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Déclarations officielles de politique étrangère du 10 juin 2014


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Uruguay/Entretien de M. Fabius avec son homologue - Commerce des biens environnementaux/DĂ©claration de Mme Pellerin - Syrie/Initiative de la France au Conseil des droits de l'Homme des NU - Mali/Adoption de la dĂ©claration d'Alger - Pakistan/Attaques contre l'aĂ©roport de Karachi - Kosovo/Élections lĂ©gislatives - SĂ©curitĂ© maritime/Forum de l'IHEDN sur le continent africain - ActualitĂ© du rĂ©seau culturel/20ème Ă©dition du Festival du film franco arabe - Burundi - Iran - AlgĂ©rie - Liban - Libye - UpM (Paris, 10/06/2014)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et répondu aux questions suivantes :

1 - Uruguay - Entretien de M. Laurent Fabius avec son homologue uruguayen (10 juin 2014)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, recevra aujourd'hui M. Luis Almagro, ministre des relations extérieures d'Uruguay.

La France entretient des relations étroites et confiantes avec l'Uruguay. Cet entretien permettra de renforcer notre dialogue politique avec ce pays, important contributeur aux opérations de maintien de la paix et membre observateur de l'Organisation internationale de la Francophonie.

Il sera également l'occasion d'évoquer les opportunités offertes à nos entreprises, dont les investissements se sont développés depuis quelques années. Les perspectives de notre coopération, qui repose sur des partenariats de haut niveau (Institut Pasteur de Montevideo, laboratoires internationaux), seront également examinées.

2 - Commerce des biens environnementaux - DĂ©claration de Mme Fleur Pellerin

À la suite d'une initiative du forum de coopération économique Asie-Pacifique visant à réduire les droits de douane sur une liste de 54 biens environnementaux d'ici 2015, le principe du lancement d'un accord multilatéral relatif à la libéralisation du commerce de ces biens a été adopté le 24 janvier dernier entre l'Union européenne et 14 autres pays, dont les États-Unis et la Chine.

Mme Fleur Pellerin, secrétaire d'État chargée du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l'étranger, se félicite que le périmètre souhaité pour ces négociations, confiées à la Commission européenne, ait été adopté par le conseil Affaires étrangères du 8 mai dernier. Il s'agit d'un projet que la France soutient de longue date : une meilleure circulation des biens environnementaux peut être source de croissance et d'emplois pour la France compte tenu de son expertise dans ce secteur. Cette initiative concourt aux objectifs de lutte contre le changement climatique, dans un contexte où la France accueillera, en 2015, la 21ème Conférence climat (COP21) à Paris.

Mme Pellerin espère que cet accord sera signé par de nombreux pays membres de l'Organisation mondiale du commerce. Il est d'ores et déjà convenu que les bénéfices de l'accord qui sera négocié à partir de l'automne 2014 s'étendront à tous les membres de l'OMC, qu'ils soient partie ou non à l'accord, selon la clause de la «nation la plus favorisée».

Mme Fleur Pellerin invite les parties intéressées à contribuer à la consultation publique ouverte par la Commission européenne jusqu'au 31 juillet 2014 sur son site internet.

3 - Syrie - Initiative de la France au Conseil des droits de l'Homme des Nations unies

À l'occasion de l'ouverture de la 26ème session du conseil des droits de l'Homme, la France organise aujourd'hui à Genève un événement exceptionnel consacré à la tragédie des disparus et des détenus dans les prisons syriennes.

Deux magistrats internationaux, M. Desmond de Silva et le professeur David Crane, viendront présenter le «rapport César» qui établit, sur la base de près de 55 000 clichés, que 11.000 personnes ont été assassinées après avoir été torturées et affamées dans des prisons de la banlieue de Damas. Le professeur Al Hadjé, du groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées, ainsi que des victimes du régime syrien s'exprimeront également.

Devant ces preuves accablantes de la pratique massive et systématique par le régime syrien de la torture pour terroriser tout un peuple, constitutive d'un crime contre l'humanité, la France, dans la continuité de son initiative pour la saisine de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité, poursuit sa mobilisation pour lutter contre l'impunité en Syrie.

Q - Les prisonniers libanais détenus en Syrie sont-ils inclus dans cette initiative française ?

R - Il s'agit principalement des ressortissants syriens victimes de la répression depuis trois ans. Un message du ministre doit être diffusé en ce moment même à Genève.

4 - Mali - Adoption de la déclaration d'Alger (9 juin 2014)

La France salue la déclaration d'Alger adoptée le 9 juin par les groupes armés signataires de l'accord de Ouagadougou. Il s'agit d'un premier pas important dans l'engagement de ces groupes à oeuvrer à la consolidation du cessez-le-feu du 23 mai dernier et au lancement des négociations avec le gouvernement malien.

Nous saluons les efforts de l'Algérie, mis en oeuvre à la demande du Mali, dans l'organisation des discussions informelles avec les mouvements armés pour permettre d'aboutir à une plateforme commune de revendications. Ces discussions faciliteront la conduite du processus de négociations inter-malien, dans le respect de l'intégrité territoriale du Mali et des principes agréés dans l'accord de Ouagadougou.

Nous encourageons l'Algérie à poursuivre son initiative en coordination avec les acteurs régionaux et internationaux, et notamment avec les Nations unies.

La France appelle les autorités maliennes et les groupes armés à engager dans les plus brefs délais le processus de négociations devant conduire à un accord global et définitif.

Q - Quelle est la prochaine Ă©tape ?

R - Cet accord d'Alger est une Ă©tape importante. L'essentiel, c'est maintenant de le mettre le plus rapidement possible en oeuvre sur le terrain. Ce sont les acteurs politiques maliens qui doivent prendre le relais.

5 - Pakistan - Attaques contre l'aéroport de Karachi (8-9 et 10 juin 2014)

La France condamne fermement les attaques qui ont visé dans la nuit du 8 au 9 juin, puis à nouveau le 10 juin, l'aéroport de Karachi.

Elle adresse ses condoléances aux familles des victimes et ses voeux de prompt rétablissement aux blessés.

La France renouvelle aux autorités et au peuple pakistanais sa pleine solidarité dans la lutte contre le terrorisme.

6 - Kosovo - Élections législatives (8 juin 2014)

La France salue le bon déroulement des élections législatives organisées sur l'ensemble du territoire national au Kosovo dimanche 8 juin. Selon les observateurs internationaux, dont ceux de l'Union européenne, ces élections se sont tenues dans le calme, de manière ordonnée et sans irrégularité notable. C'est un progrès à mettre au crédit des institutions et des citoyens kosovars.

Nous remercions l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe pour son implication dans l'organisation de ce scrutin. La bonne participation, y compris de la communauté serbe, notamment au nord du Kosovo, doit encourager Belgrade et Pristina à poursuivre la normalisation de leurs relations.

La France forme le voeu que le prochain gouvernement soit constitué rapidement et qu'il réponde aux attentes exprimées par la population durant ces élections, en particulier en matière de renforcement de l'État de droit et de développement économique.

7 - Sécurité maritime - Forum de l'Institut des hautes études de défense nationale sur le continent africain (Paris, 12-19 juin 2014)

Le quinzième forum de l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) sur le continent africain se tiendra à Paris du 12 au 19 juin 2014. Il portera cette année sur la sécurité maritime en Afrique, qui avait constitué un thème central du sommet de l'Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique de décembre 2013.

Ce forum, conçu et financé par le ministère des affaires étrangères et du développement international en liaison avec l'IHEDN, permettra de réunir un grand nombre d'auditeurs de haut niveau représentant 37 pays africains, l'Union africaine et cinq organisations régionales, autour des enjeux essentiels de la sécurité maritime pour la stabilité et le développement de l'Afrique.

De nombreuses conférences, mais également des groupes de travail et des mises en situation de crise, seront organisées lors du séminaire pour aborder les enjeux de la sécurité maritime.

Ce forum sera également l'occasion de présenter les principaux aspects de la coopération menée, sur le continent africain, par la France et l'Union européenne dans les domaines de la sécurité et de la défense.

8 - Actualité du réseau culturel - 20ème édition du Festival du film franco arabe (Amman, 14-21 juin 2014)

L'Institut français de Jordanie organise du 14 au 21 juin 2014, en collaboration avec la commission royale du film de Jordanie, la 20ème édition du Festival du film franco-arabe. À l'occasion de ce vingtième anniversaire, un hommage particulier sera rendu à la carrière cinématographique d'Omar Sharif avec la projection de «Lawrence d'Arabie» de David Lean et de «Rock the Casbah» de Laïla Marrakchi.

Le festival proposera une quinzaine de films inédits de production arabe et française, dont des productions destinées au jeune public. Des rencontres avec les professionnels du cinéma ainsi que des ateliers et des débats se dérouleront tout au long du festival. Le festival se terminera le 21 juin avec une soirée musicale sur le thème de bandes originales de films ayant marqué l'histoire du cinéma.

Fort de son succès, ce festival qui a également lieu chaque année en France depuis 2012, s'est d'abord installé au Liban avant de se dérouler à Bagdad où sera organisée à l'automne sa seconde édition en Irak.

L'intégralité du programme est disponible sur le site : www.ifjordan.com et les réseaux sociaux Facebook et Twitter.

9 - Burundi

Q - Quelle est la réaction de la France à la suite de la détention de l'opposant burundais Pierre Claver-Mbonimpa ?

R - Aux côtés de ses partenaires de l'Union européenne, la France suit avec attention la situation de Pierre Claver-Mbonimpa, défenseur des droits de l'Homme burundais actuellement en détention. Nous restons notamment vigilants s'agissant du respect par la justice burundaise du principe des droits de la défense et du droit à un procès équitable, garanti par le pacte international relatif aux droits civils et politiques ratifié par le Burundi. La France rappelle son attachement au respect des libertés publiques et réaffirme son soutien à l'action des défenseurs des droits de l'Homme partout dans le monde.

10 - Iran

Q - Quel va être l'objet des conversations bilatérales demain sur l'Iran entre la France et Téhéran ?

R - Au même titre que ses homologues du groupe des Six, notamment américains et russes, le directeur politique français Nicolas de Rivière s'entretiendra bilatéralement avec son homologue iranien à Genève demain mercredi 11 juin. Outre les sessions formelles de négociations entre les Six et l'Iran, des consultations bilatérales ont occasionnellement lieu entre les différentes délégations. Ces consultations bilatérales sont menées de manière transparente et sont coordonnées au sein du groupe des Six. Nous souhaitons qu'elles contribuent à l'élaboration d'un accord dans les discussions menées avec l'Iran dans le cadre du groupe des Six, dans la perspective de la réunion prévue à Vienne la semaine prochaine.

Q - Pourquoi chaque pays du groupe des Six a-t-il des entretiens bilatéraux ?

R - Comme je l'ai indiqué, l'exercice est coordonné entre les Six et transparent. Il y aura un débriefing avec Mme Catherine Ashton après l'ensemble de ces réunions bilatérales.

Q - En ce moment, les discussions entre les États-Unis et l'Iran portent plutôt sur les sanctions. Est-ce qu'un thème particulier sera abordé demain ? Le ministre a évoqué les centrifugeuses ce matin.

R - Cela fait partie des thèmes qui seront effectivement abordés avec la délégation iranienne.

Q - Lorsque vous dites que le sujet des centrifugeuses va être traité, de quelle manière cela va-t-il l'être ?

R - Comme le ministre l'a dit ce matin, les discussions ont bien avancé sur Arak. En revanche, sur le nombre de centrifugeuses, il y a une divergence très nette avec les Iraniens. Cela fait donc partie des sujets qui seront abordés.

Q - Pensez-vous parvenir Ă  un accord le 20 juillet ?

R - Nous ne nous engageons pas sur les délais. L'objectif, c'est d'avoir un accord crédible et durable.

11 - Algérie

Q - Quel est le bilan de la visite de M. Fabius en Algérie ?

R - La visite s'inscrivait dans le cadre du partenariat d'exception d'égal à égal et de long terme noué à l'occasion de la visite d'État du président de la République en Algérie les 19 et 20 décembre 2012.

Elle a permis d'établir la séquence de nos rendez-vous bilatéraux à venir : une session de notre dialogue stratégique au niveau des secrétaires généraux des ministères des affaires étrangères à l'automne ; la seconde réunion du comité mixte économique franco-algérien (COMEFA) que conduira M. Laurent Fabius, en novembre ; la tenue à Paris à la fin de l'année ou au début de l'année 2015 du second comité intergouvernemental de haut niveau, présidé par les chefs de gouvernement.

Le ministre était accompagné d'une délégation d'entrepreneurs français. Nous avons avec l'Algérie une dynamique d'échanges commerciaux et d'investissements prometteuse et qui repose sur de fortes complémentarités entre nos économies et sur une proximité géographique et humaine.

12 - Liban

Q - Hassan Nasrallah a accusé la France d'avoir proposé à des responsables iraniens de modifier la répartition du pouvoir entre communautés prévue par l'accord de Taëf. Est-ce que vous avez un commentaire ?

R - La France est attachée au consensus inter-libanais soutenu par la communauté internationale. Nous marquons auprès de tous nos interlocuteurs, en public comme en privé, la nécessité de soutenir les institutions libanaises et de préserver les équilibres qu'elles consacrent, en vertu notamment des accords de Taëf.

13 - Libye

Q - Le ministre a parlé ce matin de discussions aux Nations unies sur la Libye. De quoi s'agit-il ?

R - Il s'agit d'une médiation pour accompagner la transition en cours. Il y a eu notamment une décision de la cour constitutionnelle qui peut contribuer à pacifier les relations entre acteurs politiques libyens, de façon à ce que la violence cesse et que le pays puisse se consacrer entièrement à son développement.

Sur le volet politique, nous saluons l'esprit de responsabilité de l'ensemble des partis politiques libyens, qui a permis de mettre fin au blocage institutionnel dans le respect des principes de l'État de droit et de la démocratie. Nous encourageons le gouvernement et le congrès à unir leurs efforts pour poursuivre la transition dans les délais prévus. Sur le volet sécuritaire, nous les encourageons à oeuvrer pour rétablir la sécurité dans le pays en combattant résolument le terrorisme.

Nous avons une coopération bilatérale avec la Libye et nous encourageons la coopération régionale. L'objectif, c'est la sécurisation des frontières, l'échange d'informations et la lutte contre la circulation des armes.

14 - Union pour la Méditerranée

Q - Est-ce que l'Union pour la Méditerranée fonctionne toujours ?

R - Elle fonctionne avec un budget et une structure administrative, légère et efficace. Elle porte un certain nombre de projets dans les domaines économique, culturel, environnemental et universitaire.

Q - Mais il n'y a plus de président de l'Union ?

R - Il y a un secrétaire général, M. Fathallah Sijilmassi. Son principal objectif est la mise en oeuvre de projets concrets. Des réunions thématiques se tiennent régulièrement sur les domaines de coopération. Il y a une vraie dynamique./.

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2. Ă‰tats-Unis - BNP Paribas - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Inter» (Paris, 10/06/2014)

(...)

Q - Concernant la BNP, comment se fait-il que vous donniez votre avis sur des justiciables, Cette entreprise va certainement être condamnée. Je ne vois pas pourquoi on interviendrait en leur faveur ?

R - S'agissant de la BNP, il s'agit du premier établissement financier d'Europe. Que fait la banque ? Elle fait des crédits aux particuliers pour acheter un logement, aux entreprises pour développer l'emploi et d'autres choses encore. Si elle se trouve, sans l'avoir mérité bien sûr, dans une situation difficile parce que les Américains imposent une amende de plusieurs milliards de dollars, cela aura des conséquences négatives sur les activités de la banque, donc sur les économies européenne et française. Notre tâche est de défendre les économies européenne et française et le pouvoir d'achat des Français.

On peut parler des banquiers et des gens nous demandent pourquoi nous intervenons. Nous sommes au gouvernement et nous essayons de défendre les intérêts de la France. Mais il ne faut pas qu'il y ait d'ambiguïté, si des fautes ont été commises, il est tout à fait normal qu'elles soient sanctionnées mais il faut, comme nous l'avons dit que la sanction ne soit pas disproportionnée.

(...)./.

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3. Ă‰tats-Unis - BNP Paribas - Partenariat transatlantique - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «Europe 1» (Paris, 08/06/2014)

(...)

