Dans cet espace vous pouvez

- soit faire une recherche avancée sur tous les points de presse et déclarations de politique étrangère

 

- soit sélectionner une date 


Déclarations officielles de politique étrangère du 06 octobre 2014


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Première session de l'AssemblĂ©e des Français de l'Ă©tranger - Égypte/Terrorisme - IsraĂ«l/Territoires palestiniens - Terrorisme - Sahel (Paris, 06/10/2014)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Première session de l'Assemblée des Français de l'étranger (Paris, 6-10 octobre 2014)

L'Assemblée des Français de l'étranger se réunit à partir d'aujourd'hui pour la première fois depuis la réforme de 2013 et les élections du 25 mai 2014.

Cette session réunit, au centre de conférences ministériel 90 membres élus. Elle sera consacrée à l'élection des instances dirigeantes, à l'établissement du règlement intérieur et à la création de commissions de travail.
Au cours de la semaine, le rapport du gouvernement sur la situation des Français à l'étranger et les politiques conduites à leur égard, disponible sur le site de l'Assemblée des Français de l'étranger, sera présenté aux élus.

M. Matthias Fekl, secrétaire d'État chargé du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l'étranger, interviendra le 7 octobre. Les élus seront reçus le 9 octobre au Quai d'Orsay par M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international.

2 - Égypte - Terrorisme

La France condamne l'assassinat ignoble de quatre personnes, revendiqué par un groupe terroriste dans le Sinaï.
Nous adressons nos condoléances aux proches des victimes.

La France assure le peuple et le gouvernement égyptiens de sa solidarité et se tient à leurs côtés dans la lutte contre le terrorisme.

3 - Israël / Territoires palestiniens

Q - Sept pays de l'Union européenne (la Pologne, la Slovaquie, la Bulgarie, Chypre, la Hongrie, Malte, la Slovénie) ont déjà reconnu «l'État de Palestine», la Suède s'apprête à le faire : quelle est la position de la France sur ce point (reconnaître l'État de Palestine) ?

R - Comme l'a indiqué à plusieurs reprises M. Laurent Fabius, il est urgent de faire progresser la solution des deux États, et d'aboutir à l'établissement d'un État de Palestine vivant dans la paix et la sécurité, aux côtés d'Israël. C'est la solution que la communauté internationale soutient. Cela signifiera qu'il faudra bien, à un moment, reconnaître l'État palestinien, comme l'a dit Laurent Fabius lors de la conférence des Ambassadeurs.

Mais la paix passe par des négociations et c'est celles-là que nous devons contribuer à relancer d'urgence et dans un cadre crédible. La France n'épargne aucun effort dans cette voie.

4 - Terrorisme

Q - Que pourriez-vous dire sur cet agent français qui apparemment aurait fait défection vers Al-Qaïda ?

R - Nous ne commentons pas les rumeurs de presse.

5 - Sahel

Q - Washington a fait savoir que désormais les Français devraient payer la facture pour l'aide militaire américaine au Sahel. Quelle est votre réaction ?

R - Nous ne commentons pas les propos non attribués.

La France est engagée dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, en appui aux États de la région. Nous avons à cette fin une coopération étroite avec plusieurs de nos alliés, dont naturellement les États-Unis./.

Retour sommaire


2. Assassinat d'Alan Henning - CommuniquĂ© de la prĂ©sidence de la RĂ©publique (Paris, 04/10/2014)

Le président de la République est indigné du crime odieux perpétré par le groupe terroriste Daech qui a assassiné Alan Henning, volontaire humanitaire en Syrie enlevé à Al-Dana en décembre 2013.

Ce crime, comme les précédents, ne restera pas impuni. La France continuera de soutenir le peuple et les autorités irakiennes dans leur combat contre le terrorisme.

Le chef de l'État adresse ses condoléances à la famille d'Alan Henning et partage la douleur du peuple britannique face à cette barbarie./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Retour sommaire


3. Lutte contre le terrorisme - Irak - Syrie - ConfĂ©rence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires Ă©trangères et du DĂ©veloppement international (Tokyo, 05/10/2014)

(...)

Q - Avez-vous évoqué avec M. Abe le sujet de la prochaine étape de la lutte contre l'État islamique - Daech -, en particulier la nécessité d'agir en Syrie ?

R - Je n'en ai pas parlé avec le Premier ministre Abe mais j'en ai parlé avec le ministre des Affaires étrangères longuement puisque nous connaissions très bien le sujet. Je lui ai parlé de Daech, ce groupe terroriste et le danger effrayant qu'il représente. Vous savez qu'un de nos compatriotes a été décapité il y a peu de temps et voilà qu'un Britannique a subi le même sort. Il y a des risques d'ailleurs que des personnes asiatiques soient recrutées par cette organisation.

Je lui ai bien sûr exposé dans quelles conditions nous avons décidé d'intervenir via notre aviation en Irak et non pas au sol, les difficultés que cela représente - le groupe Daech se dissimule dans les villes et il est beaucoup plus difficile de l'atteindre - et la façon un peu différente dont les choses se présentent en Syrie, puisqu'en Syrie le gouvernement, ce n'est pas le gouvernement irakien, qui lui est un gouvernement inclusif, c'est le gouvernement d'un dictateur, M. Bachar Al-Assad. Il s'agit de lutter contre Daech sans pour autant le faire à l'avantage de M. Bachar Al-Assad. Donc, il faut former dans l'intervalle l'opposition modérée, ce que nous faisons avec les Américains et d'autres. Nous avons parlé de cela. Le Japon est bien évidemment tout à fait à l'écoute en ce qui concerne la nécessité de lutter contre le terrorisme, même si chacun le fait par ses propres moyens. Et puis j'ai insisté sur le fait qu'il faut couper les financements de ce groupe terroriste. Ce qui suppose par exemple de s'opposer à tout achat de pétrole et de contrôler les finances et les ramifications. Donc, nous avons parlé de la nécessité de lutter de façon implacable contre les terroristes et de la difficulté de le faire.

Q - Quelles seraient les conditions pour que la France participe à des frappes aériennes en Syrie ?

R - Tel n'est pas actuellement notre plan, il y a une répartition des tâches entre ce que font les différents pays. S'agissant de la France nous avons décidé, à la demande du gouvernement irakien, d'assurer une protection aérienne, c'est le même choix qu'ont fait d'ailleurs tous les pays européens, la Grande-Bretagne, la Belgique, les Pays-Bas.

