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Déclarations officielles de politique étrangère du 27 mars 2017


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Irak/Bombardements √† Mossoul - Syrie/Nouvelles violations de la tr√™ve - Bangladesh/Attentats - Nations unies/Cl√īture de la 34√®me session du conseil des droits de l'Homme - Russie/Manifestations - Maroc/Lancement par l'ambassade de France d'un concours de photographie sur le th√®me de la lecture (Paris, 27/03/2017)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations suivantes :

1 - Irak - Bombardements à Mossoul

Nous d√©plorons les nombreuses pertes civiles que peuvent entra√ģner les combats dans lesquels la coalition est confront√©e √† la brutalit√© de Daech.

Nous adressons nos condoléances aux familles des victimes. Chaque fois que cela est nécessaire, une enquête doit être diligentée. Pour les autorités irakiennes et pour tous les partenaires de la coalition, la préservation des vies des populations civiles et l'apaisement de leurs souffrances sont des priorités.

A l'inverse, Daech se sert des civils comme boucliers humains pour retarder la progression des forces irakiennes. Ce groupe terroriste continue de semer la mort sur le territoire irakien à travers les attentats et procède au minage systématique des infrastructures de Mossoul.

Nous condamnons avec la plus grande fermeté ces pratiques, qui montrent une nouvelle fois à quel point Daech fait peu de cas de la vie humaine.

2 - Syrie - Nouvelles violations de la trêve

La France condamne la poursuite des violations de la trêve en Syrie et est préoccupée par les informations faisant état de frappes aériennes qui auraient causé la mort d'au moins 16 civils le 25 mars à Hammouriyeh (Damas). Nous condamnons également les violences commises par les organisations terroristes.

Comme l'a souligné le 26 mars M. Staffan de Mistura, envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, le respect de la cessation des hostilités est crucial pour permettre des avancées dans les négociations intersyriennes sous l'égide des Nations unies qui se tiennent actuellement à Genève.

La communaut√© internationale attend de la Russie et l'Iran, garants de la cessation des hostilit√©s, qu'ils exercent les pressions n√©cessaires sur le r√©gime pour mettre un terme √† ces violations et permettre un acc√®s humanitaire s√Ľr, complet et sans entrave √† toutes les populations dans le besoin.

3 - Bangladesh - Attentats

La France condamne la série d'attentats qui a touché ces derniers jours le Bangladesh, et notamment Dacca.

Elle exprime ses condoléances aux familles des victimes et assure le Bangladesh de sa solidarité.

La France est déterminée à oeuvrer au renforcement de la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme partout dans le monde.

4 - Nations unies - Cl√īture de la 34√®me session du conseil des droits de l'Homme (Gen√®ve, 27 f√©vrier-24 mars 2017)

La France a participé à la 34ème session du conseil des droits de l'Homme qui s'est achevée le 24 mars.

La session a en particulier porté sur la situation en Syrie et permis de renouveler le mandat de la commission d'enquête internationale indépendante pour lutter contre l'impunité.

La France a √©galement soutenu, avec ses partenaires de l'Union europ√©enne, la cr√©ation d'une mission d'√©tablissement des faits pour enqu√™ter sur les all√©gations de violations graves des droits de l'Homme en Birmanie, notamment √† l'encontre de la minorit√© rohingya. Elle salue le renouvellement de plusieurs mandats importants pour la protection des droits de l'Homme : ceux des experts ind√©pendants sur la situation des droits de l'Homme au Mali et en Iran ; ceux des rapporteurs sp√©ciaux sur les d√©fenseurs des droits de l'Homme, sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou d√©gradants, et sur la libert√© d'expression. Le conseil des droits de l'Homme a renforc√© le mandat de la commission sur les droits de l'Homme au Soudan du Sud afin de lui donner les moyens de collecter des preuves sur les violations graves commises dans ce pays. Il a aussi d√©cid√© de renforcer le suivi de la situation des droits de l'Homme en Libye et en Cor√©e du Nord. Enfin, la France salue la d√©claration du pr√©sident du conseil des droits de l'Homme qui appelle au renforcement des institutions nationales des droits de l'Homme en Ha√Įti, avec l'appui du haut-commissariat aux droits de l'Homme.

M. Harlem Désir, secrétaire d'Etat pour les affaires européennes, est intervenu le 1er mars dernier pour rappeler les priorités et les objectifs que la France entendait poursuivre dans le cadre de sa candidature à un nouveau mandat au conseil des droits de l'Homme pour la période 2018- 2020.

5 - Russie - Manifestations

Des manifestations contre la corruption en Russie le 26 mars ont été interdites ou ont donné lieu à de nombreuses interpellations de manifestants pacifiques.

Cette situation suscite une vive préoccupation de la France.

Les libertés de manifestation, de réunion, d'association et d'expression sont des libertés fondamentales que garantissent la constitution russe et les engagements internationaux auxquels la Russie a souscrit. Nous appelons les autorités russes à respecter ces engagements.

6 - Maroc - Lancement par l'ambassade de France d'un concours de photographie sur le thème de la lecture (24 mars 2017)

L'ambassade de France au Maroc a lancé un concours de photographie sur le thème de la lecture, "#lireCtendance", afin de faire écho au salon du livre qui se tient à Paris avec pour invité d'honneur le Maroc.

Le concours est ouvert à tous les Marocains et propose de valoriser l'écriture à travers l'image. Le 3 avril prochain, 20 photos seront sélectionnées et publiées sur le nouveau compte Instagram de l'ambassade de France :

https://www.instagram.com/lafranceaumaroc.

Cette initiative reflète l'intensité des relations littéraires, culturelles et artistiques entre la France et le Maroc.

En 2017, la saison culturelle française au Maroc se traduit par de nombreuses activités culturelles, des spectacles vivants, des projections de films, des expositions et des conférences.

Pour plus d'informations : http://www.ambafrance-ma.org/Concours-photos-lireCtendance ./.

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2. Union europ√©enne - 60e anniversaire du trait√© de Rome - D√©claration des 27 chefs d'√Čtat et de gouvernement et des dirigeants des Institutions europ√©ennes pr√©sents √† Rome - D√©claration de Rome (Rome, 25/03/2017)

Nous, dirigeants de 27 √Čtats membres et des institutions de l'UE, sommes fiers des r√©alisations de l'Union europ√©enne: la construction de l'unit√© europ√©enne est une entreprise audacieuse et visionnaire. Il y a soixante ans, au sortir de la trag√©die des deux guerres mondiales, nous avons d√©cid√© de nous lier et de reconstruire notre continent en le faisant rena√ģtre de ses cendres. Nous avons mis en place une Union unique en son genre, dot√©e d'institutions communes et de valeurs fortes, une communaut√© fond√©e sur la paix, la libert√©, la d√©mocratie, les droits de l'homme et l'√Čtat de droit, et une grande puissance √©conomique assurant sur le plan social des niveaux de protection et de bien-√™tre sans pareils.

L'unité européenne a commencé comme le rêve de quelques-uns pour devenir l'espoir de beaucoup. Puis l'Europe s'est réunifiée. Aujourd'hui, nous sommes unis et plus forts: des centaines de millions de personnes à travers l'Europe ont l'avantage de vivre dans une Union élargie qui a eu raison des divisions d'hier.

L'Union européenne est confrontée à des défis sans précédent, tant au niveau international que sur le plan intérieur: conflits régionaux, terrorisme, pressions migratoires croissantes, protectionnisme et inégalités sociales et économiques. Ensemble, nous sommes déterminés à faire face aux défis que présente un monde en mutation rapide et à offrir à nos citoyens à la fois la sécurité et de nouvelles possibilités.

Nous renforcerons l'Union europ√©enne et la rendrons plus r√©siliente, en faisant preuve, entre nous, d'une unit√© et d'une solidarit√© encore plus fortes et en respectant les r√®gles communes. L'unit√© est √† la fois une n√©cessit√© et un choix librement consenti. Pris isol√©ment, chaque √Čtat membre serait d√©pass√© par la dynamique √† l'oeuvre au niveau mondial. Faire front ensemble constitue notre meilleure chance de peser sur cette dynamique et de d√©fendre nos int√©r√™ts et valeurs communs. Nous agirons de concert, si n√©cessaire √† des rythmes diff√©rents et avec une intensit√© diff√©rente, tout en avan√ßant dans la m√™me direction, comme nous l'avons fait par le pass√©, conform√©ment aux trait√©s et en laissant la porte ouverte √† ceux qui souhaitent se joindre √† nous plus tard. Notre Union est sans division et indivisible.

Au cours des dix prochaines ann√©es, nous voulons une Union qui soit s√Ľre et s√©curis√©e, prosp√®re, comp√©titive, durable et socialement responsable, et qui ait la volont√© et la capacit√© de jouer un r√īle de premier plan dans le monde et de peser sur la mondialisation. Nous voulons une Union dans laquelle les citoyens disposent de nouvelles possibilit√©s sur le plan du d√©veloppement culturel et social et b√©n√©ficient de la croissance √©conomique. Nous voulons une Union qui reste ouverte aux pays europ√©ens qui respectent nos valeurs et sont d√©termin√©s √† les promouvoir.

En ces temps de changement, et conscients des préoccupations de nos citoyens, nous affirmons notre attachement au programme de Rome, et nous nous engageons à oeuvrer à la réalisation des objectifs suivants:

1. Une Europe s√Ľre et s√©curis√©e : une Union o√Ļ tous les citoyens se sentent en s√©curit√© et peuvent se d√©placer librement, dont les fronti√®res ext√©rieures sont s√©curis√©es et dispose d'une politique migratoire efficace, responsable, s'inscrivant dans la dur√©e et respectant les normes internationales ; une Union d√©termin√©e √† lutter contre le terrorisme et la criminalit√© organis√©e.

2. Une Europe prosp√®re et soucieuse du d√©veloppement durable: une Union qui cr√©e de la croissance et des emplois ; une Union o√Ļ un march√© unique solide, connect√©, et qui se d√©veloppe, en s'adaptant aux transformations technologiques, et o√Ļ une monnaie unique stable et encore renforc√©e ouvrent des perspectives sur le plan de la croissance, de la coh√©sion, de la comp√©titivit√©, de l'innovation et des √©changes, en particulier pour les petites et moyennes entreprises ; une Union qui favorise une croissance soutenue et durable, gr√Ęce aux investissements, √† des r√©formes structurelles et √† des efforts visant √† l'ach√®vement de l'Union √©conomique et mon√©taire ; une Union o√Ļ les √©conomies convergent ; une Union o√Ļ l'√©nergie est s√Ľre et financi√®rement abordable, et l'environnement propre et s√Ľr.

3. Une Europe sociale: une Union qui, en s'appuyant sur une croissance durable, favorise le progr√®s √©conomique et social ainsi que la coh√©sion et la convergence, tout en veillant √† l'int√©grit√© du march√© int√©rieur ; une Union qui tienne compte de la diversit√© des syst√®mes nationaux et du r√īle essentiel des partenaires sociaux ; une Union qui promeuve l'√©galit√© entre les femmes et les hommes et qui oeuvre en faveur de droits et de l'√©galit√© des chances pour tous ; une Union qui lutte contre le ch√īmage, les discriminations, l'exclusion sociale et la pauvret√© ; une Union o√Ļ les jeunes b√©n√©ficient du meilleur niveau d'√©ducation et de formation et peuvent √©tudier et trouver un emploi sur tout le continent ; une Union qui pr√©serve notre patrimoine culturel et favorise la diversit√© culturelle.

4. Une Europe plus forte sur la sc√®ne mondiale : une Union qui continue √† d√©velopper les partenariats existants, qui en instaure de nouveaux et qui oeuvre √† la stabilit√© et √† la prosp√©rit√© dans son voisinage imm√©diat, √† l'Est et au Sud, mais aussi au Proche-Orient, dans toute l'Afrique et dans le reste du monde ; une Union pr√™te √† assumer davantage de responsabilit√©s et √† contribuer √† la mise en place d'une industrie de la d√©fense plus comp√©titive et plus int√©gr√©e ; une Union d√©termin√©e √† renforcer sa s√©curit√© et sa d√©fense communes, et ce √©galement en coop√©ration avec l'Organisation du Trait√© de l'Atlantique Nord et en compl√©ment de celle-ci, en tenant compte des situations nationales et des engagements juridiques ; une Union jouant un r√īle actif aux Nations Unies et d√©fendant un syst√®me multilat√©ral fond√© sur des r√®gles, qui soit fi√®re de ses valeurs et assure la protection de sa population, et qui favorise le commerce libre √©quitable et une politique climatique mondiale constructive.

Nous oeuvrerons √† la r√©alisation de ces objectifs, fermement convaincus que l'avenir de l'Europe se trouve entre nos propres mains et que l'Union europ√©enne est le meilleur instrument pour atteindre nos objectifs. Nous nous engageons √† √©couter les pr√©occupations exprim√©es par nos citoyens et √† y r√©pondre, et nous travaillerons avec nos parlements nationaux. Nous travaillerons de concert au niveau qui fait r√©ellement la diff√©rence, que ce soit au niveau de l'Union europ√©enne ou au niveau national, r√©gional ou local, et dans un esprit de confiance et de coop√©ration loyale, √† la fois entre √Čtats membres et entre ceux-ci et les institutions de l'UE, dans le respect du principe de subsidiarit√©. Nous assurerons la marge de manoeuvre n√©cessaire aux diff√©rents niveaux pour renforcer le potentiel d'innovation et de croissance de l'Europe. Nous voulons que l'Union joue un r√īle de premier plan dans les grands dossiers et s'investisse moins dans ceux qui sont moins importants. Nous oeuvrerons en faveur d'un processus d√©cisionnel d√©mocratique, efficace et transparent, qui donne de meilleurs r√©sultats.

Nous, dirigeants qui coopérons au sein du Conseil européen et de nos institutions, ferons en sorte que le programme défini aujourd'hui soit mis en oeuvre pour qu'il devienne réalité demain. Nous nous sommes unis pour le meilleur. L'Europe est notre avenir commun./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Union europ√©enne - 60e anniversaire du trait√© de Rome - D√©claration √† la presse de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique (Rome, 25/03/2017)

Cette cérémonie n'était pas simplement rétrospective, elle n'était pas seulement pour souligner ce que l'Europe avait apporté : la paix, la prospérité pour beaucoup, la réunification du continent, la capacité de forger une monnaie unique, l'ouverture d'un grand marché, la puissance économique la première du monde. Non, cette cérémonie, elle avait un sens particulier par rapport aux défis et aux menaces que nous avons devant nous.

Est-ce que nous sommes plus forts ensemble ou serions-nous mieux divisés et séparés ? Eh bien voilà la réponse qui devait être apportée. Nous serons plus forts ensemble pour faire face au terrorisme, pour conjurer les conflits qui sont à nos portes, pour porter un message d'ouverture au monde à travers des échanges qui doivent être régulés.

Nous serons plus forts ensemble pour que la planète puisse être protégée, pour que nous puissions préserver notre environnement. Nous serons plus forts ensemble pour assurer les industries d'avenir, nous serons plus forts ensemble pour également lutter contre le retour des empires, des tentations d'influence, des pressions qui viennent de l'extérieur. Nous serons plus forts ensemble pour lutter contre le nationalisme, l'extrémisme, tout ce qui ramène à ce qui a été la cause de tant de chagrins, tant de séparations et de guerres. Oui, nous sommes décidés à être plus forts ensemble!

