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Déclarations officielles de politique étrangère du 12 novembre 2013


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Coalition nationale syrienne/Participation Ă  la confĂ©rence de Genève II/DĂ©claration de M. Laurent Fabius - Entretien de Mme Benguigui avec Mme Monica Babuc, ministre de la Culture de la RĂ©publique de Moldavie - Typhon aux Philippines/Point de situation au 12 novembre 2013 - Iran - Libye - Qatar - RCA - 40e anniversaire du centre d'analyse, de prĂ©vision et de stratĂ©gie du ministère des affaires Ă©trangères (Paris, 12/11/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Coalition nationale syrienne - Participation à la conférence de Genève II - Déclaration de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères

Je salue la décision de la Coalition nationale syrienne de participer à la conférence de Genève II.

Elle constitue une avancée majeure vers la possibilité d'une solution politique.

Elle montre l'esprit de responsabilité de l'opposition modérée qui s'est dotée hier d'un gouvernement, représentatif de la diversité du peuple syrien.

Comme l'ont rappelé les membres de la Coalition nationale syrienne, la population demande en urgence que les efforts internationaux permettent un accès humanitaire immédiat aux civils, notamment dans les villes assiégées par le régime. La France soutient pleinement cette demande.

Q - Une exigence de la coalition est que Bachar Al-Assad n'ait aucun rĂ´le Ă  l'avenir. Vous ĂŞtes toujours sur la mĂŞme ligne ?

R - La Coalition nationale syrienne n'acceptera pas de participant du régime qui ait du sang sur les mains. Cela fait partie des conditions pour l'organisation de Genève II. Pour ce qui est de l'objectif de la conférence, il a été acté lors de la conférence de Genève I et figure dans une résolution du conseil de sécurité des Nations unies : c'est la mise en place d'un organe de transition doté des pleins pouvoirs exécutifs, y compris celles de la présidence.

Q - Sans ceux qui ont du sang sur les mains...

R - L'exigence posée par la Coalition, c'est qu'il n'y ait pas de représentant du régime ayant des responsabilités dans les crimes qui ont été commis depuis deux ans et demi et qui ont conduit au bain de sang actuel. Il faut y mettre fin. Un rapport de Human Rights Watch publié hier fait état d'usage d'armes incendiaires à au moins une cinquantaine de reprises depuis novembre 2012. Ces bombes incendiaires ont occasionné des dizaines de morts et de blessés dans la population civile. La France condamne fermement ces attaques et rappelle son attachement aux principes du droit humanitaire, notamment s'agissant de l'usage d'armes qui ciblent de façon indéterminée les combattants et les populations civiles.

Q - Et Paris soutient cette exigence de la Coalition nationale syrienne sur les membres du régime admis à participer à Genève II ?

R - Nous avons toujours dit qu'il n'y aurait pas d'impunité pour les responsables des crimes commis en Syrie. C'est pour nous une question-clé. La justice pénale internationale devra être saisie tôt ou tard. Pour la reconstruction de la Syrie et pour la réconciliation du peuple syrien, la justice devra faire son travail.

Q - L'aile militaire de l'opposition réclame un cessez-le-feu pour la conférence de Genève II. Est-ce que vous considérez qu'une telle conférence pourrait se tenir alors que les actions militaires continuent sur le terrain ?

R - Nous appelons à un cessez-le-feu depuis longtemps, parce que la population civile syrienne le réclame. Plus tôt le cessez-le-feu sera proclamé, mieux cela sera.

Q - Pourquoi n'en faites-vous pas une condition ?

R - Ce n'est pas nous qui posons les conditions de participation à la réunion de Genève. Il s'agit d'un travail collectif qui associe l'ensemble des pays et des acteurs concernés. M. Laurent Fabius a participé le 22 octobre à la réunion du «Core Group» des Amis de la Syrie, qui a adopté un communiqué final : notre position de principe, ce sont avant tout les conclusions de Genève I.

Q - Comment se fait-il que M. Brahimi ne mette pas en avant cette condition-lĂ  ?

R - Le rôle de M. Brahimi, représentant spécial conjoint du Secrétaire général des Nations unies et de la Ligue arabe, est celui d'un conciliateur qui doit faciliter les échanges entre tous les acteurs concernés, pour que cette conférence ait bien lieu. Il ne lui revient pas de prendre position sur une condition posée par l'un des acteurs. Il est chargé par le Secrétaire général des Nations unies de permettre la tenue de cette conférence le plus rapidement possible. C'est aussi notre souci. M. Laurent Fabius l'a toujours dit : il n'y a pas de solution militaire au conflit syrien. Seule une solution politique permettra à ce pays de sortir de la tragédie dans laquelle il est enfermé.

2 - Entretien de Mme Benguigui avec Mme Monica Babuc, ministre de la culture de la RĂ©publique de Moldavie (Paris, 12 novembre 2013)

Mme Yamina Benguigui, ministre déléguée chargée de la francophonie, s'entretiendra aujourd'hui avec Mme Monica Babuc, ministre de la culture de la République de Moldavie.

Cet entretien sera l'occasion de faire le point sur l'enseignement et la pratique du français en Moldavie, alors que nous célébrons vingt ans de coopération culturelle et linguistique entre nos deux pays.

Mme Benguigui abordera également les enjeux du quatrième séminaire francophone d'évaluation périodique des droits de l'Homme, qui se tiendra en Moldavie en avril 2014.

3 - Typhon aux Philippines - Point de situation au 12 novembre 2013

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, a exprimé dès le 9 novembre toute notre solidarité au peuple philippin frappé par le typhon Yolanda/Haiyan. Ce dernier aurait fait, selon le dernier bilan, plus de 10.000 victimes, des centaines de milliers de sinistrés et des dégâts considérables.

Pour faire face à cette tragédie, la France a immédiatement décidé l'envoi d'une aide humanitaire sur place :

- le ministère des affaires étrangères a acheminé du fret humanitaire par un vol arrivé ce matin à Cebu. Le fret est pris en charge par une équipe de l'ambassade de France à Manille. La cargaison, d'une dizaine de tonnes, est composée de tentes, de bâches, de nécessaires de cuisine et de jerricanes ;

- deux officiers supérieurs de la sécurité civile, partis hier de Paris, ont été mis à disposition de notre ambassade à Manille. Ils sont chargés de coordonner la distribution de l'aide humanitaire française et d'évaluer la situation sur place ;

- à Paris, le centre de crise du ministère des affaires étrangères coordonne les contributions volontaires. Des équipes de sapeurs-pompiers bénévoles se sont manifestées (notamment en provenance du Pas-de-Calais et du Rhône). Une réunion de concertation des principales associations et ONG humanitaires françaises est programmée cette semaine ;

- la Commission européenne a également débloqué 3 millions d'euros pour des opérations de secours.

Nous sommes par ailleurs mobilisés pour venir en aide à nos compatriotes sur place :

- pour venir en aide à nos compatriotes et à leurs familles, le centre de crise du ministère des affaires étrangères a ouvert dès samedi une cellule de crise. En liaison étroite avec notre ambassade à Manille et les autorités philippines, il procède au recensement des personnes dont nous sommes sans nouvelles ainsi qu'à celui de nos compatriotes en difficulté, afin de les localiser. Cette tâche est rendue complexe par la destruction des réseaux et moyens de communication ;

- aux Philippines, où environ 2.300 de nos compatriotes sont inscrits au registre des Français de l'étranger, une cellule de crise est activée depuis vendredi soir à l'ambassade. Le site internet de l'ambassade relaye des messages de sécurité à la communauté française. À ce stade, aucune victime française n'est signalée ;

- au Vietnam, où environ 7.000 de nos compatriotes sont inscrits au registre des Français de l'étranger, le site internet de l'ambassade relaie des messages de sécurité auprès de la communauté française. Aucun Français n'a été signalé en difficulté. Des alertes par SMS ont été envoyées aux 153 Français enregistrés sur le site Ariane ;

- dans l'ensemble de la péninsule indochinoise et en Chine, nous restons également particulièrement vigilants quant à la situation cyclonique.