En Syrie, nous contribuons à la formation de l'opposition modérée mais, à ce stade, nous n'avons pas décidé d'intervention. Mais nous sommes coordonnés évidemment avec ceux qui interviennent directement, qu'il s'agisse des États-Unis ou des pays arabes. Nous travaillons dans cet esprit-là tout en sachant, il faut le dire, que les choses risquent d'être assez longues, parce que le groupe terroriste Daech a malheureusement prélevé beaucoup d'armes sur l'armée irakienne ; il dispose de fonds importants et se dissimule dans la population. Donc pour aller neutraliser ce groupe, ce qui est indispensable, cela prendra du temps. Mais toutes les nations libres sont déterminées. (...)./.

Retour sommaire


4. Ukraine - Russie - ConfĂ©rence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires Ă©trangères et du DĂ©veloppement international (Tokyo, 05/10/2014)

(...)

Q - En Ukraine les séparatistes semblent avoir gagné. Quelle est désormais votre stratégie ?

R - Vous savez probablement qu'il y a le 26 octobre des élections législatives en Ukraine. Pour le moment le président est M. Porochenko, mais il doit y avoir des élections dans toute l'Ukraine. Il y a eu un accord intéressant et positif, à Minsk, qui a été passé entre l'Ukraine d'une part, l'OSCE d'autre part et ce qu'on appelle les séparatistes. Cet accord en douze points, nous pensons qu'il est bon, maintenant il faut le respecter. Dans cet accord il y a, mais pas uniquement, le cessez-le-feu. Il y a le fait aussi que dans les villes Donetsk et de Lougansk il doit y avoir des élections. Les rebelles ont signé cet accord mais, maintenant, ils ne le respectent pas. Le cessez-le-feu est plus au moins respecté mais disons que la situation, même si elle est loin d'être totalement stabilisée, est moins aiguë qu'elle ne l'était il y a quelques semaines.

On va voir ce qui se passe pour les élections. À partir du moment où les élections auront eu lieu, nous auront d'un côté un président, M. Porochenko, qui a été élu et de l'autre côté un parlement qui aura pleine légitimité pour avancer.

Parallèlement, vous le savez, il y a un accord d'association qui, dans sa partie économique, a été repoussé et ne s'appliquera qu'à la fin 2015 ou au début 2016. Et puis il y a des conversations qui ont lieu entre les uns et les autres. Les rebelles continuent, pour certains d'entre eux, à ne pas accepter ce système. Mais nous, la France et l'Union européenne, nous sommes pour une Ukraine qui soit libre, indépendante et dont l'intégrité territoriale soit respectée. Voilà où nous en sommes.

Et puis il y a aussi des discussions pour régler la question difficile du gaz. Ces derniers jours, il y a eu des hauts et des bas mais nous souhaitions vraiment que l'on aille vers un accord, qui évidement est un accord aussi avec la Russie, pour permettre la livraison de gaz cet hiver.

La France a depuis le début la même attitude. Nous pensons que l'Ukraine doit avoir à la fois de bonnes relations avec l'Union européenne et avec la Russie. C'est la géographie qui le décide, le détermine et le nécessite. Nous disons que vis-à-vis de la Russie il faut avoir une attitude ferme, car il y a des choses qui sont inacceptables. On ne peut pas accepter qu'un pays annexe une région d'un autre, la Crimée. On ne peut pas accepter qu'un pays ait des soldats dans un autre, qui ne le veut pas. Il y a eu des sanctions parce que ce comportement n'est pas acceptable mais, d'un autre côté, il faut aussi un dialogue puisque nous voulons que la situation s'améliore. La France est à l'origine du processus de dialogue que l'on appelle le processus «de Normandie», qui réunit lorsque c'est nécessaire, la Russie, l'Ukraine, la France et l'Allemagne.

Q - La vente du Mistral à la Russie a été suspendue jusqu'en novembre. Nous sommes maintenant en octobre ; que ferez-vous dans un mois ?

R - S'agissant du Mistral, le président a défini notre position. Un contrat avait été signé en 2011, du temps de la présidence de M. Sarkozy. Ce contrat a été signé et c'est la règle, lorsque les contrats sont signés, qu'ils soient honorés. Mais évidemment il ne peut être honoré que si d'un côté le cessez-le-feu est respecté et de l'autre une solution politique est engagée. Au moment où le président s'est exprimé, c'était il y a quelques jours, il a dit que ces conditions n'étaient pas réunies. Nous en sommes toujours au même point. Nous souhaitons que ces conditions soient réunies, mais aujourd'hui, au moment où vous m'interrogez, elles ne sont pas encore réunies. Mais j'espère bien qu'elles seront réunies.

Q - Avez-vous abordé le sujet de la Russie et d'un éventuel rapprochement entre la Russie et la Chine face aux pays occidentaux et au Japon ?

R - Pour dire les choses très honnêtement, nous n'avons pas parlé de la Russie cette fois-ci. Nous en avons parlé au cours d'autres conversations, par exemple le président a rencontré M. Abe - j'étais présent, à New York - et il a eu un tour d'horizon sur différents sujets. Mais cette fois-ci dans mes conversations, je n'ai pas abordé ce sujet. Si vous me demandez ma position, la France est une puissance de paix. Lorsque nous élaborons notre politique internationale, nous l'élaborons à partir de quelques objectifs. Le premier objectif, c'est la paix et la sécurité. Le deuxième objectif, c'est l'organisation du monde et la préservation de la planète. Le troisième objectif, c'est la relance de l'Europe. Le quatrième objectif c'est le rayonnement de la France. Voilà comment nous nous déterminons dans nos positions.

En ce qui concerne la Russie, la Chine et d'autre pays, c'est l'objectif de paix et de sécurité qui nous anime. Depuis plusieurs décennies et même des siècles, la Russie et la France ont de très bonnes relations. C'est le fruit de la géographie, c'est le fruit de l'histoire. Donc nous souhaitons avoir de très bonnes relations, mais en même temps il y a des choses qui ne peuvent pas être acceptées. Si on accepte sans réagir qu'un pays annexe une région d'un autre pays, vous voyez ce que cela peut signifier en Europe, en Asie, en Afrique et ailleurs. Donc par rapport à cela nous disons que nous ne sommes pas d'accord. Cela ne nous conduit pas à monter sur nos grands chevaux. Nous parlons, le président Hollande parle au président Poutine, moi-même je parle à mon homologue russe mais sur ce point-là nous ne sommes pas d'accord. (...)./.

Retour sommaire


5. Chine - ConfĂ©rence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires Ă©trangères et du DĂ©veloppement international (Tokyo, 05/10/2014)

(...)

La Chine est un pays ami, nous voyons bien les tensions qui peuvent ou qui ont pu exister. Nous voyons même avec une certaine satisfaction - espérons que cela va durer - une certaine diminution dans les tensions. Nous avons une grande amitié pour la Chine, une grande amitié pour le Japon et donc à chaque fois que des tensions se produisent nous en sommes désolés. Nous n'avons pas d'ingérence à faire dans les affaires ni de l'un ni de l'autre mais s'il y a des tensions, il faut qu'elles soient résolues par des moyens pacifiques et selon les voies du droit international, c'est indispensable. Cette fois nous n'en avons pas parlé mais il est essentiel que dans cette partie du monde, comme c'est le cas dans d'autres parties du monde, ce soit d'abord la paix et la sécurité qui prévalent.

