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Déclarations officielles de politique étrangère du 28 août 2014


Sommaire



1. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Irak - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(...)

La France est en mouvement. Sur tous les fronts.

D'abord au Moyen-Orient.

Ici même, l'an dernier, j'exprimais ma conviction qu'une intervention internationale était nécessaire en Syrie. À la suite de l'utilisation par le régime des armes chimiques, il s'agissait d'empêcher de nouveaux massacres. Je vous disais que l'inaction faisait le jeu des extrémistes. Hélas, la démonstration est faite et elle est implacable !

Je regrette que la mobilisation internationale pour régler la situation en Syrie ait fait à ce point défaut, notamment au Conseil de sécurité. Nous en mesurons aujourd'hui toutes les conséquences : le régime de Bachar Al-Assad poursuit, sans aucune retenue, sa politique de répression ; les réfugiés se massent, chaque jour plus nombreux, dans les pays voisins ; et les groupes terroristes gagnent de nouvelles positions. Voilà le résultat.

Mais le danger n'a pas simplement grandi, ce qui serait déjà un péril. Il est devenu immense. Le conflit a débordé en Irak, un pays - pour des raisons sur lesquelles je ne reviendrai pas - qui était déjà soumis aux divisions, aux conflits inter-religieux et à l'instabilité. L'État islamique, en tout cas qui se prétend comme tel, s'est engouffré dans la brèche, parce que le terrorisme se nourrit toujours du chaos.

Ce groupe a conquis de larges parties du territoire irakien, en plus de ce qu'il avait déjà quasiment en possession en Syrie. Il menace aussi bien Bagdad que le Kurdistan irakien. Il s'en prend aux minorités, les chrétiens d'Irak, les Yazidis et d'autres aussi. La France a donc décidé de prendre ses responsabilités. Elle a fourni une aide pour venir en aide aux populations réfugiées, notamment au Kurdistan d'Irak. Elle a également livré des armes aux forces engagées en première ligne contre l'État islamique. Depuis, et tant mieux, d'autres pays européens nous ont rejoints, mais nous ne pouvons pas en rester là. Notre soutien doit être amplifié pour préserver l'unité de l'Irak et permettre que chaque communauté vive en paix.

C'est pourquoi j'ai lancé une initiative. Elle vise à améliorer la coordination (quand je dis «l'améliorer», c'est l'organiser) de l'action internationale contre l'État islamique, sur les plans humanitaire, sécuritaire mais aussi militaire. C'est le sens de la conférence internationale que la France propose de réunir ici même, à Paris, dès lors que le gouvernement irakien aura été constitué.

Car pour vaincre l'État islamique, pour vaincre le terrorisme, la première condition, c'est que les Irakiens eux-mêmes se rassemblent.

Pour vaincre l'État islamique, pour vaincre le terrorisme, il faut aussi que la communauté internationale prenne la dimension du danger et organise une mobilisation à cette hauteur, dans le respect du droit international.

Pour vaincre l'État islamique, chaque pays doit également s'engager à lutter contre les filières djihadistes, les filières du terrorisme international et prévenir les départs de jeunes fanatiques sur les zones de combat. Le Conseil de sécurité en sera saisi le 25 septembre prochain. Quant à la France, elle n'a pas attendu puisque nous mettons d'ores et déjà en oeuvre un plan anti djihadistes. Il a été adopté en Conseil des ministres au mois de mai.

Une large alliance est nécessaire, mais je veux que les choses soient claires : Bachar Al-Assad ne peut pas être un partenaire de la lutte contre le terrorisme. C'est l'allié objectif des djihadistes. Il n'y a pas de choix possible entre deux barbaries parce qu'elles s'entretiennent mutuellement.

La France est également en soutien des pays de la région qui accueillent les réfugiés. Je pense à la Jordanie mais également à la Turquie et forcément au Liban. Aujourd'hui, le tiers de la population qui vit au Liban est d'origine syrienne, par la force des choses. Au Liban, nous sommes liés par un pacte d'amitié et nous veillons à préserver, autant qu'il est possible, l'unité de ce pays ami. Nous avons, là encore, décidé de livrer à son armée, en liaison avec l'Arabie saoudite, des moyens opérationnels. Ils lui sont indispensables pour assurer la sécurité dans une région déjà tourmentée, non pas simplement par ce qu'il se passe en Syrie et en Irak, mais aussi compte tenu de la résurgence du conflit israélo-palestinien qui a connu, ces dernières semaines, une phase dramatique. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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2. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Israël - Territoires palestiniens - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(...)

C'est la troisième crise de Gaza en 6 ans - après celle de 2008 et celle de 2012 - mais c'est aussi celle qui est la plus meurtrière (plus de 2.200 morts).

Aujourd'hui, un cessez-le-feu a été trouvé et négocié au Caire. Je veux saluer tous ceux qui y ont contribué. La France a joué son rôle. Des engagements ont été pris par chacune des parties. Ils doivent donc être strictement, précisément, rigoureusement mis en oeuvre car Gaza ne peut plus rester une base armée pour le Hamas, ni non plus une prison à ciel ouvert pour ses habitants. Il faut aller vers une levée du blocus progressive et une démilitarisation du territoire.

La France, là encore, a fait des propositions pour assurer une supervision internationale de la destruction des tunnels ; sécuriser la réouverture des points de passage entre Gaza d'une part, Israël et l'Égypte d'autre part ; et donner à l'Autorité palestinienne les moyens de répondre à la crise humanitaire et d'entreprendre une nouvelle fois, je dis bien une nouvelle fois, la reconstruction de Gaza.

C'est le chemin de la paix qu'il convient de retrouver. Au plus vite. Chacun en connaît les conditions et les paramètres. Je vais les répéter : un État palestinien démocratique et viable, vivant aux côtés de l'État d'Israël en sécurité. Mais nous voyons bien que les formules finissent par s'épuiser. La négociation pour la négociation ne suffit plus, dès lors qu'elle n'aboutit jamais. Nous devons lui donner toujours sa chance et la responsabilité en revient aux parties-prenantes. Mais il reviendra à la communauté internationale de prendre l'initiative.

Le rôle des États-Unis est décisif. Mais celui de l'Europe ne l'est pas moins : elle doit agir et utiliser tout le potentiel, par exemple, de l'initiative arabe de paix. Elle n'a pas été suffisamment prise en compte depuis 2002. C'est l'Europe qui fait beaucoup pour reconstruire, développer la Palestine. C'est l'Europe qui doit aussi faire pression, sur les uns et sur les autres, et ne pas être simplement un guichet vers lequel on s'adresse pour effacer les plaies de conflits récurrents. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Iran - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(...)

Parallèlement, nous avons à trouver une issue aux discussions avec l'Iran, parce que là-aussi tout est lié. Notre objectif, il est tellement simple que je peine à l'énoncer, c'est de faire renoncer l'Iran à l'accès à l'arme nucléaire.

La France a montré sa fermeté et Laurent Fabius, à un moment décisif, a été particulièrement clair dans les négociations. La France s'est aussi montrée disponible et j'ai moi-même été l'un des premiers chefs d'État occidentaux à rencontrer le président iranien Rohani. C'était l'année dernière, lors de l'Assemblée générale des Nations unies. Mais je constate que les discussions entre l'Iran et les 5+1 ont été reportées, après avoir été ensevelies par je ne sais quelles conditions posées et qui n'avaient pas lieu d'être. De même, il y a toujours des voix qui s'élèvent pour dire qu'il serait bon de lier les négociations avec l'Iran, sur le nucléaire, avec la situation en Irak. Je récuse tout lien, il n'aurait aucun sens. L'Iran doit tout simplement avoir le courage de prendre les mesures qui démontreront, de façon vérifiable et incontestable, son renoncement à une capacité nucléaire militaire.

C'est vrai que la crise irakienne démontre que nos préoccupations ne divergent pas toujours avec l'Iran et que ce pays peut être un interlocuteur s'il décide, c'est la condition essentielle, de s'inscrire dans les principes qui permettent un échange sincère et utile. La France est prête à considérer l'Iran comme tel. Mais à ces conditions et seulement à ces conditions.

Voilà déjà ce qui devrait nous mobiliser pour la paix et pour la sécurité : le Moyen-Orient, le Proche-Orient. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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4. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Ukraine - Russie - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(...)

Mais la paix et la sécurité sont également menacées à l'Est de l'Europe. À quelques heures d'avion d'ici.

Notre continent connaît, en Ukraine, l'une des crises les plus graves depuis la fin de la guerre froide. Je veux exprimer devant vous la position de la France sur ce sujet grave.

