Dans cet espace vous pouvez

- soit faire une recherche avancée sur tous les points de presse et déclarations de politique étrangère

 

- soit sélectionner une date 


Déclarations officielles de politique étrangère du 03 juillet 2013


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Entretien de M. Thierry Repentin avec son homologue slovaque, M. Peter Javorcik - Bolivie (Paris, 03/07/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Entretien de M. Thierry Repentin avec son homologue slovaque, M. Peter Javorcik (Paris, 4 juillet 2013)

M. Thierry Repentin, ministre délégué chargé des affaires européennes, recevra le 4 juillet son homologue slovaque, M. Peter Javorcik.

Ce déplacement s'inscrit dans la dynamique de relance et d'approfondissement de la relation franco-slovaque, marquée par une grande confiance et une amitié ancienne. M. Bernard Cazeneuve s'était rendu le 22 février 2013 à Bratislava.

Au cours de l'entretien, les deux ministres évoqueront notamment l'intensification de nos échanges économiques et commerciaux et la perspective d'une nouvelle feuille de route actualisant notre partenariat stratégique de 2008.

S'agissant des questions européennes, MM. Repentin et Javorcik évoqueront les résultats du Conseil européen des 27-28 juin, l'avenir de l'union économique et monétaire et le budget européen pour la période 2014-2020. Ils discuteront également de la politique climatique de l'Union européenne. Enfin, les grands dossiers de politique extérieure européenne seront abordés, notamment la défense européenne, la politique de voisinage et l'élargissement de l'Union européenne.

2 - Bolivie

Q - Pourquoi la France a-t-elle fermé son espace aérien à Evo Morales ?

Serait-il possible de confirmer que la France n'espionne jamais ses alliés et partenaires ?

Le ministre des affaires étrangères de la Bolivie, David Choquehuanca, a critiqué le refus par la France et d'autres États européens du survol de leur territoire par l'avion du président Evo Morales.

Quelle est l'explication du ministère des affaires étrangères au sujet de l'incident ?

À quel moment la France a-t-elle reçu une demande d'autorisation de survol du territoire par les Boliviens ? Ont-ils dû renouveler cette demande ?

R - L'autorisation de survol du territoire national a été accordée à l'avion du président bolivien. Nous ne souhaitons entretenir par voie de presse aucune polémique sur ce sujet.

S'agissant de votre seconde question, M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, a confirmé le 2 juillet que «nous n'espionnons pas l'ambassade des États-Unis». Je vous confirme que cette remarque vaut pour nos alliés et partenaires./.

Retour sommaire


2. Union europĂ©enne - Lituanie - Edward Snowden - Point de presse conjoint du prĂ©sident de la RĂ©publique, M. François Hollande, et de la prĂ©sidente de la RĂ©publique de Lituanie, Mme Dalia Grybauskaite - Propos de M. Hollande (Paris, 02/07/2013)

Mesdames et Messieurs, j'ai reçu la présidente de Lituanie, en sa qualité, mais aussi comme présidente de l'Union européenne pour six mois.

Nous avons avec Dalia de bons rapports, que nous avons noués, au cours de la dernière année, dans les Conseils européens. J'apprécie beaucoup son expérience auprès de la Commission européenne, puisque qu'elle a été membre de la Commission - et aujourd'hui comme chef de l'État, participant au Conseil européen.

Nous avons évoqué les sujets de la prochaine réunion de l'Europe pour les six prochains mois, c'est-à-dire, essentiellement, l'application du cadre financier dont le Parlement sera saisi dans les prochains jours, pour une approbation qui peut venir juridiquement au mois de septembre. Il est très important que la présidence lituanienne puisse mettre en oeuvre, avant même que le cadre financier soit applicable, les grands programmes, notamment pour la Politique agricole commune, mais aussi pour les programmes d'infrastructures, de façon à ce qu'aucun temps ne soit perdu.

De la même manière, nous souhaitons que cette présidence, ce semestre, puisse être utilisée pour préparer le programme pour l'emploi des jeunes. D'ailleurs, demain, nous serons ensemble à Berlin pour évaluer nos politiques en matière de lutte contre le chômage des jeunes et pour préparer, anticiper, ce que peut être la «garantie jeune» qui est inscrite dans le programme européen du cadre financier.

Nous avons également souhaité que l'Union bancaire puisse continuer à être mise en oeuvre tout au long des prochains mois. C'est déjà beaucoup pour un programme de travail. Mais j'approuve entièrement les deux objectifs que la présidente a souhaité assigner au prochain semestre, c'est-à-dire l'énergie, l'interconnexion des réseaux, une politique énergétique au niveau européen. Et, second objectif, le partenariat oriental, c'est-à-dire que nous avons besoin de clarifier nos relations avec des pays voisins, de poser des conditions pour engager un rapport de travail avec eux. C'est dans cet esprit-là que nous soutenons pleinement les objectifs de la présidence lituanienne.

(...)

Q - Monsieur le Président, la France a-t-elle reçue une demande d'asile de M. Snowden ? Quelle est sa réponse ?

R - Nous n'avons pas encore reçu de demande particulière venant de M. Snowden. Je sais simplement, par voie de presse, qu'il a adressé à 25 pays une telle demande. Mais rien, en ce moment, officiellement, du côté de M. Snowden pour la France. Je n'ai pas, ici, à faire plus de commentaires. Ce que je crois, c'est qu'il est nécessaire que l'Europe ait une position coordonnée, commune par rapport aux exigences que nous avons à formuler et aux explications que nous avons à demander. Merci./.

Retour sommaire


3. Union europĂ©enne - Questions budgĂ©taires - Entretien du ministre dĂ©lĂ©guĂ© chargĂ© des affaires europĂ©ennes, M. Thierry Repentin, avec «Radio Classique» - extraits (Paris, 03/07/2013)

(...)

Q - François Hollande part à Berlin, qu'est-ce qu'on va ramener de ce voyage ?

R - J'espère que la conférence favorisera ce que François Hollande pousse depuis un an à l'échelle de l'Union européenne : des moyens européens supplémentaires en appui à notre priorité nationale, la lutte contre le chômage des jeunes. De quoi va-t-on discuter aujourd'hui ? Des moyens nouveaux, qui n'existaient pas il y a un an, qui se trouvent dans le budget de l'Union européenne ; lequel est d'ailleurs un point à l'ordre du jour du Parlement européen aujourd'hui.

Dans ce budget européen, que trouve-t-on ? Une ligne de six milliards d'euros pour accompagner financièrement les États qui mettent en place des mesures pour accompagner des jeunes sortis du dispositif scolaire depuis quatre mois, pour les remettre dans le circuit de la formation professionnelle, de l'apprentissage, du stage, de la formation qualifiante, voire leur proposer des offres d'emplois aidés. Six milliards d'euros pour l'Europe, cela représente pour la France à peu près 600 millions d'euros. C'est une somme qui était initialement prévue pour la période 2014-2020, et le président de la République français a demandé et obtenu que ce budget soit concentré sur les années 2014 et 2015, pour faire vraiment effet-levier.

C'est aussi - et c'est très important - une augmentation considérable des moyens d'ERASMUS, qui permettra à des étudiants de faire une partie de leur scolarité à l'étranger. Nous allons élargir ERASMUS aux apprentis, à des jeunes en formation dans les entreprises, pour que ce ne soit plus exclusivement réservé aux étudiants dans l'enseignement supérieur.

Troisième disposition : nous allons mobiliser la Banque européenne d'investissement, qui va accompagner des projets de jeunes, notamment pour la création d'entreprises.

Q - J'ai un dernier point à aborder avec vous, lequel des deux à le plus changer Thierry Repentin depuis un an : François Hollande ou Angela Merkel. Parce que finalement il reste un flou considérable concernant leurs relations, vous qui êtes ministre des affaires européennes.

R - Ce qui importe, ce n'est pas forcément si l'un ou l'autre a changé ; c'est plutôt la réorientation de la politique européenne. Incontestablement, depuis un an, cette réorientation de l'Europe est en marche, y compris sur des considérations sociales, comme cela a été acté au Conseil européen les 27 et 28 juin. C'est François Hollande qui a porté cette question à l'échelle européenne. Nous avons des moyens nouveaux pour la croissance. C'est la France qui a porté ces demandes à l'échelle de l'Union européenne. Donc, au-delà de savoir qui a changé, ce qui importe est de voir l'Europe se réorienter de façon effective, vers la croissance, au contraire de sa politique des dix dernières années./.

