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Bulletin d'actualités du 06 février 2013


Sommaire



1. Tunisie/Assassinat de Chokri Belaïd - Communiqué de la présidence de la République (Paris, 06/02/2013)

Le président de la République condamne avec la plus grande fermeté l'assassinat ce matin à Tunis de M. Chokri Belaïd, principal responsable du mouvement des patriotes démocrates de Tunisie.

Ce meurtre prive la Tunisie d'une de ses voix les plus courageuses et les plus libres.

M. Chokri Belaïd s'est engagé tout au long de sa vie publique dans les combats pour la liberté, la tolérance et le respect des droits de l'Homme avec cette conviction profondément enracinée en lui que le dialogue et la démocratie doivent être au coeur de la nouvelle Tunisie. C'est ce message d'unité et de rassemblement des Tunisiens en faveur des libertés fondamentales que les assassins de M. Chokri Belaïd ont souhaité briser.

Dans ces circonstances douloureuses, le chef de l'État tient, au nom de la France, à exprimer sa solidarité avec la famille de M. Chokri Belaïd et ses proches.

La France est préoccupée par la montée des violences politiques en Tunisie et appelle au respect des idéaux portés par le peuple tunisien lors de sa révolution./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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2. Politique étrangère de la France - Discours du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, à l'École normale supérieure (Paris, 05/02/2013)

 

Monsieur le Directeur, Mesdemoiselles, Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

J'ai perdu la mémoire, je crois que l'on dit «Chers Camarades».

Je veux d'abord vous remercier de votre invitation. Cela me fait vraiment très plaisir de revenir dans cette maison, parce que c'est une maison que j'aime. L'École a changé - heureusement en un sens - depuis le temps où je la fréquentais. Elle s'est adaptée à son temps, elle s'est ouverte à l'international, ce qui lui permet de rester un coeur battant de l'excellence française. Et l'attribution récente du prix Nobel de physique à Serge Haroche en est le dernier exemple.

Je comprends que François Hollande est venu ici, qui demain ? Cette capacité d'innovation se retrouve dans la création de la filière diplomatie qui - si j'ai bien compris - permet aux élèves qui le souhaitent de bénéficier ici-même d'un cursus adapté. On m'a même dit, et je pense que c'est exact, que la diplomatie est devenue aujourd'hui le deuxième débouché pour les élèves de l'École littéraire - pourquoi seulement littéraire ? - après l'enseignement et la recherche, mais devant le journalisme, l'édition et les différents métiers de la fonction publique. Ce n'était certainement pas le cas quand j'étais moi-même élève. D'ailleurs, comme vous avez dû le remarquer, j'ai attendu pas mal d'années avant de diriger le Quai d'Orsay.

Je partirai d'une définition totalement fausse que Balzac donnait de la diplomatie, c'est : «la science de ceux qui n'en ont aucune et qui sont profonds par leur vide». La Bruyère n'est pas plus pertinent, pour une fois, lorsqu'il écrit méchamment à propos d'un ambassadeur : «tous les raffinements de sa politique tendent à une seule fin, qui est de n'être point trompé et de tromper les autres». Je ne suis pas diplomate mais je suis ministre des affaires étrangères. J'ai donc un certain nombre de contacts avec les diplomates, et c'est la raison pour laquelle je pense que ces définitions littéraires, provocantes, sont totalement inexactes.

La diplomatie, c'est beaucoup de travail, une grande somme de connaissances et d'informations à maîtriser, une stratégie et des tactiques, une curiosité d'esprit, une capacité et un goût de convaincre les autres, et - même si ce n'est pas toujours à la mode - l'amour de son pays. S'agissant de la France, je peux en témoigner, ce sont des femmes et des hommes très compétents et très passionnés. Et pour être efficace sur le long terme, je pense que la diplomatie, c'est le contraire de la tromperie, n'en déplaise aux auteurs que j'ai cités et à quelques praticiens que j'ai rencontrés.

Chers Amis, nous sommes dans des temps de crise et je vais un instant m'en extraire volontairement pour partager avec vous dans le calme un certain nombre d'analyses et de perspectives longues de notre politique étrangère. Je suis tout à fait prêt à répondre sur les crises, et peut-être y aura-t-il un temps pour les questions.

Donc, si vous voulez me demander si je partage totalement ce que j'ai lu dans le tract qui m'a été distribué sur les raisons pour lesquelles il ne fallait pas intervenir au Mali, je suis tout à fait prêt à répondre. Simplement, ma réponse sera très lacunaire. La meilleure réponse aurait été que les personnes - que je respecte - qui distribuent le tract puissent venir avec nous samedi dernier au Mali, voir des centaines de milliers de Maliens acclamer l'intervention française.

Nous sommes dans une période de crise. C'est l'urgence, mais il faut toujours voir cette urgence à travers le temps long, qui est celui de la régulation, du développement, de la recherche de la démocratie, et de notre action pour l'influence de notre pays dans le monde.

Je serai donc bref sur les crises que j'ai à traiter beaucoup ces temps-ci et je me concentrerai sur le long terme. Ces crises actuelles ont en commun un certain nombre de caractéristiques et notamment des enjeux de sécurité qui se polarisent autour de plusieurs grandes menaces : le terrorisme et la criminalité - notamment liée au trafic de drogue - la prolifération des armements qu'ils soient classiques, chimiques ou nucléaires, les conflits interétatiques ou intra-étatiques qui sont souvent liés à des divisions religieuses ou ethniques ou à l'attitude de certains dirigeants ou à la nature de certains régimes, la fragilité de certains États, qui ne sont pas en mesure d'assurer leurs fonctions régaliennes et de garantir leur propre intégrité et leur sécurité.

Et, au fond, quand on regarde ces grandes crises, Mali, Syrie, Iran, le conflit israélo-palestinien mais aussi la Libye, l'Érythrée, l'Afghanistan, toutes ces crises, je crois, relèvent d'une ou plusieurs de ces menaces. Et - dans notre monde désormais globalisé - ces situations, directement ou indirectement, finissent par nous concerner tous. Elles sont très rarement circonscrites à un territoire et représentent généralement un risque de déstabilisation pour la sous-région concernée et même au-delà.

J'en citerai seulement quatre.

Le Mali : il existait un risque et même une quasi-certitude d'effondrement de ce pays, qui, à quelques heures près, serait devenu un État narcoterroriste. Nous sommes donc intervenus en urgence pour stopper la progression des groupes terroristes vers le Sud et commencer à reconquérir le terrain, conformément d'ailleurs à la légalité internationale. Mais, je le précise, nous n'avons absolument pas vocation à rester durablement : les forces africaines, la MISMA, vont prendre le relais. L'enjeu c'est la stabilisation, la reconstruction, le processus politique de réconciliation et le développement. Et, au-delà de l'action proprement militaire, c'est tout cela qui va nous mobiliser dans les semaines qui viennent.

En Syrie, le conflit est une boucherie qui menace toute la région et, au-delà, car une conflagration régionale comporterait des conséquences gravissimes. Nous en sommes à près de 70.000 morts, à plusieurs millions de personnes déplacées, et je pense qu'il n'y a pas d'alternative diplomatique ou politique à l'action que nous soutenons afin d'aider la Coalition nationale syrienne. C'est le meilleur moyen d'accélérer le départ de Bachar Al-Assad en essayant de construire une alternative crédible, responsable et modérée, ce qui est de toute évidence extraordinairement difficile.

La menace iranienne est une troisième menace. Nous restons mobilisés dans le cadre de l'approche que nous avons choisie, avec les autres membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, ce qu'on appelle une double approche. D'un côté, des sanctions de plus en plus dures pour faire bouger le régime, si c'est possible. De l'autre, une offre de dialogue afin que l'Iran accepte enfin de respecter ses engagements internationaux au titre de la non-prolifération nucléaire, ce qu'il ne fait pas.

Et s'agissant de la question israélo-palestinienne, nous sommes maintenant après les élections israéliennes et au début du nouveau mandat du président Obama, et nous préparons, si possible, la relance du processus de paix et la reprise immédiate des négociations sans pré-conditions. Notre objectif est que l'année 2013 ne soit pas une année blanche pour la paix.

Voilà quelques crises majeures. Mais lorsqu'on regarde l'avenir, l'avenir à long terme, on constate d'abord que la diplomatie a besoin de prospectives. C'est d'ailleurs pourquoi j'ai décidé, tout récemment, de renforcer au sein du Quai d'Orsay, une unité, que je vais appeler Centre d'analyse, de prospective et de stratégie. Son rôle sera de me donner, à partir d'analyses internationales, toute une série de conseils, de visions sur le monde de demain et comment nous, la France, nous pouvons nous y situer.

Ce monde, comment le caractériser ? Je vais vous dire des choses qui ne sont pas très originales, mais encore faut-il partir d'une analyse à peu près juste. Je pense que c'est un monde qui est, à la fois, incertain, bouleversé et éclaté. Ce sont trois caractéristiques qui, me semble-t-il, résument assez bien la situation.

C'est un monde bouleversé, parce qu'il y a à l'évidence une hiérarchie nouvelle des puissances. Jusqu'à la fin du XIXème siècle, c'était l'Europe qui dominait le monde puis au XXème siècle, les États-Unis, et demain, les États-Unis en partie mais aussi la Chine, l'Inde et le continent africain.

Aujourd'hui, nous avons trois pays européens parmi les six premières puissances économiques, et en 2030, probablement aucun pays européen. La Chine, nous indique-t-on, sera au premier rang. Et en 2050, parmi les trente premières économies, dix-neuf seront des pays dits «émergents», et en réalité «émergés».

Quelles conséquences en tirer ? Elles sont multiples, mais en particulier, pour ce qui concerne la maison que je dirige, une répartition nouvelle du réseau diplomatique français, qui est le deuxième du monde, de ses priorités pour s'accorder avec cette nouvelle hiérarchie plutôt qu'avec un visage du monde qui date des années 70. Et je suis en train - doucement, mais d'une façon tout à fait déterminée - de procéder à ce changement.

Ça, c'est la première caractéristique : une nouvelle hiérarchie des puissances.

La deuxième caractéristique, c'est que ce monde est éclaté, et je pense qu'il y a parfois une impropriété de langage. Autrefois, le monde était bipolaire avec les États-Unis d'un côté et l'URSS de l'autre. Ensuite, il y a eu une période, pas très longue, où il a été unipolaire, sous la domination des États-Unis. On dit aujourd'hui qu'il est multipolaire, ce n'est pas du tout exact et demain, espérons-le, il le sera.

Mais aujourd'hui, il est simplement éclaté. C'est ce qui explique que nous n'arrivons pas, au niveau international - à l'ONU - à régler le drame syrien ou que nous n'arrivons pas à endiguer, pour le moment, la menace iranienne. Du fait qu'il est éclaté et qu'il n'y a pas vraiment de polarité dominante organisée, le système est souvent grippé. On le voit par exemple en ce qui concerne le blocage à l'OMC et pour les conférences sur le climat où on aboutit souvent à des paralysies. Par rapport à notre objectif, en tant que Français, qui est de réguler ce monde par le droit, nous sommes évidemment dans une situation qui n'est pas favorable.

