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Déclarations officielles de politique étrangère du 29 mars 2017


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole adjoint - R√©publique d√©mocratique du Congo/D√©c√®s des deux experts des Nations unies disparus dans le Kasa√Į/D√©claration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international - OSCE/Droits de l'Homme/Entretien de M. Harlem D√©sir avec M. Michael Link - Climat/√Čtats-Unis/Signature d'un d√©cret pr√©sidentiel sur l'√©nergie - Niger/M. Hama Amadou - B√©nin/France/Biens culturels (Paris, 29/03/2017)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a relayé la déclaration du ministre et fait les déclarations suivantes :

1 - R√©publique d√©mocratique du Congo - D√©c√®s des deux experts des Nations unies disparus dans le Kasa√Į - D√©claration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 29 mars 2017)

J'ai appris avec une profonde tristesse le d√©c√®s des deux experts des Nations unies disparus en R√©publique d√©mocratique du Congo, dans la province du Kasa√Į central, le 12 mars 2017.

Je tiens à saluer la mémoire de Michael Sharp et Zaida Catalan, qui ont été tués alors qu'ils travaillaient au service de la paix et de la sécurité en République démocratique du Congo. À leurs familles et à leurs proches, je présente les sincères condoléances de la France. J'ai fait part de ma sympathie au Secrétaire général des Nations unies, M. Antonio Guterres, à l'occasion de l'entretien téléphonique que nous avons eu hier.

La France appelle à ce que toute la lumière soit faite sur ce très grave évènement, afin que les responsables soient identifiés et traduits devant la justice.

La France rappelle son plein soutien au groupe d'experts des Nations unies sur la R√©publique d√©mocratique du Congo, dont les membres assurent une mission essentielle. Elle r√©it√®re sa condamnation des violences meurtri√®res et des atteintes aux droits de l'Homme observ√©es dans la r√©gion du Kasa√Į au cours des derniers mois.

2 - OSCE - Droits de l'Homme - Entretien de M. Harlem Désir avec M. Michael Link (Paris, 29 mars 2017)

M. Harlem D√©sir, secr√©taire d'√Čtat charg√© des affaires europ√©ennes, re√ßoit le 29 mars 2017 M. Michael Link, directeur du bureau des institutions d√©mocratiques et des droits de l'Homme de l'organisation pour la s√©curit√© et la coop√©ration en Europe (OSCE). Ils √©voqueront ensemble la situation des droits de l'Homme, de la gouvernance d√©mocratique et de l'√Čtat de droit dans l'espace couvert par l'OSCE.

Cet entretien sera l'occasion pour le secr√©taire d'√Čtat de r√©affirmer l'attachement de la France √† cet instrument essentiel pour la paix et la s√©curit√© en Europe, notamment dans ses missions d'observation √©lectorale et dans l'aide qu'il apporte aux √Čtats participants de l'OSCE pour mettre en oeuvre leurs engagements en faveur du respect des libert√©s fondamentales.

3 - Climat - √Čtats-Unis - Signature d'un d√©cret pr√©sidentiel sur l'√©nergie

Le pr√©sident am√©ricain a sign√© le 28 mars un d√©cret portant sur la politique √©nerg√©tique des √Čtats-Unis.

La France est convaincue que la transition vers une économie bas-carbone est un élément essentiel pour atteindre les objectifs que la communauté internationale s'est fixée à travers l'accord de Paris sur le climat.

Comme l'a indiqu√© M. Jean-Marc Ayrault, la communaut√© internationale doit rester mobilis√©e avec toutes les bonnes volont√©s, y compris aux √Čtats-Unis, pour lutter contre les d√©r√®glements climatiques.

4 - Niger - M. Hama Amadou

Q - Est-il exact que suite à la condamnation à un an de prison de l'opposant nigérien Hama Amadou par la justice de son pays, la France a décidé de révoquer l'autorisation provisoire de séjour qu'elle lui a accordée ?

R - Ces informations sont inexactes.

5 - Bénin - France - Biens culturels

Q - Selon le Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) la France a refusé d'accéder à la demande du Bénin de lui restituer ses biens culturels pillés pendant la colonisation et qui se trouvent exposés au Quai Branly à Paris. Quelle est votre réaction ?

R - Les principes juridiques d'inaliénabilité, imprescriptibilité et insaisissabilité des collections publiques en vigueur en France sont constants et bien connus.

La protection et la valorisation des biens culturels font, de longue date, l'objet de coopérations entre la France et le Bénin. Nous sommes désireux de les approfondir.

Un dialogue est engagé à ce sujet entre les ministères de la culture français et béninois./.

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2. Indon√©sie - Relations bilat√©rales - D√©claration de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, au palais pr√©sidentiel de Merdeka (Jakarta, 28/03/2017)

Je remercie le président Joko Widodo pour son invitation. C'est en effet la première fois depuis plus de 30 ans qu'un président de la République française vient en visite ici en Indonésie.

C'est un honneur et c'est aussi une responsabilit√©, parce que nos deux pays, l'Indon√©sie et la France, sont des puissances dans leurs r√©gions respectives. Ce sont des d√©mocraties qui entendent jouer un r√īle √† l'√©chelle du monde, c'est pourquoi nous partageons un grand nombre de principes tels que la stabilit√©, la s√©curit√© et l'avenir de la plan√®te.

Nous sommes l'un et l'autre membres du G20. Nous agissons dans les instances internationales et l'Indonésie prend sa part dans les opérations de maintien de la paix. J'y suis particulièrement sensible puisqu'il y a des soldats indonésiens notamment au Liban, dans le cadre de la FINUL, c'est dire si l'Indonésie a pris conscience que la sécurité était un élément planétaire et qu'elle ne pouvait pas se réduire à telle ou telle région. Nous avons aussi des visions communes sur la solution qu'il convient de donner aux conflits, la négociation, le dialogue, et notamment au Proche-Orient.

Nous avons, l'Indon√©sie et la France, un partenariat strat√©gique, depuis 2011, que nous voulons encore amplifier et stimuler. C'est ce que nous avons d√©cid√© aujourd'hui √† travers un grand nombre d'accords, sur l'exploitation qui doit √™tre ma√ģtris√©e de la ressource halieutique, des p√™ches, sur les √©nergies marines, sur le d√©veloppement d'une agriculture durable, sur les infrastructures, les transports et √©galement toutes les √©nergies renouvelables.

Nous avons aussi défini une démarche commune concernant l'huile de palme, parce que nous savons ce que cette production représente, ici en Indonésie. J'étais également en Malaisie, c'est une part très importante de l'activité agricole qui est consacrée à cette production d'huile de palme. Chacun est bien conscient que nous devons respecter des règles environnementales. C'est la raison pour laquelle la France soutient le processus qui consistera à la certification de ces productions à l'échelle européenne, comme il l'a été fait d'ailleurs pour le bois tropical, à votre initiative. Je pense que ce que nous venons de convenir entre nos deux pays sera la règle pour l'Union européenne, avec le souci de donner aux consommateurs la meilleure production et pour les producteurs les garanties sur ce débouché.

Nous avons aussi, avec le pr√©sident, mis dans notre partenariat strat√©gique d'autres √©l√©ments que ceux qui pouvaient jusqu'√† pr√©sent √™tre contenus. D'abord une commune pr√©occupation pour les questions de d√©fense, parce que nous savons bien que des pays comme les n√ītres, dans une r√©gion comme celle-l√†, doivent disposer d'une autonomie strat√©gique, doivent disposer des √©quipements, des mat√©riels, des personnels pour les servir. Entre la France et l'Indon√©sie, il y a cette coop√©ration qui va encore s'intensifier.

Nous avons aussi, dans un tout autre domaine qui est aussi celui de l'indépendance, convenu de promouvoir les industries créatives, c'est-à-dire le cinéma, mais aussi le design, les jeux vidéo. Pourquoi ? Parce que d'abord c'est un élément essentiel de la vie de nos concitoyens et parce que nous devons avoir notre propre capacité de production. Nous devons développer nos propres créations et éviter l'uniformité, garder ce qui fait notre spécificité, notre richesse, notre diversité et là encore nous allons pouvoir coopérer.

Enfin, je n'apprendrai rien √† personne, l'Indon√©sie est un archipel qui compte des milliers d'√ģles, donc nous avons toute raison de d√©velopper encore les moyens de transport. Vous avez fait confiance √† Airbus et √† des compagnies qui travaillent avec la France, qui ach√®tent des avions fran√ßais. Nous voulons participer √† ce d√©veloppement qui a des cons√©quences aussi pour le tourisme, mais nous voulons √©galement, et l'Agence fran√ßaise de d√©veloppement apportera ces pr√™ts, d√©velopper les ports, les infrastructures dans les √ģles de l'archipel indon√©sien.

Un dernier mot : l'Indon√©sie est le pays qui compte le plus de musulmans au monde, et l'Indon√©sie a d√©velopp√© un mod√®le de tol√©rance, d'ouverture qui est un exemple, avec une neutralit√© religieuse et une libert√© donn√©e. Nous devons l√† aussi nous en inspirer. La France a un autre mod√®le qui est celui de la la√Įcit√©, mais qui part du m√™me principe : la libert√© religieuse √† condition que les r√®gles communes soient respect√©es. Donc c'est √† travers cette conception de l'islam qui est la v√ītre, que nous devons √™tre clairs sur la mani√®re de vivre ensemble, √™tre fermes aussi dans la lutte contre le terrorisme, contre la radicalisation et en m√™me temps √©viter toute stigmatisation, toute mise en cause d'une religion. L√† aussi, c'√©tait le sens que je voulais donner √† ma visite ici, en √©tant tr√®s heureux d'avoir mis un terme √† une parenth√®se qui avait dur√© 30 ans. Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Indon√©sie - Relations bilat√©rales - D√©claration conjointe sur l'√©conomie cr√©ative entre la R√©publique fran√ßaise et la R√©publique d'Indon√©sie (Jakarta, 29/03/2017)

1. √Ä l'occasion de la visite d'√Čtat du pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise, M. Fran√ßois Hollande √† Jakarta le 29 mars 2017, le pr√©sident de la R√©publique d'Indon√©sie, M. Joko Widodo et le pr√©sident Fran√ßois Hollande ont exprim√© leur intention de renforcer les liens qui unissent les peuples fran√ßais et indon√©sien, et particuli√®rement leurs jeunesses, dans le cadre du partenariat strat√©gique conclu en 2011.

2. Les deux chefs d'√Čtat ont soulign√© le r√īle du riche h√©ritage culturel et artistique de la France et de l'Indon√©sie comme source de cr√©ativit√©, de dialogue et d'int√©r√™t r√©ciproque entre leurs deux peuples.

3. Affirmant leur d√©sir de renforcer la coop√©ration entre la France et l'Indon√©sie dans les domaines cr√©atifs et culturels en tenant compte des nouveaux instruments, notamment les technologies num√©riques, de d√©veloppement de la cr√©ativit√©, les deux chefs d'√Čtat s'engagent √† favoriser la cr√©ation d'√©cosyst√®mes num√©riques propices √† l'√©mergence, √† l'incubation et au d√©veloppement d'acteurs de l'√©conomie cr√©ative et des industries culturelles.

4. Reconnaissant le r√īle fondamental de la t√©l√©vision comme vecteur d'√©ducation, d'information et d'√©changes culturels, les deux chefs d'√Čtat ont affirm√© leur souhait d'approfondir la coop√©ration entre la France et l'Indon√©sie en faveur du d√©ploiement de la t√©l√©vision num√©rique terrestre sur l'ensemble du territoire indon√©sien.

5. Reconnaissant la responsabilit√© des gouvernements de fournir aux citoyens des services performants et transparents, les deux chefs d'√Čtat ont exprim√© leur souhait d'approfondir la coop√©ration entre la France et l'Indon√©sie dans le d√©ploiement d'une feuille de route en mati√®re de gouvernement √©lectronique en Indon√©sie.

6. Afin de soutenir les projets de cr√©ation dans les deux pays, les deux chefs d'√Čtat ont exprim√© le voeu de renforcer la coop√©ration entre la France et l'Indon√©sie dans tous les champs d'expression de la cr√©ation contemporaine, notamment le num√©rique, le design, la mode, le cin√©ma et les arts visuels.

7. Les deux chefs d'√Čtat se sont f√©licit√©s de la signature d'un accord de coop√©ration entre le Centre national du cin√©ma et de l'image anim√©e et l'Agence pour l'√©conomie cr√©ative indon√©sienne. Reconnaissant les enjeux du cin√©ma pour l'√©ducation, pour l'√©conomie et pour la diversit√© culturelle, cet accord t√©moigne du d√©sir des deux parties de collaborer pour d√©velopper ce secteur. Cette collaboration veillera √† la pr√©servation du patrimoine cin√©matographique, √† sa valorisation et √† la circulation des oeuvres des deux pays.

8. Les deux chefs d'√Čtat sont convenus de promouvoir la production cin√©matographique fran√ßaise et indon√©sienne √† travers des √©v√©nements ou festivals.

9. Les deux chefs d'√Čtat ont soulign√© l'int√©r√™t d'une coop√©ration entre la France et l'Indon√©sie pour le patrimoine cin√©matographique, les √©changes institutionnels et l'√©ducation √† l'image, ainsi que dans les champs de la coproduction, de la distribution et de l'exploitation d'oeuvres audiovisuelles, dans le respect des droits de la propri√©t√© intellectuelle. Ils ont appel√© √† une coop√©ration √©troite pour d√©velopper ces activit√©s autour du partage d'exp√©riences, du transfert de comp√©tences et de l'√©change de bonnes pratiques./.

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4. Indon√©sie - Relations bilat√©rales - D√©claration conjointe pour un partenariat maritime entre la R√©publique fran√ßaise et la R√©publique d¬ĎIndon√©sie (Jakarta, 29/03/2017)

1. ¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Au cours de la visite d'√Čtat du pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise M. Fran√ßois Hollande en Indon√©sie le 29 mars 2017, le pr√©sident Hollande et le pr√©sident Joko Widodo se sont entretenus sur les affaires bilat√©rales et mondiales. La France et l'Indon√©sie ont exprim√© l'intention de consolider leur partenariat strat√©gique, notamment en d√©veloppant leur coop√©ration dans le domaine maritime.

2.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Le pr√©sident Fran√ßois Hollande a relev√© le caract√®re essentiel que rev√™tait l'¬ęaxe maritime mondial¬Ľ pour le d√©veloppement de l'Indon√©sie, plus grand √Čtat archip√©lagique du monde. Le pr√©sident Joko Widodo a salu√© la contribution de la France √† la s√Ľret√© et √† la s√©curit√© maritimes internationales.

3.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Les deux chefs d'√Čtat ont soulign√© l'importance de l'espace a√©rien et des zones maritimes dans les √©changes √©conomiques internationaux et la responsabilit√© qui incombe aux √Čtats dont les territoires bordent ces espaces de garantir la paix et la s√©curit√©. Le pr√©sident Hollande a salu√© la volont√© du pr√©sident Joko Widodo de voir l'Indon√©sie jouer un r√īle majeur autour de son axe maritime mondial. Compte tenu de la proximit√© des zones maritimes de la France et de l'engagement fran√ßais en mati√®re de s√©curit√©, le pr√©sident indon√©sien a reconnu l'importance d'un renforcement de la coop√©ration entre les deux pays pour faire face aux d√©fis communs, dans l'int√©r√™t de tous.

4.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Les deux chefs d'√Čtat ont appel√© de leurs voeux la pleine mise en oeuvre de la lettre d'intention relative √† la coop√©ration de d√©fense franco-indon√©sienne. Le pr√©sident Joko Widodo a salu√© la disponibilit√© de la France √† contribuer au renforcement des capacit√©s navales de l'Indon√©sie, entre autres sous-marines.

5.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Les deux chefs d'√Čtat ont affirm√© la d√©termination de la France et de l'Indon√©sie √† contr√īler leurs zones maritimes et √† y exercer leur souverainet√© ou leur juridiction conform√©ment au droit international. Ils ont √† cet √©gard exprim√© leur volont√© de promouvoir les coop√©rations entre les deux pays, notamment dans les domaines de la lutte contre la piraterie en haute mer, la p√™che illicite, non d√©clar√©e et non r√©glement√©e et d'autres d√©lits associ√©s, ainsi que dans celui de la protection de l'environnement marin.

6.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Dans ces domaines comme dans ceux des p√™ches, des transports et de la logistique, de la construction navale, des services maritimes et portuaires, des √©nergies marines et offshore, de m√™me que du tourisme, les deux chefs d'√Čtat ont exprim√© leur volont√© d'accro√ģtre les √©changes √©conomiques et commerciaux entre les deux pays. Ils ont rappel√© que le d√©veloppement de l'√©conomie bleue constituait une priorit√© commune aux deux pays. Pour y parvenir, ils sont r√©solus √† favoriser un rapprochement entre les entreprises fran√ßaises et indon√©siennes.

7.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† D√©sireux de prendre part aux efforts internationaux de lutte contre le d√©r√®glement climatique en contribuant √† la mise en oeuvre de l'Accord de Paris sur le climat et de l'Agenda des solutions, et conscients du r√īle crucial jou√© par les oc√©ans dans la r√©gulation du climat, les deux chefs d'√Čtat ont rappel√© l'engagement de leurs pays √† promouvoir l'insertion de la dimension oc√©anique dans les contributions nationales √† la lutte contre le d√©r√®glement climatique, de m√™me que l'adoption, au sein de l'Organisation maritime internationale, d'une strat√©gie ambitieuse de r√©duction des √©missions de dioxyde de carbone par les navires.

8.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Soucieux d'assurer l'ind√©pendance √©nerg√©tique de leurs pays, les deux chefs d'√Čtat sont convenus qu'une attention particuli√®re serait port√©e au d√©veloppement conjoint par la France et l'Indon√©sie de projets de valorisation des ressources et des √©nergies marines. Dans ce dernier secteur, l'application de technologies mises au point par des entreprises innovantes, particuli√®rement adapt√©es aux situations des √ģles isol√©es, sera encourag√©e.