Et ce message-l√†, il vaudra pour les ann√©es qui s'ouvrent maintenant et le fait que tous les pays - m√™me s'ils ne sont pas forc√©ment d'accord sur tout - aient sign√© cette d√©claration, avec l'id√©e que les √Čtats qui voudront aller plus vite puissent le faire, que l'Europe puisse rester unie mais avec des rythmes diff√©rents, c'√©tait aussi une id√©e que je portais et qui a √©t√© retenue dans la d√©claration.

Voilà pourquoi ce n'est pas un anniversaire comme les autres, parce que la vie ne s'arrête pas aux anniversaires. La vie continue, la vie c'est un processus et aujourd'hui, les Français doivent savoir qu'avec l'Europe, ils peuvent être plus grands, ils peuvent être plus forts et ils peuvent être plus écoutés.

Et c'est la raison pour laquelle, je voulais que la France puisse être partie prenante, pleinement partie prenante de cette déclaration. Parce que la France est attendue y compris dans l'échéance qui vient, je parle des élections qui arrivent.

Q - Monsieur le Président, l'Europe est au centre du programme de plusieurs candidats, certains sont pour, certains sont pour la quitter. Quels sont ceux dont vous vous sentez le plus proche et qui sont capables le mieux de défendre ce message aujourd'hui à Rome ?

R - Il y en a qui veulent quitter l'Europe. Eh bien, qu'ils d√©montrent aux Fran√ßais que ce serait mieux tout seul ! Que l'on pourrait lutter contre le terrorisme sans la coordination indispensable au plan europ√©en ! Qu'on pourrait prot√©ger nos fronti√®res sans avoir des garde-c√ītes l√† o√Ļ il y a des arriv√©es de migrants ou de r√©fugi√©s, qu'ils d√©montrent que sans la monnaie unique, sans le grand march√© il y aurait plus d'emplois, plus d'activit√©s, un meilleur pouvoir d'achat!

Ils ne pourront pas faire cette d√©monstration parce qu'elle est impossible, parce que le retour √† une monnaie nationale entra√ģnerait une d√©valuation et une perte de pouvoir d'achat ; parce que la fermeture des fronti√®res entrainerait une perte d'emplois ; parce que le nationalisme entrainerait la r√©surgence des conflits ; parce que le protectionnisme serait une cause encore de difficult√©s pour beaucoup de nos compatriotes. On le voit √† travers des exp√©riences qui ont cours dans un pays de l'autre c√īt√© de l'Atlantique.

Alors oui ! Moi je suis pour que ce débat-là puisse s'ouvrir. Et j'ai mené depuis 5 ans une politique qui faisait que l'Europe devait changer. Elle a changé. Que l'Europe devait avancer, elle a avancé. Elle devait régler ses problèmes, devait garder la Grèce dans la zone euro, devait être capable de relancer l'économie par un plan d'investissement, nous avons fait l'Union bancaire.

Voilà, l'Europe avance et elle doit avancer encore plus vite parce que les problèmes sont là et qu'on ne peut pas les régler simplement en imaginant qu'en mettant des barbelés, des murs, des frontières avec des miradors on pourra se protéger de tout ce qui vient du reste du monde. Non ! Si l'on veut que le monde change, il faut que l'Europe soit plus forte et que la France et prenne toute sa part dans cette Europe-là.

Q - Monsieur le Président, est-ce que Theresa May vous a manqué ?

R - C'est elle qui a choisi de ne pas être là. Je veux dire par-là, c'est elle, ce sont les Britanniques qui ont choisi. Ils ne sont plus dans cette aventure, ils ont choisi une autre voie, mais il faut que l'on reste dans de bonnes relations.

La France est très liée au Royaume-Uni, nous avons des accords notamment en matière de défense, nous avons beaucoup de ressortissants français qui vivent au Royaume-Uni. Alors c'est un choix souverain mais en même temps, nous ferons en sorte que ça ne soit pas au détriment de l'Europe et que le Royaume-Uni reste un partenaire de l'Union, mais il en paiera nécessairement les conséquences parce que c'est le choix qui a été fait.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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4. Union europ√©enne - 60e anniversaire du trait√© de Rome - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec le site www.touteleurope.eu - Extraits (Paris, 24/03/2017)

Q - Le 25 mars, l'Europe fête ses 60 ans en célébrant l'anniversaire du traité de Rome. Quels sont, selon vous, les principaux acquis de la construction européenne ?

R - Il faut d'abord se souvenir dans quelles circonstances, ce projet est n√©. Il est n√© d'une volont√© de r√©pondre √† une question essentielle : quelle initiative peut-on prendre, cinq ans apr√®s la Seconde guerre mondiale, pour ne pas revivre un tel drame ? On √©tait dans un contexte de guerre froide et pour la France, tendre la main √† l'Allemagne √©tait un geste courageux, qui donnait du sens √† un projet : vivre en paix. Aujourd'hui, cela para√ģt comme une √©vidence de vivre sur un continent en paix, mais √† l'√©poque il a fallu des gens suffisamment lucides pour se dire qu'on ne devait plus utiliser les moyens de la guerre pour r√©gler les diff√©rends. Cela passait - et cela passe toujours, il est √©tonnant de devoir le rappeler, par le respect des fronti√®res. Donc d'abord la paix, voil√† le premier acquis.

Q - Quels sont les autres ?

R - La d√©mocratie, les libert√©s. C'est pour cela que des peuples qui vivaient sous la dictature regardaient vers l'Europe : l'Espagne, le Portugal, la Gr√®ce... De m√™me, au moment de la chute du mur de Berlin et de la dissolution de l'Union Sovi√©tique, les pays de l'Est de l'Europe ont voulu rejoindre l'Union europ√©enne. En fait, si les Europ√©ens sont attach√©s √† ce beau projet, c'est bien parce qu'il y a quelque chose de fort qui les unit. Enfin, l'Europe est aussi devenue un espace de prosp√©rit√© m√™me si le ch√īmage y est encore trop √©lev√©. S'il n'y avait pas eu l'UE, l'euro, la BCE, aurait-on pu faire face √† la crise des subprimes ? L'Europe, c'est aussi une √©conomie de la connaissance, tourn√©e vers la recherche et l'innovation. L'Europe a ainsi pu √™tre √† l'origine d'aventures industrielles comme Airbus, d'innovations comme Galileo. C'est √©galement un projet politique qui s'accompagne de normes sociales et environnementales parmi les plus √©lev√©es au monde.

Q - Pour autant, malgré ces avancées, les citoyens sont de plus en plus sceptiques sur les bienfaits de l'Europe.

R - Il est important de rappeler ces acquis, important de redire que l'Europe ce sont des valeurs et des principes communs. Mais cela ne veut pas dire qu'un doute ne s'est pas install√© dans l'esprit des Europ√©ens. L'Europe est aujourd'hui menac√©e de l'int√©rieur, par les populistes qui exploitent les peurs, les insatisfactions et les difficult√©s sociales, comme le ch√īmage. Certains pays souffrent plus particuli√®rement. Une partie de la jeunesse se sent abandonn√©e. Les institutions europ√©ennes p√Ętissent d'un fonctionnement beaucoup trop lourd et bureaucratique. Les √Čtats membres n'assument pas suffisamment leur engagement europ√©en. Il est √©videmment plus difficile de gouverner √† 28 qu'√† 6 ou √† 12. Sur ce point, sans modifier les trait√©s, il faut donc inventer quelque chose de nouveau. Il faut parler du fait que, dans les crises, l'UE a d√©montr√© son aptitude √† agir vite. En mati√®re de s√©curit√© par exemple, en 6 mois, nous avons √©t√© capables de mettre en place ce PNR (Passenger Name Record), qui √©tait bloqu√© depuis des ann√©es. Nous avons aussi cr√©√© un corps de garde-c√ītes et de gardes-fronti√®res europ√©ens. Les √©volutions du monde sont un autre d√©fi pour l'UE. L'√©lection de Donald Trump la met face √† une possible rupture avec l'appr√©ciation que Barack Obama portait sur l'Europe, dans un discours √† Hanovre ¬ęVous avez construit quelque chose d'extraordinaire soyez en fiers et les meilleurs d√©fenseurs¬Ľ. De m√™me, la Russie n'est manifestement pas favorable √† une Europe forte.

Q - Dans ce contexte, se pr√©sente le sommet de Rome (25 mars). Quelle port√©e aura la d√©claration des chefs d'√Čtat, sera-t-elle symbolique ? Ou s'agira-t-il d'une prise de position pour action ?

R - Il faut non seulement fixer des priorit√©s d'action, mais aussi afficher une vision. La vision c'est d'affirmer que, dans notre monde globalis√©, l'Europe doit √™tre unie et forte pour peser. Il suffit de regarder du c√īt√© de l'Inde, de la Chine, de l'Australie : ces pays ne cherchent pas √† s'isoler. Ils veulent continuer √† d√©velopper leurs √©changes, notamment √©conomiques, et ils reconnaissent que certaines questions doivent √™tre trait√©es √† l'√©chelle mondiale. Pour ¬ęciviliser¬Ľ la mondialisation, aucune nation aussi prestigieuse et aussi influente soit-elle, comme la France, ne pourra le faire seule. L'Union europ√©enne en a elle la capacit√©. C'est le message qu'il faut faire passer √† nos concitoyens. La France et l'Allemagne doivent prendre leurs responsabilit√©s : plus que jamais la volont√© et l'action du couple franco-allemand seront d√©terminantes.

Q - La commission européenne a produit un livre blanc avec cinq scénarios de relance de l'Europe. Est-ce que Français et Allemands ont une vision commune du scénario à privilégier ?

R - La France est pour garder le cap de la construction d'une Europe plus unie : renforcer la zone euro, assurer la sécurité des Européens, donner à notre union les moyens de son autonomie stratégique, investir dans la transition énergétique et la révolution numérique. Mais aussi accepter l'idée qu'il peut y avoir une Europe différenciée pour aller plus loin, chacun à son rythme. L'Europe différenciée, c'est permettre à ceux qui veulent aller plus vite ensemble de le faire, sans fermer la porte à ceux qui répondent plus tard. Ça existe déjà aujourd'hui ! Avec l'euro et Schengen. On peut ainsi imaginer des coopérations renforcées pour mettre en place un parquet européen pour poursuivre les atteintes aux intérêts financiers de l'UE, favoriser la convergence sociale et fiscale au sein de l'Union européenne. Nous avons travaillé dans cette voie avec Franck-Walter Steinmeier lorsqu'il était ministre allemand des affaires étrangères (président fédéral d'Allemagne depuis le 19 mars 2017) et produit des propositions communes sur l'avenir de l'Europe, dans le contexte du Brexit. Avant même le vote des Britanniques, nous avions anticipé la nécessité de parvenir à une relance de l'Europe.

Q - Cela ne risque-t-il pas de créer deux groupes et casser l'unité que vous souhaitez préserver ?

R - Non, si nous expliquons bien ce que nous souhaitons faire, sans condescendance, sans créer une sorte de hiérarchie. Au lendemain du vote pour le Brexit (juin 2016), j'ai eu des contacts avec tous mes homologues européens. J'ai souvent trouvé beaucoup de convergences avec les positions françaises. Travailler à conserver l'unité, c'est aussi ça, se rencontrer en dehors des réunions à Bruxelles et entretenir des liens qui nous unissent en lançant des projets communs.

Q - Vous évoquez le Brexit. Comment faire pour que la sortie du Royaume Uni soit une réaffirmation du principe européen et non un coup d'arrêt ?

R - Le Brexit a levé un tabou : celui de l'irréversibilité de l'appartenance à l'UE. Les partis populistes continuent leur croisade, mais je note qu'aux Pays-Bas (élections législatives le 15 mars 2017), c'est le parti libéral de Mark Rutte qui l'a emporté. C'est un signal positif. En réponse au départ du Royaume-Uni, il faut une Europe forte, qui définisse des priorités claires et qui les mette en oeuvre. Il y a eu le sommet informel de Bratislava (septembre 2016). Des objectifs ont été fixés. Passons à l'action ! Protéger les frontières, gérer les enjeux régaliens et de sécurité en partenariat avec l'Afrique, organiser une défense européenne, mais aussi rehausser le niveau d'investissement au sein de l'UE, afin de renforcer la place de notre continent dans le monde.

Q - Ne faut-il pas aussi redonner un sens à l'Europe sociale ?

R - Il faut montrer que l'Europe s'investit pleinement dans cette dimension essentielle du modèle européen. Nos concitoyens n'acceptent plus que la libre circulation s'accompagne d'un nivellement par le bas ou d'un moins disant social. C'est tout l'enjeu de la réforme en cours de la directive sur le détachement des travailleurs et de la définition d'un socle européen des droits sociaux. Nous devons aussi nous occuper de la jeunesse. La garantie jeunesse n'est pas suffisante. Et Il faut consulter, impliquer la société civile... Pour tout cela, personnellement, je ne suis pas tenté par un saut institutionnel, comme certains le demandent. Je crois qu'il faut faire mieux fonctionner les institutions actuelles au service des réponses aux aspirations de nos peuples.

Q - Il y a une certaine urgence, on sent bien que l'Europe doit se positionner maintenant dans la carte mondiale, qui se redessine depuis l'√©lection de Donald Trump qui clame ¬ęAmerica First¬Ľ. Quelle place pour l'Europe entre USA et Chine ?

R - Les Chinois veulent une Union europ√©enne forte, car ils souhaitent un monde stable. C'est ce que m'a confi√© r√©cemment mon coll√®gue Wang Yi (ministre des affaires √©trang√®res chinois). Ce qui est central, dans la p√©riode qui s'ouvre, c'est de savoir si les Am√©ricains vont faire le choix du protectionnisme ou, au contraire, apporter leur concours √† l'entreprise de r√©gulation de la mondialisation. S'ils vont confirmer ou pas leur engagement en faveur de l'accord de Paris. S'ils vont jouer la carte du multilat√©ralisme ou faire le choix de l'isolationnisme. On entre dans une phase d'incertitudes tr√®s importante qui doit encourager l'Europe √† jouer tout son r√īle. L'UE doit notamment, dans le domaine du commerce mondial, occuper sa place de puissance r√©gulatrice, utilisant tous ses leviers en faveur d'un juste √©change, fond√© sur la r√©ciprocit√© des r√®gles et le respect des pr√©f√©rences collectives.

Q - Le 6 mars dernier, √† l'issue du conseil des ministres des affaires √©trang√®res de l'UE, vous avez d√©clar√© que l'Union europ√©enne entrait dans du concret sur le projet de d√©fense europ√©enne. O√Ļ en est-ce projet¬†?

R - Depuis des mois, nous avons travaillé à la concrétisation de l'Europe de la défense et le conseil européen a approuvé plusieurs décisions. Face aux nouveaux risques et aux nouvelles menaces qui s'affirment, il est essentiel que l'Europe prenne ses responsabilités et se donne les moyens de son autonomie stratégique, en complémentarité avec l'OTAN. Le financement de la défense européenne et de l'effort de recherche mérite une attention particulière. Il faut maintenant passer à l'acte.

Q - Bousculée par la crise des réfugiés, l'Union européenne envisage-t-elle de plus en plus de repenser à l'avenir de son action extérieure en direction des pays africains ?

