du mois d'août, après sa percée foudroyante contre l'armée irakienne, l'EI a accru le rythme de ses conquêtes territoriales, faisant fuir les populations chrétiennes, et allant jusqu'à menacer - il le fait aujourd'hui encore - Bagdad et Erbil, capitale du Kurdistan irakien.

L'offensive des jihadistes et de leurs alliés - tribus sunnites et ex-baasistes de Saddam Hussein -, lancée dans le Nord de l'Irak, a conduit à la prise des villes de Sinjar, dont la population est majoritairement composée de yazidis, et de Qaraqosh, première ville chrétienne d'Irak. Dans les deux cas, les populations ont fui les troupes de l'EI - celle de Qaraqosh vers Erbil, tandis que celle de Sinjar s'est réfugiée dans les montagnes auxquelles est accolée la ville et s'y est trouvée piégée par les forces jihadistes. Vous le savez, les jihadistes considèrent les yazidis comme les adeptes d'une secte hérétique, antérieure aux religions du Livre - ce que l'on appelle le zoroastrisme. Je n'ai pas à commenter ici la teneur de cette référence religieuse. Quoi qu'il en soit, prise au piège dans la région montagneuse, escarpée et très rocheuse du mont Sinjar, cette population, estimée alors entre 15.000 et 25.000 personnes, a bénéficié d'aérolargages américains entrepris dès le week-end du 10 août.

La situation sécuritaire dans la région s'est très vite détériorée et le groupe terroriste est parvenu à s'emparer le 7 août du barrage de Mossoul sur le Tigre, qui est le premier par sa taille et qui joue un rôle capital en régulant les eaux du fleuve et, dans une moindre mesure, en fournissant de l'électricité à toute la région.

Contraintes de se replier devant l'avance des jihadistes, les troupes kurdes - je parle ici du Kurdistan irakien -, essentiellement de l'infanterie de montagne, n'avaient que peu de munitions et pas assez d'armes lourdes pour faire face aux moyens que l'EI a saisis sur les forces irakiennes défaites en juin.

Malgré les premiers bombardements aériens menés par les Américains le 8 août, les forces jihadistes ont poursuivi leur marche vers Bagdad, qui semble rester l'objectif premier d'al-Baghdadi, et de la coalition qui s'est agrégée autour de lui. Cet objectif comporte une puissante dimension symbolique et politique, toujours en référence au premier califat. Il convient donc d'être vigilant quant à la situation sécuritaire de nos propres ressortissants dans la capitale irakienne - 50 personnes à l'ambassade, une centaine de Français dans la ville. Nous avons pris toutes les dispositions nécessaires pour être prêts à intervenir le cas échéant. Car l'instauration d'une situation insurrectionnelle généralisée est un mode d'action possible que nous ne devons pas exclure.

Le gouvernement irakien a perdu le contrôle de 40 % de son territoire national. Les voies d'accès à ces zones sont soit coupées soit dangereuses. Les routes reliant Bagdad à la Syrie et à la Jordanie sont elles aussi coupées. L'axe stratégique menant à la Turquie est considérablement rallongé. Quant à l'Iran, elle tente de tirer avantage de cette situation, et elle a ouvert deux nouveaux points de passage avec l'Irak.

Le bilan humain est particulièrement lourd même s'il reste difficile à évaluer. On estime que l'on compte une centaine de morts par jour depuis la mi-juin.

J'en viens aux forces en présence, en commençant par celles de l'EI.

Depuis le début de la semaine dernière, les forces kurdes et irakiennes ont enregistré quelques succès face aux combattants de l'EI et aux rebelles sunnites. L'EI conserve toutefois une réelle capacité d'action et d'adaptation. Il continue de concentrer ses efforts opérationnels sur les principaux axes entre la Syrie et Bagdad afin d'assurer sa continuité territoriale, et en direction des principaux sites énergétiques : champs pétroliers et barrage d'Al-Haditha.

Se dessine ainsi une stratégie de l'EI selon trois axes.

Il cherche tout d'abord à créer une continuité territoriale entre l'ensemble des territoires qu'il domine où se développe une forme rudimentaire d'administration s'appuyant sur des acteurs locaux. Le dirigeant nommé à Mossoul est par exemple un ancien gouverneur de la ville de l'époque de Saddam Hussein.

Il donne ensuite une priorité au contrôle des ressources stratégiques de manière à assurer la pérennité des flux financiers, humains et matériels.

