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Bulletin d'actualités du 07 février 2013


Sommaire



1. UE - Mali - Conférence de presse conjointe du président de la République, M. François Hollande, et du président du Parlement européen, M. Martin Schulz - Propos de M. Hollande - extraits - (Strasbourg, 06/02/2013)

(...)

Je vais aller à l'essentiel pour pouvoir répondre à vos questions. D'abord, en remerciant le président du Parlement européen, Martin Schulz, pour son invitation et pour la qualité du début qui a pu se dérouler ce matin.

J'ai pu constater, et c'est un élément très important pour la politique que je conduis au nom de la France, le soutien du Parlement européen à l'intervention au Mali. C'est une source supplémentaire de légitimité.

Deuxièmement, j'ai pu relever combien, au-delà des sensibilités politiques, au-delà des différences nationales, il y avait une aspiration forte du Parlement européen à disposer pour les sept prochaines années d'un budget qui permette, à la fois, la croissance et la solidarité.

Mon devoir n'est pas d'être porte-parole du Parlement européen - je suis chef d'État - ; c'est, fort de ce que j'ai entendu dans cette enceinte, pouvoir chercher le compromis qui permettra à l'Europe d'avancer. Ce compromis doit à l'évidence tenir compte de la situation budgétaire de chacun des pays, mais il doit aussi tenir compte de l'utilité des dépenses européennes pour soutenir l'activité économique. Je ne peux pas avoir plaidé pour le pacte de croissance au mois de juin et accepter un budget européen qui n'a pas cette priorité.

Ensuite, sur la solidarité, c'est toute la question des ressources et des recettes de l'Union européenne. Je comprends bien qu'il n'est pas encore possible de mettre à bas l'ensemble de ces mécanismes. Mais, à tout le moins, conviendra-t-il d'en plafonner les contributions d'un certain nombre de pays à leur financement, et notamment la France, et d'imaginer à l'avenir un système de ressources propres qui permette de doter l'Union sans qu'il soit besoin de l'ensemble de ces dispositifs.

Enfin, même s'il n'a pas été l'élément le plus discuté ce matin, je plaide pour une architecture différente de l'Europe d'aujourd'hui. Je suis pour l'intégration, je suis pour la solidarité, je suis donc pour l'Union politique. Mais une Union politique qui ne peut pas prendre les formes que nous connaissons aujourd'hui. Non pas que le Parlement européen devienne un Parlement qui serait fractionné - je m'y refuse - mais je pense que nous devons avoir une Europe différenciée, c'est-à-dire une Europe qui puisse laisser un certain nombre d'États, pas forcément les mêmes, engager des coopérations renforcées.

Il y en a une qui existe, c'est la zone euro. Elle doit avoir sa place et le Parlement européen doit rester l'organe de contrôle de la zone euro. Faudra-t-il demain un budget de la zone euro ? Cela ne peut s'imaginer que adossé au budget européen et avec des modalités de contrôle démocratique adaptées. Mais, entre les propositions de ceux qui veulent défaire le socle et les propositions de ceux qui veulent - sur le socle - monter l'édifice, il y a le débat que vous connaissez.

Je suis prêt à répondre à vos questions.

Q - Monsieur le Président, vous avez insisté à plusieurs reprises sur le fait qu'il fallait faire des économies, certes, mais sans affaiblir l'économie. Alors qui visez-vous ? Est-ce l'Allemagne, les Pays-Bas, ceux qui pourraient vous demander encore plus de d'efforts si par malheur la croissance est trop faible pour atteindre les 3 % de déficit à la fin de l'année ? Qui visez-vous ? Y a-t-il vraiment une pression, en ce moment, sur la France pour que nous fassions plus d'économie encore ?

R - Il ne s'agit pas d'économies dans chacun de nos budgets. Il s'agit d'économies qui seraient demandées à l'Union européenne en plus de ce qui a été proposé par le président du Conseil européen. Si l'Europe venait à faire des coupes supplémentaires, ce ne serait que des éléments défavorables de plus pour la croissance.

Autant il est légitime de demander à des pays qui connaissent des déficits importants de faire des efforts de redressement de leurs comptes publics - la France y souscrit -, autant à l'inverse nous devons demander à l'Europe de maintenir un niveau de dépenses qui permette d'entretenir l'activité économique, parce que - comme il a été démontré ce matin par un certain nombre d'intervenants - toute dépense européenne est à 90 % une dépense d'investissements, avec un effet multiplicateur - je n'ose employer ce terme car il renvoie à des doctrines économiques qui paraissent aujourd'hui dépassées - qui est démontré.

Ce serait donc fâcheux même pour les politiques de redressement des comptes publics de chacun de nos pays, car comment atteindre nos objectifs de désendettement si nous avons une activité économique réduite ? Ma formule vaut donc pour l'ensemble des pays membres de l'Union européenne : «faire des économies, oui ; affaiblir l'économie, non».

Q - Comment voulez-vous remanier la politique du taux de change de la zone euro ? Souhaitez-vous voir un cours de l'euro plus bas vis-à-vis du dollar afin de stimuler la croissance?

R - Un taux de change ne se décrète pas et encore moins pour celui de la zone euro. Mais nous sommes dans un système monétaire international qui n'est pas régulé et avec des compétitions qui se font aussi par le biais des parités et des monnaies. Dès lors, la zone euro doit, par ses chefs d'État et de gouvernement, se donner un objectif de change à moyen terme.

Il ne s'agit pas de faire intervenir la Banque centrale européenne sur les marchés ; ce n'est pas de notre ressort puisqu'elle est indépendante. Mais nous devons nous déterminer, à moyen terme, sur un niveau de change qui nous paraît le plus réaliste et le plus compatible avec l'état de notre économie réelle.

Sinon - je l'évoquais - nous demandons à des pays, en particulier la France, d'améliorer la compétitivité interne et la compétitivité externe, et elle se détériore par l'appréciation du change ! Ce qui veut dire que certains pays comme les États-Unis ou comme la Chine utilisent aussi leur taux de change à des fins de soutien à leur propre croissance. Nous devons donc agir au niveau international pour que nous puissions faire valoir nos propres intérêts.

Q - Vous avez défendu Strasbourg en tant que ville historique, mais les parlementaires évoquent le coût lié au fait de venir ici ainsi que l'inutilité de faire des navettes chaque mois. Que leur répondez-vous ?

R - Ils sont parlementaires européens. Ils ont donc une conception de l'Europe. Ils n'ont pas forcément à n'évoquer que des problèmes de transports qui doivent être améliorés, ou de fonctionnement, sinon ce serait l'ensemble des sièges qu'il faudrait regarder !

Je l'évoquais ce matin devant le Parlement européen, parce que je pense qu'au-delà du Traité - qui est la base juridique et qui justifie le siège - c'est le meilleur argument : Strasbourg a une valeur symbolique tout à fait essentielle pour l'Europe. Sinon il faudrait concentrer le siège de l'Europe dans une seule ville et rapatrier tout ce qui existe dans la plupart des pays européens qui le souhaitent ! Je n'entends pas les parlementaires évoquer cette question.

Q - Monsieur le Président, comment envisagez-vous un compromis avec Mme Merkel sur les sujets qui fâchent ?

R - Je ne crois pas que ce soit avec Mme Merkel que ce soit le plus difficile ! Néanmoins, nous avons déjà à chercher la meilleure position commune que nous pourrions éventuellement présenter au Conseil européen. Il se trouve que demain Mme Merkel se trouvera à Paris pour la célébration d'un match pourtant douloureux à nos mémoires - pour la mémoire française ! - : le match France-Allemagne de 1982 à Séville, mais là je parle pour ceux qui ont largement plus de 40 ans !

Je crois que nous pourrons chercher ensemble - avec nos responsabilités, puisque la France et l'Allemagne ont un rôle dans l'Union européenne que nul ne conteste - pour que, sur la base qui pourrait être commune, nous puissions en convaincre d'autres. Voilà ce que nous chercherons à faire. En tout cas, c'est ma responsabilité.

Je vous l'ai dit et je l'ai affirmé ce matin devant le Parlement européen, je pourrais dire «voilà, j'ai entendu le Parlement européen, aucun accord n'est possible !». Non je ne le crois pas. Je pense que si les chefs d'État et de gouvernement se mettent à la hauteur de leur propre responsabilité et trouvent un équilibre, nous pourrons ensuite le défendre devant le Parlement européen.

Q - Pourquoi ne pas simplement poser la question du maintien de la Grande-Bretagne dans l'Union européenne ? Vous avez été interrogé sur le pacte de croissance et finalement sur l'incapacité de l'Union européenne à redonner de l'espoir aux salariés de l'industrie, notamment de l'industrie automobile en France. Que leur répondez-vous ? Que l'État ne peut pas tout et que l'Europe est également impuissante ?

R - Ne faites pas les réponses à ma place ! M. Cameron a présenté une conception de l'Europe et il a même annoncé qu'il y aurait, à terme, une consultation du peuple britannique. C'est sa souveraineté et sa liberté. Ma conception de l'Europe n'est pas de remettre en cause les acquis, mais de construire à partir du socle pour élever le niveau de la construction européenne.

Sur le pacte de croissance : une part est déjà activée, celle de la recapitalisation de la banque européenne d'investissement qui aura, là aussi, un effet multiplicateur. Il y a aussi les «projects bonds» - «obligations de projet» en français - qui, là encore, ont été introduits et correspondent à une vraie avancée. Il y a enfin les fonds structurels à hauteur de plus de 50 milliards d'euros qui n'avaient pas été dépensés lors de la séquence antérieure et qui doivent donc être récupérés pour être réinjectés.

Mais j'avais demandé avec Martin Schulz que nous puissions, au moment de la définition du pacte de croissance, réunir l'ensemble des institutions de l'Union européenne pour mieux nous assurer de sa bonne application - ce que l'on appelle une conférence interinstitutionnelle.

Il est dommage que l'idée n'ait pas pu être retenue, parce que le Parlement européen a sa propre responsabilité et notamment pour aller chercher les crédits qui n'ont pas été consommés et les réinvestir dans de nouvelles politiques.

Je suis aussi très sensible à ce que propose le Parlement européen sur ce que l'on appelle la flexibilité qui n'a rien à voir avec la flexibilité du travail. Là en l'occurrence, c'est la flexibilité dans les possibilités de redéploiement entre grandes catégories de dépenses et aussi entre les années d'exécution. Parce que c'est la même idée : faire en sorte que nous dépensions plus vite et mieux ce que nous décidons ensemble.

(...)