Retour sommaire


4. Union europĂ©enne - DĂ©veloppement durable - Intervention de la ministre de l'Ă©cologie, du dĂ©veloppement durable et de l'Ă©nergie, Mme Delphine Batho, Ă  l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 02/07/2013)

Monsieur le Président,

Monsieur le Vice-président de la Commission mixte paritaire,

Monsieur le Rapporteur,

Mesdames, Messieurs les Députés,

Nous sommes réunis ici pour achever l'examen du projet de loi portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne dans le domaine du développement durable.

Vous allez discuter du texte issu de la commission mixte paritaire. Je tiens, tout d'abord, à remercier tous les députés qui ont contribué à l'élaboration de ce projet de loi, en particulier M. le rapporteur et M. le président de la commission de la commission du développement durable. Je leur suis très reconnaissante pour le sérieux et la rigueur avec lesquels ils ont conduit le travail parlementaire tout au long des discussions. Je veux également remercier la majorité - les groupes socialiste et écologiste - et l'opposition, dont un certain nombre des observations ont été constructives.

Ce texte est essentiellement technique, mais il est nécessaire. En effet, l'adoption du projet de loi permettra de transposer six directives et de ratifier douze ordonnances. Le délai de transposition de certaines directives expire à l'automne prochain. Je veux parler notamment de la directive du 25 octobre 2011 facilitant l'échange transfrontalier d'informations concernant les infractions en matière de sécurité routière et celles relatives à la taxation des poids lourds pour l'utilisation de certaines infrastructures. Les modifications apportées donnent au texte une meilleure lisibilité nécessaire à sa bonne application.

Sur le fond, grâce aux amendements adoptés en commission du développement durable, un titre est consacré à la lutte contre le réchauffement climatique. Il prévoit la ratification de l'ordonnance relative au système d'échange de quotas d'émission de gaz à effet de serre. C'est pour moi l'occasion de rappeler l'importance du vote qui interviendra, demain, au Parlement européen sur ce que l'on appelle le backloading, c'est-à-dire la capacité de réformer et d'adapter le système européen de quotas d'émission de gaz à effet de serre pour soutenir le prix du CO2, dont le niveau actuellement extrêmement faible n'encourage pas les investissements bas carbone.

La transposition de la directive Seveso III et des directives relatives à la sécurité des équipements dangereux et aux produits biocides vont dans le sens d'une meilleure protection des biens et des personnes. De la même façon, ont été adoptés, à l'initiative du député Yves Blein, que je salue, des amendements extrêmement importants concernant les plans de prévention des risques technologiques qui ont permis de réintroduire dans ce texte des dispositions qui avaient déjà été votées par le Parlement en loi de finances, mais qui avaient censurées par le Conseil constitutionnel. Ces mesures sont attendues par les riverains d'un certain nombre de sites industriels. Les travaux pourront ainsi être mieux financés.

L'article 9 relatif aux modalités d'exercice de la profession vétérinaire a fait l'objet d'échanges particulièrement nourris en commission et en séance publique. L'interdiction de prise de participation des animaleries a été ajoutée à celle prévue pour les acteurs présentant des conflits d'intérêts potentiels avec l'exercice de la profession de vétérinaire. Un amendement proposé par le rapporteur a également été opportunément adopté en séance publique, afin de garantir que la prise de participation des vétérinaires dans plusieurs sociétés ne nuira pas au suivi sanitaire des élevages. Cette disposition répond aux préoccupations relatives à la présence nécessaire des vétérinaires dans les élevages.

Concernant la ratification de l'ordonnance du 11 janvier 2012 portant simplification, réforme et harmonisation des dispositions de police administrative et de police judiciaire du code de l'environnement, je m'étais engagée, en séance publique, ici même, le 15 mai dernier, à ouvrir une réflexion sur ce sujet. C'est chose faite. Le sujet a ainsi été largement abordé lors des états généraux de la modernisation du droit de l'environnement qui se sont tenus le 25 juin dernier. Un consensus s'est dégagé sur les réformes à engager en matière d'application des mesures de police et de sanctions administratives pour faire respecter le code de l'environnement. Cela donnera d'ailleurs lieu à un travail approfondi dans le cadre de la modernisation de l'action publique.

S'agissant des transports, je veux saluer l'avancée que représente pour les gens de mer la transposition de la directive du 16 février 2009 relative à la convention du travail maritime de l'Organisation internationale du travail. Le travail parlementaire a également permis la clarification et la mise en cohérence nécessaires de plusieurs dispositions applicables au Registre international français.

Enfin, au cours de l'examen de la partie du projet de loi consacrée à l'énergie, nous avons pu aborder la question des enjeux de la politique d'efficacité énergétique. J'ai annoncé devant vous, à cette occasion, la mise en place d'une période transitoire des certificats d'économie d'énergie et, à l'initiative de Denis Baupin, un amendement a été adopté qui permettra que les certificats d'économies d'énergie abondent les sociétés d'économie mixte créées par un certain nombre de régions pour financer les travaux d'efficacité énergétique. Cette mesure est attendue par plusieurs collectivités territoriales.

En ce qui concerne les certificats d'économies d'énergie, un décret est en cours d'élaboration pour prolonger d'un an la période actuelle, ce qui permettra de maintenir une obligation équivalente à dix térawattheures cumac par mois. Par ailleurs, je vous confirme que la troisième période encore en discussion dans le cadre du débat national sur la transition énergétique débutera, quant à elle, le 1er janvier 2015, avec un objectif supérieur à 200 térawattheures cumac par an.

L'ajout d'un article additionnel permet aux installations de cogénération en exploitation au 1er janvier 2013 et d'une puissance supérieure à douze mégawatts électriques ayant signé un contrat d'obligation d'achat de bénéficier d'un contrat qui les rémunère pour la disponibilité annuelle de leur capacité de production.

Enfin, la création, à l'article 28 bis, d'un statut pour les entreprises gazo-intensives représente une avancée importante. Il permet aux entreprises qui utilisent le gaz naturel comme matière première ou source d'énergie de bénéficier de conditions particulières d'approvisionnement et d'accès aux réseaux de transport et de distribution du gaz naturel. Ce sont là deux dispositions essentielles pour la compétitivité économique d'un certain nombre d'activités industrielles.

Mesdames, Messieurs les Députés, je tiens, une nouvelle fois, à remercier tous les parlementaires qui ont pris part aux travaux sur ce texte très technique, dont la portée n'en est pas moins importante.

(Interventions des parlementaires)

Avant de présenter l'amendement, je voulais remercier tous les députés qui sont intervenus dans la discussion générale. Chacun a pu réaffirmer ses préoccupations, sa sensibilité et son attention à certains sujets.

Permettez-moi d'évoquer deux choses. D'abord, que ce texte soit touffu, complexe et technique, j'en conviens. Cependant, l'élaboration de textes portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne permet à la France d'atteindre un «score» de non-transposition de directives de 0,3 %, alors que la moyenne européenne est à 0,6 %. C'est le treizième texte de ce genre à venir devant le Parlement.

Ensuite, qu'en est-il de la sur-transposition ? Ce sujet récurrent, brossé à grands traits par quelques-uns d'entre vous, a été beaucoup discuté lors des états généraux de la modernisation du droit de l'environnement. Au cours du travail parlementaire effectué, nous avons évité cet écueil en élaborant les dispositions les plus simples et les plus compréhensibles possibles.

Je voulais aussi remercier tous ceux qui ont salué des avancées importantes, que ce soit dans le domaine des transports ou de la sécurité routière, et m'associer aux propos qui ont été tenus sur les victimes d'AZF et de Feyzin au sujet des dispositions relatives aux PPRT. Je ne reviens pas sur toutes les mesures utiles et les avancés que comporte ce projet de loi.

