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Déclarations officielles de politique étrangère du 17 mai 2013


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Participation de M. Thierry Repentin au Conseil affaires générales - Entretien de M. Pascal Canfin avec la ministre vietnamienne de la santé - Soudan - Journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie - Mali - Syrie (Paris, 17/05/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Participation de M. Thierry Repentin au Conseil affaires générales (21 mai 2013)

M. Thierry Repentin, ministre délégué chargé des affaires européennes, participera le 21 mai à Bruxelles au Conseil affaires générales.

Cette réunion sera l'occasion de préparer le Conseil européen du 22 mai, qui portera sur deux points principaux : la politique européenne de l'énergie et la fiscalité, en particulier la lutte contre la fraude et l'évasion fiscales.

Les ministres seront également saisis pour la première fois du projet d'ordre du jour du Conseil européen des 27 et 28 juin. Ce dernier portera sur la politique économique de l'Union européenne, ainsi que sur l'approfondissement de l'Union économique et monétaire. Il permettra également de procéder à une évaluation de la mise en oeuvre du Pacte pour la croissance et l'emploi décidé en juin 2012.

Enfin, le Conseil affaires générales reviendra sur la négociation du budget européen pour la période 2014-2020, en vue de parvenir rapidement à un accord définitif avec le Parlement européen.

2 - Entretien de M. Pascal Canfin avec la ministre vietnamienne de la santé (17 mai 2013)

M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, a rencontré aujourd'hui Mme Nguyen Thi Kim Tien, ministre de la santé du Vietnam. Mme Nguyen Thi Kim Tien effectue une visite à Paris à l'occasion du quarantième anniversaire de l'établissement des relations bilatérales et de l'Année France-Vietnam (2013-2014), officiellement lancée le 9 avril à Hanoï.

L'entretien a permis d'évoquer les principaux aspects de la coopération bilatérale en matière de santé. En vingt ans, cette coopération exemplaire a permis, dans le domaine universitaire, de former en France plus de 3.000 médecins vietnamiens. De nombreux projets sont menés dans le domaine de la recherche, grâce notamment à la présence de trois Instituts Pasteur au Vietnam. La France contribue par ailleurs à plusieurs fonds multilatéraux en santé dont bénéficie ce pays, tels que le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Au cours de leurs échanges, les ministres ont discuté des nouvelles perspectives de coopération. M. Canfin a rappelé à cet égard notre volonté de prendre part au développement du Vietnam, à travers notamment l'action de l'Agence française de développement, qui y est implantée depuis près de vingt ans.

Cet entretien a également été l'occasion de rappeler l'importance de la question des droits de l'Homme dans le dialogue confiant entre la France et le Vietnam, ainsi que notre soutien à l'action de l'Union européenne dans ce domaine, au lendemain de la condamnation de deux jeunes Vietnamiens, Mme Nguyen Phuong Uyen et M. Dinh Nguyen Kha, à de lourdes peines pour les opinions qu'ils avaient exprimées. La France appelle les autorités vietnamiennes à assurer le respect du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel le Vietnam est partie, et qui garantit la liberté d'opinion et d'expression, y compris sur Internet.

3 - Soudan

La France condamne l'attaque du 12 mai 2013 qui a provoqué la mort de Mohammed Bashar Ahmed, ainsi que de plusieurs autres membres du «Mouvement pour la Justice et l'Égalité - Soudan». M. Bashar Ahmed avait signé le Document de Doha pour la paix au Darfour le 6 avril 2013, rejoignant ainsi le processus de paix pour le Darfour.

La France soutient le processus de paix de Doha et la mise en oeuvre du Document de Doha pour la paix au Darfour. Cette attaque contre ceux qui avaient choisi la voie de la négociation et de la paix en déposant les armes est inacceptable.

La France appelle toutes les parties à cesser les hostilités, à privilégier la voie de la négociation et à rejoindre le processus de paix de Doha. C'est la seule voie pour restaurer immédiatement le calme et épargner des souffrances supplémentaires aux populations civiles.

4 - Journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie (17 mai 2013)

En cette huitième journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie, nous tenons à rappeler combien il importe de lutter contre les violations des droits de l'Homme fondées sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre.

Trop nombreux encore sont les pays où les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI) sont victimes de crimes de haine, de violences et de discriminations, et dans lesquels l'homosexualité reste pénalement sanctionnée, parfois jusqu'à la peine capitale.

Il appartient à tous, États et organisations internationales, de soutenir les actions pour le respect des droits fondamentaux des personnes LGBT et pour l'universalité des droits de l'Homme.

La France, en coopération avec la Commission européenne, a ainsi invité à Paris le 26 mars les représentants de 56 États du continent européen ainsi que 200 membres de la société civile et d'organisations régionales et internationales. Cette conférence sur les droits des personnes LGBT en Europe s'inscrit dans un processus mondial de consultations sur ces questions, organisées sur plusieurs continents. Les conclusions de ces travaux ont été présentées lors d'une conférence mondiale à Oslo les 15 et 16 avril 2013, à laquelle la France a participé.

La France tient à cet égard à saluer également les efforts déterminés des défenseurs des droits de l'Homme qui luttent au quotidien pour que les droits fondamentaux des personnes LGBT soient respectés. Il y a quatre ans, en cette même journée, nous annoncions la création d'un Fonds de soutien international, cadre innovant visant à fédérer les actions des acteurs engagés dans la lutte contre l'homophobie et la transphobie. Ce Fonds a depuis lors soutenu la mise en oeuvre de projets de coopération, ainsi que la création d'outils de campagnes de sensibilisation sur les droits de l'Homme, l'orientation sexuelle et l'identité de genre.

5 - Mali

Q - Avons-nous des prisonniers au Mali ? À-t-on un protocole ou un accord pour remettre les prisonniers aux autorités maliennes ?

R - À ma connaissance, nous n'en avons pas. Tout prisonnier que ferions devrait être remis aux autorités maliennes en application du SOFA, un accord que nous avons signé avec elles.

Q - Ce texte est-il public ?

R - Oui. Ce texte comprend également des dispositions relatives au respect des droits de l'homme et au respect d'un certain nombre de conventions internationales.

Q - Avons-nous instruit des enquêtes concernant des exactions ?

À ma connaissance non, mais il vous faudra vérifier avec le ministère de la défense. Je n'ai pas connaissance d'enquêtes qui auraient été déclenchées par des éléments de l'armée française présente au Mali, ou pour lesquelles nous aurions été sollicités par les Maliens.

