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Déclarations officielles de politique étrangère du 16 juillet 2014


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Serbie/Bosnie-HerzĂ©govine/ConsĂ©quences des inondations/ConfĂ©rence des donateurs - Parlement europĂ©en/Session plĂ©nière/DĂ©placement de M. Harlem DĂ©sir Ă  Strasbourg - Irak/PrĂ©sidence du Parlement - Afghanistan/Attentat dans la province de Paktika (Paris, 16/07/2014)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations suivantes :

1 - Serbie/Bosnie-Herzégovine - Conséquences des inondations - Conférence des donateurs (Bruxelles, 16 juillet 2014)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, participe aujourd'hui à Bruxelles à la conférence internationale des donateurs pour l'aide à la reconstruction en Serbie et Bosnie-Herzégovine, à la suite des inondations catastrophiques qui se sont produites en mai. Il coprésidera cette réunion avec la Première ministre slovène Alenka Bratusek et les commissaires européens Stefan Füle et Kristalina Georgieva.

Organisée à la suite de l'entretien du président de la République avec son homologue serbe le 22 mai, cette conférence permettra de réunir les fonds nécessaires aux besoins les plus urgents : reconstruction des logements d'ici l'hiver, infrastructures routières et ferroviaires, énergie, relance de l'économie et appui aux petites et moyennes entreprises. Elle permettra également de mettre en oeuvre des projets communs dans des domaines essentiels, tels que la gestion régionale de l'eau et la lutte contre les dérèglements climatiques.

La France est, depuis les inondations de mai dernier, mobilisée pour contribuer à la reconstruction des zones sinistrées en Serbie et Bosnie-Herzégovine.

2 - Parlement européen - Session plénière - Déplacement de M. Harlem Désir à Strasbourg (17 juillet 2014)

M. Harlem Désir, secrétaire d'État aux affaires européennes, se rendra demain à Strasbourg à l'occasion d'une réunion de travail qu'il organise avec les parlementaires européens français élus le 25 mai.

Cette rencontre permettra de présenter aux élus français les priorités majeures qui, selon le gouvernement, doivent être conduites tout au long de la législature (notamment croissance et emploi, climat et énergie, liberté, sécurité et justice).

Elle sera aussi l'occasion de faire le point sur notre dispositif de suivi des activités du Parlement européen, dont le rôle dans le processus décisionnel est fondamental, en particulier depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

3 - Irak - Présidence du Parlement

La France salue l'élection le 15 juillet de M. Salim Al-Joubouri à la présidence du Parlement irakien, ainsi que celle de MM. Haydar Al-Abadi et Aram Mohamad Ali aux postes de premier et second vice-présidents.

Il s'agit d'une étape importante dans la reprise du processus politique et démocratique, indispensable pour faire face aux défis qui se posent à l'Irak.

Seule une solution politique inclusive, acceptable par toutes les composantes de la population irakienne, permettra de sortir de la crise actuelle.

4 - Afghanistan - Attentat dans la province de Paktika (15 juillet 2014)

La France condamne l'attentat perpétré le 15 juillet dans la province de Paktika, dans l'est de l'Afghanistan, qui a causé la mort de nombreux civils.

Nous exprimons nos vives condoléances aux familles des victimes.

En ce moment douloureux, la France assure les autorités et le peuple afghans de sa solidarité./.

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2. Politique Ă©trangère - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Culture» (Paris, 16/07/2014)

(...)

Q - C'est aujourd'hui que s'ouvrent à Paris les Journées du réseau d'action et de coopération culturelle, des journées dédiées à promouvoir l'action et la diplomatie culturelle française. Nous en parlerons tout à l'heure. Diplomatie culturelle, mais aussi diplomatie économique, qui reste l'un de vos leviers d'action de prédilection, surtout depuis que votre ministère a récupéré le portefeuille du commerce extérieur. Nous allons parler bien sûr, avec vous, de la situation internationale, de l'impossible paix au Proche-Orient, de l'action de la France en Afrique et notamment au Mali où un soldat français a été tué hier, et puis nous évoquerons également avec vous les questions climatiques et la préparation de la Conférence internationale Paris Climat 2015.

À travers tous ces champs d'intervention, y a-t-il une doctrine Fabius en matière de diplomatie ?

R - Est-ce qu'il y a une doctrine, non pas Laurent Fabius, mais de la France, sur les problèmes internationaux ? Oui, il y a une doctrine, une approche, qui comporte quatre objectifs :

Le premier objectif - on va en parler à propos d'Israël et de la Palestine -, c'est la paix et la sécurité. La France, partout, recherche la paix et la sécurité, non pas le pacifisme, parce que souvent il faut être fort pour aller vers la paix, mais la paix et la sécurité.

Le deuxième objectif, c'est ce que j'appelle la planète, c'est-à-dire l'organisation de la planète, et puis la défense de la planète, la question du climat.

Le troisième objectif, c'est la réorientation de l'Europe, parce que nous sommes Européens, mais nous pensons que la politique européenne, souvent, ne va pas dans le bon sens.

Et le quatrième et dernier objectif, c'est le redressement et le rayonnement de la France. Et à chaque fois que le président de la République, le Premier ministre ou moi-même, avons à prendre des orientations, nous nous référons à ces quatre objectifs.

(...)

Q - Vous avez défini à notre micro ce qu'était la doctrine diplomatique de la France, ce monde zéro polaire, il y a quand même un vocabulaire...

R - Malheureusement zéro polaire, nous voudrions qu'il soit multipolaire organisé...

Q - ...qu'il soit mieux organisé. Il y a des mots qui reviennent assez régulièrement notamment dans le discours de François Hollande qui voulait, je cite «punir ceux qui ont gazé les populations civiles», on pense à Bachar Al-Assad, qui voulait écraser les terroristes au Sahel, est-ce qu'il n'y a pas un vocabulaire au minimum faucon, voire néoconservateur ? Il y a un an et demi, Dominique de Villepin écrivait dans une tribune «le virus néoconservateur a gagné tous les esprits».

R - Nos objectifs sont - je les ai résumés - en particulier la sécurité, la paix, la meilleure organisation du monde, le respect des principes qui sont à la fois les principes de la France et les principes d'une organisation équilibrée du monde. C'est à partir de là que nous décidons d'agir. (...)./.

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3. IsraĂ«l - Territoires palestiniens - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Culture» (Paris, 16/07/2014)

(...)

Q - Commençons, si vous le voulez bien, Laurent Fabius, par la situation internationale et l'offensive militaire d'Israël dans la bande de Gaza. Huitième jour du conflit, on dénombre plus de 200 morts côté palestinien, dont 80 % de civils selon l'ONU, un premier mort côté israélien hier, le cessez-le-feu proposé par l'Égypte qui a fait long-feu. Pour commencer, est-ce que François Hollande a réagi maladroitement mercredi en publiant un communiqué de soutien à Israël sans un seul mot pour les civils palestiniens ?

R - Notre objectif numéro 1 c'est le cessez-le-feu, parce que la situation actuelle est terrible. Vous avez d'un côté plus de 200 morts depuis hier du côté palestinien.

C'est une situation abominable. Et, de l'autre, vous avez Israël qui fait l'objet d'envois de roquettes de la part du Hamas.

Notre objectif c'est la paix et la sécurité, c'est la raison pour laquelle nous disons «cessez-le-feu immédiat». C'est la raison pour laquelle j'ai soutenu - je l'avais hier au téléphone - le ministre des affaires étrangères égyptien. L'Égypte a proposé un plan tout à fait satisfaisant, il a été accepté par Israël, malheureusement le Hamas ne l'a pas accepté. J'espère qu'on va pouvoir arriver au cessez-le-feu.

Le cessez-le-feu doit déboucher sur une trêve, qui elle-même ne pourra être valable que si on discute à la fois de la sécurité d'Israël et de l'accès de Gaza, bien sûr ; il y a les deux aspects. Et ensuite il faut - parce que c'est le fond du sujet - aller vraiment vers une négociation politique. Tant que vous aurez une situation où, d'un côté, la sécurité d'Israël n'est pas assurée et, de l'autre côté, les droits à la justice des Palestiniens ne sont pas assurés, évidemment vous aurez cette situation dramatique qu'on connaît en ce moment.

Donc, là encore, objectif numéro 1 de la France : paix et sécurité, et cela s'applique bien sûr au conflit israélo-palestinien.

Q - Donc pas de maladresse diplomatique dans ce communiqué de l'Élysée mercredi ?

R - Non, je pense qu'il y a eu une surinterprétation. Je connais bien la position du président de la République, qui est à la fois bien sûr de défendre le droit à la sécurité d'Israël et, en même temps, de dire que les Palestiniens doivent être respectés et que des injustices qui sont faites, qui sont très graves, faites à leur endroit, ne doivent plus exister.

Q - Vous évoquiez des objectifs assez fermes «cessez-le-feu», «trêve» et «processus de paix». Or, pour aboutir à un accord politique il faut des envies politiques fortes. M. Netanyahou est affaibli par son extrême droite, M. Abbas est affaibli tout court, si je puis dire, le Hamas est divisé entre une aile politique qui négocie au Caire et une aile militaire, Obama n'a pas très envie de s'impliquer plus allant dans le conflit israélo-palestinien, il y a quand même une faiblesse politique généralisée dans cette région et des acteurs principaux, l'Union européenne, on le sait, n'a jamais trop pesé, il n'y a pas d'envie politique.

R - Malheureusement vous décrivez assez bien la situation. Le conflit israélo-palestinien c'est un conflit particulier. Pourquoi ? Très souvent, dans les conflits internationaux, la question principale c'est «quelle est la bonne solution ?» Et on cherche - c'est l'objet de la diplomatie - à trouver la meilleure solution. Là, en ce qui concerne le drame israélo-palestinien, on connaît les paramètres de la solution, c'est tout ce qu'on dit...

Q - Deux États, deux reconnaissances.

R - Sur les deux États. Mais le problème c'est d'arriver à pousser, et même plus que pousser, les deux parties à accepter cette solution. C'est donc un conflit d'une nature un peu différente des autres.

Et c'est vrai que les Américains ont essayé - John Kerry, vraiment, s'est donné à fond - mais cela n'a pas fonctionné.

L'Europe, je l'ai proposé hier à mon collègue égyptien, est prête à faire des choses, notamment à travers ce qu'on appelle EUBAM, c'est-à-dire des forces qui pourraient contrôler les passages entre Gaza et Israël. Les pays arabes ont fait part de leur soutien à ce projet. Il faudrait également obtenir l'accord des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Mais je pense que si on se repose uniquement - et je reprends votre réflexion qui était juste - sur la bonne volonté des deux parties, on risque d'y être encore pour un temps indéfini. Donc, la solution est connue, et il faut vraiment que la communauté internationale - tous ceux que vous avez cités et que j'ai cités - se réunisse autour de cela pour dire «on a là un conflit qui est malheureusement fondamental et fondateur de beaucoup d'autres conflits...» Il est essentiel d'arriver à le dénouer.

Q - Laurent Fabius, quelle place, alors, pour la diplomatie française en 2014 dans ce conflit ? On n'a pas l'impression que ce soit une priorité de François Hollande.

R - Si, tout à fait. La France a, et c'est sa force, à la fois des relations confiantes avec Israël, il y a des points sur lesquels nous sommes d'accord avec sa politique et des points sur lesquels nous sommes en désaccord, et Israël sait bien que nous sommes très attachés à sa sécurité et aussi nous avons des relations proches avec Mahmoud Abbas, pas avec le Hamas, mais avec Mahmoud Abbas.

Et la France a donc cette vertu tout à fait essentielle de pouvoir discuter avec les deux. J'envisage moi-même, le cas échéant, si c'est nécessaire, de me rendre en Égypte, parce que c'est là, actuellement, que cela se passe.

Donc, nous avons ce rôle-là. Nous poussons l'Europe à agir encore davantage et nous pouvons jouer le rôle de pont, qui est essentiel, pas tout seul bien sûr mais avec les autres, en utilisant notre statut particulier de membre permanent du Conseil de sécurité.

Q - Et au moment où nous parlons une dépêche vient de tomber : Israël appelle 100.000 habitants de Gaza à évacuer leur domicile, peut-être que ça préfigure une offensive terrestre. Ce matin dans L'Express une interview de l'historien israélien Zeev Sternhell qui dit «Netanyahou est faible parce qu'il est pris en otage par une opinion publique de plus en plus radicale, de plus en plus religieuse.» C'est un peu paradoxal quand il y a plus de 200 morts, mais est-ce qu'effectivement Netanyahou est faible en Israël ?

R - Je ne vais pas me prononcer par un jugement sur tel ou tel gouvernement. Mais il est vrai que les considérations de politique intérieure, dans ce pays, comme dans beaucoup d'autres, jouent un rôle important.

Moi, je veux me situer par rapport à notre objectif. Compte tenu du caractère désastreux du conflit aujourd'hui il faut, c'est la position de la France, plaider pour le cessez-le-feu, plaider pour la trêve, plaider pour la reprise de la négociation, dont j'ai donné les termes.

(...)

Q - Une réaction rapide sur Israël qui vient d'appeler 100.000 habitants de Gaza à évacuer leur domicile et donc ce qui laisserait préfigurer une possible intervention militaire terrestre, cette intervention militaire terrestre elle est nécessaire.

R - Oui, mais là on rentre dans ce dont je parlais tout à l'heure. C'est la raison pour laquelle nous plaidons pour le cessez-le-feu qu'a accepté hier Israël mais qu'a malheureusement refusé la branche armée du Hamas. Nous ne nous résignons pas à ce que l'escalade continue, c'est une situation désastreuse.

(...)./.

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4. IsraĂ«l - Territoires palestiniens - Égypte - DĂ©claration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international (Paris, 15/07/2014)

Je me suis entretenu avec mon homologue égyptien, M. Sameh Choukri. J'ai réitéré le plein soutien de la France à l'initiative de l'Égypte, endossée par la Ligue arabe, en vue d'un cessez-le-feu immédiat. Cette initiative positive a été acceptée par le gouvernement israélien, mais rejetée jusqu'à présent par le Hamas. La France appelle toutes les parties à la mettre en oeuvre sans délai. Tous les efforts doivent converger pour faire cesser la violence et assurer la protection des populations civiles.

