Dans cet espace vous pouvez

- soit faire une recherche avancée sur tous les points de presse et déclarations de politique étrangère

 

- soit sélectionner une date 


Bulletin d'actualités du 15 février 2013


Sommaire



1. Inde - Déclaration du président de la République, M. François Hollande, au Palais présidentiel «Rashtrapati Bhavan» (New Delhi, 14/02/2013)

(En anglais)

It's a great honor for me and for France to visit India.

I thank the President for his warm welcome. I am sure than this visit will put our relationship at the best level we can hope.

We come to build a great partnership, India and France, and we must always improve the relationship between our two countries.

India is a great democracy, the biggest democracy in the world. A country which is in development and France must be with you in this challenge.

Thank you./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Retour sommaire


2. Inde - Déclaration du président de la République, M. François Hollande, à l'issue de l'entretien avec le Premier ministre de la République de l'Inde (New Delhi, 14/02/2013)

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

J'effectue aujourd'hui ma première visite d'État en Asie. J'ai voulu que ce soit l'Inde qui puisse m'accueillir parce que les relations entre nos deux pays sont uniques. Elles tiennent à l'Histoire. L'Inde a été aux côtés de la France dans des moments difficiles. La France a soutenu l'Inde pour son indépendance. Nos deux pays, au-delà des gouvernements et des présidents qui se sont succédés, ont toujours voulu avoir un partenariat exceptionnel.

Il a été noué en 1998, il est devenu stratégique et il m'appartenait aujourd'hui de lui faire franchir une nouvelle étape. C'est ce qu'avec le Premier ministre, nous avons convenu. L'Histoire pèse, l'Histoire mérite d'être poursuivie mais aujourd'hui c'est de l'avenir de nos deux grandes Nations qu'il est question.

L'Inde et la France n'ont pas la même population, n'ont pas la même configuration, n'ont pas la même économie. Mais l'Inde et la France portent des valeurs et des principes : la démocratie. L'Inde est la plus grande démocratie du monde et pas simplement par la taille de la population mais par la diversité qu'elle sait faire vivre en son sein, par la contradiction, par le débat.

L'Inde et la France sont deux nations soucieuses de leur indépendance. La France a des alliances, elle est en Europe pleinement engagée. Mais elle garde son autonomie de décision à tout moment et dans toutes circonstances. L'Inde est également attachée à ce principe d'indépendance qui s'est longtemps identifié au non alignement.

Nous sommes également attachés à la liberté, la liberté pour nos peuples, la liberté pour le monde. Voilà ce qui fait que notre partenariat est forcément exceptionnel. Il repose sur plusieurs piliers. Nous les avons confortés, aujourd'hui, et nous en avons même ajouté d'autres.

D'abord sur la défense. Depuis longtemps, la France et l'Inde coopèrent. L'Inde a fait confiance aux matériels français et la France a fait confiance à l'Inde pour leur utilisation. Parce que l'Inde est une Nation de paix. Aujourd'hui, c'est sur un avion que nous discutons mais ce n'est pas le premier puisque, dès l'indépendance de l'Inde, la France a mis à la disposition de l'Inde des avions. Puis après il y a eu le Mirage, aujourd'hui c'est le Rafale. Nous avons constaté, le Premier ministre et moi-même, des progrès dans cette discussion. Et j'ai bon espoir que nous pourrons arriver à la conclusion.

Mais il n y a pas que sur les avions que nous avons une coopération en matière de défense. Elle est multiple, elle touche les missiles, les sous-marins, beaucoup de matériels... Parce que je vous l'ai dit, cette relation est fondée sur la confiance.

Le partenariat stratégique, c'est également sur l'énergie que France et Inde ont voulu le construire. Énergie nucléaire civile, la France a été la première nation à faire, là encore, que l'Inde puisse accéder à ces technologies sans risque. Car nous connaissons parfaitement la position de l'Inde, sa volonté de sûreté. Des discussions sont en cours pour des centrales nucléaires.

Mais il n y a pas que le nucléaire civil. Il y a aussi des énergies renouvelables avec lesquelles nous entendons avec l'Inde poursuivre une relation fondée sur l'excellence. Le Premier ministre a évoqué le pilier, si je puis dire, pour le spatial car il s'agit là de monter jusqu'au ciel. Le spatial fait partie de ce que nous pouvons faire ensemble. Je m'honore que la France puisse contribuer à lancer un certain nombre de satellites au bénéfice de l'Inde.

Le Premier ministre et moi-même avons voulu élargir ce partenariat notamment à un domaine qui a été trop longtemps négligé entre nous : l'éducation et l'enseignement supérieur. Je souhaite que la France accueille plus d'étudiants indiens. Il n'y en a que 3.000 aujourd'hui, c'est largement insuffisant. Je souhaite que la France puisse accueillir davantage de chercheurs, je souhaite également que les universités françaises coopèrent davantage - ici en Inde c'est déjà le cas - de manière à ce que des étudiants français puissent venir y faire leurs travaux.

Il y aura des accords qui seront signés entre plusieurs universités et je m'en félicite. Je rappelle que l'Inde a 14 millions d'étudiants, c'est un potentiel considérable en matière de recherche. Je n'ose pas dire combien il y a d'informaticiens indiens puisqu'il y en a autant que de Français eux-mêmes !

Mais nous voulons aussi que le partenariat concerne la culture. À cet égard, il y aura au festival de Cannes la célébration du centenaire du cinéma indien, avec cette question, «qui a inventé le cinéma ?» Est-ce que c'est la France ou est-ce que c'est l'Inde ? Cette question sera tranchée au festival de Cannes.

Nous aurons grand plaisir et grand honneur à diffuser, davantage encore, la qualité et l'excellence du cinéma indien qui, comme le cinéma français, veut démontrer que l'exception culturelle a un sens, que la culture n'est pas une marchandise. Nous avons à veiller à ce pluralisme et à cette protection de nos oeuvres.

Enfin le partenariat doit être économique. L'Inde est une grande puissance économique, elle va devenir une des plus grandes économies du monde.

La France a pris de l'avance et je m'en félicite : 750 entreprises françaises sont implantées en Inde, faisant vivre 250 000 emplois. Je souhaite que nous puissions avoir encore davantage d'échanges commerciaux et dans des domaines nouveaux comme par exemple la ville durable puisque l'Inde va faire face à une urbanisation encore considérable. Il y a donc des accords qui vont être signés en matière de transport, notamment ferroviaire, en matière d'équipements de gare, de tramways, d'eau, d'assainissement... La France doit montrer son excellence au service de l'économie indienne.

L'Inde compte également des entreprises de très grande réputation, de très grande technologie. Avec le Premier ministre indien, j'ai fait part de mon souhait et de notre volonté commune que des entreprises indiennes viennent s'installer en France.

Enfin nous avons, l'Inde et la France - au-delà de ce qui peut nous rapprocher, de ce que nos économies peuvent faire ensemble, de ce que nous pouvons concevoir comme partenariat dans des domaines d'excellence : le spatial, la défense, les nouvelles technologies - nous avons des positions politiques que nous défendons dans toutes les instances internationales. Je les ai rappelées ces positions, la paix, la démocratie, la liberté, la lutte contre le réchauffement climatique, l'exception culturelle.

Ces principes, je souhaite que l'Inde puisse les défendre au sein du Conseil de sécurité comme membre permanent. Je l'ai rappelé au Premier ministre de l'Inde. Ces principes, c'est aussi la participation de l'Inde aux grandes opérations de maintien de la paix. Je souhaite que l'Inde puisse également être dans toutes les instances, y compris pour le nucléaire civil. Enfin je me suis félicité que l'Inde puisse accéder au G20, parce que là encore nous défendons les mêmes orientations de politique économique.

En ce moment, le monde a besoin de croissance. La croissance doit être la priorité, l'Europe est en train d'assurer de nouveau le retour de la confiance, mais pas encore de la croissance. L'Inde a été affectée, comme tous les pays émergents, par le ralentissement économique mondial. Nous avons à notre ordre du jour, dans toutes les instances ou l'Inde et la France auront à exprimer leur voix, à défendre la priorité de la croissance.

Je termine pour dire que nous avons aussi à lutter contre un certain nombre de menaces, de fléaux et notamment le terrorisme. L'Inde a dû faire face aussi à cette barbarie. Je remercie l'Inde pour le soutien qui a été apporté à la France dans l'intervention au Mali. Je l'ai répété au Premier ministre : nous ne défendons aucun intérêt en étant au Mali. Nous assurons, à la demande d'un pays ami, le retour de l'intégrité territoriale du Mali. L'Inde l'a parfaitement compris. Nous aurons encore à montrer notre convergence de vues dans la lutte contre le terrorisme pour combattre contre tous les trafics : trafic de drogue, mais également piraterie dans l'océan indien.

