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Déclarations officielles de politique étrangère du 26 janvier 2015


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Diplomatie d'influence/Ouverture par M. Laurent Fabius du colloque international de la Fondation Alliance fran√ßaise - Kowe√Įt/D√©placement de M. Laurent Fabius - UE/D√©placement de M. Harlem D√©sir au Parlement europ√©en - Soudan/Nouveau bombardement de l'h√īpital g√©r√© par M√©decins sans Fronti√®res - Zambie/√Člection de M. Edgar Lungu - R√©publique centrafricaine/Enl√®vement du ministre de la jeunesse et des sports (25 janvier 2015) - Terrorisme (Paris, 26/01/2015)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et répondu à la question suivante :

1 - Diplomatie d'influence - Ouverture par M. Laurent Fabius du colloque international de la Fondation Alliance française (Paris, 26 janvier 2015)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, ouvre aujourd'hui le 36ème colloque international de la Fondation Alliance française. Ces rencontres réunissent, du 26 au 28 janvier, les principaux acteurs et responsables du réseau des alliances françaises dans le monde, soit plus de 500 participants.

Pr√©sid√©e par M. J√©r√īme Cl√©ment, la Fondation Alliance fran√ßaise coordonne les 830 alliances du r√©seau. Dans 135 pays, elles accueillent plus de 500 000 √©tudiants par an, avec pour mission de d√©velopper l'enseignement du fran√ßais et les √©changes culturels.

Ce colloque, qui a lieu tous les 18 mois, constitue un temps privil√©gi√© de r√©flexion, d'√©change et de partage d'exp√©riences. Il sera √©galement l'occasion de faire le point sur les perspectives de ce r√©seau qui joue un r√īle majeur dans l'action culturelle ext√©rieure de la France.

2 - Kowe√Įt - D√©placement de M. Laurent Fabius (27 janvier 2015)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, se rendra demain au Kowe√Įt. Il y rencontrera les plus hautes autorit√©s du pays : l'√©mir Cheikh Sabah Al Ahmad, le Premier ministre Cheikh Jaber Al Moubarak, le vice-Premier ministre et ministre des affaires √©trang√®res Cheikh Sabah Al Khaled, le pr√©sident du Parlement M. Marzouq Al Ghanim et le ministre des finances, M. Anas Al Khaled. M. Laurent Fabius sera accompagn√© d'une d√©l√©gation d'entreprises.

Les √©changes permettront d'√©voquer l'ensemble des volets de notre coop√©ration bilat√©rale ainsi que les principales questions r√©gionales, notamment la lutte contre Daech et le terrorisme, combat dans lequel le Kowe√Įt joue un r√īle important.

Alors que nous célébrons le cinquantenaire de nos relations diplomatiques, cette visite illustrera l'amitié exceptionnelle qui unit nos deux pays.

3 - Union européenne - Déplacement de M. Harlem Désir au Parlement européen (Bruxelles, 26 janvier 2015)

M. Harlem D√©sir, secr√©taire d'√Čtat aux affaires europ√©ennes, se rend aujourd'hui au Parlement europ√©en √† Bruxelles pour des entretiens avec M. Guy Verhofstadt, pr√©sident du groupe Alliance des d√©mocrates et des lib√©raux pour l'Europe, et M. Arnaud Danjean (parti populaire europ√©en), membre de la commission des affaires √©trang√®res et de la sous-commission s√©curit√© et d√©fense.

Il travaillera avec ses interlocuteurs aux mesures n√©cessaires sur le plan europ√©en pour lutter efficacement contre le terrorisme, dont les discussions en cours sur le ¬ęPassenger name record¬Ľ (PNR) europ√©en. D√©gager un accord au Parlement europ√©en et mettre en place un PNR europ√©en le plus rapidement possible sont des priorit√©s.

Une solution européenne doit être privilégiée, aussi bien en termes d'efficacité que pour protéger les libertés individuelles.

4 - Soudan - Nouveau bombardement de l'h√īpital g√©r√© par M√©decins sans Fronti√®res (20 janvier 2015)

La France condamne le bombardement de l'h√īpital g√©r√© par M√©decins sans Fronti√®res (MSF) √† Frandala (Sud Kordofan), qui a bless√© deux personnes, dont un employ√© de MSF. Apr√®s ce second bombardement en sept mois, MSF a annonc√© √™tre contrainte de suspendre son assistance √† la population locale.

La France rappelle que les attaques d√©lib√©r√©es contre des h√īpitaux et autres lieux accueillant malades ou bless√©s peuvent constituer des crimes de guerre.

Nous appelons au rétablissement dans les meilleurs délais de l'accès humanitaire dans les zones de conflit et à la reprise du dialogue entre parties, conformément aux engagements pris à Addis Abeba le 5 septembre 2014.

5 - Zambie - √Člection de M. Edgar Lungu (20 janvier 2015)

La France salue le bon déroulement des élections présidentielles du 20 janvier en Zambie.

Elle félicite le nouveau président, Edgar Lungu, avec lequel elle souhaite travailler au renforcement des relations d'amitié et de coopération entre nos deux pays.

6 - République centrafricaine - Enlèvement du ministre de la jeunesse et des sports (25 janvier 2015)

La France condamne l'enlèvement le 25 janvier à Bangui de M. Armel Ningatoloum Sayo, ministre de la jeunesse et des sports.

Nous appelons à sa libération immédiate et inconditionnelle.

La France réitère son soutien aux autorités de transition centrafricaines dans leurs efforts de paix et de réconciliation.

7 - Terrorisme

Q - Qui représentera le gouvernement à l'arrivée à Roissy à 13h30 du corps d'Hervé Gourdel ? Laurent Fabius ?

R - M. Laurent Fabius est actuellement à Roissy pour accueillir la dépouille d'Hervé Gourdel. Cette cérémonie se déroule dans l'intimité./.

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2. Gr√®ce - √Člections - Entretien avec M. Tsipras - Communiqu√© de la pr√©sidence de la R√©publique (Paris, 26/01/2015)

Le président de la République s'est entretenu cet après-midi avec le nouveau Premier ministre grec, M. Tsipras.

Le pr√©sident de la R√©publique a exprim√© sa volont√© de favoriser les discussions et le dialogue afin de permettre √† la Gr√®ce de retrouver le chemin de la stabilit√© et de la croissance, dans l'esprit de solidarit√© et de responsabilit√© qui rassemble les Europ√©ens. Il a indiqu√© que la France sera aux c√īt√©s de la Gr√®ce dans cette p√©riode importante pour son avenir.

Le président de la République a invité M. Tsipras à se rendre rapidement à Paris./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Gr√®ce - √Člections - R√©sultats - Communiqu√© de la pr√©sidence de la R√©publique (Paris, 26/01/2015)

Le président de la République félicite M. Tsipras de la victoire de Syriza aux élections législatives grecques.

Le président de la République rappelle l'amitié qui unit la France et la Grèce et fait part à M. Tsipras de sa volonté de poursuivre l'étroite coopération entre nos deux pays, au service de la croissance et de la stabilité de la zone euro, dans l'esprit de progrès, de solidarité et de responsabilité qui est au coeur des valeurs européennes que nous partageons./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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4. Lutte contre le terrorisme - Climat - Questions √©conomiques - Discours de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, au Forum √©conomique mondial de Davos (Davos, 23/01/2015)

Je voudrais remercier le professeur Schwab de m'avoir invité ici dans ce Forum. Je m'associe à l'hommage qu'il a rendu au roi Abdallah et à la peine de l'Arabie Saoudite en ces instants. Mais je suis reconnaissant au professeur Schwab d'avoir rappelé les circonstances dans lesquelles j'interviens, aujourd'hui, au nom de mon pays.

La France a √©t√© frapp√©e par une attaque terroriste pendant trois jours. Elle a fait face, avec dignit√©, avec unit√©, avec efficacit√©. Elle a aussi b√©n√©fici√© d'une solidarit√© exceptionnelle, avec la pr√©sence de nombreux chefs d'√Čtat et de gouvernement venant du monde entier et notamment de l'Europe qui a parfaitement compris de quoi il s'agissait. Au-del√† de la France, c'est la libert√©, c'est la d√©mocratie, c'est la capacit√© √† vivre ensemble, c'est le fondement m√™me de nos soci√©t√©s qui ont √©t√© attaqu√©s ! Je dois ici vous le dire nettement et franchement : tous les pays du monde sont susceptibles d'√™tre touch√©s par le terrorisme. Beaucoup l'ont d√©j√† √©t√©. D'autres craignent de l'√™tre. Tous doivent s'y pr√©parer.

Notre principal devoir, c'est la lucidit√©. Le terrorisme a une source qu'il convient d'abord de nommer : l'islamisme radical, c'est √† dire l'id√©ologie meurtri√®re d'Al-Qa√Įda, de Daech, de Boko Haram et de tous ceux qui s'en r√©clament. Le terrorisme a des terrains sur lesquels il prosp√®re : les conflits en Irak, en Syrie ou les crises au Y√©men, dans le Sahel. Le terrorisme a aussi des moyens d'action puissants, comme il n'en a sans doute jamais d√©ploy√©s. Il se nourrit des trafics de toutes natures : trafics d'armes, de drogues, d'√™tres humains. Il est aliment√© par des flux financiers consid√©rables, par le blanchiment d'argent, par la criminalit√© transnationale.

Le terrorisme utilise toutes les technologies, y compris celles qui peuvent faire la prosp√©rit√© par l'√©change de savoirs et l'information... Je veux parler d'Internet que le terrorisme utilise comme une arme : une arme d'endoctrinement, une arme de manipulation, une arme de confusion. Le terrorisme a aussi des liens avec nos soci√©t√©s. Il recrute dans nos pays, ceux que l'on appelle les ¬ęcombattants √©trangers¬Ľ. Sur 40.000 terroristes que Daech mobilise, 10.000, c'est-√†-dire le quart, sont √©trangers au Moyen-Orient.

Lorsqu'un pays est frapp√©, la r√©ponse est, bien s√Ľr, l'unit√© nationale ! La France a fait face et a pris des mesures. Mais la r√©ponse doit √™tre globale, elle doit √™tre internationale, elle doit √™tre partag√©e. Partag√©e par les √Čtats et les gouvernements qui sont en premi√®re ligne, mais aussi par les entreprises, notamment les plus grandes, qui ont aussi √† intervenir.

Mais je reviens d'abord sur ce qui rel√®ve des √Čtats et notamment de la France : apporter des solutions aux conflits qui n'ont que trop dur√©. Je pense √† la Syrie, o√Ļ une transition politique doit √™tre trouv√©e ; elle a √©t√© trop longtemps attendue. √Ä l'Irak, o√Ļ la France participe √† une large coalition pour appuyer ceux qui font face en premi√®re ligne au terrorisme de Daech. √Ä l'Afrique, o√Ļ la France est pr√©sente et continuera √† l'√™tre, plus que jamais, pour apporter son aide aux pays qui connaissent le fl√©au du terrorisme. Je pense bien s√Ľr au Sahel, mais je sais aussi ce qu'est la situation au Nig√©ria, au Cameroun, au Niger et au Tchad, attaqu√©s par Boko Haram. La France ne pourra pas tout faire ! La France ne pourra pas agir seule. Mais chaque fois qu'elle le pourra, elle le fera, pour montrer l'exemple.

Mais il faut appeler à la mobilisation la communauté internationale. Chaque fois qu'on laisse un conflit ou une crise durer, le terrorisme s'en empare. Regardons ce qui se passe en Libye : suite à une intervention qui n'a pas été appuyée et accompagnée, l'unité de ce pays a volé en éclats et des groupes terroristes ont pu s'y installer durablement.

La France sera là, toujours là. La France, c'est un rayonnement international, ce sont des valeurs, ce sont des principes, c'est un idéal de liberté. Nous ne le gardons pas pour nous-mêmes, nous entendons le partager avec le monde entier. La France sera en avant-garde quand il est nécessaire de l'être, nous l'avons été en Afrique. La France appelle donc une nouvelle fois la communauté internationale à être à la hauteur de la menace que nous rencontrons.

Pour la conjurer, il faut aussi lutter contre tous les trafics : la circulation des armes, les mouvements financiers. L√† aussi, je pense que nous devons faire davantage. L'Europe devra prendre rapidement des d√©cisions pour renforcer l'efficacit√© des contr√īles aux fronti√®res, pour identifier les terroristes, pour d√©tecter leurs d√©placements et les dangers qu'ils peuvent porter par eux-m√™mes. Nous devons installer un registre des passagers a√©riens. C'est un grand programme qui doit √™tre mis en place dans le respect de nos libert√©s.

Nous devons aussi, au niveau européen comme au niveau national, empêcher l'utilisation d'Internet à des fins de haine et de violence ; informer davantage nos services pour les faire coopérer entre eux ; investir dans la cyber-défense et la cyber-sécurité. Tout ce que fera la France, elle le fera pour elle-même, pour sa propre sécurité, certes ; mais elle le fera aussi pour l'Europe et pour le monde.

Certes, c'est un investissement. Certes, cela co√Ľte cher, √† un moment o√Ļ mon pays, comme d'autres, doit r√©duire ses d√©ficits, ma√ģtriser sa d√©pense, faire des r√©formes. Mais je consid√®re que cet investissement est celui que la France doit porter, pour elle-m√™me, pour l'Europe et pour le monde. On ne peut pas pr√©tendre √™tre une bonne Nation si l'on n'est pas capable de donner au monde ce qu'il attend de nous, c'est-√†-dire de la France.