(...)

Q - Quelle est votre position concernant les manifestations en cours Ă  Hong Kong ?

R - La France est attentive à ce qui se passe puisque, comme je vous le disais, nous sommes des amis de la Chine. Nous nous situons toujours dans ce qui a été reconnu par la Chine, c'est-à-dire un pays avec deux systèmes. Nous souhaitons vraiment que les voies et les moyens pacifiques soient trouvés pour que ces tensions s'apaisent. (...)./.

Retour sommaire


6. Mali - DĂ©cès de soldats nigĂ©riens de la MINUSMA - DĂ©claration du porte-parole du ministère des Affaires Ă©trangères et du DĂ©veloppement international (Paris, 03/10/2014)

La France condamne l'attaque qui a coûté la vie le 3 octobre à neuf soldats nigériens de la mission des Nations unies pour la stabilisation du Mali et fait plusieurs blessés.

Nous présentons nos condoléances aux familles des victimes ainsi qu'aux autorités nigériennes. Les auteurs de cette attaque ne doivent pas rester impunis.

La France salue l'engagement de la mission des Nations unies et rend hommage à la détermination des soldats nigériens. Aux côtés des autorités maliennes et de ses partenaires africains, elle demeure mobilisée pour contribuer à la stabilisation du Mali./.

Retour sommaire


7. Japon - ConfĂ©rence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires Ă©trangères et du DĂ©veloppement international (Tokyo, 05/10/2014)

Je suis ici depuis deux jours, d'abord à Kyoto ensuite à Tokyo. C'est un voyage qui à l'origine devait être essentiellement centré autour de la culture et de la science et puis qui a été étendu à des aspects politiques plus généraux et aussi à des aspects économiques et climatiques.

Pour l'aspect culturel et scientifique, hier j'ai inauguré la villa qui se trouve à Kyoto et qui depuis maintenant trois ou quatre ans était désaffectée. Grâce à la générosité de Pierre Berger et également de la fondation Bettencourt-Schueller nous avons pu la remettre en état - un état brillant d'ailleurs - et lui redonner une nouvelle impulsion. Nous allons avoir des artistes en résidence, que ce soit des Français - c'était le cas avant - ou des Japonais. Cela n'existe que dans trois pays du monde - la villa Médicis, Madrid et Kyoto - autour notamment des métiers d'art, mais pas seulement, pour diffuser la culture franco-japonaise dans les relations franco-japonaises. C'est une initiative très réussie et très prometteuse. Ensuite, sans en tirer tout le suc d'ailleurs, j'ai inauguré la Nuit blanche avec le maire de Kyoto qui est un homme charmant. Nous avons eu des rencontres avec des présidents d'universités, le gouverneur de Kyoto, etc.

Ce matin, je suis intervenu au forum international qui a lieu à Kyoto sur les sciences et technologies. Il y avait quelques orateurs, le Premier ministre Abe, moi-même et deux trois autres personnalités. J'ai rencontré le Premier ministre Abe, ce qui était fort intéressant. Évidemment, cela donne une dimension politique à tout cela. La communauté française à Kyoto, qui a l'air très heureuse d'ailleurs. Ensuite, nous sommes partis pour Tokyo où il y avait, d'une part, une manifestation pour fêter le dixième lancement de satellite d'une société japonaise, et la 25ème année de coopération entre Arianespace et cette société. Et puis, j'ai vu mon nouveau collègue de l'environnement pour parler du climat. Et je viens de diner avec mon collègue et ami, le ministre des Affaires étrangères.

Les relations entre le Japon et la France sont tout à fait excellentes, exceptionnelles même, il n'y a aucune ombre. Nous avons bien sûr fait le point de la situation politique : terrorisme, actions à mener ensemble, G7, G20. J'ai interrogé mes interlocuteurs sur ce qui se passe en Corée afin d'avoir leur vision. Nous avons parlé de nos relations bilatérales.

Il faut que nous avancions car il a été décidé d'étendre notre coopération aux champs de sécurité et de défense. Il y a donc un partenariat qui a commencé à être précisé entre la France et le Japon. La dernière fois que le Premier ministre Abe est venu à Paris, nous avons signé un intéressant accord de reconnaissance mutuelle des diplômes. Il faut maintenant que nous passions à la partie pratique pour que le nombre des étudiants dans les deux sens puisse augmenter.

Sur le plan économique nous avons toute une série de champs à parcourir ensemble, qu'il s'agisse d'aéronautique, de la santé, des nouvelles technologies, de l'agroalimentaire, etc. Nous avons parlé aussi de l'APE, Accord de partenariat économique, qui avance. Il y a un problème particulier sur les chemins de fer mais les choses semblent - M. Schweitzer a un regard attentif là-dessus - évoluer dans le bon sens, tant mieux.

Nous avons bien sûr parlé de ce qui se passe dans les régions dont nous sommes les plus experts. Et puis avec tous mes interlocuteurs, j'ai parlé du climat, d'abord parce que c'est un sujet très important. Vous savez qu'il y a l'année prochaine à Paris une conférence, la conférence mondiale sur le changement climatique ; et comme cela a lieu à Paris et comme c'est moi-même qui la préside, évidemment je m'en préoccupe activement. Le Japon joue un rôle important dans cette préparation, à la fois à cause de l'importance de ce pays, troisième économie du monde qui est aussi un grand émetteur de gaz à effet de serre, ce doit être le cinquième je crois, et puis bien sûr compte tenu de ce qui est arrivé à Fukushima. Évidemment, les prévisions qu'ils avaient faites de leur mix énergétique et de la part du nucléaire sont bouleversées et donc ils doivent reconsidérer un certain nombre de leurs prévisions.

Nous avons parlé de tout cela pour voir comment le Japon pouvait apporter sa contribution à la fois intellectuelle, financière et technologique, puisque la technologie jouera un grand rôle pour lutter contre le dérèglement climatique. Voilà un résumé de ces deux jours actifs. Une relation vraiment tout à fait exceptionnelle. Il va y avoir des déplacements bientôt, je crois que le ministre de l'Économie doit venir, d'autres ministres.