Comme vous le constatez, ce sont deux pays qui ont des conceptions communes, des intérêts communs, des conceptions fondées sur des valeurs et des principes. Je suis heureux que cette visite ait permis de faire franchir à notre partenariat stratégique une nouvelle étape.

C'est une longue histoire qui nous unit mais l'avenir également nous rapprochera encore davantage les prochaines années./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Retour sommaire


3. Inde - Discours du président de la République, M. François Hollande, au forum économique (New Delhi, 14/02/2013)

 

Mesdames et Messieurs les responsables d'entreprise,

Vous êtes ici, Indiens, Français, rassemblés et c'était l'esprit que je voulais donner à ma visite, ici en Inde. La première que j'effectue en Asie comme président de la République. Je suis attaché au partenariat stratégique entre l'Inde et la France parce qu'il puise loin dans notre histoire et parce qu'il a représenté une volonté de tous les gouvernements qui se sont succédés en Inde et de tous les présidents qui ont voulu avoir avec l'Inde une relation exceptionnelle. Ce partenariat stratégique repose sur des piliers que nous connaissons solides, piliers de la défense - avec de nombreuses entreprises françaises qui y contribuent - piliers de l'énergie - avec la encore le nucléaire civil mais pas que le nucléaire civil aussi le renouvelable et également le spatial - qui correspond à une volonté commune, celle de la France et de l'Inde, d'être à l'avant-garde sur le plan technologique -.

Mais si je suis venu aujourd'hui avec une délégation importante de chefs d'entreprise français et avec des élus nationaux et locaux qui sont attachés à la relation entre la France et l'Inde, c'est parce que je veux que notre partenariat s'élargisse et couvre tous les secteurs et puissent intéresser toutes les entreprises. Je vous remercie donc Chers Amis qui avez organisé ce forum et cette manifestation de me permettre de vous adresser ces mots simples.

Aujourd'hui, il n'y a aucun domaine qui ne puisse être concerné par le partenariat entre la France et l'Inde, à la fois les secteurs stratégiques mais aussi tous les domaines de la relation économique.

Vous avez rappelé que la France était au 9ème rang de l'investissement en Inde, c'est trop peu. Vous avez ajouté que l'Inde était au 13ème rang des investissements étrangers en France, c'est beaucoup trop peu. Vous auriez pu dire que nous avions amélioré nos échanges commerciaux, c'est vrai depuis plusieurs années, mais il culmine à 7 milliards et demi, alors qu'à un moment l'objectif c'était il y a un an, avait été chiffré à 12 milliards. Moi je ne veux pas fixer d'objectifs chiffrés mais ce que je sais, c'est que nous avons encore de larges domaines, de grands potentiels de coopération et de développement ensemble. Donc, dans tous les secteurs - ici sont présents les chefs d'entreprise - aussi bien dans le secteur d'énergie, des transports, mais également de l'audiovisuel, de la culture. Nous devons aussi nous retrouver sur la grande distribution.

Ce que je souhaite c'est que nous ne concevions pas nos relations simplement dans des domaines clef du partenariat stratégique. Tous les secteurs sont concernés, toutes les entreprises françaises, les entreprises indiennes, à l'évidence, des liens doivent être créés. Grandes entreprises, entreprises de taille intermédiaire, PME, toutes les entreprises françaises doivent avoir accès au marché indien et je vous demande amis indiens de leur faire le meilleur accueil. Il n'est jamais simple de s'implanter dans un pays, il y a toujours des règles, des traditions, des procédures, parfois même des obligations. Essayons de les connaitre mais aussi de les lever ces obstacles lorsqu'ils peuvent paraître tout à fait inutiles au développement des échanges.

Je disais aussi, je reprends une interpellation qui m'était faite que nous avions vocation à ouvrir nos marchés et donc la France soutient la négociation commerciale qui s'engage entre l'Europe et l'Inde. Elle aura des conséquences et je crois qu'elles seront heureuses pour nos deux économies.

Je souhaite qu'au cours de ces quelques heures que nous allons passer ensemble, nous puissions nouer des relations personnelles, faire en sorte que les entreprises puissent ici trouver des projets d'expansion.

Je veux lancer aussi un appel à nos entreprises indiennes, qu'elles viennent investir en France, nous faciliterons leur implantation. Et enfin, je souhaite que lors des prochaines visites que je pourrais faire en Inde, nous ayons franchi encore de nouvelles étapes.

Nos économies sont différentes. Ici, en Inde, vous êtes sur une taille considérable, un marché intérieur tout à fait imposant, mais en même temps, notre économie française a une avance technologique, elle est prête à la partager avec les entreprises indiennes, parce que nous savons bien que c'est sur des grands marchés que nous devons mettre à disposition nos produits.

C'est pourquoi, je suis confiant dans le résultat que nous pourrons atteindre. Nous avons en plus tant de liens qui nous unissent ; Et même si la langue encore nous sépare, la culture nous est commune, la conception de la démocratie, de la liberté, de l'entreprise également. Je suis heureux de pouvoir exprimer quelques mots d'encouragement dans ce forum et je suis confiant pour la relation économique entre la France et l'Inde.

Merci d'y avoir contribué./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Retour sommaire


4. Inde - Déclaration du président de la République, M. François Hollande, au lycée français (New Delhi, 14/02/2013)

 

Monsieur le Proviseur,

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Mesdames et Messieurs les Personnels du lycée de cet institut,

Jeunes Femmes et Jeunes Hommes qui apprenez ici,

Nous sommes très heureux de vous avoir rencontrés, avec les ministres qui m'accompagnent, et tout d'abord le ministre des affaires étrangères qui a aussi la responsabilité de ce lieu.

On nous a dit «il faut pousser une porte et vous allez arriver au lycée». Nous avons donc poussé la porte et nous avons fait tout le parcours. Nous avons commencé par la petite section, les maternelles et puis ensuite le CP, le CE1 jusqu'au CM2. Nous avons passé la classe supérieure et sommes arrivés ensuite au collège et au lycée. Puis nous sommes maintenant dans la grande cour pour les terminales.

Je constate à la fois l'ambiance chaleureuse qui y règne - et je vous remercie pour votre accueil - et l'exiguïté des lieux - j'ai l'impression que vous construisez parfois illégalement, mais enfin on ne dira rien, pour créer d'autre niveau d'enseignement !

J'ai rencontré également la présidente du Conseil d'administration. Je lui ai demandé si elle avait des requêtes c'est-à-dire des réclamations. Elle m'a dit que c'était un bon enseignement qui était délivré ici. Elle ne m'a pas parlé des rythmes scolaires - ici, je ne sais pas ce qu'ils sont - et elle m'a dit aussi combien elle était attachée à cette structure et combien nous devions encore et encore accueillir. Parce qu'ici il y a des enfants, je vous vois, qui sont Français et d'autres qui appartiennent à des nationalités différentes. C'est la spécificité de nos établissements de pouvoir accueillir des Français - c'est normal - mais aussi tous ceux qui veulent apprendre en français et qui veulent ensuite diffuser la culture française.

C'est également une bonne chose que le lycée soit à côté de l'Institut de manière à ce que cette médiathèque - qui ne m'a pas été encore présentée mais qui a l'air d'être bien équipée - puisse être aussi au service de l'enseignement.

Nous avons un premier devoir qui est de permettre, je le disais, à des familles françaises de pouvoir trouver des établissements et un autre devoir qui est d'améliorer, de renforcer les liens que nous avons avec l'Inde. Votre établissement y contribue beaucoup.

Je voudrais dire aux enseignants que nous avons fait de l'école la priorité. Cela se trouve forcément, d'abord, en France mais que cela doit se trouver également dans tous les établissements français à l'étranger. Nous ne faisons pas de distinctions. Cette priorité pour la jeunesse doit trouver sa place partout, là où la France est présente. Ici en Inde, c'est encore plus vrai. Il y a une jeunesse qui est abondante, qui est nombreuse, qui est exigeante. Nous devons être à ses côtés.

J'ai visité très peu l'exposition et vu uniquement la photo qui m'a été présentée. Il y a des traces de notre présence sur le plan historique. Nous devons imaginer des traces nouvelles pour l'Inde de demain. C'est ce à quoi vous allez contribuer.

Je vous souhaite donc bonne chance dans vos études. Vous revenez en France quand vous voulez. La ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche est présente. Nous avons également la volonté d'accueillir plus d'étudiants indiens en France. Il y a trop peu d'étudiants indiens : 2.600... Nous devrions avoir des résultats bien supérieurs. Nous-mêmes, nous devrions avoir plus d'étudiants français en Inde.