R - Oui. J'ai assist√©, les derniers mois, √† une v√©ritable prise de conscience, notamment de la part de l'Allemagne. Les relations avec l'Afrique doivent devenir pour l'Union europ√©enne une priorit√© renforc√©e, non seulement en raison de l'afflux de r√©fugi√©s et de migrants, mais aussi parce que le continent africain, qui est en croissance, doit pouvoir saisir toutes les opportunit√©s, en particulier pour sa jeunesse. C'est donc le moment pour l'Europe d'investir fortement dans son partenariat avec l'Afrique d'autant plus que les √Čtats-Unis affichent l'intention de se d√©sengager. Aujourd'hui, la France est le cinqui√®me contributeur √† l'aide publique au d√©veloppement et l'Union europ√©enne en fournit environ 55%. Peu d'Europ√©ens en ont conscience. Lors du G20 qui s'est d√©roul√© √† Bonn, les 16 et 17 f√©vrier derniers, la coop√©ration avec l'Afrique figurait √† l'ordre du jour. Je me r√©jouis des d√©bats qui ont eu lieu √† cette occasion et qui ont confirm√© la n√©cessit√© d'agir en faveur du d√©veloppement et de la s√©curit√© de ce continent d'avenir.

Q - Les relations entre l'UE et la Turquie sont actuellement particulièrement sensibles. Le président de la commission européenne vient d'annoncer que la réintroduction de la peine de mort en Turquie mettrait fin aux discussions sur l'adhésion à l'Union européenne. La France soutient-elle Jean-Claude Juncker sur ce point ?

R - Les critères de Copenhague, qui engagent les candidats à l'adhésion, sont très clairs. La Turquie sait bien que la réintroduction de la peine de mort ne serait pas conforme à ces critères. De plus, la Turquie est aussi membre de l'OTAN et du conseil de l'Europe, ce qui emporte le respect d'un certain nombre de valeurs. La Turquie est un grand pays confronté à un certain nombre de défis, comme l'arrivée massive de réfugiés syriens. La meilleure façon d'y faire face est de respecter l'état de droit et les libertés fondamentales. Pas l'inverse. Le référendum constitutionnel qui sera organisé le 16 avril prochain fait l'objet d'une campagne très vive et très intense en Turquie, comme en direction des communautés turques résidant dans plusieurs pays Européens. Elle a donné lieu à des tensions et des provocations qui, à l'égard de partenaires européens, n'ont pas lieu d'être. C'est la raison pour laquelle depuis plusieurs semaines j'appelle à l'apaisement.

Q - L'accord avec la Turquie, au regard de la dérive d'Erdogan, était-il une bonne idée ?

R - Cet accord a fait l'objet de certaines critiques, mais, globalement il fonctionne. La situation n'en n'est pas moins difficile pour les personnes qui fuient les zones de conflit et avec lesquelles nous devons √™tre solidaires. L'Union europ√©enne tente d'apporter des solutions concr√®tes. En octobre dernier, elle a ainsi cr√©√©e l'Agence europ√©enne de garde-c√ītes et gardes-fronti√®res, qui d√©veloppe et compl√®te les missions et moyens de l'agence Frontex, op√©rationnelle depuis 2005.

Q - L'euro fête cette année son quinzième anniversaire. Quelles améliorations apporter ? Faut-il un gouvernement de la zone euro ?

R - Une meilleure gouvernance de la zone euro est importante, pour apporter plus de lisibilit√©. Elle doit s'accompagner d'un renforcement de sa coh√©rence et de stabilit√© comme d'une convergence accrue entre ses √Čtats membres, parce que l'id√©e de base est d'avoir une politique √©conomique plus int√©gr√©e. Je propose de commencer en franco-allemand.

Q - Le contexte économique général est meilleur qu'en 2008 mais l'UE doit faire face à des inconnues, notamment sur le plan du commerce international...

R - Nous devons convaincre les Am√©ricains qu'une Union europ√©enne plus forte est dans leur int√©r√™t. Plus les √Čtats membres de l'Union europ√©enne s'affirmeront collectivement, plus nous pourrons r√©ussir. Actuellement dans le d√©bat politique franco-fran√ßais, il y a un effet de "mode" qui consiste √† s'opposer aux trait√©s de libre √©change, mais il faut rappeler que, sans ces accords, c'est la loi du plus fort qui pr√©vaut. Les √©changes mondiaux existent. Ils ne vont pas s'arr√™ter. Si nous n'avons pas de cadre, c'est l'anarchie. Par contre, ces accords doivent √™tre mieux n√©goci√©s. De ce point de vue, le TTIP √©tait mal parti et ne pouvait aboutir en l'√©tat. √Ä l'inverse, la n√©gociation entre l'UE et le Canada sur le CETA peut servir d'exemple, avec la mise en place de m√©canismes transparents de r√®glement des diff√©rends et une r√©elle r√©ciprocit√©. Il en d√©coulera des b√©n√©fices pour tous les Europ√©ens.

Q - Le 15 mars dernier, l'extrême-droite n'a pas réalisé de percée notable aux Pays-Bas. Quelle leçon doit-on tirer de ce résultat ?

R - Il faut relever que les Néerlandais se sont fortement mobilisés. Tout au long de la campagne, il y a eu beaucoup de débats qui ont porté sur l'immigration et sur l'islam, mais pas seulement. Les questions sociales ont aussi beaucoup compté. Dans un système électoral à la proportionnelle, une coalition va désormais devoir être formée. Mais comme je le disais, dans le contexte de la croisade des partis populistes en Europe, la victoire du parti libéral de Mark Rutte est un signe encourageant.

Q - Martin Schulz vient d'être élu à l'unanimité à la tête du parti social-démocrate allemand. Il devient le principal adversaire d'Angela Merkel et pourrait devenir le prochain chancelier. Quelles sont ses chances de victoire ?

R - Le retour du SPD dans la course est très sain pour la démocratie allemande et il semblerait en parallèle que l'AFD soit actuellement en difficulté. Le discours de Martin Schulz lors de son élection à la tête de son parti a été très convaincant.

(...)

Q - Quels leviers l'Europe peut-elle actionner pour mieux protéger son territoire dans la lutte contre le terrorisme ?

R - L'attentat √† Westminster, mercredi dernier, nous rappelle cruellement la menace qui p√®se sur l'Europe. Cette menace terroriste, par son ampleur, est nouvelle et prend des formes in√©dites. Tous les √Čtats membres doivent y faire face. C'est un sujet complexe, car il touche √† des questions qui appartiennent, pour l'essentiel, aux comp√©tences des √Čtats. Mais, l'Europe peut apporter des moyens et des outils en faveur de la s√©curit√© des Europ√©ens. C'est en ce sens que nos efforts ont port√© au cours des derniers mois : meilleur contr√īle des armes √† feu, renforcement de la lutte contre le financement du terrorisme, accroissement de la surveillance de nos fronti√®res ext√©rieures, et je pense bien s√Ľr toujours aux garde-c√ītes et gardes-fronti√®res europ√©ens, dot√©s de moyens humains et mat√©riels d'intervention rapides. En mati√®re de s√©curit√© √©galement, une action collective est indispensable. Et l'Europe peut nous permettre d'√™tre plus forts ensemble./.

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5. Union europ√©enne - √Čtats g√©n√©raux de l'Europe - Intervention de M. Harlem D√©sir, secr√©taire d'√Čtat charg√© des affaires europ√©ennes (Lille, 18/03/2017)

Monsieur le Président du Mouvement Européen-France, Cher Yves Bertoncini,

Monsieur le président fondateur d'EuropaNova, Cher Guillaume Klossa,

Monsieur le Vice-Président du Conseil régional des Hauts de France, Cher François Decoster,

Madame la Maire adjointe de Lille, Chère Marie-Pierre Bresson,

Monsieur le Pr√©sident du mouvement des jeunes europ√©ens, Cher J√©r√īme Qu√©r√©,

Madame la Chef de la représentation de la Commission européenne en France,

Chère Isabelle Jégouzo,

Cher Olivier Beddeleem,

Mesdames et Messieurs,

Cher Captain Europe, puisque j'ai compris que vous étiez particulièrement important,

C'est un plaisir pour moi d'ouvrir cette conf√©rence pl√©ni√®re √† l'occasion de ces sixi√®me √Čtats g√©n√©raux de l'Europe √† Lille, une ville passionn√©ment europ√©enne. D'y revenir, puisque comme l'a rappel√© Guillaume Klossa, j'ai eu le plaisir de pouvoir participer √† ceux qui s'√©taient tenus ici, il y a dix ans. Et je veux d'abord remercier le Mouvement Europ√©en - France et EuropaNova et particuli√®rement leurs pr√©sidents Yves Bertoncini et Guillaume Klossa de m'avoir invit√© √† participer √† ce grand d√©bat citoyen sur les enjeux europ√©ens.

Je veux remercier plus largement les think tanks, les mouvements de la société civile qui, par leur mobilisation, contribuent non seulement aujourd'hui à célébrer le 60e anniversaire du Traité de Rome mais qui s'engagent, localement, dans le débat.

Parce que construire l'Europe, ce n'est pas seulement n√©gocier entre √Čtats membres √† Bruxelles comme nous le faisons, nous les gouvernements. C'est faire vivre la volont√© d'appartenance √† cette construction commune par une multitude d'initiatives citoyennes. L'exemple qui vient d'√™tre donn√© par les jeunes, d√©battant d'une Constitution est une tr√®s belle illustration de cette contribution que les citoyens peuvent apporter.

Vous le faites avec enthousiasme, pédagogie et conviction. Vous aidez à faire comprendre l'Europe et surtout à ce que chacun puisse s'approprier le projet européen, participer au débat sur son avenir et penser notre futur européen.

Nous nous retrouvons dans un moment particulier pour l'Europe, confront√©e √† de multiples crises, dans un monde qui change compl√®tement. Et le 60e anniversaire ne peut pas √™tre simplement un moment de c√©l√©bration. Dans le contexte international marqu√© par les incertitudes et les risques, face √† la mont√©e des populismes dans les pays de l'Union, qui menacent l'existence m√™me de l'Europe, ce 60e anniversaire et le Sommet qui va r√©unir les chefs d'√Čtat et de gouvernement, le 25 mars, √† Rome doit √™tre un moment de clarification et d'affirmation pour l'Europe.

Affirmation de ses valeurs parce que l'Europe cela n'est pas, et cela n'a jamais été uniquement un marché ou un espace économique, ce sont d'abord des valeurs, c'est une volonté de vivre ensemble autour de ces valeurs et Rome doit être un moment de clarification sur l'adhésion maintenue à ses valeurs et sur les objectifs de l'Union européenne.

Je ne dis pas cela, parce qu'il n'y aurait rien à célébrer ou que ce qu'il y aurait à célébrer soit négligeable au regard de l'histoire comme de la situation du monde. Au contraire.

Et à ceux qui dressent sans cesse le procès de l'Europe, qui proposent d'en finir, d'en sortir, de la détruire, qui trouvent son bilan nul et non avenu, il faut peut-être suggérer de comparer les 60 années qui se sont déroulées après 1957, avec les 60 années qui avaient précédé 1957.

Oui la paix, la sécurité sur le continent, la démocratie, le respect de la dignité humaine et des droits de l'Homme partout sur le continent, ça n'est pas rien.

Et ce n'est pas pour rien que chaque fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, que des peuples se sont libérés de la dictature, l'Espagne après Franco, le Portugal après Salazar, la Grèce après le régime des colonels, les pays de l'Est après la chute du rideau de fer et du régime soviétique, chaque fois ils ont choisi de rejoindre les Communautés européennes puis l'Union européenne.

Avoir b√Ęti un ensemble fond√© sur le respect de chaque pays, petit ou grand, sur la solidarit√© entre les nations, sur le droit, sur des institutions communes, sur la coop√©ration, y compris quand il y a des d√©saccords ou des int√©r√™ts diff√©rents la recherche par la n√©gociation, de solutions communes plut√īt que par le rapport de force ou la confrontation, c'est un acquis de civilisation. Pour l'Europe et pour le monde, car nous sommes une r√©f√©rence.

On connait cette histoire, commencée modestement en mettant en commun la production du charbon et de l'acier avec la CECA en 1951. Avancer par petits pas, par des réalisations concrètes qui créent des solidarités de fait, c'était les formules et l'inspiration de Robert Schuman et de Jean Monnet dans la déclaration du 9 mai 1950.

C'était le génie de ces visionnaires, pragmatiques, modestes mais en réalité très audacieux. Être réaliste et c'est peut-être une leçon qui vaut encore aujourd'hui, être pragmatique, chercher à unir, à rassembler, à dépasser les clivages, n'empêche pas forcément de servir un idéal, de poursuivre de grands projets et de les réaliser.

C'est leur inspiration à ces fondateurs qui mena au Traité de Rome en 1957.

Ce fut le marché commun, les politiques communes dans de nombreux domaines : l'agriculture, le commerce, tant d'autres, puis, plus tard avec Jacques Delors, l'Acte unique, la monnaie commune, Schengen, Erasmus qui vient de célébrer ses 30 ans.

Ils ont contribué à la plus belle réalisation politique de l'Humanité au cours du XXe siècle après deux guerres qui étaient parties du continent européen et s'étaient étendues au monde entier.

Ce projet européen, nous sommes convaincus qu'il reste aujourd'hui plus actuel et plus nécessaire que jamais.

Parce qu'aucun des grands défis auxquels nous devons faire face aujourd'hui ne seraient traités de façon plus efficace avec des solutions purement nationales : la lutte contre le terrorisme, notre sécurité dans un environnement marqué par la guerre, la défense de nos entreprises, de nos intérêts commerciaux dans la mondialisation, la lutte contre le changement climatique.

Donc, même si l'Europe avait été fondée pour d'autres raisons, pour pacifier les relations entre les nations sur le continent, elle est aujourd'hui plus nécessaire encore pour que nous puissions préserver ce que nous avons construit : notre modèle de société, la paix, la démocratie mais aussi pour que nous puissions peser dans ce monde dangereux.

Et il faut dénoncer les illusions, les mensonges, l'esbroufe des populistes.

Leur programme est un programme d'isolement et d'appauvrissement pour chacune de nos nations. Et il le serait pour la France.

La sortie de l'euro serait une perte de pouvoir d'achat pour les Fran√ßais, un boulet pour les entreprises, une ruine pour l'√Čtat.

La sortie de l'Union européenne serait une perte d'influence pour la France et l'effondrement de l'union européenne.

C'est pourquoi les populistes doivent être combattus et ils peuvent être battus. C'est ce que viennent de montrer les Pays-Bas et l'Autriche et ce sera notre devoir ici aussi que de le faire.

Mais d√©fendre l'Europe c'est aussi chercher √† l'am√©liorer, c'est entendre l'insatisfaction, les m√©contentements, c'est reconna√ģtre les insuffisances de l'Europe pour mieux y r√©pondre.

Le Brexit a r√©v√©l√©, m√™me si il y a eu beaucoup de mensonges, de d√©magogie de la part de ceux qui pr√īnaient cette sortie, des fractures sociales, g√©ographiques, g√©n√©rationnelles - des peurs aussi sur l'immigration et la mondialisation - que l'on peut retrouver partout, dans tous les √Čtats membres de l'Union europ√©enne.

L'Europe, c'est vrai, n'est pas vécue comme une protection par nombre de nos concitoyens.

Ils ont eu le sentiment qu'elle √©tait tatillonne et intrusive pour beaucoup de sujets qui pourraient √™tre r√©gl√©s au niveau national, et insuffisamment investie ou efficace pour de grandes questions o√Ļ elle serait indispensable.

