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Déclarations officielles de politique étrangère du 03 mars 2014


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - D√©placement de M. Thierry Repentin en Irlande - Participation de Mme Yamina Benguigui au deuxi√®me Forum des femmes francophones - Libye/Attaque contre le Congr√®s g√©n√©ral national par des manifestants arm√©s - Ukraine (Paris, 03/03/2014)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a fait les déclarations et a répondu à la question suivante :

1 - Déplacement de M. Thierry Repentin en Irlande (3 mars 2014)

M. Thierry Repentin, ministre délégué chargé des affaires européennes, se rend aujourd'hui à Dublin pour y rencontrer son homologue irlandais, M. Paschal Donohoe.

Les échanges porteront principalement sur la préparation du Conseil européen de mars, consacré au climat, à l'énergie et à l'industrie, et sur le renouvellement prochain des institutions européennes.

Ce déplacement permettra également d'évoquer le renforcement des relations économiques bilatérales avec notre communauté d'affaires.

M. Thierry Repentin rencontrera enfin les élèves et l'équipe pédagogique du Lycée français d'Irlande ainsi que des étudiants de Trinity College.

2 - Participation de Mme Yamina Benguigui au deuxième Forum des femmes francophones (Kinshasa, 3-4 mars 2014)

Mme Yamina Benguigui, ministre déléguée chargée de la francophonie et représentante personnelle du président de la République pour la francophonie, participe à partir d'aujourd'hui à Kinshasa au deuxième forum mondial des femmes francophones.

Cet événement réunira des centaines de femmes venues de tout l'espace francophone ainsi que des personnalités politiques de haut rang comme Mme Catherine Samba Panza, présidente de transition de la République centrafricaine, et Mme Aminata Touré, Première ministre du Sénégal.

Apr√®s un premier forum, organis√© √† Paris en mars 2013 sur le th√®me des violences faites aux femmes dans les situations de conflit, ce deuxi√®me forum sera consacr√© au r√īle des femmes dans le d√©veloppement autour de trois ateliers : femmes et √©ducation, femmes et pouvoirs, femmes et paix. Il traitera particuli√®rement de la scolarisation des filles jusqu'√† 16 ans.

Il s'agit d'une priorit√© de notre action diplomatique. Mme Benguigui a demand√© qu'une d√©claration solennelle et sp√©cifique sur les droits des femmes soit adopt√©e par le prochain sommet de la francophonie qui se r√©unira √† Dakar en novembre 2014 sur le th√®me ¬ęFemmes et jeunes : vecteurs de paix, acteurs du d√©veloppement.¬Ľ

3 - Libye - Attaque contre le Congrès général national par des manifestants armés (2 mars 2014)

La France condamne les actes de violence commis à l'encontre du Congrès général national et de ses membres, qui sont les représentants de la nation libyenne. Elle réitère son soutien aux autorités libyennes et au processus de transition démocratique.

La France appelle les Libyens √† rejeter la violence et √† oeuvrer ensemble √† la poursuite de l'√©dification d'un √Čtat de droit, conform√©ment aux principes de la r√©volution du 17 f√©vrier 2011.

4 - Ukraine

Q - Bonjour, la presse russe mentionne que la France livrera bient√īt un navire Mistral √† la Russie, conform√©ment au contrat sign√© par le pr√©sident Sarkozy. Est-ce que cette information correspond √† la r√©alit√©, vu que la Russie s'appr√™te √† r√©aliser une intervention militaire en Ukraine et m√®ne d√©j√† des op√©rations contre la flotte ukrainienne en Crim√©e ?

R - Comme l'a indiqu√© ce matin M. Laurent Fabius en r√©ponse √† une question sur une √©ventuelle suspension de contrats entre la France et la Russie, ¬ęnous n'en sommes pas l√†. Pour le moment, nous essayons de stopper le mouvement russe en Ukraine et d'√©tablir le dialogue¬Ľ./.

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2. Ukraine - Point de presse de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, √† l'issue du Conseil extraordinaire des affaires √©trang√®res (Bruxelles, 03/03/2014)

Ce qui frappe d'abord c'est le diagnostic de beaucoup de mes collègues des affaires étrangères, qui craignent que ce soit la crise la plus grave depuis plus de vingt ans. Donc c'est un sentiment de très grande gravité qui se dégage.

Nous avons décidé d'être fermes. Il a été décidé que les membres européens qui participent au G8 - la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni, - suspendent immédiatement la préparation du G8 de Sotchi. Deuxièmement, s'il n'y avait pas des mesures extrêmement rapides et concrètes de désescalade de la part des Russes, toute une série de contacts serait coupés, avec des décisions précises : l'interruption des discussions sur les visas et des discussions sur l'accord économique.

Comme il va y avoir un conseil européen, sans doute jeudi, s'il n'y a pas désescalade ces décisions seront appliquées. C'est l'aspect fermeté.

Dans le m√™me temps, on souhaite qu'il ait un dialogue qui soit engag√©. Ce qui signifie que les Russes s'y pr√™tent. Du c√īt√© ukrainien notre d√©lib√©ration demande qu'il y ait la prise en compte des minorit√©s. L'√©tat d'esprit g√©n√©ral, avec unanimit√© ce qui est tr√®s important, c'est la fermet√© et, dans la mesure o√Ļ cela est encore possible, la volont√© de dialogue. Mais c'est un sentiment d'une tr√®s grande gravit√© et d'une grande inqui√©tude

Q - Il semblerait qu'il y avait un accord entre Mme Merkel et M. Poutine pour un dialogue dans la cadre de l'OSCE, est-il toujours d'actualité ?

R - Cela n'a pas √©t√© confirm√© du c√īt√© russe.

Q - Quelles mesures concrètes de désescalade ?

R - La premi√®re mesure concr√®te de d√©sescalade, c'est le retrait des troupes russes et l¬Ďacceptation d'une discussion. Maintenant, ce n'est pas la tonalit√© que l'on entend. Pendant nos d√©lib√©rations nous avions des informations qui sont tr√®s inqui√©tantes.

Fermet√© et volont√© de d√©sescalade, pour le moment o√Ļ cela est encore possible.

Q - Le sommet européen de jeudi a été confirmé ?

R - C'est un bruit qui prend de plus en plus de consistance et c'est une décision qui sera prise par M. Herman Van Rompuy avec, nous le souhaitons, la participation des ministres des affaires étrangères.

Q - Cela veut dire que l'on donne deux jours comme ultimatum aux Russes pour retirer leurs troupes ?

R - Il y a des mesures qui sont déjà prises et d'autres sont envisagées et il y a une volonté de désescalade très rapide. S'il y a un sommet européen, il pourra effectivement être ce butoir dans le temps./.

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3. Ukraine - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęBFM TV¬Ľ, √† l'issue du Conseil extraordinaire des affaires √©trang√®res (Bruxelles, 03/03/2014)

Q - Sur les décisions prises.

R - Tous les ministres des affaires étrangères qui ont été réunis ont considéré que c'était la crise la plus grave depuis vingt ans. C'est le sentiment d'une très grande inquiétude. Premier point, nous avons choisi la fermeté, les membres européens qui participent au G8 - la France, l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni - suspendent immédiatement la préparation du G8 de Sotchi.

Deuxième point, en ce qui concerne nos relations avec la Russie. Si, dans les heures qui viennent, il n'y a pas de désescalade, nous déciderons alors de mesures concrètes comme l'interruption des discussions sur les visas et des discussions sur un accord économique. Concrètement cela veut dire que les ponts seront coupés sur beaucoup de sujets.

Nous avons d√©cid√©, et je ne l'avais jamais vu auparavant, de rester en permanence saisis de la question pour voir s'il y avait de nouvelles mesures √† prendre. Parall√®lement, nous souhaitons qu'il ait, dans les meilleurs d√©lais, un sommet europ√©en avec les chefs d'√Čtat et de gouvernement et si possible les ministres des affaires √©trang√®res. Cela c'est la partie fermet√©.

En même temps, nous ne voulons pas rompre avec la possibilité de désescalade, parce que c'est ce que l'on souhaite. Il y a des propositions qui sont faites en direction du gouvernement ukrainien pour qu'il soit inclusif et pour qu'il respecte les minorités. La tonalité générale, suite aux nouvelles que l'on reçoit, c'est que les Russes sont probablement décidés à aller encore plus loin. Il faut que l'Europe soit très ferme et ce sont les décisions d'aujourd'hui.

Q - Le sommet européen prendra-t-il plus de sanctions si dans les heures qui viennent les Russes n'entendent pas le message que vous leur envoyez ?

R - C'est clairement indiqué dans les décisions que l'on a prises. S'il n'y a pas désescalade avant jeudi - jour du Conseil européen extraordinaire - il y aura de nouvelles mesures ciblées qui peuvent porter aussi sur les personnes, c'est-à-dire les dirigeants et leurs avoirs.

Q - Cela veut dire sur Vladimir Poutine et ses proches ?

R - Cela n'est pas encore précisé mais nous avons pris une autre décision. Lors de la dernière réunion des ministres des affaires étrangères européens, des décisions ont porté sur l'ex-président Yanoukovitch et sa bande. Nous avions décidé le principe de sanctions contre eux. Aujourd'hui il a été décidé de mettre en oeuvre ces sanctions contre ces personnages. Des décisions du même ordre pourraient être prises.

Nous souhaitons tous qu'il y ait une solution politique (inaudible) donc il faut manifester cette fermeté et nous avons pris notre décision à l'unanimité mais dans le même temps il faut rechercher la désescalade.

Q - Ce que vous appelez désescalade c'est le retrait de toutes troupes, pas siglées russes ?

R - Oui, au même moment que notre réunion il y avait des bruits concernant un ultimatum des Russes envers les troupes ukrainiennes. Cela n'est pas très facile à vérifier et nous avons demandé des éclaircissements au gouvernement ukrainien.

Nous manifestons notre grande fermeté et aussi notre souhait de désescalade et l'obtention d'une solution politique.

Q - Avez-vous plus d'informations sur le groupe de contact. Est-ce que la France y participera ?

R - Le groupe de contact est d'une des id√©es que nous avons. Mais si nous voulons le dialogue il faut que des gens qui le veulent. Dans ce groupe il pourrait y avoir des repr√©sentants des Nations unies, c'est normal, des repr√©sentants de l'Europe, du groupe de Weimar et les √Čtats-Unis et √©videment il faut que contact soit pris avec les Russes et les Ukrainiens. Cela n'est pas encore fait mais on le souhaite. Si on veut le dialogue il faut qu'il y ait les instruments du dialogue.

Q - Faut-il retourner à Kiev ou aller voir Vladimir Poutine à Moscou ?

R - Ce n'est pas impossible. Mercredi, nous verrons M. Lavrov à Paris qui vient participer à une conférence sur le Liban présidée par le président François Hollande. M. Kerry sera aussi à Paris ce jour-là./.

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4. Ukraine - G7 - D√©claration conjointe des chefs d'√Čtat ou de gouvernement (Paris, 03/03/2014)

Nous, chefs d'√Čtat ou de gouvernement de l'Allemagne, du Canada, des √Čtats-Unis, de la France, de l'Italie, du Japon et du Royaume-Uni, pr√©sident du Conseil europ√©en et pr√©sident de la Commission europ√©enne, unissons nos voix aujourd'hui pour condamner les atteintes manifestes √† la souverainet√© et √† l'int√©grit√© territoriale de l'Ukraine commises par la F√©d√©ration de Russie, en violation de ses obligations en vertu de la Charte des Nations unies et de son accord de 1997 avec l'Ukraine concernant l'implantation de bases militaires. Nous demandons √† la Russie de r√©gler tous ses diff√©rends avec l'Ukraine en mati√®re de s√©curit√© et de droits de l'Homme par des n√©gociations directes et/ou une mission d'observation ou une m√©diation internationales sous l'√©gide de l'ONU ou de l'Organisation pour la s√©curit√© et la coop√©ration en Europe. Nous sommes pr√™ts √† appuyer ces efforts.

Nous appelons également toutes les parties concernées à agir avec la plus grande retenue et à faire preuve de responsabilité afin de réduire les tensions.

