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Déclarations officielles de politique étrangère du 22 juin 2017


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole adjoint - Allemagne/Entretien de M. Jean-Yves Le Drian avec M. Sigmar Gabriel - Russie - Syrie - République démocratique du Congo - République centrafricaine (Paris, 22/06/2017)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a fait la déclaration et répondu aux questions suivantes :

1 - Allemagne - Entretien de M. Jean-Yves Le Drian avec M. Sigmar Gabriel (Paris, 23 juin 2017)

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, recevra le 23 juin M. Sigmar Gabriel, ministre allemand des affaires étrangères.

Les ministres travailleront à la préparation du conseil des ministres franco-allemand, qui se tiendra le 13 juillet en France. Ils feront également le point sur l'actualité européenne et internationale, dans le contexte du conseil européen des 22 et 23 juin.

M. Jean-Yves Le Drian a effectué son premier déplacement à l'étranger à Berlin le 22 mai.

2 - Russie

Q - Votre réponse d'hier sur un éventuel allègement des sanctions européennes envers la Russie pour faciliter le dialogue avec Moscou laisse planer le doute sur votre position. Peut-on considérer qu'il y ait une réflexion de la position française sur l'efficacité des sanctions européennes envers la Russie ?

R - Les sanctions économiques adoptées par l'Union européenne à l'encontre de la Russie sont liées à la mise en oeuvre des accords de Minsk.

Le président de la République et la chancelière allemande en présenteront le bilan à l'occasion du conseil européen des 22 et 23 juin.

Il s'agit d'une réflexion qui doit être menée en étroite coordination avec l'Allemagne, avec laquelle nous travaillons dans le cadre du «format Normandie», et avec l'ensemble de nos partenaires européens.

Q - Pouvez-vous commenter l'incident avec le chef de délégation de Rosoboronexport, attaqué à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) à son retour du salon du Bourget ? Est-ce que le MAE a reçu une note diplomatique de l'ambassade russe ? Qu'envisagez-vous de faire ?

R - Nous déplorons cet incident sur lequel une enquête a été immédiatement diligentée. Les autorités russes seront tenues informées de ses résultats.

3 - Syrie

Q - Considérez-vous que les pourparlers inter syriens à Genève restent le meilleur cadre pour trouver une solution politique ?

R - Dans l'entretien accordé ce matin à plusieurs quotidiens européens, le président de la République a affirmé sa conviction «qu'il faut une feuille de route diplomatique et politique» et qu'«on ne réglera pas la question uniquement avec un dispositif militaire».

Dans ce contexte, la France est convaincue que la mise en place d'une transition démocratique négociée est indispensable pour mettre un terme au conflit syrien, vaincre le terrorisme et assurer le retour volontaire et durable des réfugiés et des déplacés internes.

Les négociations inter-syriennes à Genève constituent le cadre pour aboutir à une solution politique conforme à la résolution 2254 du conseil de sécurité des Nations unies et au communiqué de Genève. Nous réitérons notre plein soutien à la médiation menée par l'envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies, M. Staffan de Mistura.

Q - Le président et le ministre ont évoqué une ligne rouge sur l'humanitaire en Syrie. Concrètement, qu'est-ce que ça veut dire ? Que va-t-on faire pour faire respecter cette ligne rouge ? A-t-on posé des exigences et un calendrier aux Russes ?

R - Comme l'a rappelé M. Jean-Yves Le Drian à Moscou le 20 juin, nous souhaitons que la Russie «puisse concourir à un accès sûr et sans entrave de l'aide humanitaire partout où elle est nécessaire».

Pour la France, l'acheminement sans entrave et en toute sécurité de l'aide humanitaire à toutes les populations dans le besoin et sur l'ensemble du territoire syrien est une priorité. Dans ses discussions avec ses partenaires et au sein des instances des Nations unies, y compris au conseil de sécurité, la France oeuvre de manière constante pour parvenir à cet objectif.

Q - Le conseil civil de Raqqa se plaint que la préparation pour l'après État-islamique est insuffisante et que cela risque d'exacerber les tensions entre communauté. Il se plaint aussi que la coalition n'a en rien contribué financièrement pour préparer la reconstruction de la ville/région et pour aider les habitants déplacés. Vu votre rôle sur le terrain êtes-vous satisfait de ce qui se passe sur le volet non militaire à Raqqa ?

R - Comme la protection des populations civiles, l'assistance humanitaire est une nécessité prise en compte par les membres de la coalition internationale contre Daech.

La gouvernance des zones libérées de Daech est une priorité.

En concertation avec ses partenaires de la coalition internationale contre Daech, la France est engagée dans la libération des territoires tenus par l'organisation terroriste, notamment la ville de Raqqa. Elle travaille avec eux à préparer la phase de stabilisation qui suivra la libération de ces territoires, dans le respect des aspirations des populations locales et en lien avec elles, et en veillant à prendre en compte l'ensemble de leurs besoins.

4 - République démocratique du Congo

Q - Pouvez-vous confirmer que le groupe Europe au conseil des droits de l'Homme retire sa proposition de mission d'enquête indépendante et se range derrière la proposition du groupe Afrique dont le principe est de laisser au gouvernement congolais la direction des enquêtes sur les massacres dont il est lui-même en partie accusé ? Qu'est-ce qui a amené à cette décision ? Que répondez-vous à un officiel onusien qui dit que l'annonce d'une enquête indépendante aurait pourtant pu à elle seule mettre un terme aux massacres ? Est-ce que cela signifie que vous remettez en cause les affirmations du haut-commissariat quand il pointe la responsabilité des autorités dans certains des massacres en cours au Kasaï, l'insuffisance des enquêtes congolaises, les obstructions aux enquêtes onusiennes ? Comment réagissez-vous aux enquêtes publiées par RFI qui montrent que certains des officiers de l'armée congolaise déployés dans le Grand Kasaï sont déjà accusés de massacres dans l'est du Congo ? (l'un d'eux est d'ailleurs sous sanctions de l'Union européenne, un autre était dans la collimateur de la justice militaire congolaise dans le cadre d'une enquête qui avait déjà reçu l'appui technique de l'ONU).

R - Comme nous l'avons indiqué hier, la France est préoccupée par les graves violations des droits de l'Homme perpétrées dans les Kasaï depuis l'été 2016. Il est impératif que toute la lumière soit faite sur ces exactions.

Dans ce contexte, nous estimons nécessaire la mise en place d'une enquête par le conseil des droits de l'Homme des Nations unies, en coopération avec les autorités congolaises.

Avec ses partenaires européens, la France travaille à Genève pour atteindre cet objectif et permettre l'envoi d'une équipe d'experts internationaux.

5 - République centrafricaine

Q - Suite à votre réponse hier sur la MINUSCA, peut-on en conclure que la France ne pense pas que la mission onusienne agit fermement dans la mise en oeuvre de son mandat de protection des populations civiles ?

R - La France salue l'action de la MINUSCA, qui paie un lourd tribut pour la protection des populations civiles en République centrafricaine.

Pour accomplir sa mission, elle dispose d'un mandat solide. La France l'encourage à continuer à le mettre pleinement en oeuvre.

Nous soutenons le renforcement des moyens de la mission et venons à cet effet de déployer une unité de 7 drones au sein de la MINUSCA.

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M. Jean-Yves Le Drian s'exprimant devant la presse avec son homologue allemand demain en fin de matinée à l'issue de leur entretien conjoint, il n'y aura pas de point de presse du porte-parole adjoint./.

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2. Nomination du gouvernement Philippe II - Communiqué de la présidence de la République (Paris, 21/06/2017)

Sur la proposition du Premier ministre, le président de la République a nommé :

M. Gérard Collomb, ministre d'État, ministre de l'intérieur ;

M. Nicolas Hulot, ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire ;

Mme Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, ministre de la justice ;

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères ;

Mme Florence Parly, ministre des armées ;

M. Jacques Mézard, ministre de la cohésion des territoires ;

Mme Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé ;

M. Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances ;

Mme Françoise Nyssen, ministre de la culture ;

Mme Muriel Pénicaud, ministre du travail ;

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale ;

M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation ;

M. Gérald Darmanin, ministre de l'action et des comptes publics ;

Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation ;

Mme Annick Girardin, ministre des Outre-mer ;

Mme Laura Flessel, ministre des sports ;

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Mme Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre d'État, ministre de l'intérieur ;

Mme Élisabeth Borne, ministre auprès du ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire, chargée des transports ;

Mme Nathalie Loiseau, ministre auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères, chargée des affaires européennes ;

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Secrétaires d'État auprès du Premier ministre :

M. Christophe Castaner, chargé des relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement ;

Mme Marlène Schiappa, chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes ;

Mme Sophie Cluzel, chargée des personnes handicapées ;

M. Mounir Mahjoubi, chargé du numérique ;

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M. Sébastien Lecornu et Mme Brune Poirson, secrétaires d'État auprès du ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire ;

M. Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'État auprès du ministre de l'Europe et des affaires étrangères ;

Mme Geneviève Darrieussecq, secrétaire d'État auprès de la ministre des armées ;

M. Julien Denormandie, secrétaire d'État auprès du ministre de la cohésion des territoires ;

M. Benjamin Griveaux, secrétaire d'État auprès du ministre de l'économie et des finances.

 

Le président de la République réunira le conseil des ministres le jeudi 22 juin 2017 à 10 heures./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Politique étrangère - Union européenne - Climat - Allemagne - Migrations - Royaume-Uni - États-Unis - Russie - Syrie - Paris 2024 - Entretien de M. Emmanuel Macron, président de la République, avec le quotidien «Le Figaro» (Paris, 22/06/2017)

Q - La France est-elle de retour en Europe? Y incarne-t-elle une sorte de nouveau leadership ?

