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Déclarations officielles de politique étrangère du 23 septembre 2016


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole adjoint - NU/71ème session de l'assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale/Semaine ministĂ©rielle/ActivitĂ© de M. Jean-Marc Ayrault - Enseignement supĂ©rieur/Remise du rapport de France StratĂ©gie sur l'offre française de l'enseignement supĂ©rieur Ă  l'Ă©tranger - UE/Participation de M. Matthias Fekl Ă  la rĂ©union informelle des ministres chargĂ©s du commerce - DĂ©veloppement/Signature de conventions entre l'AFD et l'Union europĂ©enne - Commerce extĂ©rieur/Égypte - Agenda (Paris, 23/09/2016)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a fait les déclarations et répondu à la question suivante :

1 - Nations unies - 71ème session de l'assemblée générale - Semaine ministérielle - Activité de M. Jean-Marc Ayrault (New York, 23 septembre 2016)

M. Jean-Marc Ayrault participera aujourd'hui à New York à une réunion du «quartet» sur le processus de paix au Proche-Orient, organisée par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.

Il prendra également part à une réunion sur le Mali, en présence du président Ibrahim Boubacar Keita et de M. Ban Ki-moon, ainsi qu'à une réunion sur la République centrafricaine, en présence du président Faustin-Archange Touadéra.

Le ministre aura par ailleurs plusieurs entretiens bilatéraux et échangera avec des organisations non gouvernementales sur les droits de l'Homme.

M. Jean-Marc Ayrault rencontrera par ailleurs les fondateurs français de la start-up Datadog, spécialisée dans le secteur des données numériques. Il participera enfin à une rencontre sur le projet «Fieldwork : Marfa», portant sur des coopérations entre écoles françaises et américaines dans les domaines culturel et artistique.

Pour suivre le programme jour par jour :

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/la-france-a-l-onu/evenements-et-actualites-lies-aux-nations-unies/71eme-session-de-l-agnu/article/la-71eme-agnu-jour-par-jour

2 - Enseignement supérieur - Remise du rapport de France Stratégie sur l'offre française de l'enseignement supérieur à l'étranger (Paris, 26 septembre 2016)

MM. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, et Thierry Mandon, secrétaire d'État chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche, recevront le 26 septembre, en présence de Jean Pisani-Ferry, commissaire général de France Stratégie, un rapport sur le développement international de l'offre française d'enseignement supérieur.

Ce rapport, intitulé «L'enseignement supérieur français : au-delà des frontières, l'urgence d'une stratégie», a été réalisé sous l'égide de France Stratégie et coordonné par M. Bernard Ramanantsoa, directeur général honoraire d'HEC Paris. Les recommandations de ce rapport permettront de structurer la stratégie globale d'attractivité des filières universitaires et scientifiques françaises.

Pour plus d'informations : Joris Aubrespin (France Stratégie - Service de presse - 01 42 75 60 27 - 06 20 78 57 18)

3 - Union européenne - Participation de M. Matthias Fekl à la réunion informelle des ministres chargés du commerce (Bratislava, 22-23 septembre 2016)

M. Matthias Fekl, secrétaire d'État chargé du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l'étranger, participera les 22 et 23 septembre à la réunion informelle des ministres du commerce extérieur de l'Union européenne à Bratislava.

Les échanges porteront sur la finalisation de l'accord économique et commercial global entre l'UE et le Canada, l'état des lieux des négociations commerciales entre l'UE et les États-Unis et les enjeux des autres négociations multilatérales en cours.

Les participants évoqueront également la réforme de la modernisation des instruments de défense commerciale et l'évolution du statut de la Chine au regard de l'Organisation mondiale du commerce.

4 - Développement - Signature de conventions entre l'AFD et l'Union européenne (21 septembre)

L'agence française de développement (AFD) vient de signer avec l'Union européenne cinq conventions de financement d'un montant total de 75 millions d'euros, pour des actions d'urgence destinées à lutter contre les migrations irrégulières et leurs causes, conformément aux engagements pris par la France au sommet de la Valette en novembre 2015.

Ces programmes sont les suivants :

- développement participatif au Cameroun,

- sécurité humaine et le développement dans le nord du Mali,

- appui aux filières agricoles dans le nord du Niger,

- soutien aux initiatives de la diaspora malienne,

- renforcement de la compétitivité et de l'emploi au Sénégal.

L'objectif de ces projets est de favoriser la stabilité et la sécurité en répondant aux enjeux des migrations.

5 - Commerce extérieur - Égypte

Q - Est-ce que vous confirmez la visite la semaine prochaine en Égypte du secrétaire d'État du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français à l'étranger, Matthias Fekl, et si oui, quel sera l'ordre du jour de cette visite ?

R - Cette visite sera centrée sur la diplomatie économique. Son programme sera communiqué la semaine prochaine.

6 - Agenda du ministre et des secrétaires d'État du 26 septembre au 2 octobre 2016 - Principaux éléments publics

M. Jean-Marc Ayrault

Lundi 26 septembre

11h - Inauguration des nouveaux locaux de l'ambassade de République populaire de Chine en présence de M. Zhang Dejiang, président de l'assemblée nationale chinoise, Paris

14h30 - Remise du rapport de France Stratégie, «L'enseignement supérieur français par-delà les frontières, l'urgence d'une stratégie», en présence de MM. Thierry Mandon, secrétaire d'État chargé de l'enseignement supérieur et de la recherche, et Jean Pisani-Ferry, commissaire général de France Stratégie, Quai d'Orsay

16h - Entretien avec le Premier ministre, Matignon

Mardi 27 septembre

8h30 - Entretien avec le président de la République, Élysée

11h30 - Entretien avec M. Pascal Brice, directeur général de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), Quai d'Orsay

14h30 - Audition devant la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, Sénat

16h - Audition devant la commission des affaires étrangères, Assemblée nationale

17h30 - Entretien du président de la République avec M. Fayez el-Sarraj, Premier ministre libyen, Élysée

19h15 - Rencontre avec les membres des commissions des affaires étrangères et des affaires européennes de l'assemblée nationale et du sénat, Quai d'Orsay