9.¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† Conscients de leur responsabilit√© particuli√®re en tant que dirigeants de pays dot√©s de vastes zones coralliennes et de mangroves, les deux chefs d'√Čtat ont rappel√© le r√īle crucial jou√© par ces √©cosyst√®mes en mati√®re d'att√©nuation et d'adaptation aux changements climatiques et pour atteindre les Objectifs de d√©veloppement durable. Ils ont r√©affirm√© leur volont√© de travailler ensemble √† leur pr√©servation, en particulier dans le cadre de l'Initiative internationale pour les r√©cifs coralliens (ICRI). La France soutiendra le d√©veloppement de l'initiative ¬ęCarbone bleu¬Ľ de l'Indon√©sie.

10.¬†¬†¬†¬†¬† Rappelant que les oc√©ans fournissent la moiti√© de l'oxyg√®ne sur terre et abritent plus de 80% de la biodiversit√© mondiale, les deux chefs d'√Čtat sont √©galement convenus de travailler ensemble √† la lutte contre les principales menaces que repr√©sentent la p√™che illicite, la pollution, l'acidification, la disparition des esp√®ces et des habitats et la destruction des r√©cifs coralliens.

11.¬†¬†¬†¬†¬† Les deux chefs d'√Čtat ont rappel√© la coop√©ration entre les deux pays, tant dans le domaine de la connectivit√© que dans ceux de la gestion durable des ressources naturelles ou des √©nergies renouvelables, et ont pris acte avec satisfaction du r√īle jou√© en la mati√®re par l'Agence fran√ßaise de d√©veloppement (AFD) au cours des dix derni√®res ann√©es en Indon√©sie.

12.¬†¬†¬†¬†¬† Les deux chefs d'√Čtat ont salu√© la coop√©ration existante entre la France et l'Indon√©sie dans le domaine de la recherche hydro-oc√©anographique, ont reconnu l'importance de la pr√©vision des risques naturels pour assurer la s√©curit√© du trafic maritime et a√©rien, et se sont f√©licit√©s de la poursuite de cette collaboration. √Ä cette fin, ils ont accueilli avec satisfaction l'intention commune de d√©velopper et d'approfondir la coop√©ration entre les deux pays dans le domaine m√©t√©orologique, √† travers une coop√©ration accrue en faveur du renforcement des capacit√©s climatiques et m√©t√©orologiques de l'Agence de m√©t√©orologie, de climatologie et de g√©ophysique de la R√©publique d'Indon√©sie (BMKG). Les deux chefs d'√Čtat ont exprim√© la volont√© de rechercher des solutions aux probl√®mes li√©s √† l'adaptation climatique, √† l'√©rosion littorale et aux risques sismiques et volcaniques.

13.¬†¬†¬†¬†¬† Les deux chefs d'√Čtat se f√©licitent de la coop√©ration entre la France et l'Indon√©sie en mati√®re de recherche et d'innovation afin de promouvoir des solutions d'avenir sur les questions maritimes et environnementales, et continueront √† coop√©rer sur de grands programmes en vue notamment de pr√©server la biodiversit√© et √† favoriser la recherche scientifique marine, en tenant compte de l'importance que rev√™tent le maintien de l'int√©grit√© et la lutte contre les vols en mati√®re de biodiversit√©.

14.¬†¬†¬†¬†¬† Les deux chefs d'√Čtat ont affirm√© leur attachement au d√©veloppement du capital humain comme source de progr√®s pour accompagner celui des technologies telles que, notamment, les √©nergies nouvelles ou les applications spatiales et maritimes.

15.¬†¬†¬†¬†¬† Les deux chefs d'√Čtat ont salu√© le r√īle jou√© par l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ASEAN) dans le d√©veloppement pacifique de la coop√©ration maritime internationale. Ils ont soulign√© leur attachement au plein respect de la Convention des Nations unies de 1982 sur le droit de la mer ainsi qu'au r√®glement pacifique des diff√©rends, √† l'exclusion de tout recours √† la menace ou √† la force. Ils ont affirm√© l'importance du maintien de la s√Ľret√©, de la s√©curit√© et de la libert√© de navigation et de survol dans toutes les mers et oc√©ans, dans le respect des principes du droit international. Ils ont √©galement affirm√© leur soutien aux efforts de l'ASEAN et de la Chine en vue de la mise en oeuvre pleine et effective de la D√©claration sur la conduite des parties en mer de Chine m√©ridionale adopt√©e en 2002 dans sa totalit√© et de l'adoption au plus t√īt d'un code de conduite en mer de Chine m√©ridionale.

16.¬†¬†¬†¬†¬† Les deux chefs d'√Čtat ont √©galement rappel√© leur attachement √† l'Association des √Čtats riverains de l'oc√©an Indien (IORA), actuellement pr√©sid√©e par l'Indon√©sie et dont la France est partenaire de dialogue, y compris l'√©conomie bleue. Le pr√©sident Hollande a f√©licit√© l'Indon√©sie pour la conclusion du Pacte de Jakarta lors de la r√©union des chefs d'√Čtat et de gouvernement de l'IORA qui a eu lieu au d√©but du mois et a exprim√© la d√©termination de la France √† apporter son soutien √† la promotion d'un oc√©an Indien pacifique, stable et prosp√®re.

17.¬†¬†¬†¬†¬† Afin de d√©velopper leur coop√©ration maritime et de r√©examiner p√©riodiquement leurs engagements, les deux chefs d'√Čtat sont convenus que des discussions men√©es par les institutions maritimes concern√©es des deux pays auraient lieu √† intervalles r√©guliers./.

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5. Malaisie - Relations bilat√©rales - Discours de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, lors du d√ģner d'√Čtat offert en son honneur au palais royal de Kuala Lumpur (Kuala Lumpur, 28/03/2017)

Votre Majesté,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames, Messieurs,

C'est un grand honneur d'√™tre re√ßu ici dans votre palais, au terme de la visite d'√Čtat que je fais en Malaisie.

Vous m'accueillez cette année et elle est très particulière puisque c'est le 60e anniversaire de l'indépendance de la Malaisie, mais c'est aussi l'année de votre couronnement.

Nos relations sont anciennes ; il est rappelé que, dès le XVIe siècle, les navigateurs français ont croisé dans les eaux du détroit de Malacca. Aujourd'hui, c'est la Marine nationale qui le fait.

La dernière visite d'un président de la République française ici en Malaisie remonte à 2003, il y a quatorze ans. Je suis, comme l'ensemble de ma délégation, particulièrement impressionné par le développement de votre pays, et je suis heureux que beaucoup d'entreprises françaises m'aient accompagné, car notre commerce bilatéral a considérablement augmenté depuis 2010. Il a doublé, et nous avons fait de nombreux investissements, ici, dans l'aéronautique, les transports, l'énergie. Nous voulons mettre notre technologie et notre savoir-faire au service de la Malaisie.

Majesté, vous avez rappelé que notre relation est fondée sur une confiance réciproque, et notamment sur la défense. Dans ce domaine, nous sommes particulièrement fiers d'occuper une position privilégiée dans votre pays, et j'en ai encore eu la confirmation en assistant au vol des Rafale, et aussi à la présence des avions A400M.

En matière de sécurité, je me réjouis aussi que l'accord qui a été conclu ce matin nous permette de développer un nouveau système de gestion de l'identité de l'immigration, ici en Malaisie, et là encore c'est une technologie française qui a été retenue.

Nous voulons donner encore plus d'ampleur √† notre coop√©ration et je suis venu ici avec des repr√©sentants des universit√©s fran√ßaises, des centres de recherche, parce que nous voulons accueillir encore davantage d'√©tudiants malaisiens - il y en a pr√®s de 1.000 - et nos universit√©s ont sign√© de nombreux accords avec les v√ītres pour que nous puissions encore amplifier nos √©changes.

J'ai pu également apprécier le patrimoine culturel et la civilisation malaise, puisque je me suis rendu dans le Musée des Arts de l'Islam, et je suis fier que le Musée Guimet ait pu engager une collaboration avec ce haut lieu culturel pour organiser une exposition en 2019.

Votre Majesté, la France a la volonté de devenir un partenaire encore plus important pour la Malaisie et pour l'ASEAN, parce que nous pensons que cette région du monde a une importance stratégique, à la fois sur le plan des relations internationales, mais aussi de son poids économique. Nous voulons que l'Union européenne et la Malaisie puissent engager une négociation pour un accord de libre-échange, et je souhaite que les deux ensembles régionaux, l'ASEAN et l'Union européenne, puissent travailler ensemble.

Nous partageons avec la Malaisie des principes communs : le multilatéralisme, le refus des extrémismes, la modération, la volonté de contribuer au règlement des conflits, dans le strict respect du droit et de la légalité internationale.

Nous sommes également conscients de nos responsabilités, et c'est la raison pour laquelle je remercie encore la Malaisie, pour l'appui qu'elle nous a apporté au moment de la négociation des Accords de Paris sur le climat.

Voilà, pour toutes ces raisons, Majesté, j'ai été très heureux de venir ici en Malaisie et je vous assure de tout notre soutien, de toute notre solidarité ainsi que de l'amitié du peuple français à l'égard du peuple malaisien. Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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6. Malaisie - Relations bilat√©rales - Discours de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, au Perdana Putra Building (Putrajaya, 28/03/2017)

Monsieur le Premier Ministre,

Je voudrais d'abord vous remercier pour l'accueil que vous me réservez et qui témoigne de l'intensité et de la qualité de la relation entre la Malaisie et la France. Je viens ici pour le soixantième anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays, et aussi pour souligner que c'est la première fois depuis quatorze ans qu'un président de la République française vient en Malaisie. Je tenais à être celui-là.

Je veux souligner la confiance qui existe entre nos deux pays et qui trouve sa cons√©cration dans la relation de d√©fense. Vous avez fait le choix de vous adresser √† la France pour que la Malaisie puisse disposer d'une force sous-marine, et vous avez √©t√© capable tr√®s vite d'acc√©der √† cette technologie et √† cette utilisation de la force sous-marine, et nous sommes encore √† vos c√īt√©s pour d'autres projets.

Vous avez fait également le choix de l'avion A400M et cet après-midi je serai sur la base de Subang, pour constater la coopération remarquable entre nos deux pays pour ce partenariat en matière aéronautique. Vous êtes le premier pays hors OTAN à avoir fait ce choix. Nous avons effectivement parlé du Rafale, parce que vous vous préparez à prendre une décision, nous voulons vous accompagner là aussi et vous faire la démonstration, je crois qu'elle est faite entre nos deux ministres, mais que cet avion est le meilleur au monde, après, il faut discuter des modalités, du prix, et aussi de ce que cet avion peut représenter dans l'ensemble de votre panoplie, mais nous vous faisons confiance pour prendre cette décision le moment venu.

Nous avons aussi des relations √©conomiques tr√®s √©troites, la meilleure preuve, c'est l√† aussi la d√©l√©gation qui m'accompagne, plusieurs dizaines de chefs d'entreprise, de grandes, de moyennes, de petites, parce que, ici, nous voulons √™tre pr√©sents dans tous les domaines o√Ļ l'√©conomie de la Malaisie se d√©veloppe √† un rythme tr√®s rapide. Nous le voyons dans cette capitale, ici, qui est exceptionnelle, et nous voulons √™tre pr√©sents dans les transports, c'est d√©j√† le cas, dans l'a√©ronautique, et la Malaisie ach√®te beaucoup d'avions AIRBUS. Nous voulons le faire aussi √† travers l'√©nergie, l'√©nergie renouvelable, peut-√™tre demain, l'√©nergie nucl√©aire, bref, il est tr√®s important que nous puissions encore amplifier les √©changes entre nos deux pays. Je rappelle que sur les deux derni√®res ann√©es, ils progressent √† un rythme de 10%. Il est vrai que l'√©conomie de la Malaisie conna√ģt une croissance √©galement tr√®s forte.

Monsieur le Premier Ministre, nous avons voulu également, et je vous en remercie, aborder d'autres sujets de coopération, d'abord, sur le plan de la recherche, nous avons signé un accord justement pour que la recherche sur l'huile de palme durable puisse trouver toute sa traduction, et nous avons également, sur le caoutchouc, eu la même démarche ; nos chercheurs permettront ainsi d'aller encore plus vite dans la certification de ces produits, notamment de l'huile de palme. Je sais combien elle représente ici, une activité économique très importante. Nous avons aussi, en matière d'éducation, voulu accueillir davantage d'étudiants venant de Malaisie, vous y contribuez, Monsieur le Premier Ministre, avec les bourses que vous pouvez accorder.

Nous avons parlé tourisme, parce que vous êtes un pays qui attire, qui devrait attirer encore davantage de touristes français, nous avons voulu, sur le plan culturel, mettre en avant, là aussi, notre partenariat, je visiterai, cet après-midi, le Musée d'art islamique, qui a un accord avec le Musée Guimet, en vue d'une exposition qui aura lieu en 2019.

Enfin, le Premier ministre Najib voulait absolument me remettre un document, qui est la politique de d√©-radicalisation qui a √©t√© men√©e ici en Malaisie avec un grand succ√®s. Nous sommes conscients que vous √™tes un pays qui repr√©sente un islam mod√©r√©, avec ce souci du pluralisme et aussi de l'√©ducation, de la tol√©rance et nous avons effectivement le m√™me objectif : lutter contre l'extr√©misme, contre le fanatisme, et faire en sorte que nous puissions tous vivre ensemble. L√† aussi, je veux, si c'√©tait n√©cessaire, vous dire que notre conception de la la√Įcit√© en France, c'est de permettre la libert√© religieuse dans le cadre d'une vie en commun qui puisse √™tre respect√©e par tous.

Je veux terminer pour dire combien j'ai apprécié la politique de la Malaisie, notamment son expression au sein du conseil de sécurité, puisque la Malaisie a siégé deux ans, elle nous a appuyé constamment dans toutes les démarches que nous avons pu faire. La raison en est simple, c'est qu'avec le Premier ministre NajibTun Abdul Razak, nous partageons les mêmes principes pour la vie internationale, l'indépendance, le respect du droit, le souci du dialogue, la mise en cause de tout ce qui peut mettre en péril notre vie et notre qualité de vie. Donc nous sommes conscients que la négociation internationale, que le multilatéralisme, que l'ouverture des échanges sont les bases de ce qui fait la communauté internationale. Nous continuerons dans cet esprit, cette visite a également aussi cette caractéristique de faire prévaloir des principes de droit international et d'ouverture au monde, que la Malaisie et la France défendent partout. Merci Monsieur le Premier Ministre./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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7. Malaisie - Relations bilat√©rales - Lutte contre le terrorisme - Allocution de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, devant la communaut√© fran√ßaise (Putrajaya, 28/03/2017)

Mesdames, Messieurs,

Je veux saluer votre courage, votre volonté de me rencontrer à tout prix parce que quand il pleut ici, il pleut vraiment et ce que vous avez enduré depuis quelques minutes est digne des épreuves que j'ai pu rencontrer dans mon quinquennat avec la pluie.

Mais je tenais √† ce que nous puissions avoir cet √©change √† l'occasion de ma visite d'√Čtat ici en Malaisie, parce que d'abord il y a bien longtemps qu'un pr√©sident de la R√©publique n'y √©tait pas venu, pr√®s de 14 ans - le dernier √©tait Jacques Chirac -, parce que nous allons c√©l√©brer le 60e anniversaire de l'√©tablissement des relations diplomatiques entre nos deux pays et parce qu'entre la Malaisie et la France il y a aujourd'hui un lien tr√®s fort qui n'a cess√© de s'intensifier encore et qui vient de conna√ģtre une nouvelle √©tape avec la visite que j'effectue aujourd'hui en compagnie de ministres, de membres du Parlement, Assembl√©e nationale, S√©nat, de chefs d'entreprise de toute taille, mais √©galement de chercheurs, de responsables universitaires parce que je voulais donner un √©clat particulier √† cette rencontre avec le Sud-Est asiatique et notamment la Malaisie.

Vous √™tes une communaut√© qui ne cesse de voir son nombre augmenter. Au dernier recensement, vous seriez plus de 3.500 pr√®s de 4.000 dans des secteurs tr√®s diff√©rents, beaucoup en repr√©sentation d'entreprises, mais il y a aussi des fonctionnaires, il y a les enseignants, il y a tous les personnels qui concourent √† la promotion de notre culture et je voulais vous saluer parce que vous jouez un r√īle tr√®s important dans la relation entre la France et la Malaisie.

J'ai été saisi, comme vous l'avez été sans doute la première fois que vous êtes venu ici, même si pour beaucoup vous y êtes depuis longtemps, par la croissance de développement de ce pays qui accède maintenant à tous les standards des pays les plus favorisés. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas encore des inégalités, de la pauvreté, mais il est clair que ce pays est sur un rythme de croissance très impressionnant. Nous en avons la preuve à travers les contrats ou les accords que nous avons pu passer, les partenariats que nous avons pu nouer, dans des domaines aussi différents que les transports, l'énergie, la distribution, le tourisme et tout ce qui permet d'entretenir un courant d'affaires impressionnant puisque nos échanges ont doublé en 10 ans et qu'ils progressent à un rythme très élevé ces deux dernières années.

S'il y a un élément qui a permis cette confiance entre nos deux pays, c'est la défense. En effet le Premier ministre me l'a encore confirmé quand je l'ai rencontré, la plupart des matériels qui aujourd'hui servent à la défense de la Malaisie ont été fournis par la France, ou la France a accompagné leur mise en place.

