Dans cet espace vous pouvez

- soit faire une recherche avancée sur tous les points de presse et déclarations de politique étrangère

 

- soit sélectionner une date 


Déclarations officielles de politique étrangère du 10 septembre 2013


Sommaire



1. Syrie - Conférence de presse du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Paris, 10/09/2013)

Depuis le massacre chimique de Damas le 21 août, nous avons poursuivi sans cesse deux objectifs, la sanction des responsables et la dissuasion pour qu'ils ne puissent pas recommencer. Notre attitude de fermeté réfléchie nous a permis de recevoir le soutien d'un nombre grandissant d'États et d'infléchir certaines positions. Hier, le ministre des affaires étrangères russe a fait un pas en ce sens, appelant je cite : «les dirigeants syriens à non seulement accepter de placer sous contrôle international leur stock d'armes chimiques et ensuite à le détruire, mais aussi à rejoindre pleinement l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques.»

Cette position a été soutenue notamment aujourd'hui par la Chine.

Nous accueillons cette nouvelle position avec intérêt mais aussi avec précaution. Nous ne voulons pas qu'elle puisse être utilisée comme une manoeuvre de diversion. C'est pourquoi, après en avoir discuté avec le président de la République, nous avons décidé de prendre l'initiative.

La France déposera donc une résolution devant le Conseil de sécurité des Nations unies en ce sens et la procédure sera engagée aujourd'hui même. Le texte sera examiné, le cas échéant amendé par nos partenaires et par le Conseil de sécurité.

Très concrètement, la France proposera aujourd'hui à ses partenaires du Conseil de sécurité un projet de résolution sous chapitre VII qui vise à concrétiser immédiatement ses idées. Quelles idées ?

Premièrement, condamner le massacre du 21 août commis par le régime syrien ;

Deuxièmement exiger de ce régime qu'il fasse sans délai toute la lumière sur son programme d'armes chimiques, qu'il le place sous contrôle international et qu'il soit démantelé ;

Troisièmement, mettre en place un dispositif complet d'inspection et de contrôle de ses obligations sous l'égide de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques ;

Quatrièmement, prévoir des conséquences extrêmement sérieuses en cas de violation par la Syrie de ses obligations ;

Enfin cinquièmement, sanctionner les auteurs du massacre chimique du 21 août devant la justice pénale internationale.

C'est à l'acceptation de ces conditions précises que nous jugerons la crédibilité des intentions qui ont été exprimées hier. Le peuple syrien a trop souffert, nous ne nous laisserons pas entraîner dans des manoeuvres dilatoires, il nous faut donc des résultats rapides. La France veut agir de bonne foi pour qu'une réponse ferme, précise et vérifiable à la menace chimique syrienne puisse enfin être trouvée avec les deux objectifs que nous avions dès le départ, la sanction et la dissuasion, et toujours la même méthode, la fermeté réfléchie.

Q - Comment jaugez-vous aujourd'hui la bonne volonté pour l'avenir proche du président Bachar Al-Assad ?

R - Je ne me hasarderai pas, en ce qui le concerne, à parler de bonne volonté. Ce que je prends en considération, c'est la position nouvelle exprimée par mon collègue russe hier et rejoint aujourd'hui par les Chinois, qui s'explique, chacun l'a compris, par la fermeté que nous avons manifestée. J'ai compris que le régime syrien avait pris acte, mais il va de soi qu'il faut être extrêmement vigilant.

Q - Cette résolution retarde-t-elle voire annule-t-elle les frappes ?

R - Nous avons la même attitude depuis le début. Notre objectif, c'est l'élimination de la menace chimique et la protection du peuple syrien. On l'a vu avec les propositions russes hier. C'est notre détermination à agir, y compris d'ailleurs par des moyens militaires, qui a permis qu'émerge hier une voie nouvelle pour y parvenir. Nous voulons explorer, de bonne foi, cette voie nouvelle mais nous ne voulons pas que cela serve des manoeuvres dilatoires. Toutes les options restent actuellement sur la table.

Q - Vous êtes-vous coordonnés avec les Américains au sujet de cette résolution ?

