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Déclarations officielles de politique étrangère du 28 février 2017


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Indon√©sie/Inauguration par M. Jean-Marc Ayrault d'un nouveau ¬ęclub export √©nergies renouvelables¬Ľ - Australie/D√©placement de M. Jean-Marc Ayrault - Turquie/Libert√© de la presse/D√©tention de M. Deniz Y√ľcel - √Čgypte/Attaques dans le Sina√Į (Paris, 28/02/2017)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et répondu à la question suivante :

1 - Indon√©sie - Inauguration par M. Jean-Marc Ayrault d'un nouveau ¬ęclub export √©nergies renouvelables¬Ľ (28 f√©vrier 2017)

√Ä l'occasion de son d√©placement en Indon√©sie, M. Jean-Marc Ayrault a inaugur√© le 28¬†f√©vrier 2017 un ¬ęclub export √©nergies renouvelables¬Ľ avec M. Ignasius Jonan, ministre indon√©sien de l'√©nergie et des ressources min√©rales, en pr√©sence de M. Jean Ballandras, f√©d√©rateur √©nergies renouvelables, M. Xavier Daval, vice-pr√©sident du syndicat des √©nergies renouvelables, ainsi que d'entreprises fran√ßaises, membres du club.

Le lancement de cette instance s'inscrit dans le cadre du partenariat strat√©gique franco-indon√©sien. Il s'agit du troisi√®me ¬ęclub export √©nergies renouvelables¬Ľ cr√©√© apr√®s l'inauguration en mai 2016 du ¬ęclub Afrique de l'Est et Oc√©an indien¬Ľ et en janvier 2017 du ¬ęclub Moyen-Orient¬Ľ.

Pour obtenir des précisions à ce sujet, nous vous renvoyons vers le communiqué de presse : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/indonesie/evenements/article/a-l-occasion-de-la-visite-en-indonesie-de-jean-marc-ayrault-ministre-des?var_mode=calcul

2 - Australie - Déplacement de M. Jean-Marc Ayrault (1er - 3 mars 2017)

M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, se rendra en Australie du 1er au 3 mars. Il sera reçu par le Premier ministre australien, M. Malcolm Turnbull et rencontrera son homologue, Mme Julie Bishop, avec laquelle il signera une déclaration sur le renforcement du partenariat stratégique entre nos deux pays. Il s'entretiendra également avec le ministre du commerce et du tourisme, M. Steven Ciobo.

√Ä Sydney, M. Ayrault ouvrira un forum √©conomique mettant en relation des entreprises fran√ßaises et australiennes et s'exprimera sur les sujets environnementaux et climatiques √† l'Universit√© de Nouvelle-Galles du Sud. Il pr√©sentera l'expertise fran√ßaise en mati√®re d'innovation lors du lancement de l'agenda 2017 ¬ęCreative France¬Ľ et visitera les installations d'une entreprise fran√ßaise sp√©cialis√©e dans les √©nergies renouvelables. Il s'exprimera devant le ¬ęLowy Institute¬Ľ, principal think tank australien, sur la mani√®re dont l'Australie et la France, voisins g√©ographiques dans le Pacifique et l'Oc√©an indien, doivent faire face aux d√©fis globaux.

√Ä Canberra, M. Ayrault soulignera l'importance du partenariat scientifique franco-australien lors de la signature d'un accord entre l'universit√© nationale d'Australie et l'universit√© de recherche Paris Sciences et Lettres ; il pr√©sidera au lancement du plan d'action conjoint ¬ęScience et Innovation¬Ľ.

À Melbourne, M. Ayrault remettra la légion d'honneur à des vétérans australiens de la Seconde guerre mondiale, rendant ainsi hommage aux soldats australiens morts pour la libération de la France durant les deux conflits mondiaux, une mémoire commune qui cimente notre relation avec l'Australie. Il terminera sa visite en insistant sur l'importance de la culture et des échanges humains en rencontrant à l'Alliance française des jeunes Français vivant en Australie

M. Ayrault sera accompagné d'une importante délégation de femmes et d'hommes d'affaires, dirigée par M. Guillaume Pepy, en sa qualité de président du conseil de chefs d'entreprise France-Australie du MEDEF international, ainsi que de son représentant spécial pour l'Australie, M. Ross McInnes.

3 - Turquie - Libert√© de la presse - D√©tention de M. Deniz Y√ľcel

La France est tr√®s pr√©occup√©e par la d√©cision prise le 27 f√©vrier 2017 par le tribunal d'Istanbul de placer en d√©tention provisoire le correspondant en Turquie du quotidien allemand Die Welt, M. Deniz Y√ľcel.

Il est fondamental que la Turquie respecte ses engagements internationaux en matière de liberté d'expression, en particulier de la presse, qui est une composante essentielle de toute société démocratique.

4 - √Čgypte - Attaques dans le Sina√Į

Q - Quelle est votre r√©action aux attaques dont sont victimes les Coptes dans le Sina√Į¬†?

R - La France condamne avec la plus grande fermet√© les attaques terroristes qui ont vis√© des civils dans le Sina√Į, dont des membres de la communaut√© copte, et co√Ľt√© la vie √† plusieurs personnes depuis fin janvier.

Nous pr√©sentons nos condol√©ances aux familles des victimes et assurons l'√Čgypte de notre solidarit√© face au terrorisme./.

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2. Djibouti - Entretien de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, avec M. Isma√Įl Omar Guelleh, pr√©sident de la R√©publique de Djibouti - Communiqu√© de la pr√©sidence de la R√©publique (Paris, 28/02/2017)

Le pr√©sident de la R√©publique s'est entretenu avec Isma√Įl Omar Guelleh, pr√©sident de la R√©publique de Djibouti.

Les deux pr√©sidents ont √©voqu√© les enjeux de paix et de s√©curit√© dans la corne de l'Afrique en particulier la situation au Y√©men et ses effets sur la r√©gion. Le chef de l'√Čtat a confirm√© √† son homologue la volont√© de la France de poursuivre les formations dispens√©es par les Forces fran√ßaises stationn√©es √† Djibouti au profit des Forces arm√©es djiboutiennes. Il s'est f√©licit√© de l'engagement de ces forces dans la lutte contre le groupe terroriste al-Shebab en Somalie.

Le pr√©sident de la R√©publique a aussi indiqu√© que le soutien de la France et de l'Union europ√©enne au d√©veloppement durable de Djibouti serait significatif, permettant la r√©alisation de nombreux projets en mati√®re d'acc√®s √† l'eau, de gestion des d√©chets ou encore de formation professionnelle pour les jeunes Djiboutiens. La situation de s√©cheresse particuli√®rement grave que conna√ģt Djibouti illustre l'urgence et l'importance de cette coop√©ration. Le pr√©sident de la R√©publique s'est engag√© √† mobiliser les partenaires pour apporter √† Djibouti l'assistance n√©cessaire pour faire face √† cette situation.

Enfin, François Hollande s'est réjoui de la volonté de Djibouti de confirmer sa présence et son engagement actif au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie. Il s'est félicité des conséquences positives de cet investissement, pour permettre la promotion de l'enseignement du français et encourager la diffusion des valeurs démocratiques de la francophonie./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. 25e Sommet franco-espagnol - Relations bilat√©rales - Union europ√©enne - Conf√©rence de presse commune de M. Fran√ßois Hollande et de M. Mariano Rajoy, pr√©sident du gouvernement espagnol - Propos de M. Hollande - extraits (Malaga, 20/02/2017)

Je remercie d'abord le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, pour l'organisation de ce 25è Sommet franco-espagnol. Il avait souhaité que ce soit dans une ville qui puisse être un symbole de notre amitié, de notre relation. C'est vrai que Malaga - je salue ici son maire - était la ville qui pouvait le mieux incarner ce que nous avons en commun, c'est-à-dire la culture. Nous nous trouvons ici dans la ville natale de Picasso avec un musée qui porte son nom, Picasso aurait pu être français si un gouvernement à une certaine époque lui avait accordé la nationalité française. Il est resté espagnol mais il voulait être espagnol et français. Il a vécu très longtemps tout en ayant toujours pour l'Espagne un amour irrépressible. Puis nous sommes ici au Centre Pompidou, et c'est pour nous une fierté que de voir le nom de Pompidou et ce que représente Beaubourg représenté ici à Malaga.