Et puis, il y a aussi des actions que nous devons mener, dans nos propres pays, contre ce qui alimente le terrorisme : les ph√©nom√®nes sectaires et fondamentalistes ; et contre ce qui peut √™tre un terreau : les s√©gr√©gations urbaines. D'o√Ļ les efforts que nous devons d√©ployer dans un contexte que je viens d'indiquer. Ils sont n√©cessaires pour la coh√©sion, pour la solidarit√©, pour la s√©curit√©. Nous y mettrons encore des moyens.

D'o√Ļ l'importance des politiques de croissance, pour cr√©er les emplois n√©cessaires ; des politiques de formation et de qualification pour permettre √† la jeunesse d'avoir une perspective et un espoir. L'√©conomie est une r√©ponse contre la d√©sesp√©rance, la pauvret√© et les risques d'instabilit√© et d'ins√©curit√©.

Ici, à Davos, en parlant d'économie, en parlant de croissance, en parlant d'innovation, en évoquant la confiance, vous devez servir aussi la sécurité, la stabilité, la solidarité. C'est une responsabilité commune. Je vous appelle donc, forces vives du monde, grands acteurs économiques, chefs des plus grandes entreprises de la planète, je vous appelle donc, pas simplement à la vigilance, mais à l'engagement.

Je m'adresse en particulier aux grandes entreprises du num√©rique, pour qu'elles puissent prendre leur part, identifier les contenus ill√©gaux, les rendre inaccessibles et faire en sorte d'√©tablir une forme de r√®gle, parce que vous √™tes aussi partie prenante de la r√©gulation. J'appelle le syst√®me financier √† couper les sources d'alimentation du terrorisme, √† en terminer avec les paradis fiscaux, √† lutter contre le blanchiment de l'argent. C'est notre int√©r√™t commun. Ne laissez pas agir aujourd'hui une b√™te qui vous frappera aussi, le moment venu. Plus largement, je m'adresse √† toutes les entreprises pour qu'elles apportent un appui au d√©veloppement √©conomique et social des √Čtats les plus fragiles.

Au nom de la solidarité, au nom aussi de la sécurité, j'en appelle également à vous pour conjurer une autre menace, celle qui pèse sur l'avenir même de notre planète. Nous devons lutter sans plus tarder contre le réchauffement climatique.

Vous avez rappel√©, Monsieur le Pr√©sident, que la France allait accueillir, √† la fin de l'ann√©e, la Conf√©rence sur le climat. Mais nous n'allons pas simplement accueillir une conf√©rence ! Pas simplement √™tre les h√ītes de nombreux chefs d'√Čtat et de gouvernement et de milliers de participants ! Pas simplement pour faire des d√©clarations de principe ! Pas simplement pour livrer un constat ! Pas simplement pour nous fixer des rendez-vous ! √Ä la Conf√©rence sur le climat de Paris, il doit y avoir un accord, un accord global et contraignant, qui permette d'engager une v√©ritable lutte contre le r√©chauffement climatique.

C'est le grand d√©fi du XXI√®me si√®cle. Le temps est en effet r√©volu o√Ļ l'Homme pouvait puiser de mani√®re d√©sinvolte, √©go√Įste, dans des ressources consid√©r√©es comme in√©puisables. On le sait maintenant, la Terre n'est ni une marchandise, ni une rente. C'est un patrimoine, un patrimoine que nous avons en commun.

Les cons√©quences du r√©chauffement sont d√©sormais enti√®rement connues. Ce ne sont plus des hypoth√®ses, ce sont des certitudes : et si rien n'est fait, le sc√©nario, c'est un r√©chauffement de quatre degr√©s Celsius d'ici la fin du si√®cle, alors qu'il faudrait rester au-dessous de deux degr√©s ! Nous en connaissons les cons√©quences : le niveau des oc√©ans pourrait augmenter par endroits, de plusieurs m√®tres ! Ce qui signifierait la disparition certaine de plusieurs √Čtats insulaires dans le Pacifique ou encore dans l'Oc√©an indien, et des d√©g√Ęts consid√©rables sur le littoral de tous les continents. Sur les 25 villes qui, en 2015, dans le monde, comptent plus de dix millions d'habitants, 19 sont situ√©es sur des c√ītes. Ce qui revient √† dire que 200 millions de personnes sont directement menac√©es par le r√©chauffement climatique, avec toutes les cons√©quences √©conomiques qu'un tel sc√©nario peut √©voquer.

Les réfugiés climatiques, nous connaissons déjà les réfugiés des guerres et des crises, j'évoquais la Syrie à l'instant. Les réfugiés climatiques sont plus nombreux aujourd'hui, que ceux liés aux conflits et aux crises. On en a compté plus de 20 millions. Là aussi, c'est une responsabilité morale ! C'est une responsabilité politique, parce que, à des crises mal réglées, peuvent s'ajouter d'autres conséquences dues au dérèglement climatique.

Mais je veux également éclairer une face plus confiante de notre avenir, la transition énergétique. C'est aussi une opportunité, c'est une capacité de croissance que nous pouvons maintenant développer. Nous avons devant nous, un monde qui change, un modèle qui s'efface, c'était celui du XXe siècle avec les énergies fossiles, principaux moteurs de la croissance.

Aujourd'hui, nous sommes entrés dans l'après-carbone avec toutes les mutations qui vont être maintenant en cascade, mutations technologiques, mutations industrielles et dans tous les domaines, dans tous les secteurs : transports, construction, énergie, ville durable, mais aussi santé, alimentation, numérique, nouvelles technologies, c'est toute notre économie qui va changer si nous avons la volonté d'accélérer le temps, d'accélérer le cours de nos décisions.

La lutte contre le d√©r√®glement climatique est √©galement un enjeu de solidarit√©. Les pays les plus touch√©s sont d√©j√† les pays les plus vuln√©rables, comme s'il y avait une fatalit√©, qu'aux in√©galit√©s d√©j√† insupportables, entre les productions et les revenus, s'ajoutait, h√©las, l'accumulation des calamit√©s sur les m√™mes ! Et si nous ne parvenons pas √† rassurer les pays les plus fragiles et les pays √©mergents, il n'y aura pas d'accord √† la conf√©rence de Paris. Il n'y aura v√©ritablement de conclusion que, si les pays qui n'ont pas pr√©lev√© sur les ressources jusque-l√† du monde, de la plan√®te, peuvent √™tre rassur√©s quant √† leur d√©veloppement √©conomique. C'est la raison pour laquelle je m'engagerai, personnellement, avec les chefs d'√Čtat et de gouvernement qui voudront bien s'associer - et je sais qu'ils seront nombreux - pour obtenir un r√©sultat sur le financement de l'accord de Paris sur le climat.

C'est la question du fonds vert, ce fonds qui doit recueillir des capitaux pour permettre la transition √©nerg√©tique des pays √©mergents et des pays les plus fragiles. 10 milliards d'euros ont √©t√©, jusque-l√†, collect√©s. Et nous savons que pr√®s de 100, sont n√©cessaires pour que nous puissions laisser penser qu'un accord est possible. Nous devons donc trouver pr√®s de 90 milliards d'euros d'ici le mois de juin. D'o√Ļ peuvent-ils venir ? Des √Čtats s√Ľrement, cela fait partie de leurs responsabilit√©s ; des institutions financi√®res, oui, elles peuvent y participer mais √©galement des grandes entreprises, des grandes soci√©t√©s de financement et de toutes les entreprises qui peuvent avoir conscience qu'en venant alimenter ce fonds, il pourra y avoir des opportunit√©s d'investissement et de march√© pour les ann√©es qui viennent. L√† encore, chacun doit prendre ses responsabilit√©s : les √Čtats pour conclure l'accord qui est en n√©gociation aujourd'hui ; les pays qui doivent signer un engagement concret pour limiter les √©missions de gaz √† effet de serre, mais √©galement l'ensemble de la soci√©t√© ; c'est ce qu'on appelle l'agenda des solutions, faire qu'√† c√īt√© de cet accord, par pays sur les √©missions de gaz √† effet de serre, √† c√īt√© de ce fonds vert qui doit √™tre cr√©√©, il puisse y avoir cette mobilisation pour que nous pr√©parions la croissance verte.

La France, dans le cadre de la pr√©sidence de la conf√©rence, veut que les entreprises puissent jouer un r√īle majeur. Il y aura plusieurs rendez-vous, et vous y serez convi√©s. Nous voulons que les entreprises s'engagent, investissent, innovent et pr√©parent, avec nous, avec les √Čtats, avec les Organisations non gouvernementales, avec les soci√©t√©s, l'√©conomie de demain. Ce sont les forces vives du monde qui doivent √™tre les acteurs de la r√©ussite de l'accord de Paris, et du mouvement qui doit s'engager contre le r√©chauffement climatique. C'est ce que j'appelle l'alliance de Paris pour le climat, et si je suis venu, ici √† Davos, c'est pour vous convier √† participer √† cette alliance.

Des capitaux doivent s'investir, s'investir massivement dans l'√©conomie verte. Aujourd'hui, c'est moins de 1% des portefeuilles traditionnels qui sont plac√©s dans l'√©conomie verte. Nous devons donc cr√©er un nouveau march√©, un march√© de produits financiers, un march√© d'obligations, d'obligations vertes √† l'√©chelle du monde, √ßa veut dire l√† o√Ļ il peut y avoir d'un c√īt√©, des capitaux pr√™ts √† s'investir et de l'autre d√©j√†, des opportunit√©s pour cr√©er une nouvelle √©conomie. Nous y parviendrons que s'il y a l√† aussi, des signaux qui sont envoy√©s au march√© et donc, un prix pr√©visible du carbone.

C'est la condition indispensable, pour que les entreprises puissent planifier avec sécurité leurs investissements dans le temps. Ce dont nous souffrons le plus dans cette période, celle que nous traversons, c'est la volatilité, l'instabilité, l'incertitude, dans le prix des matières premières, elle est également, dans la situation géopolitique du monde. Et quand il y a de l'incertitude, quand il y a de l'instabilité, quand il y a de l'insécurité, il n'y a pas d'investissement. Donc, ce que je suis venu ici plaider, c'est que nous avons besoin d'une vision claire sur le monde, de volonté également, pour lutter contre les menaces, les fléaux, les risques et de mobilisation pour y parvenir. Et c'est ainsi, que nous pourrons créer la confiance. Le prix du carbone, c'est un élément de cette visibilité qu'il convient de donner.

On me dira ¬ęmais la baisse du prix du p√©trole peut emp√™cher qu'il y ait cette reconnaissance que les √©nergies fossiles vont progressivement dispara√ģtre dans les bilans √©nerg√©tiques.¬Ľ Je pense exactement l'inverse : la baisse du prix du p√©trole, je ne sais pas encore ce qu'elle sera, m√™me si nous savons que le prix du p√©trole aura n√©cessairement un plancher, cette baisse du prix du p√©trole cr√©e une opportunit√© pour pr√©parer et investir parce que pr√©cis√©ment, nous pouvons utiliser cette marge qui nous est donn√©e, pour faire les investissements qui sont indispensables √† la transition √©nerg√©tique.

J'√©voquais donc la capacit√© de nos √©conomies √† pouvoir faire face ; je suis venu aussi √† Davos pour vous dire que l'√©conomie fran√ßaise se pr√©pare √† affronter, non pas le monde - elle y est pr√©par√©e depuis longtemps - mais √† regarder en face les conditions qui permettront √† la France de tenir son rang, son rang au plan international, son rang au plan technologique et industriel. Nous sommes devant cette √©vidence, qu'il y a aujourd'hui une croissance trop faible, m√™me si elle n'est pas au m√™me niveau partout dans le monde, et un ch√īmage trop √©lev√© notamment dans la zone euro.

Nous savons bien que ce qui, aujourd'hui, affaiblit les potentialités de croissance, ce sont les doutes qui sont liés notamment à l'Europe, les tensions géopolitiques. J'évoquais le Moyen-Orient, je pense également à l'Ukraine, parce que ça crée non seulement une inquiétude sur le plan humanitaire quand, chaque jour, il y a des morts aux frontières de l'Europe, mais aussi un risque majeur d'instabilité, et les sanctions s'ajoutant à des embargos, les embargos eux-mêmes, créant des difficultés commerciales au-delà même de l'Ukraine. Et puis, il y a cette instabilité financière.

Alors, le monde doit également agir, le G20 a pris de bonnes dispositions, notamment en plaidant pour une croissance plus forte, pour une meilleure coordination des politiques économiques, pour une meilleure régulation des flux financiers, pour une lutte plus efficace contre l'évasion fiscale, contre les paradis fiscaux, contre l'optimisation fiscale. Moi, je veux saluer ces efforts et même ces résultats, parce qu'ils prouvent que le monde est capable de se réguler. J'en vois les insuffisances : il y a encore une finance qui est trop grise, il y a encore des mouvements de capitaux qui ne sont pas nécessairement bien régulés ; il y a encore des pays qui se sont organisés pour accueillir, de manière dérogatoire au droit fiscal international, un certain nombre de placements, faussant d'ailleurs la concurrence. Mais je vois aussi tous les progrès.

Le risque le plus grand à l'échelle du monde, c'est celui des inégalités : inégalités entre les pays avec ce que ça peut générer de frustrations, de colère, d'impatience, inégalités à l'intérieur même de chacun de nos pays, avec ce que ça peut avoir comme risque de tension. Et donc là aussi, le monde doit penser qu'il a sa responsabilité, et que la lutte contre les inégalités peut être également un facteur de croissance. Comment parvenir à des résultats ? Par l'éducation, par la formation, par la qualification et c'est pourquoi j'appelle encore ici, à ce que de grands investissements, le numérique peut y aider, puissent être réalisés en matière d'éducation partout, dans tous nos pays et notamment dans les pays les plus vulnérables.