R - Nous sommes en contact permanent avec l'ensemble de nos partenaires et bien sûr avec les Américains. Le contact est permanent et les échanges le sont également. J'aurai au téléphone mon collègue John Kerry à la fin de cette matinée, je m'entretiendrai également avec Mme Ashton et avec M. William Hague. Dans la journée, j'aurai aussi un entretien avec le secrétaire général des Nations unies, avec M. Lavrov et avec mon collègue chinois.

Q - Avez-vous parlé aux Russes de ce projet de résolution que la France veut déposer ? Avait-il été question de cette initiative russe au sommet du G20 ? Avez-vous finalement un sentiment d'agacement de voir les Russes qui proposent une sortie politique après deux ans de crise et après cent mille morts alors que cette initiative aurait pu être proposée par les Russes depuis très longtemps déjà ?

R - Nous avons, à plusieurs reprises, avec mon collègue Lavrov et avec d'autres homologues, examiné cette question de l'interdiction des armes chimiques évidemment. Mais, jusqu'à présent, il n'y avait de ce côté-là aucune perspective. Il se trouve que les choses ont changé hier et tant mieux. Je pense, lorsque l'on est de bonne foi, que l'un des éléments importants qui explique ce changement, c'est la fermeté que nous avons manifestée. Et peut-être aussi, mais je ne veux pas me lancer dans des interprétations, l'approche du rapport des inspecteurs qui montrera à coup sûr que le massacre chimique est malheureusement évident. De plus, les preuves s'accumulent chaque jour que le régime en est responsable.

Je crois, pour répondre à votre seconde question, qu'il faut prendre la perche qui est tendue quelles que soient les interprétations. Il faut prendre la perche tendue mais il ne faut pas tomber dans un piège, c'est la raison pour laquelle la résolution que va proposer aujourd'hui même la France permettra de mettre chacun au pied du mur.

Q - Au G20 on nous a assuré que le sujet de la Syrie n'était même pas encore abordé au moment de la rencontre bilatérale entre le président Poutine et le président Xi Jinping. Mais le président Hollande a eu aussi une rencontre avec le président chinois. Cela fait un moment qu'en France on parle de blocage au sein de l'ONU par la Chine et la Russie. Pensez-vous qu'aujourd'hui le déblocage n'est plus une mission impossible, si ce n'est pas un piège ?

R - Je le souhaite. Lorsque le président Hollande a rencontré ses homologues à Saint-Pétersbourg, il a abordé bien sûr ce sujet. En ce qui concerne nos collègues chinois, on connaît leur position. Mais je pense que l'écho qu'ils ont donné à la proposition russe, écho qui nous a été rapporté ce matin, est positif. Je souhaite m'entretenir, tout à l'heure, avec mon collègue chinois, et j'envisage de me rendre à la fin de la semaine en Chine, et un peu plus tard en Russie.

Q - Monsieur le Ministre, il y a des années que des experts de l'ONU sont en Iran pour le dossier nucléaire pour tenter de savoir quel est l'état du nucléaire en Iran. Est-ce que vous ne craignez pas de tomber dans une situation similaire en Syrie pour le chimique ?

R - Non, la situation n'est pas la même. D'abord parce que, s'agissant de la Syrie, l'utilisation des armes chimiques est avérée et que, malheureusement, le massacre chimique est avéré. Nous savons donc qu'il y a un arsenal chimique considérable, on parle de plus de 1 000 tonnes. L'objectif est à la fois d'organiser le contrôle puis le démantèlement de l'armement chimique syrien. Sur ce point, la proposition russe est extrêmement précise et on peut la reprendre mot pour mot : le contrôle, le démantèlement et l'adhésion à la convention sur l'interdiction des armes chimiques. Lorsqu'on adhère à cette convention, ce qui est évidemment notre détermination en ce qui concerne la Syrie, un recensement est immédiatement fait, arme par arme, site par site. Dans le cas de la Syrie, cela demandera du temps et sera particulièrement compliqué en raison du conflit actuel. Mais, comme l'ont dit nos collègues russes et chinois, et comme nous le disions depuis déjà très longtemps, la seule manière d'empêcher que M. Bachar recommence, c'est de faire en sorte qu'il y ait d'abord un contrôle et qu'il y ait ensuite une destruction de ces armes chimiques qui sont interdites depuis très longtemps.