Voilà ce que nous allons faire durant ce déplacement : élever le niveau de nos échanges, pas simplement économiques, mais également culturels, universitaires, scientifiques. Comme vous êtes les scientifiques de demain, nous faisons l'investissement dès à présent, aujourd'hui.

Merci pour votre accueil, merci de m'avoir reconnu parce que ce n'était pas si simple ! Merci de contribuer à la culture française, ici en Inde, et à l'amitié entre la France et l'Inde. Soyez heureux, je crois que vous pouvez l'être, dans cet établissement.

Merci à tous./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Retour sommaire


5. Inde - Conférence de presse du président de la République, M. François Hollande (New Delhi, 14/02/2013)

Je suis au terme de la première journée de ma visite d'État en Inde. Je voulais remercier les autorités indiennes - le président de la République, le Premier ministre - et toutes les personnalités que j'ai rencontrées pour leur accueil.

C'est vrai que je tenais à faire cette première visite d'État en Asie, comme président de la République, en Inde pour plusieurs raisons. La première, elle tient à l'Histoire. Entre la France et l'Inde, il y a une relation qui puise au plus loin de nos cultures respectives. Ces dernières années ou ces dernières décennies, chaque fois que l'Inde a eu besoin de la France, la France a été là. Je n'oublie pas non plus que dans les conflits, hélas, qui nous ont opposés au cours du XXème siècle à une autre partie du monde, l'Inde était également à nos côtés.

L'Histoire, c'est aussi d'avoir affirmé les mêmes principes, pendant ces dernières années, et au-delà des alternances en Inde comme en France. Ces principes, c'est l'indépendance. C'est également la démocratie. Ai-je besoin de rappeler que l'Inde est la plus grande démocratie du monde ? Non pas seulement par sa démographie, mais par sa diversité, par sa qualité du débat, par la liberté de la presse. L'Inde fait valoir les principes de démocratie.

Je voulais venir en Inde, comme président de la République, pour cette visite d'État, parce que je voulais aussi m'inscrire dans le partenariat stratégique qui a été défini en 1998. C'est là qu'a été posé l'acte fondamental qui nous lie encore aujourd'hui. À travers ce partenariat, c'est le pilier de la Défense qui a été posé ; c'est aussi le nucléaire civil, même si depuis déjà plusieurs années, la France avait tout fait pour que l'Inde puisse accéder à cette technologie ; c'est également la volonté commune de lutter contre les menaces et notamment le terrorisme qui peuvent frapper le monde ; et puis, il y a également le partenariat autour du spatial qui fait que les satellites indiens sont lancés par la France.

Je voulais venir en Inde, aussi, parce qu'il y a à élargir ce partenariat, à faire en sorte que nous puissions construire une relation qui soit la plus complète possible et notamment sur le plan économique. J'ai considéré que même si nous étions un investisseur important en Inde, nous n'étions que le neuvième ; même si nous avons des échanges commerciaux tout à fait significatifs, ils étaient loin des objectifs qui avaient été un moment avancés de 12 milliards d'euros, nous n'en sommes qu'à à peine huit.

J'ai voulu aussi que tous les domaines puissent être abordés : pas simplement la défense, même si nous avons un certain nombre de perspectives notamment à travers l'avion Rafale ; mais également le nucléaire civil car nous voulons prendre part au défi indien pour maîtriser jusqu'au bout cette technologie. Mais également des domaines comme le transport, comme l'environnement, comme les services publics... Bref, nous voulons prendre toute notre place dans l'économie indienne et je veux aussi lancer un appel aux entreprises indiennes pour qu'elles viennent investir en France.

Je voulais aussi que nous puissions aborder des sujets qui ne l'avaient pas été suffisamment jusqu'à présent, comme l'enseignement supérieur, l'éducation, la coopération scientifique... Plusieurs accords seront signés ou sont sur le point de l'être entre universités françaises et universités indiennes, entre laboratoires scientifiques.

Sur le plan culturel, il y aura un évènement très important au prochain festival de Cannes puisqu'il sera célébré le centenaire du cinéma indien. Nous nous retrouverons d'ailleurs sur une même conception de la culture, c'est-à-dire fondée sur la diversité, l'exception culturelle, la protection des oeuvres de l'esprit, des auteurs. C'est parce que nous avons justement ces principes communs, ces valeurs communes que nous sommes dans un partenariat exceptionnel.

Pour terminer, je veux remercier l'Inde pour le soutien qu'elle nous a apporté sur l'intervention au Mali. Il ne s'agissait pas d'une action isolée de la France, il s'agissait d'une opération, décidée dans le cadre des Nations unies, pour lutter contre le terrorisme à la demande d'un pays ami, le Mali. L'Inde l'a parfaitement compris et l'Inde nous a encore rappelé combien nous devons lutter contre le terrorisme et combien nous devrions être encore davantage solidaires par rapport à ces menaces.

Pour en terminer, je veux aussi souligner le fait que l'Inde et la France, dans les grandes instances internationales, défendent les mêmes positions. C'est la raison pour laquelle j'ai rappelé que la France soutenait la candidature de l'Inde comme membre permanent du Conseil de sécurité.

De la même manière, je souhaite que l'Inde et l'Europe puissent coopérer davantage. C'est pourquoi la France soutient la négociation commerciale qui va s'ouvrir entre l'Inde et l'Europe. Voilà, Mesdames et Messieurs, quel est le sens de ma visite : l'Histoire, la complémentarité, les valeurs communes mais également une volonté d'inscrire la relation entre la France et l'Inde dans l'avenir et à prendre dans tous les domaines qu'il soit possible de nouvelles initiatives pour marquer cette relation exceptionnelle.

Je peux répondre à vos questions.

Q - Vous avez dit aux chefs d'entreprises indiens que vous faciliterez l'implantation des entreprises indiennes en France. Comment comptez-vous faire concrètement ? Pour quelles raisons un investisseur indien choisirait la France plutôt qu'un autre pays européen ?

Sur le plan national, Jean-Marc Ayrault a confirmé que nous ne serions pas à 3 % de déficit en 2013. N'est-il pas dangereux de ne pas respecter cet objectif ? Comment l'expliquerez-vous à vos partenaires, en particulier à l'Allemagne, pour qui cet objectif reste intangible ?

R - Je répondrai à cette dernière question en France.

Sur la première, l'Inde est aujourd'hui le treizième investisseur en France, c'est à dire que des entreprises indiennes ont déjà décidé de créer de l'emploi et de l'activité en France. À mon sens, nous devons encore amplifier ce mouvement. Comment le faire ? En partageant la technologie et en montrant l'intérêt pour l'Inde de venir en France pour accéder au marché européen.

J'évoquais à l'instant la négociation commerciale entre l'Union européenne et l'Inde. Comment ne pas comprendre que l'Inde aurait tout intérêt, dans le cadre de cette négociation commerciale, à accéder à l'ensemble du marché européen qui - je le rappelle - est le premier du monde. L'Europe est la première puissance économique et commerciale du monde. Venir en France, c'est donc investir pour accéder à l'ensemble du marché européen.

Nous avons aussi un fort courant d'investissement étranger en France, depuis des années et qui ne se dément pas, parce que la France a une attractivité. Le rôle qui est le mien est de renforcer cette attractivité, en montrant que sur la question de la main d'oeuvre, de l'énergie, des services publics, des transports et également des coûts, nous sommes plus compétitifs que d'autres.

Q - Lors de votre rencontre avec le Premier ministre vous avez fait état de la confiance dans le partenariat avec l'Inde concernant l'industrie de la défense. Vous avez parlé de l'absence de risques concernant le nucléaire civil. Les industriels français parlent également de leur relative confiance quant au transfert de savoir dans ce pays. La France a aussi engagé des partenariats avec la Chine. Pourquoi cette dernière fait peur là où l'Inde rassure ?

R - Vous ne voulez quand même pas que je me fâche, ici, avec la Chine ? Je peux avoir de bons rapports avec l'Inde sans pour autant en avoir de mauvais avec la Chine - je vais bientôt m'y rendre ! Je rappelle qu'avec la Chine nous avons aussi une coopération en matière de nucléaire civil.

Mais ici en Inde, vous le disiez, nous avons par exemple sur les matériels de défense une volonté qui est de fournir notre technologie, dans certaines conditions, sans crainte de l'usage qui peut en être fait. C'est-à-dire que nous avons confiance dans l'Inde qui est une puissance pacifique ; et en même temps qui veut se défendre, qui veut assurer sa sécurité, qui dépense d'ailleurs une part substantielle de son budget à cette fin. Nous devons donc fournir, comme nous l'avons toujours fait dans notre histoire, les meilleurs matériels à notre partenaire indien qui lui-même, d'ailleurs, fait jouer largement la concurrence, mais qui sait qu'il y a une relation de confiance entre la France et l'Inde.