Enfin, il mène une épuration ethnique et religieuse qui assure la docilité des populations sous contrôle de l'EI, et qui correspond à l'agenda extrémiste du califat.

S'y ajoutent des menaces, qu'il faut à mon sens prendre très au sérieux, sur la Jordanie, le Liban et la Palestine, même si, en la matière, il faut faire la part de la propagande.

À l'appui de cette stratégie, l'EI dispose de moyens considérables.

Il s'appuie sur un nombre significatif de combattants. Ce nombre est, selon toute vraisemblance, en augmentation rapide à mesure que d'autres groupes comme les katibats syriens du Jabhat al-Nosra, se délitent ou sont contraints de prêter allégeance à l'EI. Madame la présidente, vous évoquiez l'attaque qui a eu lieu au Liban à la mi-août, et qui fut attribuée à l'EI : elle était en réalité le fait de groupes du Jabhat Al-Nosra, affiliés à Al-Qaïda, récemment ralliés à l'EI, avec l'appui de ses membres plus anciens.

L'EI sait en outre nouer des alliances. Il catalyse en Irak les intérêts des baasistes et de certaines tribus sunnites, qui estiment avoir été marginalisés par la politique du gouvernement de M. Nouri Al-Maliki.

L'EI dispose également de ressources financières. En stock, on estime qu'il pourrait puiser dans une réserve de un à deux milliards de dollars. En flux, il organise un système économique pour se financer en visant prioritairement les ressources que constituent les puits de pétrole - il commercialise du pétrole, via des détaillants locaux au prix compétitif de 20 dollars le baril -, les postes frontaliers, les barrages, et une forme d'activité économique dans les villes qu'il gère.

L'EI est de mieux en mieux équipé. Les matériels pris aux armées syriennes et irakiennes constituent un avantage significatif. Il a par ailleurs développé une stratégie d'influence et de communication très efficace en mettant en scène sa violence et ses succès. Il instaure ainsi son primat sur les autres groupes jihadistes en vue d'attirer leurs combattants ou ceux venus de l'étranger. Il n'est pas regardant sur les recrutements, contrairement à Al-Qaïda, et développe une communication moderne qui utilise largement des productions médiatiques et des caméras ainsi que le web et les comptes twitter. L'EI fait preuve d'un grand professionnalisme pour mobiliser autour de lui notamment en recrutant des familles entières. Une véritable vie sociale se constitue ainsi autour d'EI qui n'attire pas que des combattants.

De leur côté, avec un budget de 17 milliards de dollars, les forces armées irakiennes restent un acteur majeur. Elles comptent plus d'un million d'hommes à majorité chiites, auxquels il faut ajouter les milices chiites qui assument aujourd'hui une part importante de la capacité offensive terrestre des forces progouvernementales.

Nombreuses, ces forces sont mal utilisées et présentent des lacunes. Elles manquent notamment d'une composante aérienne suffisante et efficace dans le domaine de l'attaque au sol.

Le mot Peshmerga désigne un combattant qui se battra jusqu'à la mort. C'est le terme officiel utilisé par le gouvernement régional du Kurdistan pour qualifier les forces armées du Kurdistan irakien. Au nord de l'Irak, les troupes kurdes subissent depuis le 3 août une part importante de la pression offensive de l'EI, ce qui allège de fait la pression sur la capitale irakienne. Aujourd'hui, le Kurdistan doit assumer un voisinage immédiat avec l'EI islamique sur une ligne longue de près de 1 000 kilomètres. Si l'avancée djihadiste a offert une opportunité majeure aux Kurdes qui ont pris le contrôle de la plus grande partie des territoires dits «contestés» entre eux et le pouvoir central, y compris les champs pétroliers de Kirkouk, elle les a aussi conduits sur les terrains qui leur sont militairement peu familiers des plaines et des grandes villes au sud de leurs bastions traditionnels.

Le gouvernement autonome du Kurdistan de M. Massoud Barzani gère une zone relativement prospère. Il est néanmoins fragilisé depuis plusieurs mois par le refus du gouvernement Maliki de verser la part des salaires en principe prise en charge par Bagdad, notamment ceux des Peshmergas. Son budget total est de 14 milliards de dollars qu'il faut comparer aux 17 milliards de dollars du seul budget de la Défense irakien. Traditionnellement divisé entre deux tendances politiques, le PDK de Massoud Barzani et l'UPK - Union Patriotique Kurde - de l'ancien président irakien, M. Jalal Talabani, et de son successeur, M. Fouad Massoum, le gouvernement kurde a pu compter dans la crise sur l'appui des forces kurdes de Syrie - le PYD - et de Turquie - une partie du PKK.