L'Europe. L'Europe a fait aussi sa part de chemin ; elle a ma√ģtris√© sa crise des dettes souveraines ; elle a su pr√©server l'euro ; elle a mis en place une union bancaire qui fait que d√©sormais, ce n'est plus vers le contribuable que l'on se tourne pour r√©gler d'√©ventuelles faillites bancaires. Mais aujourd'hui, c'est la croissance qui doit √™tre la priorit√©, avec des r√©formes structurelles qui doivent √™tre men√©es pour la comp√©titivit√©, pour la productivit√©, pour l'innovation, et la France prend l√† encore, des d√©cisions importantes dans cette direction. L'Europe doit accompagner ce mouvement et je veux ici, saluer √† la fois la d√©cision de la Commission europ√©enne de lancer un grand plan d'investissement (plus de 315 milliards d'euros), plan auquel les √Čtats peuvent √©galement apporter leur propre contribution. Je veux aussi souligner avec le respect qui est d√Ľ √† son ind√©pendance, la d√©cision de la Banque centrale europ√©enne. Parce que c'√©tait une mesure importante, attendue, qui a √©t√© d√©cid√©e et pour une p√©riode longue, d'injecter de nouvelles liquidit√©s. La Banque centrale a d√Ľ agir dans cette direction parce qu'elle avait atteint un plancher d'inflation. Quand l'inflation est nulle, il y a un r√īle pour la mise √† disposition de liquidit√©s pour l'√©conomie, sans craindre donc, des d√©r√®glements et en favorisant la croissance.

Le premier effet de cette d√©cision - je ne parle pas de ce que les march√©s ont eu comme r√©action -, je parle des prochaines cons√©quences sur l'√©conomie r√©elle, c'est de pouvoir orienter l'√©pargne, les financements, les liquidit√©s vers les entreprises, vers les investisseurs et moins vers les √Čtats. Et ainsi, de privil√©gier tout ce qui pourrait √™tre financement des entreprises plut√īt que les emprunts d'√Čtat. C'est un choix important qu'a fait l'Europe de se tourner r√©solument vers l'avenir, une fois que les comptes avaient √©t√© assainis m√™me s'il y a encore √† faire, une fois que les r√©formes avaient √©t√© engag√©es, m√™me s'il y a encore √† faire, de pouvoir cr√©er le meilleur environnement.

Les d√©cisions, notamment de la Banque centrale europ√©enne, ne doivent pas pour autant nous conduire √† diff√©rer les r√©formes, en tout cas celles que nous avons engag√©es en France. Au contraire, je consid√®re que ces d√©cisions prises par la Banque centrale europ√©enne, nous obligent √† faire preuve de plus d'audace pour lever les freins √† la croissance et √† la cr√©ation d'emplois. La France agira dans trois directions : plus de comp√©titivit√© d'abord. C'est l'application du pacte de responsabilit√© que j'avais pr√©sent√© il y a un an, et qui maintenant, entre en vigueur. Cela repr√©sente 40 milliards d'euros de baisse de charges et d'imp√īts pour les entreprises, c'est aussi des simplifications importantes qui sont apport√©es au fonctionnement de l'√©conomie et c'est enfin une visibilit√© qui est donn√©e aux acteurs et aux investisseurs.

Parall√®lement, la formation professionnelle a √©t√© r√©form√©e en France, notamment pour permettre que les fonds qui y sont consacr√©s, soient davantage tourn√©s vers les ch√īmeurs. Il y a eu aussi une r√©forme du march√© du travail qui a permis l√† encore, d'adapter notre √©conomie √† la r√©alit√© tout en s√©curisant les salari√©s. Nous avons favoris√© l'apprentissage et aujourd'hui, nous sommes engag√©s dans une nouvelle r√©forme, en d√©bat au Parlement, avec plus de souplesse pour le travail, avec la r√©duction de d√©lais contentieux pour les conflits sur le march√© du travail, et avec l'ouverture de plusieurs secteurs √©conomiques importants √† la concurrence. Parce que la France a conscience de ses atouts - vous les connaissez, je n'en ferai pas ici la liste, ce serait trop long - mais elle a conscience aussi de ses limites ou de ses handicaps. Alors, nous agirons et nous agirons notamment pour √™tre et rester, un grand pays innovant. La France dispose d'une haute technologie, d'un appareil de formation qui permet de livrer de nombreux talents au monde entier. L'innovation, c'est la cl√© de tout. Nous avons introduit un m√©canisme fiscal en France, le cr√©dit imp√īt recherche qui est sans doute le plus puissant du monde pour inciter √† l'investissement en recherche et en d√©veloppement. Nous avons fait le choix de privil√©gier trois grandes fili√®res industrielles autour de la transition √©nerg√©tique, de l'√©conomie du vivant et du num√©rique. Et nous avons retenu tous les plans industriels qui pouvaient se raccrocher √† ces objectifs-l√† parce que pour nous, c'est l'avenir de l'√©conomie mondiale.

Nous engrangeons les premiers r√©sultats. La France √©tait cette ann√©e la premi√®re nation repr√©sent√©e dans le classement des start-up au monde. Nous avons des start-up qui sont en tr√®s forte croissance, les plus nombreuses au monde, mais nous sommes conscients que nous devons faire un effort d'attractivit√© et d'exportation, les deux vont de pair. Nous devons √™tre plus attractifs et plus exportateurs, cela veut dire plus productifs. D√©j√†, 20 000 entreprises √©trang√®res sont install√©es en France ; deux millions de mes compatriotes travaillent pour ces entreprises, et nous avons voulu depuis ces derniers mois am√©liorer le r√©gime fiscal de ceux que l'on appelle justement les ¬ęimpatri√©s¬Ľ, ceux qui viennent travailler en France. Des engagements ont √©t√© pris pour assurer la s√©curit√© des investissements qui se font en France et je salue d'ailleurs ici tous ceux qui ont fait ce choix d'investir en France, qui ont confiance dans la France.

Mais la France leur doit de la clart√© dans ses d√©cisions et de la stabilit√© dans ses choix. C'est la raison pour laquelle nous faisons en sorte qu'il n'y ait aucune r√©troactivit√© fiscale. Et nous avons introduit des m√©canismes qu'on appelle ¬ęle rescrit fiscal¬Ľ, qui garantissent √† tous les investisseurs la garantie des pr√©l√®vements qui leur seront oppos√©s. Nous avons cr√©√© une agence - cela ne suffit pas pour attirer, mais c'est la condition -, Business France, pour attirer encore davantage d'investissements dans notre pays. Et cette agence est √† disposition de tous les entrepreneurs qui voudront localiser leurs activit√©s en France.

En même temps que nous laissons les investissements étrangers venir en France, nous investissons massivement à l'étranger, parce que nous voulons redevenir une grande nation exportatrice, et donc nous devons tourner beaucoup plus de nos entreprises vers les marchés mondiaux.

Je l'évoquais, vous attendez beaucoup de la France et vous avez raison. Pour qu'elle fasse les choix nécessaires sur le plan de la sécurité, et puis pour qu'elle participe à la prévention des risques, à la lutte contre les menaces. Vous avez regardé la France ces derniers jours. Vous l'avez vue se rassembler ; vous avez vu le peuple fier de défendre ses valeurs ; vous avez été sans doute frappés par la dignité de tous ces manifestants qui venaient dire tout simplement qu'ils n'avaient pas peur, qu'ils avaient confiance dans leur pays, qu'ils étaient fiers de ce qu'ils sont dans toute leur diversité.

Vous avez vu qu'en France, toutes les religions ont leur place, que nous ne pouvons pas accepter en France, parce que nous sommes la France, qu'il y ait des actes antis√©mites, qu'il y ait des juifs qui soient tu√©s parce qu'ils sont juifs. Vous avez vu aussi que nous ne pouvons pas accepter qu'il puisse y avoir des actes antimusulmans, et nous avons pris toutes les dispositions pour qu'il y puisse y avoir une protection de tous nos compatriotes. Vous avez vu qu'en France il y avait cette mobilisation autour de l'√©cole, parce que c'est l√† le lieu sacr√© o√Ļ les savoirs, les connaissances, les r√®gles en commun doivent √™tre transmises.

Vous avez exprim√© votre solidarit√© √† l'√©gard de la France et j'y ai √©t√© tr√®s sensible. Il n'y a pas plus grande fiert√© pour le pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise, que de voir le monde tourner son regard vers un pays qui est meurtri, mais qui en m√™me temps est debout. J'ai √©t√© tr√®s sensible, je vous l'ai dit, √† la pr√©sence de tant de chefs d'√Čtat, de gouvernement √† cette manifestation. Je me suis dit qu'il n'y avait qu'en France o√Ļ on pouvait organiser une manifestation de chefs d'√Čtat dans la rue, et voir la population les applaudir.

Oui, il y a eu en France plus de quatre millions de personnes qui sont venues défiler. Non pas contre, mais pour ! Pour que nous puissions être utiles au monde. Pour que la France soit utile au monde, il faut qu'elle reste ce qu'elle est, et elle l'a montré. Il faut qu'elle soit toujours capable de promouvoir son idéal, de défendre ses valeurs, de participer, je l'ai dit, à la recherche de la paix et de la sécurité dans le monde.

Et en même temps, la France doit être une grande puissance économique. Parce qu'il n'y a pas de puissance politique s'il n'y a pas une puissance économique. Il n'y a pas de capacité à porter un grand message s'il n'y a pas des forces économiques qui permettent d'avoir cette indépendance, cette capacité et cette reconnaissance. Et c'est la raison pour laquelle je plaide pour que l'économie puisse être aussi regardée comme un élément de sécurité. Et c'est la raison pour laquelle je vous appelle à réfléchir sur cette évidence, qu'il n'y aura pas de prospérité s'il n'y a pas de sécurité. Et donc nos intérêts sont communs, à la condition que, les uns et les autres, nous prenions nos responsabilités.

L'√©conomie n'est pas simplement faite pour la cr√©ation de richesses, mais aussi pour la r√©partition. L'√©conomie doit √™tre organis√©e, r√©gul√©e. L'√©conomie doit porter de la croissance, donc de l'esp√©rance ! Voil√† ce que vous avez √† faire. Et nous, √Čtats, et notamment le mien, nous devons faciliter les √©changes, ouvrir les march√©s, √™tre capables de d√©velopper les investissements. Et en m√™me temps faire en sorte que nous puissions regarder dans le long terme avec des investissements qui n'ont pas forc√©ment la rentabilit√© d'aujourd'hui mais qui assureront la rentabilit√© de demain, et je pense notamment √† la transition √©nerg√©tique.

Voil√†, Monsieur le Pr√©sident, mon message de Davos. Il y a des moments dans l'Histoire o√Ļ les d√©fis globaux appellent des r√©ponses courageuses. Il y a des p√©riodes dans l'Histoire o√Ļ, entre le meilleur et le pire, entre le bien et le mal, tout peut se jouer, tout peut basculer dans un sens ou dans un autre. Dans la guerre contre le terrorisme, dans la lutte contre le r√©chauffement climatique, dans la r√©duction des in√©galit√©s √† l'√©chelle plan√©taire, beaucoup d√©pendra des √Čtats, mais aussi de vous, des acteurs √©conomiques de premi√®re importance. Ce qui vous est demand√© est ce que vous exigez vous-m√™mes, √† juste raison, de vos gouvernements : de l'audace, de la constance, de l'ambition, une vision √† long terme.

Mesdames et Messieurs, ce moment est arrivé. Nous sommes solidaires. Nous devons tous prendre nos responsabilités. Nous devons décider, choisir, investir, innover et en même temps, être capables de régler les grandes questions de la planète. Et nous n'avons qu'un seul but : la sécurité, le développement et la solidarité ; c'est-à-dire une seule mission : sauvegarder, protéger et transmettre la planète. Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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5. Lutte contre le terrorisme - Ukraine-Russie - Climat - Questions √©conomiques - Voeux √† la presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 26/01/2015)

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Je suis ravi de vous accueillir aujourd'hui dans cette maison qui est la v√ītre. Il est vrai que cette ann√©e 2015, on la souhaite tous heureuse et faste mais elle commence malheureusement sous des auspices extr√™mement difficiles.

Je veux dire à quel point la liberté de la presse et la liberté d'expression sont des biens fondamentaux. Nous avons tous à l'esprit et dans le coeur des collègues qui ont été assassinés parce qu'ils manifestaient la liberté d'expression mais nous avons aussi dans le coeur la réaction extrêmement forte qui fut celle de la population française unie et de beaucoup de dirigeants internationaux qui sont venus nous soutenir à Paris et, spontanément, vous le savez tous, la réaction de beaucoup de citoyens à travers le monde qui ont voulu manifester leur solidarité avec la France.

Je ne vais pas redire - certainement moins bien - ce que le président de la République a dit au début de l'année en présentant ses voeux que l'on appelle des voeux diplomatiques.