Q - Est-ce qu'il y a une différence entre l'Inde et la Chine ?

R - Sur le plan du matériel de défense, oui, parce que nous ne sommes pas dans la même situation.

Q - Vous êtes connu pour votre probité. Pouvez-vous nous garantir qu'il n'y aura aucun marchandage, aucune corruption, lors de la vente des Rafale ?

R - Je vous remercie pour avoir salué la probité qui est la nôtre. Mais elle se démontre ! Je peux donc ici prendre l'engagement qu'il n'y aura rien qui ne soit contraire aux principes qui nous sont communs, c'est-à-dire que le commerce doit être simplement avec des règles commerciales. C'est en fonction de la compétitivité et de l'efficacité que les choix doivent être faits. Dans la lutte contre la corruption, nous sommes vigilants, comme l'Inde l'est, parce que c'est un principe essentiel.

Pour ce qui concerne la manière avec laquelle je présente une offre commerciale - pour parler clair : le Rafale - c'est au nom de l'excellence de cet appareil que je m'exprime. Il se trouve que l'armée française dispose de Rafale dont on peut, à plusieurs reprises, se féliciter de sa pleine efficacité. Il n'y a pas d'autres arguments.

Q - Par le passé, lors des visites d'État, on a été habitué à ce qu'il y ait de nombreuses annonces, de «gros contrats». Est-ce que vous revendiquez une autre méthode que celles qui ont été mises en oeuvre par vos prédécesseurs sur ces questions-là ? À propos de contrats et du Rafale, il semble que deux sources au ministère de la défense indien, évoquent la possibilité de signer un contrat au mois de juillet. Est-ce que c'est un scénario qui vous parait possible ?

R - Il faut toujours juger une politique par ses résultats dans le temps.

Ce que je veux faire à travers ses visites, c'est emmener des chefs d'entreprises, témoigner de la qualité de nos produits, montrer le sens d'un partenariat. Mais je ne me substitue pas aux négociations commerciales. Ce n'est pas le rôle de l'État.

Sur le Rafale, avec le Premier ministre indien, nous avons convenu qu'il y a avait des progrès, que nous pourrions conclure, mais que cela dépend de la négociation commerciale. C'est à elle de faire que l'Inde choisisse définitivement cet appareil.

J'y mets, non pas tout mon poids, mais toute ma confiance dans l'entreprise qui présente ce matériel, dans le matériel lui-même et dans l'Inde pour son usage.

Je ne me substitue pas aux chefs d'entreprises.

Q - Je vis en Inde depuis cinq ans, on entend souvent des mauvaises nouvelles économiques sur la France ici en Inde. Je voulais savoir ce que la France pouvait importer du modèle économique indien ?

R - Je vais simplement dire que lorsque l'Europe ne va pas bien, l'Inde ne peut pas atteindre ses objectifs de croissance. Nous en faisons le constat. L'Inde attendait 8 % de croissance - elle va avoir ce qui, à l'aune de nos propres taux de croissance est considérable, 5 %. La raison est simple : quand les pays développés sont dans une conjoncture difficile, avec une croissance ralentie, parfois même une récession, les pays émergents souffrent eux-aussi.

Que peut-on tirer de l'économie indienne au sens de sa spécificité ? Je pense qu'il y a une volonté d'être, en matière de technologie, les mieux formés possible. Je citais ce chiffre que vous connaissez bien. Il y a ici, un nombre d'informaticiens égal à la population française. Il y a ce choix qui a été fait de faire un développement par la connaissance, par le savoir et par les nouvelles technologies. Je pense que c'est un enseignement que nous pouvons tirer.

Pour le reste, chaque pays a sa spécificité. Nous ne sommes pas sur les mêmes tailles, dans les mêmes ensembles, dans les mêmes conditions de développement. N'essayons pas de nous copier, cela n'aurait pas de signification. Essayons de jouer de nos complémentarités, c'est ce que demandent les Indiens et c'est ce que souhaitent les entreprises françaises, avec un enjeu : comment partager la technologie ? Comment faire pour que ce soit une relation qui bénéficie aux deux ensembles, l'Europe et l'Inde, la France et l'Inde ?

Pour se faire, cela suppose qu'une part de production soit faite en France, une autre qui soit faite en Inde et des relations de partage de technologie qui puissent enrichir les deux partenaires. C'est ce que les chefs d'entreprises, ici, sont venus exposer.

Q - Avez-vous l'intention de rencontrer la mère de la jeune indienne violée par un diplomate français ?

R - Je suis informé de cette situation, la justice indienne est saisie. Nous lui faisons grande confiance. Les avocats du père ont demandé à être reçus. Ils l'ont été. Si les avocats de la mère veulent l'être par mon équipe, ils le seront à l'évidence. Parce que nous n'avons pas à prendre parti. Nous avons à entendre et à laisser la justice faire son travail. Nous avons toute confiance dans la justice indienne.

Q - Depuis l'intervention française au Mali, votre image en France, semble-t-il, a changé - si j'en crois les couvertures de magazines et les quelques points que vous avez pris en popularité dans les sondages. Avez-vous le sentiment que l'image de la France dans le monde et singulièrement en Inde a changé avec cette intervention française ?

R - Si je suis intervenu comme je l'ai fait, pour que la France vienne en aide au Mali - pour assurer sa sécurité et le retour de son intégrité territoriale - ce n'est pas pour un objectif personnel, cela n'aurait aucun sens. Je n'engage pas mon pays simplement pour chercher, je ne sais quelle image ou popularité. C'est trop grave. Cela met en cause des vies humaines.

Mais vous avez raison. L'image de la France est apparue pour ce qu'elle est d'ailleurs. C'est-à-dire un grand pays, capable de décider seul, en fonction de ce qu'est une situation dans la légalité internationale et au moment qui lui paraissait le plus opportun - compte tenu de l'action terroriste et de la sollicitation qui nous a été faite par le président malien. Oui, le monde doit savoir que la France est une puissance, est une nation qui sait décider et qui intervient, non pas pour ses intérêts, non pas pour son influence, mais pour faire respecter les résolutions du Conseil de sécurité et les principes de la charte des Nations unies.

Un pays pèse par son économie bien sûr. J'ai le devoir de faire que la France ait la meilleure compétitivité, le meilleur taux de croissance lorsque nous aurons réussi à faire que l'Europe sorte de la crise qui l'a frappée. Mais un pays pèse aussi par ses choix politiques et par sa capacité militaire. Nous l'avons démontré. Et par sa capacité de décision. À un moment, il nous a été dit que nous étions seuls. Nous avons pris, nous, nos responsabilités. Parce que seule la France pouvait les prendre à ce moment-là et dans cette région.

Pour ce qui concerne l'Inde, est ce que l'Inde a changé de regard par rapport à la France ? Non, parce que l'Inde et la France depuis longtemps portent les mêmes conceptions, affirment les mêmes valeurs et les mêmes principes. Quand l'Inde a soutenu la France lors des premières heures de l'intervention au Mali, c'était en fonction justement de cette histoire. Et c'était un élément de crédibilité supplémentaire dans la relation entre la France et l'Inde.

Q - Je m'excuse aussi auprès des confrères indiens mais je voulais vous poser une question qui intéresse les Français aujourd'hui. Il y a une émotion considérable qui a été exprimée en France aujourd'hui au sujet de la mort d'un chômeur qui s'est immolé par le feu à Nantes, je crois. Le ministre du travail a exprimé ses émotions, le Premier ministre aussi. Avez-vous un commentaire à faire sur cette affaire ?

R - Oui j'ai appris la mort de ce chômeur qui s'est immolé par le feu, lors de mon arrivée, ici en Inde. Je n'ai pas pu m'exprimer avant. Je le fais ici et chacun comprendra que c'est avec une émotion particulière. Parce que c'est le signe de la détresse d'une personne. Cela montre également la gravité d'une situation. Le service public de l'emploi a été, je crois, exemplaire. Nul besoin d'aller chercher une responsabilité. Quand il se produit un drame personnel, c'est aussi un questionnement à l'égard de toute la société. Nous devons lutter contre le chômage, nous devons montrer que nous sommes capables d'être une Nation solidaire. En même temps nous avons des règles. Nous devons les faire comprendre. Mais j'ai une émotion toute particulière pour ce drame et pour la famille du chômeur qui s'est immolé./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Retour sommaire


6. Syrie - Mali - Iran - Liban - Égypte - Tunisie - Question israélo-palestinienne - Sahel/otages français - Entretien du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec «Al Arabiya» (Paris, 14/02/2013)

Q - Commençons par la Syrie. La France a déployé des efforts diplomatiques considérables ; vous-même, vous vous êtes déplacé presque dans toute la région. Mais nous avons constaté que récemment le discours français, le discours de fermeté a changé. Pourquoi ce changement de ton ?