Quand un pays, la Malaisie en l'occurrence, confie √† la France la capacit√© de mettre en place des sous-marins, c'est vraiment le signe que la Malaisie a vis-√†-vis de la France, pas simplement vis-√†-vis des mat√©riels fran√ßais, mais vis-√†-vis de ce que nous sommes, de ce que nous repr√©sentons dans le monde, une confiance qui ne pourra jamais s'ab√ģmer ou se r√©duire. D'autant que nous avons fait en sorte qu'il y ait d'autres √©l√©ments qui t√©moignent de cette force dans la relation et de nombreux contrats depuis plusieurs ann√©es √©tayaient la volont√© de la Malaisie de coop√©rer dans le domaine de la d√©fense avec la France.

Aujourd'hui encore, nous avons pu parler de plusieurs mat√©riels dont notamment les Rafale et sans qu'il y ait aujourd'hui d'annonce √† faire sur ce dossier, je veux remercier les entreprises qui ont contribu√© √† le faire avancer. Il y a des raisons qui nous laissent penser qu'il peut y avoir d'autres √©volutions. Mais il est trop t√īt pour le dire et ce serait m√™me contre-productif que de penser que la Malaisie va choisir cet avion d√®s lors qu'il y a encore bien des processus avant d'y parvenir.

Mais s'il y a un homme qui a beaucoup fait, un ministre français qui a énormément investi dans la Malaisie en y venant plusieurs fois, en rencontrant son homologue, en établissant avec lui une relation d'amitié, c'est Jean-Yves Le Drian et je voudrais ici le saluer tout particulièrement.

C'est gr√Ęce √† ce socle qui est celui constitu√© par la d√©fense que nous avons pu mettre au coeur de notre relation, que nous avons pu aussi d√©multiplier les implantations d'entreprises, les investissements en Malaisie. Aujourd'hui nous sommes le deuxi√®me fournisseur europ√©en de la Malaisie et nous r√©alisons deux milliards d'euros d'exportations et nous continuons √† avoir des perspectives tout √† fait int√©ressantes, comme en t√©moignent tous les chefs d'entreprise qui m'ont accompagn√©.

Nous avons même voulu que les PME françaises puissent trouver ici leur place, et il y a eu un accord qui a été passé entre la Banque publique d'investissement, donc la France, et son homologue ici en Malaisie, pour accompagner le développement des entreprises ici.

Je veux également souligner que notre coopération va au-delà de l'économie et au-delà de la défense parce que c'est un tout et qu'il y a notamment sur la culture, sur l'éducation beaucoup de progrès qui ont été réalisés ces dernières années. Je veux saluer l'effort que le Premier ministre a voulu engager pour la Francophonie, pour l'enseignement du français mais, il y avait aussi nos alliances françaises, je sais qu'ici plusieurs les représentent, qui contribuent à la promotion de notre culture. Sans oublier le lycée Fauconnier qui a permis et permet encore d'accueillir de nombreux jeunes, 800 aujourd'hui et sans doute davantage demain et avec des résultats remarquables. Et je veux saluer ici, tout le personnel de ce lycée.

Ce qui fait que la langue française progresse, il y a près de cent écoles malaisiennes qui enseignent le français et les parlementaires, qui m'ont accompagné, ont pu rencontrer ces élèves et c'est tout à fait impressionnant, l'amour, l'attachement qu'ils peuvent porter à la langue et à la culture française. C'est la raison pour laquelle j'ai voulu qu'il y ait aussi une relation qui puisse s'instaurer entre le Musée d'art islamique ici, à Kuala Lumpur, et le Musée Guimet, à Paris, et il y aura une grande exposition qui pourra être organisée l'année prochaine.

Puisque je parle de l'islam, ici, en Malaisie, les autorit√©s et le Premier ministre me l'ont confirm√©, il y a cette volont√©, ce souci permanent de promouvoir un islam mod√©r√©, et de permettre qu'il y ait le pluralisme, qu'il y ait la compr√©hension mutuelle, et qu'il y ait aussi - ils en sont particuli√®rement fiers - des programmes qui r√©ussissent pour la d√©-radicalisation d'un certain nombre de jeunes qui, h√©las, se sont laiss√©s entra√ģner.

Le Premier ministre Najib m'a m√™me remis un document en fran√ßais pour t√©moigner, pour d√©montrer l'efficacit√© de leur programme de d√©-radicalisation. La France, qui a toujours √©t√© un pays o√Ļ la la√Įcit√© a permis la libert√© religieuse, doit √©galement montrer qu'elle est capable d'assurer cette vie en commun et de lutter contre le fanatisme. C'est ce que nous faisons avec, l√† aussi, la conviction que ce n'est pas pour √©carter, ce n'est pas pour diviser, c'est au contraire pour int√©grer que nous mettons en oeuvre ces politiques.

La France et la Malaisie sont conscientes que le terrorisme peut nous menacer, et que ce terrorisme touche l'ensemble des pays du monde, et c'est la raison pour laquelle nous avons mené, avec la Malaisie, une coordination de nos services, de nos politiques de lutte contre le terrorisme, et que nous continuerons à agir dans cette direction.

Je voulais enfin vous dire ce que j'ai éprouvé cet après-midi, puisque j'étais sur une base aérienne et que les Rafale étaient en démonstration, nous étions là, avec l'ensemble de l'état-major malaisien, le ministre de la défense de la Malaisie, le ministre de la défense de la France étaient là, et nous avons vu, avec un temps qui n'était pas différent de celui que nous connaissons, là, en ce moment, c'est-à-dire un temps couvert, un temps pluvieux, nous avons vu cette démonstration par nos pilotes de Rafale. C'était extrêmement touchant de voir cette prouesse technique, et aussi cette capacité de nos pilotes à exercer une telle mission. Là, elle était pour la démonstration, il s'agissait de faire comprendre que nous avions le meilleur avion du monde, je crois que cela a été le résultat.

Mais je pensais aussi à tous nos pilotes qui sont sur les zones de conflit, et notamment en Irak, et en Syrie, et qui, avec ces Rafale, infligent des coups, et des coups très durs à Daech. J'avais, pour ce pilote-là ou ces pilotes, qui étaient dans ces appareils de haute technologie mais qui les utilisaient au mieux, une grande admiration, parce que la France peut être fière de son armée, peut être fière de ses soldats, peut être fière de ce qu'elle représente dans le monde. Si nous sommes respectés, c'est pour bien des raisons qui tiennent à ce que nous sommes, pays de grande Histoire, pays de culture, pays qui poursuit un idéal de justice, de paix, un pays qui promeut le dialogue et la négociation, qui ne veut pas imposer ses vues au reste du monde, mais qui fait en sorte que chaque fois que les droits de l'Homme sont atteints, nous puissions exprimer une parole forte.

Pour que nous soyons respect√©s aussi, il faut avoir les capacit√©s de notre d√©fense. Lorsque l'Europe s'interroge sur son avenir - c'est le cas en ce moment puisqu'avant de faire ce voyage en Asie du Sud-Est, j'√©tais √† Rome pour l'anniversaire du Trait√© - il faut qu'elle soit plus solidaire, et il y a encore du chemin √† faire. Il faut qu'elle soit plus forte dans l'expression de sa politique, il faut qu'elle soit plus coordonn√©e, et surtout maintenant que le Royaume-Uni vient de nous quitter ou s'appr√™te √† le faire √† travers une n√©gociation qui va durer deux ans. Il faut que l'Europe prot√®ge ses fronti√®res, c'est ce que l'on attend d'un ensemble, mais il appara√ģt n√©cessaire, indispensable que l'Europe puisse aussi assurer sa d√©fense, non pas en s'√©loignant de l'Alliance atlantique, de l'OTAN, mais en faisant en sorte que nous puissions nous-m√™mes √™tre capables de projeter nos forces √† l'ext√©rieur ou d'assurer une capacit√© de d√©fense de notre territoire, avec une industrie de d√©fense, qui doit elle-m√™me √™tre plus europ√©enne.

Et comme nous sommes dans un monde qui est en train de changer avec - c'est la d√©cision du peuple am√©ricain - un pr√©sident des √Čtats-Unis qui est plus isolationniste que ses pr√©d√©cesseurs, qui ne croit plus au multilat√©ralisme, qui s'interroge sur la capacit√© qu'a l'OTAN de pouvoir encore assurer une d√©fense commune, ou en tout cas, qui veut ren√©gocier un certain nombre d'√©l√©ments, notamment financiers, pour cette alliance, nous aurons, ou d'autres que moi, √† en discuter, mais, ce qui est important, c'est que la France puisse se dire : elle, elle peut assurer sa d√©fense, elle, elle peut dire √† l'Europe qu'elle a la capacit√© d'agir et d'intervenir.

C'est pourquoi vous √™tes ici, communaut√© fran√ßaise, bien s√Ľr, tr√®s attach√©e √† cette partie du monde, l'Asie du Sud-Est, mais en m√™me temps, vous devez avoir conscience d'appartenir √† un ensemble, qui est une grande Nation, et qui est capable de se faire respecter, et si, ici, nous pouvons multiplier les courants d'√©changes, faire un certain nombre d'investissements, √™tre re√ßus, comme je l'ai √©t√©, c'est parce que la France est une Nation ind√©pendante.

C'est tr√®s important de ne d√©pendre de personne. Mon mod√®le n'est ni aux √Čtats-Unis ni en Russie ni ailleurs. Le mod√®le que je veux promouvoir est en Europe. C'est √† travers les valeurs que l'Europe porte que nous devons nous-m√™mes agir dans le monde, et il n'est pas possible de regarder tels ou tels responsables de grands pays comme des exemples, j'appartiens √† une g√©n√©ration o√Ļ nous n'avions pas besoin d'exemples pour √™tre nous-m√™mes, et o√Ļ nous luttions contre un certain nombre d'influences ext√©rieures, eh bien, cela reste vrai. Il y a des empires qui essayent de ressurgir, il y a des pressions qui se font sur un certain nombre de pays.

Alors, il est tr√®s important, au moment o√Ļ il va y avoir des choix essentiels pour notre pays, que nous restions une Nation ind√©pendante, que nous restions une Nation ouverte, qui croit au commerce, √† l'√©change, √† la libre-circulation des personnes, comme des biens, une Nation qui entend d√©fendre un id√©al, une Nation qui sait se faire respecter, et c'est ce que vous contribuez √† faire. C'est pourquoi, je voulais, √† l'occasion de cette visite - qui n'a pas toujours √©t√© pluvieuse, m√™me si, aujourd'hui, nous avons √©t√© particuli√®rement servis - vous dire toute ma gratitude, parce que la France est forte de tous ceux qui vivent partout dans le monde avec le drapeau fran√ßais. Et aujourd'hui, le drapeau fran√ßais, gr√Ęce √† vous, flotte en Malaisie. Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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8. Singapour - Relations bilat√©rales - Allocution de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, devant la communaut√© fran√ßaise (Singapour, 27/03/2017)

Mesdames, Messieurs, Chers Compatriotes,

Je remercie d'abord l'ambassadeur d'avoir bien voulu organiser cette rencontre entre vous et moi. Mais je ne suis pas seul, je suis venu avec une d√©l√©gation compos√©e de parlementaires, d√©put√©s, s√©nateurs et √©galement de nombreux chefs d'entreprise, repr√©sentants des grandes soci√©t√©s ou quelques fois des plus petites, qui ont d√©j√† un pied √† Singapour ou qui veulent s'introduire gr√Ęce √† ce voyage pr√©sidentiel ; et aussi beaucoup de chercheurs, beaucoup d'universitaires qui ont fait √©galement le voyage.

C'est un voyage que je fais en Asie du Sud-Est, commençant par Singapour, ensuite me rendant en Malaisie tout à l'heure, puis enfin en Indonésie. Après, je rentrerai parce qu'on m'attend en France avec impatience, donc je ne voudrais manquer vraiment à aucune sollicitation, répondre à toutes les questions et éventuellement apporter des réponses.

J'ai pris grand plaisir d'abord √† √™tre ici, √† Singapour, parce que c'est un pays avec lequel depuis longtemps nous sommes en relation. Nous avons √©t√© un des premiers pays √† reconna√ģtre l'ind√©pendance de Singapour et puis ensuite √† √©tablir des relations privil√©gi√©es, notamment √† partir de 2012 avec un partenariat strat√©gique que nous avons nou√© avec cette cit√© √Čtat.

Nous avons depuis longtemps des implantations gr√Ęce √† des entreprises que vous √™tes beaucoup √† repr√©senter, gr√Ęce aussi √† des instituts de recherche, mais aussi gr√Ęce √† une pr√©sence de la culture, de la langue fran√ßaise, j'y reviendrai.

Je voulais vous saluer parce que vous êtes une communauté particulièrement dynamique, on dit 15.000. 15.000 pour vous rendre compte, c'est l'équivalent de la ville de Tulle, c'est dire l'importance de ce que vous êtes. Mais on me dit qu'il en y a 15.000, peut-être davantage qui ne sont pas déclarés ou qui viennent occasionnellement, quelquefois plus durablement. C'est dire si cela représente la deuxième communauté française en Asie.

Votre nombre a triplé en 12 ans et on me dit que pour les deux dernières années, c'est 10% par an, ce qui fait 20%, ce qui est quand même considérable et qui signifie bien qu'il y a une vitalité ici, une attractivité mais aussi un dynamisme des établissements français, des entreprises françaises et de la culture française.

J'ai évoqué le partenariat stratégique entre Singapour et la France, ces mots signifient que nous avons d'abord des principes politiques que nous partageons, qui sont ceux de l'indépendance, du respect du droit, de la volonté de faire prévaloir le multilatéralisme par rapport à l'isolationnisme, que nous avons aussi une conception élevée de ce que doit être la stabilité, la sécurité.

Dans ce partenariat strat√©gique, il y a une dimension de d√©fense. Nous avons ici une coop√©ration qui est √©lev√©e, avec non seulement des mat√©riels - c'est la partie commerciale, mais aussi la partie strat√©gique, on ne vend pas √† n'importe qui et on ne vend pas n'importe quoi,- mais aussi un aspect de formation. Ce qui fait que notamment en France √† Cazaux, il y a un centre d'entra√ģnement des pilotes singapouriens, qui est particuli√®rement appr√©ci√©, d'abord par nos propres aux arm√©es mais aussi par les autorit√©s de Singapour.

Puis il y a une autre dimension de partenariat stratégique, c'est de faire de l'innovation une priorité. C'est ce que j'ai eu une fois encore à constater ici, d'abord parce que c'est l'élément fondateur de l'économie de Singapour et c'est aussi la place que nous avons su prendre à travers la French Tech notamment, puisque nous avons développé cette promotion des entreprises françaises. J'ai eu l'occasion de me rendre dans une école de commerce, l'ESSEC ici présente, qui n'est pas la seule mais qui est une de celles qui fait en sorte que la technologie, ce que nous pouvons apporter, les start-up, puissent ici trouver toute leur place.

L'ann√©e prochaine il y aura une ann√©e ¬ęFrance Singapour¬Ľ autour de l'innovation. L'innovation c'est aussi ce que nous devons promouvoir dans les contrats commerciaux ou dans les projets √©conomiques que nous pouvons nouer avec Singapour, notamment autour de la ville durable, autour des transports, autour de l'environnement, autour de l'√©nergie et m√™me de la sant√©, tout est fond√© sur la technologie et l'innovation. C'est ce qui fait que nos deux pays se sont consid√©rablement rapproch√©s et que Singapour est devenu pour nous, la France, un hub particuli√®rement strat√©gique, parce que de Singapour nous pouvons partir √† la conqu√™te de l'Asie du Sud-est.

Dans les atouts que nous pouvons pr√©senter, il y a bien s√Ľr la qualit√© de nos entreprises, il y a le talent des cr√©ateurs, des start-up, des √©coles d'ing√©nieurs ou des √©coles de commerce, mais aussi des centres de recherche que nous avons ici. Ici, il y a une grande coop√©ration entre le CNRS et son √©quivalent singapourien. Mais il y a ce que vous apportez. Il m'a √©t√© dit que la communaut√© fran√ßaise ici √† Singapour √©tait particuli√®rement jeune, je le constate, avait une vitalit√© particuli√®rement grande, je verrai, une d√©mographie particuli√®rement √©lev√©e, un nombre de mariages, de naissances particuli√®rement remarquable, vous me le direz.

Mais ce qui est tout à fait décisif c'est ce que vous, vous apportez et à l'économie de Singapour et à l'économie française, à travers ce lien qui s'est établi et cette confiance mutuelle. Ce qui m'a saisi depuis que je suis là, c'est que la France est regardée comme un pays en qui on peut avoir confiance. Confiance sur le plan de la sécurité et de la défense, confiance sur les matériels que nous pouvons mettre à disposition, confiance dans notre technologie, confiance aussi dans les femmes et les hommes que vous êtes pour les promouvoir et pour les mettre en oeuvre.

J'ai √©galement eu conscience qu'il y avait un lien culturel qui s'√©tait √©tabli, d'ailleurs au cours des d√©cennies, la langue y contribue et je veux ici saluer les alliances fran√ßaises qui contribuent avec beaucoup de talent √† promouvoir, non seulement la langue mais la culture fran√ßaise, le lyc√©e fran√ßais qui conna√ģt un grand succ√®s, je crois qu'il y a 2.500 √©l√®ves, √† la fin tout le monde a le baccalaur√©at. On dirait que tout le monde pense que tout le monde a le baccalaur√©at mais ce n'est pas vrai, ici vous avez 100% de r√©ussite, 100% c'est quand m√™me beaucoup.

Cela fait r√™ver ou plut√īt non, cela ne fait pas r√™ver si on regarde sur le plan politique ceux qui font 100%. Mais il y a cette culture fran√ßaise, cette langue fran√ßaise et j'ai eu encore l'occasion de m'en rendre compte avec la visite du Mus√©e des Arts contemporains asiatiques, ici √† Singapour, tout simplement remarquable et avec un architecte fran√ßais qui a r√©habilit√©, reconstruit m√™me le b√Ętiment.