Je voudrais tout d'abord revenir d'un mot pour f√©liciter √† nouveau M. Thibaud [prix de la presse diplomatique 2015 pour son travail en Chine] parce que vous avez fait un travail tout √† fait remarquable. Je serai en Chine avec le Premier ministre dans la seconde partie de la semaine. Je vous envie un peu parce que vous √™tes choisi par vos pairs - c'est un peu le journaliste diplomatique de l'ann√©e. Moi, la r√©compense qui m'a √©t√© d√©cern√©e, c'est l'homme de l'ann√©e par la revue ¬ęvins de France¬Ľ ; chacun re√ßoit les distinctions qu'il m√©rite. Cela m'a fait extr√™mement plaisir d'abord parce que cette revue est tr√®s lue et puis parce que ceux qui m'ont remis cette distinction m'ont dit que ce qu'ils aimaient, c'est qu'il semble que je parle d'une autre mani√®re du tourisme, de la gastronomie, du vin et, finalement, de la France. Comme c'est ce que j'ai voulu faire, j'en suis heureux m√™me si, √©videmment, dans le panth√©on du prestige, sans doute, n'ai-je pas encore atteint le m√™me niveau que la r√©compense qui vous est attribu√©e, mais je ne d√©sesp√®re pas. Non pas du tout que j'entende me consacrer au journalisme mais parce que je pense que l'action diplomatique de la France, qui est reconnue par beaucoup, le sera sans doute aussi, dans la pleine libert√© de leur jugement, par les journalistes.

Mesdames et Messieurs, on ne peut pas ne pas commencer une rencontre de cette sorte sans revenir sur ces attaques terroristes dont nous parlions. Elles ont suscité beaucoup de questions et je voudrais m'attacher - même si c'est très brièvement - à aborder deux d'entre elles.

On entend, on lit que ces attaques terroristes et, d'une façon plus générale, les attaques qui se déroulent dans le monde signifient tout simplement que cette guerre des civilisations, dont on nous a beaucoup parlé, est en fait inévitable et qu'elle est actuelle.

Et puis, sur le plan davantage franco-français, j'entends une petite musique depuis quelques jours, vous l'avez sans doute entendu aussi, parfois même l'avez-vous relayée : ces attaques doivent-elles conduire à changer la politique étrangère de la France ?

Je réponds non à ces deux questions et je voudrais, en peu de mots, vous expliquer pourquoi.

Les attaques des terroristes ont suscité une vague d'émotion internationale considérable et je ne pense pas du tout que l'on puisse en déduire qu'il y a et qu'il y aurait de façon inévitable cette guerre des civilisations, c'est un piège tendu par beaucoup et notamment par les terroristes.

Au mois de janvier, c'était un dimanche, nous avons eu un quart des dirigeants de la planète présents à Paris. Cela ne veut pas dire pour autant que ces dirigeants ou leur population étaient totalement d'accord - on l'a vu d'ailleurs ensuite - avec telle ou telle caricature. Je pense qu'il y a là une confusion et, puisque vous êtes présents et par votre intermédiaire, je voudrais contribuer à essayer de la lever.

En ce qui concerne la France, disons que les choses sont cal√©es. Il y a une libert√© d'expression qui fait partie de nos principes et qui ne sera jamais remise en cause. Cette libert√© d'expression s'exprime sous le contr√īle des tribunaux : s'il y a des incitations √† la haine, des insultes, les tribunaux font leur travail.

Au plan international - puisque maintenant tout est mondial -, les choses sont beaucoup plus complexes parce que nous savons bien - si l'on est lucide - que, dans certains pays, la diffusion de tel ou tel écrit, de telle ou telle caricature peut choquer ; et le droit de protestation existe. En revanche, ce qui ne peut en aucun cas être accepté, c'est la violence. Je pense qu'il faut expliquer cela autour de nous parce que parfois, des confusions s'opèrent.

De la même façon, il faut expliquer - et nous avons un travail par le biais de nos diplomates à opérer - que ce n'est pas parce que tel ou tel écrit est diffusé que la France serait hostile à l'Islam ; dire cela serait une imposture.

Nous menons à l'égard de tous les pays musulmans une politique de dialogue et de coopération qui est le contraire même de l'hostilité. Lorsque nous combattons le djihado-terrorisme ou l'islamo-terrorisme, nous défendons aussi la sécurité des musulmans qui sont les premières victimes de ces terroristes. Ces éléments sont simples pour nous mais ils ne sont pas très simples à faire passer autour de nous et je pense que nous devons insister pour que nos principes et la politique de la France soient mieux compris.

On a d'autre part √©voqu√© r√©cemment la n√©cessit√© d'une certaine r√©orientation, peut-√™tre m√™me d'un changement radical, de la politique √©trang√®re de la France √† partir de ce qui se passe en mati√®re de terrorisme. Vous savez que j'ai pris soin, depuis que l'on m'a confi√© ce portefeuille, d'√™tre tr√®s mod√©r√© dans mes jugements et dans mes propos. C'est pourquoi lorsque j'ai entendu cela dans la bouche de tel ou tel responsable, j'ai consid√©r√© que ce jugement √©tait un peu h√Ętif.

Pour être clair, je me demande s'il ne s'agit pas tout simplement d'un contresens. Je m'explique : ce ne sont pas nos opérations extérieures qui sont à l'origine des attentats en France, c'est précisément pour éviter que le djihado-terrorisme se développe dans le monde que nous agissons ou que nous avons agi par exemple au Mali ou en Irak. S'il fallait une preuve de cette nécessité d'éviter le contresens, lorsque M. Merah a commis ses forfaits, nous n'étions présents ni au Mali ni en Irak. J'ai donc l'impression que parfois l'on inverse un peu l'ordre logique des choses.

D'une fa√ßon plus g√©n√©rale, il faut bien comprendre - je crois que la population le comprend de plus en plus - que le terrorisme est une r√©alit√© internationale et que ne rien faire, c'est-√†-dire se calfeutrer ne signifiera jamais se prot√©ger. Ce serait au contraire laisser des zones de chaos devenir des sanctuaires pour terroristes qui, sans h√©sitation possible, nous attaqueraient. C'est la raison pour laquelle je crois qu'√† un moment o√Ļ l'opinion s'interroge - elle a raison de le faire -, il faut que nous r√©affirmions nos principes et les orientations de notre politique √©trang√®re.

J'ai aussi lu qu'un autre aspect de la critique portait sur nos relations avec tel ou tel pays. Dans les derniers jours ont √©t√© cit√©s en particulier le Qatar et l'Arabie Saoudite. J'ai r√©pondu que notre position est celle d'un partenariat qui existe d'ailleurs depuis tr√®s longtemps et s'il fallait √™tre encore plus clair, je dirais √† l'√©gard de ces pays et de quelques autres : ¬ęni complaisance ni m√©disance.¬Ľ. Je crois que cette formule r√©sume assez bien la situation.

Enfin, puisqu'on nous incite - si j'ai bien compris - à modifier notre attitude à l'égard de la Russie et de l'Iran et que l'on nous dit que nous ne discuterions pas avec ces pays, je voudrais dire simplement les choses et dresser les constats tels qu'ils sont : je rencontre fréquemment mes homologues, que ce soit mon homologue russe, M. Lavrov, avec lequel j'étais encore mercredi dernier à Berlin, que ce soit mon homologue M. Zarif que je vois régulièrement. Lorsque l'on évoque ces deux pays, je confirme que nous cherchons à les impliquer dans nos efforts pour la paix et la sécurité sans jamais renier nos valeurs. Mais il leur revient aussi - puisque l'on cite la Russie et l'Iran - de montrer qu'ils sont effectivement prêts à aller dans ce sens. À cet égard, les événements les plus récents, qu'il s'agisse du Yémen pour l'un ou de l'Ukraine pour l'autre, sont plus que préoccupants.

Je voulais juste faire cette mise au point parce que je n'ai pas une conception de la diplomatie √©loign√©e de la r√©alit√© des d√©bats. Je les ai vu na√ģtre, je sais que ces sujets sont difficiles et qu'il faut s'attacher √† revenir aux faits et √† √©carter les pol√©miques.

Je vous avais dit l'an dernier - et je n'ai pas changé - que notre politique étrangère, définie par le président de la République et moi-même comme chef de la diplomatie, poursuivait quatre objectifs qui sont les mêmes cette année. Chaque fois que nous avons le président de la République, le Premier ministre ou moi-même à prendre une décision dans ces domaines, nous nous référons à ces quatre objectifs.

Le premier, c'est tout simplement la paix et la sécurité ; ce qui n'a rien à voir avec le pacifisme mais qui est l'objectif de nos prises de positions dans toute une série de conflits et de crises.

Le second, c'est la planète, sous la forme d'organisation de la planète - nous aurons l'occasion d'y revenir cette année qui est le 70e anniversaire de l'ONU - ou la préservation de la planète - j'y reviendrai tout à l'heure en vous parlant de la COP21.

Le troisi√®me objectif, c'est la r√©orientation et la relance de l'Europe. √Čvidemment, nous sommes dans l'actualit√©, avec les √©lections qui sont intervenues hier, d'une nouvelle majorit√© en Gr√®ce.

Le quatri√®me objectif, c'est le redressement et le rayonnement de la France qui est √©videmment une t√Ęche centrale de cette maison et √† laquelle je m'attache, d'autant plus que depuis quelques mois m'ont √©t√© confi√©s √©galement les portefeuilles du commerce ext√©rieur et de la promotion du tourisme. Ceci va dans le sens que j'avais souhait√©, pour une diplomatie √©conomique.

Je voudrais en quelques instants mettre le projecteur sur quelques points. Sur la n√©cessit√© d'une mobilisation globale dans la lutte contre le terrorisme, la France souhaite qu'il y ait davantage de coordination et davantage de partage dans l'action. D'abord, il revient aux Europ√©ens de faire front commun. Les ministres des affaires √©trang√®res se sont r√©unis en d√©but de semaine derni√®re ; les ministres de l'int√©rieur se r√©uniront √©galement ; et puis les chefs d'√Čtat et de gouvernement se r√©uniront au mois de f√©vrier.

Un certain nombre de mesures de coordination sont en route et nous nous en f√©licitons. Il faut que vite nous d√©bloquions au Parlement europ√©en ce que l'on appelle le ¬ęPassenger Name Record¬Ľ. Il faut que nous soyons capables d'avoir une coop√©ration plus pouss√©e avec nos partenaires ext√©rieurs, en particulier le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord. Il faut que nous soyons extr√™mement et activement solidaires, √©tant membres de l'Union, dans nos interventions ext√©rieures. Chacun doit y apporter sa pierre et puis, d'une fa√ßon plus large, c'est √† la communaut√© internationale toute enti√®re de s'impliquer davantage. La menace est globale. La r√©ponse doit √™tre globale et je pense, en cet instant, √† l'assassinat barbare de l'otage japonais par Daech et par les menaces qui sont prof√©r√©es et qui sont √©videmment inadmissibles.

Deuxième enjeu nécessaire de mobilisation internationale sur lequel je veux dire quelques mots, c'est la recherche de la résolution des crises qui traversent le monde, ce qui est au centre de la diplomatie française. La France prend sa part à cette résolution et je dirais même souvent plus que sa part. Nous continuerons de le faire parce que c'est notre mission, notre raison d'être mais, là encore, il faut que les efforts soient bien partagés.

Au Proche-Orient, vous savez l'objectif : créer les conditions d'un effort collectif au service de la paix et prendre acte du fait que le face-à-face entre deux parties et deux parties seulement s'est malheureusement avéré stérile ou, en tout cas, incapable de mener à une conclusion. Nous voulons donc favoriser la conjugaison des pressions extérieures, sinon la paix risque de cesser d'être un espoir pour devenir une chimère.

En ce qui concerne la Libye, on a vu dans les derniers jours, une l√©g√®re, je dis bien ¬ęl√©g√®re¬Ľ am√©lioration dans la mesure o√Ļ, sous la pression de l'envoy√© des Nations unies, M. Bernardino Leon, on a pu parvenir √† faire si√©ger ensemble des groupes qui autrefois le refusaient. Mais nous ne sommes pas, loin de l√†, au bout de nos peines. La France continue, avec l'op√©ration Barkhane, et elle continuera √† apporter sa pierre √† l'endiguement du terrorisme dans toute la r√©gion, mais il faut l'implication des voisins. Il faut l'engagement de la communaut√© internationale car la France - je dirais cela pour beaucoup d'autres conflits - ne peut, √† elle seule, r√©soudre tous les conflits et ne peut agir que dans le cadre du droit international.

Sur l'Irak, nous étions avec le Premier ministre irakien à la fois à Londres jeudi matin et le lendemain à Davos. Nous soutenons, nous encourageons le Premier ministre Abadi dans le processus de réconciliation et de reconstruction qu'il opère. Bien évidemment, pour qu'elle soit efficace, la lutte contre Daech doit être inclusive et collective.

En Syrie, haut lieu du face √† face terrible qui se poursuit entre Bachar Al-Assad et Daech, les ¬ęCharybde et Scylla¬Ľ de la Syrie, nous cherchons une solution politique. Nous ne sommes pas les seuls : en ce moment m√™me, les Russes ont lanc√© une initiative, les √Čgyptiens lancent une initiative, l'ONU essaie de travailler dans le m√™me sens. La solution, on la conna√ģt : c'est √† la fois l'opposition mod√©r√©e et certains √©l√©ments du r√©gime ; √©tant bien observ√© que M. Bachar Al-Assad lui-m√™me ne peut √™tre l'avenir de son peuple puisqu'il est coupable maintenant de plus de 200.000 morts.