Q - Sur le Mali Monsieur le Président, vous avez souligné que nous allions bientôt rentrer dans la phase critique et notamment dans celle du processus politique. Si j'ai bien compris, vous avez exhorté tout à l'heure vos partenaires européens à prendre leurs responsabilités. Qu'allez-vous demander à vos homologues jeudi en matière de processus politique ? Si vous le permettez, si on revient sur la première phase diplomatique et militaire, on s'aperçoit que l'Europe a été un peu évanescente. M. Juppé qui ne parle plus la langue de bois a même affirmé que l'Europe avait été «nulle». Quels enseignements tirez-vous en matière de politique de sécurité et de défense de la première phase - militaire et diplomatique - de l'intervention au Mali ?

R - D'abord, qu'est-ce que je vais demander aux chefs d'État et de gouvernement au Conseil européen, si le temps nous en est donné ? Mais je pense que nous le trouverons, compte-tenu de l'importance de cette question.

C'est d'abord de former l'armée malienne et les troupes africaines réunies dans ce que l'on appelle la MISMA. C'était d'ailleurs un engagement que l'Europe avait pris il y a plusieurs semaines et qui aurait dû se traduire, si les choses n'avaient pas dégénérer du fait des terroristes, lorsque le processus serait venu à son terme, c'est-à-dire à l'été. Ce que je vais donc demander à l'Europe, c'est de faire ce qu'elle avait déjà annoncé, être prête à engager mais un peu plus tard. De le faire tout de suite.

Deuxièmement - et l'Europe est là aussi exemplaire en matière d'aides et de contributions, non seulement au niveau bilatéral mais au niveau européen - de rassembler le plus de financements possibles. Non seulement pour couvrir les dépenses de la MISMA même si à terme ce sera une opération de maintien de la paix donc couverte par les Nations unies, mais surtout pour aider le Mali à se reconstruire. Car la phase de dialogue politique et donc d'élection n'a de sens que si l'on permet la sécurisation du territoire malien, mais également, comme l'on dit, l'inclusion de tous dans ce processus. Or, c'est plus facile s'il y a une politique de développement ou s'il n'y en a pas.

Sur la leçon que je tire de l'intervention de la France au Mali - de l'intervention de la seule France au Mali - c'est que l'Europe de la défense n'a pas encore pris la dimension qui était attendue et qu'il n'y a pas, par exemple, de force de projection au plan européen. Dès lors, on l'avait vu dans d'autres situations, ce sont des pays qui se coalisent pour intervenir. Exemple : la Libye. Ou dans une formule encore plus large, il y a quelques années, l'Afghanistan.

Ce qui a conduit la France à intervenir dans les conditions que l'on sait, c'est qu'elle était le seul pays qui pouvait avoir la capacité militaire de le faire et qu'il y avait la proximité par sa situation géographique, c'est-à-dire les bases que nous avons en Afrique. J'ai donc assumé cette décision sans avoir le moindre reproche à adresser aux Européens. J'ai considéré que je ne pouvais pas attendre parce qu'aucun pays européen, dans la situation que l'on sait, ne pouvait se substituer à nous, voire venir avec nous, dans un délai aussi court.

Je n'ai pas de critique à adresser à l'Europe, j'ai simplement un avertissement à lui lancer, c'est-à-dire que pour l'avenir nous devrions avoir les dispositions qui nous permettent d'avoir la projection nécessaire.

Q - J'ai une question pour le président Hollande et pour le président Schulz. Mme Lagarde l'avait déjà dit, maintenant il y a des rapports du Fonds monétaire international qui disent que les mesures qui ont été imposées au Portugal ont provoqué une énorme récession et un chômage qui n'était pas attendu. J'aimerais vous demander ce qu'on fait et si on dit mea culpa et on continue ou si on dit mea culpa et on renégocie ?

(...)

R - Sur la position du FMI, il y a une question à poser, celle de savoir ce que va faire maintenant cette institution par rapport à des pays qui effectivement ont fait des efforts considérables et qui aujourd'hui ont pu revenir sur le marché, mais à un prix social élevé.

Mais cela nous renvoie à la question budgétaire européenne. Car pour des pays comme la Grèce, le Portugal et d'autres encore comme l'Espagne, l'idée était qu'il leur était demandé beaucoup - peut-être trop, mais beaucoup - sur le plan budgétaire national et la compétitivité industrielle, mais que l'Europe viendrait en leur soutien au niveau des fonds structurels et des politiques de cohésion.

Plus nous élèverons le niveau des politiques de croissance et de cohésion, plus les pays en question auront de possibilités de connaître une reprise de l'activité économique. Tout l'enjeu pour 2013 est de savoir quand la reprise va s'effectuer et est-ce que nous l'accélérons ou est-ce que nous la ralentissons ?

Q - J'ai cru entendre dans votre discours que vous appeliez l'Europe à une renégociation du calendrier des engagements en matière de réduction des déficits budgétaires. Ai-je bien compris ?

R - (...) Sur la question que vous posez de savoir ce que nous pourrions faire en terme de poursuite de nos objectifs s'il y avait un ralentissement conjoncturel : c'est bien la question que nous avons à l'esprit. Je l'ai dit nous devrions en parler collectivement et le moment venu. Ce moment n'est pas venu, mais nous aurons à le faire éventuellement, le cas échéant, collectivement./.

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2. Thaïlande - ASEAN - Discours du Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault, à l'issue de son entretien avec la Première ministre, Mme Yingluck Shinawatra (Bangkok, 05/02/2013)

Madame la Première Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs,

Je souhaiterais, tout d'abord, vous dire combien je suis heureux d'être aujourd'hui à Bangkok pour ma première visite en Thaïlande. Ce sentiment est partagé par l'ensemble de ma délégation et notamment par les deux membres de mon gouvernement qui m'accompagnent, Nicole Bricq et Yamina Benguigui.

J'ai eu l'honneur d'être reçu, cette après-midi, en audience par sa Majesté le Roi, auquel j'ai transmis toutes les amitiés du président de la République, François Hollande. Avec votre Première ministre, que j'ai eu le plaisir d'accueillir à Paris en juillet dernier, nous venons de faire un tour d'horizon de nos relations bilatérales.

Et ces relations bilatérales, force est de constater qu'elles sont excellentes. La Thaïlande est pour la France un partenaire majeur en Asie du Sud-Est. Nos deux pays sont liés par des échanges culturels, éducatifs et scientifiques d'une grande intensité. Sur la scène internationale, ils partagent un égal attachement au multilatéralisme, au règlement pacifique des différends et à la diversité culturelle. Je me réjouis, d'ailleurs, de l'intérêt que la Thaïlande porte à la francophonie dont elle est membre observateur.

Notre partenariat s'étend, naturellement, aux échanges économiques qui augmentent au bénéfice mutuel de nos deux pays et qui font de la Thaïlande le 2ème partenaire de la France en Asie du Sud-Est. Les exportations françaises vers la Thaïlande ont atteint plus de 1,8 milliards d'euros l'an dernier. 350 entreprises françaises sont présentes en Thaïlande et sont prêtes à mettre leur expertise et leur savoir-faire au service des grands projets d'infrastructures, dans tous les domaines.

À cet égard, nous avons notamment examiné les opportunités qui existent dans les transports aériens, les transports ferroviaires, les transports urbains, l'énergie, la santé ou les technologies spatiales.

La France a également la volonté de renforcer sa coopération avec la Thaïlande dans le domaine de la défense. Nous signerons, dans quelques instants, un accord intergouvernemental qui offrira un cadre utile dans cette perspective.

Nous avons aussi évoqué la situation en Europe et en Asie du Sud-Est. Grâce à la détermination de la France et de ses partenaires, la zone euro a retrouvé sa stabilité et la priorité consiste aujourd'hui à renouer avec la croissance. L'ASEAN est, quant à elle, engagée dans la mise en place d'une communauté économique en 2015, avec un accent sur la connectivité.

L'Union européenne a vocation à être aux côté de l'ASEAN dans la réalisation de cette ambition. Elle souhaite négocier avec plusieurs pays d'Asie du Sud-Est, dont la Thaïlande, des accords de libre-échange qui permettront de donner une nouvelle dynamique à nos relations.

La France et la Thaïlande doivent y prendre toute leur part. C'est la raison pour laquelle il est essentiel que le dialogue politique que nous avons noué, ces derniers mois, se poursuive dans la durée. C'est bien là le souhait de mon gouvernement.

Je vous remercie./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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3. Thaïlande - UE - ASEAN - Climat - Aide au développement - Francophonie - Études en France - Discours du Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault, à l'Université Thammasat (Bangkok, 05/02/2013)

Merci, Monsieur le Recteur, pour vos propos d'accueil si chaleureux et merci Monsieur le Président, Monsieur le Recteur de me permettre de m'adresser devant vous, Mesdames et Messieurs les Professeurs et Étudiants de cette célèbre université.

Je voudrais saluer bien sûr à mon tour les personnalités présentes et le faire avec ceux qui m'accompagnent, Mme la ministre déléguée chargée de la francophonie, Mme Yamina Benguigui, et puis les membres de l'Assemblée nationale, les députés et les sénateurs et je voudrais saluer aussi M. l'Ambassadeur de France et aussi tous les autres ambassadeurs qui sont présents ici. Monsieur le ministre des Transports, merci d'être là pour représenter votre gouvernement, de m'avoir accueilli dès hier soir et de m'accompagner tout au long de cette journée en Thaïlande.

Mais ce qui est important en effet, Monsieur le Recteur, c'est de pouvoir m'exprimer devant les forces vives de votre pays - vous êtes parmi les meilleurs représentants de ces forces vives - et je le fais en particulier dans une université, là où la jeunesse se forme et est prête et déterminée à jouer un rôle majeur pour l'avenir de son pays mais aussi de l'ensemble de l'humanité puisque vous accueillez à l'université Thammasat non seulement des étudiants de votre pays mais aussi du monde entier.

Je connais très bien l'importance de votre université, je sais le rôle majeur qu'elle a joué dans l'histoire contemporaine de votre pays, elle s'est toujours placée à l'avant-garde des réformes, des progrès de la démocratie et des droits de l'Homme. Donc c'est pour cela que je suis heureux aussi de saluer votre université, ses professeurs, ses étudiants d'aujourd'hui mais aussi ce qu'elle représente dans votre Histoire mais aussi dans les liens particuliers qu'elle a tenu à entretenir avec la France.

Vous l'avez rappelé, celui qui l'a fondée en 1934 connaissait bien la France. C'est en effet au cours de ses études dans mon pays que Pridi Banomyong a imaginé, paraît-il dans un petit hôtel de la rue du Sommerard à Paris, la réforme constitutionnelle qui aboutira à la mise en place de la monarchie constitutionnelle en Thaïlande. Les détails sont parfois amusants, mais ce ne sont pas toujours des détails, il y a parfois des rencontres, des circonstances qui font que des idées naissent et qu'elles vont transformer le monde.

