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Déclarations officielles de politique étrangère du 03 février 2015


Sommaire



1. Point de presse - Climat/OCDE/Participation de M. Fabius Ă  une table-ronde - UE/DĂ©placement conjoint de M. Harlem DĂ©sir avec son homologue britannique sur le plateau de Saclay - CoopĂ©ration dĂ©centralisĂ©e/Première rĂ©union de la commission nationale de la coopĂ©ration dĂ©centralisĂ©e - Nigeria - JournĂ©e des mĂ©tiers du MAEDI - Diplomatie Ă©conomique/Italie/Remise du prix Franci@Innovazione - Union africaine - AlgĂ©rie (Paris, 03/02/2015)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et répondu aux questions suivantes :

1 - Climat - OCDE - Participation de M. Laurent Fabius à une table-ronde (Paris, 3 février 2015)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, a participé ce matin au siège de l'organisation de coopération et de développement économiques à une table-ronde sur la lutte contre le dérèglement climatique et le développement durable.

Avec la participation de responsables ministériels, d'experts et de représentants d'entreprises et d'organisations internationales venus du monde entier, les échanges ont notamment porté sur les distorsions de compétitivité freinant la lutte contre le dérèglement climatique et sur «l'agenda de solutions», qui recense les actions du secteur privé en faveur de la transition vers des économies à basse intensité en carbone.

La rencontre a permis d'identifier des pistes de coopération pour assurer une meilleure coordination des politiques nationales.

Cette réflexion a vocation à être approfondie dans la perspective de la conférence «Paris Climat 2015». M. Laurent Fabius a également fait le point avec M. Angel Gurria, secrétaire général de l'OCDE, sur les enjeux de l'année 2015, dont la réunion ministérielle de l'OCDE prévue début juin et que la France coprésidera.

2 - Union européenne - Déplacement conjoint de M. Harlem Désir avec son homologue britannique sur le plateau de Saclay (4 février 2015)

M. Harlem Désir, secrétaire d'État aux affaires européennes, recevra demain son homologue britannique, M. David Lidington, afin de travailler au renforcement de notre coopération bilatérale et d'oeuvrer au niveau européen pour la croissance, l'emploi et l'innovation.

MM. Désir et Lidington visiteront l'Institut Villebon Charpak (pôle de recherche et d'enseignement supérieur Paris Tech), établissement proposant une réinsertion scolaire et un projet professionnel à des jeunes issus de zones sensibles et ayant connu une rupture dans leur parcours éducatif.

Ils se rendront ensuite au commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives, afin de visiter le centre de recherche Nano-INNOV, soutenu par les fonds européens.

Accréditations : secretariat-presse.cabaeu@diplomatie.gouv.fr ou 01 43 17 55 76.

3 - Coopération décentralisée - Première réunion de la commission nationale de la coopération décentralisée (Paris, 3 février 2015)

Mme Annick Girardin, secrétaire d'État au développement et à la Francophonie, a présidé aujourd'hui la première réunion annuelle de la commission nationale de la coopération décentralisée.

Cette rencontre a permis de faire le point sur les projets prioritaires de notre coopération décentralisée pour 2015. Ils auront notamment pour priorités la place de la jeunesse, l'agenda des solutions face au dérèglement climatique, le développement durable et le financement du développement.

Espace de dialogue et de concertation, la commission nationale de la coopération décentralisée rassemble des représentants des associations nationales de collectivités locales et l'ensemble des ministères concernés.

4 - Nigeria - Attaques terroristes à Gombe (2 février 2015)

La France condamne les attentats perpétrés ces derniers jours dans la ville de Gombe.

Nous adressons nos condoléances aux familles des victimes. Les auteurs doivent être traduits en justice.

En prenant notamment pour cible le 2 février un meeting de soutien à un candidat à l'élection présidentielle, les responsables de ces actes odieux ont une fois de plus mis en évidence leur rejet de la démocratie.

La France apporte son soutien aux autorités et au peuple du Nigeria dans leur lutte contre le terrorisme. Elle soutient la tenue d'élections libres, transparentes et pacifiques, en faveur desquelles se sont engagés les candidats.

5 - Journée des métiers du ministère des affaires étrangères et du développement international (Paris, 7 février 2015)

A l'occasion de sa journée des métiers, le ministère des affaires étrangères et du développement international invite le samedi 7 février 2015 tous les publics à découvrir l'univers de la diplomatie et la diversité de ses activités.

La conduite de la politique étrangère et l'animation de notre réseau à l'étranger font appel à une palette très large de compétences. La journée des métiers sera l'occasion de rencontrer les agents du ministère et de se renseigner sur les métiers et les carrières. Le ministère des affaires étrangères recrute chaque année, par concours et par contrat, des agents de toute catégorie et de tout profil, ainsi que des volontaires internationaux et des stagiaires.

Les visiteurs pourront choisir leur itinéraire au sein d'un programme original : parcours dédié à la conférence «Paris Climat 2015», simulations de points de presse et de négociations internationales, jeux de rôles, ateliers interactifs, conférences, etc.

