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Déclarations officielles de politique étrangère du 24 mai 2013


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Entretien de M. Laurent Fabius avec M. Samuel Santos, ministre des relations ext√©rieures du Nicaragua - D√©placement de M. Laurent Fabius aux √Čmirats arabes unis - Participation de M. Laurent Fabius au conseil affaires √©trang√®res de l'Union europ√©enne (Paris, 24/05/2013)

 

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Entretien de M. Laurent Fabius avec M. Samuel Santos, ministre des relations extérieures du Nicaragua (Paris, 23 mai 2013)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, a reçu le 23 mai 2013 son homologue nicaraguayen, M. Samuel Santos.

À la suite du déplacement de M. Fabius dans la région en février dernier, la visite de M. Santos en France témoigne de notre volonté de renforcer le dialogue politique, la coopération économique et les échanges culturels et humains avec tous les pays latino-américains. Ce renforcement constitue une priorité de notre action diplomatique.

Cet entretien, qui constituait la première rencontre bilatérale entre ministres des affaires étrangères français et nicaraguayen depuis plus de dix ans, a permis d'évoquer les nouvelles perspectives de développement de nos relations bilatérales. Dans le domaine économique, M. Fabius a mis en avant les compétences de nos entreprises, notamment dans les secteurs de l'énergie et des transports. Les ministres ont également évoqué la lutte contre la criminalité organisée et le trafic de drogue, qui donnent lieu à une importante coopération bilatérale.

2 - D√©placement de M. Laurent Fabius aux √Čmirats arabes unis (25-26 mai 2013)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires √©trang√®res, se rendra √† Abou Dabi les 25 et 26 mai. Il s'agit de sa deuxi√®me visite aux √Čmirats arabes unis cette ann√©e. M. Fabius s'y √©tait en effet rendu √† l'occasion de la visite du pr√©sident de la R√©publique le 15 janvier dernier.

Le ministre des affaires étrangères aura des entretiens avec Cheikh Mohammed Bin Zayed Al-Nahyan, prince héritier d'Abou Dabi et vice-commandant suprême des forces armées, ainsi qu'avec son homologue, Cheikh Abdullah Bin Zayed Al-Nahyan. À cette occasion, ils aborderont les grands projets bilatéraux et la situation régionale.

M. Fabius inaugurera les nouveaux locaux de l'ambassade de France et rencontrera √† cette occasion de nombreuses personnalit√©s √©miriennes ainsi que des membres de l'importante communaut√© fran√ßaise vivant aux √Čmirats arabes unis (20.000 personnes).

Le ministre des affaires √©trang√®res rencontrera enfin les √©tudiants de l'Universit√© Paris Sorbonne-Abou Dabi et visitera l'exposition ¬ęLa naissance d'un mus√©e¬Ľ, qui pr√©sente pour la premi√®re fois au public une centaine d'oeuvres acquises par le mus√©e du Louvre-Abou Dabi. Projet embl√©matique de la coop√©ration franco-√©mirienne dans le domaine culturel, ce mus√©e ouvrira ses portes en 2015.

3 - Participation de M. Laurent Fabius au Conseil affaires étrangères de l'Union européenne (Bruxelles, 27 mai 2013)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, participera le 27 mai à Bruxelles au prochain conseil affaires étrangères, sous la présidence de Mme Catherine Ashton, Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Au lendemain de la réunion des Amis du peuple syrien d'Amman et de la réunion de la Coalition nationale syrienne d'Istanbul, les ministres discuteront de la situation en Syrie. Ils examineront en particulier la question de l'embargo sur les armes, qui vient à échéance le 1er juin prochain, et l'initiative américano-russe de conférence internationale dite Genève II. Des conclusions seront adoptées.

Les ministres traiteront de la situation en √Čgypte et de la d√©gradation de la situation s√©curitaire en Libye apr√®s l'attentat qui a frapp√© l'ambassade de France, alors que l'Union europ√©enne vient de lancer une mission de formation et de conseil consacr√©e √† la s√©curit√© des fronti√®res. Ils discuteront √©galement de la situation au Proche-Orient et du soutien √† l'initiative am√©ricaine en faveur de la reprise des n√©gociations entre Isra√ęl et l'autorit√© palestinienne.

Sur le Mali, les vingt-sept √Čtats membres adopteront des conclusions sur la situation politique, les √©lections et le processus de r√©conciliation, apr√®s le succ√®s de la conf√©rence des donateurs du 15 mai.

Enfin, les ministres auront une première discussion sur la politique de sécurité et de défense commune, sa visibilité et l'efficacité des missions européennes, en vue du Conseil européen de décembre qui sera spécifiquement consacré à ce sujet./.

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2. Relations franco-allemandes - Syrie - Mali - Niger - Libye - Conf√©rence de presse conjointe du ministre des affaires √©trang√®res, M. Laurent Fabius, avec le ministre des affaires √©trang√®res de la R√©publique f√©d√©rale d'Allemagne, M. Guido Westerwelle (Paris, 24/05/2013)

 

Bonjour Mesdames et Messieurs, je suis ravi de vous accueillir. Je vais vous dire quelques mots et ensuite, mon ami et collègue Guido Westerwelle vous dira également quelques mots. Après quoi, vous pourrez poser quelques questions si vous le souhaitez.

Je suis extrêmement heureux d'accueillir aujourd'hui le ministre des affaires étrangères de la République fédérale d'Allemagne. En fait, nous avons de nombreuses occasions de nous voir et c'est toujours un plaisir. Nous nous rencontrons dans les réunions internationales, dans les réunions européennes et nous prenons aussi le temps, comme c'est le cas aujourd'hui, d'approfondir un certain nombre de dossiers. Nous veillons toujours, sur les principaux sujets, à nous concerter pour que les choses se passent comme elles doivent se passer. C'est la mise en pratique de la relation franco-allemande comme nous la concevons. Vous connaissez l'importance de cette relation pour nos pays d'abord mais aussi pour l'Union européenne. .

Aujourd'hui, nous avons abordé avec M. Westerwelle toute une série de sujets. Nous avons, je dois dire assez rapidement parler de nos relations car elles sont excellentes et quotidiennes.

Nous avons abordé un certain nombre de sujets qui concernent l'Union européenne mais ces sujets ont été amplement et fort bien traités tout récemment, à la fois par la chancelière Merkel et par le président Hollande. Nous aurons le plaisir d'accueillir la semaine prochaine Angela Merkel ici à Paris.