Elle a parfois mal ou trop tardivement répondu à une série de crises internes ou externes.

La crise financière de 2008, la crise grecque, la crise des réfugiés ont été autant d'épreuves. Elle a été confrontée à des problèmes nouveaux pour lesquels elle était mal, ou pas, préparée comme le terrorisme, les crises de la sécurité, les problèmes de défense. Parce qu'elle s'était construite, sur d'autres dimensions et particulièrement sur la dimension économique.

Elle a parfois, y compris dans le domaine économique, fait de mauvais choix comme celui de l'austérité qui a aggravé la situation dans les pays d'Europe du Sud.

C'est pourquoi il fallait la réorienter, donner la priorité à la croissance, à l'investissement, à l'emploi, introduire de la flexibilité dans le Pacte de stabilité, lancer le Plan Juncker pour soutenir les investissements.

Mais, ces crises ont peut-être plus profondément encore souligné que l'Europe était une construction inachevée, incomplète.

Soit parce que dans des domaines o√Ļ elle avait √©t√© b√Ętie elle ne l'avait √©t√© qu'√† moiti√©, et c'est le revers des petits pas, soit qu'il manquait des √©tages entiers √† la maison, qui s'av√®rent pourtant indispensables maintenant, comme celui de la d√©fense europ√©enne.

Nous avons b√Ęti une union mon√©taire sans v√©ritable union √©conomique, et Jacques Delors nous avait avertis que nous aurions du mal √† faire fonctionner cette zone euro s'il n'y avait pas une plus grande coordination de nos politiques √©conomiques.

Nous avons b√Ęti un march√© int√©rieur, qui est un tr√®s grand succ√®s mais sans harmonisation fiscale et sociale, et nous avons des probl√®mes de dumping, fiscaux et sociaux.

Nous avons b√Ęti un espace de libre circulation, Schengen, dont les citoyens se sont saisis mais sans mettre en place le n√©cessaire contr√īle aux fronti√®res ext√©rieures communes, m√™me si cela √©tait pr√©vu dans les textes, mais c'est maintenant seulement que nous avons install√© les gardes-fronti√®res et que nous avons r√©vis√© les r√®gles de Schengen.

Nous avons un début de politique étrangère commune, une politique de voisinage, mais nous n'avons pas de défense européenne.

Nous avons b√Ęti en somme une maison dans laquelle il manque encore un toit, des fen√™tres et quand il pleut, quand viennent les temp√™tes, nous en mesurons les risques, et les d√©g√Ęts pour la survie m√™me de la maison. Certains disent qu'ils voudraient retourner dans les petites maisons d'avant. Nous pensons qu'il faut compl√©ter la maison, b√Ętir le toit, renforcer cet √©difice parce qu'il nous est plus indispensable.

Compl√©ter l'Europe. Et donc faire preuve d'imagination, et de d√©termination. Concentrer nos actions sur quelques actions prioritaires plut√īt que de disperser les interventions de l'Europe l√† o√Ļ ce n'est pas indispensable. C'est ce qu'a souhait√© le pr√©sident de la Commission europ√©enne, Jean-Claude Juncker. C'est ce qu'a souhait√© le pr√©sident de la R√©publique, Fran√ßois Hollande.

Et je voudrais mentionner quatre grandes priorités parmi celles qui pourraient alimenter la réflexion et qui en tout cas conduisent notre action. Avec un fil conducteur, c'est que dans un monde incertain, l'Europe soit une protection.

La premi√®re protection, c'est d'abord celle de notre s√©curit√©, de la lutte contre le terrorisme, du contr√īle de nos fronti√®res ext√©rieures. Et dans ce domaine, au cours des derni√®res ann√©es, l'Europe, souvent sous l'impulsion de la France et de l'Allemagne a pris beaucoup de d√©cisions importantes : la r√©vision du code Schengen, pour mieux contr√īler les entr√©es et les sorties aux fronti√®res ext√©rieures communes, l'adoption du PNR europ√©en, la directive de lutte contre le terrorisme, le corps europ√©en de garde-fronti√®res et garde-c√ītes, la directive sur les armes √† feu. Je veux noter au passage qu'un parti qui se pr√©tend tr√®s soucieux de la s√©curit√© de nos compatriotes a vot√© contre toutes ces mesures au plan europ√©en, comme d'ailleurs il a vot√© contre toutes les lois anti-terroristes et sur le renseignement √† l'Assembl√©e nationale. Nous, nous voulons continuer, au contraire, √† renforcer la coordination entre les √Čtats membres dans ce domaine. Parce que nous sommes convaincus que c'est ensemble que nous sommes plus forts dans cette lutte contre le terrorisme et pour la s√©curit√©. Il faut donc achever l'adoption d'un certain nombre de l√©gislation : le syst√®me ETIAS, qui est l'√©quivalent europ√©en de l'ESTA am√©ricain, renforcer la coop√©ration polici√®re sur les fichiers europ√©ens, et c'est √† cela qu'il faut s'atteler pour faire la d√©monstration qu'√©videmment, on doit r√©pondre √† ces questions de s√©curit√© mais qu'on le fera plus efficacement ensemble, avec nos partenaires europ√©ens.

La deuxi√®me protection c'est la dimension externe de cette s√©curit√©, c'est-√†-dire l'Europe de la D√©fense que nous avons relanc√©e avec nos principaux partenaires. Parce que l'Europe, pour une part, avait pris l'habitude, par le pass√© de vivre sous la protection d'autres. Ce n'est pas le cas de la France qui a sa propre politique de d√©fense, mais c'est vrai que pour certains pays, c'√©tait le parapluie am√©ricain, c'√©tait l'id√©e que l'OTAN √©tait en charge de notre s√©curit√©. Mais nous voyons bien aujourd'hui que personne d'autre ne s'occupera de la s√©curit√© de l'Europe √† sa place. Non pas que l'OTAN va dispara√ģtre et qu'elle ne restera pas le cadre essentiel de notre s√©curit√© collective mais quand il y a des menaces, qui sont √† nos fronti√®res, en Libye, au Mali, m√™me au Proche-Orient et c'est aux Europ√©ens de s'en occuper. Avec d'autres parfois, mais c'est sur l'Europe que sont les principales cons√©quences de ces crises.

Et si nous ne voulons pas voir l'instabilité, l'insécurité qui nous entourent s'importer à l'intérieur de l'Europe, il nous faut projeter de la stabilité, et l'Europe doit donc être capable de se doter de capacités, à avoir une plus grande autonomie stratégique. À mettre en place que ce l'on appelle aujourd'hui à Bruxelles la capacité permanente de planification et de conduite des opérations militaires, c'est-à-dire, en fait, un état-major européen pour coordonner ses actions de projection, à soutenir ses propres industries pour ne pas être dépendante de celles des autres, à avoir un fonds européen de défense. C'est à cela que nous sommes en train de nous atteler. Et si l'Europe veut avoir une politique étrangère, comme le proposent les jeunes européens, si elle veut porter sa vision du monde de demain, celui de la paix, de la résolution des conflits, du multilatéralisme, du respect des règles des Nations unies, de la solidarité entre le Nord et le Sud, elle doit être capable de porter toutes les dimensions de cette action extérieure. Et elle doit être capable d'appuyer aussi un certain nombre de partenaires, en particulier en Afrique, à mieux assurer leur propre sécurité. Donc il y a là un champ d'action nouveau tout à fait décisif pour construire une Europe politique, une Europe puissance qui ne s'en remette pas aux décisions d'autres, des grands, des géants de ce monde, des pays continents qui sans cela, et on le voit déjà, s'arrangeront par-dessus sa tête et apporteront leurs propres réponses à un certain nombre de crises qui auront surtout finalement des conséquences pour nous.

Nous l'avons vu avec ce qui s'est pass√© en Syrie : quand, dans des r√©gions qui pouvaient para√ģtre lointaines, la guerre se d√©veloppe, c'est chez nous que le terrorisme, que les r√©fugi√©s viennent. Donc c'est √† l'Europe de prendre en charge, beaucoup plus qu'elle ne l'a fait, et ensemble car chacun de nos √Čtats membres seul n'en aurait pas les m√™mes capacit√©s, une force de projection, de soutien √† la paix et √† la s√©curit√© dans le monde.

La troisième protection, c'est celle de notre économie, c'est le soutien à nos secteurs d'avenir, à notre industrie et c'est finalement l'un des sens du plan Juncker, dont nous avons obtenu d'abord qu'il soutienne 315 milliards d'euros d'investissement, puis maintenant qu'on l'étende à 500 milliards d'euros d'investissement. C'est au Parlement européen, maintenant de le confirmer, pour pouvoir investir dans ce qui déterminera l'avenir de notre économie, de nos emplois : la transition énergétique, les transports, l'éco-mobilité, le numérique, l'innovation.

Là encore, protéger c'est se projeter dans l'avenir, dans le monde.

C'est pourquoi, la protection économique c'est aussi savoir jouer de notre politique commerciale. L'Europe a la capacité de négocier des accords de commerce avec ses grands partenaires dans le monde. Elle doit le faire avec ses principes, avec ses règles, c'est le débat qui a eu lieu à propos du TTIP et du CETA, c'est pourquoi nous n'avons pas soutenu le projet de TTIP qui était très déséquilibré mais nous avons accepté celui avec le Canada, parce que nous devons introduire des normes sociales, environnementales, la défense de nos services publics dans ces accords de commerce qui doivent nous permettre d'échanger avec le monde mais aussi de façonner les règles de la mondialisation.

Et puis, la quatrième protection que je voudrais évoquer, c'est celle du modèle social européen.

Ce mod√®le social, il est unique au monde. L'Europe, c'est cette r√©gion o√Ļ il y a oui la coop√©ration √©conomique par un grand march√©, mais aussi, partout, le droit √† la sant√© pour tous, le droit √† l'√©ducation, des services publiques de haut niveau. Nous, nous sommes attach√©s √† ce mod√®le social. Et l'Union europ√©enne ne doit pas √™tre per√ßue comme une menace pour les acquis sociaux qui ont √©t√© construits dans chacun des pays, √† l'√©chelle des √Čtats nations mais qui doivent √™tre aussi prot√©g√©s √† l'√©chelle de l'Union europ√©enne. C'est pourquoi nous souhaitons que cette dimension sociale de l'Union europ√©enne soit tr√®s fortement affirm√©e dans la d√©claration de Rome qui sera adopt√©e le 25 mars par les 27 chefs d'√Čtat et de gouvernement.

Nous soutenons le projet de socle europ√©en des droits sociaux qui a √©t√© lanc√© par la Commission europ√©enne et qui doit permettre de garantir la portabilit√© des droits, des droits √† la formation tout au long de la vie pour tous les citoyens, dans tous les pays de l'Union europ√©enne, un Erasmus √©tendu aux apprentis, davantage qu'il ne l'est aujourd'hui, l'existence d'un salaire minimum dans tous les √Čtats membres, la r√©vision de la directive sur les travailleurs d√©tach√©s, non pas pour remettre en cause la libert√© de circulation ou introduire des clauses tout √† fait hypocrites vis-√†-vis des travailleurs d'autres pays mais pour combattre le dumping social et garantir que ce sont bien les r√®gles sociales du pays d'accueil qui sont partout et chaque fois respect√©es.

Voilà parmi les grandes priorités les quatre qui me semblent les plus importantes. Qui sont de nature à donner de la force, de la cohésion, de la capacité de projection dans l'avenir à l'Union européenne.

Alors pour faire tout cela, nous pouvons discuter de la fa√ßon dont nous devons faire √©voluer nos institutions. Mais je crois que nous pouvons aussi commencer √† le faire d√®s maintenant et que nos institutions, nos trait√©s, ne nous interdisent pas, si un groupe d'√Čtats membres souhaitent avancer plus vite dans certains domaines de le faire avec ce que l'on appelle les coop√©rations renforc√©es. Et que nous devons faire la d√©monstration que face √† tous ces grands d√©fis, auxquels nos pays sont confront√©s, ensemble, avec nos principaux partenaires, nous sommes capables d'aller de l'avant.

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Les citoyens doivent se saisir de ces enjeux. Il doit y avoir un grand d√©bat dans toute l'Europe autour de ce que nous voulons faire de ce projet commun. Oui, pour reprendre le titre de ces √Čtats g√©n√©raux, soyons fiers d'√™tre Fran√ßais, fiers d'√™tre Europ√©ens. D√©fendez ce projet europ√©en, ne le laissez jamais d√©truire, affaiblir.

Critiquez le, si cela est nécessaire, discutez le, bousculez le, exigez qu'il se corrige, qu'il ne se sclérose pas en bureaucratie, qu'il soit toujours plus inventif, plus inclusif, plus démocratique qu'il soit plus juste, plus social, plus écologique, plus audacieux, surtout.

Mais défendez-le comme un acquis de civilisation, comme une réussite pour notre continent, comme une nécessité pour le monde, comme un bien commun de l'Humanité.

Je vous remercie./.

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6. Union europ√©enne - Hongrie - Slovaquie - Communiqu√© du minist√®re de l'int√©rieur (Paris, 24/03/2017)

À partir d'aujourd'hui, la France pratique les échanges transfrontaliers d'informations sur les infractions routières avec deux nouveaux pays : la Hongrie et la Slovaquie.

En conformité avec la directive européenne 2015/413, les autorités françaises mettent en place, à compter de ce vendredi 24 mars, les échanges transfrontaliers d'informations avec la Hongrie et la Slovaquie. Ces échanges permettent de poursuivre ceux de leurs ressortissants qui commettront des infractions routières sur le territoire français. Réciproquement, les ressortissants français commettant des infractions routières sur les routes hongroises et slovaques pourront être poursuivis par les autorités de ces deux pays.

Avec la Hongrie et la Slovaquie et après la Belgique, l'Espagne, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, l'Italie, le Grand-Duché du Luxembourg et l'Autriche, 11 pays pratiquent désormais l'échange transfrontalier d'informations avec la France. Un accord bilatéral spécifique le prévoit également entre la France et la Suisse.

Depuis le déploiement des radars vitesse en France, environ 21% des infractions relevées (50% en période estivale) concernent des véhicules immatriculés à l'étranger, alors qu'ils ne représentent que 5% à 6% du trafic.

En un an (de mars 2016 à février 2017), près de 40.000 infractions (39.394) ont été commises sur les routes françaises par des véhicules immatriculés en Hongrie et près de 27.000 (26.443) par des véhicules immatriculés en Slovaquie.

Il est √† noter que sur cette m√™me p√©riode, 35% des infractions hongroises (3.851) et 46% des infractions slovaques (12.280) sont des exc√®s de vitesse commis par des poids lourds constat√©s par des radars discriminants qui sont les seuls √† contr√īler la vitesse sp√©cifique des camions de celle des autres usagers.

Pour Emmanuel Barbe, d√©l√©gu√© interminist√©riel √† la s√©curit√© routi√®re ¬ęla g√©n√©ralisation des √©changes transfrontaliers en Europe est une avanc√©e car elle assure l'√©galit√© de traitement entre conducteurs fran√ßais et √©trangers. Dans le cas de la Hongrie et de la Slovaquie, ces √©changes vont aussi permettre de lutter contre les exc√®s de vitesse des poids lourds qui traversent notre territoire. Les accidents caus√©s par des poids lourds sont particuli√®rement graves pour les autres usagers¬Ľ.

