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Déclarations officielles de politique étrangère du 15 octobre 2014


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Luxembourg/Entretien de M. Harlem D√©sir avec M. Jean Asselborn, ministre des Affaires √©trang√®res du Luxembourg - Climat/Participation de Mme Annick Girardin √† la r√©union du ¬ęCarbon Disclosure Project¬Ľ - Commerce ext√©rieur/D√©placement de M. Matthias Fekl au Kazakhstan - √Čgypte/Attentat - Madagascar (Paris, 15/10/2014)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Luxembourg - Entretien de M. Harlem Désir avec M. Jean Asselborn, ministre des Affaires étrangères du Luxembourg (Paris, 16 octobre 2014)

M. Harlem D√©sir, secr√©taire d'√Čtat charg√© des Affaires europ√©ennes, rencontrera demain M. Jean Asselborn, ministre luxembourgeois des Affaires √©trang√®res et europ√©ennes, de l'Asile et de l'Immigration.

Cet entretien permettra de faire le point sur les principales questions européennes, notamment la relance de l'investissement et les questions climatiques et énergétiques, dans la perspective du Conseil européen des 23 et 24 octobre.

MM. Désir et Asselborn évoqueront également la simplification et l'amélioration du fonctionnement institutionnel de l'Union européenne, ainsi que la préparation de la présidence luxembourgeoise du Conseil de l'Union européenne au second semestre 2015.

2 - Climat - Participation de Mme Annick Girardin √† la r√©union du ¬ęCarbon Disclosure Project¬Ľ (Paris, 15 octobre 2014)

Mme Annick Girardin, secr√©taire d'√Čtat charg√©e du D√©veloppement et de la Francophonie, a particip√© ce matin √† la r√©union du ¬ęCarbon Disclosure Project France 2014¬Ľ. Ce projet, men√© en parall√®le en France et dans d'autres pays, consiste √† √©valuer chaque ann√©e l'impact des principales entreprises mondiales sur les d√©r√®glements climatiques.

A un an de la conf√©rence ¬ęParis Climat 2015¬Ľ, Mme Annick Girardin a rappel√© que les d√©r√®glements climatiques √©taient une menace pour le d√©veloppement et l'√©conomie mondiale. Les entreprises devront apporter des solutions concr√®tes pour r√©pondre aux d√©fis de la r√©duction des √©missions de carbone et construire l'√©conomie de l'apr√®s-carbone.

La mobilisation du secteur privé est l'une des conditions de la crédibilité de l'accord ambitieux que la France souhaite obtenir à Paris en 2015.

3 - Commerce extérieur - Déplacement de M. Matthias Fekl au Kazakhstan (16-17 octobre 2014)

M. Matthias Fekl, secr√©taire d'√Čtat charg√© du Commerce ext√©rieur, de la Promotion du tourisme et des Fran√ßais de l'√©tranger, se rendra √† Almaty et √† Astana les 16 et 17 octobre dans le cadre de la pr√©paration de la visite du pr√©sident de la R√©publique et afin de copr√©sider la 11√®me session de la commission mixte bilat√©rale pour les affaires √©conomiques.

Ce déplacement permettra de soutenir nos secteurs d'excellence à l'exportation et de faciliter la diversification de notre commerce bilatéral - notamment dans des secteurs comme le tourisme et le tourisme de montagne, la santé, l'agroalimentaire, les télécommunications ou la ville durable. Une attention particulière sera apportée aux petites et moyennes entreprises et aux entreprises de taille intermédiaire, dont l'accompagnement à l'exportation est une priorité du gouvernement.

À l'occasion de ce déplacement, M. Matthias Fekl rencontrera la communauté française.

4 - √Čgypte - Attentat (14 octobre 2014)

La France condamne l'attentat qui a fait plus d'une dizaine de blessés hier dans le centre du Caire.

Nous adressons notre sympathie aux blessés et à leurs familles.

La France rejette le terrorisme sous toutes ses formes et se tient aux c√īt√©s du peuple et du gouvernement √©gyptiens.

Q - Un attentat terroriste s'est produit hier au centre du Caire et a fait 12 bless√©s. Quelle est votre r√©action ? Est-ce que la France partage une m√™me vision de l'√Čgypte concernant les d√©fis terroristes sur le plan int√©rieur mais aussi en dehors des fronti√®res de l'√Čgypte ?

R - Je vous renvoie √† la d√©claration que nous venons de faire s'agissant de l'attentat d'hier. La France et l'√Čgypte sont des partenaires dans la lutte contre le terrorisme et nous travaillons √©troitement ensemble et avec les pays de la r√©gion.

5 - Madagascar

Q - Je souhaite avoir une r√©action du Quai d'Orsay suite au retour, √† Madagascar, de l'ancien pr√©sident exil√©. Marc Ravalomanana s'est fait interpeller quelques heures apr√®s son arriv√©e. Sa famille √©voque un rapt des forces sp√©ciales. L'actuel pr√©sident parle de ¬ęmise en s√©curit√©¬Ľ.

R - La France soutient la position tr√®s claire exprim√©e aujourd'hui par l'Union africaine, qui a condamn√© les propos tenus par l'ancien pr√©sident Ravalomanana apr√®s son retour √† Madagascar sans accord politique ni concertation. Il appartient aux autorit√©s malgaches de traiter cette affaire dans le respect du droit malgache et dans l'esprit d'apaisement et de responsabilit√© qui a pr√©valu jusqu'ici, en lien avec les organisations r√©gionales comp√©tentes, la Communaut√© de d√©veloppement des √Čtats d'Afrique australe, l'Union africaine et la Commission de l'oc√©an Indien.

La crise politique ouverte en 2009 a pris fin avec les √©lections libres et transparentes organis√©es fin 2013 dans le cadre de la m√©diation de l'Union africaine et de la Communaut√© de d√©veloppement des √Čtats d'Afrique australe. Avec les partenaires du groupe international de soutien, la France appuie les efforts des autorit√©s √©lues pour le d√©veloppement du pays./.

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2. Lutte contre le terrorisme - Irak - Syrie - Turquie - R√©ponse de M. Manuel Valls, Premier ministre, √† une question √† l'Assembl√©e nationale (Paris, 15/10/2014)

Monsieur le Président,

Vous savez que depuis le 1er septembre les forces françaises sont engagées directement dans la lutte contre Daech. Elles procèdent à des opérations de reconnaissance, d'identification et de frappes contre les terroristes du groupe Daech. Le président de la République, vous le savez et vous l'avez rappelé, a décidé de renforcer le dispositif militaire engagé en Irak. Ce renforcement est désormais effectif avec trois Rafales supplémentaires, soit neuf au total, des moyens accrus de renseignement et une frégate dans le Golfe. Les opérations se poursuivront aussi longtemps que cela sera nécessaire pour réduire les capacités de Daech et permettre à l'armée irakienne de reprendre le dessus.

La France intervient avec les √Čtats-Unis dans le cadre d'une large coalition internationale qui comprend, d'abord, des pays arabes et des partenaires europ√©ens dont il convient de saluer la d√©cision de contribuer militairement aux actions men√©es en Irak. La participation de l'Australie √† la coalition et la d√©cision du Canada de la rejoindre prochainement d√©montre √©galement que le combat contre Daech englobe un nombre croissant d'√Čtats confront√©s aux d√©fis et aux menaces de ce groupe terroriste, et vous le savez la nature de cette menace.

Monsieur le Président,

Vous l'avez dit avec des mots très forts. À Kobané, ville frontalière de la Turquie, ce combat se déroule sous les yeux de la communauté internationale et met en relief l'impérieuse nécessité de poursuivre notre action avec la plus grande détermination. De nombreuses villes, en Irak comme en Syrie, livrent loin des caméras une bataille désespérée contre la progression des forces djihadistes ou contre celle du régime de Bachar Al-Assad.

Par ailleurs, vous savez qu'au Kurdistan irakien nous soutenons les Kurdes par l'aide humanitaire et par la livraison d'armes. Parall√®lement aux actions en Irak, la France agit pour permettre √† l'opposition syrienne mod√©r√©e, en particulier celle repr√©sent√©e par l'arm√©e syrienne libre, de reprendre du terrain face √† Daech. L'action que nous menons en Syrie est compl√©mentaire des op√©rations militaires que m√®nent sur ce th√©√Ętre les forces am√©ricaines et les pays arabes.

Comme l'a soulign√© hier le ministre des Affaires √©trang√®res et du D√©veloppement international devant vous, tous ceux qui sont en position d'agir sur le terrain doivent le faire imm√©diatement, le plus vite possible, la coalition d'abord par des frappes pour entraver Daech, elles ont commenc√©, mais leurs rythmes doivent s'accro√ģtre.

La France, et je vous r√©ponds tr√®s directement, est favorable √† l'instauration d'une zone tampon et d'une zone de s√©curit√©. Et enfin, et je veux le dire avec beaucoup de force ici dans cette Assembl√©e, nous appelons la Turquie √† prendre toutes ses responsabilit√©s et toutes les mesures qui s'imposent face √† un adversaire qui en s'emparant de cette ville contr√īlerait un verrou strat√©gique dans la r√©gion. Nous le devons, nous le devons parce que nous menons cette lutte contre le terrorisme et la barbarie. Nous le menons parce que la stabilit√© de la r√©gion est un √©l√©ment imp√©ratif et nous le devons √† nos amis kurdes./.

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3. Lutte contre le terrorisme - Irak - Syrie - Turquie - Conf√©rence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires √©trang√®res et du D√©veloppement international, et de son homologue allemand - Propos de M. Fabius (Berlin, 15/10/2014)

(...)

Q - Sur la situation en Syrie et en Irak.

R - Nous ne pouvons ni l'un ni l'autre répondre à la place de nos amis américains. Tout ce qu'a dit Frank-Walter est frappé au coin du bon sens. Simplement, je peux redire quelle est l'analyse de la France.

La France a pris la position suivante : d'une part, nous avons fourni des armes aux Kurdes irakiens en liaison avec les autorités irakiennes. D'autre part, nous avons des avions qui survolent l'Irak et qui, le cas échéant, interviennent militairement. En Syrie, nous avons un dispositif différent parce que la situation est différente et nous soutenons fortement l'opposition modérée.

Revenons un instant sur ces deux pays. Dans les deux cas, nous considérons que la vraie solution est d'ordre politique - le militaire peut intervenir, mais la solution, à terme, est politique.

En Irak, l'organisation terroriste Daech, qu'il faut absolument combattre parce qu'elle est d'une dangerosit√© absolue, est tr√®s pr√©sente. C'est la raison pour laquelle nous avons envoy√© nos avions, avec d'autres, mais il faut bien s√Ľr que la coalition puisse disposer de combattants au sol. Ces combattants doivent √™tre les Irakiens et l'arm√©e irakienne renforc√©e. Mais pour que ceci se mette en place - ce qui a commenc√© √† se faire -, il faut une approche inclusive des Irakiens. Il faut que le gouvernement soit inclusif, avec des chiites, des kurdes et des sunnites et que tous les Irakiens se sentent mobilis√©s dans la bataille contre Daech. Et, de ce point de vue-l√†, il y a encore des avanc√©es √† faire parce qu'une partie de la population se dit que l'approche n'est pas suffisamment inclusive. Nous soutenons le gouvernement de M. Abadi pour d√©velopper cette approche inclusive, qui permettra aux Irakiens de se renforcer et d'aller, avec notre appui a√©rien, combattre Daech. Mais aujourd'hui ce n'est pas encore suffisamment le cas.

En Syrie, les choses sont diff√©rentes, parce que nous n'avons pas en fait un seul adversaire, nous en avons deux. Nous avons Daech bien s√Ľr, mais - parfois on l'oublie - celui qui est √† l'origine des mouvements terroristes, c'est M. Bachar Al-Assad, qui a lib√©r√© des prisonniers devenus des terroristes - y compris de Daech et qui pendant longtemps a achet√© le p√©trole produit par Daech.

Il y a naturellement une action √† mener contre Daech imm√©diatement - vous connaissez la situation tragique de la ville de Koban√© - mais il faut en m√™me temps que cela ne soit pas un moyen pour M. Bachar Al-Assad d'√©tendre ses forces parce que le choix ne peut pas √™tre entre la dictature ou le terrorisme. C'est la raison pour laquelle nous nous concentrons sur le renforcement de l'opposition mod√©r√©e, et en particulier, nous avons d√©cid√© de faire partie du programme qui s'appelle ¬ęTrained and equipped¬Ľ, qui est lanc√© √† la fois par les Am√©ricains et par d'autres. Et puis nous souhaitons bien s√Ľr que ceux qui le peuvent permettent √† ceux qui le souhaitent - je pense aux Kurdes - d'aller renforcer la lutte contre Daech √† Koban√©, mais ceci d√©pend d'autres circonstances que vous connaissez. Donc, la situation est tr√®s complexe, mais nous nous concertons bien s√Ľr avec nos amis allemands, avec d'autres partenaires, pour arriver √† une efficacit√© militaire et √† une solution politique. (...).

Q - Vous avez parlé la semaine dernière d'une zone de sécurité en Syrie. Y a-t-il du nouveau ?

R - C'est une id√©e qui a √©t√© lanc√©e et qui est appel√©e ¬ęsafe zone¬Ľ. Il y a toute une s√©rie de variations s√©mantiques sur ¬ęqu'est-ce qu'une safe zone par rapport √† une no fly zone ?¬Ľ Nous sommes en train de r√©fl√©chir l√†-dessus. Ce n'est pas une affaire facile parce qu'il y a √† la fois des consid√©rations juridiques - il y a des choses qui peuvent √™tre faites spontan√©ment et d'autres qui demandent un aval du conseil de s√©curit√©, ce qui est compliqu√© - et des questions pratiques. Ainsi si cette zone est vraiment safe, cela veut dire qu'il ne peut pas y avoir d'op√©rations militaires contre les habitants qui √©videmment occuperont cette zone. Qu'est-ce que cela signifie du point de vue militaire ?

Et puis il y a la question de la faisabilité politique, car il faut que l'environnement soit assuré. Nous sommes en train de travailler là-dessus. Je ne peux pas vous donner aujourd'hui de réponse précise.

Mais l'id√©e serait quoi ? Mon coll√®gue turc me le disait l'autre jour, il y a d√©j√† plus d'1,5 million de r√©fugi√©s syriens en Turquie, ce qui pose un probl√®me √©vident pour la Turquie. Vous avez aussi des villes dans le Nord de la Syrie qui sont assi√©g√©es par Daech. Vous avez une population qui est non seulement maltrait√©e mais pourchass√©e et assassin√©e. Vous avez un risque que cela s'√©tende y compris du c√īt√© d'Alep et dans le Nord de la Syrie. La question est la suivante : comment pourrait-on rendre ¬ęsecure¬Ľ cette population et c'est l√†-dessus que nous travaillons - avec d'autres bien s√Ľr. Il n'y a pas encore de r√©ponse pr√©cise, mais √©videmment si on arrivait √† trouver une solution de ce type, elle serait tr√®s positive./.

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4. Ukraine - Russie - Conf√©rence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires √©trang√®res et du D√©veloppement international, et de son homologue allemand - Propos de M. Fabius (Berlin, 15/10/2014)

Q - (Sur la proposition franco-allemande de mission de drones en Ukraine pour l'OSCE / divergences franco-allemandes sur les questions d'armement)

R - Il y a, si j'ai bien compris, deux questions. Sur les drones, effectivement, c'est le président en exercice de l'OSCE, M. Burkhalter, lors d'une réunion à laquelle nous participions, qui a souhaité que nous puissions apporter notre concours sous la forme de drones. Les Allemands et les Français ont travaillé en commun pour pouvoir le faire. Cela posait des problèmes techniques, des problèmes juridiques, je n'entre pas dans le détail, mais en ce qui nous concerne, nous sommes prêts et je pense qu'il en est de même pour nos amis allemands. Simplement, je rencontrais hier notre collègue russe M. Lavrov, qui me disait - cela doit être expertisé - qu'en ce qui le concerne, il considérait qu'il fallait qu'il y ait un certain ajustement juridique pour que ce soit possible. Tout ceci va être expertisé dans les jours qui viennent, mais ce qui est important, c'est que la France comme l'Allemagne sont très attachées à ce que l'on respecte le protocole de Minsk et que l'on aille du cessez-le-feu à une paix durable et à une solution politique, que l'Ukraine soit respectée, que son intégrité soit respectée, et que l'Ukraine ait de bonnes relations avec l'Union européenne et avec la Russie. C'est notre démarche commune. Nous sommes disponibles et nous souhaitons que cela soit possible.