Voil√† pourquoi je voulais venir √† votre rencontre pour vous t√©moigner bien s√Ľr de notre gratitude, de notre confiance, de notre solidarit√©. Je sais qu'ici il y a tout ce que l'on peut regarder comme √©tant la France en avance, mais vous avez aussi l'id√©e en venant ici que la France pourrait faire encore davantage. Quand voyez l'√©conomie singapourienne, vous vous dites : est-ce qu'on ne pourrait pas faire plus, faire mieux avec moins de rigidit√©, plus de souplesse, plus de facilit√© ? Mais vous pouvez vous dire aussi que la France est un mod√®le social, c'est un mode de vie, c'est une culture qui est regard√©e par les Singapouriens comme √©tant un exemple. Donc nous avons beaucoup √† apprendre des deux, de ce que les Singapouriens nous montrent comme possibilit√©s, de ce que nous leur offrons comme exemple, de ce que peut √™tre un √©quilibre dans une soci√©t√© : une compr√©hension mutuelle, une fa√ßon de donner une coh√©sion, une confiance dans l'avenir.

Je voulais aussi insister sur la situation mondiale, parce qu'ici vous êtes au coeur du monde, non pas parce que simplement être près d'un des trois fait qu'on a une responsabilité particulière, on voit transiter le monde à travers un port qui est l'un des plus grands ports du monde et avec là aussi une satisfaction de savoir qu'il y a une joint-venture qui a été conclue entre CMA CGM et PSA, ce groupe singapourien pour faire de ce port un port ultramoderne.

Mais vous √™tes dans le monde et un monde qui est √† la fois en plein dynamisme, notamment dans cette zone avec une croissance tr√®s forte et un monde qui est en m√™me temps saisi par le doute, l'incertitude et les risques. Le risque nous le connaissons, nous Fran√ßais, nous Europ√©ens, nous le connaissons √† travers le terrorisme, mais ce terrorisme ne vient pas de nulle part, il vient aussi du Moyen-Orient, l√† o√Ļ nous agissons aussi dans le cadre d'une coalition internationale dans laquelle, Singapour est √©galement partie prenante.

Ce risque est à la fois celui que nous avons mesuré à travers les souffrances que nous avons endurées avec les attentats, mais ce risque est permanent, il est partout. Ici, vous êtes aussi confrontés à cet enjeu global de la lutte contre le terrorisme et de ce que nous devons apporter comme sécurité sans mettre en cause nos libertés. C'est un enjeu majeur qui va durer pendant sans doute des années, je n'ose pas dire des décennies.

Il y a un autre enjeu qui est celui de la r√©surgence des empires, que vous voyez aussi ici, que l'on voit √† c√īt√© de l'Europe, pr√®s de l'Europe, avec cette volont√© de peser, d'influencer et de faire en sorte de provoquer quelques mouvements dans le monde pour changer la donne. Face √† cette r√©surgence des empires, il faut une Europe forte, mais il faut aussi une Asie qui s'organise.

C'est ce que nous avons promu tout au long de cette visite, l'Europe venait de f√™ter le 60√®me anniversaire du Trait√© de Rome et j'√©tais √† Rome donc il y a 2 jours. En m√™me temps, l'ASEAN f√™tait le 50e anniversaire de sa Constitution, de sa formation. Il y a l√† deux parties du monde qui doivent se rencontrer, qui doivent travailler ensemble parce que l'Europe a besoin de l'Asie et l'Asie a besoin de l'Europe, surtout avec cette nouvelle configuration des √Čtats-Unis qui sont tent√©s par le protectionnisme, par l'isolationnisme, c'est une vieille histoire aux √Čtats-Unis, m√™me si elle ressurgit de fa√ßon un peu personnelle, pour ne pas dire davantage. On voit bien qu'il y a l√† un nouveau risque qui est devant nous, qui est celui du repli, de la tentation du protectionnisme et de la fin de l'√©change du commerce comme √©l√©ment de la croissance.

Nous, nous n'avons jamais pens√© que le commerce devait se faire dans n'importe quelles conditions, en oubliant les normes sociales, culturelles et faire que ce soit les pays √† bas co√Ľt de main d'oeuvre qui imposent leurs r√®gles. Nous avons toujours fix√© des limites au commerce, nous avons toujours voulu qu'il soit juste, √©quitable. Mais l√†, il ne s'agit plus de commerce qui pourrait √™tre r√©gul√©, il s'agit de barri√®res qu'il faudrait de nouveau √©riger, de murs qu'il faudrait √©lever, de taxes qu'il faudrait pr√©lever sur les produits qui viennent de l'√©tranger.

On sait bien comment cela commence, comment cela a frappé les biens, les marchandises, puis après les personnes. Parfois même on peut commencer par les personnes pour ensuite aller vers les marchandises, puis après les idées, puis après les systèmes politiques. Donc on est devant ce risque aussi et il est très important que on puisse le conjurer avec d'autres. L'Europe d'abord, parce qu'elle aura à assurer encore davantage sa cohésion, à faire que certains pays puissent aller plus vite et s'intégrer davantage, surtout avec le départ du Royaume-Uni.

Mais l'Europe ne pourra pas √™tre seule, elle devra trouver des alli√©s partout dans le monde et elle est attendue, elle est attendue ici, en particulier √† Singapour, puisqu'il y a un accord commercial qui a √©t√© sign√© entre Singapour et l'Union europ√©enne et nous l'avons appuy√©. Singapour comme les pays de l'ASEAN, attendent beaucoup de l'Europe et nous devrons √™tre l√†. Dans l'Europe, il y a la France et la France c'est vous, la France c'est bien s√Ľr son Hexagone avec ses millions de Fran√ßais et de Fran√ßaises qui vont bient√īt faire un choix, mais c'est aussi vous partout dans le monde, avec peut-√™tre ici davantage encore une conscience de ce qu'est la France.

Parfois, il faut sortir de chez soi pour mieux voir la maison, la maison commune, √† la fois pour en voir sans doute les imperfections, les d√©fauts et ils existent, mais pour on voir aussi la qualit√©, pour en voir la beaut√©, pour en voir aussi l'harmonie. La France quand on se d√©place et quand elle se d√©place √† travers vous, qu'est-ce qu'elle entend ? Elle entend plut√īt des hommages √† ce qu'elle repr√©sente, pas simplement par son histoire, pas simplement par la gloire qui a pu √™tre la n√ītre dans certaines p√©riodes de notre pass√© collectif. Non, la France est attendue pour bien plus que cela, pour les principes politiques qu'elle d√©fend, pour l'id√©al qu'elle porte mais aussi pour l'√©conomie qu'elle a voulu promouvoir, pour la technologie, pour l'innovation, pour la cr√©ation, pour la culture. Il faut que vous puissiez en porter t√©moignage, parce que vous entendez beaucoup parler de la France. C'est que c'est s√Ľrement une forme d'√©ducation civique qu'il faut donner √† nos compatriotes, non pas qu'ils ne seraient pas forc√©ment conscients, mais ils n'en ont pas forc√©ment la v√©rification. Vous, vous pouvez la leur donner, vous pouvez leur dire qu'ils peuvent aimer la France parce qu'elle le m√©rite.

La France, ce n'est pas simplement une g√©ographie, des paysages, du patrimoine, la France c'est les femmes et les hommes qui la font vivre. Donc je voulais vous remercier pour √™tre la France ici √† Singapour, pour √™tre la France partout √† l'√©tranger et pour d√©fendre les valeurs bien s√Ľr qui sont les n√ītres, les principes d'ouverture. Ici, vous savez mieux que d'autres ce que signifie l'ouverture, la libert√©, la confiance dans le monde, la r√©alit√© de l'Europe et la force que peut avoir un id√©al quand il est port√© par un pays qui est s√Ľr de lui.

Voil√† pourquoi je voulais, au terme de ce trop bref d√©placement, cette visite d'√Čtat ici √† Singapour vous dire toute ma reconnaissance et ma gratitude d'√™tre des Fran√ßaises et des Fran√ßais ici, non pas √† l'√©tranger mais √† Singapour.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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9. Singapour - Relations bilat√©rales - Conf√©rence ¬ęLa France et Singapour, partenaires strat√©giques dans un monde en mutation¬Ľ - Propos de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, √† la s√©ance de questions/r√©ponses (Singapour, 27/03/2017)

Intervenant - Je remercie le président François Hollande pour cette présentation extrêmement large et ses paroles très directes et pour avoir ainsi exprimé son soutien à un ordre multilatéral ouvert. Et également pour avoir souligné l'importance de la cohésion nationale dans des sociétés diverses, le tout dans le respect des règles communes. Ce sont des défis auxquels nous sommes tous confrontés mais, vous en avez parlé avec beaucoup de lucidité, beaucoup d'ouvertures et vous avez rappelé ces règles en lesquelles nous croyons tous. Maintenant j'ouvre le débat, tout un chacun peut poser des questions. Je vous invite à vous présenter avant de poser vos questions.

Q - Monsieur le Pr√©sident, j'ai √©t√© secr√©taire d'√Čtat aux affaires europ√©ennes dans un pr√©c√©dent gouvernement, je travaille maintenant pour l'Institut pour les √©tudes en Asie du sud-est √† Singapour. Permettez-moi de vous remercier √† mon tour pour cette pr√©sentation extr√™mement exhaustive.

Ma question porte sur les aspects √©conomiques de la mondialisation : le pr√©sident Trump aux √Čtats-Unis et puis √©galement le Brexit, tout cela pose un certain nombre de doutes quant au mod√®le √©conomique de la mondialisation que nous connaissons. C'est la premi√®re fois en 70 ans qu'il y a un v√©ritable risque de protectionnisme, de nationalisme, un risque de retour au bilat√©ralisme qui remplacerait le multilat√©ralisme, alors que le multilat√©ralisme a √©t√© v√©ritablement au coeur de la mondialisation de l'√©conomie.

Ma question est la suivante, Monsieur le Pr√©sident, avez-vous le sentiment que la France et l'Union europ√©enne - l'Union europ√©enne comme vous l'avez dit, premi√®re puissance √©conomique au monde - pouvez-vous concevoir que l'Union europ√©enne et la France aillent de l'avant pour pr√©server la mondialisation telle que nous la connaissons et pour pr√©venir un retour en arri√®re, un retour au protectionnisme dans en la forme que nous avons pu conna√ģtre il y a 70 ans, en particulier dans les ann√©es 30 ? La France pourra-t-elle le faire en coop√©ration avec les nations asiatiques et avec les pays de l'Asie du Sud-est en particulier ? Monsieur le Pr√©sident, je vous remercie.

R - Merci pour votre question appuy√©e sur votre exp√©rience. C'est dans l'adversit√© que l'on juge les personnalit√©s et les institutions, l'Europe est devant des d√©fis qu'elle n'avait sans doute pas imagin√©, il y a encore quelques ann√©es. Le premier, c'est le Brexit, c'est-√†-dire le d√©part d'un pays qui a √©t√© membre de l'Union europ√©enne. Et pas l'importe quel pays puisqu'il s'agit d'un des plus peupl√©s et des plus prosp√®res. L'autre d√©fi, c'est l'arriv√©e d'un pr√©sident aux √Čtats-Unis qui d√©veloppe des th√®ses qui sont celles du protectionnisme ou en tout cas d'une moindre confiance dans les √©changes et dans le commerce, et qui, en plus, ne consid√®re pas l'Union europ√©enne comme v√©ritablement un partenaire privil√©gi√©. Je n'en dis pas plus pour ne pas cr√©er d'incident diplomatique qui aurait des cons√©quences pour Singapour. Pour la France, je peux encore les assumer.

Donc nous en sommes là. L'Europe est mise devant sa responsabilité : est-ce qu'elle est capable de vivre sans le Royaume-Uni ? La réponse est oui, dès lors que la négociation doit se faire sur des bases respectueuses du vote des Britanniques, mais en même temps claires pour que l'Europe puisse avancer. Cette négociation donc qui va durer deux ans va aboutir à un accord commercial entre l'Union européenne et le Royaume-Uni. Mais en même temps, on va obliger l'Europe à renforcer son intégration ou à aller ouvrir des coopérations entre les pays qui voudront aller plus vite, aller plus loin, ce qu'on appelle les coopérations différenciées.

Dans la déclaration qui a été produite à Rome pour le 60e anniversaire, cette perspective est ouverte avec une priorité qui n'était pas celle initiale de l'Union européenne qui est l'Europe de la défense. Au départ l'Europe s'était construite sur un marché, ensuite sur une monnaie, après sur des politiques communes, mais l'Europe n'avait pas véritablement pris la dimension de sa défense, considérant que c'était l'OTAN qui devait en assurer la responsabilité, en plus de l'effort de chaque pays. Aujourd'hui, compte tenu des menaces extérieures, compte tenu aussi de la lutte contre le terrorisme, l'Europe doit assurer non seulement la protection de ses frontières mais, également sa défense. Donc je pense que c'est un premier défi qui va permettre à l'Europe d'aller encore plus loin que son projet initial.

Ensuite sur le commerce, les √Čtats-Unis pourront d√©cider d'un certain nombre de choses et cela aura des cons√©quences sur leur propre √©conomie, comme sur le reste du monde mais, nous, Europe, nous sommes un continent qui n'a pas besoin d'√™tre soumis √† une quelconque d√©pendance. Cela a √©t√© rappel√©, nous sommes la premi√®re puissance √©conomique du monde, donc nous avons vocation √† assurer des relations commerciales avec toutes les autres parties du monde, m√™me si cela sera plus difficile, j'en conviens, dans les rayons du G20, m√™me pour dire que le protectionnisme doit √™tre √©cart√©. Enfin, je vais vous donner mon exp√©rience, il y a eu tellement de communiqu√©s qui ne sont lus par personne, que ce qui compte, ce n'est pas ce qui est √©crit, c'est ce que nous faisons. √Ä partir de l√†, ce qui va √™tre d√©terminant c'est la capacit√© qu'a l'Europe de signer les accords commerciaux et de donner toute sa place √† l'√©change. Nous verrons bien ceux qui veulent rester de c√īt√©, ceux qui veulent s'√©carter des grands courants √©conomiques en paieront le prix, mais √† nous d'avoir la volont√© et la capacit√© suffisante pour porter ces accords-l√†.

C'est vrai qu'il y a une part dans l'opinion publique, qui est tout à fait réticente à l'ouverture. Certains pour des raisons que je comprends parfaitement, qui sont de craindre que les échanges, la mondialisation soient défavorables à l'emploi et notamment l'emploi industriel. Donc nous devons les rassurer, nous devons faire en sorte que l'échange puisse être sur des bases justes, que l'industrialisation puisse se poursuivre. Cela, c'est une réponse que nous devons donner.

Il y en a d'autres qui en fait n'ont jamais admis l'ouverture, ni même l'Europe et qui veulent remettre en cause, au nom du nationalisme, ce qui a été fait après la Seconde guerre mondiale. Quand on est sur cette démarche, ce n'est pas simplement par rapport aux marchandises, c'est par rapport aux personnes, c'est par rapport aux idées, c'est par rapport à une conception même de la démocratie. Cette bataille-là, nous devons la mener et nous devons la gagner.

Enfin je fais confiance √† l'Asie pour qu'elle-m√™me puisse √™tre une interlocutrice, ce qui suppose l√† aussi d'int√©grer des √©conomies, et √† ce moment-l√†, nous aurons des √©changes qui seront de plus en plus √©quilibr√©s et qui seront de plus en plus b√©n√©fiques pour nos deux continents. Je vais prendre un exemple : chaque fois qu'il y a une entreprise qui investit ici √† Singapour, c'est b√©n√©fique pour l'√©conomie de Singapour, mais c'est b√©n√©fique pour l'√©conomie fran√ßaise parce que cela cr√©e des emplois en France, parce que cela cr√©e des innovations qui vont √™tre partag√©es par la France et par Singapour, cela cr√©e une √©mulation, nous avons une communaut√© de chercheurs qui se trouve plus stimul√©e. Donc, je pense que dans cette bataille, qui est une bataille √©minemment politique, nous avons beaucoup d'arguments pour l'emporter. Et puis il y a aussi une le√ßon en d√©mocratie, je dis bien en d√©mocratie, c'est qu'√† un moment les √©lecteurs ont de nouveau la parole et donc il ne faut jamais jurer de rien et il faut toujours avoir confiance dans l'intelligence des citoyens. M√™me si √† un moment, elle peut √™tre contrari√©e, cela peut arriver, il arrive un moment apr√®s o√Ļ elle est mise en √©vidence. Donc j'ai confiance.

Q - Merci Monsieur le Pr√©sident de cette pr√©sentation. Je suis chercheur. Monsieur le Pr√©sident, je vous serais extr√™mement reconnaissant si vous pouviez partager votre point de vue sur les deux questions suivantes. Tout d'abord dans votre pr√©sentation, vous parlez des menaces en terme de s√©curit√©, la cyber-criminalit√©, le terrorisme, ces menaces nouvelles, voyez-vous des perspectives de coop√©ration suppl√©mentaire entre Singapour et la France √† l'avenir dans ces domaines ? Deuxi√®mement vous avez √©galement fait r√©f√©rence √† la s√©curit√© maritime, et √† la pr√©sence navale fran√ßaise ici l'ann√©e derni√®re dans le cadre du dialogue de Shangri-La, M. Le Drian a √©galement √©voqu√© cette question et il a m√™me lanc√© un appel pour des patrouilles coordonn√©es, patrouilles europ√©ennes dans les eaux asiatiques, y compris dans la Mer de Chine m√©ridionale. Monsieur le Pr√©sident, √™tes-vous favorable √† cette id√©e et quel est selon vous le r√īle √† jouer par la France et l'Union europ√©enne dans la s√©curit√© maritime de la r√©gion ? Je vous remercie.