R - Je n'ai pas constaté ce changement de ton. La situation en Syrie est dramatique puisque tous les jours des dizaines et des dizaines de personnes meurent ; il y a des blessés ; des réfugiés. Non seulement c'est une situation dramatique en Syrie, mais qui a des conséquences lourdes dans les pays voisins ; je pense à la Jordanie et à d'autres pays. Il faut donc arrêter ce massacre. Tout le monde sait que pour arrêter ce massacre il faut, et le plus tôt sera le mieux, que M. Bachar Al-Assad se retire. Mais il ne suffit pas qu'il se retire. Il faut que le régime qui va succéder soit stable, qui reconnaisse toutes les communautés en Syrie et que les droits de chaque communauté soient respectés.

Nous considérons que c'est autour de la coalition nationale syrienne, qui regroupe les forces d'opposition, que l'on doit bâtir une alternative crédible. Simplement, nous voyons que sur le terrain malheureusement les choses n'avancent pas beaucoup. Il faut donc augmenter la pression diplomatique. Il y a eu quelques gestes encourageants. Vous avez vu par exemple que le président de la coalition, qui est un homme très courageux, dit que, que s'il n'est pas question de discuter avec M. Bachar Al-Assad, par contre, il peut y avoir des discussions avec un certain nombre de membres de la majorité, si je puis dire.., enfin, pas de la majorité, du régime. Et puis vous avez vu aussi...

Q - (Inaudible)

R - Oui, notamment. Et puis vous avez vu aussi que les Russes sont d'accord pour avoir une discussion avec la coalition nationale syrienne. Il y a donc des petits éléments qui avancent, mais ce n'est pas suffisant. Nous, les Français qui voulons la paix, qui aimons la Syrie, qui voulons que ce pays puisse redevenir un pays vraiment libre, indépendant, qui respecte ces communautés, nous sommes au soutien de la coalition nationale syrienne. C'est clair, c'est net.

Q - Vous avez soutenu l'appel de Moazz Al Khatib, le président de la coalition, un dialogue avec le régime ; croyez-vous toujours à une solution politique en Syrie ?

R - Oui, nous croyons à cette solution politique et il faut qu'elle vienne vite parce que, je vous l'ai dit, tous les jours il y a de nouvelles victimes, et puis aussi parce que si la situation se détériore, ce sont les extrémistes, les terroristes qui vont l'emporter. Ce serait négatif non seulement pour la Syrie mais pour l'ensemble de la région. Nous, nous voulons la paix et l'obstacle à la paix c'est, il faut bien le dire, Bachar Al-Assad. Il faut donc se rassembler autour de la coalition et dire à l'avance que toutes les communautés seront respectées. C'est la solution raisonnable.

Q - Vous avez justement évoqué l'influence grandissante des extrémistes en Syrie. Certains analystes osent dire que la France lutte contre le terrorisme ... mais accepte la présence de certains djiadistes au sein de l'opposition syrienne. Comment réagissez-vous à cette analyse ?

R- Je pense que c'est une analyse inexacte. Dans les deux cas, nous souhaitons la paix. Nous pensons que les musulmans sont porteurs de paix, mais à chaque fois que nous voyons des groupes terroristes ou des groupes extrémistes, nous ne pouvons pas être d'accord avec eux. En Syrie, je viens de vous dire que la bonne solution était autour de la coalition nationale syrienne. Au Mali, que s'est-il passé ? La population malienne est essentiellement musulmane et des groupes narcoterroristes s'étaient implantés dans le Nord. On pensait que ces groupes terroristes allaient être isolés. Finalement, comme vous avez pu le constater, ils se sont alliés entre eux et ont décidé de marcher sur Bamako.

Q - Il y a trois mois, vous avez évoqué la possibilité de fournir des armes, notamment défensives, à l'opposition syrienne, on en est où aujourd'hui de cette possibilité ?

R - Vous savez que ce sont des décisions prises au niveau européen. L'Europe a décidé, il y a quelques mois déjà, un embargo sur les armes. Il y a un certain nombre d'armes, non létales, qui sont autorisées, mais c'est tout. Évidemment il va falloir réexaminer cette question très difficile. D'un coté, à partir du moment où M. Bachar Al-Assad dispose d'avions et d'armements très puissants, il peut évidemment détruire les résistances adverses ; le combat est inégal. D'un autre côté, quand on fournit des armes, surtout des armes de très gros calibres, il faut faire très attention aux mains dans lesquelles elles vont tomber. On a vu par exemple en Libye où des armes avaient été fournies que malheureusement, au bout du compte, on peut les retrouver dans de mauvaises mains, au Mali ou ailleurs. Les vingt-sept pays d'Europe vont se repencher sur la question, prochainement, et prendront une décision que je ne connais pas encore.

Q - Êtes-vous inquiet Monsieur Fabius de l'affaiblissement du courant démocratique et laïc en Syrie ?

R - Il est vrai que plus la crise dure, plus l'affrontement est violent et plus ce sont les extrémistes qui risquent de gagner en importance. Or, l'image de la Syrie de demain que nous voulons, ce n'est pas celle-là. C'est une Syrie rassemblée, pacifique et qui respecte les droits de chacun. Vous me direz que c'est un rêve ! Oui, mais je pense, j'espère que les rêves d'aujourd'hui sont les réalités de demain.

Q - Craignez-vous, Monsieur Fabius, les répercussions de la crise syrienne sur le Liban, en matière de sécurité...

R - Malheureusement, il y en a déjà. Je crois que le président et le gouvernement libanais sont tout à fait sages lorsqu'ils disent qu'ils éviter que ce qui se passe en Syrie ait des répercussions au Liban. Nous sommes également attachés au fait que la paix si difficilement acquise perdure au Liban L'attitude de M. Bachar Al-Assad, au contraire, consiste à essayer de faire tache d'huile, de tout mélanger et de faire en sorte que, finalement, il y ait des troubles dans toute la région. Nous, nous pensons qu'il ne faut pas mélanger les deux choses. Mais on sait bien, compte tenu de la proximité géographique, que si le conflit en Syrie dure, si le régime de Bachar Al-Assad continue à sévir, ce risque est très important. C'est une des raisons supplémentaires pour laquelle il faut que l'alternance démocratique puisse jouer.

Q - La France s'est toujours opposée à l'inscription du Hezbollah sur la liste des mouvements terroristes de l'Union européenne. Avez-vous changé de position après l'accusation par la Bulgarie au Parti libanais concernant l'attentat en juillet dernier ?

R - Sur cette question, il y aura bientôt une réunion des ministres des affaires étrangères des vingt-sept pays de l'Union européenne puisque c'est une décision qui doit être prise au niveau européen. Bien évidemment, il n'est pas question d'accepter le terrorisme. À partir du moment où des preuves précises peuvent être apportées, il faut en tirer les conséquences. Vous ne pouvez pas accepter les actes terroristes. Ceci va être discuté prochainement par les ministres des affaires étrangères et nous verrons exactement ce que nous dit notre collègue bulgare, les éléments matériels qui sont retenus. Et puis nous prendrons une décision mais je ne peux pas encore vous dire laquelle.

Q - Au Mali, à partir de quelle date allez-vous passer progressivement le relais aux forces militaires africaines ?

R - Nous avons déjà commencé. Par exemple, vous avez vu qu'à Gao, la ville a été reconquise à la fois par les troupes françaises et les troupes maliennes. Elle est désormais en cours de sécurisation par les forces africaines. Des actions individuelles des terroristes peuvent cependant encore intervenir. Il faut donc rester prudent car même s'il pourrait être difficile pour les groupes terroristes de mener des actes d'envergure très large au Mali, les risque liés à des actions individuelles demeurent. De même, il peut y avoir des actions terroristes dans les pays voisins.

Nous restons très vigilants bien que le schéma de cette opération soit clair : nous sommes venus apporter notre aide bien sûr mais nous n'avons pas vocation à rester éternellement au Mali. Cette transition doit se faire progressivement mais il faut être pragmatiques et, comme on dit en français, «épouser le terrain, épouser la situation». Nous voudrions pouvoir commencer à diminuer le nombre de nos forces à partir du mois de mars. Maintenant nous allons voir quelle est la situation concrète sur le terrain. Il ne s'agit pas pour les Français de dire : «nous avons fait notre travail» et pour voir ensuite les groupes terroristes revenir.

Q - Comment évaluez-vous la coopération des pays voisins avec vous, en matière de la lutte contre le terrorisme ? L'Algérie, par exemple.

