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Bulletin d'actualités du 18 février 2013


Sommaire



1. Inde - Discours du président de la République, M. François Hollande, au Mémorial Nehru (New Delhi, 16/02/2013)

Madame la Présidente, vous me faites grand honneur de m'inviter aujourd'hui à m'exprimer ici dans ce lieu chargé d'histoire et d'émotion. Je le fais devant les ministres d'Inde et de France, et devant de hautes personnalités parmi lesquelles le professeur Amartya Sen que j'aurai le privilège de distinguer au nom de la République française, dans quelques minutes.

Mesdames, Messieurs,

Monsieur le Professeur, Cher Amartya Sen,

Mesdames et Messieurs,

Ici, devant le mémorial consacré à l'un des pères de votre indépendance, je salue la grandeur de votre histoire et les prestigieuses personnalités qui l'ont marquée. «L'extraordinaire apostolat de Gandhi puis de Nehru, aboutissant à l'avènement d'un État maître de lui-même» : ainsi s'exprimait le général de Gaulle et je tiens, après lui, après tous mes prédécesseurs, à renouveler l'hommage de la France à l'Inde indépendante.

L'Inde, on le dit souvent, est la plus grande démocratie du monde. Mais ce n'est pas seulement par sa démographie, ni par l'immensité de sa géographie qu'elle a mérité ce titre. L'Inde est la plus grande démocratie du monde parce que, depuis longtemps, dans chaque village, des conseils avaient semé l'idée du consensus. C'est également parce que votre constitution a été rédigée par le grand leader des déshérités, le docteur Ambedkar, et qu'encore aujourd'hui, son influence trouve écho.

Ce sens démocratique de l'Inde est également l'oeuvre de vos philosophes mais au-delà des créations de l'esprit, c'est aussi le fait d'une société qui veut participer, qui veut discuter de son avenir, et qui a la passion de la politique, comme les français l'ont également. L'Inde prouve que la démocratie n'est pas une idée occidentale, mais le bien commun de toute l'humanité.

Comme le disait Nehru en cette nuit mémorable : «il y a bien longtemps, nous avons pris rendez-vous avec le destin.» Et il ajoutait: «Quand sonnera minuit sur un monde endormi, l'Inde s'éveillera à la vie et à la liberté. Il est des moments, rares dans l'histoire, où l'ancien fait pour nous place au nouveau, où un âge prend fin, où l'âme d'une nation longtemps opprimée retrouve son expression».

Oui, Mesdames Messieurs, l'Inde est un pays neuf et Nehru avait raison. Ce peuple est aujourd'hui à la pointe de l'informatisation de masse, et vos ingénieurs diplômés sont si nombreux qu'ils dépassent à eux seuls toute la population française.

Je mesure l'ampleur du chemin parcouru par l'Inde depuis son indépendance en 1947, l'Inde est désormais une grande puissance émergente et sera demain l'une des toutes premières économies du monde.

Les populations de l'Inde pratiquent sept grandes religions, sans compter les trois cent millions de dieux de l'hindouisme et les divinités des autochtones de l'Inde. Ce pourrait être un risque de division, d'éclatement, et au contraire, vous avez su rassembler toutes ces identités dans une fédération qui n'a rien de rigide, puisque l'Union indienne s'est même enrichie de nouveaux États. Bel exemple que vous donnez au monde de tolérance, de liberté, de ce que nous appelons en France, mais aussi en Inde, de laïcité, c'est-à-dire permettant la coexistence religieuse avec l'exigence d'une pratique de tolérance, mais également de règles qui doivent être respectées pour partager des valeurs communes.

La France et l'Inde ont cette même inspiration, cette même conception de la vie en société, cette même exigence de liberté et de justice. Nous avons également une même conception de la culture. L'Inde s'honore d'être le premier producteur de films dans le monde, et le Festival de Cannes aura l'occasion de célébrer le centenaire du cinéma indien, Nous en sommes fiers.

Mais vous avez aussi des artistes qui ont une réputation internationale. L'Inde rayonne par sa culture, et la créativité se retrouve aussi dans la pensée. Et parfois même dans la pensée économique, puisque vous avez ici le Prix Nobel d'économie, Amartya Sen, qui a su construire une thèse, attentive à la «capabilité» de chacun. Capabilité, je ne sais pas si le mot peut être traduit, c'est un mot inventé et qui signifie tout simplement que toute société compte en elle-même des potentialités qui ne demandent qu'à s'exprimer, et que le rôle du politique, ou qu'il soit, c'est de permettre à chaque individu de réussir sa vie et ainsi d'améliorer le bienêtre de tous. Nos deux peuples, le peuple indien, le peuple français, sont épris de justice. Et c'est toujours pour nous, français, une joie d'entendre la devise de la République être évoquée dans un pays ami : Liberté, Égalité, Fraternité. Ces mots ne nous appartiennent pas, nous les avons offerts au monde et l'Inde les a pour sa part en toute indépendance, repris pour son propre destin.

Nous sommes deux peuples fiers parce que nous avons une grande histoire. Parce que nous sommes deux peuples qui désirons plus que tout, notre indépendance. Pour l'Inde, cet attachement à l'indépendance a pris sous l'impulsion de Nehru, la forme du «non alignement», qui demeure encore aujourd'hui. Pour la France, ce principe d'indépendance s'est inscrit dans un engagement européen, et respectueux de notre autonomie de parole et de décision, et que nous avons encore marqué ces derniers jours par l'intervention de la France au Mali.

Ces principes démocratiques, ces valeurs que nous partageons, obligent l'Inde et la France à prendre leurs responsabilités face aux défis planétaires.

D'abord dans la lutte contre le terrorisme. Le terrorisme, ce mal absolu qui exploite la misère pour semer la désolation. Le terrorisme, cette haine qui utilise les conflits ancestraux pour faire resurgir les guerres de religion. Le terrorisme, cette sinistre entreprise qui se sert de la drogue pour asservir les âmes.

C'est contre cette menace que la France s'est levée, et encore récemment, pour prendre sa part de la responsabilité mondiale dans la lutte contre le terrorisme au Mali.

Je remercie du fond du coeur l'Inde pour le soutien qu'elle a manifesté, dans ces circonstances, à l'action de la France et des États africains.

Dans le même temps, après plus de dix ans de présence, la France a pris la décision de retirer ses troupes combattantes d'Afghanistan. Je sais que l'Inde est préoccupée par l'avenir de l'Afghanistan, nous aussi, mais c'est maintenant aux Afghans de construire leur propre avenir. Tous les pays de la région, et notamment le Pakistan, devront contribuer à la réalisation de cet objectif. Et je salue le rôle que joue l'Inde pour la paix et pour la stabilité dans cette région.

L'Inde, qui chaque fois cherche par la négociation à éviter le conflit, l'Inde qui ne répond à aucune provocation tout en affirmant clairement ses valeurs et ses principes. L'Inde qui intervient partout pour favoriser des médiations utiles. L'Inde, aussi qui, pour se faire comprendre, assure pleinement sa sécurité.

Cette responsabilité, commune, pour relever les défis du monde, l'Inde et la France la prennent pleinement pour lutter contre la prolifération nucléaire, qui est aussi l'un des grands périls auxquels le monde est confronté. Nos deux pays ont exprimé, ensemble, leur refus de voir l'Iran et la Corée du nord accéder aux moyens de leurs ambitions destructrices. Je sais que, pour de multiples raisons, l'Inde est proche de l'Iran et de son peuple.

Votre influence est d'autant plus importante car l'Inde pourra contribuer à convaincre les dirigeants de ce grand pays qu'est l'Iran d'entrer dans une négociation sérieuse pour respecter les obligations internationales, de la non-prolifération nucléaire.

Nous aussi, nous sommes amis avec le peuple d'Iran, nous aussi nous sommes conscients des risques, nous aussi nous appelons à la négociation. L'Inde et la France sont unies pour la paix.

La France est présente également dans l'Océan indien. Je rappelle que plus d'un million de mes compatriotes vivent à la Réunion et à Mayotte. Bon nombre d'ailleurs sont d'origine indienne et apportent à la France le meilleur de leur culture. Je vous confirme que mon pays contribuera dans l'Océan Indien à assurer la sécurité de la région. Ici comme ailleurs, nous assumerons nos missions, et nous ferons oeuvre de paix avec l'Inde.

Mais, au-delà de l'Asie et au-delà de l'Océan Indien, l'Inde doit avoir les moyens d'élargir encore son influence. C'est l'intérêt du monde et c'est la raison pour laquelle la France a à chaque fois soutenu la participation de l'Inde dans les grands moments de la vie internationale, et dans toutes les instances où l'Inde peut faire parler la voix de la paix.

Nous avons souhaité que l'Inde puisse être pleinement membre du G20 pour discuter de notre avenir économique. Nous avons voulu que l'Inde puisse être associée dans toutes les instances pour le nucellaire civile et aujourd'hui la France demande que l'inde puisse siéger de plein droit au Conseil de sécurité des Nations unies.

Elle le demande, parce que les Nations unies doivent refléter la réalité du monde. Elle le demande parce que la sécurité du monde a besoin de la présence indienne. Elle le demande parce que l'inde est une puissance qui sera toujours une puissance de paix.

La France et l'Inde ont conclu depuis 1998, quinze ans déjà, un partenariat que l'on dit stratégique et que je devrais appeler exceptionnel parce que l'idée que nous avons eue depuis longtemps est d'approfondir nos relations dans nos domaines les plus sensibles, les plus cruciaux, c'est-à-dire l'échange de la technologie, c'est-à-dire la capacité de nous défendre, c'est à dire la lutte contre le terrorisme.

Mais la France et l'Inde, au-delà de ce partenariat stratégique, doivent maintenant relever encore d'autres défis : le premier c'est celui de la croissance. Des entrepreneurs indiens que j'ai rencontrés avant de m'adresser à vous, me disaient que leur volonté était que la croissance indienne puisse dépasser 8, 9, 10 %, j'en rêvais, alors même qu'aujourd'hui leur crainte est qu'elle puisse descendre à 5 %, ce qui serait une très grande performance pour la France mais un risque pour l'économie indienne, parce que vos besoins liés à la progression de la population, à son besoin d'accéder au marché de consommation, aux biens durables, exigent une croissance forte.

Nous en France, nous luttons pour que la croissance ne soit pas en dessous de zéro, nous y parviendrons, mais nous avons quand même des objectifs plus élevés, et nous devons retrouver nous aussi, pays développés, une croissance qui nous permette non pas de lutter contre la misère, encore qu'elle existe aussi dans les pays développés, mais de lutter contre le chômage, qui est notre fléau, et donc nous avons un objectif commun, hisser notre taux de croissance et bien comprendre que nous sommes liés, les économies émergentes, les économies développées. Qu'il ne peut pas y avoir de progrès pour un grand pays comme l'Inde s'il n'y a pas l'Europe qui, elle-même connaît stabilité, confiance et croissance.

De la même manière, pour l'Europe, qui cherche des ressorts pour son développement économique, ce sont dans les pays émergents que nous trouverons des moyens de tirer notre propre croissance. Nos intérêts sont communs.

Je veux vous rassurer sur la situation de l'Europe. Elle a connu une crise, dont elle n'était d'ailleurs pas responsable : la crise financière, qui a fini par affecter sa capacité à pouvoir lever convenablement des emprunts pour un certain nombre de pays.

Je veux vous l'affirmer ici, avec la gravité et la responsabilité du moment que nous traversons, de la fonction que j'exerce : la crise de la zone euro est derrière nous. Les pays européens et la France y a pris sa part, ont été capables d'introduire des mécanismes permettant la stabilité, offrant aux marchés financiers des éléments de confiance qui étaient attendus. Et également de mettre en place une Union bancaire pour éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Pour autant, si l'Europe a retrouvé sa cohésion, sa capacité et la confiance qu'elle devait mériter par ses efforts, et notamment de sérieux budgétaire, l'Europe n'est pas sortie de la crise complètement. Nous devons agir, en Europe et dans le monde, pour que la croissance soit la priorité. C'est en coordonnant nos politiques, en travaillant ensemble à une meilleure régulation de la finance et de l'économie mondiales que nous progresserons.

Mais nous avons besoin aussi, et c'est le sens de ma visite ici, au-delà de l'amitié, au-delà des liens historiques, au-delà des positions communes que nous avons pour le destin du monde, le sens de ma visite c'est aussi d'intensifier les échanges économiques et commerciaux.

