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Déclarations officielles de politique étrangère du 30 janvier 2014


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Participation de M. Laurent Fabius √† la Conf√©rence sur la s√©curit√© √† Munich - Remise par Mme Yamina Benguigui des insignes de Chevalier de la l√©gion d'Honneur √† M. Jean-Claude Jacq, Secr√©taire g√©n√©ral de la fondation Alliance fran√ßaise - √Čgypte/Proc√®s de vingt journalistes d'Al-Jazeera - Pr√©sidence de l'Union africaine pour 2014 (Paris, 30/01/2014)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations suivantes :

1 - Participation de M. Laurent Fabius à la Conférence sur la sécurité à Munich (1er février 2014)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, participera, le 1er f√©vrier, √† la 50e Conf√©rence sur la s√©curit√© de Munich, forum annuel consacr√© aux questions de s√©curit√© et de d√©fense. Cet √©v√©nement rassemblera 20 chefs d'√Čtat et de gouvernement et 50 ministres des affaires √©trang√®res et de la d√©fense aux c√īt√©s de commissaires europ√©ens et de responsables d'organisations internationales telles que les Nations unies, l'OTAN et l'AIEA. Plusieurs organisations non gouvernementales seront √©galement repr√©sent√©es.

Ce forum sera notamment l'occasion d'aborder les questions de sécurité régionales, telles que la crise syrienne, l'Iran ou le processus de paix au Proche-Orient. L'avenir de l'Europe de la défense, la sécurité climatique et énergétique ou la conciliation de la liberté et de la sécurité dans le cyberespace seront également évoqués.

Le ministre interviendra lors de la table ronde consacr√©e √† l'Europe, aux c√īt√©s de M. Anders Fogh Rasmussen, Secr√©taire g√©n√©ral de l'OTAN, de M. Herman Van Rompuy, pr√©sident du Conseil europ√©en, de M. Sergue√Į Lavrov, ministre russe des affaires √©trang√®res, et de M. Frank-Walter Steinmeier, ministre allemand des affaires √©trang√®res. Il sera l'invit√© d'honneur d'un d√©jeuner de travail avec les ¬ęYoung Leaders¬Ľ, personnalit√©s appel√©es √† devenir de futurs dirigeants. Il leur pr√©sentera les principales priorit√©s de la politique ext√©rieure de la France. Le ministre aura plusieurs rencontres bilat√©rales, notamment avec M. Yukiya Amano, directeur g√©n√©ral de l'Agence internationale de l'√©nergie atomique, M. Najib Mikati, Premier ministre libanais, M. John McCain, ancien candidat √† la pr√©sidence des √Čtats-Unis, M. Radoslaw Sikorski, ministre des affaires √©trang√®res de Pologne. Le ministre √©voquera la situation en Ukraine avec M. Leonid Kojara, ministre des affaires √©trang√®res d'Ukraine. Enfin, M. Laurent Fabius sera re√ßu par le ministre-pr√©sident de Bavi√®re.

2 - Remise par Mme Yamina Benguigui des insignes de Chevalier de la légion d'Honneur à M. Jean-Claude Jacq, Secrétaire général de la fondation Alliance française (Paris, 30 janvier 2014)

Mme Yamina Benguigui, ministre d√©l√©gu√©e charg√©e de la francophonie et repr√©sentante personnelle du pr√©sident de la R√©publique √† l'Organisation internationale de la francophonie, effectuera aujourd'hui une visite dans les locaux de l'Alliance fran√ßaise ¬ęParis √éle-de-France¬Ľ et de la fondation Alliance fran√ßaise.

À cette occasion, elle rencontrera ses dirigeants et remettra les insignes de Chevalier de la légion d'Honneur à Jean-Claude Jacq, Secrétaire général de la Fondation depuis 2001 et fervent défenseur de la francophonie.

La fondation Alliance française a pour but de promouvoir la culture et la langue française à l'international. Son réseau est constitué de plus de 800 Alliances dans 137 pays, dans lesquelles sont formés au français plus de 550.000 étudiants.

3 - √Čgypte - Proc√®s de vingt journalistes d'Al-Jazeera

Nous avons pris connaissance avec pr√©occupation de l'ouverture du proc√®s hier de vingt journalistes de la cha√ģne Al-Jazeera. La France est √©galement pr√©occup√©e par les menaces et les violences r√©guli√®res dont sont victimes les journalistes exer√ßant leur m√©tier en √Čgypte.

La France rappelle son attachement √† la libert√© d'expression et √† la libert√© de la presse, en √Čgypte comme partout dans le monde. Nous suivrons naturellement ce proc√®s avec attention, en liaison avec nos partenaires europ√©ens.

4 - Présidence de l'Union africaine pour 2014 (30 janvier 2014)

La France félicite chaleureusement le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz pour son élection à la présidence de l'Union africaine en 2014. Elle tient à exprimer à la nouvelle présidence toute sa confiance et ses meilleurs voeux de succès dans l'exercice de son mandat.

La France salue l'action de la pr√©sidence √©thiopienne d'Hailemariam Dessalegn qui s'ach√®ve aujourd'hui. Gr√Ęce √† elle, le continent a d√©montr√©, notamment par son engagement r√©solu dans la gestion des crises au Mali, en Somalie, en RCA et au Soudan du sud, sa d√©termination √† oeuvrer pour la paix et la s√©curit√©.

Lors du Sommet de l'√Člys√©e pour la paix et la s√©curit√© en Afrique, la France a renouvel√© son soutien √† l'int√©gration africaine qui est un axe majeur de sa relation avec l'Afrique. Elle se r√©jouit de continuer √† approfondir son partenariat avec l'Union africaine et d'en soutenir les initiatives./.

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2. Politique √©trang√®re de la France - Voeux de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res √† la presse (Paris, 30/01/2014)

Monsieur le Président,

Madame,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

J'ai toujours appr√©ci√© la verve d√©capante si j'ai bien compris de ¬ęfeu le pr√©sident Hervou√ęt¬Ľ puisque vous vous arrachez √† notre affection. Vous m'avez dit que vous me souhaitiez une patience de denteli√®re et une √©nergie de fer et je me disais que si j'avais une patience de fer et une √©nergie de denteli√®re...

Merci beaucoup de vos propos, et de vos voeux. Effectivement, l'habitude n'est pas que ce soit les mêmes ministres plus de deux ans de suite, vous avez été extrêmement élégant, comme c'est le même ministre, vous vous retirez.

Je veux aussi dire à Mme Hala Kodmani notre admiration, qui j'espère n'est pas compromettante, pour son talent, son travail, son courage. Je pense que chacun d'entre vous la partage également.

Je commencerai ces voeux en disant justement un mot concernant la Syrie et en pensant aux quatre de vos confrères qui sont otages. J'espère que nous pourrons les ramener. Je me suis fait une règle - on pourrait penser qu'elle est commode, elle n'est pas faite pour l'être, elle est faite pour être efficace -, c'est de ne parler de ces sujets que lorsque les otages sont à bord de l'avion. Car, même jusqu'au dernier moment, l'histoire récente m'a appris que l'on peut avoir de graves déceptions. Comme vous le savez, nous travaillons pour cela tous les jours ; nous y travaillons comme vous, je l'espère.

En 2013, nous avons eu la joie d'avoir un certain nombre d'otages lib√©r√©s mais aussi la tristesse et le drame o√Ļ certains de vos coll√®gues ont perdu la vie. Je pense bien s√Ľr aux deux journalistes assassin√©s, Ghislaine Dupont et Claude Verdon. C'est l'occasion pour moi de vous rendre hommage √† tous. Au-del√† de ce que nous pouvons en dire, nous avons voulu que cet hommage ait une dimension internationale. Cela n'a pas √©t√© beaucoup remarqu√© par le grand public mais cela l'aura √©t√© par vous-m√™mes, √† coup s√Ľr, puisqu'√† notre demande, les Nations unies ont choisi la journ√©e du 2 novembre, le jour de la mort de nos deux coll√®gues, comme une journ√©e internationale pour mettre fin √† l'impunit√© des crimes contre les journalistes.

À notre demande, il y a également eu cette réunion du Conseil de sécurité des Nations unies le 13 décembre 2013, sept ans après la résolution 1738 sur la protection des journalistes.

Bien √©videmment, une journ√©e internationale, une r√©union du Conseil de s√©curit√©, cela peut para√ģtre peu de choses par rapport aux drames que vous subissez mais je pense que c'√©tait n√©cessaire parce que s'il n'y a pas cette lumi√®re des journalistes qui, d√©sormais ne sont plus prot√©g√©s par leur statut, bien au contraire, alors la libert√© n'existe plus.

Au-delà des voeux que je formule, je voudrais passer en revue, puisque j'ai la chance de vous avoir avec moi, en donnant quelques coups de projecteurs et des indications sur l'année qui vient.

D'abord, on me pose souvent la question et elle n'est pas illégitime : Qu'est-ce que la politique étrangère de la France ? Comme, généralement, nous n'avons pas le temps de faire de longs tunnels, maintenant, j'ai pris l'habitude de répondre en quatre points, ce qui montre que mes années de Science-po sont loin.

Le premier objectif que nous poursuivons avec le pr√©sident de la R√©publique et le gouvernement, c'est tout simplement la paix et la s√©curit√©. Cela ne veut pas dire un monde de Bisounours, mais c'est le point focal de toute une s√©rie de nos actions. C'est ce que nous essayons de faire en Syrie, o√Ļ je pense que notre position est juste. Simplement, le tort a √©t√© de ne pas la suivre, √† partir du mois de juin 2012, √† un moment - faut-il le rappeler - o√Ļ il n'y avait ni Hezbollah, ni Iraniens ni terroristes et o√Ļ donc, il e√Ľt suffi d'un mouvement peu puissant pour faire tomber M. Bachar Al-Assad. Mais cela n'a pas √©t√© fait parce que la campagne am√©ricaine, parce que les divisions arabes, parce que...

Il reste que, si l'on ne veut ni d'un bourreau à la tête du pays, ni des terroristes, il faut trouver une solution qui passe à la fois par l'opposition modérée et certains éléments du régime. C'est épouvantablement difficile, comme en témoigne les négociations de Genève, mais il n'y a pas d'autres chemins.

La position de la France, à travers ce conflit comme à travers d'autres, c'est de rechercher la paix et la sécurité. Il en est de même au Liban. Il y a peut-être un espoir, je dis peut-être car un petit espoir se lève au Liban. Vous aurez vu que M. Hariri a envisagé la possibilité d'un gouvernement avec le Hezbollah, ce qui, pour vous tous qui connaissez la situation là-bas, signifie qu'un certain nombre d'interdits ont peut-être été levés. Ceci indique peut-être que quelques mouvements puissants - et je parle au pluriel mais c'est au singulier qu'il faut l'entendre - ont accepté de découpler la situation syrienne de la situation libanaise. Nous le saurons dans les mois qui viennent. La France en tout cas poussera très fortement en ce sens et nous avons prévu d'organiser au premier semestre à Paris une réunion du groupe de soutien du Liban pour essayer d'aller dans ce sens.

En Iran, la situation est √©videmment dans nos rapports avec ce pays tr√®s intense. La premi√®re partie de l'accord a √©t√© pass√©e, il est en voie d'application. La France y a jou√© un r√īle reconnu, non pas parce que nous avions telle ou telle id√©e pr√©con√ßue mais tout simplement parce que nous n'acceptons pas que lorsque l'on nous montre un papier blanc, on nous explique qu'il est bleu. Nous l'avons dit. Finalement, ce point de vue a pr√©valu.

Nous ne sommes pas pour autant au bout de nos peines car la grande question qui sera pos√©e cette ann√©e, c'est la question de savoir si l''Iran accepte-, comme il s'y est engag√©, dans le prologue ajout√© √† la demande de la France, en bon fran√ßais, ¬ęunder no circumstances will Iran ever seek or develop any nuclear weapon¬Ľ. Je me rappelle bien de cette phrase parce que c'est moi qui l'ai fait inscrire en disant, ce qui est vrai, que c'est une phrase du pr√©sident Rohani. Et si c'est cela, nous nous mettrons d'accord. Mais s'il s'agit de rester au niveau du seuil, ce sera autre chose, pas seulement pour les Fran√ßais mais aussi pour les Am√©ricains, les Russes et les Chinois. Nous en sommes l√†.

À propos de la Syrie, je veux insister sur le fait que, quand on regarde jusqu'à hier, l'évolution sur les armes chimiques, il semble que le mouvement pour lequel la Syrie s'est engagée, se soit ralenti. Donc, il est évident que la communauté internationale doit être très vigilante afin que les engagements soient tenus.

Dans cette r√©gion, d√©cid√©ment tr√®s √©ruptive, il y a aussi une situation qui nous inqui√®te beaucoup - et la France ne se trompe pas toujours (voir les exemples du Mali et de la R√©publique centrafricaine) -, c'est celle de la Libye. Avec beaucoup de partenaires provenant d'horizons diff√©rents - que ce soit la Turquie, l'Alg√©rie, les √Čtats-Unis, l'Italie ou beaucoup d'autres -, nous sommes pr√©occup√©s et faisons et allons faire le maximum pour arriver √† stabiliser une situation tr√®s instable. Et je voudrais ajouter - mais je ne veux pas vous d√©sesp√©rer - l'Irak.

Il y a dans tout ce contexte tr√®s difficile, un √©l√©ment de grande satisfaction qui demande √† √™tre confirm√©, mais qui est tout de m√™me remarquable. C'est l'√©volution de la Tunisie, qui est un grand √©v√©nement qu'il faut saluer comme tel. Le pr√©sident de la R√©publique a parl√© hier au pr√©sident Marzouki, moi-m√™me j'ai appel√© mon homologue et le Premier ministre, et nous avons d√©cid√© avec mon coll√®gue allemand d'aller prochainement ensemble en Tunisie, et je pense que je recevrai auparavant mon coll√®gue le nouveau ministre des affaires √©trang√®res. Mais c'est une tr√®s bonne nouvelle qui montre qu'en raison bien s√Ľr de la diff√©rence de situation, la Tunisie n'est pas l'√Čgypte. L'√Čgypte : il peut y avoir tout de m√™me des terrains o√Ļ il y a un espoir √† la fois de d√©veloppement et de libert√©. La France, d'une mani√®re tr√®s discr√®te, essaie de jouer un r√īle positif sur ce qui se passe entre Isra√ęl et la Palestine. Des choses se font et la France, qui est √† la fois l'amie d'Isra√ęl et l'amie des Palestiniens, y contribue.

Et puis paix et sécurité aussi lorsque l'on parle du Mali, on a l'impression que c'est très loin, mais le début de l'intervention c'était il y a un an, un an et quinze jours.

Et la Centrafrique, o√Ļ il y a √† la fois des pr√©occupations consid√©rables et en m√™me temps des nouvelles positives. Le choix de Mme Samba-Panza comme pr√©sidente de transition est un choix remarquable. C'est une femme √† la fois tr√®s aimable mais en m√™me temps extr√™mement ferme et avec la composition du gouvernement √† laquelle elle a proc√©d√©, on voit bien qu'elle ne s'en laisse pas compter. La situation est terriblement difficile sur les plans s√©curitaire et humanitaire et sur celui de la transition d√©mocratique.

Aujourd'hui même à Addis Abeba, l'Union africaine est réunie. On va voir les décisions qu'elle va prendre. Hier les Nations unies ont voté une résolution à notre demande qui permet aux troupes européennes, lesquelles vont être mises sur pied d'ici peu de jours, de venir aider, et c'est bien nécessaire. Il y a 5.000 hommes actuellement, mais on va vers les 6.000 en ce qui concerne la Misca. Nous avons 1.600 hommes qui devraient être rejoints - le chiffre n'est pas encore définitif - par près de 500 hommes européens. Mais l'ONU dit déjà qu'il faudrait 10.000 hommes pour stabiliser la situation ce qui pose la question d'une opération du maintien de la paix.