Au début de l'année prochaine - il faut que nous trouvions une date -, il y aura un 2+2, qui aura lieu ici, puisqu'il y a une alternance au plus haut niveau des visites, il y a un an c'était François Hollande au Japon, cette année c'était Shinzo Abe à Paris, l'année prochaine c'est normalement la visite retour du président. Il va falloir préparer cela et regarder quels sont les accords que l'on peut préparer. Il y a notamment le projet de préciser ce que nous pouvons faire en Afrique ensemble, il y a pas mal de choses. Peut-être aussi l'idée que j'ai lancée et qui intéresse nos amis japonais : comment peut-on partager nos expériences sociétales sur la place des femmes puisque c'est un thème qui est abordé par le Premier ministre japonais récemment alors que chez nous c'est une chose qui est abordée déjà depuis quelques temps.

Voilà, c'était donc une visite dans un excellent esprit dans un pays avec lequel il n'y a pas d'ombre à notre coopération. (...)

Q - Pensez-vous que le Japon puisse respecter ses engagements du Protocole de Kyoto, ce qu'il n'a jamais fait, dans les années à venir ? Il faudra bien qu'il fasse redémarrer ses réacteurs nucléaires pour les tenir.

R - C'est une question très complexe. Je n'ai aucun doute sur la volonté du Japon, le Premier ministre Abe me l'a encore confirmé, de contribuer à la baisse des émissions de gaz à effet de serre puisque c'est cela l'objectif. Le Japon a cet objectif comme la France et beaucoup d'autres pays. Maintenant le Japon a une difficulté majeure que personne de réaliste ne peut contester, c'est qu'il avait presque cinquante réacteurs qui étaient en fonctionnement. Ils se sont tous arrêtés pour les raisons que l'on sait, et aujourd'hui il examine les moyens pour en faire redémarrer deux. Il y avait jusqu'à présent 30 % de son énergie qui était d'origine nucléaire, et aujourd'hui il est en train de réfléchir à une proportion beaucoup plus faible.

Donc, il y a une modification du mix énergétique et si on veut poursuivre les mêmes objectifs, cela signifie qu'il va falloir trouver des solutions alternatives, qui sont les économies d'énergie, les énergies renouvelables, etc. Donc le Japon, le moment venu - ce sera le plus vite possible - va présenter son projet pour aller dans le sens d'une baisse des émissions de gaz à effet de serre mais en tenant compte bien évidement de la nouvelle situation. J'encourage beaucoup mes amis japonais à aller dans ce sens-là parce qu'à Varsovie l'année dernière, tous les pays se sont engagés à faire leurs propositions au printemps. Il faut que le Japon tienne compte de la nouvelle situation mais qu'il poursuive l'objectif général de ne pas dépasser une augmentation de deux degrés de la température, pour qu'on ne monte pas à quatre, cinq ou six degrés ce qui serait une absolue catastrophe. Il faut que chaque pays fasse des efforts, des efforts à la fois ambitieux et réalistes. C'est ce que le Japon va essayer de faire. (...)./.

Retour sommaire


8. Royaume-Uni - Allocution de M. Manuel Valls, Premier ministre, Ă  Guildhall (Londres, 06/10/2014)

Seul le prononcé fait foi

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Un Premier ministre français à la City, c'est un événement. Un Premier ministre français socialiste à la City, c'est une révolution ! Et je ne doute pas, un seul instant, que cette rencontre suscitera, surtout en France, de nombreux commentaires...

Mais venir ici à Guildhall, dans ce symbole de la City, dans ce lieu plusieurs fois détruit mais toujours reconstruit, dans ce quartier qui fait de votre ville un centre des affaires européen et mondial, quoi de plus normal !

Je remercie the City of London Corporation et Mme la Lord Mayor de m'accueillir.

Je sais qu'en anglais, on utilise le mot français «cliché». Permettez-moi de voir dans cet exemple une illustration supplémentaire de la force de la langue de Molière...

Si ce mot français «clichéC a tant de succès, c'est peut-être parce que la France en a fait une spécialité...

Il y a notamment un cliché tenace qui voudrait que la gauche soit fâchée avec l'entreprise. Et que par conséquent, un Premier ministre socialiste ne devrait pas rencontrer des entrepreneurs, des institutions financières, pire des banquiers.

Rien n'est plus faux.

J'estime au contraire que mon rôle, dans les fonctions qui sont les miennes, c'est d'aller au-devant des acteurs économiques, de tous ceux qui créent les richesses dont nous avons besoin, sinon il n'y a ni emplois ni progrès social possible.

Cette vérité, je l'ai dite en France. Je l'ai dite, il y a quinze jours, en Allemagne. Et je suis heureux - merci pour votre invitation ! - de pouvoir l'exprimer avec force devant vous.

Ma présence ici, c'est l'occasion de vous expliquer les reformes que mène la France. Celle aussi de vous tenir un langage de vérité sur l'avenir du projet européen et sur la place que doit continuer d'y prendre la Grande-Bretagne.

1/ Une France qui avance

Mesdames, Messieurs,

Je lis votre presse ; je regarde et j'écoute ce qui se dit sur la France. Et je sais faire la part des choses entre ce qui relève de la caricature et de la vérité. Mais je dois admettre que je vois trop souvent, dans certains de vos journaux, des préjugés, des partis-pris, des attaques ! Comme si pour certains, la France et le Royaume-Uni avaient besoin d'entretenir cette soi-disant rivalité...

Mais cela ne m'empêche pas de dire la vérité, d'examiner la situation avec lucidité.

C'est celle que j'ai pour mes compatriotes ; c'est celle que j'entends avoir pour vous ce matin.

Je voudrais vous parler d'un pays. D'un pays dans lequel les déficits publics sont trop élevés. D'un pays dont l'industrie a souffert depuis plusieurs décennies. D'un pays dont la perte de compétitivité des entreprises s'est traduite par la chute continue de leurs parts de marché. De quel pays s'agit-il ? De la France ? Du Royaume-Uni ? En fait des deux à la fois...

Oui, nous faisons face aux mêmes défis. Mais nous évoluons dans un cadre différent. La France est dans la zone euro, ce n'est pas votre cas. En France, les impôts ont augmenté pour réduire notre déficit public : 60 milliards en 4 ans : 30 milliards entre 2010 et 2012 avec la droite et 30 milliards entre 2012 et 2014 avec la gauche. C'est trop ! Je l'ai dit. Il faut donc réduire les impôts en France, notamment ceux qui pèsent sur nos entreprises. J'y reviendrai. Vous, vous avez choisi de ne pas les augmenter. Et votre déficit public est largement supérieur au nôtre. Mais la reprise économique a gagné en vigueur depuis un an dans votre pays. Et c'est une bonne chose ! 3 % de croissance en 2014, c'est le prix de vos efforts ! Ceux que la France doit entreprendre maintenant.

Aujourd'hui, en France, cette panne prolongée de la croissance génère des doutes, des interrogations. Et cette défiance pèse également sur la croissance. Car vous le savez bien, l'économie et la confiance sont intimement liées.