Désormais, les conducteurs hongrois et slovaque flashés par les radars français recevront un avis de contravention, de même que les conducteurs français commettant des excès de vitesse ou des franchissements de feu rouge en Hongrie et en Slovaquie./.

(Source : site internet du ministère de l'intérieur)

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7. Singapour - Relations bilat√©rales - Innovation - D√©claration conjointe de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique et de M. Lee Hsien Loong, Premier ministre de la R√©publique de Singapour (Singapour, 27/03/2017)

1. √Ä l'occasion de la visite d'√Čtat √† Singapour du pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise, S.E. Fran√ßois Hollande, le 27 mars 2017, le pr√©sident et le Premier ministre de la R√©publique de Singapour, S.E. Lee Hsien Loong, ont r√©affirm√© l'excellence des relations bilat√©rales unissant les deux pays. Comme l'indique la D√©claration conjointe sur le partenariat strat√©gique entre la France et Singapour publi√©e en octobre 2012, les deux pays entretiennent une coop√©ration fructueuse dans les domaines de la d√©fense, de la cybers√©curit√©, de l'√©conomie, de l'√©ducation et de la recherche ainsi que dans les secteurs culturels, sur la base d'int√©r√™ts partag√©s et d'une vision globale commune.

2. Afin de d√©velopper ce Partenariat strat√©gique et en reconnaissance du fait que l'innovation est un moteur de transformation de leurs √©conomies et de leurs soci√©t√©s respectives au b√©n√©fice de leurs concitoyens, le pr√©sident Hollande et le Premier ministre Lee sont convenus d'intensifier la coop√©ration en mati√®re d'innovation entre les deux pays. La France et Singapour ont accord√© la priorit√© au renforcement de leurs √©cosyst√®mes d'innovation respectifs, notamment aux programmes visant √† promouvoir la recherche et le d√©veloppement (R&D) ainsi qu'au soutien √† l'entreprenariat dans des secteurs innovants. Cela s'inscrit dans les strat√©gies nationales des deux pays, notamment les recommandations pertinentes figurant dans le rapport du Comit√© sur l'√©conomie du futur de Singapour ainsi que les actions critiques pour 2017-2027 d√©finies par la Commission nationale d'√©valuation des politiques d'innovation de France Strat√©gie. Les deux dirigeants estiment que les deux pays ont beaucoup √† apprendre de leurs exp√©riences et approches respectives en vue d'encourager l'innovation. Ils s'accordent √©galement tous deux sur le fait qu'il existe entre les deux pays, dans le domaine de l'innovation, des synergies et des compl√©mentarit√©s substantielles qui pourraient √™tre exploit√©es dans leur int√©r√™t mutuel et celui du monde entier. Des agences, entreprises, organismes de recherche publics et priv√©s ainsi que des √©tablissements d'enseignement sup√©rieur fran√ßais et singapouriens sont d√©j√† activement engag√©s dans divers projets en collaboration mettant en oeuvre non seulement des sciences de pointe et des techniques avanc√©es, mais aussi des solutions dans le domaine des transports, des outils de gestion urbaine, de la s√Ľret√© nucl√©aire et m√™me des technologies satellitaires.

3. Le pr√©sident Hollande et le Premier ministre Lee se sont donc f√©licit√©s de l'organisation, durant la visite d'√Čtat, du Forum de l'innovation Singapour-France qui fera progresser la coop√©ration bilat√©rale en la mati√®re, notamment par le biais des nouvelles initiatives suivantes:

a. Les avanc√©es majeures prises par la communaut√© French Tech de Singapour depuis 2016 pour r√©pondre aux crit√®res du label ¬ęFrench Tech Hub¬Ľ, en renfor√ßant leurs initiatives, en organisant un cadre solide pour les actions mutuelles et en servant de point focal pour l'√©cosyst√®me entrepreneurial fran√ßais dans son engagement pour le secteur des nouvelles technologies √† Singapour. L'ambition de ce r√©seau, qui est en cours de d√©veloppement, en √©troit partenariat avec des partenaires singapouriens cl√©s, est d'accro√ģtre la contribution de la French Tech community √† Singapour pour le d√©veloppement de l'√©cosyst√®me Tech singapourien ainsi que ses interactions avec l'√©cosyst√®me French Tech. Une fois lanc√© officiellement, le French Tech Hub √† Singapour travaillera aussi √©troitement avec d'autres French Tech Hubs dans le monde et notamment en Asie.

b. Le renforcement du r√©seau existant d'entreprises fran√ßaises dans le secteur de la sant√© et des sciences biom√©dicales en Asie du Sud-Est, eu √©gard √† l'urgence de trouver et de mettre en oeuvre des solutions innovantes destin√©es √† r√©duire les co√Ľts et √† faire en sorte que les personnes √Ęg√©es b√©n√©ficient d'une aide dans ce secteur.

c. L'adoption d'un accord de coop√©ration entre l'Autorit√© mon√©taire de Singapour (MAS) et l'Autorit√© de Contr√īle prudentiel et de R√©solution (ACPR) visant √† catalyser l'innovation et √† favoriser le d√©veloppement de nouvelles technologies dans les services financiers (Fintech) en France et √† Singapour.

d. La proposition de programme Singapore Innovative Living Environment (SILVER) qui constitue un partenariat de recherche int√©gr√© entre le CNRS, l'Universit√© nationale de Singapour (NUS) ainsi que l'Universit√© de technologie et de design de Singapour (SUTD). Ce programme a pour objectif de travailler √† des solutions pluridisciplinaires innovantes afin de favoriser un vieillissement actif et le bien-√™tre des personnes √Ęg√©es dans les communaut√©s urbaines. La proposition de programme sera soumise √† la Fondation nationale de la recherche (NRF) de Singapour en vue d'obtenir un financement au titre du programme d'excellence CREATE.

e. Les contributions constantes des entreprises fran√ßaises √† des projets li√©s aux Villes intelligentes et au d√©veloppement durable √† Singapour, notamment le projet de Dassault Syst√®me Virtual Singapore, la collaboration du Housing and Development Board (HDB) avec Electricit√© de France (EDF) sur la mise au point d'un outil de mod√©lisation de syst√®me complexe destin√© √† am√©liorer la planification territoriale et urbaine, le projet √† grande √©chelle d'auto-partage de v√©hicules √©lectriques de Bollor√©, la coop√©ration d'ENGIE, de Schneider Electric, d'EDF et d'ENEDIS dans le cadre du projet pilote Renewable Energy Integration Demonstrator - Singapore (REIDS), le partenariat de NUMA avec ¬ęImpact Hub¬Ľ visant √† acc√©l√©rer les start-ups li√©es aux villes intelligentes, les projets de recherche de Suez avec le PUB (Public Authority Board) sur les infrastructures de comptage avanc√©es et la gestion des eaux pluviales etc. Une exposition sur les ¬ęmutations urbaines¬Ľ sera organis√©e en avril 2018, en application d'un m√©morandum d'entente sign√© entre Universcience et le Singapore Science Centre.

f. Le renforcement des liens dans le domaine des technologies spatiales, √† travers le d√©veloppement de la collaboration entre Thales et NTU et entre le Centre national d'√©tudes spatiales (CNES) et l'Office of space technology and industry (OSTIn). En particulier, la signature de la Lettre d'intention entre le CNES et l'OSTIn en 2015 a grandement facilit√© des relations continues entre les deux parties et a d√©bouch√© en 2016 sur le premier Atelier franco-singapourien sur l'Espace, qui a offert l'occasion de pr√©senter l'expertise fran√ßaise en mati√®re de technologies et d'applications spatiales √† Singapour. Afin de marquer leur d'engagement √† l'√©gard de ces relations, les deux parties r√©affirment leur d√©sir de transformer la Lettre d'intention en un accord cadre qui sera sign√© √† l'occasion de la visite d'√Čtat.

g. La mise au point de solutions technologiques innovantes aux défis en matière de défense et de sécurité, à travers des échanges entre la Defence technology community de Singapour et la Direction générale de l'armement (DGA) française.

h. Le lancement du centre de recherche ¬ęSystemX@Singapore¬Ľ associant des partenaires industriels et des universit√©s, √† la suite de la signature du m√©morandum d'entente entre l'Institut de recherche technologique System X et l'Universit√© technologique de Nanyang (NTU). Les parties collaboreront dans le domaine de l'ing√©nierie num√©rique des syst√®mes complexes, de la durabilit√© et de l'environnement, de la mobilit√© du futur et des solutions urbaines intelligentes. La longue coop√©ration entre NTU et le Commissariat √† l'√©nergie atomique et aux √©nergies alternatives (CEA) a √©t√© encore √©tendue par la signature d'un protocole d'entente pour le d√©veloppement d'un projet de recherche conjoint, tr√®s int√©gr√© et ax√© sur la technologie, sur le recyclage durable des d√©chets m√©dicaux, la r√©cup√©ration des mat√©riaux, et l'assainissement des d√©chets toxiques, au sein du cadre g√©n√©ral de l'√©conomie circulaire.

i. Le lancement d'un double dipl√īme de master entre Sciences Po - √Čcole des affaires publiques et la NUS, qui comprend un master Politiques publiques (MPP) de la NUS et un master affaires europ√©ennes (MEA) de Sciences Po, afin de poursuivre notre coop√©ration en mati√®re d'enseignement sup√©rieur et de recherche. Les √©tudiants participant au programme auront l'occasion de se former √† des comp√©tences et connaissances g√©n√©rales en mati√®re de politiques publiques en France et d√©couvriront certains concepts et cadres de politique publique enseign√©s dans un contexte typiquement asiatique √† la NUS. NUS est aussi parvenue √† des accords distincts et g√©n√©raux de coop√©ration universitaire avec respectivement l'√Čcole IFP et la facult√© de m√©decine de l'Universit√© Paris Descartes.

j. Outre les collaborations entre les musées des deux pays, l'organisation d'un séminaire Malraux invite de grandes institutions culturelles, des décideurs et des praticiens français et singapouriens à débattre des nouvelles tendances et des innovations dans le secteur des arts et de la culture. Ce séminaire ajoute une nouvelle dimension à l'accord intergouvernemental de 2009 relatif à la coopération culturelle entre la France et Singapour.

4. Afin de promouvoir de nouveaux échanges et encourager de nouvelles collaborations entre les parties prenantes compétentes des deux pays dans le domaine de l'innovation, le président Hollande et le Premier ministre Lee sont convenus de déclarer 2018 Année de l'Innovation franco-singapourienne. Des manifestations se tiendront en France et à Singapour, conjointement ou séparément, dans le courant de l'année afin d'encourager des réflexions plus approfondies sur la manière dont les deux pays pourraient oeuvrer ensemble à renforcer leurs efforts respectifs en vue d'atteindre leurs objectifs en matière d'innovation./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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8. Singapour - Relations bilat√©rales - Discours de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, lors du d√ģner d'√Čtat offert en son honneur (Singapour, 27/03/2017)

Monsieur le Président de la République de Singapour,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs

C'est un honneur doublé d'un plaisir que d'être accueilli ici parmi vous, dans ce cadre superbe du palais d'Istana.

Vous l'avez rappel√© Monsieur le Pr√©sident, vous √©tiez notre invit√©, c'√©tait en 2015 et c'√©tait la premi√®re visite d'un pr√©sident singapourien en France. Et ce d√©placement, cette visite d'√Čtat a √©t√© l'occasion de donner une nouvelle dimension au partenariat strat√©gique entre nos deux pays, qui remonte au 18 octobre 2012 ; et j'avais veill√© √† le sceller.

La France regarde Singapour non seulement comme un partenaire économique, mais aussi et surtout comme un pays ami. Cette solide relation s'appuie sur une longue histoire. En 1819, ce sont deux naturalistes français, Pierre Medard-Diard et Alfred Duvaucel, qui accompagnaient Sir Raffles lors de ses passages à Singapour, inaugurant une longue série d'expéditions scientifiques.

Puis lors de la proclamation d'ind√©pendance de Singapour, la France a √©t√© l'un des premiers pays au monde √† reconna√ģtre votre √Čtat. Et nous avons c√©l√©br√© ensemble le 50e anniversaire de cette reconnaissance d'ind√©pendance.

Lee Kuan Yew rendit visite au pr√©sident Pompidou d√®s 1970 et il avait souhait√© - car il avait un c√īt√© proph√©tique - que la France accompagne Singapour dans son d√©veloppement. Mais reconnaissons-le, nos relations ont largement d√©pass√© l'ambition initiale. Et qu'il me soit permis ici de saluer devant vous la m√©moire du fondateur de la Nation singapourienne, dont vous comm√©moriez il y a quelques jours la disparition. Lee Kuan Yew a √©t√© l'architecte visionnaire de votre r√©ussite et sous son √©gide, la cit√© √Čtat a su faire face √† de nombreux d√©fis √† force de volont√©, de t√©nacit√© et de talent, qui sont trois valeurs qui valent d'ailleurs bien au-del√† de Singapour.

Ce dynamisme se traduit dans nos échanges commerciaux qui sont en progression constante, faisant de Singapour notre 3e excédent commercial dans le monde. Et nous n'en avons pas tant que nous ne puissions les saluer à leur juste valeur. Plus de 6.000 entreprises ont établi des liens avec Singapour, 700 filiales d'entreprises françaises et 330 entrepreneurs français ont choisi de s'installer ici, dans votre pays.

Ils emploient plus de 40.000 personnes et vous avez salué un certain nombre de ces compagnies et, notamment, la joint-venture CMA CGM et PSA qui ont fait un des plus gros investissements français à Singapour.

La relation qui unit nos deux pays est aussi politique, et elle se fonde sur le haut niveau de confiance que nous avons été capables d'établir entre nous, ainsi que sur une grande communauté de vues sur le plan diplomatique.

En effet, dans de nombreux secteurs strat√©giques - et notamment en mati√®re de d√©fense - nos deux pays sont devenus des partenaires privil√©gi√©s. Nous c√©l√®brerons l'ann√©e prochaine le 20e anniversaire de la cr√©ation de l'√Čcole de formation des pilotes de chasse singapouriens, sur la base a√©rienne de Cazaux o√Ļ vous vous √™tes vous-m√™me rendu lors de votre visite d'√Čtat en 2015.

Je veux vous confirmer que ces pilotes sont particulièrement bien appréciés, non seulement dans le site de Cazaux dans la région Nouvelle-Aquitaine mais aussi par leurs collègues militaires qui voient des pilotes de grande classe et de grands talents. Et ils permettent de donner une dimension humaine à notre coopération de défense.

Monsieur le Pr√©sident, nous savons le r√īle que Singapour a jou√© lors de la conclusion des Accords de Paris sur le climat, car vous, depuis longtemps, vous √™tes conscient qu'il y a des investissements √† faire, des pr√©cautions √† prendre et √† mettre l'environnement au coeur de vos politiques publiques. Et dans un espace contraint qui est le v√ītre, vous avez √©t√© capable de donner une place √† la nature. Vous avez aussi le projet d'une taxe carbone qui ne peut que favoriser les comportements innovants et intelligents pour la pr√©servation de notre environnement.

La France et Singapour ont également fait un choix qui est celui de l'excellence scientifique. Nous avons 130 chercheurs qui travaillent ici et un grand nombre d'institutions françaises qui apportent leur contribution à des projets autour de la Smart Nation.