Il y a eu de grands progrès ces dernières années, les flux commerciaux ont triplé entre l'Inde et l'Union européenne. Mais nous sommes encore loin de ce que nous pourrions faire. Alors la France, qui est présente en Inde à travers 750 entreprises implantées ici, permettant la création de 250 000 emplois, la France a pris de l'avance. Mais elle doit également investir davantage en Inde et notamment dans les secteurs de haute technologie. Le faire avec les entreprises indiennes, qui y sont prêtes, partager nos expériences et conquérir de nouveaux marchés en Europe, en Afrique, voilà le lien que nous devons établir.

J'ai lancé également un appel aux investisseurs Indiens, pour qu'ils viennent investir en France, où nous devons leur faire le meilleur accueil. Je suis heureux de voir que sur le plan technologique, nous coopérons chaque jour davantage. Et la France sera en octobre prochain, le pays partenaire du «Delhi Technology Summit». Ce sera une occasion exceptionnelle de réunir nos communautés scientifiques pour aborder de nouveaux domaines de coopération comme la ville durable, l'urbanisation, qui va être un grand enjeu pour l'Inde, les technologies de l'information, mais également les biotechnologies, l'énergie.

C'est la raison pour laquelle nous avons décidé, le gouvernement indien et le gouvernement français, de renforcer nos liens dans le domaine de l'enseignement supérieur. L'Inde compte 17 millions d'étudiants, ce qui est considérable. Seuls 3.000 viennent en France, c'est trop peu. Nous devons faire en sorte que davantage d'étudiants indiens puissent étudier dans nos universités. Et de la même manière, que nous puissions vous envoyer nos meilleurs étudiants pour venir étudier ici, dans vos universités.

Il y a 430 coopérations entre établissements français et d'enseignement supérieur et établissements indiens. Nous allons encore intensifier ces relations. Je souhaite que chaque grande École, chaque Université française ait un accord de coopération avec son homologue, ici, en Inde.

Je souhaite que, dans les cinq ans à venir le nombre d'étudiants indiens en France ait augmenté de 50 %, le pourcentage de progression est considérable mais la base est faible, nous devons atteindre cet objectif.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que j'étais venu vous livrer aujourd'hui, un appel à travailler ensemble, à être plus uni au plan économique, au plan commercial, à être capables de nous lancer dans des aventures technologiques ensemble, à renforcer nos partenariats partout, entre entreprises, entre universités, entre collectivités locales, ici plusieurs grands élus sont présents.

Mais je suis également devant vous à l'invitation de votre fondation, Madame la Présidente, pour exprimer une vision du monde que nous partageons.

Celle qui nous conduit, en Inde comme en France, à penser que la liberté est à la fois l'aboutissement et l'instrument du développement. Pour reprendre les mots du professeur Amartya Sen, «tout jugement sur le progrès n'a de sens que rapporté aux libertés».

L'Inde, au cours des dernières décennies, a réussi à atteindre des objectifs qui paraissaient insurmontables, inatteignables : l'autosuffisance alimentaire, le développement d'une économie moderne, la réduction des inégalités, l'émergence d'une classe moyenne, et aujourd'hui votre pays est capable d'aider les pays les plus pauvres, en Asie ou en Afrique.

Mais en même temps, soyons lucides, il demeure encore tant d'inégalités, tant de pauvreté, tant de misère. Il y a encore tant de besoins à satisfaire, tant de liberté à conquérir. Nous avons un objectif commun, la croissance durable, et nous devons prendre en compte la dimension sociale et environnementale du développement.

Il y a urgence. La population mondiale atteindra 9 milliards d'êtres humains en 2050. Et chacun sait que les ressources de la planète ne sont pas illimitées.

Nos deux pays sont conscients des enjeux du changement climatique. Je veux saluer ici les efforts accomplis par l'Inde, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pour améliorer l'efficacité énergétique. Là encore, l'Inde et la France peuvent unir leurs efforts dans une coopération sur le nucléaire civile et sur les énergies renouvelables.

Mais nous pouvons aussi agir dans le domaine agricole. Nous avons le même objectif, la sécurité alimentaire, l'exigence environnementale, la capacité de produire davantage. Nous avons les mêmes volontés de préserver toutes les formes d'agriculture et de lutter contre la volatilité des prix agricoles

C'est un enjeu aussi pour nos deux pays qui ont une agriculture forte et qui veulent aussi préserver une bonne harmonie sur le territoire. J'ai dit que nous avions aussi des domaines communs en matière énergétique, je souhaite que l'excellence française en matière de nucléaire et en matière de renouvelable puisse ici trouver toute sa place puisque vous avez la même volonté.

Mesdames et Messieurs, Madame la Présidente,

L'Inde et la France, nos deux grandes démocraties, malgré la distance géographique qui les sépare malgré les différences culturelles qui nous distinguent. Oui l'Inde et la France portent la même d'une voix dans le concert mondial. Cette voix c'est celle du respect des peuples, cette voix, c'est celle de l'indépendance, cette voix, indienne, française, c'est celle de la justice sociale, de la culture, de la protection de notre planète.

Cette voix, c'est celle qu'exprimait déjà Gandhi quand il écrivait : «Les systèmes économiques qui négligent les facteurs moraux sont, comme des statues de cire : ils ont l'air d'être vivants et pourtant il leur manque la vie de l'être en chair et en os.»

Nous ne devons pas faire que l'économie ressemble à des statues de cire, nous devons y mettre l'âme, la morale, l'éthique, tout ce qui fait la grandeur d'un destin. Gardons la leçon de Gandhi, faisons vivre nos économies, nous avons besoin de prospérité, cherchons inlassablement le progrès, nous avons besoin de justice, portons nos technologies au plus haut, nous avons confiance dans la science, mais n'oublions jamais de mettre l'économie et le progrès au service de l'humanité parce que nous portons non seulement espoir d'un destin meilleur, mais nous sommes les héritiers de forces morales. Je le dis ici dans ce lieu si symbolique, de forces spirituelles dont nos deux grandes nations sont héritières, et dont elles ont aujourd'hui à assurer la traduction dans le monde de demain.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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2. Inde - Discours du président de la République, M. François Hollande, à l'occasion de la remise des insignes de Commandeur de la légion d'honneur à M. Amartya Sen (New Delhi, 15/02/2013)

Monsieur le Professeur,

C'est un privilège que de vous remettre cette distinction au nom de la République française. Vous qui en avez reçu de très glorieuses, notamment le Prix Nobel, Vous êtes un économiste - non. Vous êtes un sociologue - non. Vous êtes un philosophe - pas davantage. Vous êtes un grand penseur, un humaniste qui avait fait la synthèse de toutes les sciences pour arriver à la conclusion morale qui permettait à l'économie d'aller mieux, à la sociologie de mieux comprendre les sociétés qu'elle prétend décrire et également à la philosophie de trouver un moment matière à pouvoir être un vecteur pour la décision publique.

Monsieur le Professeur, vous êtes Indien, Indien de naissance, Indien de coeur, Indien de conviction.

Vous êtes né à Santiniketan, berceau de la culture bengali, la ville du poète Tagore. Et vous suivez donc la trace de cette grande âme parce que vous êtes tous les deux distingués par le Prix Nobel, lui pour la littérature, vous pour l'économie.

Vous êtes Indien, même si vous vivez sur tous les continents, vous avez réussi à conjuguer l'attachement à votre pays avec votre vocation à penser le monde.

Vous êtes aussi un grand ami de la France, et vous avez enseigné à Sciences Po, à Polytechnique, et vous avez même, me dit-on, quelques attaches avec le Bordelais, c'est-à-dire, la région de France qui produit l'un des meilleurs vins du monde.

Vous nous avez appris, en revisitant l'héritage d'Adam Smith, que l'économie ne se réduisait pas à la logique du marché mais qu'elle était une «science morale».

Vous avez cherché à déterminer comment procéder pour promouvoir la justice. Ça tombe bien - c'est également notre démarche. Vous y avez mis tout le temps nécessaire puisque vous avez commencé à partir de la Théorie de John Rawls, qui fut à un moment votre maître, pour essayer de définir vous-même ce que pouvait être le chemin vers la justice.

La justice ne peut pas se limiter à une institution, aussi parfaite soit-elle, ou à un ensemble de règles, aussi optimales soient-elles. Pour vous, la justice doit prendre pour point de départ les situations réelles, pour pouvoir mieux éliminer les «injustices réparables», celles-là même que nous avons sous les yeux.

Vous montrez toutes les difficultés pour y parvenir et vous concluez que pour atteindre la justice, faut-il avoir encore une analyse objective pour chaque société.

C'est votre fameuse métaphore de la flûte. Flûte que trois enfants réclament et se disputent. Le premier, parce qu'il prétend qu'il est le seul à savoir en jouer, et qu'il a donc droit d'avoir cette flûte. Le second, parce qu'il est pauvre et qu'il n'a pas d'autre jouet, et que donc la flûte lui appartient. Et le troisième qui veut en avoir également l'usage parce qu'il a été le fabricant de cette flûte. Alors, à qui donner la flûte ? C'est un dilemme qui existe dans toute société. Qu'est ce qui est juste face à une telle réclamation ? Les trois enfants ont des revendications fondées : celui qui sait jouer, celui qui n'a rien et celui qui l'a fabriquée. Quel est le bon chemin ? Il n'est pas tracé d'avance. Dès lors, c'est à la démocratie de définir non pas une justice absolue mais de choisir ce qui est le plus utile à la société.

Voilà votre oeuvre. Partir de la réalité, utiliser le débat public, pour éclairer les choix, pour fonder une hiérarchie acceptée. Ce que vous appelez le «gouvernement de la discussion».

Vous ouvrez ainsi aux décideurs politiques, où qu'ils soient, des horizons pour l'action. L'objectif, à vos yeux, c'est de permettre à chacun d'aller vers une liberté positive.

Et qu'est-ce donc une liberté positive ? C'est la possibilité de choisir sa propre vie, de développer ce que vous avez appelé les «capabilités», qui vont bien au-delà des compétences, bien au-delà des capacités. C'est tout ce qui peut permettre à un individu de se perfectionner, de s'élever, de se mettre en possibilité de choisir sa vie.

Merci pour cette leçon. Elle nous sert également dans les pays développés afin de permettre que toutes les «capabilités» puissent être rassemblées pour rendre plus harmonieuses nos sociétés et plus fortes nos économies.

Vous dites aussi qu'il y a deux façons de voir l'humanité : soit comme une population inerte, qui se contente de produire et de consommer pour satisfaire ses besoins ; soit comme un ensemble d'individus doués d'une capacité de raisonner, de liberté d'action, et de valeurs. Et c'est cette seconde conception qui nous unit. Parce qu'elle nous permet de ne pas mesurer le progrès simplement à travers un agrégat, celui de la croissance, de la production mais de dégager des indicateurs nouveaux du développement humain, qui prennent en compte le bien-être, la santé et l'éducation, la lutte contre les inégalités. Et c'est là, Professeur, que vos travaux ont ré-inspiré l'ensemble des institutions internationales, et notamment pour déterminer les objectifs du millénaire.

Merci donc, Professeur, d'avoir permis par les indicateurs d'améliorer les interventions des politiques publiques pour atteindre de meilleurs objectifs.

Vous avez montré, enfin, que la liberté est loin d'être le privilège de l'Occident, que la liberté est plus étendue que le suffrage universel, que la liberté c'est la pluralité des inspirations, des cultures, que la démocratie ne se juge pas simplement à ses institutions mais aux possibilités qui sont données aux citoyens de faire entendre leur voix, leur capacité de choix, et toujours leur liberté de choisir leur existence.

Vous êtes un universitaire, un enseignant, et donc vous êtes conscient que la jeunesse est la force des Nations, que l'éducation, la connaissance, le savoir, permettront d'élever les «capabilités» des générations futures et, là encore, la priorité que vous ouvrez, celle de l'éducation. C'est la nôtre.

Pour toutes ces raisons, Monsieur le Professeur, Monsieur le Prix Nobel, Monsieur l'économiste, Monsieur le sociologue, Monsieur le philosophe, Monsieur le grand humaniste qui nous soit possible de rencontrer, c'est avec beaucoup d'émotion pour votre engagement en faveur d'une science économique tournée vers le développement humain ; pour l'invitation à la synthèse des connaissances, comme à la synthèse des continents ;

Pour tout votre travail pour la liberté, pour la justice ;

Pour l'amitié entre la France et l'Inde à laquelle vous contribuez ;

Pour toutes ces raisons ; Professeur Amartya Sen, au nom de la République française, nous vous faisons commandeur de la Légion d'honneur./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Inde - Discours du président de la République, M. François Hollande, devant les chefs d'entreprises français et indiens (Bombay, 16/02/2013)

I beg our pardon but I will speak in french !

