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Déclarations officielles de politique étrangère du 18 juillet 2013


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Présentation par M. Laurent Fabius de la nouvelle diplomatie culturelle de la France - Russie - Syrie - Cameroun (Paris, 18/07/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Présentation par M. Laurent Fabius de la nouvelle diplomatie culturelle de la France (Lille, 17 juillet 2013)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, a présenté hier à Lille, en clôture des «Journées du réseau de coopération et d'action culturelle», la nouvelle diplomatie culturelle de la France.

M. Fabius a notamment rappelé la nécessité, dans un contexte de compétition internationale accrue, de la cohérence de la diplomatie d'influence menée par notre réseau de coopération et d'action culturelle avec l'ensemble de notre action diplomatique.

Celle-ci contribue aujourd'hui au redressement économique de notre pays en accompagnant l'expansion internationale des entreprises, en promouvant l'attractivité de notre territoire, en encourageant l'enseignement de notre langue et la diffusion de notre culture, ou encore en contribuant à l'accueil des étudiants étrangers en France, pour lesquels la délivrance des visas sera simplifiée.

Les moyens d'influence doivent être coordonnés en fonction de l'impératif du redressement économique et venir appuyer des secteurs stratégiques pour la France, comme le tourisme, la recherche et le développement ou la promotion du patrimoine et des métiers d'art.

Pour relever ce défi, la France dispose de nombreux atouts qui peuvent être encore davantage valorisés : les industries culturelles et créatives qui représentent déjà 5 % de nos exportations, les industries audiovisuelles qui doivent disposer de stratégies adaptées à chaque région du monde, la révolution numérique qui nous ouvre de nouveaux espaces à investir, ou encore les échanges universitaires et scientifiques sur lesquels s'appuie le développement international de nos universités.

La France dispose également du premier réseau culturel du monde, dont la cartographie sera adaptée pour nous permettre notamment d'être davantage présents dans les pays émergents.

Notre langue constitue enfin un atout majeur, notamment en Afrique qui pourrait compter bientôt plus de 700 millions de francophones. M. Laurent Fabius a confirmé notre attachement à une politique francophone ambitieuse.

2 - Russie

Q - L'opposant russe numéro un, Alexeï Navalny, a été reconnu coupable ce matin dans une affaire de détournement. L'opposition russe, la presse internationale, les ONG et Navalny lui-même considèrent qu'il s'agit d'un procès hautement politique visant à saper les ambitions d'un opposant féroce au président Vladimir Poutine. Quelle est la réaction du Quai d'Orsay après ce jugement ?

R - Nous sommes préoccupés par la condamnation à cinq ans de prison de M. Alexeï Navalny.

Nous notons que les voies de recours ne sont pas épuisées et que cette condamnation pourrait être révisée en appel.

3 - Syrie

Q - Les combattants kurdes syriens (les comités de protection du peuple kurde (YPG) branche armée du Parti de l'union démocratique (PYD), émanation syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK)), ont infligé une défaite aux groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda (Front al-Nosra et de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL)) et les ont chassés des localités frontalières de la Turquie. Quel est votre commentaire, maintenant que les Kurdes contrôlent la frontière avec la Turquie, et une large zone du Nord de la Syrie?

R - Nous sommes préoccupés par la montée des violences entre groupes extrémistes et autres groupes de l'opposition armée. Les groupes radicaux font peser sur l'évolution de la situation en Syrie et dans les pays voisins une menace inquiétante.

Face à ces groupes, la position de la France a été claire et constante. Nous avons demandé l'inscription du groupe Al-Nosra sur la liste des entités terroristes des Nations unies en tant qu'alias d'Al-Qaïda.

Dans ce contexte, il est d'autant plus nécessaire d'accroître notre soutien aux forces de l'opposition modérée, incarnées par la Coalition nationale syrienne et l'armée syrienne libre qui respectent les valeurs que nous défendons.

4 - Cameroun

Q - Un militant de la cause homosexuelle a été tué, dans des conditions atroces, au Cameroun. Une réaction de la France?

R - La France a appris avec consternation le meurtre à Yaoundé de M. Lembembe, militant des droits des personnes homosexuelles au Cameroun.

Nous présentons nos sincères condoléances à ses proches. Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce crime, et que ses auteurs soient traduits en justice.

La France rappelle son attachement au respect des droits des personnes LGBT et à la protection des défenseurs des droits de l'Homme./.

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2. Liban - Communiqué de la présidence de la République (Paris, 18/07/2013)

Le président de la République s'est entretenu ce matin par téléphone avec son homologue libanais, M. Michel Sleimane.

Le chef de l'État a tenu à marquer la solidarité de la France avec le peuple libanais et son soutien aux institutions libanaises. Il a réaffirmé son appui aux efforts du président Sleimane et de l'armée libanaise pour préserver la politique de distanciation et favoriser la mise en oeuvre des engagements souscrits, à son initiative, par les principales forces politiques libanaises dans le cadre de la déclaration de Baabda de juin 2012.

À l'initiative de la France, une déclaration du Conseil de sécurité a été adoptée le 10 juillet, elle réaffirme l'attachement unanime de la communauté internationale à la souveraineté, à l'intégrité, à l'indépendance et à l'unité du Liban et sa pleine mobilisation pour préserver sa stabilité. La France encourage la constitution d'un groupe international de soutien au Liban dans les meilleurs délais.

M. François Hollande a fait part au président Sleimane de sa gratitude pour les moyens déployés en vue de l'accueil des réfugiés en provenance de Syrie. Il a souligné l'importance d'une aide accrue de la communauté internationale en appui à l'action des autorités libanaises.

Il a également rappelé le rôle joué par la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) qui contribue au maintien de la stabilité au Sud Liban./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Mali - Syrie - Point de presse du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, à l'issue de sa rencontre avec M. François Bayrou - propos de M. Fabius (Paris, 18/07/2013)

Avec M. François Bayrou et M. Rochefort, nous avons évoqué l'actualité internationale et notamment les questions européennes. Je rencontre les leaders des grandes formations politiques et il était important que je rencontre François Bayrou qui est une personne extrêmement pointue sur ces questions de politique étrangère.

(...)

En tout cas un essai de lucidité dans une situation, sur le plan international, qui est celle d'un monde qui bouge, qui comporte beaucoup de dangers et où la France a évidemment une position à prendre et qu'elle prend en tant que membre permanent du Conseil de sécurité. L'utilité de ces tours d'horizon est de voir les domaines dans lesquels nous pouvons agir.

Q - Monsieur le ministre, quelle est votre position sur le Mali et le niveau d'impréparation pour les élections ?

R - je ne veux pas entrer dans une polémique avec un des vingt huit candidats, qui d'ailleurs ne l'est plus. En revanche ce que dit François Bayrou est tout à fait juste. Au mois de janvier, il s'en est fallu de quelques heures pour que le Mali soit dirigé par des groupes terroristes. Et c'est l'intervention de la France qui permet, sept mois plus tard, que la sécurité soit rétablie, que dans quelques jours se tienne une élection présidentielle et que des fonds très importants aient été recueillis auprès de la communauté internationale pour faire redémarrer le Mali.

Cela ne veut pas dire bien sûr, que toutes les questions soient réglées. Mais dans ce court laps de temps et grâce à l'action de tous, et notamment de la France, c'est un résultat très significatif. Maintenant, les autorités maliennes ont pris leur responsabilité sur la date et les modalités du vote et il faut souhaiter que les choses se passent très bien. C'est dans ce sens que nous souhaitons travailler sans entrer dans une polémique.

Q - M. Bayrou a évoqué les livraisons d'armes en Syrie et ses inquiétudes. Nous approchons de la date butoir du 1er août et du gentleman's agreement. Quel est votre sentiment sur le terrain. Est-ce que le rapport de forces a commencé à changer ou est-ce que cette décision de livraison d'armes va être prise ?

R - La décision européenne qui a déjà été prise est une autorisation. Maintenant c'est à chaque pays de respecter cette autorisation pour l'utiliser ou non. Il y a des conditions qui ont été mises quant à l'envoi éventuel d'armes et pour le moment la France n'a pas modifié sa position. Nous avons cette faculté mais nous n'avons pas livré d'armes létales, c'est à dire mortelles.

Q - Mais entre les pays amis de la Syrie, il y a certains pays qui ont pris cette position. Ces décisions ont-elles données des résultats sur le terrain. L'opposition peut-elle tenir ses positions alors qu'elle souffre en ce moment ?