Mercredi 28 septembre

8h - Entretien avec les secrétaires d'État, Quai d'Orsay

9h - Conseil restreint de Défense, Élysée

10h - Conseil des ministres, Élysée

13h - Rencontre avec les ambassadeurs des pays de l'association des nations de l'Asie du sud-est (ASEAN), Quai d'Orsay

15h - Questions d'actualité au gouvernement, Assemblée nationale

17h - Intervention devant l'école des affaires internationales (leçon inaugurale), Institut d'études politiques de Paris

19h30 - Intervention à l'occasion du «France Digital Day», Quai d'Orsay

Jeudi 29 septembre

8h30 - Rencontre avec la chambre de commerce américaine à Paris, Quai d'Orsay

10h30 - Entretien avec M. Winfried Kretschmann, ministre-président du Bade-Wurtemberg, Quai d'Orsay

11h30 - Entretien avec M. Masato Kitera, ambassadeur du Japon en France, Quai d'Orsay

13h - Entretien avec les rapporteurs du budget du ministère des affaires étrangères et du développement international de l'Assemblée nationale et du Sénat, Quai d'Orsay

15h - Questions d'actualité au gouvernement, Sénat

16h - Entretien avec M. Ross McInnes, représentant spécial pour les relations avec l'Australie, Quai d'Orsay

Vendredi 30 septembre

Déplacement bilatéral à Bruxelles et rencontre avec les institutions européennes

20h - Présentation du film documentaire «Les Pépites» de Xavier de Lauzanne (sur l'action de l'association «Pour un sourire d'enfant au Cambodge»), Convention

Samedi 1er octobre

Clôture de la quatrième édition des «Géopolitiques de Nantes», Nantes

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M. Harlem DĂ©sir

Lundi 26 septembre

11h30 - Entretien avec Mme Fiona Hyslop, secrétaire d'État écossaise chargée de la culture, de l'Europe et des affaires extérieures, Quai d'Orsay

19h30 - Présentation des voeux à la communauté juive de France par le Premier ministre, Paris

Mardi 27 septembre

16h - Entretien avec M. Arbër Ademi, vice-Premier ministre macédonien chargé des affaires européennes, Quai d'Orsay

19h15 - Rencontre du ministre avec les membres des commissions des affaires étrangères et des affaires européennes de l'Assemblée nationale et du Sénat, Quai d'Orsay

Mercredi 28 septembre

8h - Entretien du ministre avec les secrétaires d'État, Quai d'Orsay

15h - Questions d'actualité au gouvernement, Assemblée nationale

Jeudi 29 septembre

9h30 - Examen du projet de loi autorisant un accord franco-autrichien, Assemblée nationale

15h - Questions d'actualité au gouvernement, Sénat

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M. Matthias Fekl

Mardi 27 septembre

13h - Participation au forum économique «Les Échos/Handelsblatt», Paris

18h - Intervention à l'occasion de l'anniversaire de l'office allemand d'échanges universitaires sur le thème «Réinventer l'Europe : quel rôle pour les décideurs en France et en Allemagne ?», Paris

19h15 - Rencontre du ministre avec les membres des commissions des affaires étrangères et des affaires européennes de l'Assemblée nationale et du Sénat, Quai d'Orsay

Mercredi 28 septembre

DĂ©placement Ă  Beyrouth (Liban)

Jeudi 29 septembre

Déplacement au Caire (Égypte)

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M. André Vallini

Lundi 26 septembre

DĂ©placement en Colombie Ă  l'occasion de la signature des accords de paix entre le gouvernement colombien et les FARC

Mercredi 28 septembre

15h - Questions d'actualité au gouvernement, Assemblée nationale

Jeudi 29 septembre

10h30 - Examen de conventions internationales, SĂ©nat

13h - Entretien du ministre avec les rapporteurs du budget du ministère des affaires étrangères et du développement international de l'Assemblée nationale et du Sénat, Quai d'Orsay

15h - Questions d'actualité au gouvernement, Sénat

17h - Entretien avec M. Mohamed Bacar Dossar, ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale de l'union des Comores, Convention

17h45 - Entretien avec M. Hamada Madi Boléro, secrétaire général de la commission de l'océan Indien, Convention./.

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2. Inde - Acquisition de 36 avions Rafale - CommuniquĂ© de la prĂ©sidence de la RĂ©publique (Paris, 23/09/2016)

Le président de la République se félicite de l'aboutissement des négociations portant sur l'acquisition de 36 avions Rafale par l'Inde. Le Premier ministre Narendra Modi avait annoncé en avril 2015 son intention de procéder à cette acquisition, dans le cadre d'un partenariat entre gouvernements, et dans le contexte des relations stratégiques forgées entre la France et l'Inde depuis des décennies.

Cet accord, signé ce jour à New Delhi par le ministre de la défense, M. Jean-Yves Le Drian, marque la reconnaissance, par une grande puissance militaire et stratégique, de la performance opérationnelle, de la qualité technologique et de la compétitivité de l'industrie aéronautique française. Il poursuit un partenariat dans le domaine de l'aéronautique militaire débuté il y a plus de cinquante ans.

Avec la vente de 84 avions de combat Rafale depuis 2015, le gouvernement a assuré non seulement le respect des équilibres de la loi de programmation militaire, mais également le maintien et le développement d'une filière de très haute technologie essentielle à notre souveraineté. C'est le résultat d'un travail cohérent entre les pouvoirs publics et les industriels, qui porte une nouvelle fois ses fruits.

Le président de la République félicite les équipes du GIE Rafale et de MBDA, ainsi que celles du ministère de la défense, militaires et civils, qui ont élaboré ce projet majeur pour notre pays et notre industrie/.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. 71e assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies - Union europĂ©enne - États-Unis - Paix et sĂ©curitĂ© - Économie - DĂ©veloppement - Discours de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, Ă  l'UniversitĂ© Columbia (New York, 22/09/2016)

L'Europe et les États-Unis, une ambition transatlantique

Merci de votre accueil.

Madame la Doyenne,

Monsieur le Professeur,

Monsieur l'Ambassadeur,

Mesdames Messieurs,

Chers Étudiants,

Chers Amis,

Je vous remercie de m'accueillir ici dans votre université de Columbia, au sein de son École d'affaires internationales et publiques.