Nous notons que les actions de la Russie en Ukraine vont également à l'encontre des principes et des valeurs qui fondent l'action du G7 et du G8. Par conséquent, nous avons décidé de suspendre provisoirement notre participation aux activités liées à la préparation du sommet du G8 prévu à Sotchi en juin, jusqu'à ce que le climat redevienne propice à des discussions constructives au G8.

Nous sommes unis dans notre soutien à la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine, et à son droit de décider de son propre avenir. Nous nous engageons à soutenir l'Ukraine dans ses efforts visant à rétablir l'unité, la stabilité, ainsi que la santé politique et économique du pays. À cette fin, nous appuierons les travaux menés par l'Ukraine avec le Fonds monétaire international pour négocier un nouveau programme et mettre en oeuvre les réformes nécessaires. Le soutien du FMI sera essentiel à l'obtention d'une aide supplémentaire de la part de la Banque mondiale, d'autres institutions financières internationales, de l'Union européenne et de sources bilatérales./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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5. Ukraine - Pologne - Communiqu√© de la pr√©sidence de la R√©publique (Paris, 03/03/2014)

François Hollande s'est entretenu aujourd'hui avec le président de la République de Pologne, Bronislaw Komorowski.

Le chef de l'√Čtat a soulign√© l'importance d'une position unie des Europ√©ens et la n√©cessit√© pour la Russie d'accepter une solution de sortie de crise, conforme au droit international.

Il a rappelé les principes qui devraient guider cette solution : le respect de l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine ; la reconnaissance de la diversité ethnique, linguistique et culturelle de la population ukrainienne ; la préservation de la paix et de la sécurité sur l'ensemble du territoire ; et l'organisation de l'élection présidentielle de manière transparente et incontestable.

Les deux présidents sont convenus de rester en contact étroit, conjointement avec les autres pays européens, afin de favoriser cette solution./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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6. Ukraine - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęRTL¬Ľ - extraits (Paris, 03/03/2014)

Q - Confirmez-vous l'acceptation par Vladimir Poutine de la création d'un groupe de contact, c'est ainsi que l'a appelé le gouvernement allemand, pour tenter de régler la crise ukrainienne ?

R - Mon information, c'est celle que m'a donn√©e mon coll√®gue et ami M. Steinmeier, le ministre allemand, hier soir. Apr√®s la conversation entre Mme Merkel et M. Poutine, Frank-Walter Steinmeier m'a appel√© et m'a dit : ¬ęla proposition a √©t√© faite et on doit en savoir davantage demain matin¬Ľ.

Ce lundi matin, il n'y a pas eu à ma connaissance, d'après ce que m'a dit Frank-Walter, d'acceptation expresse, et, si c'est le cas, ce serait une avancée. Que voulons-nous faire dans toute cette situation très difficile ? D'une part, stopper l'intervention russe et, d'autre part, établir un dialogue - ce sont les deux aspects qu'en permanence nous essayons de faire avancer - et on l'a fait tout le week-end.

Q - De votre point de vue, Laurent Fabius, l'intervention militaire russe a déjà commencée, on note la présence de militaires sans militaire...

R - Malheureusement, la Crim√©e est de fait sous contr√īle russe.

Q - Ce qui est déjà une violation de la souveraineté ukrainienne.

R - Bien s√Ľr. J'ai eu beaucoup de contacts hier, dimanche, ainsi que le pr√©sident de la R√©publique, qui a notamment eu un long contact avec M. Ban Ki-moon. Parmi tous mes contacts, le plus poignant a √©t√© un √©change par t√©l√©phone que j'ai eu avec M. Iatseniouk, Premier ministre ukrainien.

Je lui ai demand√© ce que l'on pouvait faire pour les aider. J¬Ďai trouv√© un homme, et dans sa voix c'√©tait poignant, qui vient d'acc√©der au pouvoir - avec la nouvelle majorit√© - et qui voit que, m√™me si le calme √©tait r√©tabli √† Kiev, son pays fait l'objet d'une intervention ext√©rieure. C'√©tait extr√™mement poignant.

Aussi nous essayons de stopper l'intervention russe et d'autre part de dialoguer.

Q - De la stopper par la diplomatie, c'est la seule arme que nous avons ?

R - Par la diplomatie bien s√Ľr.

Q - Il n'est pas possible d'envisager un soutien militaire à l'Ukraine ?

R - Non. Nous n'en sommes absolument pas l√†. Stopper par la diplomatie cela se d√©cline par trois voies : l'OTAN qui s'est r√©unie et qui a pris un certain nombre de positions. C'est aussi, le G7 - c'est-√†-dire les sept pays les plus riches du monde - qui va publier un communiqu√© et qui reprend les id√©es √©mises par la France. Troisi√®me point, je me retrouve, √† Bruxelles, avec mes coll√®gues des affaires √©trang√®res de l¬ĎEurope. Nous allons prendre des positions de principe, avancer sur un certain nombre de propositions et Mme Ashton, en notre nom, sera √† Kiev demain.

Il y a une convergence de toute la diplomatie - que ce soit le G7, l'UE et l'OTAN - pour essayer de bloquer l'intervention russe, mais, en m√™me temps, d'√©tablir un dialogue, c'est le sens de proposition de m√©diation que nous avons faite. Qui peut mener cette m√©diation ? √áa peut √™tre l'Organisation pour la s√©curit√© et la coop√©ration en Europe, qui est un organisme dont on parle peu mais qui r√©unit tous les pays d'Europe et puis, plus largement, ce sont cinquante-sept pays. Un organisme qui a l'habitude d'envoyer des observateurs - ce qui pourrait √™tre int√©ressant, notamment en Crim√©e - et qui peut jouer un r√īle de m√©diation. Et il peut y avoir ce groupe de contact dont nous avions parl√© avec les Allemands, et on va voir si les Russes l'acceptent ; ou bien √ßa peut √™tre les Nations unies.

Q - Avez-vous vous-même, Laurent Fabius, des contacts avec par exemple avec votre homologue russe ?

R - Oui, bien s√Ľr. Je l'ai eu plusieurs fois au t√©l√©phone et il doit venir en France apr√®s-demain, puisque la France accueillera une r√©union sur le Liban. Nous nous t√©l√©phonons souvent.

Q - L'intégrité de l'Ukraine peut-elle être discutée d'une manière ou d'une autre ou avec la place particulière de la Crimée - beaucoup de bases militaires stratégiques russes...

R - Cette intégrité doit être reconnue.

Q - Mais la Crimée a un statut plus ou moins d'autonomie. Mais fait-elle partie de l'Ukraine ?

R - Si on r√©fl√©chit d'un point de vue historique, c'est toujours la m√™me d√©marche de la part des Russes. Ils consid√®rent que les pays qui, √† un moment ou √† un autre, ont appartenu √† leur empire ne doivent pas √™tre en dehors d'un certain contr√īle. Dans l'affaire de la Crim√©e, ils ont d√©j√† une base √† S√©bastopol et, compte tenu de ce qui s'est pass√© en Ukraine avec le d√©part de Yanoukovitch, ils veulent remettre la main sur la Crim√©e. √Čvidemment, c'est inacceptable du point de vue du droit international. Mais ce que je veux dire c'est que les Ukrainiens, et j'en ai parl√© √† M. Iatseniouk, doivent rassurer, c'est-√†-dire reconna√ģtre la sp√©cificit√© des russophones qui sont tr√®s nombreux en Ukraine et puis donner des garanties.

Q - Vladimir Poutine a obtenu le déploiement des troupes russes...

R - L'autorisation.

Q - L'autorisation, donc samedi par le Sénat russe, jusqu'à la normalisation de la situation politique est-il dit dans la résolution prise par le Sénat...

R - C'est un concept tout à fait flou.

Q - C'est une manière de refuser le gouvernement actuel ukrainien ?

R - Oui. Mais, en même temps, pour avoir moi-même négocié l'accord du 21 février, celui-ci reconnaissait le changement de gouvernement et dans nos conversations avec M. Yanoukovitch...

Q - Que les Russes n'ont pas accepté...

R - √Ä l'√©poque, ils ont accept√© l'accord du 21 f√©vrier mais maintenant, ils disent qu'il n'a pas √©t√© respect√©. Dans nos conversations avec l'ancien pr√©sident, M. Yanoukovitch, le fait qu'il y ait un nouveau Premier ministre - M. Iatseniouk - √©tait √©voqu√© express√©ment, donc cet argument de la part des Russes n'est pas pertinent. Mais c'est toujours la m√™me d√©marche historique, ils n'acceptent pas qu'un pays qui a √©t√© ant√©rieurement sous leur d√©pendance puisse s'√©manciper. Ils disent que la l√©galit√© dans ce pays n'a pas √©t√© respect√©e et ils prennent appui sur cette accusation pour se donner des pouvoirs d'intervenir - on l'a vu en G√©orgie en 2008 et √† l'√©poque on avait dit : ¬ęVoil√† ! Il ne faut pas accepter l'occupation de l'Oss√©tie du Sud et de l'Abkhazie¬Ľ, ils sont toujours occup√©s.

Q - Vladimir Poutine est-il un homme dangereux, Laurent Fabius ?

R - Je ne dirais pas les choses en ces termes. La Russie est un ami, un partenaire historique de la France. Mais il faut respecter les lois internationales, l'intégrité des territoires et l'unité des territoires.

Q - La Russie, aujourd'hui, viole les lois internationales ?

R - Les Ukrainiens ont le droit de choisir leur destin.

Q - La Russie viole, aujourd'hui, les lois internationales ?

R - S'installer dans un pays contrairement au droit international, c'est violer la loi internationale.

Q - La France livre des armements à la Russie il y a notamment des contrats qui concerne des Frégates entre la France et la Russie, allez-vous suspendre ces contrats ?

R - Nous n'en sommes pas là.

Q - C'est paradoxal de livrer des armes à un pays qui viole les lois internationales ?

R - Pour le moment nous essayons de stopper le mouvement russe en Ukraine et d'√©tablir le dialogue. Vous avez vu que la France a √©t√© l¬Ďun des premiers pays √† dire : ¬ęen ce qui concerne le G8, qui lui aussi doit fonctionner selon les lois internationales, nous suspendons notre participation¬Ľ et je pense que les autres pays du G7 vont faire la m√™me chose.

Q - Vous avez l'espoir de stopper cette escalade militaire, Laurent Fabius, ce matin ?

R - Oui !

Q - Vous pensez que la voie de la diplomatie peut apporter quelque chose ?

R - Bien s√Ľr. Je pense que pour la Crim√©e c'est tr√®s difficile parce que, de fait, elle est d√©j√† sous contr√īle russe, mais il faut absolument pr√©server l'int√©grit√© et l'unit√© de l'Ukraine. Et j'ajouterais que c'est l'int√©r√™t de la Russie car celle-ci est tr√®s engag√©e √©conomiquement en Ukraine. Et pour l'Ukraine la situation n'est pas : ¬ę√™tre avec la Russie ou bien avec l'Union europ√©enne¬Ľ. On ne choisit pas entre les deux rives d'un fleuve, la Seine a sa rive droite et sa rive gauche et, l'Ukraine, √ßa doit √™tre la m√™me chose.

Q - John Kerry est à Kiev demain, vous prévoyez d'y aller vous ?

R - John Kerry sera à Kiev demain et il sera à Paris le lendemain. Si c'est utile, je m'y rendrai à nouveau.

Q - Bonjour Monsieur le Ministre, Merci d'être resté avec nous pour répondre aux questions des auditeurs de RTL.

Trouvez-vous normal que depuis plusieurs années maintenant, le quasi-monopole des relations entre l'Union européenne avec l'Est, principalement la Russie et l'Ukraine, soit laissé à un groupe de pays comme la Pologne et les pays baltes dont le tropisme antirusse, pour des raisons historiques, est très clair. Ceci se traduit donc par une approche dangereuse et cela a été le cas à mon sens pour l'accord de Vilnius. Je voudrais donc signaler par exemple que le représentant de l'Union européenne à Moscou est un Letton.