Il y a eu, dans les jours qui viennent de s'écouler, des avancées intéressantes, par exemple sur l'énergie, la fiscalité et d'autres sujets. En tout cas, nous sommes tout à fait déterminés à progresser et à continuer d'apporter à l'Union européenne des politiques publiques concrètes et efficaces.

Nous avons beaucoup parl√© de la situation internationale, de la Syrie bien s√Ľr puisque nous √©tions ensemble, avant-hier en Jordanie √† la r√©union des amis du peuple syrien avec des repr√©sentants de la coalition. Nous devons nous revoir lundi prochain √† Bruxelles pour ce qui concerne l'Union europ√©enne.

S'agissant de la France, vous savez qu'elle apporte un soutien clair à la coalition nationale syrienne d'abord et à la perspective d'une conférence à Genève. Nous faisons en sorte, l'un et l'autre que le succès puisse être au rendez-vous. Nous en avons discuté mercredi soir à Amman et nous en avons parlé aujourd'hui aussi. Nous y reviendrons lundi avec nos collègues de l'Union européenne durant le Conseil affaires étrangères qui abordera à nouveau et également la question de l'embargo sur les armes.

Vous connaissez la position de la France, nous souhaitons qu'il puisse y avoir une solution qui, √† la fois consensuelle et qui permette d'apporter √† la coalition les moyens de se d√©fendre par rapport aux attaques incessantes du r√©gime de Bachar Al Assad. Mais tous les √Čtats membres ne partagent pas n√©cessairement ce point de vue. Nous travaillerons lundi pour essayer de b√Ętir un compromis europ√©en.

Nous avons √©galement fait le point sur la question du Sahel et du Mali apr√®s la conf√©rence des donateurs qui a eu lieu le 15 mai dernier. Les nouvelles, s'agissant du Mali, sont plut√īt encourageantes. Sur le terrain, il y a la mobilisation de la communaut√© internationale et je veux souligner √† quel point l'implication et la contribution de l'Allemagne sont importantes. Sur le plan politique et d√©mocratique, les choses semblent avancer mais la route est encore longue. Personnellement, je me rendrai la semaine prochaine √† Bamako pour faire un point d'√©tape d√©taill√©.

Nous avons √©galement parl√© du Niger o√Ļ vous savez qu'hier se sont produites des attaques extr√™mement meurtri√®res que nous condamnons vigoureusement. J'ai eu l'occasion d'avoir le pr√©sident du Niger au t√©l√©phone.

Bien s√Ľr, nous avons aussi abord√© la question de la Libye car, ayant eu l√† aussi le Premier ministre libyen au t√©l√©phone hier, il y a une action importante √† mener pour la s√©curit√© de ce pays.

Enfin, nous avons avec mon collègue et ami évoqué un certain nombre de dossiers qui touchent le voisinage de l'Europe notamment le chemin pris par la Serbie et par le Kosovo, avec l'accord qui est intervenu le mois dernier. Ceci constitue pour ces deux pays une étape très importante sur la voie de leur rapprochement avec l'Union européenne. Il y aura des décisions à prendre mais, s'agissant de la France, vous savez qu'elle est très favorable à ce rapprochement.

Et puis, même si nous l'avons fait rapidement, nous avons abordé la question du voisinage oriental de l'Union européenne, sujet sur lequel nous continuons de travailler.

Je voudrais conclure ce court propos en vous disant que c'est une chance quand il y a, à la fois, un partenariat d'une très grande qualité comme c'est le cas entre l'Allemagne et la France et quand ce partenariat se double d'une amitié personnelle entre les titulaires des affaires étrangères. Cela rend le travail, non seulement efficace mais extrêmement agréable. Mon dernier mot sera pour dire en cette circonstance que le partenariat franco-allemand est fondamental pour l'avenir européen et pour l'avenir de nos deux pays.

Q - Pouvez-vous nous pr√©ciser o√Ļ vous en √™tes sur la question du Hezbollah ? Vous avez parl√© de la Syrie, on sait que le Hezbollah s'implique de plus en plus dans les combats en Syrie. J'aimerais avoir une pr√©cision sur cette √©ventuelle position commune et avec d'autres pays europ√©ens.

Deuxième question, ne craignez-vous pas que la France, dans cette affaire, soit plus exposée de par sa présence au Liban, je pense notamment aux soldats français de la FINUL, à d'éventuelles représailles ou d'éventuelles conséquences du placement du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes ?

R - La question du Hezbollah est posée depuis longtemps. Et il y a un certain nombre d'indications évidentes qui conduisent la France à prendre position. D'abord, vous savez que la branche armée du Hezbollah est impliquée dans toute une série d'exactions qui ont été commises à l'étranger. Vous savez, d'autre part - c'est de notoriété publique - que le Hezbollah lui-même a déclaré intervenir et il le fait massivement dans le conflit syrien. Il y a d'autres éléments qui conduisent la France, comme d'ailleurs d'autres pays européens, à considérer que la branche armée du Hezbollah doit être mise sur la liste des Européens au titre de ce qu'on appelle les organisations terroristes. C'est quelque chose qui doit être examiné par les Européens prochainement.

Il est vrai que la France est présente dans toute cette partie du Proche et du Moyen-Orient. Il est vrai aussi que la France est traditionnellement l'amie du Liban, et qu'elle le reste. Il n'y a évidemment aucune contradiction, bien au contraire, entre l'amitié que nous portons au Liban et le fait de demander l'inscription d'un groupe terroriste sur la liste européenne.

Q - Vous avez évoqué la question de la Libye en parlant du Niger, je voulais savoir si vous partagez l'idée, vraisemblablement de certains responsables dans la région, que cette attaque au Niger aurait été menée de la Libye notamment ?

R - Sur la question de la Libye, plusieurs hypoth√®ses ont √©t√© √©mises apr√®s ces attaques criminelles. Il faut bien s√Ľr les v√©rifier et la France est un des pays qui dispose des moyens de le faire. Je ne suis pas en √©tat aujourd'hui de vous dire exactement d'o√Ļ venaient ces criminels mais parmi les hypoth√®ses qui ont √©t√© √©mises, il y a le sud de la Libye. Mais cela peut aussi √™tre d'autres territoires.

Au-del√† de cette affaire extr√™mement grave pour laquelle, comme le pr√©sident de la R√©publique fran√ßaise, je redis notre solidarit√© totale avec nos amis nig√©riens, il y a en Libye une situation pr√©occupante. Nous savons tous que le gouvernement libyen fait le maximum pour essayer d'assurer la s√©curit√© mais c'est un territoire tr√®s vaste o√Ļ il reste beaucoup d'armes, o√Ļ il y a toute une s√©rie de tribus, o√Ļ il y a les s√©quelles de ce que faisait M. Kadhafi. Donc notre int√©r√™t √† tous, je veux dire aussi bien les puissances europ√©ennes que les pays limitrophes, est que la s√©curit√© soit pleinement assur√©e en Libye.