Instruction a été donnée à nos troupes d'apporter toute l'aide qu'elles peuvent lorsqu'une situation comme celle que vous évoquez serait constatée. La même consigne a été donnée de collaborer avec la Cour pénale internationale, dont le mandat court depuis janvier 2012 pour enquêter sur d'éventuels crimes de guerre et crimes contre l'humanité qui auraient été perpétrés au Mali. Idem s'agissant des observateurs internationaux pour les droits de l'Homme déployés au titre de la dernière résolution du Conseil de sécurité des Nations unies sur le Mali.

Q - La relation que nous entretenons avec le MNLA est-elle susceptible d'évoluer ? Quelle est la perspective diplomatique ?

R - Notre raisonnement est le suivant :

- il ne peut y avoir de sortie de crise au Mali que si l'on entre politiquement dans une vraie réconciliation, dans un vrai dialogue national. Cela ne peut se faire qu'avec des autorités légitimes pour conduire ce processus. Les autorités actuelles sont transitoires et il faut donc des élections ;

- la deuxième condition du succès, c'est que ce processus de réconciliation concerne l'ensemble de la population dans ses différentes composantes. Il ne peut y avoir qu'un seul drapeau au Mali. Cela signifie clairement que les élections doivent se tenir sur l'ensemble du territoire. Tout l'enjeu est justement de parvenir à faire vivre ensemble ces différentes communautés, du Nord et du Sud. Cela signifie qu'il faut trouver les moyens de toutes les intégrer dans le processus électoral et de réconciliation.

Cela ne pourra se faire que par des moyens politiques et pas par des moyens de contrainte militaire. Cela passe par le dialogue, sous les conditions fixées notamment par le Conseil de sécurité des Nations unies.

6 - Syrie

Q - Au sujet de la réunion du P3, hier et aujourd'hui, avez-vous eu des retours ?

R - Le directeur politique, Jacques Audibert, y participait avec ses homologues dans ce format du P3. Dans l'attente de retours plus précis, je peux vous dire que cette réunion a été utile et constructive. Elle a permis d'examiner un certain nombre des sujets qui doivent être traités, en amont, pour la préparation de la conférence annoncée pour juin sur la Syrie.

Les positions françaises sont bien connues :

- La base de la négociation - et ce n'est pas négociable - ce sont les principes arrêtés à Genève en juin 2012. Vous connaissez ce document. Il y a des choses essentielles, qui constituent la base d'une solution politique : notamment le principe du consentement mutuel entre les deux parties et le principe selon lequel l'instance issue de ces négociations par consentement mutuel doit disposer des pleins pouvoirs exécutifs, y compris donc sur l'armée et les services de sécurité. C'est le cadre général agréé par tous ceux qui étaient à Genève en juin 2012. C'est le seul texte qui ait été jamais agréé par tous s'agissant de la crise syrienne.

- Deuxième point : qui est l'interlocuteur ? Pour nous, c'est la Coalition nationale syrienne. Avec une centaine de pays, nous l'avons reconnue comme le seul représentant légitime du peuple syrien. La Coalition reste donc au coeur de la négociation. Il n'est pas question en revanche pour nous d'être intrusif et de désigner qui la représentera. C'est à elle de faire ses choix. Dès règles avaient d'ailleurs été posées par la Coalition elle-même par la voix de Moaz Al-Khatib. Un certain nombre de limites ont également été publiquement fixées pour l'autre partie : la Coalition a précisé qu'elle ne parlerait qu'à des représentants du gouvernement syrien n'ayant pas «de sang sur les mains».

- Quel est le format pour cette conférence ? Cela reste à discuter. Une option est de reconduire le format de la réunion de Genève de juin 2012. Reste à voir si c'est acceptable par tous. Pour nous, en tout cas, ce format n'inclut pas l'Iran. C'est la stabilité de toute la région qui est en jeu. On voit mal un pays qui représente une menace pour cette stabilité participer à cette conférence. Si l'Iran veut participer à l'amélioration de la stabilité régionale, il a un certain nombre de réponses à donner, d'obligations internationales à respecter au préalable.

- Dernier grand sujet, Bachar Al-Assad. Le président de la République l'a redit hier : il ne peut en aucune manière faire partie de la solution.

Il faut maintenant voir ce qui va se passer dans les jours qui viennent. Il y a notamment à Amman une importante réunion du core group des amis de la Syrie et le lendemain une réunion de la Coalition. Une réunion est envisagée à Paris dans la foulée, mais pas de date fixée pour l'instant.

Q - Sergueï Lavrov insiste pour que l'Iran participe...

R - J'ai vu ses déclarations. Chacun exprime aujourd'hui ses positions. On va essayer de les rapprocher pour permettre que se tienne cette conférence - avec les bonnes personnes, dans le bon format et pour qu'elle soit véritablement efficace.

Q - Amman, c'est confirmé. Et la réunion à Paris ?

R - La date qui est confirmée aujourd'hui de manière sûre pour la semaine prochaine, c'est celle du 22 pour la conférence à Amman dans le format core group. Depuis l'annonce de cette conférence, nous avons l'idée d'avoir à Paris une réunion dans un format et à une date à déterminer. Voyons pour l'instant ce qui sortira de la réunion d'Amman.

Q - Les positions ont-elles bougé quant au projet de levée de l'embargo concernant l'armement à l'opposition syrienne ?

R - Les discussions continuent à 27. Se poursuit aussi le travail de pédagogie et de conviction que font Français et Britanniques à l'attention de leurs partenaires européens. La difficulté, c'est que nous sommes dans un domaine où la décision se prend à l'unanimité. La position française, elle, n'a pas varié. N'a pas varié également la préférence très forte que nous avons pour une décision unanime : ce serait un message très fort envoyé à l'opposition syrienne, et aussi un message très fort de cohésion de l'Union européenne sur un sujet essentiel.

Il y a deux limites qui bornent le spectre des décisions qui peuvent être prises : d'un côté une décision unanime de levée de l'embargo ; et de l'autre, l'absence d'accord et le paquet tombe. Mais entre les deux, il y a un éventail d'options qui peuvent être prises à 27 et qui ne se résume pas à cette alternative du tout ou rien. C'est d'ailleurs ce qui s'était produit lors du précédent réexamen en février dernier.

Q - La perspective d'une conférence de Genève 2 vous enlève un gros argument : comment pourrait-on lever l'embargo alors qu'il y a une conférence de paix en vue ?

