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Déclarations officielles de politique étrangère du 17 novembre 2017


Sommaire



1. Point de presse de la porte-parole - Birmanie/D√©placement de M. Jean-Yves Le Drian - Union europ√©enne/Participation de Mme Nathalie Loiseau au Conseil affaires g√©n√©rales - Syrie/Armes chimiques - Cambodge/Dissolution du principal parti d'opposition - D√©veloppement/Journ√©e mondiale des toilettes - Iran - Agendas du ministre, de la ministre charg√©e des affaires europ√©ennes et du secr√©taire d'Etat - du 20 au 26 novembre 2017 - Principaux √©l√©ments publics (Paris, 17/11/2017)

Au point de presse de ce jour, la porte-parole a fait les déclarations et répondu aux questions suivantes :

1- Birmanie - Déplacement de M. Jean-Yves Le Drian (20 novembre)

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, se rendra le 20 novembre 2017 à la réunion ministérielle de l'ASEM (Dialogue Asie-Europe) à Nay Pyi Daw en Birmanie.

Lors de cette 13ème rencontre des ministres des affaires étrangères de l'ASEM, M. Le Drian soulignera l'importance de redynamiser ce forum interrégional, 20 ans après sa création. Les ministres évoqueront à cette occasion les crises régionales et réitéreront l'attachement commun de l'Europe et de l'Asie au multilatéralisme, y compris sur la question du climat qui sera au coeur des discussions.

La situation des Rohingyas, et plus particulièrement le retour des réfugiés, est un sujet de grave préoccupation pour la France. Le ministre insistera sur l'accès à l'aide humanitaire et la nécessité d'enquêtes indépendantes sur les accusations de violations des droits de l'Homme lors d'un entretien avec Mme Aung San Suu Kyi.

M. Le Drian r√©it√©rera le soutien de la France √† la transition d√©mocratique birmane men√©e par Mme Aung San Suu Kyi et qui est la seule voie pour permettre le retour de l'√Čtat de droit et contribuer √† une paix durable sur l'ensemble du territoire.

2 - Union européenne - Participation de Mme Nathalie Loiseau au Conseil affaires générales (Bruxelles, 20 novembre 2017)

Mme Nathalie Loiseau, ministre en charge des affaires européennes, se rendra à Bruxelles lundi 20 novembre pour participer au conseil des ministres de l'Union européenne (affaires générales). Les principaux points à l'ordre du jour sont :

- La préparation du conseil européen des 14 et 15 décembre : la France continuera de promouvoir dans ses différentes dimensions une Europe qui protège mieux ses citoyens, notamment par le développement de l'Europe de la défense.

- La programmation l√©gislative pour 2018 : √† la suite de l'adoption par la commission de son programme de travail, les √Čtats membres rappelleront leurs attentes en vue de la d√©claration interinstitutionnelle qui sera adopt√©e en d√©cembre pour fixer les priorit√©s l√©gislatives de l'Union en 2018. Les axes de travail d√©gag√©s par la commission font largement √©cho aux priorit√©s fran√ßaises pour l'avenir de l'Union europ√©enne, en particulier au regard des six domaines clefs de la souverainet√© europ√©enne identifi√©s par le pr√©sident de la R√©publique dans son discours de la Sorbonne : s√©curit√© et d√©fense, questions migratoires, politique √©trang√®re, transition √©cologique, num√©rique, union √©conomique et mon√©taire.

La ministre participera √©galement √† la session du conseil affaires g√©n√©rales consacr√©e √† la sortie du Royaume-Uni de l'Union europ√©enne (ces sessions, dites ¬ęarticle 50¬Ľ, se tiennent √† 27 membres). Les ministres y examineront l'√©tat d'avancement des n√©gociations avec le Royaume-Uni dans la perspective du conseil europ√©en des 14 et 15 d√©cembre.

En marge de cette r√©union, se tiendra le vote relatif au transfert de l'agence europ√©enne des m√©dicaments (AEM) et de l'autorit√© bancaire europ√©enne (ABE). Pour m√©moire, en raison du retrait du Royaume-Uni de l'Union europ√©enne, ces deux agences actuellement implant√©es √† Londres devront √™tre relocalis√©es selon une proc√©dure sp√©cifique d√©cid√©e au niveau des chefs d'√Čtat ou de gouvernement. La France a pr√©sent√© les candidatures de Lille pour l'agence europ√©enne des m√©dicaments et de Paris pour l'autorit√© bancaire europ√©enne.

3 - Syrie - Armes chimiques

La France est d√©√ßue par le r√©sultat du vote sur la reconduction du mandat du m√©canisme d'enqu√™te conjoint des Nations unies et de l'organisation pour l'interdiction des armes chimiques (JIM), cr√©√© en 2015 par d√©cision unanime du Conseil de s√©curit√© des Nations unies et √† l'initiative des √Čtats-Unis et de la Russie. Nous regrettons le veto oppos√© par la Russie au projet de r√©solution √©quilibr√© et non confrontationnel qui avait √©t√© pr√©sent√©. Il s'agit du 4√®me veto de la Russie sur le dossier chimique syrien et du 10√®me sur le dossier syrien dans cette enceinte.

Le JIM a fait ses preuves et a d√©montr√© son efficacit√© et son professionnalisme dans ses m√©thodes d'enqu√™te. La France tient √† saluer √† cet √©gard les comp√©tences, l'impartialit√© constante et le comportement irr√©prochable du JIM depuis sa cr√©ation ainsi que de son chef actuel, M. Edmond Mulet, et de son √©quipe. Son rapport du 26 octobre a conclu sans ambig√ľit√© √† la responsabilit√© du r√©gime syrien dans l'attaque de Khan Che√Įkhoun, qui a caus√© la mort de plus de 80 personnes le 4 avril, et √† la responsabilit√© de Daech dans l'attaque de Oum Houch le 16 septembre 2016.

Ces conclusions s'ajoutent aux précédents rapports du JIM qui avaient établi en 2016 la responsabilité du régime syrien dans l'utilisation de gaz de chlore comme arme chimique dans au moins trois attaques en 2014 et 2015, mais aussi celle de Daech dans un cas d'emploi de gaz moutarde en 2015. Cela confirme les graves violations du régime syrien des engagements internationaux qu'il a pris en 2013.

Le JIM devrait pouvoir continuer à documenter les cas d'emploi d'armes chimiques quels qu'en soient les auteurs.

Défendre ce mécanisme signifie pour la France préserver le régime de non-prolifération chimique et donc notre sécurité collective, sauvegarder les droits de l'Homme car les attaques aux armes chimiques constituent des crimes de guerre, et garantir la vérité car il n'y a aura pas de paix durable en Syrie dans l'impunité.

La France maintiendra son engagement sur ce dossier et continuera d'agir avec ses partenaires, à New York et à la Haye, pour lutter contre la prolifération chimique mais également l'impunité en Syrie et ailleurs.

Q - La Russie a mis son veto jeudi contre une résolution qui visait à renouveler le mandat de la commission d'enquête sur l'utilisation d'armes chimiques en Syrie. Que peuvent faire la France et ses alliés pour faire avancer ce dossier dans le contexte de cette opposition de la Russie?

R - Je vous renvoie à ma déclaration de ce jour.

4 - Cambodge - Dissolution du principal parti d'opposition (16 novembre 2017)

Le Parti du salut national (PSN) a été dissous le 16 novembre et 118 membres de ce parti ont été interdits d'exercer des fonctions politiques pendant cinq ans. Le PSN est le principal parti d'opposition cambodgien et avait obtenu près de la moitié des voix lors des élections législatives de 2013 et des élections locales de juin 2017.

Cette décision de la cour suprême cambodgienne remet en cause le processus démocratique engagé depuis la conclusion des accords de Paris en 1991. En l'absence du principal parti d'opposition, les élections législatives de 2018 ne pourront être considérées comme libres et démocratiques.

La France regrette cette nouvelle dégradation du climat politique après l'arrestation de M. Kem Sokha, président du PSN, et la fermeture de plusieurs médias et ONG.

La France appelle les autorités cambodgiennes à s'inscrire de nouveau dans le cadre d'un processus démocratique et à permettre à l'opposition, aux médias et à la société civile de fonctionner sans entrave.

5 - Développement - Journée mondiale des toilettes (19 novembre 2017)

Dans le monde 2,4 milliards de personnes manquent d'installations sanitaires de base et 1,8 milliards utilisent une source d'eau contaminée par des matières fécales. Ces chiffres sont alarmants.

L'accès aux toilettes est au coeur du sixième objectif de développement durable sur l'eau et l'assainissement pour l'agenda 2030. Les efforts ont essentiellement porté sur l'accès à l'eau potable depuis dix ans mais il reste beaucoup à faire sur l'assainissement.

Le ministère de l'Europe et des affaires étrangères agit pour généraliser l'accès à une eau potable, salubre, propre, accessible et abordable et à l'assainissement pour tous : travaux pour renforcer la gouvernance mondiale de l'eau et mettre en oeuvre le droit à l'eau potable et à l'assainissement reconnu en 2010 par l'assemblée générale des Nations unies comme un droit fondamental.

Saisie par le ministère, l'agence française de développement a approuvé en 2016 1,2 milliards d'euros d'autorisations de financements dédiés au secteur de l'eau au bénéfice de pays étrangers et 52 millions à l'Outre-mer, soit une augmentation de 30% par rapport à 2015. Un tiers de ces engagements sont dédiés à l'assainissement. En parallèle, il y a plus de 260 projets de coopération décentralisée des collectivités territoriales françaises dédiés au secteur de l'eau et des déchets dans le monde.

6 - Iran

Q - Pour quelles raisons la visite de Jean-Yves Le Drian en Iran a-t-elle été repoussée?

R - Le ministre avait annoncé le 9 novembre sur Europe 1 qu'il se rendrait en Iran rapidement. Nous identifions à cet effet une date qui convienne à tous.

Q - Suite aux d√©clarations du ministre en Arabie Saoudite, l'Iran a accus√© vendredi la France de ¬ępartialit√©¬Ľ et affirm√© que son approche aggravait les crises au Moyen-Orient. Quelle est votre r√©action?

R - La France entretient un dialogue avec tous les pays qui exercent une influence sur les crises au Moyen Orient. Son objectif est que s'engage une désescalade des violences afin que toutes les parties contribuent à des solutions politiques qui seules permettront le retour de la paix, de la sécurité et de la stabilité.

7 - Agendas du ministre, de la ministre chargée des affaires européennes et du secrétaire d'Etat - du 20 au 26 novembre 2017 - Principaux éléments publics

M. Jean-Yves LE DRIAN

Lundi 20 novembre

Déplacement en Birmanie (dialogue Asie-Europe)

Mardi 21 novembre

9h - Entretien avec le pr√©sident de la R√©publique, √Člys√©e

13h - Déplacement à Marseille (agence des villes et territoires méditerranéens durables - AVITEM)

Apr√®s-midi - D√©placement √† Reims (65e congr√®s de l'union des m√©tiers et des industries de l'h√ītellerie - UMIH)

Mercredi 22 novembre

9h - Conseil restreint de d√©fense, √Člys√©e

10h - Conseil des ministres, √Člys√©e

15h - Questions au gouvernement, Assemblée nationale

Jeudi 23 novembre

9h - Comité technique ministériel d'automne, Paris

Vendredi 24 novembre - Dimanche 26 novembre

Déplacement en Chine

Mme Nathalie LOISEAU

Lundi 20 novembre

Conseil affaires générales, Bruxelles

Mardi 21 novembre

11h - Ouverture de la campagne d'hiver des Restos du coeur, Paris

15h - Questions au gouvernement, Assemblée nationale

18h - C√©r√©monie de remise de dipl√īmes √† la promotion du cycle international long de la promotion Louise Weiss de l'ENA, Quai d'Orsay

Mercredi 22 novembre

10h - Conseil des ministres, √Člys√©e

15h - Questions au gouvernement, Assemblée nationale

Jeudi 23 novembre

8h15 - Petit-déjeuner avec les ambassadeurs de l'Union européenne, ambassade d'Estonie

13h30 - Déjeuner de travail avec Mme Helen McEntee, ministre irlandaise chargée des affaires européennes

15h - Questions d'actualité au gouvernement, Sénat

17h15 - Examen du prélèvement sur recettes au profit de l'Union européenne en séance publique, Sénat

Vendredi 24 novembre

Sommet du partenariat oriental, Bruxelles

M. Jean-Baptiste LEMOYNE

Lundi 20 novembre

9h30 - Conseil national de l'industrie, Bobigny

14h30 - Entretien avec  Mme Marie-Béatrice Levaux, membre du conseil économique social et environnemental (CESE), rapporteure sur la Francophonie, Convention

Mardi 21 novembre

8h30 - Petit-déjeuner à la chambre de commerce américaine, Quai d'Orsay

15h - Questions au gouvernement, Assemblée nationale

16h30 - Débat sur l'avenir de l'Institut français, Sénat

Mercredi 22 novembre

9h30 - Audition sur le plan d'action du gouvernement sur le CETA par la commission des affaires étrangères, Assemblée nationale

12h - Déjeuner avec les maires du département de l'Yonne, Convention

15h - Questions au gouvernement, Assemblée nationale

17h30 - Commission internationale et export du MEDEF, Paris

Jeudi 23 novembre

10h30 - Entretien avec M. Serge Pilicer, pr√©sident fondateur des ¬ęEntretiens de Vixouze¬Ľ, Convention

15h - Questions d'actualité au gouvernement, Sénat

17h - Entretien avec M. Kling, président de la chambre de commerce et d'industrie Paris Ile de France, Convention

18h30 - Entretien avec M. J√©r√īme Letier, directeur de l'agence nationale des titres s√©curis√©s, Convention

Samedi 25 novembre - dimanche 26 novembre

34e Conférence ministérielle de la Francophonie, Paris./.