R - Que voulez-vous dire Monsieur, serait-ce que finalement l'Union européenne est tonique sur ces dossiers parce qu'elle est manipulée, en tout cas sous influence d'anciens pays de l'Est du clan soviétique ?

Q - Je veux dire qu'elle d√©l√®gue trop √† des pays qui ont tendance √† voir dans la Russie, pour des raisons historiques, une menace l√† o√Ļ elle n'existe pas forc√©ment. Il en r√©sulte une politique trop difficile. L'absence de tout partenariat, de perspective de tout partenariat strat√©gique avec la Russie.

Et finalement, en Ukraine on en arrive à un conflit.

R - Il faut distinguer deux choses Monsieur.

D'une part, les relations générales que nous Français, nous Européens, devons avoir avec la Russie. J'ai compris votre question, vous avez raison de dire que ces relations, en termes normaux doivent être bonnes. La Russie est un grand pays, c'est un partenaire traditionnel de la France. Géographiquement, historiquement, culturellement et économiquement, il y a toutes les raisons d'avoir des relations avec ce pays et il ne faut pas que ces relations générales soient déséquilibrées.

Historiquement encore, certains pays que vous avez cités ont subi des revers particuliers du point de vue russe, c'est la raison pour laquelle il faut équilibrer ces relations. Ce n'est pas du tout une raison pour accepter que la Russie viole les lois internationales, en l'occurrence qu'il y ait cette intervention dans un pays qui n'est plus un pays russe, c'est l'Ukraine. Lorsque la Russie se livre à ce type d'intervention, et ce n'est pas la première fois car la même chose s'est produite en Géorgie et en Transnistrie, il faut réagir comme nous le faisons.

Q - Mais vous disiez vous-même tout à l'heure Laurent Fabius que cela n'avait rien changé, en l'occurrence pour les deux territoires occupés par les russes à l'époque en Géorgie ?

R - C'est la raison pour laquelle il faut en tirer les leçons. Je me souviens, c'était en 2008, il y avait eu des déplacements et de grandes interventions.

Q - et Nicolas Sarkozy avait été très actif.

R - Et il avait eu raison de l'√™tre. Il y avait eu plusieurs interventions pour dire que nous allions emp√™cher la Russie de mettre la main sur deux provinces de G√©orgie. Si vous allez aujourd'hui dans ces deux provinces, elles sont de fait sous contr√īle russe ; il faut donc √©viter cela.

Pour revenir à la question de l'auditeur, nous devons avoir des relations normales et je dirai même positives, voire excellentes.

Q - Nous ne sommes donc pas sous l'influence des polonais, il n'y a pas de filtre polonais sur la Russie n'est-ce pas ?

R - Nous ne sommes sous l'influence de personne mais ce n'est pas une raison, lorsque la Russie se comporte d'une façon inadmissible, d'accepter ce comportement.

Q - Franchement, que peuvent faire la France et m√™me l'Europe. ¬ęIl y a des mois que vous √™tes spectateurs alors : Pourquoi ne pas reconna√ģtre que M. Poutine est intouchable ?¬Ľ

R - Je ne suis pas de cet avis. Comme on parle de spectateurs, vous vous souvenez peut-√™tre que les 20 et 21 f√©vrier, je suis all√© √† Kiev en Ukraine, avec mes deux homologues allemand et polonais. L√†-bas avaient lieu des massacres. Il y avait un affrontement terrible et sanglant entre d'un c√īt√©, le pouvoir de M. Yanoukovitch, et de l'autre c√īt√© l'opposition. Nous avons discut√© durant des heures, l'Europe dont la France, et au bout du compte, un accord a √©t√© sign√©. Il a permis que la majorit√© soit chang√©e et surtout que les meurtres et les assassinats cessent. Finalement, M. Yanoukovitch a pris ¬ę la poudre d'escampette¬Ľ.

Q - Le sentiment que l'on peut avoir quand même c'est que Vladimir Poutine a finalement attendu la fin des Jeux olympiques de Sotchi et ensuite il a remis la main sur ce qu'il estime lui appartenir.

R - C'est ce que je disais tout à l'heure. Ce type de comportement ne peut pas être accepté. Donc, nous avons raison de réagir. Cela ne veut pas dire déclarer la guerre à la Russie.

Q - Et vous dites que Vladimir Poutine n'est pas intouchable, qu'il ne peut pas faire ce qu'il veut même si c'est le sentiment général ?

R - On ne peut pas être à la fois membre actif du G8, accueillir à Sotchi tout le monde en grande pompe, en avoir le bénéfice et avoir des comportements qui sont contraires à ce groupe que représente le G8.

Q - L'OTAN est intervenue en Serbie pour lib√©rer le peuple kosovare qui avait droit √† son auto-d√©termination. Aujourd'hui, la Crim√©e demande la m√™me chose en fait car historiquement, c'est un √Čtat rattach√© √† la Russie. Je crois que c'est Khrouchtchev en 1954 qui l'a rendu √† l'Ukraine. Donc aujourd'hui, la solution, c'est de faire voter le peuple de Crim√©e pour savoir s'il veut ou non son ind√©pendance ?

R - Je crains que ce soit un peu plus compliqu√© parce qu'il y a des provinces, des r√©gions qui sont √† l'int√©rieur d'une nation. Si chaque r√©gion, √† partir d'un r√©f√©rendum organis√© plus ou moins librement, pouvait d√©cider de sortir d'une nation, vous n'auriez plus l'Espagne telle qu'elle existe aujourd'hui, plus l'Afrique telle qu'elle existe aujourd'hui. Il faut √† la fois concilier la sp√©cificit√© de toute une s√©rie de territoires et en m√™me temps, pr√©server une certaine stabilit√©. Vous ne pouvez pas avoir un ¬ęhappening¬Ľ permanent.

Q - Donc, vous dites non à un référendum d'auto-détermination pour la Crimée.

R - Il y aura au mois de mars une consultation du peuple de la Crimée, cela a été prévu et je ne sais pas d'ailleurs quelle en est la valeur juridique mais cela aura au moins une valeur politique.

Le principe du droit international est d'organiser les nations pour qu'elles puissent exister en tant que telles et, en même temps, qu'elles respectent les spécificités locales. Dans le cas précis qui nous occupe, nous demanderons aux Ukrainiens de prévoir des dispositions pour que la Crimée - qui a une particularité - puisse la voir respectée.

J'irai m√™me plus loin Monsieur, la nouvelle majorit√© ukrainienne a vot√© une loi qui ne reconna√ģt plus, pour √™tre simple, les langues r√©gionales. Cette loi met donc en cause le parler russe √† l'int√©rieur de l'Ukraine. Nous pensons que c'est une erreur. J'ai parl√© hier √† M. Iatseniouk qui envisage de revenir sur cette loi. Lorsque vous avez une situation telle que celle de l'Ukraine o√Ļ beaucoup de gens sont russophones et tr√®s attach√©s √† la Russie, si vous leur donnez le sentiment qu'ils ne peuvent plus parler le Russe, forc√©ment il y a une r√©action.

Il faut à la fois conserver l'unité nationale, et cela vaut aussi pour nous Français, pour les Italiens, pour les Allemands, il faut aussi permettre les spécificités dans les régions./.

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7. Ukraine - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1/i-T√©l√©/Le Monde¬Ľ - extraits (Paris, 02/03/2014)

Q - Dans ce climat de crise en Ukraine, peut-√™tre de guerre, vous √™tes Laurent Fabius tr√®s attendu. Rarement, nous avons √©t√© semble-t-il aussi pr√®s du d√©clenchement d'une guerre civile g√©n√©ralis√©e entre Ukrainiens, d'une confrontation Est - Ouest comme au pire moment de la guerre froide. Et √† nouveau sur ce malheureux continent europ√©en, ces terres de sang qui ont connu les horreurs et les barbaries de la deuxi√®me guerre. Ce dimanche peut √™tre crucial, il y a des journ√©es comme √ßa, vous en avez connues quand vous √©tiez √† Kiev. Les chefs d'√Čtat se sont beaucoup t√©l√©phon√©, Barack Obama Poutine, Fran√ßois Hollande et Poutine pour la deuxi√®me fois en une semaine. Et les ministres des affaires √©trang√®res, vous-m√™me, vous vous √™tes beaucoup parl√©s avec John Kerry aussi et avec le Russe Lavrov, ce sera int√©ressant. Je voulais dire que tout est fait, me semble-t-il encore, pour que l'irrationnel et la brutalit√© de la r√©gion ne nous emporte pas vers de nouvelles violences. Tout d'abord, comment qualifiez-vous la crise qui se d√©roule actuellement entre la Russie et l'Ukraine ?

R - J'ai fait le point juste avant de venir pour participer √† cette √©mission, je vous remercie de m'accueillir. √Čvidemment, la situation est tr√®s pr√©occupante, m√™me si ce matin il semble qu'il y ait davantage de calme sur le terrain. Mais sur le fond, la situation est tr√®s pr√©occupante. Je m'en suis √©videmment entretenu avec beaucoup de coll√®gues, le pr√©sident de la R√©publique a parl√© √† beaucoup de chefs d'√Čtat. La position de la France, que nous souhaitons partager avec nos amis du G7, qui regroupe les principales nations du monde d√©velopp√©, est la suivante. Premier point, nous condamnons l'escalade militaire russe et nous souhaitons que, dans les meilleurs d√©lais, intervienne une m√©diation. Ce pourrait √™tre une n√©gociation soit directement - ce serait la meilleure solution - entre les Russes et les Ukrainiens, soit par l'interm√©diaire des Nations unies ou de l'OSCE. Mais il y a une condamnation claire et nette.

Deuxièmement, les décisions qui ont été prises par nos partenaires russes sont contraires aux principes du G7 et du G8. La position de la France est de souhaiter que soit suspendue la préparation du G8 de Sotchi, qui devait avoir lieu au mois de juin, tant que les partenaires russes ne seront pas revenus à des principes conformes au G8 et au G7.

Et troisièmement, nous soutenons l'intégrité et l'unité de l'Ukraine, nous voulons apporter aux nouvelles autorités tout notre soutien, et en particulier notre soutien économique. Une mission du Fonds monétaire s'y rendra dans quelques jours, et nous souhaitons apporter notre soutien à cette nation en grande difficulté. Voilà, en accord avec le président de la République, les trois principes qui vont guider notre action dans les jours qui viennent, et nous souhaitons que l'ensemble des pays du G7 soit sur la même position.

Q - Quelle est également l'analyse que vous faites sur le terrain, est-ce qu'il y a pour vous un risque d'intervention militaire, que Poutine aille plus loin et envoie effectivement les troupes en Ukraine ?

R - Comme vous le savez, la Chambre haute du Parlement russe a vot√© hier une autorisation donn√©e au pr√©sident Poutine d'intervenir ¬ęjusqu'√† la stabilisation politique¬Ľ, selon la d√©lib√©ration de la Chambre haute. On ne sait pas trop sa signification. Certains disent que d'ores et d√©j√†, il y a eu intervention.

Q -C'est ce que disent les Ukrainiens, vous avez des informations en ce sens ?

R - Ce que nous avons constaté avec nos partenaires, c'est qu'il y a eu plusieurs centaines d'hommes en uniforme, mais sans signaux apparents, qui sont intervenus et ceci est contraire au droit international.

Q - Qui sont ces hommes ?

R - On peut penser qu'en tout cas, ils défendent la cause russe en Ukraine.

Q - Ce sont des Russes de Crimée ou des Russes de Russie ?

R - Je ne sais pas, mais en tout cas il y a désormais une autorisation, une espèce de blanc-seing, qui est donné au président russe. Cette escalade militaire, à laquelle nous assistons, nous voulons évidemment qu'elle s'arrête et nous la condamnons.

Q - Mais pourquoi parle-t-on d'escalade militaire si des soldats russes n'ont pas franchi la frontière, des soldats russes, la frontière pour entrer en Crimée ou dans l'Ouest de l'Ukraine ? C'est-à-dire c'est la prévention que vous faites ou vous constatez qu'il y a déjà intervention militaire ?

