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Déclarations officielles de politique étrangère du 07 mars 2014


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Ukraine - Liban - Syrie - États du Golfe - Rwanda - Droit international public (Paris, 07/03/2014)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a répondu aux questions suivantes :

1 - Ukraine

Q - Le référendum en Crimée est-il légal ?

R - Il est à la fois contraire à la constitution ukrainienne et au droit international. C'est non seulement la position de la France, que le ministre des affaires étrangères a rappelée ce matin, mais également celle de tous les membres de l'Union européenne, réaffirmée hier à l'issue de la réunion des chefs d'État et de gouvernements sur l'Ukraine.

Q - Comment cela se trouve-t-il être contraire au droit international ? Il y a le droit à l'auto-détermination...

R - Ce qui se déroule aujourd'hui en Crimée est contraire au droit international. Il y a un risque d'annexion d'une partie d'un État souverain. Il y a eu une violation de la souveraineté ukrainienne et nous avons appelé la Russie à faire revenir ses troupes vers leurs bases permanentes. Cette violation a été condamnée à la fois par la France, à titre national, et par l'Union européenne.

Q - Y a-t-il aujourd'hui en Crimée des troupes russes supplémentaires à celles qui y étaient déjà stationnées ?

R - Il y a une violation par la Russie de son accord bilatéral avec l'Ukraine. La demande que nous formulons est que les troupes russes retournent dans leurs casernes. Nous sommes également préoccupés par les entraves aujourd'hui opposées aux observateurs militaires de l'OSCE en Crimée. Un libre accès doit leur être garanti.

Q - Et si la Crimée dit oui au référendum le 16 mars ?

R - Nous considérons que le référendum est contraire à la fois à la constitution ukrainienne et au droit international.

Q - Vladimir Poutine évoque le cas du Kosovo pour légitimer l'auto-détermination en Crimée.

R - Il s'agit de deux situations très différentes :

- premièrement, au Kosovo, il n'y avait pas de risque d'annexion d'une partie d'un État souverain par un autre État ;

- deuxièmement, une résolution du conseil de sécurité des Nations unies (résolution 1244 du 10 juin 1999) avait impliqué toute la communauté internationale et mis en place sur le terrain, pour de nombreuses années, une administration provisoire des Nations unies ;

- troisièmement, la cour internationale de justice avait été saisie. Elle a rendu en juillet 2010 une décision concluant à la conformité au droit international de la déclaration d'indépendance du Kosovo de 2008.

Q - S'agissant des sanctions à l'encontre de Moscou, de quoi parle-t-on exactement ? M. Laurent Fabius a parlé d' «annulation»... Quelles sont les mesures décidées ou envisagées ?

R - Une première série de mesures a été prise hier par l'Union européenne. La suspension des négociations avec la Russie sur les visas et sur l'accord global a été décidée. Cela va être mis en oeuvre tout de suite. Ensuite, s'il n'y a pas de désescalade, il y aura des mesures additionnelles, notamment des sanctions ciblées. Il peut s'agir de gel d'avoirs et de refus de visas. Nous n'en sommes pas encore là : ce que nous souhaitons, c'est une désescalade. Nous sommes ouverts au dialogue et souhaitons convaincre la Russie qu'il faut apaiser les tensions et privilégier la voie diplomatique.

Q - Quelles sont les possibilités diplomatiques dans les jours à venir pour parler directement avec les Russes ?

R - Il n'y a pas de rencontre prévue à très court terme, mais nous sommes en contact permanent avec les autorités russes. Le dialogue est constant pour trouver une issue diplomatique à cette crise.

Q - Avez-vous une réaction à l'affaire des écoutes téléphoniques du ministre des affaires étrangères estonien et de Mme Ashton ?

R - Je n'ai pas de commentaire à formuler sur des propos qui auraient été enregistrés à l'insu des intéressés.

2 - Liban

Q - Pouvez-vous nous faire un bilan de la réunion du groupe international de soutien ?

R - Nous avons rappelé au Liban notre message : solidarité face à l'impact de la crise syrienne, soutien au président Sleimane et à sa politique de dissociation, et enfin appui au nouveau gouvernement d'entente nationale formé le 15 février.

Trois domaines ont fait l'objet d'avancées concrètes :

- un soutien à l'accueil des réfugiés syriens, avec l'annonce d'une contribution française d'un million d'euros au haut-commissariat aux réfugiés en faveur de l'accueil par le Liban des réfugiés syriens ;

- le soutien aux forces armées libanaises, avec l'initiative conjointe franco-saoudienne pour équiper l'armée libanaise ;

- le soutien à l'économie, avec la création du fonds fiduciaire de la Banque mondiale pour le Liban. Une contribution française de 7 millions d'euros a été annoncée.