D'un côté, la Russie doit respecter la souveraineté de l'Ukraine, arrêter son soutien aux séparatistes et les amener à accepter un cessez-le-feu bilatéral. La Russie doit contrôler effectivement sa frontière et en terminer avec les transferts d'armes et de matériels. S'il était avéré que des soldats russes sont présents sur le sol ukrainien, ce serait bien sûr intolérable et inadmissible.

De l'autre, les autorités ukrainiennes doivent faire preuve de retenue dans les opérations militaires et décider d'une large décentralisation au bénéfice des régions russophones et écarter toutes provocations.

La solution à la crise en Ukraine est politique, elle n'est pas militaire. C'est pourquoi le 6 juin dernier, lors des commémorations du Débarquement, j'ai saisi l'opportunité de la présence du président Poutine et du président Porochenko pour permettre qu'il y ait cette première rencontre. La présence d'Angela Merkel a été utile à ce moment. Depuis, la chancelière et moi-même avons poursuivi nos démarches pour tisser les fils, renouer les contacts. Nous y sommes parfois parvenus, mais nous n'avons pas pu obtenir jusque-là un règlement de la situation.

Les Européens ont dû renforcer les sanctions. Elles seront forcément maintenues, voire augmentées, si l'escalade se poursuit. Je le dis nettement, je ne souhaite pas en arriver là. Ce n'est pas l'intérêt de la Russie, ce n'est pas l'intérêt de l'Europe, ce n'est pas l'intérêt de la France. La Russie ne peut, à la fois, aspirer à être une puissance reconnue du XXIème siècle et ne pas en respecter les règles. Elle subit, en ce moment même, un isolement croissant et les conséquences d'un ralentissement de sa croissance sont avérées, à cause des sanctions.

Cette contradiction, c'est bien évidemment d'abord au Président russe de la résoudre. J'ai dit plusieurs fois à Vladimir Poutine que la France et l'Union européenne souhaitaient poursuivre l'approfondissement de nos relations avec la Russie. Parce que la Russie est un grand pays, parce que la Russie a également son destin sur le continent européen et qu'il y a un lien historique, culturel, économique entre la Russie et la France.

Mais, aujourd'hui, la crise ukrainienne est un blocage. Raison de plus pour le lever rapidement ! La France y est prête avec l'Allemagne. Je fais une nouvelle fois la proposition de se réunir dans le format qu'on appelle maintenant «Normandie» - la marque est déposée ! - pour trouver un accord global. Mais on ne va pas se réunir à quatre si les conditions de cet accord ne sont pas posées.

Notre disponibilité est donc là, nous y travaillons avec la chancelière. La réponse doit venir notamment du côté russe. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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5. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Union européenne - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(...)

Je voudrais conclure sur l'enjeu majeur que représente l'Europe pour notre pays. Lors des élections européennes, pas simplement en France, mais notamment en France, les citoyens ont exprimé leur défiance, mais aussi leurs exigences.

La réponse, c'est que l'Europe doit changer. Elle doit remettre en cause un certain nombre de politiques, clarifier son organisation, retrouver le soutien des peuples... et surtout gagner la bataille de la croissance et de l'emploi. Pourquoi ?
Parce qu'un jeune sur quatre en Europe est au chômage. Parce que la reprise est trop faible. Parce que l'inflation est trop basse. Parce que l'euro est trop cher. Parce que l'Europe est menacée par une longue et peut être interminable stagnation, si nous ne faisons rien.

Agir, c'est le faire d'abord à l'échelle nationale. C'est ce que la France fait. Elle n'a pas attendue la réorientation de l'Europe, même si elle y travaille, pour faire ses réformes. Ces réformes sont engagées. Elles portent dans de nombreux domaines, avec le souci de la compétitivité et de la justice.

Mais ces réformes que l'on appelle structurelles doivent avoir ce but : améliorer la performance économique et sociale de nos pays. Ces réformes ne pourront marcher que si l'Europe se mobilise aussi et crée un contexte. Les deux sont liés. N'attendons pas tout de l'Europe, mais ne pensons pas que ce seront seulement les réformes structurelles (nécessaires, indispensables) et la réduction du déficit public (que nous devons poursuivre) qui suffiront. Il faut qu'il y ait un esprit, une coordination et également des choix.

La BCE a commencé à agir. Mais beaucoup dépendra de la façon dont les banques saisissent ces liquidités de la BCE et les mettent à disposition de l'économie des moyens de financement et des liquidités qui seront mises à la disposition des banques pour financer l'économie. Nous vivons quand même un paradoxe, jamais les taux d'intérêts n'ont été aussi bas. Je ne parle pas des taux d'intérêts français qui sont historiques. On est aujourd'hui à 1,30 sur les marchés, avec un écart entre les taux français et les taux allemands de 0,3. Jamais cela n'a été aussi bas.

Apparemment, tout va bien. Les capitaux s'investissent, les taux d'intérêts sont bas, mais l'investissement tarde, pourquoi ? Parce que le canal de transmission n'est pas automatique. Il y a un problème de transmission de la politique monétaire, pourtant très favorable au crédit, aux entreprises qui n'accèdent pas suffisamment à ces crédits. C'est pourquoi, je réunirai au mois de septembre les Assises du financement pour l'investissement, pour que nous puissions avoir davantage de mobilisation pour l'investissement.

La BCE prend ses responsabilités. Mario Draghi a fait des déclarations. Je ne vais pas les interpréter parce que cela ne serait pas forcément lui rendre service et nous rendre service par la même occasion. Mais en même temps, elle peut, comme elle en a parlé, aller plus loin si nécessaire. Les pays qui connaissent la reprise la plus forte, je pense aux États-Unis, ont une politique monétaire qui a été un très fort soutien à l'activité.

À côté de la politique monétaire, il faut une politique budgétaire qui doit jouer un rôle important et tenir compte des situations conjoncturelles, ce que l'on appelle les circonstances exceptionnelles. Est-ce que l'on est dans une circonstance exceptionnelle ? Oui : stagnation (même s'il y a une reprise, elle est trop faible) et inflation faible. Certain parlent de déflation, nous n'en sommes pas là.

Là aussi, il y a une situation assez curieuse. C'est que nous nous plaignons de l'inflation faible, et les Français de la vie chère... Les deux sont vrais. C'est-à-dire que le taux de croissance des prix peut être effectivement bas et, en même temps, le sentiment que certains prix sont trop élevés, notamment pour les plus fragiles, existe. Nous devons faire en sorte qu'il puisse y avoir une prise en compte de ces situations dans la conduite de la politique budgétaire de chacun des pays. Le rythme de réduction des déficits doit donc être compatible avec les objectifs de croissance et la situation de faible inflation.

L'Europe doit faire aussi davantage, elle doit relancer ses investissements, portés d'ailleurs sur les priorités essentielles : les infrastructures, la recherche, l'innovation, la formation, l'environnement. Jean-Claude Juncker a annoncé 300 milliards euros, avec des investissements publics et des investissements privés. Là aussi, nous ferons en sorte que ce plan-là puisse être non seulement confirmé mais mis en oeuvre. Et que cela puisse être fait dans les meilleurs délais.

C'est la position que je défendrai lors des prochains Conseils européens : une nouvelle initiative de croissance et une pleine utilisation des flexibilités dans le rythme de réduction des déficits, dans le respect des règles européennes mais avec tout ce qu'elles permettent.

Je proposerai qu'un sommet de la zone euro puisse être réuni dans les meilleurs délais pour prendre les décisions nécessaires.

C'est l'intérêt de l'Europe car c'est sa place dans l'économie mondiale qui est en cause. Nous ne pouvons pas être regardés comme un continent qui aurait la plus faible croissance du monde et qui serait le seul continent à ne pas vivre la reprise économique.

Le changement en Europe, ce sont aussi des politiques d'avenir : une politique de l'énergie pour réussir la transition, une politique du numérique pour rattraper le retard qui a été pris, pour constituer des leaders à l'échelle mondiale et pour respecter et faire respecter ce qu'on appelle les données personnelles.

Et puis le changement en Europe, c'est d'avoir aussi des exigences de transparence et de réciprocité dans les négociations internationales et notamment pour le traité transatlantique. C'est cette exigence de transparence et de réciprocité que j'ai portée auprès de la Commission européenne avec nos amis italiens.

Enfin le changement en Europe, c'est une meilleure surveillance des frontières extérieures de l'espace Schengen et notamment en Méditerranée. Le ministre de l'Intérieur a pris une décision, à ma demande, avec l'Italie pour faire en sorte que nous puissions éviter les drames qui se produisent en Méditerranée. Nous devons faire en sorte qu'il y ait un renforcement de ce que l'on appelle «Frontex» - organisation, protection, surveillance des frontières - mais aussi que, dans l'espace européen, nous préservions la libre circulation des personnes.