R - Je viens de vous le dire, en tout état de cause la Chambre haute du parlement russe a autorisé la possibilité d'une intervention militaire.

Q - Oui mais la Chambre haute, on sait en Russie ce que c'est.

R - Il y a donc une autorisation juridique.

Q - Autrement dit Laurent Fabius, tout dépend aujourd'hui du caractère et des nerfs aussi de Vladimir Poutine et de la pression extérieure. Vous connaissez Poutine, est-ce qu'il est d'un genre impulsif ou est-ce que c'est quelqu'un qui peut perdre son sang-froid ?

R - Je ne me lance pas dans la psychologie. Je crois qu'on est dans une situation o√Ļ il ne faut pas faire d'interpr√©tation au deuxi√®me degr√© ni au troisi√®me degr√©. Simplement, il y a une situation tr√®s s√©rieuse, on pourrait m√™me dire tr√®s grave, et il faut donc essayer d'aller vers la d√©sescalade.

Q - Est-ce que vous comparez cela au précédent géorgien, est-ce que vous conseillez aux Ukrainiens de ne pas répondre aux Russes pour éviter une riposte forte des Russes ?

R - J'ai eu les autorit√©s ukrainiennes au t√©l√©phone, et il y a eu diff√©rents appels. Le Premier ministre Arseni Iatseniouk est sur la ligne que vous dites. Mais c'√©tait avant un certain nombre de d√©cisions russes. De son c√īt√©, Vitali Klitschko a pris une position plus dure, nous n'en sommes pas l√†. Ce qu'il faut, c'est aller vers la d√©sescalade et celle-ci n'est possible que si d'une part, toute une s√©rie de pays prennent une position ferme et nette, c'est celle que je viens de d√©finir ; et si d'autre part nos partenaires russes comprennent - selon l'expression qui est utilis√©e - que s'ils continuent tout cela aura un co√Ľt.

Q - La France n'enverra pas de porte-avions en mer Noire ?

R - Non, nous voulons obtenir une désescalade. Et ceci n'est possible qu'avec une position ferme et en commençant déjà à prendre des dispositions, notamment sur le front politique et économique.

Q - Qu'est-ce que √ßa veut dire ¬ę√ßa aura un co√Ľt¬Ľ ?

R - Par exemple, lorsque la France souhaite que soient interrompus les pr√©paratifs du G8, qui est une enceinte tr√®s importante sur les plans politique et √©conomique, cela entra√ģne toute une s√©rie de cons√©quences. La Russie est traditionnellement notre amie, et nous attendons d'un ami traditionnel autre chose qu'un bruit de bottes.

Q - Justement s'il va plus loin, qu'est-ce qu'on peut faire, qu'est-ce que peut faire la France ou même l'Union européenne s'il franchit le cap ?

R - Nous avons tout à l'heure deux réunions de l'Otan. La Pologne, qui est membre de l'Otan, a demandé - elle en a le droit - une réunion spéciale sur la base de ce qu'on appelle l'article 4 de la charte, parce qu'elle s'estime menacée par ce qui se passe en Ukraine.

Q - Vous partagez cette crainte des Polonais ?

R - Nous participerons √† la r√©union et nous verrons ce que nos amis polonais vont nous dire. Ensuite, il y aura une autre r√©union de l'Otan avec l'Ukraine qui n'est pas un membre de l'Otan, mais avec qui nous avons un partenariat et nous verrons ce que les Ukrainiens nous diront. Demain, il y aura √† Bruxelles une r√©union des ministres des affaires √©trang√®res, √† laquelle je participerai, o√Ļ nous prendrons un certain nombre de dispositions et entretemps nous nous consultons. Pour la seule journ√©e d'hier, le pr√©sident fran√ßais a eu de longues conversations avec les pr√©sidents Poutine et Obama, avec monsieur Barroso et avec Madame Merkel. J'ai eu John Kerry et je suis en contact avec diff√©rents coll√®gues.

Q - Donc vous parlez beaucoup mais pour quelle résultat ?

R - Pour essayer d'avoir une désescalade et d'obtenir cette médiation, la France d'ailleurs est disponible. Et cette médiation, elle peut être faite au niveau des Nations unies, il y a eu également une réunion du Conseil de sécurité. Elle peut être faite au niveau de l'OSCE, elle peut être faite au niveau d'une nation et la France est tout à fait disponible.

Q - Mais les Russes disent sans arr√™t ¬ęon n'accepte pas les m√©diations impos√©es¬Ľ.

R - Les Russes font partie de la communauté internationale.

Q - Est-ce qu'on peut envisager que la Chancelière Merkel et par exemple le président Hollande aillent rencontrer Poutine pour parler face à face avec lui ?

R - Pour le moment ils se sont parl√©s au t√©l√©phone, Madame Merkel et Fran√ßois Hollande se sont parl√©s et ont eu le pr√©sident Poutine. Concr√®tement, la conversation est claire et nette. Du c√īt√© fran√ßais on demande aux Russes s'ils vont envoyer ou non des troupes et s'ils vont retirer ces troupes. La r√©ponse des Russes c'est de dire que les autorit√©s ukrainiennes ne sont pas les autorit√©s l√©gitimes.

Q - Vous les connaissez vous, elles sont légitimes pour vous ?

R - Mais bien s√Ľr que oui. Je suis all√© √† Kiev, avec mes coll√®gues allemand et polonais, pour obtenir une cessation des massacres en Ukraine. Nous les avons obtenues parce qu'il faut se rappeler que la semaine derni√®re, il y avait des dizaines de morts chaque jour.

Q - L'accord que vous avez négocié n'a pas été respecté et a conduit à la destitution du président Ianoukovitch, est-ce que tout ça, vous le reconnaissez ?

R - Ne reprenez pas immédiatement la thèse russe, si vous voulez bien. Nous avons négocié pendant plusieurs heures et nous avons obtenu plusieurs choses à la fois, de l'opposition de l'époque, qui est devenue majorité, et du président Yanoukovitch. Tout d'abord que ce dernier accepte de démissionner, ensuite que l'on revienne à la Constitution de 2004 et, enfin, qu'il n'y ait pas d'utilisation de la violence. Là-dessus, le président Yanoukovitch est parti pour la Crimée et ensuite pour la Russie.

Q - ...Vous lui avez demandé de démissionner ?

R - Non, on lui a demandé d'abréger son mandat, et il a signé un texte disant - alors que son mandat se terminait l'année prochaine - qu'il partait cette année. Ensuite il est parti, il a déserté. Il y a eu un renversement de majorité au Parlement puisque l'opposition est devenue majorité, et il y a eu arrêt des massacres, cet arrêt était absolument essentiel et nous l'avons obtenu. Et l'esprit de ce que nous avons signé a été parfaitement respecté.

Je vais même vous donner une information supplémentaire. Nous avons discuté avec l'opposition, qui est devenue majorité, et avec monsieur Yanoukovitch de qui serait Premier ministre, et le nom de monsieur Iatseniouk est venu dans la conversation. Et donc il était acquis pour les uns et pour les autres, y compris pour monsieur Yanoukovitch, que ce serait monsieur Iatseniouk qui serait nommé Premier ministre. Donc quand on nous dit qu'il n'y a pas de respect de la légalité...

Q - Vous trois, ministres allemand, français et polonais, des affaires étrangères présents dans la médiation, vous avez pu calmer le jeu sur place, apaiser...

R - Et surtout arrêter les massacres.

Q - Nous √©tions l√† ce jour o√Ļ il y a eu 60 √† 70 morts...

R - Il faut aussi faire le tour de l'ensemble de la question et l√†, je fais allusion √† ce que vous disiez √† l'instant. Il faut que du c√īt√© des nouvelles autorit√©s ukrainiennes, il y ait respect de la diversit√© de ce qu'est l'Ukraine.

Q - Ce qui n'est pas encore le cas.

R - Ce qui doit être le cas, car vous savez qu'il y a une partie qui est non seulement russophone mais aussi profondément russophile, et une autre partie qui est plus proche de l'Union européenne. L'Ukraine, c'est notre conception qu'il faut arriver à faire partager, ce n'est pas ou la Russie ou l'Europe, c'est et la Russie et l'Europe.

Q - C'est quoi la solution ? Parce que pour bien comprendre aussi, effectivement vous avez discuté de ça avec vos confrères, mais lorsqu'il y a eu la première conversation entre le président Poutine et le président Hollande, est-ce que le président français a été prévenu du fait que Poutine voulait durcir le ton, est-ce que vous étiez au courant des intentions de Poutine ?

R - Ce que le pr√©sident Poutine et le mon coll√®gue Sergue√Į Lavrov nous ont dit, c'est qu'ils estimaient que la l√©galit√© n'avait pas √©t√© respect√©e. Ils l'ont dit d√®s le d√©but mais ils n'ont pas dit qu'elles √©taient les cons√©quences qu'ils en tiraient. Et nous leur avons dit que les choses ont √©t√© respect√©es.

Q - Mais au fond, si vous permettez, est-ce qu'ils ont tort, de leur point de vue d'√Čtat est-ce qu'ils ont tort ? Parce qu'en Ukraine, les Ukrainiens de Kiev ont pris le pouvoir contre un r√©gime pourri, brutal d'Yanoukovitch.

R - Que tout le monde appelle ¬ęYanoucescu¬Ľ par r√©f√©rence √† monsieur Ceaucescu.

Q - Donc une question tout de suite, est-ce qu'il faut l'accuser de crimes de masse et le traiter comme un criminel de guerre, de criminel ?

R - Il va y avoir la proc√©dure internationale. Mais je reviens si vous voulez bien au point que je voulais souligner. Il faut en m√™me temps que les autorit√©s ukrainiennes respectent la diversit√© et l'unit√©. Nous soutenons l'unit√© et l'int√©grit√© du territoire, mais il faut que cette diversit√© soit respect√©e. La Crim√©e jusqu'ici b√©n√©ficie d'une sp√©cificit√©, il est pr√©vu un r√©f√©rendum pour le 30 mars. Au d√©part, il devait avoir lieu le jour de l'√©lection pr√©sidentielle et il a √©t√© avanc√©. C'est l√† o√Ļ la n√©gociation, la m√©diation peut intervenir et il faut qu'il y ait des observateurs pour voir la r√©gularit√© de ce scrutin. Cela peut para√ģtre paradoxal dans cette situation aussi tendue, mais chacun des Ukrainiens doit se sentir dans un pays o√Ļ il est reconnu.

Q - Est-ce que la Crimée peut avoir le droit à l'autodétermination ?

R - On ne va pas se battre sur des termes juridiques, mais il y a déjà un statut spécifique, et cela doit certainement faire l'objet de discussions.

Q - Et on voit bien que l'Ukraine est coup√©e en 3 morceaux, qui cherchent √† la fois leur l√©gitimit√© et leur avenir. Ce pouvoir ukrainien de Kiev a pris le pouvoir par la force et a pris d'assaut des palais. Pourquoi la France reconna√ģt ce r√©gime ? Pourquoi elle le reconna√ģt, pourquoi n'attend-t-elle pas les √©lections du 25 mai et pour reconnaitre des gens qui auraient une l√©gitimit√© √† ce moment-l√† ?

R - Vos pr√©mices sont inexactes. L'opposition n'a pas pris le pouvoir par la force. Vous avez √©t√© sur place, vous avez vu qu'il y avait des gens √† Ma√Įdan, qu'il y avait aussi des gens qui soutenaient le r√©gime jusqu'au dernier moment et qui √©taient l√† avec des ¬ęsnipers¬Ľpour tuer les gens depuis des toits. Et l'installation du Premier ministre, monsieur Iatseniouk, a √©t√© parfaitement r√©guli√®re.

Q - Pendant que vous n√©gociez votre m√©diation, il y avait des morts sur la place, les snippers tiraient, il y avait en m√™me temps le palais o√Ļ vous √©tiez qui √©tait presque encercl√©, il y avait une menace sur le Parlement, ce n'est pas les conditions les plus libres pour installer une √©quipe l√©gitimement !

R - Oui, je l'ai remarqué.