Faut-il se résigner à cela ? Baisser les bras ? Non !

La France est un grand pays, la cinquième économie au monde, la deuxième en Europe. Et, je veux le dire tout particulièrement aujourd'hui, dans ce moment de tension internationale, la France possède une diplomatie et des armées qui comptent. Elles nous permettent d'agir quand c'est nécessaire. Et même d'agir ensemble comme c'est le cas en ce moment même en Irak.

La France a de nombreux atouts. Je pense à sa jeunesse, à notre démographie positive et dynamique. Et moi, je sais que nous avons la force et les ressources pour relancer l'économie et redresser notre pays.

*

Provoquer le sursaut, réformer la France, oeuvrer pour le redressement: voilà ma feuille de route, ma mission, celle qui m'a été confiée il y a 6 mois par le Président de la République et par l'Assemblée Nationale qui par deux fois m'a donné sa confiance.

RĂ©former, c'est savoir oĂą l'on veut emmener le pays. C'est fixer le cap. C'est faire ce que l'on dit et dire ce que l'on fait. C'est donc tenir ses engagements.

Le premier engagement, c'est restaurer la compétitivité de nos entreprises.

C'est le sens du pacte de responsabilité et de solidarité que nous mettons en oeuvre. Un effort sans précédent de 40 milliards d'euros sur quatre ans pour les entreprises en France doit permettre de baisser le coût du travail, de restaurer les marges, et de permettre à nos entreprises d'investir, d'innover, de repartir à la conquête de marchés et d'embaucher. Au premier janvier 2015, ce sera près de 10 points d'allégements de cotisations sociales pour nombre d'entreprises.

Certains appellent cela politique de l'offre. Les termes ont, je le crois, peu d'importance. Ce qui compte, c'est le résultat. Et je sais que ce message porte, ici au Royaume-Uni, où le pragmatisme n'est pas un vain mot. J'ai dit en France que j'aimais les entreprises. Je l'ai même dit en allemand à Berlin et toute la presse française s'attend à ce que je le dise en anglais chez vous. Et bien elle ne sera pas déçue : j'aime les entreprises ! My government is pro-business !

Le deuxième engagement, c'est le sérieux budgétaire.

Depuis trop longtemps - 40 ans ! - la France vit au-dessus de ses moyens. La réduction de la dépense publique - 57 % de notre PIB - est indispensable.

Un plan d'économie de 50 milliards d'euros est prévu sur trois ans, dont 21 milliards dès 2015. C'est un effort là aussi sans précédent. Certains, qui étaient encore au pouvoir en France il y a moins de trois ans, critiquent l'insuffisance de cet effort. Et pourtant, à l'époque, ils n'ont rien fait pour améliorer la situation. Ils ont laissé filer la dette publique. Proposer quand on est dans l'opposition 100 ou 150 milliards d'économie, quelle facilité ! Réformer oui, régresser non ! Nous baissons la dépense publique, mais nous maintenons nos priorités : éducation, sécurité, justice. Nous relançons la construction de logements et nous préservons notre système de santé dont vous êtes les premiers en Grande-Bretagne à souligner les qualités.

J'ai évoqué le mot fiscalité. Et la vérité, c'est de dire qu'il y a désormais trop d'impôts en France. Oui, il y a un risque de décourager l'envie d'entreprendre et de créer. Et je sais que cette question de la fiscalité française a un écho particulier à Londres.

Je sais que notre décision de taxer les très hauts revenus, à 75 %, a suscité des commentaires ici, parfois des caricatures. Beaucoup oubliaient de mentionner qu'elle n'était que temporaire, pour deux ans. Cette taxe exceptionnelle n'existera plus dès le 1er janvier 2015.

Et pourtant, beaucoup ne s'y trompent pas. Ils savent que la France est un pays qui aime ses entreprises et qui aime aussi ses entrepreneurs... Entrepreneur, là encore, un joli mot français, que votre langue a d'ailleurs adopté. Xavier Niel, l'un de nos plus brillants créateurs d'entreprises, a d'ailleurs récemment qualifié la France de «paradis fiscal» pour les créateurs d'entreprises. Je lui laisse le choix de ce terme. Mais je sais que l'homme est intelligent ! Et sans doute pensait-il aussi au dispositif du « crédit impôt recherche », l'un des plus attractifs en Europe. Par ailleurs, je veux le dire devant vous - révéler un scoop ! - que les journalistes ici présents écoutent bien : un créateur d'entreprise cédant ses parts est désormais moins taxé en France qu'au Royaume-Uni !

Le troisième engagement, c'est mettre en oeuvre les réformes structurelles attendues depuis si longtemps mais toujours repoussées.

Un exemple l'illustre : la réforme territoriale. À la fin de cette année, le nombre de régions françaises sera passé de 22 à 13 ! Il y a bien sûr des blocages, des oppositions, mais nous devons dépasser ces conservatismes !

C'est dans le même esprit que d'ici novembre, nous déposerons un projet de loi visant à lever les freins qui entravent notre économie, qui pèsent sur l'esprit d'initiative. Cela passe par des propositions concernant le travail du dimanche notamment pour favoriser l'ouverture de nos grands magasins dans les zones touristiques, la simplification dans les entreprises de ce que nous appelons les «seuils sociaux», le rôle accru des accords d'entreprises par rapport à la loi, la modification des réglementations de plusieurs professions... Voilà les chantiers que nous ouvrons et sur lesquels nous avançons rapidement.

Je voudrais enfin dire un mot de l'importance que la France accorde à la question de l'attractivité.

Attractivité pour les investisseurs étrangers ; attractivité pour les sièges sociaux étrangers ; attractivité pour les talents étrangers... Attractivité pour tous ceux qui veulent venir s'installer en France. Je tiens à le dire au maire de Londres : si les Français sont les bienvenus à Londres, sachez que les Britanniques sont encore plus bienvenus en France ! Et notamment à Paris qui reste et qui entend rester la première capitale européenne pour l'accueil de sièges d'entreprises !

Et ici, au coeur de la City, je vous le rappelle : Paris est la première place financière de la zone euro, et la 7e au monde. Elle dispose d'atouts majeurs :

- Une épargne abondante ; le taux d'épargne des Français est de 16 % !

- La présence de grandes entreprises françaises et internationales ; Euronext représente 40 % de la capitalisation boursière de la zone euro !

- Des banques à la pointe de la technologie financière. Des représentants des établissements français sont parmi vous aujourd'hui !

L'intégration toujours plus forte de la zone euro est une chance pour Paris.