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2. Climat - COP23 - Discours de M. Emmanuel Macron, pr√©sident de la R√©publique (Bonn, 15/11/2017)

Monsieur le Premier Ministre des √ģles Fidji, Pr√©sident de la COP23,

Madame la Chancelière, Cher Angela,

Mesdames et Messieurs les chefs d'√Čtat et de gouvernement,

Monsieur le Secrétaire général des Nations unies,

Monsieur le Président de l'Assemblée générale des Nations unies,

Mesdames et Messieurs,

Depuis vingt-cinq ans, chaque année, depuis le sommet de la terre à Rio en 1992, la communauté scientifique nous envoie des messages d'alerte. Les 15.000 scientifiques qui il y a quelques jours ont à nouveau écrit l'ont encore rappelé.

Le seuil de l'irr√©versible a √©t√© franchi. Les √©v√®nements climatiques s'intensifient et se multiplient. La France l'a v√©cu aux Antilles il y a quelques semaines, sur l'√ģle de Saint-Martin. Plusieurs d'entre vous l'ont aussi v√©cu ces derniers mois ou ces derni√®res ann√©es.

Les équilibres de la planète sont prêts à rompre, comme le traduisent le réchauffement des océans ou la disparition de nombreuses espèces menacées. L'ensemble de l'humanité est ainsi touché, en particulier les populations les plus vulnérables. Car le dérèglement climatique ajoute l'injustice à l'injustice, ajoute de la pauvreté à la pauvreté, ajoute de l'insécurité à l'insécurité. Il touche en particulier ceux qui sont déjà les plus fragiles.

En cela la lutte contre le dérèglement climatique est bien l'un des combats majeurs de notre temps. Ce combat, il se joue sur la scène internationale et c'est l'objet même de cette conférence.

Nous nous sommes fix√©s des objectifs ambitieux. L'Accord de Paris sign√© il y a presque deux ans est bien l√†. Il est, comme la chanceli√®re vient de le rappeler, un point de d√©part, mais un point de d√©part auquel nous tenons, et sur lequel nous ne l√Ęcherons rien.

Ce point de départ fixe d'ici à 2100 un objectif d'augmentation d'1,5 degré en moyenne de la température du globe. Nous sommes aujourd'hui au-dessus de 3 degrés. Si nous continuons comme nous le faisons aujourd'hui, quels que soient les efforts déjà faits ces dernières années, cela veut dire que nous acceptons tacitement, collectivement ici la disparition d'un bon nombre des populations ici représentées. Qu'à horizon 2100 nous acceptons aujourd'hui tacitement que nombre de peuples qui sont là représentés disparaitront. Nous n'y sommes pas prêts.

Alors cela suppose un engagement fort. Je veux saluer l'engagement du Maroc et de Fidji pour la COP de l'année dernière et celle que vous présidez aujourd'hui, et l'engagement de toutes celles et ceux qui présents dans cette salle continuent à oeuvrer sur le plan international.

Mais il nous faut maintenant des engagements clairs et fermes. Sur le plan international, nous avons besoin d'une expertise scientifique, d'un débat scientifique constamment alimenté qui éclaire la décision.

Le GIEC est l'une des composantes majeures de ce travail. Or il est aujourd'hui menac√©¬†; menac√© par la d√©cision des √Čtats-Unis de ne pas garantir leur financement. Je souhaite donc que l'Europe se substitue aux Am√©ricains et je veux ici vous dire que la France sera au rendez-vous. Je souhaite que le maximum d'√Čtats europ√©ens puisse √† nos c√īt√©s, ensemble, compenser la perte de financement am√©ricain. Je peux vous garantir d'ores et d√©j√† qu'√† partir de 2018, pas un centime ne manquera au GIEC pour fonctionner, avancer et continuer √† √©clairer nos d√©cisions.

Nous devons accélérer la mise en oeuvre effective de l'Accord de Paris et donc prendre des engagements qui impliqueront la responsabilité des gouvernements, des collectivités locales, du secteur privé ; c'est l'objectif d'abord des négociations que vous conduisez, Monsieur le Président, et je souhaite que tous les pays prennent leur responsabilité pour ne rien remettre en cause des équilibres décidés il y a deux ans.

Mais au-delà de ces décisions qui impliquent l'esprit de responsabilité de chacune et de chacun, nous devons aussi mettre en oeuvre les décisions, nous devons obtenir les premiers résultats. Et c'est l'objectif, la chancelière vient de le rappeler, avec vous tous, que le secrétaire général des Nations unies, le président de la Banque mondiale ont souhaité porter pour le 12 décembre prochain à Paris : pouvoir nous réunir et mettre en évidence les premiers résultats concrets, les premières perspectives à venir, et surtout mobiliser les financements publics et privés qui permettront de le faire.

Ce sont donc les fondations, le secteur priv√©, les villes, les r√©gions et les √Čtats qui seront mobilis√©s avec un plan de bataille concret et avec une liste des premi√®res victoires de ces derniers mois, des victoires en cours mais aussi le plan de bataille √† venir.

Ce que je souhaite et que je nous fixe comme objectif collectif pour le Sommet du 12 décembre, c'est de montrer que les villes et le secteur privé américain sauront compenser la totalité de l'engagement américain en faveur de l'action climatique.

Mais au-del√† de cet objectif, l'ensemble des financements r√©gionaux, publics et priv√©s que nous mobilisons permettront de donner, en particulier aux √Čtats les plus vuln√©rables, une vraie feuille de route, des financements pour pouvoir innover et √™tre au rendez-vous de la transition environnementale indispensable.

Nous devrons aussi acter dans les prochains mois une transformation profonde de notre aide internationale en la matière, afin d'aider à l'adaptation, afin de marquer notre solidarité collective à la transition climatique dont les plus pays les plus vulnérables ont besoin.

Au niveau européen nous devons aussi nous engager avec un objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre, la chancelière vient de le rappeler très clairement ; et pour ce qui est de la France avec 4 priorités en la matière.

La première, de favoriser, d'encourager et de participer activement au financement de toutes les interconnexions dont nous avons besoin. Entre l'Allemagne et la France mais aussi pour ce qui est de notre pays avec l'Irlande, l'Espagne, l'Italie, le Benelux, le Portugal.

Ces interconnexions, c'est la garantie de mieux utiliser les énergies renouvelables partout sur notre continent et en particulier au sein de l'Union européenne, et c'est la garantie d'accélérer la réduction des gaz à effet de serre et des productions les moins compatibles avec cette stratégie.

La deuxième priorité, c'est d'avoir un prix plancher du CO2 en Europe. Et je suis favorable à ce que nous puissions dans les prochains mois acter, comme nous l'avons déjà dessiné, d'un vrai prix à 30 euros la tonne pour le CO2, ce qui on le sait est le prix de référence qui permettra de changer durablement les comportements, de transformer les priorités de nos investisseurs, de nos acteurs industriels et dans aucun pays européen ce ne sera facile.

Partout nous aurons des industriels qui essayeront de demander du temps, de ne pas convenir d'un tel objectif ; et je n'ignore rien des défis que cela pose dans chacun de nos pays, mais si nous ne faisons pas cette politique nous transformerons nos comportements collectifs et jamais l'Europe ne sera au rendez-vous de ce qui est attendu d'elle.

Cela suppose √† c√īt√© de √ßa des mesures d'accompagnement indispensables ; cela suppose aussi des vraies d√©cisions √† nos fronti√®res, et en particulier une taxe aux fronti√®res qui permettra aussi de prot√©ger nos secteurs √©conomiques face √† l'importation venant de pays qui ne respectent pas du tout les m√™mes objectifs et d√©cident de ne pas s'engager dans cette transition environnementale.

Ce prix-plancher du CO2, c'est l'étape après le très bel accord obtenu la semaine dernière par la Commission, le Conseil et le Parlement européen que vient de saluer la chancelière Angela Merkel, l'accord sur les ETS qui va dans le bon sens mais qui doit dans l'année qui vient être complété.

Le troisième axe sur lequel nous avons besoin d'avancer au niveau européen, c'est l'intégration des objectifs environnementaux dans notre politique commerciale. Si nous voulons avancer de manière crédible nous devons renforcer nos investissements, renforcer la transformation de nos secteurs industriels pour être plus conformes à ces objectifs environnementaux, mais il nous faut aussi lorsque nous négocions des accords commerciaux intégrer cette contrepartie environnementale prise en compte, et ne pas négocier des accords avec des pays qui ne jouent pas le jeu ou qui sont moins ambitieux que nous, puisque cela viendrait diminuer nos ambitions collectives.

Enfin, il nous faut travailler sur l'accélération de la montée des énergies renouvelables. Et si nous voulons qu'elles continuent à se développer pour se substituer réellement à des énergies dites non intermittentes, nous avons besoin d'avancer sur le stockage de l'énergie.

C'est la vraie disruption sur le plan scientifique et industriel et c'est pourquoi je sais qu'avec la chancelière nous sommes pleinement engagés sur ce terrain. Nous allons ensemble favoriser les investissements européens qui vont vers le stockage des énergies et avancer ensemble tout particulièrement sur des projets industriels scientifiques conjoints pour financer l'innovation de rupture en matière de stockage de l'énergie, financer les rapprochements industriels qui permettront d'avancer dans la batterie et dans toutes les technologies qui permettront d'aller plus vite dans cette transformation.

Enfin, pour ce qui rel√®ve de la France, nous devons acc√©l√©rer cette transformation avec une obsession, celle de r√©duire nos √©missions de gaz √† effet de serre. Pour cela, nous nous sommes engag√©s durant les derniers mois - et ce fut l'engagement ferme au sein de mon gouvernement du ministre d'√Čtat Nicolas Hulot - nous nous sommes engag√©s clairement pour une sortie de la production des √©nergies fossiles et une vraie transformation de notre mod√®le de production.

Ainsi la France a-t-elle décidé la fermeture de toutes les centrales à charbon d'ici la fin de l'année 2021, l'absence de toute construction de nouvelles centrales thermiques, et surtout à travers un projet de loi hydrocarbure voté à l'Assemblée nationale et qui sera parachevé dans les prochaines semaines, l'interdiction de tout nouveau permis d'exploration et d'exploitation d'hydrocarbures dans notre pays. C'est la première fois qu'un pays développé décide pour son propre territoire d'une telle politique ; nous l'assumons parce que c'est celle qui est indispensable pour être au rendez-vous du climat et de la transition que nous avons actée.

Cette transformation, elle implique aussi d'accélérer la montée en puissance des énergies renouvelables. Et donc pour se faire, de pouvoir accélérer les mutations technologiques que je viens d'évoquer et ce partenariat européen. Et que personne ne se trompe ici, prétendre que nous devrions accélérer les fermetures de centrales nucléaires sans avoir répondu préalablement à cela, c'est nous condamner dans les prochaines années à rouvrir des centrales à charbon ou des centrales thermiques. Et donc faire l'inverse de ce que nous sommes en train de nous engager à faire.

