Dans cet espace vous pouvez

- soit faire une recherche avancée sur tous les points de presse et déclarations de politique étrangère

 

- soit sélectionner une date 


Déclarations officielles de politique étrangère du 24 septembre 2013


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole adjoint - Birmanie/Signature du protocole additionnel Ă  l'accord de garanties avec l'AIEA - GuinĂ©e/Accord sur la date des Ă©lections lĂ©gislatives (Paris, 24/09/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a fait les déclarations suivantes :

1 - Birmanie - Signature du protocole additionnel Ă  l'accord de garanties avec l'AIEA (17 septembre 2013)

La France salue la signature le 17 septembre par la Birmanie d'un protocole additionnel à son accord de garanties avec l'Agence internationale de l'énergie atomique. Cette signature conforte le processus positif de réformes en cours dans le pays, que la France encourage.

Ce texte constitue un instrument juridique essentiel pour permettre à l'AIEA de mener à bien sa mission de vérification des engagements de non-prolifération nucléaire. 121 États ont signé un protocole additionnel. Nous nous félicitons de voir progresser ce chiffre et invitons les États ne l'ayant pas encore fait à ratifier dans les meilleurs délais un tel protocole.

La France soutient l'action de l'AIEA et rappelle son attachement aux principes d'universalité et de renforcement des garanties.

2 - Guinée - Accord sur la date des élections législatives

Le comité de suivi des travaux d'organisation des élections législatives a décidé, par consensus, de reporter au 28 septembre la date du scrutin en Guinée.

La France salue le rôle du facilitateur, M. Saïd Djinnit, représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies pour l'Afrique de l'Ouest, ainsi que l'esprit de consensus qui a prévalu. Nous appelons l'ensemble des acteurs politiques à continuer à oeuvrer pour que les élections législatives permettent à la Guinée d'achever son processus de transition démocratique.

Nous appelons toutes les parties à faire preuve d'esprit de responsabilité dans ces derniers jours de campagne./.

Retour sommaire


2. AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies - Kenya - Syrie - Iran - Mali - RCA - Climat - ConfĂ©rence de presse du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius (New York, 23/09/2013)

J'aimerais tout d'abord dire un mot de la tragédie de Nairobi qui est dans tous les esprits. Je veux bien sûr transmettre aux familles des victimes mes sentiments de compassion, d'affection et dire au gouvernement et au peuple kenyan que nous serons à leurs côtés. Je viens d'avoir au téléphone une personne qui a perdu aujourd'hui sa femme et sa fille dans cette tragédie. C'est une épreuve absolument effrayante. Lui-même devait aller avec sa femme et sa fille dans ce centre commercial et au dernier moment, les choses ont été faites autrement. Je lui ai dit, de la part du président et de l'ensemble de nos concitoyens, et personnellement, à quel point nous étions à ses côtés. Il faut imaginer ce que c'est, un tel drame dans des conditions vraiment épouvantables.

Concernant la semaine ministérielle de l'Assemblée générale des Nations unies, il s'agit d'une séquence diplomatique majeure, qui explique ma présence ici à New York jusqu'à la fin de la semaine. D'autres ministres seront présents toute la semaine - M. Canfin, ministre délégué à mes côtés qui suivra en particulier les questions de développement durable et climat, et Mme Benguigui, également ministre déléguée à mes côtés, qui suivra notamment les questions de francophonie et de la République démocratique du Congo.

L'Assemblée générale des Nations unies est un moment tout à fait unique où les dirigeants du monde entier se retrouvent. Cela permet d'avoir beaucoup de contacts et, en même temps, c'est pour nous l'occasion de faire progresser un certain nombre de dossiers prioritaires.

Tout cela se situe dans le cadre de ce coeur du multilatéralisme qu'est l'Organisation des Nations unies. Nous y sommes extrêmement attachés. Vous le savez, c'est une tradition française. Nous essayons de faire le maximum pour aider le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon, à remplir son rôle ainsi que l'Organisation dont il a la charge.

La visite du président de la République française demain traduit cette priorité et notre volonté de faire que l'Organisation des Nations unies remplisse pleinement son rôle pilier de la gouvernance mondiale.

Concrètement, qu'allons-nous traiter pendant cette semaine ? Trois séries de sujets.

1) Tout d'abord, les crises, et en particulier la Syrie.

- La crise syrienne est évidemment dans tous les esprits. J'aurai l'occasion de l'aborder lors des nombreux entretiens que j'aurai avec mes homologues (plus d'une vingtaine, dans des entretiens particuliers). Ce sujet sera au coeur du déjeuner des ministres du P5 que nous aurons mercredi avec M. Ban Ki-moon. Nous continuons de travailler en vue d'une résolution contraignante sur les armes chimiques. Pour être acceptable par la France, la résolution devra comporter trois exigences. La première, c'est que le texte devra préciser que l'usage des armes chimiques en Syrie constitue une atteinte à la paix et à la sécurité internationales, ce qui impliquera la possibilité pour le Conseil de sécurité de se saisir à tout moment de cette question. La deuxième, c'est que la résolution devra prévoir que des mesures sous chapitre VII puissent être prises en cas de non-respect par la Syrie de ses engagements. C'est la reprise de l'accord conclu à Genève. La troisième exigence est que ceux qui ont commis ces actes doivent être tenus pour responsables devant la justice. Voilà les exigences qui doivent figurer dans cette résolution.

Pour nous cette semaine doit également permettre de faire avancer le processus politique qui, au-delà de la seule question chimique, doit pouvoir mettre fin aux massacres qui se poursuivent en Syrie. Pour cela, la communauté internationale doit marquer son soutien à l'opposition modérée. C'est le sens de la réunion que nous organisons jeudi soir avec des représentants de l'opposition syrienne emmenés par le président de la Coalition nationale syrienne, M. Ahmad al Jarba. Voilà pour la Syrie qui sera au coeur de beaucoup d'entretiens et travaux que nous aurons cette semaine.