J'en viens aux actions que nous avons menées.

Notre premier objectif a été de parer à l'urgence. Elle était évidemment humanitaire mais aussi opérationnelle afin de contenir la poussée de l'EI et de briser sa dynamique. Depuis le 10 août, trois livraisons de fret humanitaire ont eu lieu. Aujourd'hui, nous conservons des moyens sur zones afin d'être en mesure d'effectuer rapidement des largages dans des régions difficiles d'accès.

Pour l'urgence opérationnelle, nous avons également mis en place des moyens en étroite coordination avec les autorités irakiennes ainsi qu'avec les États-Unis et le Royaume-Uni. Cela s'est traduit par le déploiement sur zone de moyens supplémentaires - frégate Courbet dans le Golfe Persique - et, dans le domaine du renseignement, par la réorientation de nos capteurs.

L'intégration d'officiers français au centre de commandement américain d'Al Udeid au Qatar a permis d'améliorer la coordination des vols alliés. Ce dispositif complète les moyens d'état-major et de planification dont nous disposons en permanence au siège du commandement américain de CENTCOM, à Tampa aux États-Unis.

En présence d'une autorité irakienne, nous avons livré aux forces kurdes de M. Barzani des armements avec les munitions nécessaires. Plusieurs actions internationales sont menées par ailleurs.

Les frappes américaines ont permis d'empêcher une nouvelle conquête territoriale durable par l'EI ; la Maison Blanche s'est donnée à ce stade un mandat limité à la protection des emprises américaines et de certains sites stratégiques comme le barrage de Mossoul. Ces frappes ont permis aux Peshmergas de reconquérir des territoires perdus.

Le président Obama s'est fortement engagé dans le règlement du conflit tout en fixant les limites de l'intervention américaine. Il a ainsi souligné que le déploiement de forces américaines au sol en Irak était exclu. Par ailleurs, il a pris soin de placer cette intervention dans le cadre strict d'un appel à l'aide du nouveau gouvernement irakien.

Les États-Unis ont également annoncé hier leur volonté d'effectuer des vols de reconnaissance au-dessus de la Syrie en vue d'éventuelles frappes aériennes contre les djihadistes de l'EI.

Les Britanniques ont retenu le principe d'un appui au transport d'armes. Des missions de largage de fret humanitaire ont été effectuées dans les montagnes du Sinjar.

Pour sa part, le gouvernement allemand a récemment pris la décision de soutenir les forces kurdes combattant l'offensive de l'EI par des livraisons d'armes, en complément du soutien déjà annoncé dans les jours précédents - aide humanitaire, équipements non-létaux. Il s'agit d'une décision sans précédent, l'Allemagne n'ayant jusqu'alors jamais livré d'armements dans des zones de conflit. Encore faut-il qu'elle se traduise dans les faits ! Nous discutons actuellement avec mon homologue allemand, Mme Ursula von der Leyen, pour organiser des livraisons communes. Je constate que la nouvelle ministre de la défense allemande engage avec la France une coopération beaucoup plus active que ne le faisait son prédécesseur. Dans quelques jours, je dois d'ailleurs me rendre en sa compagnie au Mali où la brigade franco-allemande assure une mission de formation au centre d'entraînement de Koulikoro.

En guise de conclusion, je vous fais part de six remarques.

Nous faisons face à une situation qui nécessite que les Européens et leurs alliés réfléchissent à des perspectives et à une stratégie de long terme. C'est l'objet de la conférence sur la sécurité en Irak et la lutte contre l'EI, voulue par le président de la République. Le sujet sera évidemment abordé la semaine prochaine dans le cadre du sommet de l'OTAN de Newport, et à l'Assemblée générale de Nations unies. Il n'y a bien entendu pas de solution exclusivement militaire à cette crise. Même si l'on peut espérer que l'avancée de l'EI est aujourd'hui bloquée - mais je ne suis certain de rien -, une réflexion doit être menée et la solution ne peut-être que politique.

Pour autant, l'action militaire a permis de briser l'élan de l'EI et de freiner ses avancées. Elle a aussi permis à ceux qui le combattent au sol de lui infliger des défaites, comme on l'a vu avec la reprise du barrage de Mossoul ou de la ville de Makhtoum.