Je me réjouis que de grands établissements d'enseignement supérieur français - l'ESSEC, l'INSEAD, l'EDHEC, Sorbonne université, Grenoble School of business - aient fait le choix de s'installer à Singapour ou d'y développer des partenariats, parce que je veux que nos échanges universitaires prospèrent ; et Singapour est le 3e partenaire international du CNRS. Et tout à l'heure, j'ai rencontré l'équivalent singapourien du CNRS et ils me confirmaient l'étroitesse de leurs relations. Et nous allons faire de l'innovation la perspective de l'année croisée France-Singapour.

Enfin, il y a la culture, elle nous relie et nous avons d'ailleurs un accord que nous allons encore améliorer, qui nous permet d'organiser des événements croisés qui animent nos scènes culturelles et qui connaissent de grands succès.

La France soutient Singapour dans son projet de centre culturel à dimension régionale, et je salue ici le choix et le travail de l'architecte Jean-François Milou à la National Gallery, qui abrite la collection permanente d'art moderne la plus importante dans la région. J'irai la visiter demain.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, je suis convaincu qu'après que l'Europe ait fêté le 60e anniversaire du traité qui l'a constituée, le Traité de Rome, et que l'ASEAN ait fêté son 50ème anniversaire, nos deux ensembles régionaux vont pouvoir travailler ensemble, vont pouvoir nouer des accords, vous en avez cité quelques-uns y compris sur le plan commercial et sur le plan du transport aérien, pour que nous puissions développer encore nos échanges.

Et c'est d'autant plus important que nous vivons un contexte g√©opolitique o√Ļ il y a des tentations de repli, d'isolationnisme, de protectionnisme. Alors nous devons montrer l'exemple et faire que notre relation bilat√©rale soit non seulement solide et dynamique, mais qu'elle puisse ouvrir la voie √† des accords d'ouverture, √† des accords de confiance dans le commerce international et dans les r√®gles qui doivent fonder la communaut√© internationale, le droit international et les institutions multilat√©rales, les Nations unies.

Nous sommes aussi conscients que dans la r√©gion, il faut assurer cet √©quilibre, ces principes du droit. Et soyez assur√© que la France sera toujours √† vos c√īt√©s pour faire pr√©valoir ces valeurs et ces principes.

Je veux donc lever à mon tour mon verre à l'amitié entre la France et Singapour ; et vous personnellement, Monsieur le Président./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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9. Singapour - √Čchanges universitaires - D√©claration de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, sur le campus ESSEC-PACIFIC (Singapour, 27/03/2017)

Mesdames, Messieurs,

J'entame aujourd'hui une visite de plusieurs jours en Asie, d'abord à Singapour, ensuite en Malaisie et enfin en Indonésie.

C'était nécessaire que je vienne ici, d'abord parce qu'il n'y avait pas eu de visite présidentielle à Singapour depuis 13 ans, en Malaisie depuis 14 ans et en Indonésie depuis 31 ans. Mais ce n'est pas la seule raison qui pouvait justifier ma présence en Asie.

Il y a surtout un d√©veloppement consid√©rable des √©changes entre la France et ces trois pays depuis 10 ans. Les √©changes ont doubl√© et depuis 5 ans, √ßa s'est acc√©l√©r√©. √Čchanges √©conomiques de haut niveau et √©changes au b√©n√©fice de la France puisqu'ici, √† Singapour, la France constitue un de ses exc√©dents commerciaux les plus importants.

Nous avons en plus fondé notre relation économique sur l'innovation. Ce que nous préparons, ce sur quoi nous investissons c'est la technologie et c'est donc l'avenir. Et c'est d'ailleurs le sens de ma présence ici, dans cette école, l'ESSEC, parce qu'il y a là un environnement, un écosystème tout à fait favorable aux technologies nouvelles et à la diffusion de notre savoir-faire et c'est ce qui est recherché par nos partenaires asiatiques.

La seconde raison tient √©galement aux causes qui nous lient, la France et l'Asie, √† travers une m√™me conception en mati√®re d'ind√©pendance et de s√©curit√©. Les pays d'Asie veulent, dans un contexte strat√©gique nouveau, √™tre associ√©s √† des choix de d√©fense et la France est √† leur c√īt√©.

Ainsi à Singapour, il y a une coopération de très haut niveau en matière de défense, notamment pour la formation des pilotes mais aussi pour la cyber-sécurité. Vous savez qu'en France, il y a même un centre CASO qui accueille de nombreux singapouriens qui viennent se former au pilotage.

Et nous voulons que notre présence ici, en Asie, soit une source de stabilité, de sécurité et d'équilibre, car nous sommes un pays indépendant, respectueux du droit international, soucieux du multilatéralisme et c'est ce qui est entendu ici par les responsables des pays que je vais visiter.

Enfin, il y a une autre dimension dans ce déplacement, c'est ce que représente la France, sa culture, son mode de vie, ses valeurs. Par exemple ici, à Singapour, la coopération culturelle est à un très haut niveau, coopération scientifique, coopération éducative et aussi coopération en matière de créations culturelles, d'événements culturels et il y en aura beaucoup ces prochains mois.

Je veux terminer parce que je reviens de Rome o√Ļ se c√©l√©brait le 60e anniversaire du Trait√©. Ici, c'est une autre forme d'int√©gration r√©gionale, c'est ce qu'on appelle l'ASEAN et qui date de plus de 50 ans. Et si l'on songe √† ce que repr√©sentent nos deux entit√©s - Europe, Asie du Sud-est - avec le m√™me esprit, c'est-√†-dire un esprit d'ouverture, un esprit d'√©change, une volont√© de promouvoir le commerce √† condition qu'il soit r√©gul√©, la m√™me intention de pr√©server la plan√®te, on voit bien qu'il y a une rencontre possible entre l'Europe et l'Asie. Et je plaide pour que nous puissions intensifier nos √©changes, intensifier nos accords commerciaux, intensifier nos accords politiques et culturels entre les deux ensembles g√©ographiques.

C'est d'autant plus nécessaire qu'il y a une résurgence du protectionnisme, de l'isolationnisme, de la mise en cause de tout ce qui peut être institutions internationales. L'Europe - et la France en est la porte-parole - l'Europe doit s'adresser à ces pays d'Asie pour leur dire que nous avons beaucoup à faire ensemble et beaucoup à défendre et beaucoup à promouvoir.

Tel est le sens de ce voyage qui va durer plusieurs jours et qui m'éloigne pour un temps de la France. Mais je la suivrai toujours avec attention et je suis en lien constant avec le Premier ministre sur toutes les affaires intérieures.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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10. Gabon - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault avec M. Emmanuel Issoze Ngondet, Premier ministre gabonais - D√©claration du porte-parole du minist√®re des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 24/03/2017)

M. Jean-Marc Ayrault s'est entretenu, le 24 mars 2017, avec le Premier ministre gabonais, M. Emmanuel Issoze Ngondet.

Au cours de l'entretien, le Premier ministre gabonais a présenté les initiatives de son gouvernement en faveur du dialogue.

M. Jean-Marc Ayrault a exprim√© l'espoir que le dialogue se tienne entre les principales forces politiques du pays et qu'il d√©bouche sur des r√©formes structurelles et des √©ch√©ances bien identifi√©es. La pr√©paration des prochaines √©lections l√©gislatives est une opportunit√© pour que les diff√©rentes sensibilit√©s politiques prennent des engagements en faveur de la d√©mocratie et l'√Čtat de droit au Gabon. Une facilitation internationale pourrait utilement √™tre mobilis√©e.

MM. Ayrault et Issoze Ngondet ont également évoqué les relations entre le Gabon et l'Union européenne et la situation économique et sociale au Gabon./.

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11. √Čtats-Unis - Exemption de visa - Binationaux - R√©ponse de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† une question √©crite au S√©nat (Paris, 23/03/2017)

Le minist√®re des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international suit la question de la loi r√©formant le programme am√©ricain d'exemption de visa entr√©e en vigueur le 21 janvier 2016 avec la plus grande attention. La premi√®re de ses missions a √©t√© d'informer le public fran√ßais sur la port√©e des changements d√©cid√©s par les autorit√©s am√©ricaines en actualisant r√©guli√®rement la rubrique ¬ęconseils aux voyageurs¬Ľ de son site internet (www.diplomatie.gouv.fr).

Cette information, aussi précise que possible, a permis d'alerter les ressortissants français sur les difficultés pouvant se poser, et de les appeler à se renseigner auprès des consulats américains. Le gouvernement a demandé aux autorités américaines de veiller à ce que ces nouvelles mesures n'entravent pas la circulation tant des voyageurs français qui se rendent pour des raisons légitimes dans les pays concernés que des Français binationaux possédant la nationalité de l'un de ces pays (Syrie, l'Irak, l'Iran ou la Libye).

Le gouvernement a également demandé à l'administration américaine d'utiliser la marge de manoeuvre que lui laisse la loi pour favoriser une mise en oeuvre la plus souple possible de la réforme, et de trouver des solutions aux difficultés créées par la réforme pour les citoyens français. Des assouplissements ont déjà été mis en place par l'administration américaine le 27 janvier 2016. À l'exception permanente qui existait déjà pour les fonctionnaires et les militaires en mission officielle, sont venues s'ajouter d'autres catégories qui pourront continuer de bénéficier de l'exemption de visa : journalistes, personnes en mission officielle pour une organisation internationale ou une organisation non-gouvernementale humanitaire.

Par ailleurs, les autorit√©s am√©ricaines ont indiqu√© qu'elles pourront continuer √† d√©livrer des autorisations √©lectroniques de voyage pour les personnes s'√©tant rendues en Iran et en Irak pour des raisons d'affaires l√©gitimes (apr√®s le 14 juillet 2015 dans le cas de l'Iran). L'administration am√©ricaine a √©galement indiqu√© qu'elle mettrait en place des proc√©dures de traitement acc√©l√©r√© des demandes de visa pour les personnes ne pouvant plus b√©n√©ficier du programme d'exemption mais devant accomplir un d√©placement aux √Čtats-Unis pour des raisons d'affaires, humanitaires, ou m√©dicales.

Le Gouvernement poursuit son dialogue avec les autorités américaines pour appeler leur attention sur les difficultés qui demeurent, en particulier pour les binationaux concernés par la réforme, afin de les inciter à rechercher une évolution du dispositif.

Le minist√®re des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international saisit ainsi r√©guli√®rement l'ambassade des √Čtats-Unis √† Paris des cas pr√©sentant une difficult√© particuli√®re.

Dans le cas particulier de l'Iran, la France a également souligné à plusieurs reprises la nécessité de ne pas contrevenir aux efforts déployés dans le cadre de l'accord du 14 juillet pour suspendre l'application de sanctions visant ce pays en parallèle de la mise en oeuvre de ses obligations./.

(Source : site Internet du Sénat)

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12. Russie - Embargo sur les produits agroalimentaires europ√©ens - R√©ponse de de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† une question √©crite au S√©nat (Paris, 23/03/2017)

Suite √† l'annexion ill√©gale de la Crim√©e et aux actions de d√©stabilisation dans l'est de l'Ukraine, le Conseil de l'Union europ√©enne a adopt√© √† l'encontre de la Russie une s√©rie de mesures restrictives, y compris de nature √©conomique, en ao√Ľt et septembre 2014, apr√®s le crash du vol MH17. La dur√©e des sanctions √©conomiques est li√©e √† la mise en oeuvre int√©grale du Paquet de Minsk (conclusions du Conseil europ√©en du 19 mars 2015) qui fixe une feuille de route pour le r√®glement du conflit.

En r√©ponse aux sanctions sectorielles, la Russie a adopt√© en ao√Ľt 2014 des mesures de restriction des importations de produits agro-alimentaires originaires de l'Union europ√©enne ainsi que de pays ayant adopt√© des dispositifs similaires (√Čtats-Unis Canada, Japon, etc.). Les autorit√©s russes avaient adopt√© d√®s janvier 2014 un embargo sanitaire sur les viandes porcines et porcs vivants europ√©ens, toujours en place √† ce jour. D√®s le 28 mars 2014, la Commission a port√© le dossier devant le comit√© des mesures sanitaires et phytosanitaires de l'OMC.

Dans ce contexte, le ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, M. Le Foll, s'est rendu en Russie les 8 et 9 octobre 2015, pour rencontrer son homologue russe, M. Tkatchev et a évoqué cette question. Ils se sont de nouveau entretenus à Paris, le 23 mai 2016, en marge de la 84e session générale de l'organisation mondiale de la santé animale. Les services vétérinaires français et russes sont en contact régulier sur cette question.

En ao√Ľt 2016, un panel de l'Organisation mondiale du commerce a constat√© que l'embargo sanitaire prononc√© par la Russie √† l'encontre de la viande de porc europ√©enne n'√©tait pas conforme aux r√®gles du commerce international. La Russie a fait appel de cette d√©cision le 23 septembre 2016 ; l'UE a √©galement fait appel car elle consid√®re que le simple fait que la l√©gislation russe reconnaisse le concept de r√©gionalisation n'est pas suffisant.

Le 24 février 2017, la Russie a de nouveau perdu en appel devant l'OMC, l'UE ayant fourni les éléments de preuve nécessaires pour démontrer objectivement à la Russie que certaines zones du territoire de l'UE étaient exemptes de la PPA, la fièvre porcine africaine qui était le motif initial de l'embargo russe. Les autorités françaises continueront, en tout état de cause, de chercher à favoriser la reprise du dialogue entre la Commission et les autorités russes pour aboutir à une levée de l'embargo sanitaire russe./.

(Source : site Internet du Sénat)

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13. Protection des donn√©es personnelles - ¬ęBouclier vie priv√©e¬Ľ - R√©ponse de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, √† une question √©crite au S√©nat (Paris, 23/03/2017)

Le nouveau dispositif ¬ęBouclier vie priv√©e¬Ľ d√©signe un ensemble de principes √©tablis par les autorit√©s am√©ricaines, sur la base desquels les entreprises am√©ricaines s'auto-certifient, afin de pouvoir √©changer des donn√©es personnelles entre entreprises europ√©ennes et am√©ricaines. Le cadre juridique, significativement renforc√©, contient de nombreuses limitations, des m√©canismes de supervision et de recours, prot√©geant des interf√©rences ill√©gales et des risques d'abus r√©pondant, ainsi aux exigences de la Cour de justice de l'Union europ√©enne.

La nouvelle d√©cision offre un cadre juridique plus protecteur pour les transferts transatlantiques de donn√©es personnelles : son champ d'application est pr√©cis√©. Les voies de recours sont plus clairement √©nonc√©es et les autorit√©s de contr√īle europ√©ennes y sont associ√©es ; ainsi les ressources du M√©diateur ont √©t√© √©largies et ses capacit√©s d'action d√©velopp√©es. L'acc√®s aux donn√©es des autorit√©s publiques, pour des raisons de s√©curit√© nationale, et la collecte de masse des donn√©es personnelles sont pr√©cis√©s. La collecte de masse ne pourra avoir lieu que lorsque l'usage de discriminants n'est pas possible pour des raisons techniques et op√©rationnelles et devra √™tre limit√©e √† des ¬ęobjectifs de renseignement √©tranger sp√©cifiques¬Ľ. Enfin, en mati√®re de protection l√©gale, l'encadrement des transferts ult√©rieurs √† des √Čtats tiers est renforc√©.