- Cette semaine sera également l'occasion de contacts de haut niveau avec les dirigeants iraniens. C'est une novation. Nous avons pris note de l'expression positive du nouveau président Rohani et de son gouvernement - ces réunions seront l'occasion de mesurer la réalité des mots qui ont été employés. Au cours des entretiens, nous aborderons notamment deux dossiers - la crise syrienne et le nucléaire. Un évènement majeur sera la rencontre entre le président de la République et le président iranien Hassan Rohani qui aura lieu demain. J'accompagnerai le président lors de cette rencontre. Moi-même, je rencontrerai ensuite mon homologue iranien Javad Zarif. En outre, une réunion du groupe E3+3 aura lieu jeudi également.

Le président de la République viendra demain et outre le président Rohani, il rencontrera le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, le président turc Gül, le Premier ministre japonais Abe et le président Morales. Il prononcera une allocution au nom de la France.

D'autres crises nous occuperons Ă©galement.

- Étroitement liée à la crise syrienne, la situation au Liban est pour nous, amis proches du Liban, une préoccupation forte. Le Secrétariat de l'ONU, sur une suggestion de la France, a proposé un Groupe international de soutien au Liban. Sa réunion de lancement aura lieu mercredi. Ce groupe est structuré autour du P5, de l'UE et de la Ligue arabe, afin de mobiliser nos partenaires les plus concernés. Nous attendons des engagements sur les trois sujets définis avec les autorités libanaises - l'aide aux réfugiés et aux communautés hôtes, le soutien aux forces armées libanaises et le soutien économique et financier à l'État libanais. Je rappelle que 20 à 25 % de la population au Liban est désormais d'origine syrienne.

- Nous sommes également très préoccupés par la situation en Libye. Elle sera abordée lors d'une réunion ministérielle à l'initiative du Royaume-Uni centrée sur les questions de sécurité. Nous souhaitons accroître notre assistance notamment en matière de formation, de surveillance des frontières et en faveur du dialogue national afin de prendre en compte l'ensemble des populations pour la transition politique.

- L'Afrique sera évidemment très présente au cours de cette Assemblée générale. Nous allons continuer à nous mobiliser et à mobiliser la communauté internationale pour la stabilisation du Mali. L'an dernier à pareille époque, la France avait appelé l'attention sur la question du Mali et c'est à la suite de cette attention que des résolutions internationales avaient été prises, puis l'intervention française dans les conditions que vous savez. Et aujourd'hui, huit mois plus tard, on voit à quel point cette intervention et l'action de la communauté internationale a été exceptionnellement positive.

S'agissant du Sahel et Mali, un dîner restreint aura lieu mercredi soir autour du nouveau président malien, M. Ibrahim Boubacar Keïta (nous étions jeudi dernier à Bamako pour son investiture). À l'initiative du Secrétaire général des Nations unies, une réunion de haut niveau sur le Sahel aura lieu jeudi, avec la participation d'organisation régionales et de la Banque mondiale. Nous souhaitons mobiliser États, organisations internationales et financeurs autour de trois priorités - la sécurité, le développement, la bonne gouvernance. S'agissant en particulier du Mali, vous savez que nous avons décidé de faire de notre aide une aide exemplaire avec un accent mis sur la transparence et ce qu'on appelle «accountability».

- Enfin, crise pour laquelle il est absolument urgent et prioritaire d'agir - la République centrafricaine. Je coprésiderai, avec les deux responsables des questions humanitaires de l'Union européenne et des Nations unies, une réunion afin de mobiliser nos partenaires sur les questions humanitaires. Cela montrera qu'il faut avancer sur les résolutions proprement dites des Nations unies car nous devons faire face en République centrafricaine à une situation humanitaire et sécuritaire extrêmement grave. Nous ne voulons pas laisser une situation déjà très grave dégénérer avec un État qui n'aurait plus d'État que le nom et qui, par contagion, entrainerait une situation extrêmement difficile dans l'ensemble de la région. Je rappelle que la RCA est au contact de beaucoup de pays qu'il faut préserver. Nous souhaitons faire passer le message qu'il est impérieux de renforcer la MISCA, mission internationale sous conduite africaine.

Vous voyez, avec cette première série d'observations qui vous est faite, que s'agissant des crises, pendant la semaine de l'Assemblée générale, la France aura largement à s'occuper.

2) Deuxièmement, le cadre multilatéral de l'Assemblée générale doit permettre aussi de faire avancer un certain nombre d'enjeux globaux.

- Vous vous rappelez que dès l'an dernier lorsque le nouveau gouvernement s'est installé, nous avons fait de l'abolition universelle de la peine de mort une priorité de notre action. Comme l'an dernier, je coprésiderai une réunion ministérielle afin de maintenir la mobilisation internationale sur le sujet. Cette année, la réunion sera plus particulièrement consacrée au rôle des organisations régionales.

- D'autre part, c'est un tout autre sujet dont vous allez de plus en plus entendre parler, la France commence dès maintenant à se mobiliser pour la préparation de la conférence Paris Climat 2015. Tous les ans se tient une conférence. Cette année ce sera à Varsovie, l'année prochaine au Pérou et en 2015 à Paris. Même si la conférence se passe chaque année, ce qu'on appelle les COP, ce sera à Paris en 2015 que les décisions principales vont être prises. Le GIEC, groupe international d'experts sur le climat, est en train de publier son rapport qui va montrer que malheureusement la dégradation du climat est encore plus importante que ce qui avait été pensé, que l'action doit être d'autant plus forte, que l'objectif maximal de deux degrés que nous nous étions fixés risque d'être non seulement dépassé mais pulvérisé. Cela signifie que l'ensemble de la communauté internationale doit se mobiliser pour lutter contre le changement climatique. Il se trouve que c'est à Paris en 2015 que devront être prises les décisions. Le ministère des affaires étrangères, en lieu avec Pascal Canfin et Philippe Martin, chargé de l'écologie, aura la responsabilité d'organiser cette manifestation qui va regrouper plus de 20.000 personnes. C'est donc une conférence extrêmement importante et lourde à organiser. Mais il va falloir préparer tout cela et avant Paris climat 2015, il y aura deux conférences intermédiaires, la première à Varsovie en novembre 2013, puis au Pérou. Nous sommes en train de préparer cela et bien évidemment l'Assemblée générale des Nations unies est l'occasion de prendre toute une série de contacts pour permettre aux deux conférences intermédiaires et à Paris 2015 d'être le meilleur succès possible.

