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Déclarations officielles de politique étrangère du 19 septembre 2017


Sommaire



1. 72√®me Assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies - Multilat√©ralisme - Syrie - Libye - Sahel - Irak - R√©publique Centrafricaine - Birmanie - Climat - Iran - Cor√©e du Nord - Conf√©rence de presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res (New York, 18/09/2017)

Mesdames et Messieurs,

1. Multiplication des crises et déficit de la régulation internationale

Je suis heureux de vous retrouver pour ma première participation à l'Assemblée générale des Nations unies, vous retrouver afin de vous présenter les priorités de la France et la manière dont nous entendons les porter lors de ce temps fort de la vie internationale.

Le moment est critique. Il est marqué par une dégradation préoccupante de l'environnement international. Jamais depuis la fin de la guerre froide les divergences, les tensions et le niveau de conflictualité n'ont été aussi élevés, dans un monde pourtant plus interdépendant que jamais. Pire, malgré la mondialisation, la coopération est devenue moins évidente, avec la remise en cause croissante des règles du jeu multilatéral et la tentation du repli ou du cavalier seul.

Dans ce contexte de multiplication des crises, la priorité de la France est de travailler à des solutions concrètes, pour deux raisons: d'abord parce que ces crises nous concernent : elles affectent notre sécurité et celle de l'Europe, et ensuite parce que ces crises compromettent l'ordre international en affaiblissant les normes qui l'organisent et en affaiblissant les équilibres qui le sous-tendent.

Face à cette situation dégradée, la France a une responsabilité particulière : parce qu'elle a des moyens, parce que sa voix porte, parce qu'elle est perçue comme une puissance d'équilibre. Pour toutes ces raisons, la France doit être à l'initiative, elle doit être créative, agile et pragmatique et en même temps garante de principes clef comme le respect du droit international et notamment de la Charte des Nations unies. Elle doit être vigilante aussi pour la protection des populations vulnérables ou dans le domaine de la lutte contre l'impunité pour les crimes internationaux les plus graves.

C'est dans cet état d'esprit que le président de la République, qui arrivera tout à l'heure à New York, et moi-même participerons à de nombreuses réunions consacrées aux crises, dans tous leurs aspects, militaires, humanitaires, ainsi qu'à la promotion des droits de l'Homme et du développement. Nous aurons ainsi l'occasion de nous réunir avec nos partenaires pour évoquer, entre autres, la situation en Syrie, en Libye, en République centrafricaine et dans le Sahel.

Permettez-moi à cet égard de développer quelques-unes de nos priorités.

D'abord, sur les crises.

2. Crises

Parce que l'ONU a d'abord pour objet d'assurer la sécurité internationale, le président de la République et moi-même serons particulièrement mobilisés dans les jours qui viennent pour faire avancer le règlement des principales crises internationales.

D'abord, le Levant

C'est notre première priorité.

Daech accumule les d√©faites militaires, vous le savez. On entrevoit d√©sormais le moment o√Ļ Daech sera priv√© de son emprise territoriale. Et nous devrons veiller, demain, √† ce que la menace plus diffuse mais toujours r√©elle de Daech et d'Al-Qaida puisse √™tre trait√©e.

Souvent le terrorisme se nourrit d'un terreau. Je pense à la Syrie. Vous connaissez la réalité de la guerre qui y sévit: plus de 300.000 morts, la moitié de la population déplacée, des assassinats, des tortures, des souffrances indicibles, un chaos. Après six années d'impasse, nous avons besoin d'une approche réaliste et pragmatique, à la mesure d'un conflit qui n'a eu de cesse de s'internationaliser. Je veux le dire à nouveau : lutter contre Daech et trouver les conditions politiques d'une fin de la guerre civile, ce sont les deux faces d'un même engagement au service de la sécurité internationale. Cela exige un travail commun avec l'ensemble des acteurs régionaux et avec les membres du conseil de sécurité.

C'est pour cette raison que le président de la République a proposé la création d'un groupe de contact rassemblant d'abord les représentants des cinq membres permanents du conseil de sécurité, en raison de leur responsabilité particulière, et associant les principaux acteurs engagés en Syrie. L'instauration de ce groupe doit permettre de fédérer les initiatives pour avancer, réduire les contradictions au sein de la communauté internationale et soutenir aussi efficacement le travail de l'envoyé spécial du Secrétaire général, M. Staffan de Mistura, avec qui je me suis entretenu hier soir. C'est ainsi que nous pourrons aider les Syriens eux-mêmes à trouver les voies d'une entente qui s'est avérée impossible jusque ici. La création de ce groupe figurera à l'ordre du jour de la réunion des ministres du P5 avec le Secrétaire général des Nations unies, jeudi matin.

Les priorités de la France sont claires :

Un, priorité donnée à la lutte contre le terrorisme. Deux, nécessité d'un accès humanitaire partout. Même si des progrès ont pu être observés, il faut encore faire davantage. Trois, la nécessité d'un processus politique qui prenne en compte les différentes composantes de la société syrienne et qui intègre par conséquent le sort de chacune des différentes communautés débouche sur une nouvelle Constitution. Et quatre, la France restera par ailleurs engagée dans la lutte contre l'impunité des auteurs d'attaques chimiques. Il en va aussi de l'avenir de l'ensemble de notre système de sécurité collective : on ne doit pas pouvoir en violer les normes les plus fondamentales sans en subir un jour les conséquences. Comme je l'ai indiqué il y a quelques jours à la conférence des ambassadeurs, la France prendra prochainement des initiatives dans ce domaine.

- Libye

Pour poursuivre dans les crises, j'en viens au voisinage imm√©diat de la France. On ne peut laisser perdurer l'instabilit√© qui pr√©vaut en Libye et les menaces qui en r√©sultent pour les voisins de la Libye, mais aussi pour l'Europe. C'est pourquoi nous sommes aux c√īt√©s du peuple libyen face aux d√©fis auxquels il est confront√© : √©radiquer la menace terroriste sur son territoire ; contr√īler les flux migratoires ; endiguer les trafics en tous genres qui nous menacent √©galement ; et pour cela r√©tablir l'unit√© politique du pays, condition de sa s√©curit√© et de sa stabilit√©.

C'est dans cette optique que le pr√©sident de la R√©publique a accueilli, le 25 juillet dernier √† La Celle-Saint-Cloud, le Premier ministre Sarraj, et le mar√©chal Haftar. Ce fut une √©tape importante puisqu'ils se sont engag√©s, dans une d√©claration commune, √† s'unir contre le terrorisme et √† pr√©parer un processus √©lectoral. Nous devons poursuivre ces efforts afin d'√©largir le consensus entre toutes les parties libyennes. Et les deux pr√©sidents des chambres - le Conseil d'√Čtat et la Chambre des repr√©sentants - ont un r√īle majeur √† jouer.