Je vous rappelle, par ailleurs, que l'ambassade de France à Tripoli a fait l'objet, il n'y a pas longtemps, d'un attentat extrêmement grave et qui aurait pu être plus grave encore. Je rappelle - parce que parfois on l'a oublié - qu'il y a de cela quelques semaines - à la demande d'ailleurs des autorités libyennes - nous avions accueilli en France une réunion, une conférence sur comment développer la sécurité en Libye.

Je rappelle aussi que l'Union européenne a décidé d'aider, par une mission, à solidifier les frontières en Libye et que d'autres pays se préoccupent de cette question. Je m'en suis donc entretenu, pas plus tard qu'hier, avec le Premier ministre libyen. Nous sommes sur la même longueur d'ondes et, dans les semaines qui viennent, vous verrez certainement toute une série d'initiatives pour renforcer la sécurité en Libye.

Q - Monsieur le Ministre, on sait que la France a chassé les djihadistes au Mali, mais un problème se pose : la France voudrait amener le Mali aux élections. Or, dans la société civile malienne, des voix s'élèvent pour dire que les élections pour le mois de juillet ne seront pas possibles au Mali. Quels sont les éléments que vous avez pour soutenir cette vision de la France d'amener effectivement le Mali aux élections au mois de juillet ?

R - Ce n'est pas simplement la position de la France, c'est d'abord la position du président du Mali et du gouvernement malien qui, d'une façon tout à fait autorisée, après avoir étudié les éléments techniques, ont fixé en liaison avec l'Assemblée nationale malienne le premier jour de l'élection présidentielle au 28 juillet. C'est également la position de l'Organisation des Nations unies qui considère à juste titre, comme l'Allemagne, comme la France, que tout notre travail au Mali doit reposer sur un triangle. Il y a la question de la sécurité qui est en train d'être traitée, il y a la question du développement économique sur laquelle nous avons eu une réunion très fructueuse récemment à Bruxelles. Et puis, il y a la question de la démocratie, et on ne peut pas dissocier un élément du triangle des autres.

Pour qu'il y ait une d√©mocratie active, il faut bien s√Ľr qu'il y ait des √©lections et qu'il y ait un dialogue, une r√©conciliation comme on dit entre le Sud et le Nord et entre les diff√©rents groupes de la population. Une commission au dialogue et √† la r√©conciliation a √©t√© mise sur pied.

D'autre part, comme vous le savez certainement, des discussions ont lieu en ce moment avec une base internationale et des autorités nationales avec certains éléments de Kidal. Il y a eu un travail technique très avancé qui fait que l'édition, j'entre dans les détails, des cartes électorales a été confiée à une société et que les cartes électorales seront disponibles au mois de juin. Et il y a évidemment tout un travail qui a été fait par l'équivalent du ministère de l'intérieur malien pour faire en sorte que le vote puisse avoir lieu.

Apr√®s, √©videmment, cela rel√®ve des autorit√©s maliennes qui sont en train d'organiser tout cela mais j'ai eu l'occasion moi-m√™me de r√©unir, la derni√®re fois que je suis all√© √† Bamako - c'√©tait il y a quelques semaines -, les pr√©sidents des principaux partis et ce sont eux qui sont directement int√©ress√©s, bien s√Ľr, et tous m'ont dit qu'ils souhaitaient que les √©lections aient lieu √† cette date et que cela √©tait parfaitement possible. Alors voil√† o√Ļ nous en sommes.

Bien évidemment, le souhait de chacun, dès lors qu'il est démocrate, c'est que les élections aient lieu à leur date et dans de bonnes conditions. Les autorités maliennes comme la société civile, disent- je ne connais pas beaucoup d'exceptions à cela - que c'est parfaitement possible.

Cela dit bien s√Ľr, il reste du travail √† faire parce que, quand on passe d'une situation d'occupation par les terroristes √† une situation de d√©mocratie. Cela implique un changement extr√™mement important mais je pense que, d√®s lors que nous sommes tr√®s vigilants et que le travail est fait par les uns et par les autres, il y a tout lieu d'√™tre confiant.

Quand nous aurons le vote de la population malienne en direction d'une nouvelle présidence, puis des élections législatives en même temps que le dialogue, en même temps que la sécurité, en même temps que les outils du développement économique, que la réinstallation de l'administration malienne dans l'ensemble du territoire, eh bien je pense que du bon travail aura été fait./.

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3. Politique de d√©fense - Intervention du pr√©sident de la R√©publique, √† l'Institut des Hautes √©tudes de d√©fense nationale (Paris, 24/05/2013)

Je veux commencer par un moment fort, celui que j'ai v√©cu le 15 mai dernier. Je pr√©sidais √† Bruxelles la conf√©rence pour le Mali au niveau des chefs d'√Čtat. Plus de 100 d√©l√©gations venant du monde entier ont salu√© l'intervention de la France. J'ai pu une nouvelle fois mesurer l'influence de notre Nation, le respect qu'elle suscite et les attentes qui sont plac√©es en elle. Elle les doit √† ses militaires et aux personnels civils qui les soutiennent. Leur professionnalisme, leur efficacit√©, leur d√©vouement sont reconnus par tous. Et d'abord par nos concitoyens.

Plus que jamais, la France a besoin d'une défense forte.

D'abord, pour rester ce qu'elle est : un pays indépendant, un allié fiable, une puissance dont les armées sont sollicitées sans discontinuer depuis une dizaine d'années.

Ensuite, pour appréhender le nouveau contexte géopolitique.

En effet, les √Čtats-Unis se d√©sengagent des th√©√Ętres sur lesquels ils s'√©taient impliqu√©s ces derni√®res ann√©es. L'Europe est confront√©e √† une r√©cession qui conduit plusieurs de ses membres √† r√©duire leur effort de d√©fense.

Dans le même temps, les ambitions des puissances émergentes s'affirment à mesure que leur poids économique se renforce. Ainsi, les dépenses militaires de la région Asie - Pacifique, viennent de dépasser celles de l'Union européenne.