R - C'est tout l'inverse. L'argument peut se retourner :

- la levée de l'embargo n'est pas une fin en soi et nous n'imaginons pas que cette seule décision puisse mettre un terme à la crise syrienne. Nos positions sur la crise ne se réduisent pas à une approche militaire ;

- deuxième point, nous avons toujours dit et maintenons que la priorité est de parvenir à une solution politique. Aujourd'hui, l'impasse est telle que cette décision de levée de l'embargo peut permettre de faire bouger les lignes. Il s'agit de faire comprendre au régime de Bachar Al-Assad qu'il ne peut pas l'emporter militairement. Il s'agit aussi d'adresser un message à toute la communauté internationale et notamment à certains pays qui livrent des armes au régime. Et d'ailleurs, quand on revient un peu en arrière, c'est en même temps - en février dernier - qu'est évoquée pour la première fois à l'occasion de la visite du président de la République à Moscou l'idée de discussions directes entre la Coalition nationale syrienne et le régime syrien, et qu'on débouche à Bruxelles sur un premier assouplissement du dispositif d'embargo, à la suite d'une proposition britannique soutenue par les Français. Ce raisonnement-là, qui articule proposition sur la levée de l'embargo et solution politique, un moyen et une fin, vaut toujours aujourd'hui.

Q - L'une des idées est que l'on va décréter une levée de l'embargo, sans en user...

R - C'est l'État du droit en fait. La décision serait de lever l'embargo. C'est la fin d'une interdiction, mais ce n'est pas une décision de livrer tel ou tel type d'arme. Lever et livrer sont deux décisions distinctes, la seconde dépendant de la première./.

 

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2. Politique économique - UE - Conférence de presse du président de la République, M. François Hollande - Intervention liminaire (Paris, 16/05/2013)

Mesdames, Messieurs les membres du gouvernement,

Mesdames, Messieurs les journalistes,

Je vous avais donné rendez-vous tous les six mois ; je suis donc à l'heure pour la deuxième rencontre. Cette conférence de presse me permettra de revenir sur ce que nous avons fait, depuis un an, mais surtout de tracer les prochaines étapes de mon action.

Hier, j'étais à Bruxelles. Je présidais la conférence des donateurs pour le Mali. L'intervention de la France y a été saluée, reconnue. Le mérite en revient à nos soldats et je veux leur rendre hommage en cet instant. Six sont morts. Ils ont fait bien plus que libérer un pays de la servitude et du terrorisme. Ils ont fait aimer la France dans toute l'Afrique et illustrer le rôle qui est le nôtre, celui d'une grande nation : pouvoir peser sur l'équilibre du monde.

Hier, j'étais à Bruxelles parce que je voulais partager avec la Commission européenne, réunie au grand complet - c'était la première fois depuis 1997 qu'un président de la République française rencontrait le Collège des commissaires. C'était donc un évènement pour eux, mais aussi pour la France. Parce que je voulais leur faire partager ma conception de l'Europe.

Je me suis exprimé au nom d'un État qui a démontré sa crédibilité budgétaire, d'un pays qui a amorcé le redressement de sa compétitivité et qui a entrepris, par la négociation, la réforme du marché du travail. C'est cet effort que je veux saluer : celui du gouvernement de Jean-Marc Ayrault, celui de tous les Français. Il a permis d'obtenir du temps - deux ans - pour atteindre notre objectif qui est de réduire le déficit public, confirmant ainsi le bien-fondé de la démarche que j'ai engagée depuis mon élection pour faire bouger les lignes en Europe.

Les lignes ont bougé depuis un an. Quand je regarde ce qui s'est produit : la zone euro a été stabilisée, des instruments de solidarité ont été introduits, l'Union bancaire a été définie. Il y a eu aussi une nouvelle doctrine de la Banque centrale européenne. La Grèce que l'on pensait, à un moment, menacée de ne plus pouvoir figurer dans la zone euro, a été sauvée comme d'autres pays. Les taux d'intérêt, qui paraissaient pour certains pays insupportables, ont baissé. Je ne parle pas du nôtre qui est à son plus bas historique : jamais l'État n'avait emprunté avec un coût de l'argent aussi faible.

Ce résultat, que je revendique, n'a été possible que parce que la France a su jouer le rôle de trait d'union entre l'Europe du Nord et l'Europe du Sud, dans le cadre de l'indispensable - je dis bien indispensable - couple franco-allemand, sans lequel l'Europe ne peut pas avancer.

Mais aujourd'hui, ce qui frappe l'Europe, ce n'est plus la crise financière. Je le redis ici : elle est derrière nous. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait plus de menaces, mais les causes ont été régulées et jugulées. Ce qui frappe l'Europe, ce n'est pas la crise financière, c'est la récession : récession provoquée par des politiques d'austérité ; récession qui touche tous les pays de la zone euro - certains moins que d'autres, mais je pourrais faire des comparaisons, y compris avec l'Allemagne, pour ces six derniers mois ; récession qui menace jusqu'à l'identité même de l'Europe, jusqu'à la confiance des peuples en leur destin.

La Commission européenne a commencé à comprendre les risques et les menaces. Elle a décidé d'ajuster, d'adapter le rythme de la consolidation budgétaire à la conjoncture. C'est un bon signal. Mais, pour moi, ce délai - deux ans pour la France - ce n'est pas un répit, c'est un rebond, c'est une opportunité pour une reprise plus rapide en France et en Europe. Car l'enjeu, je le répète, c'est la croissance, c'est la sortie de la crise, c'est la fin de la récession.

Notre économie est à l'arrêt depuis 5 ans. Pas depuis 6 mois, pas depuis 1 an : depuis 2008. Avec plus d'un million deux cent mille demandeurs d'emploi de plus, je sais que cette situation entraîne des difficultés pour bon nombre de mes compatriotes, de ceux qui m'ont accordé leur confiance, de ceux qui espèrent un avenir meilleur pour eux, pour leurs enfants. Je sais ce que beaucoup éprouvent comme inquiétude, même quand ils ont un emploi, et comme détresse quand ils n'en ont plus, au point - je le disais - de douter d'eux-mêmes et surtout de leurs gouvernants - ce qui est une menace pour la démocratie.

Bien sûr, j'aurais pu vous dire que nous n'en serions pas là, si nos prédécesseurs avaient fait des choix courageux, notamment sur le plan de la compétitivité, ces dix dernières années. On me le fait sentir d'ailleurs quand je vais à l'étranger ! Bien sûr, je pourrais vous dire que cela va plus mal ailleurs. Et alors ? Je ne cherche aucune défausse, ni sur le passé, ni sur l'extérieur.

C'est la raison pour laquelle Jean-Marc Ayrault et son gouvernement ont dû engager des réformes essentielles pour le pays. La première, c'était tout simplement le sérieux budgétaire. Cela va de soi, et pourtant ! Que s'est-il passé ces dernières années ? Que de dérèglements, de dérives, de déséquilibres, de dettes ! Donc, le sérieux. Comment cela se prouve le sérieux ? Par un indicateur, le niveau de la dépense publique. Quand je regarde ce qu'a été la dépense publique de l'État en 2012, elle a été légèrement inférieure à celle qui était prévue ; en 2013, la dépense publique de l'État sera stable ; et en 2014, elle reculera d'un milliard et demi.

