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Bulletin d'actualités du 11 mars 2013


Sommaire



1. Syrie - CommuniquĂ© de la prĂ©sidence de la RĂ©publique (Paris, 08/03/2013)

Le président de la République s'est entretenu cet après-midi par téléphone avec le président de la Coalition nationale syrienne, M. Moaz Al-Khatib.

Le chef de l'État a salué le rôle de M. Al-Khatib au sein de la Coalition nationale syrienne et sa volonté de rassembler tous les Syriens, quelle que soit leur affiliation politique ou confessionnelle. Il a réaffirmé sa détermination à soutenir l'opposition démocratique de la manière la plus efficace possible et à continuer d'apporter une aide à la population syrienne à travers la Coalition. Il a souhaité que les partenaires européens augmentent leur assistance technique à la Coalition en vue de mieux protéger les civils.

Le président de la République s'est aussi félicité de la décision de la Ligue des États arabes désignant la Coalition comme seul représentant légitime du peuple syrien et l'appelant à former une instance exécutive en vue d'occuper le siège de la Syrie. Cette nouvelle étape est importante dans la reconnaissance internationale de la Coalition dont la France a été parmi les premiers États à la considérer comme seul représentant légitime du peuple syrien.

Le président de la République a soutenu l'initiative de M. Al-Khatib de proposer un dialogue politique. Il l'a informé des consultations qu'il a récemment menées avec plusieurs partenaires internationaux afin de rechercher une solution en coordination avec le Représentant spécial conjoint, M. Lakhdar Brahimi. Le chef de l'État a réitéré la position constante de la France selon laquelle la transition implique le départ de Bachar Al-Assad.

Enfin, le président de la République a salué les efforts de M. Al-Khatib pour obtenir le retour sains et saufs des personnels des Nations unies retenus dans la région du Golan./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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2. Syrie - Conseil affaires Ă©trangères - DĂ©claration Ă  la presse du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius (Bruxelles, 11/03/2013)

Nous avons évoqué toute une série de sujets. Je retiens tout particulièrement l'évocation de la situation en Syrie par M. Lakhdar Brahimi, le représentant du Secrétaire général des Nations unies et de la Ligue arabe. Il nous a décrit la situation dans ce pays et dans la région. Nous sommes deux ans presque jour pour jour après le début de la révolution syrienne et la situation décrite par Lakhdar Brahimi est absolument épouvantable et effroyable sur le plan humain. Nous déplorons plus de 70.000 morts et nettement plus d'un million de personnes réfugiées. En Jordanie et au Liban, les réfugiés syriens représentent un cinquième de la population. Et pendant ce temps, M. Bachar Al-Assad continue à torturer, à assassiner.

Nous avons évoqué avec M. Brahimi ce qui pouvait être fait et, en ce qui concerne la France, il est très clair qu'il faut que la communauté internationale augmente son aide matérielle à la Syrie et aux pays voisins. Il est évident aussi, sur le plan politique et diplomatique, qu'il faut utiliser tous les contacts, tous les canaux, et nous le faisons en liaison avec les Américains, les Russes, les Arabes, pour essayer de trouver une solution politique, mais - j'insiste là dessus -, il me paraît évident aussi que la question d'une levée de l'embargo sur les armes se pose de plus en plus, car nous avons un déséquilibre évident entre Bachar Al-Assad, qui reçoit des armes puissantes venues d'Iran et de Russie, et la Coalition nationale qui ne dispose pas de ces mêmes armes. La question de l'embargo sur les armes, qui a été évoquée ici il y a déjà quelques semaines va devoir, je pense, être reposée très vite car on ne peut pas admettre qu'il y ait un tel déséquilibre qui aboutit au massacre de toute une population./.

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3. Mali - Syrie - Otages - Venezuela - Entretien du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, avec le quotidien «Aujourd'hui en France» - extraits - (Paris, 10/03/2013)

Q - Deux mois après le début de la guerre au Mali, diriez-vous que le plus dur est fait ?

R - Le plus dur, c'est ce que nous sommes en train de terminer. Nos forces armées accomplissent un travail remarquable, dans les Ifoghas, au nord du Mali.

Elles débusquent les terroristes un à un. Cette opération - m'a indiqué mon collègue et ami Le Drian - devrait pouvoir être achevée fin mars. Il y a une autre zone difficile, dans la région de Gao, contre les narcoterroristes du Mujao, particulièrement actifs. À partir d'avril, nous devrions pouvoir retirer certains éléments du dispositif, ce qui ne veut évidemment pas dire que nous partirons du jour au lendemain. Outre le volet militaire, il y a aussi le volet démocratique et celui du développement : ils sont essentiels.

Q - La France maintiendra-t-elle une présence au Mali après la fin des opérations militaires ?

R - Pas avec le même nombre de soldats. Il est prévu que nous passions le relais, notamment aux troupes africaines qui, après décision de l'ONU, interviendront dans le cadre d'une opération de maintien de la paix. La France restera vigilante et disponible. Mais nous voulons éviter tout risque d'enlisement.

Q - Comment résoudre les problèmes politiques qui divisent le pays depuis longtemps ?

R - L'antagonisme est ancien entre le sud et le nord où vivent notamment des Touaregs. Il faut le réduire. Une commission nationale de dialogue et de réconciliation vient d'être décidée. Le président, le Premier ministre et l'Assemblée malienne ont prévu des élections en juillet : elles seront décisives, il ne faut pas perdre de temps. Pour que la paix s'installe durablement, chacun devra faire des efforts.

Q - Les Français ont l'impression qu'on leur cache des informations au sujet de la mort supposée des chefs terroristes, Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar...

R - Il n'y a pas d'information cachée. Simplement, ce qu'a demandé à juste titre François Hollande c'est de vérifier les informations avant de les authentifier. Les corps sont souvent déchiquetés. L'identification n'est pas facile. Des tests sont en cours, en particulier pour Abou Zeid.

Q - Un groupe islamiste nigérian, Ansaru, a déclaré avoir exécuté sept otages occidentaux hier.

Faut-il y voir un risque supplémentaire pour les Français actuellement détenus au Nigeria et dans le Sahel ?

R - Si ces informations étaient confirmées, elles démontreraient une nouvelle fois la cruauté sans limite de ces groupes terroristes. Mais il faut avant toute chose procéder aux vérifications nécessaires.

Q - Ces exécutions vont-elles changer la nature des actions engagées par la France pour obtenir la libération des otages ?

