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Bulletin d'actualités du 26 février 2013


Sommaire



1. Islande - Communiqué de la présidence de la République (Paris, 26/02/2013)

Le président de la République a reçu, cet après-midi, au Palais de l'Élysée, M. Olafur Grimsson, président de la République d'Islande, à l'occasion de la visite officielle qu'il effectue en France, la première d'un chef d'État islandais dans notre pays depuis 1983.

Cet entretien a été l'occasion pour M. François Hollande de rappeler son souhait de renforcer la coopération bilatérale franco-islandaise, en particulier en Arctique où la France est présente de longue date et suit activement les travaux du Conseil de l'Arctique comme observateur.

La mobilisation de M. Michel Rocard dans le cadre de sa mission d'ambassadeur pour les Pôles arctique et antarctique, l'ouverture aux chercheurs islandais de la base scientifique française située dans l'archipel du Svalbard en Norvège sont une illustration de cette volonté de coopérer pour la préservation de l'Arctique, ainsi que le travail en commun sur le droit arctique mené par l'Université Pierre et Marie Curie et l'Université Akureyri.

Les deux présidents ont également souligné la nécessité de développer les énergies renouvelables et en particulier la géothermie, qui fait l'objet de coopérations franco-islandaises, et de dynamiser les échanges économiques bilatéraux./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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2. Otages - Déclaration du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Paris, 25/02/2013)

Une vidéo de la famille française enlevée au nord du Cameroun mardi dernier vient d'être diffusée par le groupe Boko Haram.

Pour nous tous, ces images sont terriblement choquantes. Elles démontrent une cruauté sans limites.

Nous procédons aux vérifications nécessaires dans ces circonstances. Tous les services de l'État sont mobilisés pour libérer nos compatriotes./.

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3. Otages - Réponse du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius à une question d'actualité à l'Assemblée nationale (Paris, 26/02/2013)

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Monsieur le Député,

La question que vous posez aurait pu légitimement, j'en suis sûr, être posée par l'ensemble des parlementaires de cette assemblée.

Hier, une vidéo a été diffusée, montrant l'horreur et la cruauté du groupe qui détient nos compatriotes. Sept de nos compatriotes dont quatre enfants, la plus petite a cinq ans.

Des revendications ont été formulées par le groupe Boko Haram, elles sont en train d'être vérifiées par les services compétents. Des menaces ont été proférées. Il est demandé que le Cameroun d'une part, le Nigeria d'autre part, libèrent toute une série de personnes et à la fin de la vidéo, il est dit : «si ces revendications ne sont pas satisfaites, nous égorgerons les otages.»

Cela montre la cruauté épouvantable de ce groupe. Par rapport à cela, le gouvernement fait tout ce qu'il doit faire. J'ai personnellement eu des contacts avec la famille qui se trouve en France. Le Centre de crise du Quai d'Orsay agit comme il a coutume de le faire, le ministère de la défense, mon ministère, le ministère de l'intérieur sont en contact avec à la fois les autorités du Cameroun et du Nigeria pour des initiatives dont chacun comprendra que je n'ai pas à donner le détail ici.

Voilà. La situation est donc extrêmement lourde et je veux dire mon admiration, notre admiration, j'en suis sûr, pour le courage dont font preuve les familles. Qu'elles sachent ici que toute la France est à leurs côtés./.

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4. Otages - Mali - Entretien du ministre de la défense, M. Jean-Yves Le Drian, avec «RTL» (Paris, 26/02/2013)

Q - Une vidéo diffusée hier montrait pour la première fois la famille française, trois adultes et quatre enfants, pris en otages il y a exactement une semaine au Cameroun. Savez-vous quel jour cette vidéo a-t-elle été tournée, Jean-Yves Le Drian ?

R - Non, à l'instant, je ne peux pas vous le dire, on mène les analyses pour savoir exactement dans quelles conditions cela a été tourné. Mais il n'empêche que l'horreur s'ajoute à l'effroyable, je pense à ces enfants, c'est la première fois qu'il y a des otages enfants...

Q - Entre 5 et 12 ans pour les enfants concernés...

R - Et ça, c'est épouvantable. Je pense beaucoup à eux, là, aux enfants, aux parents qui doivent être dans l'angoisse eux-mêmes qui sont prisonniers, et puis à leurs proches. C'est une situation inacceptable. C'est le terrorisme dans tous ses états et dans toutes ses prolongations. Parce que la vidéo devient un instrument du terrorisme, pour utiliser l'opinion publique à des fins de développement de ces groupes djihadistes, qu'ils soient au Mali ou qu'ils soient au Nigeria ou qu'ils interviennent au Cameroun, c'est la même chose finalement ; depuis la Guinée-Bissao jusqu'au Soudan, en traversant le Mali, le Nigeria et toutes ces zones, le sud libyen, on a un grand espace qui est un espace de non-droit, où fleurissent les groupes terroristes, qui sont à la fois des djihadistes fondamentalistes, mais aussi, pour une part, des grands trafiquants de drogue, de trafiquants d'otages et de trafiquants d'armes...

Q - Et tout un espace et un vaste espace dangereux aujourd'hui pour les Français...

R - Un vaste espace très dangereux pour les Français et pour les Européens, le groupe...

Q - Puisque nous sommes engagés dans la guerre au Mali...

R - Mais pas uniquement. Boko Haram, dont on parle, qui est le groupe qui revendique l'enlèvement au Cameroun, maintenant, au Nigeria, une semaine avant qu'ils aient ravi la famille française, ils ont pris d'autres otages d'autres pays, des Grecs, des Libanais, bref, c'est un commerce ! Et ce n'est pas parce que la France a été au Mali ; ils sont dans des systèmes qui sont tout à fait condamnables et qui aboutissent à cette situation de non-droit et de grandes violences qui est inacceptable. Alors, il fallait pour cela aussi que l'on éradique la situation au Mali, parce que le Mali allait devenir le sanctuaire.

Q - On va reparler du Mali, mais restons un instant sur la famille, savez-vous si elle a été séparée, après le tournage de cette vidéo, puisque le président de la République, jeudi soir dernier, avait dit : probablement...

R - On est dans l'incertitude...

Q - La famille a-t-elle été séparée...

R - Là, à l'heure actuelle, même si nous avons une collaboration de grande qualité avec les autorités du Cameroun et les autorités du Nigeria, mais je ne peux pas vous dire tout ce qui se passe évidemment, parce que la question...

Q - Disons que la question est de savoir si la famille est séparée ou pas...

R - La question principale...

Q - Vous ne le savez pas ou vous ne souhaitez pas répondre ?

R - Je ne souhaite pas répondre, parce que là, la question principale dans cette situation difficile, c'est la discrétion, y compris parce que votre émission est très écoutée et y compris par tous ceux qui ne devraient peut-être pas l'écouter, en tout cas, je ne dirai rien...

Q - Les otages, avez-vous localisé les otages ?

R - Je n'en dirai pas plus, je suis désolé.

Q - Non, non, mais je peux comprendre, mais il y a tout de même des questions à poser...

R - Oui, il y a des questions qu'on se pose, nous, mais...

Q - Le groupe que vous citiez demande la libération de prisonniers au Cameroun et au Nigeria. Est-ce une demande sur laquelle la France peut peser ou elle ne peut pas peser ?

R - On ne négocie pas sur ces bases-là, avec ces groupes-là. Donc, nous utiliserons tous les moyens possibles pour assurer la libération des otages, que ce soit ceux-là ou les autres, c'est ce que nous faisons, mais on ne joue pas à ce jeu de surenchère, parce que ça, c'est le terrorisme.

Q - On a longtemps dit que ce groupe, Boko Haram, qui donc revendique la prise d'otages, n'intervenait généralement pas pour des raisons politiques. Or, dans leur message, les ravisseurs disent... s'adressent directement au président français et font référence à l'intervention française au Mali.

R - Il y a déjà eu une intervention de ce groupe qui a kidnappé un industriel français il y a maintenant quelques semaines, avant l'intervention au Mali...

Q - C'était en décembre.