R - L'organisation de l'opposition, ce que l'on appelle l'Armée syrienne libre et, d'autre part, la Coalition nationale est plus beaucoup structurée qu'avant. D'un côté un nouveau président a été désigné il y a quelques jours et par ailleurs, l'Armée syrienne libre sous l'impulsion du général Salim Idris montre beaucoup plus de cohésion qu'auparavant. Même s'il y a des problèmes notamment parce qu'il y a des organisations terroristes qui sont opposées à Bachar Al-Assad mais qui, en aucun cas, ne peuvent être confondues avec la Coalition nationale. Vous avez vu d'ailleurs qu'il y a des affrontements entre les deux et nous, nous avons inscrit l'un de ces groupes, le front Al-Nosra, sur la liste des organisations terroristes.

Bien évidemment, nous soutenons la Coalition nationale syrienne dans la mesure où ses objectifs pour la Syrie du futur nous conviennent. À savoir la reconnaissance des droits de chaque communauté et, plus généralement, le respect des droits de l'Homme. Il n'est pas question de soutenir des organisations qui ne seraient pas démocratiques./.

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4. Journée de Nelson Mandela - Lettre du président de la République, M. François Hollande, adressée au président de la République d'Afrique du Sud, M. Jacob Gedleyihlekisa Zuma (Paris, 18/07/2013)

Cher Monsieur le Président,

En cette journée anniversaire de la naissance de Nelson Mandela, célébrée dans le monde entier, je m'adresse à vous pour vous exprimer, ainsi qu'à son épouse, à ses proches et au peuple sud-africain, notre pleine solidarité, en mon nom et au nom du peuple français.

À l'occasion des 95 ans de Madiba, nos pensées sont avec lui et nous lui apportons tout notre soutien affectueux et fraternel dans le combat qu'il mène.

Madiba occupe une place particulière dans le coeur des Français, qui sont nombreux à se souvenir avec émotion de son long chemin vers la liberté, de sa sortie de détention puis de sa première visite en France à l'invitation de François Mitterrand. Il avait alors reçu un vibrant hommage populaire au Trocadéro, sur le parvis des droits de l'Homme.

L'histoire personnelle de Nelson Mandela, son incarnation des valeurs de sacrifice, de combat contre l'injustice et de réconciliation dépassent les frontières de l'Afrique du Sud, et la France continue à se reconnaître dans ses engagements.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma très haute considération./.

Bien cordialement

(Mentions manuscrites en italique)

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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5. Journée de Nelson Mandela - Déclaration du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Paris, 18/07/2013)

Le monde célèbre aujourd'hui la journée de Nelson Mandela, qui a quatre-vingt quinze ans ce jour.

Je m'associe à cet hommage, mondial, unanime, en faveur de cet homme qui a rendu au peuple sud-africain sa liberté et sa dignité.

La France adresse son salut amical et chaleureux à Nelson Mandela./.

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6. Journées du réseau de coopération et d'action culturelle - Allocution de clôture du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Lille, 17/07/2013)

Madame le Maire, Chère Martine,

Monsieur le Directeur du Palais des Beaux Arts de Lille,

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Président de l'Institut français

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Je remercie beaucoup Martine Aubry et Bruno Girveau de nous accueillir dans ce superbe Palais des Beaux Arts de Lille, l'un des plus remarquables musées de France. On connaît Martine Aubry, comme une femme politique de premier plan. On sait aussi quel est l'intérêt qu'elle porte à la culture. Son discours était la plus belle preuve du fait que ce n'est pas quelque chose de l'extérieur, mais vraiment ressenti. Parmi les nombreuses raisons qui expliquent notre amitié personnelle, je peux vous en faire la confidence, il y a un goût partagé pour la culture. Au delà de cet aspect personnel, c'est pour moi l'occasion de saluer la réussite de la politique culturelle de cette ville, qui se traduit, notamment par une grande fréquentation des musées et par un très fort rayonnement international. Martine Aubry a rappelé un souvenir encore présent pour chacune et chacun d'entre vous : Lille capitale européenne de la culture. Elle a rappelé son souci - que je partage - que l'éducation artistique ait les moyens de son ambition. Enfin, ce qui est moins connu, c'est que le rayonnement de Lille s'appuie sur de nombreux partenariats avec les pays du Sud, particulièrement en Afrique et dans le monde arabe. Lille est un symbole de la diplomatie des territoires, que le Quai d'Orsay encourage et accompagne.

Le rayonnement de Lille doit beaucoup au talent et à l'engagement de Martine Aubry. Il est aussi le fruit de l'action de Pierre Mauroy, à qui je veux rendre hommage dans ce lieu dont il a permis le renouveau dans les années 90.

Cet établissement où nous nous trouvons ce soir a été l'un des tout premiers musées de notre pays, né de la volonté de la jeune République de donner à voir des oeuvres d'art au plus grand nombre. Lieu de diffusion de la culture française mais aussi d'accueil des cultures étrangères et de dialogue avec elles, ce Palais des Beaux Arts de Lille offre à notre rencontre le cadre idéal. C'est un beau symbole que se réunisse précisément ici l'ensemble du réseau de coopération et d'action culturelle de la France à l'étranger, qui porte notre culture et nos valeurs au-delà de nos frontières.

Mesdames et Messieurs les Conseillers, les Attachés et Agents du réseau,

Je suis heureux de vous retrouver à l'occasion de cette réunion annuelle.

J'ai visité 56 pays depuis un an. Je rencontre beaucoup d'entre vous au cours de mes déplacements à l'étranger. Cela me permet d'apprécier la qualité de votre travail, dont je veux vous remercier, effectué dans des conditions parfois difficiles et de mesurer combien le rôle de notre réseau de coopération et d'action culturelle est primordial ; ce qui justifie votre nombre, 6.000 sur les 15.000 du ministère des affaires étrangères.

La France - j'avais développé ce thème devant vous l'an dernier - est une «puissance d'influence». Le rayonnement de notre pays ne résulte pas seulement de son poids politique, militaire, diplomatique ou économique. Il est aussi le fruit de la diffusion de sa culture, de sa langue, de ses valeurs, de tous les attributs dits «informels» de la puissance. Notre réseau de coopération et d'action culturelle constitue le point d'appui de cette influence. Il en est, vous en êtes les principaux acteurs à travers le monde. Vous agissez en conséquence. Pour agir, il faut des orientations claires : je consacrerai l'essentiel de mon propos à vous présenter aussi clairement que possible celles que je vous fixe.

Non sans avoir auparavant insisté sur la cohérence nécessaire de votre action, de notre action au service de notre diplomatie d'ensemble : la politique d'influence est un tout, et vous êtes chacune et chacun dans votre rôle porteur de cette totalité. Cette action prend des formes diverses pour soutenir et développer notre influence : accompagner le développement international de nos entreprises (y compris les PME et les ETI), agir pour l'attractivité de notre territoire, diffuser la culture française, encourager l'apprentissage de notre langue, favoriser l'accueil des étudiants étrangers, soutenir le développement des pays partenaires, ces différents modes d'action se complètent et se renforcent. Ces domaines doivent être bien articulés entre eux afin de se soutenir mutuellement. J'y reviendrai.

* *

Une nouvelle diplomatie culturelle internationale

Mesdames et Messieurs,

Avec le président de la République et le gouvernement, en particulier Aurélie Filippetti, je souhaite donner une impulsion nouvelle à notre action culturelle internationale. Celle-ci constitue, historiquement, le coeur de notre diplomatie d'influence. Nous célébrons cette année le 130ème anniversaire de l'Alliance française, à laquelle je rends hommage. Le Service des oeuvres françaises à l'étranger, lointain ancêtre de la direction générale de la mondialisation, a été créé, lui, en 1920 afin de développer les échanges culturels et scientifiques. Nous sommes donc dans le «temps long» et nullement dans le caprice d'un jour.

En France, on sait que rien de grand ne se fait sans culture : cela vaut aussi concernant notre diplomatie. Pour la France et pour notre action extérieure, la culture constitue un immense atout que nous devons valoriser et «utiliser» au maximum. Tout en faisant valoir dans ce domaine notre singularité, qui nous éloigne de toute posture égoïste ou égotiste : nous ne séparons pas en effet le rayonnement de la culture française et l'hospitalité à l'égard des cultures étrangères. Pour nous, faire rayonner une culture, c'est d'abord la faire résonner avec d'autres.