Q - C'est très bien que vous le disiez ainsi. Mais une fois que nous avons conclu cet accord, la Rada, c'est-à-dire le Parlement qui a été légalement élu s'est réuni et il y a eu un changement de majorité...

R - S'il vous pla√ģt, je veux aller jusqu'au bout. Il y a eu un changement de majorit√©, il y a eu un vote parfaitement l√©gal qui a d√©sign√© monsieur Iatseniouk et ensuite, un certain nombre de ministres ont √©t√© d√©sign√©s. Donc il n'y pas de question de l√©gitimit√©. Ce qui est tout √† fait vrai, c'est que doit avoir lieu une √©lection pr√©sidentielle, qui a √©t√© fix√©e au mois de mai. Et √©videmment cette √©lection pr√©sidentielle, on verra qui est candidat, donnera une l√©gitimit√© forte au nouveau pr√©sident dans le cadre de la Constitution de l'Ukraine.

Q - Et comment vous évaluez l'influence et l'importance de ces groupes extrémistes, même flirtant avec les néonazis dans l'opposition actuellement ?

R - Il reste une certaine influence et celle-l√†, il faut absolument l'endiguer. C'est une raison suppl√©mentaire pour soutenir la majorit√© ukrainienne. J'ajoute un dernier √©l√©ment mais je ne veux pas qu'on soit trop technique, c'est que parfois on dit ¬ęmais le gouvernement de monsieur Iatseniouk ne r√©unit pas l'ensemble du spectre politique¬Ľ. D'accord, mais qui refuse de rentrer dans le gouvernement ? C'est le Parti des r√©gions qui est le parti pro-russe. Donc on ne peut pas √† la fois refuser d'entrer dans un gouvernement et dire ensuite ¬ęqu'il n'est pas suffisamment l√©gitime puisque nous avons refus√© d'y entrer¬Ľ.

Je répète la position française. Tout d'abord condamnation de l'escalade et volonté de médiation, et la France est disponible. Deuxième point, nous demandons la suspension des préparatifs du G8 et enfin soutien à l'unité et à l'intégrité de l'Ukraine avec un appui économique.

Q - Les peuples d'Europe sont inquiets, comme les dirigeants de l'Europe, et je pense que vous avez constat√© qu'aucun citoyen europ√©en n'a envie de mourir ou pour S√©bastopol ou pour Kiev. Un de vos illustres pr√©d√©cesseurs Claude Cheysson avait dit ¬ęnaturellement, nous ne ferons rien¬Ľ apr√®s le coup d'√Čtat en Pologne. Vous, s'il y a une intervention militaire en Ukraine, y a-t-il une r√©ponse militaire ?

R - Aujourd'hui, nous ne sommes pas dans cette hypothèse, je vous ai dit que nous souhaitions une désescalade et que nous prenions des dispositions pour cela, aussi bien sur le plan diplomatique -arrêts des préparatifs pour le G8 et le G7 -, sur le plan économique pour aider l'Ukraine et aussi en disant ce que nous avons à dire aux Russes et en même temps en appelant à une médiation.

Q - Alors justement par rapport √† la graduation de la riposte, on voit les √Čtats-Unis et le Canada qui disent ¬ęnous, on veut boycotter compl√®tement le Sommet du G8¬Ľ. Vous vous dites... la France dit ¬ęon va suspendre les travaux¬Ľ, est-ce que ce n'est pas une r√©ponse un peu tendre en fait ?

R - Non. Nous avons une position que nous souhaitons être partagée par nos collègues, vous les avez cités, les Américains, les Canadiens et d'autres, tous les membres du G7. Le G8 et le G7 ont un certain nombre de principes et de valeurs, et celles-ci sont tout à fait contradictoires avec ce qui se passe en Ukraine. Et donc nous disons : tant que les Russes ne sont pas revenus à une attitude plus conforme à ces valeurs, nous allons suspendre les préparatifs. Nous souhaitons du même coup qu'ils y reviennent.

Q - Mais est-ce que ça peut aller jusqu'au boycott ? Est-ce que la France peut finalement envisager de ne pas être absente, de le dire... de ne pas être présente au sommet ?

R - Non mais, un G8 dont sept membres sont absents...

Q - Et un G8 qui serait chargé de faire la paix ?

R - Non, ce n'est pas le r√īle du G8. Et en plus, le G8 aura lieu en juin. Alors que la m√©diation dont je parle, et que je souhaite, peut √™tre faite soit par le secr√©taire g√©n√©ral des Nations unies ou un de ses envoy√©s, soit par l'OSCE, soit par d'autres. Nous-m√™mes pouvons y contribuer, aujourd'hui nos amis Britanniques sont sur place, il y a toute une s√©rie de possibilit√©s, si on veut avancer. Mais pour √ßa, il faut qu'il y ait une volont√©. Elle existe de notre part.

Q - Quelle architecture finale pour l'Ukraine ? Est-ce qu'on reste dans le cadre actuel ? Quelle est votre vision ?

R - Ce qui est souhaitable ce n'est pas à moi de le définir, c'est aux Ukrainiens de le définir. La démocratie, ce n'est pas un vain mot. Il est souhaitable d'avoir l'unité, - cela veut dire que l'Ukraine doit rester un pays, et non pas être disloqué -, l'intégrité et en même temps, le respect des diversités. Il y a évidemment là-bas des diversités : vous avez parlé de la Crimée, mais on peut aussi parler de l'est, que ce soit Kharkov ou Donetsk. Et puis il y a aussi une spécificité d'un certain nombre de territoires qui sont à l'ouest. C'est une des difficultés, mais faisons attention : c'est un problème plus général. Je ne veux pas faire de la philosophie politique à partir de ce cas dramatique, mais si à chaque fois qu'il y a une diversité dans une nation - et celle-ci évidemment comporte, pour des raisons historiques, beaucoup de diversité - on met en pièces la réalité de la nation, à ce moment-là, il n'y a plus de paix possible.

Et ça joue aussi dans d'autres pays : d'une manière tout à fait différente, c'est une situation que l'on peut retrouver en Afrique ou ailleurs.

Q - Pour répondre à la diversité, est-ce que l'idée d'une fédération avec trois régions autonomes n'est pas une idée qui peut progresser vers l'unité, et en même temps qui serait garantie par les grandes puissances ? Mais vous avez parlé de médiation : quand vous l'avez dit, ou quand le président Hollande l'a dit à Poutine, comment a-t-il accueilli l'idée, premièrement ? Et est-ce que la médiation est une forme d'ouverture ?

R - Oui, bien s√Ľr. Nous sommes dans une situation de tension, et le risque c'est d'aller vers une escalade militaire encore plus grande.

Q - Et la médiation, c'est la culture de Poutine ?

R - √Čcoutez, l√† encore, je ne fais pas de psychologie. Il faut voir quel est le co√Ľt de chaque d√©cision. Et je pense que la Russie, qui est un grand pays, qui a une vision mondiale, doit prendre tout √ßa en consid√©ration.

Q - Et l'Allemagne et Vladimir Poutine vont recevoir Madame Timochenko. Et la France ?

R - J'ai eu Madame Timochenko au téléphone il y a trois jours et je crois avoir été un des premiers à l'appeler. Vous savez qu'elle se fait soigner, parce que sa situation est difficile du point de vue physique. Elle a beaucoup apprécié que je me mette en rapport avec elle, au nom du président Hollande et en mon nom. De la même façon j'avais eu Monsieur Klitschko et très souvent Monsieur Iatseniouk. Mais on va voir ce que les choses donnent. Madame Timochenko a exercé des responsabilités importantes dans le passé et vous savez dans quelles conditions elle a été emprisonnée ensuite. Pour le reste, nous allons voir.

Q - Ça sera un retour en arrière.

R - Ne pas porter de jugement. Disons que, en tout cas, j'ai eu un contact avec elle, et puis on va voir ce qui se passe. Nous n'allons pas nous substituer aux Ukrainiens, il faut quand même être cohérent.

Q - Qu'est-ce que vous dites aux Ukrainiens... ?

R - Si on veut que d'autres ne se substituent pas aux Ukrainiens, il faut en faire de même.

Q - Qu'est-ce que vous demandez aux Ukrainiens de Kiev ?

R - Aux Ukrainiens de Kiev, et au pouvoir représenté par Monsieur Iatseniouk, d'être à la fois unis, de mettre en oeuvre un certain nombre de réformes - ils le savent, le discours d'investiture de Monsieur Iatseniouk était extrêmement courageux. Et en même temps, nous sommes prêts à les aider, notamment sur le plan économique, puisque la situation était dramatique.

Q - Aide économique, c'est une plaisanterie ?...

R - Ce n'est pas du tout une plaisanterie !

Q - L'Europe promet 600 millions, c'est rien face aux 12 ou 15 milliards de dollars que peuvent donner les Russes.

R - Mais ce que vous appelez une plaisanterie, c'est peut-√™tre le fond du sujet. L'int√©r√™t des Russes n'est certainement pas que l'Ukraine soit dans une situation de d√©sastre √©conomique. Les banques qui sont le plus engag√©es, √† hauteur de 20 √† 30 milliards d'euros, sont les banques russes. Les oligarques des deux c√īt√©s ont des int√©r√™ts crois√©s. Donc tout ce qui peut am√©liorer la situation de l'Ukraine est non seulement positif pour les Ukrainiens -il faut d'abord penser √† eux -, mais aussi pour l'Europe et aussi pour la Russie ! Donc ce n'est pas du tout une situation mineure.

Q - Alors nous avons √©t√© peut-√™tre un peu longs sur l'Ukraine, mais aujourd'hui c'est tout √† fait normal parce qu'on est au bord d'on ne sait quoi. Est-ce que vous excluez qu'on en revienne, de la part du Kremlin, √† l'√©poque o√Ļ ils envoyaient les chars √† Prague, √† Varsovie, √† Budapest ? Vous l'excluez, √ßa ?

R - Il y a une phrase de L√©on Blum qui me sert souvent de r√©f√©rence : ¬ęje le crois parce que je l'esp√®re¬Ľ.

(...)./.

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8. Ukraine - Communiqu√©s de la pr√©sidence de la R√©publique (Paris, 02/03/2014)

Paris, 2 et 1er mars 2014

1/ONU

Le président de la République s'est entretenu aujourd'hui avec le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon, de la situation en Ukraine.

Le président de la République a rappelé sa très vive inquiétude concernant les risques d'escalade militaire à la suite de la décision du conseil de la Fédération de Russie d'autoriser l'envoi de troupes en Ukraine.

Il a évoqué avec le Secrétaire général des Nations unies les principes qui doivent guider une solution à la crise actuelle : le respect de l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine ; la reconnaissance de la diversité ethnique, linguistique et culturelle de la population ukrainienne ; l'organisation de l'élection présidentielle de manière transparente et incontestable.

Le président de la République a encouragé le Secrétaire général des Nations unies à poursuivre également ses efforts en ce sens./.

2/√Čtats-Unis/UE

Fran√ßois Hollande s'est entretenu ce soir avec Barack Obama, Herman Van Rompuy et Angela Merkel sur la situation grave et inqui√©tante que conna√ģt l'Ukraine.

Face aux risques d'escalade liés à la décision du conseil de la Fédération de Russie d'autoriser l'envoi de troupes russes, le président de la République a marqué l'importance d'une position commune, fondée sur le respect de l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine, le soutien au gouvernement ukrainien chargé de conduire le processus électoral, et la reconnaissance des droits des différentes communautés en Ukraine, comme des liens qui lient la Russie à ce pays.

Le président de la République s'est également entretenu avec Vladimir Poutine. Il lui a fait part de sa très vive préoccupation et l'a appelé à éviter tout recours à la force ainsi qu'à chercher avec la communauté internationale une solution de sortie de crise./.

3/ Pologne

Le président de la République s'est entretenu aujourd'hui avec M. Donald Tusk, Premier ministre de Pologne. Ils ont partagé leur plus vive inquiétude à la suite de la décision du conseil de la Fédération de Russie d'autoriser l'envoi de troupes russes en Ukraine, qui fait peser des menaces réelles sur l'intégrité territoriale et la souveraineté de l'Ukraine.