Nous avons une relation bilatérale particulièrement forte avec l'Espagne, parce que, comme l'a dit Mariano Rajoy, nous sommes son premier client, nous avons des échanges importants sur le plan économique, des entreprises françaises y sont présentes et beaucoup de touristes se rendent en Espagne et notamment à Malaga. Mais nous avons surtout sur le plan politique une grande convergence de vue et nous l'avons d'ailleurs démontrée sur l'ensemble des dossiers européens.

Le r√īle d'un Sommet entre deux pays amis est de poursuivre la coop√©ration dans tous les domaines. C'est ce que nous avons fait. Pas moins de neuf accords ont √©t√© sign√©s aujourd'hui dans tous les domaines. D'abord dans le domaine de la s√©curit√© parce que, pour nous, c'est un imp√©ratif absolu et notamment concernant la lutte contre le terrorisme. Nous avons une coop√©ration tr√®s intense en mati√®re de renseignement, nous d√©mantelons ensemble des fili√®res, nous avons la m√™me approche sur la question des combattants √©trangers, ceux qui reviennent dans nos pays respectifs. Nous avons aussi une lutte contre les trafics - tous les trafics - de drogue et le blanchiment.

Il y a eu une décision - Mariano Rajoy l'a rappelée - qui illustre cette confiance mutuelle : la remise des scellés par les ministres compétents et la justice française pour qu'il puisse y avoir une mémoire qui puisse être transmise et un certain nombre d'actes qui puissent être posés.

Nous avons aussi une autre priorité qui est de faciliter les échanges par des infrastructures. Nous avions déjà pris une décision à Madrid, en 2015, de développer les interconnexions énergétiques. L'Espagne et le Portugal sont très attachés aux interconnexions et nous aussi parce que c'est une façon de pouvoir diversifier nos approvisionnements, d'assurer au niveau européen notre autonomie. Nous avons donc voulu définir une méthode, un calendrier, des objectifs pour assurer ces financements des grandes infrastructures énergétiques. Comme il a été dit, nous travaillons maintenant à une ligne dans le golfe de Gascogne. La ministre française de l'environnement a voulu que nous puissions procéder à cette annonce aujourd'hui et nous solliciterons des financements européens pour assurer la couverture de cet investissement. Nous avons également des projets - nous en avons réalisés beaucoup - d'autoroutes de la mer à l'image de ce qu'a été Nantes-Vigo mais également de transports ferroviaires - je ne vais pas rappeler toutes les lignes que nous pouvons là encore financer avec nos budgets respectifs mais aussi avec le concours de l'Europe.

Nous avons également une grande coopération en matière culturelle et en matière éducative puisque le français est la deuxième langue la plus apprise en Espagne et réciproquement l'espagnol est la deuxième langue enseignée en France le plus couramment. De la même manière, la France est un pays de destination des étudiants espagnols et l'Espagne deuxième pays d'accueil des étudiants français en Erasmus. Nous sommes très attachés au programme Erasmus. Nous avons fêté son anniversaire et nous avons voulu élargir encore ce programme notamment à tous les jeunes apprentis et autres des lycées et des filières professionnelles de façon à ce que nous puissions encore développer ces programmes et ces échanges. Il y a eu des accords importants qui ont été signés entre les universités françaises et espagnoles depuis longtemps et qui peuvent aujourd'hui se concrétiser dans une université franco-espagnole : nous en avons décidé là encore le lancement.

Voilà ce que nous devions faire entre deux pays amis, entre deux pays voisins. L'Espagne et la France ont également une responsabilité pour définir ce que doit être l'avenir de l'Europe. Il y a cinq ans, nous étions - presque à la même époque - le président Rajoy et moi-même dans un Conseil européen au mois de juin 2012. C'est là que se sont décidés sans doute les choix les plus importants pour surmonter la crise de la zone euro. Nous sommes intervenus dans le même sens et nous étions également appuyés par le président du gouvernement italien. Nous avons convaincu notamment la chancelière Merkel et nos partenaires qu'il fallait donner un autre sens à la construction de l'Europe si nous voulions régler la crise de la zone euro. C'est à ce moment-là qu'a été décidée l'Union bancaire qui a permis de régler un certain nombre de situations en Espagne, en Italie, au Portugal, à Chypre et dans beaucoup d'autres pays. C'est là qu'il a été décidé de renforcer l'Union économique et monétaire. C'est là que le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a pu définir une politique monétaire qui a été pour beaucoup dans la capacité qu'a eu la zone euro de surmonter une crise, qui aurait pu être destructrice et qui aurait pu écarter encore des pays.

Il se trouve qu'aujourd'hui nous nous retrouvons au moment o√Ļ il y a une r√©union de l'Eurogroupe au sujet de la Gr√®ce. Il semble que la raison, l√† encore, l'emporte et qu'une solution puisse √™tre trouv√©e, comme lors d'un Sommet √† l'√©t√© 2015 qui √©tait essentiel pour que la Gr√®ce puisse rester dans la zone euro. Beaucoup d'efforts ont √©t√© faits et notamment en Espagne. Beaucoup de sacrifices ont √©t√© demand√©s aux peuples pour qu'il y ait une comp√©titivit√© retrouv√©e de l'√©conomie europ√©enne, pour qu'il y ait la coh√©sion de la zone euro, pour qu'il y ait la fin de la crise des subprimes qui √©tait venue, je le rappelle, des √Čtats-Unis d'Am√©rique. Il faut toujours le rappeler parce que les crises ne viennent pas de nulle part. Elles viennent d'un certain nombre de comportements, de laxisme, de d√©r√©gulation, celle-l√† m√™me que l'on voudrait de nouveau introduire aux √Čtats-Unis.

Donc nous avons fait beaucoup d'efforts et aujourd'hui les r√©sultats sont l√† : la croissance a repris en Espagne, en France ; les d√©ficits se sont r√©duits ; les comp√©titivit√©s se sont largement am√©lior√©es. Les situations √©taient diff√©rentes entre l'Espagne et la France mais nous sommes aujourd'hui dans une autre phase, ce qui appelle n√©cessairement une autre √©tape de la construction europ√©enne. Nous ne sommes plus dans la crise ; nous sommes dans la pr√©paration de l'avenir de ce que doit √™tre l'√©conomie europ√©enne et notamment de ce que nous devons faire pour la transition √©nerg√©tique, pour l'application de l'accord sur le climat, pour la r√©volution num√©rique et pour soutenir la croissance et l'emploi en Europe. C'est ce que nous avons √† faire. C'est la raison pour laquelle le 60e anniversaire du trait√© de Rome arrive √† point nomm√©. Que voulons-nous faire de l'Europe surtout apr√®s la d√©cision qu'a prise le peuple britannique de quitter l'Union ? Que devons-nous faire ensemble pendant les 10 prochaines ann√©es ? Quels sont nos objectifs ? Qu'est-ce qui nous r√©unit ? Qu'est-ce qui est essentiel ? Pour nous l'essentiel c'est trois priorit√©s. D'abord la d√©fense : faire que l'Europe puisse dans le cadre de l'Alliance atlantique se prot√©ger elle-m√™me et √™tre capable de porter une responsabilit√© √† l'ext√©rieur de nos fronti√®res pour agir sur le r√®glement des crises, en Afrique, au Moyen-Orient, √† l'est de l'Ukraine. Deuxi√®me priorit√© c'est la s√©curit√© de nos fronti√®res : c'est de faire ce que nous avons comme devoir par rapport √† l'asile mais c'est aussi de contr√īler l'immigration et l'Espagne et la France sont parfaitement conscientes de l'importance de cet enjeu.