Je me suis rendu moi-même, il y a quelques jours, à Tripoli, à Benghazi, à Misrata et à Tobrouk. J'y ai perçu une grande lassitude de la population confrontée à une fragmentation du pays. Nous allons donc poursuivre nos efforts pour parvenir à une solution politique inclusive. C'est le représentant spécial du Secrétaire général, M. Ghassan Salamé, qui est à la manoeuvre. Je l'ai aussi vu hier soir. Nous soutenons ses efforts et nous avons toute confiance pour que cette mission soit menée à bien. C'est ce que la France indiquera, par la voix du président de la République, lors de la réunion Libye de mercredi présidée par le Secrétaire général, M. Guterres.

- Sahel

Pour poursuivre sur les crises, le terrorisme représente toujours une menace au Sahel. Les attaques récentes l'ont montré. Les groupes terroristes se jouent des frontières et se nourrissent des trafics, en particulier des trafics de drogues et d'êtres humains. Et, face à ce défi, la France soutient une réponse collective, concertée et globale.

En premier lieu, nous soutenons pleinement l'action des Nations unies et de la MINUSMA. Nous soutenons la mise en oeuvre effective de l'Accord d'Alger ; c'est la cl√© de la stabilisation de cette r√©gion. Beaucoup reste encore √† faire. Et je participerai √† un √©v√©nement sur la mise en oeuvre de l'Accord de paix et de r√©conciliation malien autour de M. Guterres et du pr√©sident Ke√Įta. L'adoption √† l'unanimit√© d'une r√©solution mettant en place un r√©gime de sanctions contre ceux qui entravent la mise en oeuvre de l'Accord de paix vise pr√©cis√©ment √† renforcer notre action collective en la mati√®re.

La France appuie aussi la mont√©e en puissance de la Force conjointe du G5 Sahel. Cette initiative r√©gionale, endoss√©e par l'Union africaine et unanimement soutenue par le conseil de s√©curit√©, soutenue par l'Union europ√©enne, apporte une r√©ponse coordonn√©e sur le plan s√©curitaire. Avec elle, l'Afrique confirme son engagement dans la lutte contre le terrorisme. La Force conjointe du G5 Sahel peut constituer un mod√®le vertueux pour les futures op√©rations africaines de paix. En ce sens, le pr√©sident de la R√©publique participera lundi, aujourd'hui, √† une r√©union en pr√©sence des chefs d'√Čtat du Sahel, du Secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies et de la Haute repr√©sentante de l'Union europ√©enne.

La France s'engage, elle-même, sur le terrain, avec vous le savez, la force Barkhane. Outre la dimension militaire et politique de notre action, nous nous engageons aussi pour le développement de la région. C'est la combinaison de ces trois dimensions, défense, diplomatie, développement, qui peut garantir une sortie de crise. Et c'est la raison pour laquelle la France a pris l'initiative de l'Alliance pour le Sahel que nous avons lancée en juillet et sur laquelle nous travaillons avec les pays du G5.

Cet engagement pour le Sahel, la France est prête à le porter sur la durée. Nous organiserons à ce sujet une réunion ministérielle au cours de notre présidence du conseil de sécurité dans un mois.

- RCA

Je participerai également cette semaine à une réunion sur la République centrafricaine avec le président Touadera. Je tiens toutefois dès à présent à vous faire part de ma préoccupation concernant la recrudescence, depuis plusieurs mois, de violences perpétrées par les groupes armés, notamment au centre et au sud-est du pays ; elles font de nombreuses victimes. Il est donc urgent que la feuille de route conjointe pour la paix et la réconciliation en RCA, adoptée le 17 juillet à Libreville par les autorités centrafricaines, par l'Union Africaine et par les pays de la région, puisse être mise en oeuvre.

- Birmanie

Dans cette √©num√©ration des principales crises auxquelles nous faisons face aujourd'hui, il y a aussi la trag√©die que vivent les Rohingyas. La crise qui se d√©roule depuis le 25 ao√Ľt est d'une gravit√© sans pr√©c√©dent et ne peut laisser personne indiff√©rent. Outre les discriminations anciennes √† l'√©gard de cette population, un tiers de la communaut√© est aujourd'hui contrainte √† l'exil, 60% des r√©fugi√©s seraient des enfants. Cette situation n√©cessite une r√©ponse collective de la communaut√© internationale.

Nous r√©it√©rons notre appel √† une cessation des violences entre les populations civiles contraintes de fuir massivement et nous demandons aux forces de s√©curit√© birmanes d'assurer leur protection et de r√©tablir un acc√®s humanitaire s√Ľr. Nous attendons de Mme San Suu Kyi, demain, une expression forte en ce sens et nous souhaitons qu'un dialogue efficace se mette en oeuvre sur les bases de la commission consultative pour l'√Čtat de l'Arakan, pr√©sid√©e par M. Koffi Annan.

3. Développement

L'urgence de la gestion des crises ne doit pas faire perdre de vue la nécessité d'inscrire notre action dans une perspective de long terme.

- APD

Il nous faut mettre en oeuvre une approche globale, je l'ai dit tout à l'heure, combinant sécurité, légitimité politique et développement économique et humain. C'est la garantie de la stabilité et d'une paix durable. C'est la raison de l'engagement de la France, un engagement pris par le président de la République, de porter notre aide publique au développement à 0,55% du PIB en 2022, avec comme priorités le climat, l'éducation, les questions de genre et la fragilité en Afrique.

- Climat

S'agissant du climat, nous voulons garantir et prolonger les r√©sultats de l'Accord de Paris. Cet accord doit √™tre mis en oeuvre et il est irr√©versible. Il n'y a pas de solution de rechange pour atteindre l'objectif des 2¬įC, de m√™me qu'il ne peut y avoir d'action solitaire et unilat√©rale dans ce domaine. Ceux qui d√©tournent le regard aujourd'hui subiront eux aussi les cons√©quences du r√©chauffement climatique.

C'est pourquoi la r√©union de la Conf√©rence des parties √† Bonn du 6 au 17 novembre est aussi importante. Je m'y rendrai. L'objectif de cette COP23, sous pr√©sidence fidjienne, est de pr√©parer le dialogue de facilitation qui est l'instrument principal de la mise en oeuvre de l'Accord de Paris, en vue de maintenir un engagement fort et ambitieux des √Čtats. En parfaite compl√©mentarit√© avec les travaux de la COP23, nous traiterons √† nouveau de la mise en oeuvre de l'Accord et notamment de ses financements lors du sommet de Paris, le 12 d√©cembre prochain ; une date anniversaire. Par ailleurs, comme vous le savez, nous comptons tenir la prochaine r√©union du GIEC en France au premier semestre 2018 pour appuyer l'engagement climatique international.