4 - Iran

Q - Que peut-on dire maintenant ? La France a-t-elle bloqué l'accord ?

R - Le ministre des affaires étrangères a eu l'occasion de s'exprimer : la position de la France est ferme, mais non fermée.

Ce qui a marqué la négociation de Genève, comme M. Laurent Fabius l'a souligné dès son retour, c'est la grande cohésion et l'unité de vues des Six par rapport à l'Iran.

La France souhaite un accord sérieux, qui suscite la confiance, apaise les tensions et s'inscrive dans l'objectif de la lutte contre la prolifération. Des étapes ont été franchies. Un climat nouveau s'est instauré depuis quelques semaines. Un accord d'étape est en en discussion. Nous souhaitons des garanties sérieuses et les choses n'étaient pas suffisamment mûres pour aboutir dès ce week-end. Des points restent encore à détailler. Cela fait dix ans que l'on discute avec l'Iran et nous avons encore besoin d'un peu de temps.

5 - Libye

Q - Dans quel état d'esprit la France participera-t-elle à la réunion du 14 novembre à Rabat sur la sécurisation des frontières libyennes ?

R - Avec la volonté de favoriser la coopération régionale pour accroître la sécurité au Sahel, qui a beaucoup souffert du terrorisme et des réseaux extrémistes. L'intervention au Mali n'a pas résolu tous les problèmes et la menace est encore diffuse. Les premiers acteurs de la sécurité sont les États de la région. Nous envisageons donc très favorablement la conférence de Rabat, qui s'inscrit dans un processus commencé il y a plusieurs mois et dans le prolongement de la conférence organisée à Tripoli en mars dernier.

Q - La participation à une intervention militaire en Libye est-elle une option envisagée, comme au Mali ?

R - Le président de la République, le ministre des affaires étrangères et le ministre de la défense ont indiqué à plusieurs reprises quel était le rôle de nos forces au Mali, comment elles étaient employées et à quelles fins. Nous sommes toujours au Mali. Un calendrier a été prévu. Des élections présidentielles ont été organisées et des élections législatives se tiendront le 24 novembre.

La conférence de Rabat ne sera aucunement l'occasion d'annoncer une quelconque intervention militaire française. Ce sont les pays de la région qui sont les acteurs de leur propre sécurité. Et c'est par une coopération régionale entre eux que la menace sera endiguée. La France les soutient. Nous le faisons à titre bilatéral, européen et, lorsque c'est nécessaire, dans le cadre des Nations unies. C'est à ces trois niveaux que nous aidons la Libye à recouvrer la pleine souveraineté sur son territoire et à lutter contre la circulation des armes et les réseaux terroristes présents dans le pays.

Nous discuterons également de la sécurité au Sahel en décembre à Paris, à l'occasion du sommet de l'Élysée sur la paix et la sécurité en Afrique. Le grand travail des organisations africaines - Union africaine et organisations régionales - sera évoqué à cette occasion, et notamment celui la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest au Mali et de la Communauté économique des États d'Afrique centrale en RCA. À chaque fois qu'il s'est rendu sur place, le ministre des affaires étrangères a marqué fortement le soutien de la France aux initiatives africaines dans ce domaine.

6 - Qatar

Q - Un joueur de football français retenu au Qatar était sur le point d'obtenir son visa de sortie, et puis l'affaire ne s'est pas débloquée...

R - Sur les cas de Français en difficulté au Qatar, on mélange souvent des cas et des parcours très différents. Pour le compatriote que vous mentionnez, nous avons intercédé en sa faveur et effectué un travail de médiation auprès des autorités qatariennes. Le président de la République l'a rencontré lors de son déplacement au Qatar.

7 - RCA

Q - Un ressortissant français a été blessé ce week-end à Bangui. Est-ce un banal fait divers ou quelque chose de plus préoccupant ?

R - La situation sécuritaire est très dégradée en RCA - pas seulement pour la communauté française, mais pour l'ensemble de la population centrafricaine qui souffre. Nous soutenons la force africaine, dont le rôle est de stabiliser le pays, et demandons que les acteurs humanitaires puissent travailler et avoir accès à la population.

Pour ce qui est de notre compatriote, qui travaillait pour un programme de l'Union européenne, il a effectivement été blessé par balles le 10 novembre. Il a été évacué à Boali pour y recevoir les premiers soins, dans l'attente d'une évacuation sanitaire. Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur les circonstances de l'agression qu'il a subie.

8 - Quarantième anniversaire du centre d'analyse, de prévision et de stratégie du ministère des affaires étrangères

Le centre d'analyse, de prévision et de stratégie célébrera demain son quarantième anniversaire, avec une manifestation importante et ouverte à la presse qui se tiendra à la Bibliothèque François Mitterrand. M. Laurent Fabius participera à un débat, aux côtés de personnalités françaises et étrangères. Il y prononcera également un discours sur le travail du ministère des affaires étrangères en matière de prospective sur les enjeux internationaux./.

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2. Iran - Entretien du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, avec «France Inter» - extraits (Paris, 09/11/2013)

Q - Vous n'avez - j'imagine - pas beaucoup dormi, si je compte bien cinq ministres des affaires étrangères ont fait le déplacement, John Kerry est sur place, il y a vos homologues britanniques et allemands aussi, vous attendez le chef de la diplomatie russe dans la matinée. Est-ce que c'est plutôt bon signe ?

R - Nous souhaitons un accord mais au moment où on se parle, il y a encore des questions majeures qui ne sont pas réglées. Le problème est très important parce que c'est toute la question du nucléaire iranien, avec des incidences sur la sécurité régionale et la sécurité mondiale.

Nous voulons un accord, mais pendant des années et des années l'Iran a développé un programme nucléaire dont nous suspectons qu'il soit à finalité militaire. Or, autant nous acceptons parfaitement que l'Iran utilise l'énergie nucléaire civile, autant nous refusons qu'il possède la bombe atomique parce que ce serait extraordinairement dangereux dans toute la région et au-delà. Nous sommes donc est en train de discuter de cela ; il y a eu des avancées.

Il y avait un texte initial que nous n'acceptons pas parce que certains points ne sont pas satisfaisants. On est en train de discuter de cela. On a un peu avancé mais à l'heure où je parle, je ne peux pas dire que j'ai aucune certitude que l'on puisse conclure. Donc, je vais voir Mme Ashton qui négocie. Je verrai ensuite le ministre des affaires étrangères iranien, et puis on va voir comment on avance dans la matinée et si on peut avancer.

Q - Alors la France, on l'a bien compris, ne veut pas d'un accord au rabais ...

R - On veut un accord, bien sûr, mais pas de jeu de dupe. Il y a quelques points sur lesquels nous ne sommes pas satisfaits par rapport au texte initial. Je vous en donne deux parce que je ne veux pas être trop technique. Il y a un point qui concerne le réacteur d'Arak. Il y a plusieurs types de réacteurs, mais celui-là produit beaucoup de plutonium et c'est extrêmement proliférant. Donc nous ne voulons pas que, pendant la négociation, les choses continuent parce qu'à ce moment-là, on serait devant le fait accompli. Évidemment les Iraniens sont réticents, mais pour nous cette affaire d'Arak est un point absolument dur.

Le deuxième point, c'est ce que l'on appelle l'enrichissement. Il y a tout un stock d'uranium enrichi à 20 %. 20 %, c'est beaucoup, cela permet d'aller à 90 % et à 90 % cela devient militaire. Nous posons donc la question suivante : comment redescendre pour une très grande partie de ce stock de 20 % vers 5 %, ce qui est beaucoup moins dangereux ; et que fera-t-on pour le futur ?

Nous sommes en train de discuter de toutes ces questions. J'espère, encore une fois, qu'il y aura un accord, mais si ces questions-là ne sont pas réglées, ce ne sera pas possible.