R - Le leadership ne se décrète pas, il se construit en entraînant d'autres pays, d'autres acteurs et il est constaté au vu des résultats qu'on obtient. Il serait présomptueux de dire dès à présent que la France exerce un nouveau leadership européen. La vraie question est celle de l'objectif de notre action. Et le point de départ, c'est la crise que traversent les démocraties occidentales. Elles se sont construites au XVIIIe siècle sur un équilibre inédit entre la défense des libertés individuelles, la démocratie politique et la mise en place des économies de marché. Un cycle vertueux a permis aux libertés individuelles d'être reconnues, au progrès social de se développer et aux classes moyennes d'avoir une perspective de progrès. Depuis la fin des Trente Glorieuses, le doute s'est installé. La France en a fait la cruelle expérience, elle qui avait sans doute le modèle social le plus élaboré. Quand nous regardons la planète, aujourd'hui, que voyons-nous? Une montée des démocraties illibérales et des extrêmes en Europe, la réémergence de régimes autoritaires qui mettent en cause la vitalité démocratique, et des États-Unis d'Amérique qui se retirent en partie du monde. Ce contexte est aggravé par une montée des incertitudes et des troubles. Les crises se multiplient au Moyen-Orient et dans le Golfe, les inégalités s'aggravent partout dans le monde.

Q - D'où proviennent ces instabilités ?

R - Elles n'ont pas une cause unique. Elles sont issues pour partie des inégalités profondes engendrées par l'ordre mondial et du terrorisme islamiste. À ces déséquilibres s'ajoute celui du climat. Ceux qui pensent que la lutte contre le climat est une lubie de bobos se trompent profondément. La question première n'est donc pas de savoir s'il y a ou non un leadership français, de savoir si nous bombons le torse plus fort que les autres. Elle est d'abord de savoir comment défendre notre bien commun à tous, c'est-à-dire la liberté et la démocratie, la capacité des individus et de nos sociétés à être autonomes, à rester libres, à assurer la justice sociale et à préserver notre planète à travers le climat.

Sans ces biens communs, il n'y a pas d'avenir souhaitable ni durable. Notre défi est de savoir comment nous allons gagner cette bataille dont l'Europe, j'en suis convaincu, porte la responsabilité. Pourquoi? Parce que la démocratie est née sur ce continent. Les États-Unis d'Amérique aiment autant que nous la liberté. Mais ils n'ont pas notre goût pour la justice. L'Europe est le seul endroit au monde où les libertés individuelles, l'esprit de démocratie et la justice sociale se sont mariés à ce point. La question est donc la suivante: l'Europe va-t-elle réussir à défendre ses valeurs profondes, dont elle a irrigué le monde pendant des décennies, ou va-t-elle s'effacer devant la montée des démocraties illibérales et des régimes autoritaires ?

Q - Comment concrètement relancer l'Europe ? Comment convaincre les Allemands ?

R - Si nous n'avons pas conscience du défi qui est le nôtre, nous pouvons continuer à passer des nuits entières à nous interroger sur l'endroit où se trouvera la prochaine agence européenne ou la manière dont sera dépensé tel ou tel budget... Nous nous placerions alors hors de l'Histoire. Je n'ai pas fait ce choix. Angela Merkel non plus. La question est de savoir comment nous arriverons à restaurer une dynamique, une capacité à entraîner. Car il ne s'agit pas uniquement de plaquer des politiques sur des pays ou des peuples. Il faut être capable de les entraîner, de les faire rêver. La France n'aura aucune capacité motrice si elle ne porte pas un discours clair et un regard lucide sur le monde. Mais elle ne l'aura pas non plus si elle ne renforce pas son économie et sa société. C'est pourquoi j'ai demandé au gouvernement d'enclencher les réformes fondamentales qui sont indispensables pour la France. Notre crédibilité, notre efficacité, notre force sont en jeu.

Mais la force de quelques-uns ne peut pas se nourrir longtemps de la faiblesse des autres. L'Allemagne, qui s'est réformée il y a une quinzaine d'années, constate aujourd'hui que cette situation n'est pas viable. Mon souhait est donc que nous puissions construire une force commune. Ma méthode pour le couple franco-allemand est celle d'une alliance de confiance. Je souhaite que nous revenions à l'esprit de coopération qui existait jadis entre François Mitterrand et Helmut Kohl. On ne se rend pas à un Conseil européen sans avoir de position commune. Cela ne veut pas dire que nous sommes d'accord sur tout. Mais que nous ne voulons pas perdre de temps à demander aux autres d'arbitrer nos désaccords. Sinon l'Europe bégaie, et la clé pour repartir, c'est une Europe qui protège.

Q - Pourquoi ce besoin de protection est-il si essentiel ?

R - Parce que, dans toutes nos sociétés, les classes moyennes se sont mises à douter. Elles ont l'impression que l'Europe se fait malgré elles. Cette Europe-là se tire elle-même vers le bas. Il faut créer une Europe qui protège en se dotant d'une vraie politique de défense et de sécurité commune. Il faut être plus efficace face aux grandes migrations en réformant profondément le système de protection de nos frontières, la politique migratoire et le droit d'asile. Le système actuel fait porter à quelques-uns toute la charge et ne pourra pas résister aux prochaines vagues migratoires. Je crois à une Europe qui se dote de moyens pour protéger ses frontières extérieures, assurer sa sécurité à travers la coopération policière et judiciaire dans sa lutte contre le terrorisme, déployer une organisation commune en matière de droit d'asile et d'immigration, une Europe qui protège contre les dérèglements de la mondialisation. C'est la première étape. Il ne peut pas y avoir d'approfondissement institutionnel tant que nous n'aurons pas restauré la cohérence de l'Europe.

Si nous voulons passer à l'étape suivante, il faut au sein de la zone euro avoir une intégration plus forte. C'est pour cela que je défends avec vigueur l'idée d'un budget de la zone euro, doté d'une gouvernance démocratique. C'est le seul moyen de recréer un mouvement de convergence entre nos économies et nos pays. Si on ne fait pas ça, on affaiblira la zone euro. Il faut pouvoir articuler le pilier de la responsabilité et celui de la solidarité. Mon sentiment est que l'Allemagne n'est pas bloquée là-dessus.

Q - Vous pensez que les Allemands sont prêts eux aussi à changer ?

R - J'en suis persuadé. En matière de sécurité et de défense, la chancelière allemande a fait bouger les choses profondément. Elle est revenue sur des tabous profonds hérités de la Seconde Guerre mondiale. L'Allemagne va dépenser plus que la France en matière de défense dans les années à venir. Qui l'eût cru ? Mais l'Allemagne est lucide sur les limites d'une action qui ne soit pas pleinement européenne, notamment en matière d'intervention militaire. Elle sait que notre destin est redevenu tragique. Elle a besoin de la France pour se protéger, pour protéger l'Europe et assurer notre sécurité commune. Je crois par ailleurs que les dynamiques que j'évoque traversent aussi la société allemande. Notre devoir en tant que dirigeants est d'en faire la pédagogie. Les égoïsmes nationaux sont des poisons lents qui entretiennent l'affaiblissement de nos démocraties et notre incapacité collective à relever le défi historique qui est le nôtre. Je sais que la chancelière en a conscience.

Q - L'Europe apparaît aujourd'hui divisée, notamment entre l'Est et l'Ouest...

R - Je ne crois pas à ce conflit entre l'est et l'ouest de l'Europe. Il y a des tensions car nos imaginaires et notre histoire récente ne sont pas les mêmes. Je n'oublierai jamais cette phrase de Bronislaw Geremek, que j'avais rencontré il y a une vingtaine d'années au moment de l'élargissement européen : «L'Europe ne mesure pas tout ce qu'elle nous doit». Pour sa génération, attachée à l'Europe des Lumières, l'Europe occidentale avait trahi en laissant le mur s'ériger et le continent se diviser. Quand j'entends aujourd'hui certains dirigeants européens, ils trahissent deux fois. Ils décident d'abandonner les principes, de tourner le dos à l'Europe, d'avoir une approche cynique de l'Union qui servirait à dépenser les crédits sans respecter les valeurs. L'Europe n'est pas un supermarché. L'Europe est un destin commun. Elle s'affaiblit quand elle accepte qu'on rejette ses principes. Les pays d'Europe qui ne respectent pas les règles doivent en tirer toutes les conséquences politiques. Et ce n'est pas uniquement un débat Est-Ouest. Je parlerai avec tout le monde et avec respect, mais je ne transigerai pas sur les principes de l'Europe, sur la solidarité et sur les valeurs démocratiques. Si l'Europe accepte cela, c'est qu'elle est faible et qu'elle a déjà disparu. Ce n'est pas mon choix.

Q - Le dialogue, mais pas de sanctions ?

R - Le dialogue, mais il doit être suivi de décisions concrètes. Je souhaite que tout le monde ait à l'esprit la responsabilité historique qui est celle des Européens. Nous devons promouvoir une Europe qui aille vers un mieux-être économique et social. L'objectif d'une Europe qui protège doit aussi s'imposer dans le domaine économique et social. En raisonnant comme on le fait sur le travail détaché depuis des années, on prend l'Europe à l'envers. Il ne faut pas s'y tromper. Les grands défenseurs de cette Europe ultralibérale et déséquilibrée, au Royaume-Uni, se sont fracassés dessus. Sur quoi le Brexit s'est-il joué ? Sur les travailleurs d'Europe de l'Est qui venaient occuper les emplois britanniques. Les défenseurs de l'Europe ont perdu car les classes moyennes britanniques ont dit stop! Le souffle chaud des extrêmes se nourrit de ces déséquilibres. On ne peut pas continuer à faire l'Europe dans des bureaux, à laisser les choses se déliter. Le travail détaché conduit à des situations ridicules. Vous pensez que je peux expliquer aux classes moyennes françaises que des entreprises ferment en France pour aller en Pologne car c'est moins cher et que chez nous les entreprises de BTP embauchent des Polonais car ils sont payés moins cher? Ce système ne marche pas droit.

Q - Vous voulez relancer la défense européenne et la France doit montrer l'exemple. Mais Bercy a gelé 2,6 milliards d'euros dans le budget de la défense...