R - Boko Haram aurait des tensions avec un autre groupe issu de lui-même, qui s'appelle Ansaru, et il y aurait une compétition idéologique ; tout cela, ce sont des hypothèses de travail ; la réalité, c'est que le terrorisme est le même, que vous soyez en Somalie avec des chebabs ou que vous soyez au Mali avec Ansar Dine ou Mujao ou au Nigeria avec Boko Haram ou Ansaru, ce sont les mêmes systèmes, ce sont les mêmes méthodes, et ce sont des méthodes qui nous menacent, nous, ici, en Europe. Et il faut donc les éradiquer.

Q - Quelle est la situation ce matin au Mali, Jean-Yves Le Drian ? Où interviennent les forces françaises ?

R - Au Mali, on est en train de toucher au dur, puisque dans ce que l'on appelle l'Adrar des Ifoghas, vous entendrez beaucoup parler de ces montagnes-là, qui sont un peu - grand comme le Massif Central - un peu moins élevées, qui est un secteur où nous pensions que les groupes terroristes les plus radicaux s'étaient réfugiés ; nous n'en étions pas sûrs, maintenant, nous en sommes certains. Donc, les combats sont violents, ils se poursuivent, y compris au moment où nous parlons.

Notre objectif, c'est évidemment de permettre au Mali de retrouver sa totale intégrité, y compris dans cette zone, qui est le repère de ces groupes depuis longtemps. Nous sommes chez eux, nous sommes rentrés dans leurs maisons, puisque, depuis dix ans de la fin de la guerre civile algérienne, une partie de ces groupes s'était réfugiée dans cette zone qui est parfois un peu inaccessible et qui est géologiquement, géographiquement, très complexe, et qui nécessite de notre part une action très méticuleuse. Mais ils sont là, et comme ils se battent fort, c'est qu'ils ont des choses à défendre.

Q - Les combats se déroulent actuellement...

R - Oui, absolument, il y en a eu avant-hier, il y en a en ce moment.

Q - Il y a les otages, huit otages français retenus au Nord Mali, ils sont là, dans ces montagnes ?

R - C'est une hypothèse de travail.

Q - Pas de certitude ?

R - Hypothèse.

Q - Vous ne voulez pas répondre plutôt que...

R - Hypothèse.

Q - Hypothèse. Donc nous allons en rester-là. L'intervention militaire française va durer encore longtemps, parce que les combats sont ceux que vous décrivez, les combats...

R - L'intervention a été très rapide, elle a permis de libérer la quasi-totalité du territoire en quarante-cinq jours, parce que nous sommes à quarante-cinq jours, là, maintenant du 11 janvier. Il reste la partie la plus dure, on savait que c'était là, et là, c'est plus compliqué, parce qu'il faut passer au sol, au peigne fin, doucement, mètre après mètre quasiment, sur un territoire qui est quand même assez vaste, mais c'est là que se trouve le réduit des terroristes...

Q - Cela peut durer longtemps ?

R - On ira jusqu'au bout.

Q - C'est quoi aller jusqu'au bout ?

R - Eh bien, quand on aura fini, c'est-à-dire quand l'ensemble de ce secteur-là sera libéré complètement...

Q - Vous faites des prisonniers ?

R - Très peu.

Q - Beaucoup de morts ?

R - Oui. Des morts tous les jours.

Q - Parmi les soldats français ?

R - ... Il y a eu deux morts français, qui ont été très héroïques et qui ont reçu l'hommage solennel de la Nation, y compris la semaine dernière, deux morts français, beaucoup, beaucoup de morts djihadistes./.

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5. Colombie - Discours du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius à l'Université de l'Externado (Bogota, 25/02/2013)

Monsieur le Président,

Madame la Ministre,

Monsieur le Recteur,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Chers Étudiants de l'Université de l'Externado,

Je veux tout d'abord vous remercier chaleureusement de me recevoir dans cette université fameuse de l'Externado, que tant de liens attachent à la France. À l'occasion de mon voyage sur votre continent, qui m'a conduit successivement au Pérou, au Panama et en Colombie, je veux vous dire combien mon pays accorde d'importance à ses relations avec vous. Ce n'est pas par hasard que j'ai choisi de venir m'exprimer ici, en Colombie. Les liens entre l'Amérique latine et la France sont en effet ancrés dans l'histoire, nourris de valeurs partagées et d'aspirations communes et y a-t-il de meilleur lieu pour en parler que l'Université de l'Externado ?

Vous connaissez toutes et tous, cela vient d'être rappelé, le rôle majeur joué par les idées et les principes venus de France dans la lutte de toute une série de pays et notamment de la Colombie pour leur indépendance. À quelques centaines de mètres d'ici, la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen a été gravée dans la pierre de la «Maison des droits». Non loin, le nom du palais présidentiel - Casa de Nariño - rappelle qu'il est construit sur le lieu de naissance d'Antonio Nariño, lequel traduisit en espagnol cette déclaration pendant la Révolution française et permit sa diffusion sur tout le continent. Cette traduction valut d'ailleurs à votre héros national de longues années de prison, puis l'exil, et une décennie plus tard, Miranda, le premier des Libertadores, débarquait à Vela de Coro avec une presse destinée à reproduire la déclaration française traduite quelques années plus tôt à Bogota. Et chacun, dont moi-même, connaît et apprécie la passion de la Colombie pour le droit et l'influence du droit civil et du droit constitutionnel français sur le droit colombien.

Si j'évoque, même rapidement, ces épisodes et ces faits, c'est parce qu'ils sont fondateurs de votre histoire moderne et parce qu'ils sont fondateurs aussi de notre relation si particulière, marquée par un même attachement à la liberté et à la laïcité et à une même confiance dans le progrès. L'héritage commun des Lumières, on a cité Rousseau et Voltaire, a inspiré le mouvement d'émancipation qui a soulevé, à l'aube du XIXe siècle, toute cette région et dont nous avons célébré récemment le deux-centième anniversaire.

Mesdames et Messieurs, Chers Amis, nous avons des références communes, et grâce à ces références, nos pays ont vécu depuis longtemps au rythme de leurs échanges humains. L'océan Atlantique n'a jamais constitué pour les voyageurs une barrière infranchissable, ni pour les écrivains, les penseurs et les créateurs, qui depuis plus de deux siècles ont tissé entre nous les mailles d'une amitié solide. Il suffit par exemple de lire Mario Vargas Llosa lorsqu'il évoque ses années de jeunesse à Paris où il se découvrit écrivain latino, aux côtés d'une génération exceptionnelle - Julio Cortazar, Alejo Carpentier, Carlos Fuentes, personnalités éminentes auxquelles je veux rendre hommage.

Et à ce sujet je veux évoquer un souvenir personnel. Lors des cérémonies qui marquèrent l'investiture de François Mitterrand en mai 1981, qui fut le premier président français de gauche élu au suffrage universel. Et lorsqu'il fut élu, son premier souhait fut qu'un grand écrivain fût présent à ses côtés. Sa présence témoignait de la passion de la France pour la littérature. Mais le choix ne fut pas fait au hasard, c'était celui de la littérature latino-américaine et de son amitié pour les écrivains, mais aussi de cet héritage, de cette proximité entre nos deux nations. C'était Gabriel Garcia Marquez. Et aux côtés de François Mitterrand et de Gabriel Garcia Marquez, il y avait le vénézuélien Miguel Otero mais il y avait aussi, et ceci est lourd de signification, les veuves de Salvador Allende et de Pablo Neruda. Je me rappelle très bien ces moments, j'étais tout jeune, c'était mon premier poste de ministre.

La présence de ces deux femmes rappelait aussi qu'aux heures les plus tragiques de l'histoire, de nombreux proscrits d'Amérique latine ont pu trouver en France refuge, soutien et amitié, c'est vrai pour l'Argentine, pour l'Uruguay, pour le Guatemala... Cela fait partie de notre histoire commune. Ces proscrits ont fait souche : leurs enfants, franco-latino-américains, contribuent aujourd'hui à la richesse de la société française. Nous en comptons au moins deux comme députés français, sur les bancs de notre Assemblée nationale (M. Sergio Coronado (franco-chilien) et M. Eduardo Rihan-Cypel (franco-brésilien).).