Et je vous invite, vous représentants de la place de Londres, à venir investir en France. Nos entreprises ont besoin de capitaux. La France a un tissu industriel solide, un cadre juridique stable, une politique d'innovation qui encourage les start-ups. Nous développons une French Tech particulièrement dynamique. La France occupe la première place en Europe pour l'accueil des investissements étrangers dans les activités industrielles. Alors, qu'attendez-vous ?

Mesdames, Messieurs,

Mon message est simple : la France est en mouvement. Elle se réforme. Bien sûr, réformer, ce n'est pas toujours facile. Mais quand la volonté est là, quand les objectifs sont clairement expliqués, alors il est possible d'avancer.

2/ Agir pour réformer la France, c'est agir pour l'Europe

Nous réformons la France, parce que la France en a besoin.

L'Europe, aussi, a besoin de réformes.

Pour dire les choses simplement : je crois que l'Union européenne se trouve à la croisée des chemins ; qu'elle vit l'un de ces moments historiques qui décident de ce que sera l'avenir.

Nous avons devant nous une alternative très claire : se résigner à sortir, pas à pas, de l'histoire ou, au contraire, nous ressaisir pour demeurer, face aux géants de demain, un continent de référence. Un continent capable de peser d'un point de vue économique, industriel, technologique, scientifique. Mais aussi diplomatique et militaire. C'est indispensable face aux menaces qui déstabilisent le monde. Et je pense en premier lieu à la menace terroriste.

Pour peser, il nous faut d'abord, nous Européens, rester unis et forts. C'est-à-dire ensemble. L'Europe s'affaiblit lorsque le régionalisme divise ses nations. Notre Europe a connu trop de fractures pour s'en autoriser de nouvelles. Et les électeurs écossais viennent d'ailleurs de faire le choix de l'union.

Nous devons poursuivre ce chemin que la France et le Royaume-Uni empruntent ensemble depuis votre adhésion à l'aventure européenne en 1972.

Je suis attentivement les débats qui agitent l'opinion britannique. Je connais les échéances des prochaines années qui pourraient vous amener à vous exprimer sur votre destin et sur votre avenir. Et je vous le dis sereinement et sincèrement : la France souhaite que le Royaume-Uni reste dans l'Union européenne. Je l'ai dit ce matin à votre Premier ministre David Cameron ; je le dirai cet après-midi à Ed Miliband.

Être membre d'une telle Union, c'est un avantage. Cela confère également des responsabilités. Et c'est au Royaume-Uni de savoir quelle place il souhaite avoir, et quel rôle il souhaite jouer.

Je prendrai un exemple de circonstance... puisque je m'exprime au coeur de la City : celui des règles financières. Depuis le début de la crise, l'Europe a accompli, dans ce domaine, des pas de géant. Elle a créé des autorités communes pour superviser les banques, les assurances, les fonds de pension. Elle a contraint les banques à renforcer leurs fonds propres. Elle a mis en place des règles pour encadrer les rémunérations, pour renforcer la transparence et la protection des investisseurs.

Aujourd'hui, avec la mise en oeuvre de l'Union bancaire, les États membres de la zone euro et des pays qui souhaitent s'y associer vont plus loin. Avec le temps, les marchés financiers de la zone euro seront donc encore plus intégrés. Les règles seront de plus en plus communes.

Quel sera alors, dans l'avenir, le rôle de la place financière de Londres ? Je veux le dire clairement, car je sais que vous me comprendrez : le Royaume-Uni, et tout particulièrement la City, perdrait beaucoup à vouloir tourner le dos à l'Europe. Ce choix, il vous appartient.

Il y a cependant un choix que nous pouvons, et que nous devons faire ensemble : réformer l'Europe, pour remettre la croissance, la compétitivité et l'emploi au coeur de ses priorités.

La zone euro ne peut pas être la seule zone au monde où la croissance fait défaut. C'est pour cela qu'il faut une politique monétaire et de change qui stimule nos économies. En particulier un euro trop cher pèse sur la croissance. La BCE a fait un pas important. L'euro a baissé de 10 % depuis avril. C'est un coup de pouce bienvenu.

Mais il faut également une relance de l'investissement. Les besoins sont immenses. Dans le numérique, où nous n'avons pas su créer les champions européens aptes à rivaliser avec les géants américains. Dans le secteur de l'énergie, où tous nos pays sont confrontés au défi de la transition écologique. C'est d'ailleurs un secteur où les Français et les Britanniques ont tant à faire ensemble. Je pense en particulier à nos investissements communs dans le nucléaire avec le projet si important des réacteurs de nouvelle génération à Hinckley Point. Dans les infrastructures, secteur dans lequel nos deux pays ont su porter de grands projets à l'image du tunnel sous la Manche.

Relancer l'investissement en Europe, telle est la tâche à laquelle doit s'atteler la nouvelle commission. Son président, Jean-Claude Juncker, a proposé un plan de 300 milliards d'euros. Ce plan, qui doit solliciter des investissements publics et privés, il s'agit à présent, sans tarder, de le mettre en oeuvre.

Relancer la croissance en Europe ne signifie en rien renoncer à notre politique de sérieux budgétaire. La maitrise de la dépense publique, la réduction des déficits, demeurent des impératifs. Mais il faut savoir tenir compte de la situation exceptionnelle dans laquelle se trouvent les économies européennes. Il ne s'agit pas seulement de la France. Et c'est d'ailleurs ce message que j'ai adressé à la chancelière allemande, lors de notre rencontre à Berlin. L'absence de croissance, l'absence d'inflation rendent plus difficile la réduction des déficits. Il faut par conséquent en adapter le rythme pour ne pas verser dans l'austérité. La France ne demande pas d'échapper à ses obligations. Des obligations qui sont d'abord des choix qu'elle fait pour elle-même. La France veut simplement que l'on applique toutes les flexibilités prévues par les traités.

Réformer l'Europe c'est aussi la simplifier. C'est rendre son action plus lisible, pour la rapprocher des peuples, pour combler ce vide démocratique dont on parle depuis des décennies sans jamais réellement prendre les mesures adaptées. L'Europe doit se concentrer sur l'essentiel. Le grand défi de l'Europe, il est là !

* *

Mesdames, Messieurs,

J'espère vous avoir convaincu d'une chose : la France se bouge ; elle prépare l'avenir ; elle fait confiance aux entreprises. Mon gouvernement est pro-business !

Je connais la relation singulière qui lie la Grande-Bretagne à son partenaire français. Cette relation se nourrit de notre histoire commune, des épreuves que nous avons traversées ensemble. En cette année de commémoration des deux conflits mondiaux, je sais que les Britanniques et les Français, une fois encore, font l'expérience des liens intenses qui les unissent, à travers l'histoire. Et Londres, l'Angleterre, pour les Français, aura toujours ce petit parfum de liberté. Londres, c'est la patrie des Free French !