Q - Y aura-t-il un suivi ?

R - Oui. Entre les différentes réunions ministérielles, des réunions de hauts fonctionnaires sont prévues.

C'est à l'initiative de la France que ce processus a été mis en place à partir de juillet 2013. Une déclaration présidentielle du conseil de sécurité des Nations unies avait appelé à un soutien ferme et coordonné de la communauté internationale en faveur du Liban. Le groupe international de soutien au Liban a été officiellement lancé le 25 septembre 2013, avec une première réunion ministérielle à New York, sous l'autorité du secrétaire général des Nations unies et en présence du président Sleimane.

3 - Syrie

Q - OĂą en est-on en Syrie ?

R - Nous sommes mobilisés pour favoriser une transition et souhaitons que les discussions puissent reprendre rapidement. Une résolution a été adoptée concernant la situation humanitaire. Elle doit être mise en oeuvre le plus rapidement possible. Il faut que l'accès aux populations permette d'acheminer l'aide humanitaire et de protéger les populations contre les crimes commis par le régime.

Q - Avec le blocage de la situation en Ukraine, ne pensez-vous pas que les Russes seront encore plus intransigeants ?

R - On ne peut pas faire de lien entre les deux. Nous avons réussi à faire voter cette résolution à l'unanimité au conseil de sécurité. C'est la deuxième adoptée sur la Syrie en trois ans. C'est par un dialogue intense, notamment avec la Russie, que nous y sommes parvenus.

La résolution prévoit un mécanisme de suivi. Le conseil de sécurité se réunira dans un mois pour entendre un rapport du secrétaire général des Nations unies et examiner les mesures qui s'imposent.

Nous avons réagi, dès sa publication le 5 mars, au rapport de la commission d'enquête internationale sur les violations des droits de l'Homme en Syrie. Ce dernier porte sur la période du 15 juillet 2013 au 20 janvier 2014, marquée par l'intensification du conflit. Ce rapport, qui s'appuie sur plus de 550 témoignages, dénonce en particulier le recours par le régime au siège de villes et à la famine comme méthodes de guerre, ainsi que les campagnes de bombardements aériens prolongés, à la fois disproportionnées et indiscriminés sur des zones peuplées.

À la suite de la résolution 2139 du conseil de sécurité, ce rapport vient détailler les méthodes abjectes et contraires au droit international humanitaire employées par le régime et que la France a toujours dénoncées. La France se joint à l'appel de la commission d'enquête pour la saisine de la cour pénale internationale. Il est crucial de lutter contre le sentiment d'impunité qui s'étend en Syrie. Dans ce contexte, la France soutiendra au conseil des droits de l'Homme à Genève le renouvellement du mandat de cette commission, dont les travaux sont indispensables pour documenter ces crimes en toute indépendance.

Je signale également les enquêtes des journalistes sur l'utilisation du viol par le régime syrien pour terroriser les populations. Ce travail de vérité est important et montre à quel point le régime syrien ne recule devant aucune méthode. Nous ne renoncerons jamais à ce que la justice passe face à ces crimes.

Q - Il y a des retards dans la destruction des armes chimiques. OĂą en est-on ?

R - La mission conjointe de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques et des Nations unies supervise le démantèlement de l'arsenal chimique syrien. Une réunion s'est tenue récemment à La Haye pour faire un point d'étape. Le conseil exécutif de l'OIAC tient ces jours-ci une nouvelle session. Il y a eu des retards. Nous les avons dénoncés. Il est impératif que la Syrie respecte ses obligations et en particulier l'échéance du 30 juin 2014.

4 - États du Golfe

Q - M. Laurent Fabius vient de rencontrer son homologue du Qatar. Que peut-on en dire ?

R - Il y a, entre nos deux pays, une coopération très étroite. Les deux ministres ont fait le point sur l'actualité internationale et sur la coopération bilatérale.

Q - Une réaction aux tensions diplomatiques entre les pays du Golfe ?

R - Nous avons avec l'ensemble de ces États de bonnes relations et souhaitons favoriser leur dialogue.

5 - Rwanda

Q - Un ex-militaire impliqué pendant le génocide est actuellement jugé. Quel serait l'impact pour les relations entre la France et le Rwanda s'il était jugé coupable ?

R - Dans le respect du principe de la séparation des pouvoirs, je n'ai pas de commentaire à formuler sur une procédure judiciaire en cours.

Pour la France, il ne doit pas y avoir d'impunité. La justice doit passer - pour les victimes, et pour favoriser la réconciliation au Rwanda.