Nous avons aussi √† faire que l'Europe puisse √™tre un continent prosp√®re avec des progr√®s qui puissent √™tre pr√©sent√©s au peuple et pas des sacrifices ou des efforts suppl√©mentaires. D√®s lors, nous devons d√©cider d'aller plus loin dans la construction europ√©enne. D'abord de le faire dans l'Europe √† 27 puisque ce sera maintenant le cadre dans lequel nous aurons √† travailler. Mais dans l'Europe √† 27, il sera n√©cessaire que les pays qui veulent aller plus loin, qui veulent aller plus vite, qui veulent s'int√©grer davantage, qui veulent renforcer l'Union √©conomique et mon√©taire, l'Union bancaire, peut-√™tre m√™me des politiques fiscales, des politiques sociales puissent le faire. Il y a des noms qui ont √©t√© trouv√©s pour d√©finir ce que pourrait √™tre cette Europe √† plusieurs vitesses, ¬ęcoop√©ration diff√©renci√©e¬Ľ, ¬ęnoyau dur¬Ľ. Je ne veux pas mettre de nom sur cette chose puisque c'est finalement la coop√©ration ¬ędiff√©renci√©e¬Ľ ou ¬ęrenforc√©e¬Ľ que nous avons √† mener, c'est-√†-dire aller plus loin avec les pays qui le voudront. Je suis convaincu qu'avec l'Espagne, avec d'autres nous pouvons trouver cette bonne vitesse et ces bons objectifs. L'Allemagne a √©galement, par la voix de la chanceli√®re Merkel, dit qu'elle √©tait pr√™te √† aller dans cette direction. Il ne s'agit pas d'√©carter les autres, il ne s'agit pas de les repousser, il s'agit de dire que nous restons √† 27 mais nous avan√ßons √† notre rythme et avec notre volont√© de pouvoir donner √† nos concitoyens davantage de protection, davantage de progr√®s, davantage de bien-√™tre.

Aujourd'hui ce qui menace l'Europe c'est moins la dislocation, m√™me si on en voit les signes avec le Brexit, que la dilution, que la perte de sens. Il y a des puissances qui ne veulent pas de l'Union europ√©enne, des puissances ext√©rieures √† l'Europe, qui veulent que l'Union finalement n'ait pas de consistance, n'ait pas de contenu, n'ait pas d'ambition. Parce que l'Europe porte des valeurs, l'Europe a d√©fini un mod√®le qui est unique au monde, c'est ce que disait Mariano Rajoy. Cela ne pla√ģt pas √† tous, il y en a qui voudraient que le monde soit simplement le fruit des rapports de force des puissances, alors nous voulons que l'Europe soit une puissance qui se r√©clame comme tel mais pas une puissance pour dominer, pas une puissance pour soumettre, pas une puissance pour porter le conflit, non, une puissance de paix, une puissance de progr√®s, une puissance au service de la plan√®te, tel est le sens de ce que nous avons √† faire.

Dans quelques jours, ce sera le 6 mars, je recevrai le pr√©sident du gouvernement espagnol, le pr√©sident du gouvernement italien et la chanceli√®re d'Allemagne √† Versailles pour que nous puissions pr√©parer ce 60e anniversaire qui se tiendra donc √† Rome, anniversaire du trait√©. Il ne s'agit pas l√† encore de d√©finir √† quatre ce que doit √™tre l'Europe, ce n'est pas notre conception, mais nous sommes les quatre pays les plus importants et il nous revient de dire ce que nous voulons faire avec d'autres, ensemble. C'est la raison pour laquelle j'ai attach√© beaucoup de prix √† venir √† ce 25e Sommet entre la France et l'Espagne parce que la France est un pays fondateur de l'Union europ√©enne, la France avait sign√© le trait√© de Rome, c'√©tait sous la IVe R√©publique, en 1957, Maurice Faure en √©tait le signataire au nom de la France. L'Espagne a rejoint l'Europe bien plus tard, mais chacun en sait les raisons, au nom de la d√©mocratie, pour la d√©mocratie, et la premi√®re d√©cision qu'avait prise Fran√ßois Mitterrand, c'√©tait au lendemain de 1981, √©tait de dire ¬ęl'Espagne, le Portugal doivent venir dans l'Union europ√©enne, c'est leur place¬Ľ. C'est pourquoi pour le pays fondateur, pays qui sait pourquoi l'Espagne est dans l'Union europ√©enne, c'√©tait tr√®s important que nous soyons ensemble pour dire la confiance que nous avons dans cette belle aventure qu'est l'Europe et la force que nous devons y mettre si nous voulons la pr√©server. Merci.

(...)

Q - Vous parliez de l'avenir de l'Europe, j'aimerais savoir si l'essor des populismes et de l'extrême droite en Europe et à l'extérieur de l'Europe peuvent mettre en péril l'existence de l'Union européenne et quant aux migrations, un des sujets que vous avez abordés, est-ce que vous croyez que le Maroc est devenu un problème pour l'Union européenne après le franchissement des barrières à Ceuta ? J'aimerais également savoir concernant la Catalogne si vous avez abordé ce sujet pendant la réunion aujourd'hui, est-ce que la question de la Catalogne inquiète la France ?

R - Vous m'avez interrogé d'abord sur la Catalogne, nous n'en avons pas parlé avec le président Rajoy parce que nous n'avions pas à en parler.

Sur la question des migrations, je vais une fois encore montrer combien l'Europe est utile pour contr√īler la migration. Quand il se passe un √©v√©nement comme celui que vous avez √©voqu√©, √† Ceuta o√Ļ des migrants rentrent et aspirent √† venir en Europe, c'est l'Europe qui permet d'avoir le contr√īle ; c'est l'Europe qui permet d'avoir des r√®gles. Quelle serait la situation s'il n'y avait pas l'Europe, s'il n'y avait pas l'Europe pour d√©finir ce que nous avons √† faire pour prot√©ger nos fronti√®res ext√©rieures, et s'il n'y avait pas l'Europe avec les pays qui la composent pour avoir une politique de coop√©ration avec les pays tiers, le Maroc, la Turquie pour d'autres formes de migrations¬†? Donc c'est l'Europe qui nous permet, sur cette question qui effectivement est aussi cruciale, celle de la protection de nos fronti√®res, de la s√©curit√©, du contr√īle de l'immigration, mais aussi du devoir qui est le n√ītre par rapport √† l'asile, c'est l'Europe qui permet d'avoir une politique. Et si chaque pays √©tait confront√© √† cette situation, qu'est-ce qui se passerait ? On ferait des murs comme dans d'autres pays sur un autre continent et on demanderait √† des voisins de payer le mur ? Et on aurait l'air de quoi ? On ressemblerait √† quoi si l'Europe √©rigeait des murs et demandait aux pays africains de les payer ? Ce n'est pas le mod√®le que nous voulons avoir parce que ce n'est pas le bon ni sur le plan moral ni sur le plan politique.