La journée des métiers a lieu pour la première fois au centre de conférences ministériel situé 27 rue de la Convention, Paris 15e. L'entrée se fera de 10h à 18h, sans inscription préalable.

Pour plus d'information : http://www.diplomatie.gouv.fr

6 - Diplomatie économique - Italie - Remise du prix Franci@Innovazione (Rome, 3 février 2015)

Mme Catherine Colonna, ambassadrice de France en Italie, a décerné ce matin à Rome le prix Franci@Innovazione à six «jeunes pousses» en phase de création.

Avec ce prix, soutenu par Castaldi Mourre & Partners, Michelin, Altran et le réseau français d'innovation RETIS, l'ambassade de France en Italie dispose d'un deuxième programme de soutien à l'innovation. Un premier prix, Franci@StartUp, avait été attribué en juin 2014 pour distinguer une start-up déjà établie.

Ces prix s'intègrent dans le cadre de l'initiative «Jeunes Entrepreneurs», qui permet au ministère des affaires étrangères et du développement international d'encourager les innovateurs étrangers à se développer en France ou à y chercher des partenaires et des investisseurs.

Pour plus d'informations :
www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-economique-et-commerce/actualites-liees-a-la-diplomatie-23093/2015/article/diplomatie-economique-remise-du

7 - Union africaine

Q - Quelle est votre réaction à l'élection de Robert Mugabe à la présidence de l'Union africaine ?

R - La France prend note de l'élection à la présidence de l'Union africaine, lors du 27ème sommet de l'organisation qui s'est tenu à Addis Abeba, du président zimbabwéen Robert Mugabe.

Nous saluons l'action de la présidence mauritanienne qui vient de s'achever. Elle a montré sa détermination à oeuvrer pour la paix et la sécurité, en s'engageant dans la gestion des crises et la lutte contre le terrorisme.

La France, qui souhaite poursuivre son partenariat actif avec l'Union africaine, soutient l'intégration sur le continent et le renforcement des capacités africaines de réaction aux crises.

8 - Algérie

Q - Didier Vignaud, un Français travaillant en Algérie se dit séquestré par les autorités algériennes depuis le 19 novembre 2014. Quelle est votre réaction ?

R - La situation de M. Didier Vignaud, qui réside en Algérie depuis plusieurs années, est bien connue de notre consulat général à Alger qui est en contact régulier avec lui./.

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2. NigĂ©ria - Boko Haram - RĂ©ponse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, Ă  une question Ă  l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 03/02/2015)

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Monsieur le Député,

Qui sont les dirigeants de Boko Haram ? Ce sont de faux religieux et de vrais criminels.

Vous étiez il y a peu de temps dans la région et vous avez mesuré le degré d'atrocité qui augmente chaque semaine. Certains disent que tout cela est loin : non, on ne peut pas réagir comme cela, d'abord pour des raisons humaines et humanistes évidentes, et puis parce que non seulement le Nigéria est concerné, mais le Cameroun, le Niger, le Tchad, l'Afrique centrale et l'ensemble de l'Afrique le sont aussi.

C'est la raison pour laquelle la France, vous le rappeliez, s'est mobilisée la première. Il y a eu cette conférence de l'Élysée au mois de mai dernier à l'initiative du président de la République.

Peu à peu, même si c'est très tardif, il y a toute une série de réactions positives. Le Tchad a eu le courage d'engager ses troupes aux côtés du Cameroun. Récemment - c'est la dernière initiative -, l'Union africaine a décidé de lancer un appel et a levé jusqu'à 7.500 personnels pour mener la charge contre Boko Haram. La France soutient bien sûr cette initiative qui passera sans doute bientôt devant le Conseil de sécurité des Nations unies.

Mais la France ne peut pas toute seule résoudre la question. Elle a donc besoin de l'ensemble des nations d'Afrique ; nous avons besoin des États-Unis et de l'Europe. C'est dans ce sens que nous allons agir. Nous avons commencé d'agir mais il faut mobiliser encore bien plus l'ensemble de la communauté mondiale./.

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3. Tourisme - PrĂ©sentation du guide Michelin France 2015 - Allocutions de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international (Paris, 02/02/2015)

Madame,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

La présentation du guide Michelin au Quai d'Orsay est une première. Il est vrai que le Quai d'Orsay est davantage habitué à recevoir des diplomates chevronnés ou des généraux étoilés plutôt que des chefs étoilés, mais puisque vous m'en aviez fait la proposition, j'ai accepté volontiers. Pourquoi ? D'abord parce que la promotion du tourisme et le commerce extérieur sont maintenant dans la compétence du Quai d'Orsay, ce n'était pas le cas avant. J'ai souhaité qu'il en soit ainsi et c'est fait.

Pour développer le tourisme, pour développer le commerce extérieur, comme vous l'avez souligné, la gastronomie est un ambassadeur extraordinaire. Dans ce domaine, le guide Michelin est la référence mondiale. C'est donc une très bonne idée. J'irai plus loin : la gastronomie française c'est la France.

Quand on demande aux citoyens du monde quel est le pays de la gastronomie, c'est la France qui est citée en tête et je pense que c'est très important pour notre image. L'excellence et la créativité sont liées à la gastronomie française et aux chefs étoilés.