6 - Droit international public

Q - Le principe de compétence universelle va-t-il finir par coûter cher à la diplomatie française ? L'Espagne vient d'y renoncer.

R - Je vous rappelle le principe de la séparation des pouvoirs.

Il y a, en droit français, des obligations internationales issues de traités. Une fois transposés, les traités ont plein effet dans notre droit interne. Ensuite la justice les applique./.

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2. Ukraine - CommuniquĂ© de la prĂ©sidence de la RĂ©publique (Paris, 07/03/2014)

Le président de la République s'est entretenu aujourd'hui avec M. Vitalii Klychko, député, président du parti «Alliance Démocratique Ukrainienne pour les Réformes» (Oudar), et M. Petro Porochenko, député non inscrit, tous deux candidats à l'élection présidentielle qui se tiendra le 25 mai prochain.

Dans les circonstances actuelles, alors que la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine sont remises en cause, le chef de l'État a marqué de nouveau la nécessité pour la Russie d'accepter une solution de sortie de crise, conforme au droit international.

Il a présenté à ses interlocuteurs les efforts de médiation internationale en cours. Il a souligné qu'à défaut de progrès, comme les chefs d'État et de gouvernement de l'UE réunis hier à Bruxelles l'ont décidé, de nouvelles mesures seront prises qui affecteront les relations entre l'UE et la Russie.

Le président de la République a rappelé, par ailleurs, le plein soutien de la France et de l'Union européenne aux nouvelles autorités en Ukraine, ainsi qu'au processus de transition politique et de réforme en cours.

Enfin, le Chef de l'État a marqué l'importance que l'élection présidentielle du 25 mai prochain se déroule de manière transparente et incontestable, sous surveillance internationale. Compte tenu des enjeux, il a appelé ses deux interlocuteurs, comme les autres candidats, à participer au scrutin avec le plus grand sens des responsabilités./.

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3. Ukraine - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères, avec «France Info» (Paris, 07/03/2014)

Q - En Ukraine la situation est donc de plus en plus tendue, la Russie ne cède rien. Est-ce que Vladimir Poutine a gagné ?

R - Non, et notre attitude dans toute cette crise c'est à la fois de faire preuve de fermeté, parce qu'on ne peut pas accepter que l'intégrité d'un pays, en l'occurrence l'Ukraine, soit bafouée et, en même temps d'essayer de trouver les voies du dialogue.

Avant-hier, il y avait eu une certaine désescalade. Lors de la réunion à Paris, on avait fait se rencontrer tout le monde et il y avait une certaine piste qui était trouvée. Mais hier, cela a été l'inverse puisque le Parlement de Crimée a voté l'annexion, si l'on peut dire.

Q - C'est une annexion ce qui se passe actuellement en Crimée ?

R - Il y a de la part du Parlement de Crimée la volonté d'être rattachée à la Russie. Mais cela ne trompe personne. La démarche est évidemment faite en liaison avec les autorités russes. J'ai fait le relevé d'un certain nombre de choses qui convergent et qui ont été faites ces derniers jours. D'abord les soldats Russes en Crimée, puis une décision qui est passée un peu inaperçue - alors qu'elle est très importante - de M. Medvedev, le Premier ministre russe, disant : «on va construire un pont entre la Russie et la Crimée pour franchir le détroit de Kertch». Ensuite, l'appel du Parlement de Crimée. Puis une loi de la Douma disant : «si une région d'un pays étranger vote son rattachement, nous les Russes, on se laissera faire». Enfin, le texte du référendum qui est proposé, qui est totalement inconstitutionnel et illégal en droit international, qui dit : «soit plus d'autonomie, soit le rattachement à la Russie» avec une date qui a été avancée. Tout cela démontre qu'il y a évidemment une manoeuvre.

Q - Une manoeuvre de Vladimir Poutine ?

R - Bien sûr. Je veux être tout à fait clair. Je suis un ami de la Russie et j'ai toujours défendu le partenariat entre la Russie et la France, qui est quelque chose d'historiquement très important et souhaitable. Cela se traduit par l'effort que nous faisons pour la désescalade. Mais le partenariat ne veut pas dire faiblesse et l'amitié ce n'est pas l'aveuglement. Il faut donc être clair et je trouve qu'il est très important que l'Europe soit unie - et c'est le cas - dans cette crise, qui est, peut-être, l'une des plus graves depuis la Guerre froide. Nous travaillons, en particulier, très étroitement avec nos amis allemands - c'est une instruction du président de la République que nous suivons - et nous travaillons aussi avec les Américains.

J'étais hier à Rome pour une conférence sur la Libye, où j'ai vu Sergueï Lavrov et John Kerry et j'y étais avec mon ami Steinmeier, le ministre allemand des affaires étrangères. Il faut que les Européens soient ensemble, c'est le cas.