Ensuite, prenons un autre exemple pour l'Europe, le commerce. Aujourd'hui, l'Espagne, la France, nous sommes dans la m√™me union douani√®re. Nos produits circulent, nous pouvons √©changer autant que nous voulons, produire ici, consommer ailleurs, comme nous l'avons d√©cid√©. Quand un pays n'est plus dans l'Union europ√©enne, il n'est plus dans l'union douani√®re. Le Royaume-Uni a fait ce choix, il ne va plus √™tre dans l'union douani√®re. Il va falloir signer un accord commercial. Un accord commercial, cela veut dire qu'√† ce moment-l√†, les r√®gles ne sont plus l'√©change sans contrainte. Il y a des barri√®res, il y a des normes. Donc tout pays qui sort de l'Union europ√©enne puisque certains des extr√©mistes populistes, je ne sais pas, nationalistes, appelons les comme cela, proposent cette solution, cela veut dire une plus grande fragilit√©, pour le contr√īle de l'immigration, ou √† moins d'√©riger des murs, mais dont on sait qu'ils ne sont pas efficaces, et puis au plan du commerce, moins d'exportations, moins d'investissements, et donc moins d'emplois. Voil√† √† quoi sert l'Europe et il faut en parler concr√®tement. Donc les nationalismes ne menacent pas simplement l'Europe, ils menacent aussi les int√©r√™ts des nations qu'ils pr√©tendent repr√©senter et quel est leur r√©f√©rence ? Quel est leur mod√®le ? Le pr√©sident des √Čtats-Unis, le nouveau ? Le pr√©sident de la Russie ? Ce ne sont m√™me pas des mod√®les europ√©ens. Et quel est leur souhait pour r√©gler la crise de la Syrie par exemple ? De conforter M. Bachar al-Assad ? Chacun a ses r√©f√©rences, chacun a ses mod√®les ! Moi, je pense qu'il y en a de meilleurs que d'autres et ces mod√®les s'appellent la d√©mocratie, la libert√© et la dignit√© humaine. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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4. Politique √©trang√®re - Irlande - Union europ√©enne - Brexit - Accord de Paris - Discours de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, devant l'Institute of International and European Affairs (Dublin, 22/02/2017)

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président,

Chers Professeurs,

Chers √Čtudiants,

Chers Amis,

Merci encore de votre invitation. Il y a peu de temps, c'était l'année dernière, le président de la République, François Hollande, est venu à Dublin. Le Premier ministre s'y était rendu en 2015. Il y a beaucoup d'échanges et de relations et c'est facile de se parler car nous sommes de vieux amis qui entretenons une relation originale et particulière et qui nous donne une responsabilité particulière dans la période actuelle sur le long terme.

Le Premier ministre irlandais, le Taoiseach, en est à son troisième séjour en France depuis qu'il est Premier ministre. En dehors des périodes de présidence européenne de l'un ou l'autre de nos deux pays, il y a énormément d'échanges.

J'ai commencé ce matin par une rencontre avec des chefs d'entreprises dans le secteur de l'exportation et j'ai inauguré les nouveaux locaux de l'Alliance française, ce qui montre à quel point la langue français est quelque chose de précieux que nous avons en commun. Ce n'est pas seulement la langue et la culture mais ce sont aussi des valeurs.

La France a, avec l'Irlande, de puissants liens d'amitié, témoignages de notre histoire commune. Nos deux peuples s'apprécient, se connaissent et se respectent. Je pense à la littérature, même si cela ne se limite pas à la littérature, avec Beckett, dramaturge de génie né en Irlande, mort en France et qui a écrit - comme d'autres auteurs irlandais - dans nos deux langues. Il avait grandi dans une famille d'origine française qui, persécutée chez nous pour des raisons religieuses, avait trouvé asile chez vous.

Je pense aussi à tous ces étudiants français qui fréquentent vos universités et j'en ai croisé quelques-uns ce matin à Dublin. Et puis, j'ai à l'esprit la ferveur et la gentillesse des milliers de supporters irlandais qui ont chanté dans les rues de France l'été dernier, à l'occasion de l'Euro 2016. Il y avait une chaleur sincère et spontanée. Ce qui reflète la qualité de nos liens et qui tient peut-être au fait que nos pays n'ont jamais été en conflit. Il n'y a qu'un sujet qui conduit à nous affronter - et que nous avons abordé à plusieurs reprises aujourd'hui sans en être embarrassés ni en créant un incident diplomatique - c'est ce qui va se passer samedi à l'Aviva Stadium avec le match de rugby entre la France et l'Irlande. Ce sera un peu plus rugueux.

Nos relations culturelles sont anciennes. Elles sont marqu√©es, par exemple, par la cr√©ation du Coll√®ge des Irlandais √† Paris en 1677 ou la premi√®re chaire d'enseignement du fran√ßais cr√©√©e √† Trinity College en 1776. J'ai visit√© la biblioth√®que magnifique du Trinity College o√Ļ j'ai √©t√© accueilli chaleureusement.

Nos relations économiques sont, elles aussi, très denses. La France est le 4e partenaire commercial de l'Irlande. Les investissements irlandais en France sont en forte accélération. La plus importante opération d'investissements directs étrangers en France en 2015 a été réalisée par le groupe irlandais CRH qui est une entreprise mondiale des matériaux de construction. Les PME irlandaises que j'ai rencontrées ce matin sont très actives et les entreprises françaises sont disponibles pour apporter leur contribution aux projets de modernisation et d'investissement définis par les autorités irlandaises dans le cadre d'une vision stratégique résolument tournée vers l'avenir.

J'ai pu apprécier, au cours de ma visite, le talent, la créativité et le dynamisme de l'Irlande dans tous les domaines. J'ai aussi poursuivi les riches échanges que j'entretiens avec mon collègue et ami Charles Flanagan, que j'avais eu le plaisir de recevoir à Paris le 1er décembre dernier.

Je suis heureux de pouvoir √† pr√©sent m'exprimer dans le cadre de ¬ęl'Institute of International and European Affairs¬Ľ. Nous avons besoin, aujourd'hui sans doute plus que jamais, de prendre le temps de la r√©flexion et du d√©bat pour affronter les grandes crises que traverse notre √©poque et chercher ensemble des r√©ponses nouvelles, adapt√©es et efficaces, aux d√©fis du monde. Ces d√©fis sont nombreux.

Je pense bien évidemment à une menace que n'avions pas imaginée d'une telle ampleur. C'est la menace du terrorisme - qui est nouvelle par son systématisme - qui a frappé, dans toute sa barbarie, la France, nos principaux partenaires et de nombreux pays à travers le monde. En Irak et en Syrie, le combat mené par la coalition internationale conduit Daech à reculer. Mais la menace demeure. Elle peut frapper à tout moment et il y a ce développement sans précédent d'un groupe non étatique - nous avons eu par le passé un terrorisme étatique - qui est déterminé, structuré, pense et qui est hostile à notre mode de vie et à notre façon de vivre en société.

D'autres conflits existent et je pense √† un conflit car il dure depuis si longtemps, c'est le conflit isra√©lo-palestinien. L'engagement p√©riodique de n√©gociations et leur √©chec ont cr√©√© davantage de d√©sillusions et d'amertume sur le terrain chez les Palestiniens, malgr√© l'intense mobilisation internationale, malgr√© la prise de conscience que le statu quo actuel n'est pas tenable et en d√©pit du fait que nous connaissons depuis des ann√©es les contours de la solution, celle de deux √Čtats vivant c√īte √† c√īte en paix et en s√©curit√©. Si j'√©voque particuli√®rement ce point, c'est qu'il ne faut pas le prendre comme un point secondaire. Il est trop ancr√©, trop profond et trop ancien pour que l'on ne le prenne pas encore plus au s√©rieux. Et je remercie une nouvelle fois l'Irlande pour son soutien √† l'initiative fran√ßaise de relance du processus de paix au Proche-Orient et, en particulier, en participant √† la conf√©rence du 15 janvier dernier √† Paris.

Le monde dans lequel nous √©voluons est un monde de tensions et d'instabilit√©, o√Ļ les √©quilibres peuvent √™tre renvers√©s du jour au lendemain, o√Ļ l'action diplomatique de la premi√®re puissance mondiale - les √Čtats-Unis - peut elle-m√™me √™tre source de doutes et d'incertitudes. C'est un fait nouveau qu'il faut regarder en face.

L'Europe n'échappe pas à cette tempête. Les tensions du monde sont à ses portes et ont des conséquences directes sur nos pays européens. Plusieurs régions de notre voisinage sont en proie à l'instabilité et à la guerre. Des millions de réfugiés quittent leur pays pour échapper à la barbarie. Les groupes terroristes menacent directement l'Europe en s'efforçant de semer au sein de nos sociétés la division et la haine.

