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Déclarations officielles de politique étrangère du 20 mars 2014


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Madagascar/Entretien de M. Laurent Fabius avec M. Hery Rajaonarimampianina, prĂ©sident de la RĂ©publique de Madagascar - IsraĂ«l/Colonisation - Vietnam/Condamnation de Pham Viet Dao (Paris, 20/03/2014)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations suivantes :

1 - Madagascar - Entretien de M. Laurent Fabius avec M. Hery Rajaonarimampianina, président de la République de Madagascar (Paris, 20 mars 2014)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, s'entretiendra aujourd'hui avec M. Hery Rajaonarimampianina, président de la République de Madagascar.

L'élection de M. Hery Rajaonarimampianina en décembre 2013, à l'issue d'un processus démocratique reconnu par l'ensemble de la communauté internationale, ouvre une nouvelle étape pour Madagascar.

La France salue l'engagement du nouveau président en faveur du développement de Madagascar, durement éprouvé par près de cinq années de crise politique. Elle souhaite voir le pays retrouver rapidement la place qui est la sienne sur la scène internationale et renouer, avec le soutien de ses partenaires, avec la croissance et le développement.

2 - Israël - Colonisation

Dans le conflit israélo-palestinien, il est indispensable de s'abstenir de tout geste constituant un obstacle à une paix juste fondée sur la solution des deux États.

Dans cet esprit, la France condamne la décision de délivrer des permis de construire pour 186 logements dans les colonies israéliennes de Har Homa et Pisgat Zeev, à Jérusalem-Est.

La colonisation est illégale au regard du droit international et nuit à la confiance nécessaire au succès des négociations en cours.

3 - Vietnam - Condamnation de Pham Viet Dao (19 mars 2014)

La France déplore la condamnation le 19 mars, à une peine de quinze mois de prison, du blogueur vietnamien Pham Viet Dao.

Nous réaffirmons notre attachement à la liberté d'expression et d'opinion, y compris sur internet, conformément à la déclaration universelle des droits de l'Homme.

Ces droits et libertés sont garantis par le pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel le Vietnam, membre du conseil des droits de l'Homme des Nations unies, est partie. La France appelle les autorités vietnamiennes à en assurer le respect./.

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2. Ukraine - DĂ©claration de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique, lors de son arrivĂ©e au Conseil europĂ©en (Bruxelles, 20/03/2014)

Ce qui s'est produit en Ukraine et plus particulièrement en Crimée est inacceptable. Il ne peut pas être admis que des frontières puissent être bougées et qu'une région puisse passer d'un pays à un autre, sans que la communauté internationale ait à réagir.

C'est ce que doit faire l'Europe. Elle avait prévenu. Des sanctions vont donc être décidées, concernant notamment un certain nombre de personnalités, sur leur situation personnelle et leurs avoirs financiers.

Il y aura aussi une suspension des relations politiques puisqu'il devait y avoir une réunion entre l'Union européenne et la Russie. Elle ne peut pas avoir lieu dans ces conditions.

Nous devrons Ă©galement envisager d'autres sanctions s'il y avait une escalade.

C'est le principe de fermeté qui doit l'emporter mais aussi le principe de discussion.

Si la Russie accepte d'ouvrir les discussions, si la désescalade peut être maintenant confirmée, alors il n'y aura pas de passage à d'autres sanctions. Mais, à l'inverse, s'il y a une montée de revendications illégitimes, s'il y a des opérations de troupes, s'il y a des menaces, alors il y aura d'autres sanctions.

Nous passons à une nouvelle phase, celle des sanctions individuelles. Nous en préparons d'autres si la situation devait dégénérer.

Les sanctions individuelles vont être discutées ici. Les personnes qui ont pu jouer un rôle - en Ukraine ou en Russie - de nature à provoquer ce qui se produit aujourd'hui, ces personnes-là devront être concernées.

La diplomatie et l'économie vont de pair. S'il n'y a pas de menace, y compris sur l'économie, alors il ne peut pas y avoir de place pour la diplomatie. La diplomatie, c'est la discussion, c'est la négociation. Pour qu'il y ait discussion et négociation, il faut qu'il y ait pression. C'est pourquoi les sanctions économiques, même si elles ne sont pas décidées aujourd'hui, doivent être envisagées et doivent être, en tout cas, préparées. Mais pour la réunion du Conseil européen d'aujourd'hui, voire de demain, ce doit être des sanctions individuelles qui doivent être prononcées. Merci./.

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3. Ukraine - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères, Ă  l'Institut du Monde Arabe (Paris, 19/03/2014)

(...)

Et dans ces discussions il y a un rapport avec l'Ukraine. Sur le plan du droit international nous considérons, comme l'ensemble du conseil de sécurité des Nations unies à l'exception de la Russie, que ce qui a été fait ne le respecte pas.

S'il devient possible pour une région, sans que le pays auquel elle appartient en soit d'accord, d'organiser sa sécession et dans un deuxième temps d'être annexée par un pays voisin - je ne dis pas que les frontières soient toujours parfaites et que l'histoire n'existe pas car la Crimée a un fond russe très important - c'est très compliqué. Imaginez qu'en Europe, que dans les pays que vous représentez, qu'en Afrique, en Asie, l'on puisse chambouler les frontières par la décision d'un pays voisin, vous voyez le problème.

Il y a un deuxième problème qui n'a pas été suffisamment soulevé et qui malheureusement va l'être. Jusqu'en 1994, l'Ukraine était la troisième puissance nucléaire du monde, suite à un héritage de l'URSS. L'Ukraine a accepté d'adhérer au Traité de non-prolifération par le mémorandum de Budapest en 1994. Elle l'a accepté sous une condition : que son intégrité territoriale soit garantie par la Russie, les États-Unis et le Royaume-Uni. L'un de ces pays n'a pas garanti l'intégrité et est en train de mettre la main sur une partie de ce territoire. Il n'y a pas de geste plus dramatique pour ceux qui défendent la cause de la non-prolifération, si un pays réfléchit à se doter de l'arme nucléaire et regarde l'exemple ukrainien avec son intégrité territoriale garantie en échange de la non-prolifération. Ce mauvais exemple est une forte incitation pour d'autres pays à se doter de l'arme nucléaire. C'est pourquoi cette décision est extrêmement préoccupante.

Nous venons d'assister à un phénomène qui, de mon point de vue, porte atteinte au mouvement de non-prolifération nucléaire qui s'était engagé./.

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4. Ukraine - Entretien de M. Thierry Repentin, ministre dĂ©lĂ©guĂ© chargĂ© des affaires europĂ©ennes, avec «RFI» - extraits (Paris, 19/03/2014)

Q - Un Conseil européen va se tenir demain et après-demain à Bruxelles. Il aurait normalement dû être en grande partie consacré aux questions climatiques et industrielles mais c'est évidemment la crise ukrainienne qui va prendre le pas sur les autres sujets, même s'il restera un peu de place tout de même pour le climat et les questions industrielles. Vladimir Poutine a signé hier le décret rattachant la Crimée à la Fédération de Russie ; François Hollande appelle à une réponse forte et coordonnée de l'Europe. Quelle peut être cette réponse ?

R - Les premières réponses ont été apportées par le Conseil des ministres des affaires étrangères il y a deux jours, en prévoyant des sanctions à l'égard de responsables politiques et économiques, tant en Russie qu'en Ukraine, et plus particulièrement en Crimée. C'est un dossier qui sera traité par les chefs d'État et de gouvernement demain soir, pendant le Conseil européen.

Ce Conseil européen s'attachera aussi à traiter des sujets tels que le climat, l'industrie et la transparence fiscale.

Q - On va en parler. Est-ce que les sanctions contre la Russie pourraient aller jusqu'au secteur de l'énergie ? Le gaz et le pétrole par exemple, qui sont des secteurs évidemment extrêmement importants pour l'économie russe ?

R - Nous n'en sommes pas là aujourd'hui. Pourquoi ? Il a été indiqué qu'il y aurait des mesures supplémentaires si l'intégrité territoriale de l'Ukraine était encore plus affectée qu'elle ne l'a été jusqu'à présent. Le coup de force en Crimée est déjà pris en compte. Il pourrait y avoir un élargissement de la liste des personnes frappées par des sanctions individuelles, avec des mesures de gel des avoirs et d'interdictions de visas. Mais pour le moment, la question de sanctions économiques n'a pas été décidée. Il y aura, dès aujourd'hui et pendant toute la journée de demain, des échanges entre les chefs d'État et de gouvernement européens sur la réaction de l'Union européenne, dont la question des sanctions.

Q - Ce qui veut dire, d'une certaine manière, que l'Union européenne entérine l'annexion de la Crimée en considérant qu'il n'est pas nécessaire d'employer les sanctions les plus lourdes.