En ce qui concerne le nucléaire iranien c'est encore autre chose. Les Iraniens n'ont pas encore l'arme nucléaire. Ce que disent les résolutions internationales, et nous voulons que les Iraniens se conforment aux résolutions internationales, c'est qu'ils n'aillent pas vers l'arme nucléaire. Autant ils ont parfaitement le droit d'utiliser l'énergie du nucléaire civil, autant la possession par l'Iran de l'arme nucléaire serait un grand danger pour toute la région.

Vous connaissez notre position qui n'est pas simplement la position de la France, mais celle des quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité (États-Unis, Grande-Bretagne, Russie et Chine), qui est de dire : négocions. Si la négociation aboutit, à ce moment-là il n'y aura pas d'armes nucléaires et on pourra lever les sanctions. Simplement, à ce jour, les négociations n'ont pas abouti et elles doivent d'ailleurs reprendre d'ici quelques semaines. Mme Ashton, qui négocie pour nous, doit voir son homologue lors de l'assemblée générale des Nations unies et je rencontrerai mon collègue iranien à New York.

Mais il faut bien comprendre que nous n'en sommes pas du tout au même stade. Dans le cas iranien, ce qui nous préoccupe, et le mot est faible, c'est que les négociations n'ont pas avancé pour le moment et, dans le même temps, les dotations de l'Iran ont beaucoup augmenté, puisque les Iraniens ont plus de 18 000 centrifugeuses y compris des centrifugeuses de deuxième génération qui permettent d'aller beaucoup plus vite depuis un enrichissement faible jusqu'à un enrichissement fort. Ils ont aussi la perspective de la construction d'un réacteur à Arak dit plutonigène, qui dégage du plutonium et donc qui est extrêmement dangereux et proliférant.

Nous sommes très vigilants, attachés à ce que l'utilisation d'énergie du nucléaire civil par les Iraniens soit reconnue mais absolument pas la marche vers la bombe atomique.

Q - Quels seraient les délais d'une vérification acceptable selon vous, parce qu'en fait dans une situation de guerre civile, c'est très compliqué ; les experts disent que les délais sont assez importants même dans une situation de paix ? Donc, quel délai, quelle vérification serait acceptable ?

R - C'est vrai que c'est très difficile. Il ne faut pas dissimuler cet aspect, et c'est la raison pour laquelle il faut que les premiers engagements de la Syrie soient quasiment immédiats. Le premier c'est évidemment d'adhérer à la convention sur l'interdiction des armes chimiques, qui oblige les États qui adhèrent à donner un recensement de l'ensemble de leur matériel, de leurs sites et de leurs armes. Ensuite, il faut qu'il y ait des contrôles et vous avez vu que le secrétaire général des Nations unies est allé dans le même sens. Les Russes, qui ont été à l'origine, il y a un certain nombre d'années, du programme chimique syrien, doivent avoir un certain nombre d'indications à ce sujet. Le contrôle doit être international bien sûr et il ne s'agit pas, encore une fois, d'accepter des manoeuvres dilatoires.

Donc oui, vous avez raison, c'est quelque chose de très difficile mais indispensable de toutes les manières, car il faut ôter l'armement des mains du criminel.

Merci beaucoup./.

Retour sommaire


2. Syrie - Entretien du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec «Europe 1» (Paris, 10/09/2013)

Q - Cette nuit, à la demande du président de la République, vous avez exprimé un oui conditionnel à la démarche russo-syrienne. La France reste-t-elle sceptique ou fait-elle confiance à ceux qui ont fait cette proposition ?

R - Cette proposition, nous l'accueillons à la fois avec intérêt et avec prudence. Intérêt, parce que c'est la première fois qu'il y a cette ouverture et cela peut permettre peut-être de trouver une piste de solution ; prudence, d'abord parce que c'est un revirement quand même brusque et ensuite, parce que, pratiquement, c'est quand même très difficile à organiser, à appliquer.

Q - Pourquoi dites-vous un revirement russe ?