Le président de la République a estimé que tout devait être fait pour éviter une intervention extérieure et les risques d'une escalade éminemment dangereuse.

Le président de la République a salué l'action commune de la Pologne de l'Allemagne et de la France pour sortir de cette crise. Il a appelé à une action européenne rapide et coordonnée lors du prochain Conseil des affaires étrangères le 3 mars prochain./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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9. Ukraine - D√©claration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res (Paris, 01/03/2014)

Dans la crise ukrainienne, la France s'efforce de promouvoir une solution politique qui serve les intérêts du peuple ukrainien et préserve l'intégrité territoriale et la souveraineté du pays.

La France est vivement préoccupée par les informations provenant de Crimée, qui font état de mouvements significatifs de forces armées.

Nous appelons les parties à s'abstenir d'actions susceptibles d'alimenter les tensions et de porter atteinte à l'intégrité territoriale de l'Ukraine.

Tout doit être fait pour parvenir à une résolution politique de cette crise. À cette fin, nous sommes en concertation étroite avec les autorités ukrainiennes et russes ainsi qu'avec nos principaux partenaires./.

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10. Ukraine - Intervention du repr√©sentant permanent de la France aupr√®s des Nations unies (New York, 01/03/2014)

Madame la Présidente,

Depuis le début de la crise actuelle, la France a oeuvré à une solution qui permette la stabilisation de l'Ukraine. Une Ukraine démocratique, respectueuse des droits de toutes les communautés et membre de la grande famille européenne. C'était le sens des efforts de médiation conduits par les ministres des affaires étrangères de la République fédérale d'Allemagne, de Pologne et de France. C'était le sens de l'accord du 21 février auquel à l'époque la Fédération de Russie avait d'ailleurs refusé d'apporter son soutien.

Il ne s'agit pas aujourd'hui d'une querelle g√©opolitique d'une autre √©poque. Il ne s'agit pas aujourd'hui d'exiger de l'Ukraine que ce pays choisisse entre l'Est et l'Ouest. Ce serait contraire √† toutes les valeurs qui ont fond√© l'Union europ√©enne, dont l'existence repose pr√©cis√©ment sur le refus de revenir √† des pratiques d'un autre √Ęge qui ont conduit notre continent √† deux d√©sastres en un si√®cle.

L'autorisation donnée par le conseil de la Fédération de Russie de déployer des troupes en Ukraine pourrait se révéler, si elle était suivie d'effets, une menace pour l'intégrité territoriale de ce pays et serait un développement dangereux pour la paix.

Dans la crise ukrainienne, la France s'efforcera de trouver une solution politique qui serve les int√©r√™ts du peuple ukrainien et pr√©serve l'int√©grit√© territoriale et la souverainet√© du pays. Nous appelons donc toutes les parties √† la retenue et √† faire preuve de responsabilit√©. Nous demandons aux autorit√©s ukrainiennes de prendre toutes les mesures n√©cessaires pour assurer la paix civile, la coexistence entre les communaut√©s, relever le pays et tenir compte des pr√©occupations de la F√©d√©ration de Russie. Nous attendons de tous les voisins de l'Ukraine qu'ils l'aident dans ces t√Ęches difficiles.

La France et l'Union européenne se tiennent prêtes à contribuer à un règlement pacifique de la crise. Le président de la République française a appelé à une action rapide et coordonnée de l'Union européenne, qui sera prise lors du Conseil des affaires étrangères du 3 mars prochain.

Je vous remercie./.

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11. Ukraine - D√©claration du porte-parole du minist√®re des affaires √©trang√®res (Paris, 28/02/2014)

Le ministre s'est entretenu ce jour avec le Premier ministre de transition, M. Iatséniouk, avec les principaux dirigeants de la nouvelle majorité ainsi qu'avec le ministre russe des affaires étrangères, M. Lavrov.

Le ministre a souligné notre attachement aux principes d'unité et d'intégrité territoriale de l'Ukraine. Alors que la situation en Crimée reste préoccupante, il a appelé l'ensemble des parties à adopter une attitude de modération. Il a rappelé que la stabilité politique de l'Ukraine passait aussi par la prise en compte de la diversité du pays, y compris linguistique./.

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12. R√©publique centrafricaine - Discours de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, devant les troupes engag√©es dans la force SANGARIS (Bangui, 28/02/2014)

Messieurs les Ministres,

Monsieur le Chef d'état-major,

Mon Général,

Messieurs les Sous-Officiers, Officiers, Soldats,

Je veux d'abord saluer votre action. C'est le sens de ma présence ici. Vous êtes en Centrafrique depuis trois mois, en tout cas l'opération SANGARIS, elle, a été décidée depuis trois mois.

Vous menez cette intervention avec efficacité, avec professionnalisme, avec courage, avec dévouement. Et au péril de votre vie.

J'étais là, le 10 décembre, ici parmi vous. Deux de vos camarades, Nicolas Vokaer et Antoine Le Quinio, étaient tombés. Je m'étais incliné devant leur dépouille. Et je tiens, une fois encore, à leur manifester ma reconnaissance et celle de la Nation, ainsi qu'au Caporal Damien Dolet, décédé accidentellement le 23 février. Je pense aussi à tous les blessés de l'opération et aux familles concernées.

Votre mission, elle est claire, elle a été fixée par le Conseil de sécurité des Nations unies, c'était le 5 décembre : protéger les civils dans un pays qui est déchiré par des violences, souvent interreligieuses. La mission, c'est de participer à la restauration de l'ordre public et de permettre une transition vers la démocratie.

D'ores et d√©j√†, des milliers de vies, je dis bien des milliers de vies, ont √©t√© sauv√©es gr√Ęce √† vous. Vous avez r√©pondu √† une situation d'extr√™me urgence, celle que j'avais moi-m√™me relev√©e le 5 d√©cembre. Il n'y avait plus, en Centrafrique, ni arm√©e, ni police, ni justice, ni √©cole. Les actions, ou plus exactement les exactions se multipliaient. La veille m√™me de notre intervention, les massacres avaient fait 1.000 morts, 1.000 morts dans la capitale. Voil√† ce qu'√©tait la r√©alit√© au moment o√Ļ j'ai d√©cid√©, aux c√īt√©s des Africains, avec le mandat des Nations unies, de faire cette op√©ration SANGARIS.

Depuis trois mois, des progr√®s consid√©rables ont √©t√© constat√©s et notamment dans la capitale, o√Ļ la situation, √† Bangui, s'est significativement am√©lior√©e.

Il y a certes beaucoup à faire encore, parce que de nombreux Centrafricains sont dispersés sur le territoire, parce que le désarroi est encore grand, parce que des populations ont été obligées de connaitre l'exode, parce que des bandits terrorisent encore les populations, notamment musulmanes.

Mais il y a, et c'est le sens même de votre action depuis 3 mois, des avancées qui ont été accomplies. Il y a quelques jours, le Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a appelé une mobilisation encore plus grande pour la Centrafrique. Avec le ministre des affaires étrangères, avec le ministre de la défense, j'ai décidé de répondre à cet appel, en portant le volume de nos troupes à 2000. Et je sais que les renforts viennent ici d'arriver, je les salue.

Pourquoi cet effort supplémentaire ? Parce que nous avons besoin de présence, de présence à Bangui, de présence partout sur le territoire centrafricain. Parce que nous devons aussi montrer l'exemple, c'est cela la France.

Elle doit toujours être en avance par rapport à d'autres. Montrer l'exemple, d'abord vis-à-vis des Africains, avec lesquels vous êtes en opération, ils sont 6000, dans le cadre de la MISCA, avec les Européens qui vont vous rejoindre à la fin du mois de mars, ils seront 1.000.

Il √©tait important, comme chef d'√Čtat, comme chef des arm√©es, que je puisse donc d√©cider ce d√©ploiement. Il y aura, si l'on fait le total, entre la MISCA, SANGARIS et les Europ√©ens, 9.000 soldats qui seront pr√©sents en Centrafrique √† la fin du mois de mars.

Quel est maintenant notre objectif ? C'est de s√©curiser non seulement la capitale, mais l'ouest du pays, o√Ļ s√©vissent encore des milices, particuli√®rement dures, et o√Ļ nous devons tout faire pour les d√©sarmer. √Ä cet √©gard, la visite que je viens d'effectuer du d√©p√īt d'armes et de munitions, qui ont √©t√© r√©cup√©r√©es par vous, cette visite est impressionnante. Une tonne de munitions, chaque jour, est r√©cup√©r√©e, c'est-√†-dire autant de moyens √īt√©s √† ceux qui veulent les utiliser.

Nous devons continuer à désarmer, et également à assurer sur cette route, qui va de Bangui vers le Cameroun, une sécurité permettant l'approvisionnement de la population. Bangui, l'ouest, cette liaison, le désarmement, et à l'est et au nord nous devons faire cesser, lorsqu'ils existent, des règlements de compte, rétablir l'autorité du Gouvernement, lui permettre d'engager le dialogue et éviter qu'il y ait la moindre tentation de partition à l'est de la Centrafrique.

Quel est l'objectif aussi ? C'est de lutter contre tous les ennemis de la paix, sans distinction, notamment ceux qui pillent, qui volent, sous prétexte de se défendre.

Nous voulons aussi qu'aucune impunit√© ne puisse exister, qu'aucun crime ne soit impuni. C'est pourquoi une commission d'enqu√™te internationale des Nations unies sera bient√īt en place. La Cour p√©nale internationale a √©galement annonc√© qu'elle ouvrirait une enqu√™te pr√©liminaire sur les exactions qui ont √©t√© commises en R√©publique centrafricaine.

Votre mission prend aujourd'hui une nouvelle dimension √† mesure qu'elle avance, √† mesure qu'elle r√©ussit. Le 25 f√©vrier dernier, le parlement de la R√©publique fran√ßaise a autoris√©, et je remercie les d√©put√©s, les s√©nateurs, qui ont partag√© ce choix, la prolongation de votre action conform√©ment √† l'article 35 de la Constitution. Ce qui signifie que la Nation toute enti√®re vous a renouvel√© sa confiance pour remplir la t√Ęche, cette t√Ęche pr√©cieuse, immense, qui est de sauver un pays et des vies humaines.

Votre action est à la fois, sécuritaire et humanitaire. Il y a aujourd'hui des milliers de réfugiés dans les pays voisins, on parle de 250.000 Centrafricains. Il y a plus de 800.000 déplacés, 400.000 dans la capitale ont besoin de soins médicaux d'urgence et d'aide alimentaire et, d'ailleurs, je saisis cette occasion pour lancer un appel à l'ensemble de la communauté internationale, pour qu'elle puisse apporter toute l'aide qui est nécessaire sur le plan humanitaire.

Gr√Ęce √† vous, les agences des Nations unies, les organisations non gouvernementales, que je salue, peuvent agir et apporter √† la population ce dont elle a besoin. Des √©coles ont pu rouvrir, il faudra poursuivre d'ailleurs cette action. Le lyc√©e fran√ßais lui aussi peut accueillir des √©l√®ves. Tous les services sont en passe, progressivement, de pouvoir √™tre utilis√©s. La prison, car il faut des prisons, a pu l√† encore √™tre de nouveau ouverte, si je puis dire, c'est-√†-dire ferm√©e pour celles ou ceux qui commettraient des exactions.

Voil√† l'engagement qui est le v√ītre. Nous devons √©galement avoir avec la pr√©sidente Mme Samba-Panza que je rencontrerai tout √† l'heure, l'objectif de r√©tablir l'autorit√© de l'√Čtat. Quel √Čtat me direz-vous, d√®s lors qu'il avait disparu, pas simplement depuis des mois, peut-√™tre m√™me depuis des ann√©es, ce qui explique l'√©tat de violence, de d√©nuement que vous pouvez rencontrer dans les contacts avec la population.

Nous devons aussi permettre √† cet √Čtat de pouvoir se reconstituer, fournir les services qui sont attendus, avoir les moyens, y compris financiers, de remplir sa mission et de faire venir, revenir, cette population qui s'est enfuie au Cameroun, au Tchad, en R√©publique d√©mocratique du Congo, c'est notre objectif.