Sur le deuxième point, les questions d'armement, il y a une volonté commune de la part des deux gouvernements. D'ailleurs, nous avons parlé au cours de ce Conseil des ministres - sans trahir de grand secret - d'aller de plus en plus vers une Europe de la défense, de faire de plus en plus de choses ensemble. Il est évident que lorsqu'il y a des matériels, des équipements qui ont été réalisés ensemble, il faut que ces équipements puissent être exportés. Cela ne servirait à rien, lorsqu'ils sont faits pour l'exportation, que l'on puisse les construire si on ne peut pas les vendre. Je trouve tout de même, même s'il peut y avoir telle ou telle interrogation ici ou là, que le travail qui a été fait par nos collègues dans ce domaine est très appréciable, si on regarde le chemin qui a été parcouru depuis quelques années.

Q - (Sur la durée de la prise de décision au sujet de la mission franco-allemande de drones en Ukraine et nombre de drones et de soldats pouvant être mis à disposition par la France)

R - Je souhaite que les choses aillent le plus vite possible. Encore une fois, ceci est fait à la demande de M. Burkhalter. Il y a des discussions techniques, la France est tout à fait disposée à fournir les drones qui sont nécessaires, mais il faut que les questions évoquées par Frank-Walter Steinmeier, notamment les questions juridiques, soient résolues. Nous souhaitons vivement qu'elles soient résolues, mais cela dépend largement de l'OSCE.

(...)

Q - (Sur le message de François Hollande et d'Angela Merkel quand ils rencontreront Vladimir Poutine au sommet de Milan cette semaine)

R - Il y a effectivement, demain et apr√®s-demain, une rencontre √† Milan entre l'Europe et l'ASEM. Le pr√©sident Poutine sera l√†, le pr√©sident Porochenko aussi, ainsi que Mme Merkel, le pr√©sident Hollande et d'autres responsables. Vous savez que nous sommes √† la fois pour la fermet√© et le dialogue, souvent le dialogue qu'on appelle le ¬ęformat Normandie¬Ľ. J'en ai parl√© hier √† mon coll√®gue Lavrov, et puis il y a des contacts qui ont lieu pour savoir exactement quand et comment se fera cette rencontre. J'imagine que le message sera toujours le m√™me : il va y avoir bient√īt les √©lections l√©gislatives en Ukraine, c'est le 26 octobre.

Il faut qu'il y ait une désescalade des tensions et que l'on applique le protocole que l'on appelle le protocole de Minsk en 12 points. Celui-ci demande peut-être à être précisé sur tel ou tel point, mais il fournit une solution à la crise, pour que d'une part le vote se déroule bien et, ensuite, que l'on règle les questions politiques, les questions économiques et les questions de voisinage général. L'objectif, c'est que l'intégrité et l'unité de l'Ukraine soient respectées et que l'Ukraine ait de bonnes relations, à la fois avec l'Union européenne et avec la Russie. C'est de cela, j'imagine, que parleront nos responsables.

(...)./.

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5. Ukraine - Russie - S√©minaire international du Mouvement des entreprises de France - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires √©trang√®res et du D√©veloppement international (Paris, 13/10/2014)

(...)

Q - Comment voyez-vous l'évolution de la situation en Russie et en Ukraine ?

R - Pour ce qui est de l'évolution de la situation en Russie et en Ukraine, il faut savoir que nous sommes historiquement, géographiquement et culturellement des amis de la Russie. Et notre souhait, c'est d'entretenir de bonnes relations avec la Russie. Simplement, il s'est produit depuis quelques temps des événements qu'en tant que puissance internationale, nous ne pouvons pas accepter. Lorsque la Russie décide d'annexer une région d'un autre pays, la Crimée, qui est une partie de l'Ukraine, c'est quelque chose qui du point de vue de la communauté internationale n'est pas acceptable. Inacceptable non seulement pour la Crimée, mais si on accepte ce type de principes, alors, imaginez ce que cela signifie en Europe, en Afrique, en Asie et ailleurs. Nous sommes amenés à réagir.

De la même façon, lorsque la Russie, dans les conditions que l'on sait, est présente dans toute la partie Est de l'Ukraine, au point que l'unité, l'intégrité et l'indépendance de l'Ukraine sont menacées, c'est quelque chose qu'on ne peut pas accepter sans que cela ait beaucoup de conséquences. Personne de raisonnable ne peut soutenir qu'on va faire la guerre à la Russie. C'est absurde. Et donc, entre n'avoir aucune réaction ou bien avoir des réactions absurdes, c'est toute la place de la diplomatie.

Et le choix de la diplomatie fran√ßaise a √©t√© de dire : √† la fois fermet√© - cela s'appelle des sanctions - et dialogue pour essayer de trouver une solution politique. La France a √©t√© et est encore le pays qui, avec l'Allemagne, permet ce dialogue. C'est ce qu'on appelle le format de Normandie o√Ļ le pr√©sident fran√ßais a fait se r√©unir √† la fois la chanceli√®re Merkel, le pr√©sident Poutine et le pr√©sident Porochenko. Et cette formule peut continuer √† √™tre utilis√©e parce que pour se mettre d'accord, il faut d√©j√† se parler.

Et en m√™me temps, nous avons √©t√© amen√©s √† prendre ou √† nous associer √† des sanctions parce qu'il s'agit d'emp√™cher que ce qui a √©t√© fait par le pr√©sident Poutine √† l'√©gard d'un pays - en l'occurrence l'Ukraine - soit r√©p√©t√© √† l'√©gard de l'Ukraine ou d'autres pays. Il y a d√©j√† les cas de la G√©orgie et de la Moldavie. Il peut y avoir d'autres tentations. Il y a, en liaison avec nos voisins europ√©ens et nos partenaires am√©ricains, trois degr√©s de sanctions qui ont √©t√© pris. Le 26 octobre, des √©lections l√©gislatives se tiendront en Ukraine. Du m√™me coup, la situation est un peu entre-deux parce que le pr√©sident ukrainien, le pr√©sident Porochenko, essaye bien s√Ľr de constituer une majorit√©. Et les Russes semblent faire baisser la tension. Mais est-ce que ce sera durable ?

Nous souhaitons qu'il y ait la paix et la s√©curit√©, c'est-√†-dire que l'Ukraine soit dans une situation o√Ļ elle ait √† la fois de bonnes relations avec l'Union europ√©enne, non pas qu'elle rentre dans l'OTAN, et de bonnes relations avec la Russie. Vous savez, la diplomatie, c'est souvent de la g√©ographie et un peu d'histoire. Et la g√©ographie fait que ces pays sont voisins. Nous travaillons en ce sens mais nous ne sommes pas s√Ľrs, √† nous seuls, de convaincre M. Poutine. Vous avez l'habitude des discussions. Vous arrivez avec une position. Si vous n'avez pas de position, vous avez peu de chances de faire pr√©valoir votre point de vue. Donc vous devez avoir une position mais, en m√™me temps, vous n'√™tes pas absolument assur√©s, malheureusement, de convaincre votre partenaire ou celui qui est en face de vous.

C'est dans ce sens-l√† que nous travaillons et nous souhaitons vraiment - et la France est, de ce point de vue-l√†, un m√©diateur - que les relations s'apaisent. Mais je ne peux, √† ce stade, vous donner aucune certitude. Je pense que M. Poutine a son propre calendrier, voulant b√Ętir au-del√† du territoire propre de la Russie une esp√®ce de glacis protecteur. Et √©videmment, si √† un certain moment, il n'y a pas une fermet√© qui est affich√©e, le glacis va s'√©tendre. Cela pose de gros probl√®mes pour nos entreprises. Vous savez que, maintenant, la France est devenue le 2√®me investisseur en Russie. Et je connais beaucoup de responsables d'entreprises qui s'interrogent. Ils veulent travailler avec la Russie, nous le souhaitons aussi, mais ils comprennent en m√™me temps qu'il y a un point de vue g√©n√©ral et qu'on ne peut pas tout accepter. Je pense, j'esp√®re que d√®s apr√®s l'√©lection de ce qu'on appelle la Rada, nous aurons un point de vue qui sera un peu plus stabilis√© et, j'esp√®re, dans le sens positif.

(...)./.

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6. Allemagne - Tribune de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires √©trang√®res et du D√©veloppement international, dans les quotidiens ¬ęLe Figaro¬Ľ et ¬ęFrankfurter Allgemeine Zeitung¬Ľ (Paris, 15/10/2014)

Paris et Berlin : soyons unis face aux crises !

Pour la première fois, un ministre des Affaires étrangères français participe ce mercredi au Conseil des ministres allemand - comme, il y a cinq mois, le ministre des Affaires étrangères allemand au Conseil des ministres français.

Certains jugeront peut-√™tre qu'il ne s'agit que d'une image suppl√©mentaire d'une amiti√© franco-allemande fatigu√©e. Ils auraient tort et m√©conna√ģtraient deux r√©alit√©s : la profondeur des relations entre nos deux pays et la gravit√© des crises auxquelles nous devons faire face ensemble.

Bien s√Ľr, des diff√©rences existent entre nous. Nos cycles politiques et √©conomiques ne sont pas identiques. Nos soci√©t√©s r√©agissent √† leur histoire propre, √† leurs mythes, √† leurs illusions parfois. Ces diff√©rences peuvent tenir √† des malentendus : il nous revient de les lever. Elles peuvent aussi r√©sulter de motifs de fond : c'est alors que le dialogue et la concertation doivent permettre de parvenir √† la bonne solution.

Ceux qui pensent pouvoir lire dans les débats qui nous animent un déclin de la relation franco-allemande font fausse route. Ceux qui croient bon de réveiller les vieux spectres de l'animosité à l'égard du voisin s'agitent en vain. L'amitié entre nos deux pays est très solide et dépasse, heureusement, les vicissitudes de court terme.

Car nous avons √† faire face, Allemagne et France, au m√™me monde de tous les dangers : crise g√©opolitique aux portes de l'Europe, en Ukraine ; crises en Syrie, en Irak, en Libye avec l'apparition de nouvelles puissances terroristes ; crise sanitaire avec l'√©pid√©mie du virus Ebola ; crise climatique face √† la croissance incontr√īl√©e des √©missions de gaz √† effet de serre qui menace notre plan√®te.

Face à ces défis inédits par leur amplitude et leur simultanéité, nous devons agir et nous agissons main dans la main avec mon homologue et ami allemand Frank-Walter Steinmeier afin d'y répondre et de contribuer à construire notre avenir commun.

En Afrique, notre contribution commune face aux menaces terroristes qui mettent les √Čtats en p√©ril est indispensable. Au Mali, nous avons mobilis√© la brigade franco-allemande au sein de la mission europ√©enne charg√©e de la formation des forces arm√©es. Nous connaissons les contraintes institutionnelles avec lesquelles nos amis allemands prennent ces d√©cisions : nous n'en appr√©cions que davantage cet engagement. En Ukraine, nous travaillons ensemble √† la recherche d'une solution politique. Pour l'atteindre, nous sommes dispos√©s √† apporter, unis, une contribution √† la surveillance du cessez-le-feu. En Irak et en Syrie, notre r√©ponse aux terroristes de Daech est concert√©e sur les plans politique et logistique.

De même, pour lutter contre le fléau d'Ebola, nous avons d'emblée coordonné nos actions, déployé du personnel médical dans des zones difficiles et mobilisé nos contributions. Afin d'acheminer le personnel et l'aide nécessaire aux pays touchés par l'épidémie, nos deux pays ont mis en place un pont aérien. Dans les prochains jours, nous devrons nous tenir prêts à mobiliser encore davantage nos capacités et celles de nos partenaires pour répondre à l'expansion de l'épidémie.

Au-delà de la réponse à ces crises, nous travaillons main dans la main à une réponse internationale face au défi climatique qui menace la planète. La France et l'Allemagne démontrent qu'avec des caractéristiques différentes l'unité est possible pour atteindre des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. D'ici à la Conférence des Nations unies sur le climat que la France accueillera en décembre 2015 et dans le contexte de la présidence allemande du G7, nos deux pays agiront de concert pour convaincre et faire avancer ce dossier majeur.

La le√ßon de ces actions conjointes est simple : la France et l'Allemagne portent une responsabilit√© particuli√®re en Europe, h√©rit√©e de l'Histoire et de leur poids. Dans des circonstances nouvelles, nos deux pays doivent sans cesse r√©inventer un tandem efficace. Chacun sait qu'une Europe dans laquelle le couple franco-allemand n'est plus moteur perdrait sa dynamique. En particulier par rapport √† l'obs√©dante question du ch√īmage, nous avons besoin de propositions communes pour stimuler l'investissement et la croissance. Si l'on veut poursuivre l'int√©gration europ√©enne, si l'on souhaite que l'Europe p√®se dans la r√©solution des crises, si l'on d√©sire additionner les beaux principes de 1789 et de 1989, le partenariat franco-allemand est vital. C'est donc en conjuguant nos forces, en √©tant c√īte √† c√īte pour les grands choix, que nous permettrons √† notre continent d'√™tre un des acteurs majeurs de demain. La communaut√© d'action entre la France et l'Allemagne est donc plus n√©cessaire que jamais au grand dessein europ√©en, en relation √©troite avec nos autres partenaires europ√©ens, √† l'image du partenariat nou√© avec la Pologne dans le cadre du ¬ętriangle de Weimar¬Ľ, que j'accueillerai le 24 octobre √† Paris.

Un mot plus personnel enfin. Lors de mon dernier passage à Berlin, j'ai pris quelques instants pour contempler la ville depuis les fenêtres de l'ambassade de France. Face à moi, la porte de Brandebourg, symbole de l'Allemagne d'aujourd'hui. Dans cette symbolique des lieux mêlant nos deux pays, je vois l'incarnation de l'amitié qui nous unit. Belle image de ce que sont nos liens : un atout puissant dans la période incertaine que nous traversons. Veillons à maintenir ces liens forts face au monde multi-crises qui nous entoure./.

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7. Allemagne - Conf√©rence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires √©trang√®res et du D√©veloppement international, et de son homologue allemand - Propos de M. Fabius (Berlin, 15/10/2014)

D'abord merci, Monsieur le Président d'avoir la gentillesse de nous accueillir, Frank-Walter et moi. Merci aussi à Frank-Walter et à la chancelière, au gouvernement allemand et au parlement allemand de m'accueillir aujourd'hui.

L'Allemagne et la France sont liées par une communauté de destin. Ceci n'existe pas d'aujourd'hui, mais cette communauté est particulièrement visible et nécessaire aujourd'hui et cela a toute une série de traductions concrètes. Aujourd'hui, c'est une première, Frank-Walter l'a rappelé, de même qu'était une première, il y a quelques semaines, la venue du ministre des Affaires étrangères allemand au Conseil des ministres français. J'ai été très sensible à cette invitation, j'ai été extrêmement intéressé par ma participation au Conseil des ministres allemand, qui a un style qui, à certains égards, est le même, et à certains égards différent du Conseil des ministres français. Et dans quelques instants nous irons ensemble répondre aux questions des parlementaires allemands, de la même façon que, il y a quelques semaines de cela, le ministre des Affaires étrangères allemand répondait avec moi aux questions des parlementaires français.

Cette communaut√© de destin, elle est √©vidente, elle est li√©e √† l'histoire, elle est li√©e √† la r√©alit√© politique, g√©ographique, culturelle et √©conomique, mais elle est particuli√®rement n√©cessaire au moment o√Ļ - comme tu l'as dit - nous avons √† affronter des crises ensemble. Car il y a une diff√©rence entre la politique et les math√©matiques : en math√©matique, en g√©n√©ral, un plus un font deux. Et en politique, comme le constatent les acteurs exp√©riment√©s que sommes Frank-Walter Steinmeier et moi-m√™me, ou cela fait plus de deux, ou cela fait moins de deux. Et lorsque l'Allemagne et la France sont ensemble, cela fait beaucoup plus que deux. Pas √† notre profit, mais au profit des causes que nous voulons servir.