Je veux ajouter qu'à côté de cette histoire commune qui nous rassemble, il y aussi - ce qui est moins connu et pourtant éclatant d'évidence - une géographie que nous partageons. La France est aussi latino-américaine, par ses collectivités dans les Antilles et en Guyane, dont nous voulons que, de plus en plus, elles puissent s'intégrer dans leur région, en Amérique centrale et en Amérique latine. La France est en effet le seul État européen à posséder une frontière terrestre commune avec des pays sud-américains - et pas n'importe quelle frontière : 520 kilomètres avec le Suriname, et ce qui est peu connu 720 kilomètres avec le Brésil !

* *

Cette histoire et cette géographie qui nous rapprochent sont un immense atout pour construire ensemble l'avenir vers lequel je veux maintenant me tourner. Au cours de la dernière décennie, une nouvelle Amérique latine a pris son essor. En paix avec la démocratie et avec lui-même, fort de sa jeunesse, de sa créativité et de son ouverture au monde, votre continent s'affirme comme un pôle majeur du XXIe siècle. Je dis que l'avenir du monde se construit et se construira en grande partie ici, en Amérique latine. Et la France, évidemment, veut être là où se construit l'avenir.

Débarrassés des rigueurs excessives de ce qu'on a appelé les politiques d'ajustement structurel, plus attentifs qu'avant aux aspirations des peuples à la justice et au progrès social, vos pays connaissent depuis quelques années une croissance et un développement spectaculaires. C'est le cas notamment des trois pays où je me suis rendu cette semaine, Pérou, Panama et Colombie, qui bénéficient de taux de croissance à rendre l'Europe jalouse. Je veux saluer particulièrement les réalisations en Colombie, qui s'est engagée d'une manière décidée sur le chemin des réformes, du respect des droits de l'homme et c'est essentiel.

Ces avancées ont souvent été portées par une nouvelle génération de dirigeants bouleversant des modes de gouvernement plus traditionnels. Ils veillent à rendre cette croissance, cette fois-ci, inclusive afin que le progrès économique bénéficie à toute la société, notamment les peuples autochtones dont la situation a été si longtemps négligée. Bien sûr, nous le savons tous, beaucoup de progrès restent encore à accomplir sur le chemin du développement partagé et équitable, mais ainsi se construit dans un cadre démocratique une sorte de modèle nouveau de société, dont nous observons l'évolution avec d'autant plus d'intérêt que cela peut donner souvent l'exemple au monde.

Sur la scène internationale, l'Amérique latine s'affirme également. Ce mouvement, contrairement à ce que l'on pense, n'est pas à proprement parler nouveau, je rappellerai : sur les 50 signataires de la Charte des Nations unies en 1945, 20 étaient latino-américains et caribéens. Mais aujourd'hui, l'Amérique latine est bien devenue un continent de l'émergence, elle pèse d'un poids croissant sur la scène mondiale. Trois pays de la région - le Brésil, le Mexique et l'Argentine - participent au G20. Et - j'ai pu le constater en rencontrant les trois présidents des pays que j'ai visités - chaque pays, quelle que soit sa taille, s'intéresse désormais aux affaires du monde et se sent pleinement membre, et d'une certaine façon coresponsable, de la communauté internationale.

La voix de l'Amérique latine porte en particulier sur les enjeux globaux, qu'il s'agisse du développement durable, qu'il s'agisse des questions liées au dérèglement climatique, qu'il s'agisse de la gouvernance mondiale ou de la lutte indispensable contre le trafic de drogue et contre la corruption. Vos pays figurent également parmi les plus engagés sur les questions de droits de l'homme. La France, comme le disait le grand Georges Clemenceau en novembre 1918, «sera toujours le soldat de l'idéal». Nous partageons ce socle commun qu'est l'affirmation de l'universalité des droits de l'homme. C'est pourquoi nous nous sentons si proches, entre Latino-Américains, Européens et Français.

De l'ONU à l'OMC, de l'OCDE au G20, la voix de l'Amérique latine est forte, je l'ai constaté avec ma collègue, ministre des relations extérieures lorsque pendant deux ans la Colombie a siégé au Conseil de sécurité des Nations unies. Elle n'est pas toujours univoque : vous n'êtes pas toujours d'accord entre vous. Il y a aussi, dans certains cas, des débats entre vous et nous. Mais quoi qu'il en soit, et je tiens à l'affirmer ici, la France regarde avec beaucoup de confiance l'émergence de l'Amérique latine et son affirmation sur tous les plans qu'il s'agisse de politique, d'économie, de culture. Nous souhaitons être partenaires avec l'ensemble des États d'Amérique laine, d'égal à égal, alors que dans de nombreux domaines nous devons affronter les mêmes problèmes et relever les mêmes défis. Nous souhaitons travailler avec vous à la construction d'un monde plus sûr, plus juste et plus solidaire, non pas bipolaire ou unipolaire comme le monde l'a été avant-hier ou hier, ou éclaté comme aujourd'hui, mais un monde multipolaire, comme nous le souhaitons pour demain, où chaque pôle apportera sa contribution à la régulation internationale, à l'équilibre et à la paix.

* *

Si je suis aujourd'hui parmi vous, c'est pour porter ce message simple : oui, l'Amérique latine constitue une priorité pour notre politique étrangère. Oui, nous souhaitons nous engager sur le long terme dans une relation de grande confiance avec vous.

Au terme de mon déplacement dans votre région et des échanges que j'ai pu avoir avec vos chefs d'État, vos ministres, dirigeants politiques, représentants de la société civile, chefs d'entreprise, universitaires, intellectuels et, bien sûr, avec les Français des Amériques, j'ai la conviction que oui, à notre portée, il existe une attente réciproque. Comment définir cette approche ? Je dirais que notre nouvelle relation, entre Amérique latine et Europe, Amérique latine et France, doit être à la fois continentale et partenariale.

Continentale, ceci parce que nous devons embrasser la diversité de l'Amérique latine, ensemble de plus de 30 pays aujourd'hui réunis dans une même communauté, mais dont les trajectoires, les préoccupations et les intérêts demeurent encore souvent divers - pluralité de points de vue dont nous avons, nous-mêmes, d'ailleurs aussi l'expérience en Europe. La France, au sien de l'Amérique laine, ne hiérarchise pas ses amitiés. Nous souhaitons dialoguer avec les pays qui le souhaitent, depuis le Brésil et le Mexique jusqu'au plus modeste des États, et coopérer avec tous ceux qui partagent nos valeurs, peu importe la taille de leur population ou le chiffre de leur PIB. La France ne considère pas, en somme, qu'il y aurait de «petits pays» en Amérique latine, et encore moins pour les regarder de haut.

Dans cet esprit, nous avons récemment retrouvé le chemin de plusieurs capitales latino-américaines qui n'avaient reçu que peu de visites politiques françaises au cours des dernières décennies, dans les Andes et en Amérique centrale, dans le Cône Sud et les Caraïbes. Le gouvernement auquel j'appartiens fait aujourd'hui le choix d'une présence assidue en Amérique latine.

Notre démarche est continentale, elle se veut aussi partenariale. Face aux défis de la mondialisation, l'Europe et l'Amérique latine partagent beaucoup. Tous mes interlocuteurs, sans exception, m'ont répété, ces derniers jours, que notre convergence d'intérêts constitue une nouvelle donne pour l'avenir. Je souhaite que nous puissions nous appuyer sur ces aspirations et préoccupations communes afin de travailler sur plusieurs plans : sur le plan politique, sur le plan économique et sur le plan culturel et éducatif : le renforcement de notre dialogue politique, la promotion de modèles de développement durables et inclusifs, le développement de nos échanges économiques, l'intensification de nos échanges humains.

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Sur le plan politique, le renforcement de notre dialogue est en très bonne voie. Comme je l'ai dit, après des années où nous n'avons pas été assez présents, nous avons déjà commencé de renforcer nos contacts. Au cours de ces seuls neuf derniers mois, le président Hollande et le Premier ministre Ayrault se sont rendus en Amérique latine. Le président du Sénat français a assisté à l'investiture du président nouvellement élu pour le Mexique, M. Peña Nieto, avant de se rendre plus récemment à Cuba. Les ministres français de la défense, de la justice, du commerce extérieur, de l'outre-mer, du développement et de l'économie solidaire se sont rendus au Brésil, en Équateur, en République dominicaine, au Venezuela.