C'est un honneur pour moi d'être là ce matin. J'ai conscience d'être dans une institution d'excellence. Les relations exceptionnelles que Columbia a établies avec la France en témoignent également. Beaucoup d'étudiants de votre université viennent en France pour une partie de leur cursus. D'ailleurs j'en profite pour vous dire que nous serions très heureux s'ils étaient encore plus nombreux. En tout cas vous êtes les bienvenus. Hier soir je présidais une cérémonie qui s'appelle «Alumni» et qui accueillait des anciens étudiants américains en France. J'ai profité de cette occasion pour vous dire que la France est vraiment un pays d'accueil pour les étudiants. Nous souhaitons qu'ils soient de plus en plus nombreux, en tout cas, parmi eux, les étudiants américains.

Vous avez parlé, Madame, de la Maison française, de votre campus. Elle a un siècle d'existence ; et votre Département de français est un des plus prestigieux de votre pays ; et vous avez développé avec la Sorbonne, avec l'École polytechnique et Sciences Po en France un programme conjoint remarquable, que le ministère des affaires étrangères et du développement international soutient activement. Ce programme vous l'avez rappelé s'appelle «Alliance». Eh bien, «Alliance», c'est le terme que je vais utiliser comme point de départ, peut-être même idéal, pour parler de la relation franco-américaine mais aussi des relations internationales dans le monde de ce début du XXIème siècle.

Notre monde est un monde d'urgence. Un monde chaque jour plus complexe, plus instable et aussi plus imprévisible - de la Corée du Nord au Sahel en passant par l'Afghanistan et bien sûr le Moyen-Orient. L'humanité est prise d'inquiétude, et parfois même d'effroi, face à la guerre et face au terrorisme. Même si, quand on regarde concrètement les choses, notre humanité progresse dans beaucoup de domaines, pour autant les changements qui interviennent surviennent à vive allure et, dans cette accélération et dans son ampleur, apparaissent aussi de nouveaux défis, que nous n'anticipons pas toujours.

Par exemple je pense à  la libéralisation du commerce international. Cette libéralisation, à l'évidence, a contribué au développement économique des pays du sud. Elle a  contribué au bien-être de nos sociétés industrialisées. Mais, dans le même temps, elle a aussi accéléré le creusement des inégalités de revenus, ici aux États-Unis, comme en Europe. Elle a fragilisé les classes moyennes, les plus modestes, avec des conséquences profondes sur notre vie politique. Et j'aurai l'occasion d'y revenir au cours de mon propos.

Il y a aussi un autre grand changement qui est la formidable connexion entre les hommes créée par Internet et toutes les potentialités nouvelles permises par la mise en réseau. Mais, tout cela s'est aussi accompagné d'usages malveillants, parfois criminels du Web à l'échelle globale.

Quant à la mondialisation en général, en rétrécissant les distances entre les hommes, en accélérant les échanges, elle a permis une formidable ouverture. Mais elle a aussi bouleversé les cadres traditionnels des sociétés politiques. Elle a généré, en retour, des replis identitaires, des peurs, des rejets, un attachement à un passé souvent fantasmé, voire idéalisé, comme une volonté de revenir en arrière.

Et dans des sociétés fragilisées par ces mutations, il y a l'intrusion brutale, inhumaine, du terrorisme. Vous connaissez la suite tragique des attentats de ces dernières années en France. Bien sûr, la France est loin d'être la seule  touchée. Nous avons tous commémoré, il y a quelques jours, le 15e anniversaire de l'attentat du 11 Septembre, qui a endeuillé la ville de New York et, à travers elle, endeuillé le monde entier. Le terrorisme est là. Il frappe. Il frappe Boston, il frappe San Bernardino, il frappe Orlando, il frappe Paris, il frappe Nice, il frappe Bruxelles, mais aussi Istanbul, Kaboul, Bagdad, Dacca, Abidjan. Nous connaissons le paradoxe, la majorité des victimes des attentats commis par ces gens qui se revendiquent de l'islam se trouve dans le monde musulman.

Mais nous sommes aussi la cible des terroristes car ce sont nos systèmes politiques, notre mode de vie, qui sont visés. La France n'est pas tant une cible parce qu'elle prend une part active, directe ou indirecte, à la lutte contre les groupes armés terroristes - contre Boko Haram, contre les groupes du Sahel, contre Daech en Libye, contre Daech en Syrie et en Irak, contre al-Qaïda au Yémen et ailleurs. D'ailleurs  un arrêt de ces campagnes ne garantirait nullement - certains le pensent - la fin des attentats sur notre sol. La France est attaquée pour ce qu'elle est, bien plus que pour ce qu'elle fait.

La France, il est vrai, est un pays de liberté qui a organisé son droit de la religion autour du concept de laïcité. Je sais que c'est souvent une notion mal comprise en dehors de nos frontières nationales, au point même que, parfois, ce mot est difficile à traduire dans les autres langues que le français. Donc, nous avons aussi, sans doute, à expliquer davantage ce concept qui nous est propre, me semble-t-il.

Ce concept de laïcité est en France un des fondements de notre République moderne. Il garantit non seulement le caractère séculier de l'État et de l'administration, mais aussi et surtout il garantit la liberté de religion ou de conviction, y compris celle de pratiquer sa religion - toutes les religions - sans discrimination. C'est cela le socle. C'est donc un principe essentiel, qui est d'ailleurs largement partagé. Mais ce qui fait débat, c'est sa traduction dans le champ social. C'est vrai qu'il y a une spécificité française. C'est pourquoi sa mise en oeuvre évolue avec la société elle-même. Nous sommes confrontés à de nouvelles pratiques, mais il faut donc, sans renier ce socle, être capable de s'adapter. Alors, quelle est la meilleure façon de s'adapter, eh bien notre système judiciaire est là pour ça, c'est une garantie pour tous les citoyens, pour les libertés. Il dit le droit et, lorsqu'il y a une interprétation, il tranche, et quand il tranche, il tranche toujours en faveur de la liberté, pour toutes les religions, sans discrimination, j'insiste bien sur ce point. C'est cela la réalité française. J'ai ce matin l'occasion de l'expliquer un peu mieux, c'est important. Il ne faut qu'il y ait de malentendu.