Sur le plan humanitaire les choses sont tr√®s difficiles. Bien s√Ľr il y a un √©norme travail √† faire, et sur la question de la transition d√©mocratique il faut aller vite, la r√©solution de l'ONU parle d√©sormais de la fin 2014 ou du d√©but 2015. Tout ceci c'est le court terme dont il faut s'occuper sans jamais perdre de vue la paix et la s√©curit√©. Dans la ligne de ce que nous avons d√©cid√© au sommet de l'√Člys√©e du mois de d√©cembre, il faut que puisse √™tre mise sur pied cette force interafricaine de s√©curit√©, de r√©ponse aux crises qui serait la vraie r√©ponse √† toutes les difficult√©s que nous connaissons sur le continent africain.

C'est le premier objectif : paix et sécurité. Le deuxième, c'est la planète. La planète sur le plan de l'organisation, nous allons de nouveau évoquer dans toute une série de forums la proposition française d'une autolimitation de l'exercice du veto. Vous vous rappelez que cette proposition était faite par le président de la République, puis par moi-même, et elle a recueilli pas mal d'échos positifs. On voit bien la difficulté en particulier provenant des pays qui possèdent le droit de veto. Mais il n'est jamais facile de dire : je possède le veto mais moi-même je m'astreindrai à une limitation.

Et n√©anmoins, quand on voit l'√©cho qu'a suscit√© cette proposition et d'autre part le blocage du Conseil de S√©curit√© sur certains probl√®mes importants, notamment sur la question syrienne alors qu'il y a √©videmment massacre de masses, je pense que la France est tout √† fait dans son r√īle en continuant √† porter cette proposition, qui n'est pas du tout contradictoire avec une r√©forme du Conseil de S√©curit√©, mais qui la compl√©terait de fa√ßon tr√®s utile.

Mais quand je dis planète, je pense aussi climat. L'année prochaine encore plus que cette année, lorsque votre successeur, et moi-même, nous échangerons nos voeux, nous parlerons certainement beaucoup du climat. Mais cela commence cette année.

Il se trouve que l'année prochaine en décembre la France accueillera la grande conférence sur le climat. Mais d'ici là, il y a pas mal d'étapes. Cela commence maintenant.

Au mois de mars, il sera nécessaire que l'Union européenne vote effectivement la proposition du Président Barroso, qui est une bonne proposition, mais, qui à ce stade, n'est qu'une proposition. Et il faut donc que l'Europe montre l'exemple.

En septembre, juste avant l'Assemblée générale des Nations unies, le Secrétaire général organisera une session consacrée au climat, avec les prises de position des grands leaders du monde, et leurs engagements en matière de climat.

√Ä Lima, au P√©rou, au mois de d√©cembre, sur la pr√©paration de ce que sera l'ann√©e prochaine la COP 21, puis √† chaque G8 si possible, √† chaque G 20 si possible, cette question du climat, le tout devant aboutir √† ce que l'ann√©e prochaine, en d√©cembre, nous puissions avoir un texte qui soit ¬ęlegally binding¬Ľ, contraignant donc, et diff√©renci√©, et qui oblige tous les pays, pour arriver √† ne pas aller au-del√† des deux degr√©s alors que les scientifiques nous disent que ce n'est pas deux degr√©s qui est dans la ligne de mire, mais cinq, ce qui n'aboutit pas du tout comme on le dit √† un r√©chauffement climatique ou √† un changement climatique, mais √† un bouleversement climatique absolument cataclysmique.

La planète, c'est évidemment le deuxième grand objectif.

L'Europe, c'est le troisième.

La paix, la planète, l'Europe, avec une année 2014 très particulière non seulement parce qu'il y aura des élections, et évidemment avec les conséquences politiques que cela aura, mais parce que la commission va être en suspension pendant de longs mois. Un certain nombre de commissaires nous indique-t-on, qui sont candidats aux élections, vont commencer à prendre un peu de recul à partir du mois de mars. Et la commission suivante sera installée au premier novembre.

Or, quand on conna√ģt l'importance de la commission europ√©enne dans le syst√®me europ√©en, cela peut donner deux extr√™mes qui seraient aussi n√©gatifs l'un que l'autre. D'une part, une commission paralys√©e, en disant je n'ai plus de l√©gitimit√© : oui, mais alors comment avance-t-on, alors qu'il y a 300 textes qui sont au Parlement et qui demandent √† √™tre traduits ?

Ou bien une commission qui dise ¬ęchiche¬Ľ, ¬ęchic¬Ľ il n'y a plus de contr√īleurs et donc j'avance. J'esp√®re que les commissaires auront la sagesse de ne tomber ni dans un exc√®s ni dans un autre et que l'on pourra, et sans doute le couple franco-allemand y aidera, avancer sans perdre de temps car l'Europe en a bien besoin. Puisque je parle du couple franco-allemand je dois dire, et ce n'est pas un scoop, que je suis tr√®s favorablement impressionn√© par la fa√ßon dont le nouveau gouvernement allemand aborde les contacts avec le gouvernement fran√ßais. Nos travaux, et c'est vrai pour le ministre de l'√©conomie, nous en parlions hier avec son ou ses homologues dans le gouvernement allemand, c'est vrai pour mes relations avec M. Steinmeier, nous avons vraiment l'intention de travailler de mani√®re tr√®s proche ensemble, et cela devrait se traduire d√®s le conseil du 19 f√©vrier puisque nous avons un conseil des ministres franco-allemand.

L'Europe, la paix, la plan√®te, et puis je l'appellerai le rayonnement et le redressement au combien n√©cessaire de l'√©conomie fran√ßaise. Surtout quand on voit le chiffre vraiment tr√®s accablant de la chute des investissements √©trangers en France, qui traduit quelque chose sur la perception et l'attractivit√©. Il faut que tout le corps social, et d'abord l'√Čtat, et notamment ce minist√®re, soit mobilis√© pour le redressement et le rayonnement de notre pays. C'est l'id√©e du pacte de responsabilit√©. En d'autres termes il faut chercher la croissance partout l√† o√Ļ elle est. Et √©videmment cette maison a commenc√© d'y contribuer et va devoir y contribuer de plus en plus, et donc tout ce que l'on a appel√© la diplomatie √©conomique, il faut continuer car personne n'est de trop dans cette t√Ęche.

La réforme des visas, on a vu que, si en Chine il est possible de délivrer les visas en 48h, j'imagine que cela doit être possible ailleurs. Donc il faut y procéder. De la même façon ce sera le choix de toute une série de déplacements que le président de la République, le Premier ministre, moi-même nous devrons effectuer.

Il y a les déplacements du président qui sont nombreux et auxquels je suis associé. Et puis il y a les déplacements que j'opérerai moi-même : en Chine souvent - c'est l'Année franco-chinoise. Je me rendrai au mois de février en Chine, puis il y aura la grande visite du président Xi Jinping à la fin du mois de mars.

Il y aura d'autres visites au cours de l'ann√©e : en Russie - le pr√©sident Poutine a √©t√© invit√© en avril et en juin - o√Ļ des d√©placements sont pr√©vus de ma part ; dans les pays de l'ASEAN, en Inde, au Japon, en Cor√©e ; dans les pays arabes, au Kowe√Įt et en Oman o√Ļ je ne me suis pas encore rendu ; en Afrique orientale, plusieurs fois ; en Am√©rique latine, je commencerai dans quinze jours, en Argentine, en Uruguay, au Chili. Le pr√©sident de la R√©publique ira en visite d'√Čtat au Mexique.

Et puis, il faudra que cette Maison, comme elle a commencé de le faire, soit évidemment associée aux mouvements d'ensemble de modernisation et d'économie - ce n'est pas agréable, mais il faut aussi prendre sa part. Ce sont des choses moins spectaculaires que d'autres mais que nous devons pratiquer : un certain nombre de postes seront donc allégés.

Il y aura - cela vous concerne directement et j'esp√®re que cela pourra vous aider - des technologies nouvelles qui seront lanc√©es. Par exemple, au mois de juillet, nous allons lancer un portail qui s'appelle ¬ęDiplomatie¬Ľ, dont on m'a fait la d√©monstration, qui est tr√®s spectaculaire. Au plan interminist√©riel, vont √™tre mis en ligne tous les t√©l√©grammes non classifi√©s et vous pourrez √™tre les b√©n√©ficiaires de ces informations. La partie des √©changes classifi√©e sera quant √† elle beaucoup plus prot√©g√©e qu'auparavant. Je pense que cela vous donnera √† la fois une information tr√®s utile et cela donnera encore plus d'int√©r√™t √† nos diplomates d'√©crire ce qu'ils √©crivent qui, souvent, n'est pas destin√© √† √™tre lu massivement. Donc, l√†, ce sera d√©sormais possible et je pense que ce sera utile.

De la m√™me fa√ßon, puisqu'il faut tout simplement vivre avec son temps, les d√©placements du ministre des affaires √©trang√®res puis de l'ensemble des ministres seront signal√©s trois semaines √† l'avance et trois semaines apr√®s leur occurrence aux entreprises afin que les entreprises - mais pas seulement elles - puissent s'associer et faire conna√ģtre leurs demandes.

On m'a proposé et j'ai accepté qu'il puisse y avoir ce que l'on appelle un blog collaboratif, c'est-à-dire que les diplomates en poste à l'étranger ou en poste à Paris pourront publier des textes moins formels que les fameux télégrammes. Je ne dirais pas que cent fleurs jaillissent, mais il faut tenter cette expérience et nous verrons ce qu'elle donnera.

De la même façon, pour ouvrir encore davantage cette Maison, on m'a proposé et j'ai accepté qu'elle abrite dorénavant périodiquement des conférences-débats. La première session sera consacrée précisément à toutes les questions climatiques, de sorte que cette Maison vive encore plus qu'elle ne le fait aujourd'hui.

Vous verrez peut-être que j'ai fait publier il y a quelques jours un livre magnifique sur le Quai d'Orsay. En lisant quelques éléments de ce livre, j'ai appris des choses sur l'histoire de cette Maison que vous connaissez peut-être. Cette Maison a été construite pour être le Quai d'Orsay - cela, nous le savions - mais, à l'époque, sous Napoléon III, le ministre qui résidait dans cette Maison faisait l'objet d'une jalousie de la part de Napoléon III qui considérait que ce ministre était beaucoup mieux logé que lui - je précise que je ne loge pas ici. Napoléon III, à l'époque, logeait aux Tuileries.

En relisant toute l'histoire de cette Maison, je me suis aperçu que l'on voulait que ce soit une maison qui vive, même si au départ elle avait été conçue pour abriter 85 collaborateurs. Quand on a l'honneur d'être à la tête du Quai d'Orsay et le plaisir d'être dans cette Maison, je crois qu'il faut l'ouvrir dans tous les sens de ce terme et c'est ce qui sera fait au cours de cette année, par les initiatives que je vous ai dites et par beaucoup d'autres.

Je vais terminer, Madame, Monsieur le Pr√©sident, Chers Amis, en vous disant une chose toute simple : je vous souhaite plein de bonheur pour cette ann√©e, bonheur professionnel bien s√Ľr, bonheur personnel, sant√©, amour, enfin tout ce qui fait le prix de la vie. Et puis, vous avez fait allusion, Monsieur Hervou√ęt, en parlant de la r√©cipiendaire, au fait qu'elle avait eu deux vies ; alors, je voudrais - je n'avais pas pr√©vu cela - vous citer un proverbe de Confucius que je trouve assez plein de profondeur et qui peut-√™tre fera √©cho chez certains d'entre vous. Confucius a √©crit quelque part : ¬ęChaque homme a deux vies et la seconde commence quand il s'aper√ßoit qu'il n'en a qu'une¬Ľ. Je trouve que c'est assez joli.

Tous mes voeux !./.

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3. Turquie - Forum √©conomique - Discours de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique (Istanbul, 28/01/2014)

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Messieurs les Présidents qui avez organisé cette manifestation, ce forum économique,

C'est une grande joie d'être ici réunis, chefs d'entreprise turcs, chefs d'entreprise français, vous avez pris l'habitude de travailler ensemble, parfois, il y a pu avoir des suspensions ou des temps morts, mais l'idée qui vous réunissait était la seule qui convenait : rapprocher nos peuples, nos pays, nos économies et favoriser la croissance et l'emploi.

Monsieur le Président, vous avez bien voulu dire que cette visite, celle que j'effectue depuis hier en Turquie, est exceptionnelle. Si elle est exceptionnelle, ce n'est pas pour le temps qu'il a fallu pour la rendre possible, 22 ans après celle de François Mitterrand. Non, si elle est exceptionnelle, c'est parce que nous avons ouvert une nouvelle étape de notre relation politique, mais également que nous avons voulu faire franchir un nouveau cap à nos relations économiques. C'est le sens de notre présence.

D'abord, la France regarde la Turquie avec admiration pour le travail remarquable qui y a été mené depuis des années. Je parle de ce qu'est devenue la Turquie en dix ans, la 17ème puissance économique du monde. En dix ans, les échanges commerciaux entre la Turquie et le reste du monde ont été multipliés par trois.

Comment expliquer cette réussite ? D'abord il y a le lien qui s'est établi entre la Turquie et l'Europe à travers l'union douanière. Vous êtes dans l'Europe, vous n'êtes pas encore dans ce que l'on appelle l'Union européenne, mais vous êtes dans l'Europe. Vous avez largement bénéficié de cette ouverture des marchés.

Ensuite, la seconde raison qui explique ce formidable d√©veloppement depuis plus d'une d√©cennie, c'est la force de votre industrie. Elle repr√©sente √† peu pr√®s le quart de la richesse de la Turquie, 20 % des emplois. Pour nous, c'est un principe √©tabli, il n'y a pas d'√©conomie prosp√®re sans une industrie forte. Les pays qui, h√©las, ont vu la part de l'industrie d√©cro√ģtre, diminuer, ont √©t√© les premiers √† √™tre touch√©s par la crise et par le ch√īmage.

Nous avons donc un devoir, la Turquie comme la France, c'est de rester des Nations compétitives et, vous, vous avez fait des réformes qui vous ont permis d'être aujourd'hui pleinement dans la mondialisation. Vous avez des points forts : l'automobile, le textile. Mais vous avez également de nouvelles perspectives dans des secteurs, j'y reviendrai, comme l'énergie, les transports et les technologies de l'information.

Quelles sont les relations entre la Turquie et la France ? Elles sont depuis longtemps √©tablies. Vous en avez rappel√© l'origine, il y a plus de cinq si√®cles. Il y a des relations culturelles, j'√©tais tout √† l'heure √† l'universit√© de Galatasaray. Il y a des relations commerciales, s√Ľrement et nous ne partons pas de rien puisque nos √©changes repr√©sentent 12 milliards d'euros et que 450 entreprises fran√ßaises sont install√©es en Turquie, repr√©sentant √† peu pr√®s 10 milliards d'euros d'investissement en stocks et plus de 100.000 emplois directs et indirects.

C'est d√©j√† significatif, mais quand je regarde l'√©volution depuis dix ans, c'est-√†-dire au moment m√™me o√Ļ la Turquie connaissait des taux de croissance impressionnants, pendant dix ans la France n'a cess√© de perdre des parts de march√© en Turquie. Vous l'avez relev√©, Monsieur le Pr√©sident, avec d√©licatesse, √©l√©gance, politesse mais vous l'avez relev√©.