Nous devons tenter de priver l'EI de ses alliés, qui sont puissants dans la partie nord occidentale de l'Irak, notamment les tribus sunnites et les ex-baasistes. L'Arabie Saoudite peut y aider, comme elle l'avait fait en 2006, en contribuant à désolidariser les tribus de l'EI, tout comme le roi de Jordanie qui a fait des déclarations sur ce sujet hier.

Nous devons continuer à inciter le pouvoir central irakien à jouer son rôle en mettant un terme aux politiques d'exclusion des sunnites pratiquées ces dernières années. La nomination de M. Haïdar al-Abadi, même s'il appartient au même parti Dawa que M. Nouri al-Maliki, ouvre la voie à la création d'un nouveau gouvernement plus «inclusif» et au spectre plus large.

Une autre leçon des dernières semaines est que l'EI s'engouffre partout où il y a de la faiblesse. Nous devons donc veiller à aider tous les États de la zone à faire face.

Enfin, nous ne pouvons traiter la question de l'EI indépendamment du théâtre syrien tant il est vrai que pour ce dernier la frontière n'existe pas. À mesure que sa progression ralentit en Irak, l'EI peut être tenté d'orienter son action et ses ressources en Syrie à partir de ses bastions traditionnels, notamment de Raqqa, vers Alep ou Deir Ezzor. Il peut le faire en s'opposant à Bachar al-Assad mais aussi à l'armée syrienne libre affaiblie qui lutte contre ce dernier. Celle-ci court donc le risque d'être marginalisée. (...)

(Interventions des parlementaires)

Une solution politique est-elle envisageable sans l'Iran ? Ce n'est pas à moi de répondre à cette question ! Le président de la République a décidé de convoquer avant le sommet de l'OTAN et l'Assemblée générale des Nations unies un conseil de défense et de sécurité nationale spécialement consacré aux scénarios envisageables pour la zone.

L'Iran avait intérêt à ce qu'al-Maliki s'en aille, et il a joué la partition qu'il fallait pour aboutir à la solution politique que nous connaissons.

En Libye, la situation reste très compliquée, avec deux gouvernements et deux parlements ; en particulier, elle n'a pas empêché la prise de l'aéroport de Tripoli par les islamistes. Une réunion sur la Libye se tiendra dans quelques jours aux Nations unies et je rencontrerai à la fin de la semaine mes homologues de l'Europe du sud pour examiner comment faire face à la situation actuelle.

À notre connaissance, l'EI n'a été financé par quiconque. Je rappelle que le point de départ, c'est Jabhat Al-Nosra en Syrie, Al-Qaïda et Al-Zaouahiri ; puis est survenue une scission d'Al-Qaïda en Irak, à l'initiative d'Al-Baghdadi, dont les troupes sont passées en Syrie, où elles se sont épanouies - et ce, malgré des conflits armés avec Jabhat Al-Nosra dans le nord du pays et grâce à la complicité de Bachar Al-Assad, qui n'a jamais attaqué les zones occupées par l'EI et a même libéré des prisonniers pour qu'ils rejoignent celui-ci. Progressivement, l'EI a obtenu en Syrie de nouveaux soutiens et sa pénétration en Irak a été facilitée par la politique sectaire menée par Al-Maliki, qui a abouti au ralliement des anciens baasistes et des tribus sunnites ; en outre, à la différence d'Al-Qaïda, l'EI propose un modèle de société, ce qui contribue à attirer les jeunes, notamment grâce à l'utilisation de moyens de communication extrêmement performants.

Sur la Syrie, notre position n'a pas changé : nous continuons à soutenir l'Armée syrienne libre. Il n'y a pas d'autre issue aujourd'hui - d'autant que l'EI risque de reporter son effort sur la Syrie et de menacer les positions tenues par les forces de Bachar Al-Assad.

À la suite de l'accord de Riyad, des propositions américaines vont être faites, que nous ne connaissons pas à ce jour, mais que nous aurons à examiner. J'en profite pour préciser que nous n'avons pas été sollicités pour procéder aux frappes aériennes : les Américains ont mené leurs opérations seuls. Notre action a consisté à livrer des armes aux forces kurdes pour leur permettre de bloquer la progression de l'EI.