L'amendement n°1 tend à rectifier une erreur matérielle qui aboutissait à faire entrer en vigueur les fameux amendements sur les PPRT, qui ont été adoptés à l'Assemblée nationale, seulement en 2015 alors qu'ils sont d'application immédiate./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

Retour sommaire


5. USA/UE - E. Snowden - Égypte - Tunisie - Turquie - Syrie - Iran - Otages - Mali - Sida - Entretien du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, avec «I TÉLÉ» - extraits (Paris, 02/07/2013)

(...)

Q - Êtes-vous surpris que les Américains nous écoutent ? Est-ce un véritable scandale ou est-ce qu'on est tous naïfs de jouer les scandalisés alors que cela a toujours existé ?

R - Ce qui est complètement anormal dans cette affaire compliquée, c'est en particulier que, si c'est établi - cela reste à l'être -, il s'agit d'un allié qui espionne une ambassade alliée. J'ai dit à John Kerry, qui m'a appelé spécialement hier, puis à l'ambassadeur des États-Unis que j'ai vu hier, que nous, nous n'espionnons pas l'ambassade des États-Unis.

Il y a une affaire plus générale, c'est ce que vous appelez les «grandes oreilles», vis-à-vis des citoyens au nom du terrorisme. Et puis, il y a l'espionnage - encore une fois, si c'est avéré - des bâtiments européens. Alors plusieurs choses à vous dire.

Qu'avons-nous demandé, François Hollande et moi-même ? Nous avons dit aux Américains : «Il faut nous donner des informations : est-ce vrai ou pas ?» Si c'est vrai, il faut que cela cesse immédiatement et il faut que l'on prenne des dispositions pour que cela ne recommence pas. John Kerry m'a dit hier : «Je me renseigne, j'essaye de recueillir des informations et je reviendrai vers vous pour donner ces informations».

Q - C'est un jeu de dupes.

R - Non ! Par ailleurs, nous avons eu des contacts. J'ai eu Catherine Ashton, la Haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité pour discuter de ce que nous devions faire et je viens de parler à Guido Westerwelle, mon collègue allemand, qui m'appelait pour me dire comment il voyait les choses et nous sommes tout à fait coordonnés là-dessus.

Q - Alors, vous allez faire quoi ?

R - Je pense qu'il faut qu'il y ait une réaction européenne harmonisée, c'est-à-dire que les Européens, indépendamment de ce que fait chaque pays, se tournent vers les Américains en disant : «Écoutez, dites-nous la vérité : oui ou non.» La première chose, c'est que l'on a besoin d'informations.

Q - Mais comment peut-on imaginer que vous découvriez cette réalité si c'était avéré ? On sait très bien depuis des années que les alliés s'espionnent également !

R - En tant que ministre des affaires étrangères, et ce n'est pas une question de naïveté, je vais même vous donner des exemples, je ne pensais pas - si c'est le cas parce que cela a été dit par un journal, mais je ne sais pas si c'est vrai - que l'ambassade française aux États-Unis était écoutée.

Et pourquoi ne le pensais-je pas ? Parce qu'au mois d'octobre de l'année 2012, un balisage et un balayage total de l'ambassade avaient été faits pour déterminer si, oui ou non, il y avait des micros, comme on le fait d'ailleurs - parce qu'on est prudents - dans un certain nombre de pays. Cette fois, on l'avait fait aux États-Unis et la réponse avait été «non».

Il y a plusieurs manières d'écouter, si on veut entrer dans le détail. On peut mettre des micros mais à ce moment-là, c'est détectable. Il y a d'autres alternatives qui, malheureusement, ne sont pas détectables. Lorsqu'il y a des câbles souterrains ou sous-marins qui passent, la technique permet maintenant de brancher des «oreilles», si on peut dire, sur ces câbles sans que cela soit détectable. De même que lorsque vous faites un fax ou que vous utilisez d'autres moyens de communication, cela émet des ondes et, de l'extérieur, cela peut être détectable. C'est très compliqué.

J'en reviens à l'essentiel. L'essentiel est qu'entre pays partenaires - les Américains sont nos amis, nous sommes les alliés des Américains -, ce sont des choses qui ne doivent pas se faire. Donc, première demande : explications, informations. Et ceci doit être fait au niveau européen.

Q - Et si John Kerry vous dit : «On ne vous écoute pas», vous le croyez sur parole.

R - Non, parce que John Kerry est un homme expérimenté qui sait que moi-même je suis expérimenté et qui donc dira : «Laurent Fabius veut un certain nombre de choses précises.» Voilà, nous en sommes là. Il m'a dit : «Je te demande quelques jours.»

Q - Laurent Fabius, la France n'Ă©coute pas les autres ?

R - La France n'écoute pas l'ambassade américaine, c'est certain.

Q - Vous êtes sûr ?

R - Oui, la France a un service d'intelligence qui rayonne à l'étranger mais, en général, à l'égard de pays qui ne sont pas nos partenaires. C'est toujours comme cela. Par ailleurs, on sait qu'il y a des services d'intelligence économique et j'en tire moi-même toute une série de conséquences, y compris pour ma propre administration. J'avais commencé à le faire mais je vais l'accélérer, car nous devons renforcer nos mesures de sécurité. Par exemple, enterré dans le jardin du quai d'Orsay, il y a un centre de communication avec l'ensemble du monde.

Q - Pour Ă©viter les micros ?

R - Notamment. Nous allons le renforcer. Nous avons commencé à dégager des crédits. Par exemple, nous avons des téléphones protégés, qui s'appellent Theorem. Nous allons vérifier qu'ils fonctionnent partout. Nous allons doter nos agents de moyens supplémentaires. Voilà comment on réagit.

La première mesure, c'est de demander, puisqu'il s'agit des Américains : est-ce que c'est vrai ? Est-ce que ce n'est pas vrai ? Et, de toutes les manières, cela ne doit pas pouvoir exister.

Q - Ces révélations viennent d'un homme qui s'appelle Edward Snowden que la planète entière connaît maintenant et qui, en ce moment, cherche une terre d'asile. Avez-vous reçu une demande d'asile d'Edward Snowden à l'heure où nous parlons ? Et est-ce que, si vous la recevez, la France est prête à l'accueillir ?

R - Non, nous n'en avons pas reçu. J'ai vu dans telle ou telle dépêche ou journal que la France était parmi les pays qui en avaient reçu. La réponse est non. Si nous en recevons une, nous l'examinerons en fonction du droit. C'est comme cela qu'il faut le faire. Et j'observe qu'un certain nombre de pays européens - il faut toujours regarder la réaction européenne - ont reçu, eux, des demandes et n'y ont pas fait droit au nom même de leur législation. Mais, pour le moment, nous n'avons rien reçu.

Q - Trouvez-vous que cette démarche est exemplaire, que c'est une démarche à suivre, cette volonté de vérité ?

R - J'apprécie tout à fait la transparence mais je voudrais être sûr qu'il n'y a pas d'autres motivations derrière cette démarche, et je n'ai pas les éléments pour juger.

Q - Laurent Fabius, on va vous interroger longuement sur la situation en Égypte et en Tunisie, sur l'été arabe qui se dessine. Mais d'abord, une question sur Barroso puisque vous parliez de l'Europe. «Haro sur Barroso !».

R - Je ne suis pas d'accord pour personnaliser les choses.

Q - Alors vous n'ĂŞtes pas d'accord...

R - J'ai dit : «le débat, oui, le pugilat, non». D'un côté, s'agissant de M. Barroso, en particulier et, lorsqu'il y a tel ou tel face-à-face avec un membre du gouvernement, non, je pense qu'il ne faut pas personnaliser.

De l'autre, on peut avoir des reproches à faire à la Commission, dire par exemple qu'elle n'est pas assez orientée vers la relance et, en revanche, a été peut-être trop restrictive sur les questions budgétaires. Mais cela n'a absolument aucun intérêt de personnaliser les choses.

Et je dis cela à la fois parce que c'est ce que je pense et j'ajouterai que c'est ce que pense aussi François Hollande.

(...)

Q - Laurent Fabius, par-delà les circonstances, vous-même avez eu l'occasion de prendre des positions critiques par le passé vis-à-vis de l'Europe...

R - Oui, j'avais anticipé pas mal de choses effectivement...

Q - Justement, peut-on dire non à l'Europe sans pour autant être taxé de réactionnaire par les dirigeants européens ?