Q - Et vous vous sentez en phase ! Je vous repose la question très clairement, Monsieur le Ministre, est-ce que la Russie aujourd'hui a annexé la Crimée ?

R - Pas encore de fait, mais elle la contrôle. Elle est présente avec ses militaires et, si le référendum a lieu, son esprit c'est de dire que la Crimée et la Russie c'est la même chose. Il faut bien voir que, au-delà de cette question de l'Ukraine, qui est déjà une question très grave, il y a une question plus générale.

Q - Vous craignez que les Russes aillent plus loin ?

R - Non, pas seulement ça. Mais si une région dans le monde, que ce soit en Europe, en Asie, en Afrique ou ailleurs, peut - parce qu'elle est sollicitée par un pays voisin - décider de changer les frontières et de se rattacher au pays voisin, cela veut dire qu'il n'y a plus aucune stabilité internationale.

Q - C'est ce qui s'est passé en Géorgie il y a quelques années...

R - Oui, et ce n'est pas du tout un bon exemple.

Q - Les Russes contrôlent de fait aujourd'hui l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie ?

R - Et on nous avait dit, à l'époque, que cela ne se passerait pas et cela se passe. Mais il y a une différence - je ne veux pas faire de juridisme - entre le contrôle de fait et le rattachement, c'est-à-dire la disparition d'un pays, le rattachement d'une région à un autre pays. En Géorgie il s'agit de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie et, de fait, les Russes sont restés là alors qu'ils avaient dit le contraire, mais il n'y a pas eu de rattachement de ces deux provinces à un autre pays.

Q - Laurent Fabius vous protestez encore ce matin contre l'attitude de la Russie, disons les choses très simplement, est-ce que ce n'est pas trop tard ? Est-ce que le sort de la Crimée n'est pas scellé ?

R - Non.

Q - Est-ce que vous avez encore des moyens d'empĂŞcher ce qui est en train de se passer aujourd'hui en Ukraine...

R - Oui ! Et c'est la stratégie...

Q - Et lesquels ?

R - ...que nous poursuivons. Hier vous avez vu qu'une première salve de sanctions ont été prises par les chefs d'État ou de gouvernement. Et s'il n'y a pas des résultats très rapides, il y aura alors de nouvelles mesures en direction des responsables et des entreprises russes.

Q - Y compris en visant personnellement Vladimir Poutine ?

R - Cela peut être des gels d'avoirs, cela peut être des annulations ou des refus de visa. Et, si une autre tentative est faite, alors là on entre dans tout à fait autre chose, c'est-à-dire des conséquences graves relatives aux relations entre l'Europe et la Russie.

Q - Qu'est-ce que c'est les conséquences graves ?

R - Cela veut dire que, si un pays agit d'une manière telle qu'il ne respecte pas les frontières et l'indépendance des autres pays - et nous ne sommes pas loin de l'Union européenne -, cela veut dire que l'on ne pourrait pas du tout, compte tenu de cette hypothèse que je ne souhaite absolument pas et on essaie de faire la désescalade, avoir les mêmes relations que nous avions auparavant. Et l'on reviendrait à ce qu'on connaissait il y a de longues années avec les problèmes énormes que cela va poser pour la Russie.

Q - Mais qu'est-ce que cela signifie pour ceux qui nous Ă©coutent, c'est un retour Ă  la Guerre froide ? C'est l'option d'une guerre ? Qu'est-ce que c'est ?

R - Je ne vais pas à la fois plaider pour la désescalade et en même temps citer des exemples apocalyptiques. Mais cela veut dire que, sur le plan économique, évidemment les relations ne pourraient pas être du tout les mêmes. Cela veut dire que ce serait un coup très dur porté à la Russie parce qu'il ne faut pas oublier que la Russie sur le plan économique est une puissance fragile. La traduction de ce qu'ils sont en train de faire c'est une chute massive du rouble et, probablement, un retrait des investissements étrangers en Russie. Hier, les États-Unis ont discuté de la perspective de pouvoir exporter du gaz pour réduire la dépendance énergétique, donc cela veut dire un changement total de nos relations.

Nous n'en sommes pas là, nous voulons à la fois être fermes - parce que ce qui se passe est inadmissible, il faut que les peuples puissent être soutenus - et, en même temps, nous voulons la désescalade.

Q - Vous ne m'avez pas répondu sur des sanctions possibles contre Vladimir Poutine lui-même ?

R - Il y a une première liste de sanctions qui a été prise par les Européens contre dix-huit personnes ukrainiennes proches de l'ex-président Yanoukovitch et les Américains, eux, ont pris une deuxième liste de sanctions qui peuvent viser soit des Russes, soit des Ukrainiens.