Il faut impérativement trouver une solution politique, et nous ne sommes qu'au début du processus. Ce qui est grave, c'est que l'EI ignore les frontières et a pour ambition l'Oumma la plus large possible : il risque de vouloir poursuivre son extension dans d'autres directions, d'autant qu'il bénéficie de moyens financiers importants - il a pris possession des banques de Mossoul et il dispose de pétrole - et qu'il a récupéré des armes américaines qui avaient été confiées à l'armée irakienne. Sans doute faudra-t-il un jour reconnaître qu'une erreur a été commise avec la dislocation de l'armée irakienne, qui est devenue à dominante chiite et relativement mal organisée. (...)./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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7. Syrie - CommuniquĂ© conjoint de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique, et de sa MajestĂ© Abdallah II, Roi de Jordanie (Paris, 17/09/2014)

(...)

Le président Hollande et Sa Majesté Abdallah II se sont déclarés profondément alarmés par l'escalade de la violence en Syrie et les souffrances continues du peuple syrien. Ils ont fermement condamné les violations des droits de l'Homme et du droit humanitaire international commises par les autorités syriennes et les violences perpétrées par des groupes extrémistes contre des civils, en raison de leur appartenance ethnique, de leur religion ou de leur affiliation confessionnelle. Ils ont insisté sur l'urgence d'une transition politique menant à une solution politique globale de ce conflit et ont exprimé leur soutien aux efforts entrepris à cet égard par M. Staffan de Mistura, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies. Le Roi Abdallah II a exprimé la reconnaissance de la Jordanie pour le soutien de la France aux réfugiés syriens et aux communautés hôtes jordaniennes. Les deux chefs d'État ont appelé la communauté internationale à continuer d'appuyer la Jordanie dans les efforts qu'elle déploie pour faire face aux conséquences humanitaires du conflit syrien sur son territoire. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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8. Jordanie - CommuniquĂ© conjoint de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique, et de sa MajestĂ© Abdallah II, Roi de Jordanie (Paris, 17/09/2014)

Le président François Hollande a accueilli Sa Majesté Abdallah II, Roi de Jordanie, à Paris le 17 septembre. À cette occasion, les deux chefs d'État ont exprimé leur attachement aux liens bilatéraux forts et amicaux qui unissent la France et le Royaume de Jordanie. Ils ont réaffirmé leur volonté d'approfondir la coopération entre leurs deux pays sur les questions bilatérales et multilatérales d'intérêt commun.

Les deux chefs d'État ont insisté sur l'importance de poursuivre le dialogue politique à haut niveau, notamment leur coopération fructueuse au sein du Conseil de sécurité des Nations unies, et ont souligné le fait que la recherche de la paix et de la sécurité régionales et mondiales constituait une priorité pour la France et pour la Jordanie.

(...)

Le président Hollande et Sa Majesté Abdallah II ont proclamé leur attachement commun à la promotion de la paix, du développement, de l'éducation, du dialogue entre les religions et leur engagement à lutter contre l'intolérance, l'extrémisme, le racisme et la violence à l'encontre des croyants de toutes les religions et des lieux de culte, en diffusant des messages de tolérance et de modération.

Au cours de leurs entretiens, le président Hollande et Sa Majesté Abdallah II ont réaffirmé leur attachement à approfondir le partenariat économique franco-jordanien. Les deux chefs d'État ont passé en revue les moyens d'intensifier le commerce bilatéral et les échanges économiques, en mettant l'accent plus particulièrement sur l'eau et l'environnement, l'efficacité énergétique et les énergies renouvelables, le transport, l'industrie agroalimentaire, l'éducation et les technologies de l'information et de la communication (TIC).

Le président Hollande et Sa Majesté Abdallah II ont souligné le bénéfice économique et social mutuel résultant de la coopération entre les secteurs publics et privés des deux pays. Ils ont accueilli la signature au cours de la visite de plusieurs accords et mémorandums d'entente, comme une étape positive, approfondissant la relation bilatérale stratégique dans des secteurs clés comme le développement économique durable, le développement local (en particulier à Aqaba), la gestion durable des ressources en eau, les énergies renouvelables et les médias. Dans ce dernier secteur, le mémorandum d'entente entre la société de radio-télévision jordanienne et France Media Monde permettra la diffusion en Jordanie des programmes de France 24, RFI et Monte Carlo Doualiya.