Q - Au Quai d'Orsay, il ne suffit pas de prier, vous avez d'autres méthodes. Sur la BNP et les banques françaises, le président Obama a renvoyé à la justice américaine plutôt qu'à la Maison-Blanche. Est-ce qu'il vous a convaincu ?

R - Chacun est dans son rôle. Je ne vais pas revenir longuement là-dessus, puisque je me suis exprimé plusieurs fois. Mais la BNP Paribas c'est l'une des deux premières banques d'Europe. Et lorsqu'on entend dire qu'il y a des menaces de sanctions avec des milliards de dollars d'amende, un gouvernement ne peut pas s'en désintéresser. Le président de la République, le ministre des finances et moi-même avons dit que s'il y avait une faute, c'était normal qu'il y ait sanction, mais il faut qu'elle soit proportionnée.

Q - Vous dites : elles ne sont pas acceptables étant donné leurs dimensions ?

R - Il faut que ce soit proportionné.

Q - Ça veut dire qu'il y en a d'autres qui sont acceptables ? Mais est-ce que de la part des Américains c'est innocent ?

R - Le président Obama a répondu que dans la tradition américaine, le président ne peut pas intervenir auprès de la justice.

Q - Oui, mais George Bush ne s'était pas privé d'intervenir au moment de la crise des subprimes.

R - C'est pourquoi c'est notre devoir de donner la diversité des dimensions de cette affaire, qui en plus peut avoir des conséquences économiques extrêmement importantes.

Q - Est-ce que vous poussez la BNP à transiger ? Ou est-ce que vous lui dites : allez jusqu'au bout au procès ?

R - BNP a des dirigeants, c'est à elle de prendre ses décisions. Mais notre rôle, en tant que gouvernement qui veut soutenir l'économie européenne et l'économie française, c'est d'expliquer aux autorités américaines le dommage que tout cela pourrait faire.

Q - MĂŞme s'il y a eu infraction ?

R - Non, s'il y a eu infraction, il doit y avoir sanction, c'est normal, mais elle doit être proportionnée.

Q - Si la sanction est exorbitante, 10 milliards de dollars, est-ce que vous suspendez unilatéralement les négociations du traité transatlantique ?

R - Il est vrai qu'il y a un contexte. S'il y avait des sanctions disproportionnées, ce serait sur une base unilatérale, par décision. Or ce que j'ai dit, de manière extrêmement posée, c'est qu'il y a une discussion sur un traité transatlantique. Ce traité ne peut être accepté que s'il y a réciprocité, si les deux parties retirent des avantages à le signer. Si, dans le même temps, il y a des décisions unilatérales extrêmement lourdes, cela ne crée pas une atmosphère favorable.

Q - Il y a des Français qui se disent : mais s'il y a eu infraction, pourquoi l'État français ne réprimande pas et ne punit-il pas lui aussi la BNP et les banques françaises ?

R - C'est un autre point. En droit européen et en droit français, ce que l'on reproche semble-t-il à la BNP, ne fait pas l'objet de sanctions. Là, il peut y avoir des sanctions parce qu'il y a eu des transactions en dollars. Et sous le régime du dollar c'est ce qu'on appelle l'extraterritorialité. À partir du moment où il y a une transaction en dollars, les Américains considèrent que c'est leur loi qui s'applique.

Q - La dictature du dollar ?

R - Vous êtes modéré. Mais je dirais que c'est l'extraterritorialité du dollar. Et cela pose un autre problème. Cela permet notamment à tous nos concitoyens de réfléchir sur l'existence de l'Euro. L'une des raisons pour lesquelles nous poussons l'euro, nous croyons à l'euro - même si la gestion peut être contestée -, c'est que si l'on veut qu'il n'y ait pas ce que vous appelez la «dictature du dollar», il faut qu'il y ait des monnaies qui possèdent une ampleur et une influence aussi fortes que le dollar. Et évidemment, ça n'est pas le franc tout seul qui peut y parvenir. L'Euro, et aussi la monnaie chinoise, doivent être là dans un système monétaire modifié. Tant qu'il n'y a que le dollar, c'est la loi du dollar qui peut s'appliquer.

Q - Faut-il que les dirigeants de la BNP quittent leurs fonctions pour calmer ?

R - Je ne vais pas rentrer lĂ -dedans.

Q - C'est ce que demandent les Américains. La justice américaine veut des têtes ! Est-ce qu'il faut leur accorder les têtes qu'ils réclament ?

R - Le gouvernement français a dit ce qu'il avait à dire. Maintenant, nous allons voir quelles sont les décisions. Nous avons donné le cadre général.. La BNP prendra bien évidemment les positions qu'elle veut prendre.

Q - Au-delà d'une position symbolique de dire «nous allons à ce moment-là mettre en cause le traité transatlantique»...

R - Vous croyez que c'est symbolique ?

Q - Parce que la France n'est pas seule, c'est quand même un accord entre l'Union Européenne et les États-Unis. Pourquoi la France aurait pesé plus que les autres ?

R - Ce traité est discuté par le commissaire qui parle au nom de l'ensemble des États, mais au moment de l'approbation finale cela passera devant les Parlements.

Q - Ça veut dire que la France peut se lever de la table des négociations ?

R - Nous n'en sommes pas du tout là. Au départ, sur cette question du Traité qui est souvent abordée, j'ai une position très réaliste. Je ne suis au départ ni pour, ni contre. Si cela peut apporter des avantages à la France et à l'Europe, c'est très bien. Si, en revanche, cela nous expose- je ne parle pas de l'affaire de la BNP - et ne nous apporte pas d'avantages, il n'y a pas de raison de signer ce Traité.

J'ai pris d'ailleurs un exemple avec nos amis américains. Nous pouvons attendre des choses de ce Traité, en particulier dans deux domaines. Dans le secteur agricole, cela permettrait de pouvoir renforcer nos positions sur le marché américain. Deuxièmement, en matière de marchés publics, nous sommes un pays qui est très ouvert : à peu près 80 à 85 % des marchés publics sont ouverts à tous les pays. Pour les Américains c'est de l'ordre de 25 % parce que leurs États locaux n'acceptent pas des marchés publics venant de l'étranger. Si nous arrivons, dans le cadre de la discussion de ce traité, à faire que les marchés publics américains puissent être ouverts, c'est un gain considérable. Nous réclamons ainsi la réciprocité./.

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4. Ă‰tats-Unis - Politique Ă©trangère - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «Europe 1» (Paris, 08/06/2014)

(...)

Q - On en revient quand même à cette phrase effectivement de Barack Obama. Est-ce que ce n'est pas aussi une manière de dire «débrouillez-vous». Est-ce qu'en disant cela il ne confirme pas, encore une fois de plus ce que l'on voit, c'est-à-dire le retrait américain et un problème de politique étrangère ?

R - C'est une longue discussion mais il est vrai qu'aux États-Unis il existe ce qu'on appelle dans la population le «war fatigue», c'est-à-dire qu'il y a une lassitude vis-à-vis de la guerre qui vient de l'engagement en Irak qui était infondé, de l'engagement en Afghanistan...

Le peuple américain est souvent dans une attitude contradictoire. D'un côté, il veut que l'Amérique soit présente partout et, de l'autre, quand il y a des présences elles sont contestées à cause de leurs conséquences lourdes. Le président américain a souvent à gérer cette contradiction.

Nous connaissons cette position. Les Américains sont nos partenaires, nos alliés, il y a beaucoup de théâtres où nous agissons ensemble, beaucoup de circonstances. Par exemple, actuellement nous discutons avec les Iraniens et nous sommes au côté des Américains, des Russes, des Chinois, etc. Il y a d'autres points où nous pouvons avoir une divergence. Mais ils restent nos alliés, nos partenaires.

(...)./.

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5. Russie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «Europe 1» (Paris, 08/06/2014)

(...)

Q - Laurent Fabius, au nom de l'indépendance dont vous venez de parler, est-ce que la France va livrer à temps les deux MISTRAL, c'est-à-dire en septembre, à Moscou ?

R - Nous nous sommes déjà exprimés là-dessus. C'est un contrat qui date de 2011 qui a été signé par le gouvernement précédent et il y a une règle qui est qu'on honore les contrats. D'autre part, ils ont été payés déjà aux deux tiers, cela représente des centaines d'emplois. La décision finale - nous l'avons dit - sera prise en octobre et nous espérons que la tension aura diminué. Nous avons dit clairement que nous honorions nos contrats, de la même façon que les Américains honorent leurs contrats quand ils en passent.

Q - Et Obama pendant la dîner...

R - Le président Obama a dit qu'il aurait souhaité - je ne me rappelle plus exactement la phrase qu'il a utilisée - qu'il y ait une pause sur ces contrats.

Q - Donc les 700 marins russes qui doivent venir s'entraîner viendront là...

R - Oui, bien sûr, mais je voudrais dire en même temps qu'il a dit qu'il souhaitait que la situation au mois d'octobre puisse être différente.

(...)./.

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6. Ukraine - RĂ©ponses de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, Ă  des questions Ă  l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 10/06/2014)

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Monsieur le Député,

Merci d'avoir salué en particulier l'action de la diplomatie. C'est vrai que, vous le rappeliez, avec mes collègues allemands et polonais, nous étions à Kiev au moment où il s'était agi d'arrêter la guerre civile à Kiev. De la même façon la France, vous avez eu la gentillesse de le dire mais c'est connu de tous, a été le principal artisan de la rencontre entre les présidents Porochenko et Poutine, ce qui a permis d'entamer ce que nous espérons être la désescalade.

J'ai eu l'occasion d'aborder cela samedi dernier puisque j'étais à Kiev où j'ai discuté avec le président Porochenko et le Premier ministre Iatseniouk. Nous sommes bien sûr en contact avec les Russes.

Il y a plusieurs aspects de cette situation. Tout d'abord, la recherche du cessez-le-feu. Il y a actuellement un dialogue qui a lieu entre l'ambassadeur russe à Kiev, l'ambassade d'Ukraine en Allemagne et un représentant de l'OSCE. Nous espérons, même si c'est très difficile, que le cessez-le-feu pourra intervenir cette semaine.

Deuxièmement, il y a un autre dialogue qui a lieu sur la question gazière entre les Ukrainiens, les Russes et le commissaire européen M. Oettinger, vous aviez posé la question à propos de l'Europe.

Troisièmement, il y a une série de contacts qui sont engagés directement par la partie ukrainienne et la partie russe. Nous essayons des deux côtés d'aller dans le bon sens avec votre soutien pour voir ce qui peut être fait en matière de décentralisation et en matière de perspective électorale, puisqu'il faudra qu'aient lieu des élections.

Voilà où nous en sommes. Nous travaillons toujours avec le même esprit, un esprit de dialogue et de fermeté au service de la paix, avec l'Europe lorsqu'elle veut bien nous accompagner et la France je crois n'a pas à rougir de ce qui a été fait au service de la paix depuis le début de cette crise./.

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Et puis, il y a l'aspect politique. Je crois que le président de la République française a eu raison, alors que certains lui recommandaient le contraire, de maintenir l'invitation qui avait été lancée au président russe, et d'inviter le président ukrainien. D'où ces rencontres. Aujourd'hui, bien sûr, il y a la perspective, l'espoir de la désescalade. Il y a eu des déclarations sur le cessez-le-feu. Des discussions, qui n'ont pas encore abouti, ont commencé. Il y a des discussions sur la perspective gazière. Il y a aussi ce qui est en train de se passer en Ukraine, où je me trouvais samedi. Je vous dirai simplement, n'ayant pas le temps d'aller plus loin en cet instant, que la France, qui a été présente pour favoriser cette désescalade, est également présente aux côtés des uns et des autres, pour qu'elle soit effective./.

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7. Ukraine - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «Europe 1» (Paris, 08/06/2014)

(...)

Q - Question toute simple, est-ce que le succès en Normandie permet à l'Europe de sortir de sa nouvelle guerre froide ?

R - Il y avait deux aspects dans les événements de Normandie : l'aspect commémoration et l'aspect diplomatique. Je pense que sur ces deux plans la France a bien servi la paix.

Sur la question de l'Ukraine, puisque c'est celle que vous posez, je pense que les rencontres qui ont eu lieu en Normandie, en particulier la rencontre entre M. Porochenko, le nouveau président, M. Poutine, François Hollande, qui en a été à l'origine, et Angela Merkel, permet le début d'une désescalade.

J'étais hier à Kiev et j'ai parlé avec le président Porochenko et d'autres responsables. La désescalade est possible et souhaitable, c'est évident, mais la tâche est très difficile. Dans les prochains jours, cela commence dès aujourd'hui, nous aurons des discussions. Est-ce que oui ou non on va pouvoir avoir un cessez-le-feu - ce qui est absolument essentiel ? Est-ce qu'on va pouvoir trouver une solution à la question du prix du gaz ? Là, les choses vont avancer. Est-ce que par rapport à l'extérieur, c'est-à-dire la Russie, les relations avec l'Ukraine vont être stabilisées ? Et sur le plan intérieur, il y a beaucoup de choses à faire, parce qu'il faut arriver à lutter contre la corruption, à redresser l'économie.

Pour répondre précisément à votre question, je pense que ce qui s'est passé en Normandie, ce qui a été préparé à Paris, est un élément très positif.

Q - La Crimée n'est plus un sujet ?

R - La communauté internationale considère que l'annexion de la Crimée est totalement illégitime et c'est aussi la position de la France. On ne peut admettre qu'un pays, en l'occurrence la Russie, en annexe une partie d'un autre, en l'occurrence la Crimée. Du point de vue juridique, nous ne reconnaissons pas cette annexion et le président Porochenko hier, dans son discours a dit qu'il n'était pas question de la reconnaître. C'est une affaire de très longue haleine ; maintenant, les Russes se sont installés en Crimée.

Q - Vous qualifiez comment ce qui s'est passé pendant ces deux jours, au fond, c'est un succès de la diplomatie, c'est des surprises, que tout d'un coup les chefs d'État ont décidé ?

R - C'est un succès incontestable, je pense que les chances de la paix ont avancé.

Je veux revenir sur la façon dont a été préparée en particulier la rencontre de Normandie. C'est une affaire qui remonte assez loin. Lorsque François Hollande a maintenu l'invitation du président Poutine, contre l'avis d'un certain nombre de gens qui disaient «non».

Q - Qui, à l'intérieur ou à l'extérieur ?

R - À l'extérieur surtout.

Q - Les Américains surtout.

R - Non, mais c'était assez général. Nous avions dans l'idée que si le président Poutine était là, et s'il y avait une évolution en Ukraine qui permettait l'élection d'un président, il y avait une rencontre possible. C'était simplement possible, donc nous sommes restés très prudents. Ensuite, nous avons invité le président Porochenko, puisqu'il avait été élu brillamment, et à partir de ce moment-là a commencé une manoeuvre assez complexe : il fallait amener le président Poutine à accepter cette rencontre. Cela s'est fait au cours du dîner du jeudi soir, après une longue conversation sur l'Ukraine.

Q - Qu'avez-vous dit au président Poutine pour qu'il accepte, quelles étaient les conditions ?

R - Ce n'est pas une question de conditions. On a parlé, sur le fond, de la question ukrainienne et chacun a développé ses positions dans une ambiance de travail. À la fin du repas, François Hollande a dit «voilà, le président Porochenko est là, moi je pense que ce serait souhaitable qu'il y ait un dialogue.» Et Vladimir Poutine a répondu «vous êtes l'hôte, c'est à votre initiative.» À ce moment-là, les Ukrainiens avaient été prévenus. Nous avons joint Porochenko dans la nuit et cette opération a été montée. Nous avons demandé à Mme Merkel d'y participer parce qu'elle avait joué un rôle utile. Cela s'est donc déroulé le lendemain, de façon positive.

Q - En fait c'est l'aversion de François Hollande et de Vladimir Poutine, parce que les Américains souhaitaient avoir, si je suis renseigné, des entretiens entre Barack Obama, Poutine et Porochenko, sans les Français et les Allemands, et que Poutine l'a refusé en laissant la liberté...

R - Non, je crains que d'une façon totalement exceptionnelle vous ne soyez que moyennement renseigné sur cette question.

Q - Oui, je reconnais, mais moyennement c'est déjà pas mal.

R - Laissons ça de côté.

Q - Mais, dès le mercredi soir, sur EUROPE 1 et TF1, Vladimir Poutine avait dit, un, qu'il reconnaissait la légitimité des élections du 25 mai, qu'il reconnaissait M. Porochenko, qu'il était prêt à le rencontrer à Paris, qu'il était prêt à travailler avec lui.