La priorité, c'est la baisse des émissions, la priorité c'est de baisser les émissions de gaz à effet de serre et donc la politique CO2, c'est celle-ci dans laquelle le gouvernement est pleinement engagé et aura des résultats dans les prochaines années.

Cette priorité, c'est aussi celle du plan climat qui a décidé pour la mobilité, d'une part d'engager une politique fiscale inédite permettant de faire converger l'ensemble des modes de transport pour des meilleurs résultats en terme là aussi d'émissions de carbone et d'émissions de particules, et c'est l'objectif que nous nous sommes fixés d'ici à vingt ans de supprimer les véhicules contribuant à l'effet de serre.

Engagement ferme de l'√Čtat, de l'ensemble des industriels dans lequel nous avons donc d√©cid√© d'entrer.

Et c'est aussi le m√™me engagement qui nous conduit √† investir massivement dans la r√©novation thermique des b√Ętiments, dans l'efficacit√© √©nerg√©tique et dans une vraie politique d'investissement dans la transformation de notre mod√®le √©nerg√©tique industriel et √©conomique.

Le plan climat qui a été présenté par le ministre est un plan courageux. Aucun recul sur notre engagement sur le climat n'a été fait, au contraire ; des décisions responsables ont été prises qui ont abandonné les fétiches irréalistes mais ont pris avant tout un agenda de décisions crédibles, volontaristes qui supposera l'engagement de tous. J'y veillerai et je m'en porte ici garant.

Les pays riches, Mesdames et Messieurs, ont une double responsabilité. Nous avons participé au changement climatique, nous avons participé à la transformation de l'ère industrielle et contemporaine avec tous les effets que nous connaissons ; nous devons donc participer aujourd'hui activement à la transition climatique et à l'atténuation de ses effets.

Au siècle dernier, les pays riches ont imposé au monde leur modèle industriel, aujourd'hui il leur est interdit d'imposer au monde leur propre tragédie. Nous n'avons donc qu'une obsession : l'action ; nous n'avons qu'un horizon : c'est maintenant.

Je vous remercie./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

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3. Royaume-Uni - Relations bilat√©rales - Lutte contre le terrorisme - Migrations - Communiqu√© de presse conjoint de M. G√©rard Collomb, ministre de l'int√©rieur, et de Mme Amber Rudd, ministre de l'int√©rieur du Royaume-Uni (Londres, 16/11/2017)

La ministre de l'int√©rieur du Royaume-Uni, Amber Rudd, et le ministre d'√Čtat, ministre de l'int√©rieur fran√ßais, G√©rard Collomb, se sont rencontr√©s √† Londres, jeudi 16 novembre 2017.

Les ministres ont abordés divers sujets de sécurité intérieure, dont notamment les efforts communs entrepris pour lutter contre le terrorisme, l'immigration irrégulière, la sécurisation des frontières, ainsi que la criminalité organisée.

Les ministres ont souligné la nécessité de maintenir et de renforcer la coopération bilatérale en matière de sécurité intérieure. S'agissant de la lutte contre le terrorisme, les ministres ont confirmé leur volonté d'assurer la mise en oeuvre du plan franco-britannique pour lutter contre l'emploi d'internet à des fins terroristes. Les ministres ont noté que des progrès sont réalisés par les entreprises de l'Internet, mais se sont engagés à les encourager à aller plus loin et à retirer plus rapidement encore les contenus terroristes en ligne - en particulier en s'assurant de leur retrait en une à deux heures après leur mise en ligne - et à continuer de développer des solutions techniques pour traiter cette problématique.

S'agissant des questions migratoires, les ministres ont √©chang√© √† propos de la situation dans le nord de la France et des d√©fis li√©s aux tentatives d'immigration irr√©guli√®re. Les ministres ont reconnu l'importance de l'aide britannique en mati√®re de renforcement des am√©nagements de s√©curit√© dans les villes c√īti√®res du nord de la France et la n√©cessit√© de poursuivre leurs efforts dans la gestion conjointe de la fronti√®re commune franco-britannique.

Le Royaume-Uni et la France √©tudieront ensemble les moyens pour am√©liorer leur coop√©ration avec les pays d'origine et de transit en Afrique et en Asie. Le ministre G√©rard Collomb a par ailleurs visit√© le commissariat de police de Brixton, o√Ļ il a pu constater le travail effectu√© par la Metropolitan Police.

La ministre de l'int√©rieur britannique, Amber Rudd, et le ministre d'√Čtat, ministre de l'int√©rieur, G√©rard Collomb, s'engagent √† poursuivre une coop√©ration √©troite et constructive entre le Royaume-Uni et la France sur ces sujets et √† pr√©parer ensemble le sommet franco-britannique qui se tiendra en janvier 2018./.

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4. Inde - Relations bilat√©rales - D√©claration √† la presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res, au terme de sa rencontre avec Mme Sushma Swaraj, ministre des affaires √©trang√®res de l'Inde (New Delhi, 17/11/2017)

Mesdames, Messieurs,

C'est toujours pour moi un plaisir d'être en Inde. C'est mon dixième déplacement dans ce pays comme ministre, le premier comme ministre des affaires étrangères.

Comme vous le savez, je suis venu pour préparer la visite du président de la République. Cette visite aura lieu au début de l'année prochaine. Elle se déroulera au moment du sommet de l'Alliance solaire internationale. C'est pour préparer cette visite que j'ai et que j'aurai des entretiens de haut niveau, en particulier avec le Premier ministre, M. Modi. Nous avons eu, avec Madame la ministre des affaires étrangères, Sushma Swaraj, des entretiens longs, très utiles et très denses. Nous avons abordé un grand nombre de sujets que je passerai en revue et qu'elle a elle-même évoqués dans son propos. J'y reviendrai dans un instant.

Mais je voudrais d'abord rappeler, comme l'a fait le président Macron lors de sa première rencontre avec le Premier ministre Modi à Paris (c'était début juin dernier), que nous avons à coeur de poursuivre et de renforcer encore notre partenariat stratégique, qui est exceptionnel et qui va fêter ses 20 ans en 2018. Rappelez-vous 1998, l'année de la création de ce partenariat stratégique, quelle était la situation et combien la France a été au rendez-vous de l'Inde. Mais l'Inde a toujours été aussi au rendez-vous de la France.

Ce partenariat strat√©gique, il est bas√© sur la confiance, il est bas√© sur les valeurs d√©mocratiques qui nous unissent. Et il est bas√© sur une certaine conception du fonctionnement de la communaut√© internationale. Nous partageons une analyse commune des grands enjeux internationaux. Il faut donc comprendre notre relation bilat√©rale comme une d√©clinaison de l'analyse commune que nous portons sur les grands enjeux du monde, que ce soit dans la lutte contre le terrorisme, que ce soit dans le n√©cessaire renforcement de la s√©curit√© maritime, que ce soit dans la coop√©ration dans l'oc√©an Indien o√Ļ la France et l'Inde sont deux pays riverains. Cette convergence de vues est parfaite, nous l'avons constat√© ce matin, et elle appelle encore √† un renforcement de notre partenariat.

Cette relation bilatérale, nous la structurons à travers trois dimensions :

D'abord le volet stratégique. Je suis bien placé pour savoir que notre partenariat en matière de défense est significatif, ne serait-ce qu'à travers les projets Rafale et Scorpène, pour ne citer que les plus emblématiques. Elle ne se limite pas à l'acquisition de capacités, elle est bien plus large, à l'image de notre coopération dans l'océan Indien.

Le deuxi√®me aspect de notre coop√©ration bilat√©rale, c'est le partenariat pour la plan√®te, qui est au coeur de notre diplomatie globale. Le Premier ministre indien et le pr√©sident de la R√©publique ont souhait√© poursuivre la dynamique de l'accord de Paris avec la cr√©ation de l'Alliance solaire internationale. Ils ont souhait√© que la visite d'√Čtat co√Įncide avec la tenue du premier sommet de l'Alliance solaire internationale ici √† Delhi. C'est tr√®s positif et cela nous permet d'accro√ģtre encore davantage l'attractivit√© de cette organisation internationale dont le r√īle sera crucial pour permettre aux pays en d√©veloppement d'acc√©der √† une √©nergie durable √† un moindre co√Ľt. Ce partenariat pour la plan√®te se d√©cline √©galement au niveau √©conomique et comme ministre charg√© de la diplomatie √©conomique j'ai √† coeur de le faire avancer, notamment parce qu'il offre des solutions concr√®tes. Nous aurons √† coeur de poursuivre cette coop√©ration notamment dans le domaine des smart cities, de l'√©co-mobilit√©, de la gestion des d√©chets ou dans le domaine des √©nergies non carbon√©es. Vous avez cit√©, Madame la Ministre, le nucl√©aire, avec la perspective des six r√©acteurs de Jaitapur. Il y a aussi l'enjeu des √©nergies renouvelables, o√Ļ nos entreprises travaillent de mani√®re positive et efficace ensemble, et elles le feront encore davantage dans le futur.

Le troisi√®me volet, c'est le partenariat des coeurs. Une relation bilat√©rale de cette nature, ambitieuse et r√©solument tourn√©e vers l'avenir, doit parler √† nos peuples. L'Inde et la France partagent des valeurs, une histoire commune et il faut d√©sormais se projeter ensemble gr√Ęce un v√©ritable partenariat humain investissant sur les acteurs futurs de notre relation. C'est pourquoi je veux dire aux √©tudiants, aux chercheurs, aux artistes indiens et plus largement √† celles et ceux qui souhaitent visiter notre pays, qu'ils sont les bienvenus en France. C'est pourquoi l'enjeu de la jeunesse sera aussi un enjeu de la venue du pr√©sident Macron en Inde. C'est pourquoi demain je lancerai √† Delhi et √† Jaipur la plateforme Bonjour India qui offrira, √† travers 300 √©v√©nements dans 33 villes indiennes, le meilleur de ce partenariat des coeurs.

Voil√† les trois grands enjeux qui ont marqu√© nos conversations et qui seront aussi au centre de la rencontre entre le pr√©sident de la R√©publique et le Premier ministre Modi, mais aussi de la rencontre entre le pr√©sident Macron et l'Inde au premier trimestre prochain lors de la visite d'√Čtat./.

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5. Arabie saoudite - Liban - Iran - Syrie - Conf√©rence de presse conjointe de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res, et de M. Adel Al-Jubeir, ministre des affaires √©trang√®res saoudien - Propos de M. Le Drian (Riyad, 16/11/2017)

Merci Monsieur le Ministre, Cher Ami. Je suis très heureux de me retrouver aujourd'hui en Arabie saoudite. Je dis me retrouver parce que c'est ma deuxième visite comme ministre des affaires étrangères. Cela doit être ma huitième visite comme ministre, puisque j'ai eu l'occasion de me rendre à plusieurs reprises ici, en Arabie saoudite, comme ministre de la défense. Cette visite s'inscrit dans un partenariat ancien, un partenariat solide et un partenariat que nous sommes déterminés à faire encore progresser. Lors des audiences que m'ont accordées sa Majesté le Roi et Son Altesse le Prince héritier, et au cours des échanges nourris que je viens d'avoir avec mon collègue et ami Adel Jubeir, nous avons identifié beaucoup de points de convergence sur les grandes questions du moment, comme sur notre vision de l'avenir.

Nous avons parlé du Liban et j'ai redit le souci de la France que ce pays garde sa stabilité, sa souveraineté, qu'il soit à l'abri des ingérences extérieures, et que les communautés qui le constituent soient respectées. Et nous souhaitons nous coordonner pour contribuer à un retour à la normale, que nous souhaitons le plus rapide possible après la démission du Premier ministre Hariri.

Nous avons parl√© de la situation humanitaire au Y√©men et des mesures √† prendre pour que l'aide internationale parvienne au plus vite aux populations y√©m√©nites, qui en ont un besoin vraiment tr√®s urgent. La coalition men√©e par l'Arabie saoudite a pris des premi√®res mesures, qu'il faut maintenant poursuivre et amplifier. Nous avons parl√© des crises r√©gionales et des moyens de coordonner notre action pour contribuer √† leur r√©solution. Je pense en particulier √† la situation en Syrie et en Irak, o√Ļ la d√©faite annonc√©e de Daech est une immense satisfaction, mais cr√©e aussi de nouveaux d√©fis, notamment la recherche de solutions politiques durables et conformes aux aspirations des populations, dans toute leur diversit√©. Nous sommes en train de gagner la guerre, et il faut se pr√©parer d√®s √† pr√©sent √† ne pas perdre la paix.