R - Non, pas du tout. D'abord, il y a une concertation étroite avec le gouvernement ukrainien sur ces questions. Le gouvernement ukrainien fait tout pour éviter une escalade qui le mettrait dans une situation ingérable. Nous devons aussi, au-delà des sanctions qui visent des hiérarques et des oligarques ukrainiens et russes, accompagner l'Ukraine. C'est ce qui se passera vendredi matin, avec la signature des chapitres politiques de l'accord d'association entre l'Union européenne et l'Ukraine, représentée par M. Iatsenouk. Le soutien à l'Ukraine passe aussi par la mise en place d'un plan d'accompagnement financier et budgétaire, de la part de l'Union européenne mais aussi du FMI, pour faire en sorte que l'Ukraine surmonte à un certain nombre d'échéances internationales. Il y a donc un accompagnement de ce pays, et c'est ce qui est attendu par les autorités ukrainiennes.

Q - La France parle de suspendre le contrat de vente des deux Mistral, qui sont des porte-hélicoptères, à la Russie. Elle en parle, est-ce qu'elle va le faire ?

R - Cela relèverait d'une autre étape, à laquelle nous ne sommes pas. Ce qui a été très clairement affirmé, c'est que si d'aventure de nouvelles mesures européennes étaient décidées, celles-ci incluraient autant la coopération militaire qu'économique, et auraient des effets sur tous les États membres.

Q - La France ne veut pas y aller seule dans ce domaine.

R - Non. Cette question a été débattue hier entre les Européens, et tous souhaitent une réponse européenne ferme et unie. L'impact de sanctions supplémentaires à l'égard de la Russie, s'il devait y en avoir, reposerait équitablement sur tous les États membres de l'Union européenne.

Q - Un soldat ukrainien a été tué hier lors d'un assaut contre une base militaire par des soldats russes. Les autorités de Kiev ont autorisé les militaires ukrainiens à faire usage de leurs armes pour se défendre. Faut-il aujourd'hui redouter une escalade militaire ?

R - Je tiens à louer le sang-froid des autorités ukrainiennes. Les forces armées ukrainiennes ont fait preuve d'une retenue exemplaire. Nous ne souhaitons pas - et les autorités ukrainiennes non plus - qu'il y ait une escalade dans la violence. Il faut maintenir le dialogue avec les Russes. Nous condamnons la mort de ce soldat. Il faut veiller à ne pas s'engager dans un conflit armé dont nul ne pourrait prédire les répercussions.

Q - Pour en finir avec ce sujet, est-ce que vous doutez de la volonté de la population de Crimée de rejoindre la Russie ?

R - Les résultats du référendum - prétendument 97 % des voix - rappellent ceux qui avaient cours en URSS, il y a quelques années. Cela ne peut pas être le résultat réel. Nous ne reconnaissons pas ce référendum, organisé dans des conditions illégales, avec une présence militaire sur place, et alors que le son et l'image des médias ukrainiens avaient été coupés. (...)./.

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5. Ukraine - Intervention au conseil de sĂ©curitĂ© du reprĂ©sentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 19/03/2014)

Je remercie MM. Simonovic et Eliasson de leurs interventions ainsi que le représentant permanent de l'Ukraine.

Madame la Présidente,

Samedi dernier, la communauté internationale a envoyé par la voix de ce Conseil un message unanime à la Russie : le référendum dont elle est l'instigatrice en Crimée est illégal et ne peut avoir de conséquence au regard du droit international.

Le veto de la Russie n'y a rien fait, bien au contraire. L'illégalité du détachement de la Crimée, préparée de longue date, n'en a été que plus patente.

Madame la Présidente,

Hier, la Crimée a été annexée par la Russie, quel qu'en soit l'habillage qui ne trompe personne ; annexée avec drapeaux, tambours et trompettes au milieu d'un déferlement de nationalisme agressif dont on ne sait pas jusqu'où il ira une fois qu'on l'a éveillé, dont il n'y a jamais rien de bon à attendre et qu'on utilise pour dissimuler ou justifier les atteintes aux libertés publiques. D'ailleurs, peu d'efforts ont été déployés pour maquiller le coup de force : un referendum organisé dans la précipitation, des soldats russes partout, des questions qui ne laissaient rien au hasard, un contrôle des moyens d'information à la limite de la caricature, des observateurs internationaux recrutés dans les partis d'extrême droite européens - s'il y a des fascistes dans cette histoire, ils ne sont pas où on le répète - et enfin, des chiffres si excessifs qu'ils en perdent toute signification. Comment voulez-vous qu'il y ait eu plus de 86 % de votants alors que des communautés, notamment tatares et ukrainiennes, représentant près de 40 % de la population avaient appelé au boycott.

Les Nations unies ont été créées pour qu'on n'assiste plus à ce genre de spectacle qui déshonore ceux qui l'organisent et qui salit l'ensemble de la communauté internationale. La règle de droit doit régir les relations entre les États. L'acquisition de territoires résultant de l'usage de la force, ou même de la simple menace, ne saurait être reconnue. Ce principe auquel la Russie a souscrit en son temps, c'est notre code, c'est l'ADN de notre organisation.

Comme je le disais samedi, en s'opposant au projet de résolution, c'est à la Charte des Nations unies que la Russie a opposé son veto.

Madame la Présidente,

Nous venons d'entendre de la part de M. Simonovic que rien en Ukraine ne justifiait que l'on parle «d'atteintes graves aux droits de l'Homme», ou «de minorités placées dans une situation critique». S'il y avait des atteintes graves aux droits de l'Homme, c'était à l'époque de Yanoukovitch.

Au moins sommes-nous rassurés sur la situation dans l'ensemble du pays. Les autorités de Kiev s'appliquent à tendre la main à toutes les composantes de la société ukrainienne. Rien ne saurait justifier plus longtemps que l'on parle d'un gouvernement irresponsable, dont les agissements susciteraient l'inquiétude des populations.

La protection des populations russes ou russophones en Ukraine, argument invoqué par Moscou pour justifier son intervention en Ukraine, ne correspond donc ni à la réalité de la situation, ni à une justification légale pour l'occupation militaire d'une partie du territoire d'un État souverain, et encore moins pour tirer prétexte à l'extension de ses propres frontières.

Nous rappelons avec constance que les minorités en Ukraine, tant religieuses que linguistiques, doivent être protégées, ce qui échoit en premier lieu aux autorités du gouvernement de transition. C'est d'ailleurs ce qu'elles font.

La situation à Kiev, à Lvov, à Donetsk ou à Kharkiv n'est pas ce qui doit occuper le Conseil. C'est à Sébastopol et à Simferopol que le droit est bafoué, que des hommes de main terrorisent ceux qui ne veulent pas céder à la force et que des soldats ukrainiens se font tuer, simplement parce qu'ils refusent de se rendre.

Madame la Présidente,

Face à une Russie qui n'entend pas l'inquiétude de l'ensemble de la communauté internationale, qui n'a même pas répondu aux propositions de bon sens que nous présentions pour régler pacifiquement la crise, nous sommes contraints de réagir, ne serait-ce que pour lui faire comprendre que jamais nous n'accepterons le fait accompli qu'elle vient d'imposer sur le terrain.

Mais nous devons aussi nous tourner vers l'avenir, avec un double appel à la Russie. L'un pour lui dire de s'arrêter là : les agents provocateurs sont déjà à l'oeuvre dans l'Est de l'Ukraine. Qu'ils ne jouent pas le même jeu qu'en Crimée, que la Russie cesse ses manoeuvres transparentes. Elle a déjà réussi à s'aliéner durablement l'Ukraine et les pays européens, aller plus loin serait grave. Le deuxième appel porte sur la nécessité pour Moscou d'ouvrir un canal de négociations directes avec Kiev. Que la Russie ne se trompe pas. Nul ne se substituera à l'Ukraine comme elle semble l'espérer. Nul ne décidera de l'avenir de l'Ukraine si ce n'est l'Ukraine elle-même.

Madame la Présidente,

Déjà nous comptons les premiers morts de cette sinistre aventure. Hier, le Premier ministre ukrainien a annoncé que le conflit avec la Russie passait désormais d'une phase politique à une phase militaire.

Nous continuons d'appeler la Russie à la raison. Qu'elle écoute la voix de la communauté internationale. Qu'elle ne l'entraîne pas dans une spirale qui échapperait tôt ou tard à tout contrôle. Qu'elle imite enfin la retenue des Ukrainiens.

Je vous remercie./.

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6. Syrie - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères, Ă  l'Institut du Monde Arabe (Paris, 19/03/2014)

(...)