Depuis maintenant 9 mois, le président français a reçu de très nombreux chefs d'État latino-américains à Paris. Il se rendra dans cette région notamment l'an prochain, à l'occasion du cinquantième anniversaire du fameux voyage que fit en 1964 le général de Gaulle.

Mon déplacement en Amérique latine participe de cette nouvelle dynamique. Il ne s'agit pas à proprement parler d'un «retour» de la France en Amérique latine - elle ne l'a jamais quittée depuis deux siècles -, mais de l'expression d'une volonté politique de partenariat nouveau et de présence nouvelle et forte.

Notre dialogue politique pourra être prolongé au sein des organisations régionales. Nous siégeons déjà ensemble dans plusieurs d'entre elles - l'OEA, la CEPALC, l'AEC ou le SICA, pour ne citer que quelques uns de ces acronymes derrière lequel se cachent des institutions actives. Nous y travaillons avec vous à des projets en matière de défense des droits de l'homme, d'action contre les maladies infectieuses, de réduction des inégalités, de prévention des risques naturels ou de promotion du tourisme durable. Les collectivités françaises des Amériques, intéressées par les résultats concrets de ces travaux, sont candidates à plusieurs de ces organisations. Nous devons accentuer encore notre présence et coordination.

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Notre coopération sera centrée sur les enjeux globaux. Le monde dans lequel nous vivons connaît de nombreuses crises régionales et doit faire face à des défis qui nous concernent tous. Face à eux, les schémas d'hier, notamment ceux qui tendaient à opposer le Sud au Nord, sont très largement dépassés. Les problèmes climatiques sont évidemment planétaires. L'instabilité économique ou financière est une menace globale. Je devrais aussi parler du terrorisme et du trafic de drogue, qui sont partout où ils sévissent des calamités ravageuses - sur votre sol, sur le nôtre où en Afrique. Nous, Français, nous y sommes confrontés, comme vous le savez, actuellement au Mali.

Face à ces enjeux, la France, comme vous, porte un message de solidarité, de justice et de responsabilité. Notre fondons notre démarche sur le droit international, nous nous efforçons d'agir pour une meilleure régulation, nous sommes engagés pour le développement et défendons partout la démocratie et les droits de l'homme : Nous devons nous retrouver, Latino-Américains, Colombiens, Européens, Français, sur l'ensemble de ces orientations.

J'y insiste : face aux enjeux que j'ai évoqués, notre monde est éclaté et peine à apporter les réponses collectives qui seraient nécessaires. Le Conseil de sécurité de l'ONU, dont la France est l'un des cinq membres permanents, a pu agir - bravo ! - pour le Mali, mais face au drame syrien, avec malheureusement près de 100.000 morts, il est malheureusement impuissant. Les négociations climatiques n'avancent pas à la vitesse que les enjeux requièrent. Le fonctionnement de l'OMC est grippé. La France, comme la Colombie, souhaite que les institutions multilatérales puissent jouer pleinement leur rôle.

Parce qu'il existe entre nous une proximité politique forte, l'Europe, dont au premier rang la France, et l'Amérique latine, dont la Colombie, doivent être à l'avant-garde de ce travail en commun afin de proposer les mécanismes de régulation et de gouvernance qui permettront de répondre à ces périls et à ces défis. Les pays d'Amérique latine sont dans l'ensemble très attachés au système des Nations unies, que vous contribuez à gérer - en témoigne votre participation aux opérations de maintien de la paix.

La promotion des droits de l'homme est également un sujet sur lequel la France et les démocraties d'Amérique latine sont attendues. Nous avons une parole commune à porter sur la scène internationale pour promouvoir l'universalité de ces principes. Hier, l'Argentine et la France ont porté, ensemble, la convention sur les personnes disparues. Aujourd'hui, l'Amérique latine pourrait soutenir la mobilisation de la France en vue de l'abolition universelle de la peine de mort. Et puisque depuis de trop longues années, la Colombie doit faire face à la violence avec la question des FARC. Je veux, sans ingérence, mais de la façon la plus précise, saluer au nom du gouvernement français la démarche que le président Juan Manuel Santos a engagée en faveur de la paix. La France est une puissance de paix et la France soutient officiellement votre démarche et souhaite qu'elle aboutisse rapidement pour le bien de tous les Colombiens.

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Nous avons également beaucoup à faire sur le plan économique. L'Europe connaît des difficultés aujourd'hui, mais elle est la première puissance économique mondiale et la France, seule, occupe la cinquième place. Nous, Européens, disposons pour nous redresser de nombreux atouts - recherche, technologies, innovation, infrastructures, entreprises mondiales - pour n'en citer que quelques uns de ces atouts.

S'agissant de nos relations, l'Europe est le premier partenaire de l'Amérique latine en matière d'investissements. La France est depuis 2010, ce qui ne se sait pas assez, en flux, le premier investisseur européen dans cette région. Nos grandes entreprises sont presque toutes présentes, souvent depuis le début du XXe siècle. En association avec leurs homologues latino-américaines, les fameuses multilatinas, elles ont contribué à construire un grand nombre de vos ports, de vos aéroports, de vos réseaux téléphoniques, d'adduction d'eau, de transport urbain ou de production d'électricité. Elles fournissent avions ou technologies avancées. Vous achetez chaque jour des produits alimentaires, des médicaments, des cosmétiques qu'elles produisent, dans des magasins qui appartiennent parfois à des entreprises françaises de grande distribution. Nos entreprises ont aussi pour habitude d'assumer leur responsabilité sociale et de participer à la diversification nécessaire de vos économies, à travers des transferts de technologie et de savoir-faire que nous proposons et assumons. Ici même, en Colombie, et j'en ai rencontré plusieurs il y a quelques heures, plus de 100 entreprises françaises sont présentes, 30 des 40 plus grandes entreprises françaises, et les perspectives économiques sont prometteuses.

Cette situation positive est un socle pour aller encore plus loin, notamment dans le sens du développement responsable. La France est à vos côtés pour promouvoir une croissance verte et solidaire, à travers notamment notre agence spécialisée en la matière, que nous appelons l'Agence française de développement. Elle finance des projets publics et des entreprises privées qui répondent à cet objectif de développement durable souvent dans le cadre de tours de table qui associent également vos banques de développement nationales et régionales. L'Agence française de développement intervenait déjà dans les Caraïbes, en Colombie et au Brésil. Elle va étendre désormais son champ d'intervention à de nouveaux pays latino-américains.

Et pourtant, Mesdames et Messieurs, Chers Amis, à côté de ces investissements, nos échanges commerciaux sur le plan économique restent trop faibles. La France est présente - très bien ! - sur ce qu'on appelle les grands contrats, notamment dans les domaines de la défense et des infrastructures, et j'espère qu'elle le sera en Colombie dans le futur. Mais notre part de commerce courant n'est pas à la hauteur de notre relation politique et économique. C'est une faiblesse que nous devons réduire. Le réseau des chambres de commerce et d'industrie dans d'autres institutions, dont l'Institut des Amériques, qui associe la soixantaine d'universités et de grandes écoles françaises qui travaillent sur et avec votre région, tous ceux-là et bien d'autres encore peuvent participer à cet effort.

De même, ce qui est plus nouveau, nous souhaitons que l'Amérique latine soit davantage présente par ses investissements en Europe, notamment en France. Après tout, c'est la marque d'un continent économique mature, les investissements doivent se réaliser dans les deux sens.

*

Le dernier axe de cette nouvelle approche que je propose, c'est de promouvoir les échanges humains et de compétences entre l'Amérique latine et la France.

Après les États-Unis et l'Espagne, la France est le troisième pays d'accueil des étudiants latino-américains hors de ce continent. Chaque année, plus de 1.500 jeunes Colombiennes et Colombiens partent étudier en France. C'est en France qu'ont été formés certains des esprits latino-américains les plus brillants - et je citerai, j'espère qu'il n'en rougira pas, le recteur Henao ici présent, juriste, défenseur des droits de l'homme, pédagogue et parfait francophone. C'est grâce à des exemples tels que le vôtre, Cher Ami, que la France a été récemment sélectionnée par le Brésil et le Pérou pour former plusieurs milliers des futurs médecins, ingénieurs et professeurs latino-américains. Et je crois que, lorsque des Colombiennes ou Colombiens, viennent faire des études en France, ils ne le regrettent pas, de même que j'ai pu constater que des Français venus faire leurs études ici choisissent de rester par goût ou par des choix familiaux.