Et puis il y a un autre aspect. Évidemment, les Iraniens disent : «si on fait des concessions majeures, il faut qu'il y ait des allègements sur les sanctions». Nous n'y sommes pas opposés, mais ces allègements doivent être ciblés et, d'autre part, réversibles, puisque toute notre démarche c'est de dire : «voilà, il y a un accord en perspective pour les six mois qui viennent, on fera le bilan, on contrôlera tout cela, et si c'est satisfaisant on ira plus loin, vers quelque chose de définitif ». Donc, c'est très complexe et important : volonté de notre part d'aboutir mais pas d'accord de dupe.

Q - Mais on sait aussi que la levée - même partielle - de sanctions internationales, cela ne se fait pas non plus comme ça.

R - Non, c'est difficile.

Q - On sait que Barack Obama, par exemple, a besoin de l'accord du Congrès, et qui n'est pas forcément sur la même ligne que le Congrès et que la Maison Blanche. Donc c'est très compliqué.

R - Oui, vous avez raison. Il y a plusieurs types de sanction : il y a les sanctions américaines et les sanctions européennes.

En ce qui concerne les sanctions américaines, vous avez juridiquement deux catégories : vous avez les sanctions dont la levée exige de passer devant le Congrès - et cela risque d'être difficile - et puis vous avez des sanctions que le président peut lever lui-même par ce qu'on appelle un «waiver». Dans le projet, évidemment, c'est plutôt vers ce deuxième type de levée de sanctions que les Américains s'orientent. Pour nous, les Européens, si nous devions lever nos sanctions, cela demanderait un accord unanime, donc, cela demande que chaque pays soit d'accord et on a une responsabilité particulière.

Q - Les Iraniens de leur côté sont étranglés d'un point de vue économique, la situation n'est plus tenable pour eux. Il y a même peut-être un risque de guerre civile en Iran ?

R - Je n'irai pas jusque-là mais il est vrai que les sanctions ont eu un effet considérable. Au départ, elles ont été contestées par les uns et par les autres. Elles sont évidemment très fortement contestées par les Iraniens, mais c'est ce qui explique leur changement de position. Cela explique d'ailleurs peut-être aussi l'élection du président Rohani. Le président Rohani, de tous les candidats, était le plus novateur, si on peut employer cette expression. Et si la population iranienne a voté massivement pour lui, c'est parce qu'elle espère qu'il va y avoir un changement et, notamment, dans cette affaire de sanctions.

C'est donc une arme très puissante et il n'est pas possible de lever cette arme, qui a été efficace, s'il n'y a pas de l'autre côté des concessions absolument majeures. C'est pourquoi c'est à la fois très délicat et très important.

Q - Et Israël, parce qu'on a bien entendu, Benyamin Netanyahou est furieux, je ne sais pas s'il est contre tout accord, en tout cas sûrement pas contre n'importe quel accord, il se réserve d'ailleurs toujours le droit de se défendre lui-même !

R - Oui, tout à fait, le Premier ministre israélien s'est exprimé et évidemment, il y a des contacts entre lui et nous.

Q - Je crois même savoir que François Hollande se rend en Israël très prochainement !

R - Oui, dans une dizaine de jours.

Q - Donc j'imagine qu'ils vont aborder le sujet !

R - Oui, bien sûr. La position du Premier ministre israélien est de dire qu'il ne doit pas y avoir d'accord en deux phases, parce que cela risque d'être finalement une opération un peu artificielle. Sur le fond, il conteste cet accord. Il faut bien sûr prendre en compte pleinement les soucis de sécurité d'Israël et de l'ensemble des pays de la région.

Nous sommes pour un accord, il faut être clair, mais il faut que - encore une fois - cet accord soit sérieux, crédible. Le texte initial enregistrait des avancées mais pas suffisamment, donc c'est de cela que l'on discute. Ma position et celle du président de la République est d'être ouvert à un accord mais d'être extrêmement ferme.

Q - Puisque nous parlons du voyage en Israël du président de la République, de François Hollande...

R - En Israël et en Palestine...

Q - Est-ce que François Hollande fera un discours à la Knesset ?

R - Oui, je pense qu'il le fera./.

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3. Iran - Entretien du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, avec «Europe 1» - extraits (Paris, 11/11/2013)

Q - Laurent Fabius, à Genève, la France a refusé l'accord avec l'Iran sur son programme nucléaire. Quelles garanties vous faut-il pour arriver à un éventuel accord ?

R - Non, les choses ne se présentent pas exactement comment cela. Si vous me permettez, je ne veux pas être trop technique, mais enfin il faut expliquer à nos auditeurs exactement comment les choses se présentent. La question du nucléaire iranien est une question absolument majeure pour la sécurité régionale et pour la sécurité mondiale.

Quelle est notre position, non seulement celle de la France mais aussi celle des cinq membres permanents du Conseil de sécurité et de la communauté internationale ? Notre position est la suivante : l'Iran a parfaitement le droit d'utiliser l'énergie nucléaire civile, mais la bombe atomique : non. Voilà ce dont tout procède. La bombe atomique pour les Iraniens, cela signifierait un danger pour la région, d'autres pays auraient la bombe atomique, s'en doteraient, et pour la terre entière. Donc voilà la ligne.

Q - La négociation de Genève des Iraniens vous rassure-t-elle ou pas ? Est-ce que cela veut dire que, derrière leurs idées de négociations, ils ont dit «la bombe» ?

R - Il y a eu des progrès, c'est absolument évident, mais il n'a pas été possible d'aller jusqu'au bout. La négociation continue, dans neuf jours, nos directeurs politiques se retrouveront de nouveau à Genève. Il y a un texte sur la table et qui n'est pas un texte uniquement français. Ce texte a été accepté par ce qu'on appelle «les 5+1» ! Il ne faut pas juger des choses qui sont inexactes.

Q - Mais on a noté, Laurent Fabius, des divergences entre les «5+1», sur quoi portent-elles ?

R - On va y venir. Je ne veux pas entrer dans tous les détails, parce que nous sommes engagés - et je respecte cette consigne - à ne pas être trop détaillés parce que la négociation continue. Mais il y a deux ou trois points sur lesquels nous - quand je dis «nous», ce sont en particulier six pays, c'est-à-dire la Chine, les États-Unis.

L'Angleterre, l'Allemagne, la Russie, la France plus l'Allemagne - voilà l'état où nous en sommes, il y a deux ou trois points qui font encore des difficultés avec les Iraniens, j'espère que ces difficultés vont être surmontées.

J'en prends deux ou trois. Il y a une question que l'on retrouve souvent dans la presse - on ne sait pas trop toujours à quoi cela fait allusion - dite du réacteur d'Arak. De quoi s'agit-il ? Il y a différents types de réacteurs et ce réacteur d'Arak, qui n'est pas encore fini, est un réacteur dit à «eau lourde». Ce réacteur produit donc d'une manière très importante, du plutonium ; il est extrêmement proliférant et s'il allait jusqu'au bout, s'il fonctionnait, cela permettrait à l'Iran de fabriquer une bombe nucléaire par an. Nous disons qu'il faut prendre des dispositions pour que ce réacteur d'Arak ne puisse pas être activé comme il était prévu, et qu'il ne puisse pas conduire à la bombe atomique, voilà un point. Et là-dessus évidemment, nos collègues nous suivent et les Iraniens ont encore un effort à faire.

Il y a une deuxième question très importante, celle de l'enrichissement d'uranium. Là aussi soyons précis. L'uranium peut être enrichi à des pourcentages différents. Quand c'est à 3 ou à 5 %, cela ne pose pas trop de difficultés. Quand c'est à 20 %, comme c'est le cas de beaucoup du stock iranien, cela permet très vite d'aller à 90 % et à 90 %, on peut faire une bombe atomique. Donc, la question se pose de savoir ce que les Iraniens vont faire de leur stock important à 20 %. Nous discutons de cela, nous sommes d'accord avec nos propres partenaires pour dire qu'il faut que ce stock à 20 % soit démantelé et revienne à 5 %. Et il y a encore un effort à faire du côté de la partie iranienne.