Pour que la trêve soit durable, j'ai souligné qu'elle devait répondre aux besoins légitimes d'Israël en matière de sécurité comme aux besoins humanitaires et économiques palestiniens. L'Autorité palestinienne doit y être, bien sûr, étroitement associée./.

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5. Lutte contre l'antisĂ©mitisme - RĂ©ponse de M. Manuel Valls, Premier ministre, Ă  une question Ă  l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 15/07/2014)

Monsieur le Député,

Je souhaiterais que, dans de tels moments, face à des débordements tout à fait intolérables il y ait, de la part de la représentation nationale et de tous les responsables politiques, comme cela a été souvent le cas, une capacité d'union et de rassemblement.

Même sur un sujet qui met en cause - vous n'avez pas tort à cet égard - la cohésion, le ferment même de la nation, vous trouvez une fois encore, et je le regrette le moyen de diviser et de faire porter la responsabilité sur le président de la République.

Sur des sujets comme celui-là, sur lesquels, d'ailleurs, comme tous ici, j'ai toujours été intraitable, que ce soit en tant que ministre de l'intérieur, de parlementaire ou, tout simplement, de responsable politique, ne pourrait-on pas se retrouver, plutôt que de diviser et d'en appeler en permanence à la confrontation politique ? La lutte contre le racisme, l'antisémitisme, la division et le communautarisme devrait nous rassembler, au nom même des valeurs de la République.

Pourquoi essayer, Mesdames et Messieurs de l'opposition, de diviser et de casser, alors que, au contraire, le rassemblement, la capacité à trouver les mêmes mots, à nous retrouver autour des mêmes valeurs, constituent la meilleure réponse contre ces débordements, contre ceux qui s'en prennent à des synagogues, contre ceux qui s'en prennent aux juifs de France. Car s'en prendre aux synagogues et aux juifs de France, ce n'est pas s'en prendre à une communauté : c'est s'en prendre à la République, à la France et à nos valeurs. Voilà ce qui devrait être en permanence rappelé et qui rendrait d'ailleurs plus forte, votre question.

La police française a parfaitement réagi. Elle a empêché, précisément, les intrusions dans les synagogues du quatrième et du douzième arrondissement. Le ministre de l'intérieur, Bernard Cazeneuve, a reçu hier les représentants de la communauté juive. Le président de la République a dit, ce que je redis devant vous, que nous ne pouvons admettre, en France, un seul instant, que l'on cherche une fois encore à importer sur notre sol le conflit du Proche-Orient.

Je veux dire à tous nos compatriotes, notamment à ceux de confession juive, qu'ils ont droit évidemment à la sécurité, que nous sommes à leurs côtés, que nous saisissons la justice et que jamais nous ne permettrons ces divisions, parce que ce n'est pas cela, la France. Voilà, comment on rassemble un pays : en agissant pour les valeurs de la République./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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6. Irak - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Culture» (Paris, 16/07/2014)

(...)

Q - Alors justement Laurent Fabius, quelle réponse à apporter à ce califat autoproclamé ? Est-ce qu'il faut le chasser ? Est-ce qu'il faut aider l'armée irakienne à reprendre Mossoul ? Quelle est la position de la diplomatie française sur ce sujet ?

R - La diplomatie française a une position triple. Premièrement, nous condamnons de la façon la plus sévère et la plus nette, les actions de l'EIIL. D'ailleurs nous avons demandé à ce que l'EIIL soit mis sur la liste des organisations terroristes. Quand vous voyez les pratiques de cette organisation, c'est épouvantable. Sur Internet il y a des vidéos où l'on voit les militants de l'EIIL qui jouent au ballon avec les têtes des gens qu'ils ont assassiné, c'est effrayant...

Q - Mais alors que faire de ce califat ? Comment on réagit ?

R - Là, une condamnation absolument nette et sans la moindre circonstance atténuante si je peux dire.

Deuxièmement, nous plaidons pour l'unité de l'Irak et de ce point de vue-là, l'élection qui est intervenue hier du président du Parlement, M. Salim Al-Joubouri, va dans le bon sens. Vous savez qu'il y a une tradition en Irak, il faut qu'un poste aille aux Sunnites, un poste aux Chiites et un poste aux Kurdes. J'espère que cela va permettre à l'Irak de trouver maintenant un président de la République et un nouveau président de la République.

Ensuite, troisièmement, nous soutenons l'opposition modérée en Syrie puisque le califat - prétendu califat -, l'EIIL finalement agit à la fois sur l'Irak et sur le nord de la Syrie. Évidemment si nous ne soutenons pas l'opposition modérée en Syrie, cela va faciliter l'action de l'EIIL. Donc notre position est celle-ci : condamnation de l'action de l'EIIL, agir au soutien de l'unité irakienne et au soutien de l'opposition modérée en Syrie.

Q - Cela veut dire pour le moment, pas d'intervention militaire, pas d'aide à l'armée irakienne, pas de solutions militaires sur le califat précisément ?

R - Non c'est l'armée irakienne, à partir de l'unité du gouvernement irakien, qui doit agir.

(...)./.

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7. Syrie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Culture» (Paris, 16/07/2014)

(...)

Q - Alors, Laurent Fabius, un mot à propos de la situation en Syrie et en Irak. Au moment de l'offensive de EIIL dans le nord de l'Irak et quelques jours avant la proclamation du califat vous aviez déclaré, en Conseil des ministres «en 2013 la France avait souhaité agir plus vite et plus fort en Syrie, le fait qu'il n'ait pas pu y avoir d'action a conduit au fait que la situation se dégrade.» Pensez-vous qu'avec une intervention unilatérale de la France il y a 1 an, au moment de la découverte de l'utilisation d'armes chimiques, le califat n'existerait pas aujourd'hui, Laurent Fabius ?

R - Vous savez, c'est toujours très difficile, et cela n'a pas grand sens de refaire l'Histoire, parce que, par définition, on ne sait pas ce qui se serait passé avec des si. Mais je voudrais faire référence à deux moments.

Le premier moment - c'est en mai 2012, une première conférence à Genève. Je me rappelle très bien, c'était la première conférence à laquelle je participais et lors de cette discussion à Genève la question qui était posée n'était absolument pas le départ de M. Bachar Al-Assad. Tout le monde était persuadé que M. Bachar Al-Assad allait partir, au point que...

Q - ...Vous le premier, on préparait déjà l'après Bachar Al-Assad.

R - Bien sûr, au point que dans les couloirs, la question posée c'était «où allez-vous aller Monsieur Bachar Al-Assad ?» Pourquoi ?

Que s'est-il passé ? Au départ il y a un petit soulèvement de quelques personnes en Syrie. Puis après Bachar Al-Assad agit d'une telle façon que cela devient un énorme cancer, et tout le monde considérait que Bachar Al-Assad n'avait aucune légitimité à rester. Mais, à l'époque, il n'y avait pas le Hezbollah, et ni de groupes terroristes en Syrie.

Malheureusement on était dans une situation préélectorale aux États-Unis, mais ce ne sont pas du tout les seuls responsables. Ainsi, rien n'a été fait alors que la France avait eu des propos très durs. Sept mois ou huit mois après, il y avait sur place le Hezbollah et des groupes terroristes.

Alors, ensuite, s'est passé le deuxième élément, celui auquel vous faites allusion. Un certain nombre d'entre nous avaient dit «mais s'il y a utilisation d'armes chimiques, à ce moment-là cela change la nature du conflit, puisque depuis... »

Q - C'est ce que dit Obama.

R - Oui, c'est ce qu'il avait dit... «...depuis des décennies et des décennies, nous disons la ligne rouge c'est l'utilisation des armes chimiques.».

Nous avons montré, preuves à l'appui, que Bachar Al-Assad avait utilisé des armes chimiques et tué des centaines de personnes avec les armes chimiques.

Donc, nous nous sommes concertés, avec les Américains, avec les Britanniques, il fallait réagir. Nous avons préparé la réaction, avec les deux autres, simplement les Britanniques ont soumis cela à leur Parlement, qui leur a dit «non», et ensuite le président Obama, c'est son droit...

Q - ...a fait machine arrière.

R - ...a dit «écoutez, le moment n'est pas venu.». Et du coup il y a eu un basculement. Ensuite, les Russes sont intervenus. Enfin, vous connaissez toute cette histoire, et je considère, sans refaire l'Histoire, qu'à ce moment-là cela a donné, de l'image générale, un sentiment je dirais d'une certaine impunité, d'une certaine faiblesse, et qui a eu, à mon avis, des répercussions sur d'autres conflits.

Je ne veux pas refaire l'Histoire, le président Obama est tout à fait maître de sa décision, mais je pense, comme d'autres, que lorsqu'il y a un engagement qui est pris, on doit faire preuve de fermeté.

Q - Est-ce que vous considérez que Barack Obama a peut-être été faible ou indécis ?

R - Non, je ne me permettrais pas ce jugement, d'autant que, il faut être équanime par rapport aux États-Unis. Lorsque les Américains intervenaient partout, et souvent à contretemps...

Q - On le leur reprochait.

R - Je pense à l'Irak. On le leur reprochait. Lorsqu'ils donnent le sentiment d'être un peu en arrière de la main, on leur reproche aussi. Et je dis cela en particulier à mon collègue John Kerry, en souriant, c'est le propre des critiques qui sont adressées à la première puissance mondiale.

Je décris cela de la façon suivante : pendant des décennies, après la guerre, nous avons eu un monde qui était bipolaire : d'un côté les États-Unis et de l'autre l'URSS. Ce n'était pas satisfaisant, mais disons que la plupart des crises étaient réglées par l'alliance objective entre ces deux pays. Cela a duré des décennies.

Ensuite nous avons eu une période, au moment de la chute du Mur de Berlin, où les États-Unis étaient le seul maître à bord. C'est ce que j'appelle le monde, non pas bipolaire, mais unipolaire.

Et aujourd'hui nous sommes dans un monde «zéropolaire.» C'est-à-dire qu'il n'y a pas de puissance ou de groupe de puissances, compte tenu des difficultés de fonctionnement des Nations unies, qui puissent se mettre d'accord - on revient à l'affaire israélo-palestinienne - pour régler tel ou tel conflit, d'où les difficultés syriennes, d'où les difficultés irakiennes. Avec, en plus, des nouveaux phénomènes auxquels il va falloir non seulement réfléchir mais sur lesquels il va falloir agir.

Nous sommes habitués, en diplomatie classique, à traiter d'État à État, ce qu'on appelle la diplomatie westphalienne. Mais EIIL, dont vous avez parlé, ce n'est pas un État, Al-Qaïda ce n'est pas un État, le Hamas non plus et les frontières qui traditionnellement étaient la protection des uns et des autres, aujourd'hui sont diluées. Le califat vise à ce qu'il n'y ait plus de frontière entre l'Irak et la Syrie. Il faut donc que nous adaptions notre action internationale - pas seulement nous la France, mais l'ensemble des puissances - à cette réalité nouvelle qui est extrêmement dangereuse. (...)./.

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8. RĂ©publique centrafricaine - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Culture» (Paris, 16/07/2014)

(...)

Q - Un mot sur la RĂ©publique centrafricaine ?

R - En République centrafricaine, notre objectif a été d'éviter ce qu'on a appelé, peut-être trop rapidement, un génocide. Je rappelle que la veille du jour où nous sommes intervenus, 1.000 personnes ont été tuées dans le pays. Cette intervention a eu lieu à la demande des Nations unies, de l'Union africaine et de la République centrafricaine. (...)./.

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9. Mali - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Culture» (Paris, 16/07/2014)

Q - La France est-elle devenue le pays occidental le plus interventionniste militairement depuis que François Hollande est au pouvoir ?

R - La France accepte d'intervenir à condition que les Nations unies et les pays en question nous le demandent. Cela a été le cas au Mali et en République centrafricaine. Elle accepte d'exposer les siens, c'est vrai. Une diplomatie sans objectifs de paix, cela n'a pas de sens. Mais vouloir obtenir la paix sans en avoir moyens, cela n'a pas beaucoup d'efficacité. S'agissant du Mali, tout le monde reconnait, à commencer par l'ensemble des pays africains, que si la France - qui en avait les moyens - n'était pas intervenue, les terroristes auraient pris le contrôle du Mali. Cela n'a pas été le cas./.

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10. Union europĂ©enne - Aide au dĂ©veloppement - Conseil des ministres (Paris, 16/07/2014)

Le ministre des affaires étrangères et du développement international a présenté un projet de loi autorisant l'approbation de l'accord relatif au financement de l'aide de l'Union européenne au titre du cadre financier pluriannuel pour la période 2014-2020 conformément à l'accord de partenariat ACP-UE et à l'affection des aides financières destinées aux pays et territoires d'outre-mer.

Cet accord institue le 11ème Fonds européen de développement (FED) pour la période 2014-2020. Il s'agit du principal instrument financier de la coopération de l'Union européenne avec les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), ainsi qu'avec les pays et territoires d'outre-mer (PTOM).

Ce FED est doté de 30,5 milliards d'euros pour la période 2014-2020 et reste ainsi quasiment stable par rapport à la période précédente (2008-2013). La France contribue à hauteur de 17,85% de la dotation globale./.

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11. Union europĂ©enne - Situation de l'Ă©conomie - Conseil des ministres (Paris, 16/07/2014)

Le ministre des finances et des comptes publics et le ministre de l'économie, du redressement productif et du numérique ont présenté une communication relative à la situation de l'économie.

Dans les principales économies de la zone euro, la production industrielle a nettement fléchi en mai, notamment dans le secteur manufacturier. Si cette baisse est en partie technique et due au nombre important de ponts cette année, notamment en France, elle illustre également une reprise encore fragile. La croissance du PIB de la zone euro au premier trimestre est ainsi restée basse (0,2 %) et disparate selon les pays. Bien qu'enregistrant une légère reprise de l'emploi au premier trimestre dans la zone euro, le taux de chômage reste élevé et les situations sur le marché du travail hétérogènes.