Et on viendrait nous dire que nous n'aurions pas fait d'économies ? Mais nous n'avons fait pas que cela, mais aussi cela ! Cela ne nous a pas dispensés, hélas, d'augmenter les prélèvements. Est-ce que vous pensez que c'est simple, facile, agréable de solliciter, une fois élu, la contribution des Français ? J'avais pourtant prévenu, parce que ce sérieux budgétaire était indispensable pour la crédibilité ; laquelle crédibilité me permettait, en Europe, de parler de la voix qui convenait pour réorienter son cours et sa direction. Ce que nous avons fait. Cela, c'était la première réforme.

La seconde réforme nous a été présentée avant même que nous nous installions. Il fallait déjà faire ce que nos prédécesseurs n'avaient pas engagé ou, plutôt, avait décidé et reporté : le pacte de compétitivité, l'allègement du coût du travail. Pardon de prendre les choses comme elles s'appellent puisqu'il s'agit bien de cela : l'allègement du coût du travail pour être meilleur sur les marchés internationaux. Cela a été le rapport Gallois. Le pacte de compétitivité a engagé 20 milliards d'euros d'allègements et beaucoup d'autres mesures pour l'innovation. C'est un engagement important, là aussi, qui nous permet de dire que nous avons enfin amorcé ce processus pour renforcer notre industrie, notre appareil de production et faire confiance aux entreprises.

Troisième réforme, la maîtrise de la finance. C'était une annonce que j'avais faite dans un cadre dont chacun se souvient. Oui, maîtriser la finance ! La loi bancaire anticipe même sur ce que sera l'Union bancaire européenne. Nous sommes les premiers en Europe à séparer les activités de dépôt, des activités spéculatives. Bien sûr, certains trouvent que nous allons trop loin, d'autres pas assez. Mais nous avons fait en sorte que nos banques puissent être préservées et, en même temps, ne plus pratiquer ce qui leur avait été parfois reproché, c'est-à-dire un certain nombre de prises de risques qui pouvaient s'avérer aventureuses. Nous avons aussi créé une nouvelle banque, la Banque publique d'investissement qui est maintenant en place. Il était temps.

Enfin, la quatrième réforme que le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a menée ou plutôt que les partenaires sociaux ont engagée, c'est l'accord sur la sécurisation de l'emploi, la réforme du marché du travail. Là aussi, c'est arrivé un 11 janvier, jour même où j'engageais les forces françaises au Mali. Peut-être cet événement - parce qu'il était effectivement de première importance - a caché l'ampleur de la portée d'une décision que prenaient les partenaires sociaux. Pas tous mais en tout cas, les syndicats majoritaires. Une réforme que l'on jugeait impossible à faire. Elle est là, votée hier par le Parlement.

Voilà, la première année de mon quinquennat - si je puis dire, l'an I - a été entièrement consacrée à la défense de notre souveraineté, à la remise en ordre de notre économie, à la sauvegarde de notre modèle social et à la réparation des injustices. Mais j'ai bien conscience qu'il y a la récession, il y a le chômage qui progresse, il y a les résultats qui se font attendre. Et ce qui importe aux Français, si je puis dire, c'est maintenant. L'an II, celui qui s'ouvre aujourd'hui, ce doit donc être l'offensive. Je dis bien l'offensive.

L'offensive, c'est d'abord lancer une initiative européenne. L'Europe - et c'est un paradoxe - est la première puissance économique du monde. Pourtant, elle est regardée comme un continent malade, en déclin, en doute. Ma responsabilité, parce que je suis à la tête d'un État fondateur de l'Europe, d'un État qui a fait ce choix, d'une nation qui est profondément européenne - même si aujourd'hui elle se détourne de l'orientation actuelle -, mon devoir, c'est de sortir l'Europe de la langueur qui la saisit et de réduire la désaffection des peuples qui ne peut que compromettre l'avenir même de l'Union européenne.

L'initiative que je prends, elle se décline en quatre points et je la soumets à nos partenaires. Premier point, c'est d'instaurer avec les pays de la zone euro un gouvernement économique qui se réunirait, tous les mois, autour d'un véritable Président nommé pour une durée longue et qui serait affecté à cette seule tâche. Ce gouvernement économique débattrait des principales décisions de politique économique à prendre par les États membres, harmoniserait la fiscalité, commencerait à faire acte de convergence sur le plan social par le haut et engagerait un plan de lutte contre la fraude fiscale.

La deuxième étape de l'initiative que je propose est tournée vers les générations futures avec un plan pour l'insertion des jeunes. Le cadre financier européen, le budget européen a déjà prévu six milliards d'euros pour l'emploi des jeunes. Mobilisons tout de suite, avant même que le cadre financier ne soit en place pour 2014, une partie de ces fonds pour que nous puissions venir en soutien de tous les jeunes d'Europe qui, aujourd'hui, peinent à trouver une formation ou un emploi. Toujours dans cette initiative, pour préparer l'avenir, l'Europe définirait une stratégie d'investissements, notamment pour les nouvelles industries et pour les nouveaux systèmes de communication.

Troisième temps de l'initiative, une Communauté européenne de l'énergie destinée à coordonner tous les efforts pour les [énergies] renouvelables et réussir ensemble - alors que l'Europe a des pays qui n'ont pas les mêmes politiques énergétiques - à assurer la transition énergétique.

Le quatrième temps, c'est une nouvelle étape d'intégration avec une capacité budgétaire qui serait attribuée à la zone euro et la possibilité, progressivement, de lever l'emprunt.

L'idée européenne exige le mouvement. Si l'Europe n'avance pas, elle tombe ou plutôt elle s'efface ; elle s'efface de la carte du monde, elle s'efface même de l'imaginaire des peuples. Il est donc plus que temps de porter cette nouvelle ambition. L'Allemagne, plusieurs fois, a dit qu'elle était prête à une Union politique, à une nouvelle étape d'intégration. La France est également disposée à donner un contenu à cette Union politique. Deux ans pour y parvenir. Deux ans, quels que soient les gouvernements qui seront en place. Ce n'est plus une affaire de sensibilité politique, c'est une affaire d'urgence européenne.

L'offensive - elle est bien sûr ici, en France -, c'est de mobiliser toutes les forces pour l'emploi. Il n'y aura pas d'espérance possible dans notre pays tant que le chômage n'aura pas entamé sa décrue. C'est pourquoi je me suis engagé personnellement, certains ont dit même hâtivement, pour ne pas dire imprudemment, sur l'objectif de l'inversion de la courbe du chômage. Je m'y tiens et c'est la feuille de route du gouvernement. Tout doit être mis en oeuvre pour que les mesures, qui ont déjà été engagées, puissent être amplifiées pour faire reculer le chômage à la fin de l'année.