Nous avons aussi √©voqu√© le r√īle de l'Iran et les diff√©rents domaines dans lesquels les actions de ce pays nous inqui√®tent. Je pense en particulier aux interventions de l'Iran dans les crises r√©gionales, cette tentation h√©g√©monique. Et je pense √† son programme balistique. L'accord nucl√©aire que la France a voulu, que la France a souhait√© robuste et exigeant doit √™tre pr√©serv√© pour que le risque de prolif√©ration soit contenu. Nous resterons tr√®s vigilants sur sa mise en oeuvre. Enfin, hier soir et ce matin - lors les entretiens que nous venons d'avoir - nous avons d√©fini ensemble une m√©thode pour permettre √† la France d'accompagner, dans le domaine √©conomique en particulier, les r√©formes ambitieuses de la Vision 2030, et ainsi renforcer dans ce domaine notre partenariat et le faire dans l'int√©r√™t des deux pays. Cette m√©thode se mettra en oeuvre d√®s √† pr√©sent pour atteindre des objectifs au d√©but de l'ann√©e prochaine, lors de la visite qu'effectuera le Prince h√©ritier en France.

Merci de ton accueil Cher Adel Jubeir, j'ai eu un grand plaisir d'être là auprès de toi aujourd'hui.

Q - Une question autour de M. Hariri qui a concentré toutes les préoccupations de ces derniers jours. Quand peut-on attendre le départ de M. Hariri d'Arabie saoudite ?

R - M. Hariri, que je verrai tout à l'heure, est invité en France avec sa famille par le président Macron. Il se rendra en France quand il le souhaitera et dès qu'il le souhaitera. Et il sera accueilli en ami.

Q - La France a invité la Russie et l'Iran à cesser les offensives en Syrie. Est-ce qu'il y a des efforts sincères pour l'arrêt de ces offensives et l'arrêt du programme de missiles balistiques en Iran ?

R - Sur la question syrienne, nous souhaitons bien √©videment que les combats cessent. Et il y a eu des initiatives prises √† Astana visant √† √©tablir des zones de d√©sescalade, o√Ļ l'aide humanitaire pourrait parvenir rapidement. Nous souhaitons donc que cela puisse se mettre en oeuvre le plus vite possible. Et nous savons que les Russes et les Iraniens ont la capacit√© de faire pression pour que cela aboutisse. Ceci √©tant, il faut maintenant, je l'ai dit dans mon propos introductif, rentrer dans un processus de pr√©paration de la solution politique. Une solution politique qui, √† la fois, respecte l'int√©gralit√© de la Syrie, refuse sa dislocation, et qui respecte les diff√©rentes communaut√©s qui constituent la Syrie. Et pour cela il y a un lieu, un instrument : c'est Gen√®ve et les Nations unies. Et il faut donc que l'ensemble des acteurs soit en situation de pouvoir aboutir √† ce processus politique que nous avons d√©velopp√© et avec lequel nous sommes compl√®tement en phase. Compl√®tement./.

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6. Arabie saoudite - Diplomatie √©conomique - Attractivit√© - Discours de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res, √† la fondation MISK (Riyad, 16/11/2017)

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Je suis tr√®s heureux d'√™tre parmi vous et, avant toute chose, je tiens √† remercier le Prince h√©ritier Mohammed ben Salman pour son invitation. Je sais que la premi√®re √©dition du forum a √©t√© un grand succ√®s et je suis honor√© de participer √† cette nouvelle √©dition. Elle donne √† voir la volont√© de l'Arabie saoudite d'attirer les talents du monde entier, pour r√©fl√©chir aux grands enjeux contemporains. En faisant de la jeunesse ses pr√©occupations, en faisant de la jeunesse le centre de son action, l'Arabie saoudite s'engage r√©solument dans les transformations qui pr√©parent l'avenir, consciente que la jeunesse veut y prendre part, veut faire preuve d'initiative et veut apporter sa contribution √† l¬Ďorganisation du monde de demain. Je veux adresser mon plein soutien et celui de la France au Prince h√©ritier pour cette initiative, de cr√©er en Arabie saoudite, le MISK Global Forum. Vous relevez le d√©fi d'organiser ici le Davos des jeunes et c'est une formidable source de confiance en l'avenir que vous nous offrez ainsi.

Chers Amis comme vous le savez, le royaume d'Arabie saoudite et la France sont liés par une amitié solide. Et à ce titre, je veux vous dire combien nous sommes impressionnés par les réformes que vous menez aujourd'hui dans le cadre de la Vision 2030, qui porte un plan ambitieux de développement socio-économique pour le royaume. J'ai eu l'occasion de le souligner lors de ma rencontre avec le Prince héritier hier soir. Le royaume a su montrer une incroyable capacité à se réinventer et à se transformer dans un monde de plus en plus interconnecté. Tout en restant fidèle à son histoire, tout en restant fidèle à ses valeurs. Je tiens à saluer le courage et le sens de la responsabilité de cette vision, résolument tournée vers l'avenir. Elle est à l'image du projet NEOM et de l'audace dont il fait preuve. Inventer un nouveau modèle d'existence en commun, par le choix des nouvelles technologies et des énergies renouvelable, pour répondre aux défis du réchauffement climatique, c'est une source d'inspiration pour le monde entier.

Dans un monde plus interd√©pendant que jamais, o√Ļ les flux de biens, de services et de personnes n'ont jamais √©t√© aussi importants, trouver des moyens de se comprendre et pour cela dialoguer, ce n'est pas une simple option, c'est devenu une n√©cessit√©. Et la jeune g√©n√©ration, partout √† travers le monde, en France et ici m√™me, la nouvelle g√©n√©ration en a conscience. Elle est plus li√©e au monde qu'aucune autre avant elle, gr√Ęce √† la r√©volution des transports et des technologies, gr√Ęce √† la mutation de la communication et de l'information. Notre responsabilit√© c'est que cette r√©alit√© soit synonyme d'ouverture et non de repli. Que cette r√©alit√© soit synonyme de volont√© de dialogue et non d'affrontements.

Mesdames et Messieurs, le principal atout de l'Arabie saoudite c'est sa jeunesse. La jeunesse saoudienne est form√©e dans les meilleures universit√©s du monde et elle voyage dans le monde entier. Elle sait conjuguer l'inspiration venue d'ailleurs et l'h√©ritage culturel saoudien pour tracer son propre chemin et mener √† bien ses projets. Les start-ups saoudiennes se multiplient et certaines sont de beaux succ√®s, je pense notamment √† l'application Saraha, t√©l√©charg√©e dans le monde entier par de nombreux internautes. Ces quelques exemples suffisent √† montrer l'importance des sujets qui nous rassemblent aujourd'hui. L'Arabie saoudite est d√©sormais le plus important consommateur au monde de YouTube, et le royaume enregistre le taux de p√©n√©tration de Twitter le plus √©lev√© au monde. De m√™me, 8 des 31 millions d'habitants du royaume sont sur Facebook. Tout cela prouve combien la jeunesse saoudienne est de plein pied dans son √©poque. Elle forme une g√©n√©ration nouvelle, pleine de force, de cr√©ativit√©, de g√©n√©rosit√©, d'ouverture connect√©e √† tous les centres de cr√©ativit√© du monde, gr√Ęce √† l'Internet.

Mesdames et Messieurs, la France veut r√©pondre √† cette √©nergie. Je suis venu vous dire que nous souhaitons accueillir davantage de jeunes saoudiens. Je pense bien s√Ľr au tourisme, vous savez que nous sommes la premi√®re destination touristique au monde, mais je pense aussi et surtout √† nos universit√©s et √† nos grandes √©coles. Si des √©tudiants du monde entier choisissent de rejoindre les universit√©s et les √©coles fran√ßaises, c'est autant pour la qualit√© et la diversit√© des √©tudes propos√©es, pour la richesse culturelle offerte par la France, que pour son dynamisme √©conomique. L'enseignement sup√©rieur veut r√©pondre aux √©volutions du monde et il saura demain r√©pondre √† la jeunesse saoudienne qui veut prendre en main son destin. Cette invitation r√©pond d'ailleurs √† nos propres √©volutions.

Vous le savez, aujourd'hui la France connait des transformations majeures dans le domaine de la cr√©ation d'entreprises et notamment des start-ups. C'est √©galement le cas de l'Arabie saoudite, o√Ļ la jeunesse saoudienne est un moteur de l'entreprenariat. Il s'agit, je le crois, d'un domaine dans lequel nous pouvons approfondir notre relation. L'expertise de nos entreprises, ainsi que nos offres de formation, permettront de partager notre savoir-faire et de r√©pondre aux attentes saoudiennes en termes de partenariat.

La France est reconnue comme une terre de culture, comme une terre de savoir-vivre gr√Ęce √† notre patrimoine, notre gastronomie, nos industries et nos artisans dans le domaine du luxe. Mais c'est aussi une terre d'innovation et de progr√®s technologique. Je pense en particulier, √† notre expertise reconnue dans le domaine de la r√©alit√© augment√©e, des objets connect√©s, de l'intelligence artificielle, ou encore des jeux vid√©o. Je pense en particulier √† l'adaptation de nos √©coles pour r√©pondre √† la demande des entreprises, je pense √† la Station F, √† Paris, qui repr√©sente aujourd'hui, le plus grand campus de start-up du monde, o√Ļ se m√™lent formation et travail sur un espace de 35.000 m2. Cette structure unique au monde, donne √† chacun la possibilit√© de s'accomplir et de lib√©rer sa capacit√© de cr√©ation.

C'est de cette mani√®re que nous entendons accomplir la transition num√©rique qui traverse nos soci√©t√©s, avec des cons√©quences tr√®s profondes pour l'emploi, pour l'organisation de la production, pour la r√©partition mondiale de la cha√ģne de valeur. Mais nous ne pouvons pas nous contenter de subir la r√©volution num√©rique, nous devons en √™tre acteurs et notre jeunesse joue un r√īle majeur dans ce cadre. Il suffit de rappeler que 90% des nouvelles soci√©t√©s qui concurrencent les leaders des march√©s sont aujourd'hui cr√©√©es par des chefs d'entreprise √Ęg√©s de moins de 35 ans. Et √† cette ambition r√©pond la volont√© du gouvernement fran√ßais de cr√©er un √©cosyst√®me favorable √† l'innovation. Je pense en particulier √† French Tech Visa, qui permet aux entrepreneurs √©trangers de s'installer tr√®s facilement et tr√®s rapidement en France, pour d√©velopper leurs projets.

Mesdames et Messieurs, la France comme l'Arabie saoudite, et avec elle sa jeunesse, veulent √™tre un facteur √† part enti√®re de la nouvelle √©conomie, celle qui met la connaissance et l'information au coeur des √©changes entre nos soci√©t√©s. La fondation MISK nous donne l'occasion de d√©velopper la rencontre et le dialogue entre la jeunesse saoudienne et la jeunesse fran√ßaise. C'est une opportunit√© que nous voulons saisir dans des domaines aussi vari√©s que celui des affaires, des sciences, des arts plastiques, des lettres, ou des sports. Cet espace de rencontre doit devenir une source d'initiatives, d'id√©es f√©condes et originales pour renouveler et d√©velopper la relation entre nos deux pays. Je sais que nos jeunes ont besoin de dialogues et d'√©changes. √Ä l'image du monde ouvert qu'est le n√ītre, c'est sur cette base qu'ils pourront donner le meilleur d'eux-m√™mes. Il y a l√† des ressources de cr√©ativit√© encore inexplor√©es que nous devons embrasser avec confiance, pour l'√©panouissement de nos jeunesses et pour le bien commun de nos deux pays.

J'ai la conviction que, gr√Ęce √† l'impulsion du Prince h√©ritier Mohammed ben Salman et au talent de la jeunesse saoudienne que je vois s'exprimer ici, vous nous donnerez √† tous un exemple d'engagement et de g√©n√©rosit√©. C'est la voie que vous avez choisie pour inventer la relation de demain, entre le royaume d'Arabie saoudite et le monde. Et sur ce chemin, vous avez tout notre soutien.

Merci de votre attention./.