En juin, l'inflation totale en zone euro demeure à 0,5 %, son plus bas niveau depuis novembre 2009. Dans ce contexte, le soutien de la politique monétaire marqué par les décisions de la BCE du 5 juin et confirmées le 3 juillet est bienvenu et cohérent avec les objectifs de la BCE, qui pourrait aller plus loin si les évolutions de l'inflation s'avéraient défavorables. Afin de soutenir la reprise, les politiques doivent être différenciées par État membre et l'Europe doit mener des politiques plus résolument en faveur de la croissance : les politiques en faveur de la compétitivité dans les États qui en ont besoin doivent s'accompagner d'initiatives permettant de dynamiser la demande dans l'ensemble de la zone euro, notamment en relançant l'investissement au niveau européen comme l'a proposé le nouveau président de la Commission Européenne dans son discours du 15 juillet.

En France, l'indice de la production industrielle est en baisse en mai (-1,7 %) et l'inflation très modérée est en repli au mois de juin (+0,5% sur un an).

Les enquêtes de conjoncture du mois de juin auprès des chefs d'entreprises sont globalement stables, même si elles sont en léger recul sur les segments pénalisés par la faiblesse des carnets de commande. À l'inverse, l'indicateur de confiance des ménages, bien qu'éloigné de sa moyenne de long terme, se redresse légèrement au mois de juin notamment en raison de perspectives financières moins dégradées qu'auparavant.

Ce contexte de reprise encore fragile en zone euro et de chômage élevé justifie la priorité, portée au Conseil européen, d'une initiative pour la croissance en Europe. Le Pacte de responsabilité et de solidarité répond au besoin de restaurer d'une part la compétitivité en France, après 10 ans de dégradation de 2002 à 2012, et d'autre part les marges des entreprises, érodées de 2007 à 2013, leur permettre de soutenir durablement l'emploi, l'innovation et l'investissement, tandis que la pression fiscale sur les ménages commence à être allégée, dès 2014 pour les ménages à revenus modestes./.

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12. Union europĂ©enne - Adaptation au droit de l'Union EuropĂ©enne en matière Ă©conomique et financière - Conseil des ministres (Paris, 16/07/2014)

Le ministre des finances et des comptes publics a présenté un projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne en matière économique et financière.

Ce projet de loi s'inscrit dans un contexte d'activité législative européenne très soutenue au cours des derniers mois, qui va entraîner de nouvelles convergences des États membres dans le domaine économique et financier à l'horizon 2015 et 2016. Le projet de loi transpose, ou habilite le gouvernement à transposer par ordonnance, les règles qui contribueront à la consolidation du marché intérieur et du système financier européen.

Tel est notamment le cas en matière bancaire et financière :

- Le texte habilite le gouvernement à transposer la directive 2014/59/UE du 15 mai 2014 établissant un cadre pour le redressement et la résolution des établissements de crédit et des entreprises d'investissement. Cette directive tire les enseignements de la crise financière et vise à doter les États membres d'outils nouveaux et efficaces permettant de faire face à la faillite désordonnée des établissements de crédits.

- De même, la directive 2014/49/UE du 16 avril 2014 relative aux systèmes de garantie des dépôts qui permettra d'offrir une protection accrue et harmonisée ainsi qu'une indemnisation plus rapide des déposants.

- Enfin, le projet de loi habilite le gouvernement à transposer par ordonnance la directive 2009/138/CE dite «Solvabilité 2», afin de permettre une entrée en vigueur au 1er janvier 2016 du nouveau régime prudentiel applicable aux organismes d'assurances. Celui-ci doit conduire à un renforcement significatif de la gestion des risques et de la transparence en ce domaine.

Le projet de loi permet également la transposition de textes européens relatifs aux obligations de transparence des entreprises :

- La transposition de la directive n° 2013/50/UE du 22 octobre 2013, dite «transparence», s'inscrit dans le cadre du «choc de simplification», avec des mesures concrètes en faveur des entreprises, allégeant certaines obligations déclaratives et favorisant la prise en compte d'analyses de long terme de la performance économique des sociétés.

- La directive 2013/34/UE du 26 juin 2013, dite «comptable», transposée par le projet de loi, introduit notamment une nouvelle obligation de transparence pour les industries du secteur extractif et forestier afin de permettre la publication des sommes qu'elles versent aux gouvernements des pays dans lesquels elles sont actives. Le président de la République s'est engagé avec les autres dirigeants européens du G8 à transposer rapidement cette disposition de la directive européenne, afin d'encourager un usage responsable des ressources naturelles dans les pays en développement.

Enfin, plusieurs mesures du projet de loi intéressent directement les consommateurs et leur protection :

- Le projet de loi habilite ainsi le gouvernement à transposer par voie d'ordonnance la directive 2013/11/UE relative au règlement extrajudiciaire des litiges de consommation. Ce texte permettra de mettre en place des mécanismes de médiation d'un haut niveau de qualité évalués par une autorité indépendante. Les consommateurs pourront ainsi faire aisément valoir leurs droits, quel que soit le professionnel concerné.

- Le projet de loi habilite également le gouvernement à transposer la directive 2014/17/UE relative au crédit immobilier. L'information des clients ainsi que les pratiques des prêteurs et des intermédiaires de crédit seront normalisées. La directive introduit notamment une fiche d'information standardisée qui permettra au client de comparer facilement les différentes offres de prêts. Elle définit en outre un cadre européen pour l'activité d'intermédiaire de crédit./.

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13. Partenariat transatlantique - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Culture» (Paris, 16/07/2014)

(...)

Q - Peut-être un mot pour rester sur cette notion de diplomatie culturelle, sur le traité transatlantique. La négociation avec les États-Unis fait quand même pas mal râler en France en disant que nous sommes justement en train d'abdiquer une forme de souveraineté culturelle.

R - Précisément non puisqu'il a été décidé de laisser de côté tout ce champ-là pour qu'on respecte la diversité culturelle, ce qu'on appelle l'exception culturelle. Il est évident que si les négociateurs voulaient revenir sur cette décision, la France ne pourrait pas s'y associer.

Je précise là-dessus, sur ce qu'on appelle le traité transatlantique, que je n'ai pas a priori de position pour ou contre. Si on peut avoir un traité qui permet à l'Europe et à la France d'être plus présentes aux États-Unis, pourquoi pas ? Mais à condition que nos intérêts et nos prérogatives soient respectés.

Je vous ai dit qu'il ne faut pas que soit mise en cause l'exception culturelle, de même il ne faut que soient mises en cause les normes auxquelles nous tenons en matière de nourriture, en matière d'agriculture.

Il faut aussi éventuellement que les juges des différends soient des juges publics et non pas des juges de tribunaux privés. C'est quelque chose que nous avons dit et qui doit être respecté. Il y a toute une série d'éléments et il faut aussi que nous y trouvions un intérêt.

Q - Quel intérêt pourrait y trouver la France justement, Laurent Fabius ?

R - Les marchés publics, c'est très important car cela permet de faire fonctionner les entreprises. Les marchés publics européens sont ouverts à 80 % aux Américains mais les marchés publics américains sont ouverts à 25 % aux Européens. Il faut le corriger et si on le corrige, cela va nous permettre de pénétrer davantage sur les marchés publics de toutes sortes. Là, la négociation n'est pas faite et on jugera donc sur pièce. Si la négociation est positive pour nous, on dira oui, mais si la négociation n'est pas satisfaisante, on dira non./.

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14. DĂ©règlements climatiques - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Culture» (Paris, 16/07/2014)

Q - J'aimerais qu'on évoque avec vous un autre dossier important qu'est la conférence Paris Climat 2015. Cette conférence est importante puisque si elle aboutit, ce serait le tout premier accord mondial sur le climat, qui devrait déboucher sur un texte en mesure de limiter à deux degrés le réchauffement climatique d'ici 2100. On mesure l'importance du rendez-vous, pour autant les grandes conférences sur le climat se terminent souvent dans des impasses ou par des textes vidés de leur substance. Quelle est votre recette miracle pour éviter un rendez-vous manqué ?

R - Le travail ! La France va effectivement présider cette conférence à la fin de l'année prochaine et c'est une conférence absolument majeure. Vous avez très bien défini la question. Il y a non seulement un réchauffement climatique mais également un dérèglement bien visible.

Q - Vous êtes allé vous-même en Norvège, il n'y a pas longtemps, pour constater la fonte des glaciers.

R - Tous les phénomènes extrêmes, les chaleurs, les froids, les typhons, les tempêtes, sont beaucoup plus importants qu'avant. Chaque citoyen peut le constater.

En plus, il y a un réchauffement, qui se traduit par une augmentation du niveau des mers avec des recouvrements à terme de toute une série de pays. Les inondations ont aussi, par exemple des incidences très fortes sur l'agriculture, ce qui pose un problème pour nourrir, du coup, toute la population mondiale. Ce réchauffement a aussi une incidence sur l'air qu'on respire. C'est donc une affaire majeure. Pas seulement pour 2100, mais dès aujourd'hui.

Donc, il faut arriver à convaincre l'ensemble des pays du monde, qu'il faut à la fois un accord normatif et différencié, et en même temps que nous avons des solutions. L'originalité va donc être, à la fois d'avoir un accord juridique, et en même temps, de montrer qu'il y a des solutions. Il y a toute une série de villes qui ont fait déjà des choses extraordinaires, toute une série de branches professionnelles. Nous avons pour cela 500 jours, donc c'est 500 jours pour éviter la catastrophe. L'enjeu est colossal, c'est probablement l'une des discussions internationales les plus importantes de l'ensemble de ce siècle.

Q - Mais encore une fois, Laurent Fabius, comment éviter un texte ou un sommet qui serait vidé de sa substance, comme le sommet de Vienne par exemple ?

R - Avec plein de crochets.

Q - Avec des crochets, de Copenhague.

R - C'est le travail, c'est la diplomatie. On a des éléments positifs. Par exemple la Chine, qui dans le passé était réticente, se rend compte maintenant qu'il y a un énorme problème pour elle ; les États-Unis, en tout cas le président Obama, est très favorable à un accord ; l'Inde elle-même, où je me trouvais la semaine dernière, est en train d'évoluer ; l'Europe avance. Il y a des pays qui sont réticents, donc il va falloir les convaincre. C'est un travail énorme, mais c'est celui qu'on a confié, notamment à la France.

Q - Et pour autant le charbon reste le principal combustible fossile et sa consommation doit continuer Ă  augmenter, au moins jusqu'en 2030.

R - C'est un énorme problème, parce que, quand on parle des gaz à effets de serre, le principal c'est le CO2, donc à l'origine le charbon, mais il n'y a pas que le CO2, il y a aussi le méthane et d'autres gaz, dont il faut arriver, à terme, à diminuer l'ampleur./.

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15. DĂ©règlements climatiques - CommuniquĂ© du ministère de l'Ă©cologie, du dĂ©veloppement durable et de l'Ă©nergie (Paris, 15/07/2014)

Ségolène Royal présente à Berlin le nouveau modèle énergétique français avec la loi de transition énergétique Ségolène Royal a participé à Berlin, lundi 14 juillet, à une réunion ministérielle sur le changement climatique dite «dialogue de Petersberg», conviée par la chancelière allemande Angela Merkel et le président péruvien Ollanta Humala, dont le pays assurera la présidence de la conférence climat de décembre 2014.

Dans le cadre d'un partage des expériences nationales, Ségolène Royal a présenté le projet de loi de programmation pour un nouveau modèle énergétique français dont la construction prend appui sur les meilleures pratiques internationales et sur les expériences réussies des collectivités locales françaises. Ce projet de loi, l'un des plus avant-gardistes comme l'a récemment souligné le directeur de l'énergie de la Commission européenne, illustre que l'adaptation au changement climatique est non seulement une ardente obligation, mais aussi une chance pour mobiliser de nouveaux leviers de croissance verte et de création d'emplois non délocalisables. Les négociations climatiques doivent passer d'une logique de partage du fardeau à un dialogue sur les moyens concrets de mobiliser les citoyens, les entreprises et les territoires.

Angela Merkel a salué l'initiative française en matière de transition énergétique. Elle a assuré de tout son soutien pour la réunion Paris Climat 2015 et a annoncé qu'elle ferait de l'environnement une priorité du G7.

La réunion a invité les États participants à préparer leurs contributions nationales à l'accord de Paris pour le premier trimestre 2015, comme le fera l'Union européenne. Ségolène Royal a souligné que la France serait, en tant que future présidente de la COP21, à l'écoute des préoccupations de l'ensemble des Parties. France et Allemagne ont également confirmé qu'elles contribueraient à la hauteur de leurs responsabilités au fonds vert, destiné à accompagner les efforts des pays en développement.

Le président Humala a rappelé l'importance du succès de la conférence de Lima en décembre 2014, dans la perspective de celle de Paris. Ségolène Royal l'a assuré de l'entière mobilisation de la France pour que des résultats tangibles soient obtenus dès cette année./.

(Source : site Internet du ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie)

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16. JournĂ©es du rĂ©seau - Services Ă©conomiques, rĂ©seaux Ubifrance et AFII - Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international (Paris, 16/07/2014)

Mesdames, Messieurs,

J'ai choisi de m'adresser à vous à l'occasion de ces journées des réseaux, ouvertes cette année aux réseaux à l'étranger de la Direction générale Trésor, d'Ubifrance et de l'AFII. C'est une première, même si, pour beaucoup d'entre vous, j'ai déjà eu l'occasion de vous rencontrer, quelle que soit l'origine ou la mission qui est la vôtre, chefs des services économiques, personnels d'Ubifrance et de l'AFII, et d'autres, vous travaillez d'une manière ou d'une autre, tous au sein et avec les ambassades. Vous faites partie intégrante de notre action internationale.