La crise financi√®re de 2008 a, elle aussi, laiss√© des traces profondes qui n'ont pas disparu compl√©tement. L'Irlande a √©t√© l'un des √Čtats membres de l'Union europ√©enne les plus durement touch√©s par cette crise et l'un des plus courageux en proc√©dant, durant sept ann√©es, √† un ajustement budg√©taire douloureux qui a permis un redressement durable de son √©conomie. Mais le prix √† payer a √©t√© lourd. Dans l'ensemble, l'Europe demeure malheureusement affect√©e par une trop faible croissance li√©e √† des mutations profondes de l'√©conomie, qui cr√©ent des opportunit√©s nouvelles mais aussi de nouveaux risques pour les plus vuln√©rables. Je pense aux cons√©quences de la mondialisation des √©changes et aussi de la r√©volution technologique du num√©rique.

La multiplication des crises, leur ampleur, leur simultanéité et les conséquences qui en découlent, et l'augmentation - malgré des progrès importants - des inégalités déstabilisent et alimentent l'inquiétude des populations européennes. La confiance des peuples dans nos démocraties s'est érodée et le projet européen devient, très souvent, un bouc-émissaire facile pour tous les populistes qui encouragent le retour à la nation comme solution. Et qui nous font revenir largement en arrière puisque cette crainte est celle du retour aux nationalismes qui ont conduit aux catastrophes au XXe siècle sur le continent européen.

Parmi les défis que l'Union européenne doit relever, une décision grave a été prise c'est celle du peuple britannique, celle du Brexit. Le retrait britannique n'est pas une question anecdotique. C'est d'abord un défi technique et juridique, car pour la première fois nous allons devoir défaire un à un les liens que nous avons tissés depuis 1973. Mais c'est aussi un défi politique. Car la décision britannique a mis en lumière les interrogations et les doutes des citoyens sur le projet européen. Pour répondre à ces interrogations, il nous faut agir de manière concrète et efficace, en maintenant la cohésion européenne qui est menacée.

Nous entrons dans une période de doutes, particulièrement perceptibles en Irlande compte tenu de la relation historique qui existe entre votre pays et le Royaume-Uni.

Sa sortie de l'UE soul√®ve des questions in√©dites pour l'Irlande. Je pense notamment √† celle de la libre-circulation des personnes sur l'√ģle, permise par l'existence d'une zone de voyage commune (common travel area). Cette libre circulation est un √©l√©ment central de la paix si ch√®rement acquise. Comme l'a dit votre Premier ministre, l'Union a toujours r√©ussi √† supprimer les barri√®res qui s'√©levaient entre les peuples. Je sais les craintes que suscite ici le retrait du Royaume-Uni en la mati√®re et nous en avons parl√© √† plusieurs reprises.

À bien des égards, nous partageons vos interrogations. La France a aussi des liens très forts avec le Royaume-Uni. Comme vous, nous évaluons  les conséquences du départ des Britanniques sur nos relations, dans les domaines économique, de la défense ou en matière de politique étrangère. Avec le Royaume-Uni, nous sommes membres permanents du conseil de sécurité de l'ONU. Nous devrons faire en sorte que ces liens et nos coopérations bilatérales puissent perdurer, sans que les principes fondamentaux de l'Union soient mis à mal et en nous assurant que les règles du jeu soient équitables. Tout accord sur la relation entre le Royaume-Uni et l'UE devra reposer sur un équilibre entre droits et obligations. Le maintien d'une participation du Royaume-Uni au marché unique devrait passer obligatoirement par l'acceptation des quatre libertés, notamment celle relative à la libre circulation des personnes. Le Royaume-Uni a choisi une autre voie celle de la sortie de l'UE mais aussi de la Cour européenne de Justice, c'est-à-dire du droit européen que nous élaborons en commun pour reprendre sa liberté et sa souveraineté en matière législative. C'est leur choix, il est cohérent mais il faut en assumer les conséquences.

Il ne s'agit en aucun cas de punir le Royaume-Uni. Ce n'est pas la position de la France et ce n'est pas notre intérêt. Nous voulons une approche rationnelle et cohérente de la négociation en étant basé sur nos principes et les règles de droit qui doivent être traitées équitablement mais sans incohérences qui mettraient en péril l'avenir de l'Union européenne. C'est la position de la France qui, je crois, est partagée par l'Irlande - ce qui n'est pas une surprise pour moi - et ce n'est l'intérêt de personne de développer un processus d'agressivité.

Mais il doit être clair que l'on ne peut bénéficier des avantages de l'Union sans respecter les obligations qui en découlent. Le choix de sortir de l'UE est un choix grave qui n'est pas sans conséquence. Mais il faut en assumer la réalité qui vient d'un référendum.

Il faudra bien s√Ľr que nous examinions comment la situation particuli√®re de l'Irlande peut √™tre prise en compte dans ce contexte et dans le respect des dispositions des trait√©s. Et je l'ai dit au Premier ministre comme au ministre des affaires √©trang√®res, vous pouvez compter sur la France pour y contribuer. Nous voulons vous aider pour trouver la bonne solution.

Ma conviction est que l'Union doit sortir plus forte de ces négociations. Cela suppose un engagement renouvelé de notre part, une conviction que l'Europe est seule à même de défendre nos objectifs, nos intérêts et nos valeurs, une détermination à faire prospérer un projet qui a apporté tant de bénéfice aux Européens.

Car, depuis soixante ans, le projet europ√©en a √©t√© suffisamment fort pour se renforcer √† travers les crises. Sommes-nous capables de le dire avec fiert√© ? Soyons fiers de nos r√©alisations, car nous ne parlons pas assez de l'Europe en termes positifs. Les jeunes le font souvent quand ils ont la chance de b√©n√©ficier d'un programme Erasmus mais ce n'est pas suffisant. Dans le monde complexe incertain dans lequel nous vivons aujourd'hui, l'Europe est la premi√®re puissance √©conomique et commerciale. Notre monnaie est la deuxi√®me monnaie de r√©serve. L'Europe est le plus grand espace d√©mocratique, le plus grand espace de libre circulation pour les biens, les capitaux, les services et les hommes. Et aussi que l'Union europ√©enne revendique les meilleures normes sociales et environnementales et les meilleurs standards d√©mocratiques que nous devons d√©fendre dans toute l'Europe. √Ä chaque fois qu'un pays membre de l'UE veut s'en √©loigner, cela nous interpelle. Sommes-nous conscients de la force que nous repr√©sentons, je n'en suis pas s√Ľr. Nous pouvons faire mieux pour mieux d√©fendre mais nous ne pouvons pas nous contenter de d√©fendre mais nous pouvons aussi affirmer que l'avenir du monde passe par des ensembles politiques coh√©rents et stables. L'Union europ√©enne existe et elle doit √™tre renforc√©e et non affaiblie parce qu'elle est utile pour ses peuples, elle les prot√®ge, les d√©fend, leur permet de se projeter dans l'avenir et, dans le m√™me temps, elle est utile au reste du monde comme un grand p√īle de stabilit√© et de progr√®s.

Je suis convaincu que nos concitoyens ne veulent pas ¬ęmoins d'Europe¬Ľ. Vous avez vu qu'apr√®s le Brexit nous avons cru √† une contagion qui allait se propager √† grande vitesse. Ce n'est pas ce qui s'est pass√© m√™me s'il y a toujours des interrogations et des h√©sitations. Intuitivement, les peuples sentent bien qu'il y a un basculement vers l'inconnu. Nous ne pouvons pas prendre de risque de cette nature. Dans le m√™me temps, nos concitoyens veulent une Europe qui r√©ponde mieux √† leurs pr√©occupations. Une Europe qui les prot√®ge, non pas de mani√®re d√©fensive, mais en consolidant notre mod√®le et en assurant sa p√©rennit√©, en le modernisant et en l'adaptant aux d√©fis du monde. Il faut √™tre attentif √† tous les territoires qui composent cette Union europ√©enne.