Un des risques que nous devons éviter aujourd'hui justement, c'est que tous ces attentats ne s'accompagnent de réactions qui provoqueraient divisions et stigmatisations au sein même de nos sociétés. Et là, je parle plus que de la France, je parle de toutes nos démocraties. Sur ce terrain aussi il nous faut, plus que jamais, demeurer fidèles à nos principes. Il nous faut garder le cap de la raison. Et je veux être clair sur ce point. Pour nous, non, il n'y a pas de guerre de civilisation.

Cette mission qui est la nôtre, nous ne devons pas la prendre à la légère, car sur le terreau des inquiétudes, le terreau de la souffrance sociale et de la crainte face au chaos du monde, les populistes prospèrent partout. Ces démagogues s'inscrivent dans une tradition politique qui est ancienne, qui consiste à tenter de séduire le peuple par le simplisme mais surtout par le mensonge.

Les démagogues promettent de résoudre les problèmes du moment sans se préoccuper de la faisabilité de ce qu'ils proclament. Sans se préoccuper des conséquences de long terme, pas plus que de la compatibilité de ces mesures avec les valeurs sur lesquelles nos sociétés sont fondées. Le masque tombe quand, par malheur, ces mêmes démagogues accèdent au pouvoir. Le peuple, auquel ils promettaient tant, se retrouve à payer le prix de leur succès. Oui, à la fin, la victoire des populistes c'est qu'il y a toujours une facture, et c'est le peuple qui la paie. Ou bien, quand ces populistes sont au pied du mur, confrontés à l'épreuve des responsabilités, ces démagogues disparaissent - à l'image des plus fervents tenants du Brexit, vous vous souvenez, qui laissent finalement à une partisane du «Remain» le soin de mettre en oeuvre un projet dont ils avaient soigneusement occulté la complexité.

Cette crise des démocraties représentatives, elle est aujourd'hui répandue partout dans le monde. En France, les démagogues s'en prennent à l'Europe, qui est maintenant le nouveau bouc émissaire politique, ils s'en prennent à l'immigration. Ils proposent eux aussi des remèdes illusoires. Une sortie de l'Union européenne. Une fermeture des frontières. Une remise en cause de nos droits fondamentaux au prétexte de lutter plus efficacement contre le terrorisme. Ici, aux États-Unis, la campagne présidentielle que nous suivons attentivement, je tiens à vous le dire, en France comme dans le reste du monde, montre que les États-Unis ne sont pas épargnés par ce populisme.

* * * *

Alors, face à ce monde chaotique et dangereux, face aux fausses solutions, comment réagir ? Oui, comment réagir, c'est la question.

Le premier impératif c'est de ne céder ni à l'affolement, ni à la tentation du chacun pour soi. Nous avons, à l'occasion de la crise financière de 2008, réussi à garder les frontières ouvertes. Et si l'on songe au précédent des années 1930 et à la guerre qui a suivi la crise, c'est un progrès notable. Alors que les normes sont mises en cause, il nous faut sans relâche réaffirmer l'importance du droit international. L'importance des valeurs qui sous-tendent le système des Nation unies, en particulier les droits de l'Homme. Dans une phase de turbulences, il importe d'autant plus de garder le cap et de ne pas abandonner nos principes.

Dans le monde d'aujourd'hui, nos politiques étrangères comme nos politiques internes doivent être intelligibles et lisibles par les peuples, par nos peuples. Il faut donc s'en rapprocher, pour mieux les comprendre et mieux s'en faire comprendre. Et en même temps, nous ne devons pas abandonner notre éthique de responsabilité. C'est la responsabilité des hommes et des femmes qui gouvernent et qui prétendent gouverner d'assumer aussi leurs missions. Ce que nos populations expriment souvent, c'est un besoin de protection. Un besoin de protection face aux risques et aux incertitudes. Et cette demande est parfaitement légitime. Ce serait une erreur de la regarder de loin, ou de la regarder de haut. Il faut l'entendre. Mais nous devons, dans la recherche de réponses, être attentifs à ne pas choisir les voies du repli, celles qui conduiraient par exemple à fermer les frontières, à bâtir des murs pour rester entre soi et considérer l'autre comme une menace, à réfuter l'existence d'une communauté de destin de l'humanité. Oui, voilà, la peur des autres, dans notre histoire, il ne faut jamais l'oublier, elle a parfois mené à leur négation. Et si nous oublions cela, alors effectivement nous faisons une grave erreur et nous prenons une immense responsabilité.

Face aux désordres de la mondialisation, un besoin de réhabiliter la nation peut exister. Souvent, il s'exprime ce besoin. Mais ce n'est pas forcément une mauvaise chose. La nation c'est un socle essentiel, bâti sur une longue histoire, c'est le fondement d'un ordre possible à l'échelle du monde – et je me revendique moi-même comme patriote. D'ailleurs les Américains sont patriotes, quelle que soit leur origine, donc ce n'est pas un défaut. C'est plutôt à la fois une fierté et c'est plutôt une chance. Mais les nations ne peuvent pas tout, toutes seules. L'isolement est un leurre comme l'est l'illusion d'une souveraineté sans partage. Il aura fallu aux nations européennes les bouleversements de deux conflits mondiaux, mais aussi, je tiens ici à le dire, grâce aussi à l'aide des États-Unis, pour que l'idée d'intégration européenne prenne enfin corps avec le soutien de tous ceux qui croyaient en la liberté. C'est cela l'histoire européenne. Elle est récente cette histoire européenne. Et elle s'est construite après de grandes tragédies.

Les organisations régionales et le système multilatéral peuvent et doivent contribuer justement à répondre à ce besoin de protection des peuples. Il faut réaffirmer cela, au moment où justement, ce qui pourrait être à la mode, c'est le nationalisme. Mais il ne faut pas confondre le nationalisme avec le patriotisme.

Je suis à New York pour l'assemblée générale des Nations unies. C'est vrai que cette organisation parfois déçoit, par exemple lorsque le conseil de sécurité est bloqué alors que des enfants, des femmes, des hommes meurent par centaines de milliers et souffrent par millions, je pense en particulier à la Syrie en ce moment. Mais, en même temps, nous ne devons pas oublier le cadre de la gouvernance mondiale qu'offre l'Organisation des Nations unies - je pense à ses opérations de maintien de la paix, à la coordination qu'elle permet en matière de santé ou d'alimentation, à la réponse au changement climatique qu'elle favorise. L'Organisation des Nations unies est la seule instance où est représenté l'ensemble des pays de la planète. Or, à nombre des défis auxquels nous faisons face, il n'existe pas de réponse individuelle, qu'il s'agisse des pandémies, qu'il s'agisse des crises régionales ou du changement climatique. Nous avons besoin de cette organisation, malgré ses défauts.