Je ne peux pas admettre que la France, qui représentait en 2002 6 % des parts de marché en Turquie, soit tombée à 3 % en 2012. Alors, il y a des raisons politiques, juridiques, les visas, mais il y a d'autres raisons qui tiennent au fait que nous n'avons pas suffisamment porté ce courant d'échanges. C'est mon devoir aujourd'hui de le faire à travers cette visite et vous y avez répondu.

D'ailleurs, depuis pr√®s de deux ans, le climat a d√©j√† un peu chang√©. Je parle du climat politique, pas du climat en g√©n√©ral, parce que nous avons voulu r√©tablir un niveau de confiance, nous ne sommes pas d'accord sur tout, bien s√Ľr, mais nous avons voulu nous mettre dans une bonne d√©marche, celle de la confiance.

Dès 2012, et cela s'est confirmé en 2013, de grands groupes français comme Aéroports de Paris, Essilor, Yves Rocher, Gemalto ont choisi de s'implanter en Turquie, et je les en remercie, avec des acquisitions directes ou de nouveaux investissements.

En 2013, plus de 15 milliards d'euros de contrats ont été conclus, avant même ma visite. C'est vous dire ce que cela va être après la visite. Enfin, c'est ce dont nous avons convenu avec le président puisque nous voulons que nos échanges commerciaux représentent 20 milliards d'euros.

À un moment, il y a eu le problème de savoir dans quelle monnaie nous devions nous prononcer mais vous avez choisi : l'euro. Vous avez bien fait. Nous avons donc cet objectif : 20 milliards d'euros d'échanges commerciaux.

Encore faut-il aussi que nous y associons toutes les entreprises. J'ai emmené avec ma délégation des entreprises de toutes tailles, des grandes, des moyennes et des petites.

Parce que c'est ce qui fait la force d'une économie d'avoir de grands groupes qui sont capables d'être sur les marchés mondiaux, avec une technologie exceptionnelle et nous en disposons de ces grands groupes ici représentés.

Nous avons besoin d'entreprises de tailles intermédiaires qui sont exportatrices avec une qualité de main-d'oeuvre et un niveau d'innovation qui leur permettent de conquérir des marchés. Elles sont là.

Puis nous avons besoin de petites et moyennes entreprises pour les accompagner justement sur les marchés et notamment, ici, en Turquie.

Nous avons marqué, je pense, à travers ce forum, une nouvelle étape. Des accords ont été signés, je pense à celui entre GDF SUEZ et l'EMRA pour un projet de construction d'une centrale électrique, mais aussi aux nombreux contrats que nous avons conclus dans les domaines du transport et de l'énergie.

Mais, je pense que nous devons nous donner des objectifs précis.

Le premier - nous avons parl√© aussi bien avec le pr√©sident G√ľl qu'avec le Premier ministre Erdogan -, c'est dans le domaine de l'√©nergie. La Turquie et la France ont un point commun. Nous sommes deux pays qui n'avons pas de p√©trole, mais qui avons aussi fait le choix de diversifier nos sources d'√©nergie avec une particularit√© g√©ographique pour la Turquie, c'est qu'elle peut √™tre, comme elle l'est sur le plan culturel, mais elle l'est aussi sur le plan √©conomique, un carrefour, ou plus exactement, une zone de passages.

Nous devons donc investir dans l'énergie nucléaire. C'est ce que vous avez fait comme choix, avec notre partenaire japonais, et également dans toutes les nouvelles sources d'énergie : le renouvelable, mais aussi le gaz. Je me félicite de tous ces contrats, notamment concernant ATMEA, c'est-à-dire le nouveau réacteur, parce que ce sera une expérience qui pourra bénéficier à d'autres pays.

J'ai voulu que le commissariat à l'énergie atomique détache à Ankara un conseiller pour faciliter la mise en place de notre coopération en matière d'énergie civile. De la même manière, Ubifrance organisera, dès cette année, un forum spécialisé pour permettre aux PME de la filière nucléaire française de nouer des partenariats avec leurs homologues turcs.

J'ai √©voqu√© le renouvelable, o√Ļ, dans le domaine qui nous est commun de l'environnement, nous devons partager nos exp√©riences.

Dans le secteur des transports, la relation entre la France et la Turquie est très ancienne puisqu'elle a été symbolisée par un train, qui est resté dans toutes les mémoires, c'était l'Orient Express, de 1883 à 1977, qui partait de la Gare de l'Est, à Paris, et qui arrivait à Istanbul. L'objectif de ce train était de prendre le plus de temps possible. On a changé le modèle, maintenant, nous ne faisons plus des trains de nuits très lents, nous faisons des trains à grande vitesse.

La Turquie va créer 10 000 kilomètres de lignes à grande vitesse, et nous avons choisi de répondre à tous les appels que vous pourriez lancer. Alstom a décidé de s'implanter en Turquie pour en faire sa plateforme régionale.

Dans le transport également, les véhicules terrestres, Renault a décidé d'investir depuis longtemps dans une usine de moteurs électriques, et joue parfaitement le jeu que vous attendez d'une grande entreprise française, c'est-à-dire le partage des technologies et de l'innovation.

Dans le domaine de l'aéronautique, vous avez, avec Turkish Airlines, une grande compagnie qui a acheté des avions produits par Airbus. C'est le signe de votre engagement européen. Une partie des avions A350, A380 d'Airbus sont d'ailleurs produits ici, en Turquie par Turkish Aerospace Industries.

Thales, qui a obtenu de nombreux contrats, satellites civils comme militaires, vient de livrer √† Turkish Aerospace Industries un centre de contr√īle de satellites, aussi moderne que celui qu'il a r√©alis√© en France.

Nous voulons également coopérer davantage dans le domaine de la défense. Nous avons commencé de le faire avec l'avion A400M, dont la Turquie est un des principaux partenaires industriels. Cela peut être le point de départ d'une industrie de la défense, que nous pouvons mettre en commun.

Le point essentiel que je voulais évoquer, c'est le choix de l'innovation et de la technologie.

Nous devons regarder non pas l'industrie d'hier, mais celle de demain. Si nous pouvons apporter à l'économie turque une part plus importante de technologies et d'innovation, nous y sommes prêts. Mais nous sommes également conscients que nous devons inventer ensemble un certain nombre de produits industriels que nous pourrions aller porter sur les marchés extérieurs. C'est ce qu'indiquait le président, parce que nous avons la capacité au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique, au Maghreb, de porter ensemble un certain nombre de technologies.

Je sais que beaucoup d'entreprises turques commencent √† regarder le march√© fran√ßais. Ce matin, j'en rencontrais quelques-unes et je leur lan√ßais un appel : ¬ęvenez investir en France¬Ľ. Parce que nous avons aussi toutes les capacit√©s pour vous accueillir, pour vous permettre de cr√©er de la richesse et des emplois. Il y a une communaut√© turque qui existe en France, qui d'ailleurs maintenant est devenue fran√ßaise, et qui peut √©galement vous rassurer sur la mani√®re avec laquelle nous pouvons accueillir des investisseurs turcs.

Mais il y a la question qui a √©t√© pos√©e des restrictions, des visas ; ce n'est pas le seul pays o√Ļ ce probl√®me se pose. J'ai donc donn√©, avec le ministre des affaires √©trang√®res, toutes les instructions pour que les chefs d'entreprise, les cr√©ateurs, les innovateurs turcs qui veulent venir en France puissent pouvoir le faire en toute tranquillit√©, en toute s√©curit√©. Toutes les facilit√©s seront donn√©es.

Je recevrai bient√īt les entreprises qui ont des investissements en France et qui ont leurs si√®ges sociaux dans tous les pays du monde. Je serais heureux, s'il y avait parmi ces entreprises des repr√©sentants de si√®ges sociaux turcs. Je sais que deux ont d√©j√† r√©pondu √† l'appel.

Nous devons donc croiser nos investissements, b√Ętir des alliances, √™tre capables de porter ensemble des technologies vers les march√©s ext√©rieurs.

Je veux terminer pour saluer votre engagement pour les r√©formes. Ces r√©formes sont indispensables. Il y a des r√©formes √©conomiques, nous devons tous en faire, la France en engage en ce moment m√™me, parce que si nous voulons avoir un niveau de croissance √©lev√©, √™tre comp√©titifs, cr√©er des emplois, baisser le ch√īmage, nous devons faire en sorte que, √† ce moment-l√†, nos entreprises puissent avoir toute possibilit√© pour agir, dans le respect, bien s√Ľr, des droits des salari√©s, des travailleurs. Mais avoir la capacit√© et le soutien indispensables, c'est la condition de la croissance, ce sont les r√©formes √©conomiques.

Elles appellent aussi la simplification dans les procédures, le dialogue social, des contreparties qui peuvent être demandées, et c'est légitime, enfin des investissements, une attractivité pour que nos territoires puissent accueillir des entreprises de par le monde.

Mais les réformes, ce ne sont pas que des réformes structurelles pour l'économie, ce sont aussi des réformes démocratiques.

C'est pourquoi, vous regardez aussi vers l'Europe. Il m'a √©t√© plusieurs fois dit combien les Turcs voulaient que les n√©gociations avancent plus vite, m√™me si on ne peut pas en conna√ģtre l'issue. J'ai dit que la France √©tait pr√™te √† ouvrir des chapitres, notamment sur la s√©paration des pouvoirs, les libert√©s fondamentales, les garanties juridiques, parce que ce sera bon pour la Turquie et bon pour l'Europe. Parce que nous portons des valeurs, et nous devons les faire respecter partout, et donc l√†-dessus, sachez bien que l'appui de la France vous sera donn√©.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Chefs d'entreprise, il n'y a de relations politiques que s'il y a la confiance. Il n'y a d'économie prospère que s'il y a la confiance. Nous avons une grande histoire chacun de nos pays. Mais l'influence que nous avons, et je pense à celle que la France doit avoir par le monde, dépend aussi beaucoup de notre force économique. Il n'y a pas de puissance politique sans qu'il y ait de puissance économique.

C'est pourquoi nous devons avoir cette ambition industrielle, productive. C'est celle que nous avons en France, c'est celle que vous portez en Turquie, et c'est pourquoi il était important d'ouvrir une nouvelle étape de notre longue relation qui devient - je le crois - une amitié sincère. Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

 

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4. Turquie - Discours de M. Fran√ßois Hollande devant la communaut√© fran√ßaise √† Istanbul (Istanbul, 28/01/2014)

 

Mesdames, Messieurs,

Mes Chers Compatriotes,

Je termine avec vous cette visite d'√Čtat qui aura dur√© deux jours, qui aura √©t√© une √©tape importante - certains ont dit une parenth√®se qui se refermait... - en tout cas, une volont√© commune entre la France et la Turquie d'aller de l'avant.

Je suis venu avec sept ministres, et des parlementaires qui sont √† la t√™te des groupes d'amiti√©, aussi bien au S√©nat qu'√† l'Assembl√©e nationale, le d√©put√© qui repr√©sente les Fran√ßais de l'√©tranger, de nombreux chefs d'entreprise, des intellectuels... Il fallait avoir une d√©l√©gation qui puisse prendre en compte 22 ans sans visite d'√Čtat, ici en Turquie, d'un pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise ! Je rappelle que, sous la V√®me R√©publique, le g√©n√©ral de Gaulle √©tait venu, c'√©tait en 1968. Puis, bien apr√®s, Fran√ßois Mitterrand en 1992. Nous voici !

Je viens dans un contexte que chacun conna√ģt, ici, et qui peut interroger en Turquie parce que l'aspiration √† la libert√©, √† la d√©mocratie est grande. Je viens aussi dans un contexte √©conomique que vous connaissez, avec une Turquie qui s'est rapidement transform√©e en dix ans et qui aspire √† venir dans l'Union europ√©enne, avec toujours le m√™me d√©bat de savoir si la Turquie est dans l'Europe. Bien s√Ľr que la Turquie est en Europe ! Il y a un processus qui a √©t√© ouvert, c'√©tait en 2004, c'√©tait Jacques Chirac qui repr√©sentait la France et qui l'avait accept√© et m√™me voulu. Dix ans apr√®s, des chapitres ont √©t√© ouverts, d'autres qui ne l'ont pas √©t√© - plus encore sont ferm√©s qu'ouverts. En m√™me temps, cette perspective doit demeurer, sans que l'on puisse encore d√©terminer quelle sera l'issue.

Mais il est de la responsabilit√© de la France de tenir sa parole, c'est-√†-dire de permettre qu'il y ait des chapitres qui s'ouvrent. Nous en avons d√©bloqu√© un. J'ai annonc√© aux Turcs que nous √©tions pr√™ts sur deux chapitres, l'un concernant la s√©paration des pouvoirs, l'ind√©pendance de la justice, l'autre la d√©mocratie et l'√Čtat de droit.

D'ailleurs, les Turcs ont eux-mêmes souhaité que ces chapitres-là soient aussi ouverts. Chacun sera alors devant ses responsabilités. C'est un bon principe : ne pas écarter, ne pas repousser, mettre les uns et les autres devant des choix qui sont des choix pour des décennies.

Il y a toujours des peurs, chaque fois que l'on √©voque la Turquie en France. Certains sont assez habiles - ¬ęhabiles¬Ľ est un mot peut-√™tre exag√©r√©, ¬ęmalins¬Ľ devrais-je dire - pour utiliser ces peurs. Or, je crois que nous ne devons pas avoir peur de la Turquie. Nous devons, au contraire, lui tendre la main comme elle veut, elle-m√™me, prendre une part du chemin que nous avons ouvert en Europe.

Pourquoi ? Parce que, d'abord, je l'ai dit, la Turquie a fait des réformes considérables ces dernières années et vous en avez été les témoins, vous, Chers Compatriotes, qui vivez quelquefois depuis longtemps ici, qui parfois avez la double nationalité. Ces réformes ne sont pas achevées, loin de là, mais la Turquie s'est transformée aussi sur le plan économique. C'est impressionnant pour celles et ceux qui ne viennent en Turquie que pour les vacances ou celles et ceux qui ne voient la Turquie que de loin ou qui pensent que la Turquie, c'était encore un pays en développement...

La Turquie, c'est la 17ème puissance économique du monde avec un rythme de croissance qui, à un moment, a pu atteindre 8, 9 % ! S'il y a un ralentissement, c'est encore autour de 4 % que la croissance est observée, avec des échanges qui ont été multipliés par trois ces dernières années, notamment cette dernière décennie, avec une industrie qui est puissante, notamment dans l'automobile mais également dans le textile. Puis des technologies qui sont devenues ici familières. Je ne parle pas des grands travaux d'infrastructures : tunnel sous le Bosphore, des ponts, des trains... Nous avons parlé de tout cela.

Mais, pour parler d'√©conomie, il fallait d'abord parler politique et c'est ce que nous avons fait, aussi bien avec le pr√©sident de la R√©publique, M. G√ľl, qu'avec le Premier ministre, M. Erdogan. Nous avons √©voqu√© l'histoire, celle qui nous unit, qui nous permet, √† chaque fois, et nous sommes dans un lieu qui en est finalement le produit, qui nous permet d'√©voquer la rencontre au 16√®me si√®cle entre Fran√ßois 1er et Soliman le Magnifique. Mais, l'histoire qui nous unit sans doute celle aussi de nos cultures. J'√©tais il y a encore quelques heures √† Galatasaray. C'est vrai que c'est impressionnant qu'il y ait encore cette universit√©, autrefois lyc√©e, toujours lyc√©e mais qui maintenant a pris une dimension suppl√©mentaire avec l'universit√© qu'avait inaugur√©e Fran√ßois Mitterrand il y a 22 ans.