Les institutions européennes auront à s'organiser par rapport à ces priorités. Jean-Claude Juncker, nouveau président de la Commission, présentera bientôt son collège des commissaires. J'ai désigné Pierre Moscovici pour être le commissaire français. Et j'ai demandé au président, qui a toute liberté pour composer son équipe, qu'il puisse avoir une responsabilité économique dans cette Commission. À lui ensuite de faire ses choix.

La France continuera à tenir son rôle en Europe. Pour l'Europe, pas simplement pour la France, même si la France ne peut pas être regardée comme un pays qui ne serait qu'un pays d'Europe. Nous sommes la deuxième économie de l'Europe, nous sommes la nation qui consacre le plus à son effort de défense en Europe. Nous sommes le pays qui a une politique extérieure qui est à la fois conforme aux délibérations européennes, mais qui prend des initiatives. Nous devons donc avoir la place en Europe qui correspond à notre statut.

Mais nous sommes aussi lucides : l'Europe à 28, peut-être demain davantage, doit changer ses modes de décisions et son organisation. J'ai plaidé, et je continuerai de le faire - des discussions vont avoir lieu puisque certains pays veulent se désengager de l'Union européenne - pour qu'il y ait une union différenciée. Que ceux qui veulent aller plus vite, plus loin, notamment dans le cadre de la zone euro, puissent avoir une organisation qui puisse être adaptée à cette exigence d'agir. C'est ce modèle-là qui permettra de donner à la construction européenne son sens et peut-être sa légitimité aux yeux de nombreux peuples. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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6. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Afrique - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(...)

La paix et la sécurité de l'Europe ne se jouent pas qu'en Europe, mais également loin d'Europe. J'évoquais le Moyen-Orient, le Proche-Orient. Je dois parler de l'Afrique.

C'est un continent ami auquel l'Histoire, là aussi, nous lie. Les commémorations de cette année nous ont encore rappelé ce qu'avaient fait les Africains, pendant la Première guerre mondiale et pendant la Seconde, pour assurer nos victoires, c'est-à-dire notre liberté. Alors il y a ce lien de sang qui demeure. Mais il y a aussi cette conviction que l'Afrique est le continent de la croissance.

En ce moment, les ambassadeurs peuvent en témoigner, l'Afrique se couvre de projets, met en place les infrastructures, exploite ses ressources minières, fait des efforts considérables en matière de nouvelles technologies ou même de transition énergétique. Rien qu'en 2013, six des dix économies les plus dynamiques du monde sont africaines. C'est dire si la vision de l'Afrique, que beaucoup ont, doit changer.

Lors du Sommet de l'Élysée en décembre dernier, nous avons essayé de moderniser la tradition des rencontres entre la France et l'Afrique. Nous avons pris des décisions importantes. D'abord, la France va consacrer 20 milliards d'euros au cours des dix prochaines années pour le développement de l'Afrique. L'Agence française de développement jouera un rôle de premier plan dans cette stratégie. Nous avons même eu l'idée - avec les entreprises, parce que rien ne peut se faire sans les entreprises - qu'une Fondation franco-africaine pour la croissance pouvait permettre d'être un levier, pour que nous puissions être utiles à l'Afrique et utiles aussi à nos entreprises. Cette fondation est en train de se mettre en place et d'engager ses premières actions.

Mais en même temps que je parle de l'Afrique, par les liens qui nous unissent par l'histoire, par l'économie, par les liens humains, je dois aussi parler de l'Afrique comme d'un continent vulnérable. L'épidémie Ebola en est, encore une fois, la démonstration tragique. Elle aurait appelé une réaction encore plus rapide. Cette épidémie a déjà fait plus de 2 000 morts - et encore nous n'avons toujours pas recensé toutes les victimes...

Depuis le début de cette épidémie, la France s'est impliquée - aussi bien le ministère des Affaires étrangères que le ministère des affaires sociales et de la santé. Les experts de l'INSERM et de l'Institut Pasteur ont identifié la présence du virus dès l'origine. Aujourd'hui ces mêmes experts contribuent activement au diagnostic et à la surveillance de la maladie. Ils sont présents, courageusement présents, sur place.

Je veux saluer aussi les organisations non gouvernementales présentes pour former, accompagner, soigner les malades et constater, hélas, les ravages du virus. La France doit montrer sa solidarité. Elle n'est pas que financière, elle doit être aussi scientifique, humaine.

Toutes les mesures ont été aussi prises pour protéger nos ressortissants. Des moyens militaires, j'en remercie le ministre de la défense, ont été déployés pour assurer une capacité d'évacuation sanitaire. Elle est mise à la disposition de l'Organisation mondiale de la santé.

Les épidémies font leur lit de la pauvreté et sont les produits de la fragilité des systèmes de santé. Voilà pourquoi la France, j'en ai décidé, a maintenu la contribution qu'elle verse au Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose.

D'une manière générale, même dans ces moments où nous traversons ce que l'on appelle des «difficultés budgétaires» (en fait, nous connaissons des déficits depuis plus de dix ans, mais nous avons décidé tout simplement de les réduire), même dans ce contexte que chacun connait, la France continue de figurer parmi les tous premiers donateurs mondiaux en matière de développement. Elle a accru la concentration de ses moyens : en 2013, l'aide de la France en direction des pays les moins avancés a augmenté du tiers par rapport à 2012. Nous ne le faisons pas simplement par générosité, nous le faisons aussi parce que nous sommes conscients que cette misère et cette pauvreté peuvent créer un terreau au terrorisme.

L'Afrique, malgré ses atouts, est un continent menacé par l'insécurité. Chaque fois qu'un pays ami est victime du terrorisme, nous sommes à ses côtés. Chaque fois qu'il est aussi victime d'un risque d'affrontement qui peut déboucher sur des massacres ou même un génocide, nous sommes également à ses côtés, sans rien demander en échange, sans avoir aucune idée de contrepartie ou d'intérêt mercantile.

En décembre dernier, nous sommes intervenus en République centrafricaine, nous avons évité le pire, je dis bien le pire. Nous avons été les premiers, j'y reviendrai. Mais, aujourd'hui, l'Union européenne fait un excellent travail avec l'EUFOR. Les casques bleus dans quelques mois, c'était d'ailleurs notre volonté, vont prendre le relai. Nous sommes également soucieux que l'État centrafricain se reconstitue et que puissions avoir, en même temps, une transition démocratique. Cela veut dire des élections.

Au Mali, la décision avait été prise au début de l'année 2013. Certains oiseaux de mauvais augure nous avaient dit que nous serions là pour toujours... Nous avons fait notre travail. Je salue l'action qu'ont pu conduire le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, et les forces armées. Le résultat est là, la démocratie a été rétablie, les projets de développement redémarrent. La réconciliation est en cours. Elle a tardé, c'est vrai. Et la France appuie, sans réserve, l'action de l'Algérie en faveur de ce processus.

Quant à nos forces armées, elles contribueront, sous d'autres formes, à notre présence militaire. Nous l'avons adaptée et elle prendra d'autres formes pour éviter la résurgence du terrorisme. C'est l'opération Barkhane qui fait que nous sommes moins présents au Mali et davantage sur des sites où nous étions déjà installés. Nous faisons en sorte qu'avec 3.000 hommes nous puissions assurer la sécurité de l'Afrique de l'Ouest.

Mais aussitôt fermé un risque, écartée une menace, un autre péril surgit. Nous l'avons vu au Nigéria : Boko Haram avec son intention de bâtir un califat. Qu'avons-nous fait ? Nous avons mis sur pied une réaction internationale, réuni ici les pays de la région (ce qu'on appelle les pays du bassin du lac Tchad) et permis que les renseignements, les échanges d'informations, les actions éventuelles puissent être coordonnées. Le Nigéria - 20ème puissance économique du monde, l'économie la plus dynamique d'Afrique et sans doute la première - vit dans la menace de Boko Haram. Le Nigéria a confiance en la France et la France fera tout pour préserver la capacité du Nigéria à être une grande économie et un grand pays démocratique.

Mais je vais vous livrer ma préoccupation majeure, à ce moment même, alors qu'il y a pourtant tant de sujets d'inquiétudes et de vigilance. C'est la Libye.