R - Tous les services de l'État, en France et à l'étranger, sont mobilisés pour obtenir la libération des otages et leur retour en France aussi vite que possible. Le centre de crise du Quai d'Orsay est en permanence à la disposition des familles, elles sont très courageuses. S'agissant de nos compatriotes enlevés au Cameroun le 19 février, j'ai reçu leur famille mercredi dernier pour leur redire notre détermination et notre profonde solidarité et je me rendrai au Cameroun et au Nigéria en fin de semaine prochaine.

Q - Bientôt deux ans de conflit en Syrie, un million de réfugiés, près de 70000 morts et la communauté internationale reste attentiste...

R - On ne peut qu'être révoltés devant ce carnage. La France a, la première, envoyé des soutiens et des secours en Syrie dans les zones libérées. Nous avons aussi été les premiers à reconnaître la Coalition nationale syrienne, c'est-à-dire l'opposition. Depuis, beaucoup ont suivi ce chemin et la Ligue arabe envisage de confier le siège de la Syrie à un membre de cette coalition. Nous avons agréé un nouvel ambassadeur syrien, issu de l'opposition, nous l'installerons officiellement à Paris la semaine prochaine. Par de multiples canaux, politiques, diplomatiques et concrets, nous soutenons l'opposition. Nous aidons aussi les pays voisins durement touchés.

Q - Est-il possible de faire évoluer l'embargo sur les armes pour soutenir les insurgés ?

R - Des armes sont livrées à Bachar al-Assad par l'Iran et la Russie. D'autres, moins puissantes, sont fournies aux résistants, jusqu'ici pas par l'Europe. La question a été posée d'alléger l'embargo sur les armes en direction de l'opposition. La France n'est pas fermée. D'autres y sont hostiles. La décision relève du niveau européen.

Q - La résolution du conflit en Syrie passe-t-elle toujours par le départ de Bachar Al-Assad ?

R - Bien sûr. Mais il faut non seulement qu'il s'en aille, mais que les institutions, elles, ne soient pas détruites, pour éviter un chaos supplémentaire. Moaz Al-Khatib (NDLR : le chef de l'opposition) insiste avec sagesse sur le fait que la Syrie de demain devra reconnaître et garantir les droits de chaque communauté, qu'elle soit alaouite, druze, sunnite ou chrétienne. C'est aussi notre position. Nous évoquons tout cela, en faisant le maximum pour avancer, avec notamment les Américains, la Coalition syrienne, plusieurs pays de la région et les Russes. Il y a grande urgence.

Q - Comprenez-vous l'émotion qui a suivi la mort d'Hugo Chavez en Amérique latine ?

R - Je l'avais rencontré. Qu'on l'aime ou non, c'était un homme au charisme exceptionnel qui, pour la population vénézuélienne, a apporté des améliorations sociales et éducatives considérables. Vivant ou mort, il bénéficie d'un énorme prestige sur tout le continent sud-américain. (...)./.

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4. Mali - Entretien du ministre de la dĂ©fense, M. Jean-Yves Le Drian, avec le quotidien «Le Monde» (Paris, 12/03/2013)

Q - Quel bilan tirez-vous de l'opération «Serval», après les actions de traque d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) menées ces deux dernières semaines dans la vallée d'Amettetaï, dans le nord du Mali ?

R - Les opérations se déroulent conformément à l'agenda que nous nous étions fixé. Il fallait d'abord reprendre les villes pour permettre la reprise de l'activité civile, dissiper la peur des populations, ensuite s'organiser pour s'attaquer au sanctuaire historique d'Al-Qaïda, les Ifoghas et Timetrine, au nord-est du Mali. Avec l'appui des Tchadiens, nous avons pris en tenaille cet espace très difficile et nous avons commencé à pénétrer toutes les vallées.

Comme nous le pensions, il s'agissait bien du sanctuaire majeur d'AQMI, qui nous oppose une résistance très violente. Là se trouvent les armes, les chefs, les combattants. Nous poursuivons la libération de ce territoire quasiment mètre par mètre. Il y aura sûrement d'autres combats violents. D'ici trois semaines, si tout se passe comme prévu, ce territoire sera complètement visité.

Q - Cela signifie que d'ici trois semaines, on considérera avoir suffisamment réduit la menace AQMI, même s'il reste quelques combattants dans des grottes ?

R - La sécurité globale sur cet espace aura été retrouvée. Je ne vais pas vous dire qu'on va les traquer jusqu'au dernier. L'objectif donné par le président de la République est bien la libération du territoire du Mali pour lui permettre de recouvrer sa souveraineté. Nous n'y sommes pas encore.

Q - S'agit-il de débuter une autre bataille : pourchasser les terroristes dans l'ensemble du Sahel, avec l'aide des Américains, pendant les dix ans qui viennent ?

R - Je ne vous dirai rien de plus, sauf que nous avons une bonne collaboration avec les Américains, notamment en matière de renseignement. Nos objectifs de guerre n'ont pas changé d'une virgule : bloquer l'offensive djihadiste, libérer le territoire, permettre l'application des résolutions internationales, c'est-à-dire le relais par les forces africaines et maliennes.

On a évidemment neutralisé des chefs et des sous-chefs. Même s'il faut encore la confirmer, la disparition d'Abou Zeid est probable. Cela ne réglera pas tout. AQMI est un tout. C'est l'ensemble de la structure qu'il faut mettre à bas et non pas tel ou tel leader. Parmi les combattants de départ, très nombreux (plus de 3.000), certains mercenaires se sont éparpillés ; d'autres ont rejoint l'étranger, mais c'est devenu plus difficile, car les pays voisins ont fermé leur frontière ; d'autres ont été neutralisés ; d'autres, enfin, se sont regroupés dans l'adrar des Ifoghas où nous avons trouvé beaucoup de terroristes, autour de cinq cents.

Q - Les soldats ont capturé un djihadiste franco-algérien. Existe-t-il une filière ?

R - Une filière internationale, oui. Une filière française, non. Si on avait laissé la situation en l'état, il y aurait eu un creuset, comme en Afghanistan, avec des djihadistes venant de partout. Ce ne sera pas le cas.

Q - Quelle est l'analyse de la situation Ă  Gao ?