Mesdames et Messieurs,

Je veux d'abord vous remercier très franchement de m'avoir invité à cette conférence exceptionnelle qui réunit chefs d'entreprise indiens et des chefs d'entreprise français avec la même idée : comment développer encore davantage vos échanges, comment donner un sens nouveau au partenariat qui unit nos deux pays ?

J'ai voulu, dans cette visite d'État, me rendre ici à Bombay pour plusieurs raisons. La première, c'est que je sais le rôle qu'a joué cette grande ville pour l'indépendance de l'Inde. C'est ici en effet qu'en 1942, Gandhi a lancé la campagne de désobéissance civile. Mais nous n'en sommes plus là.

La seconde raison est que cette ville est considérée dans le monde entier - je dis bien dans le monde entier - comme la terre de tous les possibles, comme un lieu de dynamisme économique, comme une terre d'ascension sociale et comme, également, une ville de grande création culturelle.

Pour le dynamisme économique, il suffit de faire le trajet de l'aéroport de Bombay jusqu'ici pour comprendre la rapidité avec laquelle vous vous développez. Pour ce qui est de l'ascension sociale, il suffit de voir les immeubles qui se dressent et l'habitat insalubre qui se réduit, même s'il y a encore beaucoup à faire.

Et pour ce qui est de la création culturelle, je n'oublie pas que je suis ici dans le berceau du cinéma indien qui produit le plus grand nombre de films au monde et qui sera consacré et célébré, à Cannes, pour le Festival qui est le plus grand du monde. Quand la France et l'Inde se retrouvent au cinéma, c'est de la réalité parce c'est de l'économie et c'est aussi de la création : création d'oeuvres mais également création d'emplois.

En plus, j'ai appris en rencontrant le gouverneur général de l'État du Mahārāshtra que vous êtes, aussi, un lieu de production de vin et qu'il va bientôt y avoir un festival du vin ici. Nous sommes donc faits, à bien des égards, pour nous rencontrer.

Mais je suis ici aussi parce que c'est là, dans cette ville, dans cet État, que de grandes familles ont créé de grandes sociétés à l'échelle du monde. Je pense à la famille Tata ou à la famille Ambani. Je veux ici leur rendre un hommage tout particulier car ce sont des familles qui aujourd'hui créent de l'activité partout dans le monde et notamment en Europe.

Bombay, c'est le coeur économique de l'Inde - je le sens battre à une vitesse rapide ; c'est un centre industriel, commercial et financier ; c'est le premier port de votre grand pays. C'était donc - et je vous en remercie Madame - le lieu privilégié pour évoquer l'avenir de la relation économique entre la France et l'Inde.

Nous devons être plus que jamais des partenaires, des partenaires pour la croissance. Mon gouvernement prend toutes ses responsabilités pour hisser, au niveau le plus élevé, la croissance, dans une Europe qui est - pour beaucoup de pays - en récession. Vous, ici en Inde, vous avez l'objectif d'avoir une croissance qui puisse atteindre près de 10 %, parce que vous avez des besoins considérables à satisfaire.

Alors, nos intérêts sont liés. Nous, en Europe, nous devons créer de la stabilité, de la confiance mais également de la croissance. Vous, ici en Inde, vous devez comme un grand pays émergent, prendre toute votre part dans la croissance du monde.

Je veux donc répondre aux interrogations qui parfois sont soulevées, ici en Inde, par rapport à l'avenir de la zone euro. Depuis plusieurs mois, nous avons mis bon ordre dans la zone euro. Nous avons introduit des mécanismes de stabilité. Nous avons voulu que cette zone reste ce qu'elle était, avec tous les pays qui la composaient. Nous avons créé une Union bancaire pour éviter le retour d'un certain nombre de défaillances d'établissements financiers. Nous avons voulu, aussi, qu'il y ait une solidarité entre pays européens.

Je vous l'annonce : la crise de la zone euro est terminée. La confiance est revenue. Les investisseurs sont là et la monnaie européenne, l'euro, est maintenant appréciée, parfois trop pour nos échanges, mais nous en tirons une légitime fierté.

Nous avons donc fait le pari du sérieux budgétaire - il en faut - pour remettre de l'ordre dans nos finances publiques - et en France il y avait largement de quoi faire -, et en même temps essayer de tirer la croissance. C'est maintenant notre devoir.

Mais pour cela nous avons besoin du concours de tous et notamment des grandes économies émergentes, comme l'Inde. Vous-même quand l'Europe ralentit, vous freinez et ne pouvez plus retrouver les taux de croissance qui sont pourtant indispensables pour satisfaire les besoins considérables de la population.

Je veux ici saluer les entrepreneurs indiens qui ont été le moteur d'une réussite économique exceptionnelle qui fait que votre pays figurera bientôt dans le peloton de tête de l'économie mondiale.

Mais le défi devant vous est grand, immense même, à la taille de votre pays : un milliard 300 millions d'habitants - 17 % de l'humanité -, une population très jeune, des équipements considérables que vous avez de nouveau à faire émerger ; et puis ces besoins qui s'affirment et se font de plus en plus pressants, l'urbanisation à laquelle vous devez faire face. Nous sommes prêts, nous ici, avec les entrepreneurs français qui m'ont accompagné dans ce déplacement et avec beaucoup d'autres.

Je suis conscient que ce ne sont pas seulement les grandes entreprises françaises qui doivent venir en Inde et vous l'avez très bien dit. Ce sont aussi les PME, c'est-à-dire des entreprises de taille moyenne qui doivent faire le choix, si elles sont bien accompagnées par les grandes, de venir en Inde pour partager leur technologie. Nous sommes donc, nous, tous convaincus que l'Inde a un grand avenir et nous voulons y prendre notre part.

Hier, j'ai eu avec le Premier ministre M. Singh une très bonne relation personnelle et politique, ainsi qu'avec le président de la République. Nous avons élargi notre partenariat stratégique.

Au-delà de la défense, secteur très important qui nous unit, au-delà du nucléaire civil pour lequel nous avons une nouvelle fois fait confiance en l'Inde et nous souhaitons qu'elle nous fasse également confiance, nous voulons élargir notre partenariat à tout le développement économique, mais également au développement de nos relations culturelles, scientifiques.

Cela correspond à une demande que vous nous adressez, de faciliter les échanges entre jeunes étudiants et scientifiques, car nous sommes prêts, nous en France, à les accueillir. Nous faciliterons toutes les démarches administratives pour augmenter le nombre d'étudiants et de chercheurs qui veulent participer à notre relation.

Je suis accompagné, je l'ai dit, par de nombreux chefs d'entreprises. Le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius a décidé de nommer Paul Hermelin, président de Cap Gemini, pour être son représentant spécial pour les relations économiques avec l'Inde. Il a donc une très grande responsabilité. Il s'exprime devant vous en anglais, il aurait pu le faire en hindi ou en l'une des langues officielles, tant il est prêt à s'investir largement dans la mission qui lui est confiée.

Mais il n'est pas seul à vouloir tirer les relations économiques entre l'Inde et la France. Il y a 750 entreprises qui sont installées en Inde. Certaines sont ici à Bombay depuis 150 ans et notamment la Banque nationale de Paris, la BNP.

Nous nous enorgueillissons d'être l'un des investisseurs les plus importants en Inde. Le stock de nos actifs, ici en Inde, s'élève à plus de 17 milliards de dollars. Nous voulons augmenter d'un milliard par an ce flux d'investissements. Nous y sommes prêts.

Nos entreprises veulent également prendre plus toute leur part dans la recherche scientifique, l'innovation, l'émergence de nouvelles technologies. Elles portent des projets innovants sur le plan environnemental comme sur le plan social. J'ai eu la chance de pouvoir visiter aujourd'hui le centre de recherche de l'entreprise Lafarge à Bombay. Il est un modèle pour tout ce qui peut être innovation dans les matériaux de construction pour l'Inde mais aussi pour l'ensemble du monde.

Nous devons faire en sorte que plus d'entreprises françaises accèdent au marché indien et plus d'entreprises indiennes au marché français. Parlons-nous franchement, il y a toujours des obstacles à l'ouverture des marchés, il y a toujours des entreprises qui préfèrent être entre elles plutôt que de s'ouvrir à la concurrence. Cela existe partout, en France et en Inde. Si nous voulons avoir tous les effets d'un grand marché en Inde et en Europe nous devons ouvrir. C'est d'ailleurs le sens de la négociation qui va avoir lieu entre l'Inde et l'Union européenne. Il va falloir que l'Inde aussi fasse ses efforts, mais je ne suis pas là pour interférer dans des décisions politiques elles sont néanmoins nécessaires. Je l'ai dit au Premier ministre qui partage cette conception.

Nous devons amplifier nos échanges commerciaux. Je ne vais pas donner de chiffres. Il avait été annoncé 12 milliards d'euros pour les échanges commerciaux entre l'Inde et la France. Nous n'en sommes à peine qu'à 8. Alors, essayons, plutôt que de donner des chiffres, de nous donner des ambitions et de poser des actes.

Je suis également convaincu que nous avons à gagner ensemble, qu'il y ait plus d'entreprises indiennes qui viennent investir en France. Je ne veux pas ici faire la promotion de la France mais quand même ! Si je ne suis pas là pour faire des contrats, je suis au moins présent devant vous pour vous dire que nous sommes l'un des pays au monde qui accueille le plus d'investissements étrangers. Cela tient à notre attractivité, à la qualité de notre main d'oeuvre, au haut niveau de notre recherche, de l'innovation, de nos infrastructures. Cela tient aussi à une bonne formation de nos salariés. Je vous invite autant qu'il vous sera possible à venir en France.

Nous avons aussi à faire des efforts en France pour être plus compétitifs, pour être davantage capables encore de faire jouer la concurrence à l'échelle du monde, d'améliorer nos formations, nos savoir-faire... Mais nous sommes une grande nation, prête à permettre à des entreprises indiennes qui veulent pénétrer sur le marché européen, de pouvoir le faire.

Ce matin, j'ai rencontré un certain nombre de chefs d'entreprises qui me disent : «on a peut-être une fenêtre en France pour arriver sur le marché européen». Je leur ai répondu : «mais vous n'avez pas une fenêtre, vous avez toute la porte qui vous est ouverte !». Parce que venir en France, c'est le premier pays que l'on trouve en Europe si on vient de l'ouest ou presque. Mais aussi venir en France, c'est accéder à des marchés, pas simplement européens, mais africains. Je pense que nos entreprises françaises et indiennes peuvent coopérer pour permettre que nos expériences, que nos modes de développement, que nos principes d'entreprise, tout ce que nous pouvons faire ensemble, soit au service de nombreux pays en développement et de pays africains qui nous le demandent.

Pour ce qui concerne les secteurs, où ici en Inde nos entreprises françaises sont prêtes à vous accompagner, je citerai d'abord le développement urbain. À venir ici à Bombay, je le disais, on est saisi par l'urbanisation, par ce développement considérable de l'habitat. Sur tous les sujets de ce que l'on appelle «la ville durable», nos entreprises disposent d'une offre intégrée pour l'eau, pour l'efficacité énergétique, pour les transports collectifs. Je pense que nous pouvons répondre à beaucoup de vos besoins. Nous avons aussi notre propre expérience. Celle de nos échecs que nous avons pu connaitre en France et celle de nos réussites. Nous voulons vous les transmettre.

Nous avons également, je le disais, en matière de transport, un niveau excellent en France. Je me félicite des nombreux accords qui ont été signés entre la SNCF et Indian Airways. C'est un enjeu majeur, compte tenu de la taille de votre pays : 63 000 kilomètres de réseaux ferroviaires, 4ème au monde, 13 millions de passagers, 1 million et demi de tonne de fret ! Nous pouvons là avoir un défi à relever ensemble.

Le secteur de l'eau également - c'est un domaine où vous avez un grand besoin - peut nous permettre, là encore, de fournir des compétences. Afin que chaque Indien puisse accéder à l'eau 24 heures sur 24. Nous avons mis des années à y parvenir en France. Ne croyez pas que les développements se sont faits partout dans le monde avec facilité. Nous avons mis en place des structures, des modes de développement, des grandes entreprises. Nous pouvons vous faire gagner du temps par rapport à ce défi.

Nous avons également le domaine spatial. La France va bientôt lancer un deuxième satellite franco-indien, dédié à la recherche océanographique et climatique. La France et l'Inde doivent être exemplaires en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Je terminerai sur la question énergétique puisque nous avons ce devoir d'éviter les émissions de gaz à effet de serre, de lutter contre le réchauffement. C'est une part de l'enjeu du nucléaire civil, qui doit donner des garanties en termes de sûreté, de retraitement des déchets. Là encore, la technologie française est à votre disposition - comme nous l'avons toujours montré dans notre histoire commune Inde et France - pour que dans cet état-là, nous puissions être partie prenante de vos choix.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire. Nous avons une grande ambition commune. Nous croyons à des principes : le principe du progrès, de la science, des valeurs de démocratie et de liberté. Nous pensons que la technologie peut libérer l'homme. Nous croyons que la croissance peut être au service d'une société plus équitable et d'un monde plus durable.