De plus en plus de Français s'installent en Amérique latine : dans votre région, la taille de la communauté française a crû de plus de 15 % au cours des dernières années. Pour la Colombie, sont installés désormais près de 5.000 Français. Beaucoup de ces Français des Amériques travaillent pour des entreprises françaises ; ils sont également nombreux à être venus étudier dans vos universités. Celles-ci - à commencer par l'Externado - comptent parmi les meilleurs établissements d'enseignement supérieur au monde. Les étudiants français qui sont venus passer quelques mois ou quelques années en Colombie, ne me démentiront pas.

L'adaptation à cette réalité nouvelle du formidable réseau de coopération que nous ont laissé nos deux siècles d'échanges humains et culturels constitue pour la France un enjeu essentiel : sur votre continent, 275 alliances françaises sont présentes (dont 17 ici en Colombie) où sont formés plus de 160.000 étudiants, avec 37 lycées français, sans oublier les nombreux et valeureux instituts de recherche. Ce réseau français n'a pas d'équivalent. Il déploie des projets innovants en matière d'enseignement ouvert et à distance ou de formations numériques. Il doit rester fort, il doit continuer à porter la langue et la culture française qui a tant contribué au développement de l'Amérique latine. Francophonie, francophilie, la Colombie et l'Amérique latine savent que le français n'est pas seulement une langue mais aussi une culture, un ensemble de valeurs, et c'est parce que nous nous retrouvons dans ces valeurs que nous aimons tant pratiquer la même langue.

Cet outil culturel est aussi la base arrière principale de nos coopérations scientifiques et universitaires, portées par nos principales institutions d'enseignement supérieur. Dans ce contexte, des programmes originaux tels que «Sciences sans frontières», avec le Brésil, ou «Becas Dieciocho», avec le Pérou, sont particulièrement prometteurs : nous, la France, ne verrions que des avantages à ce qu'ils soient développés par d'autres pays, peut-être demain, la Colombie. Nos laboratoires de recherche conjoints méritent également d'être encouragés : ils servent de référence mondiale dans le champ des mathématiques et de l'informatique appliquée, de l'astrophysique, des sciences des matériaux et du climat, de la biologie marine ou de la santé, et encore dans beaucoup d'autres champs de la connaissance. Nous participons ainsi, ensemble, au développement de cette société de la connaissance sur laquelle sera fondée l'essentiel du développement mondial au cours des décennies qui viennent.

* *

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Je veux terminer par quelques mots.

Nous sommes dans une région, dans un pays où l'or revêt historiquement une importance particulière, il suffit pour s'en rendre compte de visiter le magnifique Musée «del Oro». Eh bien, je considère que l'on peut parler d'un véritable triangle d'or de la relation entre l'Amérique latine et la France, dont un côté s'appelle la politique et la diplomatie, un autre l'économie et le troisième l'éducation et la culture. Nous voulons et pouvons renforcer chacun des trois côtés de ce triangle d'or.

Ce que je suis venu vous dire aujourd'hui, au nom de la France, est finalement simple : nous avons la ferme volonté d'être pour vous et avec vous un partenaire de premier plan, dans la fidélité aux principes sur lesquels se fonde notre amitié commune.

Spontanément, les Français aiment l'Amérique latine et spontanément, les peuples d'Amérique latine, dont les Colombiens, aiment la France.

Nous n'oublions pas par exemple que, comme le chantait Carlos Gardel, ce poète que la France a prêté à l'Argentine : «Siempre se vuelve al primer amor» - «On revient toujours à son premier amour». Or notre premier amour nous porte, nous les Français vers l'Amérique latine et je pense l'Amérique latine vers la France.

Je le redis en terminant : nous savons qu'ici, en Amérique latine, se construit une grande partie de l'avenir du monde et nous voulons être à vos côtés pour construire cet avenir.

Vive la Colombie ! Vive l'Amérique latine ! Et vive l'amitié entre la Colombie et la France !./.

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6. Panama - Allocution du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, devant la communauté française (Panama, 22/02/2013)

Monsieur l'Ambassadeur,

Monsieur le Ministre,

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Les relations entre le Panama et la France sont au beau fixe. Donc, ma visite ne sert à rien. Mais tout de même ! J'ai voulu venir dans cette partie du monde et, en quelques jours, soustraits d'un calendrier assez chargé, venir successivement au Pérou, à Panama et en Colombie. Ceci signifie malheureusement que je ne suis ici que pour peu de temps. Mais suffisamment tout de même pour constater, Monsieur l'Ambassadeur - en vous félicitant - qu'il règne ici entre Panama et la France, à travers tous nos amis ici rassemblés, quelque chose d'exceptionnel qui s'appelle tout simplement l'amitié et le sentiment de travailler ensemble et d'avancer.

C'est vrai que l'amitié entre le Panama et la France plonge ses racines très loin. On m'a réexpliqué Ferdinand de Lesseps. On m'a montré Paul Gauguin qui n'a pas eu, si j'ai bien compris, un contact tellement agréable. Mais, le temps fait que désormais tout cela est sublimé. Néanmoins, malgré ces épisodes glorieux ou plus difficiles, il y a toujours eu une grande proximité entre le Panama et la France. Comme j'aime à le dire souvent, il n'y a pas d'amour pur, il n'y a que des preuves d'amour. Disons qu'au cours de ces dernières années, les preuves d'amour, dans la mesure où elles sont administrées par les ministres, ont été assez rares. En feuilletant un certain nombre de grimoires, nous avons constaté que la dernière personnalité membre du gouvernement à venir vous rendre visite, c'était Madame Lagarde, qui depuis a eu un destin très glorieux. Je n'ai pas cette ambition. Mais c'est une bonne chose de venir - et si possible à un rythme plus précis que tous les huit ans - et de dire au nom de la République et au nom du président de la République qu'entre le Panama et la France, non seulement tout va bien mais tout va de mieux en mieux. Je m'en suis rendu compte en rencontrant de nombreux responsables d'entreprises qui ont de beaux projets et qui les réalisent dans les temps. Chefs d'entreprises qui sont très appréciés et j'en ai eu le témoignage cet après-midi en échangeant avec le président Martinelli.

Mais, le monde de l'entreprise n'est pas seulement apprécié: l'éducation et les échanges culturels sont appréciés. Et je remercie Monsieur l'Ambassadeur et toutes celles et tous ceux qui ont permis cette très belle exposition. Et puis l'éducation aussi, parce que - je ne sais pas si vous l'appelez la petite école - l'école va grandir, grâce à la générosité de nos amis panaméens. À moyen terme, nous aurons un établissement qui pourra compter jusqu'à 500 élèves. Ce qui signifie qu'année après année, la coopération, la collaboration et le travail en commun entre le Panama et la France vont se développer. Je suis accompagné par un certain nombre de responsables d'entreprises, par le député Coronado qui est là, par une petite partie de mon équipe au Quai d'Orsay - petite équipe, mais très valeureuse - et à travers ces quelques jours arrachés à la France, nous constatons qu'ici, au Panama, se construit une bonne partie de notre avenir. Et c'est le sens de ma présence ici.

La France doit être présente partout où se construit l'avenir. L'Amérique latine, l'Amérique centrale, c'est une partie du monde où se construit l'avenir. Et Panama, en particulier, à cause des choix qu'il a fait, est un des endroits du monde - nous en sommes persuadés - où se construit l'avenir. Lorsque j'entendais cet après-midi le président panaméen m'expliquer tout ce qu'il y avait encore devant nous, je me disais finalement que la France va être une petite banlieue du Panama tout comme les États-Unis grâce à la notion de centre régional qui est un choix pertinent. Et ce que j'ai en particulier apprécié dans mes échanges avec le gouvernement, qui m'a reçu avec beaucoup de gentillesse, c'est que même s'il n'est pas un pays très étendu, le Panama prend ses responsabilités internationales. Et sur des sujets difficiles, alors que d'autres se dérobent, le Panama s'exprime parce que tout État, quelle que soit sa taille, est une parcelle de la communauté mondiale. Nous avons apprécié en particulier que le Panama ait été le premier dans cette partie du monde à dire ce qu'il pensait - et nous en pensons la même chose - du régime actuel de Syrie. Et sur d'autres conflits encore, nous sommes côte à côte avec Panama.