Q - Donc, vous n'excluez pas des sanctions contre Vladimir Poutine ?

R - S'agissant d'un dirigeant d'un État, c'est une affaire différente. En revanche, pour tout ce qu'on appelle le milieu proche, c'est tout à fait possible si les Russes ne comprennent pas qu'il faut revenir à une relation normale, internationale.

Q - Je vous pose la question parce que François Fillon par exemple vous reproche, reproche au gouvernement français, de traiter les Russes - je le cite - comme si c'était une sorte de dictature sud-américaine d'un million d'habitants... de mépriser les Russes finalement ?

R - Oui ! J'ai le souvenir, vous l'avez peut-être aussi, de M. Fillon appelant M. Poutine par son prénom et expliquant que tout cela était parfaitement pacifique. Je ne veux pas personnaliser les choses mais je crois que, dans cette affaire, il vaut mieux soutenir son propre pays que d'apporter un soutien à ceux qui sont en train de violer l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

Q - Nous sommes vendredi, les Jeux Paralympiques commencent tout à l'heure à Sotchi, est-ce que vous nous confirmez que le gouvernement français va boycotter la cérémonie d'ouverture de Sotchi ?

R - Nous prenons une attitude qui me paraît très raisonnable. Il n'est pas question de pénaliser les athlètes, car ils ont travaillé dans des conditions très difficiles pour être présents là-bas, ils ont travaillé pendant des mois et il est normal qu'ils puissent concourir. Mais qu'il y ait en plus des ministres français là-bas cela aurait été très inopportun, donc ils ne seront pas là./.

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4. Ukraine - Entretiens de M. Laurent Fabius, ministre des affaires Ă©trangères, avec diffĂ©rents mĂ©dias (Rome, 06/03/2014)

La situation nouvelle est la proposition du parlement de Crimée, qui est sous contrôle, d'organiser un référendum rapidement, c'est-à-dire le 16 mars, dont les questions seraient le choix entre plus d'autonomie et le rattachement à la Russie.

Q - (inaudible)

R - C'est quelque chose de très grave./.

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Si vous admettez le principe qu'une région, dans un pays, en contradiction avec les règles constitutionnelles de ce pays, peut décider de se rattacher à un autre pays, surtout si cet autre pays l'a encouragé à le faire, cela veut dire qu'il n'y a plus de paix internationale ni de frontière assurée. Il faut être très vigilant là-dessus.

Imaginez ce que cela pourrait vouloir dire en Europe : de telles régions, en contradiction avec les règles constitutionnelles et ce que souhaite son gouvernement, décideraient de changer de pays ?

Imaginez ce que cela pourrait vouloir dire en Afrique, au Proche, au Moyen-Orient, en Chine ou ailleurs. Il faut faire très attention à cela./.

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5. Ukraine - Propos liminaire de M. François Hollande, prĂ©sident de la RĂ©publique, lors de la confĂ©rence de presse Ă  l'issue du Conseil europĂ©en (Bruxelles, 06/03/2014)

Mesdames, Messieurs,

Ce Conseil européen était exceptionnel au sens où il avait été convoqué sur un seul sujet - l'Ukraine - et avec un invité lui-même exceptionnel, puisque n'étant pas membre de l'Union européenne, le chef du gouvernement ukrainien. Ce Conseil européen a été aussi exceptionnel dans le contexte dans lequel il s'est déroulé, c'est-à-dire avec trois événements qui ont marqué la journée.

Le premier, c'est l'annonce, par ce qu'on appelle «le Parlement de Crimée», de sa volonté d'être rattachée à la Russie. Le second événement a été l'impossibilité pour les observateurs de l'OSCE - qui justement sont là pour permettre le dialogue et l'apaisement - de parvenir même en Crimée. Et le troisième événement a été, là encore, l'impossibilité pour le représentant de l'ONU de pouvoir faire le travail pour lequel il avait été mandaté par le Secrétaire général. Tout cela a conduit le Conseil européen à prendre plusieurs décisions et la France y a joué tout son rôle.

La première décision, cela a été - et c'était le sens de la présence du Premier ministre ukrainien - de renouveler le soutien de l'Europe à l'Ukraine dans le moment très grave que ce pays traverse :

Un soutien financier, et ce sera, avec le FMI, une aide de plus de onze milliards qui sera mise à disposition de l'Ukraine, permettant, avec des déboursements rapides, de répondre aux besoins les plus urgents.

Il y a également eu une décision d'aide humanitaire par rapport à une population qui a été particulièrement éprouvée pour son alimentation et pour sa santé dans la dernière période.