La confusion est totale, des groupes djihadistes ont pris le contrôle de sites importants et pas simplement de sites pétroliers. Il y a deux parlements, deux gouvernements, même si, pour nous, il n'y en a qu'un seul de légitime. Il y a aujourd'hui des milices et il y a, au sud de la Libye, une formation de groupes terroristes qui attend d'intervenir.

Si nous ne faisons rien - je n'entends rien de sérieux, rien de politique, rien d'international - c'est le terrorisme qui se répandra dans toute cette région. Alors, la France demande aux Nations unies, parce que ce sont elles qui doivent prendre leurs responsabilités, d'organiser un soutien exceptionnel aux autorités libyennes pour rétablir leur État. Nous devons également être très attentifs par rapport aux voisins de la Libye : l'Égypte mais aussi la Tunisie, parce que la Tunisie peut être l'exemple de la réussite des printemps arabes. Ils étaient partis de là et il est à craindre que ce soit le seul résultat. Faut-il encore le préserver. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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7. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Amérique latine - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(...)

Il y a une autre région du monde où nous devons être encore davantage présents, c'est l'Amérique latine. C'est un pôle majeur. Nos entreprises l'ont parfaitement compris. Elles y investissent davantage. Nous devons aussi faire des coopérations technologiques. Je suis allé au Brésil dans le cadre d'une visite d'État, c'était à la fin de l'année dernière. Je suis allé au Mexique, début 2014. Je dois dire que ce que nous avons mis en place, avec le Conseil stratégique franco-mexicain, est un exemple à suivre pour tous les grands pays, notamment en Amérique latine : associer pas simplement les diplomates et les responsables politiques - cela nous pouvons y parvenir sans peine - mais associer les entreprises, les acteurs culturels, les personnalités, ceux qui s'aiment mutuellement... C'est le cas entre la France et le Mexique, malgré l'Histoire ou à cause de l'Histoire.

Nous avons transposé ce modèle et je me rendrai en Argentine, au Chili et au Pérou en 2015. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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8. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Asie - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(...)

D'abord l'Asie, là où la croissance est la plus forte.

L'année 2014 a été marquée par le cinquantième anniversaire de la reconnaissance par la France de la République populaire de Chine. Les Chinois y étaient très attachés. Nous avons reçu le président XI Jinping. Il m'avait lui-même reçu en Chine. Nous avons signé des accords importants d'une valeur de 18 milliards d'euros. Nous avons toujours un déficit de plus de 25 milliards d'euros avec la Chine. Donc il y a de la marge ! C'est ce que nous avons fait comprendre. Le rééquilibrage du commerce extérieur n'est pas une décision administrative, mais il suppose que nous ayons un dialogue avec la Chine et la capacité d'offrir technologies, investissements, compétitivité...

Avec l'Inde, nous avons également une relation de confiance. L'alternance n'a rien changé. Avec le nouveau Premier ministre Narendra Modi, nous avons établi un programme de travail. Nous avons confiance pour un certain nombre de contrats. Je l'ai invité à venir à Paris d'ici la fin de l'année.

Avec le Japon, là aussi, nous avons fait en sorte que la confiance soit au rendez-vous. J'ai effectué une visite d'État en juin 2013 et j'ai reçu le Premier ministre Abe en mai 2014. Nous avons consolidé des partenariats en matière politique - notamment en matière de défense et de démocratie - et sur le nucléaire civil, question éminemment sensible. Nous avons fait en sorte d'avoir une coopération de haut niveau par rapport aux conséquences de Fukushima.

Mais je veux aller plus loin, nous devons faire un travail avec tous les pays de la région. Je vais les citer tous, parce que tous sont importants : la Corée du Sud, le Vietnam, l'Indonésie, Singapour, la Malaisie, la Birmanie, la Mongolie, les Philippines, l'Australie, la Nouvelle-Zélande. Je ne veux écarter aucun pays et je vais demander à tous les membres du gouvernement d'aller faire un certain nombre de déplacements. Je demande aux ambassadeurs de les organiser.

Moi-même, vous le savez, j'irai en Australie dans le cadre du G20. Je ferai une visite dans ce pays où, jusque-là, aucun président de la République française n'était allé. Pourquoi dis-je cela ? Non pas parce que je cèderais à une mode «Asie-Pacifique», là où serait la croissance de demain, mais parce qu'il y a là une population, un dynamisme et aussi un enjeu. En plus, dans ces pays, l'image de la France est bonne, pour ne pas dire excellente. Il y a une demande de culture et de produits français. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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9. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Diplomatie économique - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (Paris, 28/08/2014)

Je vais conclure rapidement parce que les propos qui ont été tenus par nos amis se suffisent à eux-mêmes.

La situation de départ est très mauvaise. Nous avons 60 milliards de déficit commercial. J'ai coutume de dire que le déficit de la balance extérieure est beaucoup plus grave que le déficit budgétaire. Le déficit budgétaire, il suffit, si je puis dire, que le Premier ministre dans les lettres-plafond qu'il nous envoie, dise «Là où vous dépassiez 100 cette année, vous dépenserez 95 l'année prochaine», ce n'est pas facile à réaliser mais on réalise.

Le déficit commercial, cela n'a rien à voir car ce sont les échanges de biens et de services. Et trait commun à ces deux déficits qu'oublient parfois, me semble-t-il, certains responsables politiques, c'est qu'il faut en général les rembourser.

Nous avons un déficit commercial massif ce qui est le juge de paix de notre compétitivité.

Il faut que, bien sûr, les entreprises arrivent, par leur action, à redresser les choses. Et, même si l'État n'a pas vocation à remplacer les entreprises, il doit faire tout ce qu'il peut pour favoriser les exportations et les investissements étrangers en France. C'est totalement prioritaire parce que - le président de la République y faisait allusion tout à l'heure - si on n'a pas une puissance économique suffisante, au bout d'un certain temps, notre rayonnement diplomatique s'arrête. D'abord parce que l'on n'a plus les moyens financiers d'assurer notre présence diplomatique et puis parce que un jour vient où l'un de nos collègues au Conseil de sécurité dit : «au fond, la France, vous êtes là mais à quel titre ?». Il ne faut surtout pas que cela arrive. Pour cela, il faut absolument que notre économie devienne davantage prospère.

Sur le dossier de l'AFII et d'Ubifrance. Nous avons décidé de fusionner ces deux maisons. C'est Mme Muriel Pénicaud, qui est très dynamique, compétente, qui a la charge de faire cette fusion. Ceci va être effectif à la fin de l'année et ensuite Mme Pénicaud va s'occuper du rapprochement avec la SOPEXA. C'est un point que beaucoup d'entre vous m'avaient signalé. Il n'y a pas de raison d'avoir plusieurs circuits. Il faut faire cela d'une façon souple, mais c'est l'objectif.

Parallèlement, nous allons rassembler tous les organismes d'expertise parce que l'on constate qu'il y a toute une série de très bonnes expertises françaises mais c'est tellement dispersé que le produit global n'est pas bon. Là-dessus, nous sommes devancés par nos amis allemands.

Nous allons avoir la fusion UBIFRANCE-AFII ; le regroupement de tout ce qui concerne l'expertise et le rapprochement avec la SOPEXA. Et, parallèlement, c'est le sens des décisions qui ont été prises en ce qui concerne le ministère, c'est-à-dire la responsabilité en matière de commerce extérieur et en matière de tourisme.

Ce qui permet d'avoir une vision et une action globales et, si possible, cohérentes. Cela ne veut pas dire que le ministère des affaires étrangères et du développement international va tout faire tout seul, ce serait une absurdité. Il y a, bien évidemment, en ce qui me concerne, une action à mener avec tous mes collègues ministres à Paris. Mais, en ce qui concerne vos pays de résidence, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, c'est vous les patrons.

Mais, quand on est patron - n'est-ce pas Monsieur Plassat ? -, on juge aux résultats. La contrepartie de la responsabilité, c'est que l'on regarde les résultats. Évidemment, il y a des diversités de situations géographiques et puis, je ne vais pas me contredire, ce ne sont quand même pas les ambassadeurs qui vont faire le solde du commerce extérieur.

Madame Pénicaud a le dynamisme, elle va avoir les moyens juridiques pour travailler dans ce sens. Évidemment, elle ne peut le faire qu'en liaison étroite avec les ambassadeurs. Avec un double mouvement : augmentation de nos exportations et, si possible, augmentation de l'investissement étranger en France.

Augmentation de nos exportations, c'est tout ce qui a été très bien dit par les uns et par les autres, dont nos ambassadeurs MM. François Delattre à Washington et Denis Pietton à Brasilia. Il faut vraiment s'y atteler pour que nous soyons davantage présents.