Mais il faudra aller plus loin également dans le domaine de l'environnement. C'est l'objectif du Pacte mondial pour l'environnement que le président de la République a souhaité lancer et sur lequel nous tiendrons mardi le premier sommet. Nous aborderons avec un Groupe des Amis inclusif les enjeux d'un tel Pacte. Comme l'a fait remarquer à juste titre Laurent Fabius, le droit en matière d'environnement est dispersé et incomplet : l'objectif de ce Pacte est de réunir en un seul et même texte les droits et principes environnementaux internationaux, en vue de les faire progresser, dans une démarche de négociation multilatérale que nous lancerons après le sommet.

4. Renouveler le multilatéralisme

- Réforme de l'ONU et initiatives multilatérales

Dans toutes les crises que j'ai rappel√©es, nous payons le prix d'un d√©faut de coop√©ration internationale. Nous le payons par la dur√©e de ces crises et par leur aggravation. C'est vrai notamment s'agissant de la division qui mine le conseil de s√©curit√©. Or le rapprochement des membres du P5, leur unit√©, est le facteur n√©cessaire au r√®glement de nombreuses crises. C'est le sens du groupe de contact pour la Syrie, comme je l'ai √©voqu√©. La France veut √™tre un rassembleur, un f√©d√©rateur du conseil de s√©curit√©, trop souvent divis√© ces derni√®res ann√©es pour jouer pleinement son r√īle.

Mais face aux crises, il faut également que l'ONU soit mieux à même d'y répondre de façon concrète et efficace. Comme toute institution, son fonctionnement est perfectible : nous en sommes tous convaincus. C'est pourquoi la France soutient pleinement le Secrétaire général dans sa volonté de réformer l'organisation pour la rendre plus efficace, plus transparente, plus réactive. Nous partageons sa vision globale des trois piliers des Nations unies - la paix et la sécurité, les affaires humanitaires et le développement durable - un tout indissociable. Cette vision globale est essentielle.

De façon générale, l'ONU doit décloisonner son action car l'expérience a montré combien les problématiques sécuritaires, les problématiques d'urgence et les problématiques de développement sont étroitement solidaires. Le président de la République participera au débat de haut niveau sur le maintien de la paix organisé mercredi par la présidence éthiopienne du conseil de sécurité, et la France soutient également l'engagement du Secrétaire général, pour que les Nations unies soient exemplaires dans la lutte contre les abus sexuels dans les opérations de maintien de la paix.

Mesdames, Messieurs, les crises de la derni√®re d√©cennie - qu'elles soient humanitaires, s√©curitaires, sanitaires, environnementales - ont prouv√© de mani√®re flagrante que les sorts des √Čtats √©taient li√©s et que la r√©ponse aux d√©fis internationaux passait par davantage de coop√©ration. Dans ce contexte, notre responsabilit√© est de d√©fendre les cadres d'action et les r√®gles de droit √©dict√©s collectivement, en nous engageant pour le renforcement du syst√®me onusien, tout en √©tant capable d'accompagner de nouvelles formes de gouvernance mondiale, en particulier celles qui r√©pondent aux transformations sociales et technologiques de notre temps. C'est ce que nous avons fait s'agissant du r√©chauffement climatique, avec la m√©thode de l'Accord de Paris associant √Čtats, ONG et acteurs de la soci√©t√© civile, et c'est une m√©thode que nous voulons poursuivre et amplifier. C'est pourquoi le pr√©sident de la R√©publique organisera mercredi un dialogue avec un panel d'ONG, en pr√©sence du ministre de l'√©cologie et du d√©veloppement durable, M. Nicolas Hulot, en ma pr√©sence √©galement, afin non seulement d'expliquer nos priorit√©s, mais aussi d'associer au plus pr√®s la soci√©t√© civile √† nos initiatives.

- Non-prolifération

Par ailleurs, le contexte strat√©gique incertain que j'ai d√©crit en introduction justifie que notre approche multilat√©rale des principaux enjeux internationaux soit rigoureuse et cr√©dible. Dans le domaine de la non-prolif√©ration, la France a refus√© de prendre part aux n√©gociations sur un Trait√© d'interdiction des armes nucl√©aires parce qu'une telle d√©marche ne peut qu'affaiblir le Trait√© de non-prolif√©ration nucl√©aire ; or dans le contexte pr√©sent, nous voyons bien qu'il constitue le dispositif le plus √©quilibr√© et par cons√©quent le plus robuste pour limiter les risques. Sur ce sujet, la politique de l'incantation confine √† l'irresponsabilit√©. C'est par des actes concrets que nous cr√©erons un environnement plus s√Ľr. C'est pour cela que je participerai √† la Conf√©rence sur l'entr√©e en vigueur du Trait√© d'interdiction compl√®te des essais nucl√©aires : voil√† en effet un progr√®s concret, cr√©dible et r√©aliste dans le domaine de la non-prolif√©ration.

C'est la raison pour laquelle nous veillerons également à l'application très stricte de l'accord relatif au nucléaire iranien, alors que se profilent des échéances importantes dans le calendrier de sa mise en oeuvre. C'est dans ce cadre que nous entendons poursuivre nos discussions sur ce sujet. Une réunion de l'ensemble des pays qui ont négocié l'accord, les Six et l'Iran, se tiendra mercredi prochain.

- Cyber sécurité

J'ai parl√© de cr√©ativit√© multilat√©rale. C'est aussi ce que nous devons faire aujourd'hui s'agissant du monde num√©rique et de la s√©curit√© dans le cyberespace. Nous aborderons justement cet enjeu ce matin lors d'un √©v√©nement consacr√© √† ce nouveau d√©fi qui demande un engagement accru de nos diplomaties. Ce sera l'occasion pour moi de porter la vision d'une gouvernance associant acteurs √©tatiques et acteurs priv√©s¬†; les entreprises ont en effet une responsabilit√© et un r√īle √† jouer dans la protection et la stabilit√© de l'espace num√©rique. L√† encore, la France sera √† l'initiative pour promouvoir une r√©gulation indispensable √† un ordre international juste et profitable √† tous. Par ailleurs, la mobilisation de la communaut√© internationale pour lutter contre la radicalisation en ligne et l'utilisation d'Internet √† des fins terroristes est essentielle. Les r√©solutions du conseil de s√©curit√©, notamment la r√©solution 2178, ainsi que le plan d'action du Secr√©taire g√©n√©ral pour la pr√©vention de l'extr√©misme violent offrent un cadre d'action et de coop√©ration particuli√®rement appropri√©, auquel nous participerons.

Voil√† Mesdames et Messieurs, l'ordre du jour, si j'ose dire, pour le pr√©sident de la R√©publique, pour moi-m√™me et pour le ministre d'√Čtat Nicolas Hulot, de cette semaine minist√©rielle. Vous le voyez, la diplomatie fran√ßaise est active sur tous les fronts de la r√©solution des crises et de la promotion d'un multilat√©ralisme pour essayer en permanence d'aboutir vers des r√©sultats concrets.

Je suis à votre disposition pour répondre à des questions.