Les populistes tirent argument des évolutions du monde, de la menace terroriste, de la crise migratoire et de la peur du déclin, pour remettre en cause ce beau projet. L'Europe devient leur bouc-émissaire. Ils font fausse route. Notre responsabilité est de ne pas les laisser concevoir un remède qui serait pire que le mal. C'est à nous de l'expliquer et d'être aussi engagé concrètement pour apporter les réponses lorsqu'elles n'existent pas jusqu'à présent. L'Europe doit rester notre boussole. Nous l'avons édifiée sur des valeurs qui justifient qu'on les défende et sur lesquelles il faut nous appuyer pour préparer notre avenir commun.

Ces valeurs et cet attachement viscéral à l'Europe, je sais que l'Irlande les partage. J'ai été très touché par les mots que le Premier ministre Enda Kenny a prononcé ici il y a une semaine, rappelant que l'Irlande est d'abord une nation au coeur de l'Europe et que cela ne changera pas.

L'Europe, ce sont aussi des solutions collectives aux grands défis du monde. Notre solidarité est essentielle pour promouvoir la paix et la prospérité au sein du continent européen. Notre solidarité, c'est aussi celle avec le reste du monde. Je souhaite souligner l'engagement exemplaire de l'Irlande pour secourir les migrants en Méditerranée, sa généreuse politique d'aide au développement et sa contribution aux Opérations de maintien de la paix, aujourd'hui encore au Liban et au Mali avec la France dans les deux cas. Je pense aussi à la solidarité exceptionnelle exprimée par le peuple irlandais dans les épreuves qui ont endeuillé la France en 2015 et en 2016. Cette solidarité est allée directement au coeur de tous les Français.

Nous partageons les m√™mes pr√©occupations sur l'avenir du continent africain qui doit trouver une esp√©rance. L'Afrique ne doit pas continuellement √™tre consid√©r√©e comme un probl√®me. C'est le continent qui conna√ģt la plus forte progression d√©mographique avec une jeunesse qui est inventive, une soci√©t√© civile qui se r√©veille, des pays qui stabilisent leur gouvernance - m√™me si il y a encore trop de conflits et de mis√®re. C'est notre responsabilit√© comme pays europ√©ens de regarder directement en face ce que l'on peut faire pour aider le continent africain sur les plans de sa s√©curit√©, de son d√©veloppement et de son autonomie. L'Europe peut et doit le faire et cette id√©e progresse.

Nos deux pays ont en commun une forte culture rurale, qui place l'agriculture au centre de nos préoccupations. Cette politique essentielle pour nos territoires restera au coeur de notre action commune. Mais l'Europe souhaitée par la France et l'Irlande va bien au-delà. Elle incarne aussi une certaine conception des relations internationales. Nous sommes attachés au multilatéralisme. Ce multilatéralisme est aujourd'hui en danger et nous devons veiller à construire un ordre mondial consolidé fondé sur des règles, sur la coopération et sur le multilatéralisme.

J'√©tais √† la Conf√©rence de Munich sur la s√©curit√©. J'ai √©cout√© le discours de mon homologue russe - M. Serguei Lavrov avec qui je parle souvent - dans lequel il √©voquait la n√©cessit√© d'un nouvel ordre international ¬ępost-occidental¬Ľ. Si ce mot veut laisser croire que les valeurs qui ont √©t√© la base de la construction de l'ordre international qui a permis la paix - et d'abord en Europe -, ce sont des valeurs occidentales qui le font, alors il y a de quoi s'interroger. Sorties de la Seconde guerre mondiale, les nations ont cherch√© √† construire une paix durable bas√©e sur le droit. Les Nations unies ont √©t√© cr√©√©es alors que les enseignements avaient √©t√© tir√©s de l'√©chec de la Soci√©t√© des Nations et la D√©claration des droits de l'Homme qui a √©t√© adopt√©e en 1948 est une base fondamentale du droit. Un droit qui n'est pas occidental mais universel. Alors, si un ordre international ¬ępost occidental¬Ľ est de remettre en cause les avanc√©es du droit, je crois qu'il y a de quoi s'inqui√©ter. Et de quoi se mobiliser pour tenir bon et proposer une alternative. Et c'est l√† que l'Union europ√©enne doit revendiquer et proclamer, plus qu'elle ne le fait, sa conception des relations internationales.

Et cette question est aussi pos√©e avec l'arriv√©e de Donald Trump √† la Maison Blanche et aussi aux Chinois. J'ai rencontr√© mon homologue chinois √† Munich et il m'a rappel√© son attachement √† cette conception des relations internationales, au libre-√©change et √† une Union europ√©enne forte. Je ne l'ai pas entendu de la part du vice-pr√©sident am√©ricain, Mike Pence, quand il s'est exprim√© √† Munich. Ce dernier s'est d√©plac√© √† Bruxelles o√Ļ il a √©voqu√© la n√©cessit√© de continuer les relations avec l'Union europ√©enne et c'est tant mieux. Mais, nous avons besoin de pr√©cisions sur toutes ces questions car le risque d'isolationnisme am√©ricain existe. Ce n'est pas par des deals que l'on r√®gle les crises et les questions qui sont devant nous mais par une approche multilat√©rale.

Au G20 de Bonn nous avons évoqué l'Afrique, l'agenda 2030 pour le développement avec la conférence de New York et le financement de cet agenda - c'est la conférence d'Addis Abeba pour le développement. Nous avons aussi évoqué la question du climat. C'est l'Accord de Paris qui est un accord multilatéral et qui est l'exemple de la manière dont on peut traiter des grands défis qui sont devant nous. Celui de la transition énergétique n'est pas anecdotique ni une affaire d'experts. C'est une question partagée par la communauté internationale. Nous avons progressé avec cet Accord qui, en moins d'un an, a été ratifié. Cela veut dire qu'il y a une prise de conscience non seulement chez les responsables politiques mais aussi dans les sociétés civiles, très actives dans la préparation de cet Accord, dans les ONG et dans les entreprises. C'est un défi mondial et l'Union européenne peut être en pointe pour porter cette transition énergétique. Elle doit le faire, c'est sa responsabilité. Soyons l'avant-garde de la mise en oeuvre d de l'Accord de Paris.

Je crois aussi au r√®glement des crises par la n√©gociation comme nous l'avons fait avec le nucl√©aire iranien. Bien s√Ľr, il faut rester vigilant et que cet accord soit respect√© mais le remettre en cause serait une grave erreur. Cela ne veut pas dire que l'on ne doit pas discuter avec l'Iran sur d'autres sujets comme le conflit en Syrie

Mesdames et Messieurs,

Tous ces défis que nous avons devant nous nécessitent que les questions soient posées au bon niveau. Si nous voulons que les citoyens de chacun de nos pays aient confiance il faut que nous soyons capables de leur apporter une bonne formation, de bonnes conditions de vie, dans la santé et dans l'éduction, mais aussi de l'emploi. Il faut aussi être capable de leur donner la direction dans laquelle nous voulons aller pour le destin de chacun de nos pays. Ils ont besoin de vision à court, moyen et long termes. C'est le sens de l'engagement que je vois et qu'il faut réaffirmer, notamment quand les pays membres de l'UE vont se retrouver à Rome le 25 mars prochain. Mais il ne faut pas que ce ne soit qu'un moment de commémoration - celle de la signature du Traité de Rome - car nous ne ferions pas ce qu'il faut pour éclairer le chemin et donner de l'espoir et de la confiance.

J'esp√®re que chacun de nos pays apportera sa contribution pour que nous donnions ce signe et qu'un message d'avenir et d'espoir en sorte. Il faut que ce message soit suffisamment fort et entra√ģnant pour qu'il puisse convaincre les sceptiques. C'est notre mission qui est lourde et difficile mais c'est la responsabilit√© et la grandeur du politique de ne pas s'√©loigner des responsabilit√©s qui lui sont confi√©es.