Et puis, il y a une question plus générale : comment assurer cette question d'enrichissement pour que les Iraniens - je reviens à mon point de départ - puissent utiliser l'énergie nucléaire civile mais pas aller vers la bombe atomique. Vous voyez, ce sont des discussions très précises !

Q - Sinon dans quel délai l'Iran peut-elle avoir sa bombe ?

R - Si nous n'arrivions pas à un accord, cela poserait un problème considérable d'ici quelques mois ! Vous savez, il y a des domaines sur lesquels on n'est pas d'accord avec les Russes, les Chinois, etc. mais là, nous sommes absolument tous d'accord ! Mme Ashton, qui est la Haute représentante européenne qui conduit l'ensemble de nos négociations, a joué un rôle très important, que je veux souligner. John Kerry, avec son énergie habituelle, a fait beaucoup avancer les choses, et nous ne sommes pas loin d'un accord avec les Iraniens, mais nous n'y sommes pas encore.

J'ai lu des critiques : selon certains, la France serait isolée ; selon d'autres, elle serait suiviste. Non ! La France n'est ni isolée ni suiviste. La France est indépendante. La France travaille pour la paix.

Q - On dit souvent que la France adopte une stratégie belliqueuse, méfiante, alors qu'il y a peut-être une politique d'ouverture...

R - Non. Nous sommes fermes, nous ne sommes pas fermés. Ce n'est pas la même chose ! Nous voulons la paix - et là, je constate un changement très important de la part des Iraniens - mais nous voulons aller jusqu'au bout ! Et c'est ce à quoi nous travaillons avec nos partenaires et j'ai bon espoir que l'on arrive à un bon accord.

Q - Justement, vous avez dialogué en tête à tête avec le ministre Javad Zarif, le ministre iranien des affaires étrangères...

R - Bien sûr ! Bien sûr !

Q - Est-ce que vous croyez aujourd'hui à la bonne foi ou à la pratique d'ouverture de Téhéran ?

R - Je pense qu'il y a eu un grand changement avec l'élection du président Rohani, lié d'ailleurs largement aux sanctions qui avaient été prises puisque les sanctions mettent l'Iran en difficulté. Donc l'Iran, en tout cas le président Rohani et M. Zarif et beaucoup d'autres, veulent un changement. Nous en sommes d'accord et heureux, mais il faut que ce changement soit garanti et c'est ce sur quoi on travaille.

Mais je vous le répète, on est en cours de négociation, on a déjà beaucoup avancé mais il faut aller jusqu'au bout pour que les garanties soient là.

Q - Est-ce que ce matin, vous dites que le prochain rendez-vous du 20 novembre à Genève, c'est-à-dire le lendemain de votre voyage avec le président Hollande en Israël, le 20 novembre peut être décisif ? Est-ce que l'accord pourrait être conclu le 20 ?

R - Je l'espère ! Peut-être pas le 20 parce qu'il y a les directeurs politiques et ensuite, il faudra que les ministres confirment tout cela, mais nous ne sommes pas loin d'un accord. Évidemment, tant que l'accord n'est pas fait, il n'est pas fait, mais on travaille dans la bonne direction. Simplement, nous voulons que ce soit solide.

Q - Il y a des critiques : un, vous ménagez le gouvernement Netanyahou et Israël, ou on divise la France ; deux, vous rejoignez les néo-conservateurs à la McCain aux États-Unis ; trois, vous ne voulez pas fâcher les adversaires de l'Iran, le Qatar et l'Arabie Saoudite. C'est peut-être difficile à entendre, mais je vous le dis.

R - Écoutez, nous ne nous situons pas par rapport à tel ou tel. Nous voulons un accord qui assure la sécurité régionale et internationale ; oui à l'énergie nucléaire civile pour les Iraniens, non à la bombe atomique. Évidemment, il y a des conséquences de tout cela, mais la France, traditionnellement, travaille pour la paix./.

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4. Iran - RĂ©ponse du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, Ă  une question d'actualitĂ© Ă  l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 12/11/2013)

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Monsieur le Député Lellouche,

La ligne qui est celle de la France, et qui est celle de la communauté internationale est la suivante. L'Iran a parfaitement le droit d'utiliser l'énergie nucléaire civile mais pas la bombe atomique. Voilà la ligne qui est la nôtre, et qui permet de décliner l'ensemble des éléments de la négociation. Nous avons eu, il y a quelques jours, une longue négociation à Genève. Elle a été utile. La France y a apporté sa contribution. La position qui est la nôtre, je veux le préciser, est aussi la position commune des six pays, les cinq membres permanents du conseil de sécurité plus l'Allemagne.

Cette proposition a été présentée aux Iraniens qui, après discussions, n'ont pas pu, à ce stade, l'approuver. Mais, nous avons pris rendez-vous pour d'autres discussions. Le 20 novembre nos directeurs politiques se rencontreront et j'espère bien que nous pourrons conclure. Sur quelles bases ?

Sur un base de fermeté, mais la fermeté n'est pas la fermeture. Ce qui veut dire que la France veut qu'il y ait un résultat mais, comme vous l'avez souligné, un résultat crédible et solide. Je pense qu'à Genève nous avons avancé. Nous n'avons pas servi les intérêts de tel ou tel pays. La France est un pays indépendant qui agit au service de la sécurité régionale et internationale. C'est notre ligne et cela continuera de l'être./.

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5. Philippines - CommuniquĂ© de la prĂ©sidence de la RĂ©publique (Paris, 09/11/2013)

La tragédie qui vient de frapper les Philippines avec le passage du typhon Haiyan est considérable.

Elle aurait provoqué, selon les premières informations, la mort de très nombreuses victimes.

Le président de la République adresse tout son soutien et celui de la France aux autorités et au peuple des Philippines.

Il leur fait part de ses condoléances et de son entière solidarité face à cette catastrophe./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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6. Philippines - Entretien du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, avec «Europe 1» - extraits (Paris, 11/11/2013)

Q - Quelle aide la France apporte-t-elle ou va-t-elle apporter aux victimes de la tragédie philippine ?

R - C'est une tragédie, un drame absolument épouvantable. On parle de 10.000 morts mais peut-être malheureusement plus et d'abord il faut envoyer une pensée de solidarité à tous ceux qui sont là-bas.

Concrètement, nous avons décidé d'envoyer 10 tonnes de fret qui partent ce matin : des tentes, des moyens de s'abriter, etc. Deux PC de crise ont été installés : l'un au Quai d'Orsay et j'ai demandé à notre ambassadeur à Manille d'installer un PC de crise, ce qui est fait.

D'autre part, les grandes organisations d'aide caritative ont lancé toute une série d'actions. Ils font un appel aux dons, il faut essayer évidemment de les aider. Et puis on est en contact avec les Français qui sont là-bas. Pour le moment, il n'y a pas particulièrement d'inquiétude à avoir pour nos ressortissants.

Q - Vous dites que la France se sent donc concernée par le malheur des Philippines ...

R - Bien sûr, et sans vouloir faire de philosophie à partir d'un drame humain qui nous saisit, il y a aussi la question du dérèglement climatique. M. Barré avait raison d'insister sur l'importance énorme de cette question qui détermine la vie de l'humanité ! Je me rends d'ailleurs à la fin de la semaine à Varsovie où il y a une Conférence sur ce thème. Il s'agit de préparer la grande conférence sur le climat hébergée par la France, qui va décider de tout cela en 2015. C'est extrêmement difficile puisqu'il faut agir par consensus, mais vraiment toute notre énergie est mise sur cette préparation.

Mais enfin dans l'immédiat, c'est le drame et il faut les aider au maximum.