Les r√©volutions arabes qui avaient suscit√© de grands espoirs soul√®vent d√©sormais de l√©gitimes inqui√©tudes. En Libye, l'instabilit√© menace non seulement ce pays mais aussi les voisins imm√©diats, mais aussi l'Europe toute proche. Ensuite en Syrie, o√Ļ le conflit a aujourd'hui pris une ampleur qui nous oblige, avec nos alli√©s, √† n'√©carter aucune option, si l'usage des armes chimiques √©tait bien √©tabli. C'est l'enjeu de la prochaine conf√©rence de Gen√®ve.

Quant √† l'Afrique, elle est confront√©e, malgr√© un d√©veloppement √©conomique incontestable, √† une ins√©curit√© grandissante. √Ä ce titre, il me para√ģt tout √† fait pertinent que l'Institut des Hautes √©tudes de d√©fense nationale, ait choisi cette ann√©e, comme th√®me d'√©tude, ce grand continent.

La France a besoin d'une d√©fense forte parce que le monde n'est pas plus s√Ľr qu'hier.

La prolif√©ration des armes de destruction massive et de leurs vecteurs met en p√©ril l'√©quilibre de r√©gions enti√®res, comme nous le constatons avec l'Iran et la Cor√©e du Nord. Le terrorisme s'en prend √† nos ressortissants, frappe nos int√©r√™ts - nous avons encore une illustration ces derni√®res heures - et outrage partout nos valeurs. Les trafics de drogue - grand enjeu √† mon sens des relations internationales -, les trafics d'armes souvent li√©s et le blanchiment d'argent qui accompagnent les autres trafics se conjuguent pour affaiblir des √Čtats et surtout pour d√©structurer les soci√©t√©s.

Dois-je ajouter qu'il y a maintenant de nouveaux risques ? Celui de cyber attaque avec des capacités informatiques offensives particulièrement redoutables. Notre dépendance à l'égard des systèmes d'information nous rend plus vulnérables à des risques de paralysie, voire de destruction à distance des réseaux d'importance vitale sur le plan économique et même militaire.

Face à ces menaces, la France doit se donner un objectif, un seul : à tout moment assurer sa sécurité, répondre aux attentes de ses partenaires comme de ses alliés, et préserver la paix dans le monde.

La France y a vocation parce que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, elle a cette responsabilité. La France y a vocation parce qu'elle est un pays fondateur de l'Union européenne, elle porte un idéal de paix entre les nations.

La France y a vocation parce qu'elle est dépositaire par son histoire, d'une capacité militaire et diplomatique, qu'elle met au service de ses propres intérêts - et nous devons les revendiquer - et du droit international.

Chef de l'√Čtat, chef des arm√©es, il me revient de d√©finir les orientations d'une politique de d√©fense qui r√©ponde √† ces obligations.

Cette charge, je l'assume pleinement depuis les premiers jours de ma prise de fonction.

C'est elle qui m'a conduit à prendre la décision de retirer dès la fin de l'année dernière nos troupes combattantes d'Afghanistan. On me disait que c'était impossible, dangereux même ! C'est fait - depuis le 15 décembre 2012. Je veux en féliciter tous ceux qui ont contribué à ce retrait dans des conditions de sécurité rigoureuses pour nos soldats et en pleine concertation avec nos alliés. Nous n'avons maintenant que les effectifs en Afghanistan qui correspondent aux missions qui sont prévues par le traité d'amitié et de coopération que nous avons paraphé avec l'Afghanistan.

C'est cette même responsabilité qui m'a convaincu d'engager la France au Mali. Pourquoi ? Parce que nous étions appelés par un pays ami, représenté par son Président légitime ? Oui. Parce qu'il y avait une menace terroriste qui pouvait soumettre le Mali à une emprise dangereuse ? Oui. Parce qu'il y avait un risque pour le Sahel tout entier ? À l'évidence. Mais parce qu'il y avait aussi une menace pour notre propre sécurité.

J'ai donc r√©pondu le premier, au nom de la France, parce que nous √©tions le seul pays disposant de moyens militaires pouvant agir imm√©diatement, √† c√īt√© de nos amis africains. Nous ne sommes pas intervenus √† la place des Africains, mais avec les Africains, permettant maintenant qu'une op√©ration de maintien de la paix puisse √™tre men√©e dans des conditions de l√©gitimit√© internationale, d'une part, et d'efficacit√© d'autre part.

Nous resterons, l√† encore, avec des effectifs moindres dans les prochains mois. Mais nous resterons au Mali et autour du Mali. Parce que nous n'en avons pas termin√© avec le terrorisme. J'ai √©voqu√© ce qui s'est pass√© au Niger, hier, o√Ļ nos int√©r√™ts ont √©t√© directement vis√©s, o√Ļ des Nig√©riens - parce qu'ils nous avaient appuy√©s, soutenus - ont √©t√© l√Ęchement assassin√©s. J'exprime ma solidarit√© √† l'√©gard du pr√©sident Issoufou et de la population du Niger. Mais c'est une preuve suppl√©mentaire que le combat que nous engageons contre le terrorisme, c'est un combat dans lequel tous les pays doivent, √† un moment ou √† un autre, √™tre partie prenante, d√®s lors qu'ils portent les valeurs qui sont les n√ītres. Notamment en Afrique, nous devons apporter toute notre solidarit√©, tout notre soutien, tout notre appui, aux pays de l'Afrique de l'Ouest qui sont confront√©s √† ce fl√©au du terrorisme. Nous continuerons √† le faire.

C'est toujours ma responsabilité que de présenter aux Français un nouveau Livre blanc qui sera prolongé par une loi de programmation militaire qui fixera les moyens à consacrer à notre défense, autour de trois priorités : la protection, la projection et la dissuasion.

Notre territoire et nos concitoyens, dans l'hexagone et en outre-mer doivent √™tre prot√©g√©s. C'est notre premier devoir. Pour y parvenir, il exige des disponibilit√©s permanentes de surveillance et de r√©action terrestres, a√©riennes et maritimes. Des moyens doivent pouvoir √™tre mobilis√©s √† tout moment pour intervenir aux c√īt√©s des forces de s√©curit√© int√©rieure et de s√©curit√© civile lorsque c'est n√©cessaire.

Parallèlement, la France doit être en mesure de projeter des forces préparées et équipées, à son initiative ou dans le cadre d'une coalition. Dans cet esprit, au-delà du volume de forces projetables, j'ai souhaité que soit encore améliorée l'efficacité opérationnelle de nos armées. Elles disposeront de 66.000 soldats projetables organisés en brigades terrestres. Elles pourront intervenir à partir du groupe aéronaval autour du porte-avions Charles de Gaulle. Elles auront aussi des capacités amphibies et sous-marines. Les moyens aériens nous donneront la possibilité d'appréciation de situation et de frappe dans la profondeur. Voilà l'ensemble de notre dispositif de projection. J'ajoute que les personnels engagés bénéficieront d'une protection juridique élargie. Les ministères de la défense et de la justice doivent y travailler. Des mesures seront présentées en ce sens notamment dans le cadre de la loi de programmation militaire.