- De la même façon nous aurons des discussions sur plusieurs dossiers liés à la sécurité. À l'initiative des États-Unis, une réunion du Forum global contre le terrorisme aura lieu vendredi. Je participerai également à une session du Conseil de sécurité sur les armes légères et de petit calibre. Une résolution sera adoptée à cette occasion en faveur de la lutte contre leur dissémination dans le monde - elles causent chaque année entre 300 et 500.000 morts.

- Enfin, je m'entretiendrai avec Mme Phumzile Mlambo-Ngcuba, nouvelle directrice exécutive d'ONU-femmes. La France est mobilisée pour la défense du droit des femmes, notamment dans les situations de crise, et nous passerons en revue toutes les priorités.

3) Et puis, comme l'an dernier, plusieurs événements seront consacrés à l'influence française aux États-Unis.

- Ce matin, j'ai visité une école de Brooklyn, maternelle et primaire, qui a mis en place une filière bilingue qui connait un succès extraordinaire. Cette école, et le label que nous donnons à ces petites écoles dans le monde - il y en a 30 - est emblématique de notre politique de rayonnement. Nous travaillons avec des établissements locaux, cette école est une école publique de la ville de New York, pour développer les filières francophones. C'est donc un aspect important de notre politique culturelle.

Vendredi, toujours dans le champ culturel, j'aurai l'occasion de poser la première pierre de la librairie française, qui sera installée au sein du centre culturel français à New York. New York ne disposait plus d'une telle librairie et nous avons donc pris l'initiative, avec l'aide de partenaires américains, d'en créer une. À cette occasion, je remettrai les insignes de commandeur de la Légion d'Honneur au célèbre écrivain Philip Roth.

- Sur le plan de la diplomatie économique, qui est ma priorité, j'inaugurerai vendredi et samedi le salon «Taste of France», opération de promotion de l'excellence française dans tous les domaines. Nous avions eu une idée l'année dernière avec l'ambassadeur Delattre. Depuis, grâce à lui, les choses ont prospéré. Cette année à Bryant Park nous devrions avoir durant le week-end prochain 100.000 personnes, ce qui fera de ce salon le plus important de ce type organisé à ce jour hors de nos frontières. Je rencontrerai également les conseillers du commerce extérieur aux États-Unis qui font un excellent travail.

- Je profiterai de ma présence ici pour expliquer au public américain ce qu'est la voix de la France, (tout à l'heure avec NBC), cet après-midi, je rencontrerai le Board Editorial du New York Times. Je serai l'invité, comme l'an dernier, de Charlie Rose sur PBS et je ferai après-demain une conférence à l'université de Columbia sur la vision française de l'avenir de l'Europe, ce qui sera particulièrement intéressant dans le contexte, et par la réélection spectaculaire de Mme Merkel en Allemagne.

Il y aura à part cela, pour combler le temps perdu, qui, vous imaginez, va être extrêmement long, des entretiens bilatéraux qui me permettront de voir ou de revoir un certain nombre de mes homologues, notamment issus des pays émergents. Et à partir de tout cela, j'espère que cette semaine sera utile pour tenter d'avancer sur les urgences et les grands défis du monde. Je suis à vous.

Q - Vous êtes assez clair sur votre perception d'une résolution sur la Syrie, qu'il y a trois conditions non négociables. Au vue de la position russe qui est «on ne veut pas de chapitre VII», est-ce qu'une résolution est vraiment possible ?

R - Je le crois. La rédaction que j'ai proposée est la reprise exacte de l'accord qui a été passé à Genève entre les Russes et les Américains qui mentionnent expressément le chapitre VII dans les conditions que j'ai dites dans le petit papier que je vous ai lu. Je pense donc - bien sûr tout cela doit être discuté - qu'en partant des discussions qui ont déjà eu lieu, nous devrions pouvoir arriver à une solution positive. D'ailleurs, puisque vous parlez des Russes, il serait très difficilement compréhensible, ayant eux-mêmes proposé l'interdiction des armes chimiques, qu'ils ne soient pas d'accord avec les conditions qui permettent l'application de ce qu'ils ont proposé. Donc je crois que sur cette base qui est une base raisonnable, nous devons pouvoir nous mettre d'accord.

Q - Monsieur le Ministre, vous avez parlé de la stabilisation du Mali. Or, il semblerait que des djihadistes réintègrent les villes du Sud du Mali. Ils semblent très intelligents, ils se rasent la barbe, se mettent en costume et se fondent dans la foule et ils préparent la riposte au sein de ces villes dormantes. Qu'en pensez-vous ?

R - Ce ne sont pas les informations que nous avons. Mais vous avez raison, il faut être très vigilant. Permettez-moi d'insister sur la menace que le terrorisme représente. Il faut être vigilant aussi au Mali et c'est la raison pour laquelle outre la MINUSMA qui dispose de forces importantes, outre l'armée malienne qui vient d'être formée par l'encadrement européen, nous avons décidé pour notre part de laisser sur place des forces importantes. Le président de la République a précisé les nombres. Aujourd'hui nous avons à peu près 3.200 personnes, nous allons descendre à 2.000 personnes jusqu'au moment où se tiendra le second tour des élections qui est prévu au 15 décembre. Ensuite, nous devrions pouvoir porter notre présence à 1.000 soldats extrêmement bien formés et qui disposent de moyens nécessaires pour lutter contre d'éventuelles résurgences. Nous avons aussi dans la sous-région d'autres éléments pour évidemment lutter contre tout ce qui pourrait être reprise du terrorisme.

Pour résumer, il faut être vigilant. Le travail a été fait et extrêmement bien fait mais il faut être attentif.