Je ne vais pas revenir longuement sur la nouvelle organisation gouvernementale : c'est maintenant une donnée que vous connaissez. L'objectif qu'ont choisi le président de la République et le Premier ministre, c'est d'améliorer la cohérence et l'efficacité, notamment en évitant les doublons. Je compte sur votre concours pour mettre en oeuvre cette belle organisation.

La nouvelle répartition des compétences s'accompagne d'un «casting» renouvelé. Je salue le nouveau directeur général du Trésor, Bruno Bézard, et la nouvelle présidente de l'AFII et directrice générale d'Ubifrance, Muriel Pénicaud. Leur présence aux côtés du secrétaire général du Quai d'Orsay est une illustration directe de notre nouvelle organisation. Je sais que nous travaillerons efficacement ensemble : en témoigne la signature récente d'une convention entre la Direction générale du Trésor et le quai d'Orsay.

Cette organisation, nous l'avons conçue pour améliorer la force de frappe de notre diplomatie économique.

Vers quoi et comment ? C'est à ces questions que je souhaite répondre aujourd'hui, en vous décrivant la feuille de route qui sera désormais la vôtre.

 

1) Trois objectifs de diplomatie Ă©conomique

Notre diplomatie Ă©conomique a trois objectifs principaux.

Le premier, c'est le rééquilibrage de notre commerce extérieur. La diminution des parts de marché de la France dans le monde a abouti à un déficit commercial massif - 61 milliards d'euros en 2013. Un tel chiffre n'est pas tenable pour un grand pays comme la France. Or, ce chiffre, c'est le juge de paix de la compétitivité de notre économie.

On parle beaucoup du déficit des finances publiques et c'est un déficit préoccupant. Mais réduire le déficit des finances publiques et singulièrement le déficit budgétaire relève largement d'une décision du gouvernement même si ce n'est pas toujours simple à appliquer. La situation du commerce extérieur, c'est une autre affaire. Nous pouvons et devons contribuer à son rétablissement, mais en définitive, elle dépend largement des entreprises. L'action publique, votre action dans ce domaine, intervient en soutien des entreprises. Cela implique des mesures générales en faveur de la compétitivité, qui concernent l'ensemble de l'action du gouvernement, et des actions de soutien à l'exportation, qui relèvent plus directement de nous.

Si nous voulons améliorer la situation, et c'est indispensable rapidement, nous devons gagner des parts de marché à l'exportation. Nous devons redresser notre situation en Europe et chaque poste doit y contribuer.

L'autre jour, je recevais notre nouvel ambassadeur aux Pays-Bas qui me disait, après avoir étudié la situation, qu'il avait constaté que le premier poste de notre déficit avec les Pays-Bas était l'agro-alimentaire. Cela montre le chemin qui reste à parcourir en Europe.

L'année prochaine, 90 % de la croissance mondiale sera produite à l'extérieur de l'Europe, dont un tiers par la Chine. Nous devons saisir l'opportunité qu'offrent ces niveaux de croissance élevés enregistrés à l'étranger. La clé de notre succès dans la mondialisation réside dans notre capacité à capter cette croissance.

C'est pourquoi, dès ma prise de fonctions, j'ai demandé aux ambassadeurs et à l'ensemble de notre réseau diplomatique de placer la diplomatie économique en tête de leurs priorités. La diplomatie, mesdames et messieurs est, désormais, une diplomatie globale. Il n'y a pas, séparées par des compartiments étanches, l'action économique, l'action culturelle, l'action scientifique et la grande diplomatie.

Tout cela concourt à la diplomatie globale qui est la présence de la France à l'extérieur. Et ce qu'il faut faire, et l'organisation gouvernementale est là pour y contribuer, c'et décloisonner ces différents éléments. Il faut que chacun travaille avec l'autre avec un but commun. Un plus un dans ce domaine, comme d'en beaucoup d'autres, ne fait jamais deux mais parfois trois voire plus.

J'ai demandé aux ambassadeurs et à l'ensemble de notre réseau diplomatique de placer la diplomatie économique en tête des priorités.

Il s'agit de développer et de systématiser ce que beaucoup faisaient déjà, en veillant notamment à travailler davantage avec les PME et les ETI, soit directement en allant les chercher, soit en incitant leur portage, par les grands groupes. Nous devons mettre toute notre énergie au service des entreprises, qui sont les acteurs de l'exportation.

Sous l'égide de Fleur Pellerin, une stratégie est élaborée pour préciser les axes de notre action. La refonte de notre dispositif public sera accélérée et approfondie, j'y reviendrai, en vous parlant de la fusion Ubifrance-AFII, à compléter par le rapprochement avec la Sopexa. Les instruments que réclament les entreprises, notamment en matière de financement, ont déjà été améliorés mais il y a d'autres améliorations à faire.

La politique, centrée autour de «familles» de biens et de services, sera poursuivie et élargie, avec deux autres familles de produits, le tourisme, je vais y revenir, et la culture, En fait, ce que l'on appelle les industries culturelles et créatives.

La liste des pays prioritaires fera l'objet d'une précision, mais cela ne signifie pas que les ambassades dans les pays qui ne figurent pas sur cette liste devront relâcher les efforts. Au contraire et priorité ne signifie évidemment pas exclusivité.

Donc, notre premier objectif est de redresser le commerce extérieur.

Deuxième objectif, c'est l'attractivité, et plus précisément la promotion des investissements étrangers en France. Nous travaillons beaucoup et bien pour les investissements français à l'étranger et c'est très utile. Je ne suis pas de ceux qui, en application de ceux qui ont une vision simpliste de la délocalisation, opposerait ce qui se passe à l'étranger et ce qui se passe en France. Mais la priorité pour vous, Mesdames et Messieurs, c'est la promotion des investissements étrangers en France.

Tous les services des ambassades doivent contribuer à l'attractivité de notre pays. Cela passe notamment par une meilleure communication, en veillant à porter un message d'innovation, de dynamisme et d'ouverture.

La France est un pays en général apprécié. Mais des clichés, que nous connaissons bien, défavorables parfois très défavorables circulent aussi sur nous. Les classements internationaux et la presse internationale ne nous sont pas toujours favorables et ceux qui les lisent sont, pour la plupart, des étrangers. Nos atouts et nos talents sont parfois méconnus. Nous devons donc davantage et mieux communiquer, de façon ouverte, pédagogique et réactive. Les mesures prises par le gouvernement pour faciliter le travail des entrepreneurs et des exportateurs sont positives : il faut valoriser autour de nous ces éléments favorables.

Promouvoir les investissements étrangers en France, c'est le métier de l'AFII, qui a développé des dispositifs pour cela. Mais les ambassadeurs, d'une manière personnelle, et les chefs de service économique ont aussi un rôle direct à jouer. Pour cet effort de pédagogie que j'évoquais à l'instant, mais aussi plus spécifiquement, pour identifier des investisseurs potentiels, que ce soient des personnes physiques ou des personnes morales, et les intéresser à notre pays. Il faut, Mesdames et Messieurs, et ce n'est pas simplement une image, c'est une réalité, aller les chercher par le bras et les accompagner par le bras. J'espère moins de macroéconomique et davantage de résultats concrets.

Vous le savez, a été fixé un objectif de 1000 décisions d'investissements étrangers par an d'ici 2017, j'entends 1000 décisions significatives. Je compte sur vous pour y contribuer. C'est donc le deuxième objectif : des investissements étrangers chez nous.

Le troisième objectif, c'est le tourisme. Ce secteur a été longtemps délaissé et d'ailleurs dans la langue française lorsque l'on dit de quelqu'un que c'est un touriste, généralement, ce n'est pas l'appréciation la plus favorable. Or, ce secteur économique est absolument stratégique pour notre pays. C'est une composante importante de notre balance des paiements courants : il génère un excédent de 12 milliards d'euros, soit l'un des soldes sectoriels les plus élevés. Il pèse plus de 7 % de notre richesse nationale et représente deux millions d'emplois directs et indirects non délocalisables. La restauration et l'hôtellerie comptent à elles seules pour 75 % de ces emplois. C'est aussi un facteur d'attractivité et de rayonnement. Première destination touristique au monde, la France a accueilli 83 millions de touristes étrangers en 2012, majoritairement en provenance de l'Union européenne, mais aussi 3 millions d'Américains, 2 millions d'Africains, près d'1,5 million de Chinois, beaucoup de Brésiliens, etc. Ces touristes, lorsqu'ils retournent chez eux satisfaits de leur séjour en France, peuvent être pour nous des ambassadeurs.

Mais avant de retourner chez eux, il y a les constats que l'on doit faire en France. Ces chiffres sont positifs mais même si nous sommes la première destination touristique mondiale en flux, nous ne sommes pas la première destination en termes de recettes. Nous devons faire mieux. Les touristes restent moins longtemps chez nous que dans d'autres pays et y dépensent moins. Nous sommes seulement au troisième rang en termes de recettes générées par le tourisme, après les États-Unis et l'Espagne.

Faire de la France la première puissance touristique mondiale est un objectif que nous pouvons atteindre. Pour y parvenir, nous avons décidé de nous doter d'une politique déterminée dont j'espère que certains, y compris parmi les parlementaires, ne s'efforceront pas de la contredire.

C'est le sens des décisions que j'ai annoncées au nom du gouvernement en clôturant les Assises du tourisme le 19 juin dernier. Proposer une offre de qualité et diversifiée ; il n'y a pas qu'à Paris que l'on peut se rendre. Améliorer la chaîne de l'accueil : il y a des marges de progression notamment à Roissy Charles de Gaulle ou à la gare du Nord, pour ne prendre que ces deux exemples. Il faut faciliter la délivrance des visas et porter grande attention au numérique car désormais les décisions se prennent par le numérique. Il faut renforcer la formation des professionnels et rendre les vacances accessibles à un plus grand nombre.

Les touristes Ă©trangers, Mesdames et Messieurs, lĂ  aussi il faut aller les chercher.

C'est la raison pour laquelle j'ai demandé à tous les ambassadeurs d'établir un plan pour le développement du tourisme vers la France depuis leur pays de résidence. Ces plans doivent identifier les freins au tourisme dans chaque pays considéré, et surtout les moyens offensifs pour encourager le tourisme. Dans leurs premières réponses, auxquelles je sais que beaucoup d'entre vous ont contribué, nos ambassadeurs ont soulevé plusieurs points noirs ou gris, dont certains relatifs à la manière dont ces touristes vivent leur séjour en France. Ces points doivent être traités rapidement dans le cadre des mesures annoncées à la fin des Assises du tourisme. Ceci est une évidence : aller chercher les touristes là où ils sont, les faire venir plus nombreux et les accueillir en France, cela c'est à notre portée. Donc, il faut traiter rapidement ce point.

En matière de promotion du tourisme français, nous possédons le réseau d'Atout France, il est bien mais il n'est pas implanté partout. Promouvoir le tourisme n'est pas une activité isolée : elle doit s'articuler avec les autres dimensions de notre action extérieure - désormais plus de «Saisons croisées» s'il n'y a pas en même temps une action pour développer le tourisme des pays concernés, du pays concerné vers le nôtre -, la promotion de la culture, celle des exportations car les touristes achètent des produits qu'ils exportent en les emportant avec eux, et plus généralement l'attractivité. Il est donc cohérent que chacune et chacun d'entre vous, quelle que soit sa spécialité, contribue à l'action collective sur cette dimension importante de la diplomatie économique : je vous le demande.

Exportations, attractivité, tourisme : voici trois priorités que je nous fixe. Pour leur mise en oeuvre, les chefs de service économique des ambassades ont un rôle clef à jouer aux côtés des ambassadeurs, qui sont nos chefs d'équipe à l'étranger. Atout France et les bureaux Ubifrance et Afii fusionnés, en sont les opérateurs.

2) La diplomatie économique s'inscrit dans la «diplomatie globale»

Si l'on veut qu'elle soit performante, l'action extérieure d'un grand pays comme le nôtre ne peut pas être la juxtaposition de diplomaties sectorielles et souvent parallèles. Il existe une seule politique extérieure : c'est ce que j'appelle la «diplomatie globale», qui regroupe, en les articulant, toutes les dimensions de la diplomatie. C'est le sens de la constitution du ministère des affaires étrangères et du développement international. Sont désormais rassemblés pour être mises en cohérence la diplomatie «stratégique», la diplomatie économique, la diplomatie culturelle, le développement, etc. Toutes ces composantes ne doivent servir qu'un seul objectif : contribuer au rayonnement, à l'influence et à la prospérité de notre pays.

La diplomatie économique, dans les trois volets que j'ai évoqués, fait partie de cette diplomatie globale, qui associe politique, économie et culture. Pour la mettre en oeuvre, la condition, comme vous le faites déjà souvent, c'est de décloisonner les approches, à Paris et dans les postes à l'étranger.

C'est le sens, notamment, des instructions que j'ai données en matière de délivrance de visas, afin que notre politique concrète en la matière appuie nos intérêts économiques. Nos intérêts économiques sont également servis par la diplomatie culturelle. Il appartient aux ambassadeurs d'y veiller, mais je vous encourage à faire vous-mêmes des propositions en ce sens. Autre exemple à mentionner, mais il y en a bien d'autres : celui de l'aide publique au développement. L'AFD a pour mission le soutien au développement des pays où elle se déploie, mais rien n'interdit - au contraire - que, ce faisant, elle prenne en considération les intérêts économiques de notre pays et de ses entreprises. Là aussi, vous avez un rôle à jouer, aux côtés de l'ambassadeur, pour que ces intérêts soient pleinement pris en compte, notamment au stade du lancement des projets. Je sais que c'est la conception que se font beaucoup d'entre vous. Je fais le maximum pour qu'elle soit partagée par les responsables de l'AFD. Et, en général, quand je propose une direction, je veille à ce qu'elle soit respectée.

Bref, je souhaite que l'impératif économique soit renforcé puissamment et rapidement. La nouvelle organisation des compétences, en vous plaçant au coeur de notre appareil diplomatique, vous en donne les moyens. Elle vous permettra - j'en suis convaincu - de travailler mieux.