Parmi les échecs, figure la tragédie syrienne, qui est entrée dans sa quatrième année. Faisons preuve de lucidité : il n'y a pas d'autre solution que politique puisque que ce conflit est devenu international. Ceux qui se battent du côté de Bachar al-Assad sont des Syriens mais il y a aussi beaucoup d'Iraniens et d'Irakiens avec des armements russes, c'est la vérité.

La conférence de Genève II, convoquée pour trouver une solution diplomatique, n'a pas permis d'avancer suffisamment. Je souligne à quel point l'opposition modérée, que nous soutenons, a été tout à fait responsable dans ses prises de position. Nous la soutenons car nous considérons que M. Bachar al-Assad ne peut incarner l'avenir de son peuple. Il cherche, parait-il, à se faire réélire, ce qui serait une mascarade tragique .

Mais il n'est pas question non plus de soutenir les terroristes. D'un point de vue politique et pratique, le régime et les groupes terroristes, qui se présentent comme hostiles l'un à l'autre, forment le recto et le verso d'une même médaille.

Nous qui souhaitons une Syrie unie, démocratique, laïque et qui respecte toutes les minorités, nous soutenons ceux qui partagent ces principes et nous pensons que l'opposition modérée, malgré toutes les difficultés et les divisions parmi ceux qui les soutiennent, représente la solution politique indispensable pour régler ce conflit. Comme il n'est pas question de faire l'impasse sur la communauté alaouite, il faut trouver un accord entre l'opposition modérée et certains éléments du régime.

C'est l'espoir que nous avons mis dans Genève II mais, pour le moment, cet espoir est déçu. On a dit que la France avait tort car elle avait soutenu l'opposition modérée depuis plusieurs années et qu'elle n'avait pas gagné. Mais il s'agit d'une cause qui continue d'être juste. Si on avait davantage écouté la France et quelques autres, dont des pays arabes, au moment où nous avons pris position, à l'époque il n'y avait ni Iraniens, ni armements russes en quantité, ni terroristes en Syrie. Et tout le monde disait qu'il suffisait d'un mouvement pour que le régime perde sa force. Mais c'était la période des élections américaines et il avait des divisions dans le monde arabe. Cette idée, possible à l'époque, est devenue beaucoup plus complexe aujourd'hui.

Pour la Syrie, c'est un drame effrayant, mais c'est aussi très difficile pour les pays voisins comme la Jordanie, avec des centaines de milliers de réfugiés, l'Irak dont on parle peu et le Liban. Il y a une lueur d'espoir pour nos frères libanais avec un gouvernement qui a été constitué. Cela signifie qu'un certain nombre de puissances qui se penchent, parfois trop fortement, sur le Liban, ont signé un bon de sortie. Dans ce pays, que nous aimons tous, les réfugiés syriens représentent un quart de sa population. Et nous espérons que le Liban aille de l'avant, et c'est le sens de la réunion qui a eu lieu à Paris il y a quelques jours.

Pour la Syrie nous cherchons une lueur d'espoir et il n'est pas certain que les derniers évènements russo-ukrainiens favorisent une ouverture de la part du régime du président Poutine.

La France se tient toujours aux côtés de ceux qui veulent la paix comme l'opposition modérée qui prône une solution de réconciliation et qui proclame qu'il n'y a pas d'autres solutions que politique./.

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7. Iran - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères, Ă  l'Institut du Monde Arabe (Paris, 19/03/2014)

(...)

Nous devons rester très vigilants sur la question du programme nucléaire iranien. L'Iran est un grand peuple, un grand pays et nous souhaitons qu'il puisse retrouver son rang dans la communauté internationale. Mais il y la question nucléaire. La position de la France est nette, et se résume en deux phrases : oui pour le nucléaire civil et non pour l'arme atomique. L'Iran a le droit à l'énergie nucléaire civile mais pas à son volet militaire. Nous sommes contre la prolifération nucléaire surtout dans cette région. À partir du moment où l'Iran posséderait l'arme nucléaire, d'autres pays, par volonté d'équilibre, souhaiteraient s'en doter également.

Fut un temps où l'arme nucléaire avait été présentée comme une arme de dissuasion. Mais aujourd'hui, en particulier dans cette région du monde, personne de raisonnable ne peut encore soutenir une telle théorie.

Sur l'Iran, une première discussion a abouti à un accord, après que la France a demandé et obtenu que l'accord soit solide. Il reste maintenant la deuxième partie de l'accord définitif, négociation délicate. Nous souhaitons de façon très claire aboutir à un accord, mais deux conceptions se font face. D'un côté, la conception de la France et des autres pays membres du 5+1 stipule : oui pour le nucléaire civil et non pour le militaire.

L'autre conception, qui n'est pas formulée dans des termes aussi simples, est celle de la stratégie du seuil, dite «à la japonaise». Les Japonais ont tous les éléments pour fabriquer une bombe mais ils ne le font pas. Les Iraniens reprennent cet exemple, avec quelques différences. Au Japon, on peut contrôler la totalité des installations et les régimes ne sont pas les mêmes.

Dans la négociation qui s'ouvre, nous avons trois principes actés en commun : oui au nucléaire civil et non à l'arme atomique. Ensuite il faut qu'il y ait dans l'accord des garanties suffisantes en cas de non respect des engagements par l'Iran. Troisième principe recommandé par l'AIEA, il faut que les Iraniens acceptent le contrôle et la transparence des installations.

Il n'y aura un accord que si ces trois principes sont respectés. Si on veut choisir à la carte cela ne marchera pas et je l'ai dit à plusieurs reprises à mes collègues iraniens. Soit on a le nucléaire militaire soit on ne l'a pas. /.

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8. Liban - Investiture du gouvernement - DĂ©claration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères (Paris, 20/03/2014)

La France se réjouit de la confiance accordée à une large majorité par le parlement libanais au gouvernement de M. Tammam Salam. Ce vote, sur la base de la déclaration ministérielle du 15 mars dernier, témoigne de l'esprit de responsabilité prescrit par les circonstances et les défis auxquels notre ami le Liban est confronté.

Le gouvernement libanais est désormais pleinement en mesure d'y faire face. Il s'agit d'une étape importante dans la remise en marche des institutions libanaises, comme le Groupe international de soutien au Liban en avait souligné la nécessité dans le relevé de conclusions de sa réunion de Paris, le 5 mars dernier.

La France réaffirme qu'elle est disponible pour travailler aux côtés du gouvernement libanais. Elle appelle au respect des prochaines échéances institutionnelles, notamment l'élection présidentielle qui doit intervenir dans les délais prévus par la Constitution./.

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9. Union europĂ©enne - Conseil europĂ©en - Entretien de M. Thierry Repentin, ministre dĂ©lĂ©guĂ© chargĂ© des affaires europĂ©ennes, avec «RFI» - extraits (Paris, 19/03/2014)

Q - Parmi les autres sujets qui seront donc évoqués au cours de ce conseil européen, je disais qu'il y a la politique industrielle. L'Union européenne veut parvenir à un objectif de 20 % du PIB obtenu par l'industrie dans les États membres. C'est beaucoup, la France en est loin actuellement puisqu'elle est à 12 %. Comment y parvenir ?

R - En nous mobilisant. Les politiques de l'Union européenne bénéficient aux industries qui demain créeront beaucoup d'emplois. Cela vaut pour la politique en matière de recherche et de développement, et pour la promotion des technologies vertes par exemple. Renforcer l'industrie européenne passe aussi par un dispositif européen pour les aides d'État qui permette à nos entreprises d'être compétitives par rapport à des concurrents hors de l'Union européenne qui peuvent recevoir des aides de leur pays d'origine. C'est un aspect nouveau : dans le cadre de la politique européenne de la concurrence, et sous certaines conditions, nous accepterions des aides d'État.

Q - Ce serait un changement parce que jusqu'à maintenant, l'Europe était souvent perçue comme une puissance qui freine que plutôt qui aide dans ce genre de situation.

R - Absolument. Nous souhaitons que les conclusions marquent très clairement l'objectif de 20 % du PIB issu de l'industrie en 2020.

Q - Il y a un autre accord qui vous tient à coeur, vous nous en aviez déjà parlé ici même, c'est l'accord sur la transparence bancaire.

R - Oui.

Q - L'Autriche et le Luxembourg qui freinaient pour signer cet accord devraient demain et vendredi finalement débloquer la situation.

R - J'ai bon espoir que vendredi, au Conseil européen, l'Autriche et le Luxembourg annoncent qu'ils acceptent d'avancer sur la directive épargne. Ce texte permettrait qu'une demande d'information émanant d'un État sur les comptes détenus par une entreprise ou un individu a des comptes dans un autre État de l'Union européenne fasse automatiquement l'objet d'une réponse. Cela fait sept ans qu'il y a des négociations sur ce sujet./.