R - La situation à Gao est très différente de celle du Nord. Le Nord est le théâtre où était en train de s'organiser le djihadisme international avec les éléments les plus radicaux et doctrinaires, des combattants étrangers. À Gao, nous parlons de Maliens. Il y a historiquement des tensions entre diverses communautés arabes, touareg, peuls, songhaï. C'est depuis longtemps une zone de trafic d'armes et de drogues. Le Mujao, qui est le réseau terroriste de cette région, a prospéré à la fois sur les conflits intercommunautaires et sur les trafics. Il existe de plus une tradition wahhabite à l'intérieur même de Gao.

Cette situation amène des combats violents, d'autant plus difficiles que les groupes sont insérés dans la population. Le combat asymétrique est à Gao. Nous y avons perdu un soldat. Mais, derrière le Mujao, il y a plus de rapports marchands et clientélistes que de relations fondamentalistes. Une attitude ferme de nos forces, liées aux forces maliennes et nigériennes, et une détermination du gouvernement de Bamako à installer des responsables publics dans cette région devraient permettre d'inverser la situation. Il n'est pas certain que les opérations durent plus longtemps que dans les Ifoghas.

Q - Mais on ne mène pas une campagne antiterroriste dans une situation de vide politique ?

Bien sûr. La fin de notre mission doit coïncider avec la solution politique au Mali. Elle passe par deux éléments incontournables. Organiser au plus vite une élection présidentielle, en juillet, le président Traoré me l'a réaffirmé avec force. Ce calendrier est incontournable, car la future autorité politique du Mali a besoin d'une légitimité nationale et internationale. Le deuxième est l'organisation de la commission de dialogue et de réconciliation conformément à la feuille de route. Il faut qu'elle fonctionne le plus vite possible. Le président malien m'a assuré que ses membres seraient connus d'ici une dizaine de jours.

Q - Quelle est la place des Touareg ? La France a dit au départ vouloir s'appuyer sur le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA). Les forces françaises se sont coordonnées avec eux dans les opérations ?

R - Coordonnées oui, mais nous n'avons eu et nous n'aurons aucune action militaire avec les Touareg. Nous n'avons pas dit que nous allions nous appuyer sur tel ou tel mouvement. Il y a eu un message visant l'inclusion de tous dans le débat. Le Mali a plusieurs composantes ethniques, elles doivent être toutes respectées, les Touareg comme les autres, sous réserve que chacune renonce au terrorisme et respecte l'intégrité du Mali. Les Maliens doivent entreprendre le processus réconciliateur. Nous pouvons être des facilitateurs mais en aucun cas nous ne nous substituerons aux Africains.

Q - La force africaine de la CEDEAO, la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA), manque de tout pour prendre le relais, comme si les donateurs attendaient le nouveau mandat de l'ONU poussé par la France pour financer la suite de l'opération. Ça traîne, n'est-ce pas un problème ?

R - Tous les financements annoncés pour permettre à la MISMA de se déployer ne sont pas arrivés. Je n'ose pas imaginer que les contributeurs qui s'étaient affichés à la conférence des donateurs d'Addis Abeba ne soient pas au rendez-vous de leur engagement. Je souhaite qu'ils accélèrent. L'Union européenne devrait très vite apporter 50 millions d'euros pour le matériel. Je suis plus optimiste sur la MISMA après avoir rencontré ses responsables. J'ai vu la volonté d'agir vite pour que les forces commencent à aller vers le Nord. A la fin mars, ce sera engagé.

En attendant la mission de stabilisation de l'ONU, la MINUMA, il faut que la MISMA assure des fonctions de sécurisation des villes. Pour sécuriser, il faut de la présence et un armement de base. Elles deviendront ensuite le creuset de la MINUMA. Il est essentiel que la résolution fixant le nouveau mandat intervienne le plus rapidement possible. J'ai bon espoir que cela aboutisse début avril.

Q - Et l'armée malienne ?

R - Elle est à reconstruire, il ne faut pas avoir peur des mots. Le ministre de la défense du Mali et le chef d'état-major le disent. Il faut une armée robuste, disciplinée et républicaine. Pour cela, on a un outil, la mission européenne EUTM, qui va former 3.000 soldats. Le schéma me paraît sérieux. Toute la question est la qualité du prérecrutement. Il faut éviter le clientélisme.

Q - Grâce au Mali, pourrez-vous convaincre le président Hollande de préserver l'outil de défense des coupes budgétaires, à quelques semaines de la parution du nouveau Livre blanc ?

R - Le président doit conjuguer deux objectifs de souveraineté. Celui de la souveraineté financière, car, quand on dépend de créanciers internationaux, on perd son autonomie ; et celui de la souveraineté sécuritaire. Quand on ne peut assumer sa défense et sa place dans le monde, on perd aussi son autonomie. Ce sont des choix difficiles. Jamais le pays n'a connu une situation budgétaire aussi lourde, alors que les menaces ne se sont pas calmées.

La crise du Mali a montré que notre sécurité n'est pas un acquis. Si cette guerre est soutenue par l'opinion, c'est que nous avons porté assistance à un pays ami. Mais le côté affectif ne suffisait pas, il y a une prise de conscience que ce qui se joue, c'est aussi notre propre sécurité. Cela se matérialise à chacune de nos progressions au nord du Mali avec la découverte de caches d'armes, saisies par tonnes dans les Ifoghas, et des explosifs prêts à frapper.

L'opération démontre par ailleurs que nous avons une armée affûtée, réactive, une inter-armée de qualité. Mais aussi des insuffisances, en renseignement, en transport, en ravitaillement./.

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5. 57ème Commission de la condition de la femme - Intervention du reprĂ©sentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 08/03/2013)

Monsieur le Secrétaire général,

Madame la Directrice exécutive d'ONU Femmes,

Mesdames et Messieurs,

Je me joins à ce que vient de dire le Secrétaire général et voudrait ajouter que je suis l'un des témoins de l'engagement personnel de M. Ban Ki-moon pour la cause des femmes, en particulier pour la place des femmes au sein du Secrétariat des Nations unies. Les nominations qu'il a faites dans tout le système des Nations unies, sur le terrain et au Secrétariat, sont la preuve la plus concrète de l'engagement du Secrétaire général ; Merci M. Ban Ki-moon.

À l'occasion de la Journée internationale des Femmes, c'est un honneur pour la France de s'exprimer sur la question de l'élimination des violences faites aux femmes, et je remercie le secrétaire général, M. Ban Ki Moon, ainsi que la directrice exécutive d'ONU Femmes, Mme Michelle Bachelet, pour leur invitation.