3) Quelle feuille de route et quelle organisation pour la mettre en oeuvre ?

Bien sûr, la feuille de route pour l'année à venir n'est pas identique pour chacun d'entre vous, puisque vous n'exercez pas tous les mêmes missions. Elle comporte, en tout état de cause et quelle que soit votre fonction, la mise en oeuvre des trois objectifs que j'ai mentionnés au début de mon propos : exportations, attractivité, promotion du tourisme. Chacun doit y contribuer, à sa mesure et dans son champ de compétence, dans le cadre de notre nouvelle organisation.

Concrètement, la politique et la stratégie de la France en matière de commerce extérieur, d'attractivité et de promotion du tourisme est et sera définie par le ministre des affaires étrangères et du développement international et par la secrétaire d'État chargée du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français à l'étranger.

Les services économiques à l'étranger continuent de dépendre administrativement de la Direction générale du Trésor, ils sont placés sous l'autorité conjointe du ministre des finances, du ministre de l'économie, et du ministre des affaires étrangères et du développement international.

Je souligne également le chantier important de la fusion de l'AFII et d'Ubifrance en un opérateur unique, pour lequel je fais pleinement confiance à Muriel Pénicaud. En tant que tuteur de ce nouvel opérateur, nous suivrons avec attention ce chantier, qui ne doit pas ralentir l'action de la nouvelle structure. Il faudra également veiller à une plus grande synergie avec les autres opérateurs ; je pense à la SOPEXA mais aussi aux chambres de commerce à l'international, à la BPI et aux régions. Sans oublier le rôle important des conseillers du commerce extérieur, avec à leur tête un nouveau président.

Cette nouvelle organisation doit permettre davantage de cohésion et une plus grande fluidité de l'information entre services économiques, ambassades et directions du quai d'Orsay. À cette fin, les conseils économiques instaurés dans une centaine d'ambassades devront se réunir régulièrement. Ils constituent un lieu d'échanges et de travail, permettant d'associer les principaux acteurs à la définition de la stratégie économique du poste concerné et à sa mise en oeuvre.

J'attends également de cette organisation une bonne cohésion entre votre action et celle des quelques représentants spéciaux que j'ai nommés pour approfondir les relations économiques avec des pays aux marchés particulièrement prometteurs. Et avec les fédérateurs des familles prioritaires de l'export, dont Mme Fleur Pellerin vous a parlé ce matin.

Votre compétence et votre expertise sur ces sujets - qu'il s'agisse de l'attractivité, du tourisme, du commerce extérieur ou des sujets macro-économiques -, sont reconnues. Je compte m'appuyer sur elles, donc sur vous.

* *

Mesdames et Messieurs, je vous ai demandé de travailler de façon étroite avec la totalité des autres acteurs du réseau. Dans votre métier vous savez vous adapter. Je vous fais donc pleine confiance pour le faire dans cette nouvelle configuration. C'est sur ce mot de confiance que je veux terminer ce propos. Je connais et j'apprécie votre professionnalisme et votre dévouement. Vous avez ma pleine confiance pour mettre en oeuvre cette feuille de route. Je pense qu'elle est assez claire. La feuille de route est tracée, le reste c'est sur vous que cela repose et je vous fais totale confiance./.

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17. JournĂ©es du rĂ©seau - Services de coopĂ©ration et d'action culturelle - Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international (Paris, 16/07/2014)

Madame la Secrétaire d'État,

Madame la Présidente,

Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs les Conseillers et les Attachés,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Je suis heureux d'ouvrir l'édition 2014 des Journées du réseau. Depuis notre dernière réunion, le nom du ministère des affaires étrangères a été un peu rallongé. La facilité d'énonciation y a perdu mais l'efficacité de l'action y a, je l'espère, gagné. Ce nom reflète l'élargissement des compétences de notre maison vers le commerce extérieur et la promotion du tourisme. Il traduit l'orientation que le président de la République, le Premier ministre et moi-même souhaitons donner à notre action extérieure, que je résume par le terme de «diplomatie globale».

Je veux dire par là que les différentes composantes de notre diplomatie ne sont pas des domaines séparés qui pourraient répondre à des logiques cloisonnées et indépendantes. Toutes doivent concourir aux mêmes objectifs : promouvoir nos principes et nos intérêts, étendre notre influence, projeter une image positive de notre pays. Elles se complètent et se renforcent.

Cette configuration nouvelle place le réseau de coopération et d'action culturelle au centre de notre stratégie. C'est le message que je souhaite vous adresser aujourd'hui.

La culture, l'éducation, la coopération universitaire et scientifique, la francophonie sont au coeur de cette stratégie globale car elles constituent quelques-uns de nos atouts les plus précieux et les plus reconnus. Les autres aspects de notre diplomatie - diplomatie stratégique, diplomatie économique - doivent s'appuyer sur notre rayonnement culturel, intellectuel, scientifique et linguistique. Vous êtes par vos fonctions, un élément central de notre action extérieure.

Un exemple tiré de l'actualité : vous avez peut-être entendu parler des deux expositions de chefs-d'oeuvre de la peinture française organisées à Pékin et Shanghai. Elles ont rencontré un vrai succès avec plus d'un demi-million de visiteurs. L'affluence a été telle qu'il a fallu rallonger les périodes d'ouverture. Ce qui m'intéresse ce sont les retombées positives pour la France. Oui, la culture doit irriguer toute notre action extérieure.

C'est dans cet esprit qu'ont été conçues ces journées du réseau. Elles mettent en avant quelques grands défis que notre diplomatie a à relever et auxquels toutes les composantes de notre diplomatie ont à contribuer. Il s'agit en particulier de la préparation de la Conférence Paris Climat 2015, du développement - Mme Girardin y reviendra -, de notre attractivité et de notre compétitivité. L'innovation a été choisie comme dénominateur commun. Il s'agit à la fois pour nous d'être des innovateurs dans nos actions et de faire la promotion de l'innovation française. J'y reviendrai.

* *

Pour remplir ces missions, une condition essentielle, que beaucoup d'entre vous mettent déjà en oeuvre, c'est de travailler de manière décloisonnée.

Cela vaut, par exemple, pour la préparation de Paris Climat 2015. Elle concerne au premier chef l'équipe chargée de la préparer, désormais conduite à mes côtés par l'ambassadeur Laurence Tubiana. Elle vous concerne aussi, car la lutte contre les dérèglements climatiques appelle une véritable transformation intellectuelle à laquelle notre action culturelle doit concourir. Il s'agit de bien comprendre que passer à une économie décarbonée représente une chance pour le développement et l'emploi et non un poids négatif contre la croissance. Alors que l'accord espéré sera conclu par consensus, le pays organisateur - la France - doit jouer un rôle de facilitateur. Il s'agit en particulier de mobiliser la société civile et les acteurs locaux pour susciter une dynamique mondiale «par le bas». Vous avez un rôle important à jouer par vos contacts et votre présence à travers le monde. Je compte sur vous pour agir en ce sens.

Dans le même esprit, nous soutenons une redéfinition ambitieuse des objectifs du développement après 2015, qui fusionnent les questions de développement et les questions d'environnement et de climat. Les complémentarités entre culture et développement ne sont plus à démontrer. Surtout à un moment où notre action en faveur du développement doit s'adapter aux bouleversements du monde. Nos relations avec les pays émergents comme avec les pays moins avancés doivent être partenariales, d'égal à égal. Alors que nos moyens budgétaires sont limités, nous devons faire preuve d'innovation en matière de financement afin de préserver notre rang parmi les grands pays donateurs. C'est essentiel pour agir dans les domaines prioritaires que nous nous sommes fixés : la coopération en matière de santé, la sécurité alimentaire, notre action en faveur de la jeunesse francophone. La secrétaire d'État, Annick Girardin, développera ces importants sujets tout à l'heure, au terme de vos discussions de ce matin.

En matière d'attractivité et de compétitivité, j'ai évoqué l'impact de la culture. Elle contribue à une image positive de la France et constitue un atout économique puissant pour nos entreprises et notre territoire. À condition de veiller, comme vous le faites, à ce que cette image soit celle d'un pays d'innovation, d'inventivité et de créativité - d'où le fil directeur de ces journées. La complémentarité entre culture et économie vaut particulièrement dans certains domaines.

Je pense d'abord au tourisme, nouvelle compétence de notre maison. Notre action culturelle suscite et doit susciter encore davantage une «envie de France», pour amplifier notre attractivité touristique. Le tourisme représente 2 millions d'emplois et 7 % de notre PIB et nous devons tout faire pour développer ce secteur. Les grandes expositions à l'étranger doivent être des moments de découverte et de promotion de notre patrimoine, de notre savoir-faire, de notre art de vivre. Lors des assises du tourisme de juin 2014, j'ai annoncé diverses mesures pour développer et diversifier l'offre touristique française et pour améliorer l'accueil des touristes en France. Plusieurs d'entre elles vous concernent directement : je pense notamment aux années croisées développées avec succès sur le plan culturel, et qui comporteront désormais un volet tourisme. Je pense aussi au Passeport Talent, qui sera mis en place à l'automne 2014 dans le cadre de la loi immigration. Je vous demande d'être particulièrement attentifs à la mise en oeuvre de ces dossiers prioritaires.

Autre domaine : il n'est pas envisageable de promouvoir notre culture sans appuyer le développement international de nos industries culturelles et créatives. C'est un secteur très important en valeur - il représente l'équivalent des télécommunications, de l'agriculture et du bâtiment réunis. Grâce à ses talents et à sa créativité, la France est compétitive, comme le montre notre solde extérieur positif dans ce domaine. Mais nous pouvons et devons faire encore mieux. Il vous revient d'appuyer nos entreprises, notamment nos «start up» qui associent inventivité artistique et innovation technologique, et les organismes professionnels de soutien à l'exportation afin de conquérir de nouveaux marchés, d'atteindre de nouveaux publics, de faire progresser ensemble notre rayonnement, notre culture et notre économie.

L'attractivité globale de notre pays s'appuie sur l'attractivité envers les jeunes et les étudiants. D'où l'importance que j'accorde à notre coopération universitaire. Le nombre d'étudiants dans le monde qui poursuivent leurs études à l'étranger va doubler dans les 5 prochaines années pour passer de 3 à 6 millions. Capter une part significative de ces nouveaux flux représente un enjeu majeur pour notre enseignement supérieur et notre recherche et l'image de la France. La France, 3ème destination des étudiants internationaux, avec 290.000 étudiants accueillis, dispose d'atouts, la qualité de notre enseignement, notre excellence scientifique, la richesse de notre offre de formation. Sur ce dernier point, je souhaite en particulier appeler votre attention sur l'expertise française en matière de formation professionnelle et, dans ce domaine, sur le rôle du CIEP. Mais dans un contexte de concurrence exacerbée, il faut être offensif. C'est ce que j'attends de vous, de nos ambassades et de notre opérateur, Campus France. C'est une préoccupation partagée avec Benoît Hamon, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Notre action doit se porter particulièrement en Asie et en Amérique latine. Nous devons également faire évoluer le dispositif des Instituts français de recherche à l'étranger et renforcer ces liens avec le système universitaire français.

Nous devons tirer le meilleur profit de l'explosion du numérique. Elle transforme les modes de distribution des oeuvres de l'esprit, de diffusion de la pensée, de création, de production de la culture. Toute l'économie de la culture connaît un profond bouleversement. Notre politique d'influence doit être en phase avec ce monde interconnecté. À l'automne, Campus France va lancer un projet que j'ai souhaité et pour lequel je compte sur la mobilisation de tous : une plateforme numérique à destination des anciens étudiants étrangers en France, les alumni. Ce réseau social permettra de créer ou de développer les réseaux d'anciens diplômés autour des ambassades et de disposer d'un outil d'influence utile aux universités, aux entreprises et à vous-mêmes.

Je veux aussi mentionner le domaine du sport. Rassurez-vous : je ne vous demande pas de devenir des coachs sportifs ni d'aménager des salles de sport dans vos instituts. J'ai souhaité créer et développer notre diplomatie sportive qui constitue un enjeu économique et linguistique. Promouvoir la place du français comme langue du sport et notamment comme langue olympique est décisif pour l'avenir de la francophonie. Jean Lévy, ici aussi, notre ambassadeur pour le sport, agira dans ce sens avec l'aide de nos postes et je compte sur votre soutien.

La mise en oeuvre de ces orientations exige une organisation adaptée. J'ai demandé à nos postes dans les pays avec qui nos échanges commerciaux dépassent 50 millions d'euros de disposer de plans d'action économique interministériels. Ceux-ci doivent notamment expliciter les complémentarités entre diplomaties économique, culturelle et scientifique. En France, notre organisation connaît des évolutions afin de nous rendre plus efficaces : tutelle désormais rationalisée pour la diplomatie économique et le commerce extérieur, fusion de l'AFII et d'Ubifrance, mise en place d'une stratégie économique à l'AFD, réforme de notre expertise dès 2015. Tout cela améliorera l'efficacité en simplifiant les structures.

* *

Je l'ai dit en commençant : ce décloisonnement ne signifie nullement la dilution de notre diplomatie culturelle. Il s'agit de la placer au coeur de notre action, de la renforcer, de la démultiplier.

La diplomatie culturelle est une marque de fabrique de notre action extérieure. Notre drapeau flotte à travers le monde sur des bâtiments à vocation culturelle, éducative et scientifique : instituts culturels, Écoles françaises, instituts de recherche, écoles et lycées français, mouvement des «Alliances françaises», etc. Alors que de nombreux pays investissent ce domaine, nous sommes aujourd'hui fréquemment copiés. Sur les cinq continents on observe, analyse et parfois on imite notre diplomatie culturelle.

Depuis plus de deux ans, j'ai pu mesurer, notamment lors de mes déplacements, la qualité de votre travail, la diversité de vos actions et le dynamisme du réseau. Je pense, par exemple, au Festival «French May» organisé chaque année à Hong-Kong, auquel j'ai eu le plaisir de participer l'an passé. Récemment, j'ai constaté en Inde l'accompagnement exemplaire des étudiants étrangers à travers les «séminaires de préparation au départ». Il me revient par les professionnels, nos artistes et nos opérateurs, des témoignages nombreux sur la reconnaissance et l'estime de l'action du réseau.