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10. RĂ©forme du conseil de sĂ©curitĂ©/Usage du veto - Intervention Ă  l'AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale du reprĂ©sentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 19/03/2014)

Monsieur le Président,

La France a lancé une initiative proposant un encadrement volontaire et collectif par les cinq membres du Conseil de sécurité de l'usage du veto.

Cette initiative est certes détachée de la réforme globale du Conseil et ne préjuge en rien de la question de l'octroi du veto aux nouveaux membres permanents. Cependant, elle participe au débat et j'espère que nous pourrons lors de cette réunion engager une discussion substantielle sur ce sujet.

Permettez-moi donc de présenter plus en détails les contours de l'initiative française, dont je voudrais souligner qu'elle reste ouverte aux propositions.

Il s'agirait pour les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de suspendre volontairement et collectivement l'usage du veto lorsqu'une situation d'atrocités de masses est constatée. Il s'agit d'un code de conduite, c'est-à-dire une démarche volontaire n'impliquant pas une révision de la Charte.

Les critères permettant cet auto-encadrement restent à définir par les membres permanents eux-mêmes. Cependant, des pistes de réflexion ont déjà été esquissées. Par exemple, le code de conduite pourrait être activé dès lors qu'une situation serait portée à l'attention du Conseil de sécurité par le secrétaire général, de sa propre initiative ou s'il décide de faire suite à une demande du Haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l'Homme ou de cinquante États-membres des Nations unies. D'autres schémas sont évidemment sont légitimes et doivent faire l'objet d'un examen.

En ce qui concerne le champ d'application du code de conduite, nous pensons qu'il convient de s'appuyer sur des notions déjà définies par le droit international, par exemple le statut de Rome sur la Cour pénale internationale, à savoir appliquer ce code de conduite aux situations dans lesquelles sont commis des crimes de génocide, des crimes contre l'humanité ou des crimes de guerre sur une grande échelle.

Nous estimons enfin, comme le groupe de personnalités de haut niveau l'avait souligné dans son rapport de 2004, que le code de conduite ne doit pas s'appliquer lorsque les intérêts vitaux d'un membre permanent sont en cause.

Monsieur le Président,

Le président de la République et le ministre des affaires étrangères français sont personnellement impliqués dans ce processus. Après avoir consulté nos partenaires, parmi les États membres et les représentants de la société civile, nous engagerons rapidement les discussions de substance, sur la base d'un texte, avec les membres permanents du Conseil de sécurité afin d'aboutir à l'application d'un code de conduite volontaire qui, pour avoir un sens, devrait être agréé par les cinq.
En parallèle, nous poursuivrons nos consultations avec nos partenaires afin de bâtir la coalition la plus large possible en faveur du code de conduite. Dans cette perspective, la France organisera en septembre prochain une réunion en marge de la semaine ministérielle de l'Assemblée générale.

En effet, le soutien de l'ensemble des États membres à cette initiative, ainsi que celui de la société civile, sera important pour aller de l'avant et faire évoluer l'usage du veto dont l'objectif était, dans l'esprit des rédacteurs de la Charte, et doit rester de créer les conditions permettant au Conseil de sécurité de s'acquitter de sa mission au service de la paix et de la sécurité internationales.

Monsieur le Président,

En prenant cette initiative, la France ne sous-estime pas les difficultés qui pourront survenir de bords parfois opposés. Des divergences existent. Cependant, elles peuvent être dépassées s'il existe une volonté politique au sein du P5 d'aller dans cette direction.

La France peut ouvrir un débat. C'est ce qu'elle essaie de faire. Elle ne peut, à elle seule, le conclure. Elle a besoin du soutien des autres membres permanents et de tous les États membres.

Nous avons fait le choix du pragmatisme car nous voulons réussir. Notre volonté est de concilier les principes et la réalité. Elle n'est pas de créer une confrontation inutile. C'est cet équilibre qui fait la force des Nations unies.

Je vous remercie./.

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11. Politique de la France dans le monde arabe - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères, Ă  l'Institut du Monde Arabe (Paris, 19/03/2014)

Je vous salue, Cher Collègue et Ami, et à vrai dire, nous nous connaissons depuis longtemps, plus de 30 ans. Nous avons ensemble goûté les charmes inextinguibles des arrêts du Conseil d'État et nous avons contribué à en rédiger quelques-uns.
Je veux saluer le secrétaire général de la Chambre de commerce, je veux saluer les Ambassadeurs, vous, Mesdames et Messieurs.

Je veux également saluer les experts qui sont intervenus. Je regrette de ne pas avoir pu assister à vos travaux mais je veux préciser que ces experts étaient proches du ministère des affaires étrangères que vous connaissez bien. Mais néanmoins, lorsque je lis les travaux, je constate à quel point ils sont indépendants et je m'en réjouis.

Vous avez donc appris notamment ce qu'était la colocalisation, faisant de ce colloque une réussite singulière. Je me souviens et je ne veux pas être méchant en disant cela, d'un colloque que j'avais été invité à présider à Moscou en d'autres temps. La question qui était posée correspond à l'intitulé du colloque : «Faut-il investir en Russie ?»

À la fin du colloque, compte tenu de la manière dont il s'est déroulé, la réponse était évidente et négative. Pendant les deux jours de ce colloque, les experts s'étaient disputés. Je constate avec plaisir que ce n'est pas du tout le cas ici et que vos travaux seront suivis d'un effort positif.

Monsieur le Président, notre réunion se tient à l'issue d'un après-midi consacré à évoquer la situation du monde arabe, les perspectives de renforcement des relations économiques entre la France et le monde arabe et analyser les évolutions rapides de la région. Évidemment, au cours de votre discussion, vous avez rappelé les liens profonds et anciens entre cette région et la France et plus largement entre l'espace arabo-musulman et l'Europe.

Vous avez certainement évoqué nos compatriotes dont les racines se trouvent dans cette région, estimés au nombre d'un million, et nos 130.000 compatriotes qui y sont actuellement résidents et qui forment la dixième communauté française établie à l'étranger après l'Amérique du nord. Bien évidemment, le développement des relations économiques est la vocation première de la Chambre que vous présidez et qu'il, m'indique-t-on, a été fondée il y a maintenant 44 ans. Je pense qu'elle a su trouver toute sa place et je veux rendre hommage, Cher Ami, au fait que sous votre impulsion, elle connaît une dynamique extrêmement appréciée et permet de saisir des opportunités qui s'offrent aux acteurs économiques.

Vous avez parlé de la diplomatie économique, je pense qu'effectivement c'est un succès.

Pourquoi ? Parce que cela correspond à une évidence. Je l'ai nommée mais elle préexistait et vous-même l'avez ressenti lorsque vous dirigiez cette Maison. Il n'y a pas de diplomatie puissante et efficace s'il n'y a pas un poids économique derrière. De plus, la diplomatie est faite par des diplomates - comme aurait dit l'autre - et si les diplomates ne s'intéressaient pas à la partie économique, ils seraient hémiplégiques.

Par ailleurs, les entreprises, grandes, moyennes ou petites, sont très heureuses que le Quai d'Orsay et les autres administrations soient à leur disposition. Je n'ai donc fait que nommer et formaliser quelque chose qui était dans l'air, mais il reste encore beaucoup de travail dans tous les pays du monde et en particulier, dans nos relations avec le monde arabe.

Je veux vous féliciter aussi parce que parmi les initiatives que vous avez prises en tant que président de la Chambre, vous avez prévu un programme de visites dans les régions françaises avec l'appui des ambassadeurs arabes dont je veux saluer ici l'action au bénéfice du renforcement de nos liens. Je les vois souvent, c'est toujours avec beaucoup de plaisir. Je sais que vous portez une attention particulière aux PME et aux ETI et je vous remercie et vous en félicite parce que, lorsque l'on regarde les forces et faiblesses de la France, on sait bien que nous avons du mal à ce que les entreprises petites deviennent moyennes et grandissent. C'est pour cela qu'il faut les appuyer d'autant plus. Le travail que fait la chambre de commerce dans ce domaine est excellent.

Sur le plan commercial, nous avons 57 milliards d'euros d'échanges avec les pays d'Afrique du Nord, du Moyen-Orient et du Golfe. Cela représente 15 % de notre commerce extérieur dont 8 % pour les exportations et 5 % de nos importations. Depuis 10 ans, le montant des échanges entre la France et le monde arabe a progressé de 51 %, en particulier avec les pays du Golfe et les trois pays du Maghreb où la France demeure le premier partenaire commercial. Parmi les dix premiers excédents de la France à l'étranger, figurent trois pays de la région (Émirats arabes unis, Algérie et Liban). Les hydrocarbures constituent un autre volet de notre relation économique : la région représente 31 % de notre approvisionnement en pétrole et 21 % de notre approvisionnement en gaz.