R - Oui, M. Le Drian ici pr√©sent a √©voqu√© plusieurs fois la coordination entre les marines europ√©ennes pour assurer une pr√©sence aussi visible que possible dans les espaces maritimes en Asie. Il s'agit non pas de patrouilles coordonn√©es, mais de patrouilles qui successivement se trouvent en Mer de Chine. De la m√™me mani√®re nous avons voulu qu'il y ait l'affirmation ou la r√©affirmation de ce principe de libert√© de navigation et que nous puissions lutter contre la piraterie, contre le terrorisme, mais aussi intervenir lorsqu'il y a des catastrophes naturelles. D'o√Ļ la n√©cessit√© de d√©ployer des b√Ętiments et ce que nous avons fait encore r√©cemment pour des missions de quatre mois.

Nous voulons aussi qu'il y ait avec Singapour des relations particulières en cette matière. Nous coordonnons, là aussi, nos efforts pour que nous puissions être présents, et que nous donnions toutes les informations sur ce que nous pouvons faire en mer de Chine. Sur la cyber-défense, ça, c'est une priorité que nous avons décidé de porter, France et Singapour. Et nous en avons parlé dès la visite du président Tony Tan, en 2015. Il y a même eu une déclaration commune sur la cyber-sécurité.

Et depuis 2015, il y a eu plusieurs visites, plusieurs délégations, notamment de l'Agence de cyber-sécurité singapourienne en France, mais aussi d'unités françaises ici, à Singapour. Nous sommes tout à fait déterminés à avoir un plan commun en matière de cyber-défense, parce que c'est par ces technologies que nous pouvons mieux nous défendre, et comme je le disais, c'est souvent par les technologies que l'on peut être attaqué, ce qui suppose une coordination très étroite et d'avoir des partenaires de confiance, et c'est le cas.

Enfin, sur la piraterie puisque vous avez évoqué ce sujet, je veux remercier Singapour qui a participé aux efforts de la communauté internationale pour lutter contre la piraterie, notamment au large de la Somalie. D'ailleurs, nous avons atteint nos objectifs parce que la piraterie est aujourd'hui à son niveau le plus bas depuis 2007, et on voit bien quel peut être aussi le danger : pirates, terroristes, de mettre en cause la libre circulation des navires, et donc du commerce.

Ce que veulent faire les terroristes ou ceux qui veulent agir avec des fins criminelles, c'est toucher les lieux les plus sensibles, c'est-√†-dire l√† o√Ļ il y a le plus de transports de marchandises, et donc les d√©troits, les sites strat√©giques, nous devons donc √™tre tout √† fait conscients que nous devons prot√©ger ces espaces-l√†, non pas parce que ce serait simplement des espaces qui toucheraient une r√©gion, mais parce que sont des espaces clefs dans le monde tel que nous le connaissons. Et avec cette circulation tr√®s importante par la voie maritime des marchandises, par notamment la containerisation, aussi, le terrorisme, ce n'est pas simplement s'attaquer aux personnes, c'est d√©j√† une menace insuffisante, c'est s'attaquer aux rouages m√™me de l'√©conomie mondiale, de bloquer le syst√®me. Voil√† pourquoi nous devons agir avec tous les moyens que la technologie nous offre.

Q - Pouvons-nous peut-√™tre poser une question en deux parties afin que chacun puisse prendre la parole. Merci beaucoup Monsieur le Pr√©sident. Je suis Mme Chan Heng Chee, et je suis ambassadrice au minist√®re des affaires √©trang√®res. J'ai une autre casquette, je pr√©side le centre pour les villes innovantes. J'ai une question sensible √† vous poser en cette capacit√©, mais finalement, ma question n'est peut-√™tre pas aussi sensible qu'il y para√ģt.

Monsieur le Pr√©sident, vous avez couvert de nombreux sujets, et vous nous avez fait part de vos pr√©occupations nombreuses, mais je crois que les pr√©occupations concernent principalement l'Europe, ce qui comprend le terrorisme, la France, le Brexit, et, bien entendu, vous observez, vous aussi, les √Čtats-Unis. Ma question est donc la suivante : o√Ļ se trouve l'ASEAN dans la strat√©gie fran√ßaise ? Comment est plac√©e l'ASEAN dans la strat√©gie fran√ßaise ? Si vous n'avez pas de deuxi√®me partie, Monsieur, dans ce cas, je vais poursuivre, parce que, j'essayais d'√™tre ouverte.

Deuxième partie de ma question, quelle serait, selon vous, la contribution de la France à l'architecture régionale de l'Asie, contribution de la France à l'architecture asiatique ?

Q - J'ai une question qui s'adresse √† vous directement Monsieur le Pr√©sident. Vous arrivez √† la fin de votre mandat, je voulais savoir si contrairement √† votre pr√©d√©cesseur, vos pr√©d√©cesseurs, vous allez utiliser le temps de votre retraite pour le mettre au profit finalement de la coh√©sion du monde. Vous parliez de la mont√©e des nationalismes, peut-√™tre au moins des protectionnismes, √ßa, c'est un fait, je viens de Metz, en France, mon grand-p√®re √©tait un ¬ęMalgr√©-Nous¬Ľ. ¬ęMalgr√©-Nous¬Ľ, pour la traductrice, c'√©taient des Alsaciens qui se sont battus pour les Allemands alors qu'ils √©taient Fran√ßais. Je me sens vraiment concern√© par cette mont√©e, peut-√™tre pas encore des nationalismes, mais au moins des protectionnismes. Je voulais savoir si vous allez utiliser le temps de votre retraite pour mettre √† profit votre exp√©rience, et finalement, plut√īt que de servir √† des int√©r√™ts priv√©s, peut-√™tre comme votre pr√©d√©cesseur, vous allez finalement l'utiliser √† bon escient, et peut-√™tre, vous avez compris la question, finalement, aider cette coh√©sion du monde.

R - Merci d'avoir posé une excellente dernière question. Je terminerai par la question française pour d'abord traiter de la question de la place de l'ASEAN dans la stratégie européenne et la démarche française. L'ASEAN a pris sa place depuis près de 50 ans, elle représente une force économique. Elle manque encore d'intégration politique, elle manque de coordination des politiques en matière de croissance et de développement, mais ce qu'elle représente peut-être pour l'Europe c'est la force d'un partenariat stratégique, je l'évoquais, c'est-à-dire qu'en même temps que l'Europe signe des accords commerciaux, il pourrait y avoir entre l'Europe et l'ASEAN un accord de partenariat qui fixerait des principes politiques, qui déterminerait des objectifs en commun, et qui permettrait à tous les pays de savoir dans quel contexte ils envisagent de travailler.

C'est pour cela que j'ai voulu au cours de mon mandat aller dans plusieurs pays de l'ASEAN et de finir justement par Singapour, l'Indonésie et la Malaisie. La France a toujours eu une stratégie asiatique, d'abord parce que l'Histoire a voulu que nous soyons présents dans cette partie du monde, ensuite, parce que nous avons une communauté française qui y est largement déployée, et enfin, parce que nos entreprises ont parfaitement compris quelle était la possibilité et la capacité de développement de cette région.

En revanche, nous ne lui avons pas donné forcément un caractère politique. Or, le moment est venu de passer à cette dimension-là, qui n'est pas simplement celle de l'économie ou de la culture, mais véritablement de partage d'intérêts communs et nous en avons. Nous avons aussi le souci d'une indépendance, d'une forme de capacité à déterminer nous-mêmes notre destin. Alors je souhaite qu'il puisse y avoir, au-delà même de ce que fera la France, dans les prochaines années, une possibilité de partenariat entre ces deux ensembles régionaux.

Sur la derni√®re question qui m'a √©t√© pos√©e, d'abord, je n'ai pas termin√© mon mandat, j'ai encore √† faire pour √©viter que le populisme, le nationalisme, l'extr√©misme puissent l'emporter, y compris dans mon propre pays. Mais ce n'est pas une mission qui est celle simplement du pr√©sident de la R√©publique, c'est une affaire de citoyens, une affaire de responsables qui, √† un moment ou un autre, doivent √©lever la voix. Pour ce qui me concerne, je continuerai √† parler autant que n√©cessaire et √† faire en sorte que ce que j'ai fait comme pr√©sident puisse avoir une suite et qu'il y ait une port√©e √† ce que j'ai engag√© en Asie, en Afrique, au Moyen-Orient, et bien s√Ľr en Europe.

Je ne pense pas que l'on puisse juger une présidence simplement pour le temps qu'elle agit. On sait ce qu'elle a pu avoir comme conséquences bien après, mais pour que l'on puisse vraiment le savoir, je veillerai à en parler directement, et autant que nécessaire, parce que je pense que c'est mieux que je le fasse moi-même que d'autres le fassent à ma place. Par ailleurs, pour les activités privées, je n'en avais pas avant, je n'en ai pas eu pendant, je vous l'assure, et je n'en aurai pas après, voilà./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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10. Union europ√©enne - Brexit - Conf√©rence de presse de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 29/03/2017)

Mesdames, Messieurs,

J'ai tenu √† m'exprimer ici dans le salon de l'Horloge du Quai d'Orsay le jour o√Ļ la Premi√®re ministre britannique a adress√© officiellement sa notification, par lettre au titre de l'article 50 du trait√© europ√©en, que le Royaume-Uni souhaitait officiellement quitter l'Union europ√©enne. √Čvidemment, ce n'est pas une surprise puisque c'√©tait un √©v√©nement annonc√©, mais ce n'est pas pour autant un √©v√©nement banal.

Comme j'ai eu l'occasion de le dire encore samedi dernier, le Brexit a levé un tabou en quelque sorte, celui de l'irréversibilité de la construction  européenne. En même temps, cette lettre arrive quelques jours après le 60e anniversaire du traité de Rome qui a donné lieu à l'adoption d'une déclaration forte des 27 membres de l'Union européenne.

Si cette √©tape de la notification √©tait attendue. Elle a un avantage. Elle apporte la clart√©. D'un c√īt√©, la volont√© du peuple britannique sera respect√©e¬†; de l'autre, il appartient aux 27 membres de l'Union europ√©enne de mettre en oeuvre leur volont√© commune de renforcer l'Union europ√©enne, et c'est l'esprit de la d√©claration de Rome qui a √©t√© adopt√©e samedi dernier.

Si je le fais ici, du Salon de l'Horloge, c'est parce que je souhaite adresser un message, qui est une conviction. L'intérêt de la France et des Européens est de continuer ensemble ce qu'ils ont construit patiemment. Et cela a commencé ici, dans cette salle, avec la déclaration de Robert Schuman, ministre des affaires étrangères, le 9 mai 1950. C'était cinq ans après la guerre, dans un contexte difficile. Et c'était un message d'abord de réconciliation et une main tendue à l'Allemagne. Cette main a été saisie et a permis cette première étape de la construction européenne qu'a été la Communauté européenne du charbon et de l'acier puis, quelques années plus tard, le traité de Rome qui nous conduit à ce que nous sommes. Cette force, cette union, plus que jamais dans le contexte instable dans lequel nous vivons, doit être réaffirmée avec conviction et avec force.

Et, donc, c'est dans cet esprit que nous allons entreprendre cette nouvelle étape de l'histoire de la construction européenne.

Dans la négociation qui s'ouvre avec le Royaume- Uni, ce qui compte pour la France, c'est l'unité des 27 dans leur détermination à défendre l'intérêt européen dans la négociation à venir. Cette unité repose sur des principes communs. Nous les avons identifiés.

D'abord, il faut que cette négociation soit ordonnée, méthodique et qu'elle soit conduite par la Commission, avec un négociateur qui a été désigné, Michel Barnier, sur la base des orientations et du mandat qui vont être donnés par le Conseil européen et le Conseil dans quelques semaines.

Et puis, il faut rappeler aussi un principe, c'est le caractère indivisible des quatre libertés qui concernent la circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes dans l'Union européenne, dans le cadre du marché unique.

Enfin, c'est le refus d'une Europe √† la carte, o√Ļ il serait possible de prendre et de laisser en fonction de ses pr√©f√©rences ou de ses int√©r√™ts. L'Union europ√©enne, c'est un √©quilibre. C'est un √©quilibre entre des droits et des obligations. Les uns ne vont pas sans les autres et, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de le dire, il n'y aura pas de ¬ęcherry picking¬Ľ, il n'y aura pas d'Europe √† la carte. Et il faut se tenir √† cette ligne de conduite.

Donc, la France aborde cette négociation l'esprit clair et serein.

Ce sera effectivement une n√©gociation difficile, mais il faut l'aborder de fa√ßon constructive et respectueuse du Royaume-Uni et ce n'est pas du tout dans notre √©tat d'esprit de vouloir punir un pays qui aurait vot√© comme il l'entend. Le Royaume-Uni a vot√© et le Royaume-Uni a d√©cid√© de sortir. La lettre de Theresa May est claire. Il faut donc faire en sorte que la n√©gociation se fasse sur la base de la clart√©. Ce qui ne veut pas dire que pour beaucoup de questions - je pense √† la s√©curit√© -, la coop√©ration avec le Royaume-Uni va cesser. Elle continuera et elle est n√©cessaire. Mais le Royaume-Uni sait pertinemment que quitter l'Union europ√©enne emporte des cons√©quences qu'il lui faudra assumer. C'est ce que Theresa May reconna√ģt elle-m√™me dans la lettre qu'elle a envoy√©e au pr√©sident du Conseil europ√©en, Donald Tusk.

C'est donc dans un état d'esprit de responsabilité qu'il sera possible de faire aboutir cette négociation de séparation qui, en vertu de l'article 50, devra être terminée dans les deux ans. Par ailleurs, dans les deux ans, nous aurons un autre rendez-vous qui est celui des prochaines élections au Parlement européen. Il est donc souhaitable que cette négociation ne se prolonge pas.

Après la négociation de séparation, il y aura une autre négociation qui est celle de l'organisation des relations futures entre l'Union européenne des 27 et le Royaume-Uni.

Voilà, Mesdames et Messieurs, le point de vue de la France. Merci./.

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11. Union europ√©enne - Parquet europ√©en - Communiqu√© du minist√®re de la justice (Paris, 28/03/2017)

Ce 28 mars 2017, Jean-Jacques Urvoas, garde des Sceaux, ministre de la justice et 12 de ses collègues de l'Union européenne ont signé à Bruxelles la lettre de notification qui traduit leur volonté commune de mettre en place un parquet européen dans le cadre d'une coopération renforcée.

Le conseil europ√©en, r√©uni les 9 et 10 mars dernier, avait pris acte de l'impossibilit√© de r√©unir l'unanimit√© des √Čtats membres autour de ce projet lanc√© en 2013. Les chefs d'√Čtat et de gouvernement avaient ainsi ouvert la voie √† une coop√©ration renforc√©e, telle que pr√©vue par l'article 86 du trait√© sur le fonctionnement de l'Union europ√©enne (UE).

Lanc√©e aujourd'hui officiellement par 13 √Čtats membres, elle pourra √™tre √©largie dans les jours et les semaines √† venir. Les 13 √Čtats membres qui ont pu s'engager d√®s aujourd'hui sont les suivants : Allemagne, Bulgarie, Espagne, Finlande, France, Gr√®ce, Lituanie, Luxembourg, Portugal, R√©publique Tch√®que, Roumanie, Slovaquie et Slov√©nie.

Quelques jours apr√®s la c√©l√©bration des 60 ans du trait√© de Rome, le garde des Sceaux salue ce succ√®s. Il constitue une √©tape majeure de la construction de l'espace judiciaire europ√©en et intervient au terme de plus de 3 ans et demi de n√©gociations dans lesquelles la France a jou√© un r√īle moteur.

Le futur parquet européen sera la première instance européenne dotée de compétences judiciaires propres.

Il sera charg√© de diriger des enqu√™tes et d'exercer des poursuites p√©nales dans le domaine de la lutte contre la fraude aux int√©r√™ts financiers de l'UE, y compris les fraudes √† la TVA, dont les victimes finales sont les contribuables europ√©ens. Ind√©pendant, coll√©gial, et organis√© autour d'un office central et d'√©chelons d√©centralis√©s dans les √Čtats membres, le parquet europ√©en aura la facult√© d'exercer des poursuites p√©nales directement devant les juridictions nationales.

Il aura ainsi la capacité d'appréhender au niveau pertinent ces circuits de fraude transnationaux.

Apr√®s validation du projet de r√®glement instituant le Parquet europ√©en par les √Čtats participants √† la coop√©ration renforc√©e, si possible d√®s juin 2017, le Parlement europ√©en sera appel√© √† approuver le projet d'ici la fin de l'ann√©e./.

(Source : site Internet du ministère de la justice)

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12. France-Asie centrale - Vingt-cinqui√®me anniversaire de l'√©tablissement des relations diplomatiques - D√©claration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 29/03/2017)

J'ai accueilli aujourd'hui à Paris mes homologues d'Asie centrale à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre la France et le Kazakhstan, le Kirghizstan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Turkménistan.

C'était la première fois que la France et ses partenaires d'Asie centrale se réunissaient dans ce format. Nous avons souhaité ainsi ouvrir une nouvelle étape dans notre dialogue avec cette région.

À cette occasion, j'ai rappelé à mes interlocuteurs l'attachement de la France à la souveraineté, à la sécurité et à la prospérité de chacun des cinq pays d'Asie centrale.

Nous avons également eu des échanges sur les principaux enjeux internationaux du moment, et notamment la lutte contre le terrorisme dans un environnement instable.

La France a noué au cours des 25 dernières années une relation fructueuse avec ces partenaires.

La France est l'un des deux √Čtats membres de l'Union europ√©enne qui disposent d'une ambassade dans chacun des cinq pays. Elle est d√©termin√©e √† poursuivre son dialogue et sa coop√©ration dans tous les domaines, y compris √©conomique et culturel. Elle continuera d'appuyer ces partenaires dans leurs efforts de r√©forme, de modernisation de leurs institutions, de renforcement de l'√Čtat de droit et de diversification de leur √©conomie./.

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13. Politique √©trang√®re - Discours de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 23/03/2017)

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Cher Harlem, Cher Jean-Marie,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames, Messieurs,

Je voudrais vous remercier d'avoir répondu à mon invitation, qui mérite quelques explications de ma part. Alors que la France se prépare à des échéances importantes pour son avenir, il m'a paru nécessaire de tirer, un peu plus d'un an après ma prise de fonction, ici, à la tête de ce ministère, les quelques enseignements que je retire de cette expérience extraordinaire et passionnante.