En tout cas, le lien avec la France a continué. Plus de la moitié des professeurs de droit de Thammasat y ont étudié, et c'est votre cas, Monsieur le Recteur. Vous me le rappeliez tout à l'heure, vous êtes venu d'abord en France y apprendre le français et vous avez eu ce courage d'aller dans un pays dont vous ne connaissiez absolument pas la langue, peut-être un mot, ou deux, mais vous avez d'abord commencé à apprendre notre langue, vous êtes resté cinq ans et vous parlez excellemment le français, je voudrais vous en féliciter. C'est vrai.

D'ailleurs la preuve c'est que les murmures dans la salle sans traduction, ont montré que vous n'étiez pas tout seul à comprendre et à parler le français, donc je vous félicite aussi pour votre département de français qui est l'un des plus dynamique de Thaïlande. Et je voudrais vous exprimer à cette occasion la gratitude de la France, vous savez combien chaque pays est attaché à sa langue mais la France l'est particulièrement.

La langue française est un lien qui unit nos deux pays. D'ailleurs, la Thaïlande comme le Laos, comme d'autres pays autour de cette région mais vous êtes les précurseurs, ont choisi de faire partie de l'Organisation internationale de la francophonie. C'est le cas aussi du pays où j'étais hier, le Cambodge, mais c'est à l'implication de sa Majesté le Roi Bumibhol Adulyadev et de sa soeur aînée, la Princesse Galyani Vadhana, que nous devons la vigueur de la langue française en Thaïlande. Je profite de cette occasion pour leur rendre hommage et les remercier.

Auprès de vous, je voudrais souligner que le français n'est pas seulement une langue du patrimoine que l'on conserve mais c'est une langue d'avenir, elle permet d'ouvrir de nombreuses portes. C'est vrai que si on fait la concurrence avec d'autres langues, nous ne gagnerons pas la bataille du nombre, mais aujourd'hui l'on compte plus de 220 millions de Francophones de par le monde, il y en aura probablement trois fois plus en 2050, notamment sur le continent africain dont le dynamisme, notamment économique, se confirme. Il y a des pays d'ailleurs africains, je pense à l'Afrique du Sud, de langue anglaise qui jouent un rôle économique et politique très important sur le continent africain, et pour pouvoir développer leurs relations avec le reste de l'Afrique, eh bien l'Afrique du sud est un des pays de langue anglaise où on apprend le plus le français. Mais même en Chine on apprend le français et donc comme vous, vous voyez, vous avez donné l'exemple, vous avez compris l'enjeu aussi de maîtriser la langue française.

La langue française n'est qu'un des nombreux liens qui nous unissent, ce n'est pas le seul. Nos pays ont d'autres choses en commun, leur taille, leur population, leur organisation administrative. Il y a un conseil d'État ici inspiré de l'histoire administrative française. Mais il y a aussi l'attrait touristique. Beaucoup d'autres atouts que vous présentez pour vos voisins mais aussi pour d'autres pays du monde entier. À ces traits communs s'ajoutent un même attachement à l'indépendance, un même attachement au patrimoine, aux traditions ; un même goût pour l'art de vivre qui traduit une certaine idée de l'homme et de la civilisation ; et une même volonté de tirer tout le parti de la mondialisation dans le respect de ce que nous sommes chacun d'entre nous.

Cela fait longtemps d'ailleurs que Français et Thaïlandais éprouvent une attraction mutuelle. En Asie du Sud-Est, c'est le Siam avec lequel nous avons établi en premier des relations diplomatiques, dès le XVIIe siècle, avec les fameux échanges d'ambassades du roi Narai et de Louis XIV. Vous voyez, avec le temps, nos liens se sont resserrés. Plus de 20.000 Français vivent dans votre pays et plus de 600.000 s'y rendent chaque année en vacances.

360 entreprises françaises sont installées dans votre pays et souvent depuis des années. Parmi nos grands groupes industriels, rares sont ceux qui n'y sont pas implantés. La Thaïlande est devenue le deuxième partenaire économique de la France en Asie du Sud-Est. Nous sommes le neuvième investisseur étranger dans votre pays et d'autres coopérations viennent nourrir notre relation bilatérale. Je pense à la recherche, puisque sont installés en Thaïlande les plus importants groupes de chercheurs français de toute l'Asie.

Je pense aux échanges d'étudiants, encore trop peu d'étudiants thaïlandais en France ; eh bien je tiens à vous dire que la France est prête à en accueillir davantage. Les universités françaises sont prêtes à accueillir beaucoup d'étudiants thaïlandais. Je vous invite donc à le dire et, si vous avez envie de le faire, vous serez les bienvenus, Mesdames et Messieurs les Étudiants. La formation professionnelle n'est pas moins indispensable au développement économique de nos deux pays et je me réjouis qu'un accord de coopération soit justement conclu ce soir entre les Instituts universitaires technologiques et leurs homologues thaïlandais, les Instituts Rajamangala.

Dans le domaine de la culture, nous avons en commun d'être des pays de création, attachés à leur identité et à la diversité culturelle. Les artistes de nos pays doivent davantage travailler ensemble et faire naître des projets conjoints. Le septième art par exemple, n'est-ce pas Madame la Ministre, pourrait être l'un des domaines privilégiés de cette coopération, de cette création commune entre la France et la Thaïlande, parce que nos deux pays sont des «pays de cinéma». Et vous avez même de grands réalisateurs puisque l'un d'entre eux, Apichatpong, a été palme d'or au Festival de Cannes 2010 pour son film «Oncle Boonmee», je ne sais pas si je prononce bien mais c'est un film qui parle de fantômes, il ne faut pas que cela vous fasse peur. En tout cas c'était un magnifique succès.

Mais je voudrais lancer un appel, pas seulement en ma qualité de Premier ministre de la République française, mais aussi en tant qu'ancien maire d'une grande ville française, qui est la ville de Nantes et qui a su développer un important réseau d'échanges internationaux, notamment sur le plan culturel. Je crois que la coopération entre les villes est quelque chose que nous pouvons davantage développer. Elle offre pourtant des pistes prometteuses à chacune de nos populations. J'ai appris d'ailleurs que le maire de Brest allait venir très prochainement ici pour inaugurer une rue de Brest, parce qu'il existe à Brest une rue de Siam. Alors c'est l'amorce je suis sûr d'une relation durable. Mais, en tout cas, parfois les choses partent d'idées modestes mais c'est tout un symbole, les villes portuaires tournées vers le monde et donc nous devons échanger, inventer de nouveaux modes d'échanges, en tout cas ceux de notre temps. Et en tout cas je suis convaincu que ces échanges pourront se développer avec votre pays mais aussi avec d'autres pays d'Asie, d'Asie du Sud-est.

Mesdames et Messieurs, les relations bilatérales sont importantes, mais je pense que l'une des convictions que la France et la Thaïlande partagent, c'est que ces relations bilatérales ne suffisent pas à régler les problèmes qui sont devant nous. L'intégration régionale et la coopération internationale, dans le cadre d'une gouvernance mondiale renforcée, sont également indispensables. Les équilibres changent, mais les règles du jeu changent aussi. De nouvelles puissances s'affirment et ces nouvelles puissances légitimement veulent avoir leur mot à dire. Et dans un monde globalisé, les États ne peuvent plus à eux seuls défendre leurs intérêts, protéger leurs citoyens et assurer leur prospérité.

Cette conviction guide la France depuis l'origine de la construction européenne. Elle s'est forgée à la suite des deux conflits mondiaux particulièrement meurtriers, nés de différends qui ont longtemps opposé les pays européens entre eux et en particulier la France et l'Allemagne. Eh bien, notre fierté, en France comme en Allemagne, c'est d'avoir bâti sur cette histoire tragique, une amitié inébranlable, dont nous venons de célébrer à Berlin le 50ème anniversaire.

Notre fierté, en Europe, est d'avoir pris la décision, en 1950, de gérer ensemble nos problèmes communs, en recherchant toujours l'intérêt des Européens. La France et l'Allemagne, par l'exemplarité de leur réconciliation et la force du lien qui les unit, constituent le moteur de cette évolution historique, récemment saluée par l'attribution du Prix Nobel de la Paix. Naturellement et je me suis rendu compte de cela dans mes différents déplacements, la crise de l'euro inquiète et elle inquiète y compris sur votre continent. Mais cette crise est maintenant dépassée. Ce que je suis venu vous annoncer, c'est un message de confiance.

L'Europe a pris des décisions, les décisions nécessaires pour stabiliser la zone euro. Décision nécessaire pour elle-même, pour l'Europe, pour chacun des membres de l'Union européenne et d'abord ceux qui font partie de la monnaie unique. Mais nécessaire pour le reste du monde. Quand je viens en Asie - c'est mon deuxième déplacement en quelques mois - ou en Amérique du Sud, on me pose cette question parce que l'économie du monde, pas seulement l'économie, mais la stabilité politique aussi, dépend de la bonne santé de ce qui se passe sur les autres continents. Eh bien ce qui se passe en Europe, vous intéresse. Eh bien je le disais, l'Europe a pris des décisions.

Nous sommes en train de mettre en place une union bancaire. Nous travaillons depuis juin dernier à l'approfondissement équilibré de l'union monétaire et économique. Les difficultés de nos partenaires les plus vulnérables, je pense à la Grèce, sont en passe d'être surmontées. Le pacte européen pour la croissance et l'emploi est la première étape d'une réorientation de la construction européenne vers la croissance. Et la création d'une monnaie commune, d'une monnaie unique, ce fut une première historique. Mais lorsque cette décision a été prise, peut-être que nous avons sous-estimé les conséquences des disparités économiques entre États membres, et pensé un peu vite que la création de l'euro suffirait en elle-même à faire converger les économies européennes.

Mais ce qui est important c'est de savoir tirer les leçons de l'histoire, mais de ne pas regretter ce qui s'est passé. Parce que quand l'euro a été décidé, l'Europe traversait une période d'incertitude, c'était la fin de l'Union soviétique, l'effondrement de tout le système communiste non seulement de l'Union soviétique mais de ces pays de l'Europe de l'Est pendant 50 ans sous le joug de la dictature et c'était la fin de l'Allemagne divisée. Division symbolisée par le mur de Berlin qui s'était effondré et ces images vous les avez-vous aussi en mémoire. Elles sont extraordinaires mais elles ont déstabilisé ce qui existait et c'est toute l'intelligence des dirigeants politiques de l'époque, je pense à deux d'entre eux, François Mitterrand pour la France, Helmut Kohl pour l'Allemagne qui ont compris qu'il fallait, au-delà de la nécessaire et juste réunification de l'Allemagne, stabiliser la situation politique et c'était d'abord la première urgence. Que pour cela il fallait reconnaitre les frontières, notamment de l'Allemagne, non pas avec la France à l'Ouest, mais à l'Est avec la Pologne, ce qui fut fait et ce qui était un élément très fort de stabilité politique.