R - Je pense qu'il ne faut pas schématiser. Au sein du gouvernement, personne ne dit non à l'Europe.

Q - Mais peut-on porter une critique sans pour autant être tout d'un coup voué aux gémonies ?

R - Je ne dis pas non à l'Europe, je suis complètement en désaccord avec cela. Je dis non à une certaine orientation européenne, ce n'est pas la même chose. Souvent, la confusion est faite. J'essaye de distinguer les choses. Quand vous faisiez référence aux positions que j'ai prises en 2005, j'avais à l'époque, anticipant beaucoup de choses, dit : «Il va y avoir des difficultés en Europe et les textes qui nous sont proposés ne permettent pas de faire front.»

Ce n'était donc pas du tout un non à l'Europe mais à une certaine orientation européenne. On peut tout à fait prendre des positions critiques ! Mais je ne pense pas qu'il faille personnaliser.

Q - L'été arabe donc. L'Égypte qui bout ce soir...

R - Très inquiétant, oui...

Q - Beaucoup de monde encore, peut-être encore plus qu'il y a deux ans pour dire «Moubarak, dehors !»

R - Oui.

Q - Je vais vous faire réagir. On va voir des images de la place Tahrir noire de monde donc encore ce soir pour dire : «Morsi, dehors !» Ce soir donc - vous le savez -, il y a un ultimatum de l'armée, un ultimatum de l'armée à Morsi quarante-huit heures. Donc, maintenant, il ne reste plus que vingt-quatre heures pour régler la crise. Est-ce que ce soir, Laurent Fabius - et on se souvient que vous étiez allés il y a quelques mois en Égypte pour soutenir ce gouvernement et pour soutenir...

R - Non, un processus. C'est un processus...

Q - Est-ce que ce soir, la France soutient encore Mohamed Morsi ?

R - La France demande qu'il y ait un dialogue. On ne peut pas réagir autrement. M. Morsi a été élu, il y a un an, avec 51 % des voix. Après, il y a l'expérience et, malheureusement, ce que l'on voit c'est que la situation économique s'est terriblement dégradée. C'est cela d'abord mais pas uniquement qui explique les quinze millions de personnes qui sont sorties manifester. C'est énorme ! Y compris beaucoup de gens qui avaient voté pour M. Morsi.

Il y a en Égypte des coupures d'électricité pendant des heures, des difficultés de toute sorte et beaucoup d'Égyptiens ne l'acceptent pas. Ce n'est pas simplement une grande partie de la population, ce sont aussi mes collègues ! Dans le gouvernement actuel, une dizaine de ministres ont démissionné, y compris mon collègue, ministre des affaires étrangères, qui a présenté sa démission.

Comment peut-on s'en sortir ? Je pense qu'il faut qu'il y ait, de la part du gouvernement, une écoute à l'égard de ce qui se passe. La démocratie, ce n'est pas simplement gagner les élections. Il faut qu'il y ait une écoute et un dialogue. Nous ne sommes pas là pour nous substituer au gouvernement égyptien mais je crois quand même que quand il y a une telle masse de problèmes et qu'une aussi grande part de la population exprime plus qu'un malaise, un refus, une angoisse, il faut que le gouvernement égyptien écoute le peuple. C'est ce que nous souhaitons parce que l'Égypte est un grand pays dont il faut souhaiter la stabilité.

Q - M. Morsi est-il légitime à rester au pouvoir ?

R - M. Morsi a été élu avec plus de 50 % des voix. Évidemment, là, il y a un raz de marée populaire mais on ne peut pas, sauf à changer complètement nos règles, dire, quand il y a un raz de marée populaire : ceux qui ont été élus cessent d'être élus.

Q - Donc il n'y a pas de raison qu'il parte.

R - Il faut qu'il entende ce qui se passe. S'il prend en compte ces demandes populaires, j'espère qu'il y aura une stabilisation. Il faut aussi que, dans la discussion qui devra avoir lieu, on réfléchisse : la Constitution, de futures élections... Ce n'est pas à moi, bien sûr, de le dicter mais je crois qu'il faut avoir à l'esprit que la démocratie, ce ne sont pas seulement des élections mais aussi une certaine manière d'écouter la population.

Q - Au fond, les démocraties n'ont-elles pas regretté tout simplement ces régimes autoritaires comme à l'époque de Moubarak qui tenaient les sociétés avec l'aval des pays occidentaux ?

R - Non, j'entends cela et vous avez raison de poser la question. On ne peut pas dire que les dictatures, c'est très bien ou que cela permet de se prémunir contre les terroristes. Non !

Q - Très cyniquement, c'est ce que les chefs d'État peuvent dire entre eux.

R - Non ! Je pense que les dictatures sont évidemment à blâmer mais cela ne veut pas dire que des terroristes - je pense à la Syrie sous d'autres conditions - doivent arriver au pouvoir.

Q - On va y venir.

R - Il y a un chemin qui s'appelle tout simplement le chemin de la prise en compte de la démocratie. Il prend du temps, il est contradictoire. Et c'est vers cela que nous, Français, avec les principes qui sont les nôtres, nous devons tâcher d'aider.

Q - Donc on attend, on entend votre prise de distance avec le gouvernement actuel égyptien et avec les Frères musulmans que vous aviez soutenus.

R - Une demande d'écoute et de dialogue. Non, nous n'avons pas soutenu les Frères musulmans, nous avons soutenu un processus démocratique. Les gens ont voté librement - ce n'est pas contesté - et c'est M. Morsi qui a été élu.

Q - Néanmoins, la Tunisie repose le même problème. Lorsqu'arrive au pouvoir avec...

R - Oui, sauf que la Tunisie, ce sont quelques millions de personnes avec un niveau d'éducation et de développement élevé. L'Égypte, ce sont 85 millions de personnes avec 25 millions de gens qui vivent du tourisme dans un pays où il n'y a plus de touristes. Donc il y a en Égypte, en ce moment, une situation épouvantable !

Q - On est d'accord. Il y a néanmoins une opposition qui, en gros, défend un modèle laïc, un modèle assez proche des valeurs que nous partageons et qui est en but en ce moment à des pouvoirs qui sont tous issus de la même matrice qui sont les Frères musulmans qui prônent une orientation de la société où la religion joue une grande part, où, par exemple, à l'opéra du Caire, le ministre de la Culture s'émeut de voir des femmes en tutu parce qu'il trouve cela indécent, que ce même genre de problème se pose aussi en Tunisie. Peut-on renvoyer tout le monde dos à dos ? Est-ce que, pour vous, les laïcs et les Frères musulmans, c'est la même chose et ce sont les urnes qui décident ?

R - Non, on ne peut pas renvoyer tout le monde dos à dos et, en même temps, ce n'est pas à la France de dire aux Tunisiens : «Voilà ce qu'il faut faire, voilà ce que vous ne pouvez pas faire.» Nous devons à la fois aider à la réussite du processus - économiquement, démocratiquement - et mettre des lignes rouges : ce qui concerne le respect des droits des femmes, le respect des principes démocratiques. Nous allons en Tunisie, avec François Hollande, à la fin de la semaine - je m'y suis rendu, il y a un mois. Il y a des évolutions. Certaines sont positives.

Q - Lesquelles ?

R - Par exemple, le parti au pouvoir, Ennahda, a pris conscience du fait qu'il y avait un risque terroriste. Il y a quelques semaines, il a donné des instructions pour contrer les terroristes. Ça, c'est positif. En revanche, lorsqu'il y a un certain nombre de prises de position qui vont contre ce que nous estimons être la pratique démocratique, nous devons aussi le faire savoir.

Q - On voit un homme derrière vous qui s'appelle Rached Ghannouchi. C'est l'inspirateur, notamment en Tunisie, de ce parti Ennahda islamiste dont vous parlez. Nous l'avons interviewé il y a six mois. Il me disait : «Un jour ou l'autre, la charia sera en Tunisie parce que le peuple va la réclamer.» Est-ce que ça, ça vous inquiète d'entendre ce genre de discours ?