R - C'est pour cela que cet aspect de votre remarque montre que toute une controverse qui a eu lieu : est-ce que oui ou non M. Poutine reconnaît M. Porochenko ? J'ai trouvé que cette controverse était sans objet à partir du moment où le président Poutine avait pris acte des résultats et qu'il avait dit qu'il enverrait son ambassadeur à la cérémonie d'investiture, où j'étais hier. La reconnaissance était là de fait, mais c'était un aspect mineur.

Ce que je crois important, maintenant, c'est que les conditions sont créées pour qu'il y ait une désescalade. C'est ce qu'a voulu la France dès le début. Vous vous rappelez la ligne que nous avons fixée : dialogue et fermeté. Fermeté parce que s'il n'y a pas de fermeté, évidemment, il ne peut pas y avoir d'évolution du côté russe ; dialogue parce qu'il n'est pas question d'avancer si on ne discute pas.

Q - Sachant que vous étiez, vous, plus pour la fermeté que pour le dialogue vis-à-vis Poutine...

R - Non, non, pas du tout.

Q - Au fond, est-ce que, quelque part ce qui s'est passé, ce n'était pas tout à fait vos thèses au départ, non ?

R - Non, pas du tout.

Q - Vis-à-vis de Poutine. De temps en temps il faut rappeler que nous sommes indépendants ?

R - Oui, c'est une Ă©vidence.

Q - Qui l'oublie ?

R - Un certain nombre de pays dans le monde peuvent l'oublier, alors nous devons le rappeler.

Q - M. Fabius, à Varsovie et à Bruxelles, le président Obama a demandé à son auditoire de ne pas baisser la garde, c'est classique. Mais il a demandé : «réarmez-vous». Pourquoi et contre qui, qui est l'ennemi ?

R - Nous sommes dans un monde très dangereux. Je pense que ce qui a été demandé et qui a du sens, c'est qu'il faut - même si c'est difficile - que nous consacrions des sommes importantes à notre défense et à notre sécurité.

Q - Mais contre qui ?

R - Il y a quelques pays dans le monde qui, s'il n'y avait pas une défense et une sécurité forte, pourraient vouloir avancer au détriment de notre indépendance.

Q - Les Russes en font partie ?

R - Alors les Russes, ça c'est une grande question. Nous avons une position qui n'est peut-être pas la même que celle d'autres. Encore une fois, nous sommes indépendants. La géographie existe et l'histoire existe, la Russie est située à côté de l'Union européenne et c'est un grand pays. Historiquement, nous avons toujours eu de bonnes relations avec les Russes. François Hollande a rappelé, c'était utile, le rôle des Russes, du peuple russe pendant la guerre.

Là, dans plusieurs théâtres, nous n'avons pas du tout les mêmes positions que les Russes. En Syrie, par exemple, nous avons des positions complètement opposées. En Ukraine, nous avons considéré comme inacceptable leur annexion de la Crimée. Mais cela n'empêche pas, non pas de déclarer la guerre aux Russes, ça n'empêche pas que nous ayons des contacts fréquents avec eux. Je m'entretiens souvent avec mon collègue Lavrov et le président de la République s'entretient avec le président Poutine ; c'est ça la vie internationale.

(...)./.

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8. Ukraine - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Info» (Kiev, 07/06/2014)

Q - Première question, j'aimerais vous entendre sur cet ancrage résolument à l'Ouest de l'Ukraine, ce discours très ferme du président Porochenko tout à l'heure lors de son investiture. C'est l'ancrage européen ou rien, c'est ça, c'est non négociable ?

R - Analysant sa propre élection, le président Porochenko a estimé que les gens qui ont voté pour lui veulent un ancrage vers l'Union européenne. Et c'est indiscutable, j'en ai parlé avec lui et c'est une priorité, c'est la priorité. Nous, notre position est bien sûr de revendiquer aussi cet ancrage européen, mais aussi de dire que l'Ukraine n'a pas à être contre la Russie. Géographiquement, l'Ukraine est à la fois près de la Russie et près de l'Union européenne. Mais cet ancrage européen était manifeste dans son discours, vous avez raison.

Q - Est-ce de nature Ă  maintenir l'apaisement qu'on avait senti depuis hier et un abaissement net de la tension dans ce dossier ?

R - Vous voulez parler du dialogue en Normandie. Je pense que c'est un dialogue qui a été extrêmement utile et nous l'avions envisagé lorsque le président français a invité le président Porochenko et le président Poutine. Même si on nous l'a reproché, nous avions cela en tête. Mais une chose est d'avoir cela en tête et une autre est de le réaliser. Finalement cela a pu être organisé. Je pense que cette rencontre entre les présidents russe et ukrainien avec le président français et avec Mme Merkel a été utile, même si cela a été assez rapide.

Maintenant quelle est la suite à donner ? Il y a la question du cessez-le-feu et on va commencer à en discuter dans les heures qui viennent. Il y a la question du traité d'association avec l'Union européenne. Là vous avez entendu le discours du président Porochenko qui veut le signer. Il y a la question de l'évolution de la Constitution et de la prise en compte des différentes régions. Et puis il y a la question, qu'ils vont devoir régler assez vite, des nouvelles élections pour avoir un Parlement qui correspond aussi à la nouvelle majorité. Cela fait beaucoup de choses. Il y a à la fois des problèmes extérieurs, les relations avec la Russie, et des problèmes intérieurs. Vous avez vu ce qu'a dit le président Porochenko sur la lutte contre la corruption et sur toute une série de de changements économiques, l'agenda est extrêmement ambitieux. Mais à la fois l'élection du président Porochenko et le dialogue diplomatique de Normandie, ce sont deux éléments qui vont évidemment dans le bon sens.

Q - Et comment l'Union européenne et la France peuvent aider ce tout nouveau président ukrainien à surmonter tous ces défis qui l'attendent ?

R - C'est vrai qu'il a beaucoup de défis. Et je lui ai dit que, bien sûr, la France était aux côtés de l'Ukraine démocratique. C'est cela notre ligne, être un facilitateur de paix. Concrètement, cela veut dire que nous allons continuer d'aider le dialogue entre l'Ukraine et la Russie. Deuxième point, au sein de l'Union européenne, il y a un soutien économique à apporter et, bien évidemment, nous participerons à ce soutien. Il y a aussi une aide technique sur les problèmes constitutionnels et juridiques. Et il y a notre propre influence en termes politiques pour dire que la voie à suivre, ce n'est pas l'Ukraine contre la Russie, ou l'Ukraine contre l'Union européenne, mais c'est l'Ukraine trouvant un accord avec les Russes et un accord avec l'Union européenne.

Q - Et la fermeté affichée lors de son discours d'investiture ne risque-t-elle pas de crisper la Russie ?

R - Je crois que les Russes sont assez avertis de ces choses pour savoir que précisément c'est un discours d'investiture dans une période qui est particulière. Mais on va voir ce qui se passe dans les prochains jours. En tout cas notre souhait, et notre travail, c'est la mise en application du dialogue auquel nous avons déjà contribué car, bien évidemment, il n'y a pas d'autres solutions que dans le dialogue. Lorsque nous l'avions dit, François Hollande et moi-même il y a quelques semaines, vous nous avez demandés quelle est notre attitude. Nous avons dit que c'est une attitude de fermeté et de dialogue, et cela continue à être le cas. On ne peut avancer que si on se parle, d'où l'importance de ce qui s'est fait hier en Normandie. Mais on ne peut progresser sur un certain nombre de principes que si on est unis.

Q - Donc depuis hier et ces rencontres normandes, vous diriez qu'on est rentré dans une phase d'apaisement nette dans ce dossier ukrainien.

R - Dans une phase de désescalade, mais qui reste à confirmer.

Q - Merci beaucoup.

R - Merci Ă  vous./.

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9. AlgĂ©rie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Inter» (Paris, 10/06/2014)

(...)

Q - Comment va le président Bouteflika ?

R - Je l'ai vu hier pendant une heure et demie ; Il a une grande alacrité intellectuelle, et simplement il a un problème d'élocution. Je l'ai trouvé très au fait de tout ce qui se passe et à la fin de notre long entretien, il me dit : «et votre travail sur Jeanne d'Arc ?», j'ai été saisi.

M Bouteflika m'a dit que «lorsque nous nous sommes vus la dernière fois, vous m'aviez dit que vous travailliez sur le sujet». J'étais surpris que l'on reparle de l'ouvrage de Voltaire qui est très dur sur le sujet. Et le président a poursuivi en disant que : «C'est Voltaire qui a introduit le mot de Mahomet».

Donc, le président Bouteflika connaît des difficultés physiques évidentes mais fait preuve d'une alacrité intellectuelle totale.

Q - Le juge Trévidic pourra-t-il enquêter en Algérie sur le meurtre des moines de Tiberi ?

R - Oui, j'ai demandé au Premier ministre algérien et à mon homologue algérien qui m'ont répondu positivement. Je pense qu'il pourra s'y rendre dans les jours qui viennent.

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10. Libye - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Inter» (Paris, 10/06/2014)

(...)

Q - La situation en Libye est devenue tellement chaotique que le Premier ministre italien souhaite que l'Europe demande au Conseil de sécurité une intervention de l'ONU. Les pays limitrophes sont également extrêmement inquiets, vous revenez d'Algérie, se prépare-t-il quelque chose autour de la Lybie ?

R - Il y a deux plans sur lesquels on travaille effectivement. Sur le plan politique car il n'y a pas[AS1] d'État. Normalement il y a des élections prévues le 25 juin, j'espère qu'elles auront lieu, et qu'elles permettront de dégager un pouvoir solide. Il y a également l'aspect sécuritaire.

Il n'y a aucun mandat de l'ONU pour intervenir en Libye mais simplement, et j'en ai parlé beaucoup avec les Algériens qui sont très préoccupés, les pays limitrophes comme l'Algérie, l'Égypte et la Tunisie surveillent l'évolution de la situation en Libye qui est souvent grave afin que cela ne puisse pas déborder ailleurs.

Q - Vers le Sahel notamment ?

R - Il y a beaucoup d'armes en Libye, il y a aussi des groupes terroristes et il faut éviter absolument que ce qui se passe en Libye ne continue et puisse déborder sur le reste de l'Afrique.

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11. Ă‰gypte - Élection prĂ©sidentielle - DĂ©claration de Mme Catherine Ashton, Haute reprĂ©sentante, au nom de l'Union europĂ©enne (Bruxelles, 05/06/2014)

La tenue de l'élection présidentielle constitue une étape importante dans la mise en oeuvre de la feuille de route constitutionnelle, sur la voie de la transition démocratique en Égypte. L'Union européenne exprime sa volonté de travailler en étroite coopération avec les nouvelles autorités égyptiennes dans le cadre d'un partenariat constructif afin de renforcer les relations bilatérales.

L'UE félicite M. Abdel Fattah al-Sissi à l'occasion de son élection à la présidence de l'Égypte et ne doute pas qu'il parviendra à relever les lourds défis auxquels le pays et le nouveau gouvernement sont confrontés, parmi lesquels figurent une situation économique désastreuse, les profondes divisions de la société, la situation en matière de sécurité et le respect des droits de l'homme de l'ensemble des citoyens égyptiens conformément aux obligations internationales et aux dispositions de la nouvelle constitution adoptée en janvier dernier.

Sur la base de la déclaration préliminaire de la mission d'observation électorale de l'Union européenne, l'UE prend acte de ce que l'élection s'est globalement déroulée dans le calme et en bon ordre. L'UE note également, comme l'a indiqué la mission, que, si la nouvelle constitution dresse un long inventaire de droits fondamentaux, le respect des droits est loin de correspondre aux principes constitutionnels. La liberté d'association, de réunion et d'expression sont des sujets de préoccupation, y compris dans le contexte de cette élection.

La mise en place d'une démocratie solide et pérenne passe nécessairement par l'établissement d'institutions démocratiques, transparentes et responsables qui protègent l'ensemble des citoyens et leurs droits fondamentaux. À cet égard, l'UE réaffirme qu'elle est vivement préoccupée par le maintien en détention d'actions pacifiques de la société civile et de l'opposition politique ainsi que de militants. Elle demande en outre une nouvelle fois que les autorités égyptiennes permettent aux journalistes d'agir librement, qu'elles garantissent la liberté de manifestation pacifique, notamment en modifiant la loi sur le droit de manifester, qu'elles lancent des enquêtes indépendantes et crédibles sur les violences qui ont été perpétrées depuis le 30 juin 2013, qu'elles assurent le droit des défendeurs à un procès équitable et engagé dans des délais raisonnables, sur la base d'accusations claires, qu'elles assurent des conditions humaines de détention, conformément au droit international et aux normes internationales, qu'elles réexaminent les nombreuses peines de mort prononcées contre des opposants politiques lors de procès de masse et qu'elles respectent la légalité.

L'UE espère que la période à venir, en particulier dans la perspective des élections législatives, sera marquée par un esprit de dialogue visant à réduire les dissensions politiques, qui se traduira par une main tendue à l'ensemble des grands groupes, y compris la société civile, et par la possibilité, pour l'opposition politique qui renonce à la violence et adhère aux principes démocratiques, d'agir librement sur la base des droits consacrés par la constitution.

Dans ce contexte, l'UE est prête à soutenir les efforts déployés par le nouveau président et son gouvernement pour prendre les mesures nécessaires à la transition et pour remédier, dans une perspective à long terme, à la situation économique difficile dans laquelle le pays se trouve en mettant en oeuvre les réformes socio-économiques qui s'imposent. L'UE est également prête à aider l'Égypte à renforcer ses capacités pour une meilleure gestion des affaires publiques. L'UE réaffirme qu'elle est disposée à travailler avec l'Égypte, qui est un partenaire stratégique important dans la région, pour relever des défis communs, tandis que le pays s'efforce de répondre à l'aspiration des citoyens égyptiens à vivre dans une société démocratique, stable, sûre et prospère./.

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12. IsraĂ«l/Territoires palestiniens - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «Europe 1» (Paris, 08/06/2014)

(...)

Q - Alors ce matin, en ce moment d'ailleurs au Vatican, un autre geste inédit, Shimon Peres, Mahmoud Abbas prient ensemble avec le Vatican. Cette diplomatie de la prière peut être utile ?

R - Je pense que quand il s'agit de la paix, tout peut être utile et je trouve que ce geste est fort. Est-ce qu'il donnera des résultats, bon ! Mais il crée quand même... Shimon Peres, Mahmoud Abbas, le Pape François c'est la volonté de paix. Et j'ai vu que ce geste était dédié non seulement au conflit israélo-palestinien mais à l'ensemble des conflits du monde. Donc tout ce qui peut servir la paix, la France est en soutien.

(...)./.

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13. Syrie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Inter» (Paris, 10/06/2014)

(...)

Q - Une amnistie générale en Syrie, décrétée par Bachar Al-Assad et qui s'appliquerait pour la première fois aux rebelles taxés de terroristes, cela a été annoncé hier, vous y croyez, Laurent Fabius ?

R - Lorsqu'une décision vient de Bachar Al-Assad, il n'arrive jamais qu'elle soit favorable. Là, on va voir s'il s'agit d'une amnistie, de libérer un certain nombre de prisonniers. Ce serait une excellente chose mais nous avons appris à être prudents avec ce monsieur qui - je le rappelle - est considéré comme un criminel contre l'humanité par le Secrétaire général des Nations unies.

Q - Hillary Clinton que vous avez côtoyée quelques mois, elle a été Secrétaire d'État jusqu'en janvier 2013, révèle dans ses mémoires qu'elle voulait, dès le début de la rébellion, armer les rebelles anti-Assad, mais que le président Obama s'y est opposé. Ça vous surprend ?

R - Non, cela ne me surprend pas. J'ai travaillé avec Hillary Clinton, qui est une femme tout à fait remarquable, qui, à la fois, avait ses propres idées, mais qui était très loyale envers le président Obama, c'est normal. Dans nos conversations, je voyais bien qu'elle sentait, comme nous d'ailleurs - c'était en juin 2012, aux premières conférences de Genève - que là, il y avait une fenêtre, à condition que l'on soutienne l'opposition modérée. Et puis, pour différentes raisons, cela n'a pas été fait. Elle le dit publiquement alors qu'elle ne l'avait jamais dit et je crois que son analyse, qui rejoignait la nôtre, était juste.

Q - La face du confit aurait pu être changée ?