Q - Une question d'actualité sur le référendum kurde. Il y a une pression énorme, de la part de la communauté internationale, à l'heure actuelle sur les Kurdes pour qu'ils renoncent ou suspendent le référendum. Je voulais savoir si la France s'était jointe à des initiatives pour proposer des alternatives aux Kurdes. Vous avez rencontré M. Barzani récemment. Je voulais savoir si, selon vous, il pouvait faire preuve de souplesse pour renoncer ou suspendre le référendum ?

R - Merci de cette question qui est très importante et tout à fait d'actualité. Nous sommes déjà, en Irak, dans la préparation de l'après-Daech. Et pour nous, l'après Daech suppose une gouvernance politique inclusive, respectueuse de la constitution irakienne, donc de sa dimension fédéraliste, respectueuse des communautés qui la compose, et respectueuse de l'intégrité territoriale de l'Irak.

C'est le message que j'avais pu d√©livrer au Premier ministre Abadi, √† la fin du mois d'ao√Ľt, en me d√©pla√ßant √† Bagdad. C'est √©galement ce que j'ai dit tr√®s clairement au pr√©sident Barzani. Il y a, dans la constitution irakienne, des √©l√©ments tr√®s importants de l'autonomie constitutionnelle du Kurdistan. Il faut que ces √©l√©ments soient respect√©s, valid√©s, s√©curis√©s et c'est dans le dialogue entre Bagdad et Erbil que cela peut se faire. Il me semble que toute autre initiative serait inopportune.

Q - Thank you. President Trump has been cautioned by your country and many others against pulling out of the Paris climate Accord, against decertifying the Iran Deal, do you see any evidence that his administration is being persuaded by any of this. For instance, the Secretary of State suggested that the United States might stay in the Paris deal under the right conditions.

R - L'Accord de Paris était une avancée considérable de l'ensemble de la communauté internationale. C'est sans précédent, à la fois dans sa dimension, dans ses engagements, et dans la rapidité de son adoption, puisqu'un an après, il y avait suffisamment de validation pour qu'il soit mis en oeuvre. Les ratifications aujourd'hui se confirment : il y en a plus de 145 déjà. Donc, nous considérons que cet accord va se mettre en oeuvre. Il le sera.

Nous notons les déclarations du président Trump sur son intention de ne pas le respecter. Pour l'instant, aucun acte n'a été posé et on peut espérer toujours le convaincre. En tout cas, pour convaincre, il faut que la pression internationale soit forte et que, d'autre part, nous n'arrêtions pas la mise en oeuvre de l'Accord de Paris. Mais c'est la raison pour laquelle le président Macron a souhaité qu'il y ait ce sommet sur le climat, le 12 décembre, pour continuer de manière irréversible, la mise en oeuvre des engagements pris.

Q - J'avais une question aussi d'actualité sur la crise coréenne, Hier, il y a eu des manoeuvres américaines et sud-coréennes, sur une simulation de bombardement de la Corée du Nord. Ma question était la suivante : est-ce que, pour vous, il s'agit de gesticulations ou est-ce que l'on est entré dans une logique de guerre ? Et, question subsidiaire, est-ce que finalement, à ce stade de la crise, on peut dire qu'on ne pourra empêcher la Corée du Nord d'avoir la bombe nucléaire ?

R - Les essais nucléaires et balistiques auxquels la Corée du Nord a procédé les temps derniers, avec une accélération que vous connaissez, sont des actions menées en contradiction avec les résolutions du conseil de sécurité. Ce sont des actions qui menacent la sécurité internationale, qui menacent d'abord la sécurité régionale. Donc la France a condamné très fermement ces essais. Nous pensons qu'il faut poursuivre avec beaucoup de fermeté cette démarche au sein du conseil de sécurité et que la mise en oeuvre des sanctions doit être réellement efficace. Cela prend du temps. Les sanctions décidées en 2016 se mettent en oeuvre aujourd'hui. Les sanctions décidées en 2017 se mettront en oeuvre progressivement.

La France est déterminée à ce que la communauté internationale fasse le maximum de pression pour amener la Corée du Nord à la table des négociations. C'est la seule démarche possible. Faire pression par les sanctions de manière extrêmement forte et amener la Corée du Nord à la négociation. C'est une démarche à laquelle, manifestement, certains pays pourraient adhérer. Je pense que l'évolution de la Chine à cet égard est intéressante. Mais c'est une démarche qui ne nécessite pas d'action militaire significative. Je laisse le président Trump donner les explications nécessaires pour le reste.

Q - Mr Minister, a question about the Iran nuclear deal, the JCPOA. Will others signatories like France use this occasion at the UN to try and persuade President Trump not to withdraw his certification and, if he does not certify and at least the U.S leaving by imposing huge sanctions, can the JCPOA survive if all the other signatories remain committed?

R - Nous avons à de nombreuses reprises, et le président de la République le fera certainement, réaffirmé l'importance des accords de Vienne et le fait qu'ils sont respectés. Nous constatons que les vérifications sont effectuées, des vérifications très strictes, et donc nous veillerons à l'application très stricte de l'accord. Nous restons vigilants mais aujourd'hui, il n'y a pas d'acte qui nous permette de penser que cet accord n'est pas mis en oeuvre. Il nous parait essentiel de le maintenir pour éviter des spirales de prolifération, ne serait-ce que pour dissuader indirectement les partis les plus durs de la gouvernance iranienne de se lancer dans l'acquisition de l'arme atomique.

Dans une p√©riode o√Ļ, par ailleurs, on conna√ģt les risques que vous venez d'√©voquer sur la Cor√©e du Nord, il importe vraiment de garder cette ligne. En tout cas, c'est la position que la France d√©fendra et nous essaierons de convaincre le pr√©sident Trump de la pertinence de ce choix.

Q - The question is wether it can survive if the United States stay, or it can survive if the other signatories remain?

R - La responsabilit√© sera grande et elle peut entra√ģner un processus de prolif√©ration √† ce moment-l√†, que l'on peut difficilement endiguer. Si tel pays peut avoir l'acc√®s √† l'arme nucl√©aire, des voisins peuvent se mobiliser pour aller dans la m√™me direction. Et donc, l'accord sur l'Iran est tout √† fait essentiel.

Q - Mr Minister, a couple of questions, if you permit me, on what you said regarding Syria: you said you were looking for main players besides the current members of the Security Council for the contact group. Are those main players the same as the guarantors and I have in mind Iran and Turkey? And another clarification on your very important point on impunity. You connected it to chemical weapons; I don't know if you meant to expand it. However is this possible and reconcilable with your position as France to say that Bachar Al-Assad would have to be part of the transition, so what if he is guilty? And lastly, how relevant is your initiative when the Russians are really running the show on the ground?

R - La situation √©volue tr√®s rapidement en Syrie. Chaque jour, il y a des √©l√©ments nouveaux qui permettent de penser que Daech est sur le repli. Le risque le plus important, c'est que l'avenir de la Syrie soit d√©termin√© par les positions militaires des uns et des autres √† un moment donn√©. Ce qui, in√©vitablement, aboutirait √† deux cons√©quences : d'abord une fragmentation d'√Čtat, et ensuite cela attiserait d'autres formes de fondamentalisme, de radicalisme, qui succ√©deraient √† Daech.