Cette ouverture et cette attention à l'échange font la force de notre action culturelle et elles lui donnent son sens. C'est pourquoi - non par narcissisme ou par repli - nous sommes si profondément attachés à la diversité culturelle. Nous avons défendu récemment la diversité culturelle et la spécificité des services audiovisuels comme nous l'avons toujours fait dans les négociations internationales bilatérales et multilatérales. Nous l'avons fait avec succès, mais nous devrons rester extrêmement vigilants concernant l'exclusion des services audiovisuels du champ de la négociation du futur accord de libre échange avec les États-Unis. Nous souhaitons la mise en oeuvre pleine et entière de la convention sur la diversité des expressions culturelles, conclue dans le cadre de l'UNESCO, et de ses conséquences dans le nouveau paysage numérique.

Pour faire rayonner et résonner notre culture, nous devons d'abord valoriser pleinement nos atouts. Plusieurs domaines d'action, plusieurs thèmes doivent recueillir une attention particulière de votre part.

- La diffusion du français. C'est une de nos grandes priorités. Notre belle langue est aujourd'hui parlée par 220 millions de personnes, elle pourrait l'être bientôt par plus de 700 millions avec le développement de l'Afrique ! Il s'agit d'un socle exceptionnel d'influence. Le développement démographique et économique de ce continent devrait être bénéfique, à la fois à l'Afrique elle-même et à la francophonie, et nous devons mobiliser nos efforts et moyens en ce sens. C'est une des raisons pour lesquelles nous mettons en oeuvre avec Yamina Benguigui une diplomatie francophone ambitieuse. Un plan d'action a été adopté à l'automne dernier. Le pilier de notre mobilisation, c'est le réseau d'enseignement français à l'étranger, à travers l'AEFE et la Mission laïque française. Nous devons le consolider afin de répondre aux attentes des expatriés tout en contribuant à notre rayonnement. Tel est le sens de la mission que j'ai confiée à Mme Conway-Mouret, sur les conclusions de laquelle je me pencherai prochainement.

- Le soutien à nos industries culturelles et créatives est également décisif. Créatrices d'emplois et de richesses en France, elles représentent déjà 5 % de nos exportations. Il est impérieux de renforcer la part des contenus et des créations français sur le marché mondial. Nous y travaillons, notamment avec Aurélie Filippetti. Je pense au livre, première industrie culturelle en France, à la musique, au cinéma, à la télévision, mais aussi, à des secteurs comme le jeu vidéo, l'architecture, le design ou les arts visuels contemporains. Je souhaite qu'une relation plus étroite soit établie, par le biais de conventions, avec les principaux acteurs français de l'export dans ces domaines. Une meilleure coordination des efforts à l'exportation, au premier chef entre les professionnels eux-mêmes, démultipliera l'efficacité de notre action. J'ai aussi décidé de confier expressément à tous les attachés et chargés de mission sectoriels du réseau une mission d'appui à la promotion de nos industries culturelles dans leur champ de compétence. Notre art de vivre, nos métiers d'art, notre gastronomie, nos marques concourent aussi à notre rayonnement culturel.

- Dans un monde où l'image domine et façonne les esprits, l'audiovisuel et le cinéma jouent un rôle de premier plan dans la diffusion et le rayonnement de la pensée et de la langue françaises. L'Agence France presse remplit une fonction importante. Nous disposons d'acteurs performants - France médias monde (c'est-à-dire RFI, France 24 et Monte Carlo Doualiya), TV5 Monde, Unifrance, TV France international. Ils doivent mieux se coordonner avec notre réseau, au service notamment de la promotion des industries audiovisuelles. Ces médias doivent disposer de stratégies adaptées à chaque région. C'est en voie de réalisation.

- Les échanges universitaires et scientifiques constituent un autre axe important. Nous devons rester un grand pays d'accueil et nous efforcer de recruter les meilleurs étudiants et les meilleurs chercheurs étrangers. Nous avons déjà engagé une simplification des procédures afin de faciliter la délivrance des visas. Cette politique plus efficace des visas doit prendre en compte l'exigence d'attractivité de notre territoire comme c'est le cas dans d'autres domaines, avec par exemple la facilitation récente des conditions d'obtention des visas pour favoriser les tournages de films aux retombées économiques et touristiques positives pour notre pays.

- Il nous faut aussi encourager les partenariats permettant le développement international de nos établissements d'enseignement supérieur et de recherche et de nos entreprises. Dans cette perspective, j'ai demandé à Campus France d'élaborer un outil permettant le suivi et l'animation du réseau des anciens étudiants ou alumni, car les étudiants étrangers accueillis en France peuvent constituer autant de relais de notre influence si nous savons cultiver durablement le lien entre eux et notre pays. Quelle n'a pas été ma surprise de constater que jusqu'à présent ces réseaux n'existaient pas. Il faut - et ce n'est pas très difficile avec les nouveaux instruments technologiques - mettre en place un réseau qui nous permettra, au-delà des diplomates professionnels, d'avoir des dizaines, voire des centaines de milliers d'ambassadeurs qui peuvent être des ambassadeurs formidables de la France. Dans le domaine de la recherche, je souligne que nous souhaitons renforcer la coordination entre nos Instituts français de recherche à l'étranger et les grandes Écoles françaises (Athènes, Rome, Extrême-Orient...) qui dépendent du ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche.

- Enfin, je veux que, sans esprit de propagande, notre réseau - c'est une évidence - porte les valeurs de la France. Cette promotion de nos valeurs figure dans le mandat des différents acteurs de l'action culturelle extérieure. Il s'agit de faire de notre réseau un lieu de pédagogie et un lieu de débat libre, particulièrement là où c'est difficile.

À côté de ces priorités thématiques, dont la présentation rapide n'est pas exhaustive, nous devons aussi examiner, plutôt réexaminer, un certain nombre de nos modes d'action.

- Il nous faut revisiter la géographie de notre présence et adapter nos moyens selon les pays. Nous devons être encore davantage présents dans les pays qu'on appelle à fort potentiel. Je pense notamment aux grands émergents et aux néo-émergents. Si notre politique étrangère doit couvrir bien sûr tous les pays, elle doit aussi prendre en compte les lignes de force du monde contemporain.

En Europe, notre objectif principal est de développer un espace commun pour la culture et la connaissance et de soutenir la diversité culturelle en diffusant notre langue, nos médias, notre création artistique et culturelle.

Sur les rives Sud et Est de la Méditerranée, nous devons accompagner les aspirations démocratiques en soutenant le développement des libertés dans les sphères de la culture et de l'éducation, des médias et d'internet. Nous devons consolider le rôle régional de la France, par la diffusion de nos contenus et de notre langue.

En Afrique et dans la francophonie du Sud, nous devons apporter une aide au développement culturel, économique et social, en soutenant la création, la lutte contre la fracture numérique, l'accès à l'éducation et à la formation, tout en consolidant le rayonnement de la langue française et l'unité de la famille francophone.

Dans les pays prescripteurs, qu'ils soient anciens comme les grands pays occidentaux ou nouveaux comme les pays émergents et néo-émergents, nous devons renforcer l'influence de la France. Nos efforts doivent porter sur l'intermédiation, la constitution de relais et de partenariats plus que sur seulement programmation culturelle.

- La cartographie de notre réseau devra donc continuer à s'adapter pour forger une «diplomatie de demain». Notre réseau scientifique et universitaire devra tenir compte des priorités de notre politique d'attractivité, du potentiel de développement de notre coopération avec les pays émergents et des possibilités de mutualisation avec les bureaux de représentation des établissements universitaires et des organismes de recherche français présents à l'étranger. Cette adaptation, soyons lucides, se traduit et se traduira nécessairement par certaines mesures de redéploiement à partir de nos dispositifs historiquement les mieux dotés au profit de nos postes dans les pays émergents. Nous devrons nous interroger sur la pertinence de la présence d'antennes de nos instituts hors villes capitales et élaborer ensemble des solutions. Le réseau de nos experts techniques internationaux devra être réexaminé dans un souci de hiérarchisation des priorités sectorielles et géographiques et de coordination.