Ces violences sont subies partout dans le monde, en temps de guerre comme en temps de paix. Elles prennent une variété de formes, elles entraînent toutes la même conséquence : elles affectent les femmes dans leurs droits fondamentaux, droit à l'éducation, à la liberté, à l'égalité et à la citoyenneté, droit à disposer de leur corps, sans contrainte ni atteinte à leur intégrité. Lorsque les femmes ne peuvent pas contrôler leur santé, leur sexualité et leur maternité, lorsque leurs les droits sexuels et reproductifs ne sont pas pleinement reconnus, il a violence contre les femmes.

Ces droits sont souvent niés, quelles que soient les sociétés, les cultures, ou les religions.

En France, par exemple, de nombreux progrès restent à réaliser. On estime que près de 600.000 femmes sont victimes de violences domestiques, dont près de 200.000 à caractère sexuel. Le chemin reste long, y compris dans ce qu'on appelle un pays industrialisé.

Face à ce constat, la France a décidé de renforcer son appareil législatif contre les violences : le délit de harcèlement sexuel a été confirmé et renforcé dans notre code pénal ; ensuite, notre dispositif contre les mariages forcés sera amélioré ; enfin, un nouveau délit, l'incitation à subir une mutilation génitale, sera reconnu.

À cet égard, la France s'inscrit dans le cadre ouvert par le Groupe africain qui a fait adopter une résolution sur l'élimination des mutilations génitales féminines par l'Assemblée générale.

Monsieur le Secrétaire général,

Au-delà des efforts nationaux, la coopération régionale doit être encouragée. La Convention du Conseil de l'Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique, adoptée à Istanbul en 2011, offre désormais un cadre légal complet pour la prévention, la protection et la sanction des violences faites aux femmes.

C'est un texte fondamental qui n'est pas limité et réservé à l'Europe et qui est ouvert à tous. Il s'agit de la première convention contraignante qui traite de la question des violences faites aux femmes. Cette convention est dotée d'un mécanisme de suivi des mesures mises en oeuvre par les États, ce qui permettra d'en assurer l'effectivité. Elle est universelle et ouverte à la ratification de tous les États.

Mais, les Nations unies sont bien placées pour le savoir, les femmes sont les premières et principales victimes des conflits armés. Elles subissent des violences sexuelles intolérables, utilisées souvent comme armes de guerre ou de destruction, physique et morale, des populations. L'intervention française au Mali, en appui aux forces maliennes, était guidée par la volonté de répondre aux graves violations des droits fondamentaux de la personne humaine commises par des groupes armés au nord du pays, en particulier à l'encontre des femmes.

Notre tâche n'est pas terminée dans ce pays. Le Secrétaire général a pris la mesure de ces violences. Il a créé le poste de représentant spécial pour les violences sexuelles. Il soutient pleinement ONU Femmes et veille au déploiement de conseillères et conseillers de protection des Femmes dans les opérations de maintien de la paix. Lorsqu'une opération de maintien de la paix sera déployée au Mali, nous devrons veiller à ce qu'il y ait de tels conseillers pour continuer à suivre les femmes au Mali.

Enfin, le Secrétaire général a fait de la participation des femmes à la résolution des conflits une priorité de notre Organisation : il faut de cesser de considérer les femmes seulement comme des victimes ou des survivantes, et faire en sorte qu'elles deviennent des actrices de stabilisation des sociétés. Nous savons qu'elles ont beaucoup à nous dire et beaucoup à faire.

Monsieur le Secrétaire général, Aux Nations unies, le cadre normatif pour les droits des femmes s'est élargi, notamment grâce au Comité pour l'élimination de la discrimination à l'égard des femmes. Nous sommes fières qu'une Française, Mme Nicole Ameline, préside ce comité. Nous saluons aussi la récente adoption par l'Assemblée générale d'une résolution importante sur l'élimination de toutes les formes de violence à l'égard des femmes, à laquelle la France et les Pays-Bas ont consacré toute leur énergie. L'adoption à l'unanimité de ce texte est un signe positif qui nous encourage à poursuivre dans cette voie. Nous souhaitons que la 57ème Commission de la condition de la Femme profite de cet élan en adoptant des conclusions agréées fortes et ambitieuses. Nous devons aller au-delà du consensus qui se dessine sur les violences faites aux femmes et les remèdes à y apporter pour relever d'autres défis. La 57ème Commission de la condition de la femme servira de guide aux échéances de 2015 : le suivi des vingt ans de la Conférence de Pékin et le nouvel agenda du Développement.

Ce combat pour l'élimination des violences faites aux femmes exige un engagement de chacun d'entre nous, chacun d'entre vous. Soyez assuré que la France restera déterminée dans ce combat.

Je vous remercie./.

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6. DĂ©clarations du porte-parole adjoint - Kenya/Élections prĂ©sidentielles - Mise en oeuvre des accords entre le Soudan et le Soudan du Sud - Prise de fonction du procureur adjoint de la Cour pĂ©nale internationale - Projet de centre spirituel et culturel orthodoxe/CrĂ©ation d'un groupe de travail franco-russe - France/Bolivie - Arabie saoudite (Paris, 11/03/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Kenya - Élections présidentielles

La France félicite le peuple kényan pour avoir exprimé sa volonté souveraine, de façon massive et pacifique, à l'occasion des élections présidentielles et des cinq autres scrutins organisés en même temps.

La France appelle l'ensemble des parties à faire valoir leurs éventuelles contestations en recourant aux procédures juridiques prévues à cet effet.

Le Kenya est un partenaire important en Afrique de l'Est et la France souhaite poursuivre sa coopération avec le nouveau gouvernement kényan afin de l'accompagner dans la consolidation de la démocratie et l'établissement d'une société réconciliée et prospère.

2 - Mise en oeuvre des accords entre le Soudan et le Soudan du Sud

La France salue l'adoption par le Soudan et le Soudan du Sud des modalités d'application des accords du 27 septembre 2012 pour la mise en place d'une zone tampon. Ces modalités d'application, assorties d'un calendrier détaillé, doivent permettre de rendre opérationnelle la zone démilitarisée prévue à la frontière des deux États et d'y déployer le mécanisme d'observation prévu. Cette nouvelle étape lève le dernier obstacle à la mise en oeuvre complète des accords du 27 septembre.

La France invite les deux pays à appliquer dès à présent les autres aspects de ces accords et les enjoint à poursuivre dans cet esprit de coopération pour trouver au plus vite une solution définitive à ces questions encore en suspens dans un climat apaisé.