Q - Nicolas Barré disait «380 milliards de dollars, le coût», et le coût en vies humaines, c'est quoi, c'est des centaines de milliers, bien sûr...

R - Oui mais ce n'est pas simplement une affaire financière ! C'est d'abord une affaire humaine. Il faut bien comprendre que si on laisse faire les choses, ce n'est pas deux degrés d'augmentation de la température, mais on peut aller jusqu'à cinq degrés ! Et on parle toujours de «réchauffement climatique», c'est une erreur ! Il faut parler de «dérèglement climatique» ! C'est-à-dire que tout est bouleversé./.

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7. Philippines - CommuniquĂ© du ministère de l'intĂ©rieur (Paris, 11/11/2013)

À la demande d'aide internationale formulée par les autorités philippines après le passage du typhon Haiyan sur leur territoire, la France a envoyé, dimanche 10 novembre au soir, 10 tonnes de matériel humanitaire (tentes, bâches, matériels de cuisine...).

Deux officiers de la sécurité civile (un des formations militaires de la sécurité civile et un sapeur-pompier volontaire également gestionnaire de la Réserve nationale) accompagnent le chargement.

Ils feront, sur demande des autorités sur place, des missions de reconnaissance et d'évaluation des besoins./.

(Source : site Internet du ministère de l'intérieur)

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8. Syrie - DĂ©claration du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius (Paris, 12/11/2013)

Je salue la décision de la Coalition nationale syrienne de participer à la conférence de Genève II.

Elle constitue une avancée majeure vers la possibilité d'une solution politique.

Elle montre l'esprit de responsabilité de l'opposition modérée qui s'est dotée hier d'un gouvernement, représentatif de la diversité du peuple syrien.

Comme l'ont rappelé les membres de la Coalition nationale syrienne, la population demande en urgence que les efforts internationaux permettent un accès humanitaire immédiat aux civils, notamment dans les villes assiégées par le régime. La France soutient pleinement cette demande./.

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9. Otages - Entretien du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, avec «France Inter» - extraits (Paris, 09/11/2013)

Q - Autre sujet, les quatre otages français en Syrie : Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres. Vous l'avez dit, il y a des traces de vie, vous en avez. Savez-vous où ils sont ? Est-ce qu'ils sont ensemble ? Est-ce qu'ils sont regroupés ?

R - Nous avons encore sept compatriotes retenus en otage. Nous avons pu heureusement ramener quatre otages récemment, vous le savez, c'était formidable, mais nous en avons encore sept. Il faut donc continuer un travail qui est à la fois très discret, parce que si ce n'est pas discret c'est contre-productif, et qui veut être efficace. En ce qui concerne nos otages en Syrie, il y a effectivement des traces récentes de vie, mais sur les contacts, les méthodes, etc...

Q - Vous ne pouvez pas en dire plus ?

R - Vous m'excuserez si je n'en dis pas plus. J'ai acquis la conviction que c'est là la clé d'un succès.

Q - Reste aussi la montée en puissance des violences faites aux journalistes, on pense évidemment à Ghislaine Dupont et à Claude Verlon. On sait que l'enquête avance, la France a promis de punir les auteurs de ces assassinats. Où en sommes-nous de la traque, il y a des noms qui ont été évoqués ?

R - Oui, il ne faut pas prendre pour argent comptant toutes les informations que je vois dans tel ou tel média, mais il est vrai que les choses ont avancé, à la fois sur les circonstances dans lesquelles nos compatriotes ont été enlevés puis assassinés. Ce sont des circonstances absolument odieuses puisque ce sont des rafales de mitraillettes qui les ont abattus de manière froide.

Ensuite, bien sûr, des recherches ont commencé d'être effectuées, il y a beaucoup de monde qui fait cela. On remonte les pistes, on a des indications, notamment sur les commanditaires. Aqmi a exprimé une revendication. Elle me semble plausible, mais pour les personnes proprement dites, on remonte le film.

Vous savez, là aussi, c'est quand les gens sont vraiment pris, que tout est clair et précis, que l'on peut communiquer. Avant, cela risque d'être contre-productif. En tout cas, pour ce qui concerne les journalistes, j'ai dit que lorsqu'un journaliste est attaqué et assassiné, finalement c'est un double crime, à la fois contre sa personne et puis c'est la liberté d'informer que l'on veut bâillonner et assassiner. Donc, il faut être d'autant plus intransigeant, très ferme et dire à l'ensemble de vos collègues journalistes qu'il faut qu'ils continuent leur métier, évidemment de manière prudente, vigilante, on ne peut pas aller n'importe où, mais il est indispensable d'informer.

Q - Et il est indispensable aussi évidemment de protéger les ressortissants français, c'est aussi le devoir de l'État !

R - Bien sûr !

Q - Ça va ensemble.

R - Bien sûr./.

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10. Otages - Entretien du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, avec «Europe 1» - extraits (Paris, 11/11/2013)

Q - Laurent Fabius, ma question est évidente et vous le savez, est-ce que vous avez des nouvelles des quatre journalistes dont les deux d'Europe 1 détenus en Syrie ?

R - Votre question est parfaitement légitime et nous pensons à eux en permanence. Nous travaillons, bien sûr, pour cela. Mais la règle que le président de la République et moi-même nous sommes donnée, c'est la discrétion parce que c'est la clé de l'efficacité.

Si nous n'avions pas eu de discrétion, nous n'aurions pas sorti les Moulin-Fournier de leur situation d'otage. Si nous n'avions pas eu de discrétion, nous n'aurions pas sorti les ex-otages d'Arlit. Donc, respectons cette règle et travaillons comme nous le faisons sans cesse./.

 

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11. Sahel - Banque mondiale - DĂ©claration du prĂ©sident de la RĂ©publique, M. François Hollande (Paris, 08/11/2013)

Monsieur le Président de la Banque mondiale, Mesdames, Messieurs,

Je remercie d'abord, le président Kim pour son accueil. C'est la première fois que le président de la République française vient dans les locaux de la Banque mondiale à Paris.

Pourtant, ce n'était pas le déplacement le plus lointain qu'il était possible de faire, ni le plus onéreux. Donc, j'ai voulu atteindre cet objectif le plus rapidement possible.

Mais si je suis ici avec les ministres qui m'accompagnent, c'est parce que j'attache un grand prix à l'action de la Banque mondiale, à ses modalités d'intervention et à sa volonté d'assurer le développement dans les régions qui sont parmi les plus pauvres du monde.

Aujourd'hui, c'est du Sahel qu'il s'agit. Le Sahel, nous en parlions à juste raison pour sa sécurité. Le Sahel, c'est notamment le Mali où la France est intervenue au nom de la communauté internationale pour permettre à ce pays de retrouver son intégrité territoriale. Le Sahel est encore frappé par des actions terroristes et je vous remercie, Monsieur le Président, d'avoir évoqué l'assassinat des deux journalistes français.

Mais je n'oublie pas non plus qu'il y a eu au Niger, hélas, la découverte terrible de plusieurs dizaines de migrants morts dans des conditions effroyables.

Si nous voulons sortir le Sahel de ce qu'est aujourd'hui le sous-développement mais aussi éradiquer les trafics, trafic de drogue, trafic d'armes, trafic d'êtres humains, nous devons mener une véritable politique multilatérale de développement pour cette région de l'Afrique.

C'est ce que vous avez engagé avec notre plein soutien. La Banque mondiale a en effet décidé d'accorder sur deux ans un milliard et demi de dollars pour des projets régionaux concernant les six pays de la zone Sahel : le Burkina Faso, le Mali, le Niger, le Sénégal, la Mauritanie et le Tchad.

Ces projets, s'ils sont menés à bien, permettront de conforter des infrastructures, d'en créer, de régler les questions d'accès à l'eau, à l'alimentation, à la santé. De permettre donc, aux populations qui vivent au Sahel de retrouver confiance et espoir.

C'est à la fois un objectif de justice, un objectif de développement économique mais aussi un objectif de sécurité. Je ne détache pas un objectif par rapport aux deux autres.