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7. Union europ√©enne - Parlement europ√©en - √Člections - Listes transnationales - Tribune conjointe de Mme Nathalie Loiseau, ministre charg√©e des affaires europ√©ennes, de M. Sandro Gozi, secr√©taire d'√Čtat italien charg√© des affaires europ√©ennes, et de M. Jorge Toledo, secr√©taire d'√Čtat espagnol aux affaires europ√©ennes, dans ¬ęLeMonde.fr¬Ľ (Paris, 17/11/2017)

Listes transnationales aux élections européennes : un bulletin de vote de plus pour l'Europe

Le retrait britannique de l'Union europ√©enne aura des cons√©quences pour l'Union europ√©enne. C'est une d√©cision que nous regrettons mais que nous respectons et nous nous effor√ßons d'organiser un retrait ordonn√© du Royaume-Uni gr√Ęce aux n√©gociations que Michel Barnier m√®ne au nom de l'Union. Mais le d√©part britannique cr√©e aussi une opportunit√© historique. En quittant l'Union europ√©enne, Londres entra√ģne en effet le d√©part du parlement de ses 73 eurod√©put√©s. La question qui se pose est la suivante : que faire de leurs si√®ges, qui deviendront vacants en 2019 ? Trois options non exclusives sont envisageables. Nous pouvons, par esprit d'√©conomie, les supprimer, totalement ou partiellement. Nous pouvons les r√©partir entre les 27 √Čtats-membres restants pour que le nombre de si√®ges refl√®te mieux la taille de la population de chacun. Et nous pouvons les consacrer √† la cr√©ation d'une circonscription √† dimension europ√©enne.

L'Italie, la France et l'Espagne soutiennent la création de listes transnationales. Nous proposons ainsi qu'une partie des sièges vacants soit consacrée à la mise en place d'une circonscription européenne, de manière à prendre en compte la diversité politique et géographique européenne.

Chacun d'entre nous est √† la fois un citoyen de son pays et un citoyen europ√©en. Pourtant notre citoyennet√© europ√©enne est incompl√®te. Oui, nous avons un parlement europ√©en, √©lu au suffrage universel et des d√©put√©s qui sont en principe choisis non en raison de leur nationalit√© mais pour leur projet politique. Oui, un citoyen espagnol peut aujourd'hui √™tre √©lu en Italie ou en France. Mais le mode d'√©lection et la campagne √©lectorale europ√©enne restent nationaux. Les √©lections europ√©ennes ce sont aujourd'hui 28, bient√īt 27 d√©bats √©tanches et parall√®les, men√©s chacun chez soi. Trop souvent, les √©lections europ√©ennes se r√©duisent √† un vote d'adh√©sion ou de sanction des politiques nationales, ou, au mieux, √† une discussion de politique √©trang√®re.

La mise en place de listes transnationales, au c√īt√© des listes nationales ou r√©gionales existantes, permettrait de porter le d√©bat au niveau des enjeux v√©ritablement europ√©ens qui nous concernent tous, de cr√©er une v√©ritable agora europ√©enne. On ne b√Ętit pas une soci√©t√© uniquement par le droit. On ne d√©cr√®te pas par en haut ce que veut dire √™tre citoyen europ√©en. Les peuples doivent vivre, partager, √©prouver leur diversit√© dans l'√©change entre les soci√©t√©s. Que sait-on, en r√©alit√©, de la fa√ßon dont nos voisins europ√©ens per√ßoivent les enjeux europ√©ens de demain ? Les p√©riodes de campagnes √©lectorales sont des temps de d√©bats cruciaux durant lesquels se cristallisent, au sein m√™me de nos d√©mocraties, des choix collectifs, des valeurs, une compr√©hension commune de nos biens communs. Et c'est dans ces moments de discussions intenses que nous devons croiser nos regards entre Europ√©ens - entendre un candidat tch√®que partager sa vision de l'Europe sociale ou un candidat italien exposer ses attentes en termes de politique migratoire - plut√īt que d'en rester √† des repr√©sentations souvent erron√©es ou caricaturales de ce que pensent nos voisins. Cessons d'enfermer les citoyens nationaux entre des murs et de leur imposer des oeill√®res. Portons ensemble notre identit√© europ√©enne sans renier nos identit√©s nationales et d√©veloppons un v√©ritable espace public europ√©en vivant, uni dans sa diversit√©.

Cette réforme ne bouleverserait sans doute pas les équilibres à court terme. Mais chaque électeur mettrait un bulletin de vote supplémentaire dans l'urne le jour venu, pour choisir entre des listes européennes, paritaires, regroupant des candidats d'au moins sept nationalités différentes. Cela permettrait de rappeler que le parlement européen représente l'intérêt européen, et non l'agrégat de 27 intérêts nationaux. Ce serait un vrai changement de pratique et de regard pour chaque Européen.

Le lien entre les peuples et la construction europ√©enne s'est progressivement distendu et l'Europe est trop souvent per√ßue comme lointaine, technocratique, ou men√©e sans les peuples. S'il y a eu un moment o√Ļ l'on a pens√© qu'il √©tait possible de bousculer nos concitoyens en faisant avancer l'Europe malgr√© tout, c'√©tait une erreur. Nous avons tourn√© cette page. Renouer le dialogue avec les citoyens est un imp√©ratif. Nos gouvernements s'engagent en faveur d'une refondation du projet europ√©en. Un projet d'une telle envergure m√©rite mieux que des questions binaires et simplistes : pour ou contre l'Europe ? Nous devons, comme l'a fait le pr√©sident Macron √† la Sorbonne, rappeler que ¬ęl'essence du projet europ√©en, c'est la d√©mocratie¬Ľ.

L'Europe, comme la d√©mocratie sont accus√©es de faiblesse. Toutes les deux sont confront√©es √† l'abstention, au vote populiste, √† la fascination parfois pour les d√©mocraties ¬ęillib√©rales¬Ľ. D√©noncer les populismes est aussi indispensable qu'insuffisant : il nous appartient d'agir. C'est pourquoi nous devons saisir le moment historique qui s'offre √† nous √† l'occasion du Brexit et en faire une opportunit√© de profond renouvellement de la d√©mocratie europ√©enne. Ce renouvellement passe notamment par la cr√©ation de listes transnationales d√®s les √©lections europ√©ennes de 2019. Cette r√©forme ambitieuse peut √™tre mise en place sans r√©viser les trait√©s, en l'inscrivant dans l'acte √©lectoral qui fait d√©j√† l'objet d'une r√©vision en cours. Il n'est besoin en r√©alit√© que de volont√© politique.

Donnons chair à un véritable espace public européen à travers ces femmes et ces hommes qui - au-delà de leur nationalité - incarneront notre volonté politique de construire l'unité européenne dans la diversité. Osons le 21ème siècle de la démocratie. Osons les listes politiques européennes transnationales.  Donnons à chacun un bulletin de vote de plus pour l'Europe./.

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8. Union europ√©enne - Sommet social de l'Union europ√©enne - Travailleurs d√©tach√©s - Glyphosate - Europe de la d√©fense - Brexit - Entretien de Mme Nathalie Loiseau, ministre charg√©e des affaires europ√©ennes, avec ¬ęRadio Classique / Paris premi√®re¬Ľ - Extraits (Paris, 17/11/2017)

Q - Bienvenue sur Radio classique et sur Paris Première. Bonjour Nathalie Loiseau.

R - Bonjour.

(...)

Q - Nathalie Loiseau, vous √™tes, je le rappelle, ministre charg√©e des affaires europ√©ennes, l'actualit√© imm√©diate de l'Union, c'est le sommet de G√∂teborg, un sommet social pour contrer le populisme. La mont√©e des extr√™mes, on la combat avec un sommet en Su√®de, est-ce que ce n'est pas un petit peu na√Įf quand m√™me ?

R - Non, les sommets c'est symbolique, c'est une mani√®re de mobiliser les chefs d'√Čtat et de gouvernement, sur des enjeux, et puis ensuite on d√©cline cela par un travail de fond, avec des propositions l√©gislatives.

Q - Ils n'y seront pas tous à Göteborg.

R - Alors, il y en a une qui va manquer, c'est Angela Merkel, pour des raisons de politique intérieure.

Q - Oui, c'est quand même un certain poids en Europe.

R- Oui, enfin, elle sera représentée, et on va travailler ensemble à la préparation de ce sommet, comme on travaille ensemble, jour après jour, avec l'Allemagne, y compris pendant la campagne électorale et y compris dans cette période très particulière de constitution de la coalition. Elle n'a pas fini ses premières discussions sur la constitution de son gouvernement, il est donc normal qu'elle reste à Berlin. L'Europe sociale  a longtemps été le parent pauvre du projet européen.

Q - Oui, Europe économique d'abord.

R - Ça a été d'abord un marché...

Q - Et surtout.

R - Nous sommes tout √† fait favorables √† aller plus loin dans la convergence sociale entre les pays de l'Union europ√©enne, c'est ce que nous avons pouss√©, en aidant √† faire en sorte que l'on revoie la directive sur les travailleurs d√©tach√©s. Il s'agit d'√©viter qu'il y ait une Europe sociale √† deux vitesses, avec des travailleurs de deuxi√®me classe, low-cost, qui ne b√©n√©ficient pas de protection suffisante mais qui viennent concurrencer les travailleurs mieux prot√©g√©s. De ce point de vue-l√†, on nous avait dit, quand nous avons commenc√© √† travailler sur cette r√©vision de la directive des travailleurs d√©tach√©s ¬ęn'essayez m√™me pas, ce n'est pas possible en Europe, on n'y arrivera pas¬Ľ, et on a abouti √† un accord qui a apport√© beaucoup plus de protection sur ce r√©gime des travailleurs d√©tach√©s. On a une ambition sur l'Europe sociale, c'est un d√©but, on d√©friche, mais on va travailler ensuite sur la convergence des cotisations sociales, sur un salaire minimum europ√©en. √áa prendra du temps, mais √ßa va dans la bonne direction.

Q - Alors, l'Europe cette semaine c'est aussi la d√©fense, avec un accord sign√© √† 23, qui est tr√®s important, et puis aussi la question du glyphosate, c'est-√†-dire qu'on a d'un c√īt√© l'Europe qui marche et puis l'Europe qui ne marche pas du tout, le glyphosate c'est quand m√™me assez incroyable qu'on n'arrive pas √† se mettre d'accord, m√™me au sein du gouvernement, on sent bien qu'entre le ministre de l'agriculture et le ministre de l'√©cologie, on ne parle pas tout √† fait de la m√™me voix. Le glyphosate, c'est le symbole m√™me de l'√©chec des Europ√©ens aujourd'hui ?

R - Non, c'est lent car c'est compliqué, je regrette qu'on n'ait pas encore trouvé une solution entre Européens. On part de positions qui sont très différentes, on part il y a encore quelques mois de propositions de la commission européenne, qui consistaient à proposer qu'on reconduise l'autorisation du glyphosate pour 10 ans. Aujourd'hui, la commission est revenue avec une autre proposition, qui était 5 ans.

Q - Et la France veut 3 ans.

R - Et nous, nous voulons 3 ans. La position du gouvernement est unie de ce point de vue-l√†, 3 ans c'est pour pouvoir faire en sorte de sortir du glyphosate, ce n'est pas pour que dans trois ans on dise : ¬ęfinalement, on n'a rien trouv√© d'autre, on n'a pas de solution et on recommence¬Ľ. Donc, de ce point de vue-l√† on est tr√®s clairs¬†: nous sommes ¬†tr√®s attentifs √† la sant√© des agriculteurs et des consommateurs. La question qui se pose c'est : est-ce que cette attention est partag√©e de la m√™me mani√®re en Europe ? Pas encore. Donc il y a besoin de beaucoup de discussions. Moi, ce qui m'int√©resse dans ce qui est en train de se passer, c'est que les positions √©voluent, l'Allemagne s'est rapproch√©e de nous et ¬†demande √©galement trois ans. La Commission, si elle est pass√©e de 10 ans √† 5 ans, c'est parce qu'il y a eu une mobilisation de la soci√©t√© civile. Il y a eu une p√©tition, vous le savez, une initiative citoyenne, qui a rassembl√© 1,3 million de signatures, c'est consid√©rable. √áa veut dire que les citoyens peuvent faire entendre leur voix dans l'Union europ√©enne, et que √ßa influe sur le processus de d√©cision, c'est une bonne nouvelle.