Nos entreprises connaissent souvent des difficultés à collecter des fonds, mais je me félicite des multiples projets croisés qui lient nos économies. Plus d'une centaine d'investisseurs arabes sont présents en France. Les investissements en provenance des fonds souverains arabes se développent à la faveur d'accords pour la mise en place de véhicules financiers communs destinés au crédit export, aux projets dans l'industrie, l'agriculture ou les énergies renouvelables. Ces investissements croisés ont vocation à se développer.

D'autres initiatives visent à faciliter le transfert de savoir-faire et de technologies dans le cadre de partenariats dits de colocalisation. C'est le cas au Maghreb où des filières sont mises en place, notamment dans l'aéronautique, l'automobile ou le numérique. C'est aussi le cas dans les pays du Golfe avec des contrats ferroviaires, aéronautiques et en matière de santé. Cela favorise la coopération à long terme entre les entreprises françaises et leurs partenaires locaux et la création d'emplois pour les économies locales. Ce mouvement a vocation à se développer davantage avec la diversification des économies arabes. Cette présentation est positive.

Mais nos parts de marché dans les pays arabes restent faibles. Nous continuons d'avoir une position enviée au Maghreb mais la concurrence internationale s'y fait féroce. Au Proche-Orient ou encore dans le Golfe, où nous sommes souvent 5ème ou 6ème fournisseur, nous avons deux ou trois pays européens devant nous. Un constat s'impose : notre présence économique est bonne mais elle n'est pas à la hauteur de la qualité de nos relations politiques. Vous avez parlé de la politique de la France avec les pays arabes et je voudrais attirer votre attention sur un point qui nous différencie par rapport à d'autres pays. Les pays arabes peuvent compter sur la France et cela «makes the difference».

Il y a une césure entre l'excellence de nos relations politiques et le fait que sur le plan économique cela pourrait mieux marcher.

J'en veux pour preuve le repli de nos exportations ces deux dernières années vers le Maroc ainsi que la baisse du volume de nos échanges avec les Émirats Arabes Unis alors qu'avec ces deux pays la France entretient une relation d'une étroitesse toute particulière. Au niveau régional, nos exportations vers les six monarchies du Golfe ont baissé de 6,2 % en 2012, et ce, en dépit des projets d'investissements et d'infrastructures qui se multiplient pour faire de ces économies des «hubs» commerciaux entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie, ou pour préparer des événements d'ampleur mondiale comme l'exposition universelle de 2020 à Dubaï ou la coupe du monde de football au Qatar en 2022. Je sais que ces pays, pour m'être entretenus avec ses dirigeants et ses ambassadeurs, attendent les entreprises françaises dont ils connaissent l'expérience dans plusieurs domaines d'excellence. Je sais aussi que de nombreux accords de coopération ont été initiés par des institutions françaises dans les domaines de la santé, de l'agriculture, de la recherche ou de la culture, ce qui permet aux entreprises de mieux calibrer leur offre et de décider de s'implanter durablement dans la région. Nous renforçons nous-même notre dispositif d'accompagnement sur le terrain avec des conseillers régionaux pour le nucléaire ou pour l'agriculture ainsi que la mise en place de clubs d'affaires et «d'Équipes France» sur le nucléaire ou pour le sport.

Tout ceci qui est nécessaire étant fait mais les chiffres ne sont pas satisfaisants.

Je saisis donc cette occasion pour encourager l'ensemble des partenaires, y compris les Ambassadeurs arabes en France et les chefs d'entreprise réunis autour de cette table, à promouvoir les projets multiples en cours dans la région pour fortifier les liens commerciaux et répondre aux attentes mutuelles exprimées au cours des nombreuses visites bilatérales mais aussi lors des séminaires et forums d'affaires.

Voilà un jugement balancé que nous devons porter sur nos échanges et je ferais le même constat pour les investissements. Nous sommes au premier rang au Maghreb mais nous avons des marges de progression au Moyen-Orient et dans le Golfe. Parallèlement, nous souhaitons et nous devons être plus attractifs pour les investisseurs arabes en France. Les pouvoirs publics sont pleinement engagés pour encourager cette volonté et nos ambassades agissent à cette fin. En complément, une réflexion sur la création de la Marque France est en cours et je pense que cela peut donner plus de visibilité à tout ce qui vient de France.

Il faut aller plus loin. Il existe une spécificité dans la relation franco-arabe qui tient à nos liens humains. Sachez que je ne sépare pas la diplomatie économique de la diplomatie culturelle et de la diplomatie tout court. C'est un tout et cela compose la particularité de notre relation. Il n'y a pas de semaine sans que je m'entretienne, à Paris ou à l'étranger, avec des représentants du monde arabe. Je ne pense pas me tromper en disant que la France y jouit d'une réelle écoute.

Vous avez abordé les bouleversements dans la région et la synthèse que vous en avez dressée est tout à fait exacte. Il y a autant de situations que de pays. La tradition, l'histoire, la géographie, font qu'il serait un peu rapide d'embrasser l'ensemble dans un jugement qui serait univoque.

Les transitions démocratiques, qui ne sont pas, contrairement à ce que certains naïfs pouvaient penser, sans à-coups, se poursuivent.

Les populations arabes, qui aspirent à la liberté et à la prospérité sociale et économiques, continuent de se mobiliser. Ces évolutions sont souvent douloureuses, prennent du temps, suscitent des impatiences et donnent lieu à des contrastes. La situation en Syrie est dramatique avec 150.000 morts, elle est très inquiétante en Libye et délicate en Égypte. Nous avons tous les yeux tournés vers la Tunisie qui suscite l'espoir alors qu'elle vient d'adopter une Constitution après de longs mois de débats internes où la recherche du consensus était le mot-clé.

La France n'a pas vocation à décider à la place de ces pays souverains et soutient ces aspirations démocratiques. Nous encourageons le dialogue et la coopération pour réussir les mutations et nous respectons les processus internes et la souveraineté nationale. Lorsqu'elle est sollicitée, la France apporte son appui aux processus de réformes et d'émancipation. Partout, puisque c'est la tradition de la France et nos convictions, nous appelons au respect des droits de l'Homme, des valeurs universelles et des règles démocratiques.

La France accompagne également ces évolutions au plan économique. Elle l'a fait dès 2011 en lançant, sous sa présidence du G8, le «Partenariat de Deauville» et plusieurs avancées significatives ont été rendues possibles.

(...)

La question d'Israël et de la Palestine reste décisive. Il y a certaines avancées et nous souhaitons qu'elles se matérialisent. Nous sommes à la fois les amis du peuple palestinien, c'est une tradition de la France, à laquelle nous tenons. La position de la France à l'ONU a été décisive. En même temps, nous tenons à ce que la sécurité d'Israël soit assurée. Il existe une opportunité qui n'est pas infinie. Si un certain nombre de pratiques actuelles devaient se poursuivre, la solution des deux États, à laquelle nous croyons, deviendrait matériellement impossible, avec le drame effrayant que cela représente.

Tout en laissant aux Américains le soin de mener certaines négociations, nous ne sommes pas inactifs.

(...)

Vous avez parlé de la société civile et c'est l'un des points sur lequel que nous devons travailler les uns et les autres. Nous avons eu l'habitude de prendre en compte le point de vue des États, qui, dans notre vision westphalienne, est très important. Mais l'État n'est pas contradictoire avec le dynamisme et l'évolution des sociétés civiles et ce sont des sujets auxquels l'Institut du Monde Arabe et la Chambre de Commerce doivent s'intéresser de plus en plus

La France est très attachée à ses relations avec le monde arabe dans sa diversité. Nous ne sommes pas la plus grande puissance du monde mais sur le plan des conceptions, des relations économiques, historiques et culturelles, sur le plan de la fiabilité - concept très important dans le monde contemporain - je pense que les pays arabes et la France ont réciproquement beaucoup de choses à faire ensemble. C'est pourquoi, cher Président, votre travail et votre fonction sont si importants à la tête de cet Institut. Enfin, pour le ministère que je dirige, il se conçoit comme étant au service des entreprises, des peuples, des citoyens et particulièrement au service de l'excellence de notre relation entre la France et les pays arabes./.

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12. Francophonie - Fonds de solidaritĂ© prioritaire «100.000 professeurs pour l'Afrique» - Discours de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères (Paris, 20/03/2014)

Madame la Présidente, Claudie Haigneré

Madame la Ministre, Yamina Benguigui,

Monsieur le Président Darcos,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de participer à cette 16ème journée internationale de la francophonie qui est placée sous le signe de la jeunesse, de l'enseignement et des talents, dans ce lieu particulièrement approprié - le Palais de la découverte - où des générations d'enfants viennent s'initier à la science.