Voilà pourquoi notre partenariat ne se réduit pas à des échanges économiques ou à des contrats. Notre partenariat se situe à un niveau encore plus élevé. C'est la responsabilité finalement qui nous est donnée, aux uns et aux autres, aux chefs d'État et de gouvernement, de créer le meilleur environnement, le meilleur cadre politique pour travailler, d'avoir la plus grande confiance dans nos économies respectives. C'est ce que nous avons fait avec le Premier ministre et le président.

Mais c'est à vous, chefs d'entreprise, et seulement à vous de définir ce qu'il y a de mieux pour vos économies. Et nous, nous vous faisons confiance. Si nous avons ce même niveau d'exigence et de confiance, je suis sûr que nous réussirons. Je vous remercie d'être prêts à relever le défi avec nous.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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4. Inde - Discours du président de la République, M. François Hollande, devant la communauté française à New Delhi (New Delhi, 15/02/2013)

Monsieur l'Ambassadeur,

D'abord merci de nous recevoir, de m'accueillir, d'ouvrir largement la résidence et l'ambassade avec une décoration de Noël qui nous laisse penser que ce n'est pas la Saint Valentin mais le jour de l'An !

Je viens effectivement ici à votre rencontre, à l'occasion de la visite d'État que j'effectue en Inde, la première en Asie. Je souhaitais avoir ce moment d'échange avec cette communauté française qui compte plus de 10.000 ressortissants - mais quand on y compte tous les amis, davantage ! Je vous remercie d'avoir répondu à cette invitation.

Je viens avec une imposante délégation. D'abord Valérie qui m'accompagne mais aussi les ministres, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, le ministre des transports, Frédéric Cuvillier et puis d'autres encore mais qui n'ont pas pu être au rendez-vous parce qu'ils sont pris par d'autres activités. Je pense à la ministre de la culture et de la communication et à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche.

Je suis également accompagné d'élus : les présidents des groupes d'amitié ; des maires de grandes villes - notamment de Toulouse ; le président de l'exécutif corse qui a en plus cette particularité d'être marié avec une Indienne - ce qui pour un Corse est extrêmement rare ; la Bretagne est également bien représentée puisqu'il y a le président du Conseil général des Côtes d'Armor qui est en plus le président de tous les Conseils généraux de France puisqu'il représente l'association des départements de France.

C'est vous dire combien cette délégation est impressionnante. Mais elle l'est aussi par le nombre de chefs d'entreprise qui m'accompagnent puisqu'ils ne sont pas moins de 40. Ils ont noué, là encore, avec leurs homologues indiens un partenariat qui nous sera précieux. Je sais qu'ici beaucoup d'entre vous travaillent avec des entreprises françaises depuis longtemps installées en Inde. Vous contribuez à notre commerce extérieur et au développement de nos échanges. Je voulais ici vous en remercier.

Les relations entre la France et l'Inde sont, c'est vrai, uniques parce qu'elles plongent loin dans notre histoire commune. L'Inde a toujours été aux côtés de la France dans des moments difficiles - je pense notamment lors de la première comme lors de la seconde guerre mondiale - et la France a été aux côtés de l'Inde - notamment pour la période qui lui a permis d'accéder à l'indépendance.

De ces relations historiques est né un partenariat stratégique. Il a été établi au cours du temps. Je rappelle que le premier président de la République, qui est venu faire une visite en Inde, était Valéry Giscard d'Estaing en 1980. Ensuite, tous les présidents sont venus faire une ou deux visites en Inde - lorsqu'il y avait deux mandats successifs, ils sont venus deux fois et même mon prédécesseur est venu deux fois lors de son seul mandat.

C'est dire si l'Inde et la France ont su nouer des relations intenses. Elles ont été consacrées par le partenariat stratégique défini en 1998, avec des piliers qui sont encore ceux que nous avons ici consolidés au cours de ce déplacement.

Le pilier de la défense, avec une coopération qui porte sur de nombreux matériels mais qui s'inscrit aussi dans une même conception de la politique étrangère et une même confiance réciproque - de l'Inde par rapport à son fournisseur et de la France par rapport à l'Inde, pays qui a une conception pacifique de ses rapports avec ses voisins et qui cherche d'abord à assurer sa propre sécurité.

Nous avons aussi la même conception de l'indépendance nationale. Ce pilier de la défense vient consacrer beaucoup plus qu'une affaire de commerce où des technologies pourraient être partagées, ce qui est déjà important. Il vient consacrer une conception commune de la politique étrangère.

L'autre pilier, c'est celui du nucléaire civil puisque la France a longtemps voulu que l'Inde puisse accéder à cette technologie. C'est une affaire de confiance et encore maintenant, nous sommes prêts à accompagner l'Inde dans un certain nombre de projets.

Les autres éléments de ce partenariat, c'est le spatial puisque des lanceurs français vont envoyer des satellites indiens dans l'espace. Là aussi, c'est un rapport de confiance. Il est vrai que nos lanceurs n'ont jamais connu le moindre défaut depuis une décennie et peut-être davantage. C'est un point très important.

Je voulais dire que ce qui nous relie au-delà de ces piliers, c'est une volonté commune de peser sur le monde avec des valeurs, avec des principes. L'Inde est une grande démocratie, la plus grande du monde - c'est devenu un lieu commun - parce que la taille du pays et l'ampleur de la population justifient que l'on puisse parler de plus grande démocratie du monde.

Ce n'est pas simplement une affaire de nombre. C'est aussi des règles, des procédures, des cultures qui font qu'en Inde, la contradiction, le débat, le pluralisme, le respect des minorités, des langues, tout cela, fondent l'unité de ce pays.

La France s'y reconnait d'autant plus que nous avons, nous aussi une volonté de marquer notre exception culturelle, d'affirmer notre diversité dans l'unité, d'avoir également des principes laïques. L'Inde et la France ont vocation à tenir le même discours et à s'exprimer de la même voix dans le concert des nations.

J'ai été sensible à l'appui de l'Inde au moment où j'ai décidé de faire intervenir nos forces au Mali, à la demande du président malien qui faisait face à une agression terroriste. L'un des premier pays qui a apporté son soutien - non pas seulement à la France, mais au Mali et à l'action que nous engagions au nom de la communauté international - c'est l'Inde.

Pour toutes ces raisons, le partenariat que nous avons engagé depuis la fin des années 70, puis consacré après en 1998, doit être prolongé. Ce voyage permettra de franchir de nouvelles étapes.

Sur l'étape de l'échange économique, il est vrai que depuis longtemps, les entreprises françaises sont installées en Inde : 750 y travaillent et y créent des emplois, 250.000 indiens travaillent pour ces entreprises. Nous sommes grâce à vous bien représentés.

En même temps, quand je regarde les échanges commerciaux, leurs tailles, leurs volumes, nous ne dépassons pas 8 milliards d'euros. Nous avions l'objectif de 12 milliards d'euros, nous en sommes donc loin. Ce que j'ai dit à nos partenaires indiens, c'est que nous sommes prêts à faire davantage et dans tous domaines, dans tous secteurs et avec toutes les entreprises, les petites comme les plus grandes, qui sont prêtes à investir en Inde.

Si nous voulons être mieux représentés en Inde, nous devons aussi accueillir davantage d'entreprises indiennes en France. Certaines l'ont déjà fait, l'Inde représente le 13ème investisseur étranger en France. Nous voulons qu'il y ait - et vous nous aiderez à atteindre ce but - davantage d'échanges commerciaux et économiques entre nos deux pays.

Je voulais aussi que l'on ouvre davantage nos portes aux échanges culturels et scientifiques. C'est la raison pour laquelle nous souhaitons qu'il y ait plus d'étudiants indiens qui viennent en France. Ils ne sont que 3.000. Je crois qu'il y a 17 millions d'étudiants indiens. Nous avons encore de la marge ! On ne peut pas tous les accueillir, mais 3.000, c'est un peu court.

De la même façon, nous souhaitons qu'il y ait plus d'étudiants français qui viennent dans les universités indiennes, il y aura donc des partenariats. La ministre de l'enseignement supérieur est là, si elle n'a pas pu être là au début de notre rencontre c'est qu'elle a signé justement ces accords pour que nous puissions multiplier les échanges universitaires.

De la même manière, pour la recherche scientifique, nous voulons qu'il y ait des liens qui puissent être renforcés.

Et puis il y a la culture. Là encore, je l'ai dit, la France et l'Inde ont la même conception de la culture que nous considérons comme une richesse, un bien mais qui n'est pas une marchandise. Nous défendons le principe de l'exception culturelle. Comment mieux l'illustrer que par le cinéma ? Le directeur du festival de Cannes nous accompagne. Il a souhaité que, lors du mois de mai prochain, il puisse y avoir une évocation du centenaire du cinéma indien. Car c'est l'Inde, avec la France, qui a inventé le cinéma.

L'Inde est le plus grand producteur de films du monde, nous ne les voyons pas tous - enfin vous, vous avez ce privilège - mais il y a là des créations tout à fait originales et d'autres qui sont peut-être plus répétitives ! Mais il y a la volonté de la France de faire la démonstration que le cinéma indien et le cinéma français doivent être reconnus et leurs auteurs et leurs créateurs également.

Toujours sur le plan culturel, je me félicite qu'il y ait eu cette initiative de faire la démonstration de notre richesse culturelle en Inde. Je veux en féliciter l'ambassadeur et tous ceux qui ont contribué à cette initiative.

Vous êtes sans doute nombreux à pouvoir ici en témoigner. Je ne vais pas être plus long parce que ce que j'étais venu vous dire c'est d'abord ma gratitude. Ma gratitude parce que ce n'est jamais simple de vivre loin de son pays.

Vous l'avez fait pour des raisons familiales, parfois professionnelles, parfois également touristiques mais vous l'avez fait. Cela vous confère une responsabilité particulière. Être français à l'étranger, ce n'est pas forcement beaucoup de droits mais c'est beaucoup de devoirs.

Sur les droits, nous avons créé un ministère pour faire en sorte que les Français de l'étranger puissent, notamment sur le plan social sur le plan éducatif, être représentés. Ils le sont aussi maintenant dans nos deux assemblées aussi bien au Sénat qu'à l'Assemblée nationale. Mais cela confère aussi des devoirs parce que c'est la représentation du pays. Il y a un ambassadeur, il y a des consuls mais il y a aussi des Français à l'étranger. À chaque fois que vous agissez, vous le faites au nom de la France.

Je voulais vous exprimer ma gratitude pour celles et ceux qui sont dans les activités économiques qui contribuent à notre croissance qu'il faut quand même rehausser. Je ne vais pas ici engager le débat, mais mieux vaut avoir quand même la plus forte croissance possible. Cela suppose que nous ayons la meilleure compétitivité.

Ma gratitude également à l'égard de tous ceux qui contribuent à l'éducation, à la culture. Je veux saluer le réseau de nos établissements. J'ai visité ce matin le lycée français. D'autres établissements sont également réputés pour leur excellence. Je sais que ce n'est pas facile. Il y a des frais aussi pour les familles. Il y a donc une mobilisation à avoir pour ces établissements. C'est également un élément de notre propre rayonnement puisque le lycée français, ici, à New Delhi accueille plus de 30 nationalités. Cela contribue notamment à l'image de la France.

Je voudrais aussi saluer des personnels administratifs : tous ceux qui sont dans les réseaux consulaires ; et d'une manière plus large, les citoyennes et les citoyens français qui pendant un temps de leur vie vont contribuer à renforcer l'amitié entre la France et l'Inde.

Je pense qu'il y a une histoire commune. Mais il y a aussi un avenir que nous pouvons porter, la France et l'Inde. Je l'ai dit : une même conception du monde ; une même appréciation de ce que peut être la richesse humaine ; une même volonté de lutter contre les inégalités, qui sont ici réelles ; une même aspiration à faire de la démocratie une référence ; une même ambition à pouvoir être un grand pays.

La France et l'Inde sont liées. Grâce à vous, ce lien ne pourra que se renforcer. C'est pourquoi je voulais au milieu de ce déplacement venir vous parler. Venir vous entendre. Venir vous rencontrer parce que vous êtes la France et que la France a besoin de vous.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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5. Inde/Enseignement supérieur et recherche - Communiqué du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche (New Delhi, 15/02/2013)

Dans le cadre de la visite d'État du président de la République en Inde, Geneviève Fioraso a présidé à la signature de seize accords de partenariats visant à renforcer les partenariats entre la France et l'Inde dans le domaine de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation.