Enfin il y a la volonté de l'Europe de faciliter le processus de transition, de faire en sorte qu'il puisse y avoir, autant qu'il est possible, un rassemblement autour du gouvernement avec l'ensemble des sensibilités, le respect des minorités et notamment des régions russophones ; l'organisation de l'élection présidentielle le 25 mai qui doit permettre d'avoir un président élu de manière incontestable et ensuite des autorités qui pourront poursuivre le travail de réforme économique qui aura été engagé.

Le Conseil européen a également dit qu'il était disponible - et les États auront à prendre, là encore, des décisions - pour signer les chapitres politiques de l'accord d'association tout de suite. C'est-à-dire que l'accord d'association qui était sur la table et qui avait été proposé - vous vous en souvenez - à Vilnius au président d'alors de l'Ukraine, M. Yanoukovitch, cet accord d'association est prêt, et d'abord dans sa partie politique, à être signé par l'Europe et par les États membres.

Et pour ce qui est du volet commercial de l'accord d'association, il a été demandé à la Commission européenne d'étudier les possibilités d'anticiper certaines mesures.

C'est une décision importante qui a été obtenue dans ce Conseil. Dès lors que le Premier ministre ukrainien en faisait la demande et dès lors qu'il y a aussi le souci que le peuple ukrainien s'exprime souverainement, l'attitude de l'Europe est de dire : «sur la version politique de l'accord d'association, il est possible d'engager plus rapidement la mise en oeuvre». C'est, je pense, un message important.

Cela, c'était la première décision qu'avait à prendre le Conseil européen. Il y en avait une autre qui était de contribuer, autant qu'il est possible, à l'abaissement de la tension, à ce qu'on appelle «la désescalade». Mais au moment où nous nous préparions à faire des propositions, sont intervenus les événements que j'ai cités et qui marquent incontestablement une élévation dans le niveau de la tension.

Le Conseil européen a donc décidé les mesures qui avaient été proposées par le Conseil des ministres des affaires étrangères lundi, c'est-à-dire la suspension des négociations sur les visas, la suspension des discussions sur un nouvel accord de coopération entre l'Union européenne et la Russie et également la suspension de la participation, pour les pays concernés, aux travaux du G8. Ces décisions prennent effet dès aujourd'hui.

Mais l'Union européenne et la France en particulier, nous voulons tout faire pour qu'il puisse y avoir l'ouverture d'un processus de discussion, de négociation, de médiation avec des mécanismes multilatéraux qui ont été d'ailleurs évoqués à Paris hier. Ils l'ont été encore aujourd'hui à Rome, puisqu'il y avait une réunion à laquelle participaient les principaux ministres des affaires étrangères, notamment russe, américain, français et autres, sur la Libye. À cette occasion-là, il y a eu des contacts.

Oui, nous pouvons à tout moment, avec des mécanismes multilatéraux - ce que certains appellent «le groupe de contact» -, rentrer dans une discussion qui devrait permettre, si la volonté existe de réduire la tension, de retrouver les voies d'un dialogue et d'une compréhension de ce que veut le peuple ukrainien et de ce que sont aussi les intérêts - on les connaît - de la Russie, notamment en Crimée, et des intérêts culturels qui existent aussi.

Mais s'il n'y avait pas de progrès dans la négociation, alors il y aurait à prendre de nouvelles décisions et elles ont été d'ores et déjà avancées pour qu'elles soient préparées le cas échéant. Ce seraient les restrictions des déplacements, le gel des avoirs d'un certain nombre de personnes et l'annulation du sommet entre l'Union européenne et la Russie. Les Institutions européennes ont été mandatées pour faire ce travail préparatoire.

Si la Russie prenait de nouvelles mesures qui déstabiliseraient l'Ukraine ou, pour parler plus simplement, mettraient en cause l'intégrité territoriale de l'Ukraine et donc sa souveraineté, alors il y aurait à prendre encore de nouvelles dispositions qui concerneraient les relations entre l'Union européenne et la Russie et qui toucheraient de nombreux secteurs économiques.

Le Conseil européen a évoqué cette gradation : des mesures tout de suite ; des mesures possibles s'il n'y a pas de négociation ; et des mesures éventuelles s'il y a aggravation de la tension. C'est cela la gradation, pour que les uns et les autres soient informés de ce qu'est notre détermination et, en même temps, notre volonté de dialogue et de négociation.

Je veux terminer pour dire qu'il y a la situation en Ukraine mais il y a aussi - vous le savez - les accords d'association qui ont été voulus par la Moldavie et par la Géorgie. Le Conseil européen a décidé que ces accords, déjà paraphés, devraient être signés - avant d'être ratifiés, pour le mois d'août prochain afin qu'il n'y ait aucun doute sur, là aussi, la volonté d'associer ces pays à l'Union européenne comme ils en ont exprimé la volonté. Je suis prêt à répondre à vos questions./.