Dans la lutte contre Boko Haram, dont les membres sont de faux religieux mais de vrais criminels, la France a été la première à aider le Nigéria, tout comme le Cameroun, le Niger et le Tchad. Pour autant, nous n'avons évidemment pas vocation à régler, à nous seuls, tous les problèmes de l'Afrique. D'autres doivent aussi agir : les Africains régionalement, l'Union européenne, les Nations unies, tous ceux qui peuvent apporter quelque chose.

Face à ces crises comme face à toutes les autres dans lesquelles nous sommes impliquées, seul un engagement partagé permettra de faire avancer la paix.

Je veux toucher un troisi√®me sujet qui va √™tre, peut-√™tre, le premier sujet pour la diplomatie fran√ßaise cette ann√©e : la question de la pr√©paration de la COP21. Pour notre diplomatie, 2015 sera une ann√©e ¬ęclimat¬Ľ. Je rappelle que nous allons accueillir et pr√©sider la grande conf√©rence ¬ęclimat¬Ľ de d√©cembre prochain, la COP21, qui sera la plus vaste conf√©rence internationale jamais organis√©e en France. Je serai personnellement en charge de sa pr√©sidence.

Pourquoi la diplomatie ? Pourquoi le Quai d'Orsay, qui travaillera bien s√Ľr en France avec d'autres responsables, au premier chef la ministre de l'√©cologie mais aussi tous mes coll√®gues ministres sous l'impulsion du pr√©sident de la R√©publique et du Premier ministre ? Parce qu'il s'agit d'abord d'obtenir un accord universel r√©unissant 196 parties. Il est donc logique que ce travail revienne √† la diplomatie ; c'√©tait d√©j√† le cas d'ailleurs, notamment √† Cancun.

Cette responsabilité impliquera tout au long de l'année une mobilisation exceptionnelle de cette maison et de ma part. Je réaliserai un tour du monde du climat ; en réalité plusieurs, puisque vous savez que je fais en moyenne un tour du monde chaque mois. Il est indispensable d'aller à la rencontre de chacun, notamment des plus vulnérables qui réclament, à juste titre, un effort spécifique de solidarité.

L'objectif de la présidence sera à la fois d'être impartiale, d'écouter tout le monde, de rechercher les compromis et, en même temps, de garder un haut niveau d'ambition dont nous avons besoin.

Ce sera assur√©ment tr√®s difficile mais on compte beaucoup sur la France et sur la pr√©sidence fran√ßaise pour mener √† bien cette t√Ęche. De toutes les fa√ßons, comme je le dis souvent, il n'y a pas de solution de rechange parce qu'il n'y a pas de plan√®te de rechange

Enfin le dernier point que je veux, d'un mot, abord√©, c'est mon souhait de faire, encore davantage cette ann√©e que les ann√©es pr√©c√©dentes, de cette maison le minist√®re des affaires √©trang√®res du 21√®me si√®cle. On m'a permis de rassembler √† l'int√©rieur du Quai d'Orsay la totalit√© des fonctions ext√©rieures de l'√Čtat ; ce qui n'avait pas de pr√©c√©dent et qui donne une grande responsabilit√© √† l'ensemble de mes collaborateurs et √† moi-m√™me, ainsi qu'aux secr√©taires d'√Čtat qui travaillent √† mes c√īt√©s.

D√©sormais, tout ce qui concerne l'action ext√©rieure de l'√Čtat, soit directement rel√®ve de cette Maison, soit indirectement √† travers ma tutelle. Cela nous donne de grandes responsabilit√©s mais c'est une t√Ęche extraordinairement motivante. Nous allons, toute cette ann√©e, travailler en ce sens. Je vous enverrai des traductions diverses qui, j'esp√®re, ne feront pas √©crouler les murs de cette maison. Ainsi, dans quelques jours - je ne suis pas s√Ľr qu'il y ait un pr√©c√©dent - les √©toiles du guide Michelin seront d√©livr√©es ici, tout simplement parce que la gastronomie fran√ßaise est un ambassadeur formidable de la France et que le guide Michelin - je ne fais pas de publicit√© particuli√®re pour tel ou tel livre, mais telle est la nature des choses - a une r√©sonance mondiale.

De la m√™me fa√ßon la conf√©rence des ambassadeurs aura cette ann√©e une tonalit√© encore renouvel√©e. Bien s√Ľr le th√®me principal sera celui du climat mais, m'inspirant de quelques exemples que j'ai cru voir ailleurs, il y aura une journ√©e enti√®re - je n'ai pas trouv√© le mot exact en fran√ßais mais vous allez m'y aider - consacr√©e au ¬ęspeed dating¬Ľ entre, d'un c√īt√©, la totalit√© des ambassadeurs qui seront pr√©sents et, de l'autre, un millier de PME qui auront en face d'elles ceux ou celles qui sont en charge de d√©fendre nos int√©r√™ts √† l'√©tranger.

Il y aura toute une s√©rie d'autres occasions avec, je tiens √† le dire √† nouveau, un axe tr√®s particulier mis sur le climat qui mobilisera cette maison d'une fa√ßon exceptionnelle. Et puis, bien s√Ľr, ce sera l'ensemble du champ, que ce soit le champ diplomatique traditionnel, le champ strat√©gique, le champ culturel, le champ √©conomique, le champ de l'expertise, avec la cr√©ation √† partir du 1er janvier de France-Expertise.

Je voudrais terminer en rendant hommage à l'action que mes collaborateurs du centre de crise font pour aider nos compatriotes dans la difficulté. Ils font un travail absolument remarquable. Il est vrai que tout au long de l'année qui s'est écoulée, nous avons eu le bonheur extraordinaire de sortir de captivité tous les Français. Mais on ne peut jamais être satisfait car, en même temps, on sait qu'il y a malheureusement beaucoup d'autres nationalités prises en otages. Nous ne sommes jamais à l'abri d'un rapt ; on l'a vu encore avec Mme Priest. Compte-tenu de l'état du monde, Il y a des difficultés qui sont là et qui continueront.

Il faut que les Fran√ßais sachent - et ils le savent - que nous n'abandonnons jamais un des n√ītres. Nous agissons dans la discr√©tion. Nous recherchons l'efficacit√© mais jamais la France n'abandonne un des siens. C'est un des aspects des actions du Quai d'Orsay qui est peu connu mais je pense que c'est une des actions qui sont men√©es avec le plus d'efficacit√© et le plus de d√©vouement.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que, en quelques mots, je voulais vous dire.

Je suis pr√™t √† r√©pondre √† quelques questions. J'imagine qu'il y en aura mais au moment o√Ļ ce propos s'ach√®ve, je voulais revenant √† vous, Monsieur Hubert-Rodier, vous pr√©senter ainsi qu'√† toutes celles et tous ceux qui sont l√†, mes voeux tr√®s chaleureux pour que 2015 - je prenais une comparaison oenologique au d√©but compte-tenu de mon nouveau titre - fasse que vous soyez capables d'avoir des articles qui vous font monter en bouche l'app√©tit et que, bref, 2015, je vous souhaite un excellent mill√©sime. Merci.

Q - Monsieur le Ministre, comment accueillez-vous la victoire du parti de gauche Syriza et jusqu'o√Ļ la France est pr√™te √† ren√©gocier la dette grecque ?

R - La victoire de Syriza est claire et le président français a félicité hier soir M. Tsipras.

J'ai vu aussi ce matin d'apr√®s des d√©p√™ches d'agences qu'il avait √©t√© d√©cid√© que Syriza ferait alliance avec un parti qui s'appelle ¬ęles Grecs ind√©pendants¬Ľ, je crois, pour obtenir la majorit√©.

Il va y avoir beaucoup de travail, c'est une √©vidence, dans les prochaines semaines. En France, nous abordons ce travail dans un esprit de solidarit√© et de responsabilit√©. L'objectif, pour nous, c'est √† la fois la stabilit√© et la croissance de la zone euro. C'est autour de ces notions - je cite les quatre termes -, la solidarit√© et la responsabilit√©, la croissance et la stabilit√© de la zone euro que nous allons travailler. Il y a des r√©unions pr√©vues au niveau de la Commission, au niveau des ministres des finances. Il y aura certainement des r√©unions au niveau des ministres des affaires √©trang√®res, mais nous travaillerons dans cet esprit-l√† en souhaitant, bien s√Ľr, que la Gr√®ce, qui a fourni √©norm√©ment d'efforts, puisse peu √† peu se redresser.

Q - √Čventuellement un r√©√©chelonnement de la dette ou une annulation m√™me partielle ?

R - Je n'entrerai pas dans ce débat, mais le ministre compétent et la Commission examineront tout cela. C'est autour des concepts que j'ai définis que se déterminera la position de la France.

Q - Sur l'Ukraine, le conseil de s√©curit√© se r√©unit cet apr√®s-midi. O√Ļ va-t-on et y a-t-il un vrai risque que la guerre se poursuive alors qu'il y a quelques semaines on parlait de nouveaux rendez-vous de type ¬ęNormandie¬Ľ ? Est-ce que vous √™tes vraiment inquiet ?

Sur la Syrie, on a vu, dans la presse américaine en particulier, plusieurs signaux indiquant un chiffre, une évolution de la politique d'Obama à l'égard de la Syrie, laissant entendre qu'il pourrait y avoir des négociations avec le régime. Est-ce que la France envisage aussi de pouvoir négocier avec le régime de Bachar Al-Assad même si, pour l'instant, il s'agit de préparer une solution avec certains éléments du régime ? Y a-t-il quand même sur la Syrie une évolution en cours ?

R - D'abord, sur la Russie et l'Ukraine. Nous sommes extrêmement préoccupés et très inquiets. Pourquoi ? Parce que la situation sur le terrain s'est tragiquement détériorée, qu'il s'agisse de Lougansk, de Donetsk ou de Marioupol.

Mercredi soir, j'étais à Berlin avec mes trois collègues, allemand, russe et ukrainien. Nous avons discuté jusqu'à une heure relativement avancée de la nuit et nous nous sommes mis d'accord pour qu'il y ait un retrait des armes lourdes des rebelles, qui devait intervenir dès le lendemain sur la ligne définie dans les accords de Minsk. C'était mercredi soir.

Jeudi matin, je suis allé à Londres pour une autre réunion. Nous apprenions que l'aéroport avait été pris d'assaut et qu'il y avait des dizaines et des dizaines de morts. Donc, l'accord qui avait été passé n'était absolument pas respecté. Et, au cours de ce week-end, vous avez vu ce qui s'est passé à Marioupol qui, là aussi, est extrêmement grave. Donc, oui, nous sommes préoccupés, inquiets. Le président de la République aura l'occasion de joindre le président Poutine pour lui dire cela.

Alors, quelle est l'attitude de la France ? Depuis le début, nous avons dit : fermeté et dialogue.

Dialogue, parce qu'il n'est pas question d'aller faire la guerre à la Russie. En même temps, il y a des choses que l'on ne peut pas accepter. De la même façon que l'annexion de la Crimée posait des problèmes évidents, comment accepter qu'un pays, en l'occurrence l'Ukraine, ne soit pas respecté dans son intégrité ?

Notre objectif, en permanence, c'est d'aller vers une situation o√Ļ l'Ukraine aurait √† la fois de bons rapports avec l'Union europ√©enne et de bons rapports avec la Russie. Nous en sommes tr√®s loin. Au contraire, il y a une esp√®ce d'¬ę√©chelle de perroquet¬Ľ. Et toute l'action de la France, en utilisant en particulier le format de Normandie, est d'essayer d'obtenir une d√©sescalade pour aller vers la raison. Pour le moment, nous sommes - et le mot est faible - extr√™mement d√©√ßus. Du coup, √©videmment, comme toujours quand il y a des actions, il y a la r√©action qui appelle elle-m√™me une r√©action.

Il faut revenir aux accords de Minsk. Ils ont été signés par les différentes parties et ils doivent être respectés. La France ne ménagera aucun effort pour aller vers cette désescalade, mais nous sommes extrêmement inquiets.

Sur l'autre question que vous soulevez, la question de la Syrie, vous me posez une question sur la position des Américains et sur la position de la France.

Sur la position des Américains, je vais vous dire simplement ce que m'a confirmé jeudi - nous étions ensemble jeudi à Londres - mon collègue, M. Kerry, puisque nous avons parlé de cela à la fois avec lui-même et avec mon collègue britannique.

En Syrie, les massacres continuent. Nous en sommes à nettement plus de 200.000 morts. Il faut rappeler, parce que parfois on l'oublie, qu'à l'origine il s'agissait d'une révolte de quelques jeunes gens au moment de ce que l'on appelait les printemps arabes. M. Bachar Al-Assad a traité cette protestation d'une telle manière qu'aujourd'hui vous avez plus de 200.000 morts en Syrie et des millions de personnes déplacées ou réfugiés, avec des conséquences effrayantes sur l'ensemble des pays circonvoisins ; je pense à la Jordanie, à la Turquie et à d'autres. Donc, tout cela a été mené d'une façon absolument catastrophique.

Quelles sont les solutions ? La solution est toujours politique, sinon c'est la destruction de la Syrie qui est déjà dans une posture effroyable. La solution politique, cela veut dire quoi ? Personne de raisonnable ne peut penser qu'un homme qui par son comportement a abouti à ce que son peuple soit complètement déchiré - avec des centaines de milliers de morts -, personne ne peut penser que cet homme va être durablement l'avenir de son peuple ; cela n'a pas de sens.