- Les postes - c'est le plus souvent le cas - doivent évidemment orienter leur action en fonction de leurs publics cibles, qui, c'est une observation qui est faite souvent par vous tous, gagneront à être mieux identifiés. Il s'agit d'élargir nos publics au-delà des «élites» seules francophones pour conquérir davantage aussi la jeunesse, les nouvelles classes moyennes, la société civile. Mais chaque pays est différent et notre stratégie doit être différenciée. Il est donc essentiel que le public de notre action culturelle soit systématiquement évalué pour nous aider à passer d'une politique de l'offre à une meilleure connaissance de la demande.

- Je voudrais aussi insister sur la révolution numérique. Il  me paraît indispensable que les acteurs de la diplomatie culturelle, que vous êtes, continuent d'investir ces nouveaux espaces et renforcent leur utilisation des outils numériques qui bouleversent les pratiques culturelles. Le soutien de l'Institut français au projet «aFripédia» de développement de contenus africains francophones sur Wikipédia est un bon exemple, qu'il faut encore développer. J'ai également décidé de soutenir la conversion des salles du réseau à la projection numérique afin que la diffusion de notre cinéma bénéficie des technologies les plus avancées. La France prendra des initiatives pour que les questions culturelles soient pleinement prises en compte dans les travaux européens sur l'économie numérique, en particulier, même s'il s'agit d'un sujet très délicat, en matière de fiscalité. Ce sera l'un des enjeux d'une réunion du Conseil européen en octobre prochain.

- Tout cela ne vaut évidemment que si nous savons être très attentifs à ce qui fait la vraie richesse de notre réseau : c'est-à-dire vous mêmes, dans la diversité de vos compétences et de vos expériences. Cette richesse peut sans doute être encore mieux valorisée et j'ai demandé à la direction des ressources humaines du Quai d'Orsay de porter une attention augmentée au suivi des vos parcours professionnels. Il s'agit en particulier de faciliter les allers et retours entre le réseau et la France, de valoriser les expériences de chacun et de permettre aux agents, notamment par la formation, d'être totalement en phase avec les nouvelles réalités culturelles et de développement. Nous savons que nos moyens sont et seront limités, nous devons optimiser nos moyens humains et budgétaires. Cela passe et passera aussi par la mobilisation de ressources complémentaires à la dotation de l'État. En 2012, notre réseau a levé près de 300 millions d'euros de recettes propres et de cofinancements, soit un ratio d'autofinancement de 68 % en moyenne. C'est un bon résultat et je tiens à vous en féliciter et vous dire en même temps qu'il faudra poursuivre avec vous dans cette voie.

Le dernier élément de la nouvelle stratégie culturelle sur lequel je souhaite insister c'est le renforcement du pilotage du réseau, au niveau de notre administration centrale et des postes.

Le pilotage stratégique par le ministère a été renforcé par la création d'une direction de la coopération culturelle, universitaire et de la recherche. Celle-ci regroupe l'ensemble des outils de la diplomatie d'influence et exerce la tutelle sur nos grands opérateurs (l'Institut français, Campus France, AEFE, CFI...). Confiée à Mme Hélène Duchêne, que je remercie pour avoir accompagné la mise en place de cette nouvelle organisation et qui va désormais diriger l'ensemble de nos affaires stratégiques, elle sera désormais animée à partir de la rentrée par Mme Anne Grillo, qui connaît vos préoccupations et l'ensemble de ces sujets. Je lui fais pleine confiance.

S'agissant des postes sur le terrain, je souhaite que nos ambassadeurs renforcent désormais la place de la diplomatie culturelle dans leur plan d'action. Le volet culturel de ces plans devra s'articuler autour des principaux axes de notre stratégie culturelle et préciser, selon chaque situation, les priorités et les modalités. Les ambassadeurs, qui ont pour mission de coordonner l'ensemble des moyens de la France à l'étranger, réuniront désormais auprès d'eux un Conseil de la culture, de l'audiovisuel et de l'attractivité. Celui-ci rassemblera les services culturels, les services économiques, les services consulaires, les responsables des établissements d'enseignement et des acteurs économiques locaux des domaines de la culture, de l'audiovisuel et du tourisme. Il élargira le rôle du précédent Conseil d'orientation stratégique de l'Institut français afin d'élargir les thématiques et de mettre l'accent sur l'attractivité de la France, en étant notamment très attentif, car tout est lié, à la délivrance efficace et rapide des visas pour les talents que la France souhaite s'attacher.

La mise en oeuvre de cette stratégie exige bien sûr une bonne articulation avec l'ensemble des opérateurs du rayonnement culturel. Je pense à l'AEFE, à Campus France, à France expertise internationale, aux opérateurs de l'audiovisuel extérieur et aux deux grands acteurs complémentaires de la coopération et de la diffusion culturelles que sont l'Alliance française et l'Institut français.

La Fondation alliance française, qui coordonne le réseau des Alliances, travaille en relation étroite avec notre ministère dans l'exercice de ses missions d'enseignement du français et d'échanges culturels. Le statut d'associations de droit local permet aux Alliances françaises d'inscrire leur action tout à fait remarquable au coeur de la société civile locale, dans un maillage territorial qui est sans égal. L'implantation des Alliances est en général complémentaire de celle des instituts. Une nouvelle convention triennale sera signée à l'automne prochain, pour la période 2014-2016, afin de renouveler ce partenariat en veillant à assurer la mutualisation des moyens et la bonne coordination des actions entre les Alliances françaises et le réseau culturel.

L'opérateur culturel du ministère des affaires étrangères, l'Institut français, a été créé plus récemment, en 2010. La loi a prévu une expérimentation de trois ans pour apprécier l'opportunité ou non de lui rattacher l'ensemble de notre réseau culturel public. Cette expérimentation est en cours dans douze pays représentatifs de la diversité de notre présence culturelle. Les enseignements complets ne pourront être tirés qu'au terme du processus, au vu du troisième rapport, qui sera transmis au Parlement avant le 31 octobre 2013, comme le prévoit la loi. À ce stade, l'expérimentation n'a pas montré d'avantage décisif en faveur d'un rattachement général. Une décision définitive devra être prise avant la fin de l'année afin que notre réseau, qui a connu de nombreuses mutations, puisse profiter d'un cadre enfin stabilisé au service de notre influence. Mais l'Institut français a d'ores et déjà donné au réseau une plus grande visibilité et une identité commune autour d'une image modernisée. Ses plateformes numériques sont des outils innovants de diffusion permettant d'élargir nos publics. Son action de formation en fait aussi un acteur essentiel de la professionnalisation de notre réseau. Quelle que soit la décision finale que nous soyons amenés à prendre, nous préserverons ces acquis, en particulier les avantages attachés à la marque unique «Institut français», désormais clairement identifiée.

On peut envisager que l'Institut français, sans procéder à un nouveau et vaste meccano, soit conforté dans son rôle d'opérateur culturel au service de l'ensemble du réseau et que certaines missions nouvelles lui soient confiées. Je pense notamment à la création d'un Observatoire des publics, en lien avec les postes, afin de mieux connaître notre public cible, de bien cerner la demande et de permettre au réseau d'y répondre. L'Institut devra aussi renforcer son rôle d'interface entre les postes et les très nombreux acteurs culturels français en mettant à la disposition de l'ensemble du réseau une base de données des offres d'expertise et de coopération. Quoiqu'il en soit, un nouveau contrat d'objectifs et de moyens sera discuté cette année, pour la période 2014-2016.

Culture, diplomatie économique, développement : trois domaines d'action complémentaires

Mesdames et Messieurs,

Cette politique culturelle extérieure que je viens de décrire à grands traits s'insère dans le cadre plus général de notre action diplomatique et elle doit veiller à cette action diplomatique dans son ensemble. Je pense particulièrement à l'articulation avec notre diplomatie économique et avec notre politique du développement.

Comme vous le savez, j'ai fait de la diplomatie économique, une des grandes priorités de l'action du Quai d'Orsay. Il s'agit pour le Quai d'Orsay et son réseau de prendre toute leur part à l'effort national indispensable à son redressement économique. Je suis lucide : les diplomates ne m'ont pas attendu pour être actifs sur le plan économique. Mais il fallait développer, systématiser et mieux coordonner nos interventions. Nos postes ont donc renforcé le volet économique de leur action, soutenus depuis Paris par la nouvelle direction des entreprises et de l'économie internationale. Dans le même esprit, j'ai nommé des représentants spéciaux dans un tout petit nombre de pays clefs - dont Martine Aubry que je remercie d'avoir accepté de remplir ce rôle majeur pour la Chine, ainsi que plusieurs ambassadeurs pour accompagner le développement international de nos entreprises à partir de nos régions.