Mobilisation de tous les moyens avec les «emplois d'avenir». Cent mille ! J'ai demandé au ministre du travail et de l'emploi d'élargir au secteur privé et notamment au tourisme et aux services à la personne ces emplois pour que nous puissions leur donner encore plus d'efficacité. Soixante-quinze mille «contrats de génération». Vous savez, le passage de témoin d'un senior pour un jeune, cette alliance des âges et qui commence depuis le mois de mars à être mise en place dans les entreprises. Là aussi, j'ai demandé que l'on puisse étendre le principe même du «contrat de génération» à la création d'entreprise, à l'installation, y compris des agriculteurs, parce que c'est la même idée : faire qu'une génération puisse servir de marchepied à une autre.

Mobilisation aussi de tous les acteurs et d'abord des entreprises. Ce sont les entreprises qui créent les emplois. C'est le sens du crédit compétitivité-emploi qui représente 4 % de la masse salariale, jusqu'à 2,5 fois le SMIC. Et ce sera 6 % l'année prochaine. Cela, c'est un moyen d'améliorer les marges des entreprises pour qu'elles puissent investir, employer, exporter. Mais d'abord employer.

Et puis, il y a l'accord sur la sécurisation de l'emploi qui permettra de donner plus de souplesse aux entreprises, plus de sécurité aux salariés et de signer des accords lorsqu'il y a des menaces sur l'avenir même de sites, pour qu'il y ait des sauvegardes d'emplois et pour que l'on évite ces plans sociaux et ces licenciements. L'accord, maintenant qu'il est devenu loi, doit être appliqué le plus rapidement possible dans les entreprises. Voilà pourquoi je réédite ici, devant vous, en prenant mes risques mais aussi mes responsabilités, que la courbe du chômage peut s'inverser d'ici la fin de l'année.

Mais la bataille, elle ne sera gagnée dans la durée - car je veux dire la vérité aux Français - elle ne sera gagnée dans la durée que si la croissance revient, que si nous sortons de cette torpeur, de cette langueur et donc de cette peur. Alors, comment faire ? L'offensive. L'offensive, c'est de préparer la France de demain, de lui faire prendre de l'avance, de la mettre en tête dans les domaines les plus essentiels pour son avenir, de promouvoir un modèle fondé sur la performance économique mais aussi sur la responsabilité sociale, environnementale.

C'est ce que la France a su faire dans son histoire et, chaque fois, à l'initiative du président de la République. À un moment, le rôle du chef de l'État, c'est de déterminer les grands enjeux, les filières d'avenir, les défis essentiels pour le pays, ce que va être la France dans dix ans et peut-être même dans vingt ans et de demander au gouvernement de mobiliser tous les moyens. Et chaque fois que l'État a agi ainsi, il y a eu de grandes réussites industrielles, scientifiques, culturelles. C'est en voyant loin que l'on change la perception du présent et que l'on redonne espoir.

C'est pourquoi, j'ai demandé à Jean-Marc Ayrault de présenter au mois de juin un plan d'investissements, pour les dix ans qui viennent, autour de quatre grandes filières : le numérique, la transition énergétique, la santé et les grandes infrastructures de transport.

Pour en assurer le financement, il convient de faire preuve de plus d'imagination que par le passé, car nous sommes confrontés à des disciplines budgétaires. Alors comment y parvenir ? D'abord en allant chercher les crédits européens, ceux que nous avons contribués à dégager avec le plan d'investissements, le plan de croissance de juin dernier, et qui restent souvent inutilisés, ce qui est un comble.

Deuxième manière de faire, aller chercher les crédits du programme des investissements d'avenir - ce que le grand emprunt avait produit en 2010 et c'était une bonne idée ; aller recharger les moyens de ce programme d'investissements d'avenir, sans pour autant nous lancer dans je ne sais quelle opération aventureuse d'emprunt.

Il y a ce que nous pouvons également obtenir du relèvement du plafond du livret A, des fonds de la Caisse des dépôts, de la Banque publique d'investissements. Et puis, il y a ce que les cessions de participation publiques peuvent procurer comme ressources supplémentaires. C'est nécessaire sans qu'il y ait, pour autant, de pertes de contrôle des entreprises concernées.

Mais tout ne peut pas venir de l'État. Pour financer ces investissements d'avenir, nous devons aussi aller chercher le secteur privé, le partenariat, des capitaux extérieurs, des fonds d'investissements, parfois même de l'étranger. Chaque fois que je me déplace, un certain nombre de pays me disent qu'ils sont prêts à investir en France. Faut-il encore que nous les orientons et pas simplement qu'ils puissent disposer de leur argent sans que nous soyons convaincus du bon usage. Nous essayons donc de faire des fonds liés les uns, les autres, avec nous.

Bien sûr que - quand nous aurons lancé ces programmes, qui sont déjà en cours pour certains - nous n'allons pas créer de la croissance tout de suite, même s'il y aura déjà un effet. Il y aura sûrement, encore, une patience à observer. Mais c'est aussi le moyen de donner confiance aux Français dans l'avenir car nous sommes un pays qui est capable d'innover, d'inventer, de trouver en lui-même des sources qu'il n'imagine pas pour la création et pour la production.

Il convient aussi de mieux orienter l'épargne des Français vers l'investissement productif. Trois mesures seront prises dans cette direction. La première, l'assurance-vie sera réformée pour que les fonds puissent être davantage affectés aux fonds propres des entreprises.

Deuxième mesure, un Plan d'épargne en actions pour les PME sera créé avec des dispositifs incitatifs. Enfin, je l'avais déjà annoncé, l'imposition des plus-values mobilières sera révisée.

Pourquoi ? Parce que j'estime que lorsque les investisseurs mettent leur argent dans l'économie productive, celle qui va créer de l'emploi, celle qui va améliorer la vie, ils prennent un risque. La fiscalité doit en tenir compte. Et ces règles, celles que j'ai déjà posées, vaudront pendant tout le quinquennat. Il n'y aura pas de zigzags, il n'y aura pas d'allers et retours, parce que je considère que la stabilité et la visibilité sont des conditions de la confiance et donc de la croissance.

Être à l'offensive, c'est mieux former les jeunes.

À la rentrée 2013, et pour la première fois depuis 2007, les élèves auront plus de professeurs, en face d'eux, que l'année précédente. Une véritable formation des maîtres sera rétablie, mettant fin à cette situation invraisemblable où l'on considérait que le métier d'enseigner était le seul qui ne s'apprendrait pas.