Au mois de décembre, la France réunira l'ensemble des chefs d'État africains pour une réunion qui portera sur trois sujets.

Le premier, c'est la sécurité. Comment faire en sorte que les Africains puissent assurer eux-mêmes leur propre défense face notamment au terrorisme à travers des forces régionales qui pourront être accompagnées, encadrées. C'est la responsabilité et de la communauté internationale, c'est pourquoi le secrétaire général de l'ONU M. Ban Ki-moon sera présent, et de l'Europe, qui sera représentée et par M. Barroso et par M. Van Rompuy.

La deuxième dimension, c'est de lutter contre le réchauffement climatique qui touche aussi, et même surtout, les zones qui peuvent être considérées comme désertiques et dont nous voyons très bien comment elles peuvent se dégrader encore davantage s'il n'y a pas une action vigoureuse à l'échelle internationale.

C'est aussi une responsabilité pour la France puisqu'elle accueillera en 2015 la Conférence sur le climat. Nous entrons donc dans ce processus dès la conférence du mois de décembre avec les chefs d'État africains.

Enfin, la troisième dimension, c'est le développement. Le développement à travers des projets qui, on le voit ici pour le Sahel, grâce à la Banque mondiale, peuvent toucher des secteurs comme l'énergie, l'éducation, la sécurité alimentaire, la santé.

Nous avons besoin du soutien des grandes institutions, la Banque mondiale, de la mobilisation de l'Europe, ce qu'elle a fait et notamment pour le Mali et la France y prendra aussi sa part.

Je précise que le montant de l'aide française pour le Sahel, à travers l'Agence française de développement, atteint plus de 900 millions d'euros. Pour le seul Mali, nous nous sommes engagés à fournir sur deux ans un effort de 280 millions d'euros, notamment pour l'alimentation et la santé.

La Banque mondiale, comme la France d'ailleurs, a des exigences. Les soutiens que nous pouvons apporter, les projets que nous pouvons contribuer Ă  financer, doivent donner toutes les conditions de la transparence et de la bonne gouvernance.

Ce n'est pas une règle pour gêner les États que nous soutenons. Au contraire, c'est un levier pour leur propre développement.

Je veux aussi saluer la responsabilité des chefs d'État africains et notamment de la zone Sahel où des élections ont été organisées, encore récemment au Mali, bientôt des élections législatives, car la démocratie va également de pair avec le développement.

L'action que nous menons pour la sécurité et le développement vise à conforter la démocratie.

Tel est le sens de ma présence ici, de ma reconnaissance à l'égard de l'action de la Banque mondiale. Le milliard d'euro qui a été annoncé par le président Kim est véritablement une bonne nouvelle pour la région et je pense qu'elle saura bien utiliser ces fonds.

Dans quelques minutes, je vais accueillir à l'Élysée le président Kim, la directrice du Fonds monétaire international mais également le directeur de l'OMC, le secrétaire général de l'OCDE et nous allons évoquer les perspectives économiques et notamment la situation de la France.

Je confirmerai la stratégie qui est la nôtre, le cap qui est le mien. Il repose sur trois principes.

Le premier, c'est de faire autant d'économies budgétaires qu'il est possible de réaliser sans mettre en cause les services publics et le modèle social français pour réduire nos déficits.

Le second principe, c'est d'améliorer la compétitivité de l'économie française pour retrouver le plus haut niveau de croissance.

Le troisième principe, c'est de lutter contre le chômage en mobilisant tous les dispositifs, tous les acteurs, privés comme publics.

Cette politique qui repose sur des réformes qui ont déjà été engagées, qui se poursuivront est la seule qui permette d'assurer la crédibilité - et on peut la mesurer à travers le faible niveau des taux d'intérêts sur les marchés - et d'assurer la cohésion nationale et sociale.

Voilà ce que je voulais dire à l'occasion de votre venue et de ma venue ici chez vous et de votre venue à l'Élysée.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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12. CommĂ©morations de l'armistice - 70e anniversaire du dĂ©filĂ© des rĂ©sistants Ă  Oyonnax - Discours du prĂ©sident de la RĂ©publique, M. François Hollande (Oyonnax, 11/11/2013)

Messieurs les Ministres,

Monsieur le Maire qui nous accueille aujourd'hui en ce 11 novembre,

Mesdames, Messieurs les Parlementaires et Élus,

Monsieur le Président du Conseil régional,

Messieurs les Anciens combattants,

Mesdames et Messieurs,

Le 11 novembre 1918, c'Ă©tait l'armistice. Elle mettait fin Ă  la Guerre, Ă  la Grande Guerre.

La France avait payé un lourd tribut à cette tragédie. Elle avait perdu un million et demi de ses enfants. Toute une génération portait les séquelles de cette souffrance, avec des centaines de milliers de gazés, d'amputés, de blessés, de gueules cassées. Aussi, la Nation décida d'entretenir le souvenir de cette épreuve, parce qu'elle pensait qu'elle ne pourrait plus jamais revivre un tel drame et que rien ne devait être oublié.

Le 11 novembre 1919, une minute de silence fut observée partout en France, dans tous les villages et dans toutes les villes de France.

Le 11 novembre 1920, la dépouille d'un soldat fut déposée sous l'Arc de Triomphe. Il avait été choisi parmi tous les corps anonymes recouverts de l'uniforme français sur le champ de bataille de Verdun.

Ensuite, ce fut une loi - elle intervint en 1922 - qui institua le 11 novembre, jour de «commémoration de la victoire et de la paix». Ainsi, à partir de 1922, d'année en année, le 11 novembre fut célébré.

Mais en 1940, lorsque notre pays fut occupé par les Nazis et administré par le régime de Vichy, il fut interdit de rendre hommage aux combattants de la Grande Guerre. Ainsi, l'outrage aux morts s'ajoutait à l'humiliation des vivants.

Se rassembler ce jour-là, le 11 novembre, devenait un acte de résistance.

Le 11 novembre 1940 fut donc le premier. Plusieurs milliers de lycéens et d'étudiants à Paris, qui «ne savaient pas à quel point ils aimaient leur pays» avaient défié les Allemands en allant manifester devant la tombe du soldat inconnu. Ils y déposèrent des bouquets de fleurs, entonnèrent la Marseillaise, avant d'être dispersés par la Wehrmacht. Plus d'une centaine furent arrêtés et leurs professeurs pourchassés.

Deux ans plus tard, le 11 novembre 1942, alors que les Nazis envahissaient la zone Sud, les élèves du lycée Lalande de Bourg-en-Bresse eurent l'audace de se réunir autour du monument aux morts et de clamer leur attachement au général de Gaulle. Beaucoup, là-encore, rejoignirent ensuite le maquis. Au point que le lycée Lalande de Bourg-en-Bresse a été médaillé de la Résistance. C'est le seul établissement public civil à l'avoir été.

Pour le 11 novembre 1943, le Conseil national de la Résistance, relayé par Radio Londres, voulait marquer les esprits. Il demanda donc aux Français de l'intérieur d'imaginer des initiatives d'envergure.

Un homme, ici, Henri Romans-Petit, ancien combattant de 1914, chef de l'Armée secrète et des maquis de l'Ain, répondit à cet appel. Il entendait même lui donner un écho exceptionnel. Il planifia l'organisation d'un défilé, qui aurait les mêmes formes, le même cérémonial, le même sens patriotique qu'au temps de la République. Comme si le pays avait déjà été libéré.

Restait un lieu Ă  trouver : ce fut Oyonnax. Pourquoi Oyonnax ?

Sans doute parce que les Allemands n'y tenaient pas garnison. Ce n'est pas la raison principale. C'est Surtout, parce que l'esprit de collaboration ne prospérait pas dans cette ville. Le maire de l'époque, avant d'être destitué par Vichy, avait refusé de voter les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Il s'appelait René Nicod. La population d'Oyonnax s'en souvient et en même temps, elle était à cette époque en adhésion avec la Résistance.