Mesdames et Messieurs, cette priorité économique vous concerne aussi : il revient à l'ensemble des agents du ministère de mettre en oeuvre une sorte de réflexe économique, qui n'est en rien une subordination du culturel à l'économique, mais tout simplement la recherche d'une pleine efficacité transversale de notre action. Les moyens d'influence du ministère doivent en effet être coordonnés au service de nos intérêts. Par exemple, le réseau soutient depuis longtemps l'exportation de nos produits culturels, ce qui contribue à valoriser l'ensemble de la «marque France» par la promotion de la culture et de l'image de notre pays. Le réseau scolaire français à l'étranger accompagne l'expansion internationale de nos entreprises et facilite l'expatriation de nos compatriotes. Je pense que nous pouvons faire encore davantage. Par exemple, alors que la communauté francophone est promise à un développement rapide, notamment en Afrique, la dimension économique de la francophonie doit être mise en valeur. Des secteurs stratégiques pour notre pays doivent faire l'objet d'une attention renforcée notamment le tourisme notamment. L'ensemble de notre réseau doit y contribuer par la promotion de notre patrimoine matériel et immatériel et de nos métiers d'art. Entourés de nos scientifiques, le réseau doit renforcer la dimension «recherche et développement» de son action, se positionner au plus près des grands centres mondiaux d'innovation qui intéressent nos pôles de compétitivité. Dans cet esprit, l'attribution des bourses pour la formation en France des étudiants étrangers sera davantage ciblée sur les pays à fort potentiel et sur les disciplines correspondant aux intérêts économiques et scientifiques français.

Le développement constitue un autre enjeu majeur qui vous concerne directement. Malgré un contexte budgétaire difficile, la France a fait le choix de maintenir son effort de solidarité et nous sommes un acteur tout à fait majeur puisque nous représentons près de 10 % de l'aide mondiale, ce qui fait de notre pays le 4ème bailleur mondial. D'un point de vue qualitatif, nous avons travaillé avec Pascal Canfin à une refondation de la politique de développement, dont la mise en oeuvre repose aussi largement sur vous, avec le concours, bien sûr, de l'Agence française de développement, dont je salue la nouvelle directrice générale, Anne Paugam.

Trois objectifs ont été assignés par le président François Hollande et le gouvernement à la politique de développement : l'économie, la préservation de la planète et la stabilité des objectifs.

- L'économie, car notre action pour le développement doit veiller à promouvoir l'offre française et les entreprises françaises. Nos partenaires le font. Il serait étrange que nous négligions cet aspect.

- La préservation de la planète, car une politique de développement cohérente est aussi une politique écologique. Deux échéances importantes auront lieu en 2015. La négociation aux Nations unies d'un nouveau cadre mondial de l'action pour le développement durable afin de prendre la suite des Objectifs du millénaire. Et surtout, fin 2015 la 21ème conférence des parties à la convention sur le changement climatique qui sera accueillie par la France. Jusqu'à présent, nous avions prévu Paris le Bourget mais il faudra qu'il y ait des démultiplications ailleurs. Le Quai d'Orsay assurera le pilotage de cette négociation capitale. Notre mobilisation, tous acteurs confondus, sera totale pour en assurer le succès et la conclusion d'un accord ambitieux. Je précise, pour situer les ordres de grandeur qu'à cette occasion, nous accueillerons 25.000 personnes et que les précédentes rencontres n'ont pas été des succès marquants, ce qui explique peut-être que la France soit le seul candidat à accueillir cette conférence et ce qui lui donne des chances d'être retenue.

- Dernière dimension, la stabilité démocratique, car développement et démocratie sont liés. Dans ce domaine notamment, la culture est décisive et fait partie intégrante de notre agenda pour le développement. L'une des missions de la politique culturelle extérieure de la France est de promouvoir le dialogue, le rapprochement entre les cultures, la cohésion sociale. L'accès à la culture et à l'information est un facteur de promotion des valeurs de liberté, de démocratie, d'égalité. Nous sommes tous porteurs du message que les échanges culturels doivent contribuer aux transitions démocratiques.

Pour mettre en oeuvre ces options, une loi d'orientation sur le développement sera présentée au Parlement avant la fin de l'année. Le dialogue et la concertation avec les acteurs du développement seront renforcés par la mise en place d'un Conseil national du développement et de la solidarité internationale. Nous visons une façon nouvelle d'agir pour le développement. La culture y a sa pleine place.

Mesdames et Messieurs,

De nombreux rapports ont été produits, souvent excellents, sur tous ces sujets. Ils doivent être confrontés avec votre propre expérience, laquelle est absolument irremplaçable. Moi-même, j'ai voulu prendre le temps de cette première année, très remplie, au Quai d'Orsay pour y voir bien clair et tirer mes propres conclusions.

À partir de tout cela, j'ai souhaité vous présenter aujourd'hui les grandes lignes de notre stratégie culturelle et le cadre dans lequel je souhaite qu'elle s'insère. Elle participe de notre action au service du rayonnement général de notre pays. La diplomatie culturelle, la diplomatie économique, la diplomatie du développement, la diplomatie des territoires sont autant de champs d'action qui concourent au même objectif : l'influence de notre pays dans le monde.

La cohérence d'ensemble de notre action est d'autant plus nécessaire que nos moyens sont évidemment limités et que la compétition internationale de l'influence va s'aiguiser. Cette exigence a été traduite dans l'adaptation de l'organisation de notre administration centrale, en particulier à la DGM, votre direction de tutelle, dont j'ai voulu que l'organigramme soit simplifié et rendu plus cohérent.

Bien évidemment, ces orientations, parfois ces décisions devront s'adapter avec le temps, elles ne vaudront que par votre capacité à les faire vivre.

En politique, il peut y avoir des dons et à partir des choix d'ensemble que je viens de définir et qui sont assez clairs je l'espère, il faudra s'adapter à la diversité des terrains, tenir compte des spécificités, des contraintes, de l'imprévu, savoir dresser des bilans et nous remettre en cause si nécessaire. La réussite s'appuiera sur votre savoir faire internationalement reconnu et auquel je fais une totale confiance.

Mesdames et Messieurs,

Notre réseau de coopération et d'action culturelle est décisif pour l'avenir de la France. Je suis convaincu qu'investir dans notre présence à l'étranger, c'est permettre à la culture française et à nos valeurs, dans un monde dangereux, incertain et éclaté, de demeurer une référence positive, porteuse d'émancipation et d'espoir.

En diffusant ces valeurs et en les faisant vivre, vous contribuez non seulement à la promotion de la France, vous participez à un enrichissement culturel et intellectuel collectif. Je pense aux mots de Mario Vargas Llosa pour qui les cultures «doivent vivre à l'air libre, être exposées aux comparaisons constantes avec d'autres cultures qui les renouvellent et les enrichissent, en leur permettant de se développer et de s'adapter au flot constant de la vie» Et puisque nous sommes dans ce beau musée, je pense aussi à un des chefs d'oeuvre qu'il contient, «Olga au col de fourrure» de Picasso, mélange exceptionnel de classicisme et de modernité. Ces mots de Vargas Llosa et ce tableau de Picasso illustrent assez bien votre rôle transversal et fondamental de «passeur» de notre culture dans l'espace et dans le temps. Ils disent avec force la palette large qui est la vôtre et l'importance de votre mission quotidienne que je viens de rappeler et qui, dans une certaine mesure est prohibitive.

Mesdames et Messieurs,

J'ai une totale confiance en vous. Merci./.

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7. Journées du réseau de coopération et d'action culturelle - Discours du ministre délégué chargé du développement, M. Pascal Canfin (Paris, 16/07/2013)

Monsieur le Directeur,

Cher Jean-Marc,

Monsieur l'Ambassadeur,

Mesdames et Messieurs,

C'est avec beaucoup de plaisir que je m'adresse à vous aujourd'hui pour faire le point sur les engagements qui ont été pris, il y a un an, lors de la constitution du nouveau gouvernement. Il s'agira également de tracer les perspectives pour les mois à venir, avec notamment une perspective qui va même bien au-delà des mois qui viennent, à savoir la Conférence sur le climat, dont je vais parler assez longuement, puisque ce sera la plus grande Conférence internationale que la France ait jamais organisée, et qui mérite donc que l'on s'y intéresse de près.

J'aurais voulu aussi être avec vous demain, à Lille, mais je serai avec le Premier ministre, pour recevoir le président Birman.