Et la troisième caractéristique de ce monde, si je le compare avec la période précédente, c'est qu'il y a une multiplication des acteurs internationaux. Il y a bien sûr, les États, c'est ce qu'on appelle le système westphalien, mais aujourd'hui il y a de plus en plus de nouveaux intervenants : les organisations non gouvernementales, les entreprises multinationales, les grands acteurs locaux, et malheureusement, dans un tout autre ordre d'idée, les groupes terroristes ou narcoterroristes.

Voilà quelques caractéristiques. Il me semble que si nous voulons, comme c'est le cas de la France, essayer d'orienter ce monde dans le sens qui nous paraît le plus efficace et le plus juste, beaucoup dépendra, en fait, de notre capacité à répondre aux principaux défis, qui sont ceux des temps à venir.

Et en réfléchissant à ce que je voulais vous dire, j'ai énuméré six principaux défis qui sont ceux des temps qui viennent.

Le premier défi, c'est évidemment le défi économique. Cela concerne la France, mais cela concerne plus largement l'Europe, et puis, d'une façon encore plus large, le déséquilibre dans le monde. Il faut que nous retrouvions, car nous l'avons perdu, le chemin de la compétitivité et de la croissance. Il faut que nous parvenions à résorber les déséquilibres de la mondialisation. Il faut que nous nous fixions comme objectif de réduire la pauvreté, car il y a encore 1,3 milliard d'individus sous le seuil de pauvreté, - près du quart des habitants de la planète - et le rapport entre la richesse moyenne par individu des pays les plus riches et celle des pays les plus pauvres a augmenté considérablement. Ce qui fait que lorsque - là aussi, il faut bien nommer les choses pour essayer de les faire évoluer dans le bon sens - j'entends parler de la crise, bien sûr, c'est une crise à laquelle nous faisons face, mais plus profondément, je crois que c'est un changement du monde. Donc le premier défi qui nous est lancé, c'est comment arriver par notre action - et évidemment, la diplomatie n'y est pas étrangère - à relever ce défi économique. Je reviendrai sur ce sujet dans quelques instants.

Le deuxième défi est écologique. On dit que quatre planètes ne suffiraient pas si tout le monde devait adopter notre mode de vie d'ici 2050. Il y a toute une série de changements à opérer par rapport à l'épuisement d'un certain nombre de ressources, à l'effondrement de la biodiversité, au doublement de la consommation énergétique et à l'aggravation des dérèglements climatiques. Le GIEC - qui est l'organisation d'experts, qui travaille sur ces sujets - estime que, d'ici à 2050, 200 millions de personnes pourraient être déplacées à cause du dérèglement climatique. La France, évidemment, n'y est pas indifférente. Nous sommes parmi les pays qui agissent le plus efficacement pour combattre cela. Et nous allons être mis au pied du mur, puisque, je ne sais pas si vous le savez, nous nous sommes proposés d'organiser en 2015 - et cela reposera beaucoup sur les épaules du Quai d'Orsay - ce qu'on appelle la Conférence Climat, l'équivalent de toutes ces conférences qui ont échoué dans la période précédente, notamment celle de Copenhague. Et nous prendrons donc nos responsabilités.

Le troisième défi, après l'économie et l'écologie, c'est le défi éducatif et culturel. Il y a, et c'est assez nouveau, une compétition massive sur le terrain éducatif. Lorsque moi-même j'étais à votre place, on regardait très peu les réalités internationales. Désormais, la Chine, pour ne parler que d'elle, produit - si je peux employer cette expression - six millions de diplômés universitaires par an et devrait compter 200 millions de diplômés d'ici dix-huit ans. Il est donc décisif d'investir dans l'éducation et la recherche, non seulement pour continuer la tâche de progrès que nous nous sommes fixés, mais pour nous maintenir à la frontière scientifique et technologique. C'est un enjeu tout à fait décisif pour la croissance et pour le rayonnement intellectuel et culturel. C'est le troisième défi.

Le quatrième, c'est le défi démographique. Plus de huit milliards d'humains en 2030, 9,5 milliards, nous annonce-t-on, en 2050, avec des enjeux alimentaire, puisqu'il va falloir augmenter la production, et migratoire, compte tenu des déséquilibres que tout cela occasionne. En 2050, pour prendre un exemple, la population active aura diminué de 40 % au Japon, et elle aura augmenté de 70 % en Arabie Saoudite. Beaucoup de pays vieilliront, mais la France, elle - surtout si vous y mettez du vôtre - gardera une démographie favorable.

Le défi suivant - moins gai - c'est le défi sécuritaire. Certes, il n'y a pas de conflits mondiaux, mais il y a toute une série de conflits localisés. Et le terrorisme, le narco-terrorisme font des ravages avec des risques de déstabilisation de régions entières. La nature de ces menaces est assez nouvelle et change l'approche des enjeux de sécurité. Pour assurer la paix, il faut désormais mettre l'accent sur des questions qui étaient absolument inconnues ou non traitées il y a de cela quelques années comme le financement du terrorisme ou des groupes violents, la gestion des zones post-conflit, la reconstruction politique, juridique, économique et sociale des sociétés, et plus largement, bien sûr, la question du développement, parce que, à moyen et long terme, entre sécurité et développement, la relation dans les deux sens est évidente.

Et puis, le dernier défi, c'est le sixième, c'est le défi démocratique. D'un côté, nous avons des progrès, par exemple, assez spectaculaires en Birmanie, mais de l'autre côté, des incertitudes lorsqu'on regarde ce qu'il est convenu d'appeler les printemps arabes. Ainsi aucune transition démocratique n'est simple ou linéaire. Chaque pays doit inventer son modèle démocratique, mais il y a manifestement des hauts et des bas. Et si on compare avec notre propre révolution, commencée en 1789 et terminée on ne sait pas quand mais probablement au début de la IIIème République, on ne peut pas répondre aujourd'hui - et en prenant référence dans notre propre histoire - à ceux ou à celles qui aujourd'hui, sur la place Tahrir ou ailleurs, souffrent, manifestent : «écoutez, revenez dans quarante ans, dans cinquante ans, on verra ce qu'il en est». Partout, la France est attendue pour porter et encourager cet esprit démocratique, qui est le meilleur de notre tradition diplomatique.

Tous ces défis posent la question de la régulation internationale face à un monde éclaté et à un système onusien souvent bloqué. Et il faut donc - c'est notre choix - essayer de renforcer les instances de gouvernance internationale, qu'il s'agisse des Nations unies, du G20, du G8, d'une organisation mondiale possible de l'environnement. Les grandes institutions internationales ont souvent été créées pour le monde d'hier. Il faut les adapter pour qu'elles nous permettent de réguler le monde de demain, avec l'immense difficulté d'une adaptation, puisque cette adaptation demande en général le concours de ceux qui, aujourd'hui, bénéficient du système passé et qui ne sont pas prêts à accepter cette adaptation.

Sur tous ces points, je pense que la France a les moyens, en tout cas le devoir de jouer un rôle significatif. Et c'est en cela que lorsqu'on me demande de définir, à la place où je suis, ce que représente la France, je réponds : la France, c'est une puissance d'influence, en bon français : «influential power».

Depuis les années 1990 et les travaux en particulier de l'Américain Joseph Nye, on parle beaucoup de «soft power», cela désigne la capacité d'un État d'en influencer d'autres sans avoir recours à des moyens coercitifs. Et ce terme est utilisé par opposition - vous le savez - au «hard power», qui désigne les attributs plus traditionnels de la puissance, notamment militaires, utilisés pour influencer le comportement traditionnel et pour influencer d'autres États par des moyens contraignants. Le même Joseph Nye a évoqué plus récemment une autre notion, qu'il appelle «smart power», «puissance intelligente», qui combinerait les attributs du «soft» et du «hard power» pour mieux asseoir, par un jeu d'alliances et de partenariats, la légitimité de l'influence qu'elle exerce.

Concernant la France, je parle, moi, volontiers, de puissance d'influence, je veux dire par-là que le statut de la France, tel que je l'analyse, est le résultat d'un ensemble de caractères qui, assemblés, font que notre pays a un rôle et un statut plus important, beaucoup plus important, que celui qui se déduirait mécaniquement de son seul poids militaire ou économique. Donc le rôle n'est pas la même chose que le poids. Bien entendu, il ne peut pas y avoir de divorce durable entre l'économie et l'influence, sinon, au bout d'un certain temps, pour employer un horrible jargon, on va nous demander : d'où parlez-vous ? Mais les deux ne se recouvrent pas totalement.

Alors quels sont les composants de cette «puissance d'influence», qu'il faut non seulement préserver, mais renforcer ?

La première composante, c'est le poids économique, malgré nos faiblesses, bien connues et on les mesure chaque jour. Nous sommes encore la 5ème puissance économique et commerciale du monde, nous sommes, dit-on, le 3ème pays le plus innovant. Nous sommes le 4ème pays pour les investissements à l'étranger. Et sur les 500 plus grosses entreprises du monde, 35 sont françaises, ce qui place notre pays au 4ème rang, avec - je le dis en passant - le risque de décalage, entre d'un côté, la puissance de nos grandes entreprises, et la réalité du «site France». Donc le premier élément de notre puissance d'influence, c'est notre poids économique.

Le deuxième, c'est notre poids diplomatique, politique et militaire. Nous sommes un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, nous avons des moyens de défense particuliers - nous sommes une puissance nucléaire - et puis nous avons des moyens traditionnels, nous venons d'en faire la démonstration en Afrique. Nous appartenons aux cercles restreints où se prennent les décisions qui influent sur le monde : le G8, le G20, le P5 (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité), l'Union européenne, l'OTAN, l'OCDE, le Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique, et nous avons un réseau diplomatique qui reste le deuxième du monde.

Troisième composante de notre puissance d'influence, le rayonnement culturel et scientifique. Nous avons eu 14 prix Nobel de littérature. Nous avons des médailles Fields, nous avons des établissements prestigieux, le Louvre, la Sorbonne, l'Institut Pasteur, l'École Normale Supérieure, d'autres grandes Écoles. Nous avons, dans certaines professions, des succès mondiaux. Je pense à nos architectes, à nos designers, nous avons une vitalité très forte de la création contemporaine, comme le montre, par exemple, le succès de la FIAC. Nous sommes le premier pays d'accueil de touristes internationaux, et Paris, selon l'Organisation mondiale du tourisme, est la ville la plus visitée du monde. Tout cela nous confère aussi un élément dans notre puissance d'influence.