Je sais que Churchill et de Gaulle avaient eu ce projet, un peu fou, de rapprocher plus encore la France et la Grande-Bretagne. Ce sont les épreuves qui guidaient leur raisonnement. Alors, certes, nous avons nos spécificités, nos qualités, nos défauts. Mais moi je crois à la force de ces liens qui nous unissent. Ils sont économiques, diplomatiques, culturels aussi. Quand plus de 200.000 Français vivent dans le Grand Londres - dont certes beaucoup de footballeurs de talent ! - c'est bien la preuve que nos destins sont liés.

Je n'oublie pas non plus le leadership - tiens, un mot anglais ! - partagé par nos pays dans le domaine militaire en Europe. Ce partenariat sur la défense est une vraie richesse.

Une nouvelle fois, nous pouvons, nous devons agir ensemble pour nos deux pays, pour l'Europe et pour le monde.

Je vous remercie et je vous propose de débuter notre phase de dialogue./.

Retour sommaire


9. Union europĂ©enne - Entretien de M. Harlem DĂ©sir, secrĂ©taire d'État chargĂ© des Affaires europĂ©ennes, avec le quotidien autrichien « Die Presse» (Vienne, 06/10/2014)

Q - Le Premier ministre Manuel Valls a récemment déclaré à Berlin que la France s'efforçait de régler son problème de déficit budgétaire. Pourquoi votre pays a-t-il tant de mal avec son budget ?

R - Comme l'a dit Manuel Valls, nous avons mis en oeuvre un large programme de réformes. Nous ne voulons pas de remise en cause du pacte de stabilité mais nous voulons tirer partie de sa flexibilité. Nous voulons améliorer notre compétitivité et réduire les dépenses de l'État. Ce sont des réformes comme l'Allemagne, par exemple, en a fait il y a plus de dix ans.

Q - Vous voulez dire au temps du gouvernement Schröder ?

R - Oui, mais chaque pays a, bien sûr, besoin de concepts de réformes distincts. Nous devons réduire les taxes sur les entreprises et les charges sociales. L'effort porte sur 40 milliards d‘euros et ne peut être réalisé que progressivement. Il faut soutenir l'emploi et l'investissement. Pour financer cela, nous devons réduire les dépenses publiques de 50 milliards d'ici 2017, et de 21 milliards déjà d'ici 2015.

Par ailleurs une réforme de l'administration va faciliter le travail des entreprises. La difficulté, c'est que, lorsque Schröder a mis en oeuvre ses réformes en Allemagne, c'était en période de croissance, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Il y a un risque de déflation et de stagnation dans l'eurozone que nous ne devons pas laisser s'imposer. C'est pourquoi l'initiative de soutien à l'investissement de 300 milliards d'euros sera à l'agenda du prochain sommet européen.

Q - La question centrale, c'est comment créer de l'emploi et stimuler l'économie sans alourdir les budgets ?

R - Les emplois doivent être créés dans le secteur privé et tout spécialement dans les PME. Nous devons faciliter l'investissement de ces entreprises. Ce n'est qu'ainsi qu'elles pourront s'affirmer face à la concurrence et exporter. Nous avons en France une industrie forte. Comme en Allemagne et en Autriche, il nous faut créer un contexte plus favorable aux PME.

Q - Dans le passé la France et l'Allemagne ont été le moteur de l'UE mais aussi de la croissance européenne. N'est-ce plus le cas ?

R - Cette coopération est essentielle. Nous travaillons avec les Allemands sur toutes les questions importantes : sur l'Ukraine, les questions économiques, l'union bancaire. Entre temps il y a un consensus de part et d'autre du Rhin sur la nécessité d'investir dans l'économie.

Q - De quelle façon ? D'où doit venir le financement ?

R - D'abord en tirant partie des possibilités existantes, comme la Banque Européenne d'Investissement. Nous avons déjà relevé le capital de cette banque. Il y a désormais un volume de prêts de 60 milliards d'euros. Avec un minimum de garanties publiques, on peut ainsi financer de nombreux projets. Nous devons aussi essayer de mieux canaliser l'épargne élevée en Europe pour financer l'économie réelle. Il faut une initiative pour la croissance allant au-delà des frontières nationales.

Q - L'accord de libre-échange avec les États-Unis va-t-il produire plus de croissance ?

R - Les entreprises européennes auront un accès plus facile au marché américain. Il y aura une harmonisation des standards techniques. Dans ces négociations, nous devons veiller à la transparence. La Commission européenne doit communiquer de façon ouverte avec les États membres, les parlements et la société civile. L'UE doit aussi faire preuve de crédibilité pour défendre ses propres standards, par exemple sur les OGM. Il nous faut aussi préserver l'importance de la diversité culturelle et de certains secteurs économiques spécifiques, comme l'industrie de l'armement.

Q - Quelle est votre position sur la question de la protection des investisseurs par des tribunaux d'arbitrage externes ?

R - Pour ce qui est du respect des grands traités de libre-échange comme celui-ci, il faut que la procédure d'arbitrage soit publique. La possibilité existe pour les entreprises d'être représentées par leur État contre des réglementations d'autres États dans le cadre de l'OMC. Une institution étatique essaie de trouver une solution avec une autre institution étatique. Il devrait pouvoir en être ainsi pour le traité de libre-échange avec les États-Unis. Au même niveau et non par l'intermédiaire des tribunaux d'arbitrage privés. Il n'est pas acceptable qu'un instrument de droit privé puisse écarter le droit international public.

Q - La Grande-Bretagne pourrait bientôt quitter l'UE, si une majorité vote pour un referendum. Quelles en seraient les conséquences ?

R - Pour le moment personne ne sait encore quand et même si ce referendum aura lieu. Nous avons besoin de solidarité en Europe pour relever les défis globaux. Je ne crois pas que l'Europe gagne quelque chose à se diviser. La Grande-Bretagne a sa place dans l'UE et devrait rester. Nous pouvons discuter avec Londres du développement futur de l'UE mais la France ne veut pas de retour en arrière. Bien sûr, l'UE doit se concentrer sur les questions clés et ne pas s'immiscer dans les moindres détails, dans la société, dans les États, mais nous ne voulons pas de démantèlement de la construction européenne. La Grande-Bretagne peut avoir ses opt-outs, elle ne doit pas entraver ceux qui veulent continuer à développer l'UE./.

Retour sommaire


10. Union europĂ©enne - Gouvernance de l'Internet - CommuniquĂ© du ministère de l'Économie, de l'Industrie et du NumĂ©rique (Paris, 03/10/2014)

Lors du Conseil informel des ministres chargés des communications électroniques qui s'est tenu à Milan le 3 octobre 2014, Axelle Lemaire, secrétaire d'État au numérique a rappelé l'impérieuse nécessité d'une prise de position forte de l'Union européenne sur la réforme de la gouvernance de l'Internet, qui engage une phase cruciale de son évolution alors qu'une réunion à haut niveau a été annoncée pour décembre2015 par l'Assemblée générale des Nations unies.