Ces accords stratégiques illustrent la volonté de la France et de l'Inde de renforcer leurs relations fondées sur la confiance et l'excellence. L'Inde contribue déjà à plusieurs projets internationaux dans lesquels la France joue un rôle prédominant, comme ITER (fusion nucléaire), le CERN (physique des particules) ou Galileo (recherche spatiale).

Cinquième partenaire scientifique de l'Inde, la France est l'un de ses partenaires majeurs. L'Inde, qui consacre aujourd'hui 0,8 % de son P.I.B. à la recherche (2,2 % pour la France), veut doubler ses efforts d'ici 2017 et passer de la 9ème à la 5ème place mondiale. Pour y arriver, elle compte à la fois sur le développement de sa recherche privée et sur les partenariats avec des organismes de recherche internationaux, en particulier européens, via des accords bilatéraux ou dans le cadre du programme cadre de l'Union européenne, Horizon 2020. L'enjeu de cette visite concernait donc à la fois les entreprises françaises, les établissements supérieurs et les organismes de recherche représentés dans la délégation présidentielle.

Lors de cette première journée, la France et l'Inde ont réaffirmé leur volonté de renforcer leurs partenariats dans des secteurs stratégiques comme le spatial pour lequel une coopération lie les deux pays depuis près de 50 ans, mais aussi dans l'ensemble des champs de recherche, de la recherche fondamentale à la recherche technologique, dans les domaines de la santé, de l'environnement, de l'alimentation, des nanosciences, des biotechnologies et du numérique. Dans une perspective de mise en place de laboratoires internationaux associés, des partenariats ont ainsi été signés entre l'Inserm et l'institute for Liver and Biliary Sciences à Dehli, le C.N.R.S. et l'Indian Institute of Science, ou l'accord spécifique entre le CNES et l'ISRO (Indian Space Research Organization).

Les deux pays ont également voulu étendre leur coopération au développement de partenariats publics-privés, dans le domaine de la recherche et de l'innovation, comme entre l'entreprise Saint-Gobain et le Centre franco-indien pour la promotion de la recherche avancée (CEFIPRA), OSEO et le Technology Development Board indien, AREVA et l'Indian Institute of Technology.

Lors de cette première journée, la France et l'Inde ont également réaffirmé une volonté commune d'élargir leur partenariat à un domaine trop longtemps négligé, l'enseignement supérieur. Illustration de cette nouvelle dynamique, dix accords ont été signés entre établissements universitaires (l'E.N.S., H.E.C., Science Po, Paris Tech, École des Mines de Nantes, École centrale Nantes, et les Indian Institute of Technology, Delhi University, Chennai Mathematical Institute...).

En effet, alors que la France accueille plus de 30.000 étudiants chinois par an, en faisant ainsi la deuxième communauté après le Maroc, moins de 3.000 Indiens poursuivent des études en France, tandis que moins de 1.000 jeunes Français sont actuellement dans des universités indiennes. C'est pourtant dès l'université que se forment les futurs partenariats... L'extension des cours dispensés en anglais prévue dans la Loi sur l'enseignement supérieur et la recherche préparée par le M.E.S.R., assortie de l'apprentissage de la langue française, développera l'attractivité de nos établissements pour les jeunes Indiens.

C'est la raison pour laquelle, parallèlement aux seize contrats de recherche commune, Geneviève Fioraso a signé avec son homologue chargé de l'enseignement supérieur, M. Pallam Raju, en présence des chefs d'État, une lettre d'intention portant sur un partenariat renforcé pour l'enseignement supérieur, avec l'ambition d'accroître la mobilité des étudiants, des enseignants et des chercheurs, le développement de doubles diplômes, la coopération entre enseignants-chercheurs sur les contenus des cursus et les équivalences.

Cette visite a permis au partenariat stratégique entre la France et l'Inde de franchir une nouvelle étape dans le domaine de la connaissance, de la recherche et de l'innovation./.

(Source : site Internet du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche)

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6. Grèce - zone euro - Entretien du président de la République, M. François Hollande, avec le quotidien grec «Ta Nea» (Paris, 18/02/2013)

Q - En Grèce, nous avons un gouvernement de coopération soutenu de trois partis politiques. Pensez-vous que les gouvernements de coalition soient la solution à la crise ?

R - Chaque pays choisit librement son gouvernement de manière démocratique. Je constate qu'à la suite des élections de juin dernier, trois partis ont fait le choix de surmonter leurs divergences pour assurer le maintien de la Grèce dans la zone euro.

Et c'est cet esprit de responsabilité qui a convaincu l'ensemble des Européens de faire confiance à la Grèce.

Q - Vous avez une longue expérience politique, vous êtes le président d'un des plus grands pays européens. Quel est le message que vous souhaitez passer au peuple grec, à l'heure actuelle ?

R - Pour la France, la Grèce n'est pas un partenaire comme les autres. Une longue histoire nous unit qui a toujours vu nos deux pays côte à côte, dans les heures sombres, comme dans les heures heureuses. Je pense ici au retour de la démocratie, à l'adhésion à la C.E.E. et à l'entrée de la Grèce dans la zone euro.

Les Français sont solidaires du peuple grec dans les épreuves qu'il traverse. Le sens de ma visite aujourd'hui est d'apporter le soutien de la France pour que la Grèce réussisse et pour que l'Europe avance avec elle.

Q - Monsieur le Président, il est vrai que vous vous rendez dans un pays détruit. Comme les pays du sud, la Grèce est entièrement soumise à des politiques d'austérité qui entraînent une récession profonde, la flambée du chômage mais également une perturbation dramatique du système politique. Quels sont vos sentiments face à tout cela ?

R - La crise frappe durement les pays de l'Europe du sud. Mais nul n'est épargné et la croissance s'est partout ralentie, même en Allemagne. En France nous faisons face à une forte augmentation du chômage avec tout ce qu'elle représente de drames humains.

En Grèce les sacrifices demandés à la population ont été plus douloureux qu'ailleurs. L'assainissement des finances publiques est nécessaire mais ne peut suffire. C'est pourquoi des mesures de soutien à la croissance sont indispensables. Je suis venu à Athènes pour dire la disponibilité de la France à y contribuer, par une coopération entre nos administrations, par l'engagement des entreprises françaises, par la mobilisation des fonds européens. Je refuse une Europe qui condamnerait les pays à une austérité sans fin.

Q - Paris fait preuve de solidarité envers Athènes pendant la crise. Néanmoins, des sociétés françaises importantes, le Crédit agricole, la Société Générale ou Carrefour quittent la Grèce. Cela pourrait signifier que le secteur privé français ne fait pas confiance à l'avenir de la Grèce dans la zone euro ?

R - Non, au contraire, la France a agi pour que le doute soit levé sur le maintien de la Grèce dans la zone euro, pour qu'une solution d'ensemble soit trouvée fin 2012. Le secteur privé français est prêt à prendre le relais. La confiance est de retour. Comment pourrait-il en aller autrement, après tous les sacrifices que la Grèce a endurés, après tout le chemin qu'elle a parcouru pour réduire son déficit et engager des réformes, après tout le travail réalisé avec les Européens ?

Beaucoup d'entreprises françaises sont présentes ici de longue date et elles sont restées, malgré la crise. Certaines, peu nombreuses, ont pu faire un choix différent. Mais j'appelle les investisseurs français à saisir toutes les opportunités qui s'offrent à eux en Grèce. C'est notre intérêt commun.

Q - Les privatisations sont une priorité pour le gouvernement hellénique. Peut-on imaginer que de grandes entreprises françaises, dans le secteur du courant électrique ou de la gestion des ressources en eau, manifestent leur intérêt pour les privatisations grecques ?

R - Les secteurs comme l'énergie et l'eau sont reconnus comme des domaines d'excellence du savoir-faire français. Les conditions sont donc favorables et je ne doute pas que nos grandes entreprises participeront aux appels d'offres qui seront lancés. Et l'engagement pour la Grèce que j'observe d'entreprises de taille moyenne, et pas seulement de grands groupes, est le signe le plus encourageant pour l'avenir.

Q - Dans vos déclarations, vous insistez sur la nécessité de mettre l'accent sur la croissance en Europe. Néanmoins, l'euro a commencé à grimper à nouveau, ce qui frappe les exportations de plusieurs pays, comme celles de la France. Comment l'Europe pourra-t-elle redevenir compétitive avec une monnaie aussi dure ? L'euro serait-il finalement une monnaie à la mesure de l'Allemagne et des pays du Nord ?

R - Il y a aujourd'hui un risque d'une compétition exacerbée à travers les taux de change. Or le niveau d'une monnaie ne saurait fluctuer au gré des humeurs du marché car ce sont aussi des emplois qui sont en jeu. Et comment admettre que les efforts de compétitivité puissent être annihilés par des mouvements de change ? Il ne s'agit pas de remettre en cause l'indépendance de la Banque centrale européenne mais de nous projeter résolument vers la réforme du système monétaire international, dont on parle depuis si longtemps, et dont l'urgence est chaque jour plus grande. Le communiqué du G20 qui vient de se réunir à Moscou est un pas dans cette direction.

Q - Est-ce que la montée de la violence politique en Grèce mais aussi celle des forces extrêmes, telle Aube dorée, vous préoccupe ? Pensez-vous que la République hellénique soit désormais fragilisée ? L'Europe en est-elle responsable ?

R - Oui. Et cette montée des extrêmes se retrouve dans bien des pays d'Europe. Là où la détresse sociale, le chômage peuvent être exploités par des démagogues qui veulent rompre avec l'Europe et désigner l'étranger comme l'ennemi. C'est une régression insupportable. La meilleure façon de combattre ces tentations, c'est d'être intraitable dans la lutte contre le racisme, mais d'être aussi déterminé pour retrouver de la croissance.

Q - Pensez-vous que la hausse de la monnaie unique remettra sur l'avant-scène le problème d'une Europe à plusieurs vitesses, où le Nord et le Sud coexistent difficilement ? Est-ce que le sentiment anti-européen qui se développe dans les sociétés vous préoccupe ?

R - Je n'accepte pas la division entre une Europe du nord et une Europe du sud, nous sommes dans le même ensemble. Chaque État doit contribuer à la compétitivité et à la croissance, par la gestion rigoureuse de ses comptes publics et par des réformes. Chaque État doit également savoir qu'une solidarité existe et que nous sommes unis dès lors que nous partageons la même monnaie.

Enfin si nous avons fait l'Europe, c'est pour faire tomber les murs, celui de la dernière guerre mondiale, celui de la guerre froide. Il ne peut être question aujourd'hui d'ériger celui de la suspicion. L'Europe est un ensemble de règles faites de discipline et de solidarité./.

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7. UE/Conseil affaires étrangères - Point de presse du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Bruxelles, 18/02/2013)

Deux points importants ont été examinés aujourd'hui : le Mali et la Syrie.

Sur le Mali, notre action a, de nouveau, bénéficié d'un soutien extrêmement fort. D'autre part, le lancement effectif de l'opération de formation par l'Union européenne des troupes maliennes a été décidé et confirmé, ce qui est une bonne chose. Un certain nombre de précisions ont été apportées sur le calendrier et sur la volonté que le dialogue, la réconciliation nationale, aient lieu effectivement au Mali. Ce sont des thèses que nous développons depuis longtemps et nous sommes très satisfaits que l'Union européenne les appuie.

Sur la Syrie, il y a eu un soutien fort, appuyé, à la démarche du président de la Coalition nationale syrienne. En ce qui concerne l'embargo sur les armes, il a été décidé, d'une part, que la question sera revue dans trois mois - compte tenu des discussions qui existent en ce moment, ou qui devraient exister - et, d'autre part, l'embargo fait l'objet d'un amendement pour que l'assistance technique et la protection des populations civiles soient rendues plus facile.

Voilà les dispositions qui ont été prises, et comme elles correspondent tout à fait aux positions de la France, j'en suis heureux.

Q - Monsieur le Ministre, pour l'embargo sur les armes, comment cela va fonctionner dans la pratique pour la protection des populations civiles et l'assistance technique ?

R - Dans la pratique, cela permet, conformément à la demande du président Al Khatib, le président de la Coalition, qu'il y ait un appui supplémentaire qui soit donné à la Coalition, ce qui est nécessaire. Tout le monde reconnaît que le président de la Coalition a bien agi. Il a pris des décisions courageuses pour ouvrir le dialogue, non pas avec Bachar Al-Assad mais avec certains éléments du régime qui n'ont pas de sang sur les mains. Il y a certains mouvement positifs dans la discussion et ce que nous avons voulu, en tout cas ce que la France a proposé et qui a été accepté, c'est que les demandes du président de la Coalition soient satisfaites./.