Attachées à relever le défi de la pénurie aiguë des ressources en eau, la France et la Jordanie ont mis en place une coopération fructueuse, avec un montant cumulé de projets de développement d'une valeur de 250 millions d'euros au cours des dix dernières années. Les entreprises françaises qui contribuent au développement des infrastructures dans ce domaine en Jordanie ont récemment obtenu 5 contrats pour un montant total de 82,2 millions d'euros avec le soutien financier du gouvernement français. Le président Hollande et Sa Majesté Abdallah II ont renouvelé leur soutien au développement de ces infrastructures et à la mise en oeuvre de réformes des politiques dans ce secteur. Ils ont insisté sur l'importance du projet jordanien Mer Rouge-Mer Morte pour assurer l'approvisionnement en eau douce, sauver la Mer Morte et promouvoir la coopération régionale.

Les deux chefs d'État se sont déclarés satisfaits de ces entretiens exhaustifs et confiants entre deux partenaires et amis. Sa Majesté Abdallah II a exprimé ses remerciements au président Hollande grâce auquel cette visite a été productive et fructueuse. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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9. Mali - Audition, conjointe avec la commission de la dĂ©fense nationale et des forces armĂ©es et la commission des affaires Ă©trangères, de la dĂ©fense et des forces armĂ©es du SĂ©nat, de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la dĂ©fense, devant la Commission des affaires Ă©trangères de l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 27/08/2014)

(...)

Au Mali, un processus d'inclusion positif a été engagé par l'intermédiaire du gouvernement algérien, doté d'un calendrier et marqué par des échanges fructueux et par une véritable volonté de réconciliation. Les discussions vont reprendre le 1er septembre. Le chemin paraît donc bien tracé pour que les discussions aboutissent à Alger dans les meilleures conditions, comme je le souhaite. Nous restons évidemment vigilants, mais il s'agit là de problèmes intra-maliens.

En ce qui concerne la situation strictement militaire, la force Barkhane installée le 1er août à N'Djamena poursuit ses opérations, en particulier afin d'identifier les groupes terroristes qui tentent de se reconstituer, conformément à sa mission initiale.

(...)

(Interventions des parlementaires)

Le coût des livraisons d'armes que nous venons d'effectuer est marginal au regard de ce que nous aurions souhaité en matière de participation européenne à nos opérations au Mali et en République centrafricaine. Pour l'heure, nos interventions réitérées à ce sujet n'ont débouché sur aucun résultat.

Enfin, à ma connaissance, la conférence d'Alger réunira tous les protagonistes du conflit au Mali, ainsi que des observateurs de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), de l'Union africaine et des Nations unies. Les Algériens ont pris une bonne initiative, et je souhaite qu'ils puissent la mener à terme. Le ministre des affaires étrangères algérien avait préalablement fait le tour des capitales pour vérifier qu'il y avait un accord général pour engager le processus. Certes, le Burkina Faso avait réalisé une médiation, mais il me semble que l'initiative algérienne est opportune, dès lors qu'elle repose sur l'échange et l'information.

En tout cas, il ne faut pas confondre les conflits internes au Mali et l'action de la France et des Nations unies pour éradiquer le djihadisme. Pour l'heure, il n'y a pas de porosité entre les deux phénomènes. Avec le processus d'inclusion, un nombre croissant de groupes se déclarent favorables au dialogue, ce qui aboutit parfois à des scissions internes ce qui est plutôt encourageant ! Une scission vient ainsi d'avoir lieu au sein du Mouvement arabe de l'Azawad (MAA) entre une tendance plutôt indépendantiste et une autre plutôt pro-gouvernementale./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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10. Centrafrique - Audition, conjointe avec la commission de la dĂ©fense nationale et des forces armĂ©es et la commission des affaires Ă©trangères, de la dĂ©fense et des forces armĂ©es du SĂ©nat, de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la dĂ©fense, devant la Commission des affaires Ă©trangères de l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 27/08/2014)

(...)

La situation est très tendue en Centrafrique, où nos forces ont dû répondre courant août à des attaques très significatives de la part de différents groupes plus ou moins rattachés soit à la Séléka, soit aux anti-balakas. Il nous est arrivé d'intervenir violemment, en particulier à Batangafo, il y a maintenant quinze jours, ainsi qu'au PK5, à Bangui. Nous avons alors neutralisé un nombre significatif de personnes armées. À Batangafo, il n'y a eu aucun blessé dans nos rangs alors que nous avons neutralisé une centaine de personnes armées, plus ou moins liées à l'ex-Séléka bien que celle-ci n'ait pas revendiqué l'attaque. Par contre, lors des incidents majeurs survenus au PK5, nous avons déploré des blessés, mais les agresseurs que nous avons dû neutraliser étaient un peu moins nombreux.