L'Europe doit formuler rapidement des propositions concrètes pour améliorer la gouvernance de l'Internet, dans le respect des principes déjà endossés par la communauté internationale lors du sommet Netmundial : une gouvernance multiacteurs, ouverte, réellement inclusive, transparente et respectueuse des droits fondamentaux et du rôle des gouvernements.

Le cas du projet de délégation des extensions .vin et .wine, toujours suspendu, mais également d'autres cas comme le .spa, ont illustré les limites du modèle et du fonctionnement actuel de l'ICANN. La France a été très active dans la contestation, elle l'est tout autant dans ses propositions. Le processus engagé par les États-Unis pour transférer la gestion de la fonction IANA à la communauté technique internationale est une évolution positive. Mais cette initiative est insuffisante et l'évolution de la gouvernance de l'Internet ne saurait être exclusivement conduite par l'ICANN. C'est pourquoi il est nécessaire de poursuivre la dynamique lancée avec NetMundial par un processus plus ouvert qui doit aboutir lors du bilan d'anniversaire du Sommet mondial de la Société de l'Information.

La réunion informelle à Milan a permis de constater la volonté de tous les États membres de parler d'une voix commune dans ce débat. La France souhaite que la présidence italienne du Conseil de l'Union européenne soit l'occasion de formuler des propositions concrètes et ambitieuses à porter au nom de l'ensemble des pays européens. Elle contribuera dans les prochaines semaines à formuler des propositions précises sur la réforme de la gouvernance de la fonction IANA, sur le fonctionnement de l'ICANN et sur la gouvernance de l'Internet.

Pour Axelle Lemaire, «l'Europe, continent démocratique soucieux de préserver l'intérêt général, doit être le leader d'une nouvelle gouvernance de l'internet, plus équilibrée, plus efficace et plus transparente, pour faire face aux défis à venir de la préservation d'un réseau ouvert»./.

(Source : site Internet ministère de l'Économie, de l'Industrie et du Numérique)

Retour sommaire


11. Zone franc - CommuniquĂ© du ministère des Finances et des Comptes publics (Paris, 03/10/2014)

Les ministres des Finances, les gouverneurs des Banques centrales et les présidents des institutions régionales de la Zone franc se sont réunis le vendredi 3 octobre 2014 à Paris, sous la présidence de Michel Sapin, ministre des Finances et des Comptes publics de la République française.

En amont des assemblées annuelles de la Banque mondiale et du FMI, à Washington du 10 au 12 octobre, les participants ont échangé sur les principaux enjeux économiques et monétaires mondiaux et bilatéraux, afin de porter des messages communs. Ils ont notamment appelé, face à la faiblesse et au caractère inégal de la reprise économique, à faire davantage pour la croissance en soutenant la demande tout en approfondissant les réformes structurelles. Ils ont souligné la nécessité, dans le cadre de la conférence sur le climat dite «COP21», de parvenir à un nouvel accord ambitieux et universel dès 2020. Ils ont par ailleurs appelé les pays qui n'ont pas encore ratifié la réforme de 2010 de la gouvernance du FMI à le faire rapidement.

Les ministres, gouverneurs et présidents des institutions régionales ont également affirmé leur solidarité vis-à-vis des pays touchés par l'épidémie de la fièvre Ebola en Afrique de l'Ouest, en particulier la Guinée, le Libéria, la Sierra Leone et le Nigéria. Dans ce contexte, ils ont salué la mobilisation de la communauté internationale pour faire face à l'épidémie et ont encouragé l'ensemble des parties concernées à poursuivre leurs efforts de vigilance et de prévention.

Les ministres, gouverneurs et présidents des institutions régionales ont également échangé sur la situation économique des pays africains membres de la Zone franc. Ils se sont félicités de l'orientation globalement favorable de l'activité économique au cours de l'année 2013 dans la plupart des pays de la Zone franc, malgré une conjoncture internationale atone. En effet, la croissance est restée élevée dans l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), à 5,7%, soutenue par l'accroissement des investissements et les bons résultats agricoles dans la plupart des États membres.

L'activité dans la Communauté économique et monétaire d'Afrique centrale (CEMAC) a connu une décélération, avec un taux de croissance de 1,4 % contre 5,8 % en 2012, en raison de la contraction enregistrée par le secteur pétrolier et de la moindre progression du secteur non pétrolier. Aux Comores, la croissance économique s'est établie à 3,5 %, soutenue par la demande intérieure. Les participants ont relevé des perspectives favorables pour l'année 2014 avec une accélération de l'activité dans l'ensemble de la Zone franc qui pourrait atteindre 7,2 % dans l'UEMOA, 5,4 % dans la CEMAC et 3,9% aux Comores.

Les ministres, les gouverneurs et les présidents des institutions régionales ont réitéré leur engagement à accroître leurs efforts pour maintenir la croissance et améliorer la convergence des politiques macro-économiques, en portant une attention particulière à la gestion et à la soutenabilité des finances publiques.

Ils ont salué les travaux engagés par les Commissions pour améliorer les dispositifs de surveillance multilatérale et ont invité ces dernières à présenter à l'occasion de la prochaine réunion des ministres des Finances, au printemps prochain, l'état d'avancement de leurs travaux respectifs.

Les ministres, gouverneurs et présidents des institutions régionales ont également échangé sur l'amélioration des systèmes d'informations financières des États (SIFE) en Zone franc. Ils ont salué la qualité de l'étude produite par la Commission de la CEMAC.

Ils ont pris acte de ses recommandations qui offrent des éléments de réponse concrets à l'impératif d'amélioration de la bonne gestion des finances publiques.

Les ministres, gouverneurs et présidents des institutions régionales ont exprimé leur soutien affirmé à la République centrafricaine. Ils ont salué la mobilisation de la communauté internationale et des organisations régionales africaines pour rétablir la sécurité et aider les autorités de transition à reconstruire l'économie et à financer les services publics et sociaux de base.

Les participants se sont félicités des perspectives économiques globalement favorables au Mali dix-huit mois après le déclenchement des opérations militaires de stabilisation.

Les ministres, gouverneurs et présidents des institutions régionales ont chaleureusement remercié les autorités françaises pour l'organisation de cette réunion de la Zone franc et pour l'accueil réservé aux participants. Ils ont accepté l'invitation des autorités maliennes à tenir la prochaine réunion des ministres des Finances de la Zone franc à Bamako le 10 avril 2015./.

(Source: site Internet du ministère des Finances et des Comptes publics)

Retour sommaire