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Déclarations officielles de politique étrangère du 29 septembre 2016


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - D√©placement de M. Jean-Marc Ayrault au Royaume-Uni/Rappel de la d√©claration du porte-parole - Participation de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† une rencontre avec la chambre de commerce am√©ricaine - √Čgypte/D√©placement de M. Matthias Fekl au Caire - Budget du minist√®re des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international/Projet de loi de finances 2017 - Ukraine/Vol MH 17 (Paris, 29/09/2016)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a rappelé sa déclaration et fait les déclarations suivantes :

1 - Déplacement de M. Jean-Marc Ayrault au Royaume-Uni - Rappel de la déclaration du porte-parole - 29 septembre 2016

M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, se rend à Londres jeudi 29 septembre pour célébrer la signature de l'accord d'investissement qui engage définitivement la construction par EDF Energy, en partenariat avec l'électricien chinois CGN, de deux réacteurs EPR de technologie AREVA, sur le site d'Hinkley Point (Somerset).

À cette occasion, M. Jean-Marc Ayrault s'entretiendra avec M. Boris Johnson, ministre des affaires étrangères du Royaume-Uni, ainsi qu'avec M. Greg Clark, ministre de l'économie, de l'énergie et de la stratégie industrielle, et avec M. Nur Bekri, directeur de l'agence nationale de l'énergie (NEA) chinoise.

Le projet Hinkley Point bénéficiera tout à la fois à la filière nucléaire française et à l'industrie britannique, et le partenariat avec la Chine permettra de conforter la place des trois pays dans le domaine de l'énergie nucléaire civile, élément incontournable de la lutte contre le changement climatique.

2 - Participation de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, à une rencontre avec la chambre de commerce américaine (29 septembre 2016)

M. Jean-Marc Ayrault a accueilli ce matin les membres du conseil d'administration de la chambre de commerce am√©ricaine en France (AMCHAM) ainsi que l'ambassadrice des √Čtats-Unis, Mme Jane Hartley, pour un √©change sur l'attractivit√© de la France et les relations √©conomiques entre la France et les √Čtats-Unis.

Le ministre a rappel√© l'importance des liens √©conomiques bilat√©raux. Les √Čtats-Unis sont la premi√®re destination des investissements fran√ßais √† l'√©tranger, et les entreprises am√©ricaines investissent massivement en France avec plus de 4.800¬†filiales dans notre pays, employant 460.000 salari√©s.

À l'occasion de cette discussion approfondie, des pistes de coopération rassemblant l'AMCHAM, ses entreprises et les autorités américaines et françaises ont été identifiées, en particulier en matière de financement des start-up et de structuration de la filière numérique française.

3 - √Čgypte - D√©placement de M. Matthias Fekl au Caire (29 septembre 2016)

M. Matthias Fekl, secr√©taire d'√Čtat charg√© du commerce ext√©rieur, de la promotion du tourisme et des Fran√ßais de l'√©tranger, se rend au Caire le 29 septembre.

Ce d√©placement est l'occasion de r√©affirmer l'importance du partenariat √©conomique et commercial que la France entretient avec l'√Čgypte.

Lors de ce d√©placement, le secr√©taire d'√Čtat s'entretiendra avec le Premier ministre √©gyptien, M. Ch√©rif Isma√Įl. Il rencontrera √©galement le ministre de l'industrie et du commerce, M. Tareq Kabil, ainsi que le ministre du logement, des infrastructures et des communaut√©s urbaines, M. Moustafa Kamal Madbouli.

M. Matthias Fekl rencontrera les représentants de la communauté française.

La France est le huiti√®me partenaire commercial de l'√Čgypte avec 2,1 milliards d'euros d'exportations et est le sixi√®me investisseur dans ce pays o√Ļ 160 entreprises fran√ßaises sont implant√©es. L'√Čgypte constitue le huiti√®me exc√©dent commercial de la France dans le monde.

4 - Budget du ministère des affaires étrangères et du développement international - Projet de loi de finances 2017

Le budget 2017 du ministère des affaires étrangères et du développement international (MAEDI) s'élève à 4.679,7 MEuros se décomposant en :

- 3.028,4 millions Euros sur la mission ¬ęaction ext√©rieure de l'√Čtat¬Ľ (programmes 105, 151 et 185)

- 1.651,3 millions Euros sur la mission ¬ęaide publique au d√©veloppement¬Ľ (programme 209 uniquement)

À périmètre constant (en sortant les crédits exceptionnels ouverts en 2016 au titre de la COP21, soit 139,2 MEuros non reconduits en 2017), ce budget est en hausse de 1,15% (+53,4 MEuros), pour répondre notamment aux deux priorités que sont :

- sur la mission ¬ęaction ext√©rieure de l'√Čtat¬Ľ, le renforcement des moyens consacr√©s √† la s√©curit√© des Fran√ßais de l'√©tranger, √† la lutte contre le terrorisme et la radicalisation (+62,6 MEuros) ;

- sur la mission ¬ęaide publique au d√©veloppement¬Ľ, le renforcement de l'aide sous forme de dons (+83,4 MEuros), conform√©ment √† la trajectoire fix√©e par le pr√©sident de la R√©publique (de l'ordre de 400 MEuros √† l'horizon 2020).

Le minist√®re contribue dans le m√™me temps √† la ma√ģtrise de la d√©pense publique et √† la r√©duction des d√©ficits. Des √©conomies structurelles seront r√©alis√©es en 2017 sur la mission action ext√©rieure de l'√Čtat et porteront sur :

- les contributions aux organisations internationales ;

- le fonctionnement du ministère, dans le cadre notamment du processus de modernisation des réseaux à l'étranger.

Le minist√®re contribuera √©galement au d√©sendettement de l'√Čtat √† hauteur de 60¬†MEuros.

5 - Ukraine - Vol MH 17

La France salue la publication du rapport de la commission d'enquête conjointe concernant la destruction du vol MH17. Il constitue une étape décisive dans l'établissement des faits et des responsabilités qui ont conduit à ce crime odieux.

Nous appelons la Fédération de Russie à coopérer à l'enquête qui doit se poursuivre dans les prochains mois, conformément à l'invitation qui lui a été faite, de manière constructive et transparente.

La France se tiendra aux c√īt√©s des √Čtats membres de la commission d'enqu√™te conjointe pour faire en sorte que les responsables r√©pondent de leurs actes devant la justice, conform√©ment √† la r√©solution 2166 adopt√©e le 21 juillet 2014 par le conseil de s√©curit√© des Nations unies./.

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2. Union europ√©enne - √Čconomie - Brexit - D√©claration de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique (Berlin, 28/09/2016)

Comme l'a dit Angela, nous avons voulu, depuis 2014, avec l'Allemagne et la France, donner une priorité à l'agenda numérique. Nous sommes donc ici, à Berlin, pour la cinquième rencontre avec les entreprises qui forment l'ERT.

Nous avons voulu, au cours de ces rencontres, formaliser ce que pouvait être l'enjeu du numérique pour l'Europe. C'est un enjeu majeur sur le plan industriel ; c'est un enjeu essentiel sur le plan de la dynamique européenne et c'est aussi un enjeu de société, parce que cela va changer un certain nombre de rapports entre les individus et les choix qu'ils ont à faire, notamment sur le plan personnel et même sur le plan économique.

Nous avons pu, gr√Ęce √† ces rencontres, insister sur la n√©cessit√© du d√©ploiement du tr√®s haut d√©bit, sur l'enjeu aussi de la 5G. Nous avons voulu accompagner les entreprises du num√©rique pour qu'il y ait des investissements dans les start-up. Nous avons travaill√© avec la Commission europ√©enne. C'est ce qui a permis √† la Commission europ√©enne, gr√Ęce √† cette collaboration, √† cette coop√©ration, √† cette impulsion, de d√©finir le 15 septembre une r√©vision du cadre sectoriel pour les t√©l√©communications.

Pour nous, c'est une étape très importante qui a été franchie, avec la présidence de la Commission européenne qui a voulu également que nous puissions, dans le cadre de la concurrence - mais en adaptant un certain nombre de mécanismes - constituer des leaders européens à l'échelle de l'Europe. Nous avons besoin de champions, nous avons besoin d'entreprises qui puissent se constituer à l'échelle européenne et donc à l'échelle mondiale, d'autant qu'il y a des concurrents qui sont extérieurs à l'Union européenne, qui viennent faire compétition. Nous devons être en capacité non seulement de riposter, mais d'être en avance.

Je veux terminer sur les deux questions qui sont dans tous les esprits en ce moment. Comment relancer l'Europe à 27 et comment préparer la négociation avec le Royaume-Uni ?

Sur l'Europe à 27, nous avons à Bratislava donné non seulement un agenda, c'est-à-dire un calendrier, mais également un programme de travail avec des mesures qui seront très concrètes, dans les domaines que nous connaissons : c'est-à-dire la sécurité, la protection, mais également l'emploi, la jeunesse et justement la recherche, la connaissance et tout ce qui peut être la digitalisation de l'économie.

Avec le Royaume-Uni, nous attendons que le gouvernement britannique saisisse l'Union europ√©enne et utilise l'article 50. Mais nous faisons en sorte de dire au Royaume-Uni que nous voulons travailler avec ce pays ami, mais avec des conditions qui doivent √™tre clairement pos√©es. Parce que s'il y a une ambigu√Įt√© sur ce que nous voulons faire ensemble, je crois que ce ne sera ni bon pour l'√©conomie britannique, ni bon pour l'Union europ√©enne. C'est l'esprit qui nous anime aussi ce soir./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Union europ√©enne - Brexit - Conf√©rence inaugurale de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† l'√©cole des affaires internationales de Sciences Po (Paris, 28/09/2016)

Le Royaume-Uni et l'Union europ√©enne viennent d'√™tre victimes, en juin dernier, d'un de ces acc√®s de d√©magogie. Le Brexit ne mettra en p√©ril ni l'Union europ√©enne - j'en suis s√Ľr - ni le Royaume-Uni - je l'esp√®re. Nous nous en remettrons. Mais il trouve sa source dans le mensonge, les exag√©rations et les caricatures, il faut s'en souvenir. Je le dis avec d'autant plus de tranquillit√© que ce sont ses promoteurs eux-m√™mes qui, au lendemain du r√©f√©rendum, ont admis, en quittant le navire, que leurs promesses n'√©taient pas tenables. Supr√™me paradoxe, ils ont laiss√© la charge de la n√©gociation √† une Premi√®re ministre qui avait fait campagne pour rester dans l'Union europ√©enne.

Je le crois, j'en suis m√™me convaincu, nous sortirons l'Union europ√©enne de cette mauvaise passe. Pour cela, il faudra toute la force de la coop√©ration franco-allemande. Il faudra aussi concentrer davantage l'action de l'Union europ√©enne sur les sujets qui pr√©occupent le plus les citoyens europ√©ens, comme l'a propos√© le pr√©sident de la R√©publique √† Bratislava. Les peuples d'Europe - √† l'exception peut-√™tre des Britanniques, dont les h√©sitations originelles n'ont jamais √©t√© surmont√©es - sont fondamentalement attach√©s √† l'Union europ√©enne. Ils ont encore la m√©moire des conflits du XXe si√®cle. Ils comprennent ce que l'int√©gration europ√©enne a apport√© en termes de paix et de prosp√©rit√©. Il faut l'entretenir, cet acquis. Mais, il ne faut pas non plus √™tre na√Įf en ayant conscience de la capacit√© des hommes √† faire le choix du pire, comme l'Histoire l'a h√©las montr√©.

L'Union europ√©enne a √©t√© suffisamment forte pour nous faire √©merger du pire pendant six d√©cennies. Aujourd'hui, nos populations en attendent encore davantage. Penser que les Europ√©ens veulent ¬ęmoins¬Ľ d'Europe serait, √† mon sens, une erreur d'interpr√©tation. Ils veulent en fait une Europe mieux concentr√©e sur leurs pr√©occupations. Une Europe qui les prot√®ge, non pas de mani√®re d√©fensive, mais en consolidant le mod√®le europ√©en et en assurant sa p√©rennit√©.

L'Europe qui prot√®ge, c'est celle qui assure la s√©curit√© de tous les Europ√©ens, notamment en ma√ģtrisant ses fronti√®res ext√©rieures. L'Europe qui prot√®ge, c'est celle qui d√©fend son mod√®le social et veille √† ce que la libre circulation des travailleurs ne soit pas un pr√©texte au dumping social. L'Europe qui prot√®ge, c'est celle qui veille √† ce que son ouverture au monde s'accompagne d'un effort pour obtenir de ses grands partenaires commerciaux des avantages √©quilibr√©s et r√©ciproques. L'Europe qui prot√®ge c'est celle qui fait en sorte de d√©fendre les int√©r√™ts financiers de tous les Europ√©ens face aux pratiques fiscales d√©loyales de certaines entreprises multinationales. C'est ainsi que nos concitoyens retrouveront confiance dans le projet europ√©en qui conserve toute sa pertinence historique.¬†

Au total, la vision de l'Europe que je viens d'esquisser bri√®vement est l'inverse de ce que promeuvent partout les populistes. Il faut reconna√ģtre qu'ils ont un certain talent pour exploiter les peurs. Lorsqu'il s'agit d'y r√©pondre, en revanche, ils se contentent de proposer des solutions qui n'en sont pas, parce qu'elles ne peuvent pas √™tre mises en oeuvre ou parce qu'elles sont parfois pires que le mal. Face aux d√©sordres du monde, face √† l'afflux des r√©fugi√©s, face √† la menace terroriste, face √† la crainte du d√©classement que fait peser la mondialisation sur les plus modestes, les populistes proposent de fermer les portes et les fronti√®res, et m√™me d'√©riger des murs. Ils oublient que le m√©decin qui ne traite que les sympt√īmes condamne le malade √† une mort certaine. (...)

Q - Bonjour, merci beaucoup pour votre discours. Vous avez beaucoup parlé de votre attachement à l'Europe et au fait qu'il fallait la renforcer pour éviter qu'elle ne succombe au populisme et qu'elle ne se délite. Dans un livre de M. Stiglitz paru récemment qui critique assez fortement l'Europe et l'euro, il parlait du fait qu'il était possible de renforcer l'Europe en la divisant. C'était cette idée de créer des Europe à plusieurs niveaux, une Europe du Sud, une Europe du Nord, un euro du Sud, un euro du Nord, pour compenser ces disparités très importantes, autant économiques que culturelles selon M. Stiglitz. Pensez-vous que l'on puisse renforcer l'Europe en la divisant, ou pensez-vous qu'il faille aller vers davantage d'union ?

R - Vous avez évoqué également le professeur Stiglitz dont j'ai vu les interviews et les papiers. Il est vrai qu'il est critique surtout sur le fonctionnement de la zone euro. Je n'ai pas vu de critique sur l'Europe en tant que projet politique, il est même pour l'Europe mais simplement, il considère que la manière dont fonctionne l'euro a des défauts. Il y a eu la crise grecque qui a été mal gérée et trop lentement solutionnée, durement solutionnée même. Il y a donc des disparités entre le Nord et le Sud. En même temps, nous sommes dans un contexte de monnaie unique, qui implique un certain nombre de règles et je pense qu'il faut, non pas remettre en cause les règles, mais aider les pays qui en ont le plus besoin, et notamment ceux qui ont du retard en matière d'investissements. S'il y a des progrès à faire, c'est là. Parfois, il y a des divergences, parfois il y a des débats qu'il faut avoir sur l'harmonisation fiscale par exemple avec plus d'investissements. Il faut le décider politiquement et il y a des résistances.

Le professeur Stiglitz a mis le doigt sur un certain nombre de difficultés mais il va trop loin. Il va jusqu'à conclure que l'on pourrait se passer de l'euro. Moi je pense que nous ne reviendrons pas en arrière. Il faut bien voir dans quelles conditions a été créé l'euro qui était d'abord une construction politique qui a permis de consolider l'Europe. Je crois qu'il faut faire attention à ne pas jouer avec cela. Il est à l'extérieur, il n'est pas un acteur politique et donc il est libre de sa parole. Mais en tant qu'acteur politique, ce n'est pas ce que je préconise. En revanche, il faut faire bouger les choses. (...)./.