Enfin, la France doit assurer la crédibilité de sa dissuasion. Dois-je rappeler son caractère stratégique ? Elle nous protège de toute agression ou de tout chantage qui menacerait nos intérêts vitaux. C'est sa raison d'être. Elle préserve notre liberté d'action et notre souveraineté. Elle convainc tout adversaire de ne pas s'en prendre à la France au risque de dommages considérables pour son territoire.

Notre doctrine est fondée sur le principe de stricte suffisance. Cela permet à la France de montrer l'exemple en matière de désarmement nucléaire.

De cette garantie ultime, certains d√©noncent r√©guli√®rement le co√Ľt pour nos finances publiques. Je veux leur r√©pondre. La d√©pense affect√©e √† la dissuasion repr√©sente aujourd'hui 11 % du budget annuel de la d√©fense. 11 % est-ce trop pour sanctuariser la s√©curit√© de notre pays ? Je ne le pense pas. D'autant plus que l'innovation et la recherche nous ont permis de r√©aliser des √©conomies substantielles sur les programmes. J'ai donc pris la d√©cision de conserver les deux composantes, oc√©anique et a√©roport√©e. Le r√©cent √©chec de l'essai d'un missile M51 apr√®s cinq succ√®s, nous rappelle que la mobilisation de nos technologies est une conqu√™te exigeante et n√©cessite une vigilance permanente. Je tirerai toutes les conclusions de l'enqu√™te en cours.

Aujourd'hui, je tiens à renouveler ma confiance dans les personnels exceptionnels qui assurent, en toute circonstance, en tout point du monde, notre dissuasion.

Il reste que la défense nationale est un investissement lourd pour la Nation.

C'est pourquoi je suis attentif à l'adéquation de nos ressources budgétaires rares à nos objectifs impérieux, surtout dans cette période. Aussi, les miens reposeront sur un seul critère : l'intérêt national. Car je dois préparer notre pays à relever les défis, pour les 15 prochaines années, qu'il peut rencontrer.

Ce qui ne signifie pas ¬ęd√©penser plus¬Ľ au nom d'une couverture de tous les risques possibles, ni ¬ęd√©penser moins¬Ľ au nom d'un abaissement de notre ambition. Il faut ¬ęd√©penser juste¬Ľ, le bon niveau, pour √† la fois s√©curiser nos objectifs et en m√™me temps ma√ģtriser nos comptes publics et dire, √† tout moment, la v√©rit√© aux Fran√ßais.

Georges Clemenceau avait une belle formule : ¬ęIl faut savoir ce que l'on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire¬Ľ. Les lois de programmation militaire de ces derni√®res d√©cennies n'ont pas appliqu√© √† la lettre le principe de Georges Clemenceau. Non pas que la Nation n'ait pas dit ce qu'elle voulait, elle l'affirmait et ces textes √©taient des r√©f√©rences utiles. Non pas qu'elle n'avait pas le courage de dire. Mais elle n'avait pas toujours la possibilit√© de faire. Nous devons donc faire en sorte d'assurer, √† la fois, la souverainet√© de notre pays pour ses d√©cisions strat√©giques et, en m√™me temps, garantir la souverainet√© de notre pays pour assurer la ma√ģtrise de nos comptes publics - et ne pas d√©pendre de l'ext√©rieur et notamment des march√©s pour le financement de notre dette souveraine.

J'ai donc décidé comme réaliste de maintenir à son niveau actuel l'effort pour notre défense. Le budget sera fixé en 2014 à 31,4 milliards d'euros c'est-à-dire exactement le même montant qu'en 2012 et en 2013. Pour l'ensemble de la période 2014-2025, nos forces disposeront de 365 milliards d'euros, dont 179,2 milliards d'euros pour la période 2014-2019.

Dans le pass√©, les objectifs ambitieux annonc√©s dans nos lois de programmation n'ont pas pu √™tre tenus. Je n'aurai pas la cruaut√© de rappeler les pr√©c√©dents. L'√©cart entre les engagements et la r√©alit√© n'a cess√© de s'accro√ģtre ; ce qui nous a conduit √† une impasse qui doit d√©sormais √™tre int√©gr√©e dans l'exercice √† venir, car l'on ne peut jamais oublier la continuit√© de l'√Čtat et faire comme si tout pouvait recommencer. Nous sommes forcement comptables de ce qui n'a pas √©t√© pay√© hier.

Ainsi, il y aura des conséquences. Nous avons voulu avec le Premier ministre et les ministres concernés les maitriser. Au terme de la loi de programmation militaire 2014/2019, les effectifs du ministère seront réduits de 24.000 hommes supplémentaires pour atteindre de l'ordre de 250.000 personnels de la défense. Ce chiffre, je veux que chacun l'ait à l'esprit : c'est l'effectif le plus important d'Europe. Nous sommes le pays qui dispose, non seulement, de la dissuasion nucléaire, mais qui dispose, sur la plupart des équipements, des matériels pouvant offrir une capacité d'action et d'intervention ; et le pays d'Europe qui a l'effectif - en termes de personnels militaires et civils - le plus important. Cela renvoie donc à nos responsabilités. Mais cela nous permet aussi d'être un pays influent, un pays actif, un pays qui peut parler parce qu'il a les moyens aussi de pouvoir se faire respecter.

Deuxième conséquence, par rapport aux sites d'implantation militaire dans l'hexagone. Sujet toujours sensible pour les personnels concernés, pour les élus des territoires. J'ai demandé qu'une attention particulière soit portée pour que nous puissions maintenir une présence partout sur le territoire et éviter des fermetures de site. Mais je suis aussi attentif à ce qu'en outre-mer, nous puissions également assurer notre présence.

Nos équipements, doivent être ajustés à la réalité des menaces d'aujourd'hui et de demain.