Je ne rentre pas dans le débat «faut-il être présent par les investissements ?». Bien sûr, il faut être présent par les investissements, non pas par des investissements de délocalisation mais, le marché étant mondial, il y a des opportunités que l'on ne va pas saisir si l'on n'est pas présent à l'étranger. Mais pour les exportations on regarde le solde commercial et, de ce point de vue-là, à la fois l'administration et les entreprises doivent faire des efforts supplémentaires. Ce qu'a dit M. Sourdive sur les familles d'activité, c'est tout à fait exemplaire. Mais, même si, compte tenu de la clarté de sa présentation, nous avons eu le sentiment que tout cela était parfaitement cartésien, dans la réalité, ce n'est pas encore tout à fait le cas.

Il y a plusieurs familles d'activité. Il y a la famille «santé» au sens large, il y a la famille «ville durable», il y a la famille «agroalimentaire» et il y a la famille «communication». J'y ajoute deux familles : la famille «tourisme» et la famille «industrie culturelle et créative» - on emploie ce terme qui n'est pas très aimable pour les autres parce qu'il y a quand même beaucoup d'industries créatives autres que culturelles, mais on voit bien de quoi il s'agit.

Il faut donc organiser tout cela, aller chasser en meute. Et, dans mon esprit - j'y reviendrai dans mon propos final demain -, le rôle des ambassadeurs ce n'est pas simplement de faciliter les choses. Ils le font très bien. C'est d'aller chercher les opportunités.

C'est vrai en particulier sur l'investissement étranger en France. Bien sûr, il y a les bureaux de l'AFII, mais personne n'a une meilleure connaissance, un meilleur entregent pour favoriser l'investissement étranger en France que les ambassadeurs quand ils font bien leur travail.

À nous de nous organiser pour ce que ce soit possible. Il faut, le matin, se lever en se disant : qu'est-ce que je vais pouvoir faire pour développer l'investissement dans le pays où je suis ? Évidemment, en tenant compte de la diversité : il y a des pays où c'est plus facile, et d'autres plus difficile. Mais c'est un point central.

M. Plassat, président de Carrefour, nous a expliqué, en termes très concrets, ce qu'il faisait et ce qu'il attendait des ambassadeurs. C'est très intéressant. Petit reproche que je ne ferai pas à M. Plassat : il faut que nos entreprises portent sur leurs épaules toute une série d'entreprises, de biens et de services français. Évidemment, M. Plassat ne va pas pouvoir imposer la consommation de tel ou tel produit français aux consommateurs de tel ou tel pays qui les souhaitent ou ne les souhaitent pas.

Mais je trouve quand même que nous avons un travail supplémentaire de conviction à faire. Il y a des filières qui le font comme le nucléaire, l'aéronautique. C'est assez facile car, d'abord, elles sont habituées à travailler avec des groupes français, des entreprises françaises, et puis il y a des considérations de sécurité.

Mais le réflexe français, il faut que nous l'acquérions, que nous le développions. Je pense que nous sommes un peu en-dessous de ce que nous pourrions faire par rapport à d'autres pays. Denis Pietton a donné d'excellents exemples de ce que l'on peut faire. M. Sourdive a aussi été extrêmement clair. Mme Pénicaud en a parlé ainsi que M Delattre. Les États-Unis sont un pays à la fois très important et très particulier.il est vrai que l'on a pu faire jaillir et on doit faire encore jaillir bien davantage cent fleurs là-bas, avec des initiatives. M. Araud qui va vous succéder va suivre le mouvement. On a besoin de cela car, évidemment, c'est un marché énorme. Bien évidemment, quand on regarde les soldes commerciaux, on a un travail considérable.

M. Thomas Thévenoud, quand on regarde les soldes, on parle toujours de la Chine, on a raison : 25-26 milliards de déficit, c'est énorme ! Mais il n'y a pas que cela : avec l'Europe : nous avons un peu plus de 20 milliards de déficit avec nos amis allemands et avec les Pays-Bas. Pour le seul secteur agricole : 1 milliard et demi de déficit à notre détriment. Il n'y a pas d'excédent qui soit jamais satisfaisant et il n'y a pas de déficit que l'on ne puisse pas remonter.

Autant je considère que les ambassadeurs ont une mission globale - n'abandonnons jamais la dimension stratégique, la dimension culturelle -, autant l'économie est en tête dans ce que vous avez à faire. Du coup, bien évidemment, le ministère à Paris doit s'organiser pour cela. D'où la direction des entreprises, d'où le fait que, désormais, à côté de chaque directeur géographique, il y aura un directeur adjoint chargé spécifiquement de l'économie, d'où le fait qu'à côté de M. Masset, le Secrétaire général, viendra le rejoindre M. Rémy Rioux, qui était auparavant directeur de cabinet d'un ministre de l'économie et qui va être chargé spécialement et transversalement de l'action économique.

Si nous voulons être rayonnants diplomatiquement, il faut que nous soyons performants économiquement. On nous a donné à nous, Quai d'Orsay, les moyens administratifs de bien travailler, il faut continuer à bien travailler.

Merci./.

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10. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Dérèglement climatique - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(...)

Enfin, il y a un grand rendez-vous - nous l'avons-nous même fixé en l'accueillant : la Conférence sur le climat à la fin de l'année 2015. Chaque jour, chaque minute même, les conséquences du réchauffement climatique se font de plus en plus dévastatrices. Ils engendrent des catastrophes, des déplacements de population, de l'instabilité politique et des conflits meurtriers.

Tout le gouvernement, je dis bien tout le gouvernement, est mobilisé. C'est le défi du siècle. Je veux saluer aussi l'action de Nicolas Hulot qui, à mes côtés, fédère les initiatives de la société civile, c'est-à-dire, les entreprises, les chercheurs, les citoyens, sur tous les continents par rapport à cet enjeu.

En septembre, je me rendrai au sommet des chefs d'État et de gouvernement sur le climat organisé par Ban Ki-moon, aux Nations unies. J'y annoncerai la stratégie d'action de la France pour la préparation de la Conférence de 2015, la COP21. D'ores et déjà, j'ai apporté mon soutien à la démarche de la Banque mondiale pour donner un prix au carbone. Parce que si l'on veut réorienter les investissements vers l'efficacité énergétique et les énergies propres, il faut que la pollution ait un coût. La France participera aussi à la capitalisation, tant attendue, du Fonds vert pour le climat d'ici la fin de l'année.

Si nous voulons convaincre - ce n'est pas facile, on se rappelle des échecs cuisants à Copenhague ; ils tiennent sans doute à la méthode, mais ils tiennent aussi à la réticence à la résistance d'un certain nombre de pays -, nous devons être exemplaires en France et exemplaires en Europe.

En France, nous le sommes, puisque cet automne, Mme Royal, le ministre de l'écologie va présenter le projet de loi sur la transition énergétique et la croissance verte. Les deux formules sont importantes. La transition énergétique pourra être au rendez-vous pour le climat. Mais aussi la croissance verte parce que ce sont des atouts pour notre propre développement économique.

L'Europe devra très bientôt, à la fin de l'année, déterminer sa politique énergétique et climatique à l'horizon 2030.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, je vous demande de placer la COP21 au coeur de vos priorités. Le ministre des affaires étrangères vous définira tout au long de la journée, comment y parvenir. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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11. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Dérèglement climatique - Allocution de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (Paris, 28/08/2014)

Merci infiniment Mary (Robinson, envoyée spéciale du Secrétaire général des Nations unies) d'avoir eu la gentillesse d'être avec nous et bravo pour l'image de la responsabilité politique que tu donnes et merci à tous ceux qui se sont exprimés.

Il va y avoir cette réunion aux Nations unies, que l'on a appelée dans notre jargon le sommet de Ban (Ki-moon), car le Secrétaire général des Nations unis est très impliqué dans cette cause et c'est une excellente chose. Nous attendons de ce sommet qu'il y ait une prise de conscience générale aux niveaux politique, économique et de l'opinion publique. La France, par la voix du président de la République, apportera ses idées. Tout le monde sait que la COP21 aura lieu à Paris mais nous ne sommes pas encore en charge de ce dossier, car ce sont les Péruviens cette année et ils le font très bien. Il faudra que nous apportions ce que nous avons dit sans être arrogants.

Nous attendons beaucoup de cette réunion en septembre et tu as souligné, Mary, que l'une des difficultés ce sera le suivi de cette réunion. Je pense qu'un triangle entre nos amis péruviens, les Nations unies et nous pourrait faire vivre les choses. Si septembre est très important, la réunion de Lima au mois de décembre n'en est pas moins importante. Ce qui aura été avancé à Lima servira au succès de Paris en 2015.