Mais nous ne pouvons pas en rester là. Nous devons regarder ce que, politiquement, nous pouvons faire ensemble. Il y a des convergences qui existent sur le plan international. Nous sommes préoccupés par la situation en Syrie. Mais, j'ai reconnu aussi que la Turquie faisait un effort considérable pour accueillir des réfugiés, près de 700.000. Nous devons la solidarité à l'égard des Turcs qui, eux-mêmes, en font la démonstration à l'égard des Syriens. Aujourd'hui, nous avons cette Conférence de Genève II qui s'enlise avec le risque d'une guerre qui peut encore produire son lot de massacres, d'exactions sans que les armes chimiques ne soient utilisées puisqu'elles vont être détruites. Il a fallu la pression et la menace pour en arriver là mais il y a d'autres armes qui tuent et qui tuent toujours les mêmes, c'est-à-dire les civils.

Puis, il a aussi ces risques d'extrémisme que nous connaissons bien et qui font qu'il peut y avoir aussi des filières djihadistes qui s'organisent et qui peuvent passer par la Turquie. Vous avez vu ces deux jeunes adolescents qui venaient de Toulouse, que l'on a récupérés, j'en remercie les autorités turques et que l'on a ramenés. Mais cela en dit long aussi sur l'entreprise de manipulation des esprits qui peut conduire des jeunes qui n'ont rien à y faire en Syrie.

Nous avons donc sur ce point-l√† des objectifs communs avec nos amis turcs et nous avons avanc√© aujourd'hui au cours de cette visite d'√Čtat.

Il y a les relations économiques qui supposent que l'on soit là-aussi clair. Nous devons faire des partenariats, pas simplement proposer nos marchandises. J'ai été moi-même surpris - mais j'étais quand même informé - que notre part de marché qui, il y a dix ans en Turquie était de 6 % était tombé pour les raisons que l'on sait et qui ne sont pas qu'économiques à 3 % des parts de marché.

Il y a donc toute une relance √† op√©rer. C'√©tait tr√®s important qu'il y ait ces chefs d'entreprise fran√ßais qui m'aient accompagn√©. Nous avons eu des rencontres avec des chefs d'entreprise turcs et ce forum √©conomique ce matin qui, je crois, est prometteur dans des domaines tr√®s importants : de l'√©nergie, m√™me nucl√©aire puisqu'un contrat a √©t√© sign√© pour une construction de centrale mais aussi d'autres sources d'√©nergie : le gaz et les √©nergies renouvelables. C'est un domaine essentiel o√Ļ nous pouvons partager la technologie. Nous y sommes pr√™ts. Il y a le domaine des transports. Je ne vais pas vous faire la liste, des lignes de TGV que nous voulons ouvrir avec nos amis turcs. Il y a le domaine de l'agroalimentaire o√Ļ nous devons lever un certain nombre de barri√®res ou d'obstacles. Il y a aussi tout ce qui a trait aux nouvelles technologies que nous devons mettre en oeuvre. Ce qui est le cas aujourd'hui. Nous avons sign√© un contrat pour les satellites.

Vous y contribuez √† ces succ√®s possibles. Il y a ici des cadres d'entreprises, des techniciens, des employ√©s qui se d√©vouent pour que justement maintenant dans ce nouveau contexte politique, dans ce nouveau climat qui a √©t√© ouvert par cette visite d'√Čtat, nous puissions, vous puissiez faire valoir toute la technologie, l'excellence fran√ßaise.

Rien ne serait néanmoins possible s'il n'y avait pas aussi les services qui doivent être apportés à la communauté française. Vous êtes 8.000, enfin, pas tous ici rassemblés, mais 8.000 ressortissants français, beaucoup à Istanbul. Je sais que cette communauté, l'ambassadeur me l'a rappelé, la consule aussi - je salue aussi les consuls honoraires -, cette communauté ne cesse d'augmenter. C'est très important. On se dit souvent mais pourquoi faut-il qu'il y ait autant de Français qui vivent à l'extérieur ? Ils ne vivent à l'extérieur que pour le bénéfice du pays, sauf quelques cas particuliers, mais qui sont exceptionnels. Pour le reste, ces Français de l'étranger, vous, vous contribuez au développement de la France, à la promotion de la France, à l'idée de la France, aux produits français. Dans tous les domaines. Je sais que vous représentez de nombreux secteurs d'activité. Mais il faut aussi des services et notamment des établissements scolaires.

Chaque fois que je dis √©tablissements scolaires, il y a toujours une voix qui dit : ¬ęah¬Ľ. G√©n√©ralement, c'est soit un enseignant, c'est possible, soit un parent d'√©l√®ve. Cela peut √™tre les deux √† la fois. Parce que c'est vrai que c'est √† la fois de tr√®s beaux √©tablissements. Ici, c'est le lyc√©e Pierre Loti, je salue aussi ce que l'on appelle les ¬ęSaints¬Ľ, tous ces √©tablissements de congr√©gation qui font valoir l'enseignement en fran√ßais.

C'est une chance d'avoir ces √©tablissements de tr√®s grande qualit√©. Je salue donc le personnel enseignant, tous les personnels qui s'y d√©vouent et qui sont exceptionnels. J'ai aussi rencontr√© les enseignants de Galatasaray qui font aussi un travail remarquable, mais il y a un probl√®me pour les parents compte tenu des frais de scolarit√© que cela repr√©sente, d'o√Ļ la question des bourses qui est repos√©e, les nouveaux calculs, pour faire en sorte que nous puissions offrir √† tous ceux qui, Fran√ßais, veulent mettre leurs enfants dans les √©coles fran√ßaises les meilleures conditions.

Mais nous avons aussi le devoir d'accueillir des enfants des familles turques ou des familles d'autres nationalit√©s. C'est aussi ce qui permet la promotion de la France avec cette ambition qui est la n√ītre, la francophonie qui n'est pas simplement une nostalgie.

La langue française doit être parlée. La langue française va être de plus en plus parlée, doit être de plus en plus parlée, parce qu'elle est aussi un principe de diversité culturelle, parce que c'est un instrument de liberté, l'affirmation de valeurs. Cela porte la culture. Ce qui me permet aussi de saluer les Instituts qui travaillent ici à Istanbul pour la promotion de nos créations, de nos spectacles, de notre cinéma, mais aussi l'archéologie, une grande tradition française, ici à Istanbul, et plus largement en Orient.

Voilà ce que j'étais venu vous dire. Je pense que cette visite est importante, qu'elle devra être suivie d'autres. Je pense à des visites ministérielles qui vont se succéder, à des visites également de délégations d'entreprise. Nous devons multiplier les échanges.

J'ai √©galement adress√© un message aux entrepreneurs turcs. Je leur ai dit : c'est bien que nous venions investir, on doit le faire davantage encore, il y a d√©j√† 450 entreprises fran√ßaises ici mais il peut y en avoir d'autres. C'est bien que vous veniez aussi investir en France parce que vous √™tes une grande √©conomie et vous avez vocation √† √™tre sur les grands march√©s et notamment les n√ītres, y compris par rapport √† votre aspiration √† venir dans l'Europe. Venez investir en France. Je pense que ce message a √©t√© entendu.

Pendant que j'√©tais ici en Turquie pour cette visite, il y avait les chiffres du ch√īmage qui √©taient publi√©s. Le ch√īmage a augment√© de 2008 √† 2012 d'un million. Un million. Et il a continu√© √† augmenter encore en 2013. Plus de 170 000. C'est beaucoup.

La fin de l'ann√©e traduit une stabilisation mais nous n'avons pas r√©ussi dans l'ann√©e 2013 √† faire diminuer le ch√īmage, √† en diminuer le rythme d'augmentation. √Ä en stabiliser le niveau, oui, en cette fin d'ann√©e, mais pas √† le faire diminuer. Nous y avions mis les moyens n√©cessaires et nous continuerons √† les mettre en termes d'emplois aid√©s, de contrats pour les jeunes, contrats de g√©n√©ration, emplois d'avenir, de formations. Mais, nous ne pourrons faire diminuer le ch√īmage, nous ne pourrons le faire baisser dans les prochains mois que s'il y a de la croissance.

La croissance, comment s'obtient-elle ? Elle s'obtient avec le maintien d'une demande int√©rieure, de consommation mais surtout d'investissements. Nous avons besoin d'investissements. Comment se fait la croissance ? Elle se fait sur les march√©s europ√©ens. C'est l√† que nous faisons l'essentiel de notre commerce ext√©rieur. La croissance se fait aussi sur les march√©s que l'on appelle ¬ętiers¬Ľ, ¬ęouverts¬Ľ comme celui de la Turquie.

Nous devons donc être compétitifs, faire le choix de l'innovation, de la technologie, de la recherche. Choisir les secteurs, c'est ce que nous faisons, avec le ministre du redressement productif, qui sont les plus porteurs pour l'avenir et que nous pouvons conduire pendant des années. Mais, en attendant, il faut que nos entreprises puissent être capables de tenir le choc de la sortie de crise parce que nous sortons de la crise.

Alors, le ch√īmage, nous le ferons baisser √† la seule condition que nous nous mobilisions tous. C'est pourquoi j'ai propos√© aux entreprises le pacte de responsabilit√© et aux partenaires sociaux d'en n√©gocier les contreparties, parce que c'est ce qui nous permettra de nous retrouver tous derri√®re un objectif commun, d'avoir une croissance sup√©rieure √† celle qui est pr√©vue, de redonner confiance et espoir parce que c'est ce qui fait qu'une Nation peut √™tre plus grande qu'on ne le croit.

Il y a toujours cette question qui taraude, peut-être ici aussi bien de nos compatriotes, est-ce que l'on est encore une grande Nation ? Est-ce que l'on peut réussir ? Est-ce que l'on va s'en sortir ? Est-ce que l'on est capable d'être au meilleur niveau ? Oui. Si nous nous mobilisons tous.

Le sommet de l'√Čtat doit √™tre toujours en action. Bien s√Ľr le gouvernement parce c'est sa responsabilit√©. Tous les √©lus qui doivent se sentir concern√©s. Mais d'abord et avant tout les Fran√ßais eux-m√™mes, les acteurs √©conomiques, les entreprises.

Je ne cherche pas à faire des cadeaux aux entreprises, pas plus que les entreprises ne veulent faire de cadeaux au gouvernement. Je ne le crois pas. Il ne s'agit pas de cela. Il s'agit de faire un pacte, un contrat ensemble. Moins de charges, de cotisations, moins de complexité et en même temps plus d'emplois. Il ne s'agit pas de rentrer dans une espèce de logique comptable. Simplement dans une logique de confiance.

C'est pourquoi ce que vous faites ici contribue à ce pacte de responsabilité. Nous sommes tous dans ce même engagement, dans cette même entreprise. L'entreprise France. C'est la seule qui vaille pour que l'on puisse demain, nous aussi, être à la fois à la hauteur de notre propre histoire, capable de parler aux autres, de n'avoir peur de rien et de savoir que la France peut être encore plus grande demain. Merci d'y contribuer, ici en Turquie. Vive la République et vive la France !./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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5. Turquie - Discours devant les √©tudiants de l'Universit√© de Galatasaray de Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique (Istanbul, 28/01/2014)

Monsieur le Recteur,

Monsieur le Président de la fondation,

Mesdames, Messieurs les Ministres, Parlementaires et Amis de Galatasaray,

Je suis dans un lieu qui est un symbole. Le symbole de l'amitié entre la France et la Turquie. Vous avez rappelé, Monsieur le Recteur, qu'en octobre 1968, le Général de Gaulle était venu célébrer le centenaire de la création du lycée. Il avait, à ce moment, délivré lui aussi une allocution. Il avait dit combien ce lycée était le fruit de l'Histoire, et qu'il avait fallu une passion commune, celle de l'Empire Ottoman, mais aussi de l'Empire français, puisque c'était Napoléon III, et son ministre Victor Duruy, qui avaient été à l'origine de ce qu'est devenu Galatasaray.

Il avait aussi dit aux étudiants que, ce qu'il attendait d'eux, ce n'était pas simplement le partage d'une langue -la langue française-, d'une culture, particulièrement riche, pas simplement d'avoir des études de littérature ou de droit mais qu'il fallait faire confiance dans la science.

Le Général de Gaulle avait annoncé aux autorités turques que la France était capable de fournir, déjà à cette époque, sa technologie. Je n'ai rien à retirer à cette intervention du Général de Gaulle. Mais, depuis 1968, la Turquie a connu une très grande transformation. Si nous pouvons ouvrir aujourd'hui une nouvelle étape de notre relation, c'est parce que nous sommes conscients que nous allons écrire les pages industrielles de demain.

Puis, en 1992, François Mitterrand, président de la République, est aussi venu à Galatasaray. Il ne s'agissait plus du lycée mais de l'université. François Mitterrand avait souhaité que, là encore, il puisse y avoir le partage de l'excellence entre nos deux pays.

À mon tour, 22 ans après, je suis là, toujours à Galatasaray. Vous allez me dire : c'est un passage obligé. Non, c'est un bonheur partagé que d'être là, avec des intellectuels, des professeurs de renom, et aussi une génération d'étudiants, étudiants turcs voulant apprendre en français ; étudiants français venant découvrir la Turquie et partager ses expériences.

Nous sommes ici dans un lieu, je l'ai dit, chargé d'histoire. Car à Istanbul, de nombreux intellectuels français, auteurs sont venus pour trouver l'inspiration : Chateaubriand, Flaubert, Lamartine, Pierre Loti, Jean Cocteau. Mais nous avons eu aussi à accueillir, en France, de grands écrivains qui étaient aussi passés par le lycée et maintenant par l'université.

Vous l'avez rappel√©, Monsieur le Pr√©sident, ce lieu de savoir et de connaissance, de formation, produit les √©lites de la Nation turque. Gr√Ęce √† vous, gr√Ęce √† votre enseignement, je constate que parmi les responsables politiques, parmi les dirigeants d'entreprises, parmi un certain nombre de journalistes et d'intellectuels, la langue fran√ßaise est parl√©e. Je vous remercie donc de contribuer √† la francophonie.

Je veux aussi saisir cette occasion pour dire combien il y a, depuis 20 ans, un changement considérable qui s'est produit en Turquie. Changement économique, avec des succès commerciaux, industriels. Changement politique aussi, avec l'exigence démocratique qui s'est à chaque fois rappelée. S'il y a eu autant de changements, c'est parce qu'il y a eu une confiance qui a été faite dans l'enseignement, l'éducation, le savoir, la connaissance. Les universités turques se sont ouvertes à de plus en plus d'étudiants. Il y en a, je crois, près de 4 millions aujourd'hui. C'est dire si cet investissement a été remarquable.

Pour vous, ici, je veux avoir une attention toute particulière car vous avez choisi de faire vos études en français. La langue française, je le rappelle chaque fois que j'en ai l'occasion, n'est pas la propriété de la France. C'est un bien que nous mettons à la disposition du monde entier. C'est aussi une culture, des valeurs qui sont transportées par cette langue, portées par ce qu'elle a façonné au cours de son histoire, c'est-à-dire des principes qui nous rassemblent, la liberté, le pluralisme, la dignité de la femme et de l'homme.

C'est pourquoi nous sommes si attachés, et vous, et nous, à ce que l'on appelle l'exception culturelle, qui n'est pas là non plus une façon de nous protéger mais, au contraire, une façon de partager ce que nous pouvons mettre en commun, c'est-à-dire notre diversité, notre pluralité.

Je sais aussi combien vous √™tes friands de culture et que vous portez, vous aussi, ce m√™me attachement √† la cr√©ation, dans la litt√©rature, dans le cin√©ma, dans le th√©√Ętre. Vous avez produit de grandes oeuvres, et je veux ici saluer Orhan Pamuk distingu√© par le prix Nobel, comme de grands cin√©astes comme Fatih Akin.

Vous l'avez rappelé, Monsieur le Recteur, 22 ans que vous n'aviez pas vu à Galatasaray un président de la République. Puisque tous les présidents de la République française passent par Galatasaray, vous pouvez, vous, faire oeuvre d'historien, vous datez.