Un autre élément, et je ne veux pas apparaître démodé en disant cela, je l'assume, c'est notre langue. Langue officielle des Nations unies et de 29 États, langue de travail de l'Union européenne, à condition que les Français eux-mêmes ne commencent pas par l'abandonner pour parler en anglais, le français est parlé aujourd'hui par plus de 220 millions de personnes dans le monde comme langue première ou seconde. Mais ce sera, en 2050, 750 millions de locuteurs francophones, compte tenu du développement de l'Afrique. C'est la langue la plus enseignée après l'anglais, avec 120 millions d'apprenants. Je considère donc que la francophonie est un combat d'avenir.

Et enfin, outre notre poids économique, politique, diplomatique, militaire, notre rayonnement culturel et scientifique, notre langue, nous avons - c'est un élément de notre puissance d'influence - des principes, que nous défendons, qui sont des principes universels, les principes contenus dans la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen, notre attachement aux droits de la personne humaine, notre recherche de la paix, du désarmement, du développement, et d'une façon générale, cela nous est reconnu, notre capacité à parler au-delà de nos seuls intérêts nationaux.

Voilà ce qui permet à la France d'être plus grande qu'elle-même. Alors il existe une compétition pour l'influence. C'est une compétition extrêmement rude. La puissance politique, militaire, économique, culturelle des États-Unis reste la première. Mais il y a beaucoup d'autres États qui ont investi le champ de cette diplomatie d'influence. Il y a d'autres puissances traditionnelles qui agissent pour leur rayonnement culturel, il y a nos amis du Royaume-Uni avec le British Council, il y a l'Allemagne avec beaucoup d'éléments de puissance, et notamment une puissance culturelle avec l'Institut Goethe, il y a le Japon, qui s'est doté en 1972 d'une Fondation du Japon, il y a l'Espagne avec le réseau Cervantès. Et ces États, outre l'action culturelle extérieure - je vais vous en dire quelques mots - ont mis en place des mécanismes de promotion de leurs intérêts économiques et de soutien à l'exportation et à l'investissement, qui servent, à travers l'aide aux entreprises, l'influence de la nation. Et on trouve dans ces pays, comme on doit la trouver chez nous de plus en plus, un mélange, un renforcement réciproque entre la puissance économique et le rayonnement culturel. D'autres pays de l'OCDE ont, plus récemment, aussi fait de la stratégie d'influence une priorité de leur action diplomatique, par exemple le Canada, l'Australie, qui, à travers toute une série de grandes agences multilatérales de coopération et d'aide qu'elles financent, à travers leur relais au sein du Commonwealth, essaient de développer leur influence, et souvent, y réussissent.

Cette compétition des influences est exacerbée par la montée en puissance des grands émergents - la Chine, l'Inde, le Brésil - dont l'influence s'appuie sur la vigueur de leur économie, sur leur poids démographique, sur le crédit dont ils jouissent auprès des pays en développement, sur lesquels leur réussite exerce une attraction forte. Et ils ont, du même coup, un réseau propre qu'ils développent. La Chine a ses instituts Confucius, il y en a déjà plus de 300 dans une centaine de pays. Et d'autres pays émergents ou post-émergents dynamiques multiplient toute une série d'initiatives, c'est le cas de la Corée, de la Turquie et du Mexique, qui développent une stratégie de mise en place de leurs ressortissants à la tête de toute une série d'organisations internationales accordant une importance nouvelle à l'exportation de leurs biens culturels.

Dans cette compétition qui est globale, renforcer notre influence est une priorité qui exige la mobilisation de l'ensemble de notre réseau et, au-delà, de tous ceux qui participent à l'image et à la présence de la France dans le monde.

Et notre stratégie, ma stratégie, c'est d'agir sur toute une série de plans, les uns classiques, les autres plus en décalage, d'abord, ce que j'ai appelé la diplomatie économique. J'ai choisi d'en faire l'une des priorités, peut-être même la priorité de mon ministère pour les années qui viennent. Pourquoi ? Pas seulement parce que, par intérêt personnel ou par parcours de ma carrière, je me suis souvent occupé de ces questions, mais à partir d'un constat simple. La France a reculé malheureusement en même temps que l'Europe, sur le plan économique. Or, il n'y a pas de divorce durable et profond entre la capacité économique et l'influence générale.

D'autre part, le ministère des affaires étrangères doit s'occuper de toutes les crises internationales ; il eut été paradoxal que la seule crise dont il ne s'occupât point soit la crise économique. Et donc, en liaison avec l'effort général du gouvernement, j'ai affiché comme priorité cette diplomatie économique, qui a bien évidemment un objectif concret, c'est-à-dire accompagner nos entreprises dans leur développement international, les aider à conquérir des marchés, développer symétriquement - on l'oublie parfois - l'investissement étranger en France, afin de réduire notre déficit commercial - qui est abyssal - et de favoriser la création d'emplois sur le «site France».

À partir de là, nous avons commencé à nous organiser pour que le ministère des affaires étrangères ne soit pas seulement le ministère des relations politiques ou de l'action culturelle extérieure, ce qui est tout à fait essentiel, mais aussi - et j'espère que cela ne choquera personne ici - le ministère des entreprises. Nos diplomates - qui le faisaient d'ailleurs avant que je leur demande, mais encore faut-il formaliser les choses pour que ce soit plus clair - doivent développer le «réflexe économique», cependant que, symétriquement, nos entreprises renforceront leur «réflexe diplomatique» surtout, puisque c'est une des grandes faiblesses de la France, vous le savez - celles de taille moyenne ou intermédiaire, qui ont besoin de soutien pour se projeter à l'international et qui ne le font pas suffisamment. Cette priorité-là se décline, en lien avec les autres administrations, en un certain nombre de mesures concrètes.

Et, puisque beaucoup d'entre vous se destinent à la filière diplomatie, je peux citer cela, j'ai créé au sein du Quai d'Orsay une direction des entreprises et de l'économie internationale dédiée aux entreprises et aux questions économiques. La seule question que je me pose d'ailleurs, c'est de savoir, de m'interroger sur les raisons pour lesquelles cela n'existait pas auparavant. Cette direction assure l'interface avec les entreprises, tant pour les aider dans leur stratégie internationale que pour relayer leurs préoccupations dans le cadre des grandes négociations multilatérales et des grandes enceintes de gouvernance économique mondiale, c'est nous, le Quai d'Orsay, qui sommes chargés de ces négociations. Mais on ne peut mener à bien ces négociations que si on a le contact avec ceux qui vont bénéficier ou pâtir des résultats de ces négociations, qu'il s'agisse des négociations au sein de l'Union européenne, de l'OMC, du G8/G20, du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale. Donc cette direction est chargée notamment de cela.

Nos ambassadeurs, qui sont les têtes de pont de la France à l'étranger, assument désormais expressément le rôle de chefs de l'équipe France de l'export dans leur pays de résidence. Ils doivent se placer systématiquement au contact des entreprises dans les pays concernés et mettre en place auprès d'eux, là où cela n'existe pas encore, un «conseil économique» pour être à l'écoute des préoccupations des entreprises. J'ai demandé à chaque ambassadeur d'établir un plan d'action, et il y a dans ce plan d'action un volet économique, et la mise en oeuvre fait l'objet d'un suivi attentif à l'aide d'indicateurs de résultats, non pas du tout que l'administration puisse remplacer les entreprises, mais il faut qu'elle puisse les aider, et cela, évidemment, demande à être organisé.

J'ai par ailleurs désigné un certain nombre de personnalités, qui ne sont pas des ambassadeurs, qui sont des personnes qui, par leur cursus, par leur rayonnement, peuvent aider. Ces personnalités sont chargées de suivre plus particulièrement les relations, notamment économiques, avec quelques pays - peu nombreux - clefs pour la France : la Chine, la Russie, l'Algérie, le Japon, le Mexique, l'Inde. Et je vais, dans les jours qui viennent, désigner des personnes qui seront appelées «ambassadeurs pour les régions», qui sont des diplomates de carrière, que je placerai auprès des présidents de régions, afin d'aider les entreprises de nos territoires à se développer à l'international, compte tenu de la connaissance que ces diplomates ont du système mondial.

Voilà quelques éléments qui, j'espère, ne vous choqueront pas, mais qui correspondent à ce que doit être une diplomatie d'influence, si l'on ne veut pas qu'un moment, la question jargonnesque soit posée : «Mesdames et Messieurs les Français, d'où parlez-vous ?»

Deuxièmement, la diplomatie du rayonnement culturel, intellectuel et scientifique, c'est un volet plus traditionnel, mais tout à fait essentiel de notre diplomatie. Le rayonnement culturel, intellectuel et scientifique contribue en effet à notre poids politique et participe à la construction d'une réalité et d'une image positive de la France. Alors, pour développer cette action, nous nous appuyons sur plusieurs piliers, nous avons un réseau culturel dont l'ampleur - ne soyons pas arrogants, mais c'est un fait - est sans égal.

Nous avons une centaine d'instituts culturels, qui travaillent en coopération avec un opérateur qui s'appelle l'Institut français, un millier d'Alliances françaises, dont 400 sont soutenues par le ministère des affaires étrangères, 27 instituts de recherche en sciences humaines et sociales, 160 missions archéologiques qui sont soutenues par le Quai d'Orsay. C'est un dispositif exceptionnel qui a pour objet, pour effet de faire connaître notre culture et de valoriser la création française à l'étranger. Et il y a aussi - tout est lié - un enjeu économique, car nos industries culturelles et créatives comptent déjà pour environ 5 % de nos exportations et pourraient compter pour beaucoup plus.

Autre élément dans cet ensemble culturel : la promotion de l'enseignement supérieur français et l'accueil des étudiants étrangers. Cela relève aussi du ministère des affaires étrangères, et cela vise à renforcer l'attractivité de notre pays pour y former les élites de demain. C'est la mission confiée à une agence qui s'appelle Campus France, dont l'action est relayée par 180 espaces Campus France, qui sont placés auprès de nos postes diplomatiques ou des Instituts français, dans 110 pays. En appui de ce dispositif, le Quai d'Orsay finance chaque année 16 000 bourses pour permettre à des étudiants et jeunes chercheurs à potentiel élevé de poursuivre leur cursus en France. Et malgré la contrainte budgétaire, j'ai décidé de sanctuariser les crédits qui sont alloués aux bourses étudiantes, pour soutenir la destination France. Et comme vous le savez, nous avons rapporté une circulaire qui s'appelait «la circulaire Guéant», parce qu'elle avait été prise par M. Guéant, et qui, indépendamment d'autres considérations, était, à notre avis, totalement en contradiction avec une vision moderne du monde, car c'est une grande force de pouvoir accueillir chez nous des étudiantes et des étudiants étrangers, qui se forment chez nous, qui peuvent avoir un premier emploi chez nous, et qui, revenus chez eux, seront évidemment les meilleurs ambassadeurs de la France.