Mais en même temps, une volonté aussi d'ancrer l'Allemagne réunifiée, agrandie et aussi les autres démocraties retrouvées, à l'Europe et donc le choix de créer une monnaie unique a d'abord été un choix politique. C'est pour cela qu'il ne faut pas le regretter bien sûr, au contraire, même s'il y a des choses à changer et à améliorer, ce que nous sommes en train de faire. C'est-à-dire tout faire pour consolider cette construction historique unique qui est celle de pays qui se sont affrontés comme je le rappelais tout à l'heure et qui ont fondé une zone de paix et de liberté depuis 60 ans.

Cela n'empêche pas, malgré les améliorations qu'il faut apporter, que l'Europe est la première puissance économique de la planète. La première puissance commerciale de la planète. Donc on voit bien que l'intérêt que vous nous portez, si loin, est à la fois un intérêt politique, la stabilité du monde, mais aussi un intérêt économique et un intérêt aussi de construire un monde nouveau mais un monde stable, équilibré et porteur de réponses à la question que se pose la jeunesse du monde, c'est-à-dire quel est l'avenir qu'on lui propose.

En tout cas, cette Europe permet de faire vivre ensemble 500 millions d'Européens dans 27 pays et bientôt 28 États membre. Et c'est pour cela qu'en même temps nous sommes tournés vers le reste du monde et nous sommes attentifs à ce qui se passe aussi chez vous. Nous soutenons avec force la volonté de l'ASEAN, et en particulier de la Thaïlande, de construire sa propre intégration régionale. Votre projet de «communauté économique», prévue pour 2015, est prometteur. Sa réalisation annonce davantage de croissance, davantage de débouchés, davantage d'investissements, en Asie et au-delà.

Plus encore, toutes les coopérations que les États de l'ASEAN pourront nouer, dans tous les domaines, seront utiles. En tout cas, le soutien de la France vous est acquis. Vos initiatives dans le domaine de la sécurité régionale sont essentielles, car il ne saurait y avoir de prospérité sans apaisement des tensions. Sur ce sujet également, mon pays est prêt à partager son expérience. Au-delà, c'est à l'échelle du monde que la France et la Thaïlande, qui sont des acteurs responsables sur la scène internationale, doivent agir ensemble. Aux enjeux mondiaux, nous devons apporter des réponses globales.

La crise majeure que nous traversons depuis 2008 en offre un premier exemple. Il ne faut pas seulement en atténuer les effets, rétablir la confiance, retrouver la croissance. Il faut également prendre les mesures qui éviteront les rechutes. Sans quoi les causes d'hier provoqueront les crises de demain. Ce n'est que par une action concertée, dans le cadre des instances internationales telles que le G20, que nous établirons les nouvelles règles dont le monde a besoin, et que nous réduirons les grands déséquilibres qui sont à l'origine de la crise.

Oui en effet, il faut résister à la tentation qu'à chaque crise, à chaque changement, qui nous tente, c'est la tentation du repli sur soi. Une forme de nationalisme. Le protectionnisme serait ruineux, mais la concurrence déloyale, elle est aussi ruineuse, c'est la raison pour laquelle l'Union européenne souhaite fonder ses relations avec des régions telles que l'Asie du Sud-Est sur le principe du juste échange, sur le principe de la réciprocité. Ce juste échange doit devenir un principe cardinal du commerce mondial. C'est la nouvelle stabilité qu'il nous appartient de construire.

Et puis il y a un autre grand chantier qui nous est commun, c'est la lutte contre le changement climatique qui est un autre domaine où il n'y a pas d'autre choix que l'action collective. La Thaïlande, comme d'autres pays, en subit déjà les effets, elle n'a pas besoin d'être convaincue, je le sais. C'est dans cet esprit que la France a proposé d'accueillir la négociation internationale sur le changement climatique en 2015, avec un objectif qui est de mettre en place un nouveau régime international. Eh bien je compte sur votre soutien, celui de votre pays, mais aussi celui de la jeunesse thaïlandaise pour que nous puissions ensemble, franchir cette nouvelle étape. Je sais que c'est difficile parfois, et en particulier pour les pays qui se développent.

J'étais il y a peu de temps à Santiago du Chili à la rencontre entre l'Union européenne et les pays d'Amérique Latine et de la Caraïbe ; cette question a été abordée et un pays parmi les plus pauvres a dit «oui mais nous subissons aussi les conséquences d'un certain modèle de production économique, nous n'avons pas toujours choisi et parfois on nous a imposé». Et donc, il y a des choses à changer, chacun a à changer. Le modèle économique, le modèle de production, mais même si certains ont plus d'efforts à faire que d'autres, c'est une cause collective, c'est une cause mondiale et nulle ne pourra échapper à ses devoirs et à ses responsabilités. En tout cas je sais que c'est une des préoccupations des jeunes générations.

Parce qu'évidemment les jeunes générations, la jeunesse, pense à son propre avenir, l'avenir individuellement, l'emploi, la qualité de vie, le niveau de vie, eux aussi espèrent un monde plus juste, meilleur, plus fraternel, plus sûr, plus protecteur pas seulement pour soi-même, mais aussi pour la planète. Donc c'est une belle cause, une belle cause j'allais dire pour certains utopistes, idéaliste mais il faut des causes idéalistes et utopistes qui donnent du sens à l'engagement personnel.

Enfin, vous savez l'importance que la France attache à la solidarité internationale. Les ressources manquent pour épargner aux plus pauvres le sous-développement, la malnutrition, les grandes pandémies. La communauté internationale doit continuer à se mobiliser, notamment pour mettre fin à la volatilité des prix agricoles, à la spéculation sur les matières premières. L'aide au développement doit également trouver de nouveaux financements. Là aussi, l'Europe montre la voie avec la mise en place d'une taxe sur les transactions financières qui a été décidée par 11 États membres, dont la France et l'Allemagne, dans le cadre d'une coopération renforcée et dont une partie sera consacrée à l'aide au développement. Mais l'aide au développement c'est aussi lutter contre la spéculation financières, c'est lutter contre les paradis fiscaux, voilà encore tant de causes, tant de sujet qui méritent notre engagement, l'engagement de nos États, de nos gouvernements mais aussi l'engagement de nos concitoyens. Chacun à sa part à prendre.

En tout cas, sur tous ces sujets, la France et la Thaïlande, l'Union européenne et l'ASEAN, ont vocation à travailler ensemble à la recherche de solutions ambitieuses aux problèmes de notre temps. L'excellence de nos relations bilatérales, le dialogue entre nos deux peuples, votre enthousiasme sont autant d'atouts qu'il nous appartient de mettre à profit pour bâtir un monde plus juste, plus sûr et plus prospère, plus généreux, plus fraternel. C'est le dessein que je propose et que nous puissions ensemble, j'en suis sûr, atteindre, tous les deux, les deux peuples, le peuple français et le peuple thaïlandais. Je vous remercie.

Q - Bonjour Monsieur le Premier Ministre, je suis étudiant de quatrième de licence de français, est-ce que le gouvernement français modifiera la politique d'accueil des étudiants asiatiques pour ceux qui souhaitent continuer les études en France ou effectuer des stages professionnels dans les entreprises françaises ? Merci beaucoup.

Q - Bonjour monsieur le Premier Ministre, je suis étudiant en deuxième année en master d'études françaises et j'ai connu la nouvelle, vous avez été longtemps maire de Nantes n'est-ce pas, donc je voudrais savoir, il y a des coopérations entre des grandes villes françaises et des grandes villes asiatiques ? Merci.

Q - Donc en Thaïlande nous suivons avec intérêt l'affaire d'études racistes, le gouvernement français y soutient que la loi française doit prévaloir sur le règlement de twitter. Ici en Thaïlande, nous avons également un débat sur la loi de lèse-majesté qui est toujours en vigueur malgré les déclarations récentes de l'Union européenne à ce sujet. Quelle est, Monsieur le Premier Ministre, la position de la France par rapport à ce sujet ? Merci beaucoup.

Q - Bonjour Monsieur le Premier Ministre, je suis étudiante en quatrième année de licence de français. Un accord de libre-échange entre plusieurs pays de Siam doit entrer en vigueur en 2015, la France et l'Union européenne vont-elles modifier leur politique commerciale vis-à-vis du marché commun de la Siam ? Merci beaucoup.

Q - Monsieur le Premier Ministre, je suis président de l'Alliance française et aussi le co-président du Conseil économique entre la Thaïlande et l'Union européenne. Si vous permettez, je voudrais bien savoir, Monsieur le Premier Ministre, la France avait longtemps mis l'accent sur l'Afrique, est-ce que la France sous votre gouvernement, s'engagerait plus activement envers l'Asie et surtout les pays du bassin de ... dans le domaine du commerce et investissement ? Je vous remercie bien Monsieur le Premier Ministre.

R - Merci d'abord aux étudiants qui m'ont posé leur question en français, je voudrais les féliciter, je le disais tout à l'heure, le département français ici est un département très important, mais je vois les résultats Monsieur le Recteur. Je veux féliciter les professeurs et les étudiants. Je me rends compte que vous comprenez directement sans traduction parce qu'il y a toujours un petit décalage entre le mot prononcé et la réaction, et vous réagissez vite, c'est bien la preuve que beaucoup d'entre vous comprennent le français.

Oui, la France veut se montrer plus accueillante aux étudiants étrangers. Il y a eu dans le passé une approche un peu frileuse, restrictive et le gouvernement a pris des décisions pour faciliter, dans le respect bien sûr du droit, l'accueil des étudiants étrangers, beaucoup d'universités françaises le souhaitent, leur proposer aussi des conditions d'accueil qui soient favorables sur le plan matériel pour pouvoir réussir des études. C'est un atout pour les jeunes eux-mêmes venant d'autres pays, donc c'est vrai pour les jeunes thaïlandais, il y a à peu près 1.000 étudiants aujourd'hui venant de Thaïlande en France, c'est trop peu. Comme il y a très peu d'étudiants français ici. Donc c'est l'idée d'échange.

Donc vous me posez la question et en tant que chef de gouvernement je vous réponds favorablement, je poserai la question à votre Première ministre quand j'aurai des entretiens avec elle, mais j'ai déjà eu le plaisir de la recevoir à Paris il y a six mois et le hasard a fait que nous étions assis côte à côte hier à la cérémonie de crémation du Roi Norodom Sihanouk, nous avons commencé un peu à discuter. Mais nous aborderons ces questions aussi.