Q - L'Europe de la d√©fense, est-ce qu'elle est n√©e v√©ritablement cette semaine, avec cet accord historique, qualifi√© d'historique par de nombreuses personnes, justement, sur cette plus grande coop√©ration, entre, 23, d'abord, √Čtats ?

R - Alors, c'est très intéressant, à la fois sur le fond et sur le processus.

Q - Parce que vous êtes attendue, sur ces questions de sécurité, sur ces questions de défense.

R - Oui, bien s√Ľr. Quand on interroge nos concitoyens en leur demandnat ce que l'Europe peut faire pour mieux prot√©ger, c'est notamment ¬†s√©curit√©, d√©fense, lutte contre le terrorisme. Pendant des ann√©es, je dirais m√™me pendant des d√©cennies, l'Europe de la d√©fense on l'a invoqu√©e, mais c'√©tait un slogan, il n'y avait rien derri√®re. Alors, nous avions contribu√© √† casser les premi√®res initiatives, la communaut√© europ√©enne de d√©fense en , c'est la France qui avait vot√© contre en 1954, finalement, et puis il y avait un partenaire qui y √©tait tr√®s hostile, qui √©tait le Royaume-Uni. Aujourd'hui, le Royaume-Uni, √©tant dans une proc√©dure de sortie de l'Union europ√©enne, ne s'est pas exprim√©, √ßa a permis d'aller de l'avant et c'est vrai que c'est historique. ¬†D√©cider que les pays europ√©ens qui le souhaitent, et ¬†ils sont tr√®s nombreux - ils sont 23 sur 27, c'est √©norme - peuvent travailler ensemble √† des efforts de recherche et de d√©veloppement.

Q - Mais ça veut dire une armée européenne dans quelques années, ou pas, Nathalie Loiseau ?

R - On n'en est pas l√†. Mais faire en sorte de mutualiser les capacit√©s, de s'entra√ģner ensemble, de travailler ensemble √† des op√©rations ext√©rieures, des arm√©es qui sont nationales mais qui ont des mat√©riels europ√©ens - une int√©gration de l'industrie de d√©fense europ√©enne est √©videmment n√©cessaire - qui ont des habitudes de travailen commun, il va falloir qu'on travaille √† une doctrine d'emplois, tout √ßa aujourd'hui tout le monde ou presque est d'accord - et √ßa c'est consid√©rable , aussi sur la m√©thode ¬†- parce que √ßa va dans le sens de ce que nous disons et de ce que nous proposons. A chaque fois qu'on peut avancer √† 27 c'est bien, quand certains ne sont pas pr√™ts, ne sont pas d'accord, ont une autre culture politique, c'est bien aussi qu'ils ne bloquent pas les autres. L√† il y a quatre pays qui pour le moment n'ont pas envie de rejoindre ce qu'on appelle la coop√©ration en mati√®re de d√©fense.

Q - Qui sont ?

R - Qui sont l'Irlande, le Portugal par exemple. Pour des raisons de culture je dirais militaire et politique, ces pays ne veulent pas rejoindre - et évidemment le Royaume-Uni, mais ça on le comprend - très bien, ils sont souverains, mais qu'ils n'empêchent pas les autres d'avancer . C'est ce qui est en train de se passer et c'est très exactement ce que propose Emmanuel Macron pour refonder l'Europe.

Q - Nathalie Loiseau vous parliez √† l'instant du Royaume-Uni, interview dans La Croix d'une certaine Nathalie Loiseau qui d√©clare : ¬ęun Brexit sans accord avec l'Union ne peut plus √™tre exclu¬Ľ, √ßa veut dire quoi ?

R - √áa veut dire que je n'ai fait que reprendre ce que j'entends du gouvernement britannique, qui le dit et puis qui imm√©diatement derri√®re dit : ¬ęOh ! Non, mais ne vous en faites pas, on va finir par trouver un accord ¬Ľ. C'est compliqu√© parce qu'on a un gouvernement britannique qui est manifestement divis√© sur cette question du Brexit et qui est surtout face √† un enjeu sans doute beaucoup plus vaste que ce qui avait √©t√© imagin√©. Pour le moment, nous, nous souhaitons une sortie ordonn√©e du Royaume-Uni et une relation future √©troite.

Q - Ça traine !

R- Ça traine parce que les Britanniques pour le moment ne nous ont pas donné de réponse suffisamment satisfaisante.

Q - Est-ce que vous comprenez l'impatience j'allais dire des citoyens, d'ailleurs de tous les pays d'Europe, en disant : ¬ęc'est quand m√™me assez incroyable, ils ont vot√© il y a pratiquement... il y a un an et demi et puis, et voil√†, on en est toujours presque... on a l¬Ďimpression d'√™tre toujours au point z√©ro¬Ľ.

R- Mais on partage cette impatience, on a aussi envie que √ßa avance. On s'est mis d'accord avec les Britanniques pour traiter d'abord les conditions dans lesquelles le Royaume-Uni sort de l'Union europ√©enne et, ensuite, aborder la future relation que nous aurons avec ce pays important, avec lequel nous voulons √©videmment ¬†un partenariat √©troit. Pour travailler sur le retrait, il y a trois conditions : 1. √™tre certain du sort des citoyens europ√©ens qui vont rester au Royaume-Uni, pour le moment on a fait des progr√®s, ils ne sont pas suffisants ; 2. traiter la question tr√®s importante de l'Irlande, puisque la fronti√®re entre l'Irlande et le Royaume-Uni sera la fronti√®re terrestre de l'Union europ√©enne ; et puis 3. avoir un accord sur ce que doit le Royaume-Uni √† l'Union europ√©enne avant de quitter l'Union¬†. Sur ce dernier point - il n'y a aucun progr√®s parce qu'il n'y aucune r√©ponse britannique aux propositions que nous avons faites. Bien s√Ľr que nous sommes impatients !

Q - Laurent Wauquiez hier s'exprimait dans Le Figaro sur l'Europe, j'imagine que vous avez lu avec beaucoup d'intérêt son interview, d'abord est-ce que comme il le dit le président de la République veut élargir l'Europe aux Balkans ?

R- Laurent Wauquiez a √©t√© l'un de mes nombreux pr√©decesseurs , il avait beaucoup appris, il a un petit peu oubli√©¬†! Ou en tout cas quand il lit les propositions du pr√©sident de la R√©publique - et je suis s√Ľre qu'il les lit avec attention - il les d√©forme, et je le regrette parce que sur des questions comme la politique internationale o√Ļ les questions europ√©ennes, on a int√©r√™t √† √™tre unis, pas √† caricaturer les propos des uns et des autres.

Q - Donc, l'Europe à 35 ce n'est pas pour demain ?

R - Laurent Wauquiez √©tait ministre des affaires europ√©ennes quand l'Union europ√©enne a accept√© la candidature de la Serbie et du Mont√©n√©gro √† l'adh√©sion √† l'Union sous Nicolas Sarkozy. Les pays des Balkans occidentaux sont candidats ou souhaitent rejoindre l¬ĎUnion europ√©enne, nous avons int√©r√™t √† leur donner une perspective. Pourquoi ? Parce que sinon ils d√©riveront, on est assez bien plac√©s pour savoir que dans les d√©cennies pass√©es les d√©mons qui animent certains extr√©mistes dans ces pays √©taient vifs, ils d√©riveront et seront peut-√™tre aussi attir√©s par d'autres que par l'Union europ√©enne et, l√†, nous aurons des regrets. Donc, nous sommes tr√®s exigeants dans les conditions que nous mettons √† un rapprochement avec l'Union europ√©enne, les conditions de lutte contre la corruption, de lutte contre la criminalit√© organis√©e, d'ind√©pendance de la justice.. ¬†On n'en est pas √† l'√©largissement , mais maintenir le dialogue et avoir une relation √©troite avec ses voisins - ce sont nos voisins, ils sont sur le continent europ√©en - c'est √©videmment une n√©cessit√©.

Q - Merci beaucoup Nathalie Loiseau d'avoir répondu à mes questions, Nathalie Loiseau, ministre chargée des affaires européennes, très bonne journée à vous.

R - Merci./.

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9. Union europ√©enne - Conventions d√©mocratiques - Climat - Travailleurs d√©tach√©s - Brexit - Entretien de Mme Nathalie Loiseau, ministre charg√©e des affaires europ√©ennes, avec le quotidien ¬ęLa Croix¬Ľ (Paris, 17/11/2017)

Q - La COP23 qui s'ach√®ve aujourd'hui √† Bonn a fait r√©sonner la mise en garde sur un possible √©chec de la lutte contre le r√©chauffement climatique. L'Europe est-elle en mesure d'affirmer son leadership sur cet enjeu ?

R - C'est d√©j√† le cas. En 2015, l'Accord de Paris a √©t√© largement port√© par l'Union europ√©enne, qui a la volont√© d'√™tre √† l'avant-garde sur le r√©chauffement climatique. Il y a une unit√© de vue des Europ√©ens au moment o√Ļ les √Čtats-Unis ont envoy√© des signaux n√©gatifs.

Par ailleurs, l'UE est en train de finaliser la r√©vision de sa l√©gislation sur le climat pour faire respecter ses engagements de r√©duction des √©missions (- 40% d'ici √† 2030) et d'√©volution vers le renouvelable. Ce sera √† chaque √Čtat d'apporter ses r√©ponses suivant son mod√®le √©nerg√©tique.

La prochaine étape sera le sommet du 12 décembre à Paris pour accélérer la mise en oeuvre de l'Accord de Paris et notamment le financement de nouveaux projets et initiatives, c'est pour cela que le sommet est co-organisé avec la Banque mondiale et de nombreux autres partenaires.

Q - Un ¬ęsocle europ√©en des droits sociaux¬Ľ est proclam√© aujourd'hui √† G√∂teborg. Peut-il changer la vie des Fran√ßais ?

R - Les Fran√ßais b√©n√©ficient √©videmment d'un standard social √©lev√©. Nous sommes tr√®s attentifs √† ce qu'il soit mieux partag√© √† travers l'UE, afin d'√©viter une comp√©tition entre les √Čtats membres sur le moins-disant social, le travailleur √† bas co√Ľt ou de deuxi√®me classe.

Plus largement il s'agit que l'Europe, qui ne s'était pas véritablement emparée de ces sujets, puisse commencer à mettre sur la table des projets de texte comme sur les congés parentaux ou pour les aidants... Petit à petit, il s'agit aussi d'avancer sur la définition d'un salaire minimum européen, comme sur une plus grande convergence des cotisations sociales. C'est évidemment dans notre intérêt.

Q - L'accord des √Čtats sur le travail d√©tach√©, le 23 octobre, est-il une victoire en la mati√®re ?

R - Avec cet accord, nous avons abouti √† l'illustration claire et contraignante du principe ¬ę√† travail √©gal, salaire √©gal sur le m√™me lieu de travail¬Ľ. Cela inclut le salaire minimum et les primes, la prise en charge des transports, des repas et de l'h√©bergement doit venir en compl√©ment de la r√©mun√©ration. Cette avanc√©e va de pair avec un travail collectif beaucoup plus s√©rieux sur la lutte contre la fraude et les abus. C'est un des objectifs de l'agence europ√©enne du travail propos√©e par le pr√©sident de la Commission europ√©enne Jean-Claude Juncker le 13 septembre.

Q - Comment vont s'organiser les conventions d√©mocratiques europ√©ennes voulues par Emmanuel Macron ?

R - Nous voulons organiser des d√©bats √† travers les territoires, √† travers l'Europe, l√† o√Ļ les √Čtats membres seront d'accord, entre le printemps et l'automne 2018. Nous ne voulons pas d'un grand d√©bat ¬ęth√©ologique¬Ľ sur l'attachement √† l'Europe ou sur les questions institutionnelles. Nous voulons d'abord faire remonter les aspirations des citoyens. L'objectif sera d'avoir la photographie la plus large possible de la mani√®re dont les Europ√©ens de tous √Ęges et de tous horizons ¬ęressentent¬Ľ l'Europe et quelles sont les politiques europ√©ennes auxquelles ils aspirent.

Il s'agit d'inverser la logique des ann√©es pass√©es o√Ļ les dirigeants prenaient des d√©cisions, avant de les soumettre de mani√®re tr√®s binaire √† des populations qui n'avaient pas √©t√© associ√©es √† la r√©flexion en amont.

Q - Comment voulez-vous proc√©der ?