(Source : site Internet de la Présidence de la République)

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6. RĂ©publique centrafricaine - Remarques Ă  la presse du reprĂ©sentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 06/03/2014)

(en français et en anglais)

Bonjour,

Nous venons donc de tenir des consultations sur la situation en Centrafrique.

Cette réunion a permis à tous les membres du Conseil de s'exprimer sur les recommandations du Secrétaire général pour la Centrafrique, notamment la proposition d'une opération de maintien de la paix, que la France appuie.

Nous avons tous rendu hommage à l'action de l'Union africaine. 6.000 soldats de la MISCA fournissent un travail admirable pour faire cesser les atrocités en Centrafrique.

La France est en soutien de l'Union africaine avec 2.000 hommes de l'opération Sangaris pour ramener l'ordre dans le pays.

Tout le monde l'a dit : grâce à l'action de la MISCA, appuyée par Sangaris, nous avons évité une catastrophe en Centrafrique.

Mais le Secrétaire général l'a indiqué dans son rapport : si le pire a été évité, la situation demeure tragique. La communauté internationale doit donc s'engager davantage. Il faut plus de soldats pour stabiliser un pays qui est aussi grand que la France et le Benelux réunis.

Ce que recommande le Secrétaire général, c'est le déploiement d'une opération de maintien de la paix qui permettra d'augmenter de 30 % les effectifs sur le terrain, mais également de donner les moyens logistiques pour la projection dans l'ensemble du pays ainsi que les capacités civiles pour reconstruire la Centrafrique.

Vous avez tous entendu le ministre des affaires étrangères centrafricain demander au Conseil de sécurité d'autoriser le déploiement d'une opération de maintien de la paix. Je crois que nous ne pouvons pas tourner le dos à cette demande.

C'est pourquoi la France présentera dans les prochaines semaines un projet de résolution qui proposera la création d'une opération de maintien de la paix pour prendre la relève de la MISCA.

Q - (inaudible)... Y a-t-il encore des résistances aux recommandations du secrétaire général et si oui quelles sont-elles ?

R - Il n'y a pas de résistance. Tous les États membres comprennent la nécessité d'une opération de maintien de la paix. Mais il y a des questions car beaucoup de pays n'ont pas d'informations sur le terrain, très peu de pays ont des ambassades sur le terrain. C'est un pays immense. Par exemple, il y a des nuances sur la nature de la menace. Y a-t-il des groupes terroristes arrivants, puisqu'il y a la menace de Boko Haram ? Faisons-nous faces à des groupes de combattants ou des bandits de grand chemin et petits criminels ? Autre question, si on arrête des criminels, qu'allons-nous en faire puisqu'il n'y a pas de prison ? Il y a donc beaucoup de questions. C'est une opération qui est lourde et c'est aussi une opération dans la durée, car il est évident que les Nations unies vont être en République centrafricaine pour longtemps. C'est d'abord la sécurité puis ensuite la reconstruction de l'État.

Q - (inaudible)... it seems that there is a kind of consensus, like you said, it seems there is no resistance. But lately there have been problems on other issues, the tension is high on other issues, do you think it can affect on the way you want to speed things up for the CAR ?

R - I have to see but I don't think so. I think everybody wants to treat this tragedy on its «own merit» if I may say, everybody has been moved by the call of the Central African Republic Minister today.

Q - I understand some countries might want some adjustments on the recommended size of the force, on the ratio of police to troops. Is it going to be possible in the course of negotiations to potentially increase the number of police and have a corresponding reduction in the number of troops or is that not necessarily a good idea ?

R - I don't think it will be in the negotiation. In the beginning we will need a certain amount of forces to restore law and order, to intervene throughout the country, what I call the concept of surge. Maybe later– and that is the reason why I was saying that it is the first time we are trying to have an evolutive approach from the beginning - we will need less soldiers and more policemen./.

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7. Remise des TrophĂ©es des Français de l'Ă©tranger - Discours de Mme HĂ©lène Conway-Mouret, ministre dĂ©lĂ©guĂ©e chargĂ©e des Français de l'Ă©tranger (Paris, 06/03/2014)

Mesdames et Messieurs les Élus,

Chers Amis,

Je suis heureuse que pour la seconde année consécutive, le Petit Journal m'en offre la possibilité - avec la remise de ces trophées aux Français de l'étranger - de saluer une image de ceux-ci plus proche de la réalité que celle que l'on dépeint parfois, partielle, voire irréaliste. Je sais en effet combien, pour les rencontrer au gré de mes déplacements - hier au Canada, demain au Chili puis au Brésil - nos compatriotes et parmi eux ceux qui créent, c'est-à-dire qui donnent une forme à leur destin contribuent au rayonnement de la France dans le monde. Cette soirée m'offre l'opportunité de le rappeler. Je m'en félicite.