R - Il est très difficile de refaire l'histoire mais il faut rappeler qu'au moment où nous nous situons, c'est-à-dire en juin 2012, il n'y a pas d'Iraniens en Syrie, il n'y a pas de Hezbollah et il n'y a pas de groupes terroristes. La conversation que nous avions à Genève 1, dans les couloirs, n'était pas de savoir si M. Al-Assad allait partir ou pas - je me rappelle très bien -, c'était : où va-t-il aller ? Comme malgré les souhaits de la France et d'autres, il n'y a pas eu de décision prise, eh bien, huit mois plus tard, la situation avait totalement changé, malheureusement, tragiquement.

Q - Aujourd'hui, Bachar Al-Assad semble solidement accroché à son pouvoir.

R - En tout cas, accroché.

Q - Les États-Unis parlent depuis quelques jours par la voix d'une conseillère de Barack Obama - c'était vendredi - d'une aide létale aux rebelles syriens, c'est-à-dire des armes, ce qui serait un changement de stratégie considérable. Les États-Unis, à votre connaissance, fournissent maintenant des armes directement aux rebelles syriens ?

R - Il y a aux États-Unis une différence entre ce qu'on appelle «over» et «cover». «Over», c'est quand des choses sont faites et autorisées ; «cover», c'est quand elles sont faites sans être autorisées, explicitement, mais en informant quand même une commission secrète. La doctrine officielle des États-Unis est qu'il peut y avoir soutien mais, pour le moment, non létal. On verra si cette doctrine évolue.

Q - Et la France ?

R - Non, la France est conforme à ses obligations de l'Union européenne, c'est-à-dire que nous fournissons une aide, mais pas d'aide létale.

Q - Du moins pas directement.

R - Non, je viens de m'exprimer.

Q - Oui, enfin, on sait que d'autres pays du Golfe, avec lesquels la France entretient des contacts...

R - Ça, c'est autre chose...

Q - ...Fournissent des armes...

R - La France est responsable pour elle-mĂŞme.

Q - Des armes qui arrivent d'une façon ou d'une autre dans ce pays et qui risquent de se retrouver entre les mains de jeunes Français en quête de djihad, comment dénoncer les jeunes djihadistes après avoir voulu entrer en guerre contre le même adversaire Bachar Al-Assad ?

R - Je reviens un instant sur ce que vous avez dit, les armes qui peuvent être fournies par tel ou tel pays. Il est évident qu'il faut prendre des dispositions techniques, et elles existent, pour qu'elles ne puissent pas tomber dans des mains où elles seraient détournées. En ce qui concerne les djihadistes, vous avez, au cours de vos émissions récentes, expliqué toute l'ampleur du phénomène et nous sommes en train de réfléchir, au gouvernement, sur une pénalisation accrue. Bernard Cazeneuve, le ministre de l'intérieur, a expliqué ce que nous faisions et je crois que c'est très bien venu, mais nous pouvons probablement aller un grand cran plus loin. Pour le moment, on ne peut incriminer pénalement que ceux qui agissent dans le cadre d'un groupe et, d'autre part, s'il y a eu commission déjà d'un crime. Or, nous constatons qu'il y a de plus en plus des gens qui agissent individuellement. D'autre part, il serait préférable de pouvoir les bloquer pénalement alors qu'ils ne sont pas encore partis pour la Syrie. Cela demande une modification des textes et nous sommes en train de travailler là-dessus. J'y suis favorable.

Q - Une sorte de délit d'intention avant même qu'ils ne partent...

R - Non, si vous voulez, si on a établi que quelqu'un veut partir en Syrie pour commettre des forfaits, s'il le prépare, que ce soit individuellement ou collectivement, je pense qu'évidemment, pour des raisons que chacun comprend, il faut mieux le bloquer avant. Et puis, il y a un autre aspect qui est très compliqué - et là encore, il y a des discussions -, c'est vis-à-vis d'Internet et des fournisseurs d'accès parce que beaucoup ont accès à toute une série d'informations à travers Internet. Il ne faut pas brider la liberté d'Internet mais, en même temps, lorsque cela permet de commettre des forfaits, vous voyez bien qu'il y a un travail à faire. Nous sommes, avec d'autres pays bien sûr - les Allemands, les Belges et d'autres -, en train de travailler là-dessus.

(...)./.

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14. Syrie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «Europe 1» (Paris, 08/06/2014)

(...)

Q - La Syrie est en train de devenir un centre de formation pour djihadistes qui reviennent en France. Comment reprend-on l'initiative sur la Syrie, avec ou sans les Russes ?

R - Il est vrai que c'est une tragédie absolument épouvantable. Maintenant on en est à 160.000 morts avec des réfugiés...

Q - Et avec ça, un président qui devait dégager et qui a été réélu... C'est la farce numéro 1 de la semaine.

R - Oui, c'est une mascarade totale. Il y a plusieurs actions à mener sur plusieurs plans. D'abord, il y a une action politique, même si elle est très difficile, puisque la solution va être politique. Cela a échoué à Genève 1, Genève 2...

Q - Avec ou sans Bachar ?

R - M. Bachar est reconnu par le Secrétaire général des Nations unies comme criminel contre l'humanité. M. Bachar ne peut pas être l'avenir de son peuple, mais en revanche il faut trouver une solution avec des éléments du régime et l'opposition modérée, sinon il n'y aura pas de solution politique. Nous poursuivons donc la solution politique et nous souhaitons que les Russes puissent entendre ce raisonnement ; et il faut en même temps sur le terrain que l'opposition modérée puisse être soutenue. Ce qui se passe actuellement, c'est que vous avez une alliance objective entre d'un côté M. Bachar Al-Assad et, de l'autre, les terroristes...

Q - Vous avez un dialogue avec une partie des gens de Bachar Al-Assad ?

R - Nous pourrions en avoir...

Q - Donc vous n'en avez pas !

R - Nous pourrions en avoir.

Q - Qu'est-ce que ça veut dire en langage diplomatique «nous pourrions en avoir» ?

R - Non, ça c'est du langage diplomatique...

Q - Justement.

R - En langage réel, cela veut dire qu'il faut être logique. Nous disons que la solution doit être des éléments du régime plus l'opposition modérée. Et nous pouvons avoir des conversations avec des éléments du régime.

D'une part, il faut rechercher cette solution politique et, d'autre part, soutenir l'opposition modérée et leur donner les moyens de combattre les terroristes. Par ailleurs, à l'ONU, il faut trouver des solutions humanitaires parce que pendant que l'on parle - et on parle depuis longtemps - il y a des centaines de gens qui tous les jours...

Q - L'impuissance de la politique ou de la diplomatie...

R - Rappelez-vous, - c'était une de nos premières décisions - lorsque nous sommes arrivés au gouvernement, il y a maintenant deux ans, nous avons dit immédiatement - et à l'époque il n'y avait pas de djihadistes, il n'y avait pas d'Iraniens, il n'y avait pas de Hezbollah dans l'affaire syrienne : voilà ce qu'il faut faire et que je répète aujourd'hui. Malheureusement cela n'a pas été partagé par nos alliés.

Q - À cause de qui ?

R - Nous ne pouvons pas nous tout seuls dicter la politique du monde. Nous agissons au sein de l'alliance. Cela n'a pas été partagé et huit mois plus tard, on avait le début des interventions djihadistes et autres.

Q - Le dilemme pour les Occidentaux c'est d'abattre des dictateurs d'un côté et de les remplacer par des tyrannies religieuses et fanatiques plus dures encore...

R - Non, si c'est ça le dilemme, évidemment il faut sortir de cela. La manière de sortir de cela, c'est de soutenir les oppositions modérées et en même temps de faire en sorte qu'il y ait des solutions politiques. Il n'est pas question que la France envoie des troupes au sol en Syrie, cela n'a pas de sens.

Q - Est-ce que le dîner avec M. Poutine a permis d'esquisser une avancée sur la Syrie ou pas ?

R - Nous en avons un peu parlé, comme nous en avons un peu parlé dans le dîner avec le président Obama. Nous continuons à discuter de cela parce que nous ne sommes pas sans espoir que les Russes évoluent. Quand on parle aux Russes, ils nous disent que leur crainte, c'est le développement du terrorisme. Si Bachar s'en va, supposez qu'ils puissent peser sur lui, il y aura un terrorisme supplémentaire. Nous, nous leur disons que le terrorisme ce n'est pas demain, c'est aujourd'hui, et le terrorisme concerne la Syrie mais concerne maintenant l'Europe et peut concerner la Russie.

Il faut trouver une solution politique. Pour cela il faudrait arrĂŞter de livrer des armes et qu'il y ait une esquisse de solution politique. Mais nous continuons Ă  discuter avec eux.

Q - La Syrie fabrique des djihadistes.

R - Mais bien sûr, y compris le gouvernement Bachar. Quelle est la légitimation, pas la légitimité, la légitimation de M. Bachar ? Il dit : «si vous voulez vous protéger contre Al-Qaïda, il faut venir avec moi». En même temps, il ne bombarde pas vraiment Al-Qaïda, il bombarde l'opposition modérée et, au fond, ils se tiennent les uns et les autres.

Nous ne voulons ni du terrorisme d'État ni du terrorisme anti-Bachar, nous voulons une Syrie démocratique.

(...)./.

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15. Iran - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Inter» (Paris, 10/06/2014)

(...)

Q - Concernant l'Iran, vous avez annoncé hier soir ainsi que d'autres pays une série de rencontres bilatérales avec l'Iran sur le dossier du nucléaire iranien. C'est ce que l'on appelle le groupe 5+1. Qu'attendez-vous de ce round de négociations et de cette série de rencontres qui doit préparer une réunion plus vaste ?

R - Le 16 juin, nous allons reprendre la négociation, les Six d'un côté (5 + 1) et l'Iran de l'autre mais avant, il a été décidé qu'il y aurait des rencontres séparées entre les Iraniens et un certain nombre d'entre nous. Les Américains ont vu les Iraniens hier, nous les verrons mercredi ainsi que les Allemands et les Russes.

Q - OĂą les verrez-vous ?

R - À Genève. Ensuite, nous ferons une rencontre collective entre les six et ensuite nous reverrons les Iraniens le 16 juin.

Sur le fond, nous discutons de cette question qui est évidemment majeure. Nous disons que les Iraniens peuvent avoir le nucléaire civil mais pas la bombe atomique. Cela aurait des conséquences absolument dramatiques pour l'ensemble de la région. Nous avons avancé sur un certain nombre de points techniques. Par exemple, il y a un réacteur très préoccupant à Arak qui est plutonigène et nous avons vu, s'il y a la volonté nécessaire, comment transformer ce réacteur plutonigène pour qu'il ne puisse pas donner de bombe atomique. Mais nous butons encore sur un point absolument majeur qui est le nombre des centrifugeuses qui permettent d'aller vers le nucléaire militaire. Nous disons qu'il peut y en avoir quelques centaines mais les Iraniens nous indiquent qu'ils en voudraient plusieurs centaines de milliers. Nous ne sommes donc pas du tout dans le même cadre. S'ils maintiennent leurs positions, il ne sert à rien d'avoir plusieurs centaines de milliers de centrifugeuses si on ne veut pas aller vers la bombe atomique.

La question qui sera posée dans les semaines qui viennent, c'est si les Iraniens acceptent réellement de renoncer à la bombe atomique ou pas. Les Six le souhaitent mais il faut évidemment que les Iraniens acceptent expressément de renoncer à l'arme nucléaire. Ces conversations ont pour but de les tester.

(...)./.

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16. RĂ©publique dominicaine - DĂ©tenus français - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Inter» (Paris, 10/06/2014)

(...)

Q - Où en est la diplomatie française concernant les deux pilotes Français qui sont détenus à Punta Kana depuis plus d'un an ? Ils sont soupçonnés de trafic de cocaïne, toutes les règles internationales de protection des pilotes sur ces vols publics sont totalement bafouées. Je voulais ici pousser un cri d'alarme à l'égard de ces deux personnes pour qui la vie est vraiment difficile.

R - Vous avez raison. Ils ont été arrêtés dans des conditions qui sont très contestables et ensuite, pendant très longtemps, le gouvernement local a refusé que la justice puisse examiner leur recours et qu'ils puissent passer en jugement.

Vous le savez sans doute, les pilotes ont réagi et on nous a demandé d'intervenir, ce que j'ai fait. Du même coup, à ma connaissance, il y a eu une audience judiciaire alors qu'auparavant, il n'y en avait pas eue. J'espère maintenant que la justice pourra leur être rendue et que l'on séparera leur cas, car je les crois innocents, du problème général de la drogue.

(...)./.

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17. Australie - CommuniquĂ© de la prĂ©sidence de la RĂ©publique (Paris, 07/06/2014)

Le président de la République a reçu samedi 7 juin M. Tony Abbott, Premier ministre d'Australie pour un entretien.

Il l'a remercié pour sa participation aux cérémonies du 6 juin et a salué le rôle des soldats australiens qui ont participé à la bataille de Normandie aux côtés des Alliés. Il a également rendu hommage à l'engagement de l'Australie lors de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle plusieurs dizaines de milliers d'Australiens perdirent la vie sur le sol français.

Le chef de l'État s'est félicité du dynamisme de la relation bilatérale dans tous les domaines, deux ans après la signature d'un partenariat stratégique entre la France et l'Australie.

Il a exprimé sa volonté de les amplifier encore, en particulier dans le domaine économique. Il a également souhaité que la France et l'Australie approfondissent leur coopération pour la stabilité et le développement dans le Pacifique Sud et développent leurs relations dans le domaine de la défense.

Le président de la République a souligné l'importance que le sommet du G20 qui se tiendra à Brisbane en novembre 2014 place la relance de la croissance mondiale au coeur des discussions et permette de donner une impulsion aux travaux sur la lutte contre le changement climatique, dans la perspective de la conférence climat de 2015.

Il a enfin remercié le Premier ministre australien pour sa solidarité dans le dossier ukrainien et pour son soutien à l'action de la France au Mali et en RCA./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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18. Union europĂ©enne - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Inter» (Paris, 10/06/2014)

(...)

Q - Concernant le texte que l'on a évoqué au début de l'interview sur les cent réfractaires du parti socialiste, il est demandé à la diplomatie française de faire plus d'efforts pour tenter de réorienter l'Europe. C'est le grand mot de François Hollande depuis le début du mandat mais on n'a pas l'impression qu'il y parvient vraiment. Quel est l'état de vos efforts ?

R - Sur la diplomatie française, je crois que beaucoup d'entre vous ont souligné que la diplomatie remportait quand même quelques succès.

Q - Serait-ce la marque Fabius ?

R - Non, je travaille aux côtés du président de la République. On voit ce qui s'est passé en Normandie où nous avons réussi à faire en sorte que le président russe et le nouveau président ukrainien se parlent et que l'on aille, je l'espère, vers le cessez-le-feu. Autre réussite, le président américain et le président russe se sont parlés et je pense que ce n'est pas un hasard total si cela s'est produit en France.

Concernant l'Europe, il y a un Ă©norme effort Ă  faire.

Q - Ce sont des relations Ă©conomiques.

R - Oui, parce que notre politique étrangère à quatre objectifs : le premier, c'est la paix et la sécurité, on y a travaillé et on y travaille. Le second, c'est la planète sur laquelle vous m'avez interrogé et le troisième c'est effectivement la réorientation et la relance de l'Europe. Il va y avoir dans les jours et les semaines qui viennent une proposition de quatre ou cinq axes que nous allons essayer de faire partager à d'autres pour dire qu'il faut tenir compte de la leçon des élections. Il faut que l'Europe agisse autrement, il faut qu'il y ait davantage de croissance, que l'on se tourne plus vers l'emploi, avec plus de souplesse.

Q - Nous annonceriez-vous une initiative européenne ?

R - Oui certainement.

Q - Et ce serait Ă  l'initiative de la France ?

R - La France fera ses propositions.

Q - Dans quel cadre ?

R - Le président du Conseil a été chargé de dégager les quatre ou cinq propositions pour la future Commission. Nous allons proposer ce que nous souhaitons être ces quatre ou cinq lignes de forces.

Q - Cette initiative, ce serait avec les Français seuls ou avec d'autres ?

R - Les Français seront à l'action mais nous serons plus forts si nous pouvons entraîner d'autres avec nous, et vous avez raison de citer les Italiens. La réorientation est absolument indispensable, les pays qui ont une marge de manoeuvre, je pense à l'Allemagne et à quelques autres, doivent aller davantage dans le sens de la croissance.