S'il en était besoin, les circonstances justifient encore davantage la nécessité que je ressens de m'exprimer devant vous. Je participais, hier à Washington, à la réunion ministérielle de la coalition internationale contre Daech qui réunissait 68 pays. C'est au cours de la première séance plénière que les premières nouvelles de l'attentat de Londres nous sont parvenues et ont confirmé l'absolue nécessité du combat que nous menons ensemble contre le terrorisme.

Dans ces moments douloureux, j'ai souhait√© faire √©tape √† Londres, ce matin, pour exprimer la solidarit√© de la France au peuple britannique et aux victimes de cette attaque qui, √† nouveau, a fauch√© des vies et fait de nombreux bless√©s, y compris trois jeunes Fran√ßais de Concarneau. Ils effectuaient avec leurs camarades de classe et leurs professeurs un voyage scolaire dans la capitale britannique. La France qui, dans les √©preuves qu'elle a travers√©es ces derni√®res ann√©es, a tant b√©n√©fici√© de la sympathie et de la solidarit√© internationales se devait, m√™me si c'est symbolique, d'√™tre pr√©sente aux c√īt√©s du Royaume-Uni, notamment √† la Chambre des Communes.

Mesdames, Messieurs,

En ce début du 21ème siècle, les certitudes sur lesquelles nous pensions voir reposer l'ordre international sont ébranlées.

Des groupes terroristes comme Daech d√©fient les √Čtats, au point m√™me d'avoir conquis une assise territoriale.

Le principe de l'intangibilité des frontières, qui est au fondement même de la paix durement acquise après deux guerres mondiales, a été violé sur le continent européen, avec l'annexion de la Crimée par la Russie. En France, certains vont jusqu'à proposer de réexaminer les frontières en Europe, sans apparemment mesurer - j'y vois beaucoup de légèreté - que cette folie pourrait conduire à la guerre.

Dans toutes les organisations internationales, les valeurs universelles consacr√©es par les instruments juridiques auxquels les √Čtats ont souscrit en toute souverainet√© sont battues en br√®che. Leur port√©e est attaqu√©e par l'affirmation d'un relativisme selon lequel les traditions culturelles l'emporteraient sur leur universalit√©. Elle est √©galement affaiblie par le sentiment que chacun peut finalement √©chapper √† ses obligations. Les engagements collectifs sont tol√©r√©s, √† la condition que leur mise en oeuvre ne fasse pas l'objet d'une r√©elle surveillance.

Le projet européen lui-même est contesté, jusqu'à être remis en cause dans son principe même. La décision du peuple britannique de sortir de l'Union européenne a brisé le tabou de son irréversibilité.

Dans le domaine √©conomique, la tentation du protectionnisme resurgit, mena√ßant de passer par pertes et profits les efforts, m√™me inachev√©s, pour promouvoir un commerce fond√© sur des r√®gles, des m√©canismes transparents de r√®glement des diff√©rends et un principe d'√©quit√©. Pourtant, les in√©galit√©s se creusent entre √Čtats, entre territoires, comme au sein m√™me de nos soci√©t√©s.

La contestation se d√©ploie √©galement sur le terrain id√©ologique. √Ä Munich, lors de la conf√©rence sur la s√©curit√©, le ministre russe des affaires √©trang√®res, Sergue√Į Lavrov, a √©voqu√© un ordre mondial ¬ępost-occidental¬Ľ, comme si l'Occident √©tait responsable de tous les maux de la p√©riode actuelle.

Pourtant, l'ordre international ne vient pas de nulle part. La Russie a contribué à façonner, à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, cet ordre international dont elle est pleinement partie prenante. Ne participe-t-elle pas à la gouvernance mondiale qui en est issue, d'abord aux Nations unies, au Conseil de sécurité, comme dans les enceintes plus récentes telles que le G20 ? N'a-t-elle pas souscrit aussi, en toute indépendance, à la déclaration universelle des droits de l'Homme de 1948 ? N'a-t-elle pas adhéré, alors que rien ne l'y obligeait, au Conseil de l'Europe et au Conseil des droits de l'Homme ?

Cette rh√©torique d'un ordre ¬ępost-occidental¬Ľ cache, en fait, la tentation d'en revenir √† un monde reposant sur les seuls rapports de forces, dans une approche conservatrice voire r√©actionnaire qui valorise le droit du plus fort. C'est parce qu'on se veut puissant qu'on viole le droit international, qu'on s'ing√®re dans les affaires int√©rieures des pays tiers, qu'on remet en cause les fronti√®res, qu'on utilise la propagande et qu'on fait usage, sans √©tat d'√Ęme, d'un veto provenant directement du syst√®me qu'on prend pour cible. Cependant, cette forme d'affirmation de soi n'est probablement qu'une illusion de puissance.

Dans tout cela, que faut-il voir d'autre, au fond, qu'une conception r√©trograde de la puissance, une nostalgie pour un monde d√©pass√©, sans d'ailleurs bien savoir de quel monde il s'agit. S'agit-il d'un monde de la Guerre froide, dont on aurait la nostalgie, ou celui du choc des empires, √† la fa√ßon du 19√®me si√®cle ? ¬ęR√©trogression¬Ľ, tel est le terme que j'ai entendu pas plus tard qu'avant hier soir d'interlocuteurs am√©ricains √† Washington. Je trouve qu'il convient assez bien √† la situation dans laquelle nous nous trouvons. Peut-on s√©rieusement envisager de g√©rer le monde de plus en plus globalis√© qui est le n√ītre en se r√©partissant des zones d'influence, ¬ęcomme au bon vieux temps¬Ľ ? Sans m√™me se demander si c'est souhaitable ou si c'est seulement possible.

Il faut répondre à ces questions. Je vous ai décrit une situation préoccupante, difficile. Mais il faut répondre à ces questions. Est-ce que la France y voit clair ? Oui, moi je vous l'affirme. La France apporte une réponse claire. Je vais essayer de vous le démontrer.

Cette réponse est fondée, d'abord, sur un engagement en faveur de la paix et de la sécurité, partout et pour tous. Les droits fondamentaux et leur universalité sont au coeur même de notre identité et donc de notre politique. La détermination de la France à les défendre partout, avec conviction mais sans pour autant se transformer en donneur de leçons, n'est pas contraire à nos intérêts comme je l'ai lu encore ces derniers temps. Elle contribue, en fait, à la promotion de nos intérêts. Parce que ces valeurs ne sont pas des utopies irréalistes. Elles sont des principes d'action.

Naturellement, d√©fendre des valeurs ne signifie pas que notre diplomatie se r√©sume √† d'aimables conversations avec ceux qui les partagent. Nous ne sommes pas na√Įfs. La France sait parfaitement que la voie du dialogue est exigeante, car il ne suffit pas de se parler pour spontan√©ment tomber d'accord. Mais la force de la France, c'est sa capacit√© √† ne jamais renoncer et √† parler √† tout le monde, y compris √† ses interlocuteurs les plus difficiles. Et je peux vous dire que j'en rencontre un certain nombre. C'est, par exemple, le cas lorsque je discute avec la Russie, et je parle souvent avec la Russie. Mais ce n'est pas seulement ce pays ; je pourrais √©voquer la Turquie, avec laquelle le dialogue est √©galement difficile. Mais faut-il ne plus parler √† la Turquie ? Non, bien s√Ľr que non. Vous me direz : ¬ęc'est impossible¬Ľ et pourtant il faut le faire et il faut le faire avec ses convictions, avec ses valeurs, pour chercher un chemin ensemble.

La France est aussi guid√©e par le principe de responsabilit√©, parce qu'elle conna√ģt le prix des conflits et les ravages des guerres. Je crois profond√©ment que la soci√©t√© internationale implique, comme dans chacun de nos pays, un √©quilibre entre droits et obligations. C'est parce qu'un pays est pr√™t √† assumer son devoir qu'il peut jouer un r√īle dans le concert des Nations. C'est tout le contraire du ¬ęmoi d'abord¬Ľ, qui est peut-√™tre un slogan √©lectoral s√©duisant, mais qui risque de fermer toute possibilit√© de d√©finir un int√©r√™t commun autour duquel organiser le monde. C'est cette d√©marche qui a √©t√©, soixante ann√©es durant, au coeur du projet europ√©en, qui a avanc√© gr√Ęce √† la recherche permanente d'un √©quilibre entre avantages et contraintes, responsabilit√© et solidarit√©. Je ne vois pas d'autre m√©thode pour construire un monde plus s√Ľr, car plus juste et reposant sur la primaut√© du droit et non sur la loi du plus fort.

Cette tendance est en marche √† nouveau, il faut en √™tre conscient. Pour nous, c'est une ambition de r√©pondre par la primaut√© du droit. Cette ambition, elle continue √† nous animer en 2017, face aux crises qui agitent le monde. Il nous faut r√©agir contre la paralysie des enceintes internationales qui, souvent, d√©couragent et discr√©ditent, y compris celles qui sont cens√©es veiller √† la paix et √† la s√©curit√© internationales. Je pense bien s√Ľr au blocage du conseil de s√©curit√© des Nations unies, dont le peuple syrien fait les frais depuis trop longtemps. Les raisons, nous les connaissons. Elles renvoient au jeu traditionnel de puissances incapables de voir au-del√† de leurs int√©r√™ts imm√©diats.

Dans la crise syrienne, force est de reconna√ģtre que la constance et la d√©termination de la France n'ont pas permis d'enrayer la spirale de la violence. Cet √©chec, c'est celui de la communaut√© internationale toute enti√®re. Mais, l√† encore, il n'est pas question pour autant de se r√©signer ou de renoncer. Apr√®s tant de morts et d'atrocit√©s, tous les acteurs devront se rendre √† l'√©vidence que la paix et la stabilit√© ne pourront revenir en Syrie que si une transition politique cr√©dible est mise en oeuvre. C'est une question que nous avons abord√©e notamment √† Washington lors de la conf√©rence de la coalition contre Daech : comment vaincre effectivement, durablement le terrorisme si on ne cherche pas une transition politique cr√©dible pour stabiliser ce pays ? Il est vrai que nous en sommes loin et c'est pourquoi il faut tout faire pour que le fil t√©nu des n√©gociations qui ont repris √† Gen√®ve, sous l'√©gide des Nations unies, ne soit pas rompu. C'est pourquoi nous parlons avec toutes les parties et que nous parlons aussi avec l'opposition syrienne, pour l'encourager √† se rassembler dans sa diversit√© et √™tre constructive, faire des propositions et pas seulement t√©moigner. Donc, il faut pers√©v√©rer. S'il y a bien une chose que l'on apprend lorsqu'on est diplomate et chef de la diplomatie, c'est qu'il faut beaucoup de patience. Il faut sans cesse recommencer et ne jamais renoncer.

Cette conception étriquée des intérêts nationaux n'est finalement pas l'apanage des seules puissances. Elle a conduit certains Européens à s'affranchir de leur devoir de solidarité dans la crise des réfugiés. Alors qu'un accord est intervenu, il n'est pas appliqué. Chaque fois et partout, le repli sur soi c'est la solution de facilité, c'est la solution de court terme. C'est pourquoi il est si important d'expliquer et de susciter l'adhésion aux objectifs de notre politique étrangère. Ce n'est pas une question secondaire qu'on aborde à la fin d'un débat en une minute trente. C'est trop sérieux, cela implique tout autant notre vie d'aujourd'hui et l'avenir des jeunes générations. Tout se tient et cela commence chez nous, auprès de notre Parlement et de notre peuple. Les explications doivent être données, les débats avoir lieu.

Face à l'accumulation des dangers, la France demeure une puissance de paix. Cela ne veut pas dire qu'elle fait preuve de faiblesse. Face à la menace terroriste, la France a su prendre ses responsabilités, y compris en ayant recours à l'option militaire, qui devient nécessaire lorsqu'il n'y en a pas d'autres. C'est une décision grave, très grave que le président de la République a prise le 11 janvier 2013 en décidant d'intervenir au Mali. J'étais présent à ce conseil de défense et on pouvait y mesurer la gravité de la décision prise. Pourtant, elle devait être prise. C'est justement là que réside la grandeur de la France, dans sa capacité à user de la force lorsqu'elle est au service d'objectifs légitimes et en conformité avec ses valeurs. Et la France s'est donné les moyens de pouvoir le faire. Certains pays, même des grands pays, ne sont pas en mesure de le faire. Nous, nous le pouvons.

Au Mali, la France est intervenue dans l'urgence, mais dans le respect du droit international, pour emp√™cher que des groupes terroristes ne s'emparent d'un pays tout entier et menacent aussi l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest. C'est cela qui √©tait √† l'oeuvre. En Centrafrique, les tensions intercommunautaires √©taient sur le point d'entra√ģner des massacres de masse. L'op√©ration Sangaris a permis d'√©viter une catastrophe humanitaire et a ouvert une perspective de stabilisation, de r√©conciliation et de reconstruction. Au Moyen-Orient, la France est pleinement engag√©e dans la coalition internationale contre Daech. En Syrie, en 2013, nos partenaires am√©ricain et britannique n'ont pas voulu ou pas pu tirer les cons√©quences de ce qui avait √©t√© d√©cid√© pourtant en commun, cette ligne rouge de l'usage des armes chimiques. Elle a √©t√© franchie et la France s'est retrouv√©e seule. Mais elle ne pouvait pas agir seule. Une action collective aurait sans doute chang√© les choses. Je ne regarde pas vers le pass√©. Mais il est de mon devoir de le rappeler, comme un point de d√©saccord que nous avons eu avec les Britanniques et les Am√©ricains.

En même temps, je tiens à le dire clairement, l'action militaire n'est pas une fin en soi. Chaque fois, elle doit se prolonger par une action politique, pour permettre des élections, pour que revienne la démocratie et pour que la sécurité soit garantie pour tous, que la lutte contre l'impunité ne soit pas abandonnée et qu'un processus de développement durable, en particulier dans les pays les plus pauvres, soit effectivement engagé.

Chaque fois, la France donne le signal de la mobilisation internationale et europ√©enne, en soutien √† une approche globale. Tant il est d√©montr√© qu'il ne peut y avoir de stabilit√© √† long terme sans solution politique et sans r√©ponse √† l'aspiration des peuples √† une prosp√©rit√© partag√©e. Et c'est la m√™me chose en Syrie. Comme c'est la m√™me chose en Irak. Il ne suffit pas de vaincre Daech √† Mossoul, il faut pr√©parer la suite politique, favoriser l'inclusion et faire en sorte que l'√Čtat de droit remplace la dictature de Daech. Et ce sera la m√™me chose √† Raqqa. C'est une exigence, et c'est ce que j'ai d√©fendu lors de la r√©union de la coalition internationale √† Washington.

Face au d√©fi s√©curitaire, une tentation existe de concentrer les moyens, notamment les moyens budg√©taires, les moyens financiers, sur le seul outil de d√©fense, et de consid√©rer l'effort de solidarit√© comme un luxe inutile ou secondaire. C'est toute la port√©e du d√©bat budg√©taire qui commence, outre-Atlantique, aux √Čtats-Unis. D'ores et d√©j√†, des coupes ont √©t√© annonc√©es, qui visent d'abord le soutien aux ONG actives dans le domaine de la sant√© sexuelle et reproductive - l√†, c'est clair, les √Čtats-Unis se d√©sengagent -, alors que la transition d√©mographique demeure un d√©fi dans de nombreux pays. Les √Čtats-Unis - c'est dans ces moments que leur parler franchement est n√©cessaire - avaient pourtant bien compris, apr√®s la Seconde Guerre mondiale, l'int√©r√™t qu'il y avait √† investir massivement dans la reconstruction de l'Europe, qui √©tait exsangue. C'√©tait une n√©cessit√©, ils l'ont fait. Pourquoi perdre cette lucidit√© ?

L'aide publique au d√©veloppement est plus que jamais indispensable pour faire face aux d√©sordres du monde. C'est le nouveau secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies, Antonio Guterres, qui le disait encore r√©cemment : ¬ęvous avez des objectifs en termes de d√©pense militaire, ayez aussi des objectifs ambitieux en mati√®re de d√©veloppement¬Ľ. Et, en ce qui concerne la France, le pr√©sident de la R√©publique a d√©cid√© d'augmenter les financements pour le d√©veloppement de 4 milliards d'euros d'ici 2020, pour les pr√™ts, et de 400 millions, pour les dons. Il n'y a pas de temps √† perdre et, d√®s 2017, l'aide publique au d√©veloppement de la France augmente de 365 millions d'euros par rapport √† 2016.

Les objectifs du d√©veloppement durable, qui ont √©t√© unanimement approuv√©s en septembre 2015, nous engagent. Les atteindre appelle une mobilisation qui ne peut pas attendre. Les chiffres sont l√†, vous les connaissez, et nous voyons ces images, nous voyons ces visages, nous voyons ces enfants, dont certains meurent de faim. Tout cela est une obligation morale et politique. C'est la condition du succ√®s des efforts entrepris pour lutter contre la pauvret√©, notamment en Afrique, ce continent qui repr√©sente des opportunit√©s formidables, d'abord gr√Ęce √† sa jeunesse. C'est aussi le continent de tous les d√©fis, c'est le continent qui devrait nous mobiliser beaucoup plus.