Les Français de l'étranger représentent sur le plan démographique l'équivalent de la population de la ville de Paris, établis sur les cinq continents. C'est une communauté plurielle, entreprenante, qui s'est accrue de 4 % l'année dernière. Dans les régions dynamiques, telles que la Chine, le Golfe persique ou le Canada, notre présence s'est renforcée davantage, de l'ordre de 10 %. Pour gagner de l'influence, il faut sortir de chez soi, rappelait le président de la République. Je ne peux que m'en réjouir.

Malgré le contexte économique actuel, la France reste la 5ème puissance économique et commerciale du monde, et le 3ème pays le plus innovant. Elle est la deuxième économie européenne, le sixième exportateur mondial de biens. Elle est au premier rang européen pour l'industrie aéronautique et le nucléaire, au second dans la chimie et au troisième dans l'agroalimentaire.

Alors pourquoi rappeler ces chiffres ? Non pas pour sombrer dans l'autosatisfaction mais tout simplement pour vous convaincre que la France dispose de véritables atouts pour réussir dans un monde globalisé.

Ces atouts sont ceux de la formation, de la productivité et de la créativité. Ils sont aussi ceux de la culture et de la langue, à l'heure où nombre des élites de pays émergents font le choix de notre réseau d'enseignement français, puis ensuite de nos universités en France.

Alors que nous sommes engagés dans un effort sans précédent pour redresser le pays, notre présence à l'étranger constitue un levier d'influence essentiel et un atout pour la France. La mobilisation des Français de l'étranger, des entreprises et de notre réseau diplomatique est ancienne. Il fallait cependant une nouvelle impulsion.

Le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius l'a donnée avec la diplomatie économique, ambition affichée et revendiquée, servie par des outils concrets.

Mais le rôle de nos compatriotes ne se limite pas aux seuls aspects économiques. Il n'y a pas d'un côté la diplomatie économique, de l'autre la diplomatie culturelle, la diplomatie classique. Il y a une seule diplomatie qui vise à faire rayonner la France.

Les pays «gagnants» sont ceux qui s'engagent résolument dans la bataille des idées.

Les pays «gagnants» sont ceux qui s'exportent, et encouragent leurs ressortissants à jouer un rôle de premier plan dans le maillage de la connaissance.

Les pays «gagnants» sont ceux qui ont confiance en l'avenir qu'ils forgent et croient dans les conséquences économiques positives qui en résulteront.

Mon ministère a pour mission d'accompagner ce mouvement et de créer les meilleures conditions pour l'installation et l'épanouissement de nos compatriotes ainsi que la réussite de leurs projets.

On souligne régulièrement la place déterminante, l'impact et le rayonnement de la présence française hors de France. N'en tirons aucune arrogance. Mais tirons-en de la fierté. Croyez-moi, il faut que nous croyions en nous pour changer le regard sur la mobilité internationale des Français. Il a fallu à la fois beaucoup de pédagogie et beaucoup de volontarisme politique pour faire comprendre que l'expatriation n'était pas une «tâche» mais bien une chance pour notre pays. Je sais pour ma part pouvoir compter sur vous pour agir au service de la France, pour porter haut ses valeurs à travers le monde.

Mesdames et Messieurs,

En mettant en avant 7 parcours individuels remarquables, les Trophées des Français de l'étranger organisés par le site «le-petit-journal» contribuent à faire connaître l'indispensable contribution de nos concitoyens hors de France.

Je tiens à remercier Hervé Heyraud ainsi que son équipe pour cette belle initiative. Cette cérémonie nous permet de rencontrer 7 compatriotes engagés dans des domaines aussi divers (et résolument français) que l'art de vivre, l'éducation, l'environnement, l'entreprenariat, l'action sociale ou humanitaire, la culture.

Je vous laisse maintenant découvrir les sept lauréats : 3 femmes et 4 hommes entreprenants, désireux de développer leur savoir-faire dans leur pays d'accueil, de le transmettre également et qui, toujours et quel qu'en soit le lieu, donnent une image de la France que j'aime.

Celle d'une France éprise d'aventure et de curiosité, celle d'une France généreuse et attentive à l'autre.

À Edgar Faure qui disait « voici que s'avance l'immobilisme, nous ne savons pas comment l'arrêter », je dis continuez et surtout ne vous arrêtez pas./.

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