22 ans, cela peut para√ģtre beaucoup, trop, mais √† l'√©chelle de l'histoire, ce n'est rien. Je le rappelais devant le Pr√©sident G√ľl, nos relations diplomatiques remontent au 16√®me si√®cle. Nous avons donc tant d'ann√©es de patrimoine commun que nous pouvons parfois suspendre le temps.

Mais je veux le rattraper car je considère que la France et la Turquie ont beaucoup à faire ensemble.

D'abord parce que je reconnais ce que la Turquie a comme atouts. J'ai cité son économie, j'y reviendrai, mais je veux parler de sa jeunesse. Votre pays est le plus jeune du continent européen. La moitié de la population a moins de 30 ans. J'ai rappelé que votre pays comptait 4 millions d'étudiants. Cette jeunesse, comme toute jeunesse, est ardente. Elle est exigeante, elle est dynamique, et elle l'a montré au cours de ces derniers mois. C'est un signe de maturité démocratique.

Je rappelais que le G√©n√©ral de Gaulle √©tait venu en octobre 1968. Il y a donc des traditions qui se perp√©tuent. Mais c'est aussi une responsabilit√©, vous, les jeunes, que vous exprimez, celle de faire entendre √† la fois vos aspirations, vos inqui√©tudes, vos esp√©rances. En France aussi il y a le m√™me message qui est toujours une interrogation sur l'avenir. Quelle est la place qui va √™tre donn√©e √† la g√©n√©ration qui vient ? Quel est le destin qui lui est propos√© ? Quelle est la capacit√© qu'a une soci√©t√© de faire que la jeunesse puisse avoir l'id√©e qu'elle vivra mieux que ses propres parents ? C'est cette responsabilit√© qui p√®se sur nous, dans nos pays respectifs. Il n'y a pas d'autre choix que de faire celui de l'√©ducation, de la connaissance, de la formation. Non pas que cela donne forc√©ment droit √† un dipl√īme d'abord, et puis ensuite √† un m√©tier mais le premier devoir d'une Nation, d'une R√©publique, c'est d'√™tre capable d'offrir √† sa jeunesse toutes les conditions pour r√©ussir son destin et son avenir.

En France, nous avons fait ce choix, nous l'avons fait depuis longtemps. Cela a été la promesse républicaine. Mais nous l'avons fait encore récemment en donnant plus de moyens à l'école, en faisant en sorte que nos universités, notamment à travers une nouvelle loi sur l'enseignement supérieur, puissent avoir une autonomie mais aussi une capacité pour avoir davantage de liens avec la recherche, avec les entreprises, et permettre qu'il y ait, pour les étudiants, une possibilité supplémentaire de réussir. Nous avons même augmenté le nombre de bourses, de façon à ce que les moins favorisés puissent aussi avoir toutes les conditions pour suivre un enseignement supérieur. Cela, c'est le premier devoir.

Ensuite, nous en avons un autre qui est d'assurer un emploi. Je dis bien un emploi parce qu'il ne peut pas y avoir plus grande frustration pour une jeunesse que d'être formée et de ne pas trouver, dans un délai raisonnable, un emploi durable.

Cette responsabilit√© p√®se sur tous les gouvernements, et sur le mien en particulier, parce que nous ne devons pas simplement diminuer le nombre de ch√īmeurs, c'est une obligation, qui vaut notamment pour les jeunes. C'est difficile quand il n'y a pas de croissance mais nous devons faire en sorte que ceux qui ont fait l'effort de se former puissent acc√©der √† un emploi qui puisse √™tre durable et qui leur offre une perspective d'√©volution.

Cette jeunesse, ici en Turquie, peut trouver des signes de confiance d√®s lors que la croissance est forte. Mais on conna√ģt aussi les al√©as, les soubresauts, nul n'est √©pargn√© par les crises. C'est pourquoi nous devons travailler ensemble.

Je sais votre attachement √† la perspective europ√©enne. D'abord parce que l'union douani√®re, √† laquelle la Turquie participe depuis 1996, n'est pas sans rapport avec le succ√®s √©conomique qui √©tait le v√ītre. Ensuite parce que, √† juste raison, vous pensez que les n√©gociations qui peuvent conduire, un jour, si les peuples en d√©cident, √† l'adh√©sion, que ces n√©gociations peuvent √™tre des instruments suppl√©mentaires d'ouverture, de d√©mocratisation, de garanties, d'√Čtat de droit, de libert√©s, mais aussi de d√©veloppement, de modernisation.

C'est pourquoi la France veut ouvrir de nouveaux chapitres pour la négociation, sans préjuger de son issue mais permettant ainsi à ce que des chapitres, notamment ceux sur la séparation du pouvoir et l'indépendance de la justice puissent permettre à la Turquie et à l'Europe de cheminer ensemble.

Je sais que vous avez confiance dans la France, aujourd'hui, pour permettre ces évolutions. Parce que la France porte des valeurs. Pas simplement pour l'Europe, pas simplement dans l'Europe mais pour l'ensemble du monde. Ce que nous demandons à tous les pays, ce sont les mêmes principes que ceux que nous voulons pour l'Europe.

Comment distinguer ? Pourquoi séparer ? Ce que nous avons en commun, l'humanité toute entière, ce sont des principes et des valeurs qui valent partout, au-delà de ce que l'on appelle les civilisations, qui dépassent les religions, et qui nous permettent de croire que le monde sera meilleur. C'est le combat que toute jeunesse doit poursuivre et doit engager partout dans le monde.

De ce point de vue, au moment o√Ļ je parle, la Tunisie, qui a √©t√© le premier pays √† conna√ģtre ce que l'on avait appel√© ¬ęles Printemps arabes¬Ľ qui se sont un peu assombris depuis-, la Tunisie vient d'adopter une Constitution, montrant par-l√† m√™me, une nouvelle fois, ce que j'avais dit moi-m√™me √† Tunis, que islam et d√©mocratie sont conciliables. Il peut y avoir, pour un pays qui a son histoire, ses traditions, une capacit√© √† faire le choix de la d√©mocratie, jusqu'au bout.

Il √©tait important que je vienne ici en Turquie apr√®s tant d'ann√©es, o√Ļ nous ne nous √©tions pas parl√©s aussi franchement, et o√Ļ, parfois, des malentendus ont pu exister, notamment par rapport √† l'histoire.

C'est toujours une t√Ęche douloureuse que de regarder sa propre histoire. Elle peut √™tre glorieuse, elle peut √™tre parfois plus sombre. Nul pays n'est √† l'abri de d√©bats qui traversent un moment une soci√©t√© par rapport au pass√©, par rapport √† l'histoire.

Nous allons cette année commémorer la Première guerre mondiale. Ce que l'on appelle la Grande guerre et qui a eu son lot de massacres, de tragédies, et qui vont nous obliger les uns, les autres, à revenir sur cette période, y compris les évènements de 1915.

Vous connaissez la position de la France, et je ne dirais pas des choses différentes de celles que j'exprime à Paris, mais, en même temps, je pense que tout doit être regardé en face parce qu'un peuple qui fait cet effort se grandit, à ses yeux et aussi aux yeux des autres.

Je sais aussi que nous sommes deux grands pays, la France et la Turquie, qui ont la prétention de peser sur la sécurité et la paix dans le monde. En ce moment, c'est vers la Syrie que nous tournons nos regards. Mais vous, en plus de regarder ces exactions et ces massacres, vous accueillez aussi des réfugiés en grand nombre. J'ai salué l'effort du peuple turc de solidarité à l'égard de ces familles qui viennent ici chercher secours et protection.

Là encore, nous devons agir ensemble parce que nous sommes solidaires de l'effort que vous faites et des risques qui peuvent déstabiliser l'ensemble de la région. Je ne pense pas simplement à la Turquie, je pense aussi au Liban, je pense à la Jordanie, je pense à tout ce qui peut à un moment être un embrasement général. Nous devons agir, nous l'avons fait, d'abord en pesant autant qu'il a été possible, y compris pour la France avec une menace directe d'actions quand nous avons appris que les armes chimiques avaient été utilisées par le régime syrien pour, hélas, assassiner des civils, femmes et enfants compris.

Nous avons aussi fait en sorte de d√©truire cet arsenal chimique. Cela sera l'action d'une organisation qui est d√©di√©e √† cette t√Ęche. Mais nous n'en avons pas termin√©. On tue avec des armes qui ne sont pas chimiques mais on tue et on tue de plus en plus en Syrie.

Nous devons alors faire en sorte que cette conf√©rence de Gen√®ve 2 puisse revenir sur son seul sujet, c'est-√†-dire la transition, le d√©part de Bachar Al Assad et la constitution d'une √©quipe nouvelle qui puisse permettre des √©lections en Syrie. Quand on parle d'√©lections en Syrie, cela para√ģt presque improbable, impossible, et pourtant, nous avons montr√© dans d'autres r√©gions du monde que lorsqu'il y a une volont√©, lorsqu'il y a une mobilisation internationale, nous pouvons aller plus vite que l'on ne le croit, le plus souvent vers une issue d√©mocratique.

Je sais aussi que nous avons dans l'OTAN une singularité, la France et la Turquie. Nous voulons garder à la fois la fidélité à nos alliances mais également notre autonomie stratégique. J'ai dit aux autorités turques que nous étions prêts à coopérer en matière de défense.

Nous avons surtout ouvert, au cours de cette visite d'√Čtat, beaucoup de sujets √©conomiques. J'y reviendrais tout √† l'heure parce que je participe √† un forum √©conomique avec des chefs d'entreprise turcs et des chefs d'entreprises fran√ßais. Je souhaite que nous puissions √©lever le niveau de nos √©changes, c'est-√†-dire faire en sorte que nous puissions, dans des domaines comme l'√©nergie, comme les transports, comme l'agroalimentaire, et dans beaucoup d'autres secteurs, partager notre technologie, nouer des alliances et √™tre capables de conqu√©rir ensemble, Fran√ßais et Turcs, des march√©s ext√©rieurs.

Je veux terminer sur l'enjeu de la Méditerranée, parce que nous le partageons. Il n'y a qu'une chose que l'on ne peut pas changer dans un pays, aucune réforme structurelle ne peut permettre de bouleverser, c'est la géographie. Il se trouve que nous sommes à l'Ouest de l'Europe. Vous êtes à l'Est. Nous avons toutes raisons de penser que rien ne changera de ce point de vue.

Nous sommes rassur√©s sur l'√©tat de sant√© d'Ilber Ortayli qui est un grand historien et dont les oeuvres, gr√Ęce √† la presse fran√ßaise aujourd'hui pr√©sente, seront maintenant davantage connues, √† cause h√©las de cet incident.

Mais, je vais terminer mon propos sur ce que la M√©diterran√©e nous fait obligation, c'est-√†-dire vivre ensemble. Cette M√©diterran√©e que vous appelez ¬ęla mer blanche¬Ľ, doit √™tre le champ o√Ļ la France et la Turquie doivent coop√©rer encore davantage et qui lie nos deux pays, qui leur donne une responsabilit√©. Aujourd'hui, je l'ai dit, nous devons accompagner les transitions, faire que les aspirations des peuples puissent trouver leur issue dans le respect des droits fondamentaux et de la d√©mocratie, et faire de la M√©diterran√©e - c'est ce que la Turquie et la France doivent d√©cider ensemble - un espace de rencontres, d'√©changes, de paix et donc de s√©curit√©.

Cela va bien au-delà de l'Europe, et c'est ce qui doit nous unir parce que, ici à Istanbul, vous êtes la rencontre, le pont entre les différentes civilisations. C'est là que différents peuples et trois religions ont cohabité, de Byzance à Constantinople et Istanbul.

Ici, il est impossible de ne pas penser au mot de Joseph Brodsky qui disait en parlant d'elle, d'Istanbul, qu'il n'y a aucun endroit au monde o√Ļ la g√©ographie suscite autant l'histoire. C'est cette histoire que nous devons continuer √† √©crire avec vous dans ce carrefour o√Ļ les empires, les cultures, les civilisations, les religions, l'Europe et l'Asie se sont retrouv√©s. Dans ce carrefour qui regarde l'avenir avec confiance.

Au bord du Bosphore, o√Ļ nous sommes, bord√©s par deux mers de rencontre, la Mer noire et la M√©diterran√©e, cette union, √ī combien symbolique entre les continents, entre l'Orient et l'Occident, vous l'avez r√©alis√© physiquement avec le Tunnel Marmaray qui relie d√©sormais l'Europe et l'Asie.

Ce lien d√©sormais physique est un symbole, dans cette ville d'Istanbul qui est devenue l'un des grands rep√®res du monde et qui incarne l'un de ces lieux o√Ļ la mondialisation, si elle est ma√ģtris√©e, si elle est r√©gul√©e, s'enrichit des identit√©s et des cultures, invente de nouveaux √©changes, porte des aspirations.

C'est en venant ici que l'on a moins peur de cette rencontre.

C'est là dans cette ville particulière, symbolique, que nous pouvons porter l'espérance.

C'est ce message que je voulais d√©livrer ici devant vous √† Galatasaray, ce lieu o√Ļ l'intimit√© entre la France et la Turquie s'incarne dans un mot, un seul mot qui s'appelle ¬ęla culture¬Ľ.

Merci chers amis pour votre accueil./.

(Source: site internet de la présidence de la République)

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6. Turquie - Remise des insignes de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres √† Mme Candan Ercetin - Discours de M. Fran√ßois Hollande, pr√©sident de la R√©publique (Istanbul, 28/01/2014)

Je vais remettre, √† l'occasion de ma visite ici, √† Galatasaray, les insignes de Chevalier des Arts et des Lettres √† Candan Ercetin, qui nous a fait la gr√Ęce, le plaisir, le bonheur de chanter hier √† l'occasion du d√ģner d'√Čtat. Les deux qui √©taient les plus connues ici √©taient ¬ęJe ne regrette rien¬Ľ et ¬ęTombe la neige¬Ľ. Tout le monde connaissait, √† d√©faut des paroles, au moins la musique.

Mais vous, vous parlez notre langue. Vous vous exprimez aussi bien en français qu'en turc et votre répertoire est à la fois celui des chansons françaises les plus connues et également des chansons traditionnelles turques.

√Ä travers vous, je veux aussi saluer la communaut√© universitaire et le lyc√©e de de Galatasaray car, comme tous les talents, vous en sortez. D'ailleurs, chaque fois que je rencontrerais maintenant un Turc, dans quelques responsabilit√©s qu'il ait, je lui demanderai : ¬ęvous √™tes de Galatasaray, vous ?¬Ľ. Peut-√™tre qu'il me chantera une chanson.

Vous incarnez donc l'excellence de la filière francophone de Galatasaray. Vous avez, vous aussi, une histoire personnelle. La Turquie est votre pays d'accueil puisque vous veniez d'Albanie, originaire du Kosovo, par vos grands-parents.

√Ä l'√Ęge de 11 ans, vous quittez votre famille et votre ville natale en Thrace pour rejoindre Istanbul o√Ļ vous entrez comme interne au lyc√©e de Galatasaray. Vous n'√©tiez pas n√©e au moment o√Ļ le G√©n√©ral de Gaulle est venu et vous √©tiez tr√®s jeune au moment o√Ļ Fran√ßois Mitterrand √©tait l√†. Vous avez donc attendu 22 ans que je sois l√† aujourd'hui !

Que l'on ne s'y trompe pas, vous n'avez pas redoublé pendant 22 ans pour rester au lycée et à l'université. Vous avez mené votre carrière, le chant, avec de nombreux albums, des chansons que vous composez vous-même. Le cinéma, la télévision, l'enseignement parce que vous continuez également à transmettre, notamment pour les jeunes les plus défavorisés et pour les personnes handicapées.