Et donc, ce travail en commun, qui se double d'une amitié personnelle, est particulièrement utile. Le ministre des Affaires étrangères allemand a rappelé un certain nombre de choses que nous avons déjà faites et que nous faisons ensemble : sur la crise ukrainienne, je garde le souvenir très fort du déplacement que nous avions accompli avec notre collègue polonais le 21 février, au plus dur, au plus sanglant de la crise à Kiev, et même si, on le sait, ça n'a pas réglé la crise ukrainienne, ça a empêché qu'à Kiev, ce soit une guerre civile.

De la même façon, nous nous sommes rendus, il y a quelques semaines, en Moldavie, en Géorgie et en Tunisie - pays d'une importance particulière, parce que la réussite de la Tunisie, si elle est avérée, signifiera que le printemps arabe peut donner des résultats démocratiques, ce qui est satisfaisant. Et puis sur beaucoup de crises en Afrique, nous sommes ensemble : au Mali, en République centrafricaine et nous travaillons et agissons ensemble dans la crise du virus Ebola - Frank-Walter vient de dire des mots que je partage tout à fait. Nous travaillons sur tous les sujets ensemble, nous préparons les conférences ensemble et nous avons l'intention de continuer et d'amplifier notre coopération. Nous allons travailler ensemble sur la question climatique qui est extrêmement importante, car vous savez que l'Allemagne va présider le G7 l'an prochain - elle a décidé opportunément de mettre au programme cette question -, et que la France va accueillir la Conférence mondiale sur le climat à la fin de l'année prochaine. Et il faut, pour que l'Europe s'engage, que l'Allemagne et la France soient ensemble - c'est le cas -, et pour qu'il y ait un accord mondial, que l'Europe soit capable de proposer et d'avancer en liaison avec d'autres.

De la m√™me fa√ßon, nous souhaitons que nos services diplomatiques coop√®rent encore plus √©troitement au quotidien. Cela veut dire des choses tr√®s concr√®tes : colocalisation de nos repr√©sentations √† l'√©tranger, √† chaque fois que c'est possible, la repr√©sentation mutuelle de nos ambassadeurs si l'un d'eux, pour telle ou telle raison, est absent. Et aussi, l√† o√Ļ c'est possible, organiser ensemble des conf√©rences r√©gionales d'ambassadeurs, faire coop√©rer nos ambassades dans les pays tiers et intensifier la coop√©ration de nos services d'archives politiques. Cette coop√©ration n'est pas exclusive des autres pays, par exemple nous travaillons tr√®s √©troitement avec nos amis polonais, dans le Triangle de Weimar, et j'aurai le plaisir d'ici quelques jours de recevoir √† Paris √† la fois mon coll√®gue polonais et mon coll√®gue allemand pour que ce Triangle utile se d√©veloppe. Et puis, il peut y avoir beaucoup d'occasions o√Ļ non seulement les services diplomatiques travaillent ensemble, mais o√Ļ nous nous rempla√ßons mutuellement. C'est vous dire √† quel point ce que je vous disais, non seulement sur la relation d'amiti√© mais aussi sur la communaut√© de destin, se traduit sur le plan diplomatique. Voil√† la raison pour laquelle je suis tr√®s heureux d'√™tre ici, et nous sommes heureux, Frank-Walter et moi-m√™me, de r√©pondre √† vos questions.

Q - (Sur la situation économique et budgétaire de la France)

R - Nous n'avons pas parl√© des aspects √©conomiques ce matin au Conseil des ministres. D'une part, ce n'√©tait pas √† l'ordre du jour et, d'autre part, je suis ministre des Affaires √©trang√®res, m√™me si je m'occupe aussi du Commerce ext√©rieur, ce qui est une diff√©rence d'organisation gouvernementale dans les deux pays. Mais il n'y a pas de myst√®re sur la position qui est la n√ītre : le gouvernement fran√ßais proc√®de √† des r√©formes courageuses qui sont sans doute les plus importantes qui ont √©t√© faites depuis une dizaine d'ann√©es. Nous avons bien l'intention de poursuivre ces r√©formes dans des conditions √©conomiques difficiles, tout le monde le reconna√ģt, parce que malheureusement, la croissance en Europe n'est pas forte. Si l'on veut, en particulier, r√©soudre les questions de ch√īmage, il faut que l'on arrive, par toute une s√©rie de r√©formes et d'investissements, √† ce que la croissance puisse √™tre plus forte.

Maintenant, me rappelant l'√©poque o√Ļ j'√©tais ministre de l'√Čconomie et des Finances, je sais que la vraie mesure de la r√©duction de la d√©pense publique, c'est l'√©volution du d√©ficit structurel, c'est-√†-dire corrig√© des variations du cycle. Pour dire les choses de mani√®re pr√©cise, le d√©ficit structurel de la France, en 2015, sera √† son plus bas niveau depuis 2001, donc depuis 14 ans. Il y a des textes qui pr√©voient que le budget 2015 doit √™tre transmis √† la Commission. Il va l'√™tre, avec toutes les indications utiles et parmi celles-ci, en particulier, ce qui concerne le d√©ficit structurel, car c'est ce point en particulier qui fait l'objet de l'attention l√©gitime de la part de nos partenaires et du gouvernement fran√ßais. Les r√©formes structurelles, le d√©ficit structurel, voil√† ce qu'il faut suivre avec grande attention.

Q - (Sur l'accord entre gouvernements allemand et français sur la marche à suivre si le budget français 2015 dépasse le seuil de déficit de 3 %)

R - M. Frank-Walter Steinmeier - non, il n'existe aucun accord pour le cas o√Ļ. Mais je ne peux que saluer le fait que les ministres allemand et fran√ßais de l'√Čconomie r√©fl√©chissent en commun √† la mani√®re dont on peut en Europe encourager l'investissement et contribuer ainsi √† moyen terme √† la croissance en Europe.

R - M. Laurent Fabius - Même réponse.

Q - (Sur l'opportunit√© de transf√©rer la comp√©tence de d√©cision d'exporter des armes dans des pays hors OTAN du minist√®re de l'√Čconomie √† celui des Affaires √©trang√®res)

R - Les syst√®mes sont un peu diff√©rents entre l'Allemagne et la France, j'ai eu l'occasion de le voir ce matin avec la r√©partition des portefeuilles. En France, il y a une commission, la commission interminist√©rielle pour l'√©tude des exportations de mat√©riels de guerre, o√Ļ sont repr√©sent√©s les minist√®res de la D√©fense, des Affaires √©trang√®res, de l'Int√©rieur... un certain nombre de minist√®res donc, et le Premier ministre. Lorsqu'il y a des exportations sensibles, c'est cette commission qui d√©cide. Le pr√©sident de la R√©publique et le Premier ministre ont bien entendu un mot important √† dire, mais il y a l'action de cette commission. Voil√† pour ce qui concerne l'ex√©cutif. Sur le plan parlementaire, c'est assez diff√©rent, puisque vous, si j'ai bien compris, vous faites un rapport semestriel sur l'√©volution des exportations. Chez nous, il y a aussi un rapport mais il y a une d√©l√©gation de quelques parlementaires sp√©cialis√©s √† qui on donne des informations particuli√®res parfois couvertes par le ¬ęsecret d√©fense¬Ľ. Donc l'organisation est un peu diff√©rente.

(...)./.

 

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8. Somalie - Entretien avec le pr√©sident de la R√©publique f√©d√©rale de Somalie - Communiqu√© de la pr√©sidence de la R√©publique (Paris, 15/10/2014)

Le président de la République a reçu M. Hassan Sheikh Mohamoud, président de la République fédérale de Somalie. Ils ont évoqué la situation sécuritaire en Somalie.

La France contribue à la formation des forces somaliennes et au financement des forces africaines (AMISOM), qui luttent contre le terrorisme en Somalie. Le président de la République s'est félicité des succès rencontrés récemment, notamment la reconquête du port de Baraawe par l'AMISOM. Par ailleurs, les moyens mis en oeuvre par l'Union européenne (opération Atalante) ont permis de diminuer considérablement les actes de piraterie.

Le pr√©sident de la R√©publique a apport√© son soutien aux efforts entrepris par les autorit√©s somaliennes pour stabiliser les zones lib√©r√©es et mettre en place l'√Čtat f√©d√©ral. Il a r√©it√©r√© l'engagement humanitaire de la France en Somalie./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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9. D√©r√®glements climatiques - Entretien avec M. Ban Ki-moon - Communiqu√© de la pr√©sidence de la R√©publique (Paris, 14/10/2014)

Le président de la République s'est entretenu cet après-midi avec M. Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU qui souhaitait appeler l'attention du président sur le cadre énergie-climat de l'Union européenne pour 2030 qui sera un enjeu majeur du Conseil européen des 23 et 24 octobre.

Le pr√©sident a fait part √† M. Ban Ki-moon de la volont√© de la France de convaincre ses partenaires europ√©ens d'adopter un accord ambitieux. Le secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies a soulign√© l'importance d¬Ďun engagement europ√©en de r√©duction des √©missions de gaz √† effet de serre de 40 % dans la perspective de la conf√©rence Paris climat 2015. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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10. Virus Ebola - Entretien avec M. Ban Ki-moon - Communiqu√© de la pr√©sidence de la R√©publique (Paris, 14/10/2014)

(...) Par ailleurs, M. Ban Ki-moon a √©galement remerci√© la France pour son r√īle d'entra√ģnement dans la lutte contre l'√©pid√©mie d'Ebola en Afrique de l'Ouest. Le pr√©sident a confirm√© les d√©cisions de la France pour la Guin√©e et sa d√©termination √† r√©pondre favorablement √† la demande de construction de nouveaux centres de traitement dans ce pays ami./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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11. Diplomatie √©conomique - S√©minaire international du Mouvement des entreprises de France - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires √©trang√®res et du D√©veloppement international (Paris, 13/10/2014)

Mesdames et Messieurs, Monsieur le Président,

D'abord, merci beaucoup de m'avoir invité et de m'accueillir ce matin. Cela me fait plaisir d'être là. C'est d'ailleurs la première fois que je suis parmi vous. En réfléchissant à un sujet dont je pouvais vous parler, je pensais que c'est une très bonne chose que vous centriez votre réflexion et vos actions sur l'international.

Ce que je vais faire en quelques minutes, c'est, d'une part, peut-être vous donner des coups de projecteur sur les priorités que nous donnons à la diplomatie française et, d'autre part, à l'intérieur de ces priorités, vous dire comment je mène ma barque à la tête du ministère que je dirige.

On est dans un monde ¬ęmulti-crises¬Ľ. Il faut d'ailleurs - et c'est la premi√®re qualit√© -, pour √™tre ministre des Affaires √©trang√®res, avoir le coffre assez solide parce que, quand on se l√®ve le matin ou m√™me la nuit, une crise succ√®de √† l'autre. Le risque, c'est que, finalement, quand on est √† la t√™te de la diplomatie d'un pays, ou quand on est un responsable d'entreprise, ou quand on est simplement un observateur, on ne voit pas quelle est la ligne directrice.

La ligne directrice, pour ce qui concerne la diplomatie française, ce sont quatre éléments. Quand le président de la République et moi-même avons à prendre des décisions sur cette matière, nous nous référons toujours implicitement à ces quatre éléments.

D'abord, une diplomatie, c'est fait pour assurer la s√©curit√©. L'objectif num√©ro un, c'est la s√©curit√© et la paix. La paix, ce n'est pas le pacifisme, contrairement √† ce que pensent certains, surtout dans un monde aussi dangereux que le n√ītre. √Ä chaque fois qu'un probl√®me se pose au plan international et que la France doit d√©finir sa position, je me demande toujours qu'est-ce qui peut aller dans le sens de la s√©curit√© et de la paix. Cela aboutit parfois √† des d√©cisions qui peuvent paraitre contradictoires avec cet objectif, mais qui ne le sont absolument pas. Quand nous d√©cidons d'intervenir au Mali, peut-√™tre que certains Fran√ßais se demandent ce que l'on va faire au Mali ? La r√©ponse est simple : il y a un gouvernement, un √Čtat qui sont menac√©s d'√™tre compl√®tement pris, conquis par le terrorisme, le pr√©sident de ce pays appelle le pr√©sident fran√ßais et lui dit - vous √™tes un lundi apr√®s-midi : ¬ęMonsieur le Pr√©sident, les terroristes descendent vers Bamako. Seuls les Fran√ßais peuvent intervenir parce que vous n'√™tes pas tr√®s loin. Si vous n'intervenez pas, demain, les terroristes auront pris le gouvernement du pays et je serai mort¬Ľ. D√©cision : oui, non ? Oui, parce que l'objectif de la paix, de la s√©curit√©, dans une zone qui nous est proche et qui, √©videmment, se r√©percute sur nous, nous conduit √† intervenir.

M√™me chose en Centrafrique, dans un contexte diff√©rent, il y a un risque de g√©nocide. La veille du jour o√Ļ nous intervenons, dans la journ√©e, il y a mille morts. On d√©cide d'intervenir.

Mais on ne peut pas intervenir partout. De plus, d√©sormais, pour des raisons d'ailleurs qu'on peut tr√®s bien comprendre, qui sont li√©es √† l'opinion publique, √† l'√©volution de la pens√©e, au monde m√©diatique, beaucoup de pays consid√®rent que quand on fait la guerre, il ne faut pas qu'il y ait de morts. Enfin en tout cas du c√īt√© qu'on d√©fend. C'est tr√®s difficile ! Surtout si ceux qui sont en face n'ont pas du tout la m√™me vision et consid√®rent que non seulement il peut y avoir des morts, mais que m√™me la mort leur ouvrira des perspectives positives.

Et la France est un des rares pays - qui se comptent sur les doigts d'une main et encore cette main peut être mutilée -, qui, lorsqu'elle décide, peut mettre à l'appui de sa décision des soldats qui font magnifiquement leur travail et qui n'hésitent pas à risquer leur vie.

En tout cas, l'objectif numéro un est paix et sécurité.

L'objectif num√©ro deux, c'est √† la fois l'organisation et la pr√©servation de la plan√®te. L'organisation de la plan√®te, ce sont des th√®mes qui sont bien connus et qui sont dans la tradition de la politique √©trang√®re de la France qui est internationaliste, qui veut que l'Organisation des Nations unies et toute une s√©rie d'organisations r√©gionales essayent de rendre le monde moins violent et mieux organis√©. La pr√©servation de la plan√®te, c'est quelque chose d'un peu nouveau. Au fond, nous sommes, quelles que soient nos diff√©rences d'√Ęge, dans une situation de ce point de vue-l√† tr√®s particuli√®re parce que nous sommes la premi√®re g√©n√©ration √† avoir conscience qu'il y a un probl√®me de pr√©servation de la plan√®te, mais nous sommes la derni√®re g√©n√©ration √† pouvoir agir. Apr√®s, ce sera trop tard. Les gaz √† effet de serre, une fois qu'ils sont l√Ęch√©s, ils restent dans l'atmosph√®re entre cinquante et cinq mille ans. Donc, s'ils sont l√Ęch√©s et s'ils ont comme cons√©quence d'augmenter la temp√©rature de la plan√®te - quatre, cinq, six degr√©s -, ce n'est pas un r√©chauffement climatique, comme on le dit scientifiquement, ce n'est pas exact, c'est un d√©r√®glement climatique avec des cons√©quences immenses.