3 - Prise de fonction du procureur adjoint de la Cour pénale internationale

La France salue l'entrée en fonction le 8 mars 2013 de M. James Stewart au poste de procureur adjoint de la Cour pénale internationale.

Juriste éminent, M. James Stewart a acquis une vaste expérience dans le cadre de ses fonctions précédentes, notamment comme premier substitut du procureur au Tribunal pénal international pour le Rwanda, chef de la Division des poursuites au sein du Bureau du procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et premier substitut du procureur en appel puis chef de la Division des appels et des avis juridiques au Bureau du procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda.

Résolument engagée dans la lutte contre l'impunité, la France attache la plus grande importance au bon fonctionnement de la Cour pénale internationale ainsi qu'à l'exécution des nombreuses demandes de coopération de la Cour. Elle souhaite un plein succès dans ces nouvelles fonctions à M. James Stewart et l'assure de son entier soutien.

4 - Projet de centre spirituel et culturel orthodoxe - Création d'un groupe de travail franco-russe

En mars 2010, la Fédération de Russie s'est portée acquéreuse auprès de la France d'un terrain situé quai Branly dans le 7e arrondissement de Paris, afin d'y construire un centre spirituel et culturel orthodoxe russe.

Le projet initialement retenu en mars 2011, à l'issue du concours international, a cependant soulevé des difficultés de faisabilité technique et a donné lieu à des avis défavorables des services instructeurs français responsables de la protection du patrimoine.

En concertation avec les autorités françaises, la Fédération de Russie a donc décidé de solliciter la suspension provisoire de la demande de permis de construire qui avait été déposée. Suite à cette décision, un travail de révision profonde du projet s'est engagé, d'un commun accord entre la France et la Russie, afin que ce projet réponde pleinement aux exigences liées à sa faisabilité technique ainsi qu'à son insertion dans un site patrimonial exceptionnel.

Dans ce but, un groupe de travail conjoint franco-russe a été créé pour assurer le suivi du projet de centre spirituel et culturel orthodoxe russe à toutes les étapes clés de son processus afin de pouvoir vérifier s'il respecte à la fois les attentes de la Fédération de Russie et de l'Église orthodoxe russe, d'une part, mais aussi les exigences du droit français dans le domaine de l'urbanisme et de la protection du patrimoine, d'autre part.

La première réunion du groupe de travail a eu lieu le 5 mars dernier à Paris. Ce mécanisme de coopération contribuera à mener à bien dans les meilleurs délais ce projet important, symbole du renforcement de l'amitié entre les peuples russe et français.

5 - France/Bolivie

Q - Avez-vous des détails sur le programme du président bolivien en France mercredi ?

R - Le président de l'État plurinational de Bolivie, M. Evo Morales Ayma, effectuera une visite de travail en France les mardi 12 et mercredi 13 mars. Il se rendra d'abord le 12 mars à Toulouse, au siège d'Airbus, dont il visitera le site. Il se rendra ensuite à Paris pour prononcer, à 19h, une conférence à la Maison de l'Amérique latine. Il sera reçu le lendemain par le président de la République. Une rencontre avec des entreprises françaises est également prévue.

Cette visite permettra d'évoquer avec le président bolivien les perspectives de développement de notre partenariat bilatéral dans tous les domaines, notamment en matière économique et de protection de l'environnement. Elle sera aussi l'occasion de faire le point sur les principales questions internationales.

La visite du président bolivien s'inscrit dans le cadre de la priorité que nous accordons au développement de nos relations avec l'Amérique latine, où le ministre des affaires étrangères s'est rendu du 21 au 26 février. M. Laurent Fabius y avait rappelé notre volonté de renforcer, avec tous les pays du continent, le dialogue politique, la coopération économique et les échanges culturels et humains.

6 - Arabie saoudite

Q - Avez-vous une réaction suite à la nomination et à la prise de fonction de 30 femmes au Conseil consultatif saoudien ?

R - La France salue la nomination, la prestation de serment et la prise de fonction de 30 femmes au Conseil consultatif saoudien. Cette décision importante s'inscrit dans la politique de modernisation de l'État et de la société lancée par le roi Abdallah. Elle constitue également une avancée que la France souhaite souligner en matière de participation politique des femmes en Arabie saoudite.

La France, qui s'engage pour la promotion et la défense des droits des femmes dans le monde, se félicite de cette décision et encourage le Royaume d'Arabie saoudite à poursuivre ses réformes./.

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7. Zone euro - Discours du ministre de l'Ă©conomie et des finances, M. Pierre Moscovici, au Parlement europĂ©en (Strasbourg, 07/03/2013)

(Seul le prononcé fait foi)

Mesdames et Messieurs les Eurodéputés, Chers Amis progressistes,

C'est toujours avec un vrai plaisir que je reviens au Parlement européen, dans cette institution que je connais bien, pour en avoir été moi-même l'un de ses membres par deux fois, en 1994 puis en 2004, et l'un de ses vice-présidents. C'était il y a quelques années déjà, mais on ne quitte jamais vraiment la sphère communautaire une fois qu'on y est entré : l'Europe est le fil directeur de ma vie politique, puisqu'après avoir siégé parmi vous, j'ai été ministre des affaires européennes, membre de la Convention européenne, chargé des relations internationales et européennes dans mon parti. Aujourd'hui, je suis ministre de l'économie et des finances en France, et l'Europe, bien sûr, est au coeur de ma fonction. Ainsi, avant de vous retrouver, j'ai déjà passé deux jours à Bruxelles, pour l'Eurogroupe et le Conseil Ecofin. Cela prouve bien que faire une distinction marquée entre le niveau national et le niveau européen n'a, aujourd'hui, pas tellement de sens.

Je voudrais vous livrer quelques réflexions sur la situation actuelle de l'Europe, et plus particulièrement de la zone euro. Elles sont inspirées à la fois par la pratique des négociations communautaires et la participation active à ses institutions, mais aussi par l'engagement profondément européen qui m'a toujours animé, que je sais partagé par cette Assemblée et dont nous avons tout particulièrement besoin aujourd'hui.