Je voulais vous adresser un message en revenant ici. Il y a trois mois, c'était pour donner le sens de notre action, et pour dire à un moment particulièrement tragique combien nous étions derrière vous pour mener cette opération.

Trois mois apr√®s, je reviens apr√®s des progr√®s significatifs qui ont √©t√© accomplis gr√Ęce √† vous, je reviens avec des autorit√©s de transition qui sont nouvelles et qui ont besoin de notre appui, je reviens √† un moment o√Ļ les Europ√©ens vont nous rejoindre, o√Ļ la MISCA va prendre toute sa place et toute sa mesure, mais je reviens surtout pour vous adresser ce message, il est tout simple : nous sommes fiers de ce que vous faites ici, en Centrafrique, au nom de la communaut√© internationale.

Vous-mêmes, vous pouvez être fiers de ce que vous réalisez, vos familles qui nous regardent en ce moment peuvent être également fières de ce que vous faites pour les plus démunis, les plus fragiles, les plus pauvres du monde et la France toute entière peut être fière de ce que, à travers vous, elle accomplit au service de la paix, de la communauté internationale et au-delà même de la Centrafrique - son rétablissement, sa sécurité sont un enjeu -, un défi pour l'ensemble de la région.

Voilà pourquoi la France peut être saluée partout dans le monde pour ce qu'elle fait et pour les valeurs qu'elle porte. Je vous exprime ici ma gratitude en vous disant, vive la République et vive la France./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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13. R√©publique centrafricaine - Discours de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique, devant les autorit√©s religieuses du pays (Bangui, 28/02/2014)

Madame la Présidente,

Je vous remercie pour votre accueil, ici en Centrafrique, et pour les mots que vous avez bien voulu prononcer √† l'√©gard de mon pays, qui s'est montr√©, non seulement solidaire du v√ītre, mais conscient de la responsabilit√© qui √©tait la sienne dans ce moment particulier. Car, si nous n'√©tions pas intervenus, c'est vrai que les violences auraient d√©g√©n√©r√© et que ce sont des massacres, qui √©taient d√©j√† √† l'oeuvre, qui se seraient multipli√©s.

Je veux saluer les repr√©sentants des cultes, ici, en Centrafrique. C'est vrai que c'est la troisi√®me fois que je les rencontre. La premi√®re c'√©tait dans un a√©roport, celui de Bangui, la seconde c'√©tait √† l'√Člys√©e et la troisi√®me c'est ici, √† l'√©v√™ch√©, dans un site qui est non seulement merveilleux pour la vue qu'il nous offre, mais surtout merveilleux pour l'esprit qu'il porte, puisque c'est l√† que des milliers de r√©fugi√©s se sont mass√©s pour √™tre prot√©g√©s. Notamment des musulmans, qui ne savaient o√Ļ aller et qui ont donn√© le plus beau message de confiance et de fraternit√©, c'√©tait de venir l√†, dans cette mission catholique, pour √™tre s√Ľrs qu'il ne leur serait fait aucun mal.

La France est donc intervenue - c'√©tait le 5 d√©cembre - et c'est ma seconde visite en Centrafrique. La premi√®re fois, j'√©tais rest√© sur l'a√©roport, je venais d'Afrique du Sud et, h√©las, mon d√©placement avait √©t√© endeuill√© par les deux soldats qui venaient d'√™tre tu√©s. Il y avait d√©j√† des milliers de Centrafricains qui s'√©taient mass√©s √† c√īt√© de l'a√©roport. J'avais dit combien la d√©termination de la France serait grande pour apporter la s√©curit√©, r√©tablir l'ordre, s√©parer les populations qui voulaient s'autod√©truire et faire en sorte que nous puissions aller dans une transition politique.

Trois mois apr√®s, et gr√Ęce √† l'effort de tous, de nos soldats que je remercie une fois encore pour leur d√©vouement, de la MISCA qui s'est mise au travail, de ce que les Europ√©ens nous ont promis et annonc√©, mais aussi de vous, Madame, et de votre gouvernement parce que vous avez pu d√©montrer qu'il y avait possibilit√©, l√† encore, de rassembler, de r√©concilier et de remettre au travail une √©quipe.

Vous avez surtout donné confiance à la communauté internationale, à la France, à l'Europe et surtout aux Centrafricains.

Oui, depuis trois mois, il y a des progr√®s consid√©rables qui ont √©t√© accomplis. Et ne pas le dire, ce ne serait pas saluer tout cet effort. Je suis all√© dans les rues de Bangui, enfin, l√† o√Ļ on m'a conduit - je ne suis pas all√© partout et je sais que la presse fait ce travail - mais la vie a repris, les commerces ont rouvert, l'activit√© est l√†. Il reste beaucoup √† faire. Mais il y a d√©j√† cet acte important.

Ensuite, nous avons fait en sorte que les villes centrafricaines puissent être elles aussi sécurisées. Nous n'y sommes pas encore totalement parvenus, notamment à l'ouest, mais aussi à l'est.

Mais c'est maintenant notre objectif. Et puis, il y a ce qui se fait, c'est-√†-dire, une prise en charge par la population elle-m√™me de sa propre s√©curit√© au sens o√Ļ, avec les forces fran√ßaises, avec celles de la MISCA, avec les √©lus, avec le Gouvernement, il y a, au moins la nuit, un certain nombre de s√©curit√©s qui sont apport√©es. Je sais que les communaut√©s religieuses vont aller √† l'a√©roport dans les prochains jours pour porter ce message de retour des d√©plac√©s, vers leurs domiciles, puis ensuite des r√©fugi√©s, ceux qui sont all√©s dans les pays voisins, pour qu'ils puissent de nouveau vivre en Centrafrique.

Quel est maintenant notre objectif ? Notre objectif est de pouvoir permettre que les axes de circulations soient lib√©r√©s. C'est de faire en sorte de vous accompagner, Madame la Pr√©sidente, votre gouvernement, vers les zones o√Ļ se sont install√©s certains qui peuvent un moment penser qu'ils sont coup√©s du reste de la Centrafrique, pour que le dialogue puisse √™tre repris et pour que la communaut√© nationale puisse √™tre pr√©serv√©e.

Vous l'avez dit, pas de partition de fait, pas d'esprit de s√©paration. Vous √™tes dans la m√™me communaut√©. Nous devons faire cesser les violences interreligieuses. Il y en a moins, il y en a encore. Il y a des groupes que nous devons mettre hors d'√©tat de nuire. De ce point de vue, la prison a repris son fonctionnement et il n'y aura aucune impunit√©. L'autorit√© de l'√Čtat doit √™tre pr√©serv√©e.

Mais vous avez demandé ce que j'avais à vous annoncer. Vous savez que la France par le vote de son Parlement a prolongé l'opération SANGARIS. C'est un effort que nous faisons. Nous le faisons parce que c'est l'intérêt de la communauté internationale.

Souvent on nous dit : ¬ęmais vous √™tes les premiers les Fran√ßais √† √™tre aupr√®s des Centrafricains¬Ľ. Nous en sommes fiers, c'est notre devoir, c'est notre responsabilit√©. Nous avons d'ailleurs convaincu les Europ√©ens d'y venir aussi. Demain il y aura une op√©ration de maintien de la paix, parce que c'est cela qui doit √™tre notre perspective, et qui sera d'ailleurs atteint. Les Fran√ßais, ce n'est pas parce qu'ils ont une histoire ici, c'est parce qu'ils sont conscients de ce que repr√©sente la Centrafrique pour l'ensemble de la r√©gion.

Si le désordre, l'instabilité perdure en Centrafrique, c'est toute la région qui sera menacée. Si les violences interreligieuses s'aggravaient davantage, c'est l'ensemble du continent africain qui pourrait être menacé. Ce que nous faisons en Centrafrique ce n'est pas simplement pour la Centrafrique, c'est pour une grande partie du continent.

Je reviens √† ce que vous me demandez, l'op√©ration SANGARIS qui va √™tre prolong√©e, notre aide au d√©veloppement qui, ici, prend traduction √† travers le financement de bon nombre de projets, gr√Ęce aussi aux organisations non gouvernementales (ONG), aux programmes des Nations unies.

Mais, il y avait ce probl√®me, comment restaurer l'√Čtat si les fonctionnaires ne sont pas pay√©s, si les pensionnaires ne sont pas b√©n√©ficiaires des r√©mun√©rations qu'ils attendent depuis trop longtemps. Nous avions l'obligation de faire avec les pays de l'Afrique centrale - j'ai rencontr√© leurs repr√©sentants hier - l'obligation d'assurer le versement des fonctionnaires centrafricains, ce qui pourra permettre effectivement, que la police, la gendarmerie, l'√©ducation, la sant√©, puissent √™tre de nouveaux assur√©s.

Je remercie les chefs d'Etat de la région de l'avoir compris. La France a également pris sa part. C'est très important, la semaine prochaine tout sera prêt pour que la présidente puisse avoir une administration qui puisse lui répondre. C'est aussi cela notre devoir.

Merci pour votre accueil. Si vous le voulez bien, je reviendrai en Centrafrique, à chaque fois nous constaterons les progrès. Ces progrès, vous avez raison Madame de le dire, c'est un symbole pour l'Afrique toute entière.

La Centrafrique a traversé une tragédie, elle la vit encore d'une certaine façon, à travers une crise humanitaire qui n'est pas réglée. De cette tragédie peut sortir aussi un bien qui est la capacité de vivre ensemble et de dépasser les conflits interreligieux et d'assurer durablement le développement en Centrafrique.

Ce pays a vécu trop longtemps, des décennies même, l'instabilité, le désordre, la corruption, pour qu'on n'en ait définitivement terminé avec ces pratiques et qu'on puisse instaurer je crois un modèle.

Faites-le, allez-y, puisque vous avez connu ce drame, essayez-vous aussi de connaitre, je ne dirai pas le paradis pour ne pas créer de malentendu, mais au moins faire en sorte que le vivre ensemble soit assuré ici en Centrafrique.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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14. Nig√©ria - Attentats - Communiqu√© de la pr√©sidence de la R√©publique (Paris, 02/03/2014)

Le président de la République condamne avec la plus grande fermeté les attentats terroristes commis hier et aujourd'hui au Nigéria, qui ont fait plusieurs dizaines de victimes.

Il réitère auprès des autorités et du peuple nigérians, comme il l'a déjà fait au cours de son déplacement au Nigeria les 27 et 28 février derniers, la solidarité de la France face au terrorisme./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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15. Libye - Assassinat d'un ressortissant fran√ßais - D√©claration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res (Paris, 02/03/2014)

La France condamne avec la plus grande fermeté l'assassinat de Patrice Real aujourd'hui à Benghazi.

Toute la lumi√®re doit √™tre faite sur les circonstances de cet acte odieux et l√Ęche. Ses auteurs doivent √™tre recherch√©s et condamn√©s dans les meilleurs d√©lais.

La France adresse ses sincères condoléances à la famille et aux proches de Patrice Real.

Le Centre de crise du ministère des affaires étrangères est pleinement mobilisé pour soutenir la famille de notre compatriote./.

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16. Maroc - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1/i-T√©l√©/Le Monde¬Ľ - extraits (Paris, 02/03/2014)

(...)

Q - Il y a un dossier en ce moment qui empoisonne un petit peu la vie diplomatique entre la France et le Maroc, avec une distension autour donc de probl√®mes li√©s donc √† la torture. Mais surtout, il y a aussi des propos qui ont √©t√© tenus, qui auraient √©t√© tenus par un diplomate de haut niveau aux √Čtats-Unis concernant le Maroc, qui aurait dit, donc : le Maroc est une ma√ģtresse dont on n'est pas amoureux mais qu'on doit d√©fendre quand m√™me. Alors est-ce que ces propos ont-ils vraiment √©t√© prononc√©s, et comment calmer la tension ?