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4. Syrie - √Čtats-Unis - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęEurope1¬Ľ (Paris, 29/09/2016)

Q - Un tapis de bombes, la politique de la terre br√Ľl√©e pour mater Alep et ses rebelles. Et peu importe si les infrastructures civiles sont syst√©matiquement cibl√©es, peu importe si les h√īpitaux sont vis√©s - il en a encore eu deux hier - peu importe si l'on ramasse les corps des civils - hommes, femmes et enfants - √† la pelle. Bonjour Jean-Marc Ayrault.

R - Bonjour.

Q - C'est pire que dans un abattoir, a dit Ban Ki-moon, mais alors l'ONU, la France, vous servez à quoi ?

R - En ce qui concerne la France, nous faisons tout pour créer les conditions d'un cessez-le-feu et d'un arrêt des bombardements sur Alep. C'est notre priorité. J'étais, la semaine dernière, à l'assemblée générale des Nations unies ; toute la semaine j'ai participé à de très nombreuses réunions et j'ai défendu toujours la même position avec la plus grande fermeté, il faut dénoncer ce qui se passe et il faut que personne ne soit complice de ce massacre.

Q - Mais on l'est tous, l√†, complices de ce massacre ! On a l'impression que les √Čtats-Unis, la France, l'Union europ√©enne...

R - Non, là c'est clair, le régime de Damas, de Bachar al-Assad,  a choisi la stratégie de la guerre totale.

Q - Avec l'appui de la Russie.

R - Avec l'appui de la Russie, et avec des crimes de guerre que d√©nonce le secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies, √† juste titre, quand on utilise des bombes incendiaires et qu'on incendie des h√īpitaux et qu'on tue des enfants, des femmes et des familles enti√®res... les images sont terribles et soul√®vent l'indignation, l'√©coeurement.

Q - Mais qui sont les responsables de ces crimes de guerre ? Les Syriens ?

R - Les responsables c'est clair, c'est le régime de Bachar al-Assad qui bombarde et également les Russes qui sont d'ailleurs présents au sol, 5.000 soldats, et qui bombardent aussi.

Q - Donc Vladimir Poutine se rend coupable de crimes de guerre en ce moment?

R - Ce que je dis tr√®s clairement c'est que la France est en train de travailler, je pars √† Londres cet apr√®s-midi pour convaincre √©galement Boris Johnson, la Grande-Bretagne. Mais nous sommes aussi en contact avec les √Čtats-Unis pour une r√©solution qui est actuellement en n√©gociation pour qu'elle soit adopt√©e par le conseil de s√©curit√© et avec l'espoir qu'elle soit aussi vot√©e par les Russes et les Chinois, les membres permanents.

Q - Cela se discute entre personnes de bonne volonté, entre gens civilisés. Là, la Russie qui a un droit de véto s'en moque des résolutions.

R - Personne ne pourrait prendre la responsabilité de ces crimes de guerre, du soutien à ces crimes de guerre. Donc j'appelle les Russes à prendre leurs responsabilités, j'appelle les Russes à condamner ces bombardements d'Alep, j'appelle les Russes à condamner l'usage des armes chimiques, parce que je rappelle qu'il y a aussi des armes chimiques qui doivent faire l'objet d'une condamnation par les Nations unies...

Q - Les bombes au phosphore ?

R - Il y a des enquêtes qui sont en cours par les Nations unies. Si on a la certitude qu'il y a eu l'usage d'armes chimiques, c'est parce qu'il y a eu une enquête d'un organisme du conseil de sécurité, ce qui est incontestable. Donc, à partir de là, chacun est face à ses responsabilités. Donc je demande aux Russes de prendre les leurs, de ne pas être complices de cette usage d'armes chimiques, de ne pas être complices des bombardements qui massacrent Alep, parce que Alep est devenue une ville martyre. Hier, sur votre antenne, Daniel Cohn-Bendit s'offusquait qu'il n'y ait pas plus de mobilisation populaire, pas seulement en France mais dans le monde entier, comme c'était le cas pour l'Irak, en Syrie c'est déjà plus de 300.000 morts, c'est 10 millions de personnes déplacées et réfugiées. Et ce qui est en train de se produire c'est encore plus de réfugiés et c'est encore plus aussi de radicalisation des groupes terroristes. Parce que plus les bombes tombent, alors c'est les groupes terroristes les plus virulents qui font des adeptes !

Q - On fabrique les djihadistes de demain ? Les Russes et les Syriens sont en train de fabriquer les djihadistes de demain ?

R - C'est malheureusement le cas sur le terrain, c'est ce qui se passe en Syrie. Et nous notre principal adversaire, et il n'y en a pas d'autre, c'est Daech, c'est aussi ses complices comme al-Nosra qui fait partie du groupe al-Qa√Įda, qui sont sur le terrain mais qui √† cause de ces bombardements, √† cause de ces massacres, finissent par se renforcer. Et ils se renforcent sur place mais ils se renforcent aussi dans leur lutte terroriste contre nous en Europe et dans le monde.

Q - Je vous repose la question parce que vous ne m'avez pas répondu tout à l'heure, est-ce que Vladimir Poutine est en train de se rendre coupable de crimes de guerre ?

R - Je n'imagine pas qu'un président d'un grand pays comme la Russie puisse se mettre dans cette situation. Donc il n'est pas trop tard pour un sursaut ; c'est ce que je voulais dire ce matin sur cette antenne, et parce qu'il n'est pas possible qu'il n'y ait pas une mobilisation totale, en tout cas c'est celle de la France, contre la guerre totale. Et donc c'est cet appel que je lance ; et j'espère que tout le travail que nous sommes en train de faire, nous, notre délégation française, au conseil de sécurité va aboutir. Mais c'est une question d'heures avant qu'Alep tombe et avant qu'il y ait encore davantage de morts.

Q - On ne doute évidemment pas ni de votre bonne volonté, ni de votre indignation - qu'on entend ce matin - mais vous avez vu ce qui est advenu du processus de Vienne, il a été signé il y a moins d'un an entre Russes et Américains, il devait mener à la fin du combat, à l'aide humanitaire, et à la transition politique en Syrie. Là, les Russes ont été bien élevés, ils ont signé ; le bilan, un an après, c'est l'enfer.

R - Oui, c'est ce que je d√©nonce. Mais il n'est pas trop tard, parce que quelle est l'autre option ? L'autre option c'est de se faire la guerre ! Est-ce que c'est √ßa qu'on propose ? Alors je propose la solution politique mais il faut le faire tout de suite parce qu'apr√®s il sera trop tard. Apr√®s c'est le chaos guerrier qui va se d√©velopper en Syrie et l√† on ne contr√īlera plus rien contre le terrorisme, on ne contr√īlera plus rien pour ses cons√©quences en France et en Europe, mais aussi en Russie qui finira par √™tre d√©stabilis√©e. Donc c'est l'int√©r√™t g√©n√©ral de dire ¬ęnon¬Ľ aux massacres √† Alep, et se mobiliser ensemble dans la lutte contre le terrorisme.

Q - Vous n'avez pas le sentiment que les Russes vous √©coutent poliment, se disent ¬ęon finit le ¬ętravail¬Ľ¬Ľ, entre guillemets, ¬ęet apr√®s on passera √† table.¬Ľ

R - Est-ce que vous ne croyez pas qu'ils finiront par payer les cons√©quences de tout √ßa ? D'abord pas seulement les cons√©quences politiques et morales, mais aussi les cons√©quences dans leur propre pays, o√Ļ le terrorisme existe, il va se d√©velopper, il touche tout le monde. Donc il y a un moment il faut prendre ses responsabilit√©s. En tout cas pour la France, la ligne elle est claire, il n'y a pas d'ambig√ľit√©. Je vous rappelle qu'en ce qui concerne la politique fran√ßaise, et Fran√ßois Hollande l'a encore rappel√© ces derniers temps, c'est qu'en 2013, il y avait eu, par le r√©gime de Damas, l'usage des armes chimiques qui avait √©t√© condamn√© par toute la communaut√© internationale, y compris les Russes, et nous la France nous avions envisag√© des frappes a√©riennes qui auraient cibl√© notamment les avions syriens, et au dernier moment les Am√©ricains et les Britanniques, qui devaient nous soutenir, nous ont laiss√© tomber. On paye peut-√™tre aussi le prix de tout √ßa.

Q - La faute aux Américains donc ?

R - Je n'ai pas √† dire que c'est la faute aux Am√©ricains ou X ou Y, c'est la cons√©quence, et je le regrette parce qu'aujourd'hui on aurait un autre rapport de force et on serait sans doute dans un processus de n√©gociation pour la paix. Et parce que, vous savez, s'il n'y a pas ce processus de n√©gociation pour la paix qui reprend, alors les r√©fugi√©s continueront de partir. Et les r√©fugi√©s vous savez bien que c'est un probl√®me, pas seulement pour la France, l'Allemagne, etc., c'est un probl√®me pour la Turquie o√Ļ ils sont 2,5 millions, c'est un probl√®me pour la Jordanie, ils sont pr√®s d'un million, le Liban ils sont 2 millions ; Voil√† la r√©alit√©.

Q - La résolution dont vous allez discuter avec Boris Johnson dès aujourd'hui vous souhaitez qu'elle soit votée quand ?

R - Le plus vite possible, c'est une question d'heures, je l'ai dit tout √† l'heure. Donc nous passons des jours et des nuits √† travailler, la France, √† notre initiative, √† cette r√©solution au conseil de s√©curit√©, et bien s√Ľr nous discutons avec les Am√©ricains, nous discutons aussi bien s√Ľr avec les Russes, c'est difficile, et les Chinois qui sont les membres permanents et les autres membres du conseil de s√©curit√©. Pourquoi je parle des membres permanents ? Parce qu'ils peuvent utiliser leur v√©to, et √† ce moment-l√† il ne se passe rien. Il faut qu'il se passe quelque chose.

Q - On voit bien l'impuissance de l'Amérique de Barack Obama ; selon vous, pour en finir avec la guerre en Syrie, il vaudrait mieux que ce soit Donald Trump ou Hillary Clinton qui pousse les portes de la Maison Blanche en janvier ?

R - Hillary Clinton est quelqu'un d'exp√©riment√©, on la conna√ģt, c'est quelqu'un de s√©rieux et qui a toujours d√©fendu des options, j'allais dire, responsables. En ce qui concerne Donald Trump on ne le conna√ģt pas, on sait simplement qu'il est dans la pol√©mique permanente, dans le populisme, et c'est tr√®s inqui√©tant si c'est lui qui est demain pr√©sident des √Čtats-Unis. En tout cas, √ßa, c'est la d√©cision du peuple am√©ricain. C'est dire √† quel point les √©lections dans d'autres pays nous int√©ressent, et singuli√®rement les √©lections aux √Čtats-Unis. Nous suivons attentivement cette campagne.

(...)./.

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5. Syrie - Russie - Propos de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęRadio classique¬Ľ (Paris, 29/09/2016)

C'est une tragédie qui provoque l'écoeurement face à un tel massacre. C'est la guerre totale qu'a décidé de lancer le régime de Bachar al-Assad, avec l'appui des Russes et des Iraniens. La France ne peut pas se résigner à cette fatalité qui aggrave encore le malheur syrien.

Je lance en quelque sorte un appel aux Russes aussi, qui siègent comme membre permanent au conseil de sécurité des Nations unies. Je leur lance un appel pour qu'ils comprennent la gravité de la situation et qu'ils ne soient pas complices d'une situation dramatique. Ils le peuvent et je dirais même qu'ils le doivent. Il n'y aura pas de victoire militaire parce que, même si Alep tombe, la guerre continue ; et qui profite de cela ? C'est le terrorisme qui voit ses adeptes augmenter. Chacun a donc sa part de responsabilité et, aujourd'hui, chacun doit décider en conscience./.

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6. Syrie - Conf√©rence inaugurale de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† l'√©cole des affaires internationales de Sciences Po (Paris, 28/09/2016)

(...)

La Syrie, je l'ai dit la semaine derni√®re √† New York, lors de l'assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies, est un pays martyr. Le peuple syrien est supplici√© d'un c√īt√© par un r√©gime barbare, accul√© de l'autre par des groupes terroristes d√©nu√©s de toute conscience humaine. La ville d'Alep pourrait bien devenir le symbole de cette crise qui n'en finit pas de produire ses effets catastrophiques, j'ai appel√© cela le Guernica du XXIe si√®cle.

Quant au peuple syrien, quel choix lui reste-t-il¬†? La fuite. C'est ce √† quoi les pays voisins et l'Europe assistent depuis cinq ans, avec bient√īt pr√®s de la moiti√© de la population aujourd'hui jet√©e sur les routes de l'exil ou d√©plac√©e.

La mort. Et les morts se comptent déjà par centaines de milliers dans ce conflit qui se compare, à l'échelle de ce peuple, aux plus sanglantes des guerres du siècle dernier.

La radicalisation. C'est ce qui se produit malheureusement pour certains groupes rebelles qui, face à la violence systématique d'Assad, sont conduits à se rapprocher des groupes terroristes. C'est un cercle vicieux que les soutiens de Damas nourrissent en connaissance de cause pour amener la Syrie à un face-à-face morbide entre deux barbaries : celle du régime et celle du terrorisme.

Ni le r√©gime d'Assad, ni Daech, ni al-Nosra, la fili√®re syrienne d'al-Qa√Įda, ne s'embarrassent du moindre principe dans ce processus m√©canique et barbare d'√©limination des populations qui pensent diff√©remment, qui prient diff√©remment ou qui les g√™nent parce qu'elles se trouvent au mauvais endroit. C'est le spectacle hideux de la pire cruaut√© dont l'homme est capable. Il se d√©roule l√†, de l'autre c√īt√© de la M√©diterran√©e.

Que faisons-nous, depuis les cinq ann√©es que dure ce conflit¬†? Nous avons √©t√© faibles collectivement, il faut oser le reconna√ģtre, et je le fais devant vous. La paix aurait peut-√™tre pu revenir si - collectivement, je le r√©p√®te - nous avions su cr√©er une coalition suffisamment forte pour frapper les auteurs des attaques chimiques de la Ghouta, √† l'√©t√© 2013. √Ä l'√©poque, nous, la France, le souhaitions. Mais certains pensaient ce conflit bien lointain et insuffisamment li√© √† des int√©r√™ts vitaux. Les √Čtats-Unis ont h√©sit√©. Les Britanniques ont renonc√©. Nous avons assist√© depuis aux cons√©quences de ces doutes. La guerre en Syrie a g√©n√©r√© un flux massif de r√©fugi√©s, qui sont devenus notre probl√®me. Elle a favoris√© l'√©mergence d'un foyer de terrorisme international sans pr√©c√©dent, qui sert de base arri√®re ou de source d'inspiration √† des attentats partout dans le monde.

Aujourd'hui, cette guerre de Syrie sert à la Russie pour s'affirmer en tant que puissance, pour illustrer sa capacité à tenir tête à une coalition qui n'est pourtant aucunement dirigée contre elle. Or la Russie, en soutenant et en encourageant Assad, prend non seulement le risque d'être complice de crimes de guerre, elle contribue aussi à une entreprise qui déstabilise le reste du Moyen-Orient, qui déstabilise la Turquie, qui déstabilise l'Europe et qui pourrait finir par l'atteindre elle-même.

√Ä ceux qui, jusqu'√† Paris, nous disent depuis plusieurs mois qu'il suffit de se ranger derri√®re Moscou pour r√©gler le probl√®me syrien, je r√©ponds¬†: vous vous trompez. Voyez le r√©sultat des efforts de John Kerry qui a essay√©, inlassablement et avec sinc√©rit√©, de n√©gocier une tr√™ve avec Sergue√Į Lavrov, en √©change d'une coop√©ration dans la lutte contre Jabhat al-Nosra. Cette tr√™ve n'a tenu que quelques jours et le r√©gime syrien a repris sa marche vers Alep, avec l'assentiment et le soutien de la Russie et de l'Iran.

Il faut donc avoir le courage de la lucidit√©, en reconnaissant que le monde fait face, en Syrie, √† l'une des pires situations qu'il ait connu depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Faut-il pour autant se r√©signer ou s'enfermer - et laisser Moscou s'enfermer - dans une nouvelle confrontation, o√Ļ les marges de chaque empire seraient de nouveau sacrifi√©es √† la volont√© de puissance des grands¬†?