Vous avez aussi évoqué les relations de ville à ville. Moi j'encourage vraiment, si on veut construire des relations durables, Monsieur le Président de l'Alliance française nous l'a dit tout à l'heure, il faut une alliance durable mais cela passera aussi par les peuples, par la connaissance des gens entre eux et notamment des jeunes. Et c'est ce qui s'est passé en Europe que j'évoquais tout à l'heure. On a développé beaucoup ce qu'on a appelé les jumelages de ville à ville, cela a permis énormément, surtout après la seconde guerre mondiale, la réconciliation franco-allemande par exemple quand les gens se connaissent. Donc, moi, j'encourage les échanges de ville à ville. Je citais le cas de Brest, mais il y a trop peu encore de cas de ce type, donc avec Mme la ministre de la francophonie je pense que nous allons aborder cela à notre retour. Mes collègues parlementaires qui sont là et qui président aussi les groupes d'amitié France-Thaïlande ou comme hier France-Cambodge, le député de la circonscription, de la grande circonscription, Thierry Mariani, vont avec mes collègues, Catherine Tasca, Catherine Quere et ... (inaudible) faire cette contribution j'en suis sûr, en tout cas, je leur lance un appel pour nous aider.

Après vous m'avez parlé de twitter. Internet c'est une formidable liberté, il y a des pays par exemple où il n'y a pas de liberté de la presse et à titre individuel on se sert d'Internet pour communiquer. Il faut savoir que c'est une liberté, c'est une formidable invention, alors une liberté c'est comme toute liberté, elle conduit aussi à respecter un certain nombre de devoirs et c'est vrai que cela nécessite parfois cet instrument de la régulation. Mais pas d'atteinte à la liberté fondamentale et on sait que certains pays s'étant rendus compte que malgré toutes les contraintes qu'ils mettaient à la liberté de la presse et à la liberté d'opinion qui permettent que les opinions publiques se constituent dans des vraies démocraties, eh bien que malgré cette atteinte à la liberté de la presse, des personnes, des citoyens de ces pays se servaient d'Internet pour communiquer et s'exprimer et stoppaient Internet.

Donc évidemment ce n'est pas ma conception et ce n'est pas la conception de la France. La seule chose qu'il faut trouver et inventer c'est la régulation et effectivement que des atteintes à la personne humaine, aux valeurs fondamentales, à tout ce qui peut dégrader les valeurs fondamentales de la personne humaine, je pense au racisme, aux atteintes, au sexisme, à tout ce qui dégrade la personne humaine, doivent être combattu. Donc c'est là qu'il faut trouver des réponses. Après, les autres sujets que vous avez évoqués relèvent évidemment de la législation de chaque pays et je ne connais pas cette question, en tout cas en France, ce délit n'existe pas.

Monsieur le Président, merci pour votre intervention. Oui, nous voulons absolument encourager les accords de libre-échange entre l'Union européenne et les pays d'Asie. Alors ce que nous sommes en train de faire avec la Thaïlande et peut-être avec d'autres pays, l'ASEAN pour l'instant n'est pas suffisamment constituée pour qu'on imagine ce type d'accord, mais comme je vous l'ai dit tout à l'heure, ces accords négociés doivent être profitables aux deux parties. Donc ce sont des accords équilibrés sur la base du principe du juste échange et de la réciprocité. Mais là où ils existent, là où ils ont été bien négociés, de façon équitable, à chaque fois nous pouvons constater qu'ils créent une dynamique de part et d'autre, ils renforcent la croissance économique et donc la création d'emploi et de valeurs ajoutées.

Alors il y a des moments, des étapes d'évaluation ; s'il y a des corrections à apporter, des mécanismes de sauvegarde ils doivent jouer ; si les règles de départ ne sont pas entièrement respectées, mais lorsque c'est fait, c'est tout à fait convaincant... ./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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4. Thaïlande/ASEAN - Communiqué du ministère du commerce extérieur (Paris, 07/02/2013)

L'ASEAN, une priorité du commerce extérieur français

En marge de la visite officielle du Premier ministre en Thaïlande, la ministre du commerce extérieur, Mme Nicole Bricq, et son homologue thaïlandais, M. Boonsong Teriyapirom ont tenu le Dialogue économique de haut niveau franco-thaïlandais.

Comme ils s'y étaient communément engagés lors de leur premier entretien en juillet dernier, à l'occasion de la visite en France du Premier ministre thaïlandais, Mme Shinawatra, les deux ministres ont, à l'occasion du Dialogue économique de haut niveau, évoqué l'ensemble des sujets de coopération économique et commerciale, en ciblant en particulier deux secteurs :

- Les transports (aéronautique et ferroviaire). La ministre a souhaité la signature rapide d'un accord de coopération dans le domaine ferroviaire et la participation française à plusieurs projets (LGV et transports urbains) qui doivent être lancés d'ici fin 2013 en Thaïlande ;

- L'énergie, Alstom venant notamment de signer un important contrat de fourniture d'une centrale de gaz à cycle combiné.

La perspective d'un accord de libre-échange entre l'Union européenne et la Thaïlande a également été au coeur de cet entretien. Dans la foulée du Premier ministre, la ministre a rappelé le soutien actif de la France, tout en précisant les conditions pour y parvenir, sur la base d'un équilibre réciproque.

La ministre a invité son homologue thaïlandais à se rendre en France en 2014, afin de faire le point sur ces différents sujets et de respecter le rythme annuel des échanges entre les deux pays.

Pour Mme Nicole Bricq : «La Thaïlande fait partie de mes pays prioritaires, au même titre que plusieurs pays de l'ASEAN. J'avais également accompagné le Premier ministre à Singapour et aux Philippines en octobre dernier et me rendrai très prochainement au Vietnam, en Indonésie, puis en Birmanie et en Malaisie. La part de marché française est plafonnée à 1,5% en moyenne dans cette zone, alors que ces pays, résilients à la crise internationale, affichent des taux de croissance supérieurs à 5 %. Des couches moyennes émergent, exigeantes en termes de qualité des produits, des défis urbains majeurs se posent. Autant de potentiels pour nos entreprises. Ce déplacement en Thaïlande a pleinement confirmé ce diagnostic et je suis pleinement engagée pour que la France et ses entreprises y soient visibles et pro-actives, dans la durée»./.

(Source : site Internet du ministère du commerce extérieur)

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5. Mali - Tunisie - UE - Entretien du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec «RMC» - extraits - (Paris, 07/02/2013)

Q - La situation est sérieuse, grave, en Tunisie, l'avocat Chokri Belaïd a été assassiné, secrétaire général du Parti des patriotes, membre de l'opposition, il critiquait fermement le parti islamiste Ennahda. Qui veut semer le chaos en Tunisie, Laurent Fabius ?

R - Les ennemis de la révolution. La révolution, au départ, était une lutte pour la dignité, pour la liberté, et maintenant c'est la violence qui s'installe. Donc, moi, je veux condamner de façon extraordinairement ferme ce qui s'est passé en Tunisie. Il s'agit d'un assassinat politique. Je veux apporter mon soutien et le soutien de la France à ceux qui souhaitent arrêter la violence, et dire qu'on ne peut pas laisser se développer l'obscurantisme et la violence. Donc, les Tunisiens ce sont nos amis, nos frères, nos cousins.

Q - C'est l'obscurantisme qui a tué, Laurent Fabius ?

R - Oui, parce que Chokri Belaïd était un opposant, un laïc, un avocat...

Q - Il avait été menacé...

R - Il avait été menacé. Je ne sais pas qui est à l'origine de cet assassinat, mais la violence doit être rejetée. On ne peut l'accepter nulle part, notamment pas en Tunisie.

Q - Le Printemps arabe est-il déjà perverti en Tunisie ? Cette révolution qu'on a vantée...

R - Oui, et puis qui a commencé en Tunisie. J'ai pensé que c'était en Tunisie que peut-être les choses se passeraient le mieux, parce que c'est un pays qui est à taille relativement limitée, où il y a un niveau d'éducation important, où il y a un développement économique, et puis vous voyez ces violences. Donc, il ne faut absolument pas se laisser entraîner dans ce cycle, et j'espère vraiment de tout mon coeur que les Tunisiens vont se ressaisir.

Q - «La France est préoccupée par la montée des violences politiques en Tunisie», c'est ce qu'a dit hier soir le président de la République, mais avant-hier il disait, «ce pays est un exemple des Printemps arabes, qui connaît, étape après étape, son aboutissement». Eh bien, les faits l'ont démenti très vite, 24 heures plus tard, Laurent Fabius.

R - Oui, mais le président de Tunisie a tenu le même discours devant le Parlement européen. Ce n'est pas la première fois, là c'est la chose la plus abominable, mais vous savez qu'il y avait déjà eu des attaques avec les extrémistes détruisant toute une série de choses. On ne peut pas accepter cela et j'espère vraiment que les Tunisiens vont se ressaisir.

Q - Le pouvoir est-il trop faible en Tunisie ? C'est ce que dit la rue.

R - Il est divisé : vous avez trois composantes. Et puis, il y a l'adoption d'une Constitution qui n'arrive pas à se faire. Le Premier ministre a décidé de changer le gouvernement, d'après ce que je comprends, et d'aller aux élections. S'il y a des élections, il faut que les Tunisiens s'expriment, et j'espère qu'ils s'exprimeront pour le calme.

Q - Toujours pas de Constitution, effectivement, on l'attend depuis plusieurs mois maintenant.

R - Depuis très longtemps. Alors, il y a des oppositions entre les uns et les autres, bon ! Vous savez, on n'a jamais pensé que la révolution c'était un long fleuve tranquille, que c'était linéaire, mais quand on voit ces exactions et ces violences, évidemment, on ne peut que les condamner.

Q - Avant-hier soir le président de la République, François Hollande, annonçait un prochain déplacement en Tunisie, au printemps...

R - Oui, qui est prévu pour le mois de mai.

Q - Est-ce qu'il est maintenu ?

R - On va voir quelle est la situation. S'il y a des élections, je ne sais pas quand elles vont avoir lieu. En général, nous ne nous mêlons pas des élections...

Q - Il pourrait être reporté donc.

R - En tout cas le soutien de la France, du président, de moi-même, à une Tunisie démocratique, et pacifique, ça c'est absolument...

Q - Mais le soutien à qui ? Parce que qui est au pouvoir en Tunisie aujourd'hui ? On le cherche !

R - Non, il y a un gouvernement, dirigé par Ennahda.

Q - Il y a un président de la République, il y a un gouvernement, dirigé par Ennahda, qui serait peut-être impliqué, je dis peut-être, peut-être impliqué dans cet assassinat politique.

R - On ne peut pas porter de jugement.

Q - Je dis peut-être, Laurent Fabius.

R - On ne peut pas porter de jugement, mais il y a des extrémistes qui veulent que la révolution échoue, et ce n'est pas possible de l'accepter.