De la même façon, nous pouvons compter sur un audiovisuel extérieur. Nous avons une chaîne francophone multilatérale, qui est TV5 Monde, qui est reçue aujourd'hui dans 235 millions de foyers, c'est un des trois plus grands réseaux mondiaux. Nous avons plus récemment la création d'une chaîne qui s'appelle France 24, qui diffuse - c'est son originalité - en français, en anglais et en arabe, et qui est désormais bien implantée dans le paysage des chaînes internationales d'information. Et dans le cadre des printemps arabes, son audience s'est accrue malgré la concurrence des chaînes du Golfe, qui ont des moyens financiers considérables. Nous avons un troisième grand opérateur, qui est plus connu, qui s'appelle Radio France Internationale - RFI - qui émet dans une quinzaine de langues, et qui est une des radios internationales les plus écoutées, notamment en Afrique.

Il y a eu toute une série de turbulences, mais maintenant, les choses ont été mises en place, les nouveaux dirigeants ont la confiance de ceux qui les ont nommés, notamment moi-même. Mais il faut avoir à l'esprit que - c'est cela qui peut être intéressant pour vous - il n'y a pas, d'un côté, l'enseignement supérieur français, de l'autre, ce qu'on fait pour le développement, etc.... et puis, l'audiovisuel extérieur, tout cela concourt à la même stratégie d'influence.

De même que - dernier élément que je cite dans ce chapitre culturel - le rayonnement scientifique et de la pensée française. La science, de plus en plus, est présente dans l'agenda politique et diplomatique lui-même. Les scientifiques sont placés au coeur des défis qui nous sont lancés, lorsque j'ai parlé de la raréfaction des matières premières, du changement climatique, de la perte de biodiversité, de la pénurie d'eau, de la gestion des catastrophes naturelles, de la sécurité alimentaire, la capacité à peser sur ces débats scientifiques est décisive. Et c'est pour cela que cela concerne l'École normale supérieure, quelle que soit d'ailleurs la filière que vous avez choisie ou que vous choisirez.

Nous devons être présents dans tous les lieux d'influence, où se créent les normes, où se développent les idées, où se conçoivent les réglementations, où émergent les élites, pour faire valoir nos points de vue. L'importance de ce que j'appellerais - je ne sais pas si le mot convient - cette «politique de la science» est manifeste aussi dans les sciences humaines, qu'il s'agisse de science politique, de sociologie, d'économie. C'est pourquoi nous voulons, nous, Quai d'Orsay, associer le monde académique aux enjeux de politique étrangère en l'incluant dans la mobilisation de notre expertise nationale.

Le troisième élément de cette diplomatie, ce n'est pas la diplomatie économique, ce n'est pas la diplomatie culturelle, intellectuelle et scientifique, c'est ce que j'appellerais la diplomatie francophone. J'ai dit tout à l'heure que, à mon sens, la francophonie constituait un atout considérable, qui a parfois été négligée par la France ou qui a été traitée de manière un petit peu passéiste. Et moi, je veux miser sur elle, d'abord, parce que notre langue porte un certain nombre de valeurs, ensuite, parce que notre langue facilite les échanges et a donc un impact positif pour toute une série d'éléments. D'ailleurs, une récente étude - qui m'a moi-même surpris - a montré que les échanges commerciaux, induits par l'appartenance à l'espace francophone, se sont traduits ces dernières années par un supplément de PIB par tête de 6 % en moyenne dans les pays concernés.

À partir de cette volonté d'une diplomatie francophone - mais la francophonie, ce n'est pas simplement la France, nous sommes co-créateurs de la francophonie, avec beaucoup d'autres pays -, eh bien, nous avons mis sur pied un plan d'action pour la francophonie avec quelques priorités : consolider la famille des pays francophones, en particulier en Afrique et dans les pays arabes, renforcer l'enseignement du français dans les pays non francophones et promouvoir le français dans la vie internationale, qu'il s'agisse de la vie diplomatique, du monde des affaires, ou des contenus en français, en particulier sur Internet.

Et puis, bien évidemment, mais cela tombe sous le sens, il y a tout ce qui relève de l'enseignement du français qui est décisif, qui s'appuie sur notre réseau de 500 établissements scolaires à programmes français à l'étranger, qui sont gérés par l'AEFE - l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger - qui est l'opérateur de l'État, ou par la Mission laïque française, qui est une structure associative mais qui joue un rôle également très utile. Nous avons un label, qui s'appelle France Éducation, qui a été lancé en 2012 pour distinguer les établissements scolaires étrangers qui participent au rayonnement de la langue française, qui encourage le développement d'un enseignement bilingue francophone d'excellence à l'étranger. Et ce réseau d'établissements à l'étranger est un atout que je veux et que je vais développer.

Normale Sup a été par le passé une tête de pont de la francophonie, notamment en accueillant traditionnellement des élèves étrangers. Elle continue à le faire, et je pense que c'est extrêmement important, parce que, une de vos vocations, c'est-à-dire la formation d'enseignants de haut niveau destinés à exercer dans le supérieur doit pouvoir se diffuser, et permettre la formation d'enseignants du supérieur notamment dans les pays d'Afrique et du Moyen-Orient.

Une quatrième diplomatie dont je veux dire un mot, c'est ce que j'appellerais la diplomatie du développement. Dans notre politique d'influence, il y a une dimension essentielle de solidarité. L'aide au développement ne se justifie pas seulement par sa dimension de solidarité - qui est au coeur des valeurs de la France - mais je pense qu'elle fait partie d'un ensemble d'objectifs au coeur de grands enjeux de la mondialisation pour notre pays, si on veut réduire les déséquilibres économiques, si on veut développer les mécanismes de régulation notamment sociaux et environnementaux, si on veut soutenir l'expertise, dans tous ses domaines, on se recoupe avec le développement.

Nous avons décidé de rénover notre aide au développement, particulièrement notre relation à l'Afrique. Vous êtes, comme citoyens, témoins de cela, en rompant avec un certain nombre de méthodes passées, nous voulons fonder des partenariats véritables avec les pays du Sud. Et notre aide, du même coup, doit s'adapter aux défis du nouveau siècle, et être plus efficace et plus transparente. Dans cet esprit notamment, et c'est une rupture très importante, j'ai décidé de doubler en cinq ans l'aide de ce type qui va transiter par les ONG. La France va rester un acteur majeur de l'aide au développement. Aujourd'hui, nous sommes le 4ème bailleur mondial, derrière les États-Unis, l'Allemagne et le Royaume-Uni avec un peu plus de neuf milliards d'euros. Nous allons maintenir cet effort, malgré les difficultés budgétaires. Pour cela, nous devons mobiliser de nouvelles ressources. Et c'est une des raisons pour lesquelles, vous avez vu cela, nous sommes parvenus, avec quelques voisins européens et amis, à créer une nouvelle taxe sur les transactions financières, dont 10 % au moins du produit ira à l'aide publique au développement. Nous nous appuyons, pour faire tout cela, sur une entité extrêmement puissante, qui s'appelle l'Agence française du développement, avec d'autres acteurs, il y a un acteur qui s'appelle France expertise internationale, qui fédère l'expertise française. Et notre contribution transite aussi par les instruments d'aide extérieure de l'Union européenne. L'Union européenne dispose en particulier d'un Fonds, qui s'appelle le Fonds européen de développement, et bien sûr, comme nous sommes partie prenante de l'Europe, nous utilisons - entre guillemets - ce Fonds européen du développement.

Tout cela a des conséquences concrètes sur l'environnement, sur le climat. Et c'est la raison pour laquelle, je parle volontiers de diplomatie environnementale, qui fait partie de notre diplomatie du développement, car nous essayons de promouvoir un développement durable. C'est une cause prioritaire. Et c'est dans cet esprit-là que nous nous sommes proposés pour accueillir, je vous le disais en introduction, cette conférence sur le climat en 2015, qui doit - nous l'espérons - nous permettre d'aboutir à un accord positif.

Je veux, avant de terminer, citer deux autres éléments constitutifs de notre diplomatie :

La diplomatie que j'appelle la diplomatie des valeurs, je vous l'ai dit en commençant, est un des éléments qui singularisent la France dans son approche diplomatique et internationale. C'est la volonté de défendre des valeurs universelles, de ne pas seulement parler au nom d'intérêts légitimes, nationaux, mais d'essayer à chaque fois que possible de nous faire l'avocat de causes qui nous dépassent, c'est ce que nous faisons au Mali où contrairement à ce que pensent certains, il n'y a pas de pétrole.

Mais c'est ce que nous faisons aussi, dans un tout autre domaine, en menant une campagne mondiale pour l'abolition universelle de la peine de mort. Ce sont des combats qu'a menés la France, victorieusement, pour elle-même et au sein de l'Europe, mais qu'il faut maintenant porter, par notre diplomatie, au niveau international. Et trop peu de pays portent ces ambitions. Il ne s'agit pas d'être arrogants, et il ne s'agit pas de faire de nous des saints - nous n'en sommes pas -, mais il s'agit de développer les valeurs et l'image qui traditionnellement sont associées à la France.

Enfin, le dernier élément de notre diplomatie, qui innerve l'ensemble de ce que je vous ai dit, c'est l'approche européenne. L'ensemble de ces orientations s'inscrit dans le cadre de notre engagement européen. Nous avons besoin de l'Europe pour affirmer notre influence, et inversement, nous renforçons cette Europe dans le cadre de l'action que nous menons. Simplement, et c'est un grand combat, cela implique une Europe réorientée.

Ce matin j'étais avec François Hollande au Parlement européen à Strasbourg, et c'était l'occasion pour lui de définir la vision européenne de la France. Depuis maintenant neuf mois que nous sommes au gouvernement, il y a eu, même si ce n'est pas bien perçu par l'opinion, un certain nombre de progrès importants, parfois très importants, réalisés pour remettre l'Europe sur les rails de la solidarité et de la croissance. Mais il y a encore un travail tout à fait considérable à opérer, pour compléter le budgétaire par l'économique, pour renforcer l'économique par le social et l'écologique, pour avancer vers l'Europe politique.

François Hollande développait ses propositions pour une coopération en matière d'énergie, en matière d'éducation, en matière de défense, pour trouver cet équilibre, qui jusqu'à présent n'a pas été bien trouvé dans le passé, entre la solidarité et la croissance. Nous avons la volonté, pas moins que d'autres - que personne ne s'y trompe -, d'avancer vers une Europe politique. Mais l'Europe que nous avons à l'esprit, c'est une Europe différenciée, qui est tout à fait éloignée de l'Europe self-service dont l'idée a été développée encore récemment par le Premier ministre britannique. Une Europe différenciée dans laquelle il y aura un socle commun très important de compétences, et puis la possibilité pour ceux qui veulent avancer plus vite et plus loin d'en faire davantage, par des coopérations renforcées, sans que ceux qui ne le veulent pas puissent bloquer l'ensemble de la machine.

Et que ce soit sur le plan économique, que ce soit sur le plan éducatif et culturel, que ce soit sur le plan du développement, que ce soit sur le plan des valeurs, nous ne séparons pas notre approche française de notre approche européenne.