En un an, avec Laurent Fabius, nous avons enclenché ce qu'on appelle «la rénovation de notre politique de développement». Cette rénovation a pour objectif de faire en sorte que cette politique soit totalement tournée vers le futur, vers le XXIème siècle, et ne soit plus d'abord un héritage du passé. Bien évidemment cette rénovation se fait à travers un certain nombre d'initiatives qui sont prises ici à Paris, mais elle n'a de sens que si elle est mise en oeuvre par vous, sur le terrain, là où vous êtes, avec les acteurs qui sont ceux de la société civile, avec les gouvernements, qui font que les grandes orientations que nous pouvons prendre ici se déploient dans le monde réel.

J'ai en effet pu constater lors de mes déplacements que vous étiez acteurs de cette rénovation, que vous étiez engagés au service de cette rénovation et, à ce titre, je vous en remercie.

En premier lieu, je voulais naturellement commencer ce retour sur les douze derniers mois écoulés, par le Mali. Le Mali est un terrain sur lequel nous développons une stratégie avec trois piliers : pilier sécuritaire, pilier politique et pilier du développement.

- Le pilier sécuritaire ne fait pas parti de mes prérogatives. Il a avancé, chacun l'a en tête. Même si nous sommes loin d'avoir réglé la situation sécuritaire au Sahel, sur la question malienne, les choses ont considérablement avancé depuis le 11 janvier.

- Sur la question politique, nous sommes à quelques jours du premier tour des élections présidentielles. Et, avec l'accord de Ouagadougou, avec les principaux messages qui sont passés, nous avons aussi avancé de manière considérable.

- Il y a enfin le troisième pilier, qui est celui du développement. L'équation est simple. C'est la même depuis le tout début de l'intervention : pas de sécurité sans développement, pas de développement sans sécurité.

C'est pour cela qu'il y a un continuum entre les trois piliers que j'évoquais : le militaire, le politique, et le développement. C'est pour cela que nous agissons ensemble, avec Laurent Fabius, avec Jean-Yves Le Drian, avec l'opération Serval sur le terrain, pour réussir sur tous les fronts. Car il ne s'agit pas de séquencer, de dire «d'abord, réussissons le militaire, puis ensuite réussissons le politique, puis ensuite, on verra le développement». Au contraire, nous avons une stratégie intégrée, et c'est cette stratégie intégrée qui commence à porter ses fruits.

J'ai été quatre fois au Mali depuis le début de l'opération Serval. La France a évidemment un rôle fondamental à jouer, un rôle de catalyseur, qui lui est reconnu par l'ensemble des autorités. Ma responsabilité a d'abord été de mobiliser l'aide internationale, à la hauteur des demandes des Maliens pour les deux prochaines années. Cela a été fait, le 15 Mai, à Bruxelles, où nous avons mobilisé 3,2 milliards d'euros pour les deux prochaines années. Cette conférence était un succès à la fois pour la France et pour le Mali, mais elle était également un succès dans son organisation elle-même, puisque c'était la première fois qu'une conférence internationale était co-organisée par la France et l'Union européenne, ou même par un État membre, quel qu'il soit, et l'Union européenne. Nous avons ainsi écrit une nouvelle histoire des conférences internationales. Nous avons réussi grâce à la mobilisation de la communauté internationale sur le plan financier. Charge maintenant à nous de faire en sorte que ces 3,2 milliards soient effectifs et soient bien utilisés.

Et c'est la deuxième priorité de mon action au Mali, qui à côté de la mobilisation, est d'assurer la bonne utilisation de l'aide. C'est quelque chose que nous devons aux citoyens maliens, c'est aussi quelque chose que nous devons aux contribuables français. C'est donc pour cela que j'ai demandé à l'ambassadeur de mettre en place un site Internet, sur lequel sera référencé l'ensemble des projets aidés par la France, avec les dates de réalisation des projets, prévisionnelles, et une sorte de hotline par sms - chacun sait qu'il y a 10 millions de téléphones portables au Mali. Il y a ainsi de quoi construire, avec un accès internet, et des hotlines par téléphone portable, la possibilité d'avoir un contrôle citoyen totalement décentralisé de la bonne effectivité de notre aide. Il ne s'agit pas de juger de la pertinence d'un projet, il s'agit de suivre et de tracer sa mise en oeuvre.

S'il apparait alors que telle école devait être refinancée, telle station de pompage, telle station électrique, devait être financée, réhabilitée ou reconstruite à tel moment, et que rien ne se passe, le message remonte, et ensuite charge à nous de regarder concrètement la cause de ce retard - cause qui peut être anodine ou qui peut ne pas l'être. Nous allons donc faire avec le Mali cette opération pilote qui permettra d'améliorer la redevabilité, la traçabilité, et le contrôle citoyen de notre aide. Pour ce faire, des crédits vont être débloqués, afin que le site soit opérationnel le plus tôt possible - probablement au début du mois de septembre.

Laissez-moi maintenant dire quelques mots sur le budget. Vous connaissez la situation en 2013, sur le budget de la solidarité internationale et du développement. Laissez-moi vous dire quelques mots sur 2014, et notamment sur ce qui vous concerne le plus, à savoir l'aide projet bilatérale.

Nous avons décidé de sanctuariser les montants de l'aide projet bilatérale. Vous aurez donc les mêmes moyens l'année prochaine pour fonctionner, que ceux que vous aviez cette année. Dans le contexte budgétaire que vous connaissez, c'est un choix fort du gouvernement, c'est un choix fort sur le plan budgétaire, c'est aussi un choix de confiance vis-à-vis de vous, puisque nous considérons que la sanctuarisation de l'aide projet bilatérale est la sanctuarisation du coeur de notre aide. Nous allons donc sanctuariser, et nous allons aussi continuer à faire évoluer d'autres dispositifs - vous savez que nous avions déjà pris des engagements concernant les financements innovants ; la taxe sur transactions financières continuera d'être en partie allouée au développement ; il y a bien évidemment la grande bataille qui est devant nous sur la taxe européenne sur les transactions financières ; il y a la réactualisation de la taxe de solidarité sur les billets d'avions, qui a été actée et qui sera traduite dès le prochain budget 2014 ; et il y a enfin le doublement continu de la part de l'aide qui passe par les organisations non gouvernementales sur l'ensemble du quinquennat, ce qui nous amène à la deuxième tranche dans le projet de loi de finance 2014.

Ces financements innovants, affectés pour partie au développement, nous ont déjà permis de prendre une initiative financée intégralement par la taxe sur les transactions financières afin de financer l'accès aux soins de deux millions d'enfants supplémentaires au Sahel. Cela permet d'opérationnaliser en quelque sorte un plaidoyer de la France, de manière générale, pour renforcer l'accès aux soins, la fameuse couverture sanitaire ou santé universelle, qui est un des enjeux de la négociation des objectifs du développement.

Mais cette sanctuarisation de l'aide projet bilatérale, dont je viens de vous parler, ne signifie pas glaciation des dispositifs, des modes opératoires et des finalités. C'est pour cela que nous allons continuer à faire évoluer nos modes d'interventions. C'est pour cela que nous avons souhaité progressivement transformer le Fonds social de développement, le FSD, en un Fonds d'appui aux sociétés civiles du Sud ; et faire en sorte que la finalité principale, la modalité principale d'action, soit le renforcement des capacités, le renforcement des acteurs, le renforcement du plaidoyer, des organisations de la société civile, des sociétés civiles des pays du Sud.

C'est un engagement qui est totalement cohérent avec la façon dont nous pensons notre rôle vis-à-vis de grandes valeurs, et notamment les valeurs de démocratie. La démocratie, c'est un État qui fonctionne, c'est aussi une société civile vivante, c'est un pouvoir qui fonctionne, et un contre pouvoir qui fonctionne. C'est donc pour cela que nous allons transformer progressivement - nous allons rendre cette réforme opérationnelle à partir de 2014 - le FSD en un Fonds d'appui aux sociétés civiles du Sud.