R - Jusqu'à présent, il y a eu une succession de positions. Au départ, les Russes niaient qu'il y ait un armement chimique, un stock chimique en Syrie. Ensuite, ils ont nié qu'il y ait eu un massacre chimique. Ils ont donc évolué. Très bien ! Mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est la raison pour laquelle les Russes ont évolué.

Je pense qu'il y a deux grandes raisons. Premièrement, je pense que notre fermeté paie. Deuxièmement, ils se rendent compte que les preuves du massacre chimique sont de plus en plus accablantes. Ils veulent donc - et c'est tout à fait légitime - pouvoir un petit peu se dégager de l'emprise syrienne.

Q - Mais vous n'avez pas peur que ce soit une manipulation ultime de dernière heure ?

R - C'est pour cela que je dis «intérêt et prudence»...

Q - C'est-à-dire que cela peut être une perche tendue pour la paix ou un piège ?

R - Exactement ! C'est tout à fait bien résumé. Si c'est une perche, il faut la saisir. Si c'est un piège, il ne faut pas tomber dedans.

C'est la raison pour laquelle nous avons posé au moins trois conditions, que j'ai exprimées hier, après m'en être entretenu avec François Hollande.

La première, c'est qu'il faut évidemment qu'il y ait un engagement à contrôler, puis à détruire le stock - engagement pas seulement des Russes mais aussi des Syriens.

Deuxièmement, il faut que cet engagement soit contraignant et donc, s'il n'est pas tenu, qu'il y ait des sanctions.

Troisièmement, il y a quand même eu un massacre chimique - ce que M. Ban Ki-moon appelle un crime contre l'humanité - il va donc falloir le sanctionner, d'où la Cour pénale internationale.

Q - Détruire sans délai l'arsenal chimique, c'est...

R - ...très compliqué !

Q - Il faut qu'il le fasse lui-même, cela coûtera des milliards, on se demande qui paie et, d'autre part, cela prend des années.

R - Oui. C'est pour cela qu'il faut être extrêmement vigilant. On ne va pas rentrer dans les détails techniques, mais on sait que la Syrie a plus de 1 000 tonnes d'armes chimiques ; ce qui est énorme. Ces armes sont très difficiles à la fois à localiser et à détruire ; cela prend beaucoup de temps.

On est dans une réalité de guerre civile, vous imaginez donc les difficultés. Et ce ne sont évidemment pas aux Syriens et aux Russes seuls que l'on peut faire confiance, c'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait un contrôle international. D'ailleurs, vous avez vu que M. Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations unies, est allé dans le même sens que nous.

Q - Si la proposition russe est recevable, pourquoi n'est-ce pas la France qui la première a fait cette proposition ?

R - Nous avons souvent discuté avec Sergueï Lavrov, avec les Américains et avec d'autres, du contrôle et de la destruction des armes chimiques, mais jusqu'à présent les Russes refusaient complètement.

Le point qu'il faut avoir présent à l'esprit, c'est que l'attitude que nous avons eue dès le début, la fermeté réfléchie, peut permettre d'avancer.

Q - Vous pensez que vous avez eu raison de marquer par de la fermeté votre position ?

R - Pourquoi pensez-vous que les Russes ont évolué ? C'est parce qu'il y a eu un début de coalition dans laquelle la France a sa pleine place. Nous disons que nous voulons à la fois la sanction et la dissuasion : la sanction du crime contre l'humanité et la dissuasion pour qu'on retire à M. Bachar Al-Assad le permis de tuer. À partir de notre fermeté commune, les Russes évoluent - tant mieux - mais il faut en même temps rester prudent.

Q - Les États-Unis se disent prêts à discuter des armes chimiques avec les Russes. Est-ce que ce matin, Laurent Fabius, la France réclame, avec votre voix, d'être associée à toutes ces discussions ?

R - Bien sûr ! La France sera associée à ces discussions. J'aurai d'ailleurs, dans la journée, un entretien avec mon collègue américain. Je dois me rendre en Russie au début de la semaine prochaine. J'aurai également des entretiens avec mon collègue chinois, mes collègues européens, le secrétaire général des Nations unies. Il y a une discussion permanente.

Q - À l'égard de Bachar Al-Assad, l'objectif était de l'obliger à négocier une solution politique ?

R - Oui.