Le dernier point puisqu'il y a quatre priorités, c'est tout simplement le rayonnement, le redressement de la France, c'est ce que j'appelle la diplomatie économique./.

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19. Union europĂ©enne - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «Europe 1» (Paris, 08/06/2014)

(...)

Q - Sur le plan monétaire comme sur le plan économique et commercial, plus d'Europe ou une Europe plus forte ?

R - Une Europe qui soit plus active, oui bien sûr.

Q - Alors si on passe sur la Banque centrale européenne, est-ce que vous saluez la décision de monsieur Draghi...

R - Oui, d'une manière très nette. D'une façon générale je trouve que monsieur Draghi - que j'ai connu alors que j'étais ministre des finances et qu'il était au sein de l'Union européenne et au nom de l'Italie, il présidait le groupe de travail sur les affaires économiques - est un homme très pragmatique, efficace, compétent. Je trouve que les dernières décisions qui ont été prises - à l'unanimité d'ailleurs - sont des décisions qui vont dans le bon sens.

Q - Il n'y a pas de risque de planche Ă  billets ?

R - Vous savez, aujourd'hui le problème n'est pas celui de l'inflation, c'est plutôt celui de la déflation.

Q - Est-ce que vous demandez d'aller encore plus loin pour renforcer à la fois les économies européennes et pour sauver la France ?

R - Écoutez, M. Draghi est compétent et il sait ce qu'il a à faire. Mais si on élargit le propos - et ça nous ramène aux résultats des élections européennes qui ont été très mauvais en général - et si on veut que les Européens, et les Français notamment, ré-adhèrent à l'Europe, il faut que l'Europe donne des résultats.

Q - Ce n'est pas la France qui est le problème plutôt que l'Europe ?

R - L'Europe aussi. Parce qu'il faut que dans les pays où il y a des marges de manoeuvre, celles-ci soient utilisées et il faut faire plus pour la croissance, plus pour l'emploi - en particulier l'emploi des jeunes - plus pour une politique énergétique, plus pour une politique de recherche, c'est ça que les gens attendent. Si on a le sentiment, à tort ou à raison, que l'Europe ce n'est pas la solution mais le problème, comment voulez-vous que les gens ensuite votent européen.

Q - Est-ce que la France soutient monsieur Juncker au poste donc de la Commission ?

R - Vous le savez, monsieur Juncker est du camp conservateur et non pas du côté social-démocrate. Nous avons dit qu'il y avait une certaine logique dans les élections et une majorité s'est dégagée au Parlement européen - certes relative mais une majorité quand même - en faveur des conservateurs. Ce n'est pas notre choix à nous, mais si on veut là aussi que les gens votent, on ne peut pas leur dire «vous votez dans un sens, on vous dit que le président de la Commission sera issu de la majorité» et puis, au moment où les résultats ont lieu, alors on leur dit : «eh bien non, ça va être quelqu'un d'autre».

Q - Est-ce qu'Angela Merkel joue franc-jeu dans cette affaire ?

R - Je le crois. Je dois dire que les relations avec l'Allemagne en général, je pense notamment à mon collège monsieur Steinmeier et avec madame Merkel en particulier, sont excellentes en ce moment.

Q - MĂŞme avec les Anglais, c'est-Ă -dire que madame Merkel soutient monsieur Juncker mais elle dit qu'elle veut faire plaisir Ă  monsieur Cameron qui ne soutient pas monsieur Juncker, qu'est-ce qu'elle veut ? Et elle pense Ă  quelqu'un d'autre dans sa tĂŞte en fait.

R - Non. Et cela est trop compliqué pour mon esprit simple.

Q - Quelle est la position de la France ?

R - Mais la France ne prend pas position pour monsieur X ou monsieur Y...

Q - Elle tient compte des résultats des Européennes ?

R - A partir du moment où il y a un résultat aux élections européennes qui met devant un certain groupe, il est normal que le président de la Commission vienne de ce groupe. On peut le regretter, puisque ce n'était pas notre candidat, mais il faut quand même avoir une certaine logique démocratique. Et j'ai vu d'ailleurs que d'autres pense la même chose. Ainsi en Grèce, le parti d'extrême gauche a dit : «ce ne sont pas nos idées mais c'est vrai qu'il faut tirer les leçons du scrutin».

Q - Il faut être cohérent et logique !

R - Exactement.

(...)./.

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20. DĂ©règlements climatiques - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international (Le Bourget, 10/06/2014)

La France va présider, au mois de décembre de l'année prochaine, ce que l'on appelle en termes techniques la COP 21 et que dans notre jargon nous appelons Paris Climat 2015. C'est la Conférence mondiale qui doit permettre, si elle est un succès, de prendre des décisions pour limiter le dérèglement climatique et l'augmentation des températures.

(...)

Cet évènement va regrouper près de 25.000 délégués et cela va durer une partie du mois de décembre. D'ici là il y a toute une série d'actions qu'il faut mener sur le plan mondial. Si on a demandé au Quai d'Orsay d'assumer la synthèse de toutes ces actions c'est parce que cela demande une action diplomatique très forte. Mais nous ne pourrons y arriver qu'en étant épaulés par d'autres ministères et de nombreux spécialistes.

Par ailleurs, il faut distinguer la France comme présidente de ce sommet et la France comme pays participant, ce n'est pas la même chose. Et j'ai demandé à Mme Laurence Tubiana, spécialiste des ces questions, d'être ma représentante spéciale à travers le monde pour préparer cette Conférence.

Q - La France a pris à bras le corps le cas spécifique du dérèglement du climat. À la lumière de ce que vous organisez, vous avez évoqué tout à l'heure les deux pays grands pollueurs, les États-Unis et la Chine.

Allez-vous négocier avec ces deux pays pour tenter de revoir leur façon de gérer cette pollution ? Ils envoient leur pollution même en Afrique dans les trois bassins. Comment ferez-vous pour protéger l'Amazonie, le bassin du Congo et l'Indonésie contre ces multinationales qui ravagent les forêts et provoquent le problème que nous avons aujourd'hui ?

R - La question que vous posez montre à tous ceux qui sont présents à quel point ces questions sont complexes.

Évidemment, ce n'est pas la France en tant que présidente de cette conférence qui pourra résoudre tous ces problèmes et cela ne peut se faire que par un accord international. Notre travail consiste à essayer de favoriser une négociation entre tous ces pays et chacun devra faire un pas en avant pour que l'on parvienne à un compromis qui aille dans le bon sens et qui permette justement d'aboutir à ce qu'il n'y ait pas d'augmentation de plus de deux degrés de la température.

En ce qui concerne l'Afrique en particulier, il y a eu un sommet à l'Élysée au mois de décembre l'an dernier où nous avons parlé de plusieurs sujets et notamment du climat. Nous nous sommes mis d'accord avec nos amis africains pour essayer d'arriver avec des positions communes pour la conférence Paris Climat 2015.. Nous pensons que si nous sommes déjà d'accord entre nous, l'Europe et l'Afrique, pour savoir ce vers quoi nous devons aller, cela aura un effet d'entraînement extrêmement fort, notamment vis-à-vis des États-Unis et de la Chine qui ne pourront pas dire que l'on néglige l'Afrique. En Afrique, il y a des pays qui sont particulièrement avancés dans ce domaine. L'Éthiopie fait des choses tout à fait remarquables ainsi que d'autres pays qui ont des moyens qui sont souvent très limités. Les Africains nous disent avec raison qu'ils ne sont que très peu pollueurs, c'est la raison pour laquelle ils ne veulent pas subir les dégâts des autres. Si vous nous demandez des efforts, alors apportez-nous des éléments de financement et des technologies. C'est en ce sens que nous travaillons.

Q - Que pensez-vous du rôle de la Chine dans la lutte contre le dérèglement climatique? Quelles sont les attentes concrètes de la France vis-à-vis de la Chine ?

Et j'aurais une dernière question, comment voyez-vous la perspective de la coopération sino-française en cette matière ?

R - La Chine joue un rôle tout à fait décisif par rapport à ces phénomènes et elle jouera un rôle tout à fait décisif dans cette conférence de la fin 2015. La Chine, compte tenu de la masse de sa population et de son type de développement, est avec les États-Unis l'un des deux pays qui contribuent le plus à l'émission de gaz à effet de serre. Elle est consciente de cela.

J'ai eu personnellement l'occasion de m'en entretenir aussi bien avec le président Xi Jinping, avec le Premier ministre et avec le négociateur chinois dans ces conférences. D'une manière absolument évidente, la Chine est déterminée à agir.. Pour la Chine, c'est un problème sanitaire de première grandeur car vous le savez, étant vous-même Chinois vous le savez mieux que nous, dans certains régions de Chine comme à Pékin et dans d'autres villes encore, il y a une pollution considérable qui pose de vrais problèmes sanitaires.

C'est aussi un problème économique car évidemment, s'il y a des modifications à faire, la Chine étant le plus grand producteur et consommateur de charbon, cela demande des investissements énormes pour trouver des solutions alternatives.

C'est aussi un problème social parce qu'il y a dans certains endroits de Chine des populations qui n'acceptent pas ce qui se passe, que ce soit la pollution des rivières, le rejet des déchets sans considération ou encore la pollution de l'air. Il y a même ce que l'on pourrait appeler des émeutes sociales. C'est aussi un problème politique parce que le gouvernement a placé cet objectif d'une nouvelle croissance parmi ses priorités.

La Chine a commencé à agir mais elle sait qu'il faut agir encore davantage et je suis absolument convaincu que c'est la détermination des gouvernants chinois. Vous avez peut-être vu l'autre jour qu'il y a eu des échos selon lesquels la Chine envisageait, mais ce n'est pas encore officiel, de fixer un plafond à ses propres émissions de carbone. Lorsque le président Xi Jinping est venu en France lors de sa dernière visite, cela a été un des sujets que le président de la République a traité avec lui parce que nous avons beaucoup de travail à faire ensemble. Nous avons des technologies à partager. Nous nous sommes dit que nous allions préparer la conférence de 2015 ensemble, la Chine, la France et les États-Unis. À partir du moment où la Chine et les États-Unis, comme cela semble être le cas, ont vraiment décidé de s'investir cela explique l'optimisme de beaucoup de spécialistes malgré les difficultés.

Dans le passé, les États-Unis étaient très réticents et la Chine était moins consciente qu'aujourd'hui des problèmes posés. Si ces deux pays, comme nous le souhaitons, décident non seulement d'agir mais d'amplifier leur action, plus aucun pays ne pourra se dissimuler derrière l'inaction. Il est donc capital que la Chine s'engage concrètement comme j'en suis persuadé, ses dirigeants et sa population le souhaitent. J'ajoute qu'à la conférence de Varsovie (Cop19), tous les pays ont pris la résolution de fournir leurs engagements au plus tard au premier trimestre 2015, date à laquelle nous devrions avoir la liste des engagements des différents pays de façon que nous puissions engager tout cela et voir où on se trouve par rapport à l'objectif maximal de deux degrés.

J'ajoute enfin et c'est pour cela que nous nous y prenons très à l'avance, si les conférences précédentes n'ont pas eu les résultats escomptés, c'est à la fois parce qu'un certain nombre de pays y faisaient obstacle mais aussi parce que l'on s'y est pris très tardivement. Or, nous sommes persuadés que si on veut une négociation réussie, les choses sont tellement complexes qu'il faut s'y prendre très à l'avance. C'est pourquoi en ce qui nous concerne nous agissons de la sorte. Nous comptons beaucoup sur la Chine et sur la coopération franco-chinoise pour permettre la réussite de cette conférence. Les autorités chinoises nous ont assurées qu'elles aideraient à cette réussite.

Q - Dans le dernier rapport du GIEC, le résumé pour les décideurs et plus spécifiquement celui du groupe trois, est écrit que les objectifs de réduction des gaz à effet de serre qui sont sur la table pour la conférence de Paris 2015 conduiraient à une hausse des températures comprises entre + deux et + trois degrés, c'est-à-dire que ces objectifs qui ne sont même pas encore acceptés sont déjà extrêmement en dessous de ce qu'il faudrait faire pour éviter le dérèglement climatique et l'emballement de ce dérèglement.

Dans ces conditions, à quoi peut réellement servir la conférence de Paris ? En quoi est-ce que ce pourrait être un outil et un moment de décision vraiment efficace et pas purement du théâtre ?

R - Je ferais une remarque générale. Le risque principal évoqué dans le rapport du GIEC, c'est autour de quatre à cinq degrés et parfois même davantage. Donc, fixer comme objectif deux degrés, bien que certains puissent penser que c'est insuffisant, il me semble c'est très positif évidemment du point de vue de l'intérêt de la planète. On ne peut pas dire : comme c'est deux degrés cela ne vaut pas le coup de négocier et à l'arrivée, ce sera cinq degrés.

Sur l'aspect particulier du groupe trois, la conférence de Paris se situe avec des décisions qui doivent être prises rapidement mais avec un horizon qui est situé en général à 2030. Nous commençons à parler aussi de ce qu'il faudra faire à l'horizon 2050, en ayant à l'esprit qu'il ne faut pas seulement agir dans l'immédiat, pas seulement agir à l'horizon 2030, mais aussi pour un horizon plus lointain parce que certains objectifs qui, le cas échéant, ne pourraient pas être atteints en 2030 pourraient l'être en 2050.

Bref, il ne faut pas seulement se situer Ă  moyen terme mais aussi Ă  long terme. (...)./.

 

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21. DĂ©règlements climatiques - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «France Inter» (Paris, 10/06/2014)

Q - Vous revenez d'Algérie. Vous visitez ce matin le site du Bourget, qui accueillera cette prochaine conférence sur le climat si importante à la fin 2015, beaucoup de dossiers diplomatiques à votre agenda, on reviendra aussi sur la situation en Syrie.

Q - La conférence climat en décembre 2015, Paris sera le centre du monde, dit Nicolas Hulot, qui trouve que vous faites le job, Laurent Fabius, mais qui voudrait que Matignon ou le ministère de l'écologie manifeste le même engouement. Est-ce que le pas de deux sur le vote de la loi de transition énergétique n'est pas en train de donner raison à Nicolas Hulot ? Est-ce que la France ne devrait pas donner l'exemple avant d'accueillir cette grande conférence...

R - S'agissant de la conférence mondiale sur le climat, cela va être probablement le principal événement diplomatique de l'année prochaine. Nous avons, sans faire de catastrophisme, 500 jours pour éviter un chaos climatique. C'est de cela qu'il s'agit. Il se trouve que la conférence a lieu en France, et qu'elle sera présidée par la France. Il s'agira de prendre des mesures au niveau mondial, donc au niveau de chaque pays, pour arriver à rester sous la limite des deux degrés d'élévation des températures.

Q - C'est aussi ce qu'on a dit sur les précédentes conférences qui s'étaient soldées...

R - Des échecs c'est tout à fait vrai. C'est pourquoi cette tâche est extrêmement difficile, mais extraordinairement importante. Les derniers rapports des scientifiques disent que si on n'agit pas, ce ne sera pas deux degrés d'augmentation du climat, mais cinq degrés voire six degrés. Il ne s'agirait non pas d'un réchauffement climatique, mais d'un dérèglement climatique, qui aurait des conséquences absolument épouvantables. Donc nous commençons à travailler à ça.

Dans le même temps, il faut que la France soit exemplaire, et la France a une très bonne position. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles elle a été choisie pour présider la conférence. Il y a ce projet de loi sur la transition énergétique. Que cette loi vienne un mois plus tôt ou trois mois plus tard, ce n'est pas absolument décisif...

Q - Il vaudrait mieux qu'elle soit approuvée tout de même avant la conférence climat...

R - Sûrement et il n'y a absolument aucune ambigüité là-dessus. Simplement, il y a des questions très difficiles à trancher. Une politique énergétique se compose de deux volets : d'une part, il faut que la sécurité de notre approvisionnement énergétique soit assurée et, d'autre part, il faut que notre programme énergétique soit conforme aux exigences environnementales, et que ça permette la compétitivité, et que les prix ne soient pas trop élevés. Et pour ça, il y a des arbitrages que le gouvernement va rendre, mais il est clair que nous allons aller vers ce qu'on appelle la transition énergétique, c'est-à-dire développer la croissance verte pour permettre d'aller plus loin en matière d'emplois. Cela demande des arbitrages difficiles. Donc on peut prendre le temps à condition, bien sûr, que, à la fin, ce soit cette piste qui soit décidée.