Vous le voyez, mon discours est très bref mais il est sincère et chaleureux.
Mes collaborateurs sont habilités à ce que l'on appelle le «secret défense» mais je dois dire qu'ils n'ont pas été en mesure de savoir, malgré cette habilitation, quels allaient être les chefs qui sont distingués aujourd'hui. Cela prouve à quel point le guide Michelin est efficace.

Sans connaître les lauréats, je leur adresse déjà mes félicitations parce qu'ils sont et vont être des formidables ambassadeurs de la France./.

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Monsieur le Président,

Monsieur le Directeur,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Merci d'être là ce soir. Quand on a une belle maison comme celle-ci - dont on est le locataire provisoire -, il faut la faire partager ; c'est le sens des deux événements que nous avons connus aujourd'hui.

Ce matin, les nouveaux chefs étoilés ont été honorés. Cet après-midi, le rassemblement est plus vaste. Il ne faut pas oublier ceux qui étaient déjà étoilés et qui le restent. Je voudrais présenter mes chaleureuses félicitations aux uns comme aux autres.
Monsieur le Président, le hasard des choses a fait que j'étais samedi en Chine, dans l'un des centres de recherche de Michelin ; aujourd'hui, nous sommes ensemble pour fêter le Guide. Je suis assez ancien pour supporter les commentaires qui seront faits à ce propos et l'on connaît mon indépendance qui est égale à celle de vos inspecteurs, tout simplement parce que, comme vous l'avez très bien dit, ma tâche est de contribuer à faire rayonner la France.

Il y a, bien sûr, la diplomatie classique mais il y a aussi d'autres éléments que j'ai demandé au président de la République et au Premier ministre de faire entrer dans les compétences de cette maison, c'est-à-dire le commerce extérieur et la promotion du tourisme parce que la France, c'est tout cela à la fois. Non seulement je ne le regrette pas mais j'en suis extrêmement heureux. Si je consacre du temps à cet aspect - la gastronomie, la promotion du tourisme - ce n'est pas parce que je manque d'ouvrage par ailleurs : le conflit israélo-palestinien, la situation en Ukraine, ce qui se passe en Syrie, en Irak et ailleurs... Tout cela - qui en général est malheureusement tragique - suffirait à occuper mon temps, mais la France n'est pas simplement une diplomatie classique, l'image de la France est un ensemble de choses.

Lorsque vous parlez à des amis étrangers de ce qu'est la France, lorsque vous leur demandez ce qu'est la France, il y a un certain nombre d'idées, d'images, de noms, de réalités qui viennent immédiatement à l'esprit. Il est vrai que la France est l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Il est vrai que la France est une grande puissance militaire et c'est bien utile quand on a à lutter contre le terrorisme. Il est vrai que la France a une économie puissante qui, malgré nos difficultés, reste tout de même la cinquième du monde. Il est vrai que nous avons une grande culture, une histoire remarquable, avec de grands personnages, mais l'un des éléments qui compose le prestige et l'identité même de la France, c'est sa gastronomie.

Il se trouve que le guide Michelin est la référence dans ce domaine et la gastronomie française, c'est la France. C'est la raison pour laquelle, avec la complicité de tous les professionnels, j'ai décidé de mettre en avant cet atout qui est tout à fait exceptionnel. Cet atout, parfois on nous le conteste, j'ai l'impression que dans un certain nombre de critiques qui sont portées sur notre gastronomie, il y a une sorte de variante culinaire du «French bashing». On nous explique que c'était bien avant mais que peut-être, sur certains points, nous avons pris du retard. Je ne suis pas un théoricien, je suis un praticien, j'aime bien manger et bien boire et je constate qu'il y a une créativité - c'est le mot qui me vient à l'esprit - qui dans ce domaine existe incontestablement. D'ailleurs, n'est-ce pas ce mot de «créativité» qui permet, transversalement, de rendre compte de ce qu'est le génie de la France ?

Nous ne sommes pas le plus grand pays du monde mais nous sommes un pays extraordinairement créatif. Mesdames et Messieurs, c'est tout cela qui est représenté ce soir à travers vous.

Alors merci, merci de ce que vous avez dit sur la diplomatie française, je transmettrai. Je voudrais rappeler avec l'accent anglais ce joli mot de Winston Churchill qui avait beaucoup d'humour et qui, voulant mobiliser ses soldats pendant la Deuxième Guerre mondiale, leur a dit : «N'oubliez pas Messieurs que vous ne vous battez pas seulement pour la France, vous vous battez pour le champagne.» Je crois que l'on peut retenir cela.

Vous êtes ici chez vous, dans une maison qui a à coeur de bien accueillir ses hôtes. Lorsque je reçois des chefs d'État, des chefs de gouvernement ou des ministres étrangers, je tiens à leur montrer que la réputation de la gastronomie française n'est pas usurpée.

Bien évidemment, comme nous sommes les uns et les autres tous attachés à l'emploi et à l'économie, rappelons que le secteur que vous représentez est l'un des plus créateurs, qu'il crée des emplois en France et que la marge de progression est considérable.