R - Oui ! Mais vous savez qu'il y a une discussion sur la Constitution en ce moment. Un article de la Constitution dit : «Il n'y a pas de religion d'État.» Un autre article dit le contraire. M. Ghannouchi a évidemment une position éminente mais le nouveau Premier ministre, qui est issu du même parti que lui, a une position différente. Vous savez aussi qu'au sein d'Ennahda, il y a différentes tendances et que les tendances les plus extrémistes commencent à être mises de côté.

Q - Donc vous ĂŞtes optimiste.

R - Je suis volontariste et je pense, en particulier, à propos de la Tunisie, que s'il y a un pays où ce qu'on a appelé les «printemps arabes» a le plus de chance de réussir, c'est probablement la Tunisie. C'est un pays qui a un niveau de développement important, où il existe une tradition de respect de la femme, où les ressources économiques sont considérables. Il faut donc à la fois aider la Tunisie et, dans le même temps, faire connaître notre point de vue, sans nous ingérer dans les décisions des Tunisiens si des excès sont commis.

Q - On reste donc dans la région mais autre pays. Vis-à-vis de la Turquie, des négociations vont reprendre à la rentrée sur l'adhésion à l'Union européenne. Quelle va être la position de la France ?

R - La position de la France est de dire : «Nous ouvrons un chapitre.» Techniquement, c'est le chapitre 22. Nous avons de bonnes relations avec la Turquie. Mais avant que l'on puisse envisager ou non la question de l'adhésion de la Turquie, il va s'écouler des années.

Q - Pourquoi pas des siècles ? Pourquoi vous ne dites pas non tout simplement ?

R - J'essaye d'être réaliste. Pourquoi des années ? Parce qu'économiquement, évidemment, il y a des différences considérables. On pense à la Turquie du côté d'Istanbul mais il y a aussi une Turquie beaucoup plus éloignée.

Q - Oui, ce sont toujours les mĂŞmes arguments pour dire, pour expliquer qu'au fond, on ne veut pas.

R - Nous ne pouvons pas aujourd'hui prendre une dĂ©cision. Il y a aussi des arguments tirĂ©s d'une certaine pratique dĂ©mocratique. Vous avez vu ce qui s'est passĂ© rĂ©cemment qui a quand mĂŞme Ă©tĂ© un refus de dialogue. Et puis il y a des formules qui sont utilisĂ©es Ă  l'Ă©gard desquelles on ne peut ĂŞtre d'accord. Vous en avez vu quelques-unes. Lorsqu'on dit par exemple que ce qui s'est passĂ© en Turquie, c'est Ă  cause de je ne sais quelle minoritĂ© juive. Nous avons de bonnes relations avec la Turquie. Moi-mĂŞme, j'ai de très bonnes relations avec mon homologue, M. Davutoğlu. Nous essayons de dĂ©passer un certain nombre de conflits passĂ©s, je crois que nous y rĂ©ussissons.

Nous avons notamment proposé, nous Français - ce qui n'était pas le cas avant -, d'ouvrir ce fameux chapitre 22 et, en même temps, il y a des questions à régler et il ne faut pas faire comme si ces questions étaient déjà réglées.

Q - On va parler de la Syrie. Deux ans de guerre civile, des dizaines de milliers, certains disent plus de cent mille morts. Bachar Al-Assad est toujours là. Une première question : comment voyez-vous la Syrie dans un an ?

R - L'espoir que nous avons tous, c'est qu'enfin il y ait la paix. Maintenant, quand on regarde, comme je le fais tous les jours, la situation, objectivement, le pays vie une tragédie et la sortie est loin d'être claire. La seule solution est politique, elle passe par l'organisation de la conférence de Genève, ce sur quoi nous travaillons. En même temps, elle se heurte à beaucoup de difficultés. Pourquoi ? Bachar Al-Assad a dit : «Je peux envoyer un certain nombre de gens de mon régime à la conférence.» Mais il ne va pas le faire s'il continue d'avoir une certaine supériorité sur le terrain parce que l'objet de la conférence c'est de créer un gouvernement des deux parties par consentement mutuel et le gouvernement ainsi créé aurait tous les pouvoirs exécutifs, c'est-à-dire que Bachar Al-Assad n'en aurait plus aucun. C'est cela l'objet de Genève ! Et donc Bachar Al-Assad, qui avait dit : «Je vais envoyer des représentants» alors qu'il était en position militaire inférieure, commence à reculer puisqu'il est dans une situation militaire meilleure. Du côté des résistants que nous soutenons, ils n'iront pas à cette conférence s'ils sont en position inférieure. C'est la raison pour laquelle nous disons - mais pas seulement nous : «L'objectif, c'est la solution politique pour trouver un gouvernement de rassemblement qui permette de construire la Syrie de demain.» Mais on n'arrivera à cette solution que si on rééquilibre les forces sur le terrain. Voilà notre ligne.

Q - Laurent Fabius, pourquoi vous ne dites pas qu'il n'y aura pas de conférence de Genève ?

R - Nous y travaillons avec les Américains, les Russes...

Q - C'est toujours en juillet ? Vous aviez dit sur ITélé que ce serait en juillet, non ?

R - Non, je pense qu'en juillet cela ne peut pas avoir lieu. Nous sommes déjà début juillet et l'organisation de cette conférence demande un certain nombre de préparatifs. Donc, je ne veux pas raconter d'histoires, c'est très difficile. On est face à une situation tragique, mais il faut garder un axe qui est la mise en place d'une solution politique. J'ajoute que ce n'est pas simplement le problème de la Syrie, c'est le problème des pays voisins : la Jordanie, le Liban, la Turquie, d'une certaine manière, l'Irak...

Q - L'Iran !

R - Et que derrière, en effet, c'est la question de l'Iran !

Q - Ils seront à Genève 2 les Iraniens ? Vous êtes toujours opposés à leur présence ?

R - Nous ne sommes pas partisans.

Q - Même avec un nouveau président ?

R - Le nouveau président n'a pas pris une position nouvelle. Or, je vous ai dit, l'objet de Genève, c'est un gouvernement de rassemblement qui se voit doter des pouvoirs de Bachar Al-Assad. Mais jamais l'Iran n'a accepté cet objectif ! Vous ne pouvez pas faire venir un pays dans une conférence s'il n'accepte pas l'objectif de cette conférence.

Je vous donne un élément supplémentaire : si l'Iran, par son nouveau dirigeant ou par le guide, dit : «Nous acceptons l'objectif de la conférence de Genève», les choses pourraient être différentes. Mais, pour le moment, ce n'est pas le cas. Par ailleurs, quand j'évoque l'Iran, je pense à l'année prochaine au cours de laquelle nous allons vraisemblablement avoir un rendez-vous très grave sur la question du nucléaire iranien. Vous connaissez la position de la France et pas seulement celle de la France : nous acceptons tout à fait que l'Iran ait l'énergie nucléaire civile - aucun problème - mais nous n'acceptons pas qu'il ait la bombe atomique. Nous sommes en négociations avec l'Iran et, en même temps, nous avons imposé des sanctions à ce pays. J'espère que ces négociations vont réussir mais c'est probablement l'année prochaine qui est le juge de paix.

Si nous laissons l'Iran prendre la main dans l'affaire syrienne, à ce moment-là, comment voulez-vous que nous ayons la moindre crédibilité dans l'affaire nucléaire ?

Q - Est-ce qu'aujourd'hui, l'hypothèse d'une guerre avec l'Iran est toujours sur la table ?

R - Je ne présenterais pas les choses ainsi.

Q - Oui ou non ? Est-ce que c'est possible une guerre... ?

R - Vous voulez dire pour le nucléaire ?

Q - Oui, si jamais l'Iran avait la bombe, l'hypothèse d'une guerre contre l'Iran est-elle toujours sur la table ?

R - Je veux être carré en redisant ce que nous avons déjà eu l'occasion de dire : la bonne solution, c'est la négociation et que, par la négociation, l'Iran renonce à l'arme nucléaire...

Q - Sinon ?

R - Sinon, comme on dit diplomatiquement, toutes les options sont sur la table.

Q - Donc des frappes ciblées vous semblent opportunes.

R - Les options sont sur la table et je pense que l'Iran, qui est un grand pays, un grand peuple, doit comprendre que l'énergie nucléaire civile, c'est parfait, mais que la bombe atomique, non.