Je pense notamment aux «saisons» que nous lançons avec un certain nombre de nos partenaires, qui sont particulièrement appréciées. En témoigne le calendrier des prochaines années déjà très dense : Chine et Vietnam cette année, Croatie, Corée, Israël, Abou Dabi, Indonésie, Colombie, Qatar demain. Ces rendez-vous font connaître la création française, nos artistes, musiciens, plasticiens, danseurs, chorégraphes, architectes, et réciproquement quand elles sont «croisées». Notre spécificité - j'y insiste - consiste à ne pas séparer la promotion de la culture française et le soutien aux artistes et aux oeuvres des pays du Sud. Traduction concrète de cet engagement : plusieurs réalisateurs et films soutenus par le Fonds ou la Fabrique des cinémas du monde ont été primés lors du dernier festival de Cannes, dont la Palme d'or «Winter sleep» de Nuri Bilge.

Je salue également la mobilisation du réseau scientifique au service des entreprises françaises innovantes. Vous les aidez à renforcer leurs activités de recherche et de développement grâce à des partenariats internationaux. Quelques actions exemplaires viennent à l'esprit : la création de clubs R&D par nos ambassades en Chine et en Inde, l'organisation en juin 2013 à Mexico du Forum franco-mexicain pour la recherche et l'innovation, le succès de l'Institut franco-sud-africain de technologie ou encore l'élargissement du programme «NETVA» de soutien à l'innovation à l'ensemble de l'Amérique du Nord.

Avec le président de la République et le gouvernement, nous attachons une grande importance à ces actions. Le développement de notre réseau culturel, éducatif et scientifique constitue pour nous une priorité. Ainsi, dans le prochain budget triennal (2015-2017), et dans un contexte de baisse globale, les moyens dédiés au réseau culturel seront, dans la mesure du possible, préservés.

Je me réjouis de la réouverture de la Villa Kujoyama à Kyoto, héritage de Paul Claudel, qui va pouvoir à nouveau accueillir chaque année une dizaine d'artistes en résidence, grâce au soutien de mécènes et de l'Institut français. Je profite de l'occasion pour remercier chaleureusement le président Darcos pour son action remarquable à la tête de l'Institut français depuis quatre ans et saluer l'arrivée de la nouvelle directrice générale, Anne Tallineau. Et je salue Jérôme Clément, qui vient d'être élu président de la Fondation Alliance Française. Il mettra sa grande expérience de la culture au service de notre rayonnement.

Ces projets, vos projets, nous devons mieux les faire connaître, y compris au sein même de notre réseau. C'est l'objet de la mutualisation des bonnes pratiques conduite par le Département avec la contribution de nos ambassades. Nous devons aussi davantage les valoriser auprès des milieux culturels et du grand public : c'est pourquoi nous avons noué cette année un partenariat avec France Culture. Je remercie son directeur, Olivier Poivre d'Arvor, de couvrir ces Journées du réseau. Et Yves Bigot, directeur général de TV5MONDE, ainsi que Marie-Christine Saragosse, présidente de France Médias Monde pour leur collaboration, notamment pour l'organisation de la soirée au Palais de Tokyo.

Le développement des ressources propres et des cofinancements constitue un indicateur de la vitalité de notre diplomatie culturelle. Vous avez obtenu l'année dernière des résultats qui méritent d'être salués : en 2013, le réseau culturel a mobilisé plus de 300 Meuro de financements extrabudgétaires. Afin de profiter au maximum de ces cofinancements, j'ai demandé d'apporter un soutien particulier à nos implantations les plus performantes en la matière. Cela dépend bien-sûr des pays, mais un euro d'argent public dépensé est plus efficace là où l'effet de levier en termes de cofinancement est le plus élevé.

Il faut également utiliser pleinement les instruments à votre disposition pour développer les financements externes avec nos opérateurs à Paris (Institut français, Campus France). Hier, vous ont été présentés les activités de Campus France et des exemples de mise en oeuvre de programmes de bourses financés par des tiers.

Le renforcement de notre diplomatie culturelle passe par une adaptation de notre dispositif à la nouvelle géographie du monde. Comme vous le savez, je suis attaché au principe d'universalité de notre réseau. Mais, sans jouer les cuistres, cette universalité ne signifie ni uniformité ni exhaustivité. Une révision de la carte du réseau culturel et de coopération a été engagée parallèlement au travail de cartographie diplomatique. Elle repose sur la nécessité d'un redéploiement vers nos priorités géographiques (pays émergents, Sahel, pays en crise), priorités sectorielles (climat et diplomatie économique notamment), et sur une articulation renforcée avec les autres structures contribuant à la présence française (consulats, Alliances françaises, établissements scolaires, représentation des opérateurs).

La mise en oeuvre de cette diplomatie culturelle exige une bonne articulation avec l'ensemble des opérateurs du rayonnement culturel, notamment l'AEFE, l'Institut français, Campus France, Canal France International et les grands acteurs complémentaires de la diffusion culturelle tels que les Alliances françaises. Ces relations seront facilitées par la clarification du rôle de chacun. Comme vous le savez, une rationalisation de nos opérateurs publics d'expertise est en cours avec la création de l'Agence française d'expertise technique internationale. Vous aurez dans ce domaine dès 2015 un interlocuteur unique pour monter vos projets.

* *

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

La France possède des atouts remarquables. J'ai confiance dans notre capacité à nous développer et à progresser. Notre culture, notre langue, notre recherche, notre enseignement supérieur constituent quelques-uns de ces atouts, tout comme notre réseau à l'étranger. C'est pourquoi, quel que soit le champ spécifique dans lequel vous vous déployez, votre action constitue une priorité dans le cadre de cette «diplomatie globale» dont j'ai essayé de dessiner quelques contours.

Je compte sur vous pour mettre en oeuvre ces orientations. Je me réjouis de vous retrouver à l'occasion de mes déplacements et de pouvoir constater les actions que vous menez en ce sens. Mon travail est d'assurer l'anticipation et la coordination de tout cela et je vous fais pleine confiance. Merci et bon travail./.

 

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18. JournĂ©es du rĂ©seau - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Culture» (Paris, 16/07/2014)

(...)

Q - C'est aujourd'hui l'ouverture pour trois jours à Paris des Journées du réseau d'action et de coopération culturelle. Ces journées réunissent chaque année les différents opérateurs de la politique de coopération de la France. Je rappelle que le réseau diplomatique français est le troisième au monde en ordre d'importance derrière les États-Unis et la Chine et le premier réseau culturel mondial. Laurent Fabius, quel est le message de diplomatie culturelle que vous allez porter pendant ces Journées, vous que l'on sait d'habitude plutôt préoccupé par la diplomatie économique ?

R - Le message est précisément de dire au réseau culturel qu'il est fondamental. Vous avez rappelé la réalité : nous avons le premier réseau culturel au monde. C'est une force extraordinaire pour l'influence et le rayonnement de la France. Mon message sera que je n'oppose pas la diplomatie économique et la diplomatie culturelle, ce sont deux facettes du rayonnement français.

Comme il se trouve que j'ai désormais sous ma tutelle à la fois le réseau culturel et le réseau économique, nous allons les faire interagir de plus en plus.

Quand on pense à l'influence de la France à l'étranger, c'est quoi ? C'est bien sûr l'apprentissage de la langue, c'est notre culture, ce sont nos valeurs, mais c'est aussi notre rayonnement scientifique et notre rayonnement économique.

Je crois que de plus en plus, on va travailler en termes d'action extérieure de la France et pas de politique étrangère. Nous avons une palette et il faut jouer sur toutes les touches et toutes les couleurs de la palette. C'est cela que je vais dire à l'ensemble des collaborateurs du réseau qui sont là et qui sont des gens de grande qualité. Je pense que c'est une des forces de la France. La France n'est pas le plus grand pays du monde mais nous avons le plus grand réseau culturel et il faut donc le maintenir.

Q - Le plus grand réseau culturel certes, mais pour autant un certain nombre d'instituts culturels ont été fermés ces dernières années. Par ailleurs, la Cour des comptes a dressé un bilan assez critique de l'évolution du réseau diplomatique depuis 2007 : réduction de 5 % des effectifs du Quai d'Orsay mais augmentation du coût du réseau de 20 %.

R - Il faut bien sûr tenir compte des observations de la Cour des comptes. Il y a beaucoup de choses dans ses rapports qui sont tout à fait justes. Nous devons garder une présence culturelle extrêmement forte pour les raisons que je vous ai dites. En même temps, nos moyens financiers ne sont pas infinis. On connaît la situation budgétaire de la France et d'ailleurs de la plupart des pays.

Il faut donc faire en sorte à la fois de garder notre présence culturelle et même de la renforcer, et en même temps de ne pas augmenter nos coûts. En même temps, la troisième nécessité est de réorienter géographiquement notre présence. Celle-ci reposait sur une vision du monde qui était un peu celle des années soixante mais maintenant, nous sommes en 2014 et il faut préparer les années qui viennent.

Q - Concrètement, quelle est cette réorientation géographique ?

R - Concrètement, il faut que nous soyons davantage présents à la fois en Afrique, en Amérique du Sud et dans les pays d'Asie.

Q - Ce qui signifie la fermeture dans quels pays ?

R - Cela ne signifie pas nécessairement des fermetures mais parfois des réorientations. Et cela signifie aussi l'appel à des financements privés. Je pense qu'il n'est pas iconoclaste de le dire. Évidemment, ce n'est pas possible dans tous les pays. Si vous êtes dans un pays pauvre, vous n'allez pas faire appel au mécénat mais si vous êtes par exemple aux États-Unis, c'est comme cela que cela fonctionne. Il faut à la fois anticiper, garder une forte présence, anticiper les évolutions, trouver les moyens financiers et trouver surtout les talents. Bien sûr, il y a administrativement un tas de choses à faire. Mais ce qui fait la force de notre réseau culturel, c'est quand même la valeur exceptionnelle des femmes et des hommes qui le composent.

J'ai réuni à la fois le réseau économique et le réseau culturel, c'est la première fois qu'on fait cela. Je vais leur dire de travailler ensemble, de plus en plus en plus ensemble. Ils en sont très demandeurs. (...)./.

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19. JournĂ©es du rĂ©seau - Discours de Mme Annick Girardin, secrĂ©taire d'État chargĂ©e du dĂ©veloppement et de la francophonie (Paris, 16/07/2014)

Monsieur le Directeur général,

Mesdames et Messieurs les Conseillers et les Attachés,

Mesdames et Messieurs,

C'est avec un grand plaisir et beaucoup d'intérêt que je participe aujourd'hui à vos travaux, dans le cadre de la rencontre annuelle de notre grand réseau de coopération et d'action culturelle. C'est la première fois que j'ai ainsi l'honneur d'intervenir devant vous tous. Car même si j'ai déjà rencontré certains d'entre vous lors de mes déplacements, je n'ai pas encore eu le temps d'aller partout... Je tenais donc à saisir cette occasion pour échanger avec vous et vous faire part de mes premières réflexions, quelques mois après ma prise de fonctions.

Depuis deux ans, la majorité a démontré son attachement aux enjeux qui sont au coeur de votre activité. Le président de la République et Laurent Fabius ont initié une ambitieuse refondation de notre politique de développement et de solidarité internationale. Cette refondation, c'est avant tout plus de clarté, plus de lisibilité, plus de transparence pour plus d'efficacité !

Plusieurs temps sont nécessaires pour y parvenir.

Le premier temps, c'était celui de la concertation. Les Assises du développement et de la solidarité internationale de l'hiver 2012/2013 ont rassemblé, au fil de 15 tables rondes, l'ensemble des acteurs du développement et de la solidarité internationale : des ONG, du Nord comme du Sud, des entreprises, des syndicats, des parlementaires et des élus locaux ainsi que des chercheurs.

Ensuite ce fut le temps du débat parlementaire, qui s'est achevé fin juin avec l'adoption de la loi de programmation et d'orientation relative à la politique de développement et de solidarité internationale. Le débat a été riche, parfois vif, mais toujours passionné car ce sujet mobilise. Il fait partie des valeurs universelles que porte la République. Et l'approbation de notre politique par le Parlement qui en résulte ne constitue pas seulement un progrès démocratique, elle donne de la légitimité à votre action, à notre action. La loi donne un cadre législatif et programmatique aux grandes orientations stratégiques de la politique de développement et de solidarité internationale.

Le cadre est donc désormais clair et partagé : l'objectif principal est de promouvoir un développement durable dans ses composantes économique, sociale et environnementale. Nos priorités sectorielles sont confirmées. L'égalité entre les hommes et les femmes ainsi que la lutte contre le changement climatique sont des priorités transversales. En termes de géographies, la loi réaffirme la priorité accordée à l'Afrique et à la Méditerranée, avec une attention particulière portée aux États fragiles.

Nous entrons désormais dans une nouvelle phase, qui est celle de la mise en oeuvre de ces orientations. C'est le coeur de mon message aujourd'hui : il faut s'assurer que les bonnes intentions sont mises en pratique dès maintenant. Cette loi nous oblige. L'efficacité que nous appelons de nos voeux doit devenir une réalité tangible.

Et vous, qui êtes sur le terrain, vous serez en première ligne de ce chantier. J'ai toute confiance en votre capacité à traduire au quotidien le contenu de la loi.

C'est vous qui assurerez la réussite de cette politique. Et cette politique doit réussir, notamment au regard de trois enjeux globaux qui me semblent tout à fait majeurs.

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Le premier enjeu, c'est d'apporter une réponse aux jeunesses du Sud. Aujourd'hui, il y a 1,2 milliard de jeunes âgés de 15 à 24 ans. Ils devraient être 1,5 milliard en 2035. Pour la seule Afrique subsaharienne, 25 millions de jeunes arriveront sur le marché du travail chaque année dès 2025.