Pour toutes ces raisons, vous me trouverez toujours à vos côtés pour défendre et pour promouvoir ce que vous représentez toutes et tous si bien, la gastronomie française.

Je vous remercie./.

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4. Nations unies - Climat - Lutte contre le terrorisme - Proche-Orient - RĂ©publique centrafricaine - Syrie - Iran - Audition du reprĂ©sentant permanent de la France au Conseil de sĂ©curitĂ© et chef de la mission permanente française près les Nations unies devant la commission des affaires Ă©trangères de l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 20/01/2015)

Merci, Madame la Présidente, de votre accueil. C'est un honneur tout particulier pour moi d'être reçu par la Commission.

Je concentrerai mon propos liminaire sur trois points : les premiers enseignements que je tire de ma fonction à New York, nos principales priorités transversales pour 2015 dans le cadre des Nations unies et un coup de projecteur vu de New York sur les crises que vous avez évoquées.

Je retire trois principaux enseignements de ma fonction Ă  New York.

D'abord, l'influence très particulière de la France à l'ONU, qui n'a, me semble-t-il, pas d'équivalent ailleurs. Celle-ci repose sur trois facteurs.

Premier facteur : notre statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Non seulement la France est l'un des cinq «grands» à l'ONU, mais elle mérite chaque jour ce statut en s'y montrant l'un des États les plus actifs sur tous les fronts. C'est vrai au Conseil de sécurité comme à l'Assemblée générale, dans la myriade de comités et sous-comités qui marquent la vie de la communauté des nations, sur le dossier clé des droits de l'Homme, dans les agences ou les actions de terrain.

Deuxième facteur : nos leviers - à travers par exemple la francophonie, notre influence en Afrique, notre capacité de projection de forces ou notre leadership dans le domaine des droits de l'Homme - jouent à fond aux Nations unies et nous y assurent une influence maximale. La force de la France est de pouvoir y jouer sur tout le clavier de la «puissance d'influence», comme le dit Laurent Fabius, en s'appuyant sur une approche globale et inclusive, sans naïveté bien sûr, comme trait d'union et pont entre les différents mondes composant la communauté internationale, ainsi que comme promoteur inlassable du dialogue des cultures et des civilisations. Cette «griffe» est, me semble-t-il, la plus conforme à nos valeurs tout en servant le mieux nos intérêts nationaux. On le voit lors des nombreuses élections qui rythment la vie des Nations unies, comme avec la brillante élection récente de Marc Perrin de Brichambaut à la Cour pénale internationale malgré un contexte compliqué, on le voit aussi sur des dossiers clés comme le réchauffement climatique ou la lutte contre le terrorisme, où il nous faut rassembler des pays et groupes de pays qui défendent spontanément des positions différentes.

Troisième facteur : notre image à l'ONU reste exceptionnelle. J'ai demandé au secrétaire général de la délégation française à la dernière session de l'Assemblée générale de noter dans les discours des près de 200 chefs d'État et de gouvernement quels étaient les pays les plus cités. Il en ressort que la France est non seulement largement en tête des pays les plus cités, mais que les références à notre pays sont presque toujours très positives.

Mon deuxième enseignement, en miroir du précédent, est que la France, plus peut-être qu'aucun autre pays, parie sur les Nations unies et a pour intérêt fondamental une ONU forte. C'est vrai sous l'angle stratégique : nous sommes, comme le souligne Laurent Fabius, passés du monde bipolaire de la Guerre froide au «moment unipolaire» de la présidence de George W. Bush puis à un monde apolaire, avec l'objectif de construire un monde multipolaire organisé. Dans ce schéma, les Nations unies ont un rôle essentiel à jouer comme l'un des éléments clés de ce monde multipolaire, permettant précisément d'organiser la coopération entre ses différents pôles. C'est vrai aussi si on raisonne dossier par dossier, la France se caractérisant par son attachement à la légalité internationale. Nous sommes d'ailleurs bien perçus, parmi toutes les puissances des Nations unies, comme l'une de celles sinon celle qui est la plus en ligne avec cette organisation et ses objectifs.

Troisième enseignement : les Nations unies sont un baromètre inégalé, derrière les discours, de l'évolution des rapports de puissance. Et on ne peut qu'être frappé sur ce point par la montée en puissance des pays émergents et l'affirmation de la Chine en particulier, qui est palpable, notamment au Conseil de sécurité. En témoignent la place croissante de ce pays dans les opérations de maintien de la paix, en Afrique en particulier, ou le rôle de plus en plus important de mon collègue chinois, qui est d'ailleurs remarquable, à la table du Conseil. Élément intéressant, cette affirmation se traduit du reste par une certaine autonomisation de Pékin vis-à-vis de Moscou au Conseil de sécurité. Je pourrais évoquer aussi l'activisme de pays comme le Brésil ou l'Inde, pour ne citer qu'eux, dans les autres enceintes des Nations unies.

S'agissant de nos priorités à l'ONU pour 2015, dans le cadre tracé par le président de la République et M. Fabius, on peut en définir pour schématiser - et sans aucune exhaustivité - trois principales.