R - Nous proposerons √† nos partenaires de mettre en place un ¬ęchapeau commun¬Ľ, un questionnaire en ligne qui permettra une vision globale et des comparaisons utiles d'un pays √† l'autre.

Ensuite, des versions nationales du débat pourront être déclinées, organisées ou facilitées par les autorités dans les collectivités locales, les universités, les syndicats, les entreprises, les chambres de commerce et d'agriculture...

Aucun √Čtat membre ne sera oblig√© d'organiser des Conventions d√©mocratiques bien s√Ľr. Nous avons d√©j√† des marques d'int√©r√™t de l'Italie, de l'Irlande, de la Gr√®ce ou de l'Allemagne... et il y a eu un accueil tr√®s favorable de Jean-Claude Juncker et de la Commission.

Q - Pourrez-vous compter sur le futur gouvernement allemand pour mener √† bien les autres chantiers europ√©ens ?

R - Nous avons beaucoup de points de convergence avec Berlin en ce moment : sur la taxation des g√©ants du num√©rique, sur le travail d√©tach√©, sur la gestion des flux migratoires et sur l'Europe de la d√©fense... C'est sur l'avenir de la zone euro qu'il y a des points de divergences.

Aujourd'hui, tout ce qui ressemble à de la mutualisation de dette suscite la méfiance des libéraux allemands, actuellement en négociation pour entrer au gouvernement. Nous ne proposons pourtant rien d'autre que de nous préparer à des chocs futurs. Sur la finalisation de l'union bancaire il y a des nuances mais nous avançons. Sur l'union des marchés de capitaux, nous devons aussi progresser.

Il faudra plus de temps en revanche pour avancer sur un budget de la zone euro. Sur ces sujets, la France peut reprendre la main car désormais elle tient ses promesses budgétaires et ses engagements de réformes, ce qui renforce sa crédibilité.

La fenêtre d'opportunité pour réformer l'Europe est plus ouverte que jamais, j'en suis convaincue. Le Brexit aurait pu tétaniser les Européens mais c'est l'inverse qui se produit.

Q - Pourtant les n√©gociations avec Londres semblent au point mort. Un divorce √† l'amiable est-il compromis ?

R - L'unit√© des 27 est sans faille : il faut absolument r√©gler toutes les modalit√©s de la s√©paration avant d'envisager les contours de la relation future entre Bruxelles et Londres.

Un d√©part du Royaume-Uni sans accord avec l'UE ne peut plus √™tre exclu. Ce serait une mauvaise nouvelle pour l'Europe et sans doute plus encore pour le Royaume-Uni. C'est le moment pour les Europ√©ens d'√™tre fermes, d'autant que les n√©gociations tra√ģnent faute de r√©ponses pr√©cises des Britanniques sur de nombreux points. Le sujet sur lequel on a le moins avanc√©, c'est le r√®glement financier des engagements pris par le Royaume-Uni en sa qualit√© d'√Čtat membre.

Q - La France peut-elle esp√©rer obtenir, lundi 20 novembre, le si√®ge de l'agence du m√©dicament ou de l'agence bancaire, aujourd'hui bas√©es √† Londres ?

R - Il y a √©norm√©ment de candidats (19 pour l'agence du m√©dicament et huit pour l'agence bancaire) et tout est encore tr√®s ouvert. Il faut avoir √† l'esprit que les √Čtats qui n'ont pas d'agences sur leur sol estiment qu'elles doivent √™tre mieux r√©parties. Les crit√®res de choix ne seront pas seulement li√©s aux qualit√©s intrins√®ques de telle ou telle candidature... Nous continuons √† d√©fendre les candidatures de Paris et de Lille./.

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10. Liban - Francophonie - Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secr√©taire d'√Čtat aupr√®s du ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res, avec ¬ęRadio Classique / Paris premi√®re¬Ľ (Paris, 16/11/2017)

Q - (...) Alors moi aussi je vais faire mon Champollion, Jean-Baptiste Lemoyne, qu'est-ce que Jean-Yves Le Drian fait actuellement en Arabie Saoudite, et est-ce que nous sommes en train, nous les Français, c'est-à-dire vous le Quai d'Orsay, d'exfiltrer, sans le dire, Saad Hariri ?

R - Alors, vous savez, l'Arabie saoudite, le Golfe en général, en ce moment, sont l'objet de l'attention de tous puisqu'il y a, dans cette zone, des tensions avec l'Iran, il y a la situation au Yémen, et sur tous ces sujets-là il faut que nous puissions garder le contact avec tous les interlocuteurs de la zone. C'est ce qui fait la caractéristique de la diplomatie française.

Q - Donc c'est ce que fait Le Drian, c'est une sorte de rapport personnel avec le nouveau pouvoir.

R - Mais, tout √† fait. Dans la droite ligne de la rencontre que le pr√©sident Macron a tenue, √† Riyad il y a quelques jours, il s'agit de continuer √† maintenir ces liens proches, √©troits, pour arriver √† avoir une contribution positive, tout simplement, essayer de contribuer √† la r√©solution d'un certain nombre de tensions. Parce que, on le voit bien, ce qui se passe dans cette zone est particuli√®rement pr√©occupant. Les tensions entre pays voisins, on le voit, entre le Qatar, les √Čmirats, l'Arabie saoudite, le sujet iranien qui s'est invit√©, vous le savez, avec naturellement la d√©cision du pr√©sident Trump de ne pas certifier √† nouveau l'accord nucl√©aire.

Q - Donc il a des conversations globales ?

R - Bien s√Ľr.

Q - Des conversations qui concernent la diplomatie, les ventes d'appareils, et donc l'affaire Hariri, parce qu'il y a une affaire Hariri. Quel est l'intérêt de la France de ramener Hariri ?

R - L'intérêt de la France il est de faire en sorte que nous puissions contribuer à ce que la situation au Liban, avec lequel nous avons une relation historique, privilégiée, reste une situation qui soit la meilleure possible. Il faut faire en sorte que les institutions puissent fonctionner, il ne vous a pas échappé que pendant quelque temps le Liban n'avait plus de président, il a désormais un président.

Q - Michel Aoun.

R - Voilà.

Q - Qui a vécu lui-même en France pendant quelques années.

R - Il y a là une certaine union nationale qui fonctionne, et donc, il s'agit de faire en sorte que le Liban puisse être préservé des ingérences diverses et variées.

Q - Enfin, c'est un pays qui est sous tutelle syrienne. Enfin Aoun, qui est chrétien, est soutenu par le Hezbollah, le père d'Hariri a été explosé - pardonnez-moi l'expression - en plein vol en 2005, et on a évidemment soupçonné immédiatement les Syriens. Quel est notre intérêt à nous, justement, d'accueillir Hariri qui a une maison magnifique face à la Tour Eiffel place d'Iéna, pourquoi on l'accueille ?

R - Vous voyez bien, √† travers la description que vous faites, que les choses sont √©minemment complexes, que cette mosa√Įque religieuse, que cette mosa√Įque politique, puisse continuer √† fonctionner, qu'un Liban fort puisse exister, qu'il soit pr√©serv√© effectivement des diff√©rentes influences, et puisse d√©terminer sa politique.

Q - Lui il a dit qu'il était menacé.

R - L'invitation qui a √©t√© lanc√©e par la France est une contribution √† la r√©solution de la situation. Nous allons voir dans les prochains jours comment cela va se passer, je ne suis pas Madame Irma, donc je ne peux pas vous dire comment tout cela va s'encha√ģner, mais il s'agit tout simplement, je pense, de permettre √† Saad Hariri de pouvoir faire cette √©tape, et puis, peut-√™tre, continuer un certain nombre de consultations, je ne sais pas.

Q - Hariri dit qu'il était emprisonné en Arabie Saoudite...

R - Honnêtement, le sujet est d'une complexité telle que je ne vais pas commenter tous les commentaires des acteurs de la vie politique libanaise. Ce que je peux vous dire c'est qu'en tous les cas, l'invitation qui a été lancée est de nature à permettre d'aider à la résolution des tensions. Et c'est ce qui compte, la diplomatie française, avec Emmanuel Macron, est continuellement en mouvement. Vous l'avez vu, il a inauguré le Louvre à Abou Dhabi, il fait une étape impromptue à Riyad pour justement s'emparer de la situation. Cela montre une réactivité, cela montre aussi une efficacité, et c'est cela qui compte.

Q - Mais c'est un dossier qui est extr√™mement compliqu√©. Le√Įla Slimani a √©t√© nomm√©e √† titre personnel ambassadeur d'Emmanuel Macron pour la francophonie, normalement c'est votre dossier la francophonie, alors, qu'est-ce que vous faites ?

R - Nous sommes tr√®s compl√©mentaires, nous faisons cela tous ensemble, avec, aussi, Fran√ßoise Nyssen, qui est ministre de la culture, avec Jean-Michel Blanquer, ministre de l'√©ducation, c'est l'√©quipe de France de la francophonie. Le√Įla Slimani est une tr√®s grande auteure, vous le savez, et justement elle va incarner...

Q - Mais c'est vous qui devez incarner cela, c'est votre titre.

R - Non, moi je suis en charge de l'aspect institutionnel. Ce que je veux dire c'est qu'elle incarne, par son parcours, par son talent, toute la richesse de la francophonie, ce que cela peut apporter. Elle a envie, aussi, d'y apporter un vent de fra√ģcheur, et je pense que c'est bienvenu.

Q - Ce n'est pas un soupçon monarchique ?

R - Il y a toujours eu des repr√©sentants personnels de la francophonie, d√©sign√©s par les chefs de l'√Čtat. Il y a quelques ann√©es c'√©tait Jean-Pierre Raffarin, aujourd'hui le pr√©sident de la R√©publique a souhait√© que ce soit Le√Įla Slimani. Elle a une voix qui porte, et je pense que c'est aussi de nature √† int√©resser les jeunes g√©n√©rations √† la francophonie, parce que parfois c'est un concept, qui est r√©guli√®rement utilis√© en diplomatie, ce sont des enceintes de d√©bats, mais √† un jeune aujourd'hui, de Lyon, ou d'Auxerre, la francophonie est-ce que √ßa lui dit quelque chose ? Pas forc√©ment. Et donc il y a besoin de faire comprendre que c'est un espace de 84 √Čtats.

Q - 300 millions de personnes.

R - 300 millions de personnes, ce sont autant de routes de liberté, de possibilités d'aller travailler dans sa langue. (...)./.

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11. Nations unies - Libye - Intervention du repr√©sentant permanent de la France aupr√®s des Nations unies - Conseil de s√©curit√© (New York, 16/11/2017)

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre,

Je remercie le représentant spécial Ghassan Salamé pour son exposé particulièrement éclairant et tiens à saluer la poursuite de ses efforts dans la recherche d'une solution politique, qui est, faut-il le rappeler, la seule voie possible en Libye. Je remercie également le représentant permanent de la Suède pour son exposé très utile sur les travaux en cours du comité de sanctions. Pour la France, Monsieur le Président, le succès en Libye passe par deux exigences complémentaires : le maintien de l'unité du conseil de sécurité en soutien des efforts du représentant spécial Ghassan Salamé pour renforcer la dynamique politique en cours, mais aussi la responsabilisation accrue de tous les acteurs Libyen qui doivent s'approprier ce processus politique et reprendre leur destin en main.

Monsieur le Président,

Sur le plan politique, nous continuons d'apporter notre plein et entier soutien au repr√©sentant Sp√©cial Ghassan Salam√©, dans la t√Ęche difficile qui est la sienne. Et je voudrais saluer son engagement exemplaire. Les consultations entre les deux chambres lanc√©es √† Tunis en septembre ont permis de parvenir √† un consensus sur des points essentiels, notamment sur la r√©forme du Conseil pr√©sidentiel. Les progr√®s enregistr√©s √† Tunis restent √† finaliser lors des prochaines √©tapes du plan d'action et notre soutien commun √† M. Salam√© est crucial √† cette fin.

La r√©ussite de ce plan d'action n√©cessite, c'est un point essentiel, une responsabilisation accrue de tous les acteurs libyens. Nous encourageons le dialogue entre l'ensemble des acteurs dans le cadre de la m√©diation de M. Salam√©, qui est la seule valable. Nous souhaitons que tous ceux qui, en Libye, p√®sent sur le processus de r√©conciliation nationale, s'engagent sinc√®rement et r√©solument aupr√®s du repr√©sentant sp√©cial pour mettre en oeuvre les diff√©rentes √©tapes de son plan d'action : la r√©vision de l'accord de Skhirat par le Conseil d'√Čtat et la Chambre des repr√©sentants, la tenue d'une conf√©rence nationale inclusive, la pr√©paration pour les √©lections et l'adoption de la constitution.