Chers Amis, bien évidemment, tout cela constitue une ambition extrêmement forte. Mais ce qui me frappe aussi, c'est que la réalisation de cette ambition ne dépend pas seulement de l'orchestration de différents moyens étatiques. Je parle souvent de ce que j'appelle une diplomatie démultipliée. Ce que je veux dire par là, c'est que, si nous voulons parvenir à cet objectif, nous devons nous appuyer sur toute une série de réseaux d'influence, parmi lesquels j'inclus bien sûr nos compatriotes qui vivent à l'étranger - ils sont plus de deux millions -, nos collectivités locales, qui ont développé et qui développent de très nombreux partenariats internationaux, nos ONG, nos «think tanks», nos entreprises, nos universités, les enseignants, les étudiants, et vous-mêmes, normaliens, dont j'ai souligné l'ouverture à l'international.

Vous aurez prochainement l'occasion de partir pour l'étranger, pour compléter vos études, votre formation et, où que vous partiez, dans la liberté totale de vos convictions, vous serez objectivement, d'une certaine façon, des ambassadeurs, à qui il reviendra de porter librement les valeurs et la culture de notre pays. Et je pense qu'il faut cette conscience, et cette mobilisation générale, pour être à la hauteur des défis, qui sont considérables.

Souvent, je me réfère à une phrase que j'aime bien, de Luther King, c'était il y a longtemps, mais quand il voulait définir notre monde, il y a une jolie phrase de lui qui dit : «Ce qui caractérise notre monde, c'est que les fusées sont téléguidées, et les hommes désorientés». Et je pense que c'est un peu cela le défi qui nous est lancé. Il y a des bouleversements de toutes sortes ; des peuples, en particulier le nôtre, ont besoin - c'est le rôle des dirigeants - d'orientations précises, et c'est vrai notamment en matière diplomatique. Et j'ai essayé - de manière trop longue, trop courte, je ne sais pas - de tenter de répondre à ce que peuvent être ces orientations, en vous exposant les priorités du ministère qu'on m'a fait l'honneur de me demander de diriger.

Mais comme il ne faut pas être arrogant, ce qui est souvent un défaut français, je terminerai en paraphrasant Sigmund Freud : J'ai cherché, sinon à vous permettre de voir clair, du moins à vous montrer clairement les obscurités qui vous attendent. Merci.

Q - Monsieur le Ministre, merci beaucoup pour votre discours passionnant. Il me semble que vous aviez eu la possibilité de vous entretenir avec le nouveau secrétaire d'État américain, récemment, John Kerry. Pouvez-vous nous dire en particulier comment vous voyez l'évolution des relations franco-américaines dans les prochaines années, en particulier avec la crise malienne et l'accueil qui en est plutôt positif dans la presse américaine actuellement ?

R - Volontiers. Oui, lundi, c'est-à-dire hier, il y avait à la fois à l'Élysée le vice-président américain, Joe Biden, et dans l'après-midi je me suis entretenu au téléphone avec le nouveau secrétaire d'État John Kerry. Au fond, c'était une journée américaine, qui a permis de faire le point sur pas mal de choses. D'abord, un mot sur les relations franco-américaines : je dois dire qu'elles sont tout à fait excellentes. On a connu des périodes diverses ; on a connu en particulier une période où, aux États-Unis, il y avait le «French bashing», et tel n'est plus du tout le cas du côté américain. Je vous le dis, si vous allez aux États-Unis, que vous dites que vous êtes Français, vous serez très bien accueillis maintenant - ce qui n'était pas nécessairement le cas il y a quelques années. Et symétriquement, de notre côté, je pense que, même s'il peut y avoir des points de divergence, à tel ou tel égard, nous travaillons extrêmement bien en France avec nos amis américains.

Alors, le président Obama maintenant commence son deuxième mandat, et il est déjà entré dans l'Histoire, et maintenant la question est de savoir comment il va vouloir marquer l'Histoire. Il n'a plus de contraintes politiques ou, je dirais, électorales, puisque c'est son deuxième mandat. Il a un agenda qui est considérable, d'après ce que nous a dit Joe Biden, ou John Kerry - et d'ailleurs qu'on peut, même s'ils ne disaient pas cela, déduire.

D'abord, il y a un agenda intérieur, pour les États-Unis, qui ont une situation budgétaire et de déficit considérable. Il faut essayer de remonter la pente, «the fiscal cliff», ce qui n'est pas facile, compte tenu de l'orientation du Congrès.

Pour nous, c'est très important que les États-Unis arrivent à relancer leur économie, parce que, compte tenu de la puissance de cette économie, tout ce qui peut être fait pour la croissance, et pour l'équilibre, et pour la régulation, a des conséquences sur nous. Nous voyons avec plaisir que le président Obama, à chaque fois qu'il peut intervenir, souligne que l'Europe doit bien sûr pratiquer le sérieux budgétaire, mais doit aussi favoriser la croissance ; car s'il n'y a pas de croissance, le sérieux budgétaire lui-même n'est pas atteint. Donc, il y a ce premier objectif, d'après nos collègues et partenaires américains, qui est un objectif de développement économique.

Après, sur le plan international, il y a des choses qui ont été dites déjà clairement, et d'autres qui sont plus incertaines. Ce qui a été dit, c'est le souhait de s'attaquer rapidement à la question iranienne. Nous travaillons avec les Américains, puisque nous sommes au sein d'un groupe qui s'appelle le «P5+1», c'est-à-dire les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, plus les Allemands. Nous négocions depuis déjà plusieurs années avec les Iraniens - sans beaucoup de résultats. En même temps, nous avons décidé ensemble de pratiquer des sanctions pour inciter les Iraniens à abandonner leurs prétentions nucléaires militaires. Nous devons avoir, en concertation avec les Américains, et nos autres partenaires, une nouvelle réunion, à la fin du mois de février.

Vous savez peut-être qu'il y a des élections en Iran au mois de juin, donc c'est difficile d'arriver à faire bouger les Iraniens, même si nous le souhaitons, avant cette date. Mais en tout cas, il est clair, à la fois chez les Américains, chez nous-mêmes et chez nos partenaires, que, pour reprendre l'expression du président Obama pendant la campagne électorale, la possession par l'Iran de la bombe atomique n'est pas acceptable. Nous avons à travailler ensemble pour que l'Iran accepte de se conformer à ses obligations internationales et aux résolutions des Nations unies. C'est un objectif des Nations unies, c'est aussi un objectif pour nous.

Vous avez comme autre problème, évidemment très difficile, mais qui est sur l'agenda, la question israélo-palestinienne. C'est elle qui a fait l'objet de l'essentiel de mon entretien téléphonique avec John Kerry, hier. Les élections israéliennes viennent d'avoir lieu. Le gouvernement n'est pas encore constitué. Il faut maintenant se saisir de cette question, qui est extraordinairement difficile, mais qui reste un marqueur de la paix, ou de la non-paix, non seulement dans la région, mais dans l'ensemble du monde. Nous allons unir nos efforts, les Britanniques, les Américains, nous-mêmes, pour essayer de faire avancer les choses, et de faire revenir Palestiniens et Israéliens à la table des négociations.

Parce que, d'une part - je parle sur le fond, je ne suis pas ici pour faire un exposé politique, mais je dis bien sûr mes convictions -, justice n'est pas rendue aux Palestiniens. Les Palestiniens ont droit à un État. Donc, il faut, et nous avons voté aux Nations unies en ce sens, que cet État - viable - puisse leur être garanti. Il faut symétriquement que la sécurité d'Israël puisse l'être aussi. Nous pensons que, compte tenu notamment des Printemps arabe, la fenêtre d'opportunité actuelle pour nouer une paix durable entre les Palestiniens et les Israéliens autour de la notion des deux États n'est pas saisie, les choses risquent d'être difficiles pour Israël.

Imaginez ce qui se passe en Égypte : l'Égypte c'est 83 millions d'habitants, avec des difficultés de toutes sortes, économiques, sociales, politiques et autres. Si l'Égypte, qui a un traité de paix avec Israël, décidait, par malheur, de modifier sa position, vous voyez ce que cela peut vouloir dire. Donc là, nous devons travailler ensemble. C'est un deuxième exemple.

Troisième exemple, c'est la question syrienne où nous bénéficions - je ne sais pas si c'est heureux ou malheureux - d'une certaine expertise. Les Américains souhaitent échanger avec nous. Nous nous entretiendrons prochainement avec nos homologues, pour voir comment arriver à trouver une solution. Chaque jour qui passe, non seulement se traduit par des centaines de morts, mais en plus, nous sommes tous d'accord sur le fait que le temps qui passe, est non seulement destructeur de vies, mais favorise l'extrémisme et le terrorisme. Si ni d'un côté ni de l'autre on n'arrive à trouver de solution, évidemment, ce sont les terroristes qui vont petit à petit prendre le dessus ; ce qui serait ravageur, parce que quand vous regardez la situation de la Syrie, cela à la fois une grande influence sur le pays lui-même, mais aussi sur la Jordanie, sur la Turquie, sur le Liban, sur l'Irak, sur l'Iran, etc. Là, nos interlocuteurs américains ne nous ont pas dit encore ce qu'ils voulaient faire, mais ils veulent s'impliquer.

Sur le Mali, les Américains nous ont apporté leur soutien politique, mais pas seulement puisqu'ils ont mis à disposition un drone qui est extrêmement perfectionné, alors que nous, nous n'en avons pas. Ils nous aident dans les opérations de renseignements et dans les opérations de ravitaillement en vol - nous avons besoin de ravitailleurs en vol, et nous n'en disposons pas suffisamment. Et puis, d'un point de vue politique, le président Obama, ainsi que le vice-président Biden et le secrétaire d'État Kerry, nous apportent expressément leur soutien, et c'est extrêmement utile.

Et puis il y a un dernier élément, que je veux ajouter dans la liste des priorités, c'est cela qui est assez nouveau et, s'il se confirme, qui est très encourageant, c'est la priorité à la lutte contre le changement climatique. Certains d'entre vous ont peut être assisté à la diffusion du discours d'investiture de Barack Obama. Parmi les priorités qu'il a citées, il y a cette question du climat, en disant : nous sommes responsables, pour les générations futures, etc. Ce qui est tout à fait notre position. John Kerry, pour sa part, est un spécialiste du climat ; il a travaillé avec Al Gore. Ce sont des questions qui le passionnent.

C'est aussi notre position. Je vous ai dit, dans le cours de mon propos, que nous allions accueillir en 2015 la grande conférence sur le changement climatique. C'est une opération extrêmement difficile à préparer, il y a là 25.000 personnes, et on ne peut avoir un accord que par consensus. Vous voyez ce que cela signifie. Avec évidemment des positions très différentes : vous avez des petits pays qui risquent d'être submergés par les flots ; vous avez des grands pays qui ne veulent pas bouger ; vous avez des pays émergents, etc. Il faut donc trouver les voies et moyens pour aller vers un accord positif. Si les États-Unis confirment qu'ils veulent bouger dans le sens positif, évidemment, pour nous Européens, nous sommes en avant, et notamment la France, et ce sera un renfort puissant. J'espère que ce sera le cas, et que cela nous permettra d'avancer ensemble.