R - La France et le Maroc sont amis et ils le resteront. Mais c'est vrai qu'il y a eu un incident, qui n'est pas celui-là, je reviendrai à celui-là, mais qui est le fait que le directeur de l'équivalent de la DST, a reçu, au domicile de l'ambassadeur du Maroc en France, une convocation judiciaire. À partir de là il y a eu des dysfonctionnements.

Q - Dysfonctionnements de quelle nature et o√Ļ ?

R - Dysfonctionnements dans la fa√ßon dont les choses ont √©t√© ordonnanc√©es. Il aurait fallu pr√©venir les int√©ress√©s, les choses auraient d√Ľ se faire d'une mani√®re plus diplomatique.

Q - L'immunit√© diplomatique aurait d√Ľ jouer ?

R - Non, c'est une question très compliquée : l'immunité diplomatique joue pour certaines personnes, et lorsqu'une personnalité comme celle-ci prévient de sa visite, et donne un caractère officiel à sa visite. Ce n'était pas le cas.

Q - Donc vous regrettez les propos qui auraient été tenus ?

R - Attendez, je vais aller jusqu'au bout. Il y a eu des dysfonctionnements. Cela dit, la justice en France est indépendante, et il faut en tenir compte. J'espère que tout ça va s'apaiser, et nous y travaillons.

Sur l'autre aspect, ce sont des propos qui auraient été tenus en 2011, cela fait un peu plus de trois ans, et qui sont tout à fait contestés par l'ambassadeur en place, et qui a des témoins à l'appui de ses dires. Donc je considère que c'est sans objet. Mais ce que tout ça signifie, ayant dit que le Maroc et la France sont amis et le resteront, c'est que nous devons trouver des solutions pour éviter ce genre d'incident, nous y travaillons avec mon collègue marocain(...)./.

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17. Chine - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1/i-T√©l√©/Le Monde¬Ľ - extraits (Paris, 02/03/2014)

(...)

Q - Vous revenez de Chine. Il y a eu un attentat de s√©paratistes Ou√Įghours, qui ont tu√© √† l'arme blanche plusieurs dizaines de Chinois. Y a-t-il un danger d'implosion, de r√©volte en Chine ?

R - J'ai transmis à mon collègue chinois, Monsieur Wang Yiangi, nos condoléances pour ce qui s'est passé. Nous n'en avons pas tous les détails, mais c'est un massacre épouvantable. Il y a une diversité de populations là-bas, et il faut faire très attention à tout ce qui est séparatisme. Certains parlent de terrorisme. Je ne connais pas les détails, encore, mais c'est un attentat absolument odieux.

Puisque vous parlez de la Chine, je m'y suis rendu apr√®s mon s√©jour √† Kiev. Je m'y suis rendu pour rencontrer le pr√©sident chinois. C'est mon sixi√®me voyage depuis que j'exerce mes fonctions. Alors nous avons parl√© de beaucoup de choses, notamment de l'Ukraine. Il existe bien s√Ľr une pr√©occupation par rapport √† tout ce qui pourrait √™tre √©clatement du pays - il faut faire tr√®s attention √† cela, dans un pays aussi vaste que la Chine(...)./.

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18. Chine - Attentat - D√©claration du porte-parole du minist√®re des affaires √©trang√®res (Paris, 01/03/2014)

La France condamne fermement l'attaque sanglante qui s'est produite à la gare de Kunming, en Chine, faisant de nombreuses victimes. Rien ne peut justifier de tels actes.

La France adresse ses condoléances aux familles des victimes. Elle exprime sa solidarité avec le gouvernement et le peuple chinois dans cette épreuve./.

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19. R√©publicaine dominicaine - Prisonniers fran√ßais - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęRTL¬Ľ (Paris, 03/03/2014)

(...)

Q - Les pilotes emprisonnés aujourd'hui en République dominicaine attendent toujours leur procès, cela fait plus d'une année maintenant. Que comptez-vous faire ?

R - C'est une situation tout à fait choquante. Ce sont deux pilotes qui ont été interpellés parce que l'on a trouvé de la drogue dans leur avion. Ils disent qu'ils sont absolument innocents.

Ce qui est tr√®s choquant, c'est que, depuis tout ce temps, jamais leur proc√®s n'a pu √™tre ¬ęaudienc√©¬Ľ comme l'on dit et je crois que cela fait dix ou douze fois.

La France a fait des représentations extrêmement sévères au gouvernement de la République dominicaine, il faut qu'il y ait un procès qui vienne et qui viennent vite. J'ai donné instruction à mes représentants sur place d'être extrêmement sévères sur ce point et je voudrais apporter mon soutien à ces familles./.

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20. Politique √©trang√®re - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1/i-T√©l√©/Le Monde¬Ľ - extraits (Paris, 02/03/2014)

(...)

R - La France accueille, mercredi prochain, une conférence internationale sur le Liban, autour du président du Liban, M. Sleimane et avec le Secrétaire général adjoint des Nations unies. Nous allons réunir autour de nous, à Paris et sous la présidence de François Hollande, beaucoup des amis du Liban, parce que vous savez que la France et le Liban sont très proches.

Le lendemain, je serai à Rome pour une autre réunion sur la Libye, qui est présidée par nos amis Italiens. La Libye est un foyer potentiel de terrorisme considérable, et il faut que nous unissions tous nos efforts - nous, c'est-à-dire aussi bien les Russes, les Chinois, nous-mêmes et les Américains.

(...)

Q - En République Centrafricaine, quand vont venir ces forces européennes que vous avez annoncées, ainsi que le président et dont on ne voit pas, au fond, l'organisation, à part les Géorgiens ?

R - En République centrafricaine, il y a 6 000 Africains au sein d'une force qu'on appelle la MISCA et il y a 2 000 Français, puisqu'à la demande du Secrétaire des Nations unies, le président de la République a accepté de passer de 1 600 à 2 000. Pa ailleurs, il y a entre 500 et 1 000 Européens qui vont arriver avant la fin du mois de mars selon les déclarations de Madame Ashton, qui est la Haute Représentante de l'Europe. Il y aura notamment 150 Géorgiens, qu'il faut particulièrement saluer, puisque la Géorgie ne fait pas partie aujourd'hui de l'Union Européenne.

Q - Et qui n'ont ni uniformes, ni treillis, ni argent, ni rien.

R - Non, ils ont beaucoup de ces éléments, et nous allons les aider. Et d'autres pays ont accepté, non pas d'envoyer des militaires sur le terrain, mais de contribuer d'une autre façon, et je pense en particulier à nos amis Allemands.(...)./.

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21. Politique √©conomique - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1/i-T√©l√©/Le Monde¬Ľ - extraits (Paris, 02/03/2014)

(...)

R - Nous connaissons une situation économique difficile, surtout parce que notre industrie, depuis une dizaine d'années, a plongé. Je m'en rends compte. J'étais il y a dix ans ministre de l'économie et des finances et je mesure à quel point la compétitivité a plongé depuis que je suis revenu au gouvernement. Il est absolument indispensable que l'on redresse les choses pour l'emploi, pour le pouvoir d'achat, mais aussi pour la diplomatie - puisque la grande diplomatie que nous essayons de faire n'aura pas lieu d'être s'il y a une grande faiblesse économique.

Donc si on veut redresser les choses, que faut-il faire ? Trois axes : un, la comp√©titivit√©. Nos entreprises doivent pouvoir concourir √† jeu √©gal avec les autres. Pour cela, il ne faut pas les surcharger, d'o√Ļ le Pacte de Responsabilit√©. Deuxi√®me point : l'attractivit√©. Si on veut que les investisseurs viennent en France, il ne faut pas les attendre avec des hallebardes. Troisi√®me point : des √©conomies budg√©taires. Le Pacte de Responsabilit√© entra√ģne un certain nombre de charges en moins. Comme on a d√©j√† beaucoup de d√©ficits et comme les imp√īts sont d√©j√† tr√®s lourds, il faut trouver des √©conomies sur les d√©penses.

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Des √©conomies qui seront √† trouver dans les trois domaines que sont d'une part l'√Čtat, les d√©penses de l'√Čtat et de ce qu'on appelle ses op√©rateurs. Deuxi√®mement, les d√©penses des collectivit√©s territoriales. Troisi√®mement, les d√©penses de s√©curit√© sociale.

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Au moment o√Ļ Fran√ßois Hollande a fait sa d√©claration sur le Pacte de Responsabilit√©, les choses ont √©t√© tr√®s bien accueillies au plan international. Mais, ce tr√®s bon accueil - √† mon avis l√©gitime, parce que je soutiens tout √† fait cette action - est conditionn√© au fait que les √©conomies soient explicites. Et nous avons quelques semaines pour cela, puisqu'au moment o√Ļ on pr√©sentera le Pacte dit de Responsabilit√©, il faudra en face qu'on pr√©sente les √©conomies.

Q - Mais par exemple à Bruxelles, la France a promis les 3 % de déficit pour 2015, elle a bénéficié d'un sursis de deux ans. Beaucoup pensent qu'il va falloir un nouveau délai. Pourquoi la France se sent-elle obligée de descendre à 3 % ?

R - Mais ce n'est pas une question de Bruxelles. On ne va pas se lancer dans des cours d'économie, mais quand vous voyez nos niveaux de déficit et d'endettement, si nous ne les réduisons pas, nous serons obligés de payer des taux d'intérêts qui nous empêcheront de faire autre chose. Donc, il ne s'agit d'incriminer Bruxelles. Car même s'il n'y avait pas cette règle des 3 %, on serait obligé de réduire nos déficits.

Q - Vous avez parlé d'économies sociales : quels domaines précis vous avez ciblés ?

R - Je pense qu'il faut comparer avec les autres pays. Par exemple, en Allemagne, les citoyens sont soignés correctement même s'il y a beaucoup de pauvreté dans certains domaines Il en est de même en Suède et on peut parler d'autres pays. Ainsi, on peut réduire certaines dépenses sans remettre en cause la protection sociale qui est indispensable. Si on ne bouge pas quelle sera la situation ? D'abord, on peut avoir très rapidement une embolie. Et puis cela veut dire, qu'en matière de sécurité sociale, on reporte les déficits et le paiement des dettes sur nos enfants et nos petits-enfants. Ce qui est inacceptable et très injuste./.

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22. Climat - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1/ i-T√©l√©/Le Monde¬Ľ - extraits (Paris, 02/03/2014)

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Mais ce qui m'a frappé aussi lors de ma visite en Chine, et ce n'est pas une anecdote, c'est la situation climatique épouvantable. Je me suis rendu à Pékin et à Tianjin, qui se trouve à 150 kilomètres de la capitale, et on ne pouvait pas sortir, pendant une semaine ! Le taux de pollution était dix-huit fois supérieur au maximum autorisé. Les Chinois sont parfaitement conscients de cela, les autorités chinoises commencent à prendre des mesures, mais il va falloir prendre des mesures encore plus audacieuses.

Q - C'est quoi ? C'est du nucléaire, beaucoup de nucléaire, pour faire de l'énergie et remplacer le charbon ?

R - C'est à la fois le remplacement du charbon, le changement des pratiques industrielles, et puis c'est beaucoup d'économies d'énergie, et de diversification des sources d'énergie. On pense parfois que c'est un problème latéral, mais c'est un problème absolument majeur. Le dérèglement climatique, c'est à moyen terme quelque chose qui peut complètement bouleverser nos vies. Il se trouve que la France va accueillir la grande conférence mondiale sur le climat à la fin de l'année prochaine, et les Chinois...

Q - ...les Chinois, parce qu'à Copenhague c'est les Chinois qui avaient tout fait capoter ?

R - ...Et les Chinois, ont accepté à notre demande que l'on prépare ensemble cette conférence parce qu'ils en sont une des clés. Ils représentent une part très importante de la pollution mondiale et ils disent qu'en raison de leur population très nombreuse, la pollution rapportée au nombre d'habitants n'est pas plus forte qu'ailleurs. En tout cas, nous comptons sur nos amis et partenaires chinois pour nous aider dans cette préparation. Lorsque le président Xi Jinping va venir en France en visite officielle à la fin du mois de mars, c'est un des thèmes principaux qui va être abordé avec le président français (...)./.

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