Q - La France exemplaire ou pas, mais la France, ça n'est que quelque pour cent d'émissions de CO2 sur la planète. Deux acteurs clefs, les États-Unis et la Chine et ce sont eux, pour l'essentiel, eux qui ont fait capoter les précédentes conférences climat, est-ce que vous avez bon espoir de les convaincre ?

R - Oui, les choses ont évolué de leur point de vue. Aux États-Unis, qui est le premier émetteur de CO2 avec la Chine, le président Obama est très engagé dans cette direction. Il vient de prendre un texte qui interdit toute une série de centrales au charbon. Or le charbon est l'une des industries les plus polluantes.

En Chine, où je me rends souvent, les autorités ont parfaitement conscience de la gravité du problème. La dernière fois où je suis allé à Pékin, le jour même où en France on déclarait la circulation alternée parce qu'il y avait 10 % de trop de pollution, à Pékin c'était 18 fois la norme autorisée et on ne pouvait pas sortir dans les rues. Le président chinois et ceux qui l'entourent sont décidés à agir, et ce double mouvement, à la fois des États-Unis et des Chinois, est un mouvement nouveau. Mais cela ne suffit pas. Vous avez l'Inde, où je vais me rendre dans quelques semaines, qui évidemment est problématique. Et vous avez des gouvernements qui ne sont pas très allants, comme l'Australie et le Canada et il y a la position de la Pologne. Il va falloir convaincre toutes ces pays et c'est absolument vital, car sinon, nous allons à la catastrophe. Prenons des exemples, l'extrémisation des phénomènes, c'est-à-dire le fait que les canicules soient beaucoup plus chaudes qu'avant, que les tempêtes soient beaucoup plus fréquentes. Cela provient du dérèglement lié à l'effet de serre. Je rappelle un fait : quand la température augmente, toute une série de pays vont être recouverts par les eaux. Cela a aussi des incidences agricoles et modifie même notre système sanitaire. Comme vous le voyez, l'enjeu est énorme.

Q - Vous vous y employez, Laurent Fabius, y compris avec cette initiative qui a fait un peu parler, mais dont on se demande si ce n'était pas un gadget, la réunion des présentateurs météo au quai d'Orsay ?

R - Je maintiens ce que j'ai voulu faire. Si on veut sensibiliser les Français pour qu'ils comprennent bien les enjeux et que chacun d'entre nous agisse, la parole des responsables politiques peut-être efficace, mais qui peut mieux le faire que ceux qui sont au contact avec les Français tous les jours, en parlant du climat. Certes, le climat et la météo, ce n'est pas exactement la même chose, mais évidemment, il y a des liens étroits. J'ai invité tous les présentateurs et présentatrices, je leur ai présenté ce que nous allons faire et je leur ai dit : vous êtes absolument libre, indépendant, mais j'ai trouvé un écho chez eux, et je crois qu'ils vont vouloir sensibiliser les auditeurs ou des téléspectateurs.

(...)

Q - Je suis président fondateur de «Sauvons le climat» et j'ai été très étonné de constater que dans le groupe de rédaction du groupe 3 GIEC qui définit les méthodes que l'on pourrait utiliser pour sortir du réchauffement climatique, il y avait huit Français et 76 Allemands. Je suis très étonné que le gouvernement ait accepté le résumé pour décideurs de ce groupe 3 qui réserve ses flèches contre le nucléaire, sans dire un mot du danger des charbons et du gaz.

R - Pour les auditeurs, je rappelle que le GIEC est le groupement des spécialistes du climat, et il n'est pas contrôlé par les gouvernements. Au sein du GIEC, il y a des Français, vous l'avez souligné, et en particulier M. Jouzel que vous devez connaître puisque vous êtes un spécialiste du climat. Ces spécialistes émettent leurs positions et ils en sont à leur 5e rapport. Ces rapports sont en général extrêmement précis et excellents. Il est vrai que certains font une critique du nucléaire, mais il faut aussi voir que si on veut éviter le CO2, ce qui est le principal problème pour le dérèglement climatique, le nucléaire ne dégage pas de CO2 et les partisans du nucléaire disent que c'est un avantage considérable.

Pour le reste, je vous rassure, concernant les travaux de la conférence et les travaux français. J'ai à mes côtés, outre le ministre qui s'occupe de cela, des spécialistes comme M. Jouzel et Mme Tubiana que je viens également de nommer comme représentants spéciaux pour suivre tout cela. Pour la France, l'expertise sera absolument prise en compte.

(...)./.

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22. DĂ©règlements climatiques - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, sur «Europe 1» (Paris, 08/06/2014)

(...)

R - Cette économie verte peut être le moteur de la croissance future. Et je ne le dis pas simplement pour la France. En tant que futur président de ce qu'on appelle la «COP 21», je parcours le monde et à chaque fois je discute de ces questions climatiques et environnementales. Je perçois une évolution très générale pour aller dans ces directions avec deux pays qui sont en train de bouger. Et, s'ils bougent comme ils le disent, cela va avoir une grande influence : les États-Unis d'un côté, avec les dernières décisions prises pour économiser le programme.

Le deuxième pays, c'est la Chine, qui a un problème énorme de pollution. C'est le premier pollueur du monde. Cela pose des problèmes sanitaires, économiques et sociaux considérables, parce qu'il y a des révoltes...

Q - Elle va faire un effort et elle fait un effort sur le nucléaire...

R - La Chine a décidé de faire un effort et si, comme je le souhaite et comme je le crois, la Chine se fixe vraiment des objectifs en termes de limitation de carbone, cela peut changer très positivement l'évolution du monde.

Q - Est-ce qu'en France il faut fermer les centrales nucléaires et retourner au charbon, aux éoliennes ?

R - Le retour au charbon, certainement pas.

Q - Êtes-vous favorable au maintien d'une certaine capacité nucléaire de la France ?

R - Bien sûr, il faut maintenir une certaine capacité nucléaire. Simplement, aujourd'hui, nous sommes les premiers du monde à avoir 75 % de notre électricité d'origine nucléaire. Le président de la République a fixé l'objectif d'aller à 50 %,ce qui fera tout de même de la France le premier pays du monde en proportion de nucléaire. Ce qui a été annoncé, c'est que Fessenheim devrait fermer. Après, il faut regarder dans quelle proportion et à quel rythme nous y allons. Mais il convient de faire très attention. Si nous voulons alimenter la croissance, c'est autour de cette notion d'économie verte qu'il faut développer les choses. Et pas simplement au niveau français, mais aussi au niveau européen. Il faut que l'Europe montre l'exemple sans dégrader sa compétitivité. C'est là où est toute la difficulté.

(...)./.

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23. Agenda de dĂ©veloppement post-2015 - Droits de l'Homme et État de Droit - Intervention du reprĂ©sentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies (New York, 09/06/2014)

Monsieur le Président,

La France salue l'accent qui a été mis, au cours de cette 68ème AGNU, sur la préparation de l'agenda post 2015 dans toutes ses dimensions. Vous nous appelez à une approche globale et ambitieuse des travaux actuels sur les Objectifs de Développement Durable, et sur l'agenda post 2015. J'évoquerais aujourd'hui 3 points sur la contribution des droits de l'Homme et de l'État de droit. La France s'associe par ailleurs aux discours de l'Union européenne, et de l'Autriche, qui préside le Groupe des amis de l'État de droit.

1er point - L'approche par les droits

Le concept est, pour la France, essentiel et nous nous félicitions que les travaux en cours sur les ODD le prenne en compte. Depuis la deuxième guerre mondiale, sous l'égide des Nations unies, mais également des organisations régionales, les États ont accepté un ensemble d'obligations qui touchent à tous les aspects de la vie des citoyens, y compris les droits économiques, sociaux, culturels, tels que le droit à la santé ou le droit à l'eau. Certaines de ces Conventions internationales, sur l'élimination de la discrimination envers les femmes, ou sur les handicapés, sont quasi universelles. À travers ce socle normatif, la non-discrimination est un principe universellement accepté. Il nous paraît important que la réflexion sur le post-2015 prenne en compte ces acquis remarquables. Les ODD devront donc intégrer pleinement les droits de l'Homme. Pour cela, ils peuvent se nourrir des textes existants et s'appuyer sur leurs mécanismes de suivi.

C'est dans cette esprit que nous avons tenu, en liaison avec la Banque mondiale, ONU Femmes et le Comité CEDAW un évènement sur la mesure des cibles relatives au genre. Nous continuerons à recommander que soient créées de telles synergies entre les différentes approches.

2ème point - L'État de droit, objectif ou «catalyseur» ?

L'État de droit est à la fois un objectif et un catalyseur. Dans sa résolution 67/1 adoptant la Déclaration de Haut niveau sur l'État de droit, l'Assemblée générale elle-même a rappelé combien l'État de droit était à la convergence de tous les processus : des institutions représentant les aspirations légitimes des citoyens, la transparence dans la gestion des fonds publics, une chaine pénale indépendante et des forces de sécurité respectueuses du droit sont seules à même d'assurer la soutenabilité du développement.

Il ne s'agit pas d'une discussion théorique.

Ayons une pensée aujourd'hui, pour la RCA. Pays sans archives, sans registre des naissances - sans tribunaux, sans police. Ce que demande aujourd'hui la RCA, c'est le rétablissement rapide des Institutions de l'État de droit. Comment penser développement durable en RCA sans assurer d'abord la sécurité des citoyens ?

Autre exemple, très concret, la région du Sahel : comment, là encore, penser développement durable, dans des pays collectivement affectés par une criminalité organisée aux moyens démesurés, à un trafic de stupéfiants en constante augmentation, à des groupes armés qui font mainmise sur les ressources naturelles ? Là encore, la solution passe nécessairement par le renforcement des services de l'État, police, douane, santé, dans le respect des droits des citoyens.

3ème point - La redevabilité

L'un des enseignements que nous tirons des Objectifs du Millénaire, et d'autres processus, c'est qu'un objectif qui ne serait pas mesurable, et sur lequel les États n'auraient pas à rendre compte aux citoyens, reste pour l'essentiel lettre morte.

Pour être légitime et efficace, l'ONU doit se fonder sur les principes de transparence, de respect des droits et de redevabilité. La France souhaite saisir l'occasion de ce débat pour rendre hommage à l'action du Secrétaire général qui oeuvre sans cesse pour que les Nations unies adoptent une approche nouvelle fondée sur l'évaluation, et qui a ancré l'ONU dans ce qu'il appelle l'ère de la redevabilité.

Cette approche couvre tous les domaines, paix et sécurité, lutte contre la pauvreté et respect des droits de l'Homme. Les rapports d'audit, les directives du Secrétaire général sont des instruments essentiels pour assurer l'efficacité de notre action collective.

Je voudrais conclure en relevant à quel point la désignation du Prince Zeid au poste de Haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme est à cet égard symbolique : il est à l'origine de notre politique de tolérance zéro en matière d'abus sexuels et personne, dans cette Organisation, au sein du Secretariat ou en tant que représentant de son pays, n'a oeuvré autant que lui pour créer une culture de la redevabilité au sein des Nations unies.

Je vous remercie./.

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24. 70e anniversaire du DĂ©barquement - Discours de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique, lors de la cĂ©rĂ©monie internationale de commĂ©moration (Ouistreham, 06/06/2014)

Mesdames, Messieurs les Chefs d'État et de Gouvernement,

Vous représentez ici 19 pays rassemblés avec la France pour marquer la réconciliation, la réunion, l'hommage que nous devons à tous ces vétérans ici présents et que je veux d'abord saluer parce qu'ils sont les témoins vivants de ce qui s'est produit ici le 6 juin 1944.

Cette cérémonie du 70ème anniversaire du Débarquement est exceptionnelle : exceptionnelle par son ampleur, nous en avons la démonstration ; exceptionnelle par la ferveur populaire qu'elle suscite ; exceptionnelle aussi dans ce moment précis où nous nous rassemblons.

Nous faisons un devoir de mémoire, oui, pour les victimes, toutes les victimes, militaires et civiles, alliées et ici aussi les victimes allemandes du nazisme. Mais nous envoyons aussi un message par la cérémonie d'aujourd'hui, avec celles et ceux qui y participent, un message de paix, une exigence pour les Nations unies d'intervenir là où c'est nécessaire pour la sécurité collective ; un message pour l'Europe qui a permis la paix alors qu'elle avait été le continent de la guerre tout au long du XXe siècle.

Il y a soixante-dix ans jour pour jour, ici même, devant cette plage, cette belle plage de «Riva-Bella», des milliers de jeunes soldats sautaient dans l'eau sous le déluge du feu pour courir vers les défenses allemandes. Ils avaient 20 ans, un peu plus, un peu moins et qui pouvait dire à ce moment-là que «20 ans, c'était le plus bel âge de la vie» ? Pour eux, 20 ans, c'était l'âge du devoir, c'était l'âge de l'engagement, c'était l'âge du sacrifice. Ils avaient froid, ils avaient peur. L'air de ce 6 juin aujourd'hui si pur était brouillé par la fumée des premiers combats et déchiré par le fracas des explosions. L'eau sage que nous voyons aujourd'hui était striée par l'écume des barges de débarquement et rougie par le sang des premiers combattants. À quoi pensaient-ils ces jeunes de 20 ans face à cette épreuve, face à cet effroi ? Ils pensaient sûrement à leur mère si chère, à leur père inquiet, à l'être aimé si loin, à leur enfance si proche, à leur vie si courte et dont l'horizon était barré par la guerre.

Pourtant, ces jeunes, au milieu de cet enfer de feu et d'acier, n'ont pas hésité une seule seconde. Ils ont avancé, avancé sur le sol de France, bravant les balles et les obus ; ils ont avancé au risque de leur vie pour abattre un régime diabolique ; ils ont avancé pour défendre une noble cause ; ils ont avancé, oui, avancé toujours pour nous libérer, pour nous libérer enfin.

Parmi eux, figuraient les membres du bataillon Kieffer, peu nombreux, 177 Français, 177 valeureux qui ont permis à la France de libérer la France. Ils étaient dirigés par Philippe Kieffer et sous l'uniforme britannique, ils formaient le quatrième commando de la première brigade de Lord Lovat dont 134 seront tués ou blessés en Normandie. Leur nombre était petit mais leur valeur était grande. Un peu plus loin, beaucoup plus nombreux, débarquaient les fantassins de la troisième division d'infanterie britannique du Général Dempsey qui étaient chargés de prendre cette plage d'Ouistreham, rebaptisée «Sword» dans le langage de l'opération «Overlord». Plus loin encore, ce sont les troupes canadiennes qui menaient l'assaut ; puis à l'Ouest de ce champ de bataille, entre Arromanches et le Cotentin, les forces américaines commandées par le Général Omar Bradley et qui allaient payer un lourd tribut à cette opération, à ce Débarquement sur Omaha, Omaha la sanglante.

Le Général Bradley avait dit que tous ceux qui avaient mis le pied un jour, ce jour-là, le 6 juin 1944, sur la plage d'Omaha étaient des héros ; oui, ils étaient des héros, tous ceux-là qui avançaient, qui avançaient encore pour notre liberté !

Nous sommes en Normandie. La bataille qui se déroula tout au long de l'été 1944 fut la plus grande bataille aéronavale de l'histoire. 5 000 navires, 10 000 avions, 140.000 soldats britanniques, canadiens, américains. Le seul 6 juin, 3.000 d'entre eux furent tués, 3.000 !

Mais les soldats venus de la mer avaient réussi l'essentiel. L'essentiel, c'était de mettre le pied sur la terre de France et le 6 juin ils avaient commencé à libérer la France. Et comme le soleil se couchait sur ce jour le plus long, un espoir lumineux se levait sur l'Europe asservie. Sur ces plages de Normandie s'étend le souvenir d'un affrontement acharné, incertain, décisif. Sur ces plages de Normandie, plages paisibles, flotte encore l'âme des combattants qui ont donné leur vie pour délivrer l'Europe. Sur ces plages tranquilles, souffle quel que soit le temps qui passe, quel que soit le climat des saisons un seul vent, le vent de la liberté. Il souffle encore aujourd'hui.