Ces jeunes sont les travailleurs, les consommateurs, les citoyens et les dirigeants de demain. Ils constituent un enjeu majeur de développement et de solidarité, mais aussi d'influence. Ils sont une formidable opportunité, un facteur de changement considérable dont nous ne mesurons sans doute pas encore tout le potentiel. Ils peuvent, notamment en Afrique, être le moteur de l'innovation et de la prospérité économique des années à venir, mais uniquement si les sociétés qui les accueillent leur offrent des opportunités à la mesure de leurs aspirations.

Cela suppose de mettre en place un ensemble de politiques publiques adaptées. Je pense aux actions en faveur de la formation et de l'emploi, de l'égalité femmes-hommes, de la santé (le VIH/Sida touche particulièrement les jeunes) mais aussi de la citoyenneté, tout en stimulant l'environnement économique.

Je n'ai pas l'intention de bouleverser notre dispositif au service d'une nouvelle priorité. Mais il se trouve que nous menons déjà des actions significatives dans ces différents domaines. En revanche, cette orientation «jeunesse» est insuffisamment lisible et visible. Il apparaît important de la renforcer, de lui donner une plus grande cohérence, de bien l'identifier et la valoriser. Je compte sur vous pour y parvenir rapidement.

Il nous faut accompagner, en particulier en Afrique francophone, la mise à niveau d'un enseignement de base de qualité, étendu au collège, permettant une alphabétisation durable et un parcours réussi vers la formation ou l'emploi. Le développement de nouveaux outils numériques pour l'apprentissage du français devra être encouragé.

Le réseau français dans son acception large est déjà mobilisé, de l'AFD à l'institut français, en passant par les ambassades, mais cette action reste encore peu valorisée. L'AEFE devra y prendre toute sa part en s'investissant davantage dans la coopération éducative - je sais qu'elle travaille en ce sens.

Nous devons aussi adapter et développer l'enseignement et la formation techniques et professionnels en répondant à la demande de compétences plus opérationnelles et plus en phase avec les opportunités d'emploi. La formation en alternance a fait ses preuves. Il faut la soutenir. La formation dans le secteur informel est capitale, tant ce secteur est prédominant, notamment en Afrique. Pour cela, il nous faut innover, mobiliser davantage les ONG, les associations professionnelles mais aussi les entreprises locales et françaises, et notamment les entreprises porteuses d'initiatives d'économie inclusive. Il nous faut aussi développer la formation professionnelle aux métiers agricoles et aux métiers ruraux non agricoles, ou dans des branches avec un potentiel d'emploi. Nos partenaires le souhaitent, nos entreprises en expriment le besoin, la fondation franco-africaine pour la croissance, lancée hier, nous le montre, nous avons les capacités de le faire, l'AFD ayant une expertise reconnue sur ce terrain. Il n'y a pas à hésiter !

Mais l'éducation est un combat perdu si les conditions sociales et sanitaires ne sont pas réunies. Il nous faut poursuivre notre lutte pour la santé des jeunes, notamment des adolescents. En développant l'accès à la santé des enfants et des femmes. En promouvant les droits sexuels et reproductifs. En luttant contre le VIH/Sida et les maladies associées.

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Le second enjeu majeur auquel nous devons faire face, vous le connaissez bien : c'est la protection de l'environnement et la lutte contre le dérèglement climatique. Laurent Fabius et l'ensemble du gouvernement est pleinement mobilisé à l'approche de la Conférence climat Paris 2015.

Les engagements de réduction d'émissions des grands émetteurs, pays développés ou émergents, sont souvent vus comme essentiels. Ils le sont, certes, mais ne permettront pas seuls de réussir un accord ambitieux à Paris en 2015. La mobilisation des 150 autres pays, dont les émissions comptent peu dans l'équilibre global, mais pour lesquels le dérèglement climatique est un enjeu de survie, sanitaire, humain (migration), social (urbanisation) ou économique (enjeux agricoles) est indispensable.
L'enjeu est avant tout un enjeu de développement. Si rien n'est fait, le dérèglement climatique remettra en cause des années d'efforts de développement, par exemple en termes de mortalité infantile ou de lutte contre la désertification. L'accord de Paris devra donc être universel dans sa portée (c'est-à-dire s'appliquer aussi bien aux pays avancés qu'aux pays en développement) et global dans son approche (c'est à dire aborder aussi bien les enjeux d'atténuation que les enjeux d'adaptation, notamment dans leur dimension financière).

J'aurai l'occasion de revenir sur la traduction concrète de cette stratégie cet après-midi. Mais je tiens ici à souligner un message qui vous concerne particulièrement : il est crucial d'encourager l'appropriation des enjeux climatiques par les autorités politiques de ces 150 pays, notamment en Afrique et au sein de l'Alliance des Petits États Insulaires en Développement. L'enjeu, c'est qu'ils soient audibles dans la négociation avec des demandes claires répondant à leurs besoins, et pas «à reculons», sous l'emprise d'une méfiance diffuse et donc difficile à surmonter.

Je vais donc m'impliquer dans ce dialogue, pour écouter ces pays, comprendre leurs aspirations et leurs craintes. Mais ce travail d'appropriation dépasse tous les entretiens bilatéraux que je pourrai avoir : il nécessite un vrai débat public, associant les sociétés civiles et les milieux économiques. C'est un travail minutieux, qui implique d'identifier sur chaque territoire les acteurs du changement et de l'immobilisme. Ce travail, vous seuls pouvez le mener, au plus près de vos terrains, en mobilisant les outils à votre disposition. Je vous demande de vous y engager personnellement, avec vos chefs de postes.

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L'autre enjeu majeur, c'est la mise en oeuvre d'une meilleure régulation de la mondialisation. Les entreprises se sont mondialisées mais les pratiques sociales, qui sont au coeur du modèle français et européen, n'ont pas aussi aisément traversé les frontières. C'est une évidence bien connue, mais la tragédie du Rana Plaza au Bangladesh l'an dernier nous l'a brutalement rappelé. Sur cette question grave, il ne faut faire preuve ni d'angélisme ni de cynisme mais de détermination.

Le développement économique et humain nécessite l'implication de tous les acteurs - les États, les institutions internationales, les sociétés civiles, mais aussi bien sûr les entreprises. Dans le soutien au développement économique, on a trop longtemps séparé l'action de l'État de l'action des entreprises. En réalité, les deux y concourent et doivent y concourir de façon complémentaire, de façon cohérente, de façon efficace.

Mais la reconnaissance du rôle des entreprises amène aussi à une plus grande reconnaissance de leurs responsabilités. Je pense en particulier à leur responsabilité sociale et environnementale. Toutefois, les initiatives menées en solitaire ne feraient que pénaliser notre propre économie, sans pour autant se traduire par de résultats tangibles. Il nous faut donc convaincre, pour que cet effort de régulation soit partagé, porté par tous. Je vois trois pistes d'action.

La première, c'est de poursuivre notre plaidoyer pour un renforcement des normes dans toutes les enceintes internationales pertinentes. D'ailleurs, la loi qui vient d'être promulguée rappelle très clairement l'engagement de la France à promouvoir le renforcement des critères de RSE auprès de nos partenaires. Elle souligne aussi notre volonté d'encourager les entreprises françaises à appliquer les principes directeurs de l'OCDE et des Nations unies.

Au-delà des enceintes multilatérales, nous devons aussi agir sur le terrain. Convainquons les gouvernements partenaires qu'il est bénéfique, pour leur population, d'élever leur niveau d'exigence, notamment dans les marchés publics. Aidons-les à mettre en place les cadres législatifs et réglementaires adaptés. C'est la deuxième piste d'action.

Et justement, la réforme nationale de l'expertise technique sera un moyen de peser davantage en ce sens - j'y reviendrai. Ensemble, soyons volontaristes, portons haut nos valeurs et permettons aux entreprises françaises d'être perçues comme des partenaires privilégiés pour les décideurs des pays en développement ou émergents. Vous travaillez au quotidien dans les postes avec nos partenaires et avec les entreprises ; votre rôle dans ce domaine est majeur.

Enfin, troisième axe de travail en la matière, il faut encourager les initiatives innovantes des entreprises en faveur du développement.

- Innovation technologique : les entreprises ont un rôle de premier plan à jouer dans la lutte contre le dérèglement climatique par exemple, dans le cadre de l'agenda positif ;

- Innovation numérique, qui sera essentielle pour l'éducation de demain, j'en ai déjà parlé, ou pour le renforcement de la francophonie ;

- Innovation financière, parce qu'en ces temps difficiles au niveau budgétaire, il faut savoir faire mieux avec moins ;

- Innovation sociale enfin, parce que nous devons soutenir les entreprises exemplaires, qui intègrent des préoccupations de développement durable dans leur coeur d'activité, parce qu'elles y ont intérêt, mais bien entendu, également parce qu'elles sont en quête d'un surcroit de sens que réclament de plus en plus fréquemment les salariés ou les consommateurs.

Emmanuel Faber, directeur général délégué de Danone, m'a remis le mois dernier un rapport rédigé avec Jay Naïdoo sur cette thématique. Ce rapport trace plusieurs pistes d'accompagnement. Elles méritent d'être approfondies. L'AFD y travaille actuellement et nous devrons collectivement identifier les acteurs pertinents, les idées novatrices, les moyens de partager ces innovations à grande échelle, pour le bien du plus grand nombre.

Toutefois, je ne partage pas le diagnostic posé vendredi dernier par M. Faber dans Le Monde, selon lequel l'aide publique au développement serait à bout de souffle. Au contraire, je crois qu'elle est plus utile que jamais, si elle sait s'adapter à la nouvelle donne d'aujourd'hui. Mais cela implique qu'elle revisite ses concepts, s'ouvre aux autres acteurs, qu'elle soit plus audacieuse et plus catalytique.

Voilà ce que je souhaitais vous dire sur ces trois thèmes qui me semblent prioritaires pour répondre, au moins partiellement, aux trois défis majeurs qui se posent à nous, dans un contexte plus global, celui de la structuration des objectifs de développement durable, qui sera «l'autre» grand rendez-vous structurant de 2015, au même titre que Paris-Climat.

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Voilà pour la partie développement. Dans mon portefeuille ministériel, il y a aussi la francophonie. Et d'ailleurs, je ne crois pas qu'il faille dissocier les deux volets. Bien au contraire ! Le développement et la Francophonie se complètent.

Sur la jeunesse, le lien est évident. Le dynamisme de la jeunesse dans les pays francophones du Sud ouvre des perspectives prometteuses pour la pratique de la langue française. Actuellement, 60 % de la population des pays francophone a moins de 30 ans. Et ce n'est qu'un début. Certaines projections suggèrent un potentiel de 700 millions de locuteurs francophones en 2050, dont plus de 80 % en Afrique. C'est au-dessus de la croissance de la population mondiale attendue sur la période.

Mais je le répète : c'est un potentiel. Rien ne nous garantit que ce sera le cas. Tout dépendra de la capacité des systèmes éducatifs de ces pays et de nos opérateurs à former cette jeunesse dans notre langue. Et à ce rythme, ce n'est pas acquis ! C'est pourquoi nous devons renforcer notre effort en faveur des systèmes éducatifs à travers nos systèmes de coopération. Pour que le français reste enseigné à grande échelle, à bon niveau et qu'il soit utilisé dans le milieu professionnel.

Des initiatives encourageantes existent déjà et je suis sûre que nous pouvons réussir. Je reviens du Conseil des ministres européens en charge du développement, qui se déroulait à Florence et où j'ai pu constater le dynamisme des formations Esabac, donnant lieu à l'obtention d'un double baccalauréat français et italien. À Madagascar, où j'ai inauguré l'extension du lycée français de Tananarive, j'ai pu voir à quel point l'utilisation des nouvelles technologies dans l'enseignement est déjà une réalité. De telles initiatives existent partout et doivent nous donner confiance en l'avenir.

Nous devons aussi encourager la mobilité étudiante et le suivi des anciens étudiants, qui constituent un relai d'influence. Campus France est un outil formidable dont le potentiel doit être pleinement utilisé.

La francophonie, c'est aussi un instrument politique, qui regroupe des pays partageant des valeurs communes. Elle doit donc se positionner sur les grands enjeux du moment, notamment :

- l'agenda post 2015, en particulier sur les questions d'Ă©ducation ou pour le droit des femmes

- la préparation de Paris climat 2015.

Ces sujets seront Ă  l'ordre du jour du sommet de Dakar. Nous devons porter ensemble la mĂŞme ambition !

Le lien entre francophonie et entreprises est moins direct mais tout aussi réel. L'environnement des affaires (le droit des affaires par exemple), les références économiques, comme les marques ou les modèles de développement (délégation de service public) sont des connaissances partagées, inconsciemment le plus souvent, et donc profondément marquantes.

Ce brassage est encore plus fort en matière culturelle. Les industries culturelles et créatives et les médias le savent bien. Et je tiens à saluer la présence aujourd'hui de TV5 Monde, de RFI, de France 24.

Nous devons capitaliser sur ces points communs, sur ces communautés de valeurs et d'intérêt ! Le président a commandé à Jacques Attali un rapport sur la dimension économique de la francophonie. Ses conclusions sont attendues à la fin du mois d'août, une partie du sommet de Dakar sera par ailleurs consacrée à l'élaboration d'une stratégie économique de la francophonie. Le sujet est sur la table. Saisissons-le !

C'est dans cette optique, et de façon très pragmatique, que j'envisage de travailler sur la francophonie. J'aurai d'ailleurs l'occasion d'y revenir ce soir au Palais de Tokyo. Mais sachez que mon ambition, c'est de rendre la francophonie encore plus dynamique et la langue française encore plus attractive.

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Sur tous ces chantiers, votre mobilisation est d'autant plus nécessaire que, comme l'a rappelé Laurent Fabius ce matin en ouvrant vos travaux, les défis qui nous attendent au cours des prochains mois sont considérables. La mobilisation de l'ensemble du réseau est absolument essentielle pour notre politique de développement. Le réseau, c'est vous bien sûr, mais aussi sur le terrain vos partenaires et je pense en particulier à l'AFD, acteur pivot de notre politique de développement sur le terrain.