Cette √©volution du paysage juridique constitue un premier pas dans le r√©tablissement de la confiance transatlantique en mati√®re de protection des donn√©es personnelles. N√©anmoins, la mise en oeuvre effective du ¬ęBouclier vie priv√©e¬Ľ d√©pend d√©sormais de la publication, par le procureur g√©n√©ral am√©ricain, de la liste des √Čtats europ√©ens qui pourront, en cas de litige, b√©n√©ficier des m√©canismes de voies de recours. Les autorit√©s fran√ßaises veilleront √† ce que la nouvelle administration am√©ricaine √©labore cette liste dans les plus brefs d√©lais.

M√™me si certains points de l'accord auraient m√©rit√©s d'√™tre renforc√©s (sur la collecte de masse ou les transferts de donn√©es vers les pays tiers notamment), l'urgence √©tait √† l'adoption d'un cadre permettant la stabilit√© juridique des transferts de donn√©es garantissant un niveau √©lev√© de protection alors que, selon les donn√©es recueillies par la Commission europ√©enne, le volume des flux de donn√©es entre l'UE et les √Čtats-Unis est le premier au monde.

Selon le secr√©taire am√©ricain au Commerce, ¬ęles √©changes commerciaux entre l'Europe et les √Čtats-Unis d√©pendant du transfert de donn√©es s'√©levaient √† 260 milliards de dollars¬Ľ.

L'absence d'un tel cadre juridique aurait √©t√© pr√©judiciable aux entreprises europ√©ennes, y compris aux entreprises fran√ßaises, en particulier, les petites et moyennes entreprises europ√©ennes n'ayant pas les moyens de mettre en oeuvre un cadre juridique alternatif robuste, puisqu'en l'absence de r√©elles offres alternatives europ√©ennes, les autres outils de transferts de donn√©es restent juridiquement fragiles. Alors que la soci√©t√© Digital Rights Ireland a form√©, le 27 octobre 2016, un recours devant le Tribunal de l'Union europ√©enne contre cette nouvelle d√©cision d'ex√©cution (essentiellement pour non-respect des articles 7, 8 et 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union europ√©enne), des am√©liorations au ¬ęBouclier vie priv√©e¬Ľ pourront √™tre recherch√©es √† l'occasion de la r√©vision annuelle qui permettra d'examiner les conditions de sa mise en oeuvre et lors de la r√©vision devant tenir compte, en 2018, de l'entr√©e en vigueur du r√®glement sur la protection des donn√©es./.

(Source : site Internet du Sénat)

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14. Libye - D√©claration des ambassadeurs de la R√©publique populaire de Chine, des √Čtats-Unis d'Am√©rique, de la R√©publique fran√ßaise, du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord et de la F√©d√©ration de Russie en Libye (Paris, 24/03/2017)

Considérant le conflit récent dans le Croissant pétrolier libyen et à Tripoli,

Prenant acte des résolutions pertinentes du conseil de sécurité des Nations unies, notamment les résolutions 2213, 2259 et 2278,

Conscients du fait que de telles attaques, en particulier contre des installations pétrolières, menacent la paix, la stabilité et la sécurité de la Libye,

Nous soulignons que les infrastructures, la production, les exportations et les recettes pétrolières appartiennent à l'ensemble du peuple libyen et doivent demeurer sous l'autorité exclusive de la Compagnie pétrolière nationale. Nous appelons toutes les parties à faire preuve de retenue, à éviter les solutions militaires et à résoudre leurs différends au moyen de processus politiques./.

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15. Nations unies - Lancement du 25e rapport du PNUD sur le d√©veloppement humain - Intervention de M. Jean-Marie Le Guen, secr√©taire d'√Čtat charg√© du d√©veloppement et de la Francophonie (Paris, 23/03/2017)

Monsieur le Sous-Secrétaire général adjoint des Nations unies, cher Magdy Martinez-Soliman,

Mesdames et Messieurs les Directeurs,

Mesdames et Messieurs,

C'est un plaisir et un honneur de cl√īturer vos travaux, √† l'occasion du lancement en France du 25e rapport du PNUD sur le d√©veloppement humain.

Votre rapport met en lumière le nombre de femmes, d'hommes, de communautés qui restent à l'écart du développement. Il rappelle ainsi que, plus que jamais, nous avons besoin de valeurs et d'objectifs communs plaçant au coeur de nos actions le développement humain.

Alors même que les inégalités n'ont jamais été aussi fortes dans le monde, que les sources d'instabilité mondiale s'intensifient, et que les tensions populistes fragilisent les démocraties et la solidarité, ces valeurs et ces objectifs communs sont particulièrement importants.

L'action des organisations internationales pour r√©pondre aux d√©fis du d√©veloppement durable est bien entendu essentielle. La France est tr√®s attach√©e au multilat√©ralisme, qu'elle consid√®re comme un levier indispensable pour d√©velopper des r√©ponses collectives et efficaces aux d√©fis globaux de notre temps. Et je tiens √† saluer ici l'action du PNUD qui a un r√īle essentiel √† jouer √† la fois comme producteur de connaissances, ce que montre ce rapport, mais aussi sur le terrain, pour contribuer au renforcement de la coordination du syst√®me des Nations unies pour le d√©veloppement.

Pour en venir à l'action de la France, lors de ce quinquennat, la France a réaffirmé sa solidarité à l'égard des pays en développement et en crise, et a renforcé ses moyens d'action. La réunion du Comité interministériel de la coopération internationale et du développement (CICID) en novembre a affiné les orientations stratégiques de la politique française de développement

2017 est l'ann√©e de la mise en oeuvre des engagements du CICID, notre feuille de route, dans un contexte o√Ļ les cr√©dits de l'aide publique au d√©veloppement repartent √† la hausse avec une augmentation, non n√©gligeable, de 365 millions d'euros par rapport √† 2016.

Le CICID a engagé le ministère à actualiser un nombre important de ses stratégies sectorielles. Parmi elles, figurent l'éducation et la santé. Le lancement du rapport du PNUD constitue le cadre idéal pour présenter ces deux nouvelles stratégies de la France en matière de développement humain.

Je commencerai par la stratégie sur l'éducation, qui constitue sans doute le premier défi des sociétés. C'est un défi absolument fondamental pour l'amélioration des conditions de vie des populations, mais aussi pour leur ouverture au monde.

L'accès de tous à l'éducation tout au long de la vie, et en particulier des jeunes filles, conditionne en effet tout développement économique et humain pérenne et favorise une cohésion sociale renforcée.

C'est pourquoi la France se dote d'une nouvelle stratégie pour l'action extérieure 2017/2021 en matière d'éducation, de formation professionnelle et d'insertion.

Cette stratégie s'appuie sur des principes directeurs qui reflètent les défis de notre temps : réduction des inégalités, atténuation des vulnérabilités, développement de nouvelles opportunités économiques dans les territoires, accompagnement des transitions démographique, numériques, économique et écologique.

Je souhaite insister sur le droit de chacune et de chacun à bénéficier d'une éducation et d'une formation de qualité. Nous sommes attachés à la notion de service public de l'éducation qui veille à l'inclusion éducative de tous les enfants. À l'échelon international, nous lutterons contre toutes les initiatives de marchandisation de l'éducation. Celle-ci est un bien commun non monnayable.

Sur la base de ces principes, notre objectif prioritaire est d'√©largir l'acc√®s √† l'√©ducation primaire jusqu'√† la fin du coll√®ge pour permettre √† tous les enfants, en particulier, et j'insiste sur les filles, √† ma√ģtriser les comp√©tences de base du XXIe si√®cle, n√©cessaires √† la vie et l'emploi. √Ä titre d'exemple, l'AFD met en oeuvre un projet d'appui √† l'√©ducation de base en Casamance de 10 millions d'euros sur la p√©riode 2013-2019.

En matière de formation professionnelle et d'insertion, notre objectif est d'apporter des réponses à une demande forte d'inclusion sociale de la jeunesse tout en accompagnant la compétitivité des entreprises. Nous ciblons les formations visant à  soutenir la formation agricole et rurale et l'apprentissage traditionnel. Au Nigéria, l'AFD accompagne la modernisation de l'Institut national de formation aux métiers de l'électricité (NAPTIN) dont la mission est de délivrer des formations initiales et continues à des ouvriers comme à des ingénieurs. Ce type d'action pourra être répliqué.

Le défi du financement de l'éducation est immense et représente un enjeu clé auquel tous les pays sont confrontés. À l'échelle mondiale, le déficit annuel de financement pour réaliser l'objectif de développement durable sur l'éducation est estimé à 39 milliards de dollars. Il ne faut pas se le cacher : une augmentation de l'aide publique au développement, seule, ne suffira pas. Notre contribution à l'accroissement du financement international de l'éducation sera ainsi la priorité des priorités. Nous contribuerons en particulier à la réflexion sur les financements innovants en matière d'éducation pour trouver de nouvelles sources de financement.

L'autre stratégie que je tiens à vous présenter aujourd'hui concerne un enjeu qui me tient à coeur : la santé mondiale.

Au cours des dernières décennies, nous nous sommes distingués par notre engagement en faveur de la santé. La France est le 2e contributeur historique au Fonds mondial contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme, avec 4,5 milliards de dollars depuis sa création et le premier bailleur à UNITAID. Nous nous sommes également distingués par notre approche, celle qui s'appuie sur les droits, les droits des malades, héritage de l'histoire du modèle français de santé. Nous portons un projet ambitieux de renforcement des systèmes de santé pour atteindre la couverture de santé universelle.

Nous avons souhaité renouveler notre stratégie cette année. Le paysage de la santé mondiale est en pleine évolution. L'adoption de l'agenda 2030 nous incite à adopter une approche transversale des sujets. Les transitions démographiques, les changements climatiques, les situations de conflits prolongées, l'émergence de nouveaux agents pathogènes, le développement des résistances antimicrobiennes, l'exportation des produits de santé dans un environnement de plus en plus compétitif, mais aussi l'enjeu de l'accès à l'innovation de pointe et du prix des médicaments sont autant de défis qui bouleversent le paysage de la santé mondiale.

Face à cela, la France a des atouts qu'il nous faut absolument mobiliser. Ces atouts sont à la fois humains et techniques : nous disposons d'une expertise de santé publique unique, d'une recherche scientifique reconnue et respectée avec des organismes comme l'Institut Pasteur, l'IRD, l'ANRS, ou l'INSERM. Nos grands groupes français spécialisés, nos entreprises, ont une expertise pharmaceutique à mettre au service de l'humain. Les organisations de la société civile, ONG et associations, sont mobilisées et nous poussent à faire toujours davantage sur le secteur.

Fruit d'un travail avec l'ensemble des acteurs français de la santé, de la recherche et du développement, la stratégie permettra de fédérer les énergies autour d'une ambition commune et d'objectifs clairs.

Quatre priorités structurent la stratégie française en santé mondiale pour les cinq prochaines années :

-           le renforcement des systèmes de santé,

-           le renforcement de la sécurité sanitaire internationale,

-           la promotion de la santé des populations, notamment les personnes laissées pour compte, ce qui rejoint le 25ème rapport du PNUD,

-           et la promotion de l'expertise, la formation, la recherche et l'innovation françaises. Il s'agit aussi d'exporter notre offre de soins à l'international.

Le rapport présenté aujourd'hui montre que le développement humain pour tous est impossible si la moitié de l'humanité est laissée pour compte.

La diplomatie des droits des femmes est une priorité stratégique de la France. Depuis 2007, la France dispose d'une stratégie genre et développement qui oriente notre politique de développement dans le domaine de l'égalité femmes-hommes et des droits des femmes.

Le 8 mars, le président de la République, le ministre des affaires étrangères et la ministre des droits des femmes ont rappelé cet attachement aux droits des femmes dans un texte fédérateur : le Serment de Paris. Nous nous sommes engagés à donner partout aux femmes les moyens de résister, et de faire reculer tout ce qui porte atteinte à leur sécurité, à leur dignité et à leur liberté.

Nous avons également fait le serment d'encourager et d'accompagner l'autonomisation des filles et des femmes, par la reconnaissance universelle des droits sexuels et reproductifs, et la lutte contre toutes les formes de violences faites aux filles et aux femmes.

Je participerai le 3 avril √† la Commission population et d√©veloppement √† New York, o√Ļ je porterai ce message en faveur des droits des femmes.

Cet engagement politique se traduit dans nos actions de développement, et je tiens à saluer l'énorme travail accompli par l'Agence française de développement (AFD) pour évaluer 100% de ses projets en tenant compte des enjeux de genre.

***

Mesdames et Messieurs,

Pour relever les défis du développement humain, il nous faut des politiques transversales qui traitent des sujets dans leur globalité.

C'est tout le sens de la feuille de route sur l'action de la France en nutrition √† l'international. Cette feuille de route, multisectorielle, s'attaque √† l'ensemble des secteurs qui d√©terminent une bonne nutrition : l'agriculture, l'eau et l'assainissement mais aussi bien s√Ľr la sant√©. Elle porte √† la fois sur les interventions de d√©veloppement mais aussi humanitaires. Elle vise √† mieux prendre en compte la nutrition dans nos programmes et politiques. Les famines qui menacent aujourd'hui le continent africain nous rappellent trop bien l'importance d'agir de mani√®re transversale dans ce secteur de la nutrition.¬†

Enfin, l'immensité des défis nous enjoint à élaborer des réponses innovantes et efficaces.

Pour favoriser les innovations, il faut s'appuyer sur la recherche. Notre politique de développement doit intégrer de façon plus systématique la science et la recherche. Cela pourrait prendre la forme d'un pourcentage fixe de l'APD alloué à la recherche.

Il est également essentiel de renforcer les communautés scientifiques et la recherche dans les pays en développement, je pense en particulier aux chercheurs africains en Afrique. Un conseil euro-africain pour la recherche pourrait permettre de fédérer les chercheurs des deux continents autour d'une dynamique commune.

Pour conclure, permettez-moi de remercier, une fois encore, le PNUD et Madgy Martinez-Soliman d'avoir fait le déplacement à Paris pour ce lancement, et à vous tous d'être venu écouter et débattre des meilleures orientations à prendre pour contribuer au développement humain pour tous./.

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16. Nations unies - Protection du patrimoine culturel dans les zones de conflit - Adoption par le conseil de s√©curit√© des Nations unies de la r√©solution 2347, port√©e par la France et l'Italie - D√©claration du porte-parole du minist√®re des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 24/03/2017)

Mme Audrey Azoulay, ministre de la culture et de la communication, a présenté le vendredi 24 mars 2017 devant le conseil de sécurité des Nations unies, à New York, le projet de résolution, porté par la France et l'Italie, sur la protection du patrimoine culturel en situation de conflit armé.

Pour la première fois, le conseil de sécurité, en présence de la directrice générale de l'UNESCO, a adopté une résolution entièrement consacrée à la protection du patrimoine dans les zones de conflit, sans limitation géographique et pour tous types de menaces confondus (destruction, vol et pillage, trafic).

La destruction du patrimoine culturel pendant les conflits armés vise à anéantir la mémoire de peuples déjà meurtris dans leur chair. C'est aussi un enjeu majeur de sécurité.

Sur la dimension contre-terroriste comme sur l'ensemble des autres aspects qu'elle couvre, la résolution 2347 contient des recommandations opérationnelles précises qui améliorent concrètement le dispositif international de protection du patrimoine.