R - Il n'y a pas eu de gel de crédits depuis que je suis là. Il y a eu des mesures prises par l'ancien gouvernement, et la Cour des comptes aura à en rendre un audit précis début juillet. Je ne suis pas pour la politique du rabot. Dans le domaine de la défense, ma stratégie est très claire : des dépenses équivalentes à 2 % du PIB à l'horizon 2025. Et, de façon générale, je souhaite mener une politique responsable qui repose sur des objectifs pluriannuels. Le débat budgétaire doit changer de nature. Ce système où l'on passe des mois à discuter d'un projet de loi de finances qui est ensuite modifié trois ou quatre fois en cours d'année est un pays où il n'y a plus de véritable débat démocratique sur le budget. Je souhaite qu'on ait un débat budgétaire sérieux et transparent au Parlement. Quand on veut faire de vraies économies, il faut avoir une stratégie pluriannuelle. Les vraies économies pérennes se font en deux ou trois ans, pas en deux mois.

Q - Quel modèle pour la future relation entre le Royaume-Uni et l'UE ? La porte est-elle ouverte à une marche arrière ?

R - La porte est ouverte jusqu'au moment où on la franchit. Ce n'est pas à moi de dire qu'elle est fermée. Mais à partir du moment où les choses s'engagent avec un calendrier et un objectif, il est très difficile de revenir en arrière, il ne faut pas se mentir. Je souhaite que la discussion qui vient de s'engager soit parfaitement coordonnée au niveau européen. Je ne veux pas de discussions bilatérales car il faut préserver l'intérêt de l'UE à court, moyen et long terme. La France compte en revanche poursuivre et renforcer sa forte relation en matière de défense et de sécurité avec le Royaume-Uni. Le traité de Lancaster House reste le cadre de cette coopération. Nous allons aussi davantage coopérer en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme. Nous avons déjà arrêté un plan d'action commun en matière de lutte contre la radicalisation sur Internet. Car nos destins sont liés: les filières terroristes ne connaissent pas les frontières de l'Europe. Enfin, en matière de migration, je souhaite que l'on fasse évoluer notre coopération. Il faut absolument éviter la création de nouveaux abcès de fixation que sont les camps de migrants. C'est le pragmatisme qui régira nos relations.

Q - Faut-il remettre l'espace Schengen sur la table ?

R - Je suis attaché à l'espace Schengen, qui permet la libre circulation des personnes au sein de l'UE et qui est un des éléments constitutifs de notre citoyenneté européenne. Si nous voulons garantir cette libre circulation, il faut renforcer les contrôles aux frontières extérieures de l'Union européenne. Je souhaite que nous donnions rapidement tous les moyens nécessaires à l'Agence européenne des gardes-frontières et des garde-côtes pour gérer notamment les crises à ces frontières. Il y a ensuite la question des réfugiés. Les réfugiés sont des gens qui demandent l'asile dans notre pays. Nous parlons de femmes et d'hommes qui risquent leur vie dans leur pays, qui la risque pour venir jusqu'à nous, qui fuient des pays en guerre. Nous leur devons hospitalité et humanité. Le problème est que, dans de nombreux pays, dont la France, l'instruction de la demande d'asile prend trop de temps entre le dépôt, l'enregistrement, l'instruction des dossiers, sans parler des délais induits par la complexité administrative et les recours devant différentes juridictions. Toutes ces procédures peuvent durer jusqu'à deux ans. Or, pendant cette période, on ne peut pas vivre de manière transitoire dans un pays. On s'installe, on tisse des liens familiaux... On voit donc que face à cette pression migratoire le système actuel n'est plus satisfaisant. J'ai donc demandé une réforme en profondeur du système d'asile en France, pour le déconcentrer et pour accélérer considérablement les délais d'instruction des demandes d'asile. L'objectif est que nous divisions ces délais moyens par deux, en passant à six mois toutes procédures comprises.

Il y a ensuite les migrants qui ne relèvent pas de l'asile, qui n'ont donc pas vocation à s'établir en France, dont il faut régler la situation conformément à notre droit avec humanité et dans le cadre d'une plus grande coopération internationale. Il faudra assurer l'effectivité de leur reconduite à la frontière et travailler étroitement avec les États d'où sont originaires ces personnes, avec les pays de transit, et lutter plus efficacement contre les filières mafieuses qui exploitent la détresse humaine. Sur toutes ces questions, je suis favorable à des réformes en profondeur qui permettent d'avoir une même philosophie européenne. Il faut notamment remédier à la situation ubuesque que l'on observe avec les «dublinés», ces personnes qui passent d'un pays à l'autre en espérant enfin obtenir l'asile.

Q - Après le Brexit et l'élection de Trump, votre élection donne-t-elle un coup d'arrêt aux populismes en Europe ?

R - Je me méfie du terme «populisme» car il a plusieurs colorations. Beaucoup, à droite et à gauche, m'ont dit que j'étais populiste. Quand les partis sont fatigués, on s'étonne qu'on puisse parler au peuple! Si c'est ça être populiste, ce n'est pas un mal. Moi, je ne crois pas dans la démagogie, qui consiste à flatter un peuple pour lui dire ce qu'il attend, lui parler de ses peurs. Je n'ai pas l'arrogance de penser que mon élection marque un coup d'arrêt. Les Français ont toujours été comme ça: au moment où on ne les attend pas, il y a un sursaut. La France n'est pas un pays qu'on réforme, c'est un pays qui se transforme, un pays de révolution. Donc, aussi longtemps qu'il est possible de ne pas réformer, les Français ne le font pas. Là, ils ont vu qu'ils étaient au bord du précipice et ils ont réagi. Mon élection comme la majorité obtenue à l'Assemblée ne sont pas un coup d'arrêt: elles sont un début exigeant. Le début d'une renaissance française et je l'espère européenne. Une renaissance qui permettra de repenser les grands équilibres nationaux, européens, internationaux, de retrouver une ambition, une capacité à regarder les choses en face, à ne pas jouer sur les peurs mais à les transformer en énergie. Car les peurs sont là, et donc ce qui divise les sociétés demeure. Il n'y a pas de recette miracle, c'est un combat de chaque jour. J'ai parié sur l'intelligence des Françaises et des Français. Je ne les ai pas flattés, mais j'ai parlé à leur intelligence. Ce qui épuise les démocraties, ce sont les responsables politiques qui pensent que leurs concitoyens sont bêtes. En jouant avec démagogie de leurs peurs, de leurs contrariétés et en s'appuyant sur leurs réflexes. La crise de l'imaginaire occidental est un défi immense, et ce n'est pas une personne qui le changera. Mais j'ai la volonté de retrouver le fil de l'Histoire et l'énergie du peuple européen. Pour endiguer la montée des extrêmes et la démagogie. Car c'est ça le combat de civilisation.

Q - Comment gérer le risque que représente Donald Trump pour l'Europe ?

R - Donald Trump est d'abord celui qui a été élu par le peuple américain. La difficulté est qu'aujourd'hui il n'a pas encore élaboré le cadre conceptuel de sa politique internationale. Sa politique peut donc être imprévisible et c'est pour le monde une source d'inconfort.

Concernant la lutte contre le terrorisme, il porte la même volonté d'efficacité que la mienne. Je ne partage pas certains de ses choix, avant tout sur le climat. Mais j'espère qu'on pourra faire en sorte que les États-Unis réintègrent l'Accord de Paris. C'est la main que je tends à Donald Trump. Je souhaite qu'il change d'avis. Car tout est lié. On ne peut pas vouloir lutter efficacement contre le terrorisme et ne pas s'engager pour le climat.

Q - Si la ligne rouge de l'utilisation des armes chimiques est franchie en Syrie, la France est-elle prête à frapper seule ?

R - Oui. Quand vous fixez des lignes rouges, si vous ne savez pas les faire respecter, vous décidez d'être faible. Ce n'est pas mon choix. S'il est avéré que des armes chimiques sont utilisées sur le terrain et que nous savons en retracer la provenance, alors la France procédera à des frappes pour détruire les stocks d'armes chimiques identifiés.

Q - La France peut-elle agir, même sans une coopération avec les autres pays de la coalition ?

R - Qu'est-ce qui a bloqué les choses en 2013 ? Les États-Unis ont fixé des lignes rouges mais ont fait le choix in fine de ne pas intervenir. Qu'est-ce qui a affaibli la France ? De définir politiquement une ligne rouge et de ne pas en tirer les conséquences. Et qu'est-ce qui a du coup libéré Vladimir Poutine sur d'autres théâtres d'opérations ? Le fait d'avoir constaté qu'il avait face à lui des gens qui avaient des lignes rouges mais ne les faisaient pas respecter. Je respecte Vladimir Poutine. J'ai eu avec lui un échange constructif. Nous avons de vrais désaccords, sur l'Ukraine en particulier, mais il a vu aussi ma position. Je lui ai parlé longuement en tête à tête des sujets internationaux ainsi que de la défense des ONG et des libertés dans son pays. Ce que j'ai dit en conférence de presse, il ne l'a pas découvert. C'est ça, ma ligne. Dire les choses avec beaucoup de fermeté à tous mes partenaires mais leur dire d'abord en tête à tête.

Aujourd'hui, nous avons avec Vladimir Poutine le sujet ukrainien, que nous continuerons à suivre dans le cadre du processus de Minsk et du format «Normandie». Nous aurons avant le G20 une réunion sous ce format avec l'Ukraine et l'Allemagne. Et il y a la Syrie. Sur ce sujet, ma conviction profonde est qu'il faut une feuille de route diplomatique et politique. On ne réglera pas la question uniquement avec un dispositif militaire. C'est l'erreur que nous avons collectivement commise. Le vrai aggiornamento que j'ai fait sur ce sujet, c'est que je n'ai pas énoncé que la destitution de Bachar al-Assad était un préalable à tout. Car personne ne m'a présenté son successeur légitime !

Mes lignes sont claires.

Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. C'est dans cette région qu'ont été fomentés des attentats terroristes et que se nourrit l'un des foyers du terrorisme islamiste. Nous avons besoin de la coopération de tous pour les éradiquer, en particulier de la Russie.