Je suis fier d'√™tre fran√ßais et la France continuera de jouer son r√īle sur la sc√®ne internationale, en particulier comme membre permanent du conseil de s√©curit√©. Mais, en m√™me temps, j'ai conscience des limites de ce que nous pouvons faire seuls. Et j'ai aussi conscience qu'au niveau europ√©en nous pouvons d√©fendre encore mieux les int√©r√™ts de chacune de nos nations. Il n'y a pas √† imaginer l'effacement des nations et de leur identit√© mais il faut ensemble construire quelque chose de plus grand. C'est parfois ingrat car la politique des petits pas nous donne l'impression que les choses n'avancent pas assez vite. Ne n√©gligeons pas les petits pas.

Ces valeurs rappellent de nouveau le plus Fran√ßais des Irlandais, Beckett, qui, dans son roman, Molloy, √©crivait que ¬ęse donner du mal pour les petites choses, c'est parvenir aux grandes, avec le temps¬Ľ. Je vous remercie./.

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5. Irlande - Brexit - Conf√©rence de presse de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Dublin, 22/02/2017)

I'm very happy to be here in Dublin to see again my friend and colleague Charles Flanagan. Thank you very much for your welcome here in your country.

Nous nous voyons souvent et il est vrai que nous avons énormément d'occasions  lors de réunions internationales, européennes. Nous sommes souvent en phase sur de nombreuses questions essentielles. Charles, tu étais venu me rendre visite à Paris au mois de décembre, c'était un moment à la fois officiel mais, en même temps, très amical et chaleureux. Je tenais beaucoup à venir aussi en Irlande pour répondre à ton invitation afin de poursuivre et d'approfondir nos échanges. Nous avons commencé à le faire dès ce matin.

Lors de sa visite ici, à Dublin, en juillet dernier, le président Hollande avait affirmé aussi le souhait de la France : celui de développer et d'approfondir les liens particuliers qui existent entre nos deux pays.

Ces relations entre la France et l'Irlande sont marquées par une longue amitié sincère, profonde, confiante, marquée par l'Histoire mais aussi par de très nombreux partenariats dans beaucoup de domaines.

Au fond, s'il y a des difficultés particulières et des relations un peu rugueuses, elles se limitent essentiellement sur les terrains de rugby. On en aura sans doute encore une illustration samedi prochain à l'Aviva Stadium de Dublin mais, là, je fais confiance aux équipes à la fois pour leur fairplay et pour leur talent.

Charles a également incarné l'amitié et la solidarité irlandaises avec la France. Et je le dis ici, dans cette maison de la diplomatie irlandaise, c'est l'occasion pour moi d'exprimer à nouveau la gratitude de la France pour le formidable appui qu'il nous a toujours manifesté, en particulier lors des attentats qui ont frappé notre pays au cours de ces dernières années. C'est un soutien si chaleureux et si fort, qu'il a exprimé et que le peuple irlandais a exprimé dans son ensemble, qu'il est allé droit au coeur de tous les Français.

√Ä Dublin, j'ai commenc√© ce matin par une rencontre avec les exportateurs puis avec le Premier ministre, avec qui j'ai eu un √©change tout √† fait int√©ressant. √Čchange que je poursuis avec Charles toute une partie de la journ√©e, apr√®s avoir inaugur√© les nouveaux locaux de l'Alliance fran√ßaise. Et, j'ai visit√© la magnifique biblioth√®que du Trinity College.

Ce que nous sommes en train de faire c'est la poursuite de ce que nous avons entrepris depuis longtemps, c'est la construction de notre avenir commun. Pourquoi cela est-il encore plus nécessaire que jamais ? Parce que nous sommes confrontés à un monde qui change, à des évolutions, à des incertitudes, des risques aussi, face auxquels nous devons nous préparer, que nous devons anticiper et, y compris, traiter de façon responsable et efficace la décision du peuple britannique, dite du Brexit, de quitter l'Union européenne.

La discussion va donc bient√īt s'ouvrir entre l'Union europ√©enne et le Royaume-Uni lorsque ce dernier aura notifi√© sa d√©cision et que l'article 50 sera activ√©. Nous savons que c'est un d√©fi pour tous les Europ√©ens. C'est un d√©fi pour nos pays sur les plans √©conomique, politique et diplomatique. Nous avons, sur ces questions, beaucoup en commun. Cela tient bien s√Ľr √† une conception largement convergente de la construction europ√©enne, cela tient aussi √† certaines caract√©ristiques communes √† nos deux pays. Et je retrouve, dans l'analyse et les orientations qui ont √©t√© donn√©es il y a tout juste un mois par Charles, les m√™mes principes que ceux qui guident l'action de la France¬†: la clart√© dans l'√©nonciation des enjeux, la volont√© de renforcer la coh√©sion et l'unit√© de l'Union europ√©enne, le respect des principes fix√©s par les Europ√©ens pour la conduite des n√©gociations.

Bien s√Ľr, nous avons nos sp√©cificit√©s et l'Irlande en a une qui tient √† sa g√©ographie et √† son histoire. Je comprends parfaitement les interrogations que suscite la sortie du Royaume-Uni et les inqui√©tudes aussi. L'accord du ¬ęgood Friday¬Ľ rev√™t pour l'Irlande un caract√®re essentiel. La France le comprend parfaitement et je l'ai dit ce matin √† Charles, il nous reviendra - en tant qu'Europ√©ens et en tant qu'amis de l'Irlande - de travailler pour en assurer la bonne mise en oeuvre dans le contexte nouveau du Brexit. Vous y √™tes attach√©s √† juste titre. Il faut donc trouver la bonne solution. Un travail a d√©j√† commenc√©, il faut le poursuivre. En ce qui concerne la France, nous sommes dispos√©s √† aider.

Dans les prochains mois, la négociation entre le Royaume-Uni et l'Union européenne devra être suivie avec la plus grande précision, la plus grande attention, la plus grande précaution. Mais, en même temps, cette négociation ne doit pas mobiliser toute notre énergie, nous devons également nous consacrer au renforcement de l'Union européenne, les 27 qui resteront ensemble. Car nous avons la même conviction, celle que le Taoiseach a réaffirmé, ce qu'il m'a dit encore ce matin et, récemment, dans son discours du 15 février : la construction européenne et l'avenir de nos pays sont étroitement liés.

C'est pourquoi il est important de préparer les échéances à venir. Je pense en particulier au sommet du 25 mars à Rome à l'occasion du 60e anniversaire du Traité de Rome, qui doit nous permettre de réaffirmer notre engagement européen, de tracer les orientations pour l'avenir, une Europe qui réponde aux défis auxquels nous sommes confrontés, qui apporte davantage de protection et de sécurité, qui contribue à la croissance et à l'emploi, qui effectue aussi la nécessaire transition énergétique et numérique et qui permette aux jeunes Européens d'accéder au savoir, à la formation et à l'emploi.

Ce sont ces questions que nous allons approfondir tout au long de cette journ√©e de s√©ances de travail en commun. Et, bien s√Ľr, comme Charles l'a fait, nous allons aborder les principaux dossiers internationaux. Sur beaucoup d'entre eux, nous partageons la m√™me vision et les m√™mes principes. Les m√™mes valeurs nous animent et, en particulier, nous sommes attach√©s au multilat√©ralisme. Cela se traduit par la forte contribution de l'Irlande aux op√©rations de maintien de la paix √† laquelle je tiens ici √† rendre hommage. Et c'est le cas depuis des ann√©es.

Je voudrais encore une fois remercier l'Irlande et, en particulier, Charles Flanagan pour son soutien constant aux initiatives de la France concernant la paix au Proche-Orient et √† la r√©affirmation de la n√©cessit√© de deux √Čtats. L'Irlande a √©t√© active dans la pr√©paration des diff√©rentes √©tapes et, en particulier, pour la conf√©rence du 15 janvier consacr√©e √† cette tr√®s importante question.

Nos discussions, bien entendu, prennent en compte les √©volutions du monde, je l'ai dit, mais pas seulement les √©volutions √©conomiques, sociales ou environnementales, mais aussi les √©volutions politiques. Bien s√Ľr, nous parlerons de la n√©cessaire clarification de la position am√©ricaine concernant notamment l'Europe et le multilat√©ralisme, et beaucoup d'autres questions √† la suite de l'√©lection aux √Čtats-Unis. C'est l'un des sujets que nous aurons l'occasion d'aborder et d'approfondir.