La situation actuelle de la Syrie nous am√®ne √† penser qu'il importe d'engager d√®s √† pr√©sent un processus politique, car seul un processus politique peut √©viter ces impasses, cette dislocation d'un c√īt√© et cet appel indirect √† ce que d'autres formes de terrorisme puissent na√ģtre. Pour cela, il faut sortir des chemins qui n'ont pas permis depuis 2011 d'aboutir √† des solutions. Et c'est pour cette raison que la France souhaite qu'il y ait un groupe de contact qui se mette en oeuvre, avec comme socle, les membres permanents du conseil de s√©curit√© et les √Čtats de la r√©gion concern√©s par cette situation. C'est le sujet de notre discussion de jeudi. Je ne vais pas donner la r√©ponse avant que cette r√©union ait lieu.

Et c'est aussi pour cette raison qu'il importe qu'il y ait à la fois un processus de désescalade qui se mette en oeuvre, qu'il y ait à la fois l'accès humanitaire de tous et qu'il y ait aussi la tentative de réunification de l'opposition syrienne. Et c'est aussi pour cette raison que nous disons qu'il faut faire preuve, aujourd'hui, d'un double réalisme. Le réalisme, c'est de ne pas faire du départ de Bachar Al-Assad un préalable à la négociation. C'est la raison pour laquelle le président Macron a pris cette initiative. Le réalisme, aussi, c'est de ne pas faire croire qu'il puisse représenter l'avenir de la Syrie. Je ne vois pas comment des millions de réfugiés qui ont fui les exactions dont il est responsable pourraient revenir s'il se maintenait au pouvoir.

Donc, engageons un processus politique avec tous ceux qui ont la capacité de le mener. C'est une nécessité du moment. C'est indépendant des poursuites sur l'affaire chimique et des menaces chimiques. Nous avons déjà eu l'occasion de nous exprimer à ce sujet. Nous attendons la fin de l'enquête du mécanisme d'enquête conjoint de l'ONU qui doit rendre ses conclusions rapidement. Nous avons été pour notre part convaincus que le sarin a été utilisé.

Q - You mean that you want to replace the Astana process? Are you proposing that the Astana political process is over and you need to replace it?

R - Non, Astana ce n'est pas un processus politique. Astana c'est un processus de règlement de zones de désescalade sur quatre espaces individualisés. Il faut le processus politique et il faut donner à ce processus toutes ses chances en accompagnant le représentant de Mistura dans son action. C'est ce que nous avons proposé jeudi matin.

Q - Monsieur le Ministre, une question sur la Centrafrique. Avec la recrudescence de la violence en RCA, la France serait-elle prête à envoyer à nouveau des troupes à Bangui pour soutenir la MINUSCA ? En quoi est-ce que l'Alliance sur la Sahel pourra-t-elle booster la constitution de la Force conjointe pour le G5 Sahel?

R - Sur la Centrafrique, d'abord, pourquoi est-ce que nous sommes intervenus en d√©but 2014 : parce qu'√† l'√©poque s'il n'y avait pas une force d'interposition, on allait assister √† des massacres de masse entre des communaut√©s diff√©rentes, des ethnies diff√©rentes et des religions diff√©rentes. La France a rempli sa mission et l'Op√©ration Sangaris s'est arr√™t√©e √† partir du moment o√Ļ il y a eu une √©lection pr√©sidentielle, non contest√©e de M.¬†Touadera, o√Ļ il y a eu des l√©gislatives non contest√©es, o√Ļ il y a eu une mission des Nations unies qui s'est install√©e en R√©publique centrafricaine pour garantir le processus de paix et o√Ļ il y a eu, quatri√®mement, une mission de l'Union europ√©enne visant √† renforcer les FACA, les Forces de la R√©publique centrafricaine.

À partir de ce moment-là, la mission de la France mandatée par les Nations unies était achevée et il importait que les Centrafricains prennent leur destin en main avec les outils en place.

Je constate, comme vous, qu'il y a des recrudescences d'actes délictueux dont sont victimes les populations civiles. Il y a eu un accord à Libreville. J'en ai fait état dans mon propos initial, et il faut que cet accord soit respecté. Et, les outils permettant le respect de cet accord. Ce sont les outils qu'ont mis en place les Nations unies. Il y a une force qui s'appelle la MINUSCA qui est une force robuste et qui doit remplir sa mission. Et il y a une autre force, qui est la force de l'Union européenne qui doit former les FACA dans leur mission. Le message que nous donnerons au président Touadera, c'est d'abord de le renforcer lui ; il est issu du suffrage universel, et de faire en sorte que les voisins puissent faire pression auprès des groupes auprès desquels ils ont de l'influence pour qu'enfin ce pays connaisse un peu de sérénité. Donc, le retour d'une opération française n'est pas à l'ordre du jour.

Mais, sur le G5 Sahel, il y a un petit lien, j'imagine que vous le faisiez aussi dans votre question. Quelle est la grande nouveaut√© du G5 Sahel ? En termes de force, parce que cela d√©pend de ce que vous mettez sous le mot G5 Sahel, je parle de la force militaire conjointe. Cette volont√© de mise en oeuvre d'un outil commun aux cinq pays pour prot√©ger leurs fronti√®res et lutter contre le terrorisme. Ce n'est pas automatiquement du terrorisme djihadiste, vous le savez tr√®s bien, c'est souvent du grand banditisme. Mais, parfois les deux se m√™lent, c'est du gangst√©risme. Pour lutter contre cela, les cinq pays ont d√©cid√© de mettre en commun leurs forces. Cela fait des mois, des ann√©es que l'on parle d'une force africaine de paix et l√† c'est aujourd'hui concret. C'est tellement concret que l'√Čtat-major de cette force conjointe a √©t√© install√©, qu'ils ont un commandant en chef, qu'ils ont d√©termin√© les diff√©rentes forces - trois ensembles de 1500 hommes-, que sur le faisceau central de la zone de lutte √† Liptako-Gourma, c'est en pr√©paration technique tr√®s avanc√©e. Donc, pour nous, c'est une avanc√©e consid√©rable de faire en sorte que, progressivement, dans cette zone, la s√©curit√© des Africains soit prise en charge par les Africains eux-m√™mes.

L'Alliance pour le Sahel, c'est vrai, ne sera mise en oeuvre, affich√©e, que lorsque nous nous r√©unirons √† la fin de ce mois et je pr√©siderai une r√©union √† cet √©gard. La particularit√© de l'Alliance pour le Sahel, c'est qu'il s'agit d'un outil de d√©veloppement tr√®s r√©actif, ce qui est rarement le cas. √Ä c√īt√© de l'op√©ration militaire de s√©curisation, il y a un outil de d√©veloppement efficace et visible, surtout dans les m√™mes zones. C'est un grand pari et je pense que nous le gagnerons./.