Dans ce contexte, la France d√©plore les strat√©gies individuelles qui ont conduit certains protagonistes √† prendre en otage le processus de r√©vision de l'accord de Skhirat, comme le ministre Le Drian a eu l'occasion de le rappeler aux int√©ress√©s. La communaut√© internationale doit exercer toute son influence aupr√®s des responsables libyens, pour qu'ils s'engagent dans le processus politique de mani√®re responsable et sans ambig√ľit√©.

Nous rappelons à cet égard que l'accord de Skhirat demeure le seul cadre valide et légitime de toute négociation, pour aller au terme de la transition, avec comme horizon la mise en place d'un cadre constitutionnel et l'organisation d'élections.

Il faut par ailleurs continuer √† le marteler: il n'y a pas de solution militaire en Libye. Vaincre durablement le terrorisme dans ce pays et r√©pondre aux d√©fis des migrations passent par une solution politique, laquelle doit permettre la r√©conciliation nationale et la restauration d'un √Čtat qui contr√īle l'int√©gralit√© de son territoire.

Monsieur le Président,

Nous sommes tr√®s pr√©occup√©s par la multiplication des exactions et la d√©t√©rioration de la situation s√©curitaire dans plusieurs localit√©s en Libye, √† travers le pays, que ce soit les r√©centes frappes sur Derna, ou la d√©couverte d'un charnier √† Al Abyar dans la r√©gion de Benghazi. La lutte contre les groupes terroristes list√©s par les Nations unies est une priorit√© bien s√Ľr, mais il faut aussi assurer la protection des populations civiles. Seule l'union de toutes les forces libyennes permettra de lutter efficacement contre le terrorisme, de s√©curiser les fronti√®res et de d√©manteler les r√©seaux de trafic de migrants. C'est pourquoi la construction d'une architecture nationale de s√©curit√© unifi√©e sous l'autorit√© du pouvoir civil est une priorit√© absolue en Libye.

Au-del√† de la dimension s√©curitaire, la question √©conomique et humanitaire est √©galement essentielle, comme l'a √©loquemment soulign√© M. Salam√© dans sa pr√©sentation. La situation des Libyens, notamment des classes moyennes libyennes, se d√©t√©riore rapidement ; cela n'est pas tenable. Les ressources p√©troli√®res libyennes doivent rester sous le contr√īle exclusif du gouvernement d'entente nationale et de la compagnie p√©troli√®re nationale de Tripoli, seule l√©gitime, pour le b√©n√©fice de tous les Libyens conform√©ment aux r√©solutions de ce Conseil. Nous devons pr√©server et renforcer les m√©canismes de sanctions, dans le cadre de l'embargo sur les armes comme de la lutte contre les flux illicites de p√©trole, en appui au processus politique. Il s'agit aujourd'hui √©galement de mettre fin √† l'√©conomie parall√®le, comme l'a dit M. Salam√© l'√©conomie de pr√©dation, qui se nourrit des divisions politiques et du conflit. Nous rappelons que ce Conseil doit pouvoir prendre toutes les mesures n√©cessaires contre les individus et contre les entit√©s qui menacent la stabilit√© de la Libye. Nous devons continuer √† encourager le dialogue entre le Conseil pr√©sidentiel et les institutions √©conomiques et financi√®res.

Monsieur le Président,

Nous sommes consternés par les traitements déplorables dont sont victimes les migrants qui transitent par la Libye. C'est un défi supplémentaire pour les autorités libyennes, mais aussi pour la communauté internationale. La France appelle donc les autorités libyennes à tout mettre en oeuvre pour que les migrants soient traités dignement et à renforcer leur coopération avec le HCR et l'OIM. Les violences et mauvais traitements dont sont victimes les migrants en Libye sont insoutenables. Il s'agit d'une priorité de premier plan en matière de protection des droits de l'Homme et de lutte contre la criminalité organisée. Le renforcement des institutions nationales et le développement d'alternatives économiques aux trafics sont essentiels pour y parvenir.

Nous souhaitons enfin insister sur l'importance pour la Libye de remplir son obligation de coop√©rer avec la Cour p√©nale internationale afin de remettre les personnes sous mandat d'arr√™t. Ce serait un signal important de l'engagement des parties libyennes en faveur de la lutte contre l'impunit√©, qui est essentielle pour pr√©server la confiance de la population libyenne dans son propre √Čtat. Les crimes qui continuent de se produire en Libye ne doivent pas rester impunis. C'est une condition de la justice mais aussi de la r√©conciliation et de la paix.

En conclusion, Monsieur le Président, je voudrais, au nom de la France, souligner l'urgence de poursuivre la mise en oeuvre du plan d'action de M. Salamé. Tous nos efforts communs doivent converger en ce sens. Les Libyens, comme la communauté internationale, ont intérêt à voir la Libye avancer sur la voie de la réconciliation nationale et du consensus politique. Notre unité et notre engagement commun sont plus indispensables que jamais pour y parvenir et pour franchir les différentes étapes du plan d'action. Il est important, dans ce contexte, de préserver les moyens de la MANUL, pour qu'elle puisse mener à bien les missions qui sont les siennes.

Je vous remercie./.

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12. Nations unies - Syrie/JIM - Intervention du repr√©sentant permanent de la France aupr√®s des Nations unies - Conseil de s√©curit√© (New York, 16/11/2017)

Monsieur le Président,

La France est consternée par le vote d'aujourd'hui, résultat du véto russe. Particulièrement grave en lui-même, ce résultat est potentiellement très lourd de conséquences pour l'avenir.

La situation à laquelle nous sommes confrontés, l'usage avéré d'armes chimiques en Syrie, fait en effet partie de ces cas d'école qui devraient provoquer une mobilisation unanime et immédiate du conseil de sécurité.

Toutes les conditions sont r√©unies pour cela : face √† l'usage abject d'armes chimiques en Syrie, le conseil de s√©curit√© cr√©e un m√©canisme d'enqu√™te conjoint, le JIM, charg√© d'√©tablir les faits et les responsabilit√©s ; conform√©ment √† son mandat, ce m√©canisme d'enqu√™te travaille d'arrache-pied, avec un professionnalisme et une impartialit√© incontestables ; il aboutit √† des conclusions claires, parfaitement document√©es, prouvant sans ambigu√Įt√© la responsabilit√© du r√©gime syrien dans plusieurs cas et dans d'autres celles de Daech.

Contrairement √† ce que voudraient nous faire croire les professionnels de la confusion, nous ne sommes pas ici dans une zone grise. La situation dans toute son horreur est d'une puret√© de cristal. Au vingt-et-uni√®me si√®cle, des terroristes mais aussi un √Čtat utilisent √† dessein des armes chimiques pour massacrer des femmes et des enfants notamment. Leurs visages d√©figur√©s par une mort atroce hanteront longtemps nos m√©moires et nos consciences.

Et, face √† cette situation, l'un des grands acteurs de la communaut√© internationale, l'un des grands partenaires de mon pays, √† qui l'unissent tant de liens, d√©cide pour la quatri√®me fois de mettre son v√©to sur le dossier chimique en Syrie pour prot√©ger le r√©gime de Damas. Une telle attitude laisse sans voix ceux qui respectent profond√©ment la Russie ; cela ne peut pas √™tre le dernier mot de ce grand pays, dont le r√īle dans l'√©quilibre international est d√©terminant.

C'est d'autant plus vrai que la raison d'être du JIM est plus avérée que jamais: plus de soixante cas d'emploi d'armes chimiques doivent être examinés ; l'OIAC nous a encore confirmé l'emploi de gaz sarin le 30 mars dernier à Latamné.

Voil√† pourquoi, la France a soutenu le projet de r√©solution pr√©par√© par les √Čtats-Unis et tient √† saluer les efforts de nos amis am√©ricains, qui ont travaill√© avec toutes les d√©l√©gations pour proposer le renouvellement du JIM, en pr√©sentant un texte √©quilibr√©, qui contient des concessions substantielles visant pr√©cis√©ment √† tenter de rassembler ce conseil.

Monsieur le Président,

Mesurons bien, tous ensembles, la gravité des enjeux.

Au-delà de la seule Syrie, ce qui est en jeu c'est d'abord la sauvegarde des droits de l'Homme les plus élémentaires et la lutte contre l'impunité. L'emploi des armes chimiques n'est pas seulement insoutenable moralement et inacceptable sur le plan du droit. Il s'agit aussi d'une terrible régression pour nous tous, alors que le régime syrien et Daech rivalisent dans l'horreur et la barbarie. Ces atrocités constituent, ne l'oublions pas, des crimes de guerre. Et elles ont fait du terrorisme chimique une dangereuse réalité.

Ce qui est en jeu aujourd'hui, c'est aussi l'avenir du régime international de non-prolifération chimique. Alors que les régimes internationaux de non-prolifération sont l'un des acquis principaux des dernières décennies, ne laissons pas le plus abouti d'entre eux, le régime chimique, miné par les divisons et les calculs. Ce serait un précédent mortel pour les autres régimes de non-prolifération, et une attitude irresponsable dont nous payerions tous le prix fort.

L'usage d'armes chimiques par quiconque n'est pas seulement une abomination morale, √† l'encontre des principes les plus √©l√©mentaires d'humanit√©. D√©tourner le regard, accepter sans r√©agir l'emploi d'armes chimiques en Syrie, reviendrait de fait √† donner un blanc-seing, un feu vert, √† la multiplication et √† l'emploi de ces armes ailleurs et cr√©erait de surcro√ģt le terreau le plus favorable pour le terrorisme chimique que nous redoutons tous.

Monsieur le Président,

Nous avons cr√©√© ce m√©canisme, le JIM, √† l'initiative conjointe de la Russie et des √Čtats-Unis, pour transcender nos d√©saccords politiques et pour √©tablir la v√©rit√©. Nous l'avons fait pour cela. Alors, quelle faute morale et quelle erreur strat√©gique, √† l'heure de v√©rit√©, pour ceux qui renient notre parole et nos engagements communs.

Le JIM n'est pas et n'a jamais été un outil de l'Occident. Il est notre bien commun, celui de la communauté des Nations dans son ensemble, que nous avons le devoir de consolider. C'est dire combien ce mécanisme ne peut pas, ne doit pas, devenir l'otage des querelles politiques ou pire des jeux tactiques.

Affaiblir le JIM, c'est jouer avec le feu et c'est risquer de miner durablement le régime de non-prolifération chimique que nous avons construit ensemble pierre après pierre. Le JIM doit pouvoir poursuivre ses activités sans précondition, ni ingérence.

Monsieur le Président,

Seule une solution politique permettra de mettre un terme √† ce terrible conflit en Syrie par une transition d√©mocratique n√©goci√©e cr√©dible, conforme √† la r√©solution 2254 du conseil de s√©curit√© et au communiqu√© de Gen√®ve. Mais il n'y aura pas de paix durable en Syrie dans l'impunit√©. L'apaisement passe par la justice, et la justice impose d'avoir les moyens d'√©tablir la v√©rit√© sur les auteurs des atrocit√©s de Khan Che√Įkhoun et des autres attaques chimiques, qui devront r√©pondre de leurs actes criminels.

Monsieur le Président,

Je voudrais partager avec vous une conviction profonde : le vote d'aujourd'hui ne peut pas être le mot de la fin. La France ne se résignera ni à ce constat d'échec, ni aux jeux politiques qui ne sont pas à la hauteur des enjeux. Face à l'immensité et la gravité de ces enjeux, nous n'avons pas le droit de renoncer et de nous décourager.

Vous pouvez compter sur la France pour continuer ses efforts dans toutes les enceintes appropriées afin de lutter contre l'impunité, en Syrie et ailleurs, et afin de promouvoir, toujours et partout, la consolidation des régimes de non-prolifération dont dépend notre sécurité à tous.

Je vous remercie./.

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13. Nomination - Saint-Marin (Paris, 17/11/2017)

Le Journal officiel du 17 novembre 2017 publie la nomination de M. Christian Masset, en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République de Saint-Marin, en remplacement de Mme Catherine Colonna./.

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