Donc, voilà quelques points. Quelles sont les priorités ? Le soutien économique, bien sûr ; la solution des crises auxquelles j'ai fait allusion ; et la question du climat.

Nous avons eu un échange à l'Élysée, avec Joe Biden, en particulier sur les relations avec la Chine, avec la Russie. C'était intéressant parce que la position du vice-président - je ne sais pas si elle est partagée par tous - était de dire : Oui, nous allons travailler avec les Chinois mais vous savez, même s'ils ont fait des progrès considérables, il reste - j'ai retenu ce chiffre - que leur niveau moyen de vie, par tête d'habitant, est un dixième du nôtre. Donc, le sentiment qu'au fond il fallait développer la coopération, et que cela ne représentait aucun risque pour les États-Unis dans la compétition. Certains ont des points de vue différents, y compris aux États-Unis.

Voilà, par rapport à votre question, quelques indications. À partir de ces analyses, de nos propres souhaits, de nos propres volontés et nos propres objectifs, nous allons travailler ensemble très étroitement en faisant avancer nos positions, en respectant la puissance américaine, qui est considérable, mais aussi en avançant sur tel ou tel sujet : je pense notamment sur les sujets de défense, sur la défense européenne. Ce qui est en train de se passer - c'est un point dont il faudra discuter avec les Américains - montre la nécessité d'une défense européenne.

Les États-Unis sont de plus en plus tournés vers le Pacifique, vers l'Asie, pour des raisons qu'on peut comprendre, ils ont des problèmes budgétaires, donc il n'y a pas besoin d'être un grand spécialiste pour comprendre que, bien évidemment ils restent attachés à la sécurité en Europe, mais va venir un moment où ils vont dire aux Européens : écoutez, vous n'êtes peut-être pas économiquement dans la meilleure forme, mais vous êtes quand même la première puissance économique et commerciale du monde, donc il serait normal que vous preniez en charge un certain nombre de choses.

Toute une série de pays d'Europe, je pense notamment aux anciens pays de l'Est, qui vivent sous la protection parapluie américain, sont en train d'avoir cette réflexion. Et cela tombe bien, parce que la France, qui maintenant a réintégré le commandement de l'OTAN mais qui veut une défense européenne, va essayer de mettre en avant ces choses. Ce n'est pas facile, parce que ceux qui ont une puissance militaire, avec nous, ce sont les Britanniques, qui eux ont des liens particuliers, qu'on connaît, avec les Américains. Mais il y a d'autres pays, je pense à l'Allemagne, je pense à la Pologne, je pense à l'Italie, je pense à l'Espagne, qui sont probablement prêts à faire un bout de chemin avec nous, pour une défense européenne qui ne soit pas contradictoire avec l'OTAN, mais qui permette de rééquilibrer un peu les choses.

Vous voyez, nous avons mille sujets à traiter, dans un esprit, dans un climat absolument excellent. Vous savez, John Kerry parle français, ce qui pour un politicien américain est un «handicap» considérable ! Je crois qu'il a passé beaucoup de son temps en Bretagne, il adore la France. Et au moment où il était candidat pour être président des États-Unis, on le désignait, de manière péjorative, comme français, quasiment français - peut-être même socialiste ! Là, alors vraiment ! Où va-t-on ! Et quand il rencontrait des journalistes français qui lui posaient des questions en français - c'est l'un des journalistes qui me l'a raconté -, il disait : non, non, pas devant tout le monde ! Mettons-nous de côté et vous me parlerez français ! Cette période est terminée. Maintenant, entre les États-Unis et la France, c'est une période extrêmement fructueuse.

Q - J'aimerais vous poser une question par rapport à la forme de l'État. Par exemple la situation au Mali, etc., ou même la situation israélo-palestinienne, semblent venir en partie du problème de plusieurs peuples à cohabiter sur le même territoire.

R - Il y a la question de l'État et la question des frontières, ce sont des choses différentes. Comme vous le savez, vous prenez l'exemple du Mali, en Afrique les frontières ont été fixées de manière assez artificielle, en tirant des traits sur une table à cartes. Mais la plupart des spécialistes considèrent - et je parle surtout pour l'Afrique Noire, le Moyen-Orient c'est autre chose - que si on devait modifier ces frontières, on ouvrirait la boîte de Pandore. Car, prenez l'exemple des Touaregs. Les Touaregs, vous en avez au Mali, mais vous en avez aussi au Niger, et dans d'autres pays. Mais ce n'est pas simplement la question du Mali.

Prenez les populations kurdes : vous avez des Kurdes dans plusieurs pays ; en Syrie, en Irak, en Turquie, en Iran. Si vous commencez à dire : à chaque ethnie correspond un État, à ce moment-là vous avez l'explosion incontrôlable du système international.

Alors, il y a des cas, c'est le cas israélo-palestinien, où en revanche, à partir des décisions qui ont été prises en 1948, la résolution qui a été votée à propos du peuple palestinien, du droit à être État non-membre observateur, c'est la reprise des textes qui existaient déjà juste après la guerre, qui disaient : il faut qu'il y ait deux États, avec deux populations.

Donc pour résumer, je ne pense pas, sauf exception, qu'il faille se lancer dans une redéfinition des frontières qui correspondrait exactement à des ethnies.

Mais si on dit cela - c'est là où votre question est tout à fait pertinente -, cela signifie qu'il faut avoir une conception et une pratique des États au contraire qui doivent être composites, qui doivent admettre la diversité. C'est vrai en Syrie : vous avez des Alaouites, des Chrétiens. C'est vrai dans beaucoup de pays du Proche et du Moyen-Orient, où vous avez chiites et des sunnites, et d'autres confessions encore.

Et donc, je crois que la forme moderne de l'État, même si ce n'est pas facile à pratiquer, c'est celle d'un État qui permette que les communautés vivent ensemble. Et de ce point de vue-là, nous n'avons pas de leçons à donner à quiconque, mais si la conception qui est la nôtre, qui est une conception pluraliste - vous avez dit mixte -, et la garantie de cette mixité, est un élément fondamental de la paix civile. Et il faut faire de cette mixité une richesse, et non pas un obstacle. Sinon on risque de tomber dans un état de guerre des peuples, des religions, et des États.

Sur le Mali, bien sûr, il faut toujours avoir à l'esprit qu'il y a trois aspects. D'abord, l'aspect sécuritaire, parce que bien évidemment, si un pays est occupé par des groupes terroristes, le reste, le développement, la vie politique, et la liberté, il n'y en a plus. Donc, il y a ce travail sécuritaire, qui est en train d'être fait. Il y a aussi la dimension démocratique. Et là, il est nécessaire qu'un dialogue s'établisse - une feuille de route qui devra être respectée a été établie. Dans le Nord du Mali, d'ailleurs, il n'y a pas seulement la question des Touaregs, il y a beaucoup d'autres composantes. Et il va falloir que cela se traduise par des élections. Alors c'est très compliqué, parce que quand les différentes communautés ont été habituées à se détester pendant des années, comment faites-vous pour vivre ensemble ? C'est cela tout l'art de la politique et de la diplomatie. Et puis vous avez la dimension du développement. Il faut à la fois du sécuritaire, du politique, et du développement.

Et je réfléchissais, en pensant à d'autres conflits, au fond, à quelles sont les conditions pour que nous ayons collectivement un succès durable au Mali ? En partant de situations tout à fait différentes, mais en même temps qui ont des éléments de comparaison : un peu l'Afghanistan, un peu la Somalie, un peu d'autres éléments. Et vous allez voir à quel point c'est quand même compliqué.

L'une des leçons que l'on tire à partir d'autres conflits comme condition du succès, c'est qu'il faut, quand il y a intervention extérieure, que l'intervention soit limitée dans le temps ; ça, c'est la première condition. La deuxième condition, c'est qu'il faut qu'il y ait une reconstruction d'une armée nationale, professionnelle et autonome. Vous ne pouvez pas imposer de l'extérieur, durablement, une situation de sécurité. Troisièmement, il faut porter une attention particulière aux populations locales : refuser les exactions, être très sévère vis-à-vis de ce qu'on appelle les «bavures». Sinon, je pense à l'Afghanistan, vous voyez les conséquences que cela occasionne. Quatrièmement, refuser les sanctuaires transfrontaliers. Car si vous avez des sanctuaires transfrontaliers, l'État ne se contrôle pas lui-même.

Il faut qu'il y ait parallèlement un processus politique de réconciliation, de dialogue ; ce qui nécessite des institutions pluralistes et démocratiques. Ensuite, il faut lutter contre les éléments de déstabilisation ; j'en ai noté en particulier deux, qui sont la corruption, d'une part, et le trafic de drogue, de l'autre. Et enfin, il faut pratiquer l'aide au développement, mais pas l'aide au développement tellement exogène et spectaculaire qu'un pays ne peut pas l'absorber et rentre dans des mécanismes de trafics. Une aide au développement qui s'applique aux projets structurels : l'eau, l'électricité, l'éducation, la santé.

Ce sont toute une série de conditions, au-delà même de ce qui est fait sur le plan militaire, qui me paraissent nécessaires pour réussir. Il y a peu d'expériences de réussite ; mais je pense, et je terminerai par là, que l'une des forces passionnantes de la diplomatie, c'est qu'à partir de l'histoire, de la géographie, d'une certaine compréhension du monde, et d'une certaine anticipation, il y a quand même des leçons à tirer. J'espère en avoir tiré quelques-unes. Merci beaucoup./.

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3. Conseil européen - Réponses du ministre délégué chargé des affaires européennes, M. Bernard Cazeneuve, à des questions d'actualité à l'Assemblée nationale (Paris, 06/02/2013)

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Madame la Députée,

Je regrette vraiment beaucoup en écoutant votre question que nous n'ayons pas eu l'idée de vous convier à participer au discours du président de la République au Parlement européen hier. En effet, vous auriez vu toutes les sensibilités politiques, représentant tous les pays du Parlement européen, applaudir debout le discours du président de la République et notamment les orientations qu'il préconise pour l'Europe et pour le budget de l'Union européenne.

Je regrette vraiment très sincèrement que vous n'ayez pu assister au Conseil affaires générales qui s'est tenu lundi à Bruxelles. C'était l'occasion de recevoir un soutien unanime de l'ensemble des pays de l'Union européenne concernant l'opération engagée par la France au Mali et la reconnaissance du rôle de leader et de précurseur que nous avons joué dans cette affaire. Ils ont remercié la France pour l'action qu'elle a engagée. Ces pays nous ont soutenu et en même temps nous ont confirmé les moyens qu'ils ont décidé d'apporter à cette opération. Des moyens militaires, des moyens financiers qui ont été confirmés à l'occasion de la conférence des donateurs d'Addis-Abeba à laquelle participait le ministre des affaires étrangères.