L'une des raisons pour lesquelles le sommet de Copenhague a été un échec c'est que les choses ont été faites au dernier moment. À l'époque, on a cru que la présence des éminents responsables politiques permettrait de résoudre la question au dernier moment. Certes, ils se sont rencontrés et sont arrivés à quelque chose mais quand ils sont venus devant l'Assemblée générale avec leur motion, ce fut un refus. La préparation du sommet est très importante et nous devons en être les modestes artisans.

Point numéro deux, la France et l'Europe. Ségolène Royal, que je remercie beaucoup de son exposé très complet et de son action, a parfaitement défini le point de vue de la France. Si nous voulons faire passer un certain nombre d'idées pour ce sommet de Paris 2015, il faut que nous-mêmes soyons exemplaires. C'est ce qui est en train d'être fait. Ségolène, te connaissant, il faut que ton énergie soit aussi communiquée à l'Europe qui avance mais cela ne va pas aussi vite que nous le souhaiterions. Il y a un calendrier qui est très précis. Si, avant la fin de l'année, nous ne sommes pas capables de dire à quel niveau l'Europe a mis la barre, nous ne pourrons pas en imposer une à nos interlocuteurs. La France, à travers l'action que tu mènes, sera certainement au premier rang, en faisant attention aux équilibres, mais il faut que l'on arrive à communiquer notre énergie à l'Europe.

Troisième élément, quel type d'accord peut-on attendre de la COP 21 ? Il va falloir d'abord écouter, essayer de comprendre les positions des uns et des autres mais dans notre esprit, qui n'est pas encore formalisé, il est probable que nous arrivions à plusieurs choses dans une espèce d'alliance de Paris pour le climat. Il faut que nous obtenions un accord juridiquement contraignant. C'est l'objectif numéro un qui n'est pas facile. Après il y a les engagements des pays, puis toute la partie financière qui est essentielle comme le Fonds vert, le prix du carbone... Et, c'est nouveau et il faudra beaucoup de travail, il y a les engagements au niveau des communes, des régions, des entreprises... Je remercie et félicite M. Bruno Lafont, président de Lafarge, qui dans son secteur a obtenu un résultat remarquable avec une baisse des émissions de gaz à effet de serre.

Le sommet de Paris, ou plutôt du Bourget, réunira 50.000 personnes dont 25.000 délégués et il faut réussir. J'ai retenu ce que disait Nicolas Hulot : ce n'est pas une question pour après-demain. Ce n'est pas vrai et il ne faut pas que nous donnions le sentiment que c'est une affaire qui ne concerne que ceux qui vivront dans 50 ans. C'est vrai qu'il y a une dimension à long terme mais il y aussi une dimension immédiate et ce n'est pas la même chose pour les petites îles que pour les Français, même si en France nous ressentons les effets du dérèglement climatique. Ce n'est pas une affaire pour après-demain, c'est une affaire rapide, universelle et morale. C'est une affaire qui ne doit pas être présentée comme négative. Si nous laissons croire qu'aujourd'hui c'est difficile, demain ce sera pire et après-demain il vaut ne mieux pas en parler. Il faut positiver tout en étant lucides et en montrant que c'est une affaire décisive dès aujourd'hui, qui est moralement une exigence. De plus, cela peut être un outil de croissance qui pourrait créer des emplois, à condition qu'on le prenne de façon adéquate.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

On fait confiance à la diplomatie française pour permettre ce succès de Paris 2015. Pour convaincre les 198 pays de voter favorablement, il y a un réseau diplomatique - le troisième du monde - et il faudra, mais vous l'avez déjà fait, que vous preniez votre bâton de pèlerin pour aller expliquer aux autorités et aux opinions publiques que le Sommet de Paris doit aboutir à un succès. Vous allez, si ce vous ne l'êtes pas déjà, vous transformer en spécialiste de la question, et Ségolène Royal a eu raison de rappeler ce qu'étaient les gaz à effet de serre Quand il s'agira de convaincre un pays déjà convaincu cela sera assez facile. Mais pour nos ambassadeurs en Australie et au Canada le travail ne sera pas facile. C'est sur vos épaules que ce succès va largement reposer en nous aiguillant dans les négociations en prenant en compte les différents points de vue. C'est un travail passionnant. Je considère que dans le quinquennat diplomatique qui est le nôtre c'est certainement la tâche la plus importante que nous ayons à mener à bien.

Merci aux intervenants de nous avoir montré que l'on peut être à la fois compétents, passionnés et positifs./.

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12. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Politique étrangère - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Ministre des affaires étrangères, Cher Laurent Fabius,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Nous nous retrouvons pour cette Conférence qui est devenue un rendez-vous incontournable, un rite, mais qui se situe, aujourd'hui, dans un contexte particulièrement lourd.

Au coeur du Moyen-Orient, une organisation barbare tente de prendre la dimension d'un État pour y imposer un califat. Rien que cela.

À l'Est de l'Europe, un conflit qui a déjà fait plus de 2.000 morts, met en cause les principes sur lesquels notre sécurité collective était fondée depuis la fin de la guerre froide.

À l'Ouest de l'Afrique, un fléau sanitaire s'ajoute au spectre terroriste et accable des pays qui, jusque-là, étaient regardés comme les plus dynamiques du monde sur le plan économique.

Ces crises qui peuvent paraître disparates, ne peuvent plus être regardées comme spécifiques ou régionales : elles sont globales et internationales. Elles ne nous sont pas extérieures, elles nous concernent directement. Ce n'est pas parce qu'elles sont loin qu'elles n'ont pas de ramifications, ici même. Elles nous concernent donc tous presque personnellement.

Quand un avion civil est abattu dans le ciel ukrainien, quand des combattants de la haine sont formés pour mener leurs tâches criminelles jusqu'ici dans nos pays, et quand des journalistes sont enlevés et assassinés dans des conditions effroyables, nous sommes tous concernés.

La France est consciente de l'extrême gravité de ces menaces.

Face à elles, elle ne peut pas rester indifférente ou spectatrice. Ce ne serait pas conforme à son histoire, encore moins à notre statut de membre permanent du Conseil de sécurité. Ce ne serait pas compatible avec notre intérêt bien compris et avec notre vocation de grand pays porteur de valeurs. Tel est le sens de notre politique extérieure : agir pour la paix et la sécurité du monde. Tel est le travail inlassable de notre diplomatie, sous la conduite de Laurent Fabius, dont je salue une nouvelle fois l'action.

(...)

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, j'ai insisté sur la gravité des menaces. Je ne veux pas ici, assombrir encore le tableau, inquiéter nos compatriotes mais en même temps, rien ne serait pire que de faire croire que le monde n'est pas dangereux. Il l'est. Il n'est pas simplement dangereux, brutal, et parfois cruel pour les peuples qui subissent les conflits. 180 000 morts en Syrie, c'est sans doute un des drames les plus importants de l'après-guerre... Ce qui se passe à Gaza depuis maintenant trop d'années. Ce qui risque de se produire en Irak, avec l'extermination d'un certain nombre de minorités. Ce qui peut dégénérer en Afrique. Ce qui peut prospérer, le terrorisme, partout et avec ses filières et ses ramifications. Nous pouvons déplorer, nous devons agir.

Nous devons dire aux opinions publiques et je pense aux Français, que la meilleure protection, la meilleure sécurité, c'est de traiter les problèmes, c'est de ne pas les ignorer. La tentation existe, je la connais, de dire, tout cela ne nous regarde pas, tout cela est trop loin. Pourquoi allons-nous nous mobiliser en Afrique ou ailleurs. Est-ce bien là notre place ? A-t-on encore les moyens, les ressources de le faire ? Faut-il dépenser de l'argent alors que d'autres ne font rien ? Je sais bien que ces discussions ont lieu dans un certain nombre de familles, je ne parle pas que des familles politiques. Mais ce serait la pire des attitudes, le pire des comportements. Faire comme si tout cela n'existait pas.

Il y a 100 ans, l'Europe plongeait le monde dans un siècle d'horreurs. 100 ans... Un ouvrage d'un historien australien, qui a défrayé la chronique, décrit l'enchaînement qui a conduit à cette catastrophe. Il s'appelle Les Somnambules. Somnambule, cela veut dire marcher mais ne rien voir : être apparemment réveillé mais dans un profond sommeil. C'est un risque qui peut, individuellement, ne pas nous concerner, mais collectivement parfois nous toucher. Ne soyons pas des somnambules qui marchent comme si le monde n'existait pas. Restons éveillés, vigilants, c'est ce que l'histoire nous a appris.