C'est une étape importante, qui voit la communauté internationale rappeler les enjeux majeurs qui s'attachent à la protection du patrimoine culturel, véritable bien commun de l'humanité qu'il est de la responsabilité de la communauté internationale de protéger.

Cette r√©solution s'inscrit dans le prolongement de la conf√©rence internationale d'Abou Dabi sur la protection du patrimoine culturel en p√©ril de d√©cembre 2016, organis√©e, sous l'√©gide du pr√©sident de la R√©publique et le pilotage de Jack Lang, par la France et les √Čmirats arabes unis. La r√©solution reprend ainsi notamment les deux principaux acquis op√©rationnels de la conf√©rence d'Abou Dabi : la cr√©ation d'un fonds international et l'organisation d'un r√©seau de refuges pour les biens culturels menac√©s.

L'adoption √† l'unanimit√© de ce texte fondateur t√©moigne de la mobilisation de la communaut√© internationale au plus haut niveau, associant notamment l'UNESCO et de nombreux √Čtats parmi lesquels l'Italie, co-auteur avec la France de la r√©solution adopt√©e ce jour, et les √Čmirats arabes unis.

La réunion du conseil de sécurité précède de quelques jours la réunion des ministres de la culture des pays du G7 qui se tiendra, à l'invitation de l'Italie, à Florence les 30 et 31 mars prochain, et qui mettra également en lumière la nécessité de protéger le patrimoine dans les situations de conflit afin de préserver et transmettre l'histoire et la mémoire de l'humanité./.

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17. Nations unies - Protection du patrimoine culturel dans les zones de conflit - D√©bat minist√©riel du conseil de s√©curit√© - Intervention de Mme Audrey Azoulay, ministre de la culture et de la communication (New York, 24/03/2017)

Monsieur le Secrétaire général adjoint,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Madame la Directrice générale,

Monsieur le Directeur exécutif,

Distingués Délégués et Participants,

Je salue l'adoption à l'unanimité de la résolution 2347 qui marque une étape historique dans notre combat commun pour la protection du patrimoine en danger.

Nous sommes r√©unis ce matin au conseil de s√©curit√©, au coeur de la ville-monde qui symbolise la modernit√©, ¬ę√† l'ombre des tours mortes¬Ľ pour reprendre le titre de l'album d'Art Spiegelman. Mais nous sommes aussi ce matin, par l'objet de notre r√©union, √† l'ombre perdue des bouddhas de B√Ęmiy√Ęn dont la puissance silencieuse a √©t√© saccag√©e par le souffle des explosifs. Nous r√©pondons √† l'appel des manuscrits et mausol√©es de Tombouctou, des colosses de pierres et des taureaux androc√©phales de M√©sopotamie.

L'acharnement délibéré contre le patrimoine de l'humanité procède d'une volonté d'anéantissement de la mémoire, de négation du passé, de spoliation de l'histoire. C'est la même volonté destructrice qui vise dans leur chair des femmes, des hommes, des enfants mais aussi dans la pierre, dans l'argile, les trésors du patrimoine, les musées.

C'est le même dessein funeste, la même volonté, briser ce qui a pu exister avant pour étouffer l'espoir d'un après.

Nous devons à ces peuples, à ces femmes et à ces hommes le respect de leur passé ; nous devons transmettre leur histoire à nos enfants et aux enfants de nos enfants car elle appartient au patrimoine commun de l'humanité. Nous devons secourir tous ceux qui au prix parfois de leur vie cherchent à maintenir hors de la nuit ces trésors de l'humanité.

La communaut√© internationale agit d√©j√† √† travers ce que L√©on Blum appelait √† juste titre la ¬ęconscience des Nations unies¬Ľ, c'est-√†-dire l'UNESCO.

Je veux saluer le r√īle essentiel de l'UNESCO dans la protection du patrimoine et la promotion de la diversit√© des cultures comme instrument de paix, comme conscience morale de l'humanit√© pour rappeler que la culture relie les hommes √† leur histoire, √† leur territoire. Gr√Ęce √† l'UNESCO, les √Čtats se sont engag√©s en adoptant des textes utiles √† la pr√©servation de notre patrimoine commun. Le mandat global de cette institution est plus que jamais pertinent dans un monde o√Ļ les valeurs qu'elle incarne depuis sa cr√©ation sont remises en cause.

Je veux saluer √©galement le travail de l'ONUDC et d'Interpol qui jouent un r√īle central dans la pr√©vention du trafic de biens culturels, par la coop√©ration judiciaire comme par la sensibilisation des √Čtats √† ces probl√©matiques encore souvent m√©connues.

Je veux aussi saluer l'engagement dont témoigne la présence ce matin au sein du conseil de sécurité, du Secrétaire général adjoint et de la directrice générale de l'Unesco, et remercier le directeur exécutif de l'ONUDC pour son intervention.

Je veux saluer bien s√Ľr la pr√©sidence britannique sans laquelle l'invitation conjointe de la France et de l'Italie n'aurait pu aboutir. Et je veux bien s√Ľr vous dire toute la solidarit√© de la France alors que le Royaume-Uni a √©t√© attaqu√©e dans le berceau historique de la d√©mocratie qu'est leur Parlement.

La protection du patrimoine est un enjeu de civilisation, un enjeu √©thique, qui nous rassemble dans la diversit√© de nos appartenances. Mais c'est aussi un enjeu de s√©curit√©, car pendant le conflit, le trafic illicite des biens culturels pill√©s finance les r√©seaux terroristes et constitue un facteur de d√©veloppement des conflits arm√©s. Les groupes arm√©s et en particulier les organisations terroristes se renforcent gr√Ęce aux revenus qu'ils tirent du trafic du patrimoine culturel. Les biens culturels vol√©s dans les pays en guerre servent en retour √† perp√©tuer et √† intensifier les conflits.

Apr√®s m√™me le conflit, au moment du retour √† la paix, le patrimoine joue encore un r√īle majeur dans le r√©tablissement de la paix car c'est un facteur de r√©silience et de rassemblement pour des populations meurtries.

Pour toutes ces raisons la communauté internationale doit se mobiliser ; c'est une exigence humaniste, une cause juste et un levier essentiel de paix durable.

***

Ce matin, dans cette réunion fondatrice, la communauté internationale agit à travers le Conseil de sécurité. Il a adopté pour la première fois une résolution de portée générale exclusivement consacrée à la protection du patrimoine en péril en situation de conflit armé.

Cette enceinte, dont la responsabilité est de veiller au maintien de la paix, se saisit pleinement de cette question à travers ce texte proposé conjointement par la France et l'Italie.

Bien s√Ľr, le sujet n'√©tait pas absent des pr√©c√©dents textes adopt√©s par le Conseil, mais il √©tait abord√© de fa√ßon limit√©e et sur des territoires particuliers, notamment sous l'angle de la lutte contre le terrorisme.

C'est la r√©solution 1267 qui appelle au respect du patrimoine culturel et historique d'Afghanistan ou la r√©solution 2199 adopt√©e en 2015, qui condamne les destructions du patrimoine culturel iraquien et syrien, commises en particulier par Daeh et le Front el-Nosra, et incite les √Čtats membres √† prendre des mesures adapt√©es pour emp√™cher le trafic des biens culturels en provenance d'Irak et de Syrie.

Mais aujourd'hui, l'urgence a appelé le Conseil à s'inscrire dans le prolongement de ces résolutions et à se saisir de l'ensemble du sujet.

Pour cela il peut aussi s'appuyer sur la mobilisation de 43 √Čtats, en d√©cembre 2016, √† la Conf√©rence internationale d'Abou Dabi sur la protection du patrimoine culturel en p√©ril organis√©e par la France et les √Čmirats Arabes Unis, que je veux saluer pour leur engagement d√©cisif. Ces pays, dans la d√©claration finale, ont appel√© le conseil de s√©curit√© √† appuyer la r√©alisation des deux grands objectifs identifi√©s pendant la conf√©rence¬†:

-la constitution d'un fonds international pour la protection du patrimoine culturel en péril ;

-la création d'un réseau de refuges.

La résolution adoptée à l'unanimité est à la fois complète et équilibrée. Elle témoigne de la mobilisation pleine et entière de la communauté internationale au plus haut niveau. Je veux vous dire ma fierté de la présenter avec mon collègue italien

Cette résolution 2347 aborde la question de la mise en danger du patrimoine en situation de conflit armé en traitant pour la première fois de l'ensemble des menaces : la destruction, les vols, le trafic, sans limitation géographique, et que celles-ci soient le fait de groupes terroristes listés ou d'autres groupes armés.

La résolution fait explicitement le lien avec le financement des groupes terroristes par le trafic de biens culturels, et renforce les dispositifs opérationnels mis en place à cet égard par les résolutions précédentes du Conseil de sécurité.

Elle prend également mieux en compte la connexion entre les groupes terroristes et la criminalité organisée.

Elle mentionne les principaux acquis opérationnels de la conférence d'Abou Dhabi dans le respect du droit international.

Elle renforce la coop√©ration entre les agences et organes traitant de cette question sans se substituer √† eux et elle encourage les √Čtats √† davantage coop√©rer et √† prendre des mesures op√©rationnelles efficaces.

Elle invite enfin les √Čtats membres √† ratifier la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits arm√©s et ses protocoles, comme vient de le faire la France qui vient de ratifier de second protocole de 1999, devenant ainsi, avec le Royaume-Uni, le premier membre permanent du conseil de s√©curit√© √† le faire.

***

Au coeur de cette mobilisation et surtout de cette coopération, la France prendra toute sa part, notamment en finançant à hauteur de 30 millions de dollars le fonds annoncé à la conférence d'Abou Dhabi, qui a atteint déjà plus de 75 millions de dollars.

Chers Amis, croire que la modernité peut se fonder sur l'oubli est une imposture dangereuse. Elle ne peut advenir que juchée sur les épaules des géants qui nous ont précédés.

Il s'agit aujourd'hui de pr√©server l'int√©grit√© du ¬ęgrand livre¬Ľ de l'humanit√©, celui qu'√©voquait Victor Hugo √† propos de Notre-Dame de Paris, lui qui voyait dans le patrimoine le ¬ęgrand livre de l'humanit√©, l'expression principale de l'homme¬Ľ.

Bien s√Ľr le patrimoine est vivant et il se transforme √† travers les si√®cles. Mais c'est au temps long qu'il revient de dire ce qui doit rester dans l'histoire et non aux passions destructrices des hommes.

Cette résolution nous invite collectivement à la sagesse et au respect du temps long. C'est faire oeuvre de paix que d'empêcher que le patrimoine culturel soit détruit dans une tentative meurtrière de réécriture de l'histoire. C'est faire oeuvre de paix que d'empêcher que cet héritage des peuples soit détourné pour financer la violence et le crime contre leur propre histoire. C'est le sens de la résolution historique que nous venons d'adopter ce matin.

Je vous remercie./.

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18. Nations unies - Protection du patrimoine culturel dans les zones de conflit - Remarques √† la presse de Mme Audrey Azoulay, ministre de la culture et de la communication avant la r√©union du CSNU (New York, 24/03/2017)

(en français et en anglais)

Ce matin, c'est une réunion très importante pour nous du conseil de sécurité, puisque, sur proposition conjointe de l'Italie et de la France, pour la première fois le conseil de sécurité va traiter dans son ensemble la question du patrimoine culturel mis en danger pendant les conflits armés. Il s'était déjà prononcé mais de façon plus limitée sur cette question et là, pour la première fois, il va la traiter dans sa globalité.

C'est un sujet qui nous tient particulièrement à coeur en France. C'est pour cela que j'ai tenu à être ici ce matin. C'est un sujet qui est porté directement par le Président de la République. Parce qu'on sait bien que lorsqu'on s'attaque au patrimoine culturel, au-delà de l'attaque qui est faite vis-à-vis des populations civiles, on vise leur mémoire, on vise leur histoire, on vise la diversité culturelle. Et, en plus des attaques physiques de masse qui visent les populations, c'est aussi une attaque qui est à la fois sur leur passé, sur leur présent et aussi sur la possibilité d'un avenir. C'est un sujet sur lequel nous nous mobilisons très fortement et j'espère que cette résolution du conseil de sécurité pourra être adoptée ce matin à l'unanimité parce que c'est un sujet qui le mérite.

Q - L'ONU a déjà des difficultés sur le terrain en ce qui concerne par exemple le Mali et la lutte anti-terroriste, la protection des civils, comment pourrait-elle gérait en plus la protection du patrimoine ?

R - Je crois qu'il ne faut surtout pas opposer les deux questions. En r√©alit√© les deux questions sont li√©es et il faut se battre sur ces deux fronts-l√†. Il s'agit de la m√™me chose. Et l'ONU peut aussi s'appuyer sur tout un r√©seau qui existe d√©j√†. Et la premi√®re fa√ßon de traiter ce sujet est de s'appuyer sur l'Unesco qui est l√† pour √ßa, qui est pour reprendre les termes de L√©on Blum ¬ęla conscience des Nations unies¬Ľ et l'Unesco agit d√©j√†. L'Unesco peut √©galement agir avec un certain nombre d'autres initiatives qu'il faut mieux coordonner. C'est aussi l'objet de cette r√©solution. Je pense aux diff√©rents fonds qui existent et notamment au fonds que nous venons de cr√©er dans la droite ligne de la conf√©rence d'Abou Dhabi qui s'est tenue en d√©cembre dernier et dans laquelle il a √©t√© d√©cid√© de cr√©er un fonds international de protection ainsi qu'un r√©seau de refuges pour les biens culturels en p√©rils.

Pour reprendre la question du financement et d'un outil financier, cet outil financier est désormais créé et il a été doté financièrement pas plus tard que lundi dernier au Louvre dans une première conférence des donateurs qui a permis de réunir déjà 75 millions de dollars. La France y a pris toute sa part puisqu'elle s'est engagée à verser 30 millions de dollars à ce fonds.

Il faut donc utiliser les différents outils qui existent, les coordonner, agir et bien entendu en même temps agir pour la sécurité. C'est bien parce que c'est aussi un enjeu de sécurité qu'il est légitime que le conseil de sécurité s'empare pleinement de cette question.

Q - You were speaking about the fund, can you tell us what will the fund be used for ? An to follow up on the previous question, there already are peacekeepers on the ground defending populations and now you are adding another item to the mandate. How do they ¬ęg√©rer¬Ľ all of that ?

R - As I said the international fund has now gathered more than 75 million USD and we are going to launch an appeal for projects and initiative on the second semester of this year. Because there are many projects on the ground of archaeologists, of people and teams trying to protect cultural heritage, sometimes at the peril of their lives, and we have to help these initiatives. So the fund will be operational at the end of this year.

On peacekeepers mandate, both mandates are not contradictory. It is quite the opposite. You have to protect both the civilian populations and their cultural heritage, because attacking cultural heritage is also an attack on cultural diversity, on the past of these millenniums civilizations. In order for these people to have a future once the conflicts are over, they have to gather themselves, to reunite around this cultural heritage. So both aims are totally linked : to protect civilian populations and to protect cultural heritage and diversity.

Q - A word on places where there is a total lack of security, like Syria ?

R - During conflicts, this resolution, if adopted, provides tools and guidelines for all parties in armed conflicts in order to protect cultural heritage. Of course sometimes it will be very difficult on the ground but it is rules that the parties will have to follow. Also before the conflicts, there is a responsibility for States to protect cultural heritage, sometimes to protect them in safe heavens. And after the conflicts there will be international help with funding in order to protect cultural heritage./.

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