D'ici la fin du quinquennat, la proportion des élèves qui sortent du système scolaire sans qualification sera réduite de moitié. Je demande, là aussi, à être jugé sur ce résultat. Déjà, depuis décembre dernier, près de 9000 «décrocheurs» - ceux qui ont quitté l'école - ont été repris en main.

Dans le même esprit, le projet de loi sur l'enseignement supérieur a pour ambition de porter 50 % d'une classe d'âge au niveau d'un diplôme du supérieur et de doter nos structures universitaires de davantage de moyens d'attractivité, d'être mieux reconnues au plan international avec leurs diplômes. Ceci n'empêche pas de faire venir des étudiants étrangers, parfois même avec un enseignement de la langue anglaise qui leur est destiné. Mais les examens se feront en français, pour que nul ne s'inquiète ! Quand on essaye d'être un pays attractif, on fait en sorte que nos universités soient classées parmi les meilleures du monde. C'est aussi une condition de notre succès.

L'offensive toujours, pour remettre en mouvement notre pays.

Le mouvement, c'est ce qui doit permettre à chacun de progresser, de créer, d'aller de l'avant, d'aller plus vite, d'être plus libre. Voilà pourquoi je suis pour le mouvement. J'ai retrouvé cette belle phrase d'un sculpteur, qui fait des mobiles, et qui a résumé son travail de la façon suivante : «l'unique chose stable, c'est le mouvement partout et toujours ». Alors il faut mettre du mouvement. Comment ?

D'abord, j'ai évoqué le «choc de simplification».

Plus de simplification, c'est plus d'initiative, plus d'activité, plus d'emplois. Plus de simplification, c'est plus de temps pour nos concitoyens, et donc plus de vie. C'est aussi plus de croissance. Cela fait partie des réformes qui, finalement, ne demandent d'efforts qu'à ceux qui sont dans les administrations - je veux les saluer - mais qui ne demandent pas aux Français de contribution supplémentaire et qui peuvent nous permettre, simplement, de vivre mieux.

Alors j'ai demandé au Premier ministre d'engager un travail en profondeur sur la révision des règles administratives. Non pour supprimer des protections ou des droits. Mais pour alléger des procédures, accélérer les décisions, favoriser l'exécution des projets. Un chiffre m'a été donné et j'ai pensé que c'était un argument de circonstance. Le volume des textes applicables, dans notre pays, a triplé en 10 ans ! Triplé ! Si on mesurait effectivement l'efficacité des gouvernements au nombre de textes pris, je ne doute pas que, sur ces dix dernières années, l'objectif avait été atteint !

Moi, je préfère que l'on allège. Il aura donc deux lois d'habilitation qui vont être demandées au Parlement pour permettre au gouvernement d'agir par ordonnances. L'une d'elle concerne le logement. Cela va permettre de hâter la construction, de favoriser des procédures, sans altérer les droits en aucune manière. Il y a 35 000 logements qui sont bloqués par des recours abusifs.

Et puis, une autre législation va être prise dans le domaine des relations entre l'Administration et les entreprises, parce que nous voulons favoriser les implantations, aller plus vite, raccourcir les délais. On peut diviser par trois le temps pour implanter une entreprise, si nous harmonisons l'ensemble des procédures. Et pour les particuliers, je propose une forme de révolution. Dans de nombreux domaines, pas tous, le silence de l'administration vaudra désormais autorisation et non plus rejet. Ce sera effectivement un changement considérable. Il doit être limité à des domaines. D'autres, forcément, exigent des délais d'instruction. Eh bien, ces délais sont eux-mêmes limitatifs, connus à l'avance. Lorsqu'ils ne sont pas respectés, l'autorisation sera donnée.

Ce mouvement de simplification pour les entreprises, pour les particuliers, se poursuivra tout au long du quinquennat. C'est une réforme structurelle comme l'on dit, mais c'est surtout un facteur de croissance.

L'autre réforme qui s'inscrit dans le mouvement, c'est la formation professionnelle qui complètera d'ailleurs ce qui a été fait sur le marché du travail. Un chômeur sur cinq - un chômeur sur cinq ! - reçoit une formation professionnelle. Nous allons changer cela, faire qu'avec une négociation nous puissions notamment permettre dans les deux/trois premiers mois où le demandeur d'emploi se présent à Pôle emploi, il puisse y avoir une formation professionnelle qui puisse lui être dispensée. Nous redéployerons les crédits, également pour les salariés moins qualifiés, ceux qui sont pourtant dans les entreprises et qui sont privés de l'accès à la formation.

Je dis que cela complète l'accord sur la sécurisation de l'emploi, parce que dans cet accord a été créé un compte personnel pour la formation. Il donnera justement des droits aux salariés. Cette réforme sera discutée avec les partenaires sociaux, avec les régions, avec Pôle emploi et sera initiée dès la conférence sociale du mois de juin pour être votée à la fin de l'année.

Enfin, il nous revient d'assurer l'avenir des retraites. La réforme de 2010 n'a pas permis de rétablir l'équilibre. Il y a, aujourd'hui, un déficit d'une quinzaine de milliards d'euros et il est prévu à vingt milliards d'euros en 2020. C'est insoutenable. Je refuse, comme président de la République, de reporter sur les générations à venir le fardeau du financement des retraites.

Les partenaires sociaux ont pris leurs responsabilités pour les régimes complémentaires. Nous devons continuer, poursuivre avec d'autres règles qui devront être trouvées.

Trois principes me guident. Premier principe : nous devons rétablir durablement - je ne dis pas que c'est la dernière réforme, il faut se méfier de ceux qui vous annoncent que c'est l'ultime, celle qui généralement prévoit la prochaine - il y aura donc un rétablissement des régimes de répartition tenant compte de notre démographie, qui d'ailleurs est un atout par rapport à d'autres pays. Mais dès lors que l'espérance de vie s'allonge, il y a un principe qui est celui de l'évidence. Dès lors que l'on vit plus longtemps, parfois beaucoup plus longtemps, on devra travailler aussi un peu plus longtemps.

Le deuxième principe c'est la justice. Tenir compte des carrières longues. C'est d'ailleurs ce que nous avons fait dès le mois de mai pour permettre à ceux qui étaient depuis longtemps au travail de pouvoir accéder à la retraite à 60 ans. Cet esprit doit encore demeurer. Il y a les inégalités. Inégalités entre régimes, inégalités aussi qui frappent les femmes ou ceux qui ont des carrières incomplètes. Nous aurons à travailler là-dessus. Justice parce qu'il n'y a pas de réforme sans justice.