Le deuxième impératif, c'est de continuer à agir. Agir sans relâche. Agir même lorsque la solution n'apparaît pas immédiatement à portée de main. Dans les prochains mois, la France poursuivra ses efforts pour lutter contre le terrorisme, c'est-à-dire pour continuer à faire reculer Daech en Syrie, en Libye, en Afrique, partout où ces marchands de mort se sont installés. Nous ferons tout, avec nos alliés, avec les États-Unis, pour gagner la guerre. Mais encore faut-il aussi se préparer à gagner la paix ensuite. Je veux dire que les processus politiques, même s'ils sont difficiles, sont nécessaires pour rétablir la stabilité de ces régions. Il ne suffit pas de conquérir une ville pour ensuite imaginer que tout va bien se passer. Il faut construire le projet politique qui sera inclusif. Et nous devons sans attendre nous y atteler, afin de ne pas découvrir trop tard que sans solution politique, la paix ne peut prévaloir. Je reviens d'une réunion sur la Libye, et nous avons là un exemple concret. Les frappes aériennes, la mort du dictateur, et le chaos. Et le terrorisme qui prospère. Il faut à chaque fois avoir une réflexion collective et une réponse politique.

Au Proche-Orient, la France a pris l'initiative de relancer un processus en vue d'établir une paix durable entre Israël et la Palestine, c'est-à-dire remettre à l'agenda international ce qui finit par être oublié : la perspective de deux États, Israël et Palestine, qui vont côte à côte en paix et en sécurité. Je suis tout à fait conscient du défi. Fallait-il attendre que tout le reste soit réglé pour enfin revenir à cette question qui crée tant de malheur, tant de souffrance, et tant de haine aussi, et de violence ? Je suis convaincu d'une réalité : il n'y aura pas de paix dans cette région sans un règlement de ce conflit, car ce conflit alimente la violence, il alimente le ressentiment il alimente la radicalisation. Et le soutien de Washington à cette initiative est évidemment crucial. Nous en parlons souvent avec John Kerry.

La France continuera aussi, avec ses moyens diplomatiques et militaires, à contribuer au maintien ou au rétablissement de la paix dans les régions en crise. En Europe, je pense bien sûr à l'Ukraine, dans le cadre de ce qu'on appelle le format Normandie -c'est-à-dire en franco-allemand, l'Allemagne et la France - et bien sûr le continent africain. Je pense aussi au bassin du lac Tchad, au Sahel, ou dans la Corne de l'Afrique, et nous avons pu progresser ces derniers temps, même s'il y a encore beaucoup de problèmes devant nous.

Le troisième impératif, c'est de renforcer la solidarité entre les peuples. La France a décidé en ce qui la concerne l'année dernière d'accroître son aide au développement. Cette décision se traduit par une augmentation de 4 milliards d'euros supplémentaires par an d'ici 2020, dont la moitié sera réservée au climat. À titre national, comme au sein de l'Union européenne, qui fournit plus de la moitié de l'aide au développement dans le monde et en particulier à l'Afrique, nous nous engagerons davantage sur ces questions, qui sont aussi, pour nous tous, des questions de sécurité à long terme.

Mais au-delà du développement durable, nous entendons aussi maintenir, en dépit des contraintes budgétaires, notre action culturelle. Non seulement dans l'espace francophone, mais aussi partout dans le monde. Dans le contexte d'une montée de la xénophobie, ces échanges culturels et humains sont plus nécessaires que jamais. Ils contribuent véritablement à une meilleure compréhension mutuelle. Et c'est par la connaissance de l'autre que le repli n'est plus une tentation.

* * * *

Mesdames, Messieurs, Chers Amis, collectivement, nous ne sommes donc pas démunis ou impuissants. L'accord de Paris sur le climat l'illustre tout à fait, comme les autres succès de nos interventions. Je pense à la restauration de la paix au Mali, ou les progrès sur le terrain contre Daech, que j'ai déjà évoqués.

Mais d'autres évolutions sont aussi porteuses d'espoir. La démocratie s'installe enfin en Birmanie ; nous devons l'aider autant que nous le pouvons. L'accord de paix en Colombie : qui aurait pu penser que ce soit possible qu'on puisse mettre fin à cette guerre civile si terrible et si longue ? Eh bien, pourtant, c'est la voie de la négociation qui l'emporte. C'est important de le saluer. D'ailleurs, symboliquement hier, le président Santos de Colombie est venu au début de la réunion du conseil de sécurité apporter les documents qui concrétisent cette signature d'un accord de paix. Donc la Colombie, comme la Birmanie, a besoin de notre soutien. Bien sûr, il lui est acquis, pleinement acquis. Le développement économique porte aussi ses fruits depuis plusieurs années en Inde, cet immense pays, au Bangladesh ou encore en Afrique. Nous n'avons pas de raisons de laisser le pessimisme nous envahir.

Alors, puisque nous avons les moyens d'agir et si nous le voulons, que devons-nous faire, ensemble, avec les États-Unis, dans les mois et les années à venir et notamment après vos élections présidentielles ?

D'abord, ce que je voudrais dire, c'est que nous avons vraiment bien travaillé avec le président Obama et son administration. Nous partageons un grand nombre de convictions progressistes. Avec les secrétaires d'État, Hillary Clinton puis John Kerry, nous avons maintenu une coopération très étroite. Nous nous parlons souvent et nous nous voyons souvent. Et nous sommes souvent ensemble dans des réunions. C'était encore le cas ce matin sur la Libye, ce sera encore le cas cet après-midi pour la Syrie. Certaines de nos réussites sont récentes et elles tiennent à cette coopération. Je vais prendre deux exemples : c'est l'accord sur le nucléaire iranien ou encore l'accord de Paris, que j'ai mentionné plusieurs fois, sur le climat.