Voilà pourquoi je souhaite au nom de la France que les plages du Débarquement soient inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO, car ici nous sommes sur un patrimoine mondial de l'humanité. Cette inscription rappellera le caractère sacré de ces lieux pour les préserver à tout jamais et surtout pour accueillir toutes les générations qui viendront en visiter les sites lorsqu'elles voudront comprendre, lorsqu'elles voudront voir où le sort de l'humanité s'est joué, où il s'est décidé un 6 juin 1944.

Les vétérans, les survivants, ils sont là ici avec nous à l'endroit même où ils ont débarqué il y a 70 ans, là où ils se sont fait parachuter, là où ils ont combattu, là où ils ont lutté, là où ils ont été blessés.

Je veux au nom de la France saluer fraternellement ceux qui sont présents aujourd'hui. Merci d'avoir été là un été 44, merci d'être toujours là le 6 juin 2014 et vous serez toujours, là, ici, présents par votre esprit sur ces plages du Débarquement.

Je veux exprimer ma gratitude à tous les combattants qui ne sont plus, américains, britanniques, canadiens, australiens, néo-zélandais, polonais, belges et toutes les nationalités engagées avec les alliés. Tous ont servi l'humanité et si nous pouvons aujourd'hui vivre en paix, si nous pouvons vivre en sécurité, si nous pouvons vivre en souveraineté, protégés par les lois que nous avons voulues, c'est grâce à ces hommes qui ont donné leur vie. Et je l'affirme ici sur cette plage, la reconnaissance de la République française ne s'éteindra jamais.

En venant ici, nous sommes tous quel que soit notre âge, quelle que soit notre condition, quelles que soient nos origines, saisis par une émotion. Ce qui frappe encore lorsque nous allons de lieu en lieu et parfois de cimetière en cimetière, c'est le courage des soldats qui ont lutté ici, le courage des parachutistes qui ont sauté dans la nuit pour préparer l'offensive, le courage des Rangers qui ont pris la pointe du Hoc, le courage des soldats britanniques qui ont réduit au silence la batterie de Merville, le courage du général Norman Cota qui a galvanisé ses hommes débarqués sur Omaha, cloués au sol par la vigueur du feu allemand, le courage de tous ces jeunes venus du monde entier conquérir mètre après mètre les plages et les dunes, le courage des résistants français qui ont facilité la réussite de l'opération, le courage des français libres ralliés à l'appel du général de Gaulle, le courage des populations civiles de Normandie qui ont souffert sous les bombes, qui ont subi des pertes considérables et qui ne savaient plus si elles devaient partager leur douleur ou leur joie, leur douleur d'avoir perdu un être cher, leur joie aussi d'avoir reconquis leur liberté.

Je veux saluer le courage de l'Armée rouge qui loin d'ici face à 150 divisions allemandes a été capable de les refouler, de les battre ! Et une fois encore, mais cela ne sera jamais trop, je tiens à souligner la contribution décisive des peuples de ce que l'on appelait l'Union soviétique, ces peuples-là nous sommes aussi dans le devoir de reconnaître ce qu'ils ont fait pour notre propre liberté, pour la victoire contre le nazisme.

Et, enfin, je veux saluer le courage des Allemands victimes eux aussi du nazisme, entraînés dans une guerre qui n'était pas la leur, qui n'aurait pas dû être la leur.

Aujourd'hui nous nous inclinons devant toutes les victimes du nazisme.

Cette grande épopée, pour reprendre l'expression du général Eisenhower, nous rappelle une vérité simple, toute simple, que nous devons toujours avoir à l'esprit dans toutes les circonstances : la liberté est un combat. La liberté n'est pas une évidence comme certains pourraient le croire au sein de nos nations, qui pensent que la liberté est comme l'air que nous respirons, naturelle, et qu'il n'y a même pas lieu d'y penser. Pourtant, la liberté est toujours un combat. Elle n'est jamais acquise. Toujours des femmes et des hommes doivent se lever pour la défendre, pour la conquérir 70 ans après le jour J.

Cette liberté est encore menacée dans trop de régimes du monde ! Ici, le 6 juin, sur les plages de Normandie, il y a soixante-dix ans, les démocraties s'étaient liguées pour embrasser une juste cause. Cette cause demeure encore la nôtre aujourd'hui. Ce ne sont plus les alliés qui doivent se lever pour l'arracher à ceux qui la menacent ; ce sont les Nations unies qui ont la responsabilité de la paix. Faut-il encore que les Nations unies soient à la hauteur de la mission qui leur a été confiée au lendemain de la guerre et assurent partout la sécurité collective.

J'ai parlé du courage, du courage des combattants, du courage des résistants, du courage des populations de cette époque ; le courage dans la guerre. Mais le courage dans la paix est tout aussi essentiel et nécessaire. Des soldats qui ont débarqué ici il y a soixante-dix ans, par quoi étaient-ils animés ? Par leur devoir patriotique ? Oui, sûrement. Mais aussi par une idée, par une idée qu'ils partageaient tous, quelles que fussent leurs nationalités : en posant le pied ici, sur ces plages, ils portaient un rêve, un rêve qui paraissait inaccessible en 1944 ; un rêve né au fond de l'abîme, un rêve qui illuminait leur conscience. Quel était ce rêve ? C'était la promesse d'un monde délivré de la tyrannie et de la guerre. C'était aussi le rêve d'une société plus juste et plus fraternelle.

Cette ambition, elle avait été formulée deux ans plus tôt par les deux chefs de guerre qui avaient décidé de l'opération Overlord : Winston Churchill et Franklin Roosevelt. Sur un navire qui était ancré au milieu de l'océan, ils avaient écrit la Charte de l'Atlantique. Elle rappelait les buts de la guerre : délivrer l'Europe, parvenir à la paix, vaincre le nazisme. Mais en même temps, cette Charte affirmait la volonté de réaliser entre toutes les Nations, la collaboration la plus complète dans le domaine de l'économie, afin de garantir à tous le progrès et la sécurité sociale.

Le 5 mai 1944, un mois avant le Débarquement, les Alliés avaient adopté une déclaration, la Déclaration de Philadelphie. Elle précisait que tous les êtres humains ont le droit de poursuivre le progrès matériel, le développement spirituel, dans la liberté et la dignité et avec des chances égales. Ce message nous oblige encore aujourd'hui. Parce que la campagne héroïque qui a été menée ici portait justement une volonté, celle d'en terminer avec les maux, avec les fléaux qui tourmentaient depuis l'origine l'Humanité.

La misère, l'injustice, l'oppression, tout ce qui produit la guerre. Eh bien Mesdames et Messieurs ici rassemblés, chefs d'État, chefs de gouvernement, élus, vétérans, population civile, oui, nous avons encore à faire notre devoir de préserver l'héritage qui nous a été laissé, le devoir de faire progresser l'union des peuples d'Europe pour ceux qui sont européens. Notre devoir de renforcer le rôle des Nations unies, notre devoir de défendre partout les droits de l'Homme et la dignité, la dignité des femmes qui sont encore dans trop d'endroits dans le monde, asservies, abaissées, abîmées ; ce qui nous atteint tous.

C'est aussi notre devoir d'assurer la paix partout, et s'il y a eu ce rassemblement des chefs d'État et de gouvernement, c'est aussi pour servir la paix, et là où elle est menacée, pour trouver les solutions et les issues pour qu'un conflit ne dégénère pas dans une guerre. Notre devoir, c'est de lutter contre les fanatismes, les extrémismes, les nationalismes. À nous, à nous tous, quelles que soient nos places, à nous de faire preuve de la même hauteur de vue, de la même audace, de la même bravoure, de la même conscience, de la même volonté que ceux qui sont venus sur ces plages.

Aujourd'hui, les fléaux s'appellent le terrorisme, les crimes contre l'Humanité ; mais ce sont aussi des fléaux terribles que nous avons à conjurer à travers les crises humanitaires, les dérèglements du système financier, les dangers du réchauffement climatique, la misère et le chômage de masse. Ce n'est pas comparable, mais c'est ce qui peut aussi menacer, partout dans nos Nations, la cohésion et parfois provoquer des conflits.

Le 6 juin n'est pas un jour comme les autres. Il n'est pas simplement le plus long des jours. Il est un jour où le souvenir des morts oblige à chaque instant les vivants. À nous, représentants des peuples unis ici, de tenir la promesse écrite avec le sang des combattants. À nous d'être fidèles à leur sacrifice en construisant en leur nom et au nom des générations futures, un monde plus juste et un monde plus humain.

Oui, je m'incline devant les morts du 6 Juin et de la Bataille de Normandie. Je salue les vétérans et je dis aux chefs d'État et de gouvernement ma gratitude de les voir réunis ici, et en même temps, je veux leur dire que ce qui nous attend est plus qu'un devoir, c'est une obligation pour le monde et un devoir pour ceux qui ont combattu sur ces plages et qui, aujourd'hui, aujourd'hui même, savent par leur esprit que nous sommes leurs héritiers./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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25. 70e anniversaire du DĂ©barquement - Discours de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique, lors de la cĂ©rĂ©monie internationale d'hommage aux victimes civiles (Caen, 06/06/2014)

Monsieur le Maire,

Mesdames, Messieurs les Parlementaires et Élus,

Mesdames, Messieurs, Familles de résistants,

Mesdames et Messieurs, Enfants des témoins de la bataille de Normandie,

Je voulais en ce 6 juin, 70 ans après, être avec vous, parmi vous, ici, au Mémorial de Caen, pour souligner le sacrifice des populations civiles pendant ces jours et ces nuits qui ont permis la liberté et la reconquête de la France.

Il y a 70 ans, le 6 juin, le jour se levait sur la Normandie, et ce jour-là nous éclaire encore. Ce jour-là, 150.000 hommes venus d'Angleterre, d'Amérique, et parfois même de bien plus loin, s'embarquaient pour la France. Certains dans la carlingue des avions étaient blottis pour sauter en parachute et venir nous sauver. D'autres étaient serrés dans les barges ballotées par la houle, et scrutaient de loin, et puis, de près, les côtes du Calvados et du Cotentin, là où ils allaient débarquer.

Ce jour-là, le 6 juin, les soldats du Reich attendaient, sans bien percevoir ce qui allait se produire. Le 6 juin, ce jour-là, les habitants de Normandie devinaient ce qui allait se produire. Aucun ne savait que ce jour serait le premier de l'une des plus féroces batailles de l'histoire de France. Une bataille qui fera plus de 110.000 morts, dont 20.000 civils. Car cette bataille fut aussi celle des civils.

Les premiers en mouvement furent d'ailleurs les résistants. Le 5 juin 1944 au soir, le signal était donné, et la nuit, la longue nuit, préparait le jour.

Partout, les réseaux s'activent, la liberté s'écrit alors avec des cisailles et des explosifs, les arbres tombent, les fils sont sectionnés, les voies de chemin de fer sabotées. Avant-garde anonyme du jour J, ces résistants, ces combattants de l'ombre ont permis, ont facilité le Débarquement. Pendant toute la durée de la bataille, ils ne cesseront d'appuyer les alliés, espionnant, détruisant, harcelant les troupes ennemies, retardant l'arrivée des renforts.

La réaction des nazis fut immédiate. Elle fut à leur image : brutale, barbare. À Caen, près de 80 Normands, détenus par la Gestapo, sont fusillés dès les premières heures du 6 juin. Robert Douin était l'un d'entre eux. Directeur de l'école des Beaux-Arts de Caen, il était responsable du réseau Alliance pour le Calvados. Depuis plusieurs mois, son activité consistait le jour à sillonner la côte pour restaurer des oeuvres d'art dans les églises, et la nuit, il transmettait à Londres les informations qu'il avait recueillies patiemment, méticuleusement sur les fortifications allemandes. Son travail fut d'un grand secours pour le Débarquement.

Son fils, Rémy l'accompagnait dans certaines de ses missions. J'étais avec lui, il y a un instant, pour l'hommage que nous avons rendu à ces fusillés, et je veux à cet instant, à lui, à ses compagnons qui étaient présents, à ces hommes et à ces femmes, enfants des disparus, exprimer la reconnaissance de la Nation pour les résistants de Normandie.

Au matin du 6 juin, le Débarquement commença pour les populations civiles qui apercevaient les fumées qui se dégageaient des premiers affrontements, qui entendaient aussi, avec inquiétude et angoisse, les avions qui survolaient. Ces populations civiles imaginaient le déluge de feu qui allait s'abattre sur la région.

Depuis des mois, en effet, la Normandie faisait l'objet de raids aériens réguliers, menés par les alliés. L'ambition, c'était de détruire les installations militaires, de neutraliser les communications, d'affaiblir la machine de guerre Hitlérienne. Ce but était louable. Il était nécessaire. Mais à chaque vague, malgré les avertissements, les alertes, les civils étaient touchés, leurs maisons délabrées, et les villes elles-mêmes gravement endommagées.

Sur Rouen, le 19 avril 1944, 6.000 bombes sont larguées en quelques heures, 900 morts sont retirés des décombres. Un mois et demi après, c'est la semaine rouge, cinq jours de bombardements intensifs, destinés à couper les ponts sur la Seine pour briser les voies de retraite de l'ennemi, tout le coeur historique de Caen et de Rouen est touché, les cloches de la cathédrale fondent, 400 victimes sont retrouvées dans les ruines.

Le 6 juin 1944, l'aviation alliée effectua, au total, 14.000 sorties sur la Normandie. Le mur de l'Atlantique est pilonné après minuit. Puis ce sont les villages à l'intérieur des terres qui sont visés. Certes, tout est fait pour prévenir, des tracts sont largués, mais que peuvent ces quelques papiers dans le vent alors que toute la population se cache, sidérée par l'ampleur de l'attaque ?

Au matin du 7 juin, 3.000 civils sont tués. Des cités entières sont rasées. Saint-Lô est devenue la capitale des ruines. 100.000 personnes sont obligées à l'exode. Elles se mêlent à des mouvements de troupes ennemies. La confusion est totale, et pour des familles entières, c'est le chaos, et elles connaissent la mitraille.

Les réfugiés se terrent dans les caves, là où ils peuvent, dans les carrières, dans des trous, dans les églises, comme à l'Abbaye-aux-Hommes, à Caen. Les incendies se multiplient, mais les casernes de pompiers sont hors d'usage. Alors, les bonnes volontés se conjuguent, s'allient pour éteindre les feux qui partent, partout des hommes et des femmes de tous âges, de toutes conditions, bravent la mort pour secourir les blessés, déblayer les décombres, héberger les sinistrés.

Parmi eux, beaucoup de jeunes, Ă  l'exemple de Jean-Marie Girault, le futur maire de Caen, qui fondera plus tard ce MĂ©morial. Pour l'heure, il n'a pas 18 ans, et au sein des Ă©quipes de la Croix Rouge, avec beaucoup d'autres, il retourne les gravats dans l'espoir de retrouver des survivants.

Je veux insister sur la solidarité qui fut celle des Normands dans cette épreuve. Il n'a pas manqué un fermier pour ouvrir sa grange à des malheureux qui cherchaient un abri, un marchand à ouvrir sa boutique pour fournir ce qui lui restait encore de vivres, un entrepreneur pour ouvrir son atelier le temps que le déluge passe, un curé pour ouvrir son église pour une protection qui parfois pouvait être une malédiction quand un obus frappait.

Tous voulaient que la Normandie puisse être unie, rassemblée, dans l'épreuve qu'elle traversait et en même temps dans l'espérance qu'elle vivait pour sa libération, puis celle du pays. Cette belle Normandie, ces beaux paysages, ceux qui nous connaissons aujourd'hui, comme intacts, étaient pourtant les champs de bataille acharnés et confus de la Bataille de Normandie.

Les jeunes générations doivent savoir qu'ici 2 millions de soldats s'affronteront au milieu d'1 million de civils terrorisés pendant des semaines. Dans de nombreuses communes, comme à Tilly-sur-Seulles, conquise et reconquise 23 fois, la population connaît un épouvantable martyre. La Bataille de Normandie pris fin le 22 août, avec la conquête de la poche de Falaise. Mais la région ne fut définitivement libérée que le 12 septembre avec Le Havre, et c'est une Normandie ravagée qui retrouve sa liberté, 20.000 civils ont été tués, 300.000 sont sans abri, 20.000 victimes civiles, qui s'ajoutent aux 40.000 soldats tués, Américains, Britanniques et autres alliés.