Donc le deuxi√®me objectif de notre politique √©trang√®re, c'est l'organisation de la plan√®te. La France est tr√®s pr√©sente. C'est un des cinq membres permanents du Conseil de s√©curit√© et nous devons √©videmment √™tre pr√©sents dans toute une s√©rie d'instances et essayer de pr√©server la plan√®te. C'est la raison pour laquelle nous nous sommes port√©s volontaires pour accueillir √† la fin de l'ann√©e prochaine - cela aura une r√©percussion tr√®s importante de diff√©rentes fa√ßons sur les entreprises - la conf√©rence mondiale sur le changement climatique o√Ļ on va essayer - les mots sont peut-√™tre un peu excessifs mais c'est de cela qu'il s'agit - de sauver la plan√®te. √áa, c'est le deuxi√®me objectif.

Le troisi√®me objectif - je fais √©cho √† ce dont a d√Ľ vous parler Enrico Letta, j'imagine -, ce sont la relance et la r√©orientation de l'Europe. Une chose n'est pas s√©parable de l'autre. Enrico a cit√© un des domaines - ce n'est pas le seul - o√Ļ il serait n√©cessaire d'avoir une inflexion, c'est la politique de la concurrence. M√™me si les choses √©voluent un petit peu, cette politique a √©t√© men√©e en d√©pit du bon sens jusqu'√† ces derni√®res ann√©es et a interdit des regroupements d'entreprises en Europe alors que des absorptions d'entreprises europ√©ennes par d'autres √©taient possibles et se sont produites. Donc, c'est le troisi√®me objectif, la r√©orientation et la relance de l'Europe. Pas facile.

Quatrième objectif - je ne hiérarchise pas, tout cela est mélangé -, ce sont le redressement et le rayonnement de la France. Pour moi, il n'y a pas de séparation entre les différentes facettes d'une diplomatie. Le Quai d'Orsay s'occupe à la fois de stratégie, de culture - nous avons à notre disposition un réseau culturel qui est le premier du monde -, il s'occupe d'affaires de défense et de sécurité, d'affaires scientifiques, des grands principes et d'économie. Je pense qu'aucune de ces facettes n'est séparable de l'autre et que la perception et l'influence de la France, c'est l'ensemble de tout cela.

C'est la conviction qui m'a pouss√© √† faire ce que j'ai commenc√© de faire et dont je vais vous parler. Si la France a une √©conomie qui s'affaisse, notre diplomatie, notre influence, √©videmment, en subira les cons√©quences et un triste jour, on demandera au pr√©sident de la R√©publique, au Premier ministre, au ministre des Affaires √©trang√®res : ¬ęVoil√†, votre discours est excellent sans doute, mais d'o√Ļ parlez-vous ? Quelle est votre force de frappe ? Quel est votre rayonnement ?¬Ľ Sym√©triquement, il ne faut pas ramener tout, en ce qui concerne la diplomatie, √† l'√©conomie, il y a d'autres √©l√©ments. Quand M. Patrick Modiano obtient le prix Nobel de litt√©rature, c'est un √©l√©ment tr√®s important dans notre rayonnement.

Un point encore, parmi les √©l√©ments du changement, il y a un √©l√©ment vraiment princeps qui est le suivant : je sch√©matise mais on est oblig√©s de le faire. Si vous regardez ce qui s'est pass√© dans le vaste monde depuis la derni√®re Guerre mondiale, on est pass√©s par trois phases et nous esp√©rons que l'on va vers une quatri√®me mais ce n'est pas assur√©. Premi√®re phase, c'est la phase dite de Guerre froide pendant laquelle, au fond, il y avait deux pays - in√©gaux bien s√Ľr - qui dominaient la sc√®ne mondiale : c'√©taient d'un c√īt√© les √Čtats-Unis d'Am√©rique, de l'autre l'URSS. Ils √©taient antagonistes, ils avaient des syst√®mes id√©ologiques diff√©rents, mais lorsqu'il y avait des crises, c'√©tait leur accord implicite ou explicite qui r√©glait ces crises. J'appelle cette p√©riode la p√©riode bipolaire. Cette situation a perdur√© jusqu'√† la chute du Mur.

Ensuite, il y a eu une p√©riode assez courte - une dizaine d'ann√©es, peut-√™tre un peu plus - o√Ļ il n'y a eu qu'une puissance qui a domin√© la sc√®ne : les √Čtats-Unis. Appelons cette p√©riode ¬ęunipolaire¬Ľ. Les √Čtats-Unis avaient √† la fois la puissance √©conomique, culturelle, technologique et militaire. Nous souhaitons - et c'est une des constantes de la diplomatie fran√ßaise - aller vers une organisation multipolaire mais temp√©r√©e, o√Ļ il y aurait, d'une part, le continent asiatique - peut-√™tre avec une ou deux grandes puissances -, le continent europ√©en, le continent am√©ricain. Et l'accord de ces diff√©rents continents, √† travers l'ONU, d'une part, √† travers des organisations r√©gionales d'autre part, permettrait de r√©gler les conflits. Mais ce n'est pas du tout ce qui se passe aujourd'hui. Nous ne sommes plus dans le bipolaire, nous ne sommes plus dans l'unipolaire, nous ne sommes pas encore dans le multipolaire, nous sommes dans ce que j'appelle le ¬ęz√©ro polaire¬Ľ, c'est-√†-dire qu'il n'y a pas de patron. C'est la raison pour laquelle vous avez tant de crises et tant de difficult√©s √† les r√©soudre.

Alors, bien s√Ľr, il y a des puissances plus importantes que d'autres : les √Čtats-Unis d'Am√©rique et quelques autres. Mais on le voit en Syrie, en Irak, ou dans d'autres parties du monde, aucun jeu d'alliance n'est capable par lui-m√™me de r√©soudre la question. Paradoxalement, la France, avec soixante-cinq millions d'habitants mais beaucoup plus en termes de rayonnement - est un des seuls pays qui, avec des outils globaux, peuvent conduire √† la solution d'un certain nombre de probl√®mes. La France est une des rares puissances globales, puisque - merci le g√©n√©ral de Gaulle - nous sommes l'un des cinq membres permanents du Conseil de s√©curit√©, nous sommes une puissance militaire, une puissance √©conomique, une puissance culturelle, des principes.

J'en viens à ce que j'essaye de faire dans la maison que je conduis. Il y a deux ans et demi, le président de la République, le Premier ministre, me demandent d'être ministre des Affaires étrangères. J'arrive à ce poste avec une certaine expérience de la vie administrative et politique en France mais je n'avais pas eu l'occasion de diriger ce ministère. La répartition des pouvoirs est telle que les choses dépendent, dans ce domaine, largement du président de la République et du ministre concerné. J'avais été Premier ministre à une autre époque et je m'occupais peu des Affaires étrangères. C'était le président de l'époque, François Mitterrand, qui avait ça sous son aile. C'est un domaine qui m'intéressait, qui m'intéresse donc je le prends en charge.

J'y suis arriv√© avec un certain nombre d'id√©es et notamment cette id√©e simple li√©e √† la fois √† mon propre tropisme,- puisque je me suis occup√© beaucoup d'√©conomie-, et √† la situation objective du pays. J'ai mesur√© tr√®s vite - et je l'avais mesur√© avant de prendre ces responsabilit√©s - √† quel point - c'est malheureux de le dire mais je crois que ce constat sera partag√© -, la France avait d√©croch√© consid√©rablement. Les chiffres sont l√†. Quand on regarde la part de la France dans le commerce international, quand on regarde le d√©s√©quilibre de notre commerce - je vais y revenir -, quand on regarde la part de l'industrie √† proprement parler dans la valeur ajout√©e... Je ne vais pas citer de dates pr√©cises mais en une dizaine d'ann√©es, une quinzaine d'ann√©es, la chute a √©t√© malheureusement absolument impressionnante et assez peu per√ßue, je dois le dire, des diff√©rents responsables politiques qui se sont peut-√™tre centr√©s davantage sur l'aspect financier et budg√©taire - sans d'ailleurs le r√©soudre - mais beaucoup moins sur l'aspect commercial qui est pourtant le vrai juge de paix. Je me suis dit que si je voulais faire mon travail correctement, il fallait mettre l'accent sur cet aspect que j'ai appel√© ¬ędiplomatie √©conomique¬Ľ, un concept qui maintenant est accept√© √† peu pr√®s par tout le monde.

Alors, votre th√®me, c'est : comment permettre aux entreprises fran√ßaises de gagner dans un monde en mouvement ? Je pense que pour le permettre, il y a d'abord une premi√®re r√©alit√© et il faut que unissions nos efforts, √† la fois entreprises, gouvernement et d'autres, pour y parvenir. Il faut expliquer √† nos concitoyens quelle est la r√©alit√© du monde. √áa, c'est l'objectif num√©ro un. Quand tel ou tel ami chef d'entreprise me demande ce qu'il pourrait faire, je lui r√©ponds : ¬ęEmm√®ne le plus possible de tes collaborateurs √† travers le monde pour qu'ils se rendent compte¬Ľ. La mondialisation a boulevers√© toute une s√©rie de flux et beaucoup d'√©volutions majeures se sont produites. Je cite juste les t√™tes de chapitre, ce sont des choses que non seulement vous connaissez intellectuellement, mais que vous pratiquez tous les jours. D'abord, le basculement du centre de gravit√© du commerce mondial. Les chiffres sont l√† : en 2000, quand je m'occupais des Finances, l'Asie-Pacifique, repr√©sentait 27 % du PIB mondial ; aujourd'hui, ce sont 38 % ; l'Europe, c'√©taient 25 % du PIB mondial ; aujourd'hui, c'est moins de 19 %.

Deuxi√®mement, la cha√ģne de valeurs s'est modifi√©e. Sans remonter tr√®s loin, pendant longtemps, les sch√©mas industriels √©taient assez simples : c'√©tait au m√™me endroit qu'on innovait, qu'on d√©veloppait, qu'on produisait et qu'on exportait. Aujourd'hui, √©videmment, tout cela s'est complexifi√© et fragment√©. De nouvelles zones √©mergentes sont apparues. Il y avait une question tout √† l'heure : o√Ļ est-ce qu'il faut aller en dehors des BRICS ? Je ferai la m√™me r√©ponse : notamment en Afrique. C'est une grande chance pour la France puisque la France peut √™tre consid√©r√©e √† certains √©gards comme le hub de l'Afrique. Alors on dit que le XXIe si√®cle est le si√®cle de l'Asie. Oui, mais c'est aussi le si√®cle de l'Afrique. Je cite toujours le m√™me exemple : le Nigeria, en 2050, c'est combien d'habitants ? Cinq cents millions, c'est-√†-dire plus que l'Europe. √Ä la fin du si√®cle, si les pr√©visions - mais en d√©mographie, on ne se trompe pas trop - sont respect√©es, il y aura neuf cent cinquante millions d'habitants.

Autre tendance, Enrico Letta la conna√ģt aussi bien que moi et il en parle √©loquemment, l'Europe, c'est la crois√©e des chemins. Aujourd'hui, est-ce qu'on veut vraiment une Europe qui joue son jeu dans la comp√©tition mondiale ou bien est-ce que l'on va se r√©duire ? La r√©ponse est √©vidente, les moyens de la r√©ponse moins √©vidents. Et puis la cinqui√®me tendance, c'est que notre monde est un monde ¬ęmulti-crises¬Ľ, pour ne pas dire ¬ęomni-crises¬Ľ. Il y a des crises g√©opolitiques et c'est ce que je traite toute la journ√©e : l'Irak, la Syrie, l'Ukraine, etc. Il y a des crises sanitaires, comme Ebola. Il y a des crises climatiques, j'en ai dit un mot. Il y a des crises √©conomiques avec l'atonie europ√©enne. Et tout ceci a √©videmment des incidences sur la production et sur le commerce.

Alors, dans ce kal√©idoscope, quelle est la place de la France ? Je vous le disais, si je compare avec les ann√©es que j'ai bien connues - il y a une dizaine d'ann√©es -, la France a d√©croch√©. Il y avait un certain nombre de r√©formes structurelles √† faire qui n'ont pas √©t√© engag√©es ou insuffisamment. Nous avons d√©croch√© sur le plan industriel : en trente ans, l'industrie a perdu plus de deux millions d'emplois. Sur le plan commercial, nous avons perdu des parts de march√©. Nous en avons aujourd'hui les cons√©quences avec le d√©ficit du commerce ext√©rieur. L'autre jour, quelqu'un qui, th√©oriquement, est un sp√©cialiste me disait : ¬ęMais cela n'a aucune importance le d√©ficit commercial, regardez l'Angleterre, etc.¬Ľ Je suis d'un avis radicalement inverse.

Le d√©ficit budg√©taire, c'est quelque chose qui est compliqu√© politiquement √† r√©gler mais qui, pratiquement, peut √™tre r√©gl√©. Si le Premier ministre, lorsqu'il envoie ce qu'on appelle des lettres-plafonds, envoie une lettre √† ses ministres en disant : ¬ęvous avez d√©pens√© cent, vous √™tes autoris√©s √† d√©penser quatre-vingt-dix-sept l'ann√©e prochaine¬Ľ, cela ne fera pas plaisir aux ministres ni √† leurs administr√©s mais ce sera respect√©. La S√©curit√© sociale, c'est tr√®s compliqu√© aussi √† bouger mais il y a, m√™me si c'est plus difficile, une capacit√© de r√©gler. De m√™me pour les collectivit√©s locales, malgr√© le principe d'autonomie des collectivit√©s locales, on peut afficher et respecter des taux. Le d√©ficit commercial, c'est tout √† fait autre chose ! Le d√©ficit commercial, c'est l'√©quilibre ou le d√©s√©quilibre entre ce qui rentre et ce qui sort. Pour moi, c'est le vrai juge de paix de la comp√©titivit√© ! Or, nous sommes √† environ soixante milliards de d√©ficit. Nous √©tions plut√īt en exc√©dent il y a quelques ann√©es et, pendant ce temps-l√†, en Allemagne et ailleurs, vous connaissez les chiffres...

Pour moi, c'est vraiment le juge de paix et il faut r√©agir. C'est ce que nous avons fait je pense, tous en commun, m√™me s'il peut y avoir des discussions sur tel ou tel √©l√©ment ou la rapidit√© de la r√©action. Pour moi qui, comme beaucoup d'entre vous, voyage beaucoup - je fais quarante mille kilom√®tres par mois -, quand je reviens en France c'est une √©vidence aveuglante ! Aveuglante ! Il n'y a m√™me pas de discussion ! On ne peut pas faire comme si le monde n'existait pas. Il existe. Cela ne veut pas dire que la France doit passer sous les fourches caudines. Et les consommateurs peuvent choisir ! Ils ne sont pas oblig√©s de choisir des productions fran√ßaises. √Ä supposer m√™me que l'on sache exactement ce qu'est une production fran√ßaise compte tenu de ce que j'ai expliqu√© il y a un instant sur la cha√ģne de valeurs.

Mend√®s-France disait : ¬ęQu'est-ce que c'est la politique ?¬Ľ Et il r√©pondait lui-m√™me : ¬ęLa politique, c'est rendre les citoyens co-intelligents des d√©cisions qu'il faut prendre¬Ľ. Je pense qu'il avait tout √† fait raison. Il a gouvern√© peu de temps mais cela a marqu√© plus que d'autres qui ont gouvern√© plus longtemps. C'est √ßa ! Expliquer ! Expliquer ! Cela ne veut pas dire que ce soit agr√©able mais je pense qu'il y a plusieurs lobes dans le cerveau et qu'on a un lobe o√Ļ on dit : ¬ębon, c'est d√©sagr√©able parce que me touche¬Ľ ; et un autre lobe o√Ļ on dit : ¬ę oui, mais c'est quand m√™me √ßa qu'il faut faire ¬Ľ. Quand vous regardez ce qui a √©t√© fait en Europe et ailleurs, la France ne peut pas √™tre √† l'abri. C'est la question centrale sur laquelle, √©videmment, vous discutez sans cesse et sur laquelle il y a des d√©cisions √† prendre.