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8. UE/Conseil affaires étrangères/Mali - Communiqué (Bruxelles, 18/02/2013)

Le Conseil a lancé ce jour la mission de l'UE visant à apporter un soutien à la formation et à la réorganisation des forces armées maliennes. Un élément précurseur est arrivé à Bamako le 8 février et commencera à s'acquitter des tâches d'expertise et de conseil dans les jours qui viennent. Les instructeurs militaires devraient être déployés avant la fin du mois de mars.

Cette opération, lancée dans le cadre de la résolution 2085 (2012) du Conseil de sécurité des Nations unies, fait partie intégrante de l'approche globale de l'UE à l'égard de la situation au Mali et dans la région du Sahel. Elle vise à contribuer à améliorer la capacité militaire des forces armées maliennes, dans le but de leur permettre, sous le contrôle des autorités civiles, de rétablir l'intégrité territoriale du pays.

Catherine Ashton, Haute représentante de l'Union, a déclaré : «Je remercie les États membres et les pays partenaires qui apportent leur contribution; leur action énergique a permis que la mission soit déployée. EUTM Mali oeuvrera en faveur de la stabilité au Mali et dans la région du Sahel, aujourd'hui et pour l'avenir. Le respect des droits de l'Homme et la protection des civils constitueront un volet important du programme de formation.»

EUTM Mali dispensera des conseils et une formation militaire aux forces armées maliennes, y compris en matière de commandement et de contrôle, de logistique et de ressources humaines, ainsi que dans le domaine du droit humanitaire international, de la protection des civils et des droits de l'homme. La mission ne participera pas à des opérations de combat.

C'est le général français François Lecointre qui est le commandant de la mission de l'UE, dont les effectifs comptent environ 500 hommes. Les coûts communs de l'opération sont estimés à 12,3 millions d'euros pour la durée du mandat initial de 15 mois. Le quartier général sera établi à Bamako, tandis que la formation se déroulera à Koulikoro./.

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9. UE/Conseil affaires étrangères/Mali - Conclusions (Bruxelles, 18/02/2013)

1. «L'UE apporte son soutien à la mobilisation internationale en faveur de la stabilité et de la sécurité au Mali, en premier lieu à l'opération Serval et à la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA), et elle réaffirme son engagement dans la lutte contre la menace terroriste.

2. L'UE réitère son plein soutien à la mise en oeuvre de la Feuille de Route pour la Transition au Mali. A cette fin, elle encourage les autorités maliennes, en consultation avec la CEDEAO, à prendre les mesures pour le maintien des dispositions nécessaires à la poursuite de la transition jusqu'à la tenue d'élections libres et transparentes cette année, et à assurer le contrôle sans équivoque du pouvoir civil sur les forces armées. Elle réitère sa volonté d'apporter un appui au processus électoral. De surcroît, l'UE appelle les autorités maliennes à donner suite à leur engagement pris dans la feuille de route de mettre en place une Commission nationale de dialogue et de réconciliation. Cette dernière permettra aux acteurs maliens de s'approprier les résultats du processus de négociation, y compris avec tous les mouvements armés non-terroristes et non-criminels qui s'engagent sans condition à respecter l'unité, l'intégrité territoriale et la souveraineté du Mali.

3. L'UE accueille favorablement la réunion du Groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali du 5 février à Bruxelles. Il est important pour la communauté internationale d'appuyer la transition au Mali, notamment à travers des réunions régulières de ce Groupe, ainsi qu'à travers la reprise du dialogue politique entre le Mali et l'UE au titre de l'article 8 de l'Accord de Cotonou.

4. Le Conseil se félicite de la reprise graduelle de l'aide au développement de l'UE, y compris à travers l'élaboration d'un Contrat d'appui à la consolidation de l'État. La mise en oeuvre de la feuille de route reste fondamentale dans cette perspective. Le Conseil salue le lancement immédiat d'actions concrètes, notamment dans le domaine des élections, de la réconciliation et du dialogue, de la sécurité alimentaire et des services de base. L'UE s'apprête à mettre en oeuvre rapidement des actions visant à soutenir la stabilité à moyen et long terme, le développement, le renforcement de l'État de droit et la bonne gouvernance, et à permettre la délivrance des services publics sur l'ensemble du territoire malien. Le Conseil réitère son attachement à une coopération étroite entre l'UE et les États membres en ce qui concerne l'aide au développement. L'UE se félicite de la tenue prochaine d'une conférence internationale des donateurs pour le développement du Mali.

5. L'UE rappelle son engagement humanitaire en faveur des populations affectées par la crise, autant au Mali que dans les pays voisins. Elle continuera à apporter, et elle augmentera si nécessaire, l'aide humanitaire aux populations dans le besoin. Le renforcement de la résilience des populations face aux crises demeure une de ses priorités. Elle contribuera le moment venu au retour libre et volontaire des personnes déplacées et des réfugiés dans les pays de la région.

6. L'UE s'alarme des allégations de violations du droit international humanitaire et des droits de l'Homme et rappelle aux autorités maliennes qu'elles exercent une responsabilité primordiale dans la protection des populations civiles. Le Conseil salue l'intention de l'UE d'apporter un appui au déploiement d'observateurs civils des droits de l'Homme par l'UA, la CEDEAO et les Nations unies, ainsi qu'à la contribution d'organisations indépendantes de la société civile dans ce domaine. Tous les auteurs des violations des droits de l'Homme devront être tenus responsables de leurs actes.

7. Le Conseil décide de lancer la mission EUTM Mali, grâce à un processus accéléré de planification et de préparation. La mission EUTM commencera immédiatement à dispenser les conseils aux forces armées maliennes et préparera la mise en place de leur formation militaire. Une attention particulière sera accordée aux droits de l'Homme, au droit international humanitaire, à la protection des civils et à la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi qu'aux règles de conduite internes et au contrôle des forces armées par le pouvoir civil. Il salue la mobilisation du mécanisme de «clearing house» de l'UE pour coordonner l'appui à la MISMA et à l'équipement des forces armées maliennes.

Conformément à la résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations unies, le Conseil souligne l'urgence d'un engagement européen et international accru en appui aux forces armées maliennes, y compris par la fourniture rapide d'équipement militaire approprié. À cet égard, il salue les contributions initiales apportées par les États membres et la communauté internationale. Cet engagement complétera les efforts de EUTM Mali.

De même, dans le contexte régional de lutte contre le terrorisme, le Conseil salue la décision de renforcer le bureau de liaison à Bamako de la mission EUCAP SAHEL Niger avec des experts justice et police.

8. L'UE rappelle son attachement à la coordination régionale et internationale, en particulier avec la CEDEAO, et réitère sa détermination à apporter un appui financier et logistique à la MISMA sous la direction du Haut représentant de l'UA pour le Mali et le Sahel P. Buyoya. Elle appelle à la mise en oeuvre de tous les engagements pris lors de la Conférence des donateurs d'Addis Abeba le 29 janvier 2013.

9. L'UE reste préoccupée par les risques potentiels que la crise au Mali pourrait engendrer sur la sécurité régionale et internationale. Elle réitère en particulier son inquiétude à l'égard des trafics internationaux, des flux financiers illicites et de leurs liens avec des groupes extrémistes dans le Sahel. A cet égard, le Conseil rappelle l'importance de la Stratégie de l'UE pour la sécurité et le développement au Sahel et appelle la Haute représentante et la Commission à faire des propositions concrètes pour mettre en oeuvre des actions de stabilisation dans le cadre de l'approche globale.

10. Le Conseil invite la Haute représentante à lui faire une proposition dans les meilleurs délais en vue de désigner un représentant spécial de l'UE pour le Sahel./.

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10. UE/Conseil affaires étrangères/Droits de l'Homme - Conclusions sur les priorités de l'UE dans les enceintes des Nations unies compétentes en matière de droits de l'Homme (Bruxelles, 18/02/2013)

1. Dans la perspective de la 22e session ordinaire du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies (CDH), l'UE réaffirme qu'elle soutient résolument le CDH ainsi que les autres instances des Nations unies chargées de la promotion et de la protection des droits de l'Homme dans le monde, notamment la Troisième Commission de l'Assemblée générale des Nations unies.

2. L'UE reste résolument attachée à un système multilatéral solide et efficace de protection des droits de l'Homme qui suive de manière impartiale la mise en oeuvre par tous les États de leurs obligations en matière de droits de l'Homme. L'UE défendra vigoureusement l'universalité des droits de l'Homme et continuera de dénoncer les violations des droits de l'Homme dans le monde.

Elle a réaffirmé cet engagement dans le cadre stratégique de l'UE et le plan d'action de l'UE de 2012 en faveur des droits de l'Homme et de la démocratie.

3. L'UE rend hommage au rôle mobilisateur joué par la Haute commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, Mme Navanethem Pillay, ainsi qu'au Haut commissariat qui célèbre cette année son 20ème anniversaire. L'UE soutient résolument le travail qu'accomplissent Mme Navanethem Pillay et son personnel, et souligne l'indépendance et l'intégrité indéniables qui caractérisent le mandat de la Haute commissaire aux droits de l'Homme.

4. L'UE participera activement aux sessions du Conseil des droits de l'Homme et de l'Assemblée générale qui se tiendront en 2013, par des déclarations et des interventions, ainsi qu'en présentant des initiatives thématiques et des initiatives par pays concernant des préoccupations essentielles dans le domaine des droits de l'Homme et visant à faire en sorte que les responsables de violations des droits de l'Homme aient à répondre de leurs actes. L'UE cherchera à coopérer étroitement avec d'autres pays à cette fin.

5. Lors de la prochaine session principale du Conseil des droits de l'Homme, l'UE, aux côtés d'une large coalition transrégionale, s'assurera que le CDH traite en priorité la situation très grave des droits de l'Homme en Syrie. L'UE insistera sur la nécessité de faire rendre compte de leurs actes aux auteurs des graves violations et abus en matière de droits de l'Homme commis en Syrie, dont des crimes au regard du droit international, et d'empêcher que ces actes restent impunis. L'UE approuve les travaux et la prorogation du mandat de la commission d'enquête.

6. L'UE continuera à attirer l'attention du CDH et de l'Assemblée générale sur la situation des droits de l'Homme, qui demeure critique, en République populaire démocratique de Corée.

L'UE renouvellera avec force l'appel fait au gouvernement de RPDC pour qu'il améliore d'urgence la situation des droits de l'Homme dans ce pays. L'UE, avec le Japon, proposera lors de la session du CDH que soit créé un mécanisme d'enquête indépendant pour appuyer le rapporteur spécial.

7. L'UE soutiendra activement la prorogation du mandat du Rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l'Homme en République islamique d'Iran, qui mène un travail important face à la situation préoccupante des droits de l'Homme dans ce pays et devrait, d'urgence, se voir accorder un accès à ce pays.

8. L'UE apportera en outre son concours aux efforts visant à maintenir à l'ordre du jour des travaux du CDH les questions de la responsabilité et de la réconciliation et la situation des droits de l'Homme aujourd'hui au Sri Lanka.

9. Gravement préoccupée par l'évolution de la situation au Mali, l'UE plaide pour que des mesures appropriées soient instaurées par le Conseil des droits de l'Homme.

10. L'UE se félicite de la coopération menée avec la Birmanie/le Myanmar sur une résolution de l'Assemblée générale adoptée par consensus en 2012, tenant compte des progrès réalisés et constatant par ailleurs que des inquiétudes persistent en matière de droits de l'Homme, en particulier dans les régions ethniques. La résolution qui sera présentée à la 22e session du CDH vise à maintenir l'attention de la communauté internationale quant à l'évolution de la situation et à encourager de nouvelles réformes.

11. Une des principales priorités de l'UE en vue de la 23e session du CDH, qui se tiendra en juin, sera la situation des droits de l'Homme en Biélorussie, qui continue à susciter de vives préoccupations.

12. L'UE tient à ce que le CDH continue à faire porter ses travaux sur la situation des droits de l'Homme en République démocratique du Congo, en Érythrée, au Soudan et au Soudan du Sud.

13. L'UE continuera à présenter aux Nations unies des résolutions sur la liberté de religion ou de conviction. Une des tâches essentielles du CDH consistera à renouveler le mandat important du rapporteur spécial à cet égard. L'UE participera aux discussions portant sur le rapport à venir du rapporteur spécial, qui concerne plus particulièrement la situation des personnes appartenant à des minorités religieuses.