Q - Sur l'Iran, vous dîtes que la rencontre avec le nouveau président sera l'occasion de mesurer la réalité des mots employés, qu'est-ce que cela veut dire concrètement. La France a-t-elle des exigences ?

R - Concrètement, le président iranien a été élu pour exprimer la volonté de la population d'un certain changement. Bien sûr, avec une limitation du système iranien puisque seuls pouvaient être candidats ceux dont la candidature avait été approuvée. Mais à l'intérieur de l'arc des candidatures, je crois que tous les spécialistes ont considéré que l'élection du président Rohani était perçue comme la volonté de la part du peuple d'un certain changement.

Ensuite, le président Rohani, dans ses premières mesures ou premiers discours, a montré une certaine volonté d'évolution. Vous avez sûrement noté que ce n'est pas la même tonalité que son prédécesseur et il a eu quelques gestes. Par exemple, dans le domaine nucléaire, qui nous intéresse, le ministère des affaires étrangères qui est lui-même chargé de discuter, par exemple il y a eu le choix d'un certain nombre de responsables, qui sont plus des techniciens ou technocrates que des responsables connus pour être engagés sur une ligne très dure.

Tout cela, bien évidemment, doit être passé au filtre de la réalité. Et donc il y avait eu un échange de lettres entre le président Rohani et le président Hollande. Ensuite, moi-même j'ai reçu au ministère des affaires étrangères l'ambassadeur d'Iran. Mon collègue iranien m'a appelé pour discuter d'un certain nombre de problèmes, et pour montrer cette évolution et essayer de juger aussi son degré de réalité. Sur la demande des iraniens, le président de la République a accepté de recevoir son homologue, ce qui ne s'était pas fait depuis très longtemps. Les deux responsables vont donc discuter d'un certain nombre de problèmes. Moi-même je fais le faire avec mon homologue, et à partir de là, nous verrons ce que nous pourrons faire de concret.

Q - Est-ce que vous incitez le président Obama à faire de même ?

R - Je n'ai aucun conseil à donner au président Obama.

Q - Y a-t-il une association entre la France et les États-Unis à ce sujet ? Parce que si l'on croit la presse américaine ce matin, côté américain on trouve prématurée une rencontre entre les présidents américain et iranien parce que justement il n'y a pas eu suffisamment, en dehors des paroles, de faits concrets.

R - On ne va pas comparer ces éléments. En plus, comme vous le savez, la France est une nation indépendante. Nous connaissons très bien les problèmes, les choix de nos amis américains. Ils connaissent les nôtres et nous travaillons ensemble au sein du groupe 5+1. Comme vous le savez, c'est extrêmement important de maintenir cette position. Nous avons à la fois les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, plus les Allemands, et en face, nous avons les Iraniens. C'est un Groupe qui se réunit depuis longtemps ; M. Audibert qui est là est notre représentant. Se rencontrer signifie la possibilité d'échanger mais ne signifie pas qu'on change de position.

Q - Les Iraniens ont toujours voulu lier dans les conversations 5+1 le dossier syrien avec le dossier nucléaire, quand ils parlent avec vous. Et là vous dîtes que vous allez parler du dossier syrien et du dossier nucléaire avec les Iraniens...

R - En ajoutant qu'aucun de ces deux dossiers ne peut être lié avec l'autre.

Q - Vous craignez toujours un marchandage des Iraniens sur cette question du nucléaire ?

R - Nous disons dès le début qu'il n'en est pas question, que ce sont deux dossiers qui ne peuvent absolument pas avoir de communication.

Q - Il y a une forte pression à Washington depuis hier soir sur comment la communauté internationale va réagir par rapport à la situation au Kenya et à Al Shabaab. Êtes-vous au courant d'une intervention militaire américaine possible ou en tout cas avez-vous parlé avec des Américains d'une intervention militaire contre Al Shabaab ? Et quelle serait selon vous, en tant que ministre des affaires étrangères de la France, la riposte appropriée à ces actes terroristes ?

R - Pour le moment, je n'ai pas eu mon collègue John Kerry. Nous devons nous joindre ce soir sur le sujet, puisque je ne l'ai pas vu depuis la semaine dernière et nous avons beaucoup de sujets à voir ensemble. Et nous discuterons sûrement aussi de ce qui se passe en Somalie et au Kenya. Il y a, depuis déjà pas mal d'années, une attitude de la communauté internationale vis-à-vis de la Somalie, vous le savez. Et puis il y avait déjà eu bien sûr des évènements et actions extrêmement durs au Kenya et contre le Kenya. Comment devons-nous réagir ? Nous n'en avons pas encore parlé et nous allons voir cela ensemble. Pour le moment, ce dont il s'agit, c'est d'essayer de faire en sorte que cet attentat atroce prenne fin, qu'on en trace le bilan et qu'on en tire ensuite les conséquences. Mais au moment où vous m'interrogez, je ne peux pas aller plus loin.

Q - En cas de négociations de paix, très éventuelles, sur la Syrie, est-ce que la France S'opposera encore à la présence de l'Iran ? Et si non, pourquoi ce changement de position ?

R - Nous n'en sommes pas là. Ce que nous avons toujours dit, c'est que pour participer à des négociations et discussions, il faut que ceux qui participent soient d'accord avec l'objet de la négociation. C'est une première condition. Genève II, de ce point de vue-là, a un objectif extrêmement précis qui est repris de Genève I. Je connais bien cela puisque j'étais un des rédacteurs de Genève I. Genève II a donc pour objectif, j'essaie de traduire en français la rédaction anglaise, la constitution, par consentement mutuel des deux parties, d'un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs. Voilà donc l'objet - constituer par consentement mutuel un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs - «executive body with full executive power». Ça c'est l'objectif de Genève II. Genève II, ce n'est pas une réunion qui discute en l'air de la situation syrienne. C'est les deux parties, donc des représentants du régime et des représentants de l'opposition, la Coalition nationale syrienne, qui discutent de ce gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs.