Première série de priorités, stratégiques : tirer parti du soixante-dixième anniversaire des Nations unies que nous célébrons cette année pour promouvoir la réforme de cette organisation, qui nous est chère, et dans ce cadre l'élargissement du Conseil de sécurité, qui constitue une de nos lignes stratégiques, mais aussi la limitation volontaire par les cinq membres permanents du Conseil de l'usage du veto en cas d'atrocités de masse - crimes de génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre de grande ampleur. Cette initiative française connaît un écho très large et croissant à New York. L'événement organisé par Laurent Fabius et son collègue mexicain à New York en septembre dernier est ainsi, de tous les événements montés à l'occasion de la dernière Assemblée générale des Nations unies, celui qui a eu de loin le plus de succès et le plus d'impact. Je participerai d'ailleurs demain à un séminaire organisé par le Quai d'Orsay, dans lequel Laurent Fabius et Hubert Védrine, à qui notre ministre a confié une mission pour renforcer encore la mobilisation internationale autour de cette initiative française, interviendront.

À ces priorités stratégiques, j'ajoute pour mémoire la succession de Ban Ki-moon, dont le deuxième mandat s'achève à la fin de l'année 2016. La campagne pour sa succession, qui doit revenir en principe à un Européen de l'Est, n'a pas encore véritablement commencé et devrait progressivement monter en puissance au deuxième semestre de cette année.

Deuxième série de priorités : les grands dossiers transversaux. Je mentionnerai dans ce cadre, sans chercher à être exhaustif, deux priorités de premier plan pour la France.

Première priorité : les négociations sur le climat. Certes, le coeur de la négociation n'a pas lieu à New York et se déroule, pour ce qui concerne l'ONU, dans le cadre de la convention cadre des Nations unies sur le changement climatique, dont le secrétariat est à Bonn. Mais les choses se jouent en partie à New York, notamment sur le plan de la mobilisation de la communauté internationale. On l'a vu avec le sommet sur le climat, qui a été un grand succès organisé par Ban Ki-moon en septembre dernier, auquel a participé le président de la République. L'année 2015 verra une succession de conférences et de sommets onusiens majeurs sur le climat et la problématique du développement, deux problématiques qui sont intimement liés à l'ONU. Parmi eux, un événement de haut niveau sera organisé sur le climat le 29 juin prochain à l'Assemblée générale des Nations unies, à New York, sur lequel nous sommes en train de travailler avec Sam Kutesa, le président de l'Assemblée générale. À cela il faut ajouter notamment, jalonnant la route vers la COP21 à Paris, la conférence majeure sur le financement du développement à Addis-Abeba en juillet et le sommet sur le programme de développement post-2015 à New York en septembre.

Mon équipe et moi sommes donc très mobilisés sur ce dossier du climat, dans trois directions notamment. En premier lieu, vérifier que le mécanisme de coordination ONU-coprésidence française-coprésidence péruvienne fonctionne bien pour la préparation de la COP21 de Paris en décembre prochain. En deuxième lieu, créer des coalitions pour le climat avec nos grands partenaires européens, américains et chinois, mais aussi avec tous nos autres partenaires. Nous avons ainsi monté - et continuons à monter - avec mon collègue péruvien toute une série d'événements avec, par exemple, les représentants des petits États insulaires des Caraïbes et du Pacifique, notamment les pays côtiers menacés par la montée des eaux, pour constituer des coalitions nous permettant de créer les conditions d'un accord à Paris. En troisième lieu, associer le monde économique et les collectivités locales à nos efforts. Nous montons ainsi par exemple avec Michael Bloomberg, que je connais depuis longtemps, des événements communs à New York pour mobiliser le monde des affaires et l'associer à cette action.

Deuxième priorité transversale : la lutte contre le terrorisme. Les Nations unies ont eu à la suite des récents attentats qui nous ont frappés une réaction à bien des égards exemplaire. À notre initiative, le Conseil de sécurité a ainsi adopté une déclaration de condamnation très ferme le jour même des attentats contre Charlie Hebdo, puis organisé - fait exceptionnel - une minute de silence de l'ensemble de ses membres. Dans le même esprit, Ban Ki-moon est venu à la mission permanente signer le registre de condoléances mais aussi, ce qui est particulièrement rare, s'y exprimer devant les médias, y compris en français. J'étais naturellement à ses côtés.

Symétriquement, notre pays est en pointe dans les efforts conduits aux Nations unies pour mobiliser davantage l'ONU dans la lutte contre le terrorisme.