Vous êtes une artiste, distinguée par de nombreux prix et disque d'or, reconnue pour votre humanité, connue pour votre francophonie. Autant de raisons qui justifient la décoration que je vais vous remettre aujourd'hui !

La France t√©moigne, √† travers cette distinction qui vous est d√©cern√©e, de sa reconnaissance pour les g√©n√©rations d'artistes, d'intellectuels turcs, francophones qui depuis cinq si√®cles ont √©t√© les passeurs entre nos deux pays, entre nos deux peuples. La R√©publique reconna√ģt donc votre parcours, votre talent mais aussi votre lyc√©e. Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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7. Syrie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1¬Ľ (Paris, 30/01/2014)

Q - À Genève, il y avait deux délégations syriennes, Bachar Al-Assad et les opposants se parlent, est-ce qu'elles vont finir par s'accorder sur un cessez-le-feu ?

R - Difficile pour le moment...

Q - Au moins pour que l'action humanitaire sauve les Syriens de la famine, de la maladie et de la mort !

R - Voilà, c'est la priorité. C'est la priorité, parce qu'il ne faut pas oublier que tous les jours, il y a des dizaines et des dizaines de morts en Syrie - même si on en parle beaucoup moins, parce que les journalistes sont menacés. C'est une situation abominable.

J'ai particip√© √† la conf√©rence de Gen√®ve, et c'√©tait absolument manifeste : d'un c√īt√©, vous avez les hommes de Bachar Al-Assad dont l'objectif est de prot√©ger son clan ; et de l'autre, vous avez l'opposition mod√©r√©e qui veut prot√©ger le peuple syrien.

Q - Alors, qu'est-ce qu'on fait ? L'autre, il reste en place ?

R - On a pouss√© pour qu'il y ait une discussion, elle a lieu, mais elle ne donne pas grand-chose jusqu'ici ; il faut acc√©l√©rer, notamment sur le plan humanitaire, et si les Russes, les Iraniens et les Syriens, etc., ne bougent pas, il faut r√©-envisager d'aller devant l'ONU pour dire : ¬ęl'humanitaire d'abord¬Ľ. Il est inadmissible que des dizaines et des dizaines de gens, tous les jours, qui n'ont absolument rien fait, soient tu√©s.

Q - Autrement dit, cela va être long, mais la solution, elle reste politique pour vous ?

R - Oui, il n'y a pas d'autre solution que politique (...)./.

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8. Iran - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1¬Ľ (Paris, 30/01/2014)

Q - Avec l'Iran, les négociations reprennent mi-février, à New York.

R - Oui.

Q - Sur l'accord de six mois et sur le nucléaire militaire. Est-ce que vous croyez que les Iraniens vont vraiment renoncer à construire la bombe et...

R - Je n'en sais rien. La première partie de l'accord que nous avons négociée est bonne et on est en train de l'appliquer. Mais elle ne dure que six mois.

La deuxi√®me partie, cela va √™tre le moment de v√©rit√©. Est-ce que les Iraniens sont pr√™ts √† accepter la perspective d'aller vers le nucl√©aire militaire ou bien est-ce qu'ils disent simplement ¬ęon reste au niveau du seuil¬Ľ ?

La France est ferme, mais bien s√Ľr, nous voulons une solution qui serait positive pour la s√©curit√©.

Q - Mais est-ce que vous avez confiance en Hassan Rohani ?

R - J'ai adopté une attitude depuis que je suis aux affaires étrangères, la question n'est pas de savoir si vous avez confiance ou pas dans les gens qui sont encore en face de vous, la question est de faire en sorte qu'ils ne puissent pas vous tromper, et pour cela, il faut prendre des garanties (...) ./.

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9. Ukraine - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1¬Ľ (Paris, 30/01/2014)

Q - L'Ukraine est au bord de la guerre civile, c'est l'un des chefs de l'opposition qui le dit, les pro-Européens marquent des points, l'Union européenne doit-elle les encourager, les pro-européens, alors que Vladimir Poutine dénonce l'ingérence étrangère, y compris l'ingérence russe, quand il le dit, est-ce que vous le croyez ?

R - Je suis en contact avec les responsables du gouvernement, dont le ministre des affaires étrangères ukrainien et avec les responsables de l'opposition. Il faut essayer de faire tout ce qu'on peut - et la France y contribue, l'Allemagne aussi et d'autres - pour rétablir un dialogue. On ne va pas aller vers la guerre civile.

Cela veut dire que ce n'est pas soit l'Europe soit la Russie. La g√©ographie est ce qu'elle est ! La Russie est √† c√īt√© de l'Ukraine, l'Union europ√©enne est √©galement √† c√īt√© de l'Ukraine. Donc il faut trouver des moyens d'en sortir. C'est ce qui est en train d'√™tre discut√©. Il y a d√©j√† eu une bonne chose, les lois dites sc√©l√©rates ont √©t√© report√©es, mais l'amnistie n'est pas compl√®te. On ne sait pas exactement si et quand vont avoir lieu des √©lections... Il faut dialoguer, il n'y a pas d'autre solution...

Q - Est-ce que vous recommandez de ne pas s'en mêler, qu'il y a trop de risques à s'en mêler ?

R - Non, s'en mêler, c'est un mot un peu général. Cela nous concerne, parce qu'il y a des hommes et des femmes qui sont en train d'être tués, parce qu'il y a un régime qui est en grande difficulté et des exactions de toutes sortes. Donc on ne peut pas dire : cela ne nous regarde pas. Mais il faut le faire sans avoir à choisir entre la Russie ou l'Europe, il faut trouver les chemins du dialogue (...) ./.

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10. Libye - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1¬Ľ (Paris, 30/01/2014)

(...)

Q - En revanche, vous êtes inquiet sur l'Irak et surtout la Libye. Simplement, dites-nous ce que vous pensez de ce qu'on entend : que l'ONU aurait autorisé les Occidentaux à des opérations militaires prochaines en Libye, c'est vrai ? C'est faux ?

R - Non, c'est inexact. En revanche, la situation en Libye est tr√®s difficile parce qu'il y a beaucoup d'armes, parce qu'il y a beaucoup de tribus, parce que l'√Čtat a du mal √† imposer son autorit√©. Et donc il faut √™tre extr√™mement vigilant.

Q - Vous êtes inquiet ?

R - Oui, je suis inquiet, de même que les Algériens, de même que les Tunisiens, de même que les Américains, de même que les Italiens. Donc il faut aider le gouvernement libyen à être plus efficace en matière de sécurité./.

 

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11. Tunisie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1¬Ľ (Paris, 30/01/2014)

Q - Vous avez félicité le nouveau gouvernement de Tunis et sa marche vers la démocratie, c'est un point très positif ?

R - C'est une très bonne nouvelle, il n'y a pas beaucoup de bonnes nouvelles en ce moment, notamment dans le monde arabe, mais le fait que les Tunisiens aient adopté à la quasi-unanimité une Constitution ouverte qui garantit l'égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de conscience, le fait qu'il y ait maintenant un nouveau Premier ministre - que j'ai félicité -, le fait qu'on aille vers des élections, c'est une très, très bonne nouvelle (...)./.

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12. Russie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1¬Ľ (Paris, 30/01/2014)

Q - Pourquoi Vladimir Poutine devient-il ce que L'Express appelle aujourd'hui une super star ? Pourquoi s'affirme-t-il aujourd'hui dans le monde de cette manière ?

R - Vladimir Poutine a une politique étrangère bien précise. En même temps, je pense que c'est la faiblesse d'un certain nombre d'autres puissances qui...

Q - Vous voulez dire les √Čtats-Unis ? L'Europe ?

R - Non, d'une mani√®re g√©n√©rale. Et puis, en m√™me temps, il a une habilet√© qui le conduit, par exemple - alors que, vous le rappelez, pendant longtemps, il a dit qu'il n'y avait pas d'armes chimiques en Syrie - non seulement, un jour, √† reconna√ģtre leur existence, mais en plus, √† aider √† leur d√©mant√®lement. Il faudrait d'ailleurs aller plus vite. Donc voil√†.

Mais la Russie est un ami traditionnel de la France, cela ne veut pas dire que nous partagions toutes ses positions, bien au-delà, mais il faut compter avec la Russie.

Q - Et il faut accorder plus de visas malgré Schengen ou en assouplissant Schengen aux étudiants, aux hommes d'affaires, aux touristes russes...

R - Oui, bien s√Ľr, c'est une position que j'ai prise, qui n'est pas encore partag√©e par tous les Europ√©ens, mais je vais continuer. Je pense que si on veut aider justement la soci√©t√© russe √† √©voluer, et si on veut d√©velopper le mouvement d'√©changes, il faut supprimer l'obligation de certains visas pour les Russes souhaitant se rendre en France et r√©ciproquement (...) ./.

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13. S√©curit√© des entreprises fran√ßaises √† l'√©tranger - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res (Paris, 30/01/2014)

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Aujourd'hui s'ouvre la VIIIe rencontre sur la Sécurité des entreprises françaises à l'étranger qui est devenue, au fil du temps, quelque chose de beaucoup plus large.

Vous savez que nous avons fait du soutien aux entreprises une priorité, sinon la priorité, de la politique étrangère de notre pays. Et c'est pourquoi j'ai souhaité, avec Hélène Conway-Mouret, ouvrir personnellement votre rencontre annuelle et c'est elle ensuite qui conclura vos travaux.

La s√©curit√© fait √©videmment partie des sujets sur lesquels notre r√©seau diplomatique peut et doit vous apporter son aide. C'est vous les responsables des entreprises qui √™tes, bien s√Ľr, au premier chef, responsables de la s√©curit√© de vos collaborateurs, de vos emprises, de vos investissements. Mais il est absolument indispensable que nous travaillions ensemble, en multipliant les passerelles et les outils : les √©changes d'informations, les partages d'analyse du risque, les points de situation r√©guliers, relations √©troites entre nos postes et les entreprises implant√©es localement, la pr√©paration en amont des sc√©narios de gestion de crise, voire dans certains cas, des exercices pratiques de simulation.

En limitant votre exposition au risque, en vous préparant, et c'est bien le sens de ces rencontres, vous vous mettez en situation de pouvoir saisir les opportunités de croissance dans les meilleures conditions.

Les chiffres sont tr√®s √©loquents : un investissement sur deux se porte aujourd'hui sur des zones pudiquement d√©crites comme ¬ętroubl√©es¬Ľ. Le montant cumul√© des investissements dans ces zones dites √† risque s'√©l√®vent en effet √† 600 milliards de dollars. Les professionnels de la s√©curit√© priv√©e ont pris la mesure des besoins car on estime que leur chiffre d'affaires a augment√© de 50 % par an ces derni√®res ann√©es, pour un march√© qui, en 2013, aurait d√©pass√© les 250 milliards de dollars.

À l'occasion de cette réunion, j'ai demandé au Centre de crise, - son directeur M. Didier Le Bret est ici -, et à la direction des entreprises - son directeur M. Jacques Maire est également ici - de se concentrer sur trois axes particulièrement importants pour nos entreprises :

En premier lieu, l'analyse des risques et des enjeux associ√©s aux pays √©mergents. Nos marges de croissance de demain, qui sont √ī combien utiles, d√©pendent largement de notre capacit√© √† aborder aujourd'hui ces nouveaux march√©s. C'est la raison pour laquelle, le pr√©sident de la R√©publique, moi-m√™me et d'autres membres du gouvernement avons multipli√© ces d√©placements dans ces r√©gions √† forte croissance, qu'il s'agisse de l'Asie, de l'Asie centrale, de l'Am√©rique latine et de certains pays d'Afrique. Tout √† l'heure, vous parlerez de l'Indon√©sie, grand pays √©mergent, en pr√©sence de notre ambassadrice, afin de faire le point sur les opportunit√©s et sur les risques associ√©s pour vous y pr√©parer. Donc le th√®me est : risques, enjeux et possibilit√©s associ√©s √† chaque pays √©mergent. Sans jouer les cuistres, je me rappelle qu'en grec ancien c'est le m√™me mot qui signifie risque et chance.

En second lieu, le d√©veloppement des PME et des ETI √† l'international, est pour le moment insuffisant. Il suffit de regarder notre balance commerciale qui est le juge de paix. Pour des raisons compr√©hensibles, elles h√©sitent √† assumer seules les risques li√©s √† une implantation √† l'√©tranger. Avec notre ambassadeur en C√īte d'Ivoire, vous allez discuter de savoir comment des alliances peuvent √™tre nou√©es sur le terrain et comment parvenir √† accompagner au mieux PME et ETI sur des march√©s difficiles.

Et puis il y a un troisi√®me cas de figure, m√™me si il y en beaucoup d'autres, ce sont les pays en situation s√©curitaire d√©grad√©e ou en sortie de crise, notamment dans des r√©gions o√Ļ la France dispose historiquement d'implantations anciennes. C'est le cas dans une grande partie de la zone Afrique du Nord Moyen-Orient, mais cela vaut aussi pour nombre de pays du Sahel. Notre ambassadeur en √Čgypte partagera avec vous son exp√©rience de terrain dans un pays ami de la France, o√Ļ la plupart de nos grands groupes sont √©galement pr√©sents et continuent de l'√™tre mais qui est un pays qui pr√©sente quelques probl√®mes.

Sur toutes ces questions, j'ai une seule chose à vous dire c'est que la Maison que je dirige est à votre service. On ne peut pas le dire plus simplement. J'ai donné cette indication aux ambassadeurs, qui d'ailleurs ne m'ont pas attendu pour être à votre disposition, mais qui le sont de manière plus expresse aujourd'hui et qui doivent d'autant plus l'être car pour moi c'est un critère de leur réussite dans leur poste. Donc l'ensemble des diplomates, et plus particulièrement le Centre de crise, sont vraiment à votre disposition. Ils doivent vous aider à identifier et à évaluer les grandes évolutions sécuritaires pour mieux les anticiper.

Nous allons poursuivre cette politique, renforcer les capacit√©s du Centre de crise en direction des entreprises. Le p√īle entreprises du Centre de crise va s'√©toffer. Une Task Force interminist√©rielle, √† la fois civile et militaire, de gestion des crises ext√©rieures est, depuis le 1er janvier, int√©gr√©e au Centre de crise et devient une mission pour la stabilisation. L'id√©e c'est d'int√©grer l'ensemble des missions li√©es aux phases initiales de la stabilisation et de la reconstruction afin de disposer d'une comp√©tence sur la continuit√© de la gestion de crise. Cette cellule est compos√©e d'agents venant de diff√©rents minist√®res (d√©fense, int√©rieur, finances, affaires √©trang√®res). Ses missions ont √©t√© pr√©cis√©es avec le recensement et l'analyse des moyens financiers et humains mobilis√©s sur les pays en phase de stabilisation, la mobilisation de l'expertise fran√ßaise et l'aide √† la constitution de plate-formes d'entreprises pour √™tre au plus pr√®s des march√©s dits de reconstruction.

Sur le terrain de l'action d'urgence en réponse aux crises, nous allons également poursuivre nos partenariats en direction des fondations d'entreprises.

Je signerai tout à l'heure une convention de partenariat avec la Fondation Airbus Helicopters, qui va mettre à la disposition du Centre de crise les hélicoptères de ses clients pour effectuer des reconnaissances de terrain pour les pays victimes de catastrophes. Un partenariat avec Airbus est également en cours de négociation pour permettre au fret humanitaire de la France de bénéficier de facilités d'emport.

Toutes ces modalités ont été testées à l'occasion de la tempête qui a très durement frappé les Philippines. Je veux remercier les entreprises françaises implantées localement qui ont bien voulu mobiliser leurs équipes et leurs moyens.