Q - Je voudrais juste revenir sur un point. Vous parliez du rapport de forces en Syrie qui est absolument déterminant. Lorsque l'on voit cette rébellion qui a du mal à tenir le rapport de forces face à l'armée de Bachar Al-Assad qui est aidée - vous le dites - par l'Iran, par le Hezbollah...

R - Le Hezbollah...

Q - Et que l'on entend dans le même temps le président de la République conseiller à une partie de cette rébellion - en gros, à l'ALS - d'aller reprendre le contrôle sur certaines zones qui sont contrôlées par des islamistes mais qui, jusqu'à présent, se battent avec eux, c'est-à-dire en gros, d'ouvrir un nouveau front, est-ce que, franchement, même si sur le principe, on peut le comprendre, est-ce un bon conseil de dire à la rébellion : «Battez-vous entre vous» ?

R - Non, nous ne disons pas les choses ainsi. Nous soutenons les résistants à Bachar Al-Assad mais pas les terroristes ! Il y a une partie des résistants...

Q - Oui, mais pour l'instant, leur priorité, c'est de faire tomber Bachar Al-Assad !

R - Oui, bien sûr. Mais nous ne voulons pas, par exemple, en termes d'armement, que des armes atterrissent dans les mains de membres d'Al-Qaïda - parce qu'il y en a - car ces armements pourraient ensuite être retournés contre nous. Et on ne peut soutenir, comme nous le faisons, qu'une résistance qui respecte un certain nombre de principes, c'est-à-dire une Syrie démocratique...

Q - Mais parle-t-on de pragmatisme vu la gravité... ?

R - Nous ne faisons pas le jihad ! Ce n'est pas une révélation pour vous !

Q - J'entends, mais vu la gravité de la situation, est-ce qu'on ne manque pas un peu de pragmatisme ? On fait la guerre d'abord et après, on voit.

R - Le pragmatisme, ce n'est pas la politique du pire. Nous n'acceptons pas d'aider des terroristes ; c'est un principe.

Q - C'est qui les terroristes ? Ce sont les résistants à Bachar Al-Assad ou c'est Bachar Al-Assad ? C'est qui les terroristes dans cette affaire ?

R - Le régime de Bachar Al-Assad est honni mais des gens qui se réclament d'Al-Qaïda, nous ne pouvons pas les soutenir ! Cela n'aurait aucun sens !

Q - A-t-on des nouvelles donc de nos confrères, le grand reporter donc d'Europe 1, Didier François, et notre confrère photographe Édouard Elias ?

R - Nos services sont mobilisés, bien sûr, pour les retrouver, mais il n'y a rien que je puisse vous dire ce soir. Je ne vous en dirai pas plus mais j'ai adopté, sur toutes ces questions, une attitude de discrétion et d'efficacité dans la recherche de renseignements et d'actions. Les services y travaillent vraiment tous les jours. Mais tant que les résultats ne sont pas acquis, il faut être très discret. C'est comme cela que nous avons pu libérer la famille Moulin-Fournier. Le problème, c'est que si on donne un renseignement, par exemple, sur une localisation, eh bien les preneurs d'otages s'en servent et s'en servent contre nos otages !

Q - Justement, les quatre otages français enlevés au Niger, cela fait plus de mille jours qu'ils sont aux mains de leurs ravisseurs.

R - Oui, c'est la mĂŞme attitude.

Q - Est-ce qu'ils sont en Algérie ?

R - Non, mais j'aurai la mĂŞme attitude.

Q - La France est entrée en guerre au Mali en janvier dernier. Quant au retrait des troupes, écoutez François Hollande, le 28 mars 2013 : «À la fin du mois d'avril, nous nous retirons, donc nous sommes à un peu plus de quatre mille, et au mois de juillet il n'y aura plus que deux mille soldats français au Mali dans le cadre sans doute d'une opération de maintien de la paix de l'ONU, et à la fin de l'année un millier de Français seulement seront présents». Donc, on ne va pas laisser deux mille soldats mais plus, sans doute trois mille cinq cents...

R - On est trois mille deux cents en ce moment et on sera mille à la fin de l'année. Donc l'ensemble de la démonstration est juste, sauf en ce qui concerne la période actuelle car nous avons décidé, compte tenu du fait qu'il y a des élections, compte tenu du fait que la MINUSMA juridiquement est en route au 1er juillet mais il y a un certain retard, de ne pas passer à deux mille mais de laisser à trois mille deux cents. Mais à la fin de l'année le résultat sera là.

Q - Est-ce qu'en intervenant au Mali on n'a pas commencé une intervention, qui en fait va durer beaucoup plus longtemps, sur l'ensemble du Sahel dans la prochaine étape et sans doute le sud de la Libye où les terroristes se regroupent, se reforment ? Ne faut-il pas préparer l'opinion à ce que la France soit présente dans cette région militairement pendant plusieurs années ?

R - La France ne peut pas être présente partout, j'ai eu l'occasion de vous en parler, même si elle est réclamée partout. Compte tenu de ce qu'on peut appeler le grand succès, l'immense succès de l'affaire malienne, tous les pays nous réclament ou presque !

Revenons un instant sur ce succès. Au mois de janvier, le président du Mali appelle François Hollande et lui dit «Monsieur le Président, si vous n'intervenez pas dans les heures qui viennent, demain je serai mort», car les groupes terroristes auraient pris Bamako et l'ensemble du Mali ; c'était le 12 janvier. Nous sommes début juillet, les villes de l'ensemble du Mali sont en sécurité, il va y avoir dans quelques jours des élections et les fonds ont été rassemblés pour faire redémarrer économiquement le Mali.

Si vous m'aviez dit, à l'époque, «c'est cela qui va se passer au mois de juillet», je l'aurais souhaité mais j'aurais dit «extraordinaire !» Pourquoi ? D'abord parce que les militaires ont fait un travail formidable, parce que les diplomates et les politiques n'ont pas été trop mauvais, parce qu'on a sensibilisé l'ensemble des pays africains et du monde et parce que tout le monde s'est rendu compte, c'est là où je réponds à votre question, que ce n'est pas la France qui intervient au Mali, c'est la France, grand pays à principes et grande puissance, membre permanent du Conseil de sécurité qui dit «il y a un problème de terrorisme au Sahel, en Afrique, il se trouve que c'est au Mali, nous allons donc sauver le Mali», on l'a fait.

Cela veut-il dire que nous avons réduit le terrorisme partout ? Non, mais nous ne pouvons pas, nous, Français, régler à nous seuls le problème. C'est la raison pour laquelle nous aurons à la fin de l'année, vous le savez, au mois de décembre, une réunion entre la France et l'Afrique où nous essaierons de répondre à la question : «comment les Africains peuvent-ils s'organiser eux-mêmes s'il y a de nouveaux coups durs ?». Ce n'est pas à la France d'intervenir partout, nous le faisons là où nous pouvons le faire mais il faut quand même que les Africains, aidés peut-être par d'autres, puissent agir pour se défendre eux-mêmes contre ce mal absolu qui n'est pas seulement le terrorisme, mais le narco-terrorisme parce que tout nous indique que la drogue, les prises d'otages, le terrorisme, tout cela va ensemble.

Q - Barack Obama était en Tanzanie hier, grande tournée africaine. À un moment il a évoqué le président français. Écoutez comment Barack Obama appelle François Hollande : «Si je veux savoir ce que le président «Houlan» pense, j'appellerai le président «Houlan». Qui connaît François Hollande dans le monde ?

R - Tous les chefs d'État. La réponse est simple. Je suis à ses côtés depuis un an. Pour ma part, j'ai visité cinquante-trois pays, fait treize fois le tour du monde. François Hollande a été partout - dans les G8, dans les G20 -, il a visité beaucoup de pays. Nous nous sommes réconciliés avec beaucoup de pays avec lesquels nous étions fâchés - on parlait de la Turquie, la Chine, l'Algérie, la Pologne, le Mexique, et j'en passe - et tout le monde connaît bien sûr maintenant le président de la France.