Mesdames et Messieurs, je disais «nous sommes au beau fixe», et néanmoins nous allons essayer d'améliorer encore les choses. Par ma fonction actuelle, je suis habitué à rencontrer de nombreux chefs d'État et de gouvernement et de collègues ministres des affaires étrangères. Je dois dire que le président Martinelli m'a dit les choses de la manière la plus simple et la plus forte que j'aie entendue. À la fin de notre entretien, il m'a dit - Monsieur l'Ambassadeur vous en êtes témoin et vous saurez le rappeler le moment venu - «Monsieur le Ministre que puis-je faire pour la France ?» Quand on entend cela, on répond, parce que j'apprends à être diplomate : «Monsieur le Président, qu'est-ce que la France peut faire pour le Panama ?» Mais surtout, on se dit qu'il y a énormément de choses à construire ensemble.

Mesdames et Messieurs, je termine ce court propos en vous disant, amis panaméens, que nous sommes extrêmement honorés que vous soyez à nos côtés. Et mes compatriotes français, bien sûr il y a un Ambassadeur en titre qui fait fort bien son métier, mais vous êtes toutes et tous des ambassadrices et des ambassadeurs de la France. Il y a une petite parcelle de France que vous tenez entre vos mains. Et, sans porter de jugement moral, la France est jugée par le biais de votre action, de votre comportement et de vos initiatives. C'est pourquoi ce n'est pas à vous de me remercier d'être là, c'est ma mission, mais c'est à moi, au nom du gouvernement de la République, de vous remercier de ce que vous faites pour notre pays et de ce que vous êtes.

Vive le Panama, Vive la France et Vive l'amitié entre nos deux pays./.

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7. Point de presse du porte-parole - Soudan/Entretien du ministre avec son homologue soudanais - Déplacement à Bruxelles de M. Pascal Canfin - Clôture des assises du développement et de la solidarité internationale - Égypte/Accident montgolfière - Italie/Élections - Israël/Territoires palestiniens - Cameroun/Otages - Mali/MISMA - Mali/MNLA -Mali/Droits de l'Homme - RDC (Paris, 26/02/2013)

1 - Soudan - Entretien du ministre avec son homologue soudanais

Le ministre recevra aujourd'hui, M. Ali Ahmed Karti, ministre des affaires étrangères du Soudan.

Outre les dossiers régionaux et les enjeux de la relation bilatérale, les échanges des deux ministres porteront sur les tensions frontalières entre le Soudan et le Soudan du Sud et sur la mise en oeuvre des accords de sécurité et de coopération du 27 septembre 2012 entre les deux pays.

Cet entretien intervient dans le cadre de nos efforts pour faciliter un retour à la paix au Soudan, touché par des conflits au Darfour, au Sud Kordofan et au Nil bleu, et pour contribuer au règlement du différend entre le Soudan et le Soudan du Sud.

2 - Déplacement à Bruxelles de M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement (26 février 2013)

M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, se rend aujourd'hui à Bruxelles, à l'invitation du commissaire au développement, M. Andris Piebalgs, pour participer à une réunion de travail sur l'aide au développement au Mali.

Cette réunion est l'occasion de faire le point avec les autorités maliennes, représentées notamment par M. Ousmane Sy, secrétaire général de la présidence de la République du Mali, sur les priorités en matière de développement, que ce soit le rétablissement des services de base sur l'ensemble du territoire malien ou des projets de plus long terme.

Lors de cette réunion, les ministres européens du développement travailleront sur la nécessaire coordination sur le terrain entre la Commission européenne et les États membres.

Ce sera enfin l'occasion d'évoquer la préparation de la conférence internationale de soutien pour le développement du Mali, organisée par la France et l'Union européenne en mai prochain à Bruxelles.

3 - Clôture des assises du développement et de la solidarité internationale (1er mars 2013)

Les Assises du développement et de la solidarité internationale seront clôturées le 1er mars 2013 par le président de la République.

Lancées le 5 novembre 2012 et pilotées par M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, sous l'autorité de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, les Assises ont réuni pendant quatre mois l'ensemble des acteurs du développement et de la solidarité internationale : État, ONG, syndicats, entreprises privées, fondations, collectivités territoriales, parlementaires nationaux et européens, organismes de recherche et partenaires du Sud dans une concertation d'une ampleur inédite depuis 1997.

Le président de la République a souhaité un large débat sur l'ensemble des sujets traitant du développement et de la solidarité internationale. Les Assises ont ainsi permis à plus de 600 participants du Nord et du Sud d'échanger au cours de 19 tables rondes. Afin d'élargir la concertation, le site internet des Assises, hébergé par le site du ministère des affaires étrangères, a accueilli plus de 250 contributions écrites.

De nombreux sujets ont été traités à cette occasion : la transparence et l'efficacité de l'aide publique au développement, la coordination entre l'ensemble des acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux, la coopération décentralisée, l'agenda international du développement, la recherche, les innovations technologiques et sociales, la cohérence de l'ensemble des politiques publiques au regard de l'aide au développement, l'inscription de l'aide française au service du développement durable au Sud, l'accès des femmes à l'aide au développement.

Ces quatre mois de concertation guideront le gouvernement dans son objectif de rénovation de la politique française de développement.

4 - Égypte- accident montgolfière

Q - Pouvez-vous nous confirmer que deux Français ont été tués dans l'accident de montgolfière en Égypte ?

R - Nous avons appris avec beaucoup d'émotion l'accident qui est survenu ce matin au dessus du site de Louxor en Égypte. Je peux vous confirmer qu'il y a deux ressortissants français qui malheureusement figurent au nombre des victimes et qui sont décédés dans cet accident. Bien sûr, nous sommes en contact très étroit avec les autorités égyptiennes, via notre ambassade au Caire et aussi depuis Paris. Nous sommes également en contact avec les proches de nos ressortissants.

Q - Vous avez communiqué les identités ?

R - Non.

Q - Est-ce qu'on peut juste savoir si c'était des touristes ou si c'était des expatriés, si c'est un couple ? Avez-vous au moins quelques informations ?

R - Pas d'autres détails, pas d'autres commentaires pour l'instant. C'est ainsi que nous procédons habituellement pour protéger les familles notamment. Encore une fois, je le répète, nous sommes en contact avec les proches de nos deux ressortissants. C'est le centre de crise du ministère des affaires étrangères qui est chargé de le faire, de même que nous sommes en contact avec les autorités locales à Louxor, notamment via notre ambassade sur place.

Q - Est-ce que vous avez quelques précisions à nous donner sur les circonstances ?

R - Cela s'est produit ce matin-même, donc nous sommes très peu de temps après l'accident. Je ne peux pas vous en dire plus pour l'instant, sinon encore une fois vous confirmer qu'il y a deux Français qui sont décédés dans cet accident. Quand j'aurai plus d'informations et que je pourrai vous les donner publiquement, je le ferai. Et sur les circonstances de l'accident, et sur l'identité de nos deux ressortissants.

5 - Italie - Élections

Q - Est-ce que vous avez une réaction officielle au résultat des élections en Italie ?

R - Il n'est pas d'usage de commenter les résultats d'élections tout simplement parce qu'il s'agit de politique intérieure. Nous poursuivrons les excellentes relations, très étroites, très denses relations, que nous avons avec ce partenaire majeur au sein de l'Union européenne.

Q - Vous refusez de commenter les résultats des élections italiennes alors qu'un ministre ce matin à commenté en long et en large les élections. Il y a deux approches différentes de la question ?

R - Ne cherchez pas à me mettre en porte à faux avec les déclarations de M. Montebourg. Je le cite : «les conséquences d'un vote souverain ne devraient même pas être discutées». C'est la position du gouvernement français, exprimée par l'un de ses ministres et celle du ministère des affaires étrangères exprimée par son porte-parole.