Je veux saisir aussi l'occasion de la pr√©sence d'√©lus locaux pour saluer l'engagement des collectivit√©s territoriales, qui contribuent, de fa√ßon importante, au Fonds sp√©cialement cr√©√© pour faire face aux crises d'ampleur. Nous avons lanc√© une entit√© qui s'appelle le FACECO, Fonds d'action pour les collectivit√©s territoriales. Lorsqu'il y a une catastrophe quelque part, les collectivit√©s territoriales se demandent souvent comment elles peuvent aider. Aussi, nous avons cr√©√© aupr√®s du Quai d'Orsay le FACECO qui permet √† ceux qui veulent aider, sans avoir une id√©e pr√©cise, de verser de l'argent. √Ä ce titre, nous avons recueilli pr√®s de 300 000euro qui ont pu √™tre mobilis√©s en compl√©ment des moyens ordinaires de l'√Čtat.

Je veux r√©affirmer l'engagement de l'√Čtat pour vous soutenir dans votre strat√©gie d'expansion internationale et dans la conqu√™te de nouveaux march√©s. Il faut vraiment que l'on aille chercher la croissance l√† o√Ļ elle est et nous avons un travail consid√©rable √† faire. Vous ne nous avez pas attendu pour le faire mais il faut passer la surmultipli√©e. Ceci dans les deux sens, avec les investissements fran√ßais √† l'√©tranger et, les chiffres viennent de tomber et ils ne sont pas bons, les investissements √©trangers en France qui, ce n'est pas une surprise, ont beaucoup d√©clin√©. Il faut absolument redresser cette situation et ceci tr√®s rapidement.

Je voudrais √† cet √©gard remercier les pr√©sidents des grands groupes qui ont r√©pondu pr√©sents √† notre invitation. Et j'aurai le plaisir de m'entretenir avec certains d'entre eux. Nous avons d'autres initiatives comme le Club des ambassadeurs, le Club des entrepreneurs. Il va y avoir cette ann√©e, pour la deuxi√®me ann√©e cons√©cutive, l'op√©ration Quai d'Orsay-entreprises, nous avons aussi des Clubs pays (Indon√©sie, Kowe√Įt, Mozambique...) et les Rencontres du Quai d'Orsay. Je pense, et c'est l'objectif que je poursuis, que le Quai d'Orsay et tout le r√©seau diplomatique doivent devenir la maison des entreprises. Parce que les dimensions entreprises, culturelle, recherche, strat√©gique, font partie du rayonnement de la France.

On dit que la France a une grande politique étrangère. Mais si celle-ci est assise sur une grande faiblesse économique il n'y aura plus de politique étrangère. Tout cela est imbriqué et c'est dans ce sens-là qu'il faut travailler.

J'ai demand√© qu'on lance quelques initiatives nouvelles dont deux ou trois vont vous int√©resser. √Ä partir du 1er juillet, il y aura un nouveau portail qui va s'appeler ¬ę Diplomatie ¬Ľ, qui va √™tre interminist√©riel et surtout ouvert aux entreprises. Il vous permettra de b√©n√©ficier de tous les t√©l√©grammes non classifi√©s. Et il y aura, par ailleurs, un certain nombre d'op√©rations classifi√©es et beaucoup plus s√©curis√©es que par le pass√©. Pour tout ce qui est information non classifi√©e, toutes les personnes qui sont dans notre r√©seau pourront en disposer. Il y a √©norm√©ment de mati√®re apport√©e par nos ambassades et qui demeure insuffisamment utilis√©e.

La deuxième chose, c'est une opération qui sera mise sur pied très prochainement. En commençant par le Quai et en l'étendant ensuite aux autres membres du gouvernement, vous allez être informés trois semaines à l'avance de tous nos déplacements à l'étranger. Vous pourrez ainsi vous connecter sur ces déplacements soit en vous y joignant physiquement soit en nous disant que vous avez telle ou telle affaire en cours dans ce pays. Ce site sera ouvert trois semaines avant chaque déplacement et trois semaines après celui-ci. Nous pourrons ainsi améliorer le maillage.

Certes cela s'√©loigne beaucoup de la s√©curit√© mais je pense que l'esprit de ces Rencontres c'est, √† la fois, bien s√Ľr, de travailler sur les questions de s√©curit√© tout √† fait majeures, mais en m√™me temps d'avoir une vision plus constructive de tout ce qui bouge. Merci d'√™tre l√† et de tout ce qui vous faites et je terminerai en vous redisant que cette maison est la v√ītre. Et n'h√©sitez pas : nous sommes √† votre disposition ! /.

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14. Diplomatie √©conomique - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, avec ¬ęEurope 1¬Ľ (Paris, 30/01/2014)

Q - Bienvenue Laurent Fabius. Bonjour. Dans vos voyages à travers le monde, vous rencontrez beaucoup d'investisseurs étrangers, pourquoi 77 % d'entre eux se détournent-ils de la France ?

R - C'est un mauvais r√©sultat, il faut √™tre carr√©, et √©videmment, comme - par d√©finition - je passe mon temps √† l'√©tranger, c'est quelque chose que je constatais, et qui est aujourd'hui av√©r√©. Pourquoi ? Je pense qu'il y a trois grandes raisons. La premi√®re raison, c'est le manque de comp√©titivit√© de nos entreprises ; la deuxi√®me raison, c'est un manque d'attractivit√© de la France ; et la troisi√®me raison, c'est qu'on n'a pas fait assez d'√©conomies. Cela donne exactement le cap de ce qu'il faut faire. Il faut augmenter la comp√©titivit√© des entreprises, donc cela pose le probl√®me des imp√īts, etc.

Q - ...La fiscalité...

R - Bien s√Ľr, il faut une meilleure attractivit√©, et puis, il faut faire des √©conomies. Cela rejoint le pacte de responsabilit√© qui a √©t√© propos√©. Donc c'est absolument clair et net.

Q - Vous dites qu'il faut r√©duire les d√©penses publiques sans compenser par des hausses d'imp√īts.

R - Bien s√Ľr parce que sinon, on n'obtient rien du tout.

Q - Donc c'est un exercice difficile à faire ?

R - Oui, difficile, nécessaire. François Hollande s'est exprimé de manière extrêmement claire l'autre jour dans sa conférence de presse, maintenant, il faut faire.

Q - Avec le pacte de responsabilité, cela va un peu mieux, dites-vous, mais les gens que vous avez vus attendent des actes. Pour éviter l'échec de ce pacte qui est déterminant pour le pays, pour le quinquennat de François Hollande, comment répondre à l'urgence ?

R - Hier, j'ai rencontr√© M. Gattaz, qui √©tait venu me voir pour parler justement de diplomatie √©conomique, et je pense que maintenant, les choses sont assez carr√©es. D'un c√īt√©, le gouvernement, l'√Čtat s'engage √† un all√®gement de charges, de l'autre, les entreprises vont faire un effort particulier sur l'emploi. Il n'y a que comme cela qu'on peut s'en sortir. L'emploi n√©cessite de la croissance. La croissance, il faut la chercher partout o√Ļ elle est. Elle est en particulier √† l'√©tranger. (...)./.

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15. Attractivit√© enseignement sup√©rieur - Allocution de M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res (Paris, 30/01/2014)

Tout d'abord, tous mes voeux et soyez les bienvenus dans cette Maison.

J'ai souhaité vous accueillir, à la fois de façon amicale, mais aussi de façon solennelle, parce je crois que l'accord que nous allons signer et, surtout, ce que cela traduit, est important.

C'est un partenariat nouveau et, je pense, prometteur. Il associe le ministère des affaires étrangères, l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger et 7 Instituts d'études politiques, ceux d'Aix en Provence, de Lille, de Lyon, de Rennes, de Strasbourg, de Toulouse et de Saint-Germain-en-Laye. J'ai tenu à signer personnellement notre accord pour manifester l'importance que j'attache à l'attractivité universitaire.

* *

Pourquoi un tel dispositif ? Pour contribuer √† rem√©dier √† une situation qui n'est pas satisfaisante. La moiti√© seulement des √©l√®ves qui suivent une scolarit√© fran√ßaise dans nos lyc√©es √† l'√©tranger poursuivent des √©tudes sup√©rieures en France. On ne va pas obliger tous les √©l√®ves √† aller faire leurs √©tudes sup√©rieures en France, mais on peut penser que ce nombre relativement faible est d√Ľ √† des imperfections d'organisation de notre part. Ce sont des √©tudiants francophones, souvent de haut niveau, form√©s √† nos m√©thodes et √† nos approches intellectuelles. Leurs chances de r√©ussite en France sont √©lev√©es. Et ils contribuent √† la capacit√© d'innovation de notre pays. Il y a dans nos lyc√©es de P√©kin, de Prague, de New York, de Rabat, de Rio-de-Janeiro et d'ailleurs, une r√©serve extraordinaire de talent dans lesquels nous investissons chaque ann√©e un demi-milliard d'euros.

L'Agence pour l'enseignement français à l'étranger a réfléchi à tout cela. Elle a créé un programme de bourses - le programme Excellence-Major. J'ai d'ailleurs remis des bourses à ces élèves l'an dernier pour inciter les meilleurs de ses élèves à rejoindre nos universités. Il y a eu aussi la mise en place d'un service d'information et d'orientation. C'est une bonne chose mais il faut aller plus loin. Par exemple avec des dispositifs facilitant l'admission des élèves de nos lycées à l'étranger et avec des voies privilégiées d'accès vers l'Université française. C'est déjà le cas pour un certain nombre d'écoles d'ingénieur et de commerce.

Nous le faisons à présent avec vous, avec le réseau des Instituts d'études politiques en région. Je me suis rendu il y a quelques mois à Bogota et l'on m'avait alerté sur les difficultés rencontrées par les élèves pour se rendre en France afin de se présenter à vos concours alors qu'ils passaient le bac quelques jours plus tard en Colombie. Je suis donc particulièrement heureux des progrès que nous réalisons aujourd'hui.

Le texte que nous allons signer permettra de cr√©er hors de nos fronti√®res des centres de concours √† l'entr√©e dans vos √©tablissements. En 2014, ces centres, qui feront passer un concours commun d'admission aux IEP que vous repr√©sentez seront install√©s dans les lyc√©es fran√ßais de Casablanca, de Bogota, de Bangkok, de Shanghai. D'autres centres suivront dans d'autres r√©gions du monde. Nous souhaitons ainsi cr√©er une passerelle entre notre r√©seau scolaire ext√©rieur, qui accueille 320.000 √©l√®ves dans 130 pays, et certains des plus prestigieux √©tablissements d'enseignement sup√©rieur fran√ßais. Nous en avons absolument besoin. Nous avons en g√©n√©ral une bonne cote ; j'ai lu dans la presse une √©tude qui montrait que la France √©tait une destination attractive, peut-√™tre la plus attractive, aupr√®s de beaucoup d'√©tudiants √©trangers. Il y a √©videmment un √©quilibre √† trouver - l'enseignement, le co√Ľt - mais, lorsque l'on ajoute l'excellence de notre enseignement, la pratique de la langue fran√ßaise, l'int√©r√™t que pr√©sente notre culture, nous avons dans ce domaine une grande attractivit√©.

Nous n'en avons malheureusement pas dans d'autres domaines. Or, tout cela est lié. Si nous n'avons pas une attractivité forte en matière d'enseignement, cela va être négatif sur le plan économique et réciproquement. C'est un aspect sur lequel il faut vraiment mettre le paquet : le paquet d'une manière générale ; le paquet à l'égard du continent asiatique. Il représente la moitié de la jeunesse étudiante en mobilité dans le monde mais ne constitue que 17 % des étudiants étrangers en France. Quelque chose doit être corrigé. On peut le faire de différentes manières : les bourses, CampusFrance, l'AEFE et cette initiative que nous prenons aujourd'hui.

Il faudra tirer le bilan de cette année pour voir ce qui a marché et corriger ce qui a moins bien marché, et puis je souhaite que ce soit étendu.

Vous √™tes les pionniers ; merci de tout cela. Je pense que les instituts sont de tr√®s bonnes voies de formation. Les √©tudiants qui passent par l√† n'ont pas de difficult√© √† trouver de l'emploi. Avec cette facilitation que nous allons mettre sur pieds, je suis s√Ľr que cela va √™tre b√©n√©fique pour le syst√®me √©ducatif en g√©n√©ral et pour les √©tudiants qui vont avoir la chance de passer par l√†. Puisque nous sommes en d√©but d'ann√©e, je forme des voeux pour vous et pour que ce que nous mettons sur pieds r√©ussisse. Merci beaucoup./.

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16. Taxe sur les transactions financi√®res - Tribune conjointe de M. Pascal Canfin, ministre charg√© du d√©veloppement et de M. Pierre Moscovici, ministre de l'√©conomie et des finances dans le quotidien ¬ęLes Echos¬Ľ (Paris, 30/01/2014)

Taxe sur les transactions financières : c'est maintenant

La mise en oeuvre rapide de la taxe sur les transactions financi√®res (TTF) est une de nos priorit√©s pour 2014. Avec l'Allemagne, la France a oeuvr√© avec d√©termination depuis mai 2012 pour qu'une coop√©ration renforc√©e voie le jour sur ce sujet o√Ļ l'unanimit√© des Europ√©ens paraissait impossible √† r√©unir. L'enjeu est majeur.

À l'occasion du conseil économique et financier franco-allemand qui s'est tenu à Paris le 27 janvier, la France et l'Allemagne se sont accordées pour dire qu'elles feront des propositions communes en vue d'obtenir rapidement un compromis sur un dispositif de taxation des transactions financières avec l'ensemble de nos partenaires de la coopération renforcée.

La TTF doit en effet contribuer à la fois à la régulation financière, au redressement des finances publiques et à la solidarité internationale.

Cette taxe permettra d'abord de mettre √† contribution des acteurs financiers qui ont b√©n√©fici√© de la d√©r√©glementation financi√®re dans l'espace europ√©en. Elle introduira un ¬ęgrain de sable¬Ľ dans les transactions les moins utiles √† l'√©conomie r√©elle.

En matière de solidarité internationale, ces ressources additionnelles pourraient financer la lutte contre les grandes pandémies comme le sida ou le paludisme et la lutte contre le changement climatique. La mise en place d'une TTF européenne pourrait même - c'est notre conviction - être l'une des clefs pour réussir l'accord international sur le climat à Paris en décembre 2015, qui ne pourra se dénouer sans financement public additionnel pour les pays les plus vulnérables. L'Europe contribuerait ainsi à un monde plus stable, plus juste et plus soutenable.

La France a d'ailleurs été le premier pays au monde à affecter au développement une partie des recettes de sa taxe sur les transactions financières (TTF). Ainsi ce sont 10% en 2013, puis 15% en 2014 des recettes de la TTF qui permettront de financer des projets au Sud en matière de santé et de préservation de l'environnement et du climat.

Aujourd'hui, il est essentiel de prolonger cet √©lan en concr√©tisant une taxe sur les transactions financi√®res au niveau europ√©en. Nous avan√ßons maintenant de fa√ßon rapide avec nos partenaires, notamment le nouveau gouvernement allemand, pour mettre en place, dans les prochains mois, une taxe robuste, limitant les possibilit√©s de contournement et le risque de d√©localisation des activit√©s financi√®res hors d'Europe continentale, ce qui n'entra√ģnerait aucun gain pour la stabilit√© de l'√©conomie. Le nouveau contrat de coalition entre la CDU-CSU et le SPD affirme la volont√© du nouveau gouvernement allemand d'aboutir √† un accord sur une taxe ambitieuse dont l'assiette aille au-del√† des actions et inclue certains produits financiers, notamment d√©riv√©s, propices √† la sp√©culation. Cette ambition, nous la partageons.