Notre souhait, c'est que les États-Unis continuent à occuper leur place dans les relations internationales et continuent à défendre avec nous des valeurs et des principes que nous partageons dans le domaine de la paix, dans le domaine de la démocratie et des droits de l'Homme. Je le dis car je sais combien cette responsabilité internationale est actuellement débattue ici, aux États-Unis, pendant cette campagne électorale que nous suivons très attentivement. Vraiment, nous nous sentons concernés par le choix que fera le peuple américain. En défendant la paix partout dans le monde, je dis bien la paix, en fait les États-Unis se défendent eux-mêmes. C'est un point commun que nous avons entre nos deux nations et cela, je dois le dire, de très longue date.

Nous espérons également que les États-Unis resteront engagés dans une approche multilatérale et collective des problèmes du monde, une approche qui passe par le débat aux Nations unies et dans les autres instances de la gouvernance mondiale. Cette approche contribue à la recherche du consensus sur les grands enjeux communs, qu'il s'agisse de combattre le terrorisme, de lutter contre le changement climatique, de réguler la mondialisation ou de ramener la paix dans les zones de conflit.

L'Union européenne, pour sa part, restera un acteur central, un acteur engagé du partenariat transatlantique. Je ne sous-estime pas l'impact du Brexit, qui pèse surtout sur le Royaume-Uni. Mais je profite de cette rencontre avec vous pour vous faire une recommandation. C'est de ne pas vous laisser, j'allais dire, trop impressionné par cette décision du peuple britannique. Il ne faut pas qu'elle prédomine dans votre analyse de la situation en Europe. Nous avons surmonté d'autres crises. Nous voulons que la discussion formelle, la négociation, s'engage rapidement entre Londres et les 27 autres membres de l'Union européenne. Il faut limiter cette période d'incertitude ; elle est néfaste pour tout le monde. Mais chacun souhaite aussi que le résultat de la négociation préserve autant que possible les intérêts des deux parties. Et en ce qui concerne la France, elle conservera avec le Royaume-Uni une relation étroite dans tous les domaines, y compris dans celui de la défense et de la sécurité. Mais, c'est vrai, dans une relation qui sera différente avec l'Europe.

Surtout, l'ambition de la France est que l'Union à 27 soit plus forte que celle des 28 moins 1. C'est un défi, c'est vrai, mais dans cette perspective, l'Europe doit se concentrer sur un certain nombre de priorités qui répondent à l'urgence et à la demande des peuples européens. Protéger les frontières extérieures de l'Europe. Contrôler son territoire face aux menaces. Donner une nouvelle impulsion à la défense européenne. Doubler le plan européen d'investissement en faveur du modèle de croissance par l'investissement dans les industries de demain. Renforcer la justice sociale et l'équité fiscale. Amplifier les programmes pour la mobilité et l'emploi des jeunes. Ce sont les priorités que nous devons nous fixer et qui doivent se traduire en consensus politique et en actions concrètes, et qui seront de nature à redonner confiance aux citoyens européens qui doutent de l'Europe et de son efficacité. C'est quand elle apparaît moins efficace que les peuples s'en détournent.

Mais je vous le dis franchement, l'Europe demeurera cet ensemble extraordinaire de 450 millions d'habitants, qui est la première économie mondiale, qui est le premier pourvoyeur d'aide au développement. Et l'Europe, l'Union européenne, restera un grand partenaire des États-Unis, y compris dans le domaine économique. De ce point de vue, la perspective d'un accord de partenariat sur le commerce, qui est débattue en Europe, mais qui est débattue aussi aux États-Unis - et oui, il n'est pas question de fermer nos portes, je l'ai dit tout à l'heure - nous ne sommes pas opposés à un accord de partenariat sur le commerce et les investissements. Cette question reste ouverte, nous l'avons bien fait avec le Canada, pourquoi pas avec les États-Unis.

Mais il y a des conditions à remplir : il faut que la négociation soit équilibrée et que les concessions qui seront faites soient également réciproques et bénéfiques à chacun. Il faut une vraie réciprocité. Sinon, le doute s'installe, et c'est le rejet qui préside. Et sans cela, il ne peut y avoir de traité transatlantique. Je crois que cette approche finit par progresser, même si ce n'est pas facile. Mais en tout cas voilà c'est notre conception.  La position que la France exprime, en toute simplicité et en toute transparence. Parce que la transparence, nous la devons aux peuples. C'est quand les négociations de ce type manquent de transparence que le doute s'installe et que les préjugés ou les malentendus, voire les désinformations, prospèrent. Il faut en être conscient. Donc il y a aussi des modes de négociation à changer.

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Nous devons, ensemble, résister. Résister au fatalisme et au défaitisme. Ne perdons confiance ni face au terrorisme, ni face aux tentatives d'ériger l'autocratie en modèle alternatif à la liberté et à la démocratie, ni face aux théories simplistes des démagogues. La démocratie, les droits de l'Homme, le bénéfice d'une société ouverte et libre, tout cela demeure l'aspiration commune des peuples du monde. Soyons-en conscients, même si aujourd'hui cette conception est menacée et en danger. Et c'est cela qui doit nous inspirer : résister pour construire ensemble ! Je crois que c'est cela notre mission. Et notre mission, c'est d'agir ensemble. Vous, en particulier, la jeunesse américaine, comme la jeunesse française, qui, à travers vos études et vos échanges, aurez demain la responsabilité aussi d'exercer vos compétences dans le domaine politique, dans le domaine économique, dans les entreprises, dans les organisations publiques ou non-gouvernementales. Nous comptons sur vous, mais vous pouvez aussi compter sur nous, c'est-à-dire aussi notre franchise à aborder en face les défis d'aujourd'hui sans jamais renoncer à ce que nous sommes, c'est-à-dire des défenseurs de la liberté, de la démocratie et des droits de l'Homme.

Je vous remercie de votre attention./.

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4. Syrie - RĂ©union du Groupe international de soutien Ă  la Syrie - Remarques Ă  la presse de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international (New York, 22/09/2016)

J'ai réaffirmé la position de la France. J'ai dit aux Russes et aux Américains que nous étions d'accord pour repartir de leur accord du 9 septembre, qu'il n'y a pas d'autre proposition sur la table mais qu'il y avait des conditions pour réussir. La première, c'est d'exiger que l'aviation syrienne reste clouée au sol, qu'elle ne poursuivre plus ses bombardements, donc qu'elle arrête d'intervenir, c'est la première condition. Et la deuxième condition, et on voit bien les limites de ce qui s'est passé depuis Genève entre Russes et Américains, c'est qu'il faut que l'ensemble des membres de ce Groupe international de soutien soit associé au contrôle de la mise en oeuvre d'une trêve. C'est la proposition de la France, qui a été soutenue d'ailleurs par la plupart des intervenants dans cette réunion.