* *

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Un mot, tout d'abord, sur la situation économique actuelle de la zone euro. Nous sommes dans une situation paradoxale. L'hypothèque majeure qui planait sur l'intégrité de zone euro jusqu'à la fin du second semestre a été levée : les dirigeants de la zone euro et ses institutions ont mis en oeuvre les moyens nécessaires au service de leur engagement à préserver l'intégrité de la zone euro, la crise existentielle s'éloigne, les doutes sur l'avenir de la monnaie unique se dissipent. C'est une avancée majeure, et je m'en félicite. La stabilisation est réelle, même si certaines situations nationales font l'objet d'une vigilance collective. Les taux d'intérêt dans les pays encore très en tension au semestre dernier se sont détendus. Les pays sous programmes progressent : l'Irlande par exemple, est proche de la sortie de son programme, le Portugal est aussi sur les rails.

Nous ne sommes pas pour autant tirés d'affaire. S'il n'y a plus de crise «existentielle» de la zone euro, la crise est bien toujours là dans la zone euro. Ce qui m'interpelle aujourd'hui, c'est le risque de croissance schizophrène, d'un scénario où les marchés financiers se redressent, mais où l'économie réelle stagne et reste engluée dans une phase de redémarrage très lent, presque plat. On aurait alors un décrochage entre une «économie d'en haut» et une «économie d'en bas», avec d'un côté des marchés financiers stabilisés et même relativement dynamiques, et de l'autre des indices de l'économie réelle - taux de chômage, consommation, investissements... - qui ne suivent pas. Les chiffres de la croissance en zone euro au dernier trimestre attestent de ce risque. Tous les grands pays ont connu une baisse de leur PIB sur la période : - 0,6% en Allemagne, - 0,7% en Espagne, - 0,6% en zone euro, - 0,3% pour la France... Et pour 2013, vous le savez, la Commission a révisé à la baisse ses prévisions pour tous les États membres : selon elle, la zone euro resterait en récession (- 0,3%), l'Espagne et l'Italie connaîtraient encore une année de grave recul (- 1,4% et - 1,0% respectivement), l'Allemagne elle-même ralentirait (0,5 % après 0,7 %), tandis que la France enregistrerait une croissance très légèrement positive (0,1 %).

En réalité, notre principal défi collectif est celui-là : soutenir l'activité, renouer avec la croissance, bref, dessiner pour nos citoyens une perspective économique positive, au-delà des efforts demandés, qui durent depuis des années maintenant, au-delà des impasses actuelles. On ne peut pas anticiper une nouvelle année de récession pour la zone euro sans réagir, ce serait une erreur économique. On ne peut pas continuer à demander à nos concitoyens de faire des efforts pour redresser nos finances publiques sans ouvrir une perspective de croissance, ce serait une erreur politique.

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La première question qui se pose, face à cette situation, c'est : mais comment en sommes-nous arrivés là ?

Les racines de la crise sont, selon moi, de trois ordres :

Tout d'abord, un endettement excessif. L'euro, en permettant un endettement à des conditions avantageuses, a favorisé des prises de risques abusives et alimenté des déséquilibres. Des dettes insoutenables aux risques occultés ont été accumulées. Chacun le sait, je ne m'y attarde pas.

Les dérèglements financiers ont également joué un rôle clé dans le déclenchement de la crise. La finance a perdu de vue dans les années 2000 sa fonction première - financer l'économie réelle - au profit d'activités spéculatives qu'elle réalise pour son compte propre. Elle a ignoré ou, à tout le moins, mal estimé les risques. Bref, elle a versé dans l'hybris. Mais les États portent aussi une part de responsabilité, puisqu'ils ont eux-mêmes organisés le reflux des garde-fous. La directive sur les marchés d'instruments financiers actuellement en révision en est une illustration parfaite : c'est un cas typique de texte qui a ouvert, involontairement sans doute, des espaces de spéculation et d'opacité pour la finance contre lesquelles nous devons combattre. Je sais que le Parlement européen s'implique avec force dans ces différents combats - et je m'en félicite. La directive CRD IV, qui devrait marquer des avancées fortes sur la lutte contre les paradis fiscaux ou la limitation des bonus des banquiers, est un bon exemple du rôle important que joue le Parlement européen.

Chers Amis, la crise financière est stabilisée, mais nous ne devons pas perdre le sens de l'urgence en matière financière. Nous devons encore consolider et compléter les acquis de ces derniers mois, et le Parlement européen a un rôle absolument crucial à jouer ici, concernant la mise en place de l'union bancaire, en particulier dans le volet supervision, où la zone euro et d'autres États volontaires sont en train de faire un progrès formidable pour la qualité de la surveillance et de l'anticipation des risques, mais aussi en matière de résolution bancaire et de protection des dépôts des épargnants, ou encore de transparence et d'organisation des marchés financiers.

Enfin, la crise a révélé que la zone euro est une construction largement inachevée, alimentant ainsi la défiance des peuples. Trois carences, en particulier, ont été révélées :

En matière de stabilisation des chocs, tout d'abord : nous n'avons pas, ou peu, d'instruments immédiats pour apaiser les tensions. La crise en a fait la cruelle démonstration.

En matière de gestion de l'hétérogénéité de la zone euro, ensuite : il ne suffit pas que des pays partagent la même monnaie pour qu'ils soient porteurs de risques identiques. Dont acte. Il faudra, demain, aller vers plus de convergence de nos économies, et apprendre à mieux gérer une hétérogénéité dont on sait qu'elle restera importante.

En matière de gouvernance, enfin : qu'il s'agisse de coordonner les politiques économiques ou de décider des voies de la sortie de crise, nous avons atteint les limites du modèle institutionnel actuel. Atteint, et même dépassé. Je suis frappé de la difficulté avec laquelle nous prenons, aujourd'hui, nos décisions. La situation s'est considérablement dégradée par rapport au souvenir, je le pense, fidèle, que j'en ai gardé lorsque j'étais ministre des affaires européennes.

À tout cela s'ajoute un facteur politique, je veux parler des choix incomplets ou asymétriques de politiques économiques qui ont été faits. J'en profite pour saluer ici le choix du thème de cette conférence du Groupe de l'alliance progressiste des socialistes et démocrates et de la Foundation for european progressive studies : il me paraît particulièrement approprié.