Je compte aussi sur vous, pour mieux articuler encore qu'aujourd'hui, - je sais que le défi est important, notre action bilatérale et notre action multilatérale. Je me refuse ; je me suis refusé, je me refuse et je me refuserai, à opposer le bilatéral et le multilatéral. La question est comment articule-t-on, comment pèse-t-on, comment fait-on levier, à travers notre aide bilatérale, à travers notre présence, grâce aux financements dans les institutions multilatérales, pour faire en sorte que notre vision du monde, partagée avec nos partenaires, que nos priorités, soient entendues et déployées sur le terrain. D'autres le font, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas y parvenir encore davantage qu'aujourd'hui. Que ce soit sur le Fonds européen de développement, que ce soit à la Banque mondiale, que ce soit sur le Fonds Mondial de lutte contre le sida, nous avons cette responsabilité. Je le fais, j'essaie de le faire, depuis un an, à Bruxelles, à Washington et ailleurs, à vous de le faire aussi sur le terrain avec les équipes de ces institutions multilatérales.

La politique de développement, je le disais, a connu une rénovation. Cette rénovation passe aussi par des changements institutionnels. Ces changements institutionnels sont, je dirais, de deux ordres : c'est la création, dans les prochains jours, du conseil national du développement et de la solidarité internationale, conseil qui sera entériné par le Comité interministériel de la Coopération internationale et du développement, le CICID, qui ne s'est pas tenu depuis plus de quatre ans et demi, et qui va se tenir à la fin Juillet, présidé par le Premier ministre.

En effet, cela fait plus de cinq ans qu'il n'y a plus de dispositif pérenne, de discussions avec l'ensemble des acteurs sur notre politique de développement. Ces acteurs sont les ONG bien entendu, mais ce sont aussi les collectivités locales, les entreprises, les fondations, les syndicats, ainsi que des partenaires du Sud et certains de leurs représentants. Nous allons donc mettre en place ce conseil national du développement, qui est un débouché des assises du développement et de la solidarité internationale, qui se sont tenues de novembre 2012 à mars 2013.

Ce conseil est le premier débouché institutionnel des assises. Le deuxième débouché correspond à la loi sur le développement et la solidarité internationale. C'est la première fois dans l'histoire de la République qu'il y aura, en 2014, au Parlement, une loi sur le développement et la solidarité internationale. Nous allons ainsi réaliser un progrès important, qui nous est demandé à la fois par les parlementaires, mais aussi par les institutions internationales, comme l'OCDE, pour renforcer la redevabilité, le contrôle démocratique, la transparence, de nos dispositifs d'aide et de solidarité internationale. Cet engagement fort du président de la République, là aussi, sera tenu. La loi sera présentée au Conseil des ministres en octobre, pour être discutée au Parlement tout début Janvier.

Ce renouveau institutionnel, cette rénovation, s'inscrit évidemment dans une vision. Nous ne faisons pas des procédures pour faire des procédures, des comités pour faire des comités, mais bien pour mener une politique qui est au service d'une vision. Cette vision, je pense que vous la connaissez, est celle de l'agenda post-2015. Certains disent avec justesse que «nous sommes face à une nouvelle donne, face à un new deal, face à un monde qui a changé» ; nous devons donc adapter notre politique de développement et de solidarité internationale à cette nouvelle donne.

C'est évidemment le plaidoyer sur lequel je ne reviendrai pas dans le cadre des grandes discussions onusiennes, mais qui vont vous impliquer tous, pas seulement vous qui êtes en poste dans les pays en développement, mais aussi dans les pays émergents, aussi dans les pays dits «développés», qui vont contribuer à cette négociation. Il existe un plaidoyer français, qui devra être influent, partout, de façon à ce que l'on aille le plus loin possible, dans ce que l'on appelle «la convergence des agendas», à savoir : il n'y a plus d'un côté la lutte contre la pauvreté, l'éradication de la pauvreté, et de l'autre côté, l'agenda de la soutenabilité ; mais au contraire une fusion des deux. Je crois que les récents rapports de la Banque mondiale sont tout à fait éclairants de ce point de vue, puisque la Banque mondiale dit, «la première menace sur la mortalité infantile, la première menace sur la sécurité alimentaire, qui sont bien des objectifs du millénaire fondamentaux, c'est le changement climatique». Un monde avec un changement climatique non maîtrisé, à +4 degrés, est donc un monde où plus d'enfants de moins de cinq ans mourront. Car l'insécurité alimentaire croissante connecte ces deux agendas, qui auparavant pouvaient paraître déconnectés et séparés.

Voici le grand défi qui est devant nous : gagner cette bataille diplomatique. Beaucoup de choses ont avancé ces derniers mois, le Haut-Panel a rendu ses conclusions, mais maintenant nous rentrons, si j'ose dire, dans le dur, et ce dur, je compte bien m'y impliquer personnellement.

Toutefois, le plaidoyer international, onusien est une chose. Mais, puisqu'il y a une forme de cohérence à avoir entre notre plaidoyer et notre action, il y a également ce que nous faisons dans nos relations bilatérales. C'est pour cela que nous modifions progressivement les doctrines de l'Agence française de développement, de façon à ce que cette nouvelle vision, celle, pour simplifier, de l'agenda post-2015, soit d'ores et déjà l'action de la France. Nous avons changé la doctrine en matière énergétique, c'était en octobre dernier ; nous l'avons fait en matière agricole, en mai ; nous le ferons avant la fin de l'année dans le domaine des investissements urbains, de façon à ce que, sur ces trois secteurs, il y ait une priorité qui soit donnée à la question de la soutenabilité et de la lutte contre la pauvreté.

Ainsi, par exemple, dans le domaine énergétique, la priorité de l'AFD, ce sont les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Je rappelle d'ailleurs que le président de la République a annoncé le 1er mars dernier, en clôture des assises, que nous ne financerons plus de projets charbon au Sud sans dispositif de stockage ou de filtrage de Co2. Nous révisons donc ces priorités d'action, ces doctrines, en bilatéral. Il y a en outre ce que vous pouvez faire sur le terrain, en termes de relais du plaidoyer français. Vous pouvez le faire dans les pays en développement, vous pouvez le faire partout dans le monde, du plaidoyer français, dans au moins deux domaines :

- Le premier domaine, c'est la question des principes volontaires de la FAO et du comité de sécurité alimentaire dans les investissements agricoles. Vous savez que l'un des grands acquis des discussions internationales - qui est passé un peu en dessous du radar médiatique - est le fait que la communauté internationale se soit mise d'accord sur des principes volontaires pour guider les investissements agricoles, notamment en faisant référence à tout ce qu'on appelle «accaparement des terres». C'est un enjeu majeur puisqu'il nous faut effectivement plus d'investissements agricoles pour accroître la sécurité alimentaire mondiale - nous connaissons tous les perspectives démographiques, mais il faut le faire de manière à ce que cela serve la sécurité alimentaire mondiale, et non pas à ce que cela la desserve. D'où l'importance de ces principes, et j'ai constaté, trop souvent, que ces principes n'étaient pas encore complètement connus de tous. Nous ferons donc en sorte qu'ils le soient ; mais une fois que vous connaissez l'ensemble de ces principes, encore faut-il que vous puissiez vous en saisir, pour renforcer la connaissance de ces principes, à la fois par les autorités, et par la société civile ou par les organisations de la société civile, qui peuvent être à même de les porter.

- Le deuxième sujet sur lequel je voulais marquer et souligner notre intérêt, c'est la question de la transparence, et notamment de la transparence dans le domaine fiscal, et dans le domaine des industries extractives. La France a beaucoup et bien travaillé avec la présidence britannique du G8 sur cette question. Nous avons fait ensemble avancer, de manière considérable, l'agenda de la transparence. L'agenda de la transparence est fondamental ! Pourquoi ? Vous connaissez tous ce chiffre : les flux financiers qui repartent des pays du Sud vers les pays du Nord, en passant par des contrées parfois exotiques, parfois moins, correspondent à dix fois l'aide publique au développement ! Il faut certes se battre pour maintenir l'aide publique au développement, pour l'améliorer, pour la rendre plus efficace, plus transparente. Mais, il faut également se battre pour faire en sorte qu'il y ait moins de fuites, moins d'évasion, moins de pertes, qui privent les États du Sud de leur capacité à mener leur propre politique.

Voici donc un agenda fondamental, dans lequel nous avons marqué énormément de points, et sur lesquels je ne vais pas revenir en détail. Vous avez maintenant la responsabilité de vous saisir aussi localement de cet agenda, de façon à le faire avancer. Nous allons par exemple signer avec le Burkina Faso, dans le cadre du G8, une convention pour aller au-delà de ce qu'ils ont déjà fait en matière de transparence de l'industrie extractive. Nous allons mettre en place la transparence des contrats, nous allons renforcer davantage la capacité de contrôle de la société civile locale. Autant de choses qui vont donc permettre - parce qu'il y a une volonté politique partagée - d'avancer.