Il peut y avoir une série de partenaires dans cette discussion, mais la condition sine qua non, c'est que ceux qui veulent être partie à la discussion en reconnaissent l'objet. Jusqu'à présent, l'Iran, puisque c'est la question que vous me posez, n'a pas d'une façon expresse reconnu cet objectif. Il y a eu une série d'expressions autour de cela, mais si l'Iran dit de manière claire par ses plus hautes autorités «Genève II, nous confirmons que nous sommes d'accord avec cet objectif», et bien c'est une évolution qui est intéressante. Le deuxième point évident, et j'ai déjà répondu à une de vos collègues dans ce sens, c'est qu'il n'est absolument pas question bien sûr, le moins du monde, de lier une discussion sur la Syrie avec une discussion sur le nucléaire civil ou militaire. Ce sont deux problèmes séparés et il n'est pas question de rendre possible un lien entre les deux. C'est toujours ce que nous avons dit, je le répète. Maintenant s'il y a une évolution de la part de tel ou tel partenaire, évidemment il faut tenter d'y répondre.

Q - Est-ce que vous pensez que la crise syrienne a été le déclencheur de l'ouverture iranienne ? Y a-t-il un lien ? Si oui lequel ?

R - Ce que vous appelez l'ouverture iranienne date du moment de l'élection du président Rohani, par rapport à toute une série de sujets. Je pense ne pas me tromper en disant que les sanctions qui ont été décidées ont un impact fort sur l'économie iranienne et que la population iranienne, et le gouvernement sans doute, souhaitent qu'il puisse y avoir une évolution. D'autre part, le gouvernement doit constater qu'il se trouve dans une situation de blocage et que par rapport aux négociations qui ont été engagées il y a maintenant fort longtemps, elles ne débouchent pas. Et puis j'imagine aussi que se sentir complétement à l'écart de la communauté internationale, c'est quelque chose qui pèse lourd. Dans ce contexte, il y a aussi la crise syrienne. Je ne suis pas sûr qu'elle explique à elle seule telle ou telle évolution mais, évidemment, cela joue aussi ; c'est un ensemble. En tous cas, nous considérons, et c'est le sens de l'acceptation du président français de la proposition de rencontre, que dans ce contexte là il est légitime de discuter, mais que la discussion n'exclut en aucun cas la fermeté.

Q - Les Russes ont fait cette initiative diplomatique et Lavrov a dit et redit, parce que précisément les Russes ont l'obsession sur le plan international d'empêcher l'utilisation de la force en Syrie, et de manière plus générale. Donc pourquoi aujourd'hui, s'ils ont fait cette initiative diplomatique, cèderaient-ils sur la question de l'utilisation de la force ?

R - Je vois souvent mon collègue M. Lavrov. Sur la Syrie, l'explication principale de la position qu'ils prennent en général, c'est de dire «nous ne voulons pas le chaos». C'est une expression qui revient souvent, à laquelle je réponds souvent à mon collègue Lavrov «mais le chaos, mon Cher Sergueï, ce n'est pas demain, c'est aujourd'hui. Et donc il faut en sortir». Si on veut l'éviter, allons plus loin dans le raisonnement - il y a d'un côté M. Bachar Al-Assad qui est à l'origine par ses comportements, actions et décisions, d'une tragédie épouvantable et, de l'autre côté, et c'est extrêmement préoccupant, ce qu'on appelle les terroristes ou djihadistes, avec une montée du Front Al-Nosra, etc. Si on veut qu'il y ait une solution politique qui exclut ce chaos, parce que si vous avez d'un côté M. Bachar Al-Assad et de l'autre côté les terroristes - ça c'est la définition du chaos - il faut qu'on aille au soutien de l'opposition modérée. C'est ce que nous faisons, c'est le sens de la position qu'a prise il y a bien longtemps la France, que nous permettions qu'il y ait une réunion, Genève II, entre d'un côté des représentants du régime, et de l'autre l'opposition modérée, pour qu'il y ait un gouvernement de transition. Voilà le sens de ce que nous faisons.

L'obsession des Russes, c'est donc surtout cela - pas de chaos. Nous, nous disons qu'à ce moment-là, il faut trouver un mécanisme qui permette d'aller vers une transition. Sur la question de la force, je veux rappeler les choses car le temps passe si vite que parfois on oublie. Il y a eu le 21 août un massacre chimique. Les armes chimiques sont interdites depuis des décennies et voilà que le gouvernement de Bachar Al-Assad utilise ces armes chimiques. Le rapport des Nations unies montre d'une façon absolument éclatante que non seulement le massacre chimique est avéré mais que l'origine, c'est le régime de Bachar Al Assad. À partir de quoi nous avons dit, nous Français, les Américains ont dit la même chose et d'autres encore, que ceci n'est pas acceptable, qu'on ne peut pas accepter que ceci recommence, que Bachar recommence ou que d'autres fassent comme lui. Et c'est à ce moment-là que nous avons dit que puisque les choses sont avérées, nous allons faire des préparatifs pour répliquer et éliminer cet armement chimique. Et c'est là où les Russes ont fait cette proposition qui a été acceptée évidemment par les Syriens. Ce que je veux dire, et ceci est ma réponse à votre question, c'est qu'il n'y aurait pas eu cette proposition et donc pas eu de perspective d'élimination des armes chimiques si la France et d'autres n'avaient pas fait preuve d'une grande fermeté. Ça, je pense que personne de bonne foi ne peut ne contester. S'il y a eu mouvement, de la part des Russes puis des Syriens, c'est parce qu'il y a eu cette attitude de fermeté.

En ce moment, nous sommes à un stade un peu différent, puisque à partir du moment où les Syriens ont dit qu'ils acceptaient de signer l'accord que jusqu'à présent ils n'avaient pas signé - et acceptaient de dire qu'ils avaient des stocks d'armes chimiques alors que la semaine précédente ils le niaient - et bien même si toutes les options sont sur la table, on va plutôt privilégier une solution de négociation et une solution juridique. Mais s'il n'y avait pas eu cette attitude de fermeté, rien n'aurait été possible.