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2. 72√®me Assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies - Cybers√©curit√© - Le r√īle et la responsabilit√© des acteurs priv√©s dans le renforcement de la stabilit√© et de la s√©curit√© internationale du cyberespace - Intervention de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res (New York, 18/09/2017)

Mesdames et Messieurs les Ministres, Monsieur le Commissaire

Mesdames et Messieurs,

Je tiens tout d'abord √† vous remercier d'avoir r√©pondu en nombre √† l'invitation de la France √† cet √©v√®nement sur le r√īle et la responsabilit√© des acteurs du secteur priv√© dans le renforcement de la s√©curit√© du cyberespace.

Au cours de ces derni√®res ann√©es, l'espace num√©rique, que l'on appelle parfois plus simplement ¬ęcyberespace¬Ľ, s'est impos√© comme un nouveau lieu d'opportunit√©s √©conomiques et de transformations sociales.

Mais nul ne peut l'ignorer : le monde num√©rique fait aussi face √† des vuln√©rabilit√©s nouvelles ; elles sont susceptibles de remettre en cause les principes d'ouverture et de libert√© qui fondent le cyberespace ; elles ont √©galement des cons√©quences n√©fastes sur les opportunit√©s √©conomiques qu'offre la r√©volution num√©rique. En r√©alit√©, nous assistons √† une prolif√©ration des menaces dans le cyberespace : ce ph√©nom√®ne repr√©sente un d√©fi fondamental et il n'en est qu'√† ses d√©buts ; il s'intensifiera au cours des prochaines ann√©es, cela ne fait gu√®re de doutes. Les cyber-attaques qui ont frapp√© la communaut√© internationale au printemps dernier, qu'il s'agisse de WannaCry ou de NotPetya, ont servi de signal d'alarme : quand le bon fonctionnement des h√īpitaux est menac√©, quand des donn√©es critiques deviennent soudainement inaccessibles, quand des acteurs √©conomiques de premier plan sont touch√©s, il est clair que nous avons affaire √† une menace commune qui affecte la stabilit√© et la s√©curit√© internationales.

Face √† ces menaces, les √Čtats doivent affirmer leur volont√© de r√©pondre aux enjeux de cybers√©curit√© par la coop√©ration et par le droit. Je tiens √† cet √©gard √† saluer les n√©gociations conduites sous l'√©gide des Nations unies entre experts gouvernementaux¬†; elles ont permis, d√®s 2013, de reconnaitre l'applicabilit√© du droit international existant au cyberespace et, en 2015, de s'accorder sur un certain nombre de normes de comportement responsable des √Čtats dans ce domaine.

Néanmoins - et comme l'a malheureusement démontré l'échec du dernier cycle de négociations du groupe gouvernemental d'experts de l'ONU en juin 2017 - la régulation interétatique n'est pas en mesure d'apporter à elle seule une solution efficace et durable à ces nouveaux défis de sécurité.

C'est l'un des bouleversements induits par la r√©volution num√©rique : l'irruption du num√©rique comme outil et comme espace de confrontation conf√®re au secteur priv√©, et notamment √† un certain nombre d'acteurs priv√©s syst√©miques, un r√īle et une responsabilit√© in√©dites dans la pr√©servation de la paix et de la s√©curit√© internationales. Cela est vrai √† plusieurs √©gards, s'agissant de la cyber conflictualit√© :

¬ē¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† premi√®rement, ce que l'on nomme le ¬ęchamp de bataille¬Ľ num√©rique est en grande partie constitu√© de produits commerciaux grand public, y compris pour les attaques de grande envergure, qui en exploitent les d√©fauts de fabrication ;

¬ē¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† deuxi√®mement, les ¬ęarmes¬Ľ num√©riques, et j'entends par l√† les logiciels intrusifs ou destructifs sont pour partie produites par des entreprises priv√©es sur un march√© qui, contrairement aux march√©s de l'armement classique, est tr√®s difficile √† r√©guler ;

¬ē¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬†¬† troisi√®mement, des services de ¬ęmercenariat¬Ľ apparaissent, qui proposent √† leurs clients des services offensifs de contre-attaque cyber, selon une logique de l√©gitime d√©fense priv√©e - ce qu'on appelle commun√©ment le ¬ęhack-back¬Ľ, je vais y revenir dans un instant.

En l'absence de r√©gulation, la poursuite de ces activit√©s est susceptible de nuire √† la pr√©servation d'un √©cosyst√®me num√©rique global s√©curis√© ; ces actions ont aussi un fort potentiel d√©stabilisateur sur les relations inter√©tatiques. La r√©ponse √† ce d√©fi doit √™tre inclusive. Il faut donc que les √Čtats engagent entre eux, mais aussi avec le secteur priv√© et le monde de la recherche, de nouveaux travaux afin de d√©finir des formes de r√©gulation originales adapt√©es √† l'√©volution du monde num√©rique. Dans ce contexte, notre responsabilit√© et notre int√©r√™t sont de d√©fendre les cadres d'action et les r√®gles de droit √©dict√©s collectivement, en nous engageant pour le renforcement du r√īle du syst√®me onusien dans cette r√©gulation, tout en faisant preuve de cr√©ativit√© multilat√©rale pour √©laborer une forme de gouvernance mondiale.

Je tiens à être clair : notre objectif n'est pas de brider l'innovation ou la liberté d'entreprendre. Au contraire, il s'agit de définir ensemble des mesures permettant de renforcer la stabilité, la coopération et la confiance de tous les acteurs dans le cyberespace. C'est aussi une condition indispensable à la réussite économique.

À mon sens, cela passe, au moins, par trois axes d'efforts qui doivent être poursuivis parallèlement :

Le premier axe, c'est le renforcement de la sécurité des produits et des services numériques ; l'enjeu est de s'assurer qu'ils ne puissent pas être détournés de leur usage initial pour conduire des attaques informatiques. Le problème se pose aujourd'hui de façon accrue avec la multiplication des objets connectés pouvant servir de vecteurs d'attaque. Face à ce défi, il est pertinent de poser un principe de responsabilité de sécurité des acteurs privés dans la conception, l'intégration, le déploiement et la maintenance de leurs produits et service numériques. Cette responsabilité, qui pourrait prendre la forme d'une obligation de moyens pour les entreprises de garantir la sécurité au long terme de leurs produits numériques, incomberait aux producteurs comme aux distributeurs et aux intégrateurs.