Notre politique étrangère va bien au-delà de nos intérêts. Elle a vocation à être utile au monde tout entier. C'est pourquoi, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, vous jouez un rôle très important. Vous êtes des acteurs décisifs de notre politique. Je veux saluer, à la fois, ce que vous faites et en même temps tous les fonctionnaires français qui sont en poste à l'étranger et qui oeuvrent pour le rayonnement de la France.

Alors ensemble, avec courage, menons toutes les batailles nécessaires. Celles de la sécurité, du développement, de l'environnement, de la croissance, mais surtout menons le combat de la paix. C'est celui que la France a toujours mené. Et c'est ce qui fait collectivement, notre honneur et notre fierté.

Vive la République et vive la France !./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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13. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Discours d'ouverture de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international (Paris, 28/08/2014)

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Chers Amis,

Je veux d'abord vous remercier d'être là, les uns, les autres, vous toutes et vous tous qui faites notre diplomatie, vous dire qu'il ne faut pas mal interpréter le fait que cette réunion se tienne à l'Élysée ou, plutôt, qu'il faut bien l'interpréter : cela montre la grande proximité des liens entre cette Maison et le Quai d'Orsay.

Et puisque j'aborde cette grande proximité, chacun comprendra qu'en commençant, j'ai, comme vous, une pensée pour notre ami Paul Jean-Ortiz, qui a magnifiquement travaillé à la fois pour notre diplomatie, pour le Quai d'Orsay et pour cette Maison.

La conférence des ambassadeurs a été préparée cette année par Pierre Sellal. Je veux beaucoup le remercier à la fois pour la préparation qu'il a accomplie avec son équipe et pour le travail tout à fait remarquable qu'il a effectué comme secrétaire général de notre Maison depuis maintenant plusieurs années, et dire à son successeur, Christian Masset, que nous savons qu'il aura la même efficacité ; chacun, ici, le connaît, connaît ses grandes qualités. Et le secrétariat général, avec lui, reste en de très bonnes mains.

Sur le fond, comme ceux d'entre vous qui ont la vue la plus perçante ont pu le discerner, le thème général que j'ai choisi, c'est la «diplomatie globale». Pourquoi ? Le propos du président de la République répondait tout à fait remarquablement à ce choix.

Globale, parce que nous sommes et nous devons être partout présents dans le monde.

Globale aussi - c'est un autre aspect - parce que je pense que le métier d'ambassadeur est en train de changer. Je n'ai pas une expérience suffisante mais je crois comprendre que l'on est passé d'un accent, qui longtemps a été mis pour des raisons complètement compréhensibles, sur la dimension stratégique, vers d'autres dimensions. C'est maintenant la diplomatie économique, la diplomatie culturelle, la diplomatie climatique - on va en parler -, la diplomatie sportive et d'autres encore.

Je pense que ce qui fait le centre et l'intérêt extrême de la mission de nos ambassadeurs maintenant, c'est que cette mission doit être globale. C'est-à-dire que, de même que la France doit jouer sur tous les instruments, toutes les colorations de la palette, de même les ambassadeurs, qui sont les patrons de notre action à l'étranger, doivent jouer de tous les éléments de la palette.

C'est pourquoi, non seulement géographiquement mais disciplinairement, maintenant, votre action et la diplomatie que nous menons ensemble doit être globale.

Les sujets de ces deux journées - et je remercie beaucoup celles et ceux qui vont y participer- découlent de cette vision. Nous allons d'abord parler économie. J'en profite pour dire une grande bienvenue à Thomas Thévenoud qui est, à mes côtés, le nouveau secrétaire d'État qui a repris le commerce extérieur, la francophonie et le tourisme. Mme Girardin aurait voulu être à nos côtés mais je l'ai réquisitionnée pour aller participer à la séance d'inauguration du président Erdogan. Et Harlem Désir est parmi nous.

Globale, donc.

Nous allons parler économie dans un instant. Ensuite, nous allons parler climat puisque cela fait partie des tâches principales que la France - donc les ambassadeurs - aura à assumer au cours de cette année. D'autres sujets viendront dans notre délibération collective soit en séance plénière, soit dans des séances plus spécialisées, mais il n'y a pas de hiérarchie.

Il y aura en particulier une session plénière très importante consacrée à la diplomatie culturelle au sens large, qu'il ne faut pas laisser de côté sous prétexte que la mode serait plutôt à l'économie.

Nous parlerons aussi - mais je laisse de côté beaucoup d'autres choses - du tourisme, puisque je crois que notre dernière séance plénière sera consacrée à ce sujet très important par lui-même et dont, maintenant, le Quai d'Orsay a la charge. Vous avez noté qu'à partir d'une évolution qui avait commencé depuis longtemps mais qui avait été affirmée au moment où je suis devenu ministre des affaires étrangères, le président de la République, le Premier ministre et moi-même, nous avons voulu amplifier cette évolution. Désormais, nous nous occupons aussi du commerce extérieur, du tourisme, et nous devons, par définition, travailler de plus en plus avec l'ensemble des ministères. C'est aussi une manière de dire que la diplomatie est globale.

Ce qui fait que, sans vouloir théoriser les choses, je pense que cette Maison, le ministère des affaires étrangères, devient de plus en plus le ministère de l'action extérieure de l'État. Je crois que c'est une évolution qui, peu à peu, finalement, touchera la plupart des pays, en tout cas les grands pays tels que le nôtre.

Voilà, je veux limiter à cela mes mots d'introduction.

Deux mots, simplement pour terminer.

D'une part, bien sûr, vous remercier, je ne cesserai de le faire, pour le travail tout à fait exceptionnel que, aussi bien à l'administration centrale que dans les postes, vous-mêmes et vos collaborateurs accomplissez. J'ai, c'est le triste privilège de l'expérience, dirigé pas mal de maisons dans l'État et j'ai coutume de dire que, vraiment, celle-ci par la qualité, la compétence et le dévouement de ses serviteurs, est certainement l'une des toutes meilleures. Je dis «l'une» parce que l'on m'a appris, en tant que diplomate, qu'il ne fallait pas se fâcher avec trop de monde. Donc, merci.

Puis, un dernier élément pour dire qu'à la fin de la cette semaine, j'aurais le plaisir de vous accueillir à La Celle Saint-Cloud, où le ministre des affaires étrangères dispose d'un château qui n'est pas désagréable. Nous finirons ensemble car je vous ai invité, tous nos ambassadeurs et leurs conjoints et tous les ambassadeurs étrangers en poste à Paris, pour un moment gastronomique. J'ai lu une phrase, qui m'a plu, de Talleyrand, qui était un homme intelligent et qui avait du jugement, qui a dit : «Le meilleur conseiller ou le meilleur atout d'un diplomate, c'était son cuisinier». Je ne veux pas, ici, traiter de problèmes budgétaires, mais cela me semble tout à fait vrai et la gastronomie est certainement l'un des meilleurs ambassadeurs de la France. Comme il faut à la fois prêcher l'exemple et parler de sujets que l'on connaît, j'ai demandé à une vingtaine de grands chefs de venir nous faire la cuisine samedi.

Voilà ce que je voulais dire en quelques mots sans aller au fond des sujets. Le président de la République a évoqué tout cela d'une façon extrêmement éloquente et convaincante. Ce soir, le Premier ministre viendra nous parler mais plus de ce que fait le gouvernement puisque par tradition, il y a une répartition des fonctions./.

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14. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Attractivité de la France - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(...)

Globalement, je voulais insister devant vous, malgré la gravité de la conjoncture que nous vivons (je parle de la conjoncture politique internationale), sur l'enjeu de l'attractivité. Nous devons multiplier les décisions d'investissement créateur d'emplois en France. Là aussi, c'est une tâche que vous devez accomplir. Non pas simplement attirer des entreprises pour qu'elles viennent dans les pays amis, pour développer un courant d'échange, mais également susciter dans les pays où vous êtes un intérêt pour la France, pour des investissements en France.

Laurent Fabius, avec le ministre de l'intérieur, a fait en sorte que nous puissions simplifier la délivrance des visas pour les investisseurs, les entrepreneurs, les étudiants, les chercheurs... Parce que c'était quand même un paradoxe : on voulait que les gens viennent, mais on ne leur permettait pas de venir. Ce qui est compliqué pour investir, sauf à le faire sur internet mais cela n'a pas donné toujours les résultats escomptés...