Q - Une résolution sera signée cette semaine ou est-ce impossible ?

R - Je pense que ce sera possible. En ce qui concerne la France, à partir des discussions qui ont déjà eu lieu, nous pensons qu'il y a trois exigences à satisfaire. D'abord, bien montrer que le Conseil de sécurité des Nations unies peut à tout moment se saisir de cette question. Je ne crois pas que ça posera de grande difficulté, tout du moins je l'espère. Deuxièmement, prévoir comme c'était prévu dans l'accord de Genève entre les Américains et les Russes, que des mesures sous chapitre VII puissent être prises en cas de non-respect par la Syrie de ses engagements. Et troisièmement, que ceux qui ont commis ces actes puissent être tenus pour responsable devant la justice. Ce sont des exigences qui finalement tombent sous le sens, et j'ai bon espoir que mes collègues les acceptent.

Q - Des mesures sous chapitre VII. Ce n'est pas l'ensemble de la résolution ?

R - Non, des mesures sous chapitre VII. Je pense qu'il faut reprendre exactement ce qui a été prévu par Genève.

Q - Automatiques ou pas ?

R - S'il y a violation, à ce moment-là, c‘est au Conseil de sécurité de prendre ces décisions, mais il le fait sous chapitre VII.

Q - Quelles mesures en particulier ?

R - Tout ce qui est mesure exécutoire.

Q - «Responsable devant la justice», ça veut dire «crime contre l'humanité» ?

R - La qualification doit être donnée par ceux qui étudient le dossier, mais lorsque ce sont des crimes contre l'humanité, c'est la Cour pénale internationale.

Q - Ce sera mentionné dans la résolution ?

R - Ce que je souhaite au minimum être mentionné, c'est que ceux qui ont commis ces actes soient responsables pénalement.

Q - Concernant le Kenya, vous avez eu les familles des victimes françaises de Nairobi ?

R - Oui, j'ai eu le mari et je lui ai dit vraiment au nom de tous les Français nos condoléances et sentiments d'horreur. Il faut imaginer la situation de cette famille. En arrivant au parking, voilà que la maman et sa fille ont été sauvagement tuées. Lui-même d'ailleurs, m'a-t-il dit, aurait dû les accompagner, et puis finalement au dernier moment, il a fait autre chose. Il m'a dit «ce sont des gens inhumains» et c'est le sentiment que j'ai. C'est un acte épouvantable. Ce sont des gens qui n'ont qu'un objectif, c'est tuer.

Q - Sur l'Iran, qu'est-ce que vous attendez de cette rencontre avec le nouveau président ?

R - On va discuter. Les Iraniens disent qu'ils évoluent et qu'ils sont plus ouverts, on va donc voir si les actes correspondent aux paroles à la fois sur la question syrienne bien sûr, et puis sur une question tout à fait différente, qui est une question très grave - le nucléaire militaire. Nous avons une position très claire. Autant les Iraniens peuvent utiliser l'énergie nucléaire civile, mais autant la bombe atomique, c'est non./.

Retour sommaire


3. AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies - Kenya - Mali - Syrie - Iran - Entretien du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius avec «BFM TV» (New York, 23/09/2013)

Q - Bonsoir Monsieur Fabius. Vous êtes sur place puisque se réunit l'Assemblée générale des Nations unies avec demain une intervention très attendue de François Hollande. L'actualité ce soir, c'est bien entendu cette prise d'otages, cette attaque sanglante à Nairobi qui se poursuit en ce moment. Y a-t-il encore selon vos informations des Français retenus en otages ?

R - Au moment où je m'exprime, cela n'est pas confirmé. Je me suis entretenu il y a quelques minutes avec le mari de la femme et père de la jeune fille qui ont été tuées. Je lui ai dit, au nom du gouvernement et de l'ensemble des Français, à quel point nous étions bouleversés par ce qui se passe, qui est une tragédie épouvantable. Il m'a dit dans quelles circonstances cela s'était passé. Il aurait dû accompagner sa femme et sa fille sur le parking. Les choses se sont finalement déroulées autrement. J'ai demandé à l'ambassade de prendre contact avec les 1.400 Français qui sont enregistrés au consulat. Apparemment il n'y a pas parmi eux de personne qui soit portée manquante. S'agissant de la présence de tel ou tel touriste, on ne peut pas donner d'informations certaines à ce stade.

Q - Concernant les deux victimes françaises, selon nos informations, elles auraient été fusillées samedi sur le parking du centre commercial par les assaillants.

R - C'est exact et ce fut à bout portant, m'a dit le père de famille. Il s'agit d'une famille, extrêmement respectée, qui était établie au Kenya depuis longtemps ; la jeune fille était venue passer quelques jours avec ses parents. C'est un drame affreux.

Q - Monsieur Fabius, que pouvez-vous nous dire ce soir sur ce mouvement des Shebab qui est un mouvement islamiste somalien et qui agirait en représailles à une intervention du Kenya en Somalie ?

R - J'ai entendu juste avant mon intervention ce qui a été dit par M. Gosset. C'est tout à fait exact, ce sont des terroristes islamistes avec qui il est quasiment impossible de discuter et de négocier. Il s'agit d'un attentat suicide. C'est un mouvement terroriste effrayant, dépendant d'Al-Qaïda, mais il faut bien voir que dans l'ensemble de l'Afrique et au-delà, on observe des ramifications. C'est la raison pour laquelle les pays démocratiques doivent être extrêmement fermes dans la lutte contre le terrorisme.

Q - Alors justement on est intervenu au Mali face à la menace terroriste, des terroristes islamistes, il y a cette menace, on le voit bien, en Somalie, qui se déplace au Kenya. Est-ce qu'il y a un lien entre tous ces mouvements ?

R - Au Mali, nous sommes intervenus de façon extrêmement efficace. L'intervention a été décidée au mois de janvier et quelques mois plus tard, les terroristes ont été vaincus, chassés et l'ordre a été rétabli. Une élection présidentielle a pu avoir lieu. C'est donc l'exemple d'une intervention réussie. Mais il faut rester extrêmement vigilant parce que ces mouvements ont des connexions entre eux et l'idéologie dont ils se réclament souvent, est la même. Al-Qaïda forme une mouvance très vaste.