Alors, comment appuyer nos entreprises dans la concurrence internationale ? C'est la question qui m'est pos√©e et c'est l√† o√Ļ j'ai mis en avant la diplomatie √©conomique. Des mesures g√©n√©rales ont √©t√© prises et elles sont, de mon point de vue, utiles. Au moment de la cr√©ation de la BPI, certains √©taient un peu sceptique mais je pense que cette institution a trouv√© sa place. Ce qui est fait - syndicats, patronat - sur la s√©curisation de l'emploi, un certain nombre de plans sectoriels, les pactes divers va dans le bon sens m√™me si on peut dire que ce n'est pas assez, ou que c'est trop. Si l'on veut √™tre comp√©titifs, il faut quand m√™me qu'on n'ait pas des charges qui soient beaucoup plus lourdes que celles des autres. Et surtout, il faut qu'il y ait un horizon assez fixe. Enfin ce sont des choses que vous connaissez parfaitement.

Pour ce qui concerne le Quai d'Orsay, ¬ędiplomatie √©conomique¬Ľ, cela veut dire quoi ? Cela veut dire l'organisation de la maison √† Paris et puis ce qui se passe dans les ambassades, sur le terrain. √Ä Paris, on ne peut pas √™tre √† la place des entreprises, ce sont les entreprises qui cr√©ent la richesse. Ce n'est pas l'administration qui va cr√©er elle-m√™me la richesse mais elle peut accompagner, elle peut ne rien faire ou elle peut handicaper. Donc, il faut qu'elle accompagne. On a essay√© de se mettre en situation ici, √† Paris, de faire que les choses soient plus ouvertes vers les entreprises. Cela signifie une organisation diff√©rente : cr√©er une direction qui s'occupe des entreprises ; dans chaque direction verticale, avoir maintenant quelqu'un qui s'occupe d'√©conomie et demander √† un secr√©taire g√©n√©ral adjoint qui vient d'ailleurs du minist√®re des Finances de s'occuper d'√©conomie. C'est notre organisation. Il faut surtout modifier un certain nombre d'habitudes pour que les entreprises se sentent vraiment chez elles. Apr√®s, il peut y avoir des probl√®mes de back-office : qu'est-ce que fait exactement le minist√®re des Affaires √©trang√®res qui, maintenant, a chang√© de nom ? Qu'est-ce que fait exactement le minist√®re des finances ou de l'√©conomie ? Mais √ßa, ce sont nos affaires de back-office. Il faut que l'entreprise puisse s'adresser √† nous et qu'elle voie qu'on est l√† pour l'aider et qu'on l'aide effectivement.

Je crois beaucoup aux hommes et aux femmes Dans un certain nombre de pays - arbitrairement choisis, je le reconnais -, j'ai nommé des représentants spéciaux parce que je pensais qu'il y avait besoin d'une personnalité pour faciliter les choses. Il y a ainsi plusieurs personnalités qui travaillent avec vous et des chefs d'entreprise qui, très gentiment, ont accepté de prendre ces fonctions - bénévoles, je le souligne. J'ai par exemple demandé à M. Varin, qui a fait un travail très important dans l'automobile, maintenant, de s'occuper de toute la zone de l'ASEAN qui compte quand même six cent cinquante millions de personnes parce qu' il faut quelqu'un qui puisse directement aller voir le Premier ministre, le président de la République, avoir l'écoute des entreprises et je pense que c'est une très bonne chose, même si les ambassadeurs font très bien leur travail. De la même façon, j'ai demandé - alors, là, c'est un autre contexte - à Jean-Pierre Chevènement, qui n'est pas un ennemi irréductible de la Russie, de s'occuper de ce pays, et Dieu sait que ce n'est pas facile. J'ai aussi demandé à Paul Hermelin, qui a quarante-cinq mille personnes qui travaillent pour son entreprise en Inde. On pourrait continuer la liste... Je pense que ces choses-là, qu'il ne faut pas généraliser, sont utiles.

L'id√©e, si vous voulez, c'est qu'en France, √† Paris et dans les r√©gions, les choses se mettent en place pour que ce soit fluide et qu'on travaille bien avec le MEDEF et avec les Chambres de commerce. Il faut que chacun se sente √† l'aise et que les entreprises qui le souhaitent ou qu'on va chercher aient vraiment le r√©pondant. Sur place, c'est-√†-dire dans les diff√©rents pays du monde, il faut qu'il y ait une √©quipe de France de l'export. La croissance, il faut aller la chercher l√† o√Ļ elle est. Et elle est tr√®s souvent en Europe et hors d'Europe.

De ce point de vue-l√†, √ßa m'a amen√© √©videmment √† modifier la r√©partition des effectifs de la maison que je dirige. Il y a entre quatorze mille et quinze mille personnes. L'essentiel, √©videmment, se trouve dans les postes. Et il y avait des √©volutions mais il faut anticiper ! Il n'est pas normal qu'il y ait - quel que soit le respect qu'on a pour ce pays - autant d'administrateurs du Quai d'Orsay - et je laisse de c√īt√© Bruxelles - en Belgique qu'en Chine. Il y a quand m√™me quelques r√©√©quilibrages √† faire et qui ont commenc√©. Cela se passe bien, d√®s lors qu'on l'explique, m√™me si on est oblig√©s de diminuer le nombre nos fonctionnaires - puisque toutes les administrations le font. Les accents g√©ographiques doivent donc √™tre diff√©rents.

Il y a aussi √† √©viter, quand vous √™tes re√ßus, cette segmentation des administrations entre elles. J'ai demand√© - et le pr√©sident de la R√©publique et le Premier ministre ont bien voulu acc√©der √† cette demande - que me soient rattach√©s le commerce ext√©rieur et le tourisme parce que tout cela, finalement, forme un tout. Et le minist√®re des Affaires √©trang√®res devient le minist√®re de l'Action ext√©rieure de l'√Čtat, ce qui est un petit peu diff√©rent. Ce n'est plus uniquement la grande diplomatie. Mais il est normal que la France ait une action ext√©rieure et qu'il y ait des services diff√©rents mais qu'il y ait un seul patron - l'ambassadeur - qui doit √™tre form√© d'une mani√®re un peu diff√©rente. C'est un m√©tier nouveau, passionnant car il faut que nous rattrapions notre retard avec, encore une fois, l'id√©e que ce ne sont pas les administrations qui vont faire le travail des entreprises, mais au moins doivent-elles les aider le plus possible et aller dans le sens qu'elles souhaitent.

Cela entra√ģne un certain nombre de modifications. Nous avions deux entit√©s diff√©rentes : l'une, UBIFRANCE, qui s'occupait des petites et moyennes entreprises pour les aider √† l'exportation et l'autre, l'AFII, qui est l'agence pour les investissements √©trangers en France. Pour des raisons de masse critique, nous les avons fusionn√©es. Et nous allons les rapprocher avec de la SOPEXA qui s'occupe de l'agroalimentaire qui est un march√© tr√®s important pour le futur. Ainsi, nous auront un syst√®me qui fonctionne et sans ajouter √† la difficult√© intrins√®que de l'exportation la complexit√© de nos m√©canismes. Je ne vous dis pas qu'aujourd'hui, tout est parfait, mais enfin je pense que les choses commencent √† prendre bonne tournure. Mais qu'on ne s'y trompe pas, ce n'est pas l'administration qui va am√©liorer par elle-m√™me les r√©sultats du commerce ext√©rieur, √ßa d√©pend vraiment, Monsieur le Pr√©sident du MEDEF, que tout le monde s'att√®le √† la m√™me t√Ęche.

Il faut aussi bien s√Ľr mieux organiser l'offre productive √† l'exportation et donc on a mis sur pied - l√† encore, c'est discutable mais ce qui compte, c'est d'√™tre efficace - ce qu'on appelle des ¬ęf√©d√©rateurs de familles pour l'export¬Ľ. On a rep√©r√© six familles de produits ou de fili√®res qui nous semblent particuli√®rement prometteuses et nous avons besoin que toute l'offre soit un peu mieux coordonn√©e pour que les Fran√ßais chassent en meute, ce qu'ils ne savent pas toujours malheureusement faire.

Il s'agit de plusieurs fili√®res : la sant√© qui est une fili√®re absolument magnifique (les Fran√ßais ont une capacit√© et une r√©putation extraordinaires mais encore faut-il qu'ils se portent √† l'ext√©rieur. Nous avons quelques grands groupes qui sont connus mais il faut bien aller bien au-del√†.) Il y a aussi tout ce qui concerne les fili√®res de la ville durable - qui va de l'architecture jusqu'√† l'environnement, l'eau o√Ļ nous avons des groupes qui sont remarquables - des technologies de l'information et l'agroalimentaire o√Ļ nous avons des potentialit√©s √©normes. Par exemple, je viens de nommer un nouvel ambassadeur aux Pays-Bas et je regarde le dossier de ce pays. Nous avons un d√©ficit d'un milliard et demi d'euros dans le seul poste agroalimentaire avec les Pays-Bas. Les Pays-Bas, ce n'est quand m√™me pas le Br√©sil. Mais il y a quand m√™me s√Ľrement des choses √† faire.

Récemment, je viens d'ajouter deux filières: l'industrie culturelle et créative, qui est un poste très important pour la France sur le plan économique mais aussi sur celui du de rayonnement général, et puis le tourisme parce que je pense que le tourisme, qui a été longtemps été considéré comme marginal, est un secteur économique tout à fait majeur, essentiel.

Je recevais l'autre jour la femme qui a le poste le plus important dans la hi√©rarchie chinoise et qui me dit comme √ßa en passant : ¬ęAh ! Mais j'ai vu que vous vous occupiez de tourisme. C'est tr√®s bien.¬Ľ Aujourd'hui, il y a cent cinquante millions de Chinois qui voyagent √† l'ext√©rieur ; dans quinze ans, il y en aura cinq cents millions. Les Chinois qui viennent en France - il y en a un million cinq cent mille actuellement - d√©pensent mille six cents euros. Si, sur les cinq cents millions, nous prenons une part significative de march√©, notre balance commerciale se pr√©sentera autrement. Et ce sont des emplois non d√©localisables qui ont un effet direct, par d√©finition, sur la balance. Longtemps, on a consid√©r√© cette activit√© comme compl√®tement √† la marge, c'est absurde. Seulement, si on veut √™tre attractif - et c'est la raison pour laquelle j'ai d√©cid√© de m'occuper du tourisme -, alors il faut prendre la cha√ģne de valeurs. D'abord, si on veut que les touristes chinois et les autres viennent, il y a le probl√®me des visas. Les visas en Chine sont d√©sormais d√©livr√©s en quarante-huit heures. Et j'√©tais extr√™mement heureux lorsque mon coll√®gue et ami allemand, Frank-Walter Steinmeier m'a annonc√© qu'il voulait suivre l'exemple fran√ßais et faire la m√™me chose avec l'Allemagne. Apr√®s les visas, il y a le probl√®me de l'arriv√©e en France.

Pour l'accueil, M. de Romanet, le pr√©sident d'A√©roports de Paris, fait un effort mais il y a encore beaucoup de choses √† am√©liorer. Puis il y a la s√©curit√© et l'am√©nagement de Charles de Gaulle Express, de Roissy √† Paris pour que les gens aillent vite. Il y a aussi la question de pouvoir visiter tout √† Paris, y compris d'ailleurs le dimanche. Mais aussi il n'y a pas que Paris et l'√éle-de-France, la France, c'est un pays magnifique. Lorsqu'on demande en r√©ponse ouverte √† l'ensemble des citoyens du monde : ¬ęQuel est le pays o√Ļ vous pr√©f√©reriez aller ?¬Ľ, la France sort en t√™te des r√©ponses !. Et le tourisme est un secteur entra√ģnant. Quand vous avez une famille d'entrepreneurs qui est venue ici, qui peut avoir eu recours √† nos h√īpitaux - et nous souhaitons ouvrir davantage nos h√īpitaux √† la client√®le √©trang√®re fortun√©e - qu'ils sont contents de ce qu'ils ont vu, de leurs loisirs, de la fa√ßon dont on les a abord√©s et trait√©s et, ensuite, lorsqu'ils ont des d√©cisions d'entreprise √† prendre, bien s√Ľr, ils regardent la fiscalit√©, la comp√©titivit√©, mais si on a cette cote d'amour, c'est quand m√™me un avantage singulier.

L'attractivité, c'est un tout et il y a énormément de choses à faire. De la même façon que pour accompagner les investissements étrangers, il y a beaucoup de potentialité mais encore faut-il accueillir les investisseurs comme il le faut, promouvoir les jeunes entreprises innovantes. À tous mes ambassadeurs, je demande d'aider au développement de la présence française dans leur pays de résidence car ils sont là pour appuyer nos entreprises. Mais aussi, je leur dit de veiller à développer l'investissement étranger en France qui lui-même est un facteur d'exportations et de créations d'emploi.

J'étais l'autre jour au Japon. Les entreprises japonaises en France représentent soixante mille emplois et ça marche très bien. Et très souvent d'ailleurs lorsqu'on interroge les entreprises qui sont là depuis longtemps en France, ce n'est pas le cliché qu'on entend et qu'on lit dans la plupart des journaux. On a un effort considérable à faire au niveau de l'attractivité qui, évidemment, passe par des mesures d'ordre général, mais aussi des mesures très particulières. Et je crois que, là aussi, le ministère des Affaires étrangères et l'ensemble des administrations doivent et peuvent faire un travail utile.

Voil√†, j'ai √©t√© un peu disparate. Mais je voulais donner des coups de projecteur dans diff√©rents domaines. Retenez de cela deux id√©es. La premi√®re, Monsieur le Pr√©sident Gattaz, Mesdames et Messieurs, c'est que quelles que soient nos difficult√©s - et elles sont grandes et il faut les regarder avec lucidit√© -, je consid√®re, comme vous, je sais, que la France a des atouts √©normes. La seule question - parce que je sais que la France va reprendre le chemin du d√©veloppement, de la prosp√©rit√© -, c'est de savoir quand. Ce sera dans un an ou dans deux ans - ce que tous, nous pr√©f√©rons - ou bien ce sera, le cas √©ch√©ant, apr√®s de grandes secousses qu'il faut essayer d'√©viter. Je pr√©f√®re la r√©forme plut√īt que la r√©volution. La r√©volution, c'est co√Ľteux. Et faisons attention √† tous ceux qui veulent opposer les uns et les autres.

Nous avons des atouts absolument immenses, mais nous devons faire un certain nombre de r√©formes. Et c'est l√† o√Ļ je rejoins ce que je sais √™tre le point de vue d'Enrico Letta en Italie. La France, on lui a reproch√© - et ce n'est pas toujours faux - de ne pas √™tre assez s√©rieuse sur tel ou tel point. Ce que nous devons faire au niveau europ√©en, ce sont bien s√Ľr des r√©formes de structure, mais aussi des investissements. S'il n'y a pas de croissance, on sait bien que les r√©formes sont extraordinairement difficiles √† faire. La France doit s'engager √† faire des r√©formes de structure. Certaines ont d√©j√† √©t√© faites, d'autres doivent √™tre faites. Mais la contrepartie, c'est qu'il faut qu'on mette un peu de gaz ou d'essence dans le moteur, sous forme d'investissements. Et la combinaison entre r√©formes de structure et investissement, peut relancer l'ensemble de l'Europe et singuli√®rement la France.

Je crois absolument aux atouts de la France et je n'y crois pas de mani√®re abstraite ou par la m√©thode Cou√©, mais je vois bien dans les d√©placements que je fais, o√Ļ je traite l'ensemble des sujets, que la France a quand m√™me une place singuli√®re. Simplement, elle a des r√©formes √† op√©rer et elle en a fait quelques-unes, il y en a encore pas mal devant elle.

La deuxi√®me id√©e est tout simple : c'est que l'administration, en g√©n√©ral et en particulier celle que je dirige, est au service des entreprises. Il n'y a pas d'un c√īt√© les entreprises et de l'autre l'administration. Ce sont les entreprises qui cr√©ent la richesse et les administrations, en particulier celle du Quai d'Orsay, sont √† votre √©coute pour vous soutenir. Voil√†, Monsieur le pr√©sident, ce qu'en quelques mots je voulais vous dire en vous remerciant beaucoup de m'avoir invit√©. (...)./.

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12. Partenariat commercial transatlantique - S√©minaire international du Mouvement des entreprises de France - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires √©trang√®res et du D√©veloppement international (Paris, 13/10/2014)

(...)