Q - Est-ce que vous répétez, ce matin : au bout du bout il doit partir ?

R - Bien sûr qu'il partira ! On imagine mal que quelqu'un responsable de 110.000 morts puisse indéfiniment rester au pouvoir. Notre objectif est bien la négociation politique mais nous avons dit, et cela commence d'être prouvé - je l'espère -, que pour arriver à faire bouger la situation il fallait faire preuve d'une grande fermeté.

Q - Vous voulez que soient jugés par la Cour pénale internationale les auteurs du massacre du 21 août ?

R - Oui !

Q - Et Bachar Al-Assad, faut-il aller l'arrêter ou pensez-vous qu'il va se livrer tout seul ?

R - Non, ce n'est pas la procédure. D'ailleurs, une résolution du Conseil de sécurité, il y a longtemps, a été proposée qui pourrait aller dans ce sens. M. Ban Ki-moon lui-même a dit qu'il s'agissait d'un «crime contre l'humanité». Quand il y a crime contre l'humanité, il faut qu'il y ait une saisine et cela passe par le Conseil de sécurité. Nous demandons donc - nous l'avons fait déjà depuis longtemps mais nous le redemandons - que la Cour pénale internationale puisse avancer.

Q - Les frappes franco-américaines étaient envisagées et préparées ; elles n'auront pas lieu ?

R - Il ne faut pas dire cela ! Je vous le répète, c'est la fermeté qui peut permettre d'avancer. Pour nous, la fermeté cela veut dire que si Bachar Al-Assad n'accepte pas la dissuasion, c'est-à-dire qu'on lui supprime son «permis» de tuer, il faudra bien sûr une réaction.

Q - Oui, mais il continue à tuer. Il a le «permis» pour tuer avec des armes conventionnelles ?

R - Aujourd'hui, oui !

Q - Il est en train de massacrer peut-être les chrétiens de Malula qui appellent au secours et qu'il faut aider ?

R - Exactement !

Q - Mais cela veut dire que les frappes restent, comme l'épée de Damoclès, une menace sur la tête de Bachar Al-Assad ?

R - Exactement.

Q - Vladimir Poutine n'offre-t-il pas une porte de sortie à Barack Obama qui était indécis et qui, peut-être ce matin, est soulagé ?

R - Je pense que M. Poutine s'offre peut-être une porte de sortie à lui-même, parce qu'il est très lourd de rester attaché, comme à un rocher, à M. Bachar Al-Assad, dont tout le monde reconnaît maintenant qu'il a un armement chimique terrifiant et qu'il est responsable d'un massacre chimique.

Q - Est-ce que Poutine ne marque pas le retour, malgré tout, sur la scène mondiale de la Russie grande puissance, c'est-à-dire qu'il faut l'écouter ?

R - Il faut bien sûr toujours l'entendre. Nous avons, à de nombreuses reprises, discuté avec les Russes. Je vous le dis, je me rends - c'était prévu d'ailleurs - à la fin de la semaine, au début de la semaine prochaine à Moscou.

Q - Le président François Hollande attendait pour s'exprimer le vote du Congrès américain - on voit qu'il est retardé - et le rapport des inspecteurs de l'ONU - on n'en parle presque plus. Le président va-t-il s'adresser bientôt aux Français ou ne doit-il pas s'adresser plus vite que prévu aux Français ?

R - Il s'adressera bien sûr aux Français, mais il a eu raison de dire qu'il s'adresserait aux Français lorsqu'il aura les différents éléments en main.

Les choses ont déjà bougé plusieurs fois. Rappelez-vous que la semaine dernière on nous réclamait un vote à l'Assemblée nationale, quel sens aurait eu le vote ? Il y aura le rapport des inspecteurs - il faut l'avoir - certainement la semaine prochaine. À partir des différents éléments, le président de la République s'exprimera.

Ayez ceci à l'esprit : depuis le début, nous disons «dissuasion et sanction». Sanction puisqu'il y a eu un crime massif ; dissuasion pour éviter que cela recommence. C'est cette même ligne de fermeté réfléchie que nous tenons.