14. Avec les pays d'Amérique latine et des Caraïbes, l'UE s'intéressera tout particulièrement aux droits des enfants, d'abord au CDH, dans le cadre d'une résolution portant sur le droit à la santé des enfants, et, plus tard, à l'Assemblée générale. L'UE s'attachera également à obtenir des améliorations concrètes pour les enfants pris dans des conflits armés, en étroite collaboration avec le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et à l'appui de son action.

15. L'UE continuera de plaider pour l'égalité entre les hommes et les femmes et l'autonomisation des femmes, ainsi que pour la mise en oeuvre intégrale de la Déclaration et du programme d'action de Beijing. Elle s'efforcera de favoriser une action résolue aux fins de l'élimination de toutes les formes de violence à l'égard des femmes lors de la prochaine session de la Commission de la condition de la femme qui se tiendra en mars 2013. L'UE soutient avec force le travail qu'accomplit ONU Femmes ainsi que l'action des Nations unies concernant les femmes, la paix et la sécurité, notamment sur le chapitre de la violence sexuelle en période de conflit.

16. L'UE s'emploiera, avec des partenaires qui partagent les mêmes convictions, à ce que la question de la discrimination et de la violence contre les personnes fondées sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre demeure à l'ordre du jour des Nations unies, dans le prolongement de la résolution du CDH de 2011 et des activités transrégionales menées avec succès à New York.

17. L'UE continuera d'appuyer les efforts visant à promouvoir, protéger et garantir les droits de l'Homme sur l'internet et accordera une attention particulière à la protection des journalistes et des blogueurs.

18. L'UE souligne qu'il est indispensable que les enceintes et les organismes des Nations unies compétents en matière de droits de l'Homme se préoccupent de la liberté d'association et de réunion et apportent un soutien concret aux défenseurs des droits de l'Homme et aux organisations de la société civile. Les entraves d'ordre législatif et autre imposées aux activités des ONG suscitent une inquiétude croissante dans de nombreux pays. L'UE défendra également le rôle des représentants de la société civile et des défenseurs des droits de l'Homme dans le cadre des Nations unies et réagira à toute menace à l'encontre de ceux qui coopèrent avec les mécanismes des droits de l'Homme des Nations unies.

19. L'UE soutiendra également les efforts visant à promouvoir et à défendre les droits des personnes handicapées, auxquels une attention particulière sera accordée lors d'une réunion de haut niveau de l'Assemblée générale sur le handicap et le développement qui se tiendra en septembre.

20. La gouvernance démocratique, l'État de droit et la pleine réalisation des droits de l'Homme sont une condition importante pour parvenir à un développement durable. L'UE fera donc en sorte que ces questions fondamentales soient inscrites dans le programme mondial pour le développement après 2015.

21. L'UE continue d'attacher une grande importance aux procédures spéciales du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies; l'accès aux pays et l'établissement de contacts et d'une coopération en toute liberté et sans entrave avec les personnes et la société civile sont indispensables. L'UE demande à tous les pays qui ne l'ont pas encore fait d'adresser une invitation permanente.

22. L'UE réaffirme également son soutien sans faille au système des organes des Nations unies créés en vertu des traités sur les droits de l'Homme. L'UE prendra part de manière proactive au processus visant à renforcer ce système dans le but d'améliorer la capacité des organes issus des traités de remplir efficacement leur mandat, tout en garantissant leur indépendance.

23. L'UE réaffirme son attachement à l'examen périodique universel, souligne qu'il est important d'en préserver le caractère universel et invite tous les États membres des Nations unies à coopérer de manière effective avec ce mécanisme. Par ailleurs, l'UE examine avec ses partenaires la mise en oeuvre de recommandations issues de cet examen, ainsi que de celles formulées par les organes créés en vertu des traités et par les procédures spéciales.

24. L'UE est résolue à entreprendre, avec des pays de toutes les régions, des initiatives contribuant véritablement à la protection des droits de l'Homme et renforçant leur mise en oeuvre universelle. Le Conseil souligne qu'il est important de répondre aux grandes préoccupations concernant les droits de l'Homme et d'examiner les priorités de l'humanité aux Nations unies à travers des contacts avec les pays tiers à tous les niveaux, en vue de mobiliser la coopération transrégionale en faveur de l'émergence d'un système efficace des Nations unies en matière de droits de l'Homme./.

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11. Mali/francophonie - Entretien de la ministre déléguée, chargée de la francophonie, Mme Yamina Benguigui, avec «Radio classique» - extraits - (Paris, 18/02/2013)

Q - Nous allons parler donc de cette journée de la francophonie consacrée au Mali, avec une soirée ce soir à l'UNESCO.

(...)

Alors on va évidemment parler de tous les sujets, y compris celui qu'on a annoncé tout à l'heure, le Mali. Mais je voulais vous poser une question personnelle. Au fond, pourquoi vous êtes-vous lancée dans cette aventure, parce que vous êtes réalisatrice, documentariste ? Quel était l'intérêt pour vous, au moment où cette carrière prend une certaine ampleur, de tout d'un coup, rentrer dans un gouvernement ?

R - Ce n'est pas n'importe quel gouvernement. Pourquoi on fait le choix, un jour, de rentrer en politique ? J'étais adjointe au maire de Paris depuis déjà 5 ans. J'avais donc déjà cette double casquette, à la fois cinéaste et engagée. Je fais des films et je mène un combat sociétal depuis presque une vingtaine d'années. Sur mon terrain, j'ai toujours rencontré la politique. Cette fois-ci, la francophonie, c'était quelque chose qui était un peu une continuité de tout ce que j'avais fait dans ce cinéma engagé.

Q - Il n'y a pas eu d'hésitation ? C'était une logique ?

R - Non ! Il y a toujours une hésitation. Lorsque le président de la République m'appelle et me présente cette vision de la francophonie, qu'il avait envie de remettre au centre de gouvernement, c'est quelque chose qui est ouvert sur l'autre, c'est aussi un nouveau regard sur l'Afrique, un nouveau regard sur le monde, qu'est-ce que l'influence du français ? Et puis, je trouvais peut-être de mettre ma carrière comme ça, entre parenthèses, je ne sais pas pour combien de temps et d'y aller avec une vraie mission, voilà ! J'ai dit oui.

Q - Vous avez dit oui, sauf qu'on est en temps de crise, en temps de rigueur, on en parle encore beaucoup ce matin. Est-ce que réellement la défense de la langue française dans cette période-là, c'est encore une priorité ? Vous avez fait adopter un plan de 15 millions d'euros pour 3 ans. Cela suffit pour défendre cette cause ?

R - C'est une priorité, la défense de la langue française. Elle n'est pas simplement virtuelle ou avec uniquement le côté culturel. Je défends un plan énorme sur la francophonie économique.

Aujourd'hui qu'est-ce que la francophonie ? C'est un espace de 77 pays, 220 millions de locuteurs. Ils seront 800 millions en 2050, dont 80 % en Afrique. Et on voit aujourd'hui la montée en puissance de l'Afrique. C'est un continent que l'on donnait moribond, c'est un continent que la France ne regardait plus. Prenez l'exemple d'un pays énorme, comme la République démocratique du Congo, qui fait 4 fois la France, avec des ressources énormes. Nous avons cette langue française en partage qui peut être une mobilité, qui peut organiser une mobilité économique.

Q - Le français progresse en Afrique aujourd'hui ?

R - Le français progresse en Afrique. C'est la langue nationale dans plusieurs pays. C'est notamment la langue nationale de la RDC. Cela veut donc dire qu'il ne faut pas raisonner en termes d'État mais en termes d'espace. Si des entreprises françaises se développent en Côte d'Ivoire, elles peuvent aussi arriver en RDC par la langue. Il y a donc un véritable intérêt dans le développement de la langue française.

Deuxièmement, je vois que la Chine et les France sont très présentes dans l'espace francophone...

Q - Oui, c'est justement cela la question ! Parce que pour l'instant, après avoir dit de l'Afrique, ça c'était l'aspect erroné du monde, l'Afrique noire est mal partie, il y a maintenant des années.

R - Exactement !

Q - On s'intéresse de plus en plus, la croissance est souvent supérieure à 5 %. Mais on a l'impression que depuis que cela marche, les Américains, les Chinois, une grande partie des puissances économiques mondiales se ruent vers l'Afrique et nous, on nous fait le procès, ce sera peut-être le cas autour du Mali, justement, encore d'une France-Afrique qui ne dit pas son nom ! C'est un peu ça le contexte ?

R - Je crois qu'il faut absolument se décomplexer sur cette histoire de France Afrique et se dire que, définitivement, la langue française s'est débarrassée des oripeaux du colonialisme. La langue française a fait sa mutation.

Q - Donc la guerre du Mali, n'est pas une opération néocoloniale ?

R - Non, c'est une opération d'État à État. Il y a eu une demande du Mali.

Je vois les problèmes que rencontre la République démocratique du Congo, où on demande à la France d'intervenir peut-être, au nord du Kivu, où il y a une guerre, où il y a des groupes armés qui agressent, etc. ils sont demandés à hauteur d'hommes et je crois qu'on ne doit pas rater ce virage avec l'Afrique. On ne doit pas. On doit pouvoir avoir une politique égalitaire, une francophonie solidaire et égalitaire, et ça, c'est possible. Et quant à la Chine...

Q - Sauf que cela se passe par les armes et pas par l'apprentissage culturel ?

R - Il y a une question sur le Mali, mais j'étais justement en train de vous parler de cette francophonie économique et culturelle, et de cet espace extraordinaire. Encore une fois, comme vous le disiez justement, sur une Afrique que l'on donnait moribonde. Je me souviens que dans les années 90, on nous montrait des pays entiers, il y avait tout ce spectre du sida et on disait : c'est une Afrique qui va être dévastée. Et ce n'est pas le cas.

Maintenant, pour ce qui concerne la Chine et les États-Unis, il faut savoir que ces pays seront bloqués dans l'espace francophone par la langue. Les Chinois ont monté des instituts Confucius mais cela ne marche pas. On ne peut pas prendre que les marchés et ne pas faire évoluer les populations. Donc, la France a une carte à jouer parce qu'avec le français, c'est la langue nationale, elle pourra à la fois être compétitive et faire participer la population.

Q - Vous venez de la société civile, vous êtes une des rares ministres qui vient d'un autre univers. Après 9 mois d'exercices, est-ce que vous êtes vous êtes comblée, désenchantée, ravie ?

R - Je suis immensément ravie dans ce que je fais, vous le voyez et la francophonie s'est ouverte sur le monde. En 9 mois, j'ai fait 27 pays, j'ai signé des accords économiques au Vietnam, on a lancé une opération «100.000 professeurs pour l'Afrique». Tout cela est extraordinaire et cela marche.

(...)

Q - Dernier point, je rappelle qu'il y a une soirée, donc à l'UNESCO ce soir, pour le Mali, et que c'est donc un colloque toute la journée.

(...) ./.

 

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12. Secteur touristique - Entretien de la ministre de l'artisanat, du commerce et du tourisme, Mme Sylvia Pinel, avec le quotidien «Les Échos» (Paris, 18/02/2013)

Q - Quel bilan tirez-vous de l'année 2012 du tourisme français ?

R - Le secteur résiste mieux que d'autres à la crise, mais il n'est pas pour autant à l'abri. On voit bien l'incidence de la conjoncture et d'une météo pas forcément clémente. La fréquentation est en légère baisse pour les Français, qui réservent de plus en plus tardivement. A contrario, elle a légèrement progressé pour la clientèle étrangère. Globalement, le total des recettes avoisine 77 milliards d'euros, mais, attention, il s'agit là d'un chiffre provisoire. Les statistiques ne sont pas encore consolidées pour le dernier trimestre, qui peut être porteur. En effet, les premiers retours sur les vacances de Noël sont favorables. Tout cela montre encore, au fond, le poids considérable du tourisme, qui représente plus de 7 % du PIB et 2 millions d'emplois. C'est un formidable atout pour la France.

Q - Pour bien des professionnels, le secteur n'apparaît pourtant pas comme une priorité pour le gouvernement...

R - Je ne ressens pas cela. Les professionnels connaissent ma feuille de route. Ils sont volontaires, dynamiques et souhaitent sincèrement s'impliquer dans la mise en oeuvre du projet du gouvernement. Je veux agir de manière concertée avec l'agence de développement touristique Atout France. Il faut notamment que les territoires soient fédérés à l'international sous la marque France et éviter que l'on se disperse.

Q - N'y a-t-il pas tout de même un problème d'affichage quand il n'y a toujours pas de liaison ferroviaire directe entre Roissy et Paris ?