Q - L'√©volution des n√©gociations commerciales UE-√Čtats-Unis, est-ce une priorit√© politique d''Obama ?

R - Oui et à chaque fois que nous voyons le président Obama, ou que je vois mon collègue, M. Kerry nous parlons du TTIP. Les discussions avancent. D'un point de vue général, nous sommes partisans des accords commerciaux parce que le développement du commerce mondial peut être un facteur important de croissance. Simplement, pour qu'un accord soit conclu, il faut que chacun des partenaires y trouve son avantage.

Alors il y a des choses qui sont avantageuses pour nous dans cet √©ventuel accord, qui sont : une p√©n√©tration plus forte en mati√®re agricole et une certaine protection de nos appellations d'origine, la question tr√®s importante des march√©s publics puisque -retenez ce chiffre -, les march√©s publics europ√©ens sont ouverts √† 80 %, les march√©s publics am√©ricains entre 20 et 25 %. Et les Am√©ricains, sans malice, utilisent le fait qu'il y a l'√Čtat f√©d√©ral et a les diff√©rentes r√©gions f√©d√©r√©es pour dire : ¬ęnous pouvons nous engager au niveau f√©d√©ral mais pas pour les r√©gions¬Ľ. Cela, ce n'est pas possible. Et cette question des march√©s publics pour nos industries est tout √† fait d√©cisive.

Et puis il y a aussi, sur le plan financier, certaines possibilités positives pour nous. Mais nous n'en sommes pas encore à faire la balance des avantages et des inconvénients. Puis il y a la question assez sensible du juge de paix. C'est vrai que dans beaucoup de négociations internationales - et c'est le Quai d'Orsay qui en est responsable -, il y a un juge de paix qui n'est pas nécessairement un juge de paix public. Mais là, vous avez vu, vous connaissez sans doute la controverse qui a lieu à ce sujet : est-ce qu'on peut accepter que ce soit des entités privées qui, finalement, soient juges en cas de litige, de contestation ? Cela pose quand même un problème non négligeable.

Les Américains comme nous d'ailleurs y attachons de l'importance. De toutes les manières, j'ajoute que tels que sont fabriqués le droit européen et le droit national, il faudra, pour que cet accord s'applique, qu'il soit approuvé par les Parlements des différentes nations car même si c'est le commissaire européen compétent qui négocie, il faut ensuite qu'il y ait une approbation nationale.

Mais d'une fa√ßon g√©n√©rale, que ce soit avec les Am√©ricains, que ce soit avec le Canada, ou avec d'autres pays, nous sommes favorables √† un d√©veloppement du commerce et aux accords qui le permettent d√®s lors, bien s√Ľr, que ces accords sont √©quilibr√©s et c'est le propre de toute n√©gociation.

(...)./.

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13. Union europ√©enne - D√©fense - S√©minaire international du Mouvement des entreprises de France - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires √©trang√®res et du D√©veloppement international (Paris, 13/10/2014)

(...)

Q - Pourquoi ne peut-on pas avoir une Europe de la défense ?

R - La position traditionnelle de la France est d'être favorable à une Europe de la défense. Ce qui, d'ailleurs, n'est pas du tout contradictoire avec l'appartenance au commandement intégré de l'OTAN. Mais c'est vrai qu'il y a des réticences. Pourquoi ? D'abord, parce que quand on dit Europe de la défense, il faut immédiatement regarder le budget. La défense, ce sont des concepts mais ce sont aussi des moyens. Et les pays qui ont un vrai budget de défense, significatif, ce sont essentiellement les Français, les Britanniques et les Allemands et, dans une moindre mesure, les Espagnols et les Italiens. Je ne veux être inexact vis-à-vis de personne mais les proportions sont celles-là. Et donc, l'Europe de la défense, c'est très souhaitable, ce n'est pas contradictoire du tout avec l'OTAN, mais ça nécessite que chaque pays fasse un effort.

Et c'est vrai que lorsque l'on critique la situation des finances publiques fran√ßaises, on ne prend pas souvent en compte l'effort consid√©rable que nous faisons pour la d√©fense, que nous ne faisons pas pour nous-m√™mes d'ailleurs, mais que nous faisons pour l'ensemble de l'Europe. Et certains - moi, je n'ai pas pris cette position parce que ce n'est pas √† moi de le faire -, observateurs ext√©rieurs ont dit : ¬ęMais on devrait tenir compte du fait que quelques pays font un plus gros effort que d'autres dans ce domaine¬Ľ.

Lors de la derni√®re r√©union de l'OTAN, au Pays de Galles, j'ai trouv√© que le vieux d√©bat entre l'OTAN et l'Europe de la d√©fense, on ne l'entendait plus vraiment. Mais en m√™me temps, c'est vrai que compte tenu de ce qui se passe avec la Russie et le pr√©sident Poutine, d'une part, et compte tenu de ce qui se passe en Irak et en Syrie - je vous signale que la Turquie est membre de l'OTAN -, d'autre part, c'est vrai que spontan√©ment la tendance est de se porter plut√īt vers la r√©activation de l'OTAN, mais d'une fa√ßon qui n'est plus contradictoire avec l'Europe de la d√©fense.

L'Europe de la défense, ce sont aussi des accords sur des matériels. Les Britanniques et les Français décident de faire un matériel ensemble. Les Espagnols, les Italiens, les Français et les Allemands décident de faire un matériel ensemble, et l'on décide l'interopérabilité de nos matériels qui permette à nos forces de faire des exercices ensemble, je prends l'exemple de l'Allemagne. Nous avons décidé, à la fois l'Allemagne et la France, récemment d'envoyer des drones ensemble pour regarder ce qui se passe à l'est de l'Ukraine. Ce sont des choses concrètes qu'il faut faire pour donner corps à l'Europe de la défense. Mais en même temps, il y a un rapport entre l'Europe de la défense et l'Europe de la diplomatie parce que la défense, ce n'est jamais que le point appliqué de la diplomatie. Or, c'est vrai qu'il reste, au-delà de la diplomatie européenne, quand même des diplomaties singulières : la diplomatie britannique, la diplomatie française. Et c'est tout cela qu'il faut essayer de faire converger. Je trouve qu'il y a eu des progrès mais nous n'en sommes pas tout à fait là.

(...)./.

 

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14. Union europ√©enne - √Čconomie - Conseil des ministres (Paris, 15/10/2014)

Le ministre des Finances et des Comptes publics et le ministre de l'√Čconomie, de l'Industrie et du Num√©rique ont pr√©sent√© une communication relative √† la situation de l'√©conomie.

Les indicateurs r√©cents d'activit√© et l'√©volution de l'inflation en zone euro sont pr√©occupants. Apr√®s d√©j√† un recul de l'activit√© au 2√®me trimestre, les chiffres les plus r√©cents venant d'Allemagne t√©moignent ainsi d'un infl√©chissement de l'activit√© : contraction de la production industrielle de -4 % en ao√Ľt et des exportations de -6 %. Au-del√† de ces indicateurs r√©cents, la reprise en zone euro est dans l'ensemble plus fragile, plus lente et moins riche en emplois qu'aux √Čtats-Unis, en Grande-Bretagne ou au Canada. √Ä cette faiblesse de la croissance, s'ajoute une inflation tr√®s basse qui n'avait pas √©t√© pr√©vue, et qui complique la conduite de la politique √©conomique comme le d√©sendettement.

Si le diagnostic sur la faiblesse de l'économie européenne est aujourd'hui partagé par la plupart des observateurs - Fonds monétaire international (FMI), Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Banque centrale européenne (BCE) - le scénario privilégié est celui d'une reprise progressive en zone euro. Elle nécessite cependant des politiques économiques adaptées.

Dans ce contexte, les prévisions du gouvernement pour la France sont identiques à celles du FMI ou de l'OCDE - c'est-à-dire 0,4 % de croissance pour 2014 et 1 % pour 2015.

Certains facteurs vont venir soutenir la croissance, comme la dépréciation de l'euro et la baisse du cours du pétrole.

La situation justifie n√©anmoins de faire plut√īt ¬ętrop que trop peu¬Ľ pour soutenir la croissance. En effet, si la situation de croissance et d'inflation trop faibles persistait, elle serait porteuse de risques tels que des dynamiques de baisses de prix auto entretenues en cas de nouveau choc, et d'une augmentation structurelle du ch√īmage.

La stratégie doit donc reposer sur la mobilisation de l'ensemble des leviers, au niveau national comme au niveau européen, au service de la croissance et de l'emploi.

La politique monétaire doit continuer à être accommodante, et il convient de veiller à la bonne transmission des décisions de la BCE à l'économie. Le travail sur les moyens d'assurer le bon financement de l'économie y contribue.

Le rythme de réduction des déficits doit être adapté, comme l'ont indiqué les responsables du FMI. L'application des règles communes doit permettre de prendre en compte la situation économique actuelle. C'est l'objet de discussions en cours au niveau européen.

Des réformes sont nécessaires pour améliorer le potentiel et le dynamisme des économies. L'ensemble des pays de la zone euro ont des progrès à réaliser en la matière, la France en particulier. Le Gouvernement présente à cet égard aujourd'hui les grandes lignes du projet de loi pour l'activité à venir.

Enfin, un plan d'investissement européen fort doit se matérialiser pour soutenir la demande et le potentiel de croissance, tel qu'annoncé par le nouveau président de la Commission. Ce plan constituera un pont entre les politiques de l'offre et de la demande, entre les objectifs de court et de moyen termes. La France travaille avec l'Europe pour faire en sorte que ce plan se concrétise de manière ambitieuse, en cohérence avec les actions nationales./.

 

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15. Politique √©conomique - Projet de loi pour l'activit√© - Conseil des ministres (Paris, 15/10/2014)

Le ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique a présenté une communication relative à la préparation du projet de loi pour l'activité.

Pour retrouver un sentier de croissance durablement √©lev√©e, il est n√©cessaire de relancer l'investissement, en mobilisant l'Union europ√©enne autour d'un programme ambitieux, et en favorisant l'initiative priv√©e en France. Il faut √©galement moderniser l'√©conomie fran√ßaise, afin de lever les blocages au d√©veloppement de l'activit√©. Cette derni√®re action doit porter sur de nombreux leviers et instruments qui stimulent ou cr√©ent de l'activit√© partout o√Ļ c'est possible.

L'ambition de ce projet de loi est de d√©verrouiller l'√©conomie fran√ßaise, d'encourager la mobilit√© sous tous ses aspects, notamment pour la jeunesse. Cette loi contribuera √† trois grandes priorit√©s de r√©forme : (i) moderniser le march√© des biens et services en d√©bloquant plusieurs secteurs ; (ii) stimuler l'investissement √† travers l'intensification de l'agenda de simplification, l'encouragement de l'innovation et le renforcement de l'attractivit√© du territoire ; (iii) d√©velopper l'emploi et le dialogue social, en am√©liorant le fonctionnement du march√© du travail. Ce projet de loi sera pr√©sent√© en conseil des ministres en d√©cembre et discut√© au Parlement au premier trimestre 2015. L'ensemble du gouvernement et en particulier les ministres les plus directement concern√©s y ont √©t√© associ√©s, notamment la ministre de l'√Čcologie, du D√©veloppement durable et de l'√Čnergie et le secr√©taire d'√Čtat charg√© des Transports, de la Mer et de la P√™che, la garde des Sceaux, ministre de la Justice, le ministre des Finances et des comptes publics, la ministre des Affaires sociales, de la Sant√© et des Droits des Femmes, le ministre du Travail, de l'Emploi et du Dialogue social, la ministre du Logement et de l'√Čgalit√© des territoires et la secr√©taire d'√Čtat charg√©e du Commerce, de l'Artisanat, de la Consommation et de l'√Čconomie sociale et solidaire.

1) Lever les freins à l'activité

Lib√©rer les √©nergies et les activit√©s passe par la modernisation du cadre des professions r√©glement√©es du droit et de la sant√©, mais aussi par des r√©formes sectorielles destin√©es √† am√©liorer la mobilit√© des Fran√ßais et leur permettre ainsi de travailler ou se loger √† des co√Ľts ma√ģtris√©s.

Apr√®s une large concertation, une r√©forme √©quilibr√©e et pragmatique des professions r√©glement√©es du droit et de la sant√© permettra la modernisation de ces professions. L'exclusivit√© de leurs missions de service public sera confirm√©e. La modernisation se fera sur plusieurs axes : installation et implantation facilit√©e, en particulier pour les jeunes professionnels, pour cr√©er de l'activit√© ; ouverture de l'acc√®s au capital pour encourager l'investissement, rendre l'activit√© plus efficace et encourager l'interprofessionnalit√© ; enfin, une r√©glementation des tarifs refl√©tant davantage les co√Ľts r√©els. La loi pr√©voira notamment la fusion des professions d'huissier de justice, de mandataire judiciaire et de commissaire-priseur judiciaire dans une profession unique de l'ex√©cution judiciaire. La concr√©tisation de ces principes b√©n√©ficiera des conclusions des deux missions parlementaires en cours : la mission d'information sur les professions juridiques r√©glement√©es pr√©sid√©e par C√©cile Untermaier, et la mission aupr√®s du ministre de l'√Čconomie, de l'Industrie et du Num√©rique sur les professions r√©glement√©es confi√©e √† Richard Ferrand. Les dispositions relatives aux professions de la sant√© seront reprises dans le projet de loi relatif √† la sant√©.

Encourager l'activit√©, en particulier pour les jeunes, passe aussi par une plus grande mobilit√©. L'offre de services de transport par autocar sera ainsi rendue libre sur tout le territoire. La loi r√©formera √©galement la fixation des p√©ages autoroutiers en introduisant un contr√īle par une autorit√© ind√©pendante des contrats pass√©s par l'√Čtat avec ces concessionnaires, comme propos√© par l'Autorit√© de la concurrence dans son avis de septembre 2014.

Faciliter la mobilité, c'est aussi fluidifier le marché immobilier. Cela passe par la levée des obstacles réglementaires qui limitent l'offre de logements neufs, afin de répondre, en libérant le foncier, à l'urgence du déficit de construction de logements dans les zones tendues. Cela passe également par des mesures de simplification réduisant les délais d'attribution des permis de construire. Le projet de loi portera ainsi des mesures proposées par la mission de Jean-Pierre Duport.

2) Investir

Mieux investir, c'est d'abord simplifier et accélérer les procédures administratives pour les projets industriels. La loi permettra à cet égard de rendre plus lisible et plus stable l'environnement législatif et réglementaire en simplifiant certaines procédures.

La loi comportera des mesures permettant de favoriser une intervention plus efficace de l'√Čtat actionnaire. Elle autorisera la r√©alisation de projets √† vocation industrielle de soci√©t√©s √† participation publique, comme le rapprochement entre Nexter et KMW. Elle autorisera aussi des cessions d'actifs publics afin, au-del√† du d√©sendettement, de mener une politique industrielle dynamique ou de financer des investissements.

Elle intégrera des réformes de l'épargne salariale pour mieux financer l'économie et développer ces outils au bénéfice des salariés, comme annoncé par le président de la République lors de la conférence sociale. Elle portera des mesures favorisant l'actionnariat salarié qui renforcent l'implication des salariés dans le développement de leur entreprise et permet le recrutement de collaborateurs à haut-potentiels dans les startups et petites et moyennes entreprises. Elle renforcera l'attractivité de l'économie en reprenant les mesures annoncées par le président de la République.

3) Travailler

La l√©gislation sur l'ouverture dominicale dans les commerces doit r√©pondre aux enjeux du d√©veloppement du territoire dans les zones disposant d'une forte attractivit√© √©conomique et touristique. Elle doit s'appuyer sur les propositions du rapport Bailly pour r√©duire les distorsions entre les commerces, et am√©liorer la compensation pour les salari√©s volontaires et en la compl√©tant en particulier s'agissant des gares et des zones touristiques √† vocation internationale et √† fort potentiel √©conomique. Cela permettra ainsi de clarifier et de rationaliser la l√©gislation existante, de sortir de l'ins√©curit√© juridique du cadre actuel, tout en permettant de lib√©rer les √©nergies l√† o√Ļ les gains √©conomiques seront possibles pour les entreprises, les salari√©s et les territoires.