Q - Le Mali, maintenant, Laurent Fabius. Est-ce que nos sept otages sont vivants ?

R - Oui. Sur les otages, j'ai toujours la même ligne, consistant à dire : discrétion et détermination. Nous n'avons pas reçu d'éléments nouveaux dans les jours passés. Mais nous considérons que s'il y avait des grandes évolutions, nous le saurions.

Q - Je vous dis cela parce que le général qui dirige la MISMA, les forces africaines, est peut-être allé un peu vite en besogne en affirmant qu'une opération de libération était imminente.

R - Je crois que les éléments d'information n'étaient pas en sa possession.

Q - C'est-à-dire qu'il ne savait rien. «La France restera au Mali le temps qu'il faudra», disait le président de la République le 2 février dernier à Bamako. Il y a eu interprétation sur les premiers départs des troupes françaises du Mali, on a parlé du mois de mars.

R - Le calendrier est le suivant. Nous sommes allés là-bas parce que sinon il n'y avait plus de Mali, c'est clair. Nous sommes intervenus parce que sinon les terroristes prenaient le contrôle du Mali et il y avait un risque qu'ils prennent le contrôle de l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest. Le président a eu quelques heures pour se décider, nous étions les seuls à pouvoir intervenir.

Nos troupes sont intervenues, très efficacement, mais nous n'avons absolument pas vocation à rester durablement. Nous avons donc déjà prévu un calendrier. Au fur et à mesure que la MISMA, c'est-à-dire les forces africaines et aussi les forces maliennes montent en régime, elles prennent notre relais, ce qui devrait nous permettre, si tout se passe comme prévu, à partir du mois de mars, de diminuer le nombre de nos troupes. Cela ne veut pas dire que nous allons partir du jour au lendemain.

Q - 4.000 soldats français actuellement au Mali.

R - Oui, c'est cela. Et puis, progressivement, une MISMA qui monte en puissance avec plusieurs milliers de soldats, et qui prend notre relai. Nous, nous restons pour un certain nombre d'opérations.

Q - Donc, à partir de mars, si tout se passe bien...

R - On devrait avoir une diminution.

Q - ...on diminue le nombre de soldats français.

R - C'est cela. Une des leçons que nous tirons de toute une série d'opérations qui ont eu lieu dans le monde, c'est qu'il faut se fixer un objectif précis, un calendrier précis, après il faut adapter en fonction de la situation, mais nous n'avons jamais dit que nous avions vocation à rester éternellement au Mali, c'est clair et c'est net. Il va y avoir le relais par les Maliens et les Africains. Parallèlement, il faut qu'il y ait un dialogue politique, des élections et une aide au développement ; ce sont ces trois volets qu'il faut avoir à l'esprit.

Q - Est-ce que l'objectif est de libérer tout le Mali, tout le territoire malien...

R - Bien sûr.

Q - Et de «liquider» tous les djihadistes extrémistes...

R - Les militaires disent «traiter» les groupes terroristes. Alors, j'insiste sur le fait que le dialogue est nécessaire parce que pendant très longtemps le Nord a été laissé à l'écart. Il y a donc des populations avec lesquelles il faut que les Maliens entrent en dialogue et, après, il y aura les élections. Le dialogue aura lieu avec les groupes du nord à condition que, un, ces groupes respectent l'intégrité du Mali et, deux, abandonnent leur armement.

Q - Vous avez commencé à dialoguer, justement ?

R - Oui, bien sûr.

Q - Avec par exemple des musulmans modérés du Nord-Mali ?

R - Bien sûr, mais c'est aux autorités maliennes de le faire. Ils ont adopté ce qu'on appelle une feuille de route, et dedans il y a le dialogue politique, et nous, nous pouvons aider, nous allons aider.

Q - Donc le dialogue est engagé.

R - Oui, c'est indispensable. Ce n'est pas uniquement avec des militaires que l'on peut traiter une situation, il y a aussi l'aspect politique et l'aspect du développement.

Q - Cette guerre au Mali, cet engagement, qui a déjà coûté 70 millions d'euros je crois, vous confirmez ce chiffre ?

R - Oui, c'est le chiffre qui a été donné par Jean-Yves Le Drian, mon collègue et ami du ministère de la défense. Cela représente un gros effort pour la France, il faut le souligner, bien sûr.

Q - Combien de victimes, on n'a pas trop de bilan. Côté français on sait, mais côté djihadistes ?

R - Le ministère de la défense a dit quelques centaines, ce n'est pas facile à identifier, on parle de choses assez macabres, parce qu'en général les victimes ce sont des pickups, ce sont des camions qui sont visés depuis les airs, et il n'y a pas d'identification possible pour chaque personne, mais c'est l'ordre de grandeur, oui.

Q - Mais quelle est la solution au Mali, parce que, en Égypte, en Tunisie, on le voit, en Libye...

R - C'est tout à fait autre chose.

Q - Oui, sauf que les islamistes qualifiés de modérés sont au pouvoir quand même.

R - Où ?

Q - Plus ou moins. Ennahda en Tunisie...

R - Non, là vous me parlez du Mali.

Q - Oui, je vous parle du Mali, mais est-ce que ce n'est pas l'avenir du Mali ?

R - Non. Le Mali, on verra au moment des élections.

Q - Est-ce que cela ne risque pas d'arriver ?

R - Non, la population choisira qui elle veut, mais c'est un pays qui a vocation à être démocratique.

Q - La classe politique française rangée derrière François Hollande, à l'exception notable de Noël Mamère, Dominique de Villepin, Valéry Giscard d'Estaing lui aussi...

R - C'est vrai qu'il y a une unanimité, à la fois nationale, et internationale.

Q - Vous appréciez ?

R - Comme chef de la diplomatie, quand tout le monde dit «la politique étrangère de la France bravo», je ne suis pas sûr que cela va durer, le concert de louanges, mais, bon ! Nous essayons, d'avoir une politique extérieure de rassemblement, et là je crois que tout le monde reconnait - à part quelques-uns - que c'est ce qu'il fallait faire. Simplement, il faut faire attention, parce qu'il faut tirer les leçons de ce qui s'est passé ailleurs, il y a des erreurs à ne pas commettre, par exemple dire que l'on va rester à long terme, ne pas fixer de but précis. Il faut avoir des buts précis, il faut s'appuyer sur la population locale, il faut encourager le dialogue démocratique, penser au développement. Ce n'est pas l'Afghanistan, ce n'est pas la Somalie, ce n'est pas cela, mais il y a quand même des leçons à tirer sur des erreurs à éviter, que nous voulons éviter.

Q - «C'est le plus beau jour de ma vie politique» a dit François Hollande à Bamako...

R - Oui...

Q - Vous-même vous avez versé une larme, Laurent Fabius.

R - Oui, parce que c'était extrêmement fort. On est, que ce soit François Hollande, moi-même, d'autres, des gens habitués à des situations tendues, mais là c'était d'une force extraordinaire, parce que quand vous avez des milliers et des milliers de personnes...

Q - Cela n'a rien de factice tout ça ?

R - Non, vous avez des milliers et des milliers de gens, qui vous disent comme ça, avec leurs yeux, avec leur bouche, «Vive la France», «Merci la France», eh bien cela vous fait quelque chose là.

Q - C'est ce qu'a dû ressentir Nicolas Sarkozy à Benghazi.

R - Sans doute, sans doute.

Q - La popularité de François Hollande remonte, est-ce qu'il le doit à l'intervention militaire au Mali, franchement ?

R - Je ne suis pas un spécialiste, mais je pense que les gens ont apprécié qu'il prenne des décisions, et de bonnes décisions. Maintenant, vous savez, la popularité, il y a des hauts, il y a des bas, il ne faut pas trop s'occuper de ça. Mais, ce qui est vrai, moi je le vois dans une série de cercles internationaux, c'est que la voix de la France, qui a toujours été respectée, elle est entendue plus fortement, ça c'est sûr.

Q - Il va falloir qu'elle soit entendue à Bruxelles maintenant, la voix de la France, Laurent Fabius.

R - Oui, ça c'est autre chose encore.

Q - Parce que vous allez discuter budget à partir d'aujourd'hui.

R - Pas facile.

Q - Pas facile, budget de l'Union européenne, certains pays, et pas des moindres, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, et d'autres, les Pays-Bas, veulent une réduction de ce budget européen, vous dites «non». Vous dites «non» ?

R - Nous disons qu'il faut faire des économies, mais qu'il ne faut pas tuer la croissance, c'est cela le chemin. Or, nous avons dans tous les pays des situations de croissance très faible, donc le budget européen est là pour essayer d'encourager la croissance. Maintenant, il faut être sérieux, si on casse la Politique agricole commune, si on empêche les dépenses nouvelles...

Q - Vous dites ce matin : «On ne touche pas à la Politique agricole commune» ?

R - Non ; il y a des modifications qui sont proposées.

Q - C'est quoi les modifications ?

R - Il y a une certaine réduction qui est proposée que l'on peut accepter, mais il y a des limites à ne pas dépasser. Et puis, il faut aussi aider ce qu'on appelle les pays de la cohésion, les régions qui sont en retard. Il faut aussi aller vers les dépenses nouvelles : technologie, recherche, transport, etc. Notre idée, c'est donc oui aux économies, mais sans tuer l'économie.

Q - Cela veut dire quoi ? On peut accepter une baisse du budget de 10 % par exemple ?

R - Il y a des discussions : est-ce que c'est quinze milliards ? Vingt milliards ? Trente milliards ? Mais l'attitude de la Grande-Bretagne - on le sait, elle n'est pas possible - consistant à dire que d'un côté il faut diminuer ce budget au point que l'on tue la croissance, et de l'autre qu'il faut garder le chèque britannique.

Q - Mais c'est possible, ça ?

R - Non, ce n'est pas possible.

Q - Mais que fait la Grande-Bretagne dans l'Union européenne, Laurent Fabius ?

R - Que la Grande-Bretagne soit dans l'Union européenne, c'est très bien. C'est une puissance importante. Simplement, elle ne peut pas dire : «je garde les avantages, mais pas les contraintes».

Q - C'est ce que vous allez dire à Cameron ?

R - Ce n'est pas uniquement une discussion avec M. Cameron. Nous voulons arriver à une solution, à un compromis. François Hollande va soutenir une position de compromis. Ce n'est pas la France qui arrive en disant : «C'est ma position» et tout le monde s'aligne. Il y a un compromis à trouver.

Mais il va y avoir une autre difficulté si on arrive à ce compromis - et je m'en suis rendu compte en allant au parlement de Strasbourg l'autre jour -, c'est que le Parlement européen lui-même va devoir donner son accord. Nous avons rencontré des députés européens, quel que soit leur parti politique, qui disaient : «On n'est pas d'accord avec les propositions qui sont faites aujourd'hui.» Il y a donc deux accords à trouver : d'abord, il y a l'accord des chefs d'État et de gouvernement ; ensuite, l'accord du Parlement européen. On va se battre pour cela, ce ne sera pas facile.