Pourquoi la jeunesse ? Parce que c'est un truisme. C'est d'abord d'elle que dépend l'avenir de la francophonie : 60 % de la population francophone a aujourd'hui moins de 30 ans. Parce que la francophonie est une affaire d'apprentissage et de partage.

Pour s'adresser à la jeunesse, il faut montrer que le «français est une chance». C'est la devise de cette journée internationale de la francophonie. Elle constitue le coeur du message porté aujourd'hui par l'OIF. J'en profite pour saluer l'action de cette organisation et de son Secrétaire général, mon ami le président Abdou Diouf.

Le français est un atout pour les pays francophones, leurs habitants et pour tous ceux qui parlent le français à travers le monde. Pourquoi ?

D'abord parce que le français est plus qu'une langue : c'est une culture. Et je dirais même sans arrogance que c'est sans aucun doute une philosophie. Le français, c'est la langue de Descartes, de Rousseau, de Voltaire, de la Révolution, de la déclaration des droits de l'Homme. Les valeurs issues de cette histoire sont inscrites au coeur de notre langue.

On cite souvent Senghor mais, en ce qui me concerne, je l'ai bien connu et j'ai eu l'occasion de discuter avec lui de ces sujets et, au-delà des truismes qu'il n'aimait pas beaucoup. L'un de ses thèmes favoris consistait à affirmer que la langue, en l'occurrence le français, permet de s'exprimer d'une façon à nulle autre pareille. Sa pensée, c'est qu'on ne s'exprime pas en français comme dans les autres langues. Il y avait chez lui une identité d'approche entre le contenu de la langue et le véhicule qu'elle constituait. Pour lui comme pour nous, la francophonie n'est pas seulement porteuse de ces principes - les droits de l'Homme, la démocratie, la diversité culturelle, mais elle est ces principes.

On l'oublie parfois - et Mme Benguigui nous le rappelle - que la francophonie est aussi un atout économique. De la France à la Tunisie, du Québec aux Comores, du Cambodge à la Roumanie, de l'Algérie à Madagascar, partout la francophonie est une chance en termes de commerce, de croissance et d'emploi. Cet espace francophone représente 15 % de la richesse mondiale et 12 % du commerce international. Une étude récente a montré que l'appartenance à l'espace francophone représente un supplément de croissance par tête de 6 % en moyenne. Donc, le français est un atout, aussi économique, pour les secteurs, pour les affaires, pour l'emploi, pour la carrière des jeunes.

L'espace francophone constitue aussi un espace de liens privilégiés dans le domaine scientifique. Il y a, par exemple, une communauté mathématique francophone, que ce soit la francophonie de France, la francophonie d'Afrique, la francophonie du Vietnam. Il existe des partenariats dans le domaine de la médecine, de la pharmacie, de la physique entre les universités francophones du monde entier. J'ai une pensée en particulier pour ce qu'avait initié notre ami, Georges Charpak autour de «La Main à la pâte». Je saisis cette occasion pour remercier l'Agence universitaire de la Francophonie pour le travail qu'elle accomplit, en particulier en faveur de la structuration des réseaux.

Je voudrais également dire la chose suivante : la francophonie est dynamique en termes de population, de démographie.

Lorsqu'on regarde les chiffres, on nous dit qu'aujourd'hui, le nombre de locuteurs francophones est de 220 millions. On envisage le chiffre de 400 millions en 2025 et de plus de 700 millions en 2050, soit une multiplication par 4 en cinquante ans. Alors que la population mondiale n'augmentera dans cette période que de 50 %, il s'agira pour la francophonie d'une augmentation de 400 %. Mais cela ne veut pas dire pour autant que, si l'Afrique se développe et elle le fera à coup sûr, comme il est prévu, la francophonie se développera du même pas. Il existe une course de vitesse entre la croissance démographique et la croissance éducative. Notre tâche et notre choix c'est de faire en sorte que la croissance éducative gagne cette course. C'est cela, je pense, l'idée fondamentale des 100.000 professeurs. Il faut nous mobiliser pour enseigner, diffuser et soutenir le français. C'est l'objectif fondamental de l'OIF. Et c'est ce que nous avons en partage ici, c'est aussi une priorité de mon action à la tête de notre diplomatie.

Il faut veiller à ce que le français soit l'une des langues du cyberespace. Il y a énormément à faire afin de donner au français davantage de visibilité sur la toile. Dans le monde virtuel, qui détermine souvent, par une espèce de séquence inversée, le monde réel, la place du français n'est pas à la hauteur de sa place dans le monde réel.

Si nous voulons arriver à gagner cette course de vitesse, nous devons créer davantage de contenus numériques, notamment dans les domaines de la connaissance, de l'information, de l'enseignement scolaire et universitaire, de la culture et du divertissement, du commerce ou de la médecine. Ce doit être une priorité pour toutes nos institutions francophones culturelles et éducatives. Récemment, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche a lancé la première plateforme française de cours en ligne, qui s'appelle France Université Numérique, à laquelle le ministère des affaires étrangères apporte son soutien. L'enjeu de ces Cours en Ligne Ouverts et Massifs est fondamental pour l'avenir de la francophonie.

Nous devons aussi mieux utiliser le numérique pour enseigner et diffuser le français qui représente la deuxième langue la plus apprise après l'anglais. Dans de nombreux pays, le succès de l'éducation pour tous, deuxième objectif du millénaire pour le développement, s'est parfois réalisé au détriment de la maîtrise du français, compte tenu du manque d'enseignants ou de qualification des enseignants.

Les outils numériques que l'on va nous présenter ce matin doivent contribuer à répondre à ce défi, à cette course de vitesse, défi auquel nous travaillons ensemble, à travers beaucoup de choses, les projets développés par TV5Monde, France 24 et RFI, dans le cadre du partenariat étroit qui unit la France, les États francophones, l'Organisation internationale de la Francophonie et l'Agence universitaire de la francophonie.

Le projet qui est lancé, «100.000 professeurs pour l'Afrique», s'inscrit dans cette volonté d'utiliser toutes les possibilités du numérique pour consolider l'enseignement du et en français sur le continent africain. Il doit nous permettre de répondre au défi de la massification des effectifs scolaires et universitaires en mettant à disposition des enseignants suffisamment nombreux et disposant d'une formation linguistique et pédagogique adaptée. Il est le fruit de partenariats multiples et de la mobilisation de tous les opérateurs francophones, et permettez-moi de remercier en tout premier lieu le président Darcos et l'équipe de l'Institut Français en charge de la mise en oeuvre de ce projet, «100.000 professeurs pour l'Afrique». Cela devrait enclencher une dynamique en matière de formation, y compris professionnelle, et de développement du numérique. C'est donc toute la jeunesse africaine francophone qui doit pouvoir en bénéficier à terme.

Dans un premier temps et, après tout, pourquoi ne pas réfléchir à une autre opération pour d'autres continents puisque la francophonie, évidemment, ne se limite pas à l'Afrique.

J'ai dit en commençant que la francophonie était liée au partage. C'est à la fois la condition de son développement et un grand succès. Nous sommes tous copropriétaires du français. Il y a, comme l'a indiqué M. Piccouly, le Salon du livre qui ouvre demain et les invités d'honneur sont l'Argentine avec une littérature magnifique, et Shanghai. C'est l'occasion, et la coïncidence est bien utile, de souligner à quel point francophonie, livres et numérique vont ensemble.

Je terminerai par une citation d'un grand écrivain ivoirien Ahmadou Kourouma, qui, parlant du français et de la nécessité que le français soit en permanence enrichi par des apports de l'ensemble de la francophonie, dit ceci : «Quand on a des habits, on s'essaie toujours à les coudre pour qu'ils moulent bien, c'est ce que vont faire et font déjà les Africains avec le français». Je trouve que c'est une jolie formule.

Le français est une chance que nous devons aider les jeunes à saisir. Il faut, même si l'on possède d'autres langues, que les autorités de la République n'hésitent pas à parler français - cela n'est pas vieux jeu. Et rien n'est plus ridicule que lorsque, dans une salle composée à 98 % de Francophones, un ministre français se met à parler anglais, d'ailleurs en général un mauvais anglais. Montrons, sans arrogance, l'exemple. On peut être moderne et même futuriste en parlant français, en l'apprenant et en le professant. C'est le sens de l'opération «100.000 professeurs pour l'Afrique», auquel, vous l'avez compris, je souhaite un très grand succès. Merci./.

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13. Francophonie - Semaine de la Francophonie au BrĂ©sil - Discours de Mme HĂ©lène Conway-Mouret, ministre dĂ©lĂ©guĂ©e, chargĂ©e des Français Ă  l'Ă©tranger (Brasilia, 19/03/2014)

Monsieur le Directeur de l'Institut diplomatique,

Monsieur l'Ambassadeur

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Je suis heureuse d'être en votre compagnie ici, dans la prestigieuse «École diplomatique de Rio Branco», à l'occasion du lancement de la «Semaine de la francophonie» au Brésil.