Deux : la stabilité de la Syrie, car je ne veux pas d'un État failli. Avec moi, ce sera la fin d'une forme de néo-conservatisme importée en France depuis dix ans. La démocratie ne se fait pas depuis l'extérieur à l'insu des peuples. La France n'a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fut le résultat de ces interventions ? Des États faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Je ne veux pas de cela en Syrie.

Trois : j'ai deux lignes rouges, les armes chimiques et l'accès humanitaire. Je l'ai dit très clairement à Vladimir Poutine, je serai intraitable sur ces sujets. Et donc l'utilisation d'armes chimiques donnera lieu à des répliques, y compris de la France seule. La France sera d'ailleurs à cet égard parfaitement alignée avec les États-Unis.

Quatre : je veux une stabilité syrienne à moyen terme. Cela veut dire un respect des minorités. Il faut trouver les voies et moyens d'une initiative diplomatique qui fasse respecter ces quatre grands principes.

Q - Alors que le groupe État islamique perd des territoires en Syrie et en Irak, un terrorisme dit «low cost» défie nos démocraties. Comment placer le curseur entre une législation d'exception et la nécessité de protéger les libertés ?

R - Parlons d'abord de l'état d'urgence en France. L'état d'urgence était destiné à répondre à un péril imminent résultant d'atteintes grave à l'ordre public. Or la menace est durable. Il faut donc s'organiser sur la durée. Je prolongerai l'état d'urgence jusqu'au 1er novembre, le strict temps nécessaire pour permettre au Parlement d'adopter toutes les mesures indispensables à la protection des Français.

Un texte est présenté ce jeudi en conseil des ministres. Quel est son esprit ? Il prendra en considération toutes les formes de menaces et notamment les actes d'individus isolés que nous avons pu constater récemment. Nous prévoyons des procédures spécifiques pour lutter contre ce terrorisme islamiste. Ce n'est en rien un affaiblissement de l'état de droit, ni une importation de l'état d'urgence dans l'état de droit. Il faut construire les instruments pour lutter contre ce risque nouveau, sous le contrôle du juge, administratif ou judiciaire. Il faut des réponses inédites et propres à la lutte contre ce terrorisme islamiste. C'est ce dont notre société a besoin pour sortir de l'état d'urgence permanent.

Il faut ensuite renforcer la coordination de l'ensemble de nos services face à la menace terroriste. C'est dans ce cadre que j'ai souhaité la création de la coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme, avec la création en son sein d'un centre national de contre-terrorisme.

Cela suppose enfin d'avoir une politique internationale cohérente et de savoir parler avec toutes les parties. Mon principe diplomatique est celui-là. J'ai parlé cinq fois au président Erdogan depuis que je suis là. J'ai eu deux fois le président iranien Rohani. J'ai reçu Vladimir Poutine. La France n'a pas à choisir un camp contre l'autre. C'est sa force et son histoire diplomatique. Nous devons retrouver la cohérence et la force d'une politique internationale qui nous redonne du crédit. Il s'agit aussi d'avoir une politique sécuritaire intraitable sur le plan international en construisant les coalitions les plus efficaces contre le terrorisme. Enfin, il faut une politique civilisationnelle, qui consiste à éradiquer les fondements profonds de ce terrorisme.

Q - Vous parlez d'un dialogue franc avec Vladimir Poutine. Mais il ne bouge sur rien. Il y a encore des combats dans le Donbass, la Crimée est toujours occupée, le format Normandie semble épuisé... Cherchez-vous une nouvelle méthode ?

R - Quand je parle de dialogue franc avec Vladimir Poutine, je ne dis pas qu'il est miraculeux. Qu'est-ce qui motive Vladimir Poutine ? C'est de restaurer un imaginaire russe puissant pour tenir son pays. La Russie elle-même est victime du terrorisme. Il a lui-même à ses frontières des rebellions et des identités religieuses violentes qui menacent son pays. Tel est son fil directeur, y compris en Syrie. Je ne crois pas qu'il ait une amitié indéfectible à l'égard de Bachar al-Assad. Il a deux obsessions : combattre le terrorisme et éviter l'État failli. C'est pour cela que sur la Syrie des convergences apparaissent. Longtemps nous avons été bloqués sur la personne de Bachar al-Assad. Mais Bachar, ce n'est pas notre ennemi, c'est l'ennemi du peuple syrien. L'objectif de Vladimir Poutine, c'est de restaurer la Grande Russie, parce que c'est selon lui la condition de survie de son pays. Est-ce qu'il cherche notre affaiblissement ou notre disparition ? Je ne le crois pas. Vladimir Poutine a sa lecture du monde. Il pense que la Syrie est une question de voisinage fondamental pour lui. Que peut-on faire ? Réussir à travailler ensemble sur la Syrie pour lutter contre le terrorisme et déboucher sur une vraie sortie de crise. Je pense que c'est faisable. Je continuerai à être un interlocuteur très exigeant en matière de libertés individuelles et de droits fondamentaux. Enfin, il y a la question ukrainienne pour laquelle je vais attendre la première réunion «Normandie» pour vous répondre précisément. Ce qui est sûr, c'est que nous avons un devoir: la protection de l'Europe et de ses alliés dans la région. Là-dessus nous ne devons rien céder.

Q - Le sport concourt à la diplomatie. Vous avez décidé d'aller vous-même défendre la candidature de Paris aux Jeux olympiques de 2024 devant le CIO. Pour vous, cette candidature va bien au-delà de la candidature d'une ville ?

R - C'est l'engagement de tout un pays que je veux manifester en me rendant les 11 et 12 juillet à Lausanne puis à Lima en septembre. Pourquoi ? Parce que c'est un événement sportif, mais bien plus que cela : il correspond notamment à la politique que nous voulons mener sur le handicap ; ce sont des Jeux olympiques et paralympiques ! C'est un élément de fierté nationale et de mobilisation, un événement économique considérable. C'est également un geste qui montre que, dans notre bataille de long terme face au terrorisme, on n'arrête pas les grands événements. Et puis c'est une candidature européenne et francophone. Ce n'est pas simplement celle de Paris, ni de la France. Cela fait partie de ces éléments d'engagement, de fierté, de projection dont un pays a besoin. Cela n'a rien d'anecdotique à mes yeux. C'est un élément fort qui démontre qu'on n'embrasse pas un monde fait uniquement de violence, mais un monde de valeurs partagées, de réconciliation, de joie, de compétition pacifiée.

Q - Comment gérer les relations avec la Turquie qui ne partage pas nos valeurs ?

R - La Turquie heurte en ce moment certaines de nos valeurs. Mais elle partage certains de nos intérêts. Nous sommes d'abord liés à la Turquie par le conflit syrien. La Turquie est un élément clé de notre politique régionale puisque c'est à la fois un voisin de la Syrie, un pays qui accueille un grand nombre de réfugiés et qui coopère dans la lutte contre le terrorisme. J'ai un dialogue exigeant et lucide avec le président Erdogan. Nous avons besoin de ce dialogue avec la Turquie. Je souhaite qu'en matière de migrations, ce dialogue soit européen et coordonné. Quand l'Europe a conclu un accord, elle l'a fait tard et de manière subie, même si celui-ci a donné des résultats. Il ne faut pas reproduire cette erreur. Pour le reste, compte tenu des positions actuelles de la Turquie, il est évident qu'aller plus loin vers une intégration européenne n'est pas une évolution envisageable. Mais cela n'empêche pas une relation forte et constante./.

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4. Colombie - Relations bilatérales - Accord de Paris - Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, lors du dîner officiel avec M. Juan Manuel Santos, président de la République de Colombie (Paris, 21/06/2017)

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs les Ministres, Parlementaires, Chefs d'entreprise, Universitaires, Artistes,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Bienvenidos a todos. Bienvenidos a su casa.

C'est une joie pour nous, avec mon épouse, de vous accueillir, président Juan Manuel Santos et votre épouse, ainsi que l'ensemble de la délégation colombienne. Non pas parce que nous sommes aujourd'hui le jour le plus long, non pas parce que nous serions aujourd'hui sans doute le jour le plus chaud de l'année, ni même parce qu'il s'agit de la Fête de la musique, comme vous avez pu le constater - je remercie notre orchestre, ce soir, d'être à nouveau présent - mais vous avez pu tout à l'heure constater la force de la coopération entre nos deux pays, à travers cette musique qu'ils ont jouée, vos airs qu'ils ont joués avec de jeunes musiciens colombiens.

Cher Juan Manuel, ce n'est pas la première fois que vous êtes reçu à l'Élysée. Mais sachez que vous êtes le premier chef d'État que j'accueille en visite officielle depuis mon élection.

Je me réjouis sincèrement que cette première vous soit réservée, et votre accueil à l'Élysée est aussi un hommage que je souhaite rendre à votre engagement personnel, honoré l'an dernier du Prix Nobel de la Paix, à votre pays, dont les progrès vers la paix suscitent une admiration unanime et en font un exemple pour le reste du monde. Vous avez réussi ce qu'il y a de plus dur, vous êtes en train de réussir ce qu'il y a de plus dur : gagner la paix, la construire dans la durée ; c'est beaucoup plus difficile que de gagner quelle que guerre que ce soit.

Mais vous avez fait le pari de l'intelligence, de la durée, du respect mutuel, et c'est en cela que nous sommes et serons à vos côtés. Vous recevoir aujourd'hui, c'est aussi rendre hommage à l'extraordinaire dynamisme de l'amitié franco-colombienne. À l'heure où tant de guerres ne semblent jamais vouloir finir, la Colombie est en train de prouver au monde qu'il est possible de tourner le dos à un conflit, aussi ancien et meurtrier soit-il.

Monsieur le Président, vous le savez, la France est à vos côtés dans cet accomplissement historique. Elle l'est depuis le début et nous sommes également présents dans les épreuves que vous traversez. Nous étions samedi dernier à Bogota, alors que cet attentat ignoble meurtrissait nos deux pays dans leur chair. Face à la barbarie de cet acte, j'ai vu aussi les images des Colombiens rassemblés et déterminés à démontrer que la volonté des hommes, des humanistes, peut déjouer le malheur. Gabriel Garcia Marquez écrivait d'ailleurs que «dans le malheur, l'amour devient plus grand et plus noble».