Je donnerai à cet égard trois exemples de ce que peut faire cette organisation. D'abord, nous avons dès juin 2014 soulevé aux Nations unies la problématique des combattants terroristes étrangers, à l'occasion de la revue de la stratégie antiterroriste de cette organisation, et nous avons joué un rôle clé dans la négociation de la résolution 2178 contre ces combattants, qui a été adoptée par le Conseil de sécurité en septembre dernier à l'occasion d'un sommet du Conseil sous la présidence du président Obama, en présence du président de la République. Deuxièmement, et au-delà de cette activité normative, la France est particulièrement active également sur la problématique des sanctions, qui est un instrument-clé des Nations unies contre le terrorisme. Cela concerne à la fois la mise sous sanctions d'entités ou d'individus dans le cadre des comités compétents - notre pays a ainsi obtenu la mise sous sanctions en novembre dernier d'Ansar al-Charia en Libye - et, de manière générale, la lutte contre le financement du terrorisme. Nous avons à cet égard pour atout le fait que la direction exécutive du Comité contre le terrorisme des Nations unies soit présidée par un magistrat français, le juge Jean-Paul Laborde, qui est le deuxième Français le plus haut placé dans le système des Nations unies, avec le rang de secrétaire général adjoint. Enfin, nous nous efforçons de mobiliser davantage l'ONU sur le thème de la lutte contre la radicalisation, démarche préventive que l'organisation a trop peu conduite jusqu'ici et sur laquelle nous sommes engagés pour établir un dialogue approfondi avec l'ensemble des pays concernés et les représentants de la société civile. Il s'agit de mettre au point une analyse commune des menaces, de tenter de mettre les mêmes mots pour en rendre compte - ce qui n'est pas facile, comme le montrent par exemple les différends et malentendus sur l'emploi du terme d'«Islam radical» - et d'établir sur cette base une coopération internationale accrue sur les racines du terrorisme.

Enfin, troisième série de priorités, ce sont naturellement les grandes crises, qui connaissent une accumulation sans précédent. Comme la quasi-totalité de ces crises trouvent leur traduction à la table du Conseil de sécurité, celui-ci connaît aussi un volume de travail sans précédent.

Concernant le processus de paix au Proche-Orient, depuis l'échec en avril dernier de la médiation conduite par John Kerry, il est au point mort et chaque jour qui passe ne fait qu'aggraver la situation. À Gaza, la guerre a conduit à des destructions plus importantes que toutes les guerres précédentes. À Jérusalem, la situation se tend sur le terrain politique mais aussi religieux. La viabilité de la solution des deux États, endossée par le Conseil de sécurité ainsi que par les autorités israéliennes et palestiniennes, se trouve ainsi chaque jour davantage mise en péril.

Face à cette réalité, la France a fait le constat de l'incapacité du processus de paix, tel qu'il était conduit jusqu'à présent, à déboucher sur un règlement effectif du statut final. Ce processus, tel qu'on le connaît depuis Oslo, repose sur trois piliers : une négociation bilatérale entre Israéliens et Palestiniens; une médiation par les États-Unis, perçus comme étant les seuls à avoir la confiance d'Israël et des leviers pour peser sur ses décisions ; un financement par les acteurs tiers, dont l'Union européenne, les Nations unies et les pays arabes. Dans ce schéma, le Conseil de sécurité s'est trouvé marginalisé par les États-Unis, qui considéraient l'implication de celui-ci comme contradictoire avec le principe selon lequel il revenait aux deux parties de négocier et non de se voir imposer un accord. Washington craignait aussi de perdre la main sur cette négociation, tout cela dans un cadre de politique intérieure fortement contraint.

Dans ce contexte, le président Abbas a proposé à New York en septembre dernier un projet de résolution, qui n'avait aucune chance d'être adoptée, proposant la fin de l'occupation israélienne sur une période de deux ans. Face à ce double constat de blocage, côté américain et palestinien, la France a proposé une voie alternative avec un changement de méthode de négociation, dans le sens d'une démarche à la fois plus collective et plus structurée, que nous considérons indispensable pour aboutir à un résultat. Le coeur de notre initiative est de proposer un accompagnement international des négociations. C'est dans cet esprit que nous avons préparé un projet de résolution articulé autour de trois éléments clés : la définition des paramètres du statut final, qui s'inspirent largement des paramètres agréés au niveau européen ; la relance des négociations dans le cadre d'une architecture internationale renouvelée, impliquant notamment, aux côtés des États-Unis, les autres membres permanents du Conseil de sécurité, l'Union européenne et la Ligue arabe ; l'établissement d'un calendrier de deux ans pour la conclusion des négociations.

Dans ce contexte, l'annonce d'élections israéliennes en mars prochain et la décision palestinienne de précipiter un vote le 30 décembre dernier, sur la base de pressions de politique intérieure à Ramallah, ont certes créé un contexte nouveau. La démarche consensuelle proposée par la France n'en reste pas moins perçue à New York comme une référence, particulièrement utile pour le jour où les conditions d'une négociation sérieuse à New York seront réunies. En outre, certains des États qui sont entrés au Conseil de sécurité le 1er janvier dernier, comme l'Espagne ou la Nouvelle Zélande, sont très proches de nos positions, et les autres membres européens du Conseil, à commencer par la Grande-Bretagne, sont soucieux de trouver une voie de sortie par le Conseil à travers une démarche collective. C'est donc à l'honneur de la France de rester engagée et de continuer à promouvoir une relance du processus. Beaucoup dépendra naturellement de l'attitude de Washington, dans un contexte où après l'échec de la médiation de John Kerry certains responsables américains paraissent plus que par le passé soucieux de mutualiser les risques d'une reprise des négociations et ce faisant, dans une certaine mesure, les responsabilités correspondantes.