Le deuxi√®me axe concerne la lutte contre la prolif√©ration et la commercialisation d'outils, logiciels ou techniques malveillants dans le cyberespace. En effet, comme pour le d√©sarmement conventionnel, le contr√īle des exportations de capacit√©s cyber offensives repr√©sente un enjeu de s√©curit√© majeur. Dans ce domaine, des progr√®s ont d√©j√† √©t√© permis par l'inclusion, en 2013, des ¬ęlogiciels d'intrusion¬Ľ dans la liste des biens √† double usage de l'Arrangement de Wassenaar ; c'est le premier jalon d'une r√©gulation du commerce mondial des outils offensifs cyber. Le travail accompli dans ce cadre doit √™tre approfondi afin d'aboutir √† un engagement des √Čtats pour le contr√īle de leurs exportations des outils et techniques offensifs cyber, tout en prenant en compte les int√©r√™ts l√©gitimes des entreprises de cybers√©curit√© et du monde acad√©mique.

Enfin, le troisi√®me axe d'effort doit permettre l'encadrement de certaines pratiques particuli√®rement d√©stabilisatrices, comme le hack-back qui consiste, pour un acteur priv√©, √† s'arroger le droit de mener une contre-attaque dans le cyberespace, dans une logique de ¬ęl√©gitime d√©fense priv√©e¬Ľ ; une telle notion de ¬ęl√©gitime d√©fense priv√©e¬Ľ est tr√®s contestable par le biais qu'elle induit s'agissant de l'exercice de la contrainte l√©gitime qui doit rester le monopole des √Čtats. La France consid√®re en effet que l'utilisation de telles capacit√©s offensives par des acteurs priv√©s, agissant pour eux-m√™mes ou pour le compte d'autres acteurs non-√©tatiques, fait peser un risque d'instabilit√© syst√©mique dans le cyberespace. En effet, de telles actions entrainent un risque d'escalade d'autant plus dangereux que le risque d'attribution erron√©e se pose de la m√™me mani√®re pour le secteur priv√© que pour les √Čtats.

Cela ne signifie pas que les acteurs priv√©s doivent √™tre d√©munis face aux menaces informatiques. En r√©alit√©, ils disposent d√©j√† d'une panoplie de mesures fond√©es sur des technologies d√©fensives, voire sur certaines techniques de cyberd√©fense dites ¬ęactives¬Ľ mais non intrusives. En revanche, en raison des externalit√©s n√©gatives qu'elles sont susceptibles de g√©n√©rer, les capacit√©s intrusives devront rester interdites.

Mesdames et Messieurs,

Les trois chantiers que je viens d'esquisser constituent une premi√®re √©bauche de r√©ponse pour faire face ensemble aux d√©fis que repr√©sentent la s√©curit√© et la stabilit√© du cyberespace. Ces trois axes repr√©sentent une premi√®re vague de propositions ; elles devront √™tre encore d√©taill√©es, affin√©es, discut√©es entre les √Čtats mais aussi avec les acteurs priv√©s. √Ä mon sens, le G20 pourrait constituer un forum adapt√© pour aborder ces sujets de r√©gulation internationale qui, comme vous le voyez, sont au croisement d'enjeux de souverainet√© et d'enjeux √©conomiques pour lesquels une √©troite coop√©ration avec le secteur priv√© est par cons√©quent primordiale. Et je souhaite que l'√©v√®nement qui nous rassemble aujourd'hui en marge de la 72√®me Assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies, fournisse l'occasion d'un premier √©change de vues afin de proposer des pistes d'actions que nous pourrons porter conjointement dans les enceintes appropri√©es.

Le commissaire tout à l'heure faisait référence au fait que nous nous sommes connus sous d'autres responsabilités, et précisément les responsabilités du ministre de la défense de la France que j'ai eues pendant 5 ans m'amène à conforter encore plus le raisonnement que je viens de tenir ici sous ma nouvelle casquette de ministre des affaires étrangères. Merci de votre attention./.

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3. 72√®me Assembl√©e g√©n√©rale des Nations unies - Climat - Intervention de M. Nicolas Hulot, ministre de la transition √©cologique et solidaire (New York, 18/09/2017)

Merci beaucoup Monsieur le Président de l'Assemblée générale des Nations unies,

Mesdames, Messieurs, Excellences,

Merci Monsieur le Président d'avoir pris l'initiative de cette discussion sur les conséquences, entre autres, de l'Ouragan Irma.

On voit bien que, d'une manière un peu brutale, la nature nous confronte aux limites de notre vieille condition humaine et nous met en demeure de prendre en charge, peut-être, les conséquences un peu trop longues de notre insouciance.

Vous l'avez vu et cela a √©t√© dit, la France a √©t√©, comme d'autres pays des Cara√Įbes, meurtrie dans sa chair par la violence d'Irma qui, comme cela a √©t√© rappel√©, est visiblement le plus puissant qu'on ait vu √† ce jour dans l'Atlantique. De nombreux compatriotes ont perdu la vie, leur maison, et tentent aujourd'hui de repartir de z√©ro. La France, qui a √©t√© durement touch√©e est, √©videmment, aussi solidaire de tous ses voisins dans la r√©gion, de la Barbade, de la Dominique, et √† toutes celles et ceux qui ont √©t√© touch√©s.

Au moment o√Ļ je vous parle, malheureusement, la Cara√Įbe vit dans l'incertitude alors qu'une autre temp√™te tropicale, Maria, menace de se transformer en Ouragan et cela d'ailleurs va malheureusement complexifier les secours qui n'√©taient pas encore suspendus.

Nous vivons donc, et cela vient d'être rappelé, une sinistre bande annonce d'un film catastrophe qui risque de se développer et qui nous démontre une nouvelle fois que si nous ne faisons rien pour lutter contre le changement climatique, celui-là sera bien un tueur en série du 21ème siècle.

La France est donc totalement mobilisée pour agir avec tous ceux qui le souhaitent pour accélérer encore la mise en oeuvre de l'Accord de Paris.

Ces évènements nous rappellent aussi à une double obligation : celle de renforcer la prévention des risques naturels, notamment en développant des systèmes d'alertes précoces. J'ai en effet découvert, peut-être comme vous, avec effroi que fautes de moyens, il n'était pas toujours possible de prévenir les populations qu'une catastrophe climatique allait arriver, même lorsque l'on est au courant plusieurs jours avant. Le cadre d'action adopté par les Nations unies à Sendai doit nous servir de base pour agir et répondre à ce besoin, qui est une totale injustice climatique majeure. Les données météorologiques, les prévisions et l'information sont un droit élémentaire dans un monde qui s'enfonce dans l'incertitude climatique. Leur accès doit être universel, c'est un objectif sur lequel j'appelle tous nos partenaires à s'entendre.

L'autre obligation que nous avons, c'est la solidarit√© avec les victimes, d'abord dans la mobilisation des acteurs humanitaires, puis dans la reconstruction. La France a d√©cid√© de faire de Saint-Martin et de Saint-Barth√©lemy, les deux √ģles les plus touch√©es par Irma, des laboratoires de r√©silience face au changement climatique.

Voilà, nous mettrons à la disposition de nos partenaires ce retour d'expérience comme une contribution à ce qui devient maintenant une priorité absolue, au même titre que l'atténuation du changement climatique : l'adaptation.