Monsieur le Président, soyez assuré que nos liens sortent grandis de cette terrible épreuve. Nous vous avons accompagné dans votre choix du dialogue pour dépasser les haines et la violence. Nous sommes prêts aujourd'hui à vous aider à consolider la paix. Le défi, vous le savez mieux que quiconque, est immense. Les difficultés ne manqueront pas. Et le peuple colombien pourra compter sur l'amitié et le soutien de la France. La France a toujours été là lorsque la liberté ou la paix ont été menacées dans votre pays. Et nous le rappelions tout à l'heure, évoquant votre grand-père et son lien avec Albert Camus. Les intellectuels français, quand les politiques n'étaient pas au rendez-vous, ont su être là, vous accompagner, le dire et sauver la liberté.

Aujourd'hui, la Colombie est devenue l'un des tout premiers partenaires de la politique française de développement. Dans le monde, la France est une alliée active de la Colombie, au sein de l'Union européenne comme du conseil de sécurité des Nations unies. Nos coopérations sont nombreuses, depuis la lutte contre la criminalité organisée et contre la drogue, jusqu'à la défense de la biodiversité et la lutte contre le changement climatique. Dans tous ces domaines, la France et la Colombie ont beaucoup à apporter au monde.

Mais lorsque j'évoque le dérèglement climatique, comment ne pas avoir une pensée pour les victimes du drame de Mocoa en avril dernier, qui a encore souligné la vulnérabilité de nos sociétés face à ces risques. Ce constat renouvelé exige de nous un engagement sans faille. Et à l'heure où certains choisissent de se dérober face à cette responsabilité, je tiens à féliciter la Colombie qui vient de ratifier l'Accord de Paris. Ce combat, nous le mènerons ensemble, c'est un combat qui est vital pour nos deux pays.

Enfin, votre venue en France s'inscrit dans le contexte du dynamisme sans précédent de notre relation bilatérale. Les visages amis qui me sont familiers, présents dans cette salle, le nombre de responsables d'entreprise témoignent à eux seuls l'importance de la Colombie pour l'économie française, pour tous ces groupes, et la force de cette relation.

Jamais nos échanges n'ont été aussi intenses, nos échanges économiques et commerciaux ont doublé depuis dix ans. La France est, je crois, le premier employeur non-colombien en Colombie. Mais c'est aussi l'échange spirituel, civilisationnel qui unit nos deux pays. nos échanges humains, culturels, scientifiques, universitaires et l'importance du monde de la recherche réuni ici en apporte aussi le vibrant témoignage, ce sont ces ponts de savoir, de connaissances, de femmes et d'hommes, dans tous les secteurs, qui font notre vie culturelle et universitaire, qui constituent au présent la force de notre relation, mais qui garantissent aussi sa vitalité dans l'avenir en formant les plus jeunes et en tressant les connaissances mutuelles entre nos deux pays.

Tout comme l'illustre le succès de l'année France-Colombie pour 2017, pour lequel je tiens à remercier les commissaires, leurs équipes, les mécènes, et je ne doute pas que la saison de la Colombie en France, que nous lancerons ensemble dans deux jours à la Philharmonie de Paris sera une réussite.

J'ai cité, Monsieur le Président, tout à l'heure, les mots d'un célèbre écrivain colombien, et je souhaiterais, pour terminer, faire référence à un Colombien de coeur présent parmi nous ce soir. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale, publiait il y a quinze ans, un ouvrage remarquable intitulé «Las dos Colombias» qui soulignait les tiraillements d'un pays à la fois ouvert au monde et entravé par le conflit et la violence. Grâce à votre engagement, grâce à votre persévérance, Monsieur le Président, il n'y aura plus deux Colombies, mais une seule, belle, fière, prête à relever les défis à venir, face auxquels elle trouvera toujours à ses côtés la France.

Viva Colombia ! Vive la France ! Et vive l'amitié France Colombie !./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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5. Colombie - Relations bilatérales - Accord de Paris - Déclaration conjointe de M. Emmanuel Macron, président de la République, et de M. Juan Manuel Santos, président de la République de Colombie - Propos de M. Macron (Paris, 21/06/2017)

Je voulais d'abord remercier pour sa présence, sa venue, le président Santos, dans le cadre de ce qui est la première visite officielle d'un chef d'État étranger depuis mon élection.

Ce n'est pas un hasard, ce n'est pas parce que nous sommes aujourd'hui le jour le plus long de l'année, ce n'est pas parce que sans doute nous sommes le jour le plus chaud de l'année. C'est aussi parce que la relation entre nos pays a quelque chose d'unique, qui sont les liens historiques, culturels, personnels qui se sont tissés. Parce que cette visite aussi est un hommage que rend la France au courage et à la détermination avec lesquels vous vous êtes engagé sur la voie de la paix.

Nous connaissons tous et toutes les obstacles que rencontrent celles et ceux qui veulent avancer sur cette voie. À ce titre, l'ignoble attentat commis samedi dernier à Bogota l'a encore souligné.

Comme vous le savez, Julie Huynh, une jeune française de 23 ans, y a tragiquement perdu la vie, alors qu'elle terminait une mission sociale auprès de jeunes colombiens. Sa disparition nous attriste profondément. Mais son engagement nous honore et renforce plus que jamais notre détermination à poursuivre notre action.

Monsieur le Président, cette attaque - nous en avons parlé - abjecte et lâche n'affecte en aucun cas le plein soutien de la France et sa totale disponibilité aux côtés de votre pays dans ce processus de paix historique qui doit tant à votre engagement personnel, légitimement récompensé l'an dernier par le Prix Nobel de la Paix.

Nous avons déjà fait beaucoup par le passé. Au niveau bilatéral, la Colombie est devenue l'un des premiers partenaires de notre politique de développement. Le total des prêts de l'agence française de développement à la Colombie depuis 2009 atteint 2 milliards de dollars d'engagements, dont près de la moitié directement consacrée à l'accompagnement de la situation post-conflit que traverse votre pays.

Cette aide concerne principalement le développement rural - nous en avons parlé - nos ministres des affaires étrangères vont, d'ici la fin de semaine, travailler sur tous ces sujets. Concernant les dons, 1,6 million d'euros ont été déboursés depuis 2012 en faveur du déminage, de la politique mémorielle ou du cadastre.

Je veux ici vous le redire, je suis pleinement déterminé à poursuivre concrètement ce soutien. C'est pourquoi la déclaration commune que nous venons de signer avec le président Santos vise à favoriser notre coopération et le financement de projets à hauteur de 350 millions d'euros, pour accompagner la Colombie dans cette phase aussi déterminante que délicate de la mise en oeuvre de l'accord de paix conclu avec les FARC.

À ce titre, l'agence française de développement continuera à être pleinement présente.

À cet égard, la France agit également pour la Colombie dans les enceintes multilatérales, au sein de l'Union européenne, elle participe au fonds de soutien au processus de paix en Colombie, auquel elle a apporté une contribution directe de 3 millions d'euros, au conseil de sécurité des Nations unies, nous avons oeuvré aux deux résolutions qui ont donné jour à la mission d'observation en Colombie, dirigée d'ailleurs par un compatriote, M. Arnault.

Pour l'avenir, la France reste pleinement mobilisée, nous vous soutiendrons dans la demande de deuxième mission d'ici au 10 juillet. La France sera aussi pleinement mobilisée, car nous savons combien le post-conflit compte au moins autant que la fin des hostilités. Vous devez réussir à gagner cette bataille de la paix qui - vous l'avez longuement expliqué - est bien plus difficile parfois à gagner que certaines guerres.

Les défis de démobilisation, de réinsertion politique, économique et sociale sont encore à relever. J'ai indiqué au président Santos que nous sommes disposés à soutenir de nombreux projets, de nouveaux projets pour consolider la paix et la sécurité, en matière de déminage, de réconciliation, de justice transitionnelle et tout ce que la France pourra faire, elle le fera à vos côtés.

Concernant nos relations économiques, celles-ci n'ont eu de cesse de se renforcer. Les échanges commerciaux entre nos deux pays ont doublé au cours des dix dernières années. Avec près de 200 filiales françaises, plus de 100.000 emplois directs, la France est, sous votre contrôle, le premier employeur étranger en Colombie. Nous sommes donc particulièrement bien placés - je l'ai dit au président Santos - pour répondre aux besoins d'une économie émergente comme celle de la Colombie et j'ai rappelé la disponibilité, l'expertise des entreprises françaises dans des domaines comme les infrastructures, les transports ou la défense.

À ce titre, nos relations ne peuvent que se renforcer, compte tenu des efforts faits par la Colombie, qui, la semaine dernière, a annoncé un important accord en matière d'investissement, clarifiant le cadre et la sécurité du cadre d'investissement en Colombie. L'agrément prochain de notre convention de non double taxation permettra de parachever ce travail.

Nous avons également évoqué dans ce contexte l'adhésion de la Colombie à l'OCDE, la France la soutient, la soutiendra et c'est ainsi une manière de conforter davantage la place de la Colombie dans l'économie internationale.

Enfin, nos relations bilatérales sont, elles aussi, fortes, bien au-delà de l'économie. Nous avons salué le succès de l'Année France Colombie pour 2017 et l'ouverture de la saison de la Colombie en France, pour laquelle le président Santos nous a fait l'honneur de sa présence.

Nous nous sommes réjouis à ce titre d'inaugurer, vendredi, ensemble, à la Philharmonie, la saison colombienne en France avec un concert de jeunes français et colombiens issus de projets musicaux d'intégration sociale. La programmation de ce second semestre 2017 présentera le visage d'une Colombie tournée vers la paix et renforcera encore le lien entre nos deux pays, nos deux sociétés civiles, nos acteurs culturels, universitaires et c'est - nous en sommes pleinement convaincus l'un et l'autre - une manière à la fois dans la durée, mais dans l'intimité de nos sociétés, de faire encore davantage.