Permettez-moi de croire que la France a un rôle à jouer, partout dans le monde, pour faire avancer, tant dans les pays en développement, que dans les pays développés, cet agenda de la transparence.

Nous avons effectivement gagné des choses au G8 : l'Union européenne, les États-Unis et le Canada se sont engagés, sur des textes réglementaires, législatifs. La bataille se situe désormais au niveau du G20. C'est la question de l'implication dans ces processus, de l'Australie, évidemment, demain la Chine et l'Afrique du Sud, qui est posée. Nous voyons bien que c'est un agenda mondial, qui est extrêmement fondamental si l'on veut gagner la bataille du développement et de la lutte contre ce que l'on appelle «la malédiction des matières premières».

Laissez-moi maintenant, en conclusion, vous parler du changement climatique, et de l'accord climat, en tout cas, celui que nous souhaitons pouvoir obtenir à Paris en 2015, avec l'ambassadeur Jacques Lapouge, ici présent.

Comme je le disais, cette conférence constituera probablement la grande conférence internationale du quinquennat de François Hollande. Il s'agit de la plus grande conférence internationale que la France ait jamais accueillie en termes quantitatifs et peut-être aussi en termes d'enjeux. Nous avons ainsi quelques atouts pour réussir cette responsabilité, puisque le président de la République a fait ce choix d'héberger la conférence climat en 2015 à Paris.

Notre premier atout est que nous avons un peu de temps : deux ans et demi, pour travailler. Nous avons commencé d'ores et déjà bien évidemment à travailler, avec trois ministres qui sont à la manoeuvre : le ministre de l'environnement, Philippe Martin, Laurent Fabius et moi-même. Avec une forme de répartition qui est que les sujets intra-européens sont évidemment davantage pilotés depuis le ministère de l'écologie et du développement durable, et les relations avec la Chine, les États-Unis, le Brésil et le continent africain, davantage par le ministère des affaires étrangères.

Nous devons notamment impliquer l'ensemble de notre réseau, ce qui correspond à notre deuxième atout car ce réseau est mondial et nous donne la capacité de passer de nombreuses alliances. Cet atout ne fait sens que si vous vous mobilisez avec vos ambassadeurs sur cette question. Ces derniers auront d'ailleurs un moment dédié lors de la Conférence des ambassadeurs fin août sur ce sujet. Il ne s'agit nullement d'une question qui devrait être réservée aux correspondants environnement. On voit bien que derrière les questions de la négociation climatique, il y a des enjeux économiques, des enjeux géopolitiques, des enjeux de développement, qui vont bien au-delà de la stricte question environnementale.

Nous avons pris quelques décisions d'ores et déjà, en ce qui concerne la vision que nous voulons porter d'ici 2015. Le premier élément, c'est de transformer ce qui aujourd'hui est «un agenda de partage du fardeau», en «un agenda de partage des solutions et des opportunités». Vous le savez bien, la capacité de l'humanité à se mettre d'accord, à 193 pays, autour d'une table, pour dire «On va se partager un fardeau de manière pacifique, coopérative et négociée» est à peu près nulle. Ce n'est pas à des diplomates comme vous que je vais l'apprendre.

Il faut donc passer à autre chose, car si on écrit la même histoire à Paris que celle écrite à Copenhague, nous échouerons à Paris, comme nous avons échoué collectivement à Copenhague. Cette nouvelle histoire, c'est d'abord un nouveau récit. Ce nouveau récit doit être celui des solutions et des opportunités. Charge à nous, et c'est le travail que nous avons commencé à faire avec Laurent Fabius et Philippe Martin, de travailler de manière formelle et informelle avec un certain nombre de pays, un certain nombre d'institutions internationales, pour crédibiliser progressivement cet agenda des solutions et des opportunités. C'est ce travail qui est devant nous, et qui, à un moment donné, vous impliquera.

J'étais par exemple la semaine dernière en Éthiopie, à la fois pour l'Union africaine, et pour rencontrer les autorités éthiopiennes, le Premier ministre sur ces questions. Nous avons besoin de vous pour comprendre et anticiper les positions des pays clés dans cette négociation, de façon à ce que nous soyons en capacité d'avoir une vision pertinente des évolutions des uns et des autres sur cette question. Et cela va bien évidemment largement au-delà des seuls pays en développement, même si, on le sait, l'accord avec les pays africains sera fondamental.

Voilà quelques éléments que je voulais partager avec vous, voilà les grandes priorités des prochains mois : la loi, l'instauration des dispositifs de concertation, la modification progressive du FSD, qui vous concerne directement, dans un contexte budgétaire sanctuarisé en ce qui concerne l'aide-projet, et enfin, la montée en puissance progressive de cette conférence sur le climat, et quelques plaidoyers très forts, de la diplomatie française, qui sont très loin de concerner uniquement les pays en développement, mais qui portent sur les investissements agricoles, et la transparence.

Vous savez qu'il y a deux mots auxquels je suis très attaché : c'est l'innovation et le partage. Je crois que nous avons besoin d'innover parce que nous sommes dans un monde nouveau. Et qui dit «monde nouveau», dit «nouveaux défis». Nouveaux défis, nouvelles solutions, nouvelles recherches, nouvelles pratiques, nouvelles politiques, nouvelle vision. Cette nouvelle vision ne trouvera les compromis nécessaires entre les intérêts divergents des uns et des autres, que si nous associons l'innovation - technique, organisationnelle, politique, et le partage - partage des technologies, des ressources et des informations.

C'est ce double agenda que je porte et que je vous demande de porter aussi, et j'ai, pour les déplacements que j'ai pu faire dans les pays du monde, pu constater que vous le portiez.

Vous pouvez compter sur moi, et je sais que je peux aussi compter sur vous.

Merci beaucoup./.

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8. Protection des journalistes dans les conflits armés - Intervention au Conseil de sécurité du représentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 17/07/2013)

Madame la Présidente,

Je vous remercie pour l'organisation de ce débat, le premier sur ce thème depuis l'adoption de la résolution 1738. Je remercie le vice-Secrétaire général pour son intervention ainsi que les journalistes pour leurs témoignages, qui nous permettent de mieux comprendre les défis qu'ils rencontrent sur le terrain.

Vous connaissez l'attachement de la France à la question de la protection des journalistes. Face à la recrudescence des attaques contre les professionnels de l'information, notamment en zones de conflits, nous avions proposé avec nos partenaires grecs, il y a maintenant plus de six ans, un projet de résolution au Conseil de sécurité. À travers la résolution 1738, la communauté internationale s'était engagée à accorder une attention accrue à la question de la protection des journalistes dans les conflits armés, et le Conseil de sécurité avait alors parlé d'une seule voix en ce sens. Il s'agissait d'un pas décisif.

Aujourd'hui, nous constatons hélas que ce pas était insuffisant.

Bien au contraire, l'année 2012 a été la plus meurtrière. Plus de 120 journalistes ont été tués dans l'exercice de leur métier, soit deux fois plus qu'en 2011. Des centaines d'autres ont été emprisonnés, parfois torturés. Beaucoup ont fait l'objet d'intimidations, d'enlèvements, de disparitions forcées, de détentions arbitraires. Les femmes journalistes sont parfois délibérément visées, victimes de harcèlements et de violences sexuelles. Les blogueurs, qu'ils soient journalistes professionnels ou simples «net-citoyens», sont également ciblés de manière de plus en plus systématique.

Hier en Libye, aujourd'hui en Syrie, les journalistes subissent les persécutions des régimes qui cherchent à les museler. C'est ainsi qu'une centaine de journalistes ont été tués en Syrie depuis le début du conflit, dont quatre Français. Ils ont payé de leur vie leur détermination à montrer au monde la réalité de la répression aveugle qui frappe le peuple syrien. J'ai aujourd'hui une pensée particulière pour Didier François et Édouard Elias, journalistes français enlevés dans en Syrie il y a un mois et toujours détenus.

Mais sur tous les terrains de conflits, ce sont les journalistes locaux qui paient le plus lourd tribut pour exercer leur métier. C'est le cas en Somalie où les journalistes sont pris régulièrement pour cible par les groupes armés. Cinq d'entre eux ont ainsi été tués depuis le début de l'année.

Ces chiffres le montrent : le défi de la protection des journalistes reste à relever./.

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