De m√™me, le ¬ęsoft power¬Ľ, la diplomatie √©conomique ou la diplomatie d'influence ne sont pas des lubies inutiles qui nous d√©tourneraient d'un soi-disant ¬ęcoeur de m√©tier¬Ľ. J'ai lu cela quelque part, dans une tribune courageuse qui n'√©tait pas sign√©e. Nous serions en-dehors de notre ¬ęcoeur de m√©tier¬Ľ. Mais qu'est-ce que cela veut dire ¬ęnotre coeur de m√©tier¬Ľ ? Car la comp√©tition mondiale nous oblige √† ne rien laisser au hasard. Elle implique de renforcer notre capacit√© √† exercer une influence sur le jeu de tous les acteurs, les √Čtats, les organisations internationales, les entreprises, la soci√©t√© civile ou les territoires. Elle n√©cessite de les faire interagir. Un exemple : c'est aussi en assurant la promotion de notre culture et de notre langue que nous renfor√ßons l'attractivit√© de la France aux yeux des entreprises qui veulent investir dans notre pays. C'est le sens de la diplomatie globale que nous avons m√©thodiquement construite depuis cinq ans, que nous avons dot√©e d'op√©rateurs de l'√Čtat en ordre de marche et que nous avons favoris√©e par une modernisation sans pr√©c√©dent de notre outil diplomatique.

Je l'ai dit, les principes et les valeurs sont notre boussole. Ils sont aussi notre force. Mais ces principes ne valent que s'ils sont d√©battus et d√©fendus, de bonne foi, partout dans les enceintes multilat√©rales. Il faut, pour cela, plut√īt que de chercher √† affaiblir ou d√©nigrer sans cesse ces organisations, les r√©former et les adapter aux nouvelles r√©alit√©s du monde.

La France croit en la valeur de l'action collective. C'est parce que nous avons uni nos forces que nous sommes parvenus √† encadrer et √† repousser la menace nucl√©aire iranienne. Je suis convaincu que nous pouvons, de la m√™me mani√®re, conduire l'Iran - c'est pourquoi il faut parler avec l'Iran, je l'ai fait en me rendant √† T√©h√©ran il y a quelques semaines - √† jouer un r√īle enfin positif au Moyen-Orient. C'est aussi de cette mani√®re que nous apporterons des r√©ponses, trop longtemps renvoy√©es √† plus tard, aux difficult√©s d'une r√©gion profond√©ment divis√©e. Je pense bien s√Ľr √† l'indispensable cr√©ation d'un √Čtat palestinien, vivant c√īte √† c√īte en paix et en s√©curit√© avec Isra√ęl. Et c'est le sens que la France a souhait√© donner aux deux conf√©rences qu'elle a consacr√©es √† la solution des deux √Čtats ici √† Paris. Nous y arriverons tous ensemble. Pas en passant des ¬ędeals¬Ľ s√©par√©s, √† quelques-uns, dont on voit mal comment ils pourraient traiter, de mani√®re coh√©rente, les diff√©rentes facettes d'un m√™me probl√®me. Il y a une grande urgence et une grande n√©cessit√© √† agir de fa√ßon responsable. En tout cas, la France est toujours pr√™te √† y contribuer.

Les défis auxquels nous sommes confrontés ne seront relevés qu'avec nos partenaires, sans rien abdiquer de notre indépendance - nous y tenons - et de notre autonomie de décision. Il nous faut donc inventer de nouvelles méthodes, tout en restant fidèles à ce que nous sommes. La France entend montrer qu'il est non seulement possible, mais plus que jamais indispensable de donner vie à de grandes ambitions collectives. Est-ce une utopie ? Nous avons une expérience là aussi, c'est l'accord de Paris.

La négociation de l'Accord de Paris a été l'illustration de la capacité de la diplomatie à mobiliser, à tisser des liens partout dans le monde, à impliquer tous les acteurs - et pas seulement les acteurs étatiques, notamment ceux de la société civile, les ONG - et à trouver, par la négociation, le bon équilibre. Le 12 décembre 2015 est une grande date pour l'humanité et l'accord de Paris un accord historique, n'ayons pas peur des mots. Historique parce que, pour la première fois dans l'histoire, 195 pays se sont entendus sur un cadre universel et ambitieux pour sauver notre planète. Historique parce que, moins d'un an après son adoption, il est entré en vigueur et a enclenché la transformation de nos modèles économiques et de nos sociétés. Historique, enfin, parce que susceptible d'être une référence pour d'autres négociations internationales en termes d'ambition et en termes de méthode.

Mesdames, Messieurs,

Ce succ√®s, c'est celui du multilat√©ralisme. Pour nous, la France, le multilat√©ralisme est incontournable, face √† des enjeux globaux qui appellent davantage et non moins de coop√©ration internationale. L√† o√Ļ il pouvait traditionnellement organiser les relations entre les √Čtats, le multilat√©ralisme doit aujourd'hui b√Ętir des ponts entre les soci√©t√©s. Les avanc√©es de la mondialisation nous obligent, en effet, √† prendre des d√©cisions collectives, qui ont un impact direct sur nos ordres internes, sur nos vies quotidiennes, nos √©conomies, nos tissus sociaux, nos mod√®les sociaux. Il en d√©coule une tension entre n√©cessit√© de ces solutions communes, de ces solutions collectives, et respect de la souverainet√©. C'est cette tension r√©elle - n'ayons pas peur de cette tension, c'est une r√©alit√© - qui peut conduire √† des erreurs. Certains peuvent √™tre tent√©s de dire : ¬ęnous avons fait fausse route¬Ľ, ¬ęle multilat√©ralisme ne m√®ne nulle part¬Ľ, ¬ęil faut revenir en arri√®re¬Ľ. Mais quelle est l'alternative au multilat√©ralisme ? L'unilat√©ralisme, le protectionnisme, la construction de murs ? Toutes ces approches ont d√©j√† √©t√© tent√©es et nous savons o√Ļ elles conduisent. Cette phrase de Fran√ßois Mitterrand tombe si juste. C'est lui qui le disait si bien √† la fin de sa vie et avant de quitter la sc√®ne politique, ¬ęle nationalisme, c'est la guerre !¬Ľ.

Alors, n'oublions pas les le√ßons du pass√©. Et tenons compte de la r√©alit√© du monde d'aujourd'hui, du monde qui nous oblige √† redoubler d'efforts pour b√Ętir une gouvernance mondiale o√Ļ chacun puisse trouver sa place.

Cette entreprise, la France a vocation à s'y atteler avec énergie, pour toutes les raisons que j'ai déjà rappelées, son histoire, son identité politique et ses valeurs. Là encore, notre capacité à dialoguer avec tout le monde est un formidable atout. Encore faut-il en être conscient !

S'agissant de l'Afrique, nos relations sont marquées par notre fidélité, notamment en matière de sécurité. Elles s'appuient également sur un engagement aujourd'hui renouvelé à approfondir notre partenariat, dans la transparence, la démocratie et la promotion du développement économique de ce continent en croissance.

Avec la présidence de François Hollande, je crois que nous pouvons affirmer avec force que la page de la Françafrique a bien été tournée et que de nouveaux partenariats fondés sur la confiance et le respect mutuels sont aujourd'hui la règle que nous nous sommes fixés et que nous devons, j'espère, pour l'avenir, continuer à respecter.

C'est aussi le sens de l'investissement sans précédent que nous avons consenti ces dernières années, pour tisser ou retisser des liens de confiance avec nos partenaires en Amérique latine, comme en Asie, de la Chine à l'Inde, en passant par le Japon et l'ASEAN.

Cette entreprise, je sais combien elle est exigeante, notamment face √† une nouvelle administration am√©ricaine qui est tent√©e par une toute autre aventure. Mais j'ai aussi confiance dans la solidit√© du lien transatlantique et dans la grande d√©mocratie que sont les √Čtats-Unis. D'ores et d√©j√†, la valeur de l'OTAN a √©t√© r√©affirm√©e et il n'y a rien de choquant √† ce que les Europ√©ens soient encourag√©s √† prendre davantage leur s√©curit√© en mains, en mettant en oeuvre l'engagement qu'ils ont pris eux-m√™mes, au plus haut niveau, en 2014, √† consacrer 2% de leur revenu national √† la d√©fense. La France s'y engage et elle s'y tiendra. Sur les autres enjeux, il ne faut pas renoncer √† convaincre les Am√©ricains - j'ai commenc√© √† le leur dire et je ne suis pas le seul, m√™me s'ils n'√©coutent pas encore beaucoup pour l'instant - que cette tentation, cette tradition isolationniste va √† l'encontre de leurs int√©r√™ts. Comme il est aussi de l'int√©r√™t des √Čtats-Unis d'avoir une Union europ√©enne forte et solide et non pas divis√©e et s√©par√©e.

Mesdames, Messieurs,

Je vois bien, apr√®s cette description et apr√®s le rappel de ces principes et des priorit√©s de la France, que la t√Ęche peut para√ģtre immense et hors de port√©e. Mais, l'Europe, en √©non√ßant avec clart√© ses objectifs, peut faire la diff√©rence.

Cette semaine, l'Union europ√©enne c√©l√®bre le 60e anniversaire de la signature du trait√© de Rome. C'est le moment de jeter un regard r√©trospectif sur l'histoire singuli√®re qui en est r√©sult√©e. Qui, parmi tous ceux qui se trouvaient ce jour-l√† dans la salle des Horaces et des Curiaces du Capitole, aurait pu imaginer que, 60 ans plus tard, le continent serait enfin unifi√© ? Que la d√©mocratie et l'√Čtat de droit seraient devenus la norme ? Que l'initiative ¬ęempirique¬Ľ, comme la qualifiait la presse de l'√©poque, serait devenue une construction aussi √©labor√©e ?

Dans ce moment d'incertitude, cet anniversaire doit √™tre l'occasion pour les Europ√©ens de r√©affirmer les valeurs et les principes qui ont fond√© leur aventure collective. Le 25 mars doit permettre de rappeler, l√† encore sans na√Įvet√© ni ang√©lisme, les r√©alisations de ces soixante derni√®res ann√©es.

La première d'entre elles, la paix entre les nations européennes, est devenue l'évidence. On ne la voit plus tant elle fait partie de notre quotidien. C'est très bien. C'était l'objectif. Mais il y aussi un mérite à s'en souvenir. Notamment pour ceux d'entre nous, les plus jeunes, qui sont désormais les dépositaires de la volonté des pères fondateurs, qui, si peu de temps après la fin de la Seconde Guerre mondiale, avaient fait le pari de la réconciliation. Cela avait même démarré avant 1957, au Salon de l'Horloge en 1950, par l'appel de Robert Schuman qui tendait la main à l'Allemagne.

C'est cela l'histoire de l'Union européenne, avec ses défauts et ses erreurs.

L'Europe c'est aussi le succès de la construction d'un espace sans barrière, dans lequel les citoyens peuvent vivre, travailler, se déplacer et, partout, bénéficier de droits, de libertés et d'opportunités sans équivalent au monde : droit à des normes sociales et environnementales assurant le plus haut niveau de protection au monde ; bénéfice des réalisations communes qui ont fait de l'Europe, avec Airbus, la sonde Rosetta ou Galileo, pour ne citer que quelques exemples, un continent qui est tourné vers l'avenir, avec des opportunités qui sont offertes par la première puissance économique et commerciale au monde : l'Union européenne. Mais cet anniversaire doit aussi permettre d'entendre les critiques et les doutes qui la traversent.

Depuis une dizaine d'ann√©es, l'Europe a fait face √† une succession de crises, de natures diff√©rentes. La crise des ¬ęsubprimes¬Ľ s'est rapidement transform√©e en une crise financi√®re internationale, puis en une crise √©conomique qui a acc√©l√©r√© les mutations de notre mod√®le et en a accentu√© les fragilit√©s, au d√©triment des plus vuln√©rables, provoquant du ch√īmage, des in√©galit√©s sociales et territoriales, qui co√Ľtent chers et nous n'en sommes pas encore sortis. Les conflits dans notre voisinage imm√©diat ont pes√© aussi sur l'Europe, √† l'Est comme au Sud, et cela a eu un impact direct sur nos soci√©t√©s, du fait de l'afflux sans pr√©c√©dent de r√©fugi√©s mais aussi l'accroissement de la menace s√©curitaire. C'est √† cela que fait face l'Union europ√©enne aujourd'hui.

Dans ces deux cas, l'Europe a donc √©t√© confront√©e √† des d√©fis ext√©rieurs et √† une absence de m√©canismes internationaux susceptibles de les prendre en charge, faute d'une r√©gulation suffisante du secteur financier et d'une action adapt√©e de la communaut√© internationale. Alors qu'elle avait √©t√© con√ßue comme un projet centr√© sur le continent europ√©en lui-m√™me et son unification par la production de normes, l'Union europ√©enne s'est brutalement retrouv√©e face au grand vent de la mondialisation et pr√©cipit√©e dans le jeu des puissances mondiales. Elle est donc aujourd'hui confront√©e √† cette contrainte de s'adapter √† ce nouveau r√īle auquel elle √©tait mal pr√©par√©e. Et c'est cette situation qui a cr√©√© le doute.

C'est cette √©volution qui, en effet, suscite de l'inqui√©tude, mais aussi de la confusion. Au point que certains consid√®rent par facilit√© que l'Europe est, elle-m√™me, le probl√®me, alors que son principal d√©faut r√©side non pas dans son existence mais dans son insuffisante capacit√© √† y apporter des r√©ponses. C'est sans doute cette confusion qui a conduit le Royaume-Uni, o√Ļ le projet europ√©en avait longtemps servi de bouc-√©missaire, en politique int√©rieure, ne l'oublions pas, √† d√©cider de sortir de l'Union europ√©enne.

Il faut donc entendre les critiques, il faut comprendre les griefs, √©couter les insatisfactions. Mais il faut, aussi, d√©crypter le monde et reconna√ģtre que, face √† ses d√©sordres, l'Union europ√©enne est la mieux √† m√™me de mettre en oeuvre les politiques qui peuvent apporter aux Europ√©ens, au peuple europ√©en, aux citoyens europ√©ens, la protection et la pr√©paration de l'avenir auquel ils aspirent l√©gitimement.

C'est ce que nous avons commenc√© √† faire, en mati√®re de s√©curit√© aux fronti√®res, en cr√©ant un corps europ√©en de garde-fronti√®res, en r√©orientant la politique √©conomique vers une meilleure prise en compte des situations conjoncturelles des √Čtats membres, m√™me s'il y a encore beaucoup de progr√®s √† faire, en pr√©servant, et ce n'√©tait pas du tout acquis, l'int√©grit√© de la zone euro, ou en mettant en place de nouveaux instruments en faveur de l'investissement et de l'emploi. C'est ce que nous avons commenc√© √† faire. Nous l'avons fait en relan√ßant la construction d'une Europe de la d√©fense susceptible de donner √† notre continent, en compl√©mentarit√© avec l'OTAN, la capacit√© √† assurer son autonomie strat√©gique.

Ces décisions ont été prises récemment. Mais cette action, il faut la poursuivre. Il faut l'amplifier. C'est l'autre enjeu de la réunion de Rome : définir, pour les prochaines années, la direction que les Européens veulent emprunter ensemble. Les questions sont au fond les mêmes que celles que les signataires du traité avaient à l'esprit : que voulons-nous faire ensemble ? Et comment voulons-nous le faire ? Ce sont des questions essentielles.

√Ä ces questions essentielles, il faut des r√©ponses simples : d'abord, assurer la s√©curit√© des Europ√©ens, retrouver les chemins d'une prosp√©rit√© durable et juste, conforter et affirmer le mod√®le europ√©en de soci√©t√©, parce qu'il existe. Et justement parce qu'il existe, la peur existe de le voir dispara√ģtre dans chacune de nos nations. Il y a ces mouvements populistes, qui traduisent cette angoisse et ce rejet. Il faut aussi donner √† l'Union europ√©enne la possibilit√© de devenir la puissance r√©gulatrice de la mondialisation, parce que le monde a besoin de r√©gulation, a besoin de ma√ģtriser cette mondialisation.

Le malaise ressenti par les peuples face √† la mondialisation appelle des rem√®des, c'est urgent. Le libre-√©change, les √©changes commerciaux, doivent √™tre absolument r√©gul√©s et ma√ģtris√©s de mani√®re √† assurer des b√©n√©fices √©quitables √† tous, dans le respect des pr√©f√©rences collectives, de la r√©ciprocit√©, d'une concurrence loyale, qui ne mettent pas en cause tous les acquis et notamment les acquis sociaux et environnementaux. En un mot, s'il y a bien un projet, une ambition pour l'Europe, alors que ce monde dans lequel nous vivons est incertain, avec le retour des nationalistes, y compris dans les grandes nations, c'est le projet de ¬ęciviliser¬Ľ la mondialisation. C'est cela notre vocation, notre r√īle historique qui nous vient de l'histoire europ√©enne et de ces peuples aussi √©duqu√©s et aussi cultiv√©s qui ont toujours aspir√© au progr√®s et qui ont souvent √©t√© √† la pointe des avanc√©es sociales et des droits nouveaux. C'est notre vocation.

√Ä l'heure o√Ļ les √Čtats-Unis annoncent la ren√©gociation ou le retrait d'accords qu'ils avaient accept√©s, qui est en mesure de promouvoir ce juste √©change ? Ni la France seule, ni l'Allemagne seule. Il faut pourtant r√©pondre √† cette urgence. L'Union europ√©enne le peut, √† condition que les nations qui la composent veuillent r√©pondre efficacement √† cette urgence, parce qu'il y a urgence. Et c'est la mani√®re de donner √† chacune de nos nations plus de poids et plus de force pour peser dans cette nouvelle √©tape historique. Voil√† le sens de l'engagement europ√©en, le message que j'attends samedi √† Rome. Si nous nous contentons d'affirmer notre souverainet√© et que, face √† ce d√©fi de la mondialisation qu'il faut ma√ģtriser, avec de nouvelles normes, de nouvelles r√®gles, qui vont dans le sens de nos valeurs, si la France seule n'en a pas la capacit√©, si l'Allemagne seule n'en a pas la capacit√©, alors nous √©chouons, alors c'est l'abandon, alors c'est la r√©signation. Et c'est donc une mani√®re de d√©fendre pleinement notre souverainet√© que de permettre √† l'Union europ√©enne d'agir avec force pour la ma√ģtrise de la mondialisation et ainsi de rester ce que nous sommes.