Q - Est-ce que l'offensive majeure qui vient d'être lancée sur Alep a été évoquée ?

R - Bien entendu.

Q - Et alors ?

R - Nous exigeons que l'aviation syrienne reste clouée au sol. Sinon, il n'y aura pas de trêve.

Q - N'est-ce pas une provocation cette offensive qui débute quasiment à l'heure où débutaient les négociations ?

R - Je pense qu'il faut l'interpréter comme cela, c'est pour cela qu'il y a une colère de beaucoup de participants, qui ne s'est pas exprimée violemment, mais qui est une colère contenue, mais une réelle colère contre ce régime qui continue en dépit de toute dignité et tout respect de la loi internationale de massacrer son peuple.

C'est pourquoi je pense que si on veut vraiment, y compris en repartant de l'accord russo-américain du 9 septembre, que cela marche, alors il faut changer de méthode, il faut que l'ensemble des pays qui participent à ces réunions du Groupe international de soutien soient associés au contrôle de cette perspective de trêve, et puis, pour cela, se donner les moyens d'empêcher l'aviation syrienne de décoller. Et la question a été, bien entendu, posée à ceux qui soutiennent le régime de Damas.

Q - Qu'en disent les Russes ? Qu'a répondu Lavrov à cette question ?

R - À l'évidence, la réponse n'était pas satisfaisante. Nous attendons un engagement clair. La réponse porte toujours sur «il faut combattre al-Nosra comme Daech». Nous sommes d'accord, il faut combattre al-Nosra comme Daech, mais ce n'est pas à l'aviation syrienne de le faire, c'est à la coalition internationale, et aussi avec l'aide des Russes, mais sinon l'aviation syrienne continuera de bombarder tout le monde, et en particulier l'opposition, puisqu'aujourd'hui c'est Alep qui est visée.

Q - Quel est le prochain rendez-vous ?

R - Nous avons rappelé aux Russes et aux Américains la responsabilité de se mettre d'accord et sans tarder. Moi, j'ai exprimé le point de vue de la France, qui est une exigence politique et morale : c'est qu'on ne peut pas continuer dans cette situation. J'ai répété ce que j'ai dit au conseil de sécurité, j'ai fait des propositions précises, qui ont été agréées par beaucoup de participants à cette réunion. Il faut bien que tous soient conscients de leur responsabilité. Le mécanisme de surveillance de l'accord de cessez-le-feu que je propose, il faut vite le mettre en oeuvre, c'est une condition de la réussite de cet accord./.

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5. Partenariat transatlantique - Entretien de M. Matthias Fekl, secrĂ©taire d'État chargĂ© du commerce extĂ©rieur, de la promotion du tourisme et des Français de l'Ă©tranger, avec le quotidien «Les Échos» (Paris, 23/09/2016)

Q - Ce Vendredi, à Bratislava, demanderez-vous l'arrêt des négociations sur le TTIP ?

R - Oui, c'est ce que je ferai auprès de mes homologues européens.

Q - Pourquoi arrĂŞter maintenant ?

R - En septembre 2015, j'ai été le premier à tirer la sonnette d'alarme. Si les négociations continuaient de la même manière qu'à l'époque, la France se réservait toutes les options y compris de demander la fin des négociations. Nous y sommes. Car contrairement à ce que j'ai pu lire ici ou là, ce n'est pas à l'approche d'une échéance politique que mon discours a changé. Il faut regarder les faits. Depuis 2 ans, en lien avec les filières économiques, les parlementaires et les syndicats, j'ai élaboré une stratégie commerciale très précise en fonction des intérêts offensifs et défensifs de nos entreprises. Je pense en particulier à l'accès des marchés publics, un enjeu très important pour la France.

Les marchés publics américains sont ouverts à moins de 50% contre plus de 90% dans l'Union européenne. La moindre des choses sur ce sujet est d'avoir une réciprocité. C'est d'ailleurs ce qu'a fait le Canada dans le cadre de l'accord CETA en ouvrant ses marchés au niveau fédéral mais aussi provincial. Avec les États-Unis, de nombreux États fédérés non seulement ne se sentiront pas liés par l'accord du TTIP mais ils pourraient même l'attaquer devant la Cour suprême. J'ai regardé filière par filière ce qu'il y avait à perdre et ce qu'il y avait à gagner pour nos entreprises. En l'état actuel des négociations, rien n'a avancé depuis 2 ans. Il n'y a aucune offre sérieuse de la part des États-Unis.

Q - Ne commettez-vous pas une erreur stratégique en quittant le champ de bataille alors qu'aucun texte n'est sur la table. Pourquoi ne pas aller au bout et rejeter une proposition d'accord finalisée mais qui ne vous conviendrait pas ?

R - Votre question est légitime. Mais le moment est venu de prendre des décisions claires et d'éviter soit une accélération des discussions qui n'aboutirait qu'à un accord bâclé et prématuré, soit un enlisement bureaucratique des négociations. La première option est inacceptable. C'est celle d'un «TTIP light» qui passerait par pertes et profits les intérêts économiques français dans l'industrie, les services, l'agriculture. La seconde option, c'est l'enlisement. Elle condamne à terme la politique commerciale européenne, sa crédibilité, sa légitimité.

La politique, ce n'est pas mettre les problèmes sous le tapis les laissant à ses successeurs. Nous sommes aujourd'hui à un carrefour. Soit on fait le choix de la «vieille Europe», soit celle de la «nouvelle Europe», celle que préfigure la décision de la Commission européenne sur Apple. J'ajoute un troisième risque, c'est que la Commission évince les parlements nationaux du contrôle des accords commerciaux. La Commission européenne a ainsi été très ambiguë sur bien des aspects, y compris sur le processus de ratification de l'accord avec le Canada (CETA). La question de la présence des parlements nationaux dans ce processus est, pour la France, non négociable. Ce n'est qu'après des pressions de notre part et de l'Allemagne que la Commission européenne a fini par céder. C'est donc après mure réflexion que nous demandons l'arrêt de ces négociations.