Enfin, un dernier mot pour dire combien nous nous sommes, là aussi, retrouvés en accord, si je puis dire, en harmonie, sur le sujet de la transition environnementale et de la lutte contre le réchauffement climatique. Le Parlement colombien vient de ratifier l'Accord de Paris, à un moment où certains voudraient le mettre en doute. J'ai remercié le président Santos qui avait d'ailleurs joué un rôle précieux durant la COP21.

La Colombie possède la deuxième plus grande biodiversité du monde. C'est l'un des pays les plus menacés par les effets du changement climatique et c'est dire combien nous avons, là aussi, en la matière, vocation à coopérer. La croissance verte est d'ailleurs l'un des axes majeurs de l'intervention de l'agence française de développement en Colombie pour les années à venir.

Voilà tout ce qu'ensemble, nous avons évoqué, mais je ne fais là qu'un compte-rendu, là où la relation entre nos deux pays s'inscrit à la fois dans nos histoires, dans l'enthousiasme que nous avons vu sur plusieurs visages lorsque vous m'avez accompagné pour traverser la cour de l'Élysée, où des jeunes françaises, des jeunes français, des binationaux, des Colombiens présents ont manifesté leur enthousiasme. C'est eux qui la font vivre au-delà de nous.

Mais ma volonté, Monsieur le Président, c'est dans les cinq années qui me sont données à la tête de mon pays, de tout faire pour que cette relation soit encore plus forte, encore plus belle et puisse vous accompagner dans les ambitions qui sont les vôtres. Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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6. Lutte contre le terrorisme - Discours de M. Emmanuel Macron, président de la République, lors du dîner de l'Iftar (Paris, 20/06/2017)

Monsieur le Président du CFCM, Cher Anouar,

Monsieur le Ministre d'État,

Monsieur le Recteur,

Messieurs les Vice-Présidents et Dirigeants du CFCM,

Messieurs les Ambassadeurs,

Messieurs les Représentants du Culte,

Messieurs les Aumôniers nationaux,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Messieurs les Préfets,

Mesdames et Messieurs,

Je veux vous remercier très vivement, très sincèrement et très personnellement de m'accueillir ici pour cette rupture du jeûne du mois du Ramadan. J'en avais pris, il y a quelques semaines, l'engagement. Vous étiez là et nous sommes là ce soir ensemble.

Je sais le prix pour vous de ce temps spirituel et vous l'avez rappelé, qui est aussi un temps de réflexion sur les valeurs cardinales de justice, de progrès, de tolérance et d'attention à la dignité de toutes et tous.

C'est aussi un temps de partage et d'hospitalité sacré, où le visiteur est traité avec une égale prodigalité, quel que soit son rang.

Par-delà les convictions religieuses, spirituelles ou philosophiques, ce sont là des valeurs au miroir desquelles nous pouvons contempler celles qui fondent nos sociétés et qui trouvent à s'exprimer avec bonheur dans notre République.

C'est pour moi l'occasion de vous dire, Cher Anouar Kbibech, la reconnaissance de la République française, à quelques jours de la fin de votre présidence, venant après celle du recteur Dalil Boubakeur, dont personne n'oublie le rôle qu'il a personnellement joué pour réussir la création et l'installation du CFCM.

Votre mandat a en effet été marqué - vous l'avez rappelé - par les terribles attaques terroristes qui ont frappé au coeur notre pays et fait couler le sang de tant d'innocents. Ces attentats ont mis à l'épreuve le peuple français avec pour objectif évident de créer entre les Français de toutes croyances et les Français de confession musulmane une déchirure profonde.

Ils furent la tentative explicite de donner de l'islam l'image d'une religion cautionnant le meurtre et la terreur, au nom d'idéaux fanatiques. Pour lutter contre cette perversion du message de l'islam, pour surmonter l'horreur des meurtres les plus abjects, il nous fallait le concours d'autorités musulmanes fermes dans leurs convictions, solides dans la dénonciation de ces crimes. Pas une fois le CFCM n'a fait défaut.

Lorsqu'il s'est agi de ce mensonge pervers qui ne cherchait qu'à fracturer notre communauté nationale, il a su trouver les mots, sans se placer dans le déni. Cette attitude exemplaire doit être celle de tous les acteurs sur l'ensemble du territoire. De cela, soyez remerciés. C'est pour cela aussi que je suis là ce soir à vos côtés.

Voir parmi vous pour cet Iftar l'ensemble des représentants des différents cultes présents avec vous, dans cette fraternité manifeste, est la meilleure preuve que le peuple français, quelles que soient les religions, les convictions philosophiques, est uni et en ces matières indivisibles.

Il nous faut toujours réaffirmer qu'il n'y a pas, dans notre pays, d'un côté les musulmans et de l'autre les Français. Mais bel et bien uniquement des Français, de tous horizons, de toutes convictions, tous citoyens au sein d'une République dont la laïcité garantit à chacun la liberté et l'égalité et offre comme projet commun la fraternité.

Grâce à vous, ce combat pour maintenir l'unité nationale a été remporté et nous avons su tenir collectivement la voix de la raison face à la tentation du pire.

Cette épreuve que nous avons traversée ensemble démontre, une fois de plus, tout l'intérêt pour la République de trouver face à soi des interlocuteurs représentatifs et responsables. C'est tout le rôle du CFCM que de porter depuis bientôt quinze ans la voix d'acteurs du culte musulman que sont les associations de mosquées et les fédérations qui réunissent au moins la moitié d'entre elles.

Je suis conscient que vous ne portez pas la voix unique de l'islam en France. Parce que votre religion, toute unique qu'elle soit, s'exprime dans une pluralité et une polyphonie à laquelle il faut savoir faire toute sa place. Mais vous êtes bel et bien une voix à l'importance toute particulière, celle des acteurs quotidiens du culte, dont l'engagement, souvent bénévole, permet à chaque fidèle de pouvoir librement vivre et exprimer sa foi.

Vous êtes aussi - c'est d'une importance majeure - une voix légitime, puisqu'issue d'élections, dont il convient d'espérer que vous saurez faire pour l'avenir l'outil d'une représentativité toujours plus large, toujours plus à l'écoute des attentes et des propositions des centaines d'acteurs de terrain. J'y reviendrai.

Le CFCM reste cependant une institution jeune et il reste bien des liens à tisser entre vous et la République. Car la laïcité est rigoureuse sur ce point. Comme tout autre croyant, chaque Français de confession musulmane a le droit de vivre paisiblement sa foi, de la partager, s'il le souhaite, avec les siens. C'est le devoir des pouvoirs publics que de s'en assurer.

C'est la raison pour laquelle l'État a encouragé et accompagné la structuration d'aumôneries musulmanes au sein de nos forces armées, dans les établissements pénitentiaires, dans les établissements hospitaliers. L'Aumônerie aux armées notamment, Cher Haïm, est exemplaire en termes de formation, de communication et de dialogue avec les autres cultes. Cet exemple doit beaucoup au soutien du ministère des armées et il devra servir d'exemple aux autres associations et administrations concernées.

De même, l'État accompagne le travail des associations musulmanes pour que la grande fête de l'Aïd el Kébir puisse se tenir chaque année, non seulement dans l'indispensable respect des lois, mais aussi dans des conditions légitimes de sécurité et de sérénité.

C'est enfin la raison de l'engagement sans faille de nos forces de sécurité, renforcé par le soutien précieux de nos forces armées dans la sécurité des lieux de culte dans notre pays. Églises, synagogues, temples et mosquées ne sauraient être des lieux où nos concitoyens pourraient avoir peur de se rendre.

Je salue à cet égard le travail minutieux fait en liaison avec les services du ministère de l'intérieur et la DILCRAH, par le CFCM, contre tous les actes anti-musulmans, en particulier par l'Observatoire qu'il a mis en place à cette fin.

Mais au-delà et au-delà même des conditions que l'État doit créer pour l'exercice serein de la religion musulmane, il me semble que nous avons aujourd'hui en commun des combats à mener.

Le premier combat, c'est le combat contre le fanatisme et sa diffusion, notre combat déterminé contre le terrorisme de Daech et l'idéologie totalitaire qui le supporte doit nous conduire à poursuivre avec détermination ceux qui cherchent à faire de vos lieux de culte et de transmission, de votre tradition religieuse des lieux de prêche, de haine, voire d'appel à la violence.

La réponse à ce terrorisme contemporain est évidemment dans la mobilisation de nos forces de l'ordre et je veux saluer ici la présence du ministre de l'intérieur. Mais elle est aussi dans la réponse civilisationnelle, morale qu'ensemble nous leur apporterons. Il vous appartient vous acteurs du culte de combattre pied à pied sur le terrain théologique et religieux, de démasquer chaque fois que nécessaire l'usurpation de vos valeurs, la captation de l'histoire de votre religion, la négation de 15 siècles de travail, d'interprétation réalisé par vos savants.

Vous l'avez exprimé à de nombreuses reprises avec la convention citoyenne des musulmans de France sur le vivre-ensemble en juin 2014, le manifeste citoyen des musulmans de France en novembre 2015, le préambule de votre récente charte des imams ou par d'autres textes importants publiés par vos institutions respectives. Ce combat de la pensée et de la foi, il faut le poursuivre sur le terrain tout particulièrement auprès des générations les plus jeunes dont nous savons tous qu'elles ont des réticences à passer les portes de vos institutions et c'est le propre de la jeunesse, je vous rassure, sur tous ces sujets. La République vous aidera dans cette tâche en se rangeant à vos côtés résolument, dès qu'il conviendra de prendre des mesures coercitives pour que cessent ces détournements mais elle ne peut se substituer sur le terrain théologique, religieux sur cette part de légitimité à votre indispensable travail.

Le deuxième combat qui sera le nôtre doit se porter contre une pratique de l'islam organisant une ségrégation au sein de la République. Il faut être extrêmement vigilant chacun dans ses responsabilités contre tout ce qui façonne des formes de repli identitaire parce que fonder son identité politique et sociale sur sa seule foi, c'est au fond admettre que sa foi n'est pas compatible avec la République. C'est le revers symétrique d'un discours d'exclusion et c'est un vrai combat politique de part et d'autre au sens le plus fort du terme que de les combattre au nom même de la conviction. Personne en France ne doit être victime d'une forme quelconque d'assignation, qu'elle soit sociale, géographique ou de conviction.