Troisième principe : le dialogue, la concertation. Elle s'ouvrira dès la Conférence sociale du mois de juin et se poursuivra jusqu'à la fin de l'été.

Mesdames et Messieurs, voilà les réformes qui nous attendent. Elles sont importantes. Elles ne sont pas demandées comme une contrepartie aux délais que nous avons pu obtenir. Parce que, en réalité, ces réformes nous voulons les engager. Je les avais présentées aux Français.

Mais j'ai conscience du moment dans lequel nous sommes et cette conférence de presse n'est finalement pas simplement à une date anniversaire. Elle est à un moment où des questions se posent dans notre pays, des questions légitimes. Elles taraudent même les Français. Quelles sont ces questions ? Elles s'annoncent finalement assez simplement.

La France peut-elle réussir ? Notre pays n'a-t-il pas passé son tour ? Sommes-nous encore une grande Nation sur le plan économique, sur le plan diplomatique, sur le plan politique ? Pouvons-nous encore, dans le monde qui change - parce que le monde change - c'est une mutation considérable - pouvons-nous encore préserver notre modèle social et imaginer une transition énergétique qui nous mette à l'abri de catastrophes naturelles ?

Toutes ces questions que j'entends, je réponds oui !

Oui, la France a les moyens de se hisser au meilleur niveau. Ce qui exige de muscler notre économie, nos entreprises, de développer à haut niveau la recherche, de porter une ambition éducative mais aussi de changer. Changer nos modes de production, nos modes de transports, nos modes de consommation. Faire cette mutation écologique.

Oui, la France peut garder son modèle social mais en le rénovant, en le rendant plus efficace, plus juste. En évitant le statu quo qui serait finalement sans capacité à protéger qui que ce soit. Mais en refusant aussi la démolition qui serait la pire des manières d'emmener un pays vers son avenir.

Oui, la France a toutes les raisons de faire confiance à sa jeunesse parce qu'elle et le premier pays en Europe en termes de démographie, de jeunesse. C'est un atout considérable qui nous donne non seulement une place en Europe mais une confiance en nous-mêmes, à condition de donner à cette jeunesse toute sa place, de lui montrer que le progrès est possible et qu'il peut même être une perspective pour tous, y compris pour ceux qui sont dans les quartiers et qui s'interrogent également sur le lien qu'ils ont avec la Nation.

Oui, la France peut aussi continuer à porter la promesse de l'égalité : Que ce n'est pas une nostalgie, que cela reste une ambition. C'est vrai pour le partage de l'effort, pour la promotion de chacun, pour la récompense du mérite. C'est vrai aussi pour les droits.

Cela a été le sens de la loi sur le mariage pour les couples de même sexe. J'ai voulu un grand débat. Certains me conseillaient d'aller vite dès le lendemain de l'élection. Qui l'aurait compris ? Qui l'aurait admis ? Ce débat a eu lieu. Longtemps. Au Parlement, je ne sais pas le nombre d'heures : 700 me dit-on. Il y a 4 000 amendements. Le débat a eu lieu ailleurs qu'au Parlement. J'en ai eu souvent la vérification, y compris pas loin d'ici. Ce débat était légitime et toutes les opinions doivent être respectées, toutes les sensibilités. On m'a dit : c'est un débat qui divise. Mais la France n'a jamais conçu le rassemblement sur le mode de l'unanimité. En France, nous ne pensons pas tous pareil. Cela se saurait, y compris dans cette salle. La France est donc capable d'assumer un certain nombre de grands sujets que l'on appelle de société.

Cette loi a été adoptée par le Parlement. Le Conseil Constitutionnel va se prononcer sur sa conformité à la Constitution. Dès qu'il aura fait connaître sa décision, je promulguerai le texte qui deviendra la loi de la République. Je suis convaincu que cette loi sera regardée au fur et à mesure du temps pour ce qu'elle est : un progrès pour l'égalité et pour la liberté. Et celles et ceux qui n'en veulent pas - et ils en ont bien le droit - pourront toujours attendre une alternance. Je ne sais pas quand elle viendra. Je ne peux pas pour l'instant leur donner la réponse. Mais nous verrons bien qui demande ou demandera l'abrogation de ce texte.

Oui, la France peut aussi avoir confiance dans ses institutions. L'exemplarité de la République ne doit pas être un simple sursaut suite à un scandale ou à un slogan. C'est pourquoi, j'irai jusqu'au bout de la transparence de la vie politique. Le non-cumul des mandats, l'indépendance de la justice, les nominations dans l'audiovisuel, la protection des sources des journalistes. Parce que l'autorité de la République est à ce prix.

L'autorité de la République c'est le rempart contre toutes les dérives, toutes les intolérances, tous les racismes. Si il y a un sujet qui devrait nous unir, par-delà les sensibilités, c'est bien celui-là : l'autorité de la République et la lutte contre toutes les violences.

Ce qui s'est passé lundi soir au Trocadéro est une agression. Une agression à l'égard des biens et des personnes mais aussi une agression contre notre conception de la vie en commun, contre l'image de la France. Cela appelle non pas des polémiques mais des politiques qui aillent à la racine du mal.

Je pense aussi à ce qu'il s'est passé ce matin dans une école du 7ème arrondissement où un désespéré s'est suicidé devant des enfants, une classe de CP. J'exprime bien sûr l'émotion de toute la Nation par rapport à ce drame. Le désespéré, les enfants, une école, des personnels qui empêchent peut-être un autre drame. Tout sera fait pour venir en soutien à ces enfants, à ces personnels. Nos écoles doivent être protégées des violences. C'est une priorité du gouvernement. Là-aussi, confiance dans l'école, confiance dans la République.

Voilà Mesdames et Messieurs ce que je voulais vous dire. La France est une Nation singulière. C'est plus qu'une grande histoire, c'est un projet. Cela reste un projet. Celui d'une société capable de se dépasser pour faire mieux vivre ses enfants qui cultivent l'ambition, peut-être parfois jugée excessive par nos voisins ou partenaires, de montrer la voix en Europe et dans le monde.

Comme je l'ai dit, y compris avant d'accéder à cette responsabilité, la France n'est pas le problème. La France c'est la solution. Voilà pourquoi, nous devons être à l'offensive et nous le serons pour l'An II de ce quinquennat./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Mali - Point de presse conjoint du président de la République, M. François Hollande, et du président de la République du Mali, M. Dioncounda Traoré - Propos de M. Hollande (Paris, 17/05/2013)

Mesdames et Messieurs,

J'ai accueilli avec beaucoup de plaisir mon ami Dioncounda Traoré. Vous connaissez les liens qui nous unissent depuis déjà plusieurs mois. Ce que nous avons fait pour le Mali, nous l'avons fait pour la communauté internationale, pour le droit, pour la dignité humaine, pour la démocratie.