Dire que c'est M. Bachar Al-Assad qui va être en permanence l'autorité légitime, c'est faire un cadeau absolu à Daech, pour ne pas dire aux terroristes. Si vous êtes membre d'une famille de ces 200.000 personnes qui ont été tuées, si vous êtes l'une de ces millions de personnes réfugiées et si on vous dit que l'avenir de la Syrie, c'est M. Bachar Al-Assad, vous croyez que vous allez l'accepter ? Absolument pas. Et si l'on vous dit que le seul autre terme de l'alternative, ce sont les terroristes de Daech... Voilà, c'est pour cela que je parlais de tomber de Charybde en Scylla.

Nous, nous militons pour une solution o√Ļ il y aurait √† la fois l'opposition et certains √©l√©ments du r√©gime. Vous avez vu que, d'une part des √©l√©ments de l'opposition se r√©unissent autour des √Čgyptiens - c'est une bonne chose -, pas seulement la coalition que nous soutenons, mais d'autres ; et, en m√™me temps, dans un autre contexte, il y a des r√©unions √† Moscou qui comportent d'autres personnalit√©s ou parfois les m√™mes, puisque la coalition n'a pas accept√© d'aller √† Moscou. Sur cette ligne-l√†, je pense qu'il y a identit√© de vue. Mais il faudra aussi des √©l√©ments du r√©gime - pas M. Bachar Al-Assad - parce qu'il ne faut pas que le r√©gime dans sa dimension d'√Čtat s'√©croule totalement. Sinon, nous aurons la m√™me chose que ce que nous avons connu en Irak dans le pass√©.

C'est donc pour aller vers une solution qui comportera à la fois des éléments de l'opposition et des éléments du régime sans M. Bachar Al-Assad que nous essayons les uns les autres de travailler.

Q - Sur les otages japonais, je voulais savoir quels sont les √©changes d'informations entre le Japon et la France ? Tout √† l'heure, vous allez √† l'a√©roport, je voudrais savoir quelle est votre esprit au moment o√Ļ vous allez chercher la d√©pouille de M. Gourdel ?

R - En ce qui concerne les otages japonais, mon collègue et ami japonais, M. Fumio Kishida, m'a appelé l'autre jour après qu'il a appris qu'il y avait des menaces proférées par Daech, concernant deux ressortissants japonais, pour me demander une collaboration. Bien évidemment, cette collaboration est entière, nos services se sont mis en rapport et nous apportons toute la collaboration que nous pouvons à nos amis japonais.

Nous avons vu avec horreur ce qui a √©t√© fait. Nous voyons les menaces qui sont prof√©r√©es. Nous sommes totalement aux c√īt√©s de nos amis japonais.

S'agissant de M. Gourdel, apr√®s vous avoir quitt√©, je me rendrai √† Roissy pour accueillir, avec la famille de M. Gourdel, sa d√©pouille. Vous avez encore √† l'esprit le choc que cela a repr√©sent√©, il y a de cela quelques mois, lorsque nous avons appris que cet homme extr√™mement bon, qui √©tait guide de haute montagne, passionn√© par son sport, qui √©tait en Alg√©rie pour pratiquer son sport, les conditions effroyables dans lesquelles il avait √©t√© assassin√©. J'√©tais aux c√īt√©s du pr√©sident de la R√©publique √† New York, lorsque j'ai appris tout cela et c'est un souvenir effrayant. Et je crois que cela a touch√© beaucoup de Fran√ßais.

Alors, compte tenu des conditions dans lesquelles M. Gourdel a été assassiné, il fallait retrouver son corps. Les autorités algériennes, que je remercie, ont mobilisé énormément de forces pour y parvenir. Maintenant, cela a été fait et sa dépouille a été authentifiée. Nous la ramenons donc en France. La famille et beaucoup de nos concitoyens pourront ainsi encore davantage faire leur deuil.

Cela montre à quel point ce terrorisme international est un fléau et à quel point il faut être déterminé pour lutter contre ce fléau.
Je pense à cet instant, comme je le ferai tout à l'heure dans quelques dizaines de minutes, à M. Gourdel qui était un homme bon.

Q - Monsieur le Ministre, en ce qui concerne la Syrie, vous avez évoqué encore une fois des éléments du régime. Cela a-t-il un rapport avec la réunion qui a eu lieu au Caire il y a quelques jours entre les opposants syriens, qui eux aussi ont travaillé sur une éventuelle solution diplomatique de la crise ?

Deuxi√®me question, qui touche la diplomatie fran√ßaise : quel r√īle pourrait jouer la diplomatie fran√ßaise dans la lutte contre le terrorisme ? Se contente-t-on de plans s√©curitaires ou est-ce que la diplomatie aussi pourrait avoir un r√īle dans cette lutte ?

R - Sur la Syrie, je pense m'être exprimé. Il y a, dans différentes capitales, des efforts qui sont faits. Vous avez cité Le Caire, nos amis égyptiens travaillent de façon importante. Le président français, qui se trouvait il y a quelques heures en Arabie saoudite pour présenter ses condoléances pour la mort du Roi, a eu l'occasion de rencontrer le président Al-Sissi.

Des initiatives int√©ressantes sont donc prises. Il y a d'autres initiatives dans un autre contexte prises √† Moscou. Il y a ce qui peut √™tre fait par les Nations unies. Il y a aussi des d√©marches que nous pouvons faire. L'id√©e est que l'on permette - c'est le travail de la diplomatie - de faire converger tout cela dans le bon sens pour que l'on retrouve une Syrie qui respecte les communaut√©s, qui respecte les droits de chacun, qui soit unie. Cela para√ģt aujourd'hui un id√©al inaccessible mais il faut travailler dans ce sens-l√†.

Sur le terrorisme en g√©n√©ral, je ne s√©pare pas l'action s√©curitaire de l'action diplomatique parce que, bien s√Ľr, pour lutter contre le terrorisme, il faut prendre toute une s√©rie de mesures tr√®s concr√®tes et parfois de force. Mais il faut aussi qu'il y ait la pr√©paration diplomatique de tout cela. Prenons un exemple : lorsque nous voulons lutter contre le terrorisme, il faut lutter contre le financement du terrorisme. Des r√©unions ont eu lieu, notamment √† Bahre√Įn. C'est le travail de la diplomatie, en liaison avec un certain nombre de repr√©sentants de l'√©conomie, de mettre en route ce contr√īle et cette lutte contre le financement du terrorisme.

Nous posons le problème de l'accès à internet, en France et dans beaucoup d'endroits. Internet est utilisé comme une espèce de produit d'appel pour le terrorisme. Si nous voulons qu'il y ait une discipline, une régulation, c'est un travail qui doit être appuyé par la diplomatie et par toute une série d'organisations.

De la même façon, des réunions ont lieu pour essayer de mettre cela en musique, si je puis dire. Jeudi matin, nous étions à Londres avec toute une série de pays, avec le Premier ministre irakien pour voir comment nous pourrions lutter contre Daech en Irak.

Au mois de février prochain - je crois que c'est le 18 -, il y aura une réunion à Washington autour du président Obama, de John Kerry, pour regarder comment nous pouvons coordonner nos actions.

Donc, je réponds à votre question : oui, la diplomatie est évidemment mobilisée.

Q - Sur le climat. Vous avez dit : il n'y a qu'une planète, donc il faut convaincre beaucoup de monde. Quel est, selon vous, Monsieur le Ministre, le pays le plus récalcitrant, celui qu'il faudra absolument convaincre ?

R - Je ne vais pas faire de palmarès. Je dirais que, par définition, tout le monde doit être convaincu. Il y a 195 pays et 196 parties puisque l'Union européenne est une partie. Il faut donc garder dans l'idée ce nombre, 196, et il faut que nous arrivions à convaincre ces 196 parties. Convaincre de quoi ? De quatre éléments qui ont un statut différent.

Premier √©l√©ment, c'est l'objet m√™me de la COP, il faut arriver √† un accord universel, contraignant et diff√©renci√©. On parle souvent en anglais dans ce cas : ¬ęlegally binding agreement¬Ľ. Il faut le pr√©parer et il faut convaincre tout le monde.

Ensuite, il y a un deuxi√®me travail, diff√©rent, qui est de convaincre chaque pays de proposer, √† partir du mois de mars, quels sont ses engagements de baisse des √©missions de gaz √† effet de serre pour les ann√©es qui viennent. C'est ce qu'on appelle en initiales anglaises ¬ęINDCs¬Ľ, c'est-√†-dire ¬ęIntended Nationally Determined Contributions¬Ľ. Chaque pays va dire : ¬ęvoil√† ce que je propose et ce √† quoi je m'engage pour 2025-2030¬Ľ. Il y a donc l√† un travail de conviction pour que ces ¬ęINDCs¬Ľ soient suffisamment ambitieux pour qu'on arrive √† ne pas d√©passer ces deux degr√©s.

Il y a ensuite un troisi√®me travail de conviction qui est financier. Quand je parle √† toute une s√©rie de pays - je pense notamment √† des pays africains ou √† des pays qui sont en d√©veloppement -, ils me disent : ¬ęc'est tr√®s bien, le climat, mais avec quelle technologie et quel argent¬Ľ. Il faut donc rassembler les financements, que ce soient des financements publics ou des financements priv√©s.

Et puis, il y a un quatrième travail de conviction à faire, non pas auprès des pays mais auprès des collectivités territoriales, les régions, les communes, auprès des entreprises, auprès de la société civile. Cela ne dépend pas simplement des gouvernements. Si on veut diminuer les émissions de gaz à effet de serre, il faut que les entreprises, les grands secteurs économiques s'engagent.

Ce travail de conviction est donc √† faire et c'est une des raisons pour lesquelles, aussi bien le pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise, le Premier ministre et moi-m√™me, nous allons, √† chacun de nos d√©placements, plaider pour convaincre. Au mois de janvier, j'ai l'occasion de me trouver demain au Kowe√Įt ; √† la fin de la semaine, nous serons en Chine avec le Premier ministre et nous allons traiter ces sujets. Au mois de f√©vrier, je me rendrai en Inde, un pays tr√®s important - hier, le pr√©sident Obama et le Premier ministre Modi ont dit des choses int√©ressantes sur ce sujet. Ensuite, je serai √† Gen√®ve ; ensuite en Indon√©sie, aux Philippines, avec le pr√©sident. Au mois de mars, j'aurai l'occasion d'aller au Japon, au Groenland, en Am√©rique du Sud, ind√©pendamment de toutes les r√©unions de l'Union europ√©enne. Au mois d'avril, j'irai √† Washington, au Guatemala o√Ļ une r√©union tr√®s importante aura lieu sur les pays d'Am√©rique latine et d'Am√©rique du Sud. En mai, je me rendrai √† Singapour, en Malaisie, en Alg√©rie, au Gabon. En juin, je serai √† Vienne, √† New York.

Vous voyez, j'aurai beaucoup d'occasions de plaider, en essayant de convaincre, en disant aux uns et aux autres que ce n'est pas simplement par rapport √† une solidarit√© internationale qu'il faut agir, mais par rapport √† son propre int√©r√™t. Quand on examine quels vont √™tre les ressorts de la croissance dans les temps qui viennent - et on a besoin de croissance si on veut de l'emploi -, il y a les nouvelles technologies et il y a - parfois les choses sont crois√©es - ¬ęthe green growth¬Ľ, la croissance verte. En faisant un travail tr√®s important d'engagement pour que la COP 21 soit un succ√®s, on ne travaille pas simplement pour le climat, on travaille aussi pour la croissance et pour le bien-√™tre de l'ensemble de nos populations. Merci beaucoup./.

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6. Lutte contre le terrorisme - D√©ch√©ance de la nationalit√© fran√ßaise - Communiqu√© du minist√®re de l'int√©rieur (Paris, 23/01/2015)

M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, prend acte du jugement du Conseil constitutionnel, qui valide la décision par laquelle le gouvernement avait déchu de sa nationalité française une personne condamnée pour des faits de terrorisme.

Ce faisant, le Conseil constitutionnel a précisé le cadre de la déchéance de nationalité. Pour estimer que cette décision n'était pas disproportionnée, le Conseil constitutionnel a notamment relevé qu'elle ne peut intervenir qu'à une triple condition : une condamnation définitive pour des faits de terrorisme ; l'appartenance à une autre nationalité ; l'acquisition de la nationalité française dans les 15 ans précédant cette condamnation.

La décision du Conseil constitutionnel stabilise et sécurise le régime de la déchéance de la nationalité. Le gouvernement entend continuer à prendre cette décision de déchéance à l'endroit des personnes condamnées pour faits de terrorisme, dès lors que les conditions légales seront réunies. Le ministre de l'Intérieur réaffirme la détermination du gouvernement à mettre en oeuvre avec fermeté l'ensemble des voies de droit dans sa lutte contre le terrorisme./.

(Source : site Internet du ministère de l'intérieur)

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7. Politique culturelle - Colloque international de la Fondation Alliance fran√ßaise - Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 26/01/2015)

Monsieur le Pr√©sident de la Fondation Alliance fran√ßaise, Cher J√©r√īme Cl√©ment,

Monsieur le Secrétaire général,

Mesdames et Messieurs les Directeurs,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

L'Alliance fran√ßaise, c'est, pour beaucoup de personnes dans le monde, l'un des visages de la France - parfois m√™me le visage de la France. Il m'arrive souvent, lors de mes d√©placements √† l'√©tranger, d'entendre un interlocuteur me dire : ¬ęJ'ai appris votre langue √† l'Alliance fran√ßaise¬Ľ. Ou tel autre : ¬ęC'est √† l'Alliance fran√ßaise que j'ai d√©couvert Victor Hugo¬Ľ. Ces phrases - prononc√©es avec l'√©motion de ceux qui ne manient pas seulement le fran√ßais mais √©prouvent un attachement profond pour notre pays - r√©sument, je crois, tr√®s bien les deux missions essentielles qu'assume l'Alliance fran√ßaise sur tous les continents : faire r√©sonner notre langue et faire rayonner notre culture. Pour moi qui ai fait de la diplomatie culturelle l'une des composantes majeures de la ¬ędiplomatie globale¬Ľ que je conduis au Quai d'Orsay, √™tre pr√©sent parmi vous aujourd'hui malgr√© le chaos du monde relevait donc de l'√©vidence.