Nous travaillons aujourd'hui avec les dix autres √Čtats europ√©ens engag√©s dans la coop√©ration renforc√©e. Le chemin est √©troit, bien s√Ľr, car il nous faut prendre en compte les aspirations diverses des √Čtats participant √† la coop√©ration renforc√©e - chacun ayant aussi des int√©r√™ts √† d√©fendre - mais notre volont√© politique est claire.

Les élections européennes auront lieu en mai 2014. Après la victoire contre le dumping social obtenue par la France avec la révision de la directive sur les travailleurs détachés, nous pouvons continuer à montrer avec la TTF toute la valeur ajoutée de l'Europe et d'un gouvernement de gauche actif à faire bouger les lignes dans l'Union européenne. Après plus d'une décennie de mobilisation de la société civile pour défendre le bien-fondé d'une taxe sur les transactions financières, nous sommes maintenant au moment de la décision politique. La France sera au rendez-vous./.

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17. Paix et s√©curit√© - Intervention au Conseil de s√©curit√© du repr√©sentant permanent de la France aupr√®s des Nations unies (New York, 29/01/2014)

En ce d√©but de 2014, l'histoire se rappelle √† nous en nous ramenant √† ce bel √©t√© de 1914 o√Ļ, en quelques jours, le monde a bascul√© dans l'horreur d'une guerre interminable. 1,4 millions de Fran√ßais - sur 39 millions d'habitants - devaient y laisser leur vie sans compter les 800.000 mutil√©s et les 3 millions de bless√©s, sans oublier la d√©vastation de 40.000 km2 du territoire national. Le 11 novembre 1918, notent les observateurs, la joie est plus contenue √† Paris qu'√† Londres, malgr√© le retour de l'Alsace-Lorraine √† la France. En effet, √† la fiert√© de la victoire et au soulagement de la fin des combats se m√™le la tristesse d'un carnage auquel pas une famille fran√ßaise n'a √©chapp√©. Dans l'apr√®s-guerre, la France devient le pays des voiles de veuve, des orphelins de guerre et des mutil√©s. Les monuments aux morts dans le moindre de nos villages en t√©moignent encore. Nulle surprise donc que la France n'ait ensuite h√©sit√© √† risquer une nouvelle tuerie : avant de se rendre √† Munich, en 1938, le pr√©sident du Conseil fran√ßais ira se recueillir dans le cimeti√®re de Verdun o√Ļ il a combattu ; ce cimeti√®re bouleversant dans un paysage toujours lunaire et sinistre, pr√®s d'un si√®cle plus tard. ¬ęJamais plus √ßa¬Ľ lui disaient les alignements interminables de tombes.

En mai - juin 1940, alors que le Royaume-Uni et la France se sont dressés contre le nazisme, de nouveau ce fut l'invasion : 90.000 soldats français tués en six semaines, le malheur, l'occupation, un demi-million de morts.

Et pourtant, c'est mon pays, ce pays √©puis√© d'√©preuves, envahi trois fois en 70 ans, qui d√©cida non de pr√©parer une nouvelle manche d'une interminable confrontation mais d'opposer la r√©conciliation √† la revanche. C'est Charles de Gaulle, bless√© et prisonnier de guerre de la Premi√®re guerre mondiale et sauveur de la patrie dans la Seconde, qui assista √† la messe avec le chancelier Adenauer √† Reims, o√Ļ √©taient sacr√©s nos rois, dans la cath√©drale dont la destruction en 1914 symbolise la barbarie de la guerre. C'est √† Verdun, la bataille la plus sanglante de l'histoire, o√Ļ sont morts plus de 700 mille Fran√ßais et Allemands, que le pr√©sident Mitterrand et le chancelier Kohl se sont tenus la main devant le monument aux morts.

L'Allemagne et la France ont r√©ussi ce que personne n'aurait pu esp√©rer ni m√™me penser en 1918 ou en 1945. Elles se sont r√©concili√©es. Les deux peuples ne se consid√®rent plus comme des ennemis h√©r√©ditaires, ne se craignent plus, ne se ha√Įssent plus. Ce fut un long chemin de part et d'autre ; les souvenirs √©taient enracin√©s et amers ; les pr√©jug√©s intenses. Il fallut le g√©nie de quelques-uns, la volont√© et le courage de beaucoup mais aussi de l'imagination et du temps ; de l'imagination pour cr√©er des institutions communes o√Ļ les jeunesses des deux pays ont appris √† se conna√ģtre et leurs parents √† coop√©rer et du temps pour que viennent de nouvelles g√©n√©rations qui n'aient pas √©t√© meurtries dans leur chair. Aujourd'hui, Allemands et Fran√ßais ont r√©dig√© des manuels d'histoire communs o√Ļ ils disent ensemble la m√™me histoire, une histoire qui pourtant les a oppos√©s si souvent.

L'Histoire n'est donc pas une fatalité. Allemands et Français ont su le prouver.

Mais il y a l'Histoire, tragédie qui emporte les peuples, et il y a plus modestement l'histoire que l'homme écrit depuis Hérodote et Thucydide ; une histoire reflet des passions, des préjugés et de l'ignorance de ses auteurs comme de ses lecteurs ; une histoire devenue, avec l'instruction obligatoire, au XIXème siècle, un instrument pour créer des identités nationales qui ne se concevaient que par opposition à celle du voisin.

C'est sur cette histoire que nous appelle à réfléchir la présidence jordanienne du Conseil de sécurité.

Que cette histoire soit omnipr√©sente dans nos travaux, aucun diplomate ne le niera. √Ä chaque conflit, nous faisons appel √† l'histoire pour le comprendre comme si seul le pass√© pouvait expliquer la fureur des hommes, comme si chacun d'entre nous h√©ritait de haines et de peurs, nouvelles incarnations du p√©ch√© originel qui feraient de nous, d√®s la naissance, de futurs Ca√Įn ou Abel. Alors, si c'√©tait le cas, oui, cette histoire, il faudrait l'exorciser. Comme les instituteurs fran√ßais et allemands, il faudrait r√©√©crire les livres pour en bannir la haine et la peur ; comme les jeunes Fran√ßais et Allemands, il faudrait aller passer ses vacances chez l'autre.

Mais qu'en est-il de cette fatalité que l'histoire ferait peser éternellement sur nous ?

Regardez la France : au XIXème siècle, la Russie, symbole du despotisme oriental et oppresseur de la Pologne, devient, en un tour de main, en 1891, l'amie et l'alliée la plus fidèle. De même, en 1890, l'ennemi héréditaire de la France, ce n'est pas l'Allemagne, mais la Grande-Bretagne, le pays auquel nous sommes, à plusieurs reprises, dans ces années-là, à deux doigts de faire la guerre. Si nous nous allions avec la Russie, c'est autant et peut-être plus contre la Grande-Bretagne que contre l'Allemagne. Là aussi, en 1904, la conclusion de l'Entente Cordiale enterre, en quelques mois, cette rivalité qu'un observateur aurait pu considérer comme irréconciliable.

Les exemples du m√™me type sont innombrables et pas seulement en France. Les pr√©tendus conflits historiques n'ont rien d'√©ternel. Apr√®s tout, l'Iran a √©t√© longtemps l'alli√© d'Isra√ęl.

En d'autre termes, ce n'est pas l'histoire qui fait ou entretient les conflits ; ce sont les conflits qui fa√ßonnent, √† leur image, l'histoire. Deux pays qui s'affrontent ou qui se rapprochent le font parce qu'ils y ont int√©r√™t et non √† cause de je ne sais quelle fatalit√© venue du fond des √Ęges. Ils ont besoin de trouver dans le pass√© la justification de leur hostilit√© ou de leur amiti√©. Ils la trouvent sans trop de difficult√© parce que l'histoire est bonne fille.

Elle est bonne fille parce que ses origines sont douteuses ; certes, elle se veut science et l'est de plus en plus mais ce sont des hommes qui l'√©crivent, des hommes qui ont une nationalit√©, une religion et des passions ; et, pour l'√©crire, ils sont oblig√©s de se fonder sur des documents trop rares ou trop abondants, de formuler des hypoth√®ses et de faire des choix. L'histoire est humaine et donc faillible. Dieu merci, nous ne sommes plus au temps o√Ļ les hell√©nistes fran√ßais choisissaient Ath√®nes et les Allemands la Mac√©doine par r√©f√©rence √† l'image qu'ils avaient de leur pays ; Dieu merci, l'historien se d√©gage aujourd'hui de ses pr√©jug√©s.

Mais, le citoyen est moins subtil, le journaliste moins scrupuleux et l'homme politique moins savant que l'historien : il leur est trop facile de trouver, dans la folie des hommes qui les ont pr√©c√©d√©s, la justification de la folie du moment. Il le leur sera toujours facile. Leur voisin sera, tour √† tour, le meilleur des alli√©s ou le pire des ennemis tant le pass√© peut tout justifier. ¬ęOn peut violer l'histoire √† condition de lui faire de beaux enfants¬Ľ aurait dit le Prince de Bismarck, qui s'y entendait en la mati√®re. L'homme ne cesse de violer l'histoire mais il n'en tire que des monstres √† son image. L'origine des conflits ne se trouve pas dans l'histoire mais dans l'homme ; l'histoire n'est qu'un instrument. L'oublier, c'est confondre l'arme et l'assassin.

Que devons-nous faire de cette histoire ? Devons-nous imiter les Fran√ßais et les Allemands et pourchasser, sans tr√™ve, les pr√©jug√©s ? Est-ce possible ? Est-ce souhaitable ? Certes, la question peut para√ģtre paradoxale mais il est un fait que l'exp√©rience franco-allemande pr√©sente trop de sp√©cificit√©s pour servir d'exemple : d'une part, un des deux partenaires a accept√© sa responsabilit√© premi√®re dans un examen de conscience courageux, qui a d√©pass√©, de loin, le seul cadre de ses relations avec ses voisins et, d'autre part, une menace ext√©rieure commune exigeait de mettre de c√īt√© des querelles suicidaires.

Supprimez ces conditions √† tout point exceptionnelles et vous verrez qu'√† vouloir neutraliser l'histoire, vous buterez sur le refus instinctif du citoyen de consid√©rer que les vicissitudes du monde ne sont que le reflet d'une fatalit√© sans visage. L'homme a besoin de donner un nom √† son malheur, l'homme a besoin d'√™tre du c√īt√© de la justice et de la raison, l'homme a besoin de trouver un sens √† son sacrifice et √† celui des siens. L'histoire lui est donc n√©cessaire et m√™me indispensable par ses certitudes, par ses explications et surtout par ses condamnations. Vous ne parviendrez pas √† priver l'homme de ce besoin ou alors, ce qui est pire, en essayant de le faire, vous ranimerez des disputes presque oubli√©es et vous rendrez √† des querelles qui s'effacent une actualit√© qu'elles n'avaient plus parce que vous vous heurterez au refus des hommes de se renier. En effet, une histoire sans coupable les oblige √† admettre soit une part de responsabilit√© dans la trag√©die soit leur impuissance √† l'emp√™cher. Dans les deux cas, elle les d√©poss√®de, √† leurs propres yeux, de leur dignit√©.

Non, il n'y a qu'un rem√®de, ce n'est pas la raison, c'est le temps. ¬ęAvec le temps, tout s'en va¬Ľ dit le po√®te. Certes, ce temps est lent mais m√™me dans l'Europe √† la longue m√©moire et aux nombreuses folies, nous avons oubli√© Jeanne d'Arc et Waterloo, nous sommes en train d'oublier le Kaiser ; nous oublierons nos autres malheurs.

Permettez-moi donc, Monsieur le Pr√©sident de conclure sur un paradoxe. C'est la France, un pays qui, au cours du si√®cle qui s'ach√®ve, a connu une histoire infiniment tragique qui a failli l'engloutir mais qui a r√©ussi √† surmonter la haine et la peur, qui en √©taient le fruit, qui conseille de laisser l'histoire o√Ļ elle devrait rester, dans les d√©bats entre historiens pourvu qu'ils puissent dire ce qu'ils veulent et acc√©der librement aux archives dont ils ont besoin.

Les √Čtats n'ont pas √† se m√™ler d'histoire. Ce n'est pas leur mission ; ils n'en ont pas la comp√©tence. Mais, cependant, il n'est pas interdit de leur demander un minimum de respect des sentiments de l'autre et une retenue, dans l'expression, qui tienne compte des passions toujours pr√™tes √† se rallumer ; en un mot, ils ont besoin de la prudence n√©cessaire pour √©viter que l'histoire ne se venge de ce que l'homme lui a fait subir. √Ä entendre aujourd'hui certaines d√©clarations et √† examiner certaines d√©marches, cet appel ne semble pas inutile. La r√©conciliation franco-allemande est certes un √©v√®nement unique mais elle pourrait servir d'inspiration pour la solution d'autres diff√©rends.

Monsieur le Président,

Je ne peux conclure sans revenir sur le centenaire du d√©clenchement de la Premi√®re guerre mondiale, catastrophe dont sont sortis les malheurs infinis du XX√®me si√®cle. Nul ne la voulait et pourtant ils n'ont pas su l'√©viter. Que cette impuissance nous rappelle que nous vivons toujours au bord du gouffre ; il n'y a plus d'archiduc mais il y a toujours la folie des hommes. C'est d'elle dont nous devons nous m√©fier, c'est elle que nous devons exorciser en sachant qu'elle r√īde toujours, chez nous comme chez l'autre.

La paix n'est jamais acquise. Le cimetière de Verdun nous le rappelle.

Je vous remercie./.

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18. Fonds europ√©en pour les affaires maritimes et la p√™che - Communiqu√© du ministre d√©l√©gu√© aux Transports, √† la mer et √† la p√™che (Paris, 29/01/2014)

Frédéric Cuvillier salue l'annonce d'un accord politique obtenu entre le Conseil des ministres européens en charge de la pêche, le Parlement européen et la Commission européenne sur le fonds européen pour les affaires maritimes et la Pêche (FEAMP) pour la période 2014-2020 qui doit encore être adopté formellement.

Le règlement relatif au FEAMP, instrument financier unique de la Politique commune de la pêche (PCP), et de la Politique maritime intégrée (PMI), permet de boucler la réforme de l'ensemble de la PCP, suite à l'adoption du règlement de base sur la PCP et du règlement relatif à l'organisation commune du marché des produits de la pêche et de l'aquaculture en 2013. Une fois le texte adopté formellement, il permettra de doter la nouvelle politique de la pêche jusqu'en 2020 des ressources nécessaires à sa réussite.

Cet accord reprend nombre de propositions qui avaient √©t√© d√©fendues par la France et reprises par la pr√©sidence du Conseil. Pour Fr√©d√©ric Cuvillier, ¬ęcet accord est √©quilibr√©, pleinement coh√©rent avec les ambitions et les objectifs de la nouvelle PCP. Il permettra d'accompagner la profession dans la mise en oeuvre de cette r√©forme, de renforcer la comp√©titivit√© des fili√®res et l'esprit d'entreprise, de favoriser l'installation des jeunes p√™cheurs et aquaculteurs, mesure sociale importante, tout en encourageant le respect de l'environnement. Des moyens financiers sont √©galement pr√©vus en augmentation pour les r√©gions ultra-p√©riph√©riques fran√ßaises¬Ľ.

Cet accord politique permet de poursuivre efficacement les travaux de mise en oeuvre effective du FEAMP en France, en étroite concertation avec l'ensemble des parties prenantes.

Frédéric Cuvillier continuera par ailleurs à défendre auprès de la Commission européenne une enveloppe de crédits FEAMP pour la France, en cohérence avec le poids de la pêche et de l'aquaculture françaises au sein de l'Union européenne./.

(Source : site Internet du ministère de l'écologie, du développement durable et de l'énergie)

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