Q - Chaque année, chaque Français donne 300 euros à l'Union européenne. L'Union européenne lui reverse 200 euros. C'est bien cela ? Dans d'autres pays, par exemple la Pologne, un Polonais reçoit quatre fois plus qu'il ne donne.

R - À l'Union européenne, vous voulez dire ?

Q - Oui. Est-ce logique ?

R - Il y a des pays qui sont des contributeurs nets, et il y a des pays qui reçoivent de l'argent, mais en fonction aussi de leur niveau de développement. C'est quand même le principe : il ne peut pas y avoir que des gagnants. C'est le principe de solidarité et de croissance. Quand la Pologne se développe, cela peut aussi aider les autres pays. C'est le principe de l'Europe, c'est la solidarité.

Q - Ce dont ne veulent pas les Anglais. Ils ne veulent pas de politique commune, vous le savez. Pas de solidarité.

R - C'est la raison pour laquelle - là, on se projette peut-être vers l'avenir - quand M. Cameron dit : «Mon objectif pour le futur, c'est de réduire ce que fait l'Europe et, en ce qui concerne l'Angleterre, moi je prends ce qui m'intéresse et le reste, je le laisse», nous ne pouvons pas être d'accord. Nous, nous disons si vous voulez : «l'Europe différenciée oui, mais l'Europe self-service, cela ne peut pas fonctionner». (...)./.

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6. Mali - Entretien de la ministre déléguée chargée des Français de l'étranger, Mme Hélène Conway-Mouret, avec le «Journal du Dimanche» (Paris, 06/02/2013)

Q - Avec quel sentiment repartez-vous à Paris?

R - La gestion de la crise malienne et de la sécurité au Niger et au Mali sont complètement différentes. À Bamako, j'ai eu l'impression d'une vie normale avec une menace invisible. La guerre est loin. Mais cette liberté peut conduire à une prise de risques. On en a la preuve avec l'organisation de cours improvisés en plein air, suite à la fermeture du lycée français. C'est une situation très inquiétante. La menace à Bamako est la même que celle à Niamey mais la réponse nigérienne est dans la prévention. Il y a eu une prise de conscience et il y a une certaine angoisse que je n'ai pas ressentie à Bamako. L'enlèvement de deux jeunes à Niamey est dans la mémoire collective. À Bamako, il n'y a pas ce genre de souvenirs, les gens n'ont pas été choqués par ce qu'il s'est passé. Heureusement pour eux.

Q - À Niamey, certains résidents ou expatriés Français évoquent un trop-plein sécuritaire...

R - Ce sont des mesures de transition. Je comprends leurs angoisses. C'est un moment difficile à traverser. Mais je préfère la prévention à la réaction. Est-ce que sa propre vie ne vaut pas la peine de se priver de quelques libertés pendant une certaine période ? Niamey est géographiquement très proche du conflit. Les terroristes traversent les frontières et rentrent au Niger.

Q - Les parents d'élèves du lycée français de Bamako demandent la réouverture de l'établissement. Concrètement, qu'allez-vous faire?

R - J'ai discuté avec l'ambassadeur de France à Bamako, je lui ai donné la feuille de route. Nous allons tout mettre en place pour que le lycée puisse rouvrir. Ce qui m'inquiète beaucoup, c'est la mise en place de classes un peu sauvages dans la ville. C'est complètement inconscient, pratiquement criminel. Il faut que les gens prennent leur responsabilité, ce n'est plus de notre ressort. Le lycée de Bamako restera fermé jusqu'à ce que nous ayons les garanties que la sécurité de l'établissement soit complètement assurée.

Q - Selon vous, quel rôle doit jouer la France au Mali dans les mois à venir?

R - La France restera le temps qu'il faut pour affaiblir les terroristes et redonner aux Maliens le contrôle de leur pays. Une fois que cela sera fait, les mécanismes normaux d'aide au développement se mettront en place. L'accompagnement passera par des aides à la formation, à l'éducation, à la santé, mais aussi dans l'organisation de l'administration et de la sécurité à tous les niveaux. Les Maliens ont été un peu bousculés par mon message et ma demande de laisser le lycée français fermé parce qu'ils ont pris conscience, je crois, de l'importance de la sécurité pour nous et pour eux.

Q - Quelle attitude faut-il avoir par rapport aux touaregs du MNLA ?

R - Des élections vont avoir lieu et la commission va être mise en place. Serons invité autour de la table - c'est ce que m'a dit le Premier ministre - l'ensemble de ceux qui ont vocation à participer à la réorganisation et à la reconstruction du Mali. Laissons aux Maliens le soin de réorganiser leur armée et de tenir leurs élections./.

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7. Mali - Remarques à la presse du représentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 06/02/2013)

(en français et en anglais)

Pour la troisième fois depuis le début des opérations françaises au Mali nous avons procédé, à la demande de la France, à une présentation des résultats des opérations devant nos partenaires du Conseil.

Nous avons d'abord souligné les progrès des opérations militaires. Nous avons essayé également d'ouvrir les perspectives.

Perspectives d'abord dans le domaine des droits de l'Homme où une fois de plus nous avons insisté sur la nécessité de déployer des observateurs des droits de l'Homme dans l'ensemble des territoires libérés par les forces franco-maliennes.

Deuxièmement, en ce qui concerne le dialogue politique, la séquence de la résolution 2085 prévoyait la réconciliation politique puis la restauration de l'intégrité territoriale du pays. Les événements font que la séquence est inversée. Nous avons eu d'abord la libération du Mali, maintenant il faut s'engager dans la phase de réconciliation politique sur la base de la feuille de route qui a été adoptée par le gouvernement malien à la fin du mois de janvier.

Troisième élément, la France a évoqué pour la première fois au Conseil de sécurité la perspective de la création d'une opération de maintien de la paix lorsque les conditions sécuritaires leur permettront. Cette opération de maintien de la paix, donc sous casques bleus, permettra d'un côté la stabilisation du pays, et de l'autre et surtout, la poursuite de la réconciliation politique. Il faut que les Nations unies aident les Maliens à refonder leur pays, c'est-à-dire à parvenir à un nouveau pacte national malien qui soit pas seulement entre le nord et le sud mais qui concerne l'ensemble du Mali.

Q - Quelles sont les réactions de vos quatorze partenaires ?

R - Il faut naturellement leur demander mais il n'y a eu aucune objection. Un certains nombre de pays : les États-Unis, le Royaume-Uni, le Maroc, le Luxembourg, l'Australie, le Guatemala, l'Argentine et d'autres pays ont exprimé leur disponibilité à examiner la perspective d'une opération de maintien de la paix.

M. Fabius a annoncé hier que le niveau de nos troupes commencerait à diminuer à partir du mois de mars, donc la création d'une opération de maintien de la paix est une perspective dans plusieurs semaines, donc je lançais aujourd'hui le débat au Conseil de sécurité. Je n'ai pas encore instruction de présenter de résolution.

Q - Sur le commandement qu'aura la MISMA, la force internationale, il semble que l'ONU, le Conseil de sécurité préfèrent maintenant que ce soit une chaine de commandement qui dépende directement de l'ONU plutôt que des pays africains, quelle est votre préférence ?

R - Hier, le commissaire Lamamra, le commissaire de l'Union africaine, a dit à Bruxelles à M. Feltman, Secrétaire général adjoint pour les affaires politiques, que l'Union africaine acceptait la perspective d'une opération de maintien de la paix classique. Ce ne sera donc pas une force hybride, ce sera une force sous casques bleus avec une chaine de commandement remontant au Conseil de sécurité, comme toute force des Nations unies.

Q - (Inaudible)

R - La logique serait de mettre, si les pays le veulent, des contingents de la MISMA sous casques bleus. Il y aura peut-être d'autres contingents, il y a peut-être des contingents qui refuseront, mais l'idée est d'utiliser les contingents qui sont sur place.

Q - Les gouvernements africains, en particulier le gouvernement malien, sont peu enthousiastes à l'idée d'avoir une force de maintien de la paix de l'ONU. Est-ce que les discussions ont progressé de ce côté-là ?

R - Il n'y aura pas d'opération de maintien de la paix des Nations unies sans demande du gouvernement malien. Certaines réticences ont en effet été exprimées. Cela fera partie, dans les semaines qui viennent, du nécessaire dialogue que nous allons devoir avoir au Conseil de sécurité, avec nos partenaires africains et en particulier avec nos partenaires maliens.

Le Secrétariat a précisé que du côté malien, il y avait des voix différentes selon l'interlocuteur et que les objections ne portaient pas sur la présence des Nations unies au Nord mais sur la présence des Nations unies au Sud, et qu'il fallait donc discuter avec le gouvernement malien de la forme de cette présence des Nations unies.

Q - Can you tell us exactly how are you going to deploy the UN troops there and how work the relationships with the French troops that are already on the ground ?

R - We are not yet deploying a peacekeeping operation. There is a prospect of a peacekeeping operation. It was the first time that I raised the issue at the Security Council and I insisted on the fact that the deployment will be possible only when the security circumstances permit. I think that we will have to wait several weeks before assessing the security environment and taking the decision of deploying a peacekeeping operation.

As for the French forces, they will stay as long as necessary but they will leave as soon as possible.

Q - But they are protecting the civilians...

R - But there will be a peacekeeping operation. First, you have now the French forces and the African forces of the AFISMA. The AFISMA is not under blue helmets. So, what we will have, and it is not the first time that it happens at the UN, - it happened for instance in Côte d'Ivoire -, is that we will have to have a transition, from the French and AFISMA to a UN peacekeeping operation. It will be easier because most of the contingents of the peacekeeping operations will be the African contingents, under blue helmets.

Q - Vous parlez d'objections à Bamako sur la présence de cette force dans le Sud. Êtes-vous donc prêt à accepter qu'elle ne soit que dans le Nord ?

R - Nous n'en sommes vraiment pas là. Il est normal qu'il y ait des questions et des objections à Bamako. Il s'agit quand même de leur territoire. Avant de proposer une opération de maintien de la paix, nous devrons avoir un dialogue avec les autorités maliennes, et nous tiendrons compte naturellement des positions de ces autorités maliennes. Le Secrétariat disait lui-même qu'il y avait des voies différentes à Bamako.

Q - Sur le plan de la réconciliation nationale, où en est-on au niveau du dialogue politique ?