Par ailleurs, une tentative de médiation due à l'initiative du président Sassou a abouti à ce que l'on appelle désormais les accords de Brazzaville, lesquels devaient permettre de trouver un consensus censé aboutir à une solution politique. Toutes les sensibilités et tous les partis de Centrafrique étaient représentés à Brazzaville. Au cours de la rencontre, il a été souhaité que le changement de gouvernement s'inscrive dans la logique consensuelle qui semblait se dégager sur place, et il a été demandé à Mme Samba-Panza d'agir en ce sens.

Les Nations unies doivent structurer la Mission intégrée multidimensionnelle de stabilisation des Nations unies en République centrafricaine (MINUSCA) afin qu'elle puisse prendre ses fonctions dans quinze jours comme prévu. (...)./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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11. Ukraine - Audition, conjointe avec la commission de la dĂ©fense nationale et des forces armĂ©es et la commission des affaires Ă©trangères, de la dĂ©fense et des forces armĂ©es du SĂ©nat, de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la dĂ©fense, devant la Commission des affaires Ă©trangères de l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 27/08/2014)

(...)

S'agissant de l'Ukraine, nous n'avons pas de confirmation officielle de la cause du crash du MH17.

Q - On ne sait pas qui est derrière ?

R - On le saura. Une rencontre entre Vladimir Poutine et Petro Porochenko a eu lieu hier, à l'issue de laquelle une feuille de route a été décidée - dont nous n'avons pas eu connaissance ; un accord aurait été conclu pour échanger des prisonniers et la Russie a fait des déclarations encourageantes sur un prochain convoi humanitaire contrôlé et sa volonté de rouvrir le dialogue - bien que la situation risque d'être compliquée par les élections législatives ukrainiennes. La question sera certainement à l'ordre du jour du sommet de l'OTAN, mais nous souhaiterions que ce dernier ne s'y cantonne pas : la sécurité globale en Europe est aussi menacée par ce qui se passe au Proche et au Moyen-Orient.

(...)./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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12. Union europĂ©enne - Politique Ă©conomique - RĂ©ponse de M. Manuel Valls, Premier ministre, Ă  une question Ă  l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 17/09/2014)

(...)

La France fait entendre sa voix en Europe. Oui, l'euro était trop fort et son niveau entravait nos capacités d'exportation, je l'ai rappelé hier.

Les décisions prises par la Banque centrale européenne ont eu pour conséquence de faire baisser l'euro de 7 % face au dollar, soit dix centimes d'euro, ce qui est très important. Cette politique monétaire, que j'appelais de mes voeux à l'occasion de mon premier discours de politique générale, à la suite duquel j'avais sollicité une confiance que vous m'avez refusée alors même que j'avais indiqué clairement l'orientation du gouvernement pour l'Europe, cette politique monétaire donc a des effets sur toutes nos entreprises exportatrices et nous permet de préserver des dizaines de milliers d'emplois.

Face à la faiblesse de la reprise économique, face au risque de déflation qui concerne un certain nombre de pays de l'euro, face surtout au décrochage de la zone euro par rapport au reste du monde, la Banque centrale a pris ses responsabilités et a agi pour soutenir la croissance. Mais il faut aller beaucoup plus loin et Mario Draghi a d'ailleurs déclaré qu'il se tenait prêt à mener d'autres types d'interventions dans le cadre des traités qui définissent l'action de la BCE.

La position de la Banque centrale est celle portée depuis deux ans par notre pays. Qu'il y ait aujourd'hui une majorité au niveau européen de gouvernements conservateurs, nous pouvons le regretter mais c'est une évidence. Cette réalité n'empêche pas la France de se faire entendre au-delà de ces clivages politiques. L'Europe entière souffre du manque d'investissement en faveur de la croissance. Là aussi, nous nous faisons entendre. Nous soutenons le plan d'investissement ambitieux de 300 milliards d'euros annoncé par le nouveau président de la Commission, Jean-Claude Juncker, qu'il faut maintenant préciser. D'ailleurs, une initiative franco-allemande a été engagée pour aller plus loin et mieux flécher ces investissements en faveur des infrastructures, de la transition énergétique, du numérique, de la recherche, de l'innovation ou de l'emploi des jeunes.