Nos forces seront dot√©es √† l'horizon 2025 - 2030 de mat√©riels modernes et performants, prenant en compte l'√©volution des modes de confrontations arm√©es. Je pense aux drones de surveillance et de combat, dont la d√©cision de les commander a √©t√© trop longtemps diff√©r√©e, au risque d'√™tre amen√©s dans certaines interventions √† demander et √† solliciter l'appui de nos alli√©s. Nous avons donc l'obligation aujourd'hui de commander ces mat√©riels. Nous avons aussi la volont√© d'engager les commandes des avions de transport A 400 M et de ravitaillement en vol MRTT, aux missiles anti-navires l√©gers ou encore aux fr√©gates multir√īles FREMM et aux v√©hicules blind√©s VBMR.

Pour faire face également aux nouvelles menaces que j'ai évoquées - cyber-attaques, terrorisme - les crédits consacrés au renseignement, à la police et à la justice seront augmentés. Je tiens aussi à relancer la politique spatiale avec les satellites d'observation MUSIS et d'interception électromagnétique CERES.

Tous ces investissements indispensables à la préparation du futur s'ajouteront aux programmes déjà lancés : Rafale, hélicoptères d'attaque Tigre et de transport NH-90, sous-marins Barracuda et le système Félin. Aucun programme lancé ne sera arrêté, à la fois, pour des raisons de capacité, d'efficacité, mais aussi parce que j'entends préserver notre industrie de défense.

J'en connais les atouts d'abord sur le plan des effectifs, de l'emploi, de sa présence sur le territoire. Il y a là de grandes entreprises que nous connaissons bien et qui nous connaissent bien. Mais il y a aussi un tissu de plusieurs milliers de PME et de PMI. Nous avons l'une des premières industries de défense en Europe. Nous devons encore améliorer son niveau.

L'effort de recherche et de développement sera maintenu à haut niveau. C'est essentiel pour garantir à nos armées les matériels dont elles auront besoin demain. C'est indispensable pour exporter et pour avoir l'impact le plus fort sur l'industrie civile.

La diversification fait aussi partie de nos atouts. La modernisation de notre appareil de production se poursuivra. Les participations d√©tenues par l'√Čtat √©volueront. Des alliances industrielles nouvelles seront nou√©es notamment √† l'√©chelle europ√©enne. Et les salari√©s devront √™tre form√©s en m√™me temps qu'ils seront associ√©s √† l'avenir de leur entreprise et de leur savoir-faire.

C'est un enjeu de compétitivité mais aussi de souveraineté.

La souveraineté, ce n'est pas l'isolement. C'est aussi d'être capable d'agir avec les autres.

Les opérations militaires récentes ont montré combien nous devons travailler avec l'Union européenne pour être en mesure de répondre aux crises.

C'est pourquoi la France veut ouvrir une nouvelle étape de l'Europe de la défense. Plusieurs facteurs nous y conduisent.

La nécessité partagée de redresser nos finances publiques nous invite à mutualiser des capacités, à prendre davantage d'initiatives et à nous appuyer sur les matériels fabriqués en coopération, en tenant compte des savoirs faire de chacun.

C'est ce que la France fait déjà avec le Royaume Uni, pour construire notamment une force d'intervention conjointe.

C'est aussi ce que la France veut faire avec l'Allemagne, y compris pour des op√©rations militaires ext√©rieures. De m√™me, je souhaite poursuivre nos partenariats avec la Belgique, l'Italie ou l'Espagne et associer les nouveaux membres de l'Union europ√©enne √† cette d√©marche. √Ä commencer par la Pologne et les pays du groupe de Visegrad car l'Europe de la d√©fense, cela doit √™tre l'Europe toute enti√®re, y compris celle qui hier √©tait de l'autre c√īt√©.

Je ferai des propositions d'ici le Conseil européen de décembre 2013.

Elles porteront sur nos présences dans les Balkans, en Méditerranée, au Proche-Orient, en Asie. Partout, l'Europe doit agir de façon mieux coordonnée. Réfléchit-elle à ce que nous pourrions faire mieux et peut-être moins cher ?

Elles concerneront aussi nos coopérations dans les domaines du transport aérien, des satellites d'observation, du ravitaillement en vol, des drones pour ne citer que quelques exemples.

Les échecs du passé ne doivent pas nous décourager mais au contraire nous inviter à persévérer. Notre ambition, c'est de promouvoir, pour l'industrie de défense européenne, des champions européens. C'est déterminant pour le maintien d'une base industrielle et technologique compétitive.

Le grand sujet pour l'Europe n'est pas simplement d'avoir un grand marché, d'avoir une zone monétaire stable. Cela ce sont des conditions. C'est d'avoir aussi une politique industrielle. Et dans la politique industrielle, il y a l'enjeu de la défense.

La France est dans l'Europe mais elle agit aussi dans le cadre de l'OTAN. Le rapport présenté par Hubert Védrine - je le remercie pour ses réflexions - m'a conduit à confirmer notre présence dans le commandement militaire intégré de l'Alliance atlantique, tout en intensifiant notre influence en son sein.

Mais il ne s'agit pas de perdre notre liberté de décision et d'action et encore moins de diluer le caractère national de notre défense.

Mesdames, Messieurs,

La France a toujours eu un lien singulier avec son armée. J'entends parfois dire que cette relation se serait distendue, avec la professionnalisation de ces personnels et avec la disparition de toute menace vitale à nos frontières. Eh bien, je ne le crois en aucune façon. Je ne constate rien de tel. Le soutien apporté par nos concitoyens à nos soldats est la preuve de l'attachement des Français à leur défense.

Quand on songe √† ce qu'√©tait l'image de l'arm√©e il y a 30 ou 40 ans dans un contexte diff√©rent de guerre froide, de d√©colonisation. Ce qu'√©tait le lien parfois contest√©, y compris √† travers la conscription. Et ce qu'est aujourd'hui le lien, je consid√®re que la relation s'est confort√©e mais, d'un certain point de vue, la fin de la conscription a √©t√© aussi un √©loignement et une forme d'acceptation d'une assurance pass√©e, g√©n√©ralement consid√©r√©e comme co√Ľteuse, sans que l'on sache exactement le prix. Mais une forme de d√©l√©gation de la responsabilit√© et d'ignorance de la r√©alit√© de ce qu'est l'institution militaire. C'est la raison pour laquelle nous devons renforcer le lien.

Comment ?

En associant davantage la soci√©t√© fran√ßaise dans toute sa diversit√© √† la connaissance de l'institution militaire. C'est le r√īle que joue notamment l'Institut des Hautes √©tudes de d√©fense nationale, dont je salue l'action ici. Pas simplement en accueillant des professions brillantes, ce que l'on pense √™tre l'√©lite du pays qui s'y retrouvera. Mais en s'adressant au-del√†, √† toute la nation, √† la jeunesse en particulier. Celle qui se sent peut-√™tre moins concern√©e et qui, pourtant, doit √™tre √©galement prot√©g√©e par rapport √† un certain nombre de fl√©aux, de menaces que j'indiquais comme √©tant susceptibles de renforcer encore nos outils et nos protections.