R - La coopération des pays voisins est excellente parce qu'ils ont très bien compris que, malheureusement, les groupes narcoterroristes ne connaissent pas les frontières. Vous parlez de l'Algérie : ce pays a connu dans sa chair le prix du terrorisme. Vous vous rappelez que dans la décennie 90 il y a eu plus de 150.000 morts liés au terrorisme en Algérie. Les Algériens ont payé un lourd tribut au terrorisme. Nos amis algériens ont décidé de fermer leurs frontières, de les contrôler très étroitement pour couper, casser les bases arrières des groupes terroristes. Il en est de même pour d'autres pays. Les Mauritaniens sont également très vigilants, tout comme nos amis nigériens. Il ne faut pas que les groupes narcoterroristes puissent s'alimenter dans ces pays ou que, chassés du Mali, ils en rejoignent d'autres. C'est donc une action d'ensemble qu'il faut mener.

J'ajouterai même une réflexion plus générale. Nous croyons énormément au développement de l'Afrique. L'Afrique est un continent magnifique avec une population jeune, qui dispose de beaucoup d'atouts. Et c'est une très bonne chose que l'Afrique puisse se développer. Seulement, il faut que la sécurité y soit assurée. En l'absence de sécurité, s'il y a une menace d'attentats ici et là, si le trafic de drogues ou d'otages se développe, comment voulez-vous que l'économie et donc le niveau de vie de la population puisse progresser ? Tout est lié. Les différents pays, les différents peuples l'ont bien compris. C'est la raison pour laquelle ils ont apporté un soutien très fort à la démarche internationale qui est la nôtre.

Q - Êtes-vous en contact avec les ravisseurs des otages français au Sahel ?

R - Non, nous n'avons pas de contact. Nous avons dit qu'il n'y avait pas de négociation. Si telle ou telle information nous est donnée, évidemment nous la recevons. Mais nous n'entrons pas dans les négociations.

Q - Parlons de l'Iran. Craignez-vous qu'une frappe israélienne contre ce pays provoque un embrasement général dans la région ? Et peut-être, cette frappe placerait l'Iran en situation de victime, comme vous l'avez bien dit il y a quelques semaines.

R - Comment se pose le problème : l'Iran est un grand pays, une grande civilisation. L'Iran a parfaitement le droit d'utiliser le nucléaire à des fins civiles. En revanche, l'Iran - en vertu de toutes les résolutions internationales - ne peut pas détenir la bombe atomique. Si l'Iran détenait la bombe atomique, ce serait une incitation à la nucléarisation de l'ensemble de la région et cela deviendrait extrêmement dangereux. Depuis déjà plusieurs années, la communauté internationale a dit à l'Iran - alors que nous avions des indications selon lesquelles l'Iran développait un programme nucléaire - : «attention, pas de bombe atomique». L'Agence internationale pour l'énergie atomique a, à plusieurs reprises, mis en garde. Mais, pour le moment, l'Iran n'a pas changé le cours de son action.

Nous avons adopté - quand je dis nous, ce n'est pas seulement la France mais les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, les États-Unis, la Chine, la France, la Grande Bretagne, plus l'Allemagne - une attitude dite de double approche : d'un côté, nous disons à l'Iran qu'il faut négocier parce que la seule bonne solution, c'est la négociation, mais encore faut-il que l'Iran accepte dans la négociation de revenir sur un certain nombre de positions. Parallèlement, pour pousser fortement à la négociation, des sanctions.

Nous avons commencé à durcir les sanctions et si l'Iran ne change pas de position, les sanctions seront encore augmentées. Évidemment, je le répète, la bonne solution, ce serait que diplomatiquement, par la négociation, l'Iran prenne des mesures concrètes montrant qu'il ne veut pas l'arme atomique mais seulement l'énergie civile. Si les choses se passent ainsi, c'est parfait. Seulement il faut être vigilant. Pour le moment malheureusement, l'Iran n'a pas encore bougé.

Q - Vous avez dit qu'une frappe israélienne pourrait se retourner contre Israël.

R - Ce n'est pas un problème israélien, c'est un problème iranien. Il faut que l'Iran accepte de faire ce geste. S'il n'accepte pas c'est une menace évidemment, contre la paix de toute cette région. Et à ce moment-là, que peut-il arriver ? La bonne solution c'est que l'Iran conformément aux résolutions internationales accepte de renoncer à posséder l'arme nucléaire. Car l'arme nucléaire dans la main de l'Iran serait un danger pour tous.

Q - Quel regard portez-vous sur la crise politique en Tunisie ? Vous avez parlé d'un obscurantisme dans ce pays. Pourriez-vous...

R - J'ai été toujours très prudent dans mon expression. Un ministre des affaires étrangères doit toujours être diplomate et la situation est complexe. Il y a des révolutions arabes dans différents pays. J'ai toujours pensé que les révolutions prendraient du temps - on le voit dans le cas de la Révolution française qui a commencé en 1789 mais qui a pris beaucoup de temps avant de se terminer. D'autre part, les révolutions ne sont jamais linéaires. Il y a des hauts et des bas, mais je pensais qu'en Tunisie, qui est un pays qui n'est pas très grand, qui a un niveau d'éducation élevé dont l'économie est assez solide, avec une tradition, de droit des femmes, les choses se passeraient peut-être plus facilement qu'ailleurs. Je le souhaite toujours. Il est vrai qu'au moment où vous m'interrogez, il y a des tensions.

Par rapport à cela, en tant que ministre des affaires étrangères, je dis que la France évidemment n'a aucune ingérence à pratiquer dans la politique tunisienne. C'est aux Tunisiens de décider ce qu'ils veulent faire. En même temps, il ne peut pas y avoir de solution par la violence ; c'est le dialogue, le dialogue politique qui peut permettre d'avoir une solution. Bien sûr, nous appuyons économiquement tous ces pays et notamment la Tunisie. Nous n'avons pas à nous ingérer mais nous souhaitons que les droits soient respectés : les droits des femmes, les droits des minorités, le droit à l'alternance. Je ne dis rien de plus. Je souhaite que des solutions pacifiques soient trouvées. N'oublions pas que les Printemps arabes, à l'origine, c'est une demande de dignité, de lutte contre la corruption, d'amélioration de la situation économique, de justice sociale, notamment pour la jeunesse. C'est cela que demande toujours le peuple. Ce n'est pas facile à satisfaire mais c'est vers cela qu'il faut aller, sans violence.

Q - En Égypte, deux ans après le départ de Hosni Moubarak, peut-on parler d'une révolution avortée, confisquée, dans ce pays ?

R - La situation est difficile en Égypte et puis, compte tenu de la taille de la population - plus de 80 millions d'habitants -, de l'importance de l'Égypte dans l'ensemble du monde arabe par rapport à la question israélo-palestinienne, c'est très délicat. La situation économique et sociale n'est pas favorable. Et il y a des tensions politiques fortes.

Là encore, nous n'avons pas à nous substituer aux autorités ni au peuple, mais il ne peut y avoir de solution que par le dialogue. La violence ne règle absolument rien. Vous savez que la France est traditionnellement la patrie des droits de l'Homme. Nous essayons d'appuyer les peuples autant que nous le pouvons. Nous n'avons pas, encore une fois, à faire ingérence, mais nous souhaitons vraiment, qu'il s'agisse de l'Égypte, de la Tunisie ou d'autres pays - à chaque fois la situation est différente - que l'on trouve des solutions pacifiques.

Q - Un mot sur le conflit israélo-palestinien. Craignez-vous que cette année soit une année blanche pour la paix, dans cette région ?

R - Je souhaite que ce ne soit pas une année blanche pour la paix. Au contraire, j'aimerais que cette année soit faste pour la paix. Pour cela, il faut que des deux côtés, côté israélien, côté palestinien, on se remette à négocier sans pré-conditions. Nos positions sont tout à fait claires. La solution c'est celle des deux États. Il faut que les Palestiniens aient vraiment leurs droits reconnus parce que justice ne leur est pas rendue. Il faut donc qu'ils aient un État. Et il faut que les Israéliens soient en sécurité et que leur sécurité soit garantie. On connaît les paramètres qui permettent cela, mais il faut que les deux parties se remettent à négocier et la France - qui parle avec les deux parties encouragera très fortement ce dialogue. On en parle moins aujourd'hui - sans doute parce que la loi de l'information fait qu'une grave crise efface les autres - mais la question israélo-palestinienne est une question essentielle, une question de fond. Il faut absolument, au nom de la justice, de l'efficacité, de la sécurité, qu'elle puisse être réglée par les principaux intéressés./.