Par ailleurs, le projet a vocation à recueillir le fruit de la négociation en cours entre partenaires sociaux relative à la qualité et à l'efficacité du dialogue social dans les entreprises et à l'amélioration de la représentation des salariés en privilégiant une approche plus stratégique, moins formelle et donc simplifiée. Il s'agit également d'instituer un dialogue effectif pour tous les salariés, y compris dans les très petites entreprises.

Enfin il est indispensable d'améliorer le fonctionnement de la justice prud'homale, dont la caractéristique paritaire marque l'identité et symbolise l'union des partenaires sociaux au service de la justice du travail, mais qui souffre aujourd'hui de délais de jugement déraisonnables et d'un taux d'appel très excessif. Une concertation va être engagée immédiatement par les ministres concernés - au premier chef la garde des Sceaux, ministre de la Justice et le ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social - avec l'ensemble des parties prenantes. Cette concertation, éclairée en particulier par le récent rapport de M. Lacabarats, portera sur l'ensemble de la procédure (conciliation, jugement, appel)./.

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16. Fran√ßais de l'√©tranger - Intervention de M. Matthias Fekl, secr√©taire d'√©tat charg√© du Commerce ext√©rieur, de la Promotion du tourisme et des Fran√ßais de l'√©tranger, devant l'Assembl√©e des Fran√ßais de l'√©tranger (Paris, 07/10/2014)

Merci, Monsieur le Président.

Je veux vous saluer, saluer les vice-pr√©sidents, les pr√©sidents de Groupes, vous saluer toutes et tous, √©lus de nos concitoyens √† l'√©tranger ; saluer aussi bien s√Ľr, les repr√©sentants de l'Administration ici pr√©sents ; et puis, √† travers vous, saluer nos concitoyens √† l'√©tranger, saluer les Parlementaires, aussi, que j'ai vus tout √† l'heure. Vous f√©liciter, Monsieur le Pr√©sident, pour votre √©lection. F√©liciter tous les responsables de l'Assembl√©e qui ont √©t√© √©lus, de toutes les sensibilit√©s politiques r√©publicaines et vous dire bien s√Ľr qu'√† partir de maintenant, nous allons beaucoup travailler ensemble, que ce soit ici en France, √† l'occasion de mes d√©placements partout √† l'√©tranger, o√Ļ je serai √† votre disposition, √† la disposition de la communaut√© fran√ßaise.

Comme vous le savez, je suis au secr√©tariat d'√Čtat au Commerce, √† la Promotion du tourisme et des Fran√ßais de l'√©tranger. Je consid√®re que les trois volets de ce portefeuille aupr√®s de Laurent Fabius sont d'√©gale importance et j'aurai √† coeur de le prouver √† chaque d√©placement.

Je reviens d'un d√©placement, en fin de semaine derni√®re, √† Berlin, qui √©tait exclusivement consacr√© √† la communaut√© fran√ßaise. Communaut√© √©ducative, communaut√© de nos concitoyens en Allemagne, avec un rendez-vous avec un certain nombre d'√©lus qui sont l√†, en tout cas pour partie, avec des pr√©occupations souvent tr√®s concr√®tes, tr√®s importantes. J'ai √©t√© Fran√ßais de l'√©tranger pendant les dix-huit premi√®res ann√©es de ma vie, puisque j'ai grandi en Allemagne et donc, je ne pr√©tends pas avoir moi-m√™me √©t√© confront√© √† toutes les situations que peuvent conna√ģtre nos concitoyens √† l'√©tranger, mais tout de m√™me, je sais ce que cela signifie de vivre ailleurs qu'en France, loin de France, m√™me s'il y a des pays plus lointains que l'Allemagne, naturellement. Et donc, vraiment, j'aurai √† coeur de travailler avec simplicit√© et avec beaucoup de pragmatisme.

De très grandes réformes ont été menées, y compris concernant la représentation des Français de l'étranger, au cours des dernières années. Je veux saluer mes prédécesseurs qui ont élaboré, ont porté avec vous ces réformes, qui en ont assuré le suivi. Mme Conway-Mouret, Mme Pellerin.

Maintenant est venu le temps de faire vivre ses réformes, de faire vivre la démocratie que vous représentez et puis, d'essayer au maximum d'avoir des réalisations simples. C'était aussi le sens des entretiens que j'ai eus, déjà, à Tunis, à Berlin, avec beaucoup de préoccupations en matière d'état civil, d'éducation, de vie quotidienne, sur lesquelles nous devons nous pencher.
Si je suis trop long, Monsieur le Président, naturellement, vous me coupez. Je veux vous dire quelques mots : beaucoup de travail est en cours, beaucoup de mesures sont à venir et donc, nous devons naturellement pouvoir en parler ensemble.
Vous le savez, le pr√©sident de la R√©publique, le Premier ministre, ont r√©affirm√© l'importance qu'ils portent √† la communaut√© fran√ßaise √† l'√©tranger. C'est le sens du maintien d'un secr√©tariat d'√Čtat aupr√®s du minist√®re des Affaires √©trang√®res et du D√©veloppement international, en charge de notre communaut√© de Fran√ßais expatri√©s.

Nos compatriotes √† l'√©tranger peuvent compter sur beaucoup de services. Nous sommes le pays qui accompagne le plus nos concitoyens expatri√©s. Nous pouvons tous constater parfois des difficult√©s, des insuffisances, mais enfin, il faut aussi comparer. Et, quand on regarde ce que font d'autres pays, nous n'avons pas √† rougir des services qui sont offerts et moi, je veux saluer bien s√Ľr les services consulaires, les services diplomatiques qui sont √† vos c√īt√©s, pour essayer d'am√©liorer les choses, de vous simplifier la vie dans les diff√©rentes situations que vous pouvez rencontrer.

Pour continuer encore √† faciliter la vie des citoyens fran√ßais √† l'√©tranger, des usagers de l'Administration, nous allons d√©ployer un certain nombre de mesures concernant notamment la simplification. Vous savez que beaucoup de travaux sont en cours l√†-dessus au niveau du gouvernement et notamment, bien s√Ľr, au Quai d'Orsay. Et aussi de mani√®re totalement interminist√©rielle, avec le travail que nous faisons, en lien avec le secr√©taire d'√Čtat aux simplifications ; et puis, en mati√®re de d√©mat√©rialisation.

En matière de simplifications, d'abord, j'ai le plaisir, aujourd'hui, de vous annoncer la fin de ce que l'on appelle la double comparution, pour la remise des passeports.

Dans un grand nombre de pays, les Fran√ßais qui le souhaiteront pourront se faire adresser leur passeport par un transporteur s√©curis√©. La mesure pourrait √™tre mise en place au d√©but de l'ann√©e 2015 et je suis persuad√© qu'elle constituera un b√©n√©fice tr√®s concret pour nombre de nos compatriotes, √† qui elle √©conomisera un deuxi√®me trajet, parfois long, parfois co√Ľteux et toujours superflu et p√©nible.

En matière de dématérialisation, les services consulaires travaillent beaucoup sur ces questions et une nouvelle étape doit s'ouvrir maintenant. Elle consistera en la possibilité, via le site monconsulat.fr, d'un accès à distance complet au registre. Vous connaissez l'importance du registre. C'est un outil de connaissance de la communauté, pour nous, un moyen d'assurer votre sécurité et la sécurité de nos compatriotes à l'étranger, dont malheureusement, l'actualité nous rappelle trop souvent à quel point d'est une priorité fondamentale. C'est aussi une porte d'entrée indispensable pour celles et ceux d'entre nos compatriotes qui demandent à bénéficier notamment d'aides sociales ou de bourses.

Des travaux sont en cours sur la fiabilité du registre. L'on ne peut pas transiger là-dessus. Sur son accessibilité et ces travaux-là aboutiront rapidement. C'est dans cet état d'esprit que la DFAE lance aujourd'hui un projet qui vous permettra de vous inscrire et d'opérer toutes les opérations liées à la vie du registre à distance. J'espère, je souhaite que ces travaux puissent aboutir pour la fin de l'année 2015.

Cette mesure permettra de limiter les situations o√Ļ vous devez venir au consulat en personne et cela permettra, en retour, aux consulats et aux agents consulaires, dont je salue l'implication, dans des situations pas toujours simples, de mieux se consacrer aux proc√©dures, aux t√Ęches essentielles o√Ļ leur pr√©sence physique est indispensable et o√Ļ ils apportent une plus-value. Je pense au d√©p√īt des empreintes biom√©triques pour un passeport, par exemple ; et je note √† cet √©gard que le nombre de demandes de passeports augmente chaque ann√©e de pr√®s de 10 %. Ces travaux-l√†, il faut les encourager. √Ä un moment o√Ļ il y a des red√©ploiements, des r√©organisations, et parfois des fermetures de services consulaires √† l'√©tranger, il est √©videmment indispensable que le service que vous recevez puisse continuer d'√™tre assur√© et donc, la d√©mat√©rialisation √† cet √©gard est absolument fondamentale.

De la m√™me mani√®re et dans le m√™me souci, d√®s cette ann√©e, avec les notaires, le SCEC va proc√©der √† l'envoi d√©mat√©rialis√© de copies ou d'extraits d'actes de l'√©tat civil. C'est une solution plus rapide, plus s√Ľre, plus √©conomique et, vous le savez, les notaires repr√©sentent entre un quart et un tiers du total des demandeurs. Dans le m√™me temps, la proc√©dure dite ¬ęde v√©rification des donn√©es d'√©tat civil¬Ľ consistera, d√®s l'ann√©e prochaine, en une transmission directe d√©mat√©rialis√©e des donn√©es d'√©tat civil √† l'Administration ou √† l'organisme requ√©rant. Cette r√©forme sera exp√©riment√©e d√®s le printemps de l'ann√©e qui vient, dans le cadre de l'instruction des demandes de passeports faites par les Fran√ßais n√©s dans l'Union europ√©enne. Ce nouveau dispositif a ensuite vocation √† s'appliquer √† tous les Fran√ßais n√©s √† l'√©tranger. C'est une avanc√©e tr√®s importante, j'en sais quelque chose, et vous en savez, pour nombre d'entre vous aussi, quelque chose. Le dispositif aura pour effet une simplification des d√©marches pour l'usager, qui n'aura en outre plus √† fournir de copie de son acte de naissance.

Enfin, un groupe de travail paritaire entre le ministère des Affaires étrangères et du Développement international et le ministère de la Justice se réunit régulièrement pour travailler à la mise en place d'un registre d'état civil électronique, donc le caractère authentique se substituera alors à celui attribué jusqu'à présent au seul registre papier. Le service central d'état civil pourra être pionnier dans la mise en oeuvre de ce dispositif, qui serait ensuite étendu aux communes de France. Donc, je vous livre cette information à titre d'information donc, pour vous dire qu'il y a des travaux en cours là-dessus. C'est expérimental, c'est innovant, cela pose des questions de fond qu'il faut traiter, parce que là encore, on ne peut pas jouer avec les questions de fiabilité. Ce ne serait dans l'intérêt de personne. Mais, l'Administration moderne travaille en ce sens-là pour pouvoir apporter des innovations dans les meilleurs délais.

En mati√®re √©lectorale, nos compatriotes √† l'√©tranger b√©n√©ficient d'une situation qu'aucun autre pays n'offre √† ses ressortissants. C'est un des exemples de ce que je disais au d√©but. √Ä c√īt√© d'une repr√©sentation au Parlement, √† la fois au S√©nat et √† l'Assembl√©e nationale, mais aussi d'une repr√©sentation de proximit√©, d'une repr√©sentation locale que vous incarnez, vos compatriotes peuvent en outre participer aux scrutins nationaux dans leur pays de r√©sidence. Pour ce faire, les 1,135 million de Fran√ßais inscrits sur les listes √©lectorales consulaires b√©n√©ficient d'un r√©seau de bureaux de vote qui repr√©sente un engagement substantiel de notre pays pour l'expression d√©mocratique de chacune, de chacun d'entre nous, qu'il vive en France ou qu'il vive √† l'√©tranger. Malgr√© tous ces efforts d√©ploy√©s par l'Administration, par vous, √† travers votre r√īle de relai, votre r√īle de pr√©sence sur le terrain, la participation √©lectorale demeure insuffisante et elle traduit, √† l'√©tranger comme en France, un d√©senchantement d√©mocratique, une crise de confiance, dont nous devons tous avoir ici √† la fois connaissance et pleinement conscience. Mais, cela n'enl√®ve rien √† votre r√īle absolument essentiel de relai, encore une fois quelles que soient les opinions des uns et des autres. Chacun ici a les siennes et elles sont d'ailleurs souvent connues, mais de votre r√īle sur le terrain, aupr√®s de nos concitoyens √† l'√©tranger, pour en permanence porter leurs voix, leurs revendications, leurs probl√®mes.

À court terme, un certain nombre d'actions sont entreprises pour faciliter l'expression démocratique. Ce sont quelques outils pour répondre à cette crise de la participation. Je ne prétends pas qu'elles puissent évidemment entièrement les régler.

En matière de procurations, il s'agit d'aligner la situation des consulats sur celle des mairies, en permettant la transmission dématérialisée des procurations depuis les consulats. En matière de vote électronique, il s'agit de passer un nouvel appel d'offres en vue des élections de 2017, en tirant toutes les conséquences des expériences passées, que ce soit les élections nationales de 2012 ou les différentes élections de 2014. À cet égard, une réunion de retour d'expérience sur les élections de cette année a été organisée par la DFAE, en associant les élus. Elle a apporté des résultats concrets.

Il s'agit aussi d'accompagner nos concitoyens à l'étranger en leur offrant les conditions pour scolariser leurs enfants. L'année scolaire, qui a débuté il y a quelques semaines dans les pays du rythme nord est la deuxième depuis l'entrée en vigueur de la réforme de l'aide à la scolarité. Les pays du rythme sud achèvent quant à eux leur deuxième campagne.

Je me réjouis que les objectifs assignés à la réforme de l'aide à la scolarité aient été atteints dès sa première année de mise en oeuvre. Résultat confirmé pour la deuxième campagne, par la Commission nationale des bourses du mois de juin. Et résultat qui devrait être confirmé par la prochaine Commission au mois de décembre.

Cette réforme de l'aide à la scolarité, qui est un engagement présidentiel de 2012, visait en premier lieu à mettre en place un dispositif plus juste et plus équitable. Je sais que cette réforme a fait débat. Je sais aussi qu'elle a été portée par mes prédécesseurs, que nombre d'entre vous y ont participé, de diverses manières. C'est une réforme très importante, à la fois en termes de justice, en termes d'égalité républicaine, mais aussi en termes de pérennité du dispositif boursier, qui ne sera défendable que s'il est ciblé sur celles et ceux qui en ont besoin. S'il y a, au cas par cas, des difficultés - et certaines m'ont été présentées lorsque j'ai vu quelques jours après ma nomination, les parlementaires représentants les Français de l'étranger - il faut évidemment les signaler, à la fois mon cabinet, moi-même, l'administration naturellement, sont là pour regarder les choses. Mais, d'après les retours que nous avons, cette réforme, aujourd'hui, porte ses fruits, porte ses effets et donc, sera confirmée.

L'on constate en effet d√©sormais une corr√©lation plus √©troite entre la situation sociale, √©conomique, des familles b√©n√©ficiaires de ces bourses et le niveau des bourses qui leur sont accord√©es ; certaines in√©galit√©s de traitement entre familles, entre pays aussi, ont pu √™tre corrig√©es, gr√Ęce √† la mise en place de nouveaux crit√®res, neutres, objectifs, et prenant ainsi r√©ellement en compte la situation dans laquelle se trouvent les familles.

Par ailleurs, le projet de Loi de finances qui sera soumis au Parlement pr√©voit un budget des bourses scolaires en augmentation, conform√©ment aux engagements pris en 2012 et toujours r√©it√©r√©s depuis. Ils confirment ainsi la priorit√© du gouvernement aux politiques √† destination de l'√Čducation, de la Jeunesse. Cela vaut dans notre pays comme cela vaut pour nos ressortissants vivant √† l'√©tranger. Et ce, malgr√© un contexte budg√©taire que tout le monde conna√ģt et qui est caract√©ris√© par des difficult√©s tr√®s importantes pour le budget de notre Nation.