Si la France est allée au Mali, c'est parce qu'elle a été sollicitée, appelée. Et c'est le président Traoré qui a eu cette responsabilité imminente au moment où son pays pouvait être submergé par le terrorisme. Ce terrorisme venant de l'extérieur qui avait gravement déjà blessé son pays au Nord. Il a considéré que la solidarité internationale devait être sollicitée et nous avons fait notre devoir avec les Maliens, avec les Africains. Et, aujourd'hui, l'ensemble du territoire malien a été libéré. Je voulais donc lui exprimer ma gratitude parce qu'il a eu, pour le Mali, la bonne attitude, pris la bonne décision mais il ne l'a pas fait que pour le Mali, il l'a aussi fait pour l'Afrique de l'Ouest et même pour la sécurité de l'Europe et de la France.

Aujourd'hui, nous sommes passés à une autre phase puisque l'opération de maintien de la paix va intervenir au mois de juillet, va se substituer à la MISMA, les troupes françaises vont réduire leur présence tout en intégrant cette opération de maintien de la paix et, en maintenant, un dispositif autour du Mali. Mais ce que nous avons à faire, c'est la reconstruction. Cette reconstruction a déjà été engagée depuis plusieurs semaines par le Mali lui-même mais elle va être accompagnée par l'ensemble de la communauté internationale, notamment l'Europe. Cette réunion s'est tenue avant-hier à Bruxelles et elle a été extrêmement fructueuse puisque deux milliards d'euros ont été dégagés en plus du milliard qui avait déjà été prévu. Ce qui fait trois milliards.

Il y a aussi ce que nous avons à faire pour permettre la transition politique, le dialogue, les élections. Le président Traoré a rappelé que les élections devaient se tenir à leur date, ce qui est également notre position et que toutes les conditions devaient être réunies pour que ce vote puisse avoir lieu partout au Mali, c'est-à-dire dans toutes les villes, dans tous les villages. L'administration civile malienne doit pouvoir organiser le scrutin. Il y a bien sûr, l'accueil qui doit être fait pour les réfugiés et, pour l'avenir, avoir un système de sécurité qui puisse protéger le Mali et l'ensemble de la région du Sahel et nous allons y travailler.

Voilà, Mesdames et Messieurs, au-delà de cette amitié qui est maintenant enracinée pour des décennies entre le Mali et la France, il y a la volonté de sortir par le haut de ce qui s'est produit au Mali, c'est-à-dire l'agression terroriste et de faire que nous puissions contribuer au développement de ce beau et de ce grand pays qu'est le Mali et avec la reconnaissance que la population nous témoigne partout et qui donne une grande fierté à la France.

(...)

Merci à tous./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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4. Syrie - Déclaration du porte-parole du ministère des affaires étrangères (Paris, 16/05/2013)

Laurent Fabius a rencontré ce soir Lakhdar Brahimi au Quai d'Orsay. Il s'est entretenu avec le Représentant spécial conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe de la conférence internationale destinée à relancer le processus politique de résolution de la crise syrienne.

La France s'engage pleinement dans la préparation de cette conférence, qu'elle appelle de ses voeux depuis plusieurs mois.

Dans ce contexte, la France poursuivra son dialogue étroit avec l'ensemble de ses partenaires pour que cette conférence ouvre la voie à une solution politique viable./.

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5. Polynésie française - Déclaration du porte-parole du ministère des affaires étrangères (Paris, 17/05/2013)

La résolution adoptée ce jour par l'Assemblée générale des Nations unies sur la Polynésie française méconnaît les choix démocratiques faits par les Polynésiens et va à l'encontre des objectifs poursuivis par l'ONU.

Le 21 avril puis le 5 mai, les électeurs polynésiens ont renouvelé, comme tous les cinq ans, leur assemblée territoriale. Ces élections générales leur ont permis de s'exprimer. Ils ont donné une majorité incontestable aux élus favorables à l'actuel statut d'autonomie.

La nouvelle assemblée territoriale, issue de ce processus démocratique, a marqué son désaccord avec le texte de cette résolution qui nie de fait la volonté exprimée de manière claire par la population polynésienne au suffrage universel.

Cette résolution est donc une ingérence flagrante, une absence complète de respect pour les choix démocratiques des Polynésiens, un détournement des objectifs que les Nations unies se sont fixés en matière de décolonisation.

La France est déterminée à continuer, avec le gouvernement de Polynésie française, à promouvoir le développement politique, économique et social de la Polynésie française./.

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6. Maroc - Communiqué du ministère du commerce extérieur (Paris, 16/05/2013)

Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur était aujourd'hui à Casablanca. Au cours de ce déplacement, le quatrième dans ce pays depuis sa nomination, la ministre a participé à la 1ère réunion panafricaine des conseillers de commerce extérieur de la France (CCEF), placée sous le signe de la coopération en direction du continent africain et de la promotion des stratégies de co-localisation, au service du commerce extérieur.

Pour la ministre «la co-localisation, c'est une conviction profonde : les deux rives de la méditerranée ont vocation à s'unir pour réussir dans la mondialisation. Une unité de production dans les pays méditerranéens n'est pas antagoniste du maintien voire du renforcement d'une usine en France. Le partage de la chaîne de valeurs constitue pour les entreprises une opportunité de développement car il répond à deux exigences : la demande légitime des pays émergents d'un développement partagé avec les entreprises qui souhaitent y exporter, et la possibilité de jouer sur les avantages comparatifs de chacun des pays, ce qui permet d'agir sur une variable de la compétitivité, celle des coûts de production».

Nicole Bricq s'est également entretenue avec Nabil Abdallah, Ministre marocain de l'Habitat, de l'Urbanisme et de la Politique de la Ville sur les différents projets marocains en matière de mobilité urbaine et de villes nouvelles. Michèle Pappalardo, fédératrice récemment nommée auprès de la Ministre du Commerce extérieur, chargée du mieux-vivre en ville, l'accompagnait.

En présence du président de la communauté urbaine de Casablanca, ont également été évoqués - dans la suite du tramway déjà opérationnel - les nouveaux projets de métro aérien et de Bus à Haut Niveau de Service de la capitale économique marocaine. Nicole Bricq a renouvelé la volonté de la France d'y participer et sa disponibilité à y contribuer financièrement.

Enfin, la ministre a participé à la cérémonie de clôture du concours Ergapolis, qui est venu récompenser une équipe franco-marocaine pour la rénovation des abattoirs de Casablanca dans une perspective de ville durable./.

(Source : site Internet du ministère du commerce extérieur)

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