Je suis française, vous le savez, et peut-être davantage encore du fait des nombreuses années durant lesquelles j'ai vécu éloignée de la France, en Irlande. Et, comme toute française, je suis gourmande : gourmande de mots, de belles tournures de phrase, gourmande d'idées qui s'expriment avec panache. Et pour débuter mon propos, je ne résiste pas au plaisir de reprendre ce que disait Léopold Sedar Senghor, grand poète et premier président du Sénégal dans une conférence donnée à l'université Laval en 1966 intitulée «La Francophonie comme culture» : Senghor a eu des mots magiques pour décrire sa relation au français et à la Francophonie.

Le grammairien qu'il n'a jamais cessé d'être se fait poète de la langue lorsqu'il évoque sa première rencontre avec le français, à l'âge de sept ans : «c'était pour moi musique et charme. La beauté du français, sa poésie, ne vient pas du pouvoir imaginant des mots, qui se sont dépouillés du concret et de leurs racines ; elle vient de la musique des mots et des phrases, des vers et des versets : de leur rythme et de leur mélodie». Et cette langue de la logique universelle nouée autour des conjonctions, liant les propositions entre elles et les subordonnant, de s'assouplir dans la coordination et la juxtaposition.

La francophonie c'est bien évidemment d'abord une langue en partage ; c'est aussi une vision commune de principes et de valeurs universels. Bref, une communauté de destin assumée et épanouie...

L'organisation de la communauté francophone a connu plusieurs étapes. Elle débute avec l'Agence de coopération culturelle et technique en 1970, qui rassemblait une vingtaine de pays représentatifs de quatre continents, dans lesquels la langue française était pratiquée et enseignée.

Ses membres fondateurs posent alors les jalons de ce qui allait devenir l'Organisation internationale de la Francophonie dont le siège est à Paris.

Elle regroupe désormais 57 États membres et 20 observateurs. Le noyau initial, principalement composé d'États africains, a été rejoint depuis par des pays de tous les continents, dont quinze appartenant à l'Union européenne.

Les adhésions récentes du Qatar, membre associé, et de l'Uruguay, observateur, illustrent et consacrent l'attractivité de l'OIF sur la scène internationale.

L'OIF met en oeuvre la coopération multilatérale francophone au côté de quatre opérateurs :

- l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF)

- TV5Monde, la chaîne internationale de télévision

- l'Association internationale des maires francophones (AIMF)

- l'Université Senghor d'Alexandrie

La Francophonie dispose aussi d'un organe consultatif : l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF).

La Conférence des chefs d'État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, communément appelée «Sommet de la Francophonie», est l'instance suprême de la Francophonie. Elle se réunit tous les 2 ans. Le premier Sommet s'est tenu à Versailles en 1986 ; le prochain aura lieu à Dakar en novembre.

Mes Chers Amis,

Comme le rappelait le président Hollande à Kinshasa en 2012, parler le français, c'est une façon de penser, de concevoir le monde. C'est un message de liberté. C'est en français que les révolutionnaires de 1789 ont proclamé, et donc écrit, la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen. C'est en français, en 1948, au lendemain de la seconde guerre mondiale, qu'a été rédigée la Déclaration universelle des droits de l'Homme. C'est en français que s'exprimaient les combattants africains pour l'indépendance, ceux qui refusaient la souffrance des peuples asservis. «La langue française, disait Léopold Sedar Senghor, ce merveilleux outil trouvé dans les décombres du régime colonial.».

Au-delà de l'outil qu'est la langue commune, la francophonie est bien aussi, et surtout, un espace de valeurs partagées.

Façonnée par les peuples, les intellectuels et les artistes, portée par des gouvernements et des responsables politiques partageant des idéaux communs, la francophonie est aujourd'hui un forum où se défendent l'état de droit, et la démocratie. Et, au cours des dernières années, notamment sous l'impulsion de ma collègue au gouvernement Yamina Benguigui, ministre déléguée à la francophonie, elle est également devenue un espace de défense et de promotion des droits des femmes.

Ces valeurs et ces nouvelles exigences ont fait Ă©voluer les objectifs de la francophonie :

- La lutte contre les trafics (de drogues, d'armes, d'ĂŞtres humains) ;

- la contribution commune au règlement des crises;

- La promotion de la démocratie, les droits de l'Homme, le pluralisme, le respect de la liberté d'expression;

- Le développement, c'est-à-dire d'abord la préservation de notre planète, la biodiversité, la lutte contre le réchauffement climatique, la solidarité à travers la mise en place de financements innovants ou la transparence dans les échanges et dans les investissements des entreprises...

Voilà les thématiques sur lesquelles nous essayons d'avancer, ensemble, entre pays francophones.

Les objectifs du prochain Sommet illustrent bien l'Ă©volution de l'institution.

Les autorités sénégalaises souhaitent que la Déclaration de Dakar aboutisse à des «objectifs contraignants» dans le cadre d'une «gouvernance mondiale solidaire et humaine».

La place du français comme langue de valeur et de progrès ; la diversité culturelle et linguistique ; l'économie et le développement ; le développement durable ; l'affirmation de la diplomatie francophone dans le domaine de la paix et de la sécurité ; le renforcement des médias francophones ; la stratégie jeunesse comme «vecteur de paix et de solidarité»... seront au centre des discussions.

La France pour sa part, conjointement avec ses partenaires, continuera à défendre le volet politique de la Francophonie, notamment l'assistance aux pays en crise et en sortie de crise : soutien aux processus électoraux, aux efforts de dialogue et de réconciliation... À titre d'exemple, l'OIF est active au Mali, elle prépare un plan d'actions en RCA ; elle a été très présente dans la préparation des élections à Madagascar (aide à la rédaction de la législation électorale notamment) et va y poursuivre ses efforts de coopération.

Au service des valeurs et des principes qu'elle défend, la francophonie s'efforce par ailleurs de développer un «magistère d'influence» auprès de ses membres comme des organisations internationales. Elle a ainsi obtenu le statut d'observateur lors du sommet de Deauville lorsqu'il s'est agi de mobiliser la communauté internationale au lendemain des printemps arabes. Enfin, elle produit régulièrement des contributions à l'occasion des sommets du G 20.

Pour conforter ses programmes de coopération et trouver de nouvelles ressources, la francophonie s'est engagée dans la recherche de partenariats auprès des Nations unies, de l'Union européenne, de la Banque mondiale et des banques régionales de développement.

La francophonie ne souhaite pas pour autant devenir un bailleur de fonds multilatéral...Son objectif est de mener à bien des projets pilotes qui trouvent un relais auprès des bailleurs institutionnels avant une généralisation dans l'ensemble de l'espace francophone. C'est ainsi qu'elle a pu concrétiser les programmes de formation à distance, les campus numériques, la promotion des langues locales et du français dans l'enseignement primaire ou encore soutenir les industries culturelles du Sud.

Pour défendre ces valeurs et maintenir la cohésion de son action, des personnalités reconnues au plan international : Boutros Boutros-Ghali puis Abdou Diouf ont incarné la Francophonie. Je tiens ici à leur rendre un hommage appuyé, notamment Abdou Diouf qui achèvera cette année son troisième et dernier mandat à la tête de l'OIF.

La francophonie est une institution en mouvement, qui s'adapte aux réalités du monde, à l'image d'autres communautés linguistiques auxquelles appartient le Brésil.

Les valeurs universelles portées par les peuples francophones sont aussi celles des communautés lusophones et hispanophones. Cette réalité est d'ailleurs rappelée à chaque rencontre des secrétaires généraux des trois espaces linguistiques latins, qui ne cessent d'affirmer qu'une alternative existe à un monde uniforme. Et c'est à l'occasion de la dernière de ces rencontres que le président Abdou Diouf a eu cette formule pleine de sens : «cet espace de coopération entre les trois aires linguistiques représente le cadre idéal de la mobilisation permanente en faveur du multilinguisme. Aucun espace géolinguistique ne peut relever seul le défi du maintien du multilinguisme».

Cette communauté de vue, nous devons la mettre au service du multilinguisme dans les enceintes internationales et dans le monde.

La mondialisation a en effet pour revers de s'accompagner d'une tendance à l'uniformisation y compris linguistique. Or l'affirmation de nouvelles puissances globales - je pense bien entendu au Brésil - et l'émergence de nouveaux pays dessinent un monde de diversité qui offre une chance à la diversité culturelle et au pluralisme linguistique.

Dans ce contexte, la langue française offre d'indéniables perspectives...