Entendons-nous bien sur ce que je veux dire par rejet de l'austérité généralisée. Oui, nous avons un effort à faire pour remettre en ordre nos comptes. C'est, en tout cas, le choix que la France a fait, et je serai le dernier à vouloir remettre en cause les disciplines communes que nous nous sommes fixées. Dans mes fonctions, je suis au contraire le garant du respect des engagements pris par mon pays de réduire son déficit structurel : nous menons une politique sérieuse et de gauche, et je n'y renoncerai pas. Mais l'effort à accomplir doit être adapté à la situation de chaque pays, et préserver les conditions de reprise de l'activité économique en Europe. Or, l'accent exclusif mis sur le redressement des comptes publics qui a prévalu ces dernières années, nécessaire dans un contexte de crise des dettes souveraines, conduit aujourd'hui à une situation économique douloureuse, qui est aujourd'hui lourdement interrogée par les peuples européens. Redressement des comptes et croissance : c'est la poursuite du juste équilibre entre ces deux objectifs qui doit nous guider.

C'est la raison pour laquelle la France a engagé le débat sur la croissance dès l'élection du président de la République. C'est pourquoi la France veut convaincre dans les prochaines semaines la Commission européenne qu'il faut laisser jouer les stabilisateurs automatiques dans une année 2013 très difficile, sans renoncer à l'ajustement structurel, mais en repoussant à 2014 l'objectif d'être en dessous de 3 % de déficit qu'elle s'était fixée cette année. La Commission a livré, je crois, une analyse intelligente et équilibrée de la situation macroéconomique en Europe lorsqu'elle a publié il y a deux semaines ses prévisions de croissance et de déficit. Il faut le reconnaître, et convaincre, aussi, que l'ambition des réformes est intacte.

En réalité, le fil directeur qui relie l'ensemble de ces dimensions, et ce qui manque sans doute aux yeux des peuples européens, c'est la solidarité. Ces dernières années, nous avons construit les disciplines - budgétaires notamment - pour elles-mêmes, mais pas suffisamment pour assurer le bon fonctionnement de mécanismes de solidarité, alors que cela devrait être leur fonction première. C'est cette déconnection qui fait la grande faiblesse de la zone euro aujourd'hui. Nous sommes, de fait, solidaires dans le fonctionnement de notre monnaie unique, donc nous avons besoin d'organiser cette solidarité, d'avoir les instruments pour plus de solidarité pour aider les pays qui font face à un choc, nous avons besoin de plus de solidarité pour réduire l'hétérogénéité dans la zone euro, et nous avons besoin d'instances et de procédures qui reflètent ce niveau de solidarité accru.

La crise européenne est donc d'abord et avant tout une crise d'intégration. J'ai la conviction que c'est une crise d'un défaut, et non pas d'un excès d'Europe. Et cette crise est politique avant d'être économique. C'est l'immobilisme ou l'inefficacité qui nous fragilisent.

Prenons garde aux conséquences de ce défaut d'Europe. Je reste, comme vous tous, attaché à la zone euro, je me suis battu pour sa construction jadis, pour son intégrité aujourd'hui, je suis convaincu qu'elle est pour ses membres une protection essentielle, un multiplicateur d'influence. Mais prenons garde à la fracture avec ses peuples. C'est notre responsabilité d'hommes et de femmes de gauche, de progressistes. L'absence de solidarité hypothèque la sortie de crise. Je ne veux pas commenter les élections dans d'autres pays, en particulier dans le tien, Cher Massimo, qui est cher à mon coeur. Mais ne voyons pas dans un vote anti-crise un vote anti-européen. Et soyons conscients que, si la crise sociale nourrit le populisme, ce populisme est pourtant et toujours une impasse. Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas en tirer la leçon qu'il faut moins d'Europe, nous devons être vigilants au risque de rejet de l'Europe que porte le choc de la crise.

Ce risque n'est pas l'apanage de telle ou telle nation. J'en ai fait l'expérience comme élu d'une circonscription qui a voté non au Traité constitutionnel européen en 2005, qui s'inquiète de sa perte de substance industrielle, et où l'extrême-droite remporte plus de votes que la moyenne nationale. Ces ouvriers, ces paysans, ces personnes âgées, ces jeunes insuffisamment formés, ne sont pas hostiles par principe à l'Europe : ils n'en voient pas les bénéfices concrets, pour eux, dans leur vie. L'absence de solidarité a donc, aussi, un lourd coût politique et social. Elle a créé des réflexes identitaires de protection et de proximité, et a fissuré l'attachement des peuples à l'Europe. Cela, si je le constate et le comprends, je ne m'y résous pas.

Il faut nourrir le désir d'Europe. Mais alors que l'urgence sociale se manifeste dans de nombreux pays, et alors que l'angoisse sociale monte face à la crise, il faut le nourrir avec une démonstration concrète que l'Europe fait partie de la solution. Et seul un degré suffisant de solidarité, concomitant et au moins équivalent aux disciplines que nous suivons, sera à même de faire cette démonstration. Voilà le diagnostic que je voulais partager avec vous, nourri de mon expérience de la gestion de la crise européenne, d'abord financière, économique aujourd'hui.

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Je veux maintenant dire quelle vision je porte de l'avenir de l'Europe, quelle stratégie nous devons promouvoir, aussi, dans les mois qui viennent, alors que se profilent les élections européennes.

Je suis convaincu que la zone euro doit écrire un nouveau chapitre de son histoire. Nous avons fait la fusion des monnaies ; il faut maintenant faire l'union des sociétés. Une nouvelle phase doit s'ouvrir, alors que la zone euro est à une période charnière de son histoire, et il nous appartient, gouvernements, Commission européenne et Parlement européen, d'accomplir cette mue politique et institutionnelle, de faire advenir ce nouveau cycle, autour d'un mouvement d'intégration fondé non pas seulement sur les disciplines, mais sur des solidarités assorties de disciplines qui viennent en garantir le bon fonctionnement.

En réalité, nous n'en sommes pas si loin. Mais nous n'en avons probablement pas encore pris conscience. Le second semestre 2012 a mis en lumière le décalage entre la détermination, dans les faits, des chefs d'État et de gouvernement, ainsi que de la BCE, à préserver l'intégrité de la zone euro, et le discours politique - globalement inchangé - tenu sur la nature même de la zone euro. Refuser la désintégration de la zone euro était fondamentalement un choix politique, et un choix de solidarité. Dans les faits déjà, mais pas dans les discours, une nouvelle page s'est ouverte. Une zone euro plus politique et plus solidaire a émergé ces derniers mois, mais dans le désordre et dans l'urgence, sans le dire et peut-être sans que nous en ayons pleinement pris conscience. L'action politique a, quelque part, précédé la formalisation conceptuelle. Il faut prendre conscience de ce «saut qualitatif», de ce qu'il représente dans l'histoire de la zone euro, et il faut le formaliser, organiser son approfondissement en bon ordre et articuler un nouveau discours sur la zone euro qui soit en adéquation avec la réalité des pratiques politiques.