S'agissant de la Syrie, il y a trois angles d'approche Ă  l'ONU: les angles politique et humanitaire ainsi que le volet des armes chimiques.

La démarche de M. de Mistura nous paraît intelligente en ce sens qu'elle vise à promouvoir un accord sur Alep - qui est une de nos toutes premières priorités - pour éviter un désastre humanitaire, qui serait aussi un désastre politique, et contribuer à construire sur cette base un règlement politique qui doit selon nous être fondé sur le communiqué de Genève, qui est la seule ligne d'accord sur le plan international, acceptée par les Russes, prévoyant expressément une transition politique à Damas. Comme nous le craignions, les conditions d'un tel accord sur Alep paraissent néanmoins difficiles à réunir. De même, nous en saurons davantage dans les prochains jours sur l'initiative russe d'une réunion à Moscou des représentants du régime et de l'opposition.

Mais le fait est qu'aux Nations unies ce volet politique est peu évoqué, compte tenu des oppositions entre les membres du Conseil de sécurité. Deux autres volets sont en fait au coeur de l'agenda de l'organisation : le volet humanitaire, car on est parvenu à trouver difficilement avec les Russes un moyen d'améliorer l'acheminement de l'aide humanitaire en Syrie ; et le problème des armes chimiques, qui reste pour nous une vraie source de préoccupation À cet égard, le Conseil a adopté la résolution 2118, à la suite de la fameuse attaque chimique de la Ghouta en août 2013. Sur cette base, le désarmement chimique engagé entre les Nations unies et l'Organisation internationale des armes chimiques (OIAC) a permis d'importants progrès, mais nous souhaitons maintenir la vigilance du Conseil sur au moins deux points qui nous inquiètent : les incertitudes qui demeurent au sujet de la sincérité de la déclaration initiale faite par la Syrie à l'OIAC sur son programme chimique, et surtout les nombreux cas avérés d'emploi de gaz de chlore en Syrie en 2014. Nous sommes en train de discuter avec nos partenaires du Conseil de sécurité les termes d'un texte condamnant ces attaques

(Interventions des parlementaires)

Face aux Palestiniens, qui demandaient le retrait des forces israéliennes des territoires occupés dans un délai de deux ans et aux Américains et aux Britanniques, qui ne voulaient pas de délai, nous avons proposé une solution de compromis consistant à prévoir un tel délai non pour la fin de l'occupation israélienne, mais pour l'achèvement des négociations.

Par ailleurs, nous considérons que la légitime défense et la demande de l'État irakien nous placent dans un cadre de légalité internationale avérée, sans avoir besoin de résolution supplémentaire.

Nous sommes sans doute le pays le plus actif aujourd'hui dans la recherche d'une démarche collective et consensuelle sur le conflit israélo-palestinien, même si chacun sait combien le chemin est difficile. C'est d'autant plus important que le statu quo conduit chaque jour à nous éloigner davantage de la solution des deux États et à favoriser la montée des extrémismes, ce qui n'est dans ni dans l'intérêt d'Israël ni dans celui des Palestiniens. La séquence des dernières semaines conduit en effet à un risque d'escalade, ou de fuite en avant, que nous nous efforçons de prévenir avec nos partenaires.

Après le formidable élan d'unité suscité par les attentats de Paris et la marche de chefs d'État la plus importante depuis les funérailles du président Kennedy, le fait que le message de la France à travers «Je suis Charlie» soit perçu par certains comme ayant une tonalité antimusulmane a un écho en effet à New York. Dans la ligne des déclarations publiques des autorités françaises, la seule réponse possible me paraît être d'expliquer inlassablement nos positions, avec pédagogie et respect, et de tenir un langage condamnant avec la même force l'islamophobie, l'antisémitisme et le racisme.

S'agissant de la lutte contre le financement de Daech, c'est naturellement une priorité. Des résultats ont été obtenus, puisque selon certaines études récentes les revenus tirés par Daech de l'exploitation pétrolière sur le théâtre syro-irakien ont d'ores et déjà été divisés par près de deux.

La France estime que Daech et Bachar sont les deux faces d'une même médaille, que le premier a été nourri par la politique du président syrien et que la seule ligne possible est donc de soutenir l'opposition modérée, la seule à incarner une alternative démocratique possible

Je crois comme vous qu'un vent de désengagement souffle aujourd'hui sur les États-Unis, même s'il faut garder une certaine prudence pour la suite car il n'est pas impossible qu'un futur président plus interventionniste puisse changer le cours des choses.

Face aux drames provoqués par Boko Haram, la France est en première ligne pour tenter de mobiliser la communauté internationale, comme on l'a vu avec la conférence de Paris en mai dernier. Ces efforts trouvent naturellement leur prolongement à New York.

La France est l'un des pays les plus engagés, y compris à New York, pour renforcer la priorité et les moyens consacrés à la lutte contre la culture de la drogue en Afghanistan. C'est l'un des principaux messages que porte notre pays sur ce dossier dans les enceintes onusiennes.

Quant à l'Iran, la baisse du prix du pétrole contribue incontestablement, avec les sanctions, à priver ce pays d'une partie de ses ressources et donc, peut-on espérer, à l'encourager à conclure un accord sur le nucléaire.