La francophonie bénéficie en effet du dynamisme démographique de ses membres et des sociétés francophones, comme en Afrique sub-saharienne pour ne citer que ce seul exemple. Trente-deux pays ont fait du français une langue officielle, première ou deuxième langue dans l'ensemble des forums diplomatiques internationaux. Et le tiers des pays membres des Nations unies sont membres de l'Organisation internationale de la Francophonie !

Cependant, malgré ces tendances encourageantes, l'anglais s'impose chaque jour davantage. Cela est particulièrement sensible au sein des organisations internationales. La résignation n'est pas pour autant de mise.

Dans ce contexte, les liens entre la francophonie et les autres aires linguistiques doivent et peuvent être renforcées.

C'est d'ailleurs dans les pays de langue latine que les produits culturels français trouvent le plus de débouchés après l'espace francophone. Et c'est dans les pays de langue latine, comme le Brésil, le Mexique, l'Espagne ou le Portugal, que l'on apprend le plus le français. Songez que sur les 10 pays où nos Alliances et Instituts français ont le plus d'élèves, cinq sont de langue latine. Les deux plus grandes Alliances françaises sont celles de Bogota et de Lima et le premier réseau par le nombre d'élèves est au Brésil.

Forts de ce constat, nous soutenons le rapprochement entre la francophonie et la «Communauté des pays de langue portugaise» (la CPLP), mais aussi avec l'«Organisation des États Ibéro-américains pour l'éducation, la science et la culture», afin de dégager des positions communes sur la diversité culturelle et le multilinguisme.

N'oublions pas que la francophonie «c'est aussi cet humanisme intégral qui se tisse autour de la terre, cette symbiose des énergies dormantes de tous les continents, de toutes les races, qui se réveillent à leur chaleur complémentaire». Ces mots de Senghor restent d'une étonnante actualité... et nous avons indéniablement un commun intérêt à promouvoir la diversité linguistique et culturelle. Alors que l'anglais s'impose comme standard international, nous partageons la préoccupation de développer un espace culturel mondial caractérisé par le pluralisme.

C'est cette mutualisation des efforts, la concertation et cette convergence pour un monde de diversité autour de valeurs partagées que je souhaitais mettre en exergue à l'occasion de l'ouverture de cette semaine de la francophonie au Brésil.

Je sais combien les diplomates brésiliens, que j'ai plaisir à rencontrer lors de mes déplacements ou à Paris, sont bien préparés, donnent de leur pays une image positive et promeuvent avec talent les positions de leur gouvernement dans les fora internationaux. Bientôt, vous exercerez d'éminentes responsabilités au service de la diplomatie de votre grand pays et je me réjouis que vous puissiez le faire aussi en français. Songez que la francophonie, rassemblera à l'horizon de 2050 plus de 700 millions de locuteurs. 80 % d'entre eux seront en Afrique.

Sachons ensemble défendre le multilinguisme et la diversité culturelle. Nous nous comprenons mieux en parlant la langue de l'autre et nous en sommes collectivement que plus forts.

Je terminerai par ces mots de Boutros Boutros-Ghali, l'ancien Secrétaire général des Nations unies qui a dit un jour que «la francophonie sera subversive et imaginative, ou ne sera pas» : à vous qui entamez votre carrière, c'est cette vision d'une diplomatie sachant sortir des sentiers battus et trop convenus, qui fait preuve parfois d'audace au service d'idéaux et de valeurs universelles, que j'aimerais vous passer comme idée essentielle de ce qu'est la francophonie !

Je vous remercie pour votre patiente Ă©coute./.

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14. BrĂ©sil - Lancement de «Français sans frontières» - Discours de Mme HĂ©lène Conway-Mouret, ministre dĂ©lĂ©guĂ©e, chargĂ©e des Français Ă  l'Ă©tranger (Brasilia, 19/03/2014)

Monsieur le Ministre,
Monsieur l'Ambassadeur,
Monsieur le Consul,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,

Je suis particulièrement heureuse d'être à vos côtés pour célébrer le lancement de «Français sans frontières». Ce programme est le fruit d'une coopération étroite entre le Brésil et la France. Il s'inscrit dans le contexte plus large du développement des échanges universitaires entre nos deux pays, à l'heure de l'internationalisation des études et des formations.

Les relations universitaires entre la France et le Brésil sont une réalité ancienne. Elles se sont consolidées dès les années 1930, lorsque la Mission Universitaire française participa à la création des Universités de São Paulo et de Rio de Janeiro.

Cela ouvrit une période d'intenses et fructueux échanges, sur un plan scientifique et culturel. Des intellectuels influents des deux côtés de l'Atlantique s'y investirent : je pense notamment à Claude Lévi-Strauss et à Roger Bastide ; il y en eut de nombreux autres depuis... Rappelons également que le Brésil et la France célèbrent cette année le 35ème anniversaire du premier programme de coopération internationale de la CAPES, le programme CAPES-COFECUB (1).

Aujourd'hui, les grands programmes de recherche et de mobilité qui lient nos deux pays s'inscrivent dans cet héritage.

Quand en 2011, la présidente Dilma Rousseff prend l'initiative de promouvoir la mobilité de 100.000 étudiants scientifiques en créant le programme «Science sans frontières», elle apporte une impulsion considérable à la prise de conscience, par la communauté universitaire, des atouts que revêt une formation à l'étranger. Elle donne aussi à saisir la réalité de la mondialisation dans le domaine du savoir.

Le succès retentissant du programme auprès des étudiants brésiliens démontre sa pertinence. D'autres programmes sont alors mis en place pour répondre à l'exigence de formation. Des difficultés se profilent cependant, pour l'obtention des bourses de recherche notamment, qu'il est difficile d'instituer à une telle échelle. Le niveau de compétences en langues étrangères s'est par ailleurs avéré insuffisant, parfois, pour nombre de candidats.

C'est ainsi qu'est née l'idée d'un programme additionnel, dénommé «Langues sans frontières». Décliné en différentes langues, ce programme est à présent lancé en Français, et c'est ce qui nous réunit aujourd'hui.

Quatre volets composent le programme «Français sans frontières» :

- la mise en place d'un test de positionnement linguistique permettant de déterminer le niveau de français des étudiants brésiliens ;
- l'offre de 10 000 codes d'accès aux cours en ligne de l'Alliance française ;
- la promotion et l'incitation au développement de cours de français présentiels dans les universités fédérales brésiliennes ;
- l'accueil au Brésil de 20 assistants de langue française affectés dans les établissements d'enseignement supérieur.

Vous l'aurez compris, «Français sans frontières» vise à fournir des outils d'apprentissage et de promotion de la langue française. À terme, le programme permettra de diversifier et d'intensifier la mobilité des chercheurs, des étudiants et des futurs enseignants.

Le groupe pilote du programme, composé des 27 représentants des universités fédérales brésiliennes où le français est enseigné, nous fait l'honneur de sa présence. Permettez-moi de féliciter plus particulièrement Monsieur le Ministre Paim, qui a rendu possible le premier séminaire de travail de ce groupe.

Ces 27 représentants porteront le projet et auront un rôle prescripteur auprès de leurs collègues et de leurs étudiants. Ils contribueront très concrètement à la diffusion de l'enseignement du français et au rayonnement de notre langue sur l'ensemble du territoire brésilien. Qu'ils en soient vivement remerciés.

Chers Amis,

Grâce à notre longue tradition de coopération scientifique et universitaire, la France occupe une place de choix dans les pays de destination des boursiers brésiliens. Plus de 5000 étudiants du programme «Science sans frontières» ont ainsi choisi la France depuis 2011. Avant eux, ce sont des milliers de chercheurs et d'ingénieurs brésiliens qui se sont formés dans nos deux pays.

Monsieur le Ministre,

La France est la 3ème destination mondiale des étudiants internationaux et nous nous réjouissons d'accueillir autant de jeunes de votre pays. En abolissant les frontières linguistiques, le programme «Français sans frontières» permet de franchir un pas de plus, ô combien significatif, sur le chemin d'amitié et de coopération tracé par nos deux pays. Il permettra à un nombre croissant d'étudiants brésiliens d'enrichir leur cursus et leur formation en France. Grâce à eux, le Français sera plus fréquemment utilisé comme véhicule du savoir au Brésil.

Avec «Français sans frontières», la France et le Brésil se trouvent indéniablement mieux armés pour affronter la compétition mondiale du savoir. Il en va de l'avenir de nos sociétés respectives, pour lesquelles l'excellence est à la fois une exigence et un pari ambitieux.

Vive le Brésil,

Vive la France,

Et vive l'amitié franco-brésilienne !./.

(1) Comité Français d'évaluation de la coopération universitaire et scientifique avec le Brésil

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