L'opération fut montée avec une méticulosité parfaite : la ville fut isolée par les maquisards, ils disposèrent des barrages sur toutes les routes d'accès, l'armée des ombres avança alors en pleine lumière, en plein jour. Trois compagnies, 120 hommes, marchèrent en rangs serrés comme dans la plus pure tradition militaire.

Ils déposèrent sur le monument une gerbe de fleurs en forme de Croix de Lorraine. Ils y avaient inscrit ces mots qui résonnent encore dans chacune de nos têtes : «Les vainqueurs de demain à ceux de 14-18». Après une minute de silence et la sonnerie aux morts, retentit la Marseillaise chantée avec ferveur par la foule rassemblée.

Nous avons à l'instant vécu ces moments.

C'Ă©tait le 11 novembre 1943.

C'était-là le plus bel hommage qui pouvait être rendu aux anciens combattants de 14-18 : leurs fils venaient risquer leur vie pour rappeler que leurs pères avaient donné la leur pour la même cause. Cette cause a un nom : elle s'appelle la liberté.

Le retentissement de cet exploit fut considérable. Il gonfla d'ardeur les forces de la Résistance et justifia enfin le développement de leur armement par les Alliés.

Churchill et Roosevelt furent en effet convaincus, après ce coup de tonnerre qu'il était temps, qu'il était plus que temps d'armer les résistants.

La vieille légende rapporte que lorsque le général de Gaulle apprit cet évènement, il versa une larme.

Ce coup d'éclat a marqué notre mémoire collective. Il figure parmi les grands gestes patriotiques d'une période, celle de la Résistance, qui n'en a pourtant pas manqué. Des témoignages, un film a été réalisé par un témoin de l'époque, il avait 17 ans. Nous en avons vu, ici, des images. Et puis, un survivant de cet épisode glorieux est parmi nous : Marcel Lugand.

Marcel Lugand, vous êtes le dernier acteur de ce «défilé de l'espoir». Vous étiez le clairon. On vous entend encore.

Qu'à travers vous, Marcel Lugand, au-delà de vous, soit saluée la Résistance, celle qui préparait les combats, dans les fermes du Bugey, qui recevaient des parachutages nocturnes dans les plaines de la Bresse et de la Dombes. Celles qui accueillait les réfractaires du STO, oui, tous ces résistants ont permis la libération de la France.

Au lendemain de ce 11 novembre 1943, les occupants qui avaient été pris de court, se vengèrent sur les civils.

Comme dans le village de Dortan, entièrement brûlé, ou à Nantua en cette funeste journée du 14 décembre 1943, où 150 hommes dans la force de l'âge furent arrêtés : 116 déportés, 98 qui ne revinrent jamais.

70 ans plus tard, nous sommes réunis aujourd'hui, dans la fidélité du souvenir, pour évoquer deux guerres, deux guerres terribles : la Grande Guerre et celle de 1940-1945. Nous ne les confondons pas. Mais ici, à Oyonnax, elles se répondent l'une, l'autre.

Car ici Ă  Oyonnax, des hommes ont voulu utiliser le souvenir pour rallumer l'espoir.

Ici Ă  Oyonnax, des hommes voulaient rendre hommage aux morts et mobiliser les vivants.

Ici à Oyonnax, des hommes voulaient donner de la fierté à leur pays, au moment où il doutait de lui-même.

Ici à Oyonnax, des hommes, pas seulement des Français mais aussi des Républicains espagnols, qui portaient le drapeau de la liberté pour tous les peuples du monde.

Je voulais, Monsieur le Maire, par ma présence, rappeler ce moment historique.

Cette cérémonie s'inscrit dans le cycle commémoratif du Centenaire de la Grande Guerre et le 70ème anniversaire de la Libération de la France.

Avec cette même question qui revient, qui revient sans cesse : pourquoi se sont-ils battus ? Les poilus de 14, les héros anonymes des tranchées, les femmes qui étaient à l'arrière et qui faisaient vivre le pays. Pourquoi se sont-ils battus, les Français libres ? Les maquisards ? Les résistants ! Pourquoi sont-ils montés au front ? Pourquoi ont-ils pris les armes au sacrifice de leur vie ?

Un mot revient pour répondre : la patrie. Oui, la patrie, c'est-à-dire le legs reçu des générations précédentes mais aussi ce que signifie la patrie, ce qu'elle incarne : une promesse de dignité, de justice et d'émancipation.

La France, notre Nation s'est forgée au cours des siècles dans la diversité des parcours, des origines, des apports successifs. Nous sommes ici, tous issus de cette histoire. Notre identité tient à l'affirmation de valeurs partagées, du lien qui unit chaque citoyen à la communauté nationale.

Il nous appartient encore aujourd'hui de montrer la solidité, la vitalité de ce lien.

Aimer la France, ce n'est pas un sentiment nostalgique, ce n'est pas une célébration du passé, de ses gloires comme de ses drames. Non. Aimer la France, c'est croire en ses atouts, en ses capacités, en ses talents, en sa jeunesse, en son école.

Aimer la France, c'est la vouloir plus forte pour relever les défis, plus solidaire pour n'oublier personne, plus confiante pour prendre pleinement sa place dans le monde.

Aimer la France, ce n'est pas l'enfermer, la recroqueviller, lui faire peur. Aimer la France, c'est l'élever, lui dire la vérité, la mobiliser pour lui donner confiance.

Aimer la France, c'est offrir à chacun la possibilité de réussir sa vie et donc de pouvoir aussi servir son pays.

Ce 11 novembre est dédié à la République. En 1914, la République s'est révélée plus forte que les régimes autoritaires qui croyaient que, parce qu'elle était un État de droit, la République serait un État de faiblesse. Non, la République sait montrer sa force et sa fermeté.

En 1940, les institutions avaient sombré mais la République s'était incarnée ailleurs, dans la France libre, dans la Résistance, dans les Maquis... «Elle n'avait jamais cessé d'être».

Aujourd'hui la RĂ©publique, c'est notre bien commun. C'est Ă  nous, de la faire vivre, de faire respecter la loi partout. Une loi qui doit ĂŞtre la mĂŞme pour tous.

La République, c'est d'assurer l'égalité. Pas simplement des droits, mais aussi des devoirs. La République, c'est de ne jamais rien laisser passer face aux haines, aux intolérances, aux extrémismes, au racisme. Oui, c'est l'exigence de ne jamais céder devant les pressions, d'où qu'elles viennent. C'est cela la République.

Le 11 novembre est également dédié à l'espérance. La France a traversé de grandes épreuves dans son histoire, elle s'est toujours relevée. Elle y est chaque fois parvenue par la volonté collective. Aujourd'hui que la paix est revenue, nous sommes dans un autre contexte et c'est sur l'économie que se mesurent la puissance et l'influence. Rien ne doit nous paraître inaccessible. Tout est à notre portée si nous en décidons.

Ce 11 novembre est dédié aussi au rassemblement et à l'unité de la France. Notre pays ne peut rien quand il est morcelé, fractionné, divisé en territoires, en catégories, en particularismes.

Voilà pourquoi, rien n'est plus indispensable que le dialogue, la responsabilité et le respect. Car c'est la communauté nationale qui nous réunit tous et je n'accepterai jamais qu'elle puisse être divisée.

Ce 11 novembre est dédié enfin à la Défense nationale. Les menaces n'ont plus le même visage qu'hier ou avant-hier, mais elles ont le même dessein. Il en est toujours dans le monde qui veulent abattre la démocratie, empêcher la raison de s'exercer librement, humilier les femmes, asservir les minorités. Ils ont une arme : elle s'appelle le terrorisme. Il s'en prend toujours aux innocents, comme hier à des journalistes. La France leur prouvera - comme elle le fait au Mali - que les démocraties ne craignent pas d'affronter ces forces obscures.