Encore une fois, cela relève de la politique intérieure d'un État tiers. Il se trouve en outre que ce pays, membre de l'Union européenne, est un partenaire majeur de la France. Le seul commentaire que j'ai à faire, c'est que c'est le choix souverain des électeurs italiens et que quel que soit le résultat de ces élections, nous entendons bien, et je pense que c'est une volonté partagée, poursuivre les relations que nous avons avec ce pays qui sont excellentes, particulièrement denses et marquées par une forte proximité. Il suffit pour s'en convaincre de voir la liste des réunions notamment au niveau ministériel que nous avons avec l'Italie.

Q - Est-ce qu'il y a des effets des élections italiennes ? On ne parle pas des détails, est-ce que ce sont des effets positifs, négatifs ?

R - C'est tout de même un peu tôt, on a les résultats des élections depuis ce matin. Ne me demandez pas de commenter les effets que cela peut avoir alors qu'on n'a même pas de gouvernement en place qui ait fixé une ligne différente de celle du précédent gouvernement ou dans la suite et en cohérence avec ce précédent gouvernement, notamment pour tout ce qui touche à sa politique européenne.

6 - Israël - Territoires palestiniens

Q - Pouvons-nous avoir un commentaire sur les évènements actuels en Cisjordanie et sur la mort du prisonnier palestinien, qui est à l'origine de cette tension ?

R - Nous sommes très préoccupés par la montée des tensions qui ont lieu depuis plusieurs jours en Cisjordanie et qui se sont accentuées à la suite de la mort d'un jeune Palestinien en détention.

Nous appelons au retour au calme et à la retenue afin d'éviter une escalade qui n'est dans l'intérêt de personne.

Il est dans ce contexte d'autant plus important qu'une issue rapide soit trouvée à la question des prisonniers palestiniens soumis à un régime de détention administrative en Israël et des prisonniers en grève de la faim dont l'état de santé s'est dégradé ces derniers jours. Nous avons d'ailleurs, en fin de semaine dernière, fait une déclaration en ce sens.

Il faut éviter tout ce qui peut nuire à une reprise du processus de paix et à ce qui reste notre objectif final et celui partagé par toute la communauté internationale, qui est la solution dite des deux États.

Q - La question c'était un commentaire quant à la mort de ce prisonnier palestinien.

R - Nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur les conditions du décès de ce jeune Palestinien mort en détention.

Q - Regrettez-vous, déplorez-vous, avez-vous une réaction contre cette mort ? Vous demandez que la lumière soit faite, très bien, tout le monde le demande mais c'est un évènement grave qui demande de la France une réaction forte, surtout que plusieurs sources assurent que ce prisonnier est mort sous la torture.

R - Nous ne réagissons pas sur la base de dépêches ou d'articles de presse. Je répète qu'il faut que la lumière soit faite sur les circonstances de ce décès. Il faut qu'une enquête soit diligentée, que des conclusions soient tirées et c'est en fonction de cela que nous réagirons au-delà de ce que je viens de dire. J'observe que nous ne sommes pas les seuls à avoir adopté cette position, les Nations unies ont fait ce matin des déclarations dans le même sens.

Q - Lorsque vous dites : «il faut trouver une solution rapide à la question des prisonniers», qu'entendez-vous ?

R - Je vous renvoie à la déclaration faite il y a quelques jours, qui était très précise, notamment sur le cas particulier des prisonniers en grève de la faim et des prisonniers en détention administrative.

7 - Cameroun - Otages

Q - Je sais qu'il y a eu hier beaucoup de réactions par rapport aux revendications des terroristes au Cameroun de Boko Haram. Avez-vous d'autres nouvelles sur les investigations sur cette vidéo publiée et connaissez-vous sa localisation exacte ? Je sais que vous ne l'avez pas mais on dit qu'ils sont passés au Cameroun. Avez-vous des informations par rapport à cela ?

R - Non, je n'ai pas d'information supplémentaire par rapport à ce que nous avons déjà déclaré hier soir, puisque vous savez qu'il y a eu des déclarations successivement du Premier ministre et du ministre des affaires étrangères. M. Jean-Yves Le Drian s'est également exprimé ce matin sur une radio sur ce sujet. Nous n'avons donc pas d'autre information à vous donner à l'heure actuelle. Nous procédons aux vérifications auxquelles nous procédons habituellement dans ces circonstances. Nos services sont chargés d'analyser ces images et d'en tirer tout ce que nous pouvons sur la situation de nos otages.

Q - Est-ce que Paris a bien la certitude que c'est Boko Haram qui a enlevé les Français ?

R - Si vous écoutez très précisément ce qui est dit par les ravisseurs dans le message qu'ils ont diffusé hier soir, eux-mêmes s'en revendiquent et de manière très explicite, ce qui corrobore d'ailleurs les déclarations qui avait été faites dans les jours qui avaient précédé, notamment par la président de la République.

8 - Mali - MISMA

Q - Une coopération militaire accrue, dans le cadre de la MISMA, peut-elle être maintenant imaginée parce que la MISMA participe au Mali et maintenant, la situation malienne s'est un peu étendue au Nord Nigéria, il y a des Boko Haram au Cameroun, etc. la France face à Boko Haram est donc une réalité. Envisage-t-on peut-être d'étendre les missions de la MISMA à quelque chose de plus sous-régional et pas seulement malien ? Est-on en train de penser à une coopération euro-africaine qui dépasserait le seul Mali ?

R - Il y a plusieurs manières de répondre à votre question. Tout d'abord, le mandat de la MISMA est défini très clairement dans la résolution 2085 du Conseil de sécurité : il s'agit d'aider au rétablissement de l'intégrité territoriale du Mali et de sa pleine souveraineté C'est cette résolution qui fixe les objectifs, le mandat et de manière générale, l'organisation de cette force. Cette résolution est appliquée et organise le déploiement, maintenant bien avancé, de cette force. En l'état actuel des choses, il n'est pas question de revenir sur ce mandat.

Deuxièmement, nous avons, avec les autorités nigérianes, une coopération très étroite. Bien sûr, depuis l'enlèvement de nos ressortissants au Cameroun, mais cette coopération préexistait à cet enlèvement et préexistait même au déclanchement des opérations au Mali. Pour le dire encore autrement, Boko Haram ou des organisations dans sa mouvance, qui s'en réclament plus ou moins ou qui sont nés de Boko Haram par scission - je pense à Ansaru notamment - étaient actifs avant dans cette région, avant même le déclenchement des opérations au Mali et justifiaient une coopération, notamment de la France avec les autorités nigérianes.

Q - Y a-t-il des systèmes de coopération interétatique en Afrique qui vont être étudiés, approfondis, accélérés ? Est-ce le système recamp ? Y a-t-il une coopération entre la France, la CEDEAO et les États de l'Afrique centrale pour muscler leur système militaire ? Je pose la question peut-être trop tôt parce qu'il me parait évident que ça va se faire, j'essaie de repérer le moment où ça deviendra officiel qu'il y aura quelque chose au-delà de MISMA et de Serval.

R - Il y a, pour lutter contre la prolifération des groupes terroristes dans cette région, non seulement Boko Haram, mais aussi Aqmi, Mujao, Ansar Dine, etc., des coopérations bilatérales en effet mais aussi dans des cadres multilatéraux. Pour ne prendre qu'un exemple, la conférence que nous avons organisée ici à Paris, le 12 février, sur la sécurité en Libye avait précisément pour objectif de renforcer la sécurité des frontières libyennes, avec des programmes bilatéraux mais aussi mis en oeuvre par l'Union européenne.

La sécurité et la stabilité de cette zone, la lutte contre les groupes terroristes au Sahel sont un enjeu et une préoccupation pour nous depuis longtemps. C'est un sujet sur lequel la France attire l'attention de la communauté internationale depuis de nombreux mois. Et il paraît logique, lorsque l'on constate un phénomène transnational de cette nature, de dépasser les coopérations bilatérales d'ores et déjà en place pour y ajouter des initiatives dans des cadres élargis, multilatéraux. La logique régionale vaut d'ailleurs aussi pour d'autres enjeux, tout aussi important pour cette zone, par exemple l'aide au développement.

Q - Donc, l'action du ministre Pascal Canfin va dans ce sens, cela fait partie de la réponse à ce problème ?