Retour sommaire


7. Irak/Libération de MM. Nadir Dendoune et Haqi Mohammed - Déclaration du ministre des affaire étrangères, M. Laurent Fabius (Paris, 14/02/2013)

Je me réjouis de la libération de M. Nadir Dendoune, journaliste français, qui avait été arrêté à Bagdad le 23 janvier dernier, ainsi que de celle de M. Haqi Mohammed qui lui avait servi de guide lors de son séjour en Irak.

Pendant toute la durée de la détention de nos compatriotes, le ministère des affaires étrangères a été constamment mobilisé en vue de leur libération.

Je rappelle l'attachement indéfectible de la France à la liberté de la presse ainsi qu'à la protection des journalistes partout dans le monde, éléments essentiels au renforcement de la démocratie et de l'État de droit./.

Retour sommaire


8. Point de presse du porte-parole - Participation de M. Laurent Fabius au Conseil affaires étrangères - Syrie - Hezbollah - Mali - Turquie - Sahara occidental (Paris, 15/02/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Participation de M. Laurent Fabius au Conseil affaires étrangères (Bruxelles, 18 février 2013)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, représentera la France au prochain Conseil Affaires étrangères de l'Union européenne, qui se tiendra le 18 février à Bruxelles sous la présidence de la Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Mme Catherine Ashton.

Des conclusions seront adoptées sur la situation au Mali, à la suite de la réunion du groupe de soutien convoquée le 5 février par Mme Ashton à Bruxelles. Les ministres feront le point sur la mobilisation de l'Union européenne, qu'il s'agisse du lancement de l'opération européenne de formation et de conseil («EUTM Mali») ou de la reprise de l'aide à ce pays.

Les ministres adopteront également des conclusions sur le voisinage Sud de l'Union. Ils évoqueront les propositions du représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et de la Ligue arabe pour la Syrie, M. Lakhdar Brahimi, et du président de la Coalition nationale syrienne, M. Moaz Al-Khatib, en faveur d'un dialogue conditionnel avec le régime syrien. Le Conseil reviendra aussi sur la question d'une levée de l'embargo sur les armes.

La relance du processus de paix au Proche-Orient sera également à l'ordre du jour, dans la perspective d'une visite en Europe du secrétaire d'État américain, M. John Kerry, et du président Barack Obama dans la région. Les ministres évoqueront aussi la situation en Irak, qui connaît des tensions croissantes internes, et de l'assistance que l'Union européenne pourrait apporter.

Les ministres adopteront par ailleurs des conclusions sur le Partenariat oriental, dans la perspective de la réunion ministérielle du 22 juillet 2013 et du sommet du Partenariat oriental que la future présidence lituanienne a prévu d'organiser à Vilnius les 28-29 novembre 2013.

Des conclusions et des sanctions autonomes seront adoptées à l'encontre de la Corée du Nord, après le troisième essai nucléaire réalisé par le régime nord-coréen.

2 - Syrie

Q - Vous évoquez dans la déclaration sur le Conseil affaires étrangères du 18 février «les propositions du représentant spécial du secrétaire des Nations unies de la Ligue arabe». De quelles propositions parlez-vous ?

R - Nous faisons allusion aux discussions qui ont eu lieu entre Lakhdar Brahimi et les membres du Conseil de sécurité à New York, où il faisait rapport de l'ensemble de ses contacts, notamment avec les Syriens, les Russes et les Américains, et de l'état de ses réflexions sur la crise syrienne. Il y a aussi eu, bien évidemment, la proposition récemment faite par le président de la Coalition nationale syrienne. L'objectif lundi, c'est de faire le point sur tout cela.

Q - Brahimi en revient à Genève ?

R - Le départ de sa réflexion, il l'a dit publiquement, c'est le document de Genève de juin dernier, et comment l'accommoder. C'est le mois dernier que M. Brahimi est intervenu devant le Conseil de sécurité. Depuis, M. Moaz Al-Khatib a fait une proposition de dialogue conditionnel. L'enjeu aujourd'hui, c'est de voir comment formuler une solution politique sur cette base : l'analyse de M. Lakhdar Brahimi et les propositions faites par le président de la Coalition nationale syrienne.

Je rappelle à cet égard que nous soutenons les efforts de M. Lakhdar Brahimi et la proposition faite par M. Moaz Al-Khatib - sa proposition et les conditions qu'il y met.

Q - Pour vous, Genève II ressemblerait-il au format de Genève I ? Ce serait les mêmes pays ? Avec l'Iran ?

R - C'est moins un problème de format qu'un sujet de fond. Il faut parvenir à formuler une solution politique de sortie de crise.

Concernant la participation de l'Iran, nous nous sommes déjà exprimés. Nous avons dit que ce pays était le bienvenu pour participer aux efforts de paix de la communauté internationale sous réserve qu'il apporte la preuve de sa bonne foi sur un certain nombre de sujets : son programme nucléaire, la situation des droits de l'Homme, son rôle en Syrie, etc.

Q - Qu'est-ce que le «dialogue conditionnel» ?

R - Ce sont tout d'abord les conditions qu'a formulées M. Al-Khatib lui-même, notamment la libération de prisonniers. Nous attendons toujours la réponse du régime syrien.

Cette proposition de dialogue est essentielle et marque un tournant. Nous l'avons accueillie comme telle et très fortement soutenue, en ajoutant que, lorsque l'on parle de dialogue, il faut aussi définir avec qui on parle.

Pour ce qui nous concerne, je le redis, Bachar Al-Assad n'est pas susceptible de faire partie de la solution de sortie de crise. Je comprends qu'il est tout aussi inenvisageable pour la coalition nationale syrienne et pour la plupart des partenaires internationaux de la coalition que le dialogue puisse se tenir avec ceux qui ont du sang sur les mains, ceux qui se sont rendus coupables de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité.

Q - En fonction de ces conditions, quels interlocuteurs possibles ?

R - Il ne faut pas inverser les rôles. Ce dialogue se nouera entre la Coalition nationale syrienne et ceux des Syriens qu'elle aura identifiés comme ses interlocuteurs. C'est à elle de les définir. Nous intervenons pour soutenir, pour faciliter les choses au besoin, mais certainement pas pour nous substituer aux Syriens.

Q - Sera-t-il question de l'embargo sur les armes lors du Conseil Affaires étrangères à Bruxelles ?

R - Oui, cela figure en toutes lettres dans la déclaration que je viens de faire. Nous sommes passés d'un système qui était calé sur une année à un système calé sur trois mois. Nous arrivons à échéance et il faut donc que les ministres prennent une décision. J'insiste sur le fait que cela ne concerne pas que l'embargo. Cela concerne tout le dispositif de sanctions mis en place par l'Union européenne. Il y a un certain nombre d'options qui ont été demandées aux services de Mme Ashton et qui sont soumises à l'appréciation des États membres.

Q - Peut-on les connaître ?

R - Non, parce qu'elles sont encore en discussion. On les imagine malgré tout assez facilement. Il y a deux options extrêmes qui sont la levée complète ou le maintien du dispositif actuel. Les trois autres reflètent un dégradé entre ces deux extrémités. Il faut avoir à l'esprit les implications de la décision qui sera prise, notamment sur le dialogue politique. C'est d'ailleurs ce qu'avait déclaré le président de la République au début de ce mois.

Sur le fond, c'est une question qui nous est posée. Elle l'est très clairement par la Coalition nationale syrienne. C'est une question qui est difficile et qui n'a pas de réponse évidente. Il y a des arguments dans un sens et dans l'autre, avec notamment, à la lumière du précédent libyen, la question de savoir où iraient ces armes. Il faudrait des garanties très fortes sur leur destination.

Q - Quels sont les échanges entre la France et la Turquie sur ce sujet ?

R - Nous avons depuis le départ avec les Turcs une analyse très proche de la situation en Syrie et également des conséquences pour l'ensemble de la région. C'est non seulement une forte proximité politique, mais c'est aussi une forte solidarité. Je pense notamment à ce qui s'était passé à la frontière turque, quand il y avait eu des bombardements depuis la Syrie.

3 - Hezbollah

Q - Parlera-t-on du fait de mettre le Hezbollah sur la liste des organisations terroristes ?

R - Le point n'est pas inscrit à l'ordre du jour. Il est possible cependant qu'il soit évoqué, si une délégation le souhaite.

Pour ce qui concerne la position française, notre position reste inchangée. Elle consiste tout d'abord en une condamnation très ferme et très claire de toute forme de terrorisme. Les auteurs de tels actes doivent être poursuivis, traduits en justice et condamnés.

Ensuite, sur les attentats de Bourgas en particulier, il faut voir les éléments de preuve que les autorités bulgares peuvent apporter à l'issue de leur enquête. Pour l'instant, nous n'en sommes, je cite le ministre de l'intérieur bulgare de mémoire, qu'à «des hypothèses étayées».