Il en va de m√™me pour les march√©s financiers qui, m√™me si des efforts ont √©t√© faits, doivent √™tre mieux ma√ģtris√©s et mieux r√©gul√©s. Sinon, le risque est de revenir en arri√®re dans la lutte contre les paradis fiscaux, la lutte contre la fraude fiscale et l'√©vasion fiscale. C'est une question centrale, surtout avec les entreprises du num√©rique et les nouvelles formes de travail qui s'organisent. Il n'est pas possible de laisser faire. Sinon, nous verrons demain resurgir les m√™mes causes qui avaient engendr√©, hier, la crise des ¬ęsubprimes¬Ľ. Ce n'est pas derri√®re nous, c'est l√†, c'est maintenant, c'est l'actualit√©. Soyons √† la hauteur. C'est pourquoi les prochains mois seront cruciaux pour l'avenir du projet europ√©en. L'Union europ√©enne devra organiser et, cela va √™tre une √©tape difficile, la s√©paration d'avec l'un de ses membres, pour la premi√®re fois de son histoire, le Brexit. Il s'agit d'une n√©gociation qu'il va falloir conduire avec une grande clart√©, sur la base de principes qui ont √©t√© pos√©s ces derniers mois, mais aussi dans un esprit de coop√©ration et dans le respect de l'int√©r√™t europ√©en. Dans le m√™me temps, il nous faut aussi une feuille de route qu'il nous reste √† √©crire, afin de tracer le chemin qui permettra le renforcement de l'Union europ√©enne et sa projection dans l'avenir.

Je ne crois pas qu'elle y parviendra en consacrant toute son énergie au mécano institutionnel : les uns proposent de négocier un nouveau traité, les autres proposent d'en sortir. Je pense, au contraire, que les traités actuels permettent de mettre en oeuvre les politiques dont nous avons besoin. Ils offrent de larges possibilités, souvent sous-utilisées. La réouverture du débat institutionnel, c'est la solution de facilité. Quand nous avons une crise démocratique, on dit que nous allons changer la Constitution. Appliquée à l'Europe, cette méthode conduit à vouloir changer les traités. Mais, puisque nous avons la base qui nous permet d'avancer, de travailler, utilisons la tout simplement. Il ne faudrait pas que le débat institutionnel devienne un prétexte politique, pour finalement ne rien faire.

Je propose donc de concentrer nos forces sur des ambitions concrètes.

En matière de sécurité, je l'ai évoqué plusieurs fois, nous avons mis récemment en place des instruments nouveaux, le PNR, l'interconnexion des fichiers, la gestion commune des frontières extérieures... Mettons-les en oeuvre pour en tirer le meilleur bénéfice.

Dans le domaine √©conomique, les moyens d'un renforcement de la zone euro sont connus. Il ne s'agit pas, dans l'imm√©diat, d'une refonte institutionnelle. En revanche, faisons davantage et faisons massivement en faveur de l'investissement et des projets d'int√©r√™t commun. L'Europe doit devenir le champion de la transition num√©rique, le champion de la r√©volution √©cologique, de la transition √©nerg√©tique et des technologies vertes. Si nous investissons massivement ensemble - et √ßa c'est une d√©cision politique de tous les √Čtats membres - alors nous arriverons au plus haut niveau technologique dans ces domaines. Nous en avons la capacit√©, mais il nous faut la volont√© politique. C'est ainsi que nous b√©n√©ficierons de gisements formidables, de gisements pour la croissance de demain.

En mati√®res fiscale et sociale, les Europ√©ens ne comprennent pas que l'Europe n'ait pas encore trouv√© les moyens de les prot√©ger des pratiques d√©loyales, de la fraude fiscale ou des paradis fiscaux, que j'ai √©voqu√©s et qui entra√ģnent un nivellement par le bas qui est inacceptable. Il faut renforcer l'Europe sociale, am√©liorer la convergence fiscale. Il faut combattre les dumpings qui ont toujours fait du mal dans l'histoire : dumping fiscal, dumping social. L√† aussi, il faut une volont√© politique. C'est pourquoi, tr√®s concr√®tement, je suis toujours tr√®s √©tonn√© d'entendre, encore ces derniers jours, des appels √† supprimer la directive sur le d√©tachement des travailleurs. Mais, justement, le d√©tachement des travailleurs est li√© √† la libre-circulation des travailleurs dans le cadre de l'Union europ√©enne. Si cette libre-circulation n'est pas accompagn√©e de r√®gles, il y a des risques d'exploitation, des risques de mise en concurrence des travailleurs sur la base des salaires et des charges sociales, et cela n'est pas acceptable. C'est pourquoi il existe cette directive qui vise √† r√©guler. La question, ce n'est pas de supprimer une directive, c'est de l'am√©liorer. Et, c'est un d√©fi formidable que d'am√©liorer cette directive, de la mettre au plus haut niveau possible. Et l√†, il y a des convergences, des forces qui s'organisent, qui ne sont pas seulement celles des gouvernements, mais qui sont aussi des forces sociales, et en particulier des organisations syndicales des salari√©s, qui peuvent aussi n√©gocier avec les organisations patronales. Il manque un dialogue social √† l'√©chelle europ√©enne. Voil√† un sujet. Faisons en sorte que l'Europe, j'y insiste, soit capable de demeurer une r√©f√©rence, un point d'ancrage pour le reste du monde. Dans tous mes d√©placements, je constate que les grands ensembles veulent s'organiser. Souvent, ils souhaitent s'inspirer de ce que nous avons fait. Ils demandent comment nous y sommes parvenus. Cette r√©f√©rence que l'Europe repr√©sente, ne la sous-estimons pas. C'est une chance.

Face à la crise des réfugiés et au phénomène migratoire, nous devons renforcer notre partenariat avec les pays d'origine, les pays de transit, en apportant des remèdes aux causes profondes des migrations par une mobilisation accrue de l'Union européenne en faveur du développement. Je l'ai dit plusieurs fois dans cette intervention, la question de l'Afrique est prioritaire. Et je me réjouis que l'Allemagne, après concertation avec nous, ait inscrit l'Afrique à l'ordre du jour du G20. J'ai participé justement à une réunion à ce sujet. C'était une première et c'était passionnant et rassurant.

Concernant le rythme pour faire avancer l'Europe, acceptons des rythmes diff√©renci√©s. C'est ce que j'appelle l'Europe diff√©renci√©e, qui ne vise pas √† exclure mais √† permettre de nouvelles avanc√©es entre les pays qui sont pr√™ts √† aller plus loin ensemble et plus vite. Les trait√©s le permettent et, l√† encore, depuis le d√©but de la construction europ√©enne, le r√īle de la France et de l'Allemagne est et sera d√©terminant. C'est par l'impulsion franco-allemande qu'il sera possible d'avancer. Pas par un directoire franco-allemand qui d√©ciderait pour les autres. Quelle que soit sa taille, quels que soient sa date d'entr√©e dans l'Union europ√©enne, chaque pays a le droit au m√™me respect et est membre √† part enti√®re. Tous les √Čtats membres y tiennent et ils ont raison. Mais l'histoire de l'Europe, c'est d'abord la r√©conciliation entre la France et l'Allemagne, qui nous donne des devoirs et des responsabilit√©s que nous devons assumer. On cherche toujours ce qui ne marche pas entre la France et l'Allemagne. On r√©alise qu'il y a des diff√©rences √©conomiques. Oui, il y a des diff√©rences √©conomiques. Mais il y a aussi une volont√© politique commune et il y a le m√™me sens des responsabilit√©s. Soyons rassur√©s, le partenariat franco-allemand n'est pas qu'une formule. C'est une r√©alit√©, aujourd'hui plus que jamais, il doit √™tre √† l'avant-garde et il sera au rendez-vous.

Mesdames et Messieurs,

Aujourd'hui comme hier, le repli sur soi et la peur n'apportent aucune solution. Nos nations sont un socle fondamental, c'est vrai. Mais, isolées, ces nations sont impuissantes. L'idée d'une souveraineté sans partage est un leurre. La coopération européenne et internationale est donc plus vitale que jamais.

Le monde dans lequel la France √©voluera dans les prochaines d√©cennies est un monde incertain, un monde de comp√©tition. Mais c'est aussi un monde o√Ļ la France doit continuer √† faire entendre sa voix. Elle peut le faire, pour autant qu'elle reste fid√®le √† ce qu'elle est, engag√©e en Europe, et qu'elle ne renonce jamais √† jouer le r√īle qu'elle a h√©rit√© de son histoire.

Certains évoquent une France impuissante, certains évoquent une France absente. Si le débat démocratique a toute son importance, et c'est le cas notamment pendant une période électorale comme la présidentielle, pourquoi faudrait-il systématiquement, quand on parle de la France, tenter de la rabaisser. C'est une mauvaise habitude. Non, au contraire, soyons fiers de notre pays. Moi, j'ai confiance dans ses capacités, dans ses atouts. Je le constate partout dans mes déplacements, et j'ai fait plusieurs fois le tour du monde. La France est respectée. La France est écoutée, la France est attendue et espérée. Son point de vue et ses initiatives comptent. Oui, la République française a quelque chose à dire au monde, quelque chose de fort. Soyons conscients de la force que cela représente pour chacune et chacun d'entre nous. L'énergie que cela peut donner, et c'est vrai dans tous les domaines, pas seulement politique, économique, culturel, mais aussi scientifique, technologique. Oui nous avons beaucoup de travail et d'efforts à faire pour être encore plus forts que nous le sommes et répondre aux aspirations de notre peuple et en particulier de sa jeunesse.

Partons de ce que nous sommes et de ce que nous avons et qui nous donnera encore plus de confiance pour rester ambitieux pour la France. En étant ambitieux pour la France, nous serons ambitieux pour l'Europe et nous serons ambitieux pour un monde juste et civilisé, un monde de progrès, un monde de liberté, de fraternité, de solidarité. C'est cela la France. Et cela vaut la peine de se battre pour elle./.

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14. R√©publique d√©mocratique du Congo - D√©c√®s des deux experts des Nations unies disparus dans le Kasa√Į - D√©claration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 29/03/2017)

J'ai appris avec une profonde tristesse le d√©c√®s des deux experts des Nations unies disparus en R√©publique d√©mocratique du Congo, dans la province du Kasa√Į central, le 12 mars 2017.

Je tiens √† saluer la m√©moire de Michael Sharp et Za√Įda Catalan, qui ont √©t√© tu√©s alors qu'ils travaillaient au service de la paix et de la s√©curit√© en R√©publique d√©mocratique du Congo. √Ä leurs familles et √† leurs proches, je pr√©sente les sinc√®res condol√©ances de la France. J'ai fait part de ma sympathie au Secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies, M.¬†Antonio Guterres, √† l'occasion de l'entretien t√©l√©phonique que nous avons eu hier.

La France appelle à ce que toute la lumière soit faite sur ce très grave évènement, afin que les responsables soient identifiés et traduits devant la justice.

La France rappelle son plein soutien au groupe d'experts des Nations unies sur la R√©publique d√©mocratique du Congo, dont les membres assurent une mission essentielle. Elle r√©it√®re sa condamnation des violences meurtri√®res et des atteintes aux droits de l'Homme observ√©es dans la r√©gion du Kasa√Į au cours des derniers mois./.

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15. D√©fense - La France et le Royaume-Uni renforcent leur coop√©ration de d√©fense gr√Ęce √† un accord dans le domaine des missiles - Communiqu√© du minist√®re de la d√©fense (Paris, 28/03/2017)

Le délégué général pour l'armement, Laurent Collet-Billon, et son homologue britannique, la ministre pour les acquisitions de défense Harriett Baldwin ont signé aujourd'hui un accord relatif à l'étude de futures technologies de missiles menée par MBDA.

Signé à l'occasion de la visite de M. Collet-Billon au ministère de la défense britannique, l'accord déclenche une phase de trois ans d'études préparatoires pour le développement des futurs missiles longue portée qui équiperont les marines et les armées de l'air française et britannique. Chaque Nation contribuera à cette étude à hauteur de 50 millions d'euros.

Le programme FMAN/FMC (Futur Missile Antinavires / Futur missile de croisière) permettra d'étudier les options pour remplacer et améliorer les systèmes de missiles employés par la marine et l'armée de l'air au cours de la prochaine décennie. D'une durée pouvant aller jusqu'à trois ans, ces travaux aideront à définir les architectures missile et réduire les risques afin d'étayer les décisions concernant le lancement de la phase suivante du programme.

Au-del√† du partage des co√Ľts, les deux nations profiteront d'un acc√®s r√©ciproque √† leur expertise technologique ainsi qu'√† leurs moyens d'essais et de tests.

Le délégué général pour l'armement, Laurent Collet-Billon, a déclaré :

¬ęNous lan√ßons aujourd'hui une nouvelle √©tape majeure dans notre coop√©ration bilat√©rale, en pr√©parant ensemble une famille de missiles successeur des missiles Exocet, Harpoon, SCALP et Storm Shadow. Le programme FMAN/FMC (Futur Missile Antinavires/Futur missile de croisi√®re) a pour objectif de disposer d'une nouvelle g√©n√©ration commune de missiles √† l'horizon des ann√©es 2030¬Ľ.

¬ęCette future capacit√© est strat√©gique, aussi bien industriellement qu'op√©rationnellement. Ce nouveau programme sera structurant pour notre initiative ¬ęOne Complex Weapon¬Ľ¬Ľ.

La ministre pour les acquisitions de défense, Harriett Baldwin, a dit :

¬ęNotre relation avec la France demeure forte et constante. Nous partageons avec notre alli√© europ√©en une coop√©ration de longue dur√©e dans le domaine de la d√©fense et de la s√©curit√©¬Ľ.

¬ęLe fait que nous ayons le budget de d√©fense le plus √©lev√© en Europe en est la preuve, le Royaume-Uni est engag√© au profit de la s√©curit√© europ√©enne et nous continuerons √† coop√©rer sur des programmes communs de d√©fense avec nos partenaires du continent. L'accord sign√© aujourd'hui permettra le maintien de 80 emplois au Royaume-Uni¬Ľ.

Cet accord est un exemple supplémentaire du travail commun mené sous l'égide du traité de Lancaster House de 2010 et s'appuie sur des besoins capacitaires et des plannings de livraison analogues entre la France et le Royaume-Uni. Il fournira des gains d'efficacité et contribuera à optimiser la dépense publique.

En marge du sommet d'Amiens le 3 mars 2016, les ministres de la défense français et britannique avaient formellement confirmé leur intention de lancer sous 12 mois ce programme. La signature de cet accord, qui autorise la notification du contrat à MBDA par la direction générale de l'armement, démontre le dynamisme de la coopération stratégique entre la France et le Royaume-Uni.

La coopération franco-britannique couvre déjà un large spectre au-delà du programme FMAN/FMC : la recherche, avec le partenariat sur l'innovation et les technologies missiles (MCM-ITP), l'alignement de nos feuilles de route capacitaires, ou encore le développement et la production, avec l'ANL et le programme de rénovation à mi-vie du SCALP/Storm Shadow. Ce nouveau programme vient consolider la stratégie de rationalisation industrielle menée par MBDA qui s'appuie sur la création de leurs centres d'excellence.

- Le 2 novembre 2010 à Lancaster House, la France et le Royaume-Uni ont signé deux traités de coopération : l'un sur la défense et la sécurité, l'autre sur la coopération nucléaire. Ils constituaient un engagement historique visant à construire un partenariat de long terme dans ces domaines.

- Notre coop√©ration bilat√©rale armement est pilot√©e par le ¬ęHigh Level Working Group¬Ľ, institutionnalis√© par le Trait√© de Lancaster House. Il est co-pr√©sid√© par le d√©l√©gu√© g√©n√©ral pour l'armement et le Minister for Defence Procurement Harriet Baldwin. Elle couvre un spectre large de domaines, qu'ils soient capacitaires, technologiques, ou relatifs √† notre expertise technique.

- Depuis la signature du traité de Lancaster 2010, la coopération entre la France et le Royaume-Uni ne se dément pas. De nombreuses réalisations sont venues concrétiser une relation bilatérale stratégique.

- Dans le domaine des missiles, les deux nations impl√©mentent une strat√©gie commune ¬ęone complex weapon¬Ľ destin√©e √† renforcer notre base industrielle commune autour de MBDA, et d√©velopper toutes les synergies technologiques, industrielles ou capacitaires dans ce domaine hautement sensible.

- Parmi les réalisations depuis 2010, on citera notamment le lancement en mars 2014 du programme conjoint de missile ANL/FASGW(H) et le lancement des travaux sur la rénovation des missiles SCALP/Storm Shadow en février dernier.

- Dans le domaine technologique, on pourra citer également le programme de recherche amont conjoint (MCM-ITP (Materials and Components for Missiles, Innovation and Technology Partnership)).

- Une √©tape suppl√©mentaire a √©t√© franchie le 12 octobre 2016 avec l'entr√©e en vigueur d'un accord intergouvernemental, qui encadre la cr√©ation de ¬ęcentres d'excellence¬Ľ au sein de MBDA.

- Les centres d'excellence de MBDA ont pour vocation de rationaliser les entités française et britannique du groupe MBDA (MBDA-FR et MBDA-UK) dans certains domaines sélectionnés relevant des technologies de missiles. Dans certains cas, ils vont conduire à des abandons volontaires mais équilibrés de capacités industrielles nationales (avec leur spécialisation dans un pays ou dans l'autre), à la fois en matière de développement et de production.

- Le remplacement de nos futurs missiles de croisière et antinavire a été identifié dès 2011 comme un sujet de coopération capacitaire. La déclaration d'intention signée par les ministres de la défense français et britanniques en marge du sommet d'Amiens a confirmé le 3 mars 2016 notre intention de poursuivre cette coopération et fixé un objectif commun d'engager une  étude de concept commune./.

Source : site Internet du ministère de la défense

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