Certaines initiatives sur l'accès à l'assurance, la résilience et la capacité de répondre rapidement aux besoins des populations ont été lancées, dans le cadre des Nations unies ou de l'agenda de l'Action de Paris.

Je conclurai simplement à dire qu'un autre danger nous guette, c'est celui de nous habituer à la multiplication de ces tragédies et je rappelle, et cela vaut pour la France, qu'à Paris nous avons fait un serment de ne jamais sacrifier l'avenir au présent./.

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4. Attractivit√© - Tourisme - Paris 2024 - Ouragan Irma - Entretien de M. Jean-Baptiste Lemoyne, secr√©taire d'√Čtat aupr√®s du ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res, avec ¬ęPublic S√©nat¬Ľ - Extraits (Paris, 13/09/2017)

Q - L'invité politique aujourd'hui, bonjour Jean-Baptiste Lemoyne.

R - Bonjour.

Q - Vous √™tes le nouveau secr√©taire d'√Čtat aupr√®s du ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res, merci d'√™tre l'invit√© de ¬ęTerritoires d'infos¬Ľ ce matin, de la presse quotidienne r√©gionale, des t√©l√©s locales de France, en partenariat avec les radios, c'est 130 radios sur tout le territoire fran√ßais et TV5 Monde, notre partenaire. Pour vous interroger √† mes c√īt√©s ce matin, Micha√ęl Szames, le sp√©cialiste politique de Public S√©nat, et Herv√© Favre de La Voix du Nord, un r√©gulier de cette matinale d'info qui nous fait le plaisir de revenir pour cette nouvelle saison.

(...)

Q - Alors, il y a un √©l√©ment qui moi m'a frapp√©. Saint-Martin est une petite √ģle partag√©e entre la France et les Pays-Bas, et on a l'impression que les deux pays ont r√©agi chacun de leur c√īt√©, d'ailleurs c'est un correspondant n√©erlandais √† Paris qui le soulignait, le Roi √©tait sur place un jour avant Emmanuel Macron. Est-ce que finalement l'Europe n'a pas l'air de fonctionner l√†-bas non plus ? Il y a une fronti√®re entre les deux parties de l'√ģle.

R - Je peux vous assurer - √©tant aupr√®s de Jean-Yves Le Drian ¬Ė que le ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res s'est entretenu, en fin de semaine derni√®re, avec son homologue n√©erlandais de la situation et moi-m√™me, √† Tallinn, √©galement avant-hier avec mon homologue. Et ce que je peux vous dire c'est qu'il y a une coordination entre la France et les Pays-Bas...

Q - L'Europe a fonctionné, la communication a fonctionné entre les deux pays.

R - Bien s√Ľr. Ensuite, ce que je veux dire, c'est que dans l'architecture n√©erlandaise ce n'est pas de La Haye que l'on peut appuyer sur un bouton en disant ¬ęvous faites-ci, vous faites cela¬Ľ, puisqu'il y a une sorte d'autonomie.

(...)

Q - On va parler un petit peu de vous Jean-Baptiste Lemoyne, vous √™tes donc secr√©taire d'√Čtat aupr√®s du ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res. Alors, un de vos pr√©d√©cesseurs, Renaud Muselier, disait √† propos de son ministre de tutelle, Dominique de Villepin, donc au m√™me poste que vous, ¬ęil s'occupe de tout, je fais le reste.¬Ľ Alors, quels sont les contours de ce d√©partement minist√©riel, ce secr√©tariat d'√Čtat, quel est votre champ d'action par rapport au ministre de tutelle, comme on dit ?

R - C'est tr√®s simple. Le pr√©sident de la R√©publique et le Premier ministre ont souhait√© mettre en place, dans un certain nombre de gros minist√®res, des secr√©taires d'√Čtat qui sont l√† pour seconder le ministre sur le champ qui lui est confi√©. Je suis amen√© √† intervenir sur tous les domaines que Jean-Yves Le Drian me confie, o√Ļ il souhaite me voir l'√©pauler. Et nous avons √©galement convenu que, en priorit√©, je regarderai les sujets du commerce ext√©rieur, du tourisme, de la francophonie et des Fran√ßais de l'√©tranger. Cela fait d√©j√† beaucoup et les semaines sont courtes finalement. Et c'est un portefeuille passionnant parce que, on le voit bien, la France est de retour au niveau international. Il y a √©norm√©ment d'attentes, et en m√™me temps on ne peut pas se reposer sur nos lauriers. Quand on pense au tourisme, par exemple, les touristes sont de retour aussi, il y a une tr√®s belle saison 2017.

Q - Un chiffre à nous donner peut-être ce matin.

R - Nous pensons que nous allons finir la saison avec à peu près, entre 88 et 89 millions de touristes, soit une augmentation de l'ordre de 5% par rapport à l'année dernière. En même temps, il ne faut pas se reposer sur nos lauriers, parce que l'Espagne, par exemple, est très dynamique, l'Italie aussi...

Q - Vous vous voyez un peu en VRP du tourisme français à l'étranger ?

R - Oui, c'est vrai, on est là aussi pour faire la promotion de la marque France en général. Au-delà du tourisme c'est la promotion d'un pays qui se réforme, d'un pays qui retrouve de l'attractivité, de l'influence aussi. Nous avons été récemment classés numéro 1 en termes d'influence, et ce n'est pas rien.

(...)

Q - Alors, retour √† l'international avant de nous quitter. Jean-Baptiste Lemoyne, vous vous occupez d'international, vous √™tes secr√©taire d'√Čtat au Quai d'Orsay, est-ce que cette annonce, ce soir, de l'attribution des J.O. va apporter quelque chose, si c'est la France bien s√Ľr, est-ce que √ßa va apporter quelque chose et quoi de neuf, puisqu'il n'y a plus de suspens, quasiment plus ?

R - Non, mais si tout cela est confirmé, c'est un formidable enjeu, c'est un formidable challenge...

Q - Mais ce n'est pas un peu loin ?

R - Non, parce qu'en fait 2024 il faut se pr√©parer d√®s maintenant. Et, puis on a aussi une autre √©ch√©ance¬†: nous sommes candidat pour l'Exposition universelle de 2025. J'√©tais moi-m√™me √† Astana il y a quelques jours pour faire la promotion de notre candidature aux c√īt√©s de Jean-Christophe Fromantin et de Pascal Lamy et on voit bien qu'√† travers ces grands √©v√©nements internationaux c'est l'occasion pour la France de montrer qu'elle brille de 1000 feux et qu'elle est l√†, oui, un phare culturel, sportif, bref : la France est de retour, d√©finitivement.

Q - Voil√†, c'est Jean-Baptiste Lemoyne qui √©tait notre invit√© ce matin, il est secr√©taire d'√Čtat aupr√®s du ministre de l'Europe et des affaires √©trang√®res et il est ancien s√©nateur, et il s'en rappelle, ce n'√©tait pas il y a si longtemps.

R - Exactement./.

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