Face à ceux qui au fond sont complices pour abattre notre modèle républicain, il nous faut la même énergie, personne ne peut faire croire que votre foi n'est pas compatible avec la République, personne ne peut faire croire que la France et les Français rejetteraient sa composante de foi musulmane, personne au nom de cette foi ne peut demander à des Françaises ou des Français de se soustraire aux lois de la République. C'est cela notre défi, de construire ce commun indépassable qui est à la fois notre humanité dans ses convictions et leur pluralisme et notre appartenance à la République dans ce que ce projet porte de dépassement individuel.

Notre troisième combat c'est celui de la formation des imams et des enseignants. Je ne saurai ici ignorer les caractéristiques théologiques et religieuses qui règlent la place et les fonctions de l'imam et procéder par analogie avec d'autres religions ne saurait fonder un raisonnement juste. Mais l'enjeu est simple, il importe de former les imams sur le sol français et de façon adaptée aux valeurs de la République. Ce sera là aussi, Monsieur le Ministre, l'un de vos défis.

Pour ce qui concerne l'État cette ambition vise d'abord le savoir des sciences humaines et sociales, plus largement tout l'enseignement non confessant. Nous devons faire aboutir la réflexion encore récemment alimentée par les travaux pertinents de trois universitaires pour offrir la perspective de nouveaux parcours qui pourraient être distingués par des diplômes universitaires. À Lyon, Paris, Strasbourg, Saint-Denis de la Réunion, de main à Bordeaux ou Aix-en-Provence des universités sont prêtes à travailler en ce sens.

Elles auront le soutien de l'État car il n'est plus possible de se contenter aujourd'hui d'un appel massif à des imams formés dans des pays tiers pour soutenir l'exercice du culte. Et je le dis ici en présence des ambassadeurs que je salue ! J'étais il y a quelques jours au Maroc, nous avons parlé avec le roi de ce sujet.

Nous avons besoin de construire et d'assumer pleinement une formation aussi en France, de l'ensemble de celles et ceux qui procèdent aux prédications, pour l'islam, en France. Elles auront aussi le soutien par le biais des bourses, de la Fondation de l'islam de France, dont l'engagement de son président et de son conseil d'administration n'est plus à souligner.

L'action de cette Fondation, dont le périmètre est bien exclusivement celui de la culture, du savoir académique et de l'action sociale et éducative, est précieuse, Cher Jean-Pierre Chevènement. L'ambition des entreprises fondatrices de créer autour d'elles un réseau de partenaires et de soutiens lui permettra rapidement de développer ses ressources et ses interventions.

Dans le champ religieux, nous savons que les formations en France sont aujourd'hui très limitées, et nous savons aussi que l'État ne peut pas en être directement un acteur. C'est pourquoi il faut permettre à des initiatives privées d'émerger dans le respect du principe de séparation et comme nous partageons la même interrogation avec des pays voisins, j'invite d'ailleurs ceux qui voudront porter de telles initiatives à oser les penser, à l'échelle européenne.

Mais je vous demande vraiment, instamment, avec cette générosité partagée, de vous engager pleinement dans ce combat. C'est le nôtre. Car, aux côtés de tous les élus de la République, du ministre de l'intérieur chargé des cultes, du travail remarquable fait par toutes les instances en charge de ces sujets lourds, et en particulier de la laïcité dans notre pays - je salue également la présence de Jean-Louis Bianco - il est indispensable que nous gagnions ce combat face aux prédicateurs de haine qui, au nom de l'islam, aujourd'hui de manière clandestine, procèdent encore à des prêches contraires aux valeurs de la République, à ce qu'est le coeur de l'islam. Ce combat, vous l'avez compris, vous en avez votre part, et c'est cela ce que j'attends de vous.

Il convient de ne pas oublier non plus la formation des enseignants de religion, dans les cours délivrés à côté des mosquées, parce qu'encore une fois, la parole délivrée aux générations montantes est un enjeu absolument fondamental. Cette parole doit s'inscrire dans la réalité sociale, et dans la réalité sociale des plus jeunes, enfants, adolescents ! C'est-à-dire d'une société sécularisée et de pluralisme des convictions spirituelles et philosophiques.

Il faut également penser à la formation des acteurs administratifs. Monter un projet de construction, de modernisation d'un lycée de culte, cela ne s'improvise pas ! Même si les associations cultuelles sont des associations spécifiques, leur responsabilité et leurs responsables sont au rendez-vous du combat que je viens d'évoquer. Et ils doivent pouvoir plus largement comprendre les dispositifs juridiques et fiscaux dédiés à ce type d'association.

Je veux aussi que notre université, nos organismes de recherche reconquièrent cette meilleure connaissance de l'islam, dans toutes ses composantes et ses géographies. Nous avons perdu progressivement, à l'université française, cette bataille de la connaissance indispensable pour abattre des barrières, pour éviter que ne se replient dans des identités parfois fantasmées, les plus jeunes ou les moins jeunes, et je veux que nous puissions rouvrir dans nos universités des chaires sur l'islam, sur la civilisation justement ainsi représentée, sur les différentes géographies concernées, là où depuis vingt ans, nous avons connu trop de reculs.

Ces combats, nous devons les mener ensemble car ils concernent la place de l'islam en France, la sérénité de vos fidèles et en définitive, notre capacité commune à remplacer l'ignorance, voire la méfiance par un dialogue serein, capable seul de nous préserver des pièges de l'extrémisme, voire d'en éradiquer les germes, ici, en France. Les exceptions ou les concessions que cela peut requérir de la part des musulmans de France ne sont rien, comparé à l'avancée considérable que cela représenterait pour l'islam français et la société française dans son ensemble. Cela pose évidemment de manière vive la question de la représentativité.

Dans quelques jours, le CFCM va connaître un nouveau président, que je salue ici. Selon le calendrier et les règles que vous vous êtes donnés en 2013 à la veille des dernières élections pour les conseils régionaux du culte musulman (CRCM).

Cette présidence de deux ans, Cher Ahmet Ogras, va conduire votre institution à son prochain rendez-vous électoral. Il vous reviendra, avec vos vice-présidents et l'ensemble de votre bureau exécutif, de préparer ce temps fort. Nous savons que les élections pour le CFCM et les CRCM ont trop souvent été marquées par des refus de participation qui n'ont pas été le plus souvent bien compris parmi les musulmans eux-mêmes et nous savons également que le nombre de mosquées qui participent à ces élections, puisque c'est la base de votre mode de scrutin, reste encore aujourd'hui trop faible. Nous savons enfin que vos associations peinent à recruter de nouveaux bénévoles plus jeunes, plus diversifiés pour assurer leur fonctionnement et leur développement.

Voilà les enjeux pour l'horizon du scrutin de 2019. Il ne s'agit pas pour l'État d'en écrire les réponses. Pour autant, parce que les CRCM ont été constitués pour être les interlocuteurs quotidiens des préfets sur les questions du culte, parce qu'ont émergé depuis 2003 des structures de coordination de mosquées plus ou moins informelles à côté des CRCM, l'État ne peut les ignorer et vous aidera dans ce combat.

Un exemple illustre parfaitement ce propos. Il y a un peu plus d'un an - et n'y voyez pas ici un clin d'oeil pour votre invité de marque dont vous avez célébré aujourd'hui l'anniversaire -, en avril 2016, le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, le président du CRCM et des recteurs de mosquée ont signé une charte des mosquées du Rhône. Ce n'est pas l'État qui a écrit cette charte car les 10 propositions qu'elle contient avaient été formulées par des fidèles musulmans du département et de la métropole quelques mois plus tôt. Mais parmi elles, se trouvait la création d'un Conseil des imams du Rhône, complément nécessaire à la structure d'organisation matérielle du culte qu'est le CRCM : l'encadrement des cours délivrés dans les mosquées, la modernisation du fonctionnement des associations et l'importance du dialogue interreligieux.

La mise en oeuvre des prescriptions de cette charte permettra aux élus de mieux connaître les imams et les présidents d'association et elle donnera une plus grande visibilité sociale à ces associations. C'est un bel exemple de ce que l'engagement des musulmans de France dans la vie et la gestion de leur culte permet de faire émerger. C'est cela notre défi collectif, il faudra encourager localement mais aussi nationalement la prise en compte de toutes les dynamiques pour entrer de plain-pied dans cette nouvelle étape car sans cette prise en compte, les bonnes volontés s'épuiseront vite.

Cette nouvelle étape, elle permettra aussi naturellement d'améliorer le financement du culte par les fidèles et les mécènes qui le souhaitent et qui souvent attendent de la proximité et de la transparence pour s'engager. Là aussi, Monsieur le Ministre, ce sera l'un de vos chantiers. Là aussi, chers amis, nous vous accompagnerons.

Vous le voyez, le dialogue entre le CFCM et l'État est encore riche de défis et d'échanges futurs. Je n'en sais guère aujourd'hui qui soit plus essentiel à notre République ni sans doute plus urgent. Nous vivons une époque où tout est là pour nous diviser, où tout peut s'effondrer : les risques géopolitiques, les fractures qui s'ouvrent, les béances régionales intrareligieuses qui se jouent dans d'autres continents et le doute qui a gagné notre société. Notre défi est bien sûr sécuritaire face au terrorisme qui sévit mais il est aussi moral, civilisationnel. Et dans ce défi, votre rôle est immense, votre responsabilité l'est tout autant. Face à cette responsabilité, il y aura celle de l'État et des pouvoirs publics et ma présence ici ce soir à vos côtés n'est pas là que pour vous remercier des responsabilités prises mais aussi pour vous dire que face aux responsabilités immenses qui nous attendent, vous m'aurez à vos côtés.