Je fais la jonction avec la question précédente. Nous ne sommes pas intervenus au Mali pour renforcer le prestige de la France mais cette intervention l'a renforcé d'une manière extraordinaire ! Quand vous entrez dans une salle où il y a plus de cinquante chefs d'État africains, qu'ils parlent et que les trois quarts d'entre eux finissent leur discours en disant : «Vive la France !», c'est quelque chose qui vous prend aux tripes quand même.

Q - Le «New York Times» notamment. Éditorial du «New York Times» du 22 juin dernier, on vous a pris deux phrases. «Au sein de l'Europe, la France semble avoir perdu la place de leader qu'elle partageait avec l'Allemagne.» Et puis deuxième phrase : «Autant l'hyperactif Sarkozy s'est mis à dos de nombreux Français par son omniprésence, autant François Hollande a l'image d'un cadre moyen d'entreprise qui n'arrive pas à gérer ses équipes.»

R - Vous avez pris les phrases les plus positives de l'article !

Q - «New York Times», ce n'est pas un petit journal. «L'image d'un cadre moyen d'entreprise qui n'arrive pas à gérer ses équipes», c'est comme ça qu'on parle de nous au «New York Times».

R - Non. Alors il y a plusieurs choses : d'abord, l'image extérieure de la France. Je suis responsable de la politique étrangère, elle est très bonne. Je pense que ce n'est pas contestable. On dit que la France n'est pas le plus grand pays du monde mais ce que nous avons fait au Mali, ce que nous essayons de faire en Syrie, il y a très peu de pays qui pourraient le faire ; donc cette image est très forte. Nous sommes un des membres permanents du Conseil de sécurité. Nous comptons et il ne faut pas pour autant être arrogant mais vraiment notre capacité d'influence est forte. Maintenant, il y a autre chose, en ce qui concerne l'Europe, il est vrai que sur le plan économique l'Allemagne nous est passée devant et que cela a un certain nombre de conséquences.

Q - Justement est-ce que ce n'est pas le problème. Il y a un problème d'attractivité économique de la France qui décroche. On voit bien que toutes les grandes organisations montrent ce décrochage. Est-ce que ça ce n'est pas au-delà de l'anecdote...

R - C'est un très gros problème, bien sûr, c'est un problème majeur et cela ne date pas d'hier. Les études montrent que cela date d'une dizaine d'années. Il faut absolument remonter cela et c'est l'objectif du gouvernement.

S'il fallait résumer en trois mots l'objectif du gouvernement, c'est compétitivité pour la croissance et pour l'emploi. Je vous ai dit que l'on avait un rayonnement international fort, oui, mais à condition que l'on garde une puissance économique importante ! Il est vrai que nous avons une langue qui rayonne, des principes qui rayonnent...

Q - Alors pourquoi tellement de jeunes Français veulent quitter la France ?

R - Je ne suis pas choqué par le fait qu'il y ait beaucoup de Français qui partent à l'extérieur. Je serais choqué s'ils quittaient ou s'ils quittent la France en disant «il n'y plus rien à faire dans ce pays».

Q - Mais il y en a beaucoup qui le disent.

R - On entend cela de temps en temps, je le concède. C'est justement ce redressement de puissance qu'il faut avoir, c'est là l'objectif numéro un ! Alors j'y suis peut-être particulièrement sensible parce que toutes les semaines je suis à l'étranger, mais c'est absolument impérieux. On ne peut pas dire qu'il y a un problème de compétitivité qui est évident et après passer complètement à autre chose et dire «on va dépenser des milliards que l'on n'a pas». Il faut retrouver une puissance économique !

La puissance économique, cela demande une stratégie industrielle, cela demande l'application que l'on est en train de faire du rapport Gallois, cela demande du sérieux budgétaire, cela demande à faire repartir l'investissement ; c'est tout cela, c'est le coeur du sujet ! Et ce n'est pas distinct de l'emploi. On ne retrouvera vraiment une situation d'emploi favorable que si l'on redonne de l'énergie à nos entreprises grandes, petites, moyennes ! C'est la raison pour laquelle, d'ailleurs, mon ministère s'occupe d'économie. Ce serait quand même absurde, si nous nous occupons nous au Quai d'Orsay de toutes les crises, que la seule crise dont on ne s'occupât point soit la crise économique. Donc, il faut que toutes nos forces soient dirigées vers l'économie, la transition économique, la transition écologique.

Q - À propos du rayonnement de la France, il y a une grande inquiétude des associations de lutte contre le sida qui sentent, pensent entendre que la contribution de la France pourrait baisser au Fonds mondial de lutte contre le sida. C'est sur le budget du Quai d'Orsay au titre des contributions internationales, qu'est-ce que vous pouvez nous répondre ce soir ?

R - Nous avons actuellement la deuxième contribution mondiale au Fonds sida. Nous avons prévu, avec Pascal Canfin, des compensations, nous avons par exemple la taxe sur les transactions financières, la taxe sur les billets d'avion. Nous voulons qu'au total les sommes ne baissent pas mais il est évident que nous sommes dans une situation de contrainte budgétaire qui est difficile.

Q - Donc cela va baisser ?

R - Non, il va y avoir des transferts budgétaires, cela ne viendra pas nécessairement des mêmes budgets mais, au total, nous allons faire le maximum pour qu'il n'y ait pas d'amputation. (...)./.

 

Retour sommaire


6. Ă‰tats-Unis/Union europĂ©enne - RĂ©ponse du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, Ă  une question d'actualitĂ© Ă  l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 03/07/2013)

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Madame la Députée,

Vous avez eu raison de distinguer le fait qu'il y a deux aspects dans les révélations de M. Snowden pour autant qu'elles soient confirmées.

D'abord, il y a tout ce qui concerne la lutte contre le terrorisme et la sécurité. Il est normal qu'il y ait des renseignements qui soient pris, mais tout le problème, c'est la protection des citoyens. Il faut que cette protection s'exerce en Europe en particulier. C'est la raison pour laquelle il faut être très vigilant. Il y a une directive, un règlement qui sont en train d'être discutés et il faudra qu'ils assurent le respect des personnes en Europe.

Il y a un autre aspect qui est l'espionnage des représentations diplomatiques, de la France et de l'Europe. Ceci n'est évidemment pas admissible entre alliés. Donc, il y a eu des contacts entre le secrétaire d'État américain, moi-même, d'autres encore. Nous avons déclaré, avec le président de la République, que ceci était inacceptable et les Américains doivent nous rendre réponse.

Et puis, il y a, évidemment, la question de l'accord transatlantique. C'est un accord très important et il est vrai que commencer à en discuter dans un climat de méfiance ne serait évidemment pas opportun.

VoilĂ  oĂą nous en sommes.

Quant à la demande formulée par M. Snowden, elle n'est pas parvenue à la France. Si elle parvenait, nous la traiterions conformément à la réglementation.

La vérité, la protection des citoyens : voilà les principes auxquels nous sommes et nous seront fidèles./.

Retour sommaire


7. Ă‰tats-Unis/Union europĂ©enne - RĂ©ponse du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, Ă  une question d'actualitĂ© Ă  l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 03/07/2013)

Monsieur le Député, vous avez rappelé que les Américains sont nos amis, nos alliés et, en même temps, qu'il y a un certain nombre de pratiques qui sont inacceptables, en particulier lorsqu'il s'agit d'espionner des bâtiments diplomatiques, que ce soit de l'Union européenne ou de la France.

Nous avons demandé, j'ai demandé moi-même au secrétaire d'État américain, - j'ai eu l'occasion aussi de voir l'ambassadeur américain - de nous donner rapidement, très rapidement, des explications.

Il en est de même au niveau européen, parce que cela ne concerne pas seulement - si c'est vérifié - la France mais l'ensemble de l'Europe.

Vous ajoutez que cela a peut-être été insuffisamment pris en compte dans le Livre blanc sur la défense. Nous avons travaillé à cela très attentivement avec M. Le Drian et je peux vous dire, au contraire, que c'est vraiment une préoccupation majeure qui appellera d'ailleurs des investissements de notre part, aussi bien en matière de défense proprement dite qu'en matière d'affaires étrangères.

Le dernier point que vous avez soulevé, c'est ce qui concerne le traité transatlantique. Il y a une réflexion de bon sens qui va dans la direction de ce que vous exprimez. On peut juger différemment bien sûr cet accord, mais il est très important pour les États-Unis et très important pour l'Europe.