De la même façon, le tourisme est devenu pour nous un élément d'attractivité. C'est le principe même, le symbole même, de l'attractivité qui veut venir nous voir. Nous sommes la première destination touristique du monde. Cela flatte notre orgueil... Mais nous ne sommes pas le pays qui a le plus d'excédent dans sa balance touristique. Cela heurte nos habitudes... Nous devons faire en sorte que nous puissions proposer des produits, des équipements, et être le plus possible accueillants, parce que si l'on n'est pas bien reçu, il n'y a aucune raison qu'on vienne nous voir. Cela commence, et Laurent Fabius en a fait l'expérience lui-même, à l'aéroport.

Nous n'allons pas faire que les ambassadeurs aillent dans les gares pour faire agent d'accueil... Mais s'il le faut, nous le ferons ! Ce que nous devons faire, c'est que l'ensemble des acteurs économiques se mobilisent par rapport à cette ambition-là. J'ai donné un chiffre : le tourisme, c'est 7 % du PNB, c'est deux millions d'emplois. Nous voyons que nous avons, puisque nous sommes le pays le plus beau du monde, un certain nombre de marges à construire. Nous le ferons avec la culture.

La culture, ce n'est pas une forme d'excellence française que nous proposons au monde avec obséquiosité et avec le souci que notre langue puisse être parlée sans que nous fassions d'effort pour qu'il en soit ainsi. La culture, c'est un vecteur, non seulement d'influence, non seulement de partage, mais aussi de développement économique. La bataille des industries culturelles, on le voit bien, va bientôt arriver, avec des opérateurs qui vont venir, dès cet automne, pour proposer leurs produits. Nous pouvons ériger des barrières, fixer des cordons sanitaires sur le plan culturel, c'est perdu d'avance... Ce qu'il faut, c'est être les meilleurs, tout en défendant l'exception culturelle. C'est ce que nous allons faire dans toutes les négociations internationales.

Les industries culturelles doivent être pour nous un enjeu majeur comme, d'ailleurs, le développement international de nos universités, de nos grandes écoles. Parce que nous devons permettre à plus de jeunes Français de découvrir le monde. Nous n'avons rien à craindre, lorsque nous voyons un certain nombre de jeunes diplômés aller à l'étranger - cela serait le contraire qui serait pernicieux - à la condition bien sûr qu'ils reviennent et qu'ils viennent donner leur talent à leur propre pays qui les a formés. N'oublions jamais qui a formé, parce que nous ne sommes rien sans la République !

Et puis, il y a l'accueil des étudiants étrangers en France. Là-aussi, nous devons faire en sorte qu'il y en ait davantage, parce que c'est une condition pour notre propre influence.

Le rayonnement, c'est la francophonie. Jacques Attali vient de me remettre un rapport qui souligne l'immense atout économique que la francophonie peut représenter. Je veux que la dimension économique de la francophonie soit présente, lors du prochain sommet de l'OIF à Dakar, au mois de novembre.

Enfin, défendre la place de la France dans le monde, c'est aussi plaider dans les lieux majeurs de décisions, notamment le G20, pour une croissance plus forte et plus équilibrée. C'est ce que nous ferons en Australie, à Brisbane. Nous continuerons à mettre à l'agenda, les choses ont progressé, la régulation financière et la coopération fiscale internationale.

Ne croyons pas que nous sommes, là aussi, isolés dans ce combat. Les États-Unis et même un pays comme le Royaume-Uni sont venus en soutien. Parce que c'est l'intérêt de tous que la finance noire ou grise puisse être éradiquée et que les conditions fiscales de la concurrence puissent être précisées. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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15. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Politique économique - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

(...)

La France est un pays qui compte sur la scène internationale, grâce à sa diplomatie, grâce à l'outil de défense. Mais l'avenir de la France, c'est aussi son économie. Les attributs de la puissance, les attributs de l'influence, ne sont pas simplement liés à la politique extérieure. C'est aussi ce que nous sommes capables de faire sur le plan de l'économie, de l'industrie, de notre compétitivité. On me dit que je suis loin du sujet. Non je suis dans le sujet parce que la France doit mobiliser tous ses atouts, toutes ses énergies pour rester à son niveau. Aujourd'hui, c'est la cinquième puissance économique du monde.

C'est pourquoi j'ai engagé le pacte de responsabilité et de solidarité et défini aussi une stratégie de compétitivité pour que les entreprises soient plus modernes, plus fortes et que notre commerce extérieur puisse être rééquilibré.

D'ailleurs, je considère que le redressement du commerce extérieur fait partie de la politique extérieure. C'est la raison qui a justifié que nous puissions rassembler, autour du ministre des affaires étrangères, les services et les moyens du commerce extérieur. C'est votre rôle aussi aujourd'hui, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs.

Pour accompagner nos entreprises à l'exportation, nous devons revoir un certain nombre de nos dispositifs. La simplification, là aussi, a sa place avec une unité de pilotage. Ce qui fait souvent le charme de la France, c'est la pluralité des acteurs, y compris administratifs. Mieux vaut concentrer, pour mieux décider et pour agir plus vite.

Je sais que c'est une mission nouvelle pour vous. Vous en connaissez l'enjeu et je vous demande de l'exercer avec tous les ministères, tous les opérateurs et notamment la Banque publique d'investissement et toutes les régions françaises qui font également beaucoup pour le développent des exportations. Notre cible, ce sont les PME qui doivent être davantage à l'international. Et nous devons nous concentrer aussi sur certaines zones géographiques. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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16. XXIIe Conférence des Ambassadeurs - Défense - Union européenne - OTAN - Discours d'ouverture de M. François Hollande, président de la République (Paris, 28/08/2014)

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Pour répondre à toutes ces sollicitations, à tous nos devoirs, à tous les risques, la France dispose d'un outil militaire efficace. C'est pourquoi j'ai décidé de maintenir les crédits de la loi de programmation militaire. Chacun considère que c'est un choix d'évidence. Quand on a à réduire les déficits, quand on connait une croissance faible, il a fallu, non pas simplement l'insistance du ministre de la défense, mais toute la conviction qui doit être la nôtre et la vôtre, pour que nous prenions bien acte qu'avoir un outil de défense, ce n'est pas simplement un élément de puissance, c'est une condition même pour notre propre sécurité.

Mais nous ne pouvons pas simplement en rester à des volumes de crédits sur lesquels je vois des spécialistes disserter au centime d'euro près. Ce qui compte, c'est l'usage de ces crédits : est-ce qu'ils sont employés pour être les mieux adaptés aux menaces ? D'où l'enjeu de la cyberdéfense, par exemple, mais aussi du renseignement. C'est pourquoi j'ai veillé à ce que les capacités de la DGSE puissent être également renforcées.

Je disais que parfois nous courons le risque - on ne nous le reproche pas à l'étranger, c'est exceptionnel, mais en France - d'agir seul. Je réponds que nous ne sommes pas seuls, nous sommes les premiers. C'est assez différent. Nous sommes parfois même des pionniers dans la solidarité internationale. Mon intention est toujours d'agir avec nos partenaires européens. Parce que plus que jamais, j'ai la conviction que l'Europe doit être présente en tant que telle dans un monde où la neutralité n'est plus permise.

L'ambition mille fois répétée d'une véritable Europe de la Défense - surtout de la part de ceux qui ne font rien - doit maintenant devenir une réalité. L'Union européenne ne peut pas tout attendre d'un ou de deux États membres - je dirais essentiellement d'un, c'est-à-dire la France - pour assurer l'essentiel de l'engagement budgétaire et humain au bénéfice de la sécurité de tous. Cette prise de conscience et ce partage de l'effort sont les conditions du renforcement de l'Europe sur la scène internationale.

Dans quelques jours, je me rendrai au sommet de l'OTAN qui doit définir sa mission et savoir à quoi elle sert. Il y a une idée que nous allons promouvoir, c'est celle de doter l'Alliance d'une capacité de réaction rapide, pour faire face aux crises, et dans laquelle chaque pays membre doit prendre sa part. (...)./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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17. Nomination de M. Rémy Rioux - Déclaration du porte-parole du ministère des affaires étrangères et du développement international (Paris, 28/08/2014)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, a décidé de nommer M. Rémy Rioux, secrétaire général adjoint du ministère, en charge des affaires économiques.

M. Rémy Rioux aura un rôle d'impulsion de la diplomatie économique et mobilisera l'ensemble des acteurs concernés pour faire du développement international de l'économie française une des priorités du ministère.

M. Rémy Rioux, conseiller maître à la cour des comptes et ancien directeur de cabinet du ministre de l'économie et des finances, travaillera avec l'ensemble des services du ministère et du gouvernement pour renforcer la politique d'attractivité et de croissance./.

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