R - Il y a eu l'adoption de la feuille de route. De surcroît, le président de la République a annoncé qu'il y aurait des élections le 31 juillet. Il y a donc tout un processus politique qui se met en branle. Nous pensons qu'il est très important qu'il y ait un représentant spécial des Nations unies, qui pourrait d'ailleurs être aussi représentant de l'Union africaine, qui pousse ce dialogue. Nous savons qu'il y a aussi des tentatives de vengeance, il faut que la réconciliation l'emporte sur cet esprit de vengeance. La perspective d'élections est nécessaire pour donner au pouvoir malien toute la légitimité nécessaire afin d'assurer la réconciliation./.

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8. Tunisie - Entretien de la ministre déléguée chargé des Français de l'étranger, Mme Hélène Conway-Mouret, avec «BFMTV» (Paris, 07/02/2013)

Q - Nous sommes de nouveau en ligne avec Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée chargée des Français de l'étranger. Avez-vous des informations particulières pour décider une telle mesure ?

R - Les informations particulières sont celles que vous venez d'évoquer et qui nous amènent à prendre des mesures de précaution simplement pour ne pas exposer les enfants français qui seraient sur le chemin de l'école et qui se trouveraient peut-être en effet, exposés à des risques indus. Vous avez parlé d'une grève générale, les écoles tunisiennes seront fermées et les écoles françaises seront alignées sur ce qui se passe dans le pays.

Q - Il y a les écoles françaises mais il y a aussi je crois un total de 25.000 ressortissants en Tunisie. Y a-t-il des mesures spécifiques aussi qui sont prises pour les ressortissants ?

R - Non, simplement, notre ambassade leur a signalé de ne pas s'exposer, de ne pas sortir s'il y a des tensions. Ce sont des mesures de précaution qu'ils prendraient n'importe où dans le monde. La situation est assez tendue et je crois que les Français seront aussi prudents qu'il le faut. Il n'y a pas de mesure particulière au-delà des mesures que le bon sens nous dicte.

Q - Le pays est sous tension, on est face à une nouvelle crise politique après le Printemps arabe. Redoutez-vous des menaces particulières contre les Français ?

R - Non. Vous savez, je rentre du Mali et du Niger où je me suis rendue pour faire le point sur les mesures de sécurité qui sont prises.

Comme vous le savez, nous avons fermé notre établissement scolaire à Bamako mais là, de façon un peu plus pérenne puisqu'il est prévu de l'ouvrir à nouveau dans quelques semaines. Je suis allée ensuite à Niamey, il n'y a aucune comparaison entre les mesures de sécurité que nous devons prendre dans ces deux pays-là et ce qui se passe en Tunisie aujourd'hui.

Nous sommes simplement vigilants, nous préférons prévenir que guérir. Donc nous nous alignons sur ce qui se passe dans le pays. Les écoles françaises seront fermées comme les écoles tunisiennes et nous demandons aux ressortissants français de ne pas prendre de risques inconsidérés./.

 

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9. Lutte contre le terrorisme - Réponse du ministre de l'intérieur, M. Manuel Valls, à une question d'actualité à l'Assemblée nationale (Paris, 06/02/2013)

Vous avez raison, Madame la Députée : nous sommes confrontés à une double menace terroriste, que nous combattons.

À l'extérieur tout d'abord. C'est tout le sens de l'action juste et légitime de la France au Mali. Le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, soulignait ce matin encore que nos soldats trouvent sur place du matériel et des plans qui démontrent la vision et les projets de ces groupes terroristes, prêts à frapper dans la région mais peut-être aussi plus loin.

Nous faisons face ensuite à une menace intérieure, que j'ai appelée «l'ennemi intérieur». Nous vivons encore, vous l'avez rappelé en termes forts, avec le souvenir brûlant des assassinats commis par Mohamed Merah. Nos services ont démantelé en septembre dernier une cellule qui avait frappé à Sarcelles et s'apprêtait sans doute à frapper encore. Nous faisons face à une menace qui prend la forme de tentatives d'exfiltration d'individus vers la Syrie ou le Sahel. Cela exige évidemment une mobilisation de tous les instants de nos services. Hier encore, la direction centrale du renseignement intérieur a interpellé quatre individus qui ont sans doute un lien avec une autre personne arrêtée sur la frontière entre le Niger et le Mali.

Je veux dire à l'ensemble de la représentation nationale, qui a adopté la loi antiterroriste, outil supplémentaire pour lutter contre le terrorisme, la détermination des forces de police et de renseignement à lutter contre le terrorisme, contre lequel toute la nation se doit d'être unie !./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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10. PAC - Réponse du ministre délégué chargé de l'agroalimentaire, M. Guillaume Garot, à une question d'actualité à l'Assemblée nationale (Paris, 06/02/2013)

Madame la Députée, je voudrais d'abord excuser Stéphane Le Foll, qui est retenu cet après-midi par d'autres engagements.

Vous parlez du sommet européen qui se tiendra à la fin de cette semaine et qui, nous l'espérons, aboutira à un compromis sur le budget de l'Union européenne qui permettra à la fois de soutenir la croissance et d'accompagner le mieux possible les politiques communes.

Le Premier ministre l'a dit : la politique agricole commune ne peut pas être la variable d'ajustement du budget de l'Union.

Mais il va de soi aussi que c'est à partir du cadre budgétaire qui sera retenu que nous pourrons faire avancer la prochaine politique agricole commune.

Puisque c'est l'objet de votre question, je voudrais vous répondre très concrètement. Nous défendons des orientations majeures pour cette politique agricole commune, avec d'abord l'idée de la justice, pour réorienter les aides, en particulier vers l'élevage. C'est la proposition qu'a formulée Stéphane Le Foll : il s'agit de faire en sorte que nous aboutissions à une majoration des cinquante premiers hectares au bénéfice des régions d'élevage.

Ensuite, nous voulons une politique qui soit plus respectueuse de l'environnement. C'est l'ambition que nous avons d'un «verdissement», avec l'objectif d'aboutir à l'équivalent de 30 % des aides directes du premier pilier. Bref, ce que nous soutenons, Madame la Députée, c'est une politique agricole commune qui soit plus efficace, qui reconnaisse la diversité des agricultures et qui, surtout, reconnaisse le travail de tous les agriculteurs./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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11. Point de presse du porte-parole - Irak/Situation de M. Nadir Dendoune - Liban - Bulgarie/Hezbollah - Inde/Situation de M. Mazurier (Paris, 07/02/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Irak - Situation de M. Nadir Dendoune (7 février 2013)

L'ambassadeur d'Irak a été convoqué ce matin par le secrétaire général du ministère des affaires étrangères pour évoquer la situation de M. Nadir Dendoune, journaliste français détenu depuis deux semaines en Irak.

Le secrétaire général a insisté sur le nécessaire respect des droits de notre compatriote et sur le prix que nous attachons à ce que notre ambassade à Bagdad puisse exercer la protection consulaire, conformément au droit international.

Il a réitéré le souhait que M. Dendoune soit libéré dans les meilleurs délais et l'attachement indéfectible de la France à la liberté de la presse.

2 - Liban

Q - Vendredi dernier, deux soldats libanais, un commandant et un aspirant ont été tués à Ersal lors d'une opération pour interpeller un individu recherché par la justice pour des activités liées aux jihadistes et au trafic à travers la frontière libanaise. Des dizaines d'individus ayant tiré en direction de la troupe, huit autres soldats ont été blessés. Depuis, l'armée libanaise encercle ce village pour arrêter les responsables. Ersal se trouvant à la frontière syrienne il y a une crainte que les combats qui se déroulent de l'autre côté ne se déplacent vers le Liban. Quelle est la réaction de la France ?

R - La France condamne les violences inacceptables contre l'armée survenues le 1er février à Ersal qui ont fait deux morts et plusieurs blessés dans l'armée libanaise.

Elle présente ses condoléances aux familles des victimes.

La France rappelle son soutien aux forces armées libanaises, qui jouent un rôle essentiel pour la stabilité de l'État libanais. Elle a pu le redire la semaine dernière au commandant en chef des forces armées libanaises à l'occasion de sa visite en France.

Face au contexte régional très difficile en raison de la crise en Syrie, le Liban ne doit pas se laisser entraîner dans un conflit qui n'est pas le sien.

3 - Bulgarie - Hezbollah

Q - Suite aux déclarations du ministre de l'intérieur bulgare au sujet de l'attentat de Burgas, où il accuse le Hezbollah. Vous avez dit dans un de vos communiqués que «vous étudiez avec vos partenaires européens diverses options» dont l'inscription du Hezbollah sur les listes européennes des terroristes.

Mes questions :

- quand est le prochain rendez-vous européen où cette question peut être débattue ?

- Quelles sont ces diverses options ?

- La France a-t-elle participé à l'enquête bulgare d'une façon ou d'une autre ?

- Est-ce que la Bulgarie a transmis à ses partenaires européens les résultats de l'enquête (contestés par ailleurs par l'opposition bulgare) ?

R - Nous n'avons pour l'heure pas d'autre commentaire à faire à ce sujet. Je vous renvoie à notre déclaration d'hier, ainsi qu'à celle de la Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité de l'Union européenne, Mme Ashton.

De manière générale, la lutte contre le terrorisme est une préoccupation majeure et une priorité pour la France. Nous condamnons tout acte de cette nature, où qu'il se produise. Nous plaidons avec la plus grande fermeté pour que leurs auteurs soient traduits en justice et qu'il n'y ait pas d'impunité. Les États membres de l'Union européenne se réunissent régulièrement sur ces sujets.

S'agissant de l'attentat de Burgas, l'Union européenne pourra discuter, à l'occasion d'un prochain Conseil affaires étrangères, des informations données par les autorités bulgares, des prochaines échéances de l'enquête et des conséquences à en tirer.

En fonction de ces discussions, diverses options sont envisageables. La décision sera prise à l'unanimité des États membres.

4 - Inde- Situation de M. Mazurier

Q - Sur l'affaire de viol à Bangalore dans laquelle un agent consulaire français est soupçonné, que répondez-vous aux accusations selon lesquelles le consul de Bangalore collabore avec la défense de M. Mazurier mais pas avec celle de son épouse ?

- Pourquoi a-t-il fallu cinq jours au consulat et à l'ambassade de France à New Delhi pour informer la police indienne que M. Mazurier ne bénéficiait pas de l'immunité diplomatique ?

- Pourquoi le consul adjoint à Bangalore a-t-il reçu un virement de 250.000 roupies de Pascal Mazurier alors que celui-ci était en prison ?

- Est-ce que la France paie les frais de justice dans cette affaire ?

- Allez-vous répondre à la demande de la mère qui souhaite que l'ambassade à Delhi désigne un représentant neutre pour suivre l'affaire et non les collègues de M. Mazurier, ce qui crée un probable conflit d'intérêt ?

R - Nous nous sommes déjà exprimés hier à ce sujet./.

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