C'est cette réorientation de l'Europe que nous soutenons, c'est cette idée-là encore que je défendrai dans quelques jours à Berlin car il est essentiel que la France et l'Allemagne - mais pas seulement - fassent avancer l'Europe. Pourquoi ? Parce qu'il faut entendre la voix des peuples afin que ne triomphent pas, comme nous l'avons déjà déploré en France mais aussi en Suède et dans de nombreux pays qui se sont exprimés à l'occasion d'élections locales, régionales ou nationales, les populismes, le message antieuropéen, la volonté d'en finir avec ce projet européen qui a permis le progrès, la paix, la démocratie et la réconciliation entre la France et l'Allemagne. Ce projet européen risque aujourd'hui d'être mis à mal.

Notre devoir est de faire en sorte que l'Europe assume ses responsabilités «civilisationnelles». (...) La France est devant quand il s'agit d'assumer ses responsabilités en faveur de la paix ou de la lutte contre le terrorisme (...). La France est au premier plan au Mali, en Centrafrique, et elle prend ses responsabilités sur le dossier de l'Irak.

Pour ce qui est des questions économiques et de la problématique de la croissance aussi, l'Europe doit être au rendez-vous de l'attente des peuples. Et notre politique des réformes, nous la menons pour nous-mêmes. (...)./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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13. Virus Ebola - CommuniquĂ© conjoint du ministère des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international et du ministère des affaires sociales, de la santĂ© et des droits des femmes (Paris, 17/09/2014)

Une Française travaillant auprès de patients atteints du virus Ebola pour le compte de Médecins sans frontières au Libéria a contracté la maladie. Elle a été immédiatement prise en charge par les médecins sur place et placée en isolement. Elle va être rapatriée en France dans des conditions de sécurité maximale, dans un avion médicalisé dédié.

Le dispositif prévu par le gouvernement français pour les rapatriements sanitaires de patients atteints d'Ebola a été immédiatement déployé. Ainsi, les conditions de transport et d'hospitalisation vont strictement respecter toutes les recommandations internationales pour éviter toute contamination d'une tierce personne.

Laurent Fabius et Marisol Touraine tiennent à exprimer tout leur soutien à cette personne, à ses proches ainsi qu'à toutes les équipes de Médecins sans frontières. Ils saluent l'engagement et le dévouement sans faille des associations, des ONG et des professionnels de santé mobilisés depuis des mois en Afrique de l'Ouest pour lutter contre la maladie.

Le gouvernement réaffirme l'engagement de la France aux côtés de l'OMS et des États africains pour combattre l'épidémie d'Ebola, notamment en renforçant les moyens matériels et humains déjà mis à disposition ou en cours d'acheminement (personnels de santé, équipements, prise en charge de centres de traitement...)./.

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14. Virus Ebola - RĂ©ponse de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santĂ© et des droits des femmes, Ă  une question Ă  l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 17/09/2014)

Mesdames et Messieurs les Députés, oui, c'est un drame effroyable que vit l'Afrique de l'ouest, et un drame probablement sous-estimé aujourd'hui. On nous parle de 5 000 cas recensés et de 2 500 décès, mais il est plus que probable qu'en réalité, le bilan s'élève déjà à des dizaines de milliers de personnes touchées par le virus en Afrique.

C'est un drame effroyable qui appelle une mobilisation sans faille de toute la communauté internationale. Annick Girardin s'est rendue en Guinée il y a quelques jours pour marquer le soutien de la France aux populations touchées. Nous étions toutes deux à Bruxelles lundi dernier pour appeler à la mobilisation de l'Europe ; je suis heureuse qu'une aide d'un montant de 150 millions d'euros puisse être débloquée à destination de ces pays. La France a été parmi les premiers pays à s'engager. Aujourd'hui même, une équipe de professionnels de santé, de pompiers et de militaires part rejoindre ceux qui sont déjà sur place en Guinée pour évaluer les besoins et prêter main-forte pour faire face à la maladie.

Enfin, nous avons la volonté d'améliorer la coordination de l'aide internationale qui est apportée ; le président de la République s'est personnellement engagé.

Bien sûr, la bataille se mène d'abord là-bas, en Afrique. Et si nous voulons nous protéger ici, en France, en Europe, nous devons aider l'Afrique. Pour autant, nous ne baissons pas la garde. Nos systèmes de vigilance sont évidemment en alerte maximale. Nous faisons en sorte que si un cas était détecté, il puisse être pris en charge rapidement, dans des conditions de sécurité, dans l'un des dix établissements référence qui ont été identifiés à cet effet. Nous sommes mobilisés./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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