Pour que l'on puisse commencer à négocier, il faut le faire dans un climat de confiance, c'est l'évidence. Comment peut-on avoir un véritable climat de confiance alors que l'on ne sait même pas si les délégations seraient ou non espionnées ?

Je pense donc qu'il faut calmer le jeu, demander à nos amis Américains, comme nous l'avons fait, des réponses précises, prendre un peu de temps. À partir de là, l'Europe et la France rendront leurs délibérations./.

 

Retour sommaire


8. Ă‰tats-Unis/Union europĂ©enne - RĂ©ponse du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, Ă  une question d'actualitĂ© Ă  l'AssemblĂ©e nationale (Paris, 03/07/2013)

Monsieur le Député, je complèterai ma réponse puisque j'ai eu l'occasion, comme vous l'avez entendu, de répondre à deux questions voisines avec certains de vos collègues.

Vous posez un problème général : dans un monde où les technologies sont développées, où les surveillances sont d'autant plus fortes, comment arriver à préserver les libertés individuelles ?

Nous pouvons et nous devons le faire en ce qui concerne l'Europe. Mais, en ce qui concerne des établissements situés en-dehors de l'Europe, évidemment notre capacité d'actions est limitée.

S'agissant des États-Unis, beaucoup de ces très grandes entreprises dont vous avez parlé sont américaines, d'où le problème de la protection des libertés. Cela veut dire qu'il faut, dans les directives et les règlements européens, que nous soyons extrêmement intransigeants sur la protection de nos libertés, des libertés des citoyens européens et français.

Vous posez également la question de l'espionnage, l'espionnage diplomatique ou l'espionnage économique. S'agissant de l'espionnage diplomatique, je l'ai dit tout à l'heure et je le confirme, il n'est pas acceptable. Nous ne sommes évidemment pas naïfs, nous savons qu'il y a des pratiques à travers le monde, mais s'agissant de partenaires et d'alliés comme les Américains, il n'est pas acceptable que nos enceintes soient espionnées. Donc, nous avons demandé d'une façon extrêmement précise aux Américains, que ce soit les Français ou les Européens, d‘apporter des réponses à ces questions.

Enfin, sur l'accord transatlantique. Il y a une nécessité de rétablir un minimum de confiance pour commencer la discussion./.

 

Retour sommaire


9. Printemps arabes - RĂ©ponse du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, Ă  une question d'actualitĂ© Ă  l'AssemblĂ©e nationale - extraits (Paris, 03/07/2013)

Monsieur le Député,

Concernant ce qu'il est convenu d'appeler les Printemps arabes, je pense qu'il y avait un mouvement cohérent, convergent dans toute une série de pays pour dire non à la dictature, non à la corruption, oui à la dignité, oui à l'emploi - c'est ce qui explique, bien sûr, ces mouvements. Mais je pense que les choses évoluent ensuite différemment.

On ne peut pas exactement mettre dans la même situation ce qui est en train de se passer en Égypte, qui est très dramatique, ce qui se passe en Syrie dans un autre contexte qui est également tragique et ce qui se passe en Tunisie où, malgré les difficultés qu'il ne faut pas celer, nous pouvons être plein d'espérance.

La Tunisie est un pays qui a un niveau de développement important, un niveau d'éducation important, où les femmes voient leurs droits reconnus dans la ligne de ce qu'avait fait le président Bourguiba. Il y a des difficultés, il ne faut pas les celer. Quelle doit être la position de la France ? Celle qui sera définie par le président de la République demain et après-demain. Ce doit être une position de confiance. Nous sommes confiants vis-à-vis du peuple tunisien. Ce doit être une position de solidarité, de solidarité économique, de solidarité démocratique et aussi d'appel à la responsabilité.

S'il y a des menées terroristes - et il y en a -, il faut que le gouvernement, comme il l'a fait, prenne des mesures extrêmement dures. S'il y a des difficultés à trouver un accord sur la Constitution, il faut que le consensus soit fait et que l'on arrive à des élections.

Il n'y a pas d'ingérence de notre part mais il y a une grande amitié pour le peuple tunisien et c'est cette réaffirmation d'amitié et de confiance que le président de la République française portera à nos amis tunisiens./.

 

 

Retour sommaire


10. CommuniquĂ© du Conseil des ministres - Bilan du Conseil europĂ©en - Mesures d'ordre individuel - extraits (Paris, 03/07/2013)

Le bilan du Conseil européen des 27 et 28 juin 2013

Le ministre des affaires étrangères et le ministre de l'économie et des finances ont présenté une communication relative au bilan du Conseil européen des 27 et 28 juin 2013.

Ce sommet a placé en son coeur la question du chômage des jeunes qui atteint aujourd'hui des niveaux inacceptables. Ce défi majeur, auquel est confrontée la plus grande partie des États membres de l'Union européenne, suppose des réponses nationales, mais également européennes à hauteur de 8 milliards d'euros.

Le Conseil européen a donc décidé de concentrer sur les deux premières années du prochain budget européen, 2014 et 2015, l'utilisation de l'enveloppe de 6 milliards d'euros allouée à l'initiative pour la jeunesse (sur les 8 du plan), qui contribuera à l'objectif que s'est donnée l'Union européenne que tout jeune se voie proposer, dans les quatre mois suivant sa sortie du système éducatif ou sa perte d'emploi, soit un emploi soit une formation, soit un stage de qualité. La France pourrait bénéficier d'environ 600 millions d'euros à ce titre.

Il a également souligné le rôle que jouera la Banque européenne d'investissement (BEI) dans le cadre de son programme pour l'emploi des jeunes et à travers les prêts facilités qu'elle pourra accorder aux PME.

Enfin, il s'est fortement engagé pour le renforcement de la mobilité, de l'apprentissage et de la formation en alternance, en mobilisant : l'Erasmus pour l'alternance grâce au programme Erasmus + (dont les moyens passeront de 8 à 13 milliards d'euros) ; l'Alliance européenne pour l'apprentissage, qui sera lancée en juillet ; la mise en place d'un cadre de qualité pour les stages européen au début de 2014 ; l'amélioration de la mobilité des jeunes demandeurs d'emploi en Europe avec le renforcement du programme «Ton premier emploi Eures». Le Conseil européen a souligné l'importance d'associer les partenaires sociaux à la mise en oeuvre de ces mesures.

Cette réunion a également été consacrée, d'une part, aux travaux sur l'approfondissement de l'Union économique et monétaire, avec notamment la question du renforcement de sa dimension sociale, d'autre part, aux sujets économiques et financiers et, enfin, à l'accord politique intervenu sur le prochain cadre financier pluriannuel.

L'adoption d'un plan d'investissement, via notamment une mobilisation accrue de la BEI, en particulier en faveur des PME, et l'accord sur la «priorité absolue» qui s'attache à la réalisation de l'union bancaire, répondent largement aux objectifs que la France avait assignés à ce sommet.

Mesures d'ordre individuel

Le Conseil des ministres a adopté les mesures individuelles suivantes :

Sur proposition du ministre des affaires étrangères :

- Mme Élisabeth Barsacq, conseillère des affaires étrangères hors classe, est nommée ambassadrice, représentante permanente de la République française auprès de l'Organisation maritime internationale à Londres ;

- Mme Jocelyne Caballero, conseillère des affaires étrangères hors classe, est nommée ambassadrice, représentante permanente de la France auprès du Conseil de l'Europe à Strasbourg./.

Retour sommaire


11. Nominations - BrĂ©sil - Namibie - Lesotho (Paris, 03/07/2013)

Le Journal officiel du 3 juillet 2013 publie la nomination de M. Denis Pietton, en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République fédérative du Brésil, en remplacement de M. Bruno Delaye.

Le Journal officiel du 3 juillet 2013 publie la nomination de Mme Jacqueline Bassa-Mazzoni, en qualité d'ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République de Namibie, en remplacement de M. Jean-Louis Zoel.

Le Journal officiel du 3 juillet 2013 publie la nomination de Mme Elisabeth Barbier, en qualité d'ambassadrice extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès du Royaume du Lesotho, en résidence à Pretoria, en remplacement de M. Jacques Lapouge./.

Retour sommaire