Il s'agit d'un problème dont on ne va pas se débarrasser en quelques mois. Il faut vraiment que nos démocraties soient extrêmement fermes et vigilantes parce que vous avez vu que ces gens tuent tous ceux qui ne leur ressemblent pas et qui n'acceptent pas de se soumettre à leur loi. C'est quelque chose que nous ne pouvons pas accepter.

Q - Justement, permettez-moi de faire un lien avec la Syrie qui sera au menu de cette Assemblée générale des Nations unies. Justement en Syrie, on peut craindre autant Bachar Al-Assad que les islamistes ; d'ailleurs beaucoup de Français n'ont pas compris la position de François Hollande et du gouvernement parce qu'ils craignent que finalement on favorise les islamistes qui frappent en Syrie mais aussi en Somalie, au Kenya ou au Mali.

R - Merci de me poser la question qui me permet de mettre les choses au point. En Syrie, vous avez d'un côté M. Bachar Al-Assad qui est, personne ne le conteste, un dictateur et dont le comportement a pour conséquence plus de 100.000 morts. Cela, c'est le régime de Bachar Al-Assad, avec lequel on ne peut pas être d'accord. Vous avez de l'autre côté, à l'extrême, un certain nombre de mouvements terroristes - Al-Qaïda et d'autres. Mais on ne peut pas dire que la Syrie n'ait que le choix entre un dictateur et des terroristes. C'est la raison pour laquelle nous soutenons ce qu'on appelle l'opposition modérée - la coalition nationale - et nous voulons une solution politique et qu'il y ait un accord entre d'un côté des représentants du régime, mais pas M. Bachar Al-Assad, et de l'autre la coalition modérée. Il n'y a pas seulement deux forces face à face, extrémistes toutes les deux, mais il y a aussi une troisième force modérée qui doit être encouragée et c'est le sens de la démarche de la France.

C'est évidemment compliqué. Nous en discutons avec les autres membres permanents du Conseil de sécurité. Vous avez vu que, grâce à notre fermeté, les armes chimiques ont été mises hors la loi. Mais il faut en même temps qu'on aille vers une solution politique et l'une des choses dont on discutera cette semaine durant cette Assemblée générale des Nations unies, c'est comment aboutir à cette solution politique pour laquelle la France émet évidemment des propositions.

Et puis, au cours de cette semaine, on va aussi discuter de l'Iran, de la Centrafrique qui est un pays d'Afrique qui lui-même est menacé et puis on va discuter de problèmes plus généraux tels que la lutte contre le changement climatique ou la lutte contre la pauvreté. Le président de la République vient délivrer, mardi 24, le discours de la France et il s'entretiendra aussi avec un certain nombre de chefs d'État. Il verra le Secrétaire général des Nations unies, le nouveau président iranien, le président turc et d'autres responsables comme le Premier ministre japonais. Tout cela parce que la France veut travailler, ce n'est pas facile, mais travailler pour la paix. Mais la paix, ça passe par la fermeté.

Q - La fermeté mais aussi le dialogue notamment avec l'Iran.

R - Bien sûr, oui. Il y a en Iran une situation un peu nouvelle. Vous savez qu'auparavant, M. Mahmoud Ahmadinejad était président, c'était un homme qui avait un comportement totalement inacceptable. Aujourd'hui il y a un nouveau président, le président Rohani, qui a un langage beaucoup plus ouvert. Et il a demandé au président de la République de dialoguer avec lui. Mais nous voulons voir si ce langage se traduit par des actes à la fois en Syrie bien sûr, puisque les Iraniens sont un des belligérants si je puis m'exprimer ainsi dire, et sur cette grande affaire du nucléaire iranien.

Autant l'Iran peut parfaitement utiliser l'énergie nucléaire civile, autant nous ne sommes pas d'accord pour que l'Iran ait la bombe atomique. Quand je dis «nous», ce sont à la fois les Français, les Américains, les Russes, les Chinois et les Anglais. Nous allons bien sûr faire en sorte qu'on puisse dans le même temps discuter de la Syrie et voir s'il y a une avancée possible sur le plan nucléaire en redisant aux Iraniens qu'il n'est pas question qu'ils puissent accéder à la bombe atomique. Ce serait trop dangereux dans cette région du monde qu'il y ait une prolifération nucléaire.

Q - Alors au regard de ce qui se passe ce soir au Kenya, au regard du dossier syrien si complexe, beaucoup d'inquiétude et d'angoisse de la part des citoyens français. Est-ce qu'aujourd'hui la menace islamiste est la plus grande menace qui pourrait viser notre modèle occidental et notre modèle démocratique ?

R - C'est certainement une menace et, quelles que soient les formations politiques dont on se réclame, c'est une menace qui n'a pas commencé aujourd'hui mais qui est réelle et c'est la raison pour laquelle nos démocraties doivent être extrêmement fermes. Nous ne sommes pas du tout des va-t-en-guerre mais nous devons savoir affirmer nos valeurs et dire qu'en ce qui nous concerne la démocratie sait se défendre./.

Retour sommaire


4. AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des Nations unies - Syrie - Entretien du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, avec «RFI » (New York, 24/09/2013)

Q - Depuis une semaine, Américains, Français et Britanniques se heurtent à la fermeté des Russes. Moscou refuse de placer la résolution sur la Syrie sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies comme le proposaient les Français dans le texte initial, car cela impliquerait de possibles sanctions militaires. Pour sortir de cette impasse, le ministre français des affaires étrangères suggère une résolution à double détente qui selon lui pourrait être adoptée dans la semaine.