Tout d'abord, vous êtes ceux qui permettrez de faire de l'efficacité autre chose qu'un concept ou une injonction... L'efficacité doit devenir une réalité tangible. Ne vous méprenez pas : je sais fort bien que vous n'avez pas attendu la loi ou mon arrivée au gouvernement pour travailler dans un souci d'efficacité. Mais les objectifs sont aujourd'hui posés.

Le sens de mon message, c'est qu'au moment où le gouvernement a demandé des efforts conséquents aux Français pour le redressement des comptes publics, nous devons démontrer plus systématiquement l'utilité de nos actions. Nous assumons les économies car c'est un effort qui s'impose à tous les budgets. Une plus grande efficacité a donc pour but de compenser la stabilisation des moyens à disposition. Nous avons un devoir d'efficacité et de transparence envers les contribuables et les populations que nous aidons. Il nous faut pour cela renforcer la cohérence des actions avec l'ensemble des acteurs du développement, là où chacun est le plus efficace.

Très concrètement, je vois quatre déclinaisons de ce principe :

La première, c'est l'évaluation de nos actions. Mesurer l'impact de chaque action engagée. Pas dans une logique punitive ou comptable mais dans une démarche de prise en compte des retours d'expérience pour améliorer la qualité de nos actions au bénéfice des publics ciblés. La loi définit une trentaine d'indicateurs. Tous ne sont pas pertinents dans votre action quotidienne : à vous de voir, dans chaque situation, comment intégrer cette exigence.

La seconde, c'est la recherche de l'effet de levier par le partenariat : cela passe notamment par un travail d'influence auprès de tous les instruments multilatéraux, européens ou autres, présents dans vos pays et auxquels la France contribue.

Les sommes en jeu dépassent bien souvent l'enveloppe dont vous disposez en gestion directe. En RDC, par exemple, le Service de coopération et d'action culturelle dispose d'une enveloppe d'1,3 millions d'euros en gestion directe mais les fonds investis par la France dans le pays à travers l'ensemble des opérateurs et des bailleurs multilatéraux (FED, Fonds mondial...) s'élève à une cinquantaine de millions d'euros. À vous d'orienter et de valoriser ces investissements.

J'ai signé hier, à Florence, l'acte constitutif du fonds Békou, un fonds multi-bailleurs pour la RCA. Je suis fière que cette initiative soit la concrétisation d'une idée française. C'est un autre exemple de cette démarche partenariale où les moyens que nous investissons en propre permettront de mobiliser nos partenaires sur nos priorités. Ce sont plus de financement, une meilleure coordination locale, plus de cohérence et in fine, plus d'efficacité et plus d'impact !

Un mot sur un grand chantier qui a été ouvert dans le cadre de la loi : la réforme de l'expertise technique internationale. Nous allons rassembler sous une seule bannière des acteurs aujourd'hui éparpillés dans tous les ministères, pour créer un seul opérateur, capable d'embrasser, à terme, tous les enjeux, tous les secteurs : il sera universel, en termes de masse critique financière, en termes de compétences ; il s'appuiera sur nos experts dans les différents ministères partenaires, pour la promotion de nos savoir-faire et de projection d'influence... Ce n'est pas un rêve, c'est une réalité en marche. Ce matin-même, le préfigurateur a été nommé en conseil des ministres. Je gage que cette unification attendue de l'offre publique française en matière d'expertise technique internationale vous épargnera bien des tracas

Troisième déclinaison : plus d'efficacité, c'est aussi plus de transparence. Lors d'un déplacement au Mali, j'ai pu voir comment la mise en ligne, sur Internet, des projets menés pouvaient y contribuer. Les citoyens peuvent nous interpeller très vite sur ce qui n'a pas réellement été fait, ce qui ne va pas. C'est un vrai moyen pour connaître et entreprendre les démarches correctives nécessaires. La publication des informations relatives à l'aide va être généralisée à l'ensemble des pays pauvres prioritaires. L'objectif est que, à terme, tous les citoyens puissent consulter en ligne le détail de chaque projet que nous menons dans ces 16 pays. Ils seront consultables aussi bien en France que dans les pays partenaires. Et je vous demande à tous de porter une grande attention aux retours que l'on peut vous faire sur ces projets : ils sont indispensables pour mieux faire et pour ne pas gaspiller les moyens financiers.

Quatrième déclinaison : pour être plus efficace, il faut également innover. Et j'ai pu constater ce matin l'ampleur de votre mobilisation au service de l'innovation. Comme je vous l'ai dit, Emmanuel Faber et Jay Naidoo m'ont remis il y a quelques semaines un rapport qui montre l'importance d'innover. Les conclusions de ce rapport vous seront présentées dans le cadre d'un atelier cet après-midi. L'innovation est avant tout un état d'esprit, une mise en mouvement - et je constate avec satisfaction que cet esprit vous anime, dans vos actions au quotidien, à travers le monde, dans vos postes respectifs.

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Enfin l'autre élément structurant de nos actions, c'est la proximité. La rénovation de la politique française de développement, c'est aussi son ouverture résolue envers les acteurs du développement dans leur diversité et la reconnaissance de l'importance de la concertation dans l'élaboration et la mise en oeuvre de la politique de développement. La loi d'orientation et de programmation pour le développement l'affirme très clairement.

Et quand je dis «travailler tous ensemble», je pense à tous les acteurs représentés dans le nouveau Conseil national du Développement et la Solidarité internationale, et qui travaillent sur le terrain. Je pense aux acteurs présents dans les territoires et impliqués dans des projets de développement, et qu'il faut accompagner. Je pense aux collectivités territoriales dont le rôle est reconnu dans la nouvelle loi. Je pense aux ONG, bien sûr, particulièrement actives et engagées, mais je pense aussi aux entreprises : ce sont des acteurs dont le rôle doit non seulement être reconnu mais aussi encouragé, accompagné, dans des logiques de co-création où chaque partenaire apporte le meilleur de son expertise au service de la réalisation d'un projet commun.

C'est tout l'intérêt du CNDSI, qui est un espace de dialogue multi-acteurs voulu par le président de la République. Il permet d'échanger avec tous les acteurs sur les objectifs, les orientations, la cohérence et les moyens de la politique française de développement. En somme, il permet à chacun de «s'apprivoiser» au sens où le Petit Prince entendait ce terme...

Mais cette concertation que je crois fructueuse, ne doit pas avoir uniquement lieu à Paris. Non, elle doit être généralisée dans les pays partenaires. Écoute des besoins des populations, concertation avec les pays partenaires, réponses apportées aux initiatives locales doivent être des pratiques du quotidien. L'attention portée à la société civile doit jouer un rôle prépondérant. C'est une condition pour comprendre les besoins, adapter son action, débusquer les initiatives qui méritent d'être soutenues et qui produiront le plus d'impact.

Enfin, pour ceux qui travaillent dans un environnement régional comportant une ou plusieurs collectivités d'outre-mer, je veux attirer votre attention sur la nécessité de s'appuyer sur l'une des grandes richesses de notre pays contribuant à son rayonnement. Je veux parler des territoires ultra-marins.

La loi le précise clairement pour le développement : les collectivités d'outre-mer devront être informées des projets menés dans leur environnement régional. Ce doit être aussi le cas de notre action culturelle. Notre politique de développement doit pouvoir s'appuyer sur leur savoir-faire et leurs réseaux dans le cadre d'une politique de développement régional. Je souhaite que vous soyez attentifs à cela.

La proximité, c'est aussi faire connaitre les actions entreprises par notre diplomatie auprès de l'ensemble de nos concitoyens. 2015 sera l'année européenne du développement. C'est une opportunité extraordinaire pour mettre en avant les projets portés. Car si nos concitoyens continuent à soutenir massivement la solidarité internationale, ils souhaitent aussi en être mieux informés. J'espère que vous pourrez faire remonter des projets innovants, des projets qui donnent envie à la jeunesse de France de s'impliquer dans du volontariat, de soutenir les actions menés dans les pays les moins avancés. Pour ceux d'entre vous qui êtes basés dans un pays européen, c'est le moment de mettre en avant des projets portés conjointement par nos deux pays. Il y a là une très belle occasion de faire connaître ce que la France fait, de ce que vous réalisez au quotidien.

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Enfin, dernier point de méthode : restons positifs ! Le climat politique actuel est difficile. L'action de la France en matière d''aide publique au développement reste encore peu visible, et n'est souvent abordée par les journalistes qu'à travers le prisme de la baisse des moyens.

Mais l'aide au développement va bien au-delà des enjeux budgétaires, c'est une démarche. Vous le savez, c'est votre quotidien, et au-delà, ce sera un des grands sujets de discussion onusien de l'année 2015.

Ainsi, aussi bien sur le fonds que sur la forme, le cycle vertueux voulu par le président de la République (passage de la coopération au développement, Assises du développement, projet de loi structurant, exigence de transparence et de concertation) porte ses fruits. Si nos moyens budgétaires sont mis à l'épreuve, c'est une raison de plus pour que nos efforts en faveur d'une aide plus efficace, moins opaque, plus concertée soient visibles et porteurs de résultats.

La politique de développement et la politique culturelle de la France ne sont pas anodines. Elles ne sont pas marginales. Non, elles sont au coeur de notre République car elles permettent d'affirmer et de véhiculer ses valeurs. Des valeurs de générosité. Des valeurs humanistes. Des valeurs universelles. Ces politiques font la fierté de la France et raffermissent sa voix dans le monde. Oui, votre travail quotidien fait bouger les lignes. Soyez en fiers ! Il contribue à construire un monde plus humain. Et c'est là le plus essentiel.

Je vous remercie./.

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20. Diplomatie Ă©conomique - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Culture» (Paris, 16/07/2014)

(...)

Q - Avant d'évoquer la conférence climat, j'ai une question sur la diplomatie économique. Est-ce qu'il n'y a pas pour vous une sorte de mise en danger à vouloir être à la fois sur les dossiers diplomatiques et stratégiques et les dossiers économiques ? Je m'explique par un cas d'école : est-ce que des entreprises françaises ne pourraient pas vous dire : «Signez un accord avec l'Iran. On baisse les sanctions parce que c'est un marché gigantesque à conquérir pour nous» ?

R - Ma réponse serait non. Je vous ai dit tout à l'heure quels étaient les grands objectifs de la France. Le premier, c'est la paix et la sécurité donc quand on évoque l'affaire iranienne, notre point de vue est clair et net. Que l'Iran ait toutes les possibilités en matière de nucléaire civil oui, mais en matière de nucléaire militaire non. Nous ne voulons pas que l'Iran ait la bombe atomique et d'ailleurs pas simplement nous, la France, mais les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Nous définissons une position. On espère trouver un accord et pour le moment c'est très difficile. Mais cet accord ne peut se faire que si on respecte l'objectif que j'ai dit sinon il n'y aura pas d'accord.

Q - Quitte à laisser un gigantesque marché en jachère.

R - Mais bien sûr parce qu'on ne peut pas dire : «Vive l'économie !» au détriment de la sécurité du monde. Ce ne serait pas responsable. C'est l'objectif de sécurité et de paix qui doit prévaloir.

(...)./.

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21. Tourisme - Taxe de sĂ©jour - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Culture» (Paris, 16/07/2014)

Q - Et pour commencer, une réaction à ce report de l'augmentation de la taxe de séjour par les députés cette nuit. Vous vous étiez exprimé contre, c'est donc une victoire pour vous ?

R - C'est surtout une bonne décision pour le tourisme. Je rappelle que le tourisme est une industrie absolument majeure en France, qui représente plus de 2 millions d'emplois, et plus de 7 % de notre production nationale. Il y a beaucoup de touristes français, et beaucoup de touristes étrangers. Ce qui était proposé par certains élus, c'était d'augmenter les taxes sur le tourisme. Le gouvernement s'y est opposé, et étant en charge désormais aussi de la promotion du tourisme, je m'y suis opposé. Pourquoi ?

D'abord parce qu'une mesure concernant la taxe de séjour ne peut être décidée qu'après concertation avec les professionnels.

Deuxièmement, parce que nous voulons éviter - c'est la décision du président de la République et du Premier ministre - d'augmenter les taxes, d'une façon générale. On ne peut pas dire d'un côté, on n'augmente pas les taxes, et de l'autre on augmente celle-là.

Et troisièmement, évidemment, si on avait augmenté dans les proportions qui avaient été proposées, cela aurait été une pénalisation pour les touristes.

Q - On parle d'une augmentation passant de 1,5 euro Ă  8 euros...

R - Oui, c'est plus deux euros qui étaient prévus pour la région parisienne. Cela fait une multiplication par six. On peut avoir l'idée que c'est une taxe pour le prince étranger qui va séjourner dans un 5 étoiles. Mais il ne faut pas oublier qu'une telle augmentation concernerait l'ensemble des touristes, y compris les touristes français.

Je pense donc que la décision qui a été prise est une décision raisonnable. Cela veut dire qu'on va avoir du temps pour se concerter avec les professionnels et regarder tout cela à la rentrée, et je pense que c'est sage. (...)./.

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22. Nominations - Conseil des ministres (Paris, 16/07/2014)

Sur proposition du ministre des affaires étrangères et du développement international :

- M. Jean-Christophe Donnellier, inspecteur général de l'Institut national de la statistique et des études économiques, est nommé délégué interministériel à la coopération technique internationale ;

- M. Christian Masset, ministre plénipotentiaire de 1ère classe, est nommé secrétaire général du ministère des affaires étrangères et du développement international, à compter du 1er août 2014 ;

- M. Pierre Sellal, ambassadeur de France, est nommé ambassadeur, représentant permanent de la France auprès de l'Union européenne à Bruxelles, à compter du 1er août 2014 ;

- M. Xavier Sticker, conseiller des affaires étrangères hors classe, est nommé ambassadeur délégué à l'environnement./.

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