Je voulais aujourd'hui, et c'est le sens aussi que je veux donner au 70ème anniversaire du Débarquement, oui je voulais que, en cette date du 6 juin 2014 l'hommage de la Nation puisse s'adresser à tous, civils et militaires, sans distinction selon les vêtements et les uniformes portés. Je voulais que le rôle des Normands fût pleinement reconnu, que chacun sache bien qu'ils ont été les premiers à accueillir sur le sol de France les soldats alliés, qu'ils ont subi vaillamment l'épreuve du feu et qu'ils ont facilité la victoire.

Les Normands ont ouvert leurs portes aux libérateurs. Ils les ont protégés. Ils les ont ravitaillés, et tout au long de leur progression victorieuse, ils les ont remerciés, avec dignité, avec gravité, alors même qu'aux clameurs et à la joie se mêlait parfois le goût âcre des deuils, des disparus dans la bataille. C'est ce mélange des sentiments, tout au long de ces jours du mois de juin 1944, jusqu'au mois d'août, à la fois cette délivrance, cette espérance, enfin accomplie, et en même temps cette souffrance, et cette persévérance, pour aller jusqu'au bout.

S'est alors forgé entre les Normands et les soldats du débarquement une relation indéfectible, un lien qui unit depuis 70 ans ce morceau de terre de France, la Normandie, à tous les pays du monde dont un des fils est enterré ici.

Les Normands ont été placés, par le destin de l'Histoire et par la géographie, au coeur de l'un des plus grands moments de notre Histoire, d'une des batailles les plus décisives de l'Humanité. Ils ont pris part à ce moment-là, avec une force d'âme comparable à la bravoure des combattants alliés. Ils ont pris part à ce qu'a été la libération de la France.

Du premier au dernier jour de cette épopée, des bombardements de Caen à ceux du Havre, ils furent des centaines de milliers victimes d'une guerre, la Seconde Guerre mondiale, qui, rappelons-le, a fait plus de victimes civiles que de soldats.

Le sacrifice des populations normandes s'est longtemps effacé derrière l'héroïsme des soldats du débarquement. Aujourd'hui ce sacrifice est pleinement reconnu par la République. C'est le sens du Mémorial des civils dans la guerre que l'État, associé aux collectivités de Basse-Normandie, a décidé de créer à Falaise. Pourquoi Falaise ? Parce que cette ville a été rasée à 80 % et parce que son nom marque l'épilogue de la Bataille de Normandie.

Cette cérémonie aujourd'hui est celle consentie et consacrée aux civils, aux civils dans la guerre, celle qui s'est achevée, pour toute la Normandie, au mois de septembre, mais la guerre elle est toujours là, encore dans ce monde, tumultueux, incertain et parfois menaçant, et dans toutes les guerres ce sont les civils qui payent un lourd tribut. Des civils lorsqu'ils sont utilisés comme boucliers humains, des civils lorsqu'ils sont victimes du terrorisme, des civils lorsque l'on voit des enfants être des cibles, parce que la guerre jette des centaines de milliers de personnes sur les routes, parce que des jeunes filles sont enlevées et livrées à la violence sexuelle.

Oui, à chaque fois, à chaque conflit, à chaque épreuve, ce sont les civils qui payent le prix. Et c'est parce que la France a elle-même vécu ces drames qu'elle est solidaire des peuples qui affrontent, encore en ce moment, de telles épreuves. C'est parce que la France a elle-même connu la barbarie qu'elle fait son devoir pour préserver la paix, partout, aux frontières de l'Europe, comme en Afrique.

Aujourd'hui, en nous inclinant devant la mémoire des Normands tués à l'été 1944, la République française souligne le sort de ces hommes, de ces femmes, qui le jour J sont entrés dans l'Histoire pour nous permettre de la prolonger.

Cette cérémonie nous rappelle aussi à nos devoirs pour porter secours à l'humanité souffrante, parce que nous le devons à la mémoire de ceux qui sont morts pour nous, et nous le devons, aussi, par rapport à la volonté de la France d'être partout présente, consciente qu'elle vient d'une longue histoire, et qu'elle a encore un destin à porter pour le sort du monde entier.

Vive la RĂ©publique, vive la France, et la France reconnaissante Ă  la Normandie./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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26. 70e anniversaire du DĂ©barquement - Discours de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique, lors du dĂ©jeuner officiel (BĂ©nouville, 06/06/2014)

Majestés, Mesdames et Messieurs les Chefs d'État et de Gouvernement,

Je vous accueille, ici, au nom de la France à l'occasion des cérémonies du 70ème anniversaire du Débarquement au château de Bénouville, ici où nous sommes. Ce château a été créé, imaginé, bâti par Claude-Nicolas Ledoux qui était un architecte capable d'inventer et il voulait en faire aussi un symbole d'utopie. Je ne suis pas sûr qu'il y soit parvenu mais en tout cas son rêve c'était de bâtir une forme de Cité idéale.

Il se trouve que ce lieu est historique parce que pendant la guerre, c'était une maternité, et sa directrice Léa Vion était en fait une Résistante. Cette pouponnière a fonctionné tout au long de la guerre, protégée par le drapeau de la croix rouge. Et pendant ces années, Mme Léa Vion a accueilli des réfugiés et des résistants. Elle y a stocké, dans ce château, des armes, des munitions et des explosifs. Et lorsque le débarquement est venu elle a pu aider les premiers soldats notamment britanniques qui venaient de débarquer à Pegasus Bridge.

Mme Léa Vion avait été appelée pendant la Résistance «la Comtesse». Et cette comtesse est devenue après la guerre la première femme maire de cette commune. C'était très rare à l'époque et elle est décédée en 1972 après avoir reçu la Légion d'Honneur à titre militaire. Donc je voulais que ce lieu puisse à la fois évoquer l'histoire, la mémoire des combattants et aussi le combat des femmes.

Je suis heureux aussi de pouvoir vous accueillir pour un déjeuner qui a été préparé par les chefs restaurateurs étoilés de la Normandie qui voulaient être à la hauteur de l'évènement.

Merci Ă  tous./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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27. 70e anniversaire du DĂ©barquement - Discours de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique, lors de la cĂ©rĂ©monie franco-amĂ©ricaine (Colleville-Sur-Mer, 06/06/2014)

Monsieur le Président des États-Unis d'Amérique, Cher Barack Obama,

Messieurs les Combattants du Débarquement, les Vétérans,

Mesdames, Messieurs,

Nous célébrons aujourd'hui, en ce 6 juin, une date mémorable de notre Histoire, où nos deux peuples se sont confondus dans le même combat, celui de la liberté. Nous sommes réunis à côté d'une plage, celle que nous voyons du cimetière de Colleville, une belle plage, calme, paisible, mais le 6 juin 1944 c'était un épouvantable champ de bataille, et c'est ce que nous avons voulu rappeler, ici, 70 ans après.

Dans l'Histoire il y a toujours des épreuves, rien ne se passe comme prévu, et en ce début de matinée tout avait mal commencé. Sur Omaha Beach les bombes de l'aviation étaient tombées malencontreusement en arrière des défenses allemandes, l'artillerie avait manqué son but, les chars, qui devaient soutenir les fantassins, avaient coulé. Aussi, les hommes des premières vagues d'assaut se retrouvèrent-ils seuls, avec leurs armes légères, face aux mortiers, face aux canons, face aux mitrailleuses. Beaucoup furent mutilés, transpercés, massacrés, et les survivants, cloués sur le sable, au milieu des morts et des blessés, étaient immobilisés sous un feu mortel pendant que montait vers eux une mer rouge de sang.

Les nazis étaient sûrs d'eux, ils avaient construit un mur, le mur de l'Atlantique. Rien ne pouvait les atteindre. Ils n'avaient pas prévu que dans les démocraties un grand idéal donne une grande bravoure, et que des hommes, venus de nulle part, sont capables de donner leur vie pour sauver d'autres vies, sur un continent qui est celui de la liberté. Comme l'a dit le Général Omar Bradley, chaque homme qui a posé le pied à Omaha Beach, le 6 juin 1944, fut un héros. Alors, ces jeunes soldats qui étaient sur cette plage se regroupèrent avec quelques officiers, sans ordres, sans plan. Ils coururent avec leur seul courage vers les lignes ennemies. Inattendu, impétueux, irrésistible, cet ultime assaut fut celui de la victoire. Au début de l'après-midi Omaha était conquise et le Débarquement était réussi.

Omaha, Utah, la Pointe du Hoc, que l'on prononce en français ou en anglais tous ces noms évoquent la souffrance et la gloire, la désolation et la fierté, la cruauté et la délivrance. Plus de 20.000 Américains ont laissé leur vie ici en Normandie : 20.838, car je veux n'en oublier aucun. Ils furent vos parents, vos frères, vos amis. Ils furent nos libérateurs.

La France n'oubliera jamais ce qu'elle doit à ces soldats, ce qu'elle doit aux États-Unis. La France n'oubliera jamais la solidarité entre nos deux nations, la solidarité qui a prévalu lors des deux grandes tragédies du siècle dernier, une solidarité qui repose sur un idéal commun, le rêve, la passion, de la liberté.

L'Amérique s'est toujours souvenue de la contribution de la France à sa grande révolution. Alors en 1917, lorsque l'indépendance de la France fut en jeu, l'Amérique fut là pour la préserver. Et en 1944, lorsque la France fut occupée, alors l'Amérique fut là pour la libérer. Je sais ce qu'il en a coûté au peuple américain, ce grand pays ami, tant de sacrifices, tant de pertes, tant de malheurs. 11.000 soldats Américains sont honorés ici à Colleville, dans ce petit village de Normandie, qui un jour de juin 1944 fut le site le plus important de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, et qui est aujourd'hui un lieu de mémoire qui unit nos deux pays.

Ce sont les martyrs d'Omaha la sanglante, les héros de la Pointe du Hoc, ce sont les parachutistes de Sainte-Mère-Église, les fantassins de la Bataille des Haies, oui, ce sont tous ceux-là qui sont tombés pour délivrer l'Europe, et je veux citer quelques noms de ces héros.

Les Reed, le fils et le père, reposent ici ensemble, tués en juillet 1944, l'un en Italie, l'autre en Normandie, les deux pour sauver l'Europe. Ce sont tous ces frères que la guerre a fauchés, ils sont 66 à être enterrés deux à deux, l'un à côté de l'autre.

Parmi toutes ces croix blanches, que l'on aperçoit au fond, trois portent l'Etoile d'or, la plus haute distinction militaire des États-Unis. C'est le Lieutenant Jimmie Monteih, qui fut l'un des premiers à débarquer ici à Omaha. Toute la journée il s'est battu, à découvert, sur la plage, avant de tomber sous le feu de l'ennemi, sans avoir vu la victoire. C'est le sergent Frank Peregory qui, le 8 juin devant Grandcamp-Maisy captura seul un poste de défense ennemi défendu par 43 Allemands. Il est mort quatre jours plus tard, au combat, dans le bocage normand.

C'est le général Theodore Roosevelt Junior, le vainqueur d'Utah Beach, fils du 26ème président des États-Unis, mort à 56 ans devant Sainte-Mer-l'Église le 12 juillet 1944. Il est enterré à côté de son frère Quentin qui lui fut abattu dans le ciel de Champagne lors de la première guerre mondiale le 14 juillet 1918. Leurs croix sont juxtaposées, elles témoignent du fil ininterrompu qui relie nos deux peuples d'une génération à l'autre.

Alors Monsieur le Président, je renouvelle ici le serment de tous mes prédécesseurs. Jamais nous n'oublierons, jamais nous n'oublierons le sacrifice des soldats américains.

Monsieur le Président nous sommes les enfants et les petits enfants de cette génération, nous sommes les héritiers. Je suis né ici en Normandie à Rouen dans une ville qui a été en grande partie détruite pendant la bataille. Monsieur le Président, vous êtes né à Hawaï dans l'État des États-Unis le plus durement frappé par la guerre. Nos parents, nos grands-parents nous ont fait le récit de ces combats, de ces épreuves, de ces douleurs, de ces souffrances.

Nos parents, nos grands-parents nous ont élevé dans l'idée que pour que tout change, rien ne devait jamais s'effacer. De cette mémoire, de cette mémoire commune, nos Nations ont forgé un espoir qui est aussi un devoir. C'est celui de la paix, c'est l'image que montre la Normandie aujourd'hui. La Normandie qui rassemble le monde entier, la Normandie où s'étaient affrontées des Nations qui aujourd'hui sont réunies pour célébrer cette journée.

Monsieur le Président, depuis 70 ans, les États-Unis malgré les adversités, les crises, les épreuves, sont toujours restés un pays ami de la France. Cette amitié, c'est l'amitié de deux pays qui depuis deux siècles ont cheminé ensemble sur la voie du progrès. C'est l'amitié de deux pays qui affirment la force des droits de l'Homme face à la haine et la tyrannie. Deux pays qui luttent contre l'oppression et l'obscurantisme et qui ont aussi cette ambition, vouloir rendre le monde plus juste, plus démocratique, plus pacifique.

Monsieur le Président, les Français reconnaissent dans l'Amérique une énergie infatigable, une capacité à innover, à inventer, à créer, à porter le rêve de la réussite. Mais ce que les Français admirent le plus dans le peuple américain, parce qu'ils en sont eux-mêmes les plus ardents défenseurs, c'est l'amour de la liberté ; et ils savent, mes compatriotes, que lorsque l'essentiel est en jeu, lorsque les principes sont en cause, la France et les États-Unis se retrouvent toujours comme dans ce terrible été 1944 sur les plages de Normandie et sur les plages de Provence.

Il s'agissait alors de lutter contre la barbarie nazie. Aujourd'hui, aujourd'hui encore nos deux pays sont unis pour répondre à d'autres menaces, le réchauffement climatique, le creusement des inégalités, le sous-développement, la misère, la faim. Eh oui, encore aujourd'hui nous sommes unis face à d'autres périls que l'on croyait à jamais disparus, le fondamentalisme, le racisme, l'extrémisme, le terrorisme.

Voilà pourquoi cette cérémonie d'aujourd'hui prend une dimension particulière. Le silence de ce lieu exprime mieux que tous les discours le message des soldats qui reposent ici. Ils sont morts pour que nous soyons libres. Soyons dignes de l'histoire qui nous rassemble pour continuer à la faire unie.

Vive l'Amérique, vive la France et vive la mémoire de ceux qui sont tombés ici pour notre liberté./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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28. 70e anniversaire du DĂ©barquement - DĂ©claration de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique, lors de la cĂ©rĂ©monie franco-polonaise (Urville-Langannerie, 06/06/2014)

Je suis ici dans ce cimetière parce que des valeureux Polonais regroupés dans la division blindée du Général Maczek ont eu une tâche majeure dans la bataille de Normandie, avec d'autres troupes - anglo-canadiennes, françaises, américaines - ils ont eu comme mission de fermer la poche de Falaise et ainsi de conclure la bataille et de permettre ensuite la libération de Paris puis de la France./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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29. 70e anniversaire du DĂ©barquement - RĂ©ponse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, Ă  une question Ă  l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 10/06/2014)

Monsieur le Député,

La plus belle façon de rendre hommage à ceux qui se sont battus pour notre liberté, il y a maintenant 70 ans, c'est à la fois de commémorer ce qu'ils ont fait et, en même temps, d'avoir aujourd'hui une action effective pour la paix.

C'est parce qu'il y avait cette double présence lors de ce qui s'est passé en Normandie que ces cérémonies ont eu un tel impact.

Sur la commémoration, je n'y reviendrai pas, beaucoup d'entre vous étaient là, je pense qu'elles ont été un succès extraordinaire et une émotion très profonde qui a saisie même les plus endurcis d'entre nous.

Je crois aussi que le fait d'avoir associé la population civile qui, à l'époque, avait tellement souffert est un élément qui a beaucoup compté.

(...)./.

 

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30. 70e anniversaire du DĂ©barquement - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères et du dĂ©veloppement international, avec «Europe 1» (Paris, 08/06/2014)

(...)

Q - Vous qui avez assisté à tout et tout entendu, tout vu, tout organisé avec le président de la République qui disait que c'était un succès ce qui s'est passé à Paris et en Normandie, même pour les foules qui ont montré une certaine ferveur.

R - Oui, c'était très émouvant. Le fait de voir les anciens combattants qui étaient là, les foules, le fait qu'on a parlé pour la première fois des victimes civiles et puis la constatation que quelques kilomètres de plages ont déterminé le sort du monde ; les gens l'ont oublié et il faut le redire.

Q - Il faut éviter sur le continent européen de nouvelles crises et de nouveaux drames.

Q - Oui.

(...)./.

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