C'est la responsabilité aussi du Parlement. J'ai tenu à ce que le gouvernement respecte pleinement ses droits, en matière d'information et de délibération sur les opérations dans lesquelles sont engagées nos forces.

J'ai aussi souhaité que la politique d'exportation d'armement fasse l'objet de rapports annuels débattus devant les commissions compétentes des assemblées. Là aussi, ne craignons rien de la transparence doit encore progresser. Nous veillerons à traiter, en particulier, la situation des intermédiaires.

Car chaque √Čtat doit se montrer rigoureux dans le contr√īle de ses exportations d'armement comme nous y incite le trait√© sur le commerce des armes conventionnelles que la France a contribu√© √† faire adopter notamment aux Nations unies.

Le contr√īle du Parlement sera √©galement am√©lior√© en mati√®re de renseignement. Loin d'affaiblir notre s√©curit√©, l'information confirme la l√©gitimit√© et l'efficacit√© de nos dispositifs.

Le lien entre la Nation et son armée, c'est aussi les réserves opérationnelle et citoyenne. Je veux les saluer. Nous y ajouteront une branche nouvelle pour la cyber défense dont l'objectif sera de mobiliser de jeunes techniciens et informaticiens intéressés par les enjeux de sécurité.

D'une mani√®re g√©n√©rale, rien n'est plus important que d'encourager les jeunes g√©n√©rations √† prendre conscience du destin singulier de notre pays, de son histoire. D'o√Ļ l'importance des c√©l√©brations de l'ann√©e prochaine - le ministre d√©l√©gu√© aux Anciens combattants y travaillera : le centenaire de la Premi√®re guerre mondiale, le 70√®me anniversaire du d√©barquement puis de la Lib√©ration.

Il y aura des manifestations importantes sur le plan international. Nous inviterons tous ceux qui ont été belligérant. Nous ferons en sorte de pouvoir donner, là encore, tout l'esprit qui s'attache à ces célébrations. C'est-à-dire de bien comprendre ce qui s'est produit, de bien analyser ce que furent ces conflits, ces guerres qui se sont produites à l'échelle internationale, même la Première, avec des destructions considérables.

Nous veillerons aussi à en faire des évocations citoyennes pour que les jeunes sachent bien ce qu'est la guerre, pour mieux apprécier ce qu'est la paix.

La défense de la France, c'est une grande histoire. C'est aussi notre avenir.

La défense de la France, c'est la sécurité de l'Europe.

La défense de la France, ce sont des moyens au service de la préservation de la paix.

La défense de la France, ce sont des femmes et des hommes, militaires et civils, dont je veux saluer ici le dévouement.

Encore cette ann√©e 2013, nous avons eu des morts au Mali. Et en 2012, y compris avec le retrait, nous avons eu des morts en Afghanistan. Je n'oublie pas aussi les militaires en op√©ration qui ont pu payer de leur vie, notamment en Guyane. Je n'oublie pas non plus les gendarmes, j'associe √©galement les policiers victimes de l'ins√©curit√© et de la lutte contre tous les trafics. Dans ces moments o√Ļ nous saluons l'effort de la d√©fense, o√Ļ nous revendiquons un certain nombre d'objectifs, je pense aux familles aujourd'hui de ces soldats, de ces gendarmes, de ces policiers.

¬ęLes grands pays le sont pour l'avoir voulu ¬ędisait le g√©n√©ral de Gaulle. La France veut toujours √™tre une grande Nation. Non pas pour elle-m√™me, non ! Pour porter les valeurs de la R√©publique. Merci √† tous d'y contribuer.

Je veux donc ici, redire l'engagement qui est le mien, la conviction que nous préparons l'avenir, et vous exprimer ma gratitude pour contribuer à la défense de notre pays./.

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4. Union europ√©enne - Zone euro - R√©ponse du ministre d√©l√©gu√© charg√© des affaires europ√©ennes, M. Thierry Repentin, √† une question d'actualit√© au S√©nat (Paris, 23/05/2013)

L'union économique et monétaire appelle un gouvernement économique qui détermine et conduise une politique conforme aux intérêts de la zone euro. La gauche française, et en particulier les radicaux de gauche, le demande depuis la création de l'Europe. La crise a démontré l'insuffisance des structures actuelles. Il faut y remédier. Nous voulons une autorité politique identifiée, capable de décider et d'agir, de parler d'une seule voix.

Ce gouvernement sera responsable devant les citoyens mais aussi devant le Parlement européen et les parlements nationaux. Pour le consacrer, il faut réunir plus souvent le sommet de la zone euro en y impliquant toutes les institutions, y compris la BCE. Il aura à délibérer sur les questions de fiscalité et les questions sociales. Il faudra donner à l'eurogroupe une présidence à temps plein. Ce gouvernement aura une capacité budgétaire en disposant de ressources distinctes, en plus du budget de l'Union.

Telle est la volonté du président de la République. Les choses peuvent s'engager dès maintenant. Je sais pouvoir compter sur votre soutien./.

(Source : site Internet du Sénat)

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5. Union europ√©enne - Politique de l'emploi - Communiqu√© du minist√®re du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social (Paris, 24/05/2013)

À quelques semaines d'un Conseil européen important pour l'Union européenne, Michel Sapin, ministre du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social, a réuni vendredi 17 mai ses homologues, ministres du travail socialistes et sociaux-démocrates pour un déjeuner de travail.

Le commissaire européen Laszlo Andor en charge de l'emploi, des affaires sociales et de l'inclusion, Bernadette Segol, Secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats, Pervenche Beres et Alejandro Cercas, parlementaires européens ont également participé à ce déjeuner.

Les ministres ont réaffirmé leur volonté de proposer des mesures concrètes pour faire avancer l'Europe, une Europe qui soit celle des peuples et non celle de l'austérité.