Q - Une dernière question ! La Syrie ne fait-elle pas oublier d'autres dangers, d'autres menaces ? Tout indique que l'Iran est en train de progresser vers le nucléaire militaire ? Son armement atomique n'est-il pas devenu inéluctable et ne va-t-on pas le voir apparaître dans un an ou deux ?

R - Il n'est pas inéluctable mais il est extrêmement dangereux et j'ai toujours considéré que, derrière le drame syrien, il y avait la menace du nucléaire iranien. Vous comprenez bien que c'est seulement en étant très ferme sur l'affaire syrienne que l'on peut parvenir à dissuader les Iraniens d'aller vers l'arme nucléaire ; ce qui, tout le monde le comprend dans cette région éruptive, serait un drame absolu.

Q - Le moment n'est pas venu pour vous d'aller à Téhéran ?

R - J'ai eu mon collègue iranien au téléphone l'autre jour et je le verrai à la fin du mois à l'ONU. Je verrai donc, comme ministre des affaires étrangères français, le ministre des affaires étrangères iranien à New York./.

Retour sommaire


3. Syrie - Armes chimiques - Déclaration du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Paris, 09/09/2013)

La proposition du ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, mérite un examen précis. Il reconnaît maintenant, sous la pression forte que nous avons exercée, qu'il y a un problème grave avec l'énorme stock d'armes chimiques que possède Bachar Al-Assad. Cette proposition serait recevable à au moins trois conditions :

- M. Bachar Al-Assad doit s'engager sans délai à mettre sous contrôle international et à laisser détruire l'ensemble de son arsenal chimique ;

- cette opération doit se faire sur la base d'une résolution contraignante du Conseil de sécurité, avec un calendrier court et des conséquences fermes s'il ne respectait pas ses engagements ;

- les responsables du massacre chimique du 21 août ne doivent pas rester impunis. La Cour pénale internationale devra donc être saisie.

Depuis le début, la France s'est fixé deux buts : la sanction et la dissuasion. C'est pourquoi nous demandons maintenant des engagements précis, rapides et vérifiables de la part du régime syrien./.

Retour sommaire


4. Royaume-Uni - Communiqué du ministère du commerce extérieur (Paris, 10/09/2013)

La ministre du commerce extérieur, Mme Nicole Bricq, s'est rendue à Londres le 9 septembre. Ce déplacement s'inscrit dans une volonté forte de relance du commerce intra européen alors que la France a multiplié par 10 son déficit commercial avec les pays de l'Union Européenne ces dix dernières années.

La ministre est ainsi allée à la rencontre des entreprises et des partenaires de l'export du «mieux se nourrir» qui reste notre premier excédent au Royaume-Uni mais qui souffre d'une concurrence accrue, notamment de la part des Pays-Bas qui sont récemment devenus le 1er fournisseur.

Offre trop dispersée, complexe, manque d'adaptation de nos produits à la demande britannique... nos points faibles sont connus. Afin d'y remédier, Nicole Bricq, souhaite développer les "clubs d'exportateurs" pour regrouper sur une filière donnée des PME exportatrices autour d'une stratégie commune.

Ce déplacement a également été l'occasion d'aborder les questions de politique commerciale avec Lord Green, Secrétaire d'État au commerce et à l'Investissement. Les deux ministres ont ainsi souligné l'importance qu'ils accordaient à la transparence dans les négociations sur l'Accord de partenariat transatlantique. Compte tenu de la dimension systémique de l'accord, l'association des parlementaires, des entreprises et de la société civile est fondamentale. Tous deux ont également indiqué que l'accord devra être ambitieux sur l'ouverture des marchés publics et porter sur la régulation des services financiers. Ils ont appelé à la plus grande vigilance concernant l'inclusion d'un volet de protection des investissements.

La ministre a enfin participé à un débat public avec la communauté française - à l'invitation d'Axelle Lemaire, députée des Français établis en Europe du Nord - sur la compétitivité de la France et l'aide à l'internationalisation des entreprises.

Ce déplacement s'inscrit dans le cadre d'une tournée européenne qui a déjà conduit la ministre en Suède et en Lituanie avant la Pologne, l'Italie, le Danemark et l'Allemagne dans les prochaines semaines./.

(Source : site Internet du ministère du commerce extérieur)

Retour sommaire