J'ai ici une pensée particulière pour les sept militaires français qui sont morts cette année pour que le Mali retrouve l'intégrité de son territoire. J'associe à cet hommage les militaires blessés, qui souffriront encore longtemps, toute leur vie, de la mission magnifique qu'ils ont exercée au nom de la France.

Ce 11 novembre est dédié à la paix. La paix n'est jamais acquise. Une fois conquise, elle suppose pour être préservée notre vigilance. On le voit sur les dangers de la prolifération chimique ou nucléaire.

Sur notre continent, la paix a un nom, une forme, un espace : c'est l'Union européenne. Elle est le produit de la volonté, justement de ses dirigeants, issus d'une génération meurtrie par les guerres, qui avait voulu en terminer.

Il nous appartient encore d'être au rendez-vous de cette grande aventure humaine, en veillant à ne pas la réduire à un simple marché, à une monnaie, par ailleurs nécessaire, mais à lui donner toute sa force. Parce que l'Europe doit donner des atouts supplémentaires aux Nations qui la composent.

Voilà le sens des commémorations qui s'ouvrent en ce 11 novembre 2013. 70 ans après ce qui s'était passé ici, à Oyonnax.

Mesdames et Messieurs,

Une Nation s'honore toujours de savoir à qui elle doit sa liberté et son indépendance. C'est précisément le rôle de la Mémoire que de transmettre de génération en génération le souvenir des actes glorieux, comme ici, mais aussi des épreuves douloureuses et des fiertés partagées.

C'est au nom de cette MĂ©moire, de cette MĂ©moire nationale, qui nous unit tous, qu'il nous revient Ă  notre tour d'assurer, ensemble, le destin de la France.

Vive la RĂ©publique !

Vive la France !./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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13. CommĂ©morations de l'armistice - CommuniquĂ© du ministre dĂ©lĂ©guĂ© chargĂ© des affaires europĂ©ennes, M. Thierry Repentin (Paris, 11/11/2013)

Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, c'est par la réconciliation franco-allemande et les premiers pas de la construction européenne que les pères fondateurs de l'Europe ont cherché à mettre en échec les nationalismes, qui par deux fois en 30 ans, avaient mis le continent à feu et à sang.

Nous sommes les héritiers de ces engagements européens, et il est de notre responsabilité de faire fructifier cet héritage.

Ce 11 novembre est le moment pour tous les républicains de se rassembler et de saluer la mémoire de ces millions d'Européens pris dans les combats des deux conflits mondiaux du siècle dernier, et de mesurer ce que l'Europe nous a apporté en premier lieu : la paix, et le dépassement des rivalités stériles entre nations européennes. Il est aussi le moment d'honorer l'acte héroïque des résistants d'Oyonnax qui défièrent le régime de Vichy, et portaient les valeurs dont se réclament la France et l'Europe aujourd'hui.

Les commémorations du centenaire de la première guerre mondiale, et du soixante-dixième anniversaire de la Libération, à partir de 2014, seront aussi l'occasion de célébrer l'amitié entre la France et l'Allemagne, et entre les pays européens. Les liens qui nous unissent aujourd'hui entre Européens ne sont pas la négation mais un hommage rendu aux sacrifices de nos aînés. Nous saluons la mémoire de tous ces combattants, tombés pour que la guerre n'ait plus lieu, et nous construisons l'Europe, pour tenir les promesses de la paix et de la liberté. C'est le sens de ma présence aux côtés du président de la République aujourd'hui./.

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14. Bosnie-HerzĂ©govine - Conseil de sĂ©curitĂ© - Intervention du reprĂ©sentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 12/11/2013)

Je remercie Monsieur Inzko, Haut représentant en Bosnie-Herzégovine pour sa présentation.

Je vous félicite, Monsieur le Président, pour votre prise de fonction. Et je remercie le représentant permanent d'Azerbaïdjan et toute son équipe pour la manière dont il a assuré la présidence de notre Conseil au mois d'octobre.

Je m'associe à la déclaration que fera le représentant de l'Union européenne.

Monsieur le Président,

Nous venons d'adopter la résolution qui renouvelle l'autorisation d'EUFOR Althea. EUFOR ALTHEA garde un mandat exécutif résiduel afin de soutenir la capacité des autorités du pays à préserver l'environnement sécuritaire si la situation l'exigeait. Mais, cette opération continuera aussi de faire l'objet d'une évaluation régulière, notamment sur la base de la situation sur le terrain, l'objectif étant de réaliser des progrès afin que soient remplies les conditions qui lui permettent d'achever son mandat.

De fait, la situation sécuritaire sur le terrain est restée calme et stable, et c'est là une constante depuis plusieurs années. En outre, comme l'ont indiqué les autorités militaires de l'Union européenne, les autorités de Bosnie-Herzégovine se sont montrées jusqu'à présent capables de faire face aux éventuelles menaces pesant sur le climat de sécurité.

La reconfiguration de la mission doit donc se poursuivre.

Elle a déjà permis de réduire les forces présentes en Bosnie-Herzégovine et de recentrer leur rôle vers le développement des capacités et la formation. L'action d'EUFOR ALTHEA, dans cette phase descendante, doit rester complémentaire de celle des autres acteurs présents sur le terrain, notamment de l'OSCE. La duplication des efforts n'entrainerait que confusion et serait contre-productive.

Monsieur le Président,

Malgré une situation sur le terrain calme et stabilisée, nous demeurons cependant préoccupés par le blocage de la situation politique.

La succession de crises politiques détournent les autorités bosniennes de leur objectif d'intégration euro-atlantique. La rhétorique nationaliste continue d'alimenter la tension et les soupçons. Nous regrettons ces excès d'autant plus que d'autres États de la région ont franchi et continuent de franchir des étapes dans ce processus d'intégration euro-atlantique.

Ce Conseil appelle donc le gouvernement bosnien à reprendre la voie des réformes. En premier lieu en ce qui concerne le respect de l'arrêt Sejdic-Finci de la CEDH, question déterminante pour l'avancée vers l'UE, ce que ce Conseil a choisi de souligner dans sa résolution. Nous souhaitons que le gouvernement en place mette la constitution en conformité avec la Convention européenne des droits de l'Homme. Nous appelons également les autorités de Bosnie-Herzégovine à poursuivre leur coopération avec le tribunal pénal pour l'ex-Yougoslavie et les mécanismes résiduels. C'est là un critère essentiel de l'acceptation de la Bosnie-Herzégovine au sein de la famille européenne.

Or, l'absence d'action des autorités bosniennes ralentit la marche vers l'adhésion.

Nous restons certes attachés à la perspective de voir la Bosnie-Herzégovine rejoindre l'Union européenne en tant que pays uni et souverain, jouissant de la pleine intégrité territoriale. Mais il appartient aux Bosniens et à leurs dirigeants de trouver les compromis historiques qui permettront à ce pays de s'appuyer sur des institutions fonctionnant efficacement, ce que de toute évidence, ne permet pas l'usage qui est fait actuellement du cadre institutionnel, hérité de Dayton. Un pays sous tutelle et divisé ne peut, comme tel, intégrer l'Union européenne.

Monsieur le Président,

Pour autant les tensions politiques n'ont à aucun moment remis en cause le climat de sécurité. Le Haut Représentant, M. Inzko, garant des Accords de paix au nom de la Communauté internationale, a notre plein soutien. Mais la crise gouvernementale actuelle nous rappelle qu'il est temps de responsabiliser la classe politique bosnienne pour qu'elle retrouve son unité face à la seule priorité, celle de la perspective européenne qui est offerte à ce pays. Dès lors, la fonction du Haut Représentant doit elle aussi évoluer substantiellement.

Une réflexion sur la reconfiguration du Bureau du Haut représentant a été lancée. Ces efforts doivent se poursuivre car pour lui donner une plus grande efficacité fondée sur le rôle clef de l'Union européenne des décisions devront être prises, prochainement nous l'espérons.

Je vous remercie./.

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