La premi√®re de ces mesures est de r√©pondre au taux insupportable de ch√īmage des jeunes partout en Europe, deux fois sup√©rieur au taux moyen de ch√īmage. Les ministres ont rappel√© la n√©cessit√© de mettre en place tr√®s rapidement la ¬ęgarantie pour la jeunesse¬Ľ adopt√©e au niveau europ√©en pour assurer que tout jeune qui sort du syst√®me √©ducatif se voie proposer dans un d√©lai de quatre mois soit un emploi soit une formation soit un stage de qualit√©. Des mesures doivent √©galement √™tre propos√©es pour d√©velopper la formation en alternance et cr√©er une v√©ritable Europe de l'apprentissage. La France travaille avec ses partenaires, notamment avec les autres gouvernements sociaux-d√©mocrates et socialistes mais aussi avec l'Allemagne sur ce sujet, pour faire √©merger d'ici le Conseil europ√©en de juin des propositions concr√®tes, auxquelles la BEI pourrait √™tre associ√©e.

Plus globalement, les ministres socialistes et sociaux-d√©mocrates sont convaincus de la n√©cessit√© d'avancer vers un socle commun de protection, notamment √† travers la mise en place d'un salaire minimum d√©fini au niveau national et selon les modalit√©s propres √† chacun des √Čtats. L'Europe, pour ne pas √™tre une course au moins-disant social, suppose une forme d'harmonisation vers le haut. Cette n√©cessit√© de r√®gles communes trouve une illustration dans les discussions actuelles sur la r√©forme de la directive relative au contr√īle des r√®gles de d√©tachement des travailleurs, afin d'√©viter leur contournement.

Le détachement ne doit pas conduire au dérèglement. La France maintiendra dans ces discussions une position ferme et exigeante, en particulier pour la responsabilité solidaire du donneur d'ordre.

Ces objectifs doivent s'appuyer sur une m√©thode nouvelle, avec un dialogue social europ√©en renouvel√©. Cela suppose de revoir le moment et les modalit√©s de la consultation des partenaires sociaux au niveau europ√©en, qui ne permet pas aujourd'hui un dialogue suffisamment fructueux. Il faut √©galement prendre en compte syst√©matiquement les impacts sociaux dans les d√©cisions √©conomiques prises au niveau europ√©en. C'est une exigence √† la fois politique, sociale et √©conomique, notamment dans la zone euro dont la stabilit√© se trouve mise en cause par des d√©s√©quilibres sociaux. C'est pourquoi les ministres ont r√©affirm√© la n√©cessit√© de renforcer la dimension sociale de l'UEM, et plaid√© pour que le rapport sur l'UEM que remettra H. Van Rompuy au Conseil europ√©en de juin propose un v√©ritable ¬ętableau de bord social¬Ľ des pays de la zone euro./.

(Source : site Internet du ministère du travail, de l'emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social)

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6. Union europ√©enne - Exception culturelle - Communiqu√© du minist√®re de la culture (Paris, 23/05/2013)

Le Parlement europ√©en a adopt√© le 23 mai une r√©solution sur le projet d'accord de libre-√©change avec les √Čtats-Unis, qui demande l'exclusion des services audiovisuels et la pr√©servation de l'exception culturelle.

L'exception culturelle n'est pas n√©gociable. Dans un communiqu√© dat√© du 25 mai, Aur√©lie Filippetti a salu√© ¬ęl'adoption par le parlement europ√©en d'une r√©solution sur le projet d'accord de libre-√©change avec les √Čtats-Unis, qui demande sans aucune ambigu√Įt√© l'exclusion des services audiovisuels et la pr√©servation de l'exception culturelle.¬Ľ

C'est la position constante de la France. C'est aussi le message que la ministre a envoy√© le 23 mai aux d√©put√©s fran√ßais du Parlement europ√©en, qui l'ont entendu. ¬ęL'exception culturelle, poursuit Aur√©lie Filippetti, n'est pas n√©gociable et le secteur audiovisuel doit donc √™tre exclu du mandat de la commission. √Ä nouveau, le Parlement europ√©en d√©montre sa lucidit√© et sa capacit√© √† d√©fendre l'int√©r√™t g√©n√©ral europ√©en.¬Ľ

Le 13 mai, treize ministres de la culture europ√©ens avaient cosign√© avec Aur√©lie Filippetti une lettre pour demander pr√©cis√©ment que le secteur audiovisuel soit exclu des n√©gociations sur l'accord de libre-√©change entre les √Čtats-Unis et l'Union europ√©enne. Une position que la Ministre avait notamment de nouveau d√©fendue vendredi 17 mai √† Bruxelles, lors de la r√©union des ministres de la culture europ√©ens puis en adressant le 22 mai une lettre √† l'ensemble des d√©put√©s europ√©ens./.

(Source : site Internet du ministère de la culture)

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7. Francophonie - Enseignement en anglais dans les universit√©s fran√ßaises - Entretien de la ministre d√©l√©gu√©e charg√©e de la francophonie, Mme Yamina Benguigui, avec le quotidien ¬ęMetro¬Ľ (Paris, 24/05/2013)

Q - Cette mesure a soulevé un vif débat. Le comprenez-vous ?

R - Le débat s'est apaisé. Mais j'entends les inquiétudes. L'article 2 a été enrichi par les échanges. Un nouvel amendement de compromis a d'ailleurs été voté à l'unanimité : l'introduction des langues étrangères devra être justifiée par des nécessités pédagogiques. Je ne pense vraiment pas que la francophonie soit en danger.

Q - Avez-vous été concertée dans sa mise en oeuvre ?

R - J'en avais longuement parl√© avec Genevi√®ve Fioraso, elle conna√ģt mes combats et mon discours. On en a beaucoup discut√©, elle m'a concert√©. Je vous rassure, le d√©bat d√©mocratique a bien eu lieu ! Elle a √©t√© tr√®s √† l'√©coute de ce que je lui ai propos√©. Elle a d'ailleurs d√©pos√© trois amendements, qui sont √† mes yeux capitaux : d'abord les √©tudiants √©trangers auront l'obligation d'apprendre le fran√ßais. Ensuite, ils seront √©valu√©s sur leur connaissance de la langue √† la fin de leur cursus. Et puis, c'est important : la francophonie sera inscrite parmi les missions de service public des universit√©s, dans le code de l'√©ducation.

Q - Dans le milieu de la francophonie, certains se sont étonnés que vous n'ayez pas fait plus entendre votre voix dans ce débat : vous vous êtes alignée sur le projet de la ministre...

R - On ne peut pas dire cela. Ces trois √©l√©ments ont √©t√© pos√©s tr√®s vite dans le d√©bat. Quand on me conna√ģt on sait que ce n'est pas le cas. La vocation d'un minist√®re n'est pas de fermer sa bouche, on est en d√©mocratie, on peut travailler entre nous sans convoquer tous les m√©dias. Encore une fois, les d√©bats ont √©t√© tr√®s ouverts./.

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