R - je pense que c'est possible à partir des discussions qui ont déjà eu lieu. Nous pensons qu'il y a trois exigences à satisfaire :

- D'abord, bien montrer que le Conseil de sécurité des Nations unies peut à tout moment se saisir de cette question, je ne crois pas que cela fera une grande difficulté enfin du moins je l'espère ;

- Deuxièmement, prévoir que des mesures sous chapitre VII puissent être prises en cas de non respect par la Syrie de ses engagements ;

- Et troisièmement, que ceux qui ont commis ces actes puissent être tenus pour responsables devant la justice.

Ce sont des exigences qui finalement tombent sous le sens et j'ai bon espoir que mes collègues les accepteront.

Q - Vous parlez de mesures sous chapitre VII, ce n'est pas l'ensemble de la résolution donc ?

R - Non, ce sont des mesures sous chapitre VII et s'il y a violation, c'est à ce moment-là au Conseil de sécurité de prendre ces décisions mais il le fait sous chapitre VII./.

Retour sommaire


5. Italie - UE - CommuniquĂ© du ministère du commerce extĂ©rieur (Paris, 23/09/2013)

Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, a rencontré, le 23 septembre 2013 à Paris son homologue italien Carlo Calenda, ministre délégué au commerce extérieur.

Les deux ministres ont discuté de la stratégie de politique commerciale de l'Union européenne, en vue des prochains CAE Commerce des 18 octobre et 3 décembre 2013 et du Sommet franco-italien du 20 novembre 2013.

En particulier, ils ont rappelé l'importance, dans le cadre du projet de règlement sur la modernisation des instruments de défense commerciale, de sauvegarder l'efficacité des instruments visant à lutter contre la concurrence déloyale causée par les importations faisant l'objet d'un dumping ou d'une subvention. En ce qui concerne la négociation de l'Accord de partenariat transatlantique, ils ont rappelé leur attachement à la transparence du processus de décision politique et à la nécessité d'une vigilance accrue concernant l'inclusion d'un volet de protection des investissements. Ils se sont montrés favorables à la publication du mandat de négociation. Ils ont également rappelé l'importance de l'accès de leurs entreprises aux marchés publics des pays tiers ; le projet de règlement européen sur la réciprocité pouvant faciliter cette ouverture dans les accords de libre-échange. Ils ont enfin appelé de leurs voeux un succès pour la neuvième conférence ministérielle de l'OMC à Bali (3-6 décembre 2013).

Pour Nicole Bricq: "Alors que l'Europe et les États-Unis négocient un accord de partenariat transatlantique, que les règles du commerce international doivent être unanimement respectées, il est d'autant plus important que l'Europe parle d'une seule voix. Cet entretien me permet de réaffirmer un axe franco-italien fort."

Pour Carlo Calenda: "L'industrie doit devenir l'intérêt stratégique prioritaire également pour la politique commerciale européenne. Ceci a une importance particulière notamment à la lumière de l'accord de partenariat transatlantique entre l'UE et les États-Unis, qui sont en train d'investir massivement sur la compétitivité du secteur manufacturier. Concernant le projet de réforme des instruments de défense commerciale nous sommes d'accord sur la nécessité de ne pas les affaiblir en aucune manière, mais au contraire de faciliter leur usage de la part des PME. Tant sur la perspective stratégique que sur les dossiers de politique commerciale d'importance majeure, l'accord entre l'Italie et la France est plein"./.

(Source : site Internet du ministère du commerce extérieur)

Retour sommaire


6. Russie - Renforcement des relations dans le secteur agricole - CommuniquĂ© du ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forĂŞt (Paris, 23/09/2013)

Dans le cadre du cinquième groupe de travail franco-russe sur les questions agricoles, un forum franco-russe d'entreprises agricoles et agroalimentaires s'est tenu à Moscou et Saint Pétersbourg du 18 au 20 septembre 2013.

Compte tenu de l'importance des exportations de produits agricoles et agroalimentaires français vers la Russie (1,2 milliards d'euros en 2012), les entreprises françaises et russes ont ciblé leurs échanges sur quatre filières identifiées comme prioritaires : l'élevage porcin, l'élevage bovin viande, la filière pomme de terre et les marchés de gros. La filière bovin lait, également prioritaire, fera l'objet de travaux ultérieurs.

Ces rencontres ont permis la concrétisation d'un accord de coopération pour la création d'un marché de gros à Saint Pétersbourg avec le marché de Rungis dans le cadre de la mise en place d'un réseau de marchés de gros en Russie.

Des représentants de la filière bovine française ont présenté l'offre française en matière de génétique et se sont félicités de la création d'une association d'éleveurs russes de bovins de races françaises. Les perspectives sont positives car les autorités russes ont confirmé l'exportation pilote de bovins français vers la Russie sur la base d'un programme sanitaire spécifique, C'est ainsi que 2100 bovins vivants vont être expédiés en Russie, dont un premier lot de 300 têtes arrivera à la mi-octobre.

Le rétablissement de l'agrément d'une grande entreprise française de viande porcine a également été obtenu. Le rétablissement de l'agrément pour les autres entreprises est actuellement en cours d'examen par les autorités sanitaires russes.

Dans le secteur végétal, la délégation française a pu exposer les caractéristiques du système de maîtrise phytosanitaire de la production de pommes de terre afin d'appuyer la demande de levée de l'embargo russe en vigueur depuis le 1er juillet dernier.

Par ailleurs les ministères français et russes ont convenu de renforcer leur coopération en matière d'enseignement et de recherche agronomique et vétérinaire au travers notamment de l'organisation en 2014 des troisièmes rencontres universitaires franco-russes à Moscou.

Enfin, les deux parties ont décidé de promouvoir le renforcement du dialogue politique bilatéral et multilatéral concernant la gouvernance de la sécurité alimentaire mondiale, à l'approche de la présidence russe du G8 et de la réunion du Conseil de la sécurité alimentaire de la FAO, à Rome, le 7 octobre./.

(Source : site Internet du ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt)

Retour sommaire


7. Nomination - RĂ©publique de Bulgarie (Paris, 24/09/2013)

Le Journal officiel du 23 septembre 2013 a publié la nomination de M. Xavier Lapeyre de Cabanes, en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République de Bulgarie, en remplacement de M. Philippe Autié./.

Retour sommaire