Sur la Centrafrique, nous faisons en sorte que le Conseil de sécurité demeure attentif à la situation du pays. On a le sentiment vu de New York que, si la situation y reste difficile, la transition politique est vraiment engagée derrière la présidente transitoire et que la force des Nations unies, la MINUSCA, s'est déployée dans des conditions satisfaisantes. Nos partenaires à l'ONU créditent la France, ses forces armées et sa diplomatie, d'avoir permis d'éviter un génocide et de rétablir un processus politique et de stabilisation piloté par les Nations unies.

S'agissant de la position des membres permanents du Conseil de sécurité sur l'initiative française d'encadrement de l'usage du veto, il faut distinguer entre les Britanniques - favorables -, les Américains - qui sont partagés - et les Chinois et les Russes - auprès desquels, il ne faut pas s'en cacher, il reste un gros travail de conviction à réaliser. Mais nous avons derrière nous l'immense majorité de la communauté internationale.

Vous avez tout à fait raison, avec les autres pays émergents le Brésil sera un des acteurs clés sur le climat en vue de la COP21.

Les chrétiens d'Orient constituent en effet une préoccupation qui s'exprime dans le cadre des Nations unies, et sur laquelle, pour des raisons historiques et politiques, on se tourne assez spontanément vers nous.

Concernant l'élargissement du Conseil de sécurité, nous le soutenons pour les deux catégories de membres, permanents et non permanents. Nous appuyons en particulier les efforts du G4, groupe réunissant le Japon, l'Allemagne, le Brésil et l'Inde, dans le cadre d'une réforme du Conseil préservant le droit de veto et la position de la France comme membre permanent.

Comme vous le soulignez, la résolution 2192 adoptée en décembre dernier a condamné l'utilisation d'armes lourdes par le régime syrien et les groupes d'opposition dans la zone d'observation des Nations unies sur le Golan. Cette zone frontalière a vu ces derniers mois une progression des groupes d'opposition djihadistes, en particulier le Jahbat al-Nusra, au détriment de l'armée syrienne. Les casques bleus ont été conduits à évacuer l'essentiel de leurs positions pour se regrouper de manière temporaire du côté israélien de la frontière en raison des risques sécuritaires. Nous nous efforçons de préparer les Nations unies à se redéployer dans la zone de séparation dès que les conditions de sécurité le permettront de manière à rétablir autant que possible la stabilité aux frontières sur le Golan.

L'onuscepticisme existe en effet et je l'ai particulièrement ressenti dans mon précédent poste à Washington. Mais pour nous Français, l'ONU est une organisation d'autant plus essentielle qu'elle correspond fondamentalement à nos intérêts, à nos valeurs, et que nous y disposons d'une influence sans équivalent par rapport aux autres organisations internationales.
Je considère l'Assemblée générale comme le «réacteur nucléaire» des Nations unies, le lieu où se dessinent les grands mouvements de la communauté des Nations, un lieu où nous devons être omniprésents, peut-être plus encore que par le passé, sachant qu'il n'y a pas de petit combat et que toutes les questions qui y sont traitées méritent notre attention et notre engagement. Je suis donc favorable à ce que nous soyons davantage présents dans cette instance - j'en donne d'ailleurs tous les jours la consigne à mes équipes -, même si le renforcement des attributions de l'Assemblée générale est une autre question.

La résolution 2178 contient des éléments importants sur la lutte contre les combattants terroristes étrangers. Ce texte, négocié de haute lutte, nous permet au quotidien de faire valoir nos vues et d'encourager les États réticents à faire adopter des législations allant dans le même sens que la nôtre.

La Russie est en effet une des clés de la solution en Syrie. C'est la raison pour laquelle nous nous efforçons de rétablir des ponts avec ce pays là où nous le pouvons, notamment sur les volets humanitaire et chimique du dossier syrien - avec certains résultats sur ces deux fronts. C'est plus complexe sur le volet politique, pour lequel nous attendons les résultats des réunions de Moscou.

Sur le conflit israélo-palestinien, il n'y a pas aujourd'hui d'autre piste réellement articulée sur la table que celle évoquée par la diplomatie française pour construire une démarche plus collective et plus structurée vers la solution des deux États.
Sur le dossier nucléaire iranien, il est vrai qu'Israël apprécie la fermeté française - nos interlocuteurs israéliens nous l'indiquent également à New York.

Une des grandes difficultés que nous avons aux Nations unies est en effet de définir une appréciation commune - et partant une position commune - sur l'islam radical, car l'expression est perçue de manière très différente selon les pays. D'où la nécessité d'un dialogue sur ce point, que la France s'efforce de promouvoir.

Mme la présidente de la commission des affaires étrangères - C'est le cas pour tous les mots, même celui de jihadisme.

M. le représentant permanent - C'est vrai et il n'y a pas de recette miracle. La seule est d'expliquer nos positions.

Enfin, nos partenaires au sein des Nations unies ne perçoivent guère la France comme étant «alignée» sur les États-Unis au Moyen-Orient - ou ailleurs. Notre pays est perçu et apprécié comme une voix forte et indépendante./.

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