Ce succ√®s, nous le devons au professionnalisme de l'Agence pour l'enseignement fran√ßais √† l'√©tranger, de la DFAE, de lui de l'ensemble des acteurs de notre r√©seau de l'enseignement fran√ßais √† l'√©tranger ; et nous le devons √† l'action des √©lus sur le terrain, qui ont pu et qui avaient pu faire remonter dans lequel pr√©cise, la r√©alit√© des situations et des difficult√©s pour b√Ętir un dispositif plus moderne, plus efficace et plus juste.

Dans quelques semaines, vous allez participer aux premières Commissions locales de bourses, dans le format issu de la réforme de la représentation des Français de l'étranger, qui porteront désormais le nom de Conseils consulaires pour les bourses, les CCB. Je sais que vous aurez à coeur de poursuivre dans l'esprit d'ouverture et de responsabilité qui a caractérisé la mise en place de cette réforme et je vous en remercie.

Je veux dire un mot aussi, Monsieur le Pr√©sident, si vous me donnez encore quelques minutes, sur la solidarit√© de la Nation envers ceux qui en ont le plus besoin. Les Conseils consulaires seront consult√©s sur l'aide sociale. L'aide sociale √† nos ressortissants √† l'√©tranger, qui reste un axe essentiel de l'activit√© du minist√®re dans le domaine consulaire et avec bien souvent des situations dramatiques, dont tout le monde en France n'a pas conscience. La r√©alit√© de nos communaut√©s d'expatri√©s est diverse, vari√©e, vous le savez et les difficult√©s sociales tr√®s importantes se rencontrent aussi parmi nos concitoyens expatri√©s. Le maintien √† un niveau constant, depuis plusieurs ann√©es, des cr√©dits en Loi de finances, consacr√©s √† l'aide sociale, refl√®te cette priorit√©, malgr√© l√† encore la situation difficile de nos finances publiques. En 2013, un peu moins de 5.000 de nos compatriotes, 4.927 pour √™tre pr√©cis, de Fran√ßais r√©sidant √† l'√©tranger, ont pu b√©n√©ficier de l'aide sociale consulaire sous la forme d'une allocation mensuelle. Un peu plus de 8.000 ¬Ė 8.282 - en ont b√©n√©fici√©, si l'on prend aussi en compte les aides ponctuelles accord√©es. En outre, 441 Fran√ßais ont b√©n√©fici√©, l'an dernier, d'un rapatriement organis√© ou financ√© par la DFAE, que ce soit au titre de leur situation sociale ou au titre de leur situation m√©dicale. Nous poursuivons aussi les efforts dans divers domaines. Vous savez qu'une r√©forme est en cours concernant l'emploi et la formation professionnelle. L'ann√©e 2015 sera marqu√©e l√†-dessus par des √©volutions importantes. D'abord, √† travers une r√©forme que vous connaissez, qui est, dans le contexte budg√©taire qui est le n√ītre, l'√©volution et la r√©forme de la formation professionnelle √† travers le programme 151, au Bureau d'emploi et de formation professionnelle √† l'√©tranger. D√©sormais, l'intervention prendra une forme diff√©rente, √† travers les soutiens financiers, qui seront d√©sormais accord√©s au cas par cas, sur demande. C'est une r√©vision importante de la formation professionnelle √† l'√©tranger. Nous devons la mener ensemble et ensuite aussi pouvoir en √©valuer les r√©sultats, lorsqu'il y aura une p√©riode de mise en oeuvre significative.

Il a été demandé à nos postes de se rapprocher des différents opérateurs traditionnels : les associations, les chambres de commerce, pour aussi travailler sur des perspectives d'autofinancement sur une période de trois ans et je souhaite que vous puissiez être étroitement associés à la conduite de cette réforme qui est donc devant nous.

Toujours sur la formation professionnelle, la loi du 5 mars dernier, votée par l'Assemblée nationale, fait rentrer la formation professionnelle de nos ressortissants à l'étranger dans le droit commun de la formation professionnelle. Cela me semble très important, à la fois en termes symboliques, dans le meilleur sens du terme, et en termes opérationnels.

La comp√©tence de financement et d'organisation de la formation professionnelle de nos compatriotes √©tablis hors de France √©tait assur√©e auparavant par l'√Čtat. Elle le sera, √† compter du premier janvier 2015, par les r√©gions, de m√™me que les moyens que l'√Čtat y consacrait. C'est le sens de la r√©forme que j'√©voquais au d√©but. Les modalit√©s concr√®tes de fonctionnement de ce nouveau dispositif sont en cours l'√©laboration, avec bien s√Ľr, l'association des r√©gions de France et les administrations d'√Čtat qui y sont impliqu√©es.

Le développement de la mobilité des personnes, la multiplication aussi, partout dans le monde, de couples ayant la double nationalité, sont des évolutions positives, preuves de dynamisme, d'intégration de notre pays, de nos concitoyens, dans le mouvement de mondialisation. Je ne saluerai jamais assez la mobilité internationale, souvent perçue de manière erronée, caricaturale ; or, ce phénomène-là et vous qui l'incarnez, est un aspect absolument déterminant du rayonnement de notre pays, de notre compétitivité, de notre influence partout dans le monde. Mais, il y a aussi des difficultés concrètes qui sont liées à ces évolutions. La presse s'en fait parfois écho lorsqu'il s'agit de cas emblématiques. Mais, même hors de l'attention médiatique, il y a de nombreuses situations concrètes qui sont très compliquées. C'est le cas pour des détenus français à l'étranger, dans des situations et pour des causes différentes. C'est le cas aussi d'enfants déplacés hors de nos frontières, parfois par un de leurs parents, dans le cadre de conflits familiaux souvent très douloureux. C'est le cas aussi, pour certains de nos ressortissants, du recouvrement de créances alimentaires. Sur tous ces dossiers, ma mobilisation comme celle du ministère tout entier est forte. Elle le demeurera et je sais que vous êtes, vous aussi, mobilisés, à la fois pour signaler ces situations, pour contribuer à les résoudre et pour apporter de l'assistance, du soutien, du suivi, à ceux de nos concitoyens de l'étranger qu'elles concernent. Et je veux évoquer brièvement un certain nombre de ces situations, parce qu'elles sont concrètes et elles doivent être au coeur de notre attention.

Concernant les d√©tenus fran√ßais √† l'√©tranger, √† notre connaissance et d'apr√®s les chiffres que nous avons agr√©g√©s, au 1er septembre de cette ann√©e - ce sont les derniers chiffres √† jour que je vous pr√©sente - 2.485 Fran√ßais sont incarc√©r√©s dans un autre pays que la France. La protection consulaire que nous leur apportons signifie concr√®tement que des agents de notre r√©seau consulaire leur rendent visite aussi r√©guli√®rement que possible, suivent les proc√©dures judiciaires, pour s'assurer du respect de leurs droits, et ce, bien s√Ľr, sans empi√©ter sur le r√īle des avocats qui assurent leur d√©fense. Les familles en France sont en contact avec le Bureau des d√©tenus, qui facilite, chaque fois que cela est n√©cessaire, l'acheminement d'argent, parfois de m√©dicaments, transmis par elles et assurent ainsi le lien entre les d√©tenus √† l'√©tranger et les familles en France. Parmi ces d√©tenus, huit sont actuellement condamn√©s √† mort et le soutien √† nos compatriotes condamn√©s √† la peine capitale, contre laquelle la France est engag√©e dans une bataille internationale, est entier. Nous souhaitons obtenir la commutation de leur peine. La France a abrog√© la peine de mort en 1981 et nous nous battons partout dans le monde, pour que cette peine barbare soit supprim√©e. Robert Badinter s'y est engag√© r√©cemment.

Le ministre des Affaires √©trang√®res, Laurent Fabius, y est totalement impliqu√©. Moi √©videmment, en tant que secr√©taire d'√Čtat aupr√®s de lui aussi.

Concernant les enfants d√©plac√©s, notre pr√©occupation premi√®re, ici comme ailleurs, est l'int√©r√™t de l'enfant. L'int√©r√™t de l'enfant en difficult√© au sein d'un conflit entre les parents, encore aggrav√© et compliqu√© lorsque le droit international priv√© entre en jeu. La France est li√©e √† une centaine de pays par des conventions internationales ou des accords bilat√©raux qui apportent des outils pour aider √† r√©soudre ces cas, mais pas toujours. Plusieurs initiatives ont √©t√© prises r√©cemment, pour approfondir la coop√©ration avec diff√©rents pays, pour inciter les pays qui ne sont pas encore partis √† la Convention de La Haye de 1980 √† y adh√©rer. Et nous, avons nos partenaires europ√©ens, avec les √Čtats-Unis, men√© une campagne aupr√®s des autorit√©s japonaises, qui a conduit √† leur adh√©sion et √† l'entr√©e en vigueur de la convention au Japon, au 1er avril de cette ann√©e. Les efforts envers d'autres pays continuent. Nous les d√©ployons et ils sont √©videmment tr√®s importants pour r√©soudre des cas concrets. Ces conflits ne sont pas toujours r√©gl√©s de mani√®re administrative ni de mani√®re judiciaire et c'est pourquoi, avec l'aide de nos postes diplomatiques et consulaires, un recensement des organismes de m√©diation familiale √† l'√©tranger a √©t√© entrepris. √Ä terme, ce travail de recensement permettra d'√©tablir un annuaire des structures sur lesquelles il sera possible de s'appuyer pour aider √† la m√©diation internationale des familles. Je pense aussi √† nos a√ģn√©s. La population fran√ßaise vieillit dans notre pays, bien s√Ľr. Elle vieillit aussi √† l'√©tranger. Certains de nos ressortissants choisissent d'ailleurs de s'√©tablir √† l'√©tranger pour y vivre leur retraite, en liaison avec nos postes, dans les pays o√Ļ cette situation est particuli√®rement concern√©e. Nous √©valuons les actions et les outils juridiques √† mettre en place et sur ce sujet-l√†, je suis convaincu que nous aurons aussi √† travailler ensemble et que vos retours, votre exp√©rience, vos propositions seront utiles.

Il existe aussi la situation dramatique des violences faites aux femmes et des mariages forcés. Une campagne nationale de lutte contre le mariage forcé a été lancée et le ministère des Affaires étrangères et du Développement international y contribue activement. Un volet de cette campagne prévoit l'amélioration de la formation interne des agents consulaires et de nouvelles fiches réflexes qui ont été ajoutées à la documentation dont ils disposent. Et aussi pour travailler à l'accueil et à l'accompagnement des personnes qui sont victimes de tels actes.

Je souhaite vous le dire, parce que c'est quelque chose √† relayer. Et trop souvent, le silence est de mise sur ces sujets-l√†, alors que les victimes ont droit √† avoir acc√®s √† des gens qui peuvent les aider. Il existe d√©sormais des conseils actualis√©s, dans le guide √ätre victime √† l'√©tranger, et dans la rubrique ¬ęConseils aux voyageurs¬Ľ du site francediplomatie. Il existe aussi une adresse √©lectronique mariageforce.fae@diplomatie.gouv.fr, qui permet de recevoir tous les signalements de cas individuels. Elle a √©t√© ouverte en avril de cette ann√©e et √©videmment, personne ne peut se r√©jouir de ce qu'elle soit sollicit√©e, puisqu'√† chaque fois, cela signifie que des actes terribles ont √©t√© commis, que des femmes en ont √©t√© victimes. Mais, cette adresse est l√† pour √™tre utilis√©e en tant que de besoins.

Je veux dire un dernier mot à ce sujet, avant de conclure sur la réforme de la représentation des Français de l'étranger, sur les créances alimentaires - autre sujet de préoccupation très concret et nombre d'entre vous ont déjà eu l'occasion d'en parler avec moi et nous avons eu l'occasion d'échanger. Au sein de la DFAE, le bureau en charge du recouvrement des créances alimentaires dans un cadre transfrontalier traite un nombre de dossiers en constante augmentation. Ce sont près de 3 000 dossiers, 2 900 pour être précis, dont plus des deux tiers, 68 %, concernent les pays européens. Nous avons le souci permanent, dans la mise en oeuvre des textes européens et internationaux, en matière d'obligations alimentaires, d'une simplification des procédures, d'une meilleure efficacité du recouvrement des pensions impayées pour les créanciers, qu'ils soient établis en France ou à l'étranger. C'est un des aspects de la nouvelle mobilité internationale, des nouveaux choix de vie des ressortissants à l'étranger. Ils doivent évidemment être accompagnés en termes juridiques.

Avant que nous puissions √©changer ensemble, je souhaite revenir en quelques mots sur la r√©forme de la repr√©sentation politique des Fran√ßais √† l'√©tranger. La premi√®re r√©union de l'AFE √† laquelle vous participez durant toute cette semaine est la derni√®re √©tape majeure pr√©vue par la loi du 22 juillet 2013, avant que cette loi d√©sormais entre en pratique, vive et que vous la fassiez vivre √† travers votre travail, votre action. Apr√®s l'√©lection de 442 conseillers consulaires, apr√®s l'√©lection des conseillers de l'AFE qui vous conduit √† si√©ger ici aujourd'hui, les conseils consulaires se sont r√©unis pour la premi√®re fois en juin 2014 pour la plupart d'entre eux. Cette premi√®re r√©union, avec des aspects formels et des aspects humains, avait pour objectif d'√©lire un vice-pr√©sident parmi les conseillers consulaires. Je sais que certains d'entre vous ont √©t√© √©lus √† cette fonction. Je les en f√©licite une nouvelle fois. Je vous en f√©licite une nouvelle fois. Cette r√©union a aussi √©t√© l'occasion d'√©changer sur les modalit√©s de fonctionnement du Conseil consulaire, sur les moyens √† mettre en place pour √©changer avec les postes diplomatiques et consulaires, pour que vous soyez le mieux possible inform√©s, associ√©s √† l'action et l√† aussi, nous en avons parl√©, √† Tunis, √† Berlin, sur les bonnes modalit√©s d'articulation √† trouver entre votre r√īle de repr√©sentant et √©videmment, le r√īle de nos postes √† l'√©tranger. Et puis, les r√©unions de cet automne, que j'ai √©voqu√©es tout √† l'heure, concernant les bourses scolaires, l'action sociale, sont des r√©unions absolument essentielles, auxquelles nombre d'entre vous participait. Votre participation active, votre connaissance du terrain, sont des atouts essentiels √† la r√©ussite de cette r√©forme. Les conseillers consulaires conservent leur r√īle de relai, fond√© sur l'exp√©rience de terrain. Vous √™tes g√©ographiquement d√©sormais plus proches des communaut√©s fran√ßaises que vous repr√©sentez. J'ai √©t√© √©lu de terrain en France. Je sais bien ce que cela signifie, ce r√īle, √† la fois gratifiant, passionnant et difficile aussi, de pouvoir √™tre √† l'√©coute des Fran√ßais ; √† la fois avec des propositions sur des actions strat√©giques pour notre pays et puis aussi dans la vie quotidienne, avec tout ce que cela implique, de difficult√©s, d'obstacles √† surmonter. C'est un r√īle magnifique. C'est un r√īle absolument essentiel et donc, moi, je tiens √† saluer votre implication totale, votre disponibilit√© au service de nos concitoyens, o√Ļ qu'ils vivent. Je serai √† votre disposition pour pouvoir, aux diff√©rentes √©tapes, recueillir, notamment lors des d√©placements, les difficult√©s que vous rencontrez et essayer, dans un souci tr√®s pragmatique, de pouvoir y r√©pondre.

Voilà ce que je voulais vous dire, en guise d'introduction. Je crois que j'ai à peu près tenu le temps qui m'était imparti. Je vous remercie de votre attention et surtout, je vous remercie de tout le travail que vous avez déjà fourni et que vous continuerez à fournir au service des Français de l'étranger.

Merci à vous./.

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