Je veux d√©buter ce propos par un hommage - que vous partagez, j'en suis s√Ľr - √† Jean-Pierre de Launoit, ancien Pr√©sident de l'Alliance fran√ßaise de Paris puis de la Fondation Alliance fran√ßaise, qui nous a quitt√©s en novembre dernier. Je le connaissais assez bien ; c'√©tait un homme engag√©, un grand philanthrope et un grand humaniste. Plus pr√©cis√©ment, il incarnait la vocation humaniste qui caract√©rise l'Alliance fran√ßaise depuis maintenant plus de 130 ans. Toute sa vie, il a agi pour le dialogue entre les cultures et entre les peuples. Avec vous, j'ai aujourd'hui une pens√©e affectueuse et reconnaissante pour lui. Je fais confiance √† votre nouveau pr√©sident, J√©r√īme Cl√©ment, pour reprendre les r√™nes de cette belle institution avec talent et avec la m√™me passion humaniste.

***

Mesdames et Messieurs,

Votre r√©union intervient dans un contexte particulier. Vous tous qui √™tes r√©unis ici, vous oeuvrez chaque jour, dans les 137 pays o√Ļ est repr√©sent√©e l'Alliance fran√ßaise, au service de la culture. Or c'est par la plus atroce des barbaries que notre pays a √©t√© frapp√© en ce d√©but d'ann√©e. Les attentats terroristes des 7 et 9 janvier ont meurtri la France, les plaies ouvertes mettront du temps √† se refermer.

Ces événements ont soulevé dans le monde une vague d'émotion considérable - sans doute en avez-vous été témoins et acteurs vous-mêmes. Un mouvement de solidarité mondiale a fait écho à notre propre sursaut d'unité nationale. Des rassemblements populaires spontanés. Des messages de soutien de toute la planète. Un quart des dirigeants du monde était présent à la marche du 11 janvier à Paris, dans un mouvement d'unité contre la barbarie et contre le terrorisme.

L'ampleur de ce mouvement de solidarité mondiale s'explique d'abord par l'atrocité des crimes commis et par les valeurs ainsi poignardées : la liberté d'expression, le refus des discriminations religieuses, la nécessité de la sécurité, et en fin de compte la démocratie. Mais c'est aussi - peut-être l'avez-vous personnellement ressenti dans vos pays de résidence -, parce que la France, en raison de son histoire, de ses valeurs, de sa langue, de sa culture, incarne des idéaux qui la dépassent. La journée du 11 janvier en fut l'emblème : quand la France est touchée au coeur, c'est le monde entier qui est blessé avec elle.

Face aux menaces qui ne vont pas cesser en quelques mois, l'unité est une force qu'il faut absolument préserver. Or au cours des derniers jours, des incidents se sont produits en réaction à la couverture du journal Charlie Hebdo, des actes violents ont même eu lieu, des appels au meurtre ont été lancés contre des Français : la France condamne ces faits avec fermeté.

Mais je veux aller un peu plus loin : au-delà de ces actes condamnables, des sensibilités se sont exprimées, des protestations ont été émises, y compris parmi les dirigeants du monde arabo-musulman. Je veux à cet égard être clair. La liberté d'expression est un pilier de la démocratie française. Elle est le fruit de longs combats. Pas question d'y renoncer.

En m√™me temps, il faut dissiper les malentendus, s'ils existent, √† l'√©gard de ceux qui, √† l'√©tranger, s'interrogent ou r√©agissent. En France, la libert√© d'expression est encadr√©e par la loi, qui prot√®ge chaque citoyen contre toute d√©rive. S'il y a insulte ou appel √† la haine, la voie des tribunaux est ouverte et la justice fran√ßaise a pour t√Ęche de faire respecter le droit, en toute ind√©pendance.

Dans le monde, nous savons que des sensibilités différentes existent. Nous comprenons que certains puissent exprimer leur désaccord lorsqu'ils se sentent choqués par certains écrits, images, caricatures. Le droit de protestation existe. Mais la limite absolue à ne pas franchir et que nous ne pouvons pas tolérer, c'est la violence, qui n'est pas et ne sera jamais pour nous une pratique acceptable.

Enfin, défendre la liberté d'expression ne signifie évidemment pas pour la France vouloir insulter l'islam. Ceux qui voudraient faire croire au monde que la France serait hostile à l'islam sont des imposteurs. Vis-à-vis de tous les pays musulmans, nous menons une politique de dialogue et de coopération, qui est le contraire même de l'hostilité. Quand nous combattons le djihado-terrorisme et l'islamisme radical, ce sont aussi les musulmans que nous protégeons, eux qui en réalité en sont les premières victimes. Sur le plan intérieur, nous menons une lutte constante contre les actes anti-musulmans et nous dénonçons l'amalgame nauséabond entre islam et terrorisme.

***

Mesdames et Messieurs,

Dans cet effort pour la concorde entre les peuples, qui doit √™tre l'un de nos grands combats, les Alliances fran√ßaises ont un r√īle essentiel √† jouer. Il ne s'agit pas d'un propos de circonstance. Je ne consid√®re pas que l'affrontement soit in√©luctable. Je pense que la culture peut et doit nous aider √† d√©jouer le pi√®ge qui nous est tendu par les terroristes. La culture peut, doit nous permettre d'√©carter le spectre brandi par certains de ¬ęguerre des civilisations¬Ľ.

C'est une des raisons pour lesquelles, aujourd'hui plus que jamais, le monde a besoin des Alliances fran√ßaises, a besoin de vous, pour les valeurs d'humanisme, de tol√©rance, de respect des diff√©rences, de dialogue des langues et des cultures que vous portez. Lors de la Conf√©rence des ambassadeurs en ao√Ľt dernier, votre pr√©sident avait eu une formule que j'ai particuli√®rement appr√©ci√©e : ¬ęLa culture¬Ľ, disait-il, ¬ęce n'est pas seulement un divertissement, c'est aussi un avertissement¬Ľ. Oui, c'est un avertissement que l'autre existe, que la vraie richesse na√ģt de l'√©change, que l'enr√©gimentement et l'obscurantisme ne sont pas une fatalit√©. Et la francophonie, telle que nous la concevons, la langue, la culture, les valeurs francophones, sont constitutifs de cet avertissement.

Soyez conscients que vos deux missions premi√®res - la diffusion de notre langue et le rayonnement de notre culture - ne sont pas dissociables d'une troisi√®me, qui est la contribution au rapprochement des peuples. La place qui est la v√ītre vous donne pour t√Ęche de traduire en actes la d√©finition que Senghor donnait de la francophonie : ¬ęcet humanisme int√©gral qui se tisse autour de la terre¬Ľ. La langue fran√ßaise n'est pas un simple outil de communication : elle porte en elle - c'est ce qui fait sa force et son pouvoir d'attraction - une certaine vision de l'homme, une certaine vision du monde. √Ä vous de la faire vivre et de la d√©fendre.

***

Pour être à la hauteur de ces défis, le réseau des Alliances françaises doit être en ordre de marche et tourné vers l'avenir. Je salue les nombreux efforts réalisés au cours des dernières années. De nouveaux espaces ont été investis.

Espaces g√©ographiques, avec l'ouverture d'Alliances dans plusieurs pays d'Europe orientale, d'Asie et d'Afrique non francophone. Le r√©seau s'√©tend aujourd'hui √† la plupart des pays √©mergents. Ces implantations correspondent √† une demande nouvelle d'enseignement du fran√ßais. Elles s'inscrivent aussi dans notre volont√© commune de r√©orienter la pr√©sence fran√ßaise √† l'√©tranger vers les r√©gions o√Ļ se construit l'avenir du monde.

Espaces technologiques, d'autre part. Le r√©seau des Alliances, sous l'impulsion de la Fondation, a engag√© sa transition num√©rique. D√©veloppement des centres de ressources multim√©dia, des supports interactifs, des formations en ligne : le r√©seau est entr√© dans l'√®re num√©rique. Ces efforts de modernisation sont d√©cisifs pour attirer les nouvelles g√©n√©rations. Ils doivent √™tre poursuivis. Les √©changes men√©s dans le cadre de votre colloque, qui a pr√©cis√©ment pour th√®me ¬ę l'avenir num√©rique des Alliances fran√ßaises ¬Ľ, contribueront √† renforcer cette modernisation indispensable.

Je salue à cet égard les priorités définies par votre président dès sa prise de fonctions. L'objectif fixé est de renforcer l'apprentissage de la langue française au sein de l'espace francophone - notamment sur le continent africain -, mais aussi en dehors - en particulier en Asie -, avec un effort tout particulier à destination de la jeunesse. Votre stratégie : moderniser les outils de travail des Alliances françaises à travers les nouvelles technologies ; renforcer les moyens du réseau pour répondre à la demande internationale de français ; mieux coordonner votre action avec celle des opérateurs que sont l'Institut français et l'Agence de l'enseignement français à l'étranger. Je partage tout à fait cette vision stratégique. La francophonie est pour la France un outil majeur de rayonnement, sa progression dans le monde doit être une préoccupation permanente : les priorités définies pour l'Alliance française vont y contribuer de manière efficace.

En parallèle, le réseau des Alliances françaises me semble pouvoir s'ouvrir à de nouveaux enjeux, en lien direct avec nos ambassades et avec les Instituts français. Dans plusieurs domaines, l'Alliance française, dans le respect de son indépendance, constitue en effet un atout majeur pour appuyer les priorités de notre diplomatie.

D'abord, je citerai le tourisme et l'attractivit√©. Parce que ce minist√®re en est d√©sormais charg√© et parce que les Alliances fran√ßaises ont un r√īle √©vident √† jouer dans la promotion de notre pays. Par notamment des offres de s√©jours culturels et linguistiques en France, votre r√©seau contribue √† faire d√©couvrir au monde nos atouts. Il n'y a pas de meilleure fa√ßon de donner une ¬ęenvie de France¬Ľ qu'en montrant physiquement notre pays, la France.

La diplomatie universitaire, aussi. De nombreuses Alliances h√©bergent des espaces Campus France. Elles peuvent contribuer √† cr√©er des passerelles en direction des grandes √©coles, des √©coles d'ing√©nieurs, des universit√©s fran√ßaises. Elles peuvent √©galement participer √† la structuration de notre nouveau r√©seau d'alumni √©trangers, en animant avec nos ambassades les sites internet locaux de notre nouvelle plateforme ¬ęFrance Alumni¬Ľ.

Quant √† la mobilit√© professionnelle vers la France, les Alliances peuvent la renforcer par la promotion de la langue fran√ßaise aupr√®s d'un public de professionnels. Vous avez un r√īle particulier √† jouer √† l'√©gard de ce public sp√©cifique. Cela passe notamment par la contribution au plan d'action gouvernemental pour la francophonie en mati√®re de formation linguistique et professionnelle, notamment en Afrique subsaharienne. Les Alliances fran√ßaises seront amen√©es √† jouer un r√īle croissant dans l'appui aux syst√®mes √©ducatifs et aux structures de formation professionnelle des pays concern√©s.

J'appelle enfin nos Alliances fran√ßaises √† appuyer nos efforts sur la question majeure du d√©r√®glement climatique. Vous le savez, l'ann√©e 2015 sera pour la France en g√©n√©ral, et pour le Quai d'Orsay en particulier, une ¬ęann√©e climat¬Ľ, avec la pr√©paration de la COP 21, que nous accueillerons et que je pr√©siderai en d√©cembre prochain. Sensibiliser, partout dans le monde, aux enjeux de cette conf√©rence - qui sera la plus vaste conf√©rence diplomatique jamais organis√©e en France - constitue une des conditions de sa r√©ussite. En organisant des conf√©rences ou des d√©bats sur le d√©r√®glement climatique et le d√©veloppement durable, les Alliances peuvent y contribuer et int√©resser leur public. Il y a urgence √† agir pour permettre √† notre plan√®te de demeurer vivable. C'est notre responsabilit√© commune, car nous sommes la premi√®re g√©n√©ration √† prendre vraiment conscience du probl√®me, mais la derni√®re √† pouvoir agir. Comme je le dis souvent, il n'y a pas d'autre solution puisqu'il n'y a pas d'autre plan√®te

***

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

La Fondation Alliance fran√ßaise est pour le minist√®re des Affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international un partenaire indispensable, qui partage notre ambition de faire rayonner la France dans le monde, et qui oeuvre √† nos c√īt√©s √† la poursuite d'objectifs communs.

C'est pourquoi j'ai souhaité le renforcement de notre partenariat. Nous avons signé, en novembre dernier, une nouvelle convention triennale. Elle améliorera encore la qualité du dialogue entre la Fondation et les services du ministère, à Paris et dans notre réseau. Elle renforcera les synergies entre la Fondation et l'Institut français.