R - Il y a un problème d'accueil en général. Il faut s'en occuper dès les premières secondes à l'arrivée des touristes. On parle du manque de personnel au contrôle des passeports, mais il y a aussi des problèmes d'accueil avec les faux taxis. Il y a aussi des problèmes de sécurité. L'accueil est un axe majeur d'amélioration. Les professionnels veulent d'ailleurs des formations mieux adaptées en la matière, y compris pour les langues étrangères. L'enjeu, au fond, pour moi, c'est la qualité, avec la promotion et l'emploi bien sûr.

Q - Quelles mesures comptez-vous prendre ?

R - Concernant la promotion de la destination France, il revient à Atout France de s'occuper des marchés internationaux. J'ai fixé au nouveau président des priorités claires : les pays émergents, la Chine, l'Inde, l'Amérique latine, tout en continuant de travailler avec les partenaires européens qui sont notre clientèle traditionnelle. Concernant l'offre domestique, nous allons mettre en place des contrats de destination. Les premiers seront signés d'ici à l'été. Il s'agit de fédérer les opérateurs et les collectivités locales d'un même territoire sur un thème. Cela peut être la culture, le patrimoine, le thermoludisme, «l'oenotourisme»... Le contrat de destination sera un contrat entre le ministère et les collectivités locales, auxquelles Atout France apportera son expertise, y compris pour mieux cibler les clientèles étrangères. Pourquoi regarder du côté de Shanghai, si un territoire a tous les ingrédients pour séduire des touristes d'Europe du Nord et réciproquement. Mais je crois qu'il faut aller plus loin : il faut une meilleure coordination sur le plan européen. J'aimerais qu'il y ait des contrats de destination européens. Mes homologues espagnol et grec y sont très favorables. Mon homologue allemand est ouvert. Il faut penser à une marque Europe./.

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13. Attentat en Bulgarie/Hezbollah - Entretien du porte-parole du ministère des affaires étrangères avec «RFI» (Paris, 16/02/2013)

Q - L'attentat en Bulgarie avait coûté la vie à six personnes en juillet dernier. Selon le ministre bulgare de l'intérieur, de nouveaux détails prouvent l'implication du Hezbollah. Ce sont le Canada et l'Australie qui ont permis de remonter la piste d'un financement des suspects par ce parti chiite libanais.

C'est une accusation qui relance le débat sur une possible inscription de ce mouvement sur la liste des organisations terroristes de l'Union européenne. La question pourrait être évoquée dès ce lundi, lors d'une réunion des ministres des affaires étrangères à Bruxelles.

R - Il faut voir quels sont les éléments de preuve que les Bulgares peuvent apporter à l'issue de cette enquête sur l'attentat de Bourgas, c'est-à-dire les conclusions fermes et définitives qui pourraient être portées à notre connaissance. En fonction de cela s'engage alors une discussion au sein des vingt-sept États membres de l'Union européenne avec différentes options qui sont ouvertes et qui sont débattues à vingt-sept, dont une éventuelle décision d'inscription du Hezbollah./.

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14. Point de presse du porte-parole - Déplacement au Mali de M. Pascal Canfin - Adhésion de la Côte d'Ivoire à la Cour pénale internationale - Israël/Situation des détenus palestiniens en grève de la faim - Pakistan/Attentat anti-chiites à Quetta - Sahara occidental - Budget du ministère des affaires étrangères - Bahreïn (Paris, 18/02/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Déplacement au Mali de M. Pascal Canfin (18-19 février 2013)

Alors que l'Union européenne et la France ont annoncé le 12 février dernier la reprise de l'aide au développement au Mali, M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, est au Mali aujourd'hui et demain afin de faire un point opérationnel sur l'ensemble des besoins d'urgence et de plus long terme pour le développement au Mali.

M. Pascal Canfin rencontrera les autorités maliennes, ainsi que l'ensemble des acteurs concernés (Agence française de développement, dont le bureau de Bamako est de nouveau ouvert, représentants des agences de l'ONU, ONG humanitaires et de développement).

Dans la perspective de la conférence des donateurs pour le développement du Mali, co-organisée par l'Union européenne et la France et qui aura lieu dans les prochaines semaines à Bruxelles, ce déplacement permettra également de contribuer à la mise en place, en coordination avec les autorités maliennes, d'un plan d'action pour le développement.

2 - Adhésion de la Côte d'Ivoire à la Cour pénale internationale

La France salue la ratification par la Côte d'Ivoire du Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale (CPI). Cette décision importante confirme l'engagement des États du continent africain dans la lutte contre l'impunité. La Côte d'Ivoire devient ainsi le 122ème État partie au Statut de la CPI.

Nous renouvelons également notre souhait de voir tous les États à adhérer au statut de la CPI, qui constitue l'unique juridiction pénale internationale permanente et à vocation universelle.

3 - Israël - Situation des détenus palestiniens en grève de la faim

Nous sommes très préoccupés par la situation des prisonniers palestiniens en grève de la faim, notamment de ceux placés en détention administrative en Israël et dont l'état de santé s'est dégradé ces derniers jours.

À titre humanitaire, nous appelons les autorités israéliennes à être sensibles au risque d'une issue tragique et à prendre d'urgence les mesures appropriées. Nous avons, à plusieurs reprises et tant à titre national qu'avec nos partenaires européens, appelé les autorités israéliennes au respect de leurs obligations internationales vis-à-vis des détenus palestiniens. Nous continuons à le faire.

À cet égard, la France rappelle que la détention administrative doit rester une mesure d'exception, d'une durée limitée, et s'effectuer dans le respect des garanties fondamentales, en particulier des droits de la défense du détenu et du droit à un procès équitable dans un délai raisonnable.

Nous suivons de près l'évolution de la situation et rappelons notre attachement à la mise en oeuvre de l'accord entre autorités pénitentiaires et prisonniers conclu au mois de mai 2012.

4 - Pakistan - Attentat anti-chiites à Quetta

La France condamne avec la plus grande fermeté l'attentat survenu le 16 février dans la ville de Quetta au Baloutchistan. Cet attentat qui visait la communauté chiite hazara aurait fait, selon le dernier bilan, plus de 80 morts et près de 200 blessés. Dans ces circonstances tragiques, la France s'associe au deuil des proches des victimes. Elle renouvelle sa solidarité avec la population pakistanaise et se tient à ses côtés dans la lutte contre le terrorisme.

La France exprime son inquiétude face à la recrudescence des attaques visant les minorités ethniques et religieuses au Pakistan. Un attentat avait déjà visé, le 10 janvier dernier, la communauté chiite hazara de Quetta. La France appelle les autorités pakistanaises à prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de sa population et combattre tous les groupes extrémistes présents sur son territoire.

5 - Sahara occidental

Q - L'envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU, Christopher Ross, est venu à Paris, dans le cadre d'une tournée dans les pays du Groupe des pays amis du Sahara. À quel niveau a-t-il été reçu et quelle est la teneur des entretiens?

Au moment où la France est engagée dans la guerre contre le terrorisme au Mali et plus généralement dans cette région sahélo-saharienne, contre la sécession et pour l'intégrité des États, quel est le message urgent de Paris à délivrer à M. Ross en fonction des aspirations des jeunes du Sahara à s'engager dans des opérations narcoterroristes ?

R - Lors de son passage à Paris, M. Christopher Ross a été reçu par les services de la présidence de la République et du Premier ministre ainsi que par des hauts fonctionnaires du ministère des affaires étrangères.

Nous soutenons depuis longtemps la recherche d'une solution juste, durable et mutuellement agréée, sous l'égide des Nations unies et conformément aux résolutions du Conseil de sécurité.

La France soutient également les efforts de Christopher Ross pour poursuivre les négociations entre les parties, et appuie le plan d'autonomie marocain, tel qu'il avait été présenté en 2007, qui constitue la base sérieuse et crédible d'une solution négociée.

6 - Budget du ministère des affaires étrangères

Q - Dans le cadre des nouvelles restrictions budgétaires prévues afin de limiter les déficits publics et alors que les lettres de cadrage vont être envoyées dans les prochains jours, quelles sont les mesures envisagées pour votre ministère ?

R - La nouvelle lettre de cadrage ne nous est pas encore parvenue. D'une manière générale, le ministère des affaires étrangères prend toute sa part à l'effort de redressement des comptes publics.

7 - Bahreïn

Q - Un manifestant et un policier ont été tués lors de manifestations, la semaine dernière à Bahreïn. Êtes-vous préoccupé par la dégradation de la situation politique dans ce pays ?

R - Nous sommes très préoccupés par les violents incidents survenus au Bahreïn depuis quelques jours.

La France condamne ces violences qui ont provoqué la mort d'un policier et celle d'un manifestant. Nous présentons nos condoléances aux proches des victimes. Nous demandons à l'ensemble des parties en présence de rejeter la violence sous toutes ses formes et de faire preuve de retenue.

Plus que jamais, le dialogue politique qui vient de s'ouvrir devra permettre un apaisement et une réconciliation durables dans le royaume./.

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15. Protection de l'environnement - Intervention au Conseil de sécurité des Nations unies de l'ambassadeur chargé des négociations sur le changement climatique (New York, 15/02/2013)

Monsieur le Président,

Dix-huit mois après l'adoption par le Conseil d'une déclaration présidentielle qui reconnaissait que le changement climatique pouvait «à long terme, aggraver les menaces existantes à la paix et la sécurité internationales», je me réjouis de reprendre la discussion sur ce sujet d'une importance première pour l'action du Conseil à l'avenir et remercie les organisateurs de ce débat.

Je voudrais souligner trois points :

Premièrement, le changement climatique est bien réel, et nous en ressentons tous les jours les impacts. Les risques qu'il nous fait courir sont eux aussi bien réels. Il y a, bien sûr, la menace pour nos partenaires des petits États insulaires en développement, dont l'existence même peut être mise en péril, comme les orateurs l'ont abondamment démontré ce matin. Le climat est aussi une menace sur la productivité agricole, sur la disponibilité des ressources et sur la viabilité des régions côtières qui abritent plus du tiers de la population mondiale. Enfin, le changement climatique démultiplie les menaces à la paix et à la sécurité dans les régions et les États les plus fragiles.

Je me félicite ainsi que cette réunion nous donne l'occasion d'analyser les vecteurs de conflit sur lesquels le changement climatique aura les effets les plus immédiats. Je rappelle que le paragraphe 8 de la déclaration présidentielle de 2011 prévoyait déjà que soit systématiquement incluse, dans les rapports qu'adresse le Secrétaire général au Conseil, une analyse de l'impact du changement climatique sur la sécurité. Pour toutes ces raisons, le Conseil de sécurité doit prendre ses responsabilités aussi dans ce domaine, et assumer pleinement le mandat que lui confie la Charte pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Deuxièmement, nous devons agir aujourd'hui pour éviter que le Conseil de sécurité ne soit obligé demain de prendre des mesures de gestion de crise. La communauté internationale doit se mobiliser à tous les niveaux. Nous devons, et c'est bien là l'essentiel, viser l'adoption en 2015 d'un accord international ambitieux et applicable à tous dans le cadre de la Convention Climat, tant en termes d'atténuation que d'adaptation. La France s'engage fortement dans ce sens et s'est proposée pour accueillir la Conférence des parties de 2015, la CoP21.

Le Conseil de sécurité peut et doit, de son côté, prendre en compte l'impact de ses propres actions. Il n'est pas admissible que les opérations de maintien de la paix dégagent chaque année près d'un million de tonnes de CO2 dans l'atmosphère, ou contribuent à l'épuisement des ressources rares dans les régions vulnérables où elles opèrent. La France se félicite que le Secrétariat de l'ONU ait commencé à agir pour limiter l'impact environnemental des opérations de maintien de la paix. Elle souhaite que cet effort soit poursuivi et amplifié.

Troisièmement, nous devons tous nous mobiliser pour contribuer à ce que les menaces ne se réalisent pas. C'est pourquoi la France, en tant que membre de l'Union européenne, de concert avec ses partenaires, soutient avec détermination l'engagement pris à Rio du renforcement d'une gouvernance mondiale du développement durable et de l'environnement. Cette responsabilité nous engage envers les générations futures. De cette responsabilité, la France prend sa part. Nous avons décidé d'affecter en priorité, ces trois prochaines années sur les moyens de l'Agence française de développement, plus 6 milliards d'euros, au secteur de l'accès aux énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique. De plus, nous avons décidé d'affecter une part du produit de la taxe sur les transactions financières au «Fonds vert pour le climat», dont la création a été décidée à Copenhague.

La réunion de ce jour est pour nous tous aux Nations unies un appel à l'action. Ne perdons pas un instant, faisons de la menace climatique un outil de mobilisation pour prévenir des conflits qui pourraient en résulter et, à long terme, pour sauvegarder la planète pour les générations futures.

Je vous remercie./.

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