Je vous prie de m'excuser de vous avoir fait patienter avec un calme et une discrétion qui vous honorent quelques minutes au-delà de l'heure légale et réitérant ces excuses qu'imposait ce discours peut-être un peu riche avant de me réjouir avec vous de briser le jeûne, je veux ici vous redire cet engagement plein et entier, vous remercier et dire avec vous, cher Anouar, vive la République et vive la France ! Merci à vous./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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7. Lutte contre le terrorisme - Nations unies - Déploiement de la force conjointe du G5 Sahel - Adoption d'une résolution du conseil de sécurité - Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères (Paris, 21/06/2017)

Je salue l'adoption à l'unanimité par le conseil de sécurité de la résolution 2359 qui salue le déploiement de la force conjointe du G5 Sahel.

Le conseil de sécurité y exprime son soutien plein, clair et entier à une initiative africaine de lutte contre le terrorisme et appelle l'ensemble de la communauté internationale à lui fournir assistance. Il est désormais saisi et aura régulièrement l'occasion de suivre la mise en oeuvre des activités de la force conjointe du G5 Sahel.

Avec la création de cette force, les États africains ont manifesté leur volonté de s'unir pour assurer leur sécurité. C'est une initiative que je salue et que nous devons tous soutenir.

La paix et la sécurité dans le Sahel constituent une priorité de premier plan pour la France, engagée aux côtés de ses partenaires africains dans la lutte contre le terrorisme à travers notamment l'opération Barkhane./.

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8. Nations unies - Adoption résolution sanctions RDC - Explication de vote du représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité (New York, 21/06/2017)

Monsieur le Président,

Le 12 mars dernier, Michael Sharp et Zaida Catalan, deux membres du groupe d'experts sur la RDC, étaient portés disparus. Quelques jours plus tard, leurs corps étaient retrouvés. Il est clair qu'ils ont été assassinés.

Ce conseil a condamné dans les termes les plus énergiques ces meurtres et appelé à ce qu'une enquête approfondie soit menée pour en identifier les auteurs et les poursuivre en justice. Je renouvelle aujourd'hui cette condamnation dans les termes les plus fermes, ainsi que cet appel. La France, pour ce qui la concerne, plaide également pour la mise en place d'un mécanisme spécial d'enquête à cet effet.

Michael Sharp et Zaida Catalan menaient un travail très important pour le conseil de sécurité des Nations unies et ont montré un grand professionnalisme dans leur travail. Les experts des comités de sanctions de l'ONU sont extrêmement importants pour ce conseil, ils sont au coeur du régime des sanctions. Je souhaite les remercier à nouveau aujourd'hui pour le travail accompli au service du conseil de sécurité. Nous devons à leur mémoire et à leurs familles que justice soit rendue.

Michael Sharp et Zaida Catalan sont morts alors qu'ils enquêtaient sur la situation tragique dans les Kasaïs, d'où nous viennent des rapports très inquiétants sur des attaques contre les civils et de nombreuses violations des droits de l'Homme, y compris des mutilations et meurtres d'enfants. Ce conseil a condamné les violences observées dans cette région au cours des derniers mois et a marqué sa grave préoccupation face à ces violations des droits de l'Homme. Il a affirmé l'importance et l'urgence qu'il y avait à mener des enquêtes diligentes et transparentes sur ces violations du droit international humanitaire et des droits de l'Homme, afin que les responsables en répondent devant la justice. Cet impératif reste plus que jamais d'actualité aujourd'hui.

Monsieur le Président,

Ces événements tragiques ont fortement perturbé le travail du groupe d'experts. Pour cette raison, la France a proposé l'adoption d'une résolution pour permettre au groupe d'experts de reprendre au plus vite son travail dans des conditions sereines.

Il s'agit d'un renouvellement essentiellement technique, mais, au vu des circonstances, la France a proposé, et nous espérons que l'ensemble des membres du conseil sera d'accord avec cette approche, que nous apportions les changements suivants :

D'une part, le conseil réitère sa condamnation du meurtre de Michael Sharp et Zaida Catalan. Il rappelle la nécessité d'une enquête complète et rapide pour identifier les auteurs des meurtres et les traduire en justice et demande à la RDC de coopérer avec les enquêtes qui pourraient être menées par l'ONU, la Suède ou les États-Unis pour faire la lumière sur ces événements. Ce projet de résolution introduit par ailleurs un nouveau critère de mise sous sanctions, qui vise tout individu qui attaquerait un membre du groupe d'experts ou serait impliqué dans un tel acte.

D'autre part, le conseil réitère sa condamnation des violences dans les Kasais et son appel à ce que des enquêtes transparentes soient menées en urgence pour identifier les auteurs des violations des droits de l'Homme dans cette région.

Enfin, compte tenu des contraintes subies par les experts, ce projet de résolution donne au groupe d'experts deux mois supplémentaires pour rendre son rapport final. Il prévoit que le conseil examinera le régime de sanctions et ses ajustements éventuels à la rentrée prochaine, une fois le rapport publié.

Je vous remercie./.

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9. Nations unies - Débat trimestriel public sur l'Afghanistan - Intervention de la représentante permanente adjointe de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité (New York, 21/06/2017)

Monsieur le Président,

Permettez-moi d'abord de renouveler les condoléances de la France au peuple afghan et aux familles des victimes du terrible attentat qui a été commis le 31 mai dernier à Kaboul ainsi que des incidents qui ont suivi. La France se tient aux côtés du gouvernement afghan dans la lutte contre le terrorisme.

Je voudrais ensuite remercier chaleureusement le représentant spécial du secrétaire général, Monsieur Tadamichi Yamamoto, pour son exposé éclairant et à travers lui, rendre hommage aux personnels des Nations unies qui travaillent au quotidien et dans des conditions difficiles pour le redressement de l'Afghanistan.

La France s'associe d'avance au discours qui sera prononcé tout à l'heure au nom de l'Union européenne.

Monsieur le Président,

La détérioration de la situation sécuritaire en Afghanistan est, pour la France également, une source de préoccupation majeure. D'abord parce que les premières victimes de ce conflit sont, encore et toujours, les civils, et en particulier les femmes et les enfants. Ensuite parce que la multiplication des attaques ne fait que déstabiliser davantage le pays, en dépit des progrès considérables des forces afghanes, dont je tiens ici à saluer l'engagement et le courage. À cet égard, l'implantation et la prolifération des groupes armés et terroristes doivent être prises particulièrement au sérieux. Enfin, la dégradation de la sécurité aggrave une situation humanitaire déjà fragile, marquée dernièrement par un retour massif de réfugiés en provenance du Pakistan et de l'Iran. Sur ce point, la France encourage le gouvernement afghan à poursuivre les efforts engagés en vue de garantir un traitement égal de tous les réfugiés et personnes déplacées. Elle salue également l'action menée par les Nations unies et en particulier le Haut-commissariat aux réfugiés.

Ce contexte sécuritaire extrêmement volatile rend l'unité du gouvernement afghan plus que jamais essentielle. La meilleure des réponses à apporter aux terroristes est l'unité, le rassemblement et la détermination à approfondir et consolider la démocratie afghane.

La poursuite des réformes engagées doit demeurer une priorité. Cela concerne en particulier les réformes électorales, mais également la lutte contre la corruption et le trafic de stupéfiants, qui continue d'alimenter l'insurrection talibane. Permettez-moi d'insister sur ce dernier point : alors que la production de drogue en Afghanistan a atteint un nouveau record en 2016 avec 4.800 tonnes, la mise en oeuvre rapide du plan d'action national contre la drogue par les autorités afghanes est urgente.

Sur le plan des droits de l'Homme, la situation des femmes et des enfants reste encore très précaire. Il est essentiel que les autorités afghanes continuent de se mobiliser pour mettre pleinement en oeuvre leurs engagements en faveur des droits des femmes et de la protection des enfants.

Au-delà des réformes à mener à court et moyen terme, la stabilisation durable de l'Afghanistan ne pourra passer que par la réconciliation nationale. La France salue l'initiative prise par le président Ghani de réunir, le 6 juin dernier, le «processus de Kaboul pour la paix et la sécurité» et lui renouvelle son plein soutien. S'il appartient aux Afghans de mener le processus qui pourra ramener la paix dans le pays, l'engagement sincère et le soutien sans ambiguïté de tous ses voisins en faveur de la paix est indispensable. Nous demandons à chacun un effort renouvelé en ce sens et des actes concrets. Nous avons la responsabilité collective de soutenir activement la stabilisation de l'Afghanistan et de contribuer à l'établissement d'une paix durable dans ce pays.

Monsieur le Président,

Dans ce contexte, l'accompagnement et le soutien de la communauté internationale en général et des Nations unies en particulier à l'Afghanistan n'ont jamais été aussi importants. La France et l'Union européenne restent, à cet égard, pleinement engagées aux côtés de l'Afghanistan.

Nous attendons ainsi avec beaucoup d'intérêt la remise des conclusions de la revue stratégique de la MANUA le mois prochain. De notre point de vue, cet exercice doit permettre de rationaliser les missions de la MANUA afin de se concentrer sur l'essentiel. À cet égard, la France attache une importance au rôle de «bons offices» de la mission. La question du rôle des Nations unies et de la MANUA en soutien et en accompagnement des efforts de réconciliation et de paix doit également être posée. Enfin, une simplification des mécanismes de coordination sur place pourrait sans doute permettre d'améliorer à la fois l'efficacité et la visibilité de l'assistance apportée par les Nations unies.

Monsieur le Président,

Permettez-moi, pour conclure, de réitérer le plein soutien de mon pays au gouvernement afghan et à l'action menée par les Nations unies en appui de ses efforts.

Je vous remercie./.

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10. Conseil des ministres - Mesure d'ordre individuel - M. Maurice Gourdault-Montagne, ambassadeur de France, nommé secrétaire général du ministère de l'Europe et des affaires étrangères (Paris, 22/06/2017)

Le conseil des ministres a adopté la mesure individuelle suivante :

Sur proposition du ministre de l'Europe et des affaires étrangères :

- M. Maurice Gourdault-Montagne, ambassadeur de France, est nommé secrétaire général du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, à compter du 1er août 2017./.

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