R - Oui. La réunion à Bruxelles aujourd'hui porte sur ce sujet et prépare notamment la conférence de mai prochain. Il y a sur ce sujet également ce que la France est susceptible de faire à titre bilatéral et ce que l'on est susceptible de faire sur le plan multilatéral, notamment dans le cadre européen. D'ores et déjà, un certain nombre d'annonces ont été faites de déblocage de sommes qui sont importantes, au-delà de 250 millions d'euros pour ce qui concerne l'Union européenne.

Q - Les ministres des affaires étrangères de la CEDEAO ont réclamé un peu moins d'un milliard de dollars environ pour la couverture des frais de la MISMA alors que ce qui avait été décidé à Addis Abeba était d'environ la moitié. Avez-vous une réaction ?

Par ailleurs, un sénateur américain est passé par la zone, il a conseillé à la France de ne pas se précipiter pour sortir du Mali car les choses sont plus compliquées qu'on peut l'imaginer.

Qu'en pensez-vous ?

R - Premièrement, concernant les estimations financières que j'ai vues comme vous, notamment dans certaines dépêches, il faut rappeler plusieurs choses.

Tout d'abord, il faut que l'ensemble des partenaires internationaux contribue à la prise en charge et au financement du déploiement des contingents africains ainsi qu'à l'équipement de l'armée malienne et de la MISMA. Il s'agit d'un effort indispensable pour garantir le succès de l'opération et de cette force africaine.

Deuxièmement, il y a en effet eu une conférence des donateurs qui s'est tenue à Addis Abeba, organisée par l'Union africaine le 29 janvier dernier. Cette conférence avait permis d'enregistrer des contributions à hauteur de 332 millions d'euros, selon des chiffres qui avaient été donnés par l'Union africaine, dont 50 millions en provenance de l'Union européenne. Ce qui est important maintenant, c'est que ces annonces soient rapidement suivies de paiements effectifs.

Je rappelle d'ailleurs au passage que la France contribue à la MISMA et à l'équipement des forces armées maliennes à hauteur de 47 millions d'euros, c'est-à-dire 40 millions pour la MISMA et 7 millions pour les forces armées maliennes.

Enfin, dernière remarque, la France continue ses efforts, en lien avec nos partenaires tels que l'Union africaine et la CEDEAO, pour mobiliser tous nos partenaires, pour couvrir l'ensemble des besoins nécessaires à la poursuite du déploiement de la MISMA et au rééquipement de l'armée malienne.

Avant de commenter d'autres chiffres, commençons déjà par remplir les engagements pris et honorer les contributions annoncées.

Sur votre deuxième question, je veux dire qu'il n'est pas question pour nous de partir de manière précipitée, pour reprendre vos termes. Bien au contraire, nous avons dit plusieurs fois que tout ceci se ferait de manière ordonnée. Comme Laurent Fabius l'a déclaré, «si tout se passe comme prévu, les troupes françaises pourront commencer à être retirées à partir du mois de mars». Le contingent français au titre de Serval a atteint son maximum avec quatre mille hommes déployés sur le terrain. L'objectif est bien que la MISMA prenne le relais de cette force, ce qui explique sa montée en puissance progressive.

Contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là, les Français ne plient pas armes et bagages à partir du mois de mars en quittant le Mali aussi vite qu'ils y sont arrivés, loin de là. Tout cela est fait de manière ordonnée, en coordination avec les Maliens car c'est en soutien des Maliens que nous sommes intervenus, et aussi en coordination avec les organisations que sont la CEDEAO et l'Union africaine pour ce qui concerne le déploiement de la MISMA.

Tout cela est planifié, pensé, ordonné et en cohérence avec ce qui se passe sur le terrain.

Q - Une fois que les 8.000 hommes de la MISMA seront sur place, la force française y restera-t-elle également ?

R - Elle y restera sous des formes qui seront à déterminer compte tenu de la situation sur le terrain et des demandes exprimées par les Maliens.

9 - Mali - MNLA

Q - Est-ce que le Quai d'Orsay maintient des contacts avec les instances du MNLA qui viendraient à se trouver en France ?

R - À ma connaissance, les derniers contacts que nous avons eus avec le MNLA en France remontent maintenant au mois de novembre 2012. À l'époque, une délégation du MNLA avait été reçue, à sa demande, au Quai d'Orsay.

Q - Et sur le terrain au Mali, y-a-t-il toujours coordination entre les Français et le MNLA dans la région de Kidal ?

R - Pour tout ce qui concerne les aspects opérationnels, je vous renvoie au ministère de la défense.

Sur le plan politique, nous avons eu l'occasion de le dire déjà mais j'y reviens pour que les choses soient bien claires, le processus de réconciliation nationale est un processus inter-malien, c'est-à-dire décidé et mis en oeuvre par les Maliens eux-mêmes. Ils ont d'ailleurs pris des décisions qui nous paraissent aller dans la bonne direction avec l'adoption d'une feuille de route et la mise en place d'une commission de réconciliation nationale.

Au sein de cette commission et sous les critères et les conditions fixés par les résolutions du Conseil de sécurité, doit s'ouvrir un dialogue entre le sud et le nord du Mali, les représentants de toutes les communautés du nord. Ce dialogue, qui a vocation à être le plus inclusif possible, doit l'être sous les deux conditions qui ont été fixées par la résolution 2085. Il s'agit de la renonciation à la violence et au terrorisme et de la reconnaissance de l'intégrité territoriale du Mali. Dès lors qu'un groupe, quel qu'il soit, respecte ces deux conditions, il est selon nous, mais cela relève de la responsabilité première des Maliens, légitime à participer à ce processus.

10 - Mali - Droits de l'homme

Q - Récemment, des reportages impliquant fortement des exactions contre des Arabes dans le nord du Mali auraient été diffusés. Où on est-on avec le dossier des exactions ? Le gouvernement français reconnaît-il une exaction ? Combien ? Où en est le dossier ? Beaucoup d'informations d'exactions remontent.

R - Nous prenons bien sûr très au sérieux les informations, relayées notamment par la presse ou par des ONG présentes sur place, concernant d'éventuelles exactions.

Il convient de distinguer deux temps. Il y a tout d'abord celui de la dénonciation, et c'est le rôle des journalistes ou des ONG présents sur place que de dénoncer tel ou tel comportement qu'ils auraient constaté. Il y a par ailleurs un temps plus long qui est le temps de l'enquête. Il est en effet plus long dans la mesure où, face à des crimes aussi graves qui peuvent avoir la qualification de crimes de guerre, des enquêtes doivent être menées et des éléments de preuves apportés.

De ce point de vue, notre position de fond ne souffre pas la moindre ambiguïté : aucune espèce d'impunité ne saurait être tolérée. C'est un message que nous avons fait passer aux autorités maliennes. Si des exactions sont avérées, ceux qui les ont commises doivent être poursuivis et condamnés. Nos troupes sur place ont reçu l'instruction de donner aux autorités maliennes, dont le respect des droits de l'Homme et la protection des populations civiles constituent la responsabilité première, tout élément de preuve qu'elles auraient à leur disposition.

De même, la France a soutenu, continue à soutenir et soutiendra l'action de la Cour pénale internationale, cette dernière étant compétente pour juger tout crime de guerre commis au Mali depuis janvier 2012. De la même manière, c'est la France qui a insisté pour que soit introduites les dispositions spécifiques de la résolution 2085 permettant le déploiement d'observateurs des droits de l'Homme au Mali. Nous avons dit en outre que souhaitions que davantage d'observateurs soient déployés et que nous étions prêts à apporter notre aide à ce déploiement. De la même manière, la France est intervenue pour que, au titre des formations qui vont être dispensées aux forces armées maliennes par la mission de l'Union européenne, il y ait des formations sur le droit de la guerre, le droit des conflits armés et le respect des droits de l'Homme.

11 - RDC

Q - Est-ce que la France a émis un avis sur la constitution d'une brigade d'intervention rapide dans le cadre du règlement des conflits en RDC de l'est, en annexe à la MONUSCO ?

R - Nous sommes en effet favorables à un renforcement du mandat de la MONUSCO de façon qu'elle puisse exercer pleinement son mandat de protection des populations civiles. Nous souhaitons la mise en place d'une telle brigade. C'est un sujet que nous sommes en train de discuter au Conseil de sécurité des Nations unies. Plusieurs options sont sur la table aujourd'hui./.

 

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