C'est à l'examen de telles preuves que s'engagerait une discussion des 27 États membres de l'Union européenne, avec différentes options, dont une éventuelle décision d'inscription du Hezbollah sur les listes anti-terroristes. On a tendance à présenter les choses de manière assez simpliste, on inscrit ou on n'inscrit pas, mais c'est plus complexe que cela. Beaucoup dépendra de ce que les autorités bulgares sont susceptibles de présenter.

4 - Mali

Q - Il y a de plus en plus de témoignages, de rumeurs sur des exactions commises par l'armée malienne ou même par des populations civiles. Je voulais savoir si vous aviez des confirmations. Ne risque-t-on pas d'être accusé de complicité ?

R - Nous n'avons pas confirmation des indications données par différentes ONG et par voie de presse. Ce n'est pas en soi étonnant : il y a le temps de la dénonciation, et c'est le rôle des ONG, et le temps de l'enquête, par définition plus long. Je rappelle que nous sommes en contact très étroit avec les ONG. Nous les avons réunies ici à Paris et notre ambassade les voit aussi régulièrement à Bamako.

Nous ne pourrons pas être accusés d'avoir sous-estimé cette question, encore moins de complicité. Nous sommes bien conscients du risque, ne serait-ce que par contrecoup des exactions commises par les groupes terroristes pendant des mois et des mois. Ce n'est pas une manière de dire qu'on le comprendrait, qu'on le justifierait, qu'a fortiori, on le couvrirait. Bien évidemment non.

Comme nous sommes bien conscients des risques, et cela depuis longtemps, nous avons été très tôt très vigilants, et à tous les niveaux :

- aux Nations unies d'abord. Lorsque vous relisez la résolution 2085 du Conseil de sécurité adoptée en décembre, elle comprend des dispositions pour essayer d'y remédier ou d'y parer. C'est à ma connaissance une première dans l'histoire des résolutions du Conseil de sécurité. Non seulement ces dispositions ont été introduites à la demande de la France, mais nous avons demandé que le déploiement d'observateurs des Nations unies soit accéléré et amplifié ;

- nous soutenons par ailleurs la saisine de la Cour pénale internationale, dont le mandat court à partir de janvier 2012, pour les crimes les plus graves et qui ont la qualification de crimes de guerre ou de crimes contre l'humanité ;

- nous sommes également intervenus au sein de l'Union européenne pour que la mission EUTM comprenne un volet de formation des forces armées maliennes sur les droits de l'Homme, le droit de la guerre, le droit des conflits armés, la protection des populations civiles, etc. Dans le détachement de précurseurs qui a été envoyé sur place, sous les ordres du général Lecointre, il y a déjà des formateurs sur ces sujets ;

- nous avons enfin appelé à la vigilance, et cela de manière répétée et très claire, les autorités maliennes elles-mêmes. Nos forces ont instruction de porter à la connaissance des autorités maliennes, donc c'est la première responsabilité, tout élément de preuve qu'elles obtiendraient dans ce domaine.

Il n'y aura pas d'impunité. Il y va du soutien international aux autorités maliennes et du processus difficile mais nécessaire de réconciliation nationale.

Q - Le Mali a lancé une série de mandats d'arrêt contre des chefs d'Ansar Dine et des narcotrafiquants. La France est-elle prête à coopérer avec la justice malienne ?

R - N'oublions pas tout d'abord que nous avons affaire à des groupes terroristes qui ont commis des exactions répétées pendant des mois sur les deux tiers du territoire malien. À ce titre, ces personnes sont passibles de sanctions à un titre ou à un autre, selon la qualification juridique qui sera retenue.

Q - Le problème pourrait se poser pour le MNLA. La France considérerait que les membres du MNLA sont des terroristes et pourrait accéder aux demandes de la justice malienne ?

R - Le problème n'est pas de qui ils se revendiquent mais les crimes qu'ils auraient commis. Ces mandats ne peuvent viser que des personnes, pas des organisations en tant que telles.

5 - Turquie

Q - J'aimerais savoir s'il y a un changement d'attitude de la France concernant l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et l'ouverture de nouveaux chapitres de négociation.

R - En marge de la conférence qui s'est tenue sur la Libye le 12 février à Paris, le ministre des affaires étrangères a en effet confirmé à son homologue turc, M. Davutoglu, que la France était favorable à l'ouverture des discussions entre l'Union européenne et la Turquie sur l'un des 35 chapitres de négociation, le chapitre 22 qui porte sur la politique régionale.

Il faut replacer cette décision dans le contexte plus général des relations entre la France et la Turquie. Nous estimons - cela a notamment été souligné par le président de la République et le ministre des affaires étrangères - que ces relations ne sont pas aujourd'hui au niveau auquel elles mériteraient d'être. Nous avons parlé de nouvel élan. Nous souhaitons, pour le dire autrement, rétablir des relations fortes et dynamiques, conformes à l'importance stratégique que les deux pays accordent l'un à l'autre. Je crois pouvoir dire que c'est une volonté partagée, si j'en juge par les réactions des autorités turques.

Pourquoi ce chapitre 22 ? C'est un chapitre très important puisqu'il porte sur la question cruciale des aides que l'Union européenne peut apporter aux territoires qui sont le moins développés. Pourquoi ce chapitre, et pas les 4 autres bloqués depuis 2007 ? Sur ces quatre-là, et cela vaut pour tout pays candidat, il y en a deux qui sont systématiquement abordés en fin de négociation, ceux concernant les institutions et les dispositions financières. Parmi les deux qui restent, il y a d'abord un chapitre qui concerne la politique économique et monétaire. Nous estimons que ce n'est pas le bon moment pour l'ouvrir alors que l'Union européenne est dans un effort de consolidation de l'union économique et monétaire, à la suite de la très grave crise des déficits et des dettes. Il y a enfin le chapitre sur l'agriculture mais il est bloqué par l'ensemble des États membres au titre du protocole d'Ankara, en raison du refus de la Turquie d'intégrer Chypre à l'accord douanier.

L'objectif fondamental de la France est d'être un partenaire de bonne foi de la Turquie dans ces négociations. Cette proposition me paraît bien accueillie par la Turquie, et nous nous en réjouissons. La décision revient maintenant aux États membres de l'Union européenne, puisque la négociation d'adhésion, par définition, n'est pas une négociation bilatérale entre la France et la Turquie. Nous verrons quelle sera la réaction de nos partenaires européens à cette proposition. La présidence irlandaise du Conseil a d'ores et déjà annoncé qu'elle espérait ouvrir les discussions sur ce chapitre pendant ce semestre.

Nous attendons de la Turquie des gestes de même nature en retour. Il y a en effet un certain nombre de chapitres qui sont bloqués de son fait. Je pense notamment à tout ce qui concerne les affaires sociales, les marchés publics, la concurrence, les questions migratoires, en particulier la signature de l'accord de réadmission, plus largement les chapitres bloqués au titre du protocole d'Ankara.

Q - Est-ce qu'il y a une date précise pour la visite de François Hollande en Turquie ?

R - Une invitation a été faite au président de la République. Il a en effet l'intention de l'honorer, mais il n'y a pas de date arrêtée pour l'instant. Il faut vous adresser aux services de l'Élysée.

Q - Est-ce qu'il y a un lien entre la visite de M. Davutoglu et les arrestations visant le PKK en France ?

R - Nous avons avec les autorités turques des relations très étroites en matière de lutte contre le terrorisme. Il n'y a pas de lien direct entre la visite de M. Davutoglu, qui participait à la conférence internationale sur la sécurité en Libye, et les arrestations que vous mentionnez. La lutte contre les réseaux terroristes, quels qu'ils soient, est une lutte de tous les instants. C'est en fonction du déroulement des enquêtes, de l'action de la police et des informations qui nous parviennent que ces opérations sont déclenchées, pas en fonction de l'agenda diplomatique.

6 - Sahara occidental

Q - M. Christopher Ross, envoyé personnel du Secrétaire général des Nations unies pour le Sahara occidental, vient d'effectuer une tournée. Quel a été le message qui lui a été passé en France ?

R - La position de la France est constante sur ce sujet.

Le premier point, c'est que nous soutenons, et cela depuis très longtemps, une solution qui doit être juste, durable et mutuellement agréée, sous l'égide des Nations unies et conformément aux résolutions du Conseil de sécurité. Deuxièmement, la France soutient les efforts de Christopher Ross pour poursuivre les négociations entre les parties. Enfin, la France appuie le plan d'autonomie marocain, tel qu'il avait été présenté en 2007, qui constitue la base sérieuse et crédible d'une solution négociée./.

 

Retour sommaire