Je regrette que vous n'ayez pas pu non plus participer, à l'occasion du dîner qui s'est tenu à la suite du Conseil affaires générales avec M. Van Rompuy, aux discussions entre les ministres des affaires européennes. Car vous auriez constaté, à ce moment-là, que la position équilibrée qui est celle de la France et qui veut un bon budget pour l'Union européenne, pas une négociation limitée à des coupes et des rabais, mais une négociation pour faire la croissance, pour faire la politique agricole commune, pour faire la politique de cohésion et d'autres politiques qui permettront la croissance, que ces actions portées par la France ont reçu un accueil et un soutien sans faille des pays de l'Union européenne.

C'est dans cet esprit que nous abordons la négociation de la fin de la semaine et nous sommes convaincus que, grâce à notre position centrale et équilibrée, il y aura un bon accord pour la croissance et pour l'Europe./.

 

 *   *   *

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Monsieur le Député,

Je voudrais vous confirmer tout d'abord que nous n'avons pas négocié au mois de juin dernier un plan de 120 milliards d'euros pour la croissance, pour accepter au mois de février 200 milliards de coupe dans le budget de l'Union européenne, servant à financer des chèques et des rabais pour un certain nombre de pays de l'UE. Ce n'est pas la stratégie de la France.

La stratégie de la France c'est d'avoir un bon budget pour la croissance. Cela signifie que nous devons faire en sorte que les rubriques destinées à accompagner l'innovation, les PME-PMI, le transfert de technologies et la recherche soient dotées correctement dans les propositions du Conseil européen.

Nous nous battrons tout d'abord pour avoir un bon budget pour la croissance.

Nous voulons que la Politique agricole commune fasse l'objet d'une allocation de moyens budgétaires supplémentaires parce que cette politique a fait l'objet de coupes qui ont été rectifiées pour partie en novembre, qui devront l'être davantage encore à l'occasion du prochain Conseil européen.

Nous voulons par ailleurs nous assurer qu'à la fin de la semaine, nous obtiendrons pour nos régions en transition, pour les régions ultra périphériques, les moyens budgétaires qui permettront dans ces régions d'avoir un niveau d'investissements qui permettra le retour de la croissance.

Voilà très concrètement l'agenda qui est le nôtre. Vous avez raison de dire que, alors que le président de la République a indiqué qu'il souhaitait que le budget de l'Union européenne soit doté à terme de ressources propres, que la taxe sur les transactions financières et, peut-être demain, la fiscalité carbone pouraient l'alimenter. Il a dégagé pour l'Union européenne, en termes d'approfondissement et de comportement, des perspectives qui ont suscitées l'enthousiasme des parlementaires européens.

Enfin, je veux vous dire que nous sommes résolus à aller plus loin dans le sens de l'Union politique, du renforcement de l'Union économique et monétaire. C'est la volonté qui est celle du président de la République pour la solidarité. C'est aussi la raison pour laquelle nous nous battons pour le programme d'aide aux plus démunis qui doit permettre de tendre la main à ceux qui sont affectés par la crise./.

 

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4. Mali - Syrie - Iran - Irak - Entretien du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec le quotidien «Metro» (Paris, 06/02/2013)

Q - François Hollande a affirmé ce week-end que la France n'avait pas encore «terminé sa mission» au Mali. Combien de temps l'opération Serval peut-elle encore durer ?

R - L'action nécessaire au Mali comporte trois volets : militaire, politique et de développement. S'agissant du volet militaire, une première phase a été menée, très efficace, pour bloquer les groupes terroristes et reconquérir les villes. La France n'a pas vocation à rester durablement au Mali. Ce sont les Africains et les Maliens eux-mêmes qui doivent être les garants de la sécurité, de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de ce pays. C'est pourquoi nous allons, progressivement, passer le relais à la Misma. Nous-mêmes, nous allons continuer à agir au Nord, où il reste des foyers terroristes. Je pense qu'à partir de mars, si tout se passe comme prévu, le nombre de troupes françaises devrait diminuer.

Q - Craignez-vous une contre-offensive des islamistes ?

R - Les groupes narco-terroristes ont été stoppés, grâce aux frappes. Mais il peut toujours se produire des actions individuelles. Il faut rester sur ses gardes, au Mali comme dans les pays voisins. Chacun doit avoir à l'esprit que le risque est toujours présent.

Q - Pouvez-vous évaluer le coût de l'intervention pour la France ?

R - En ce qui concerne la partie proprement française, pour l'heure, quelques dizaines de millions d'euros. Cette somme est prévue dans le budget de la défense.

Q - Vous étiez au côté de François Hollande lorsqu'il a été accueilli en libérateur à Bamako. A-t-il acquis selon vous une nouvelle stature avec cette intervention ?

R - Incontestablement, oui. Au Mali, nous avons ressenti beaucoup d'émotion et une forte fierté alors que nous étions accueillis par tout un peuple aux cris de : «Vive la France ! Merci la France !». Chacun le reconnaît : le président de la République a pris les bonnes décisions. Sur le plan national, il existe un soutien massif, rare, des responsables politiques et des Français. Sur le plan international, le soutien est également impressionnant. Comme chef de notre diplomatie, sous l'autorité du président de la République, je me réjouis de ce très large soutien.

Q - Le président du Niger a affirmé dimanche que les otages français enlevés au Sahel étaient vivants. Pouvez-vous nous confirmer cette information ?

R - Nous n'avons pas recueilli d'éléments nouveaux. Dans un contexte difficile, nous travaillons, tous les jours, à leur libération. Les familles ont notre appui et je veux saluer leur courage.

Q - Êtes-vous toujours en contact avec les ravisseurs ?

R - Pas de négociations ni de soumission au chantage. Si les ravisseurs souhaitent passer un message, ils le feront.

Q - En Syrie, «la fin se rapproche pour Bachar al-Assad», déclariez-vous à la fin de l'année. Êtes-vous toujours aussi optimiste ?

R - Bachar Al-Assad est l'assassin de son peuple. On en est à près de 70.000 morts ! Il n'y a pas de solution possible avec lui. En face, une alternative se présente grâce à la coalition de l'opposition syrienne, que la France a été la première à reconnaître. On évoque un contact possible entre cette coalition et les Russes et un dialogue avec certains éléments du régime. Face à la catastrophe humaine que ce conflit représente, nous voulons que les choses s'accélèrent.

Q - Comment sortir de l'impasse ?

R - Nous en avons longuement parlé au téléphone lundi avec John Kerry, mon homologue américain. Il y a d'un côté l'action humanitaire, pour laquelle nous nous mobilisons aux côtés de la coalition nationale syrienne. Il y a aussi l'action politique, afin que ceux qui continuent de soutenir Bachar Al-Assad comprennent que le chaos, c'est lui. Et puis il y a la question militaire, sachant que jusqu'à présent les Européens ont décidé un embargo sur les armements, décision que nous devons réexaminer prochainement. Notre priorité, en plus du soutien à la population, c'est la recherche des voies et moyens pour une solution politique qui mette fin au calvaire des Syriens et des populations voisines. C'est indispensable.

Q - C'est ce qui est mis en oeuvre depuis plusieurs mois...

R - Oui, mais cela demande malheureusement du temps. On constate quelques mouvements positifs, mais encore insuffisants.

Q - Une livraison d'armes à l'opposition serait-elle envisageable ?

R - Les Iraniens et les Russes livrent des armements. De l'autre côté, sans doute aussi. Mais ces armes là ne permettent pas de se protéger contre les attaques aériennes de Bachar. L'une des graves difficultés, c'est qu'il faut éviter que les armes éventuellement livrées tombent entre les mains d'extrémistes, comme cela a pu être le cas en Libye.

Q - En Iran, une relance des négociations sur le nucléaire est annoncée. Une résolution diplomatique de la crise avec Téhéran est-elle encore possible ?

R - Je le souhaite vivement. Vis-à-vis de l'Iran, nous agissons depuis plusieurs années dans le cadre de ce que l'on appelle la double approche. D'une part des négociations et d'autre part des sanctions, de plus en plus fortes. Avec, jusqu'à présent, peu de résultats sur le plan des négociations. Les Iraniens continuent de renforcer leur potentiel nucléaire. De nouvelles discussions sont prévues fin février. Avec nos partenaires membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU, nous ne pourrons pas accepter que l'Iran se dote de l'arme nucléaire. Ce serait trop dangereux pour la paix.

Q - Un journaliste français, Nadir Dendoune, a été arrêté en Irak. Où en êtes-vous sur ce dossier ?

R - Depuis son arrestation, les affaires étrangères sont mobilisées. Notre consul, avec le médecin de l'ambassade, lui a rendu visite le 2 février pour s'assurer de ses conditions de détention, de son état de santé et du respect de ses droits. Notre ambassade assure un contact permanent avec les autorités irakiennes. Sa famille et les membres de son Comité de soutien ont été reçus lundi au Quai d'Orsay. Tout est mis en oeuvre pour sa libération. (...)./.

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5. Mali - Réponse du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, à une question d'actualité à l'Assemblée nationale (Paris, 06/02/2013)

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Monsieur le Député,

Votre question a le mérite de rappeler que le problème malien ne consiste pas simplement à apporter, même si c'est essentiel, une solution militaire - et je rends hommage une fois de plus à nos soldats - mais aussi d'apporter une solution politique et une solution en matière de développement.

Sur le plan du développement, vous savez que la France a repris son aide civile ainsi que l'Europe. C'est une très bonne chose. Il y a eu hier une réunion au niveau européen pour prendre toute une série de décisions en faveur du développement.

Sur le plan politique, le gouvernement malien et l'Assemblée malienne ont adopté une feuille de route qui s'engage à aller vers des élections d'ici l'été mais qui doit faire préfacer ces élections par un dialogue.

Ce dialogue doit avoir lieu avec toutes les populations notamment celles du Nord. Vous avez cité les populations touarègues qui, très injustement, depuis très longtemps ont été mises à l'écart, mais cela vaut aussi pour les populations Bambaras, pour les populations Sonrhaïs, pour les populations arabes, pour les populations Peuls. Nous allons donc faire effort avec les autorités maliennes pour développer ce dialogue autour des notions d'autonomie et de décentralisation.

Un dernier mot pour vous dire que nous étions autour du président de la République samedi et que c'était une communion extraordinairement impressionnante. Je veux dire à vous toutes et à vous tous qui incarnez la représentation nationale que, de la part de milliers de Maliens, nous avons entendu un même cri, un même message que je veux vous retransmettre parce que c'est à vous qu'il est destiné.

Merci les soldats français, merci la France./.

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6. Mali/UE - Entretien avec la presse et conférence de presse du ministre délégué chargé du développement, M. Pascal Canfin (Bruxelles, 05/02/2013)

Q - (sur l'objet de la réunion)

R - C'est une réunion politique avec l'ensemble des acteurs de l'Union africaine, de l'Union européenne et au premier rang, le ministre des affaires étrangères du Mali de façon à ce que l'on engage, sur de bonnes voies, le processus politique et le processus en termes de développement. Maintenant, à côté de l'intervention militaire, ce qu'il nous faut, c'est gagner la paix. Cela passe par la mobilisation de l'ensemble de la communauté internationale autour du Mali.