Q - Monsieur le Ministre, qu'attendez-vous de l'Irlande concernant la négociation du Brexit ? Et qu'est-ce que la France peut apporter dans les négociations avec l'Irlande ?

R - L'Irlande et la France partagent la m√™me approche concernant la m√©thode pour n√©gocier, dans un premier temps, les conditions de sortie ¬Ė dans le cadre de l'article 50 et il y a un mandat du Conseil europ√©en au n√©gociateur Michel Barnier - qui permettent, dans les deux ans que durera cette n√©gociation, de traiter l'ensemble des questions qui rel√®vent de la s√©paration. Il faudra le faire dans un esprit constructif, √©quitable, qui pr√©serve les int√©r√™ts de l'Union europ√©enne et qui donne aussi la possibilit√©, pour la deuxi√®me n√©gociation, des perspectives pour un cadre clair de la relation future entre l'Union europ√©enne et le Royaume-Uni.

Dans ce cadre, nous savons que la question de la frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord est une question sensible. C'est un enjeu à la fois humain, historique, politique, économique et, j'ai évoqué les accords du Vendredi Saint, la stabilité du processus de paix et de réconciliation en Irlande du Nord est un acquis.

C'est un acquis pour les Irlandais eux-m√™mes, mais c'est un acquis de la communaut√© internationale et c'est un acquis de l'Union europ√©enne. Nous comprenons les cons√©quences que le retrait du Royaume-Uni a sur la question de la fronti√®re. C'est notre responsabilit√© commune d'Europ√©ens de permettre aux principes de l'accord du Vendredi Saint d'√™tre pr√©serv√©s. Et nous, la France, amie de l'Irlande, c'est de notre responsabilit√© particuli√®re d'√©couter ce que les Irlandais nous disent sur cette question. Quant aux modalit√©s concr√®tes, elles seront pr√©cis√©es bien entendu dans le respect du droit des exigences communautaires, mais le travail a d√©j√† commenc√©. La France est disponible pour aider. Je suis s√Ľr que nous trouverons la solution car nous devons trouver la solution./.

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6. Union europ√©enne - Climat - D√©claration √† la presse de Mme S√©gol√®ne Royal, ministre de l'environnement, de l'√©nergie et de la mer, charg√©e des relations internationales sur le climat, √† son arriv√©e au conseil environnement (Bruxelles, 28/02/2017)

Q - Pensez-vous parvenir à un accord aujourd'hui sur la réforme du marché du carbone ?

R - C'est indispensable de parvenir à un accord, on a beaucoup travaillé en ce sens. Il faut que l'Europe garde son leadership dans le domaine climatique. C'est aujourd'hui la première décision opérationnelle après l'Accord de Paris, bien évidemment en plus de toutes les décisions nationales qui ont été prises sur les transitions énergétiques dans chacun des pays, et l'adhésion des pays aux différentes coalitions. Maintenant, il faut donner le signal fort sur les ETS et sur le prix du carbone. Je crois que les choses ont beaucoup progressé, je pense que l'Europe est consciente de ses responsabilités.

Je crois aussi qu'au niveau des chefs d'√Čtat et de gouvernement, il y a eu beaucoup d'√©changes. Nous c√©l√©brons, vous le savez, le 25 mars, l'anniversaire du Trait√© de Rome. Le pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise r√©unit aussi le 6 mars plusieurs pays europ√©ens, dont l'Allemagne. Il y a eu des √©changes entre le pr√©sident fran√ßais et la chanceli√®re allemande, et il y a une vraie volont√© d'aller de l'avant au-del√† des diff√©rences des tissus industriels de chacun des pays.

Nous devons √† la fois donner un prix du carbone significatif, c'est l'engagement de la COP21 avec la coalition prix du carbone. Il serait d'ailleurs bon que l'ensemble des pays europ√©ens adh√®re √† cette coalition du prix du carbone. Il faut aussi bien √©videmment prot√©ger les industriels, les prot√©ger jusqu'√† une certaine limite, c'est-√†-dire sans que cela n'entra√ģne une baisse du prix du carbone qui n'a plus de sens. Et puis enfin il faut √™tre solidaire √† l'√©gard des pays qui ont besoin d'un peu plus de temps pour r√©aliser leur transition √©nerg√©tique. Donc je crois que toutes les donn√©es sont aujourd'hui sur la table.

Le travail a été très important pour préparer cette réunion et j'ai bon espoir que nous puissions terminer cette journée sur un accord qui rendra l'Europe fière de ce qu'elle fait par rapport à sa responsabilité particulière sur l'origine du réchauffement climatique. C'est l'Europe industrialisée aussi qui a utilisé l'énergie fossile et qui doit aujourd'hui montrer l'exemple à l'égard du reste du monde, notamment des pays les plus vulnérables qui subissent le réchauffement climatique sans en être à l'origine. Donc nous avons une responsabilité particulière.

J'espère que nous serons à la hauteur de cette responsabilité particulière car il faut bien comprendre aujourd'hui que nous construisons l'économie verte et que dans l'économie verte, productrice d'activités, d'emplois et de valeur ajouté, il n'y a pas d'opposition entre l'industrie et le climat. Bien au contraire, la lutte contre le réchauffement climatique et le recul des énergies fossiles est un levier nouveau de créativité économique, de créativité industrielle et de création d'emplois. Nous devons faire en sorte que nos entreprises, notamment celles qui n'ont pas encore compris cette mutation énergétique, puissent la comprendre et puissent s'engager très fermement dans la transition énergétique parce que c'est leur intérêt.

Q - Le prix de la tonne de carbone est-il beaucoup trop bas aujourd'hui pour être incitatif ?

R - Oui, il est beaucoup trop bas. Aujourd'hui le prix du carbone est beaucoup trop bas, c'est pourquoi il faut un accord aujourd'hui pour rehausser ce prix du carbone avec des mécanismes qui ont été bien anticipés, bien travaillés, et qui correspondent à un juste équilibre entre une hausse du prix du carbone et en même temps des mécanismes qui permettent d'accélérer la transition énergétique.

Q - Y a-t-il des pays européens comme l'Allemagne, la Pologne, qui ne veulent pas d'une politique européenne trop contraignante ?

R - Je crois qu'il y a bien s√Ľr des lobbies qui sont tr√®s forts, et pourtant ces lobbies industriels profitent des investissements dans la transition √©nerg√©tique. Ce sont parfois les m√™mes qui crient le plus fort et qui font le plus de profits dans la transition √©nerg√©tique. Il ne faut donc pas baisser les bras, il faut √™tre bien clair sur les enjeux. Ce sont des d√©cisions politiques au plus haut niveau, qui engagent l'avenir de nos pays et non pas les int√©r√™ts particuliers de telle ou telle fili√®re industrielle, qui en plus a int√©r√™t √† investir dans les √©nergies propres.

En tout cas, en ce qui concerne l'Allemagne, je le disais à l'instant, la chancelière allemande Angela Merkel est très à l'offensive sur la question climatique. Elle s'est beaucoup impliquée sur la conférence de Paris sur le climat, elle a une position très claire sur ce sujet-là et il ne faudrait pas que les industriels parlent à sa place. Au contraire, l'Allemagne a une politique tout à fait exemplaire dans ce domaine, et, par conséquent, la France compte sur l'Allemagne pour être à l'offensive sur la question des stratégies bas carbone. Pour la Pologne il y a des mécanismes de solidarité qui sont mis en place. Il est très important que la Pologne comprenne que ces mécanismes de solidarité sont un atout considérable pour ce pays. Là aussi il faut que les choses bougent dans le bon sens pour que nous puissions dégager un accord et un consensus aujourd'hui dont le Parlement européen se saisira./.

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