J'ai tenu aussi √† ce que l'√Čtat p√©rennise son engagement √† l'√©gard du r√©seau de l'Alliance fran√ßaise. Le soutien global, significatif, du Quai d'Orsay √† la Fondation et au r√©seau des Alliances sera maintenu. Dans le contexte budg√©taire actuel, cet effort est la meilleure preuve de l'importance que nous accordons √† ce partenariat. Car, en mati√®re budg√©taire comme dans les autres, il n'existe pas d'amour mais uniquement des preuves d'amour.

Pour conclure, je souhaite vous adresser, à vous toutes et à vous tous qui faites le succès et la grandeur de l'Alliance française, mes chaleureux remerciements. Je remercie votre Président, votre Secrétaire général, les membres du Conseil d'administration ainsi que l'ensemble de l'équipe de la Fondation pour leur ardeur à défendre la langue et la culture françaises, à promouvoir le travail de grande qualité accompli par le réseau des Alliances.

Je remercie tous les présidents bénévoles, les directeurs d'Alliances et les chargés de mission présents à ce colloque. Par votre compétence et votre engagement, vous faites vivre les valeurs universelles qu'a toujours défendues cette institution. Vous incarnez, aux yeux de la France et du monde, l'humanisme, la tolérance, le dialogue et la recherche de la paix.

À toutes et tous, pour votre action remarquable, merci./.

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8. Japon - Assassinat d'un ressortissant japonais - Communiqu√© de la pr√©sidence de la R√©publique (Paris, 25/01/2015)

Le président de la République condamne avec la plus grande fermeté l'assassinat barbare de M. Haruna Yukawa, ressortissant japonais enlevé par les terroristes de Daech. Il appelle à la libération immédiate du journaliste japonais M. Kenji Goto, également otage.

Il adresse ses condoléances au gouvernement et au peuple japonais ainsi qu'à la famille de la victime.

Il salue l'engagement d√©termin√© du Japon dans la lutte contre le terrorisme international et son r√īle actif en faveur de la paix au Moyen-Orient.

Nos deux pays amis coopèrent ensemble contre les djihadistes. Le Japon peut compter sur la solidarité de la France dans cette épreuve./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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9. Japon - Assassinat d'un ressortissant japonais - D√©claration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 25/01/2015)

La nouvelle de l'exécution d'un otage japonais par le groupe terroriste Daech me remplit d'horreur.

J'adresse mes sincères condoléances au peuple et au gouvernement japonais ainsi qu'à la famille de la victime.

La France se tient aux c√īt√©s du Japon dans cette √©preuve./.

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10. R√©publique centrafricaine - Lib√©ration de Mme Claudia Priest - Propos de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec divers m√©dias (Paris, 25/01/2015)

Je voudrais dire le bonheur que c'est pour nous tous de vous retrouver. Quand je dis, nous tous, je pense bien s√Ľr √† votre famille mais je pense aussi aux Fran√ßais, qui se sont sentis tr√®s proches de vous. Je m'associe aussi aux remerciements que vous avez formul√©s pour tous ceux qui ont aid√© √† votre lib√©ration. On y a cru d√®s le d√©but, mais enfin, on ne peut conna√ģtre le d√©nouement qu'√† la fin.

Les prises d'otages, c'est toujours extrêmement violent mais en plus, il s'agit d'une personne - et c'est le cas de Mme Priest - qui donne une grande partie de sa vie pour les Centrafricains. C'est encore plus gênant, encore plus injuste.

Quand je vous ai eu au t√©l√©phone, - cela m'a frapp√© et je l'ai dit √† votre mari - vous m'avez fait des excuses. ¬ęMais pourquoi ?¬Ľ ai-je dit, vous m'avez r√©pondu ¬ęJe vous ai caus√© des tracas¬Ľ. Non, vous ne m'avez pas caus√© de tracas, d'abord de l'inqui√©tude et maintenant, beaucoup de bonheur. Maintenant vous √™tes chez vous./.

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11. R√©publique centrafricaine - Lib√©ration de Mme Claudia Priest - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęFrance info¬Ľ (Paris, 23/01/2015)

J'ai eu Mme Priest il y a une heure environ, elle va bien. Nous étions extrêmement heureux pour elle. Elle a eu extrêmement froid - nous lui avions envoyé des couvertures mais elle ne les a pas eues -, elle est en bonne santé. J'ai également eu son mari... et on a pu les récupérer.

Je remercie beaucoup à la fois l'ambassade qui a fait un grand travail, nos militaires, le gouvernement centrafricain, l'archevêque de Bangui aussi qui nous a beaucoup aidés.

Tout cela est d'autant plus choquant que cette femme est une femme au grand coeur qui consacre une grande partie de sa vie √† aider les Africains. Elle √©tait en Centrafrique pour am√©nager des puits, pour aider les populations et elle a √©t√© enlev√©e au d√©but la semaine parce que l'on appelle les anti-balaka. J'avais d√®s le d√©but bon espoir que l'on puisse la r√©cup√©rer, nous avions rep√©r√© o√Ļ elle √©tait, mais une bonne nouvelle on ne peut l'annoncer que quand elle est effective. Donc ce soir, nous sommes extr√™mement heureux.

Q - On l'a dit un peu choqué mais avec un bon moral ? Savez-vous si ses conditions de détention étaient difficiles ?

R - C'était difficile, oui, car on a à faire à des gens qui ne sont pas des humanistes, c'est certain.

C'est tr√®s touchant car elle m'a dit qu'elle s'excusait d'avoir caus√© tant de tracas etc., mais je l'ai rassur√© en lui disant : ¬ęPas du tout, vous √™tes une femme remarquable et il n'y a vraiment pas lieu de vous excuser. Nous sommes l√†, l'√Čtat fran√ßais est l√† pour aider.¬Ľ Nous sommes ce soir tr√®s heureux pour elle, pour sa famille et pour tous ses amis.

Q - Je sais que l'on ne parle pas des négociations mais ont-ils obtenu gain de cause ces anti-balaka ?

R - C'est vrai que généralement on ne parle pas des négociations. Ils demandaient la libération de l'un des leurs mais je n'ai eu aucune information que cela leur aurait été accordé.

Q - Allez-vous l'accueillir à Paris ?

R - Je ne sais pas. Elle est encore un peu choqu√©e, on le serait √† moins. Bien s√Ľr, nous allons organiser les choses pour qu'elle puisse rentrer le plus t√īt possible. Tout cela est derri√®re nous./.

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12. R√©publique centrafricaine - Lib√©ration de Mme Claudia Priest - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęItele¬Ľ (Paris, 23/01/2015)

Q - Bonsoir Monsieur le Ministre, merci d'être avec nous en direct. Tout d'abord, comment va Claudia Priest ?

R - Elle va bien. Je l'ai eu le téléphone il y a plus d'une heure, elle venait d'être récupérée par notre ambassade à Bangui. Cela a été dur parce que les conditions de détention étaient pénibles, elle a eu très froid et elle ne savait évidemment pas ce qui allait arriver.

Nous avons pu la libérer. Je voudrais vraiment remercier à la fois les services du Quai d'Orsay. Le Centre de crise a été remarquable comme d'habitude ainsi que nos militaires, le gouvernement de Centrafrique et l'archevêque de Bangui qui nous ont beaucoup aidés.

D√®s le d√©but, j'avais bon espoir car on l'avait localis√©e, on savait que c'√©tait des anti-balaka qui l'avaient enlev√©e et on a pu y arriver. Quand j'ai appris la nouvelle, j'ai appel√© son mari qui √©tait extr√™mement heureux bien √©videmment. Ce qui m'a beaucoup √©mu, c'est que quand j'ai eu Mme Priest au t√©l√©phone, elle s'est excus√©e me disant qu'elle nous avait caus√© du souci. Je lui ai dit : ¬ęmais Madame, n'inversons pas les choses.¬Ľ

C'est une femme au grand coeur qui donne une partie importante de sa vie pour les Africains car vous savez qu'elle anime avec son mari une association bénévole qui aide la Centrafrique pour construire des puits. C'était donc d'autant plus révoltant qu'elle soit enlevée.

Nous l'avons récupérée, elle est libre, elle va bien et c'est une très bonne nouvelle.

Q - Comment expliquer que ces négociations et cette libération soient finalement allées assez vite ? Une rançon avait-elle été demandée par cette milice anti-balaka ?

R - La France a pour principe de ne pas payer de rançon. Je crois que les gens commencent à le comprendre. Mais il fallait qu'il y ait une discussion et pour cela, l'archevêque de Bangui nous a beaucoup aidé, nous avions envoyé des spécialistes sur place.

Finalement, on a pu récupérer Mme Priest. J'en suis extrêmement heureux pour elle et j'espère qu'elle pourra rentrer chez elle le plus vite possible. Je lui ai dit que tout cela était derrière nous.

Q - Monsieur Fabius, donnez-vous ce soir de nouvelles consignes aux ressortissants français qui comptent se rendre en Centrafrique ou dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest ?

R - Vous savez, nous sommes dans une situation paradoxale. D'un c√īt√©, la situation en Centrafrique, par rapport √† celle que l'on a connue il y a quelques mois, s'est consid√©rablement am√©lior√©e, tout le monde le dit, mais d'un autre c√īt√©, il faut malgr√© tout faire preuve d'une grande vigilance. Ce qui est arriv√© √† Mme Priest en est la preuve.

Pour tous les voyageurs, visiteurs ou même les gens qui sont sur place, j'ai fait passer par l'ambassade et le consulat, partout, des consignes de vigilance et de prudence. Cela ne veut pas dire que l'on ne peut rien faire mais il faut quand même être très attentif dans les circonstances actuelles pour des raisons que chacun comprend.

Q - Savez-vous lorsque Claudia Priest doit rentrer en France ? A-t-elle prévu de rester en Centrafrique ?

R - Je ne pense pas qu'elle y reste. Vous savez d'ailleurs que le jour o√Ļ elle a √©t√© enlev√©e, elle avait pr√©vu de rentrer le lendemain. Elle va revenir apr√®s ces √©preuves consid√©rables. Je suis extr√™mement heureux, vous le comprenez, qu'on ait pu la lib√©rer. Donc, comme on dit, ¬ętout est bien qui finit bien¬Ľ./.

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13. Alg√©rie - Rapatriement de la d√©pouille d'Herv√© Gourdel - D√©claration du porte-parole du minist√®re des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international (Paris, 25/01/2015)

La dépouille d'Hervé Gourdel sera rapatriée en France lundi 26 janvier à 13h30.

La France remercie les autorités algériennes qui ont permis de retrouver la dépouille de notre compatriote et de l'identifier avec certitude, en étroite coopération avec les services spécialisés français.

La France salue l'excellente coopération avec les autorités algériennes depuis l'assassinat d'Hervé Gourdel qui a endeuillé la Nation tout entière./.

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14. Alg√©rie - Rapatriement de la d√©pouille d'Herv√© Gourdel - Allocution de l'ambassadeur de France en Alg√©rie (Alger, 26/01/2015)

Monsieur le Directeur général du Protocole du ministère des affaires étrangères algérien, représentant des autorités algériennes,

Monsieur le Directeur d'Europe,

Monsieur le Directeur des affaires consulaires,

Monsieur le Consul général de France à Alger,

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes rassemblés ce matin pour un dernier adieu à Hervé Gourdel en terre algérienne. Je suis très ému d'être ici au nom des autorités françaises pour l'accompagner vers sa dernière demeure en France.

Il √©tait parti en Alg√©rie pour se livrer √† sa passion, la montagne, et pour admirer les magnifiques paysages de Kabylie. Il a √©t√© enlev√© le 21 septembre par un groupe terroriste puis assassin√© l√Ęchement, cruellement. Herv√© Gourdel est mort parce qu'il √©tait fran√ßais et que son pays, la France, combat le terrorisme.

Le Premier ministre Abdelmalek Sellal avait déclaré, le 4 décembre dernier, que les forces de sécurité algériennes continuaient leur travail sur le terrain pour rechercher son corps et capturer ses assassins. Je tiens à remercier les autorités algériennes de l'extrême mobilisation dont elles ont fait preuve, conduisant à la neutralisation de plusieurs membres du groupe Jund el Khilafa et à la découverte du corps de notre compatriote.

Je tiens par ailleurs à souligner l'excellente coopération qui a présidé aux échanges entre les autorités judiciaires algériennes et françaises sur ce dossier.

Tous ensemble, nous nous associons à la douleur de la famille d'Hervé Gourdel, de sa compagne et de ses proches, mais aussi de celle de toutes les victimes du terrorisme, face auquel le peuple français a démontré son unité lors de la grande marche républicaine du 11 janvier, avec le soutien et la solidarité de ses amis et partenaires dont l'Algérie.

La France est déterminée à poursuivre, en coordination étroite avec ses partenaires et en particulier avec l'Algérie, dans un esprit de confiance et de solidarité, sa lutte implacable contre le terrorisme.

Adieu, Hervé Gourdel./.

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15. Arabie Saoudite - D√©c√®s de Sa Majest√© le Roi Abdallah bin Abdelaziz Al Saoud - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res et du d√©veloppement international, avec ¬ęRTL¬Ľ (Paris, 26/01/2015)

C'est évidemment la place de la France, d'abord parce que nous avons, de tout temps, des relations extrêmement bonnes avec l'Arabie Saoudite, quels que soient d'ailleurs les présidents qui se sont succédé ici.

Vous savez que c'est un p√īle de stabilit√© tr√®s important et, √©conomiquement, cela repr√©sente aussi pour nous, un partenaire consid√©rable.

Il était tout à fait normal, puisque nous connaissons bien le roi comme nous connaissons maintenant son successeur qui est son demi-frère, le ministre de la défense, que le président de la République soit là./.

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