Cette réunion a pour objet d'évoquer, très concrètement l'avenir du dialogue politique et de la mise en place, de la mise en oeuvre de la feuille de route. C'est d'abord la responsabilité des Maliens mais nous pensons que la communauté internationale peut jouer un rôle positif pour accompagner les autorités maliennes dans le processus, encore une fois, pour gagner la paix à côté de l'intervention militaire qui est en cours.

Q - Quels seront les résultats selon vous, ici ?

R - On va voir aujourd'hui sur quoi on peut déboucher. Je ne peux pas préempter les résultats de la discussion. Donc, je vous dirai cela plutôt en fin de journée.

Q - Quelques civils maliens ont été tués soit par erreur, ou bien c'est dans le conflit. Certaines associations parlent de non-respect des droits de l'Homme. Jusqu'à quelle mesure, la France est gênée par cela ?

R - C'est un des sujets que nous allons évoquer aujourd'hui. Quand le président François Hollande est allé à Bamako samedi, nous avons évoqué cette question publiquement avec le président Traore. Nous sommes extrêmement attentifs à ce que les droits humains soient respectés, qu'il n'y ait pas d'exaction, qu'il n'y ait pas de vengeance parce que cela pourrait compromettre la stabilité dans la durée et la mise en oeuvre du processus politique. Nous sommes extrêmement vigilants.

Q - Avez-vous rassuré les pays du voisinage, l'Algérie, la Mauritanie, le Burkina Faso sur ce qui se passe parce qu'il y a un flux de réfugiés qui commence ?

R - L'essentiel des réfugiés viennent d'avant l'intervention du 11 janvier. Aujourd'hui on n'enregistre pas de flux massifs vers les camps autour du Mali. Par contre, nous sommes extrêmement attentifs, avec l'Union européenne, à faire en sorte que la situation humanitaire reste sous contrôle et, aujourd'hui, c'est le cas. Si nous devions mettre davantage de moyen dans le cadre européen, je sais que nous y sommes prêts.

Q - (Sur l'éventuelle transformation de la force de la CEDEAO en force de maintien de paix)

R - Cela fait partie des discussions que l'on peut avoir aujourd'hui./.

 

* * *


Q - Pourriez-vous nous dire ce qui a été décidé ? Quels ont été les points discutés ? Comment on avance ?

R - Ce qui a été évoqué, c'est le fait de gagner la paix. L'opération militaire se passe bien et je tiens à dire que l'ensemble des participants ont remercié la France pour son action et tout le monde a convenu que sans la France, le Mali peut-être aujourd'hui serait dans une situation dramatique. Tout le monde a exprimé sa gratitude ; je pense que c'est important pour nous. Maintenant, l'étape suivante, c'est de mettre en place la feuille de route telle qu'elle a été décidée par les autorités maliennes. Nous avons donc discuté des différentes étapes qui vont mener, au 31 juillet, à des élections.

Q - Y a-t-il des dates précises pour cette feuille de route ?

R - Nous sommes en train d'en discuter, notamment sur tout le processus électoral, sur les fichiers mais il n'y a pas de dates rendues publiques à ce stade.

Q - Y a-t-il déjà un accord entre tous les participants pour faire évoluer la mission de la MISMA comme une vraie mission de maintien de la paix ?

R - Il faut d'abord que la MISMA se déploie sur l'ensemble du territoire, conformément à ce qui a été prévu. Lorsque cela sera fait, nous pourrons éventuellement travailler à une opération de maintien de la paix, effectivement, et donc à une transformation de la MISMA, mais il faudra se mettre d'accord sur le mandat de cette opération de maintien de la paix et sur les modalités. En parallèle du déploiement de la MISMA, on peut donc avoir un travail diplomatique à New York mais aussi avec les autorités maliennes pour voir effectivement quelles modalités seraient envisageables. Mais, à court terme, l'enjeu principal, c'est d'abord le déploiement de la MISMA pour qu'ensuite les forces françaises puissent progressivement se retirer car nous n'avons pas vocation à rester durablement au Mali.

Q - Vous avez senti un soutien pour cette idée là ?

R - Il y a un soutien partagé par l'Union africaine, par la France, par les États-Unis, par la CEDEAO, donc l'ensemble des acteurs clés pour, progressivement, aller vers une opération du maintien de la paix sous le contrôle des Nations unies, mais encore une fois, c'est du moyen terme et il ne faut surtout pas perdre de vue les priorités à court terme pour ensuite arriver effectivement à du moyen terme, c'est-à-dire les élections et les opérations de maintien de la paix.

Q - Il y a un combat contre les groupes terroristes islamistes au Mali mais, en même temps, on soutient certains groupes d'Al Qaïda en Syrie ; comment vous ... ?

R - Non, on ne peut pas comparer la Syrie et le Mali. Au Mali, il s'agit d'assurer l'intégrité d'un pays - c'est ce que nous avons fait - et maintenant de gagner la paix pour assurer la démocratie.

Q - Avez-vous aussi un soutien de la part de l'Algérie ?

R - Vous pourrez poser la question directement au représentant algérien, mais effectivement, il y a une très large communauté de vue entre la France et l'Algérie aujourd'hui sur ce qu'il fallait faire et sur ce qu'il faut faire à l'avenir.

Q - Monsieur le Ministre, certains responsables africains regrettent de manière indirecte le départ de Kadhafi qui maintenait d'une certaine façon la stabilité sécuritaire, politique et économique du Sahel.

R - Je ne pense pas que les Libyens le regrettent forcément. La question, c'est d'abord ce que les Libyens ont décidé, donc le changement de régime en Libye, c'est une bonne nouvelle. Simplement, objectivement, la situation ensuite n'a pas été traitée comme il le fallait, ce qui a permis à un certain nombre d'armes de circuler et d'être achetées notamment par les groupes terroristes grâce à l'argent de la drogue, chacun le sait. Nous sommes là aujourd'hui en responsabilité pour agir, faire en sorte que la totalité du territoire du Mali soit reconquis, que l'ensemble des villes soit libéré et ensuite qu'il y ait un processus politique avec deux éléments clés déterminants : le premier, c'est le dialogue politique qui débouchera sur des élections ; le deuxième, c'est la reprise du développement économique du Mali.

Vous savez peut-être que le revenu moyen d'un malien aujourd'hui est de 1 euro 20. Je pense qu'avec 1 euro 20 par jour, nous avons une vraie marge de progression en matière de développement économique et on sait que l'équation est simple : il n'y a pas de développement sans sécurité, le Mali ne pouvait pas se développer tant que sa sécurité et son intégrité n'étaient pas assurées. Il n'y a pas de sécurité durable sans développement, et c'est un des messages importants sur lesquels nous nous sommes mis d'accord aujourd'hui. Nous avons, pour notre part, nous, Français, annoncé la reprise de notre aide il y a deux jours ; l'Union européenne également. Nous nous voyons la semaine prochaine à Dublin entre ministres du développement pour voir comment nous allons mettre en oeuvre la reprise de cette aide publique.

Q - Mais la France, elle est seule sur le terrain...

R - Non, vous ne pouvez pas dire ça...

Q - Comment garantir qu'elle va sortir avec le minimum de dégâts ?

R - La France n'est pas seule sur le terrain. Il y a plusieurs milliers de soldats africains et, à Kidal, la bataille a été menée avec les soldats tchadiens. Maintenant, la quasi-totalité des troupes sont soit quasi arrivées, soit en cours de transfert : les troupes africaines, sans parler bien sûr des troupes maliennes. On ne peut donc pas dire du tout que la France est seule sur le terrain.

Q - Selon certains rapports, avez-vous des doutes que certains pays du Golfe comme le Qatar soutiennent le financement des groupes islamistes radicaux ?

R - On n'a pas d'information mais, bien évidemment, nous sommes attentifs à ce que cela ne soit pas le cas. Aujourd'hui, nous n'avons aucune information qui corroborerait cette thèse.

Q - Est-ce que les besoins de la mission européenne de formation sont désormais tout à fait remplis ou est-ce qu'il y a encore des problèmes ?

R - Les choses avancent, tant sur le plan logistique, pratique que financier. Au niveau de la formation, cela va commencer dans quelques semaines et, parallèlement, encore une fois, l'enjeu, c'est de gagner la paix, c'est le message principal que je suis venu faire passer ici, c'est-à-dire qu'il y avait la nécessité de gagner les opérations militaires et, maintenant, nous entrons dans une nouvelle phase, dans une nouvelle page qui est ouverte et c'est l'objectif de [inaudible].

Q - Cela veut dire que la guerre est terminée ?

R - Non, la guerre n'est pas terminée. Gagner la paix, cela ne veut pas dire que la guerre est terminée, cela veut dire que l'action militaire continue tant que la totalité du territoire malien n'est pas libérée. J'ai vu, avec le président de la République samedi à Bamako, avec Laurent Fabius, avec Jean-Yves Le Drian, on a touché du doigt la liberté, la liberté de gens qui ne pouvaient plus s'habiller comme ils voulaient, faire de la musique dans la rue. On a vu tout cela et il n'y a aucune raison de priver une partie des Maliens de cette liberté. Il faut donc reconquérir l'intégralité du territoire mais, parallèlement, on sait très bien que dans la durée, ce qui assurera la stabilité politique, ce n'est pas l'intervention militaire, c'est le dialogue politique entre les communautés et le développement économique du Mali. Il y a donc ces deux priorités que nous avons évoquées aujourd'hui./.

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7. Mali - Réponse du ministre de la défense, M. Jean-Yves Le Drian à une question d'actualité, à l'Assemblée nationale (Paris, 05/02/2013)

Vous l'avez observé le président de la République a reçu à Bamako et à Tombouctou samedi dernier l'accueil enthousiaste d'un peuple qui recouvrait la liberté grâce à l'action de nos forces. Il a été accueilli aux cris de «Vive la France !», et ces cris s'adressent à nous tous, mesdames et messieurs les députés.

Ceux qui l'accompagnaient ont ressenti à la fois émotion et fierté : émotion devant ce peuple qui quittait la peur pour la liberté et qui saluait l'action de la France ; fierté du travail accompli par nos armées qui ont fait preuve de sang-froid, de courage et de lucidité tactique.

Pour les fréquenter beaucoup en ce moment, je puis vous dire que nos troupes apprécient l'unité nationale qui se fait autour d'elles.

Malgré notre enthousiasme, nous devons conserver une certaine mesure, car l'opération n'est pas terminée. Je ne livrerai à votre réflexion que deux mots, qui sont les engagements pris par le président de la République : l'intégrité du Mali et la souveraineté du Mali.

Cette intégrité - soit l'ensemble du territoire, le