Q - Votre position revient à remettre en cause les compétences de la Commission européenne à négocier des accords commerciaux non ? Les États membres doivent-ils reprendre la main sur les négociations ?

R - Il ne s'agit pas de cela. Nous avons besoin de l'Union européenne. La politique commerciale européenne est nécessaire. Mais, elle doit répondre aux attentes et aux besoins des citoyens européens. L'Europe est une grande puissance commerciale mondiale. Nous devons nous affirmer comme tel. Il n'est pas concevable par exemple de négocier un partenariat commercial avec les États-Unis alors que parallèlement l'extraterritorialité de leur législation leur permet d'attaquer des entreprises françaises et européennes...

Q - Le président de la Commission, Jean Claude Juncker, a dit que les négociations continueraient et iraient à leur terme. Est-ce à dire que la France va se désintéresser des discussions ?

R - Le président de la République a répondu précisément à cette question au G20 en rappelant que la Commission européenne pouvait «bien poursuivre les négociations mais que la position de la France était claire». Dire que nous souhaitons l'arrêt de ces négociations, cela signifie simplement que celles-ci n'ont plus notre soutien politique. Et je note que dans le paysage politique et économique français, cette position est largement soutenue.

Q - Vous laissez le champ ouvert à une reprise des négociations plus tard sur des nouvelles bases. Remettez-vous en cause le mandat donné à l'unanimité des pays membres en juin 2013 à la Commission pour négocier le TTIP. Que souhaitez-vous changer dans ce mandat ?

R - Nous souhaitons que ce mandat soit considéré comme caduc, il en faut un nouveau, transparent et public qui permette un vrai partenariat. Il faut négocier sur des sujets mutuellement bénéfiques. Il faut que les représentants de la Nation aient accès aux documents. Je note qu'un élu du Congrès américain peut être associé aux négociations.

Ce n'est pas le cas en Europe. Il faut intégrer les exigences de la COP21 dans les négociations commerciales. Cela veut dire la prise en compte du bilan carbone et du caractère durable du développement, ainsi que des normes sociales élevées. Surtout, je le répète, il ne peut y avoir de négociations commerciales sérieuses avec les États-Unis tant que subsiste le caractère extraterritorial des lois américaines. Il faudrait aussi refondre les services de la direction commerce de la Commission. Nous avons trop de fonctionnaires en charge des négociations et très peu en charge de l'application des accords commerciaux. Aux États-Unis, la situation est rigoureusement inverse. Il faut une vraie stratégie commerciale européenne qui défende les intérêts de tous.

Q - Alors que la France souffre d'une faible croissance et d'un niveau très élevé de chômage, le TTIP ne serait-il pas une opportunité de redonner du tonus à l'activité ?

R - Je suis le premier à dire quand un accord est positif pour notre économie comme celui conclu avec le Canada. Tout dépend du contenu de l'accord que l'on signe. Si le TTIP pouvait être positif pour notre économie, j'en serai le premier partisan. Ce n'est malheureusement pas le cas.

Q - Aujourd'hui, est-il sensé de fermer la porte à toute coopération réglementaire en matière de santé, d'environnement, de droits sociaux avec les États-Unis alors que la Chine prend chaque année un poids plus grandissant sur la scène internationale. Au risque que l'Europe se fasse imposer des normes asiatiques et non occidentales ?

R - Il faut évidemment essayer au maximum de façonner des règles communes au niveau mondial. C'est un objectif louable et juste dans son énoncé. Mais ce n'est pas ce qui se passe dans ces négociations.

Q - Vous ne pensez pas que les Américains feront des concessions à la dernière minute ? Vous ne constatez pas d'avancées réelles dans la coopération réglementaire entre l'Europe et les États-Unis ?

R - Les questions sectorielles peuvent très bien se résoudre au niveau sectoriel. Cela n'a rien à voir avec les prétentions géopolitiques du TTIP. Nous pouvons parfaitement procéder à l'harmonisation des règlements et des normes techniques dans une quinzaine de secteurs par exemple.

Mais, même dans ces domaines, il n'y a après 15 rounds aucune avancée concrète ! Par exemple, à ce stade, il n'y a aucune suppression du double contrôle des produits européens exportés aux États-Unis. C'est ce qui ressort des «debriefings» régulièrement tenus par la Commission européenne après chaque session de négociations. La Commission européenne est de bonne foi mais il n'y a pas de répondants en face. J'étais au Congrès américain et j'ai rencontré l'administration Obama lors d'un long déplacement en mai. Les États-Unis ne lâcheront sur rien. Dans l'électronique, l'aéronautique, l'aérospatial, l'agriculture... J'ai suffisamment rencontré d'interlocuteurs aux États-Unis pour le savoir.

Q - L'accord avec le Canada est prêt à être ratifié par les ministres européens du commerce puis par le Parlement européen. Y êtes-vous favorable ?

R - Oui c'est un accord qui ouvre les marchés publics canadiens au niveau fédéral mais aussi au niveau provincial. L'agriculture française y est défendue avec 42 indications géographiques protégées reconnues, ce qui n'était pas le cas avant. Une clause permet en outre d'élargir la liste de ces indications au cas où l'une d'entre elle serait usurpée au Canada dans l'avenir. Le Canada est le premier État à accepter l'idée que j'ai ardemment défendue d'instaurer une Cour de justice publique pour régler les différends centre États et investisseurs en lieu et place de l'arbitrage privé.

Q - Le message auprès de l'opinion publique française ne risque-t-il pas d'être brouillé si vous acceptez le CETA et non le futur TTIP ?

R - La posture facile à l'approche d'élections serait d'être contre tout. La défense des intérêts européens et français est de dire, accord par accord, la vérité. Si un accord est bon pour notre économie, il faut l'appliquer et le mettre en oeuvre. Et le CETA en fait partie, d'autant que nous avons travaillé encore récemment pour encadrer l'interprétation de cet accord avec le Canada. J'ajoute que l'accord avec la Corée du sud qui avait créé de nombreuses craintes au départ, en particulier sur l'automobile, en 2012, a été positif pour la France qui est passée d'un déficit à un excédent commercial avec ce pays./.

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