Pour aller jusqu'au bout du projet qu'est l'Union économique et monétaire, pour le parachever, nous devons agir à la fois dans le champ fiscal, budgétaire, social et, in fine, politique.

- Cette action pourrait par une capacité budgétaire propre à la zone euro, distincte du budget des 27 et financée sur des ressources autonomes, et qui aurait une véritable fonction contra-cyclique. Elle permettrait ainsi de financer des actions dans les domaines clés de la protection sociale et de la compétitivité, comme un socle d'indemnisation chômage en zone euro, par exemple ;

- Elle peut aussi passer par l'émission de dette en commun dans la zone euro, éventuellement adossée à cette capacité budgétaire ;

- Enfin, elle doit trouver un prolongement logique dans le renforcement du contrôle démocratique des décisions prises pour la zone euro. Le modèle actuel, nous le mesurons cruellement tous les jours, fonctionne mal. Et nos citoyens ne le comprennent pas, parce qu'il s'éloigne trop des mécanismes de contrôles nationaux. Je suggère, en particulier - mais je soumets cette idée à votre sagacité -, que le Parlement européen constitue en son sein une commission des membres élus par les citoyens de la zone euro, pour jouer un véritable rôle de co-législateur dans la définition de la politique économique en zone euro, aux côtés de l'Eurogroupe. Les Parlements nationaux devraient également être informés et associés de façon plus transparente, afin de prendre toute la mesure des intérêts communs que nous partageons en zone euro. Mais il faudra aussi à moyen terme incarner le rôle de l'exécutif de la zone euro dans un «ministre», chargé de la politique économique et financière et de la gestion de ces nouveaux instruments, qui doit pouvoir, d'une façon ou d'une autre, affronter la sanction du vote des citoyens ou de leurs représentants, tout comme les gouvernants nationaux l'affrontent dans leur propre fonction exécutive.

Si ces mécanismes de solidarité sont mis en place en zone euro, alors nous pouvons aller plus loin, par exemple dans le champ budgétaire, et justifier une émission de dette en commun, ou en prenant des engagements plus liants, «contractuels», sur nos politiques économiques.

Je constate la nécessité de compléter la zone euro : c'est le prix de son inachèvement que nous payons aujourd'hui. Cela n'exclut pas d'être ambitieux pour le reste de l'Europe. Mais cela implique de l'être prioritairement pour ceux qui ont déjà, au travers de l'UEM, fait le choix d'aller plus loin dans le partage de leur destin et de leurs instruments de politique.

Ce projet pour la zone euro, qui trace des perspectives au-delà de la crise, est économique : il lui permettra de fonctionner davantage comme une zone monétaire optimale. Il est aussi, et d'abord, un projet politique et social, pour nos citoyens : s'ils se détournent de l'Europe, c'est aussi parce que les responsables politiques ne font plus l'effort d'articuler un projet politique qui donne un sens à l'intégration européenne, par paresse et par facilité. Il faut faire l'effort de formuler un agenda pour l'Europe, ou se résoudre au divorce avec les peuples. Le désir d'Europe chez les citoyens reviendra avec l'élaboration d'un projet politique clair qui donne un sens à ce que nous faisons ensemble. Un projet est une force d'entraînement, il crée de l'élan et des ralliements : il peut fédérer.

Soyons conscients, toutefois, et j'en reviens au thème de nos échanges qu'un projet d'intégration n'aura de sens, ne sera accepté par les peuples et porté par les forces politiques que si, dans le même temps, l'Europe cesse d'apparaître comme une cause d'aggravation de la crise, et s'affirme plutôt à nouveau comme une solution. C'est ce que nous disent les votes aujourd'hui, demain peut-être, si nous n'y prenons garde, les révoltes de nos peuples. Ils peuvent comprendre, parce qu'ils sont lucides et informés, la nécessité de l'effort de réduction des déficits et de désendettement, de la «consolidation budgétaire», comme on dit dans le jargon communautaire. Ils le peuvent, oui, mais à deux conditions. D'abord, que cet effort soit justement partagé, c'est-à-dire que ceux qui ont le plus soient davantage mis à contribution. Il y a, en Europe, une exigence de moralisation du capitalisme, qui se répand partout : c'est pour cela que nous faisons voter, en France, une réforme bancaire, c'est pour cela que le Conseil Ecofin avance sur les bonus des traders ou la transparence dans les paradis fiscaux, c'est pour cela même que nos voisins Suisses ont voté ce dimanche la fin des parachutes dorés. Ensuite, il est indispensable, vital même, d'ouvrir une perspective, un espoir de retour à la croissance et à l'emploi, au-delà de l'ajustement de nos finances publiques. C'est cette perspective qu'il nous revient de porter dans l'Union européenne, dans la zone euro, dans nos pays. Comment croître à nouveau ? C'est l'interrogation qu'a soulevé le G20 réuni à Moscou il y a quelques semaines. Elle doit être notre préoccupation centrale, pour que l'intégration européenne soit enfin, comme le demande le président de la République française, François Hollande, solidaire.

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Nous avons des échéances pour discuter de ce que nous voulons faire pour l'Europe, et singulièrement celle des élections européennes de 2014. Nous avons donc un peu plus d'un an pour définir le projet européen que les partis pourront soumettre aux citoyens. Leur vote offrira la base démocratique et la légitimité nécessaires aux inflexions que nous pouvons apporter à notre union. Ce Parlement y prendra, j'en suis sûr, toute sa part.

Il le faut, car l'Europe a perdu le récit de son épopée. Elle est pourtant, d'abord et avant tout, une grande épopée politique moderne, fondée sur le rapprochement de peuples et de citoyens qui acceptent de partager un destin commun. Il faut y réinjecter des idées, mais aussi de l'idéal. Nous sommes Français, Allemands, Italiens, Espagnols, Polonais, Autrichiens, mais nous sommes avant tout, tous, des Européens, convaincus que l'Europe est un humanisme. Nous le perdons de vue, parfois, dans la gestion quotidienne de la crise, et cela détourne les citoyens du grand projet commun que doit rester la construction communautaire. À nous, les progressistes, de les y ramener par la force de nos engagements et de nos convictions./.

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