Le temps de la guerre froide est r√©volu. Certains en r√™vent, en tout cas c'est ma conviction. S'il peut s√©duire par l'illusion nostalgique d'une parit√© de puissance retrouv√©e, il ne correspond plus √† la r√©alit√©. Le monde a chang√©, les acteurs se sont multipli√©s et diversifi√©s, plus aucun √Čtat n'est en mesure d'affirmer quelque domination que ce soit. Il est encore temps pour nous, je le pense profond√©ment, de convaincre la Russie que notre int√©r√™t commun est de coop√©rer en faveur de la paix, que nos int√©r√™ts - ceux de la France, de l'Union europ√©enne et m√™me ceux des √Čtats-Unis - ne sont pas contradictoires avec ceux du peuple russe. C'est pourquoi la France ne se r√©sout pas √† laisser la Syrie d√©river encore davantage vers le chaos. Tant qu'il y aura un espace pour la n√©gociation, elle le mettra √† profit.

La Syrie ne peut plus attendre. Nous ne devons plus attendre. Il faut que cessent les combats, d'abord √† Alep. C'est ce que nous nous effor√ßons, en ce moment m√™me, d'obtenir au conseil de s√©curit√© des Nations unies, qui est r√©uni au moment o√Ļ je vous parle. J'ai aussi propos√©, la semaine derni√®re, √† New York, un m√©canisme de contr√īle pour assurer un suivi collectif du cessez-le-feu, seul de nature √† cr√©er la confiance qui fait si cruellement d√©faut. Il faut que l'aide humanitaire parvienne aux populations, qui en sont d√©munies parfois depuis des mois. Il faut ensuite qu'un processus politique reprenne enfin afin que la Syrie puisse se donner les chances d'un avenir en paix. Cet avenir est possible. Il est n√©cessaire si l'on veut que la communaut√© internationale concentre toutes ses forces dans la lutte contre le terrorisme.

Avec la Syrie, le monde est à un moment de vérité. L'équilibre des puissances dans le monde et l'avenir de notre système international sont aussi en jeu. (...)./.

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7. Syrie - Russie - √Čtats-Unis - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęCNN¬Ľ (Paris, 27/09/2016)

(en français et en anglais)

Q - Quelle est la proposition de la France pour essayer de résoudre le problème syrien et pour arrêter que des dizaines de milliers de personnes fuient et qu'il y ait des milliers de morts ?

R - Cinq ans que cette guerre fait rage et elle est atroce. C'est un régime qui assassine son propre peuple, Alep est une ville martyre. Alors, peut-on laisser faire ? Peut-on fermer les yeux ?

La semaine de l'assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies a √©t√© l'occasion de multiplier les √©changes avec des r√©unions au conseil de s√©curit√©. Pourtant, nous n'avons pas r√©ussi √† mettre en oeuvre un accord de cessez-le-feu qui avait √©t√© n√©goci√© avec John Kerry et Sergue√Į Lavrov et nous atteignons les limites de cette m√©thode. C'est la raison pour laquelle il faut √™tre beaucoup plus ferme et beaucoup plus clair, en particulier vis-√†-vis de la Russie et de l'Iran, mais avec la Russie en particulier. En effet, les bombardements d'Alep par le r√©gime ne sont possibles que parce que la Russie y contribue. Nous l'avons dit √† Boston avec John Kerry et mes homologues allemand et britannique dans le groupe de Quint, il faut absolument que les Russes prennent leurs responsabilit√©s, car sinon, ils peuvent √™tre complices de crimes de guerre.

Q - Il faut le dire et vous le dites, mais cela n'a pas d'impact ?

R - On a tent√© des n√©gociations √† Gen√®ve pour obtenir un cessez-le-feu qui ne se sont pas concr√©tis√©es. Il y a donc un probl√®me de confiance. Lorsque nous nous sommes r√©unis dans le groupe de soutien √† la Syrie, j'ai assist√© √† cette comp√©tition verbale entre le Russe et l'Am√©ricain, les autres √©taient spectateurs. Au nom de la France, j'ai fait la proposition de mettre en place un m√©canisme de contr√īle d'un cessez-le-feu, auquel seraient non seulement associ√©s la Russie et les √Čtats-Unis comme c'est actuellement le cas, mais avec aussi avec les pays membres du groupe de soutien qu'ils soient europ√©ens ou arabes qui pourraient contr√īler la mise en oeuvre du cessez-le-feu, contr√īler les conditions d'acc√®s de l'aide humanitaire pour cr√©er des conditions de confiance pour red√©marrer les n√©gociations de paix. Il faut √™tre clair, il n'y aura jamais de solution militaire.

Q - Le r√©gime est donc bien plus concern√© par les attaques des rebelles mod√©r√©s que par l'√Čtat islamique ou d'autres groupes extr√©mistes. Comment les convaincre de ne pas survoler¬†?

R - Il faut convaincre la Russie et l'Iran qui sont partie prenante de la guerre. Il y a sur place un peu plus de 5.000 soldats russes et plusieurs milliers d'Iraniens du Hezbollah.

Le régime a utilisé les armes chimiques. J'ai proposé au nom de la France que le conseil de sécurité, dans le cadre du chapitre VII qui permet des sanctions possibles, condamne l'usage des armes chimiques. Est-ce acceptable d'utiliser de telles armes ? Nous verrons bien ce que la Russie fera. S'il y a un vote au conseil de sécurité, la Russie pourra-t-elle utiliser son droit de veto ? Peut-elle prendre cette responsabilité morale à l'égard de la communauté internationale en fermant les yeux sur l'usage d'armes chimiques ?

C'est un exemple concret de ce que l'on peut faire.

Q - Vous dites à la Russie en fait qu'elle ne peut pas, moralement, s'opposer à une résolution qui condamne l'usage d'armes chimiques. C'est une solution diplomatique, mais cette solution pourra-t-elle arrêter la guerre ?

R - Et quelle serait l'autre solution ? On aurait pu organiser des frappes contre le régime. La France était partisane de le faire en 2013, vous vous en souvenez, après l'usage des armes chimiques par Bachar al-Assad qui était la ligne rouge. Nous étions d'accord avec les Américains et les Britanniques pour dire que si elle était franchie, alors nous organiserions des frappes aériennes sur les forces militaires de Damas. Mais cela n'a pas eu lieu.

Q - Pourquoi, est-ce à cause de Barack Obama ?

R - C'est la d√©cision souveraine des √Čtats-Unis et du Royaume-Uni, c'est du pass√©. Nous sommes maintenant dans un autre contexte, alors que fait-on¬†? Ferme-t-on les yeux, laissons-nous faire le massacre d'Alep¬†? J'ai dit que nous ne pouvions pas accepter cela.

Q - So, diplomacy, not more military involvement, not ¬ęno fly zones¬Ľ

R - Pour avoir des ¬ęfly zones¬Ľ, il faut se donner les moyens militaires. La question s'est pos√©e en 2013, la position de la France a toujours √©t√© claire, elle reste claire mais nous ne pourrons pas agir seuls.

Q - If there are other countries willing to participate in the imposition of the no fly zones in Syria, you would, in essence, support that?

R - Je pense qu'il faut privilégier la voie de la négociation, la voie politique. À condition d'être ferme...

Il faut √™tre plus ferme. Il est vrai que ces derni√®res semaines, il y a eu une tentative sinc√®re de mon ami et homologue, John Kerry, de n√©gocier avec Sergue√Į Lavrov, mais on a vu que c'√©tait une impasse. Maintenant, il faut parler d'une m√™me voix, avec beaucoup plus de fermet√©. C'est ce que nous avons fait √† Boston quand nous nous y sommes retrouv√©s samedi dernier pour dire √† la Russie¬†: ¬ęPrenez vos responsabilit√©s, car si vous ne les prenez pas, alors vous serez coupables de complicit√© de crimes de guerre¬Ľ. Ce n'est pas rien de dire cela.

Q - What do you make of Donald Trump's proposals in terms of foreign policy specifically, since you are the French Minister of Foreign Affairs?

R - Je ne sais pas exactement quelle est la position de politique √©trang√®re de Donald Trump, c'est tr√®s confus, je dois vous le dire sinc√®rement. Bien s√Ľr, en tant que Fran√ßais et ministre des affaires √©trang√®res de la France, je n'ai pas √† dire au peuple am√©ricain ce qu'il doit voter. En m√™me temps, je dois vous dire aussi que le nouveau pr√©sident des √Čtats-Unis, il est important pour ce pays bien s√Ľr, mais il est aussi important pour le monde. Nous avons √©voqu√© le dossier syrien et nous sommes des alli√©s tr√®s chers des √Čtats-Unis, depuis longtemps.

Je connais un peu Hillary Clinton, c'est une personnalit√© de qualit√©. Quand elle √©tait secr√©taire d'√Čtat, elle a fait un travail formidable et elle √©tait tout √† fait √† la hauteur de ses responsabilit√©s. M. Donald Trump a eu des mots tr√®s durs contre la France, justement lorsque la France souffrait, il a tenu des propos de m√©fiance √† l'√©gard des Fran√ßais et ce sont des paroles que je n'oublie pas.

Il a dit aussi que, si les armes étaient en vente libre en France, les choses iraient mieux car les Français auraient pu se protéger. En France aujourd'hui, nous tentons de lutter contre tous les trafics d'armes clandestins qui peuvent exister en France et en Europe afin de ne pas permettre aux groupes terroristes de disposer d'armes pour attaquer les Français ou les Européens./.

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8. Politique √©trang√®re - Union europ√©enne - Brexit - Libye - Diplomatie √©conomique - Diplomatie culturelle - Conf√©rence inaugurale de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† l'√©cole des affaires internationales de Sciences Po (Paris, 28/09/2016)

Monsieur le Doyen,

Monsieur le Directeur,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Chers √Čtudiantes et √Čtudiants de l'√Čcole d'affaires internationales,

Mesdames et Messieurs,

D'abord mes premiers mots sont pour toi, cher Enrico Letta. Je suis heureux de te retrouver ici √† Paris, √† l'ouverture de l'ann√©e universitaire de l'√Čcole des affaires internationale de Science Po, et heureux de te retrouver car nous avons partag√© beaucoup de choses ensemble, lorsque tu √©tais pr√©sident du conseil du gouvernement italien. Moi-m√™me j'√©tais Premier ministre. Je dois dire que la relation a tout de suite √©t√© facile et amicale. Nous partageons des valeurs communes. C'est une belle rencontre ce soir, et de te savoir devenu maintenant professeur, c'est aussi dans ta vie une nouvelle √©tape qui, tu me l'as dit toi-m√™me, te rend tr√®s heureux de rencontrer autant de jeunes qui viennent ici √† Paris.

C'est un réel plaisir d'échanger avec des élèves qui, je le sais, viennent des quatre coins de la planète pour rejoindre la formation d'excellence dispensée par votre école. Des jeunes qui sont passionnés par le monde et qui aiment la France. Je vous souhaite, au nom de la France, la bienvenue et je vous félicite de la curiosité qui vous pousse à quitter votre pays pour découvrir un autre système académique et une autre culture. Votre présence est une richesse pour Sciences Po et vos camarades français, et au-delà, une richesse pour la France. Merci d'avoir accepté de venir à Paris.

Aujourd'hui, j'aurais pu dresser devant vous, comme il sied à une leçon inaugurale, un état du monde. Mais, cela aurait fait peu de cas de la tragédie qui se déroule, à quelques heures de Paris, dans la ville d'Alep. Alors que le Moyen-Orient et le monde ont perdu ce matin, en la personne de Shimon Peres, un grand homme de paix, il me semble évident de commencer par vous parler de la Syrie.

(...)

Dans le monde troubl√© qui est le n√ītre, il faut donc faire preuve de d√©termination et ne pas c√©der √† la facilit√© de la tentation du repli sur soi. La mont√©e des populismes, un peu partout, nous force √† r√©agir. D'ailleurs, elle n'existe pas qu'en Europe, elle existe aussi aux √Čtats-Unis, on le voit en ce moment avec la campagne des √©lections pr√©sidentielles. Elle nous rappelle que la paix, la s√©curit√© et la d√©mocratie ne sont pas des donn√©es intangibles, mais qu'elles doivent au contraire √™tre d√©fendues pour perdurer.

Le Royaume-Uni et l'Union europ√©enne viennent d'√™tre victimes, en juin dernier, d'un de ces acc√®s de d√©magogie. Le Brexit ne mettra en p√©ril ni l'Union europ√©enne - j'en suis s√Ľr - ni le Royaume Uni - je l'esp√®re. Nous nous en remettrons. Mais, il trouve sa source dans le mensonge, les exag√©rations et les caricatures, il faut s'en souvenir. Je le dis avec d'autant plus de tranquillit√© que ce sont ses promoteurs eux-m√™mes qui, au lendemain du r√©f√©rendum, ont admis, en quittant le navire, que leurs promesses n'√©taient pas tenables. Supr√™me paradoxe, ils ont laiss√© la charge de la n√©gociation √† une Premi√®re ministre qui avait fait campagne pour rester dans l'Union europ√©enne.

Je le crois, j'en suis m√™me convaincu, nous sortirons l'Union europ√©enne de cette mauvaise passe. Pour cela, il faudra toute la force de la coop√©ration franco-allemande. Il faudra aussi concentrer davantage l'action de l'Union europ√©enne sur les sujets qui pr√©occupent le plus les citoyens europ√©ens, comme l'a propos√© le pr√©sident de la R√©publique √† Bratislava. Les peuples d'Europe - √† l'exception peut-√™tre des Britanniques, dont les h√©sitations originelles n'ont jamais √©t√© surmont√©es - sont fondamentalement attach√©s √† l'Union europ√©enne. Ils ont encore la m√©moire des conflits du XXe si√®cle. Ils comprennent ce que l'int√©gration europ√©enne a apport√© en termes de paix et de prosp√©rit√©. Il faut l'entretenir, cet acquis. Mais, il ne faut pas non plus √™tre na√Įf en ayant conscience de la capacit√© des hommes √† faire le choix du pire, comme l'Histoire l'a h√©las montr√©.

L'Union europ√©enne a √©t√© suffisamment forte pour nous faire √©merger du pire pendant six d√©cennies. Aujourd'hui, nos populations en attendent encore davantage. Penser que les Europ√©ens veulent ¬ęmoins¬Ľ d'Europe serait, √† mon sens, une erreur d'interpr√©tation. Ils veulent en fait une Europe mieux concentr√©e sur leurs pr√©occupations. Une Europe qui les prot√®ge, non pas de mani√®re d√©fensive, mais en consolidant le mod√®le europ√©en et en assurant sa p√©rennit√©.

L'Europe qui prot√®ge, c'est celle qui assure la s√©curit√© de tous les Europ√©ens, notamment en ma√ģtrisant ses fronti√®res ext√©rieures. L'Europe qui prot√®ge, c'est celle qui d√©fend son mod√®le social et veille √† ce que la libre circulation des travailleurs ne soit pas un pr√©texte au dumping social. L'Europe qui prot√®ge, c'est celle qui veille √† ce que son ouverture au monde s'accompagne d'un effort pour obtenir de ses grands partenaires commerciaux des avantages √©quilibr√©s et r√©ciproques. L'Europe qui prot√®ge c'est celle qui fait en sorte de d√©fendre les int√©r√™ts financiers de tous les Europ√©ens face aux pratiques fiscales d√©loyales de certaines entreprises multinationales. C'est ainsi que nos concitoyens retrouveront confiance dans le projet europ√©en qui conserve toute sa pertinence historique.

Au total, la vision de l'Europe que je viens d'esquisser bri√®vement est l'inverse de ce que promeuvent partout les populistes. Il faut reconnaitre qu'ils ont un certain talent pour exploiter les peurs. Lorsqu'il s'agit d'y r√©pondre, en revanche, ils se contentent de proposer des solutions qui n'en sont pas, parce qu'elles ne peuvent pas √™tre mises en oeuvre ou parce qu'elles sont parfois pires que le mal. Face aux d√©sordres du monde, face √† l'afflux des r√©fugi√©s, face √† la menace terroriste, face √† la crainte du d√©classement que fait peser la mondialisation sur les plus modestes, les populistes proposent de fermer les portes et les fronti√®res, et m√™me d'√©riger des murs. Ils oublient que le m√©decin qui ne traite que les sympt√īmes condamne le malade √† une mort certaine.

À la place, je propose une éthique de la responsabilité appliquée aux relations internationales. Dans notre monde ouvert, le repli sur soi, la peur et la haine de l'autre ne résolvent rien. Nos vieilles nations sont un socle fondamental, mais, isolées, elles sont impuissantes. L'idée d'une souveraineté sans partage est un leurre. La coopération européenne et internationale est donc plus vitale que jamais.

Depuis 2012, la politique étrangère de la France n'a eu d'autre objectif que d'y contribuer, dans un esprit de responsabilité, en s'engageant pleinement, en ne se résignant jamais.

En Afrique du Nord, les printemps arabes ont apport√© beaucoup d'espoir et rebattu les cartes. Il y a de grandes r√©ussites, comme en Tunisie, o√Ļ la France continuera √† contribuer √† la consolidation de la d√©mocratie. Mais il y a aussi de grandes fragilit√©s. D'abord la persistance du terrorisme, dont il faut se d√©barrasser. Et puis le besoin urgent, en Libye, de retrouver un √©quilibre et des institutions solides. C'est pourquoi la France soutient le gouvernement d'entente nationale de Fayez Sarraj. D√®s son installation dans la capitale libyenne, je suis all√© √† Tripoli, avec mon coll√®gue allemand Frank-Walter Steinmeier, pour lui apporter un message de confiance et de soutien. Le moment est d√©sormais venu de trouver un compromis pour rassembler toutes les forces du pays et leur permettre de reconstruire un √Čtat qui pourra efficacement lutter contre le terrorisme et aussi apporter prosp√©rit√© et justice aux libyens.¬† Dans cette perspective, une mobilisation de tous les partenaires de la Libye est indispensable, en particulier de tous les acteurs r√©gionaux. La France a pour ambition d'y contribuer et je pr√©pare en ce moment une r√©union √† Paris √† cet effet.

Au Proche-Orient, j'√©voquais la m√©moire de Shimon Peres, j'aurais pu parler des accords d'Oslo et de l'immense chantier historique d'Yitzhak Rabin,¬† mais aujourd'hui, le conflit isra√©lo-palestinien est devenu une source d'ins√©curit√© pour toute la r√©gion. Mais aussi de souffrance pour les deux peuples. S'est progressivement install√©e la fausse id√©e que le statu quo pourrait durer. La cons√©quence, c'est que la perspective de deux √Čtats, vivant c√īte √† c√īte, en paix et en s√©curit√©, s'√©loigne, min√©e par la poursuite de la colonisation et l'absence de tout processus politique, tandis que le d√©sespoir dans la population favorise l'enracinement des id√©es les plus radicales et annonce une r√©surgence assur√©e de la violence. L√† aussi, la France a pris l'initiative, en remobilisant la communaut√© internationale afin d'inciter les parties, Isra√ęl et la Palestine, √† reprendre le chemin des n√©gociations et en en cr√©ant les conditions. Je me souviens du scepticisme qui avait accompagn√© l'annonce de nos intentions il y a quelques mois. Il a aujourd'hui laiss√© la place √† la manifestation de la volont√© de nombreux pays, parfois tr√®s loin du Proche-Orient, je pense √† la Chine, au Japon, √† l'Australie, au Canada, de s'impliquer √† nouveau dans la recherche de la paix. √Ä New York, la semaine derni√®re, j'ai pu constater que ce conflit √©tait revenu √† l'ordre du jour de la communaut√© internationale : c'√©tait notre premier objectif. Il reste, bien entendu, encore beaucoup de travail √† faire. Je ne m√©connais pas la difficult√© de la t√Ęche ni la longueur du chemin. Mais, je veux le redire aux Isra√©liens et aux Palestiniens : une opportunit√© unique de retourner √† la table des n√©gociations vous est offerte. Osez faire le choix courageux de la paix.

Je pourrais √©voquer, devant vous, de nombreuses autres situations o√Ļ la France se mobilise. Mais je ne voudrais pas vous donner une impression r√©duite de ce qu'est la politique √©trang√®re de la France, qui n'est pas seulement une diplomatie de crise ou de r√©action √† la nature souvent tragique des relations internationales.

La diplomatie française, elle construit, elle investit, elle se déploie dans le champ culturel, économique, dans celui des échanges humains à travers un réseau parmi les plus développés au monde. Elle se renouvelle aussi sans cesse, pour s'adapter aux priorités et aux besoins de la société française. Elle est le contraire de l'image d'une bureaucratie tournée vers le passé qui lui est parfois accolée. Elle est sur tous les fronts.

Sur le front √©conomique, en particulier, pour appuyer les exportations de nos entreprises, attirer les investissements √©trangers en France ou encore promouvoir la France comme destination touristique. Sur le front des √©changes humains, ensuite, qui sont la cl√© des succ√®s √† venir de la projection internationale de notre pays. Je me r√©jouis que la France soit devenue l'an dernier la troisi√®me destination mondiale des √©tudiants √©trangers en franchissant le cap des 300.000. Sur le front de la solidarit√© internationale, encore, avec depuis quatre ans des √©volutions en profondeur de notre politique de d√©veloppement, reposant sur une aide dont la trajectoire ascendante reprend gr√Ęce aux engagements du pr√©sident Fran√ßois Hollande. Sur le front des enjeux globaux, √©galement, avec le succ√®s de la COP21 qui a permis, pour la premi√®re fois, de doter la plan√®te d'un cadre ambitieux pour la lutte contre les d√©r√®glements climatiques. Sur le front de la culture et de la francophonie, toujours, car le respect de la diversit√© est une des r√©ponses aux probl√®mes du monde. Sur le front des valeurs, enfin, parce que la France, et je p√®se mes mots, surtout dans le contexte parfois de d√©rive du d√©bat public, y compris dans notre pays, La France n'est jamais aussi forte que lorsqu'elle est en accord avec elle-m√™me et qu'elle promeut les droits de l'Homme et les libert√©s qui sont au coeur de son mod√®le r√©publicain.

J'ai bien conscience d'avoir dressé, devant vous, un sombre tableau. Cela ne doit pas nous conduire, vous conduire, à l'abattement ou au fatalisme. Au contraire. Notre engagement, c'est de prendre les problèmes à bras le corps et d'y répondre. Et il faut aussi valoriser les succès : la paix et la sécurité progressent au Sahel ; de nouvelles perspectives de développement en Afrique s'ouvrent ; la démocratie s'installe en Birmanie et la paix civile en Colombie. Je vous ai aussi parlé de notre diplomatie qui construit et investit. Contribuer à rendre le monde meilleur, ce n'est donc pas mission impossible, si la volonté est là, si l'énergie est là, si la capacité à mobiliser les coeurs et les intelligences est là.

Défendre nos valeurs, protéger nos intérêts et nos populations, offrir à chacun davantage d'opportunités, conserver à nos sociétés leur caractère libre et ouvert : voilà nos priorités, voilà nos objectifs, voilà notre combat. J'espère que chacune et chacun d'entre vous pourra, à sa mesure, en être un acteur passionné.

Merci de votre attention.

(...)

Q - Bonsoir, Monsieur le Ministre. J'aimerais vous parler de Vienne. Si on lit le rapport MAEDI21 qui est paru ces derniers mois, on voit bien que les budgets du MAE tentent plus √† se diriger vers les pays √©mergents et cela n√©cessite donc une adaptation en Europe. J'aimerais vous parler de diplomatie culturelle parce que vous en avez parl√© et vous dire que le MAE envoie des signaux plut√īt n√©gatifs ces derniers temps √† Amsterdam, √† Vienne avec la vente du palais Clam Gallas, et vous demander si la diplomatie culturelle en Europe √©tait toujours une priorit√© de votre minist√®re et vous demander des nouvelles du Palais parce que, selon la presse autrichienne, la vente pourrait √™tre mise en cause par le restaurateur qui refuse de quitter le parc.

R - Merci. Ne soyez pas trop conservateur. L'action culturelle internationale de la France est une de mes priorités, je souhaite être très clair sur ce point. Nous avons même un opérateur qui s'appelle l'Institut français, nous avons le très beau réseau des alliances françaises. À chaque fois que je me déplace, je m'y rends et je soutiens l'action culturelle de la France. Ceci, pour moi, est une priorité. C'est même un des atouts de la France. On va donc continuer.

Alors, que l'on fasse un effort vers les pays √©mergents, c'est un peu la moindre des choses. Il y a des pays o√Ļ nous sommes absents.

Je voudrais vous donner un exemple o√Ļ nous avons toujours √©t√© pr√©sents : c'est la Birmanie, o√Ļ je me suis rendu il y a peu de temps, o√Ļ j'ai rencontr√© Aung San Suu Kyi, que je connaissais d√©j√† et que j'avais vu √† Paris. C'est une femme d'un courage inou√Į, qui est rest√© si longtemps rel√©gu√©e dans sa maison √† Rangoon, et qui, aujourd'hui, gouverne dans des conditions difficiles. Mais, pendant la p√©riode de la terrible dictature, un seul institut est rest√© toujours ouvert, c'est l'Institut culturel fran√ßais, √† Rangoon. Il y a eu cette r√©sistance culturelle, o√Ļ des hommes et des femmes qui n'acceptaient pas de r√©gime, venaient dans cet Institut. Mme Aung San Suu Kyi se souvient tr√®s bien de cette p√©riode et conserve une grande reconnaissance envers la France. Je pense que c'est quelque chose d'essentiel.

J'√©tais, il y a peu de temps, √† Prague et l'on m'a racont√© la visite de Fran√ßois Mitterrand au moment o√Ļ il y avait encore la dictature de Gustav Huzak, les dissidents, dont Vaclav Havel, √©taient toujours menac√©s. Ces personnes-l√† avaient un accueil dans les instituts culturels fran√ßais. Il y avait l√† comme un espace de libert√© qui demeurait.

Donc, on va continuer. Vous me dites que l'on envisage de vendre un ancien palais √† Vienne, mais on ne vend pas tout. Mais je pense que la bonne gestion, c'est aussi, de temps en temps, de vendre lorsque des b√Ętiments ne sont plus adapt√©s pour en utiliser d'autres √† la place. Ce n'est pas l√† l'essentiel. Je sais qu'il y a toujours des gens pour le statut quo. Je ne suis pas pour que tout change, je suis, au contraire, pour que les valeurs qui repr√©sentent la France, dont l'action culturelle internationale, demeurent. Mais quand il faut √™tre un peu imaginatif pour se donner des petits moyens, ce n'est pas la peine d'h√©siter. Pardon d'avoir √©t√© un peu r√©actif √† votre question mais merci de me l'avoir pos√©e.

(...)

Q - Tout le monde conna√ģt votre parfaite ma√ģtrise de la langue allemande. Quel est l'impact de la connaissance d'une langue dans la gestion des affaires internationales, surtout dans la gestion des affaires europ√©ennes¬†?

R - Vous avez parl√© de la diversit√© linguistique en Europe. Bien s√Ľr, l'anglais est la langue de la facilit√©, des √©changes. Si l'on va, √† tel endroit, parler avec tel homme politique, tel homme d'√Čtat si l'on ne conna√ģt pas sa langue, si lui ne conna√ģt pas la v√ītre, si on veut √©changer, il ne faut pas avoir peur d'utiliser l'anglais. Je ne suis pas un adversaire de l'anglais, je suis d√©fenseur de la Francophonie et du multilinguisme, il faut que cela soit bien clair. D'ailleurs, c'est une chance de la Francophonie de l'accepter ; je l'ai dit √† New York, √† la soir√©e consacr√©e √† la Francophonie, beaucoup de gens √©taient venus, ils n'√©taient pas tous francophones mais ils √©taient tous pour la Francophonie. N'ayons pas peur de cela.

En m√™me temps, je revendique, dans certaines r√©unions, notamment internationale o√Ļ il y a la chance d'avoir la traduction simultan√©e, que chacun parle dans sa langue. Pourquoi vouloir se forcer √† tout prix, je vois certains de mes homologues qui veulent √† tout prix parler en anglais dans les r√©unions des conseils des ministres des affaires √©trang√®res ; non, parlez le fran√ßais, parlez l'italien¬†; d'abord, c'est agr√©able √† entendre la langue de l'autre et puis, lorsque l'on converse ensemble, on va parler en anglais si on ne peut pas faire autrement.

Quant √† l'allemand, il est vrai que c'est utile. Vous me posez la question : je constate que, lorsque l'on parle - et c'est vrai dans la relation franco-allemande o√Ļ il y a quelque chose de particulier -, de parler la langue de l'autre aide beaucoup, cela cr√©e un lien. Il y a peu de temps, je suis all√© devant la conf√©rence des ambassadeurs allemands, o√Ļ Steinmeier m'avait invit√©, j'ai parl√© devant tous les ambassadeurs, je l'ai fait en allemand. Je crois que cela a chang√© quelque chose ; j'ai revu pas mal d'ambassadeurs qui m'ont dit qu'ils avaient √©t√© sensibles aux messages que j'ai pu leur transmettre directement. C'est exceptionnel car, d'habitude, je parle en fran√ßais m√™me en Allemagne parce qu'il est normal de parler dans sa langue.

Je réponds à votre question de cette manière et il est très important de ne pas avoir peur parce que la langue c'est aussi la culture, c'est aussi un patrimoine, c'est, derrière, des traditions, c'est un mode de vie, ce sont des tas de choses, c'est une sensibilité. Il faut préserver cela. J'ai parlé de patrimoine de l'humanité ; oui, c'est le patrimoine de l'humanité. Même en Europe, nous devons commencer à le faire. Cela vaut aussi pour les langues africaines, les langues asiatiques. Il est vrai qu'en Afrique il y a une multitude de langues, il est parfois difficile de toutes les préserver. C'est comme en France avec les langues minoritaires : l'alsacien, le breton, le basque, etc. mais cela fait partie du patrimoine, il faut y être attentif. Et c'est ce qui fait que l'on n'a pas peur de vivre ensemble parce que l'on a une spécificité linguistique, au contraire. Même les accents ; de temps en temps, on dit qu'il n'y a pas assez d'accents, mais, moi, je crois que c'est juste : l'accent est une richesse et, parfois, il y a des accents qui sont comme le soleil : merci Enrico

(...)

Q - Vous avez parl√© du changement climatique. Vos soutiens vous ont dit que l'on a besoin de commerce et de d√©veloppement partout et m√™me vous venez de mentionner en Afrique quelques projets mais o√Ļ parle-t-on de d√©veloppement durable ? Je suis tr√®s curieuse : pourquoi on n'utilise pas ces mots dans les discussions internationales ¬†?

R - Votre question pose ¬ę√† quel niveau d√©bat-on du d√©veloppement durable¬Ľ. On d√©bat au niveau des gouvernements, mais cela ne suffit pas, et ce qui est exceptionnel dans la r√©ussite de la COP21 √† Paris, c'est qu'il y a eu une √©norme participation de la soci√©t√© civile, des ONG, des collectivit√©s locales, des entreprises, c'est la cl√© de la r√©ussite. La mise en oeuvre des objectifs de d√©veloppement durable, qui n'est pas seulement la lutte contre le r√©chauffement climatique qui englobe une conception nouvelle de notre fonctionnement, pas seulement au niveau de l'√©conomie, ne peut seulement des gouvernements, mais il faut que les gouvernements s'impliquent. Il faut que les gouvernements soient capables de n√©gocier des trait√©s internationaux, et l'accord de Paris, c'est un trait√© international qui est en cours de ratification. Ce processus s'acc√©l√®re, tant mieux. Apr√®s il y a la mise en oeuvre : la mise en oeuvre, ce sont les √Čtats, ce sont aussi les entreprises, les collectivit√©s territoriales, les villes en particulier, mais aussi les associations, la soci√©t√© civile, les citoyens, organis√©s au plus pr√®s de la vie quotidienne. Et pour cela, je pense que cela nous interpelle aussi sur le fonctionnement global de nos d√©mocraties pour l'avenir.

La France va accueillir, en décembre, un sommet mondial qui s'appelle le sommet pour un gouvernement ouvert, et donc pour perfectionner la démocratie. Comment peut-on perfectionner la démocratie en la rendant plus transparente, notamment par l'accès aux données dont disposent par exemple les ministères, les administrations publiques, dont disposent les entreprises pour justement développer des projets. Puis, en même temps, ce sommet mondial pour un gouvernement ouvert devrait déterminer comment rendre la démocratie plus forte, comment les citoyens peuvent peser sur l'information et comment avoir l'information.

Ce sera un sommet o√Ļ il y aura des milliers de participants qui ne sont pas membres de gouvernements - et √ßa c'est nouveau - ce qui prouve que cette demande de d√©mocratie plus participative est forte, m√™me si parfois elle a √©t√© trait√©e ironiquement. Je pense que cela correspond √† quelque chose de profond, et il faut accepter d'√™tre interpell√© sur les dysfonctionnements, les insuffisances de nos d√©mocraties qui restent repr√©sentatives par les √©lections, mais on voit que l'on est √† la limite, qu'il faut aussi imaginer autre chose : comment les citoyens peuvent-ils √™tre plus impliqu√©s ? Comment peuvent-ils plus peser ? Comment peut-on reconna√ģtre leur autonomie, tout en faisant fonctionner, je dirais la d√©mocratie politique et ses valeurs¬†? Voil√† les d√©fis qui sont devant nous.

Vous voyez, la diplomatie fran√ßaise est active dans de nombreux domaines. On n'a pas tout abord√©, mais on a quand m√™me abord√© beaucoup de choses, gr√Ęce √† vos questions, et je voulais vous en remercier. (...)./.

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9. Russie - Ukraine - Conf√©rence inaugurale de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† l'√©cole des affaires internationales de Sciences Po (Paris, 28/09/2016)

(...)

La Russie, c'est une √©vidence, a v√©cu le choc de la chute du Mur de Berlin et l'effondrement du bloc sovi√©tique comme un d√©classement. L'espoir d'un nouvel √©quilibre, reposant moins sur la confrontation et plus sur la coop√©ration, n'a malheureusement pas √©merg√© spontan√©ment des d√©combres de la Guerre froide. La r√©alit√© c'est que, derri√®re une apparence de consensus et de fin de l'histoire, une forme de d√©sordre du monde s'est install√©e. Nous payons aujourd'hui le prix de cette erreur d'appr√©ciation qui a donn√© aux Occidentaux une sensation de confort pendant deux d√©cennies. Pour autant, je suis persuad√© qu'il est possible de b√Ętir un partenariat durable avec la Russie, qui est un grand pays et avec lequel nous avons un destin commun. Et, l√†-aussi, il faut pers√©v√©rer dans la voie du dialogue, ne jamais renoncer √† rechercher par la n√©gociation la solution aux crises qui nous affectent. C'est ce que nous continuons √† faire, avec notre partenaire allemande, dans le cadre du format ¬ęNormandie¬Ľ, pour apaiser les tensions dans l'est de l'Ukraine.

(...)

Q - Bonjour et merci beaucoup pour votre discours. Je suis étudiante ici à Sciences po et je suis russe.

Vous avez beaucoup critiqué la Russie lors de votre discours alors ma question est assez simple : j'aimerais savoir si vous pensez que les sanctions économiques contre la Russie sont utiles et efficaces ?

R - Le dernier point concerne la Russie : je crois avoir expliqu√© les choses. La Russie est une vieille et grande nation qui, apr√®s la chute du Mur de Berlin et l'effondrement de son syst√®me, l'Union sovi√©tique, - c'est d'ailleurs M. Poutine qui a employ√© l'expression je crois : ¬ęLa fin de l'Union sovi√©tique est la plus grande catastrophe de l'Histoire¬Ľ - a vu son influence diminuer. √Čvidemment, c'est l'influence de la Russie √† travers cet empire qui √©tait affaiblie alors que le r√©gime lui-m√™me, on l'a vu avec les r√©formes de M. Gorbatchev, √©tait assis sur des d√©combres. Il ne pouvait pas survivre en tant que mod√®le √©conomique et politique, il arrivait √† sa limite.

L'erreur vient √† la fois des Russes sur la mani√®re dont ils ont abord√© les r√©formes √† la suite de cet effondrement - la p√©riode Eltsine par exemple - mais des occidentaux qui ont cru que c'√©tait la fin de l'histoire et que la Russie n'√©tait plus elle-m√™me et qu'elle entrait dans les cadres et les r√®gles classiques occidentales. C'√©tait bien mal comprendre l'√Ęme et l'histoire russe. Je pense qu'il y a eu l√† une erreur.

Aujourd'hui, il y a une sorte de r√©surgence pour que la Russie joue son r√īle, qu'elle redevienne une grande nation, elle en a le droit et le devoir, mais avec les d√©rives et les exc√®s. Il faut donc parler avec les Russes et l'erreur est de ne pas avoir compris cela. Apr√®s la chute de l'Union sovi√©tique, un grand retard a √©t√© pris.

Aujourd'hui, la Russie est dans une impasse diplomatique, politique et militaire en Syrie, je l'ai dit. Mais la main tendue est toujours là.

Je prenais l'exemple de l'Ukraine, elle est toujours là. Vous parliez des sanctions : Comment sont-elles venues ? Elles sont venues lorsque la Russie a facilité la remise en cause de la frontière entre l'Ukraine et la Russie. La communauté internationale, la France  et notamment les autres pays européens, ne pouvaient pas accepter cet état de fait. Après la Seconde guerre mondiale et y compris après la réunification, notamment pour la frontière entre la Pologne et l'Allemagne, c'est sur l'inviolabilité des frontières que se sont construites la sécurité et la paix en Europe.

Il y a cet accroc particuli√®rement grave qui demeure. C'est pour cela que dans l'int√©r√™t commun, nous ne pouvions pas l'accepter et c'est la raison pour laquelle il y a eu ces sanctions. Mais elles ne sont pas un but en soi et nous avons vocation √† les lever comme je l'ai dit aux dirigeants russes. Au fur et √† mesure que les accords de Minsk, d√©cid√©s pour r√©tablir la souverainet√© ukrainienne et assurer la stabilit√© et la s√©curit√© dans le Donbass tout en acceptant de reconna√ģtre qu'il y a une sp√©cificit√© et un statut sp√©cial pour cette r√©gion avec des √©lections, sont mis en place alors oui, nous pourrons ouvrir la question des sanctions. C'est clair. La Russie n'est pas un ennemi mais il faut qu'elle devienne un vrai partenaire. Lorsqu'il y a des d√©saccords aussi graves que sur la Syrie, il ne faut pas tourner autour, il faut le dire, dans l'int√©r√™t-m√™me de la paix, mais aussi de la Russie pour son propre destin.

(...)

Pour l'Ukraine, il y a, avec l'Union européenne, un lien étroit désormais mais qui n'est pas celui de la perspective de l'adhésion. C'est celui de la coopération.

On ne laisse pas tomber l'Ukraine, l'Europe ne laisse pas tomber l'Ukraine. L'Europe aide de façon substantielle l'Ukraine pour ses projets de développement. Le Fonds monétaire international aide l'Ukraine aussi pour tous ses projets, y compris pour établir sa situation économique et financière.

En même temps, vous l'avez évoqué, il faut aussi que l'Ukraine fasse sa part des réformes. Là, je ne parle pas seulement des réformes politiques qui sont nécessaires pour arriver à un accord pour respecter ce que j'ai appelé tout à l'heure les accords de Minsk. Il y a les Russes qui ont leur part à faire avec la sécurité dans le Donbass et, là, nous sommes loin du compte. Puis, il y a l'Ukraine qui doit voter une loi électorale, un statut spécial, une loi d'amnistie, une réforme constitutionnelle, et négocier avec les Russes l'échange de prisonniers. Tout cela doit se faire ; ceci, c'est pour la question russo-ukrainienne.

Pour l'Ukraine elle-m√™me, il y a des r√©formes √† faire. Des r√©formes pour mettre en place un √Čtat de droit, de la transparence dans la gestion. Il y a encore trop de corruption.

Je me suis rendu √† Kiev √† deux reprises avec Frank-Walter Steinmeier, nous y allons souvent ensemble - vous avez parl√© tout √† l'heure de la relation franco-allemande -, nous parlons aussi franchement aux Ukrainiens, on leur dit ¬ęattention, si vous ne faites par votre part de r√©forme, il y a le poids des oligarques, alors vous risquez un jour d'avoir des critiques, notamment venant de l'Union europ√©enne, du Fonds mon√©taire international, qui risquent de freiner leur intervention¬Ľ. Nous ne souhaitons pas cela.

Mais parler franchement, c'est parler franchement avec le pr√©sident Porochenko, c'est parler franchement avec le Premier ministre, c'est parler franchement avec toutes les forces politiques ukrainiennes. C'est ce que nous avons encore fait la derni√®re fois o√Ļ nous y sommes all√©s √† la mi-septembre : nous avons rencontr√© tous les groupes parlementaires de la Rada et c'√©tait tr√®s int√©ressant. Mais on voit les difficult√©s, il y a une vie politique, il y a une vie d√©mocratique mais, parfois, faire des r√©formes, cela a un co√Ľt, ce n'est pas toujours populaire lorsque l'on remet en cause des situations. Mais il faut faire, donc, au nom de la stabilit√© de l'Ukraine, de son d√©veloppement, de son avenir de ce grand pays, il faut continuer √† l'aider et, en m√™me temps, il faut le faire de fa√ßon transparente et c'est ce que nous effor√ßons de faire.

(...)

Q - Bonsoir Monsieur le Ministre, bonsoir Monsieur le Professeur. Ma question va compléter la série de questions ukrainiennes, qu'en pensez-vous de la politique et la position commune des pays européens vis-à-vis du dossier ukrainien et la deuxième question, est-ce que selon vous le Fonds monétaire international devrait continuer à attribuer des prêts à l'Ukraine qui est maintenant sous procès...

R - Merci. Sur l'Ukraine j'ai en partie d√©j√† r√©pondu sur la question des sanctions et en faisant le lien avant la mise en oeuvre des accords de Minsk, je continue de penser que c'est possible. D'ailleurs, je vous ai parl√© plusieurs fois de la Russie, nous travaillons actuellement √† organiser courant octobre, je suis assez confiant, un sommet au niveau des chefs d'√Čtat, dont les pr√©sidents Hollande, Porochenko et Poutine avec la chanceli√®re Angela Merkel, pour faire un pas suppl√©mentaire dans la mise en oeuvre des accords de Minsk. J'ai cru entendre, y compris du c√īt√© russe, une ouverture pour que ce sommet ait lieu.

Quant à l'aide du FMI, je l'ai lié, comme les aides de l'Union européenne, aux réformes intérieures qu'il faut faire en Ukraine, notamment sur la question de la lutte contre la corruption, l'indépendance des tribunaux, l'accès aux marchés publics, il y a beaucoup de choses à changer - mais, en même temps, il ne faut pas nier qu'il y a un certain nombre de lois qui ont été votées. Lorsque nous étions à Kiev avec M. Frank-Walter Stenmeier, nous avons fait le point sur ce sujet et il y a une partie des réformes qui ont été votées : un procureur général a été nommé, donc cela ce sont des vrais progrès. Après, c'est la question de la mise en oeuvre, et là nos interlocuteurs ont convenu qu'il y avait beaucoup de progrès à faire, mais le FMI a pris en compte, ces efforts, ces progrès, et donc a débloqué son aide. Je crois que c'est une signe d'encouragement, il faut le dire, on n'attend pas que ce soit parfait, il fallait donner ce signe. (...)./.

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10. √Čtats-Unis - Conf√©rence inaugurale de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† l'√©cole des affaires internationales de Sciences Po (Paris, 28/09/2016)

(...)

Apr√®s, il y a une question par rapport aux √Čtats-Unis, j'y reviens un instant : je ne sais pas ce que sera la politique am√©ricaine demain sur le plan multilat√©ral. Cela d√©pendra du choix que les Am√©ricains feront pour leur futur pr√©sident. Mais je ne vous cache pas une certaine inqui√©tude parce que je ne sais pas ce que sera la politique am√©ricaine si c'est Donald Trump qui est √©lu, du point de vue de la conception du monde, multilat√©rale ou non, de la coop√©ration internationale, je ne sais pas.

Avec Hillary Clinton, nous la connaissons, elle a une exp√©rience ; je ne dis pas que nous sommes forc√©ment d'accord sur tout. Il y a eu d'ailleurs un d√©saccord, pas seulement avec elle, avec le pr√©sident Obama lorsque nous avions envisag√©, apr√®s l'utilisation des armes chimiques en 2013 par le r√©gime de Damas, de frapper des cibles militaires syriennes, pour marquer un coup d'arr√™t. Nous √©tions pr√™ts, avec le pr√©sident Hollande - un week-end de fin ao√Ľt 2013 - et lorsque le pr√©sident am√©ricain a appel√© pour dire ¬ęNon, je ne pourrai pas¬Ľ alors que les Britanniques venaient, eux aussi, de renoncer, je pense que cela a une influence tr√®s profonde sur la situation d'aujourd'hui. Donc, je le dis, c'est un regret, un regret pour une question grave. Vous m'avez pos√© la question, maintenant on verra ce que sera l'avenir. (...)./.

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11. Afrique - Gabon - RDC - D√©veloppement - Lutte contre le terrorisme - Conf√©rence inaugurale de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† l'√©cole des affaires internationales de Sciences Po (Paris, 28/09/2016)

Q - Bonjour Monsieur le Ministre, je suis étudiant ici, j'ai la double nationalité de l'Afrique du Sud et de l'Allemagne. Merci pour votre discours.

Vous avez parl√© de l'Afrique du Nord, mais je serais int√©ress√© de savoir jusqu'o√Ļ la France peut soutenir le Gabon par exemple, et plus g√©n√©ralement le processus d√©mocratique dans les pays africains, o√Ļ les pr√©sidents restent souvent plusieurs ann√©es. La France ne pourrait-elle pas faire pression pour que les dirigeants quittent le pouvoir apr√®s avoir servi deux voire trois mandats ?

R - Merci beaucoup pour vos questions sur des sujets qui sont très importants.

Prenons la premi√®re question qui concerne l'Afrique. J'ai √©voqu√© bri√®vement ce que l'Afrique repr√©sentait comme perspective pour l'avenir et le continent qui a le plus grand dynamisme d√©mographique, avec une jeunesse pleine d'attente, d'envie et capable de projets. Vous le savez bien, vous venez d'Afrique du Sud et comme vous l'avez dit il y a √©norm√©ment de potentiel. En m√™me temps, l'Afrique est confront√©e √† plusieurs d√©fis : celui du d√©veloppement d'abord, celui de la s√©curit√© et le d√©fi d√©mocratique. Il faut √™tre positif. Vous avez fait allusion aux √©lections r√©centes au Gabon par exemple. Il y a une p√©riode qui est r√©volue et vous avez d√Ľ le lire √† travers les d√©clarations que j'ai pu faire au nom de la France : c'est la p√©riode de la France-Afrique, la p√©riode de l'ing√©rence dans la politique int√©rieure des pays africains. Nous avons souhait√© que le processus √©lectoral soit le plus transparent possible, que la voie du droit soit utilis√©e plut√īt que celle de la violence, que ce soit par les opposants ou par les r√©gimes. Nous avons tenu cette ligne.

Nous avons par ailleurs appel√© au dialogue alors qu'il y avait des doutes. Il en reste encore, mais maintenant, un pr√©sident a √©t√© proclam√© √©lu selon la d√©cision de la Cour constitutionnelle. L'Union europ√©enne avait des observateurs et on a pu constater que ce n'√©tait pas parfait. Ce que nous encourageons √† pr√©sent, c'est le dialogue politique pour la suite de l'Histoire du Gabon. Nous faisons confiance √† l'Union africaine. J'ai parl√© de l'Europe, mais l'Afrique s'est √©galement organis√©e, elle a cr√©√© des organisations r√©gionales, pour l'Afrique de l'Ouest et pour l'ensemble de ce continent. L'Union africaine est extr√™mement importante, elle joue et jouera un r√īle de plus en plus important dans la r√©gulation des conflits, dans la r√©gulation des situations de crise, et il y en a beaucoup.

J'en citerai une autre : vous parliez de ces hommes d'√Čtat qui veulent rester le plus longtemps possible. Il y a un exemple qui est la R√©publique d√©mocratique du Congo qui est un tr√®s grand pays avec √©norm√©ment de potentiel √©conomique et humain, mais qui est au bord de la guerre civile. R√©cemment, il y a eu des manifestations et des morts car il y a un pr√©sident en place qui veut garder cette place, alors qu'il n'a plus le droit de se repr√©senter.

Avec la communaut√© internationale, la France joue son r√īle, r√©cemment encore, pour tout faire pour que le dialogue national ait lieu - il a commenc√© mais il est tr√®s insuffisant - et pour que la date des √©lections soient fix√©es et que le pr√©sident sortant, dont on garantira la s√©curit√© bien √©videmment, il ne s'agit pas que les choses se d√©roulent dans la violence, pour qu'il annonce clairement qu'il ne se repr√©sente pas. Auquel cas, ce grand pays peut voir d√©boucher en son sein une guerre civile.

Cela fait partie de l'action que nous menons mais, l√† encore, ce n'est pas l'ancien colonisateur, ici ou l√†, c'est vrai pour la Belgique mais aussi pour la France, qui doit dicter. Il doit encourager au dialogue interne et aussi, dans le cadre international des institutions internationales dont les Nations unies ou les institutions qui existent comme c'est le cas pour l'Union africaine ou l'Union europ√©enne, jouer son r√īle et encourager aux bonnes solutions.

Le deuxième défi, c'est le développement. Il y a énormément de potentiel dans tous ces pays mais il y a aussi beaucoup de pauvreté et de misère, des inégalités plus qu'ailleurs, et cela même dans les pays riches comme le Nigéria avec les ressources pétrolières. Et pour autant, il y a des disparités sociales, un manque d'équipement collectif, notamment en matière de santé et des régions qui sont abandonnées.

Le troisi√®me volet est le d√©fi du terrorisme. Justement, au Sahel, avec Al-Qa√Įda, dans la r√©gion des grands lacs il y a Boko Haram.

Nous avons donc un double combat à mener, la France a pris ses responsabilités au Mali par exemple pour aider ces pays à résister au terrorisme et au djihadisme. Et si nous n'étions pas intervenus au Mali, ils auraient envahi totalement le pays qui serait aujourd'hui sous leur coupe. Ce combat n'est pas fini et maintenant il ne se déroule pas seulement à l'initiative de la France, il se déroule dans le cadre d'une mission de maintien de la paix des Nations unies, nous ne sommes pas seuls. Je suis moi-même allé au Mali et au Niger avec mon collègue allemand que j'ai cité tout à l'heure M. Steinmeier.

En même temps, il y a ce soutien aux projets de développement de ces pays qui sont à la fois confrontés à cette violence et aux flux migratoires. C'est par exemple le cas d'un très petit pays qui est pauvre comme le Niger mais qui a une énergie incroyable pour à la fois faire vivre ces institutions le mieux possible, et en même temps développer des projets. Mais il doit aussi faire face aux besoins de sa sécurité et il faut l'aider. C'est à présent mon combat au niveau européen et je vois que les choses progressent, je ne me sens pas seul.

De plus en plus, il y a une prise de conscience que l'Europe, et pas seulement la France, doit pleinement jouer son r√īle d'aide √† l'Afrique, sans opposer soutien √† la s√©curit√© et soutien au d√©veloppement. Nous voulons le faire dans un esprit de partenariat et de coop√©ration. Il y a notamment un secteur o√Ļ l'Afrique a toute capacit√© pour l'avenir, c'est la transition √©nerg√©tique, l'acc√®s √† l'√©nergie, √† l'√©lectricit√© pour le d√©veloppement. C'est l√† qu'il faut mettre la priorit√© pour tous les projets qui sont extr√™mement nombreux dans un continent qui a d'√©normes capacit√©s, je pense √† l'√©nergie solaire mais pas seulement. Il y a en Afrique, on ne le sait pas toujours, des possibilit√©s hydrauliques.

(...)

Q - Bonsoir Monsieur le Ministre. Je viens de l'√éle Maurice, un petit pays qui a beaucoup √† apprendre, j'imagine, de l'Europe et je pense que c'est le cas de plusieurs pays aujourd'hui, notamment les pays √©mergents. Vous avez parl√© de l'Afrique, vous avez parl√© de l'Asie. Justement, j'aurais trois questions qui peuvent se d√©cliner en une et qui justement portent sur l'avenir de ces pays en d√©veloppement. Puisque vous avez abord√© justement le sujet de l'Union europ√©enne qui, aujourd'hui, se pose un peu comme une r√©ussite en termes de coop√©ration, en termes d'identit√© et que beaucoup d'organisations, de r√©gions du monde veulent copier, notamment l'Union africaine, c'est justement en tant qu'Africain que je me pose la question de savoir comment, d'apr√®s vous, l'on peut cr√©er une identit√© ; comment des pays, comme les pays africains qui sont maintenant tr√®s jeunes par rapport √† ce qui s'est pass√© apr√®s la colonisation et qui ont d√Ľ rebondir et se recr√©er, peuvent cr√©er une identit√© commune ; et, plus personnellement, comment ils peuvent se retrouver.

Est-ce que coopérer est finalement l'alternative ultime ? Comment coopérer, d'après vous ?

Quelle est la place de la culture de ces √Čtats-l√† dans le monde d'aujourd'hui ?

Quelles sont, selon vous, les actions que les femmes et hommes politiques peuvent engager pour relancer l'idée d'Europe ?

R - Vous qui venez de l'Île Maurice, vous avez fait référence à toutes les organisations qui se mettent en place peu à peu en Afrique, en Asie et qui, souvent, s'inspirent de l'Europe. Il se trouve qu'aujourd'hui j'ai rencontré les ambassadeurs des pays de l'ASEAN - association des pays de l'Asie du Sud-Est (il n'y a pas la Chine) -, ces pays-là sont en train de mettre en place une organisation intégrée de plus en plus étroite entre eux et ils s'inspirent de quel modèle ? Du modèle européen.

Lorsque je me d√©place dans le monde - ce n'est pas d'aujourd'hui, Enrico a d√Ľ avoir la m√™me exp√©rience -, souvent l'Europe est regard√©e avec envie, parfois avec critique aussi : je me souviens de mon premier d√©placement, c'√©tait √† Singapour, √† l'√©poque l'euro √©tait en crise et on me disait l√†-bas : ¬ęL'euro va dispara√ģtre¬Ľ ; il n'y avait rien d'acquis, nous √©tions en danger. En m√™me temps, on me disait ¬ęil ne faut pas car nous avons besoin de vous, nous avons besoin de l'Europe¬Ľ. R√©cemment, j'ai rencontr√© mon homologue de Nouvelle-Z√©lande, qui me dit ¬ęNous voulons continuer de n√©gocier avec vous sur le plan √©conomique, avoir des √©changes √©conomiques avec l'Europe, mais quelles sont les cons√©quences du Brexit ?¬Ľ. Des questions sur le Brexit me sont pos√©es partout, parce que, l√†, ils ont vu la crise de l'Europe et peut-√™tre m√™me certains ont craint la fin de l'Europe.

On voit bien que ce n'est pas un mod√®le absolu qui a toutes les qualit√©s, toutes les vertus. Mais ce mod√®le europ√©en est issu d'une histoire, il est issu d'une trag√©die, celle du XXIe si√®cle, de deux guerres mondiales et de la trag√©die de la Shoah. Donc, ce sont les le√ßons que les Europ√©ens ont su tirer que j'ai √©voqu√©es tout √† l'heure. C'est donc l√©gitime que cela inspire. D'ailleurs, nous, les Europ√©ens, devrions nous dire ¬ęsi l'on inspire autant, c'est que ce que nous avons fait n'est pas si mal ; on aurait donc peut-√™tre int√©r√™t √† prendre conscience qu'il faut d√©fendre ce mod√®le¬Ľ.

Vous avez parlé de l'Union africaine. Il y a un exemple très concret dans l'actualité, avec la mise en oeuvre du plan de lutte contre le réchauffement climatique. Est en train de se mettre en place une organisation à l'échelle africaine pour voir de quelle manière on pourrait mobiliser les fonds, financer les projets, qui vont venir dans chaque pays africain permettre d'accéder à l'énergie, à l'électricité qui sont la base du développement. Ceci est un exemple concret et c'est l'Union africaine qui est en train d'en préparer les conditions. Nous ne faisons pas à leur place, on nous demande parfois de l'expertise, nous sommes prêts à le faire ; on peut aussi nous demander des co-financements, nous sommes prêts à le faire ; mobiliser aussi d'autres financements internationaux. Mais ce que je peux vous dire, la réalité c'est que les projets existent et ils ne partent pas de nous, ils partent des Africains eux-mêmes.

Je disais tout à l'heure que l'Afrique avait un potentiel formidable, c'est sa jeunesse, sa créativité. J'étais, cet été, au Kenya. Le Kenya est un pays en plein boom économique mais, ce n'est pas facile car il est voisin de la Somalie avec des risques terroristes qui menacent aussi le Kenya. Mais le Kenya est très en avance, y compris sur nous, pour le paiement électronique par le téléphone. Vous savez que la question de l'accès au crédit, l'accès à la monnaie - c'est une des conditions également du développement -, c'est au Kenya  que j'ai vu que cela marchait. J'ai vu que les gens que j'ai rencontrés étaient fiers de nous montrer cela et de nous montrer leurs capacités.

Donc, il ne faut pas avoir, à l'égard de l'Afrique, comme à l'égard des pays émergents, une attitude paternaliste comme quoi nous aurions, nous, le savoir et toute la connaissance, que nous saurions tout faire et répondre à toutes les questions. Il faut partir du réel - vous parliez d'identité tout à l'heure -, oui, partons du réel, partons de ce que ces pays sont capables de faire de meilleur, avec leur histoire, leur culture, qu'il faut respecter. Quand je parlais tout à l'heure de la diversité culturelle comme de la diversité linguistique, c'est indispensable, cela fait partie du patrimoine de l'humanité ; je suis très fier que la France, par exemple, soit capable de proposer au monde un musée comme le musée des arts premiers du Quai Branly. Car il n'y a pas de culture majeure et de culture mineure. Cela aussi fait partie du combat de la France et des Européens puisque nous avons ces valeurs en commun. (...)./.

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12. Afrique - Gabon - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęEurope1¬Ľ (Paris, 29/09/2016)

(...)

Q - Toute dernière question à propos d'une autre élection présidentielle, Ali Bongo qui a été investi pour un deuxième mandat. Il y a de lourds soupçons de fraude. Est-il Ali Bongo un président légitime aujourd'hui ?

R - Il y a la Cour constitutionnelle gabonaise qui s'est prononcée, il y a eu des recours, c'est ce que nous avions recommandé ; il reste toujours un doute. Maintenant il faut une solution politique de réconciliation, et c'est ce que la France redit et répètera encore.

Q - Mais c'est un interlocuteur légitime aujourd'hui ?

R - Il est investi, il est install√©, la France a √©t√© repr√©sent√©e par son ambassadeur, vous avez vu qu'il y a une certaine retenue apr√®s cette √©lection ; et en m√™me temps ce que nous voulons ce n'est pas la d√©stabilisation du Gabon ; et pour √ßa il y a besoin que l'Union africaine, qui a commenc√© √† le faire, joue son r√īle pour encourager Bongo √† chercher une politique de rassemblement parce que je pense que c'est l'int√©r√™t du Gabon mais c'est aussi l'int√©r√™t de toute l'Afrique.

Q - Merci beaucoup Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères, d'être venu ce matin nous parler de la Syrie sur Europe 1. Merci bonne journée.

R - Merci./.

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13. Diplomatie num√©rique - Soir√©e de lancement du France Digitale Day - Discours de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 28/09/2016)

Mesdames et Messieurs,

Merci beaucoup pour cette introduction brillante, passionnante, enthousiasmante. Et puis, je vais vous dire franchement que je suis tr√®s heureux que vous soyez pr√©sents ce soir au minist√®re des affaires √©trang√®res au Quai d'Orsay. Certains m'ont dit qu'ils √©taient un peu intimid√©s mais je n'y crois pas. Vous n'avez pas l'air intimid√© du tout mais il est vrai que ce n'est pas forc√©ment un lieu habituel pour vos activit√©s. C'est quand m√™me un lieu qui est charg√© d'histoire, donc cela a du sens que vous soyez l√†. Ce b√Ętiment prestigieux qui date du XIXe si√®cle a √©t√© construit sp√©cifiquement pour le minist√®re des affaires √©trang√®res. √Ä l'√©poque, lorsqu'il a √©t√© command√©, la commande c'√©tait montrer, avec les artistes, les artisans, tout ce qu'il y a de plus beau pour marquer les esprits des visiteurs √©trangers. Je ne sais pas si cela vous impressionne, cela impressionne toujours un peu mais, enfin, ce n'est plus tout √† fait la mode d'aujourd'hui.

Pourtant, il n'y a aucune raison pour que dans ce lieu historique qui porte un sens lié à l'histoire diplomatique de notre pays, ne se rencontrent pas justement les créateurs français d'aujourd'hui, qui, eux aussi, par leur travail, leurs capacités, leur intelligence, leur créativité, apportent un message de la France. Donc, c'est le sens de l'accueil de cette soirée, je voulais vous le dire avant de poursuivre mon propos.

(...)

Le num√©rique est aujourd'hui bien plus qu'une activit√© √©conomique parmi d'autres. Il est la nouvelle grammaire de notre civilisation. Il irrigue l'ensemble de nos soci√©t√©s. Il est aussi vecteur de progr√®s, vecteur de croissance √©conomique. Il peut, h√©las, aussi, parfois, √™tre porteur de menaces pour notre s√©curit√©. Il est donc fondamental que nous en ma√ģtrisions parfaitement les enjeux.

Je voudrais brièvement évoquer avec vous trois aspects du numérique qui me paraissent essentiels, trois domaines bouleversés par son irruption: la démocratie et la participation citoyenne, l'économie et l'innovation et, enfin, la diplomatie et les relations internationales.

Le numérique, c'est évident, donne un élan nouveau à la pratique démocratique. Je le sais d'autant mieux que j'ai été chargé par le président de la République, avec mon collègue du gouvernement, Jean-Vincent Placé, d'organiser un sommet international d'un genre nouveau, qui aura lieu en décembre à Paris. Il s'agit du sommet du Partenariat pour un gouvernement ouvert, l'OGP, dont la France assume cette année la présidence depuis la semaine dernière conjointement avec l'ONG World Resource Institute. C'était, d'ailleurs, l'un des principaux sujets à l'ordre du jour du conseil des ministres ce matin.

Ce sommet sera d'un genre nouveau car il r√©unira non seulement 70 √Čtats, mais aussi des membres de la soci√©t√© civile, il y aura des milliers de participants, quand ce ne sont que les chefs d'√Čtat et de gouvernement, il y en a quelques centaines. Ensemble, nous allons nous engager en faveur de la transparence de l'action publique et d'une meilleure association des citoyens √† la prise de d√©cisions, en tirant profit de l'innovation num√©rique. L'enjeu majeur du Sommet de Paris, c'est pr√©cis√©ment de d√©montrer que le gouvernement ouvert a un impact tr√®s concret sur la vie des citoyens et sur la mani√®re dont la d√©mocratie peut fonctionner. Comme l'a montr√© la COP21, √©v√©nement pionnier en mati√®re de participation citoyenne, avec une grande participation des ONG, des √©lus des collectivit√©s territoriales, des associations, parfois m√™me modestes, avec l'id√©e de transparence, notamment avec l'ouverture des donn√©es et la consultation citoyenne qui sont des outils cl√©s pour relever les grands d√©fis globaux. Un an apr√®s l'accord de Paris sur le climat, nous souhaitons faire de ce sommet de d√©cembre le rendez-vous mondial de toutes celles et tous ceux qui souhaitent transformer l'action publique et revitaliser la d√©mocratie. Les acteurs du num√©rique auront, j'en suis s√Ľr, un r√īle essentiel √† jouer.

Le deuxi√®me grand domaine boulevers√© par le num√©rique, c'est bien s√Ľr l'√©conomie. La r√©volution num√©rique - on peut l'appeler comme cela - transforme en profondeur les m√©canismes de cr√©ation de valeur. La croissance d'Internet, fond√©e sur les principes d'ouverture, de confiance et de libre acc√®s met en relation plus de la moiti√© de l'humanit√©. Cette dynamique change la vie quotidienne des individus. Plus largement, les potentialit√©s de cette r√©volution num√©rique ne cessent de se d√©ployer, √† travers l'√©conomie collaborative, les r√©seaux sociaux, l'interconnexion des objets, le traitement massif des donn√©es ou encore l'intelligence artificielle.

Les possibilit√©s √©conomiques permises par le num√©rique sont donc infinies. Pour autant, nous aurions tort de croire que ces possibilit√©s vont se r√©aliser toutes seules. Car si nous ne faisons rien, c'est une vision oligarchique qui risque de s'installer. C'est pourquoi il est si important de faire √©merger des champions europ√©ens, des champions fran√ßais du num√©rique. Nous comptons bien s√Ľr sur le dynamisme des entrepreneurs et des investisseurs que vous √™tes. Mais les pouvoirs publics ont aussi un r√īle √† jouer. Ils ont un r√īle √† jouer dans la r√©gulation du secteur, car les mod√®les √©conomiques qui se d√©veloppent avec le num√©rique ne doivent pas pour autant porter atteinte aux √©quilibres sociaux auxquels nous sommes tous attach√©s, ce qui ne veut pas dire immobilisme, mais en m√™me temps donner des garanties, elles sont parfaitement l√©gitimes ces demandes.

Ils doivent √©galement le faire √† travers la mise en place d'un environnement fiscal et r√®glementaire - j'ai entendu votre message. D√©j√† des choses ont √©t√© faites, d√©j√† des messages anciens ont √©t√© entendus : il y le CICE, le cr√©dit imp√īt recherche et le cr√©dit imp√īt innovation. Il y a aussi les nouveaux outils de financement pour les start-ups √† fort potentiel de croissance, d√©velopp√©s par Bpifrance. C'est l'ambition de la loi pour une R√©publique num√©rique port√©e par Axelle Lemaire. C'est enfin le sens d'initiatives prises par les collectivit√©s, il y en a beaucoup, j'ai √©t√© moi-m√™me maire, j'ai particip√© √† l'ouverture des donn√©es, j'ai soutenu l'ouverture de lieux comme le Cargo. Je crois que cela existe partout en France, c'est important de le rappeler.

Les pouvoirs publics doivent aussi attirer les talents et accompagner le d√©veloppement international de nos p√©pites de la Tech. C'est notre ambition, en tout cas celle du minist√®re des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international. Nous pouvons ainsi compter sur l'engagement de Xavier Duportet, brillant chercheur et jeune entrepreneur que vous connaissez bien et qui est notre f√©d√©rateur √† l'export dans le domaine des nouvelles technologies. Aider les start-ups √† se lancer, c'est aussi la pr√©occupation constante de nos ambassadeurs qui se mobilisent fortement en ce sens. Je puis t√©moigner que c'est vrai, 40% de leur temps est consacr√© au d√©veloppement √©conomique, dont le volet du num√©rique. J'ai eu l'occasion de m'en rendre compte lors de mes d√©placements √† l'√©tranger, par exemple √† S√©oul o√Ļ nous avons inaugur√© le French Tech Hub, j'ai pu m'en rendre au Japon, plusieurs fois aux √Čtats-Unis avec le tr√®s populaire Digital Lab √† New York qui permet de faire se rencontrer des jeunes entrepreneurs fran√ßais et am√©ricains. La semaine derni√®re, √† l'occasion de l'assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies, j'ai visit√© les nouveaux locaux de l'entreprise Datadog qui sont vraiment magnifiques, ils sont install√©s dans les locaux du New York Times d'o√Ļ il y a une vue magnifique sur New York, et, surtout, c'est l'histoire d'une entreprise qui est jeune, qui a √©t√© cr√©√©e par deux Fran√ßais qui ont r√©ussi √† se d√©velopper. On a parl√© aussi de leurs difficult√©s, de leurs probl√®mes, mais aussi de leurs perspectives positives et qui ont su tr√®s bien convaincre les investisseurs de leur faire confiance pour ouvrir ces bureaux magnifiques. Et puis, ils ont d√©cid√© d'ouvrir un bureau de R&D √† Paris. Ce sont de jeunes Fran√ßais qui, pour autant, n'abandonnent pas la France. Ils sont en connexion permanente √©videmment, les kilom√®tres ne les √©loignent pas vraiment. Mais ils ont souhait√© que la R&D soit √† Paris car ils consid√®rent finalement qu'ils ont davantage de potentialit√©. C'est aussi pour avoir un message positif. C'est aussi la France, c'est la France qui est l√† avec Datadog, c'est la France qui s'exporte, c'est la France qui investit aux √Čtats-Unis, c'est la France qui n'oublie pas la France. Pour autant, justement, ce qui √©tait formidable, c'est que nous avons discut√© des recrutements, comment trouver du personnel. Ils m'ont dit : la formation de nos universit√©s, de nos grandes √©coles produit des jeunes ing√©nieurs, des hommes et des femmes qui correspondent mieux √† nos besoins et nous avons besoin de recruter √©galement des personnes form√©es par des Fran√ßais, qui ne sont pas forc√©ment que des Fran√ßais.

D'o√Ļ aussi la priorit√© que met ce minist√®re √† favoriser l'accueil des √©tudiants √©trangers en France. J'√©tais, il y a quelques instants, dans une conf√©rence √† Sciences Po international, il y avait l√† des jeunes √©tudiants du monde entier et c'√©tait vraiment une ambiance formidable, positive. L√†, il faut le dire, la France doit √™tre encore plus accueillante pour les √©tudiants √©trangers. Mais nous avons pass√© le cap cette ann√©e pour la premi√®re fois des 300.000 √©tudiants √©trangers, nous sommes le troisi√®me pays. Donc, il faut continuer ; la France doit rester ouverte, il ne faut pas avoir peur ; il y a quelques ann√©es, on faisait des circulaires parce qu'il y avait trop d'√©tudiants √©trangers, n'oublions pas cela car c'est vraiment n√©gatif pour notre pays.

Nous avons eu √† New York, dans ces locaux, une discussion, une table ronde avec d'autres Fran√ßais, d'autres entrepreneurs fran√ßais, ¬†qui a √©t√©, pour moi, tr√®s √©clairante. On a parl√© de l'√©cosyst√®me qui, il est vrai, est pointu mais en tout cas il existe. On a parl√© aussi du premier √©tage des financements et, finalement, on arrive √† r√©pondre, puis ensuite du deuxi√®me, du troisi√®me o√Ļ c'est plus compliqu√©. Donc, on va essayer de trouver ensemble des solutions. Je crois que c'est important que ces entreprises puissent vraiment se d√©velopper. Mais il y a l√† de la ressource.

Le dernier point que je voulais √©voquer ce soir concerne la diplomatie num√©rique. Dans ces salons, je vous l'ai dit, cela peut √™tre un oxymore de parler de diplomatie num√©rique. Et pourtant j'ai d√©j√† √©voqu√© le sommet du Partenariat pour un gouvernement ouvert, je pourrais parler de la diplomatie 2.0, il y a aussi beaucoup d'initiatives qui sont prises par nos ambassadeurs notamment en faveur des start-ups du num√©rique. J'aurais pu parler davantage de la place grandissante du num√©rique dans notre politique de coop√©ration et de d√©veloppement avec la Strat√©gie pour l'Afrique que nous avons lanc√©e pour contribuer √† r√©duire la fracture num√©rique. Ou encore de notre politique d'enseignement fran√ßais √† l'√©tranger avec le projet de l'√Čcole num√©rique. Vous savez que nous disposons du plus grand r√©seau d'enseignement √† l'√©tranger, eh bien nous voulons lui donner cette dimension pour qu'il puisse continuer √† se d√©velopper et √† se d√©ployer. J'aurais enfin pu √©voquer la cybers√©curit√©, devenue un pan entier de notre politique de s√©curit√© internationale, ou bien notre r√īle dans la gouvernance de l'Internet, aux c√īt√©s de la soci√©t√© civile.

En réalité, il n'y a pas un domaine de notre diplomatie qui échappe au numérique. C'est pourquoi j'ai décidé de consolider notre réflexion à travers une stratégie internationale de la France pour le numérique. Cette stratégie sera le fruit d'échanges ouverts avec la société civile, car la diplomatie du XXIe siècle ne saurait être une diplomatie du secret. Je vous donne d'ailleurs rendez-vous en novembre pour le lancement d'une plateforme de consultation sur cette stratégie de diplomatie numérique.

Nous avons eu, il y a quelques semaines de cela, la semaine des ambassadeurs ; nous avons consacré une soirée à la culture, à l'action culturelle de la France. Nous avons voulu, là aussi, associer le numérique. Le numérique, création culturelle, création de valeur économique, etc. Nous nous sommes appuyés pour cela sur French Tech Provence Culture avec Olivier Py et également le directeur du festival d'Aix-en-Provence. Cela a été une soirée franchement passionnante et surtout très éclairante sur tout ce que l'on est capable de faire en France en innovation, en création.

Il n'y a pas la culture d'un c√īt√©, l'√©conomie de l'autre, il y a une m√™me France avec ses talents, ses capacit√©s. C'est cela que je voulais vous dire pour conclure. C'est un message de confiance en tous ceux et toutes celles qui sont l√†, avec leur talent, leur ambition, leurs projets. Mais il y en a beaucoup d'autres comme vous en France. Et il faut qu'on le fasse savoir davantage parce que cela donne envie aux autres, cela donne confiance. Et quand on ressent cette force, cette puissance, alors, on se dit que tout est possible pour le mieux, pour l'avenir de notre pays. Merci d'y contribuer et puis bon rendez-vous. Merci./.

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14. Isra√ęl - D√©c√®s de Shimon Peres - Propos √† la presse de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 28/09/2016)

C'est avec une grande tristesse que nous avons appris la mort de Shimon Peres, l'un des derniers p√®res fondateurs de l'√Čtat d'Isra√ęl et aussi une grande figure historique qui a consacr√© sa vie pour son pays mais aussi pour la paix entre Isra√©liens et Palestiniens. C'√©tait un grand ami de la France.

Le président de la République se rendra à ses obsèques et je l'accompagnerai. Une délégation sera également mise en place pour marquer l'affection de la France et rappeler aussi ce que nous avons à faire maintenant, c'est-à-dire continuer son combat.

Vous savez que la France est engagée, elle a pris des initiatives pour relancer le processus de paix. Je crois que nous aurons en mémoire l'engagement de Shimon Peres qui continuera de nous inspirer./.

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15. ASEAN - Lutte contre le terrorisme - Relations √©conomiques et culturelles - Discours de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, devant les ambassadeurs des pays de l'ASEAN √† Paris (Paris, 28/09/2016)

Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,

Monsieur le Représentant spécial pour les relations économiques avec les pays de l'ASEAN, Cher Philippe Varin,

Chers Amis,

Je suis tr√®s heureux de vous accueillir au Quai d'Orsay, quelques semaines apr√®s la visite d'√Čtat du Pr√©sident de la R√©publique au Vietnam et √† deux semaines de la r√©union minist√©rielle entre l'Union europ√©enne et l'ASEAN √† Bangkok.

C'est d'ailleurs de l'Europe dont je souhaiterais, pour commencer, vous dire quelques mots.

√Čvidemment, m√™me si les pays de l'ASEAN sont loin de l'Europe, vous vous int√©ressez beaucoup √† ce qui s'y passe, parce que les relations entre l'Europe et l'ASEAN sont essentielles et parce que tout ce qui se passe en Europe depuis plusieurs mois vous interpelle. La d√©cision prise par le peuple britannique de se retirer du projet europ√©en par le Brexit nous interroge en effet collectivement. Ce que je voudrais vous dire, c'est que j'ai la ferme conviction que l'Union europ√©enne sortira plus forte de cette √©preuve.

Cela peut surprendre que je dise cela. On aurait pu craindre un effet de contagion apr√®s le vote britannique, mais ce n'est pas ce qui s'est pass√©. C'est plut√īt une prise de conscience qu'il y avait l√† un risque pour l'avenir. Le sommet informel de Bratislava des chefs d'√Čtat et de gouvernement¬†, qui se sont r√©unis √† 27 et non pas √† 28¬†pour la premi√®re fois,¬† a permis d'adopter une feuille de route pour la relance du projet europ√©en sur des questions essentielles. Il est important que l'Europe se concentre sur ces questions essentielles, qui int√©ressent nos concitoyens. D'abord la question des migrations, la question de la s√©curit√©¬† et puis celle de l'√©conomie.

Les crises auxquelles nous avons fait face ces dernières années ont été surmontées. Ce sera également le cas pour le Brexit. Notre volonté, c'est que l'Union européenne à 27 soit plus forte que les 28 moins un, et qu'elle demeure donc pour l'ASEAN un partenaire stratégique et engagé.

Bien s√Ľr, le chemin que l'ASEAN a suivi n'est pas tout √† fait le m√™me que celui suivi par l'Union europ√©enne. Pour autant, je suis intimement persuad√© que nos exp√©riences respectives d'int√©gration r√©gionale sont un fondement solide pour renforcer notre partenariat, dans tous les domaines. La r√©union minist√©rielle de Bangkok doit ainsi pr√©parer l'√©l√©vation du partenariat UE-ASEAN au niveau strat√©gique.

S'agissant des relations entre la France et l'Asie du Sud-Est, c'est une histoire très ancienne qui nous lie et qui comprend des chapitres d'une grande densité, y compris les heures plus sombres de la colonisation. La France est aujourd'hui un partenaire très impliqué dans la relation à vos pays et dans le développement de votre région. La France avait également été, en 2007, le premier pays européen à adhérer au Traité d'amitié et de coopération (TAC) en Asie du Sud-Est.

Pour illustrer cette dynamique, permettez-moi aussi une note plus personnelle : je me suis moi-m√™me rendu, comme Premier ministre, √† Singapour, aux Philippines (o√Ļ il s'agissait de la premi√®re visite d'un Premier ministre fran√ßais), en Tha√Įlande, au Cambodge et en Malaisie, puis, en juin dernier, en tant que Ministre des Affaires √©trang√®res, en Birmanie. Et, puisque c'est, malgr√© moi, de notori√©t√© publique, je peux aussi vous avouer que c'est au Vietnam que j'ai pass√© mes premi√®res vacances apr√®s avoir quitt√© mes fonctions de Premier ministre en 2014¬†!

C'est dans ce contexte de proximité et de confiance réciproque que je veux tracer ici de grands axes pour le renforcement des liens de l'Europe et de la France avec l'Asie du Sud-Est.

En matière politique d'abord.

Nous sommes liés par des défis globaux qui nécessitent un dialogue étroit.

En tant que membre permanent du conseil de s√©curit√©, la France a des responsabilit√©s particuli√®res √† l'√©gard du maintien de la paix et de la s√©curit√© internationales. Je me r√©jouis de l'excellente coop√©ration que nous entretenons avec la Malaisie au sein de ce conseil depuis bient√īt deux ans.

D√©fi central qui nous concerne tous, le terrorisme a frapp√© au cours des derniers mois, en France comme en Asie du Sud-Est. M√™me si Daech recule au Moyen-Orient gr√Ęce √† l'action de la coalition internationale, l'organisation terroriste se d√©multiplie ailleurs, y compris dans votre r√©gion. Quelques centaines de ressortissants d'Asie du Sud-Est combattent actuellement en Syrie et en Irak. Nous devons continuer √† lutter ensemble, dans le respect du droit international, contre la radicalisation et contre tous les trafics qui alimentent les groupes terroristes. Votre r√©gion abrite une tr√®s importante population musulmane, dot√©e d'une histoire et d'une civilisation particuli√®rement riches, avec une tradition pluris√©culaire de tol√©rance et de vivre-ensemble. Nous pouvons travailler davantage, collectivement, √† prot√©ger l'islam de ceux qui s'en revendiquent pour semer la terreur. Nous devons montrer, ensemble, qu'il n'y a pas de guerre de civilisations. Notre √©poque offre au contraire l'opportunit√© d'un dialogue et d'un enrichissement mutuel sans √©gal dans l'histoire de l'humanit√©.

Autre enjeu, celui de la sécurité régionale. En mer de Chine méridionale, nous avons tous besoin d'un règlement pacifique des différends territoriaux et du maintien de la liberté de navigation et de survol, tout cela dans le respect du droit international. C'est une voie de transit majeure, y compris en direction de l'Europe. La marine française navigue régulièrement dans cette zone et continuera à le faire - c'est aussi un passage stratégique vers nos territoires du Pacifique. Nous continuerons donc à apporter tout notre soutien aux négociations menées entre la Chine et l'ASEAN pour l'élaboration d'un code de conduite.

L'Asie du Sud-Est, en raison de sa g√©ographie, est particuli√®rement expos√©e au changement climatique. En f√©vrier 2015, le lancement conjoint, √† l'occasion de la visite du pr√©sident de la R√©publique aux Philippines, d'un ¬ęAppel de Manille √† l'action pour le Climat¬Ľ, a contribu√© √† la mobilisation de la communaut√© internationale en amont de la COP21. Nous avons √©galement appr√©ci√© le r√īle jou√© par le ministre des affaires √©trang√®res de Singapour, M. Balakrishnan, qui √©tait l'un des 14 facilitateurs pendant la Conf√©rence de Paris. Il¬† nous appartient d√©sormais de mettre en oeuvre au plus vite l'Accord de Paris. Je tiens √† saluer ici Brunei, le Laos, Singapour et la Tha√Įlande, qui l'ont ratifi√© ce mois-ci. J'encourage vivement les autres pays de l'ASEAN √† suivre cette voie.

Au-delà de ces défis globaux, nous devons partager des objectifs politiques autour de valeurs communes.

C'est sur le fondement de notre h√©ritage culturel et intellectuel commun que la France promeut en Asie des principes et des int√©r√™ts partag√©s¬†: le respect des droits de l'Homme - y compris le droit √† un proc√®s √©quitable - le respect des libert√©s fondamentales, la libert√© d'expression et la d√©mocratie. Nous d√©fendons, avec l'Union europ√©enne, l'abolition universelle de la peine de mort, en tous lieux et en toutes circonstances. Cet engagement nous conduit √† nous exprimer parfois pour rappeler nos espoirs de progr√®s dans certains de vos pays - je pense par exemple √† notre espoir de voir la Tha√Įlande retrouver rapidement un ordre constitutionnel et d√©mocratique. Prenez ces d√©clarations non comme une propension √† donner des le√ßons, mais plut√īt comme le signe de l'int√©r√™t particulier que nous portons, Fran√ßais et Europ√©ens, au sort des peuples et √† l'universalit√© des principes expos√©s dans la Charte des Nations unies et dans la D√©claration universelle des droits de l'Homme adopt√©e en 1948 √† Paris. C'est d'ailleurs dans ce cadre international que se situe la D√©claration des droits de l'Homme de l'ASEAN, adopt√©e en 2012 √† Phnom Penh par les chefs d'√Čtat et de gouvernement de votre r√©gion.

Dans ce contexte, je salue le processus de transition d√©mocratique que conna√ģt actuellement la Birmanie. Lors de ma visite en juin dernier, j'ai rappel√© que la France se tiendrait aux c√īt√©s des autorit√©s birmanes d√©mocratiquement √©lues, pour accompagner la Birmanie sur la voie de la paix, de la d√©mocratie et du d√©veloppement.

J'en viens à présent à nos relations économiques.

Je voudrais d'abord renouveler mes f√©licitations pour la cr√©ation, le 31 d√©cembre 2015, de la ¬ęCommunaut√© √©conomique de l'ASEAN¬Ľ. C'est une √©tape fondamentale vers le renforcement de l'int√©gration √©conomique, financi√®re et r√©glementaire de l'ASEAN. Cette √©volution va consolider l'attractivit√© de l'Asie du Sud-Est, troisi√®me √©conomie d'Asie avec un taux de croissance de 5% en moyenne depuis trente ans. Cette nouvelle communaut√© va aussi contribuer au d√©veloppement des √©changes √©conomiques entre l'Union europ√©enne, premi√®re puissance marchande du monde, et l'ASEAN.

√Ä cet √©gard, la France soutient les n√©gociations d'Accords de libre-√©change (ALE) initi√©es par l'UE et plusieurs pays de l'ASEAN. Un texte est d√©j√† agr√©√© avec Singapour et le Vietnam. Des n√©gociations sont en cours avec la Malaisie, l'Indon√©sie, les Philippines et la Tha√Įlande. Des discussions ont aussi commenc√© avec la Birmanie pour un accord de protection des investissements.

Nous voulons renforcer encore la dynamique de nos échanges commerciaux bilatéraux, qui atteignent près de 30 Mds d'euros en 2015. Les secteurs de l'agro-alimentaire, de la santé et de la ville durable sont, en particulier, porteurs d'opportunités.

Votre r√©gion accueille de plus en plus d'investissements. Le r√©cent rachat de la soci√©t√© de transport maritime singapourienne ¬ęNeptune Orient Lines¬Ľ par l'armateur fran√ßais CMA-CGM illustre la participation de la France √† ces investissements.

Nous devons aussi continuer à oeuvrer pour l'augmentation des investissements de l'ASEAN en France, qui sont encore trop modestes. Les réformes économiques mises en place par le gouvernement français depuis 2012 favoriseront ce mouvement. J'en avais d'ailleurs présenté les grandes orientations dès 2012, à Singapour.

Je remercie M. Philippe Varin qui s'engage avec efficacit√©, depuis plus de deux ans, aux c√īt√©s de tous les acteurs du commerce ext√©rieur fran√ßais pour renforcer ces √©changes √©conomiques.

Enfin, nous devons poursuivre encore le renforcement de nos échanges dans les domaines du développement, des relations universitaires et scientifiques et de la culture.

L'Agence fran√ßaise de d√©veloppement est pr√©sente depuis longtemps au Vietnam, au Cambodge et au Laos. Elle a progressivement √©largi son champ d'intervention √† la Tha√Įlande, √† l'Indon√©sie, aux Philippines et derni√®rement √† la Birmanie. Entre 2010 et 2015, nous avons ainsi financ√© pr√®s de 100 projets en ASEAN, pour un montant de 2,2 Mds euro, en appui au d√©veloppement durable et pour lutter contre le changement climatique.

Les √©changes universitaires et scientifiques sont √©galement un pilier de nos relations. Pour ne citer qu'un seul exemple, parce que le pr√©sident de la R√©publique revient juste du Vietnam¬†: l'Universit√© franco-vietnamienne des sciences et technologies de Hano√Į (USTH) doit fournir au Vietnam les cadres et ing√©nieurs n√©cessaire au d√©veloppement d'une √©conomie fond√©e sur la connaissance et l'innovation. Nous pourrions multiplier les exemples dans chaque pays de l'ASEAN.

Pour faire vivre ces échanges, nous souhaitons accueillir davantage d'étudiants d'Asie du Sud-Est en France. Ils sont aujourd'hui un peu plus de 10.000 mais pourraient être plus nombreux, alors que près de 400.000 élèves et étudiants apprennent aujourd'hui le français dans votre région. Nous souhaitons d'ailleurs dynamiser encore le développement de la francophonie, notamment par des formations linguistiques davantage orientées vers le monde du travail.

Enfin, la culture est une autre composante majeure de notre coopération. La France mène, en coordination étroite avec ses collectivités territoriales, une coopération en matière de préservation du patrimoine : au Cambodge, au Laos, au Vietnam, maintenant en Birmanie. Nous devons également faire vivre nos liens par des programmations culturelles dynamiques, tournées vers l'avenir et au bénéfice du plus grand nombre dans nos sociétés.

Voici, tracées à grands traits, les principales orientations dont je vous propose de poursuivre le développement, ensemble. Je compte sur vous pour y contribuer. L'ASEAN est véritablement, pour l'Union européenne, une organisation soeur. C'est dans cette intimité amicale que nous devons renforcer encore notre coopération, au sein d'une petite famille qui compte tout de même plus d'un milliard d'habitants lorsqu'elle est réunie !

Je vous remercie./.

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16. Royaume-Uni - √Čnergie nucl√©aire - D√©placement de M. Jean-Marc Ayrault √† Londres - D√©claration du porte-parole du minist√®re des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 29/09/2016)

M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, se rend à Londres jeudi 29 septembre pour célébrer la signature de l'accord d'investissement qui engage définitivement la construction par EDF Energy, en partenariat avec l'électricien chinois CGN, de deux réacteurs EPR de technologie Areva, sur le site d'Hinkley Point (Somerset).

À cette occasion, M. Jean-Marc Ayrault s'entretiendra avec M. Boris Johnson, ministre des affaires étrangères du Royaume-Uni, ainsi qu'avec M. Greg Clark, ministre de l'économie, de l'énergie et de la stratégie industrielle, et avec M. Nur Bekri, directeur de l'agence nationale de l'énergie (NEA) chinoise.

Le projet Hinkley Point bénéficiera tout à la fois à la filière nucléaire française et à l'industrie britannique, et le partenariat avec la Chine permettra de conforter la place des trois pays dans le domaine de l'énergie nucléaire civile, élément incontournable de la lutte contre le changement climatique./.

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17. Migrations - R√©ponse de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'int√©rieur, √† une question √† l'Assembl√©e nationale (Paris, 28/09/2016)

Monsieur le Député, votre question appelle une réponse extrêmement claire et extrêmement déterminée.

√Ä travers ses institutions et ses valeurs, la France est un pays qui s'est construit en liant √©troitement l'histoire de la R√©publique et le droit d'asile. Depuis la R√©volution fran√ßaise, ce pays reconna√ģt que tous ceux qui ont fui leur pays parce que pers√©cut√©s par la barbarie et les tortures peuvent y √™tre accueillis dignement.

En la matière, il n'existe précisément qu'une réponse : la dignité et la vérité dues aux Français. Votre question me donne d'ailleurs l'occasion de la rétablir. Dans la jungle de Calais, 80% des personnes - contrairement à un certain nombre de propos qui ont été tenus - relèvent de la protection de la France et ont vocation à y être accueillies.

Ils ne sont pas susceptibles d'√™tre expuls√©s parce qu'ils viennent de Syrie, d'Irak, d'√Črythr√©e et que c'est l'honneur de la France de leur offrir la protection dont ils ont besoin.

Dire, comme l'a fait M. le député, que ce sont des migrants économiques irréguliers, c'est un mensonge. Lorsque l'on prétend que l'on ne renvoie pas de Calais ceux qui relèvent de l'immigration irrégulière, c'est également un mensonge ! Depuis le début de cette année, nous avons renvoyé 1.500 migrants en situation irrégulière.

Nous avons d√©mantel√© en France pr√®s de 220 fili√®res de passeurs, soit 20% de plus que l'ann√©e derni√®re. Pourquoi l'avons-nous fait ? Parce que nous donnons √† la police les moyens que vous n'avez cess√© de leur √īter pendant le pr√©c√©dent quinquennat - ce sont 13.000 emplois de policiers qui avaient √©t√© supprim√©s, notamment au sein de la police de l'air et des fronti√®res !

O√Ļ accueillons-nous ces migrants ? Dans des centres d'accueil et d'orientation, nous les accueillons dans des centres d'accueil de demandeurs d'asile, les CADA, qui comprenaient 20.000 places sous le pr√©c√©dent quinquennat quand on en comptera 42.000 √† la fin de celui-ci, parce que nous croyons en la dignit√© et en l'humanit√©. Oui, nous le ferons parce que c'est notre honneur et nous le ferons parce que nous combattons les contre-v√©rit√©s./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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18. Protection des personnels de sant√© en zones de conflits arm√©s - Intervention du repr√©sentant permanent de la France aupr√®s des Nations unies - Conseil de s√©curit√© (New York, 28/09/2016)

Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Président,

Je souhaite commencer par remercier le secrétaire général, le président du Comité international pour la Croix rouge, M. Peter Maurer, et la présidente internationale de Médecin Sans Frontières, Mme Joanne Liu, pour leurs interventions particulièrement inspirantes mais aussi très concrètes et opérationnelles qui reflètent une volonté unanime de mettre un terme aux attaques contre les installations médicales et les personnels de santé.

Permettez-moi ici, au nom de la France, de rendre à nouveau hommage à l'abnégation, au courage et à l'action exemplaire des personnels de MSF, du CICR et de l'ensemble des acteurs humanitaires qui travaillent dans des conditions de plus en plus difficiles et sont devenus eux-mêmes des cibles en raison de leur engagement auprès des victimes. Leur action, leur engagement sont pour nous une source d'inspiration et d'admiration.

Monsieur le Président,

1/. Que ce soit en Syrie, au Soudan du Sud, au Yémen, en Irak, en Afghanistan et ailleurs, les attaques contre les personnels de santé se sont multipliées depuis plusieurs années.

Le conseil se devait d'agir et s'est donc saisi de cette question en adoptant à l'unanimité la résolution 2286 dont l'objectif est de renforcer rapidement la protection des personnels médicaux et des infrastructures de santé dans les zones de conflit.

Je souhaite saluer ici tout particulièrement la mobilisation des co-plumes sur cet enjeu essentiel.

Depuis l'adoption de cette r√©solution les attaques contre les personnels de sant√© se sont h√©las poursuivies. Vous nous dites, Monsieur le Secr√©taire g√©n√©ral, qu'en Syrie, 11 h√īpitaux ont √©t√© bombard√©s en ao√Ľt dernier - 3 √† Alep, 4 √† Idlib, 2 √† Homs, 1 √† Damas et 1 √† Daraya - ces √©tablissement sont d√©sormais ferm√©s. Depuis la mi-juillet, les huit h√īpitaux encore fonctionnels dans l'est d'Alep ont tous √©t√© endommag√©s au moins une fois par des bombardements et des tirs d'obus¬†; quatre l'ont √©t√© √† plusieurs reprises.

Aujourd'hui encore, les deux plus grands h√īpitaux dans la partie est d'Alep ont √©t√© touch√©s par des frappes a√©riennes d√©lib√©r√©es, les mettant temporairement hors de service. S'il ne s'agit pas de crimes de guerre, alors franchement je ne sais pas ce que sont des crimes de guerre. Le Secr√©taire g√©n√©ral, et je l'en remercie au nom de la France, a √©t√© particuli√®rement clair sur ce point.

Au Y√©men, c'est l'h√īpital d'Abs qui a √©t√© bombard√©, le 15 ao√Ľt dernier, faisant 19 morts et 24 bless√©s, et obligeant MSF √† √©vacuer son personnel.

Et je pourrais multiplier les exemples.

2/. Le conseil, Monsieur le Président, doit assurer le suivi de ses propres décisions et a demandé dans cet esprit au secrétaire général de lui présenter des recommandations concrètes pour la mise en oeuvre de la résolution 2286.

La France salue le rapport du secrétaire général et en soutient les principales recommandations.

De même, nous examinerons dans le meilleur esprit les propositions de M. Peter Maurer et de Mme Joanne Liu.

3/. Monsieur le Président, la multiplication des attaques contre les installations médicales et les personnels de santé nous rappelle que les principes d'humanité portés par le droit international humanitaire ont besoin à la fois d'être appliqués, d'être renforcés et d'être soutenus partout et en toutes circonstances. C'est un combat de tous les jours.

À cet égard, la France souhaite saisir cette occasion pour appeler les pays qui ne l'ont pas encore fait à ratifier les Protocoles additionnels des Conventions de Genève.

4/. Au-delà des attaques, l'obstruction aux soins de santé est de plus en plus utilisée par les parties aux conflits comme arme de guerre.

En Syrie, l'obstruction des autorit√©s en mati√®re de fourniture m√©dicale se poursuit, en d√©pit des engagements pris¬†: ainsi, plus de 8.000 kits ont √©t√© retir√©s des convois en ao√Ľt dernier. L'acc√®s √† l'assistance humanitaire, et en particulier aux produits m√©dicaux doit √™tre la norme, pas l'exception.

5/. Enfin, la protection des personnels m√©dicaux ne peut √™tre efficace sans lutte contre l'impunit√©. Les attaques contre les h√īpitaux, les installations m√©dicales ou encore les personnels de sant√© sont constitutifs de crimes de guerre. Les responsables doivent √™tre poursuivis en justice.

Face à la multiplication des violations du droit international humanitaire et des droits de l'Homme, des enquêtes impartiales et indépendantes d'établissement des faits sont indispensables. C'est en effet cette exigence de vérité qui doit permettre de rassembler les membres du conseil de sécurité autour d'une action efficace et résolue de ce conseil.

La France, vous le savez, restera particulièrement vigilante et entièrement mobilisée sur cet enjeu, au sens propre, vital.

Je vous remercie./.

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19. Nomination - R√©publique d'Angola (Paris, 29/09/2016)

Le Journal officiel du 29 septembre 2016 publie la nomination de M. Sylvain Itté, en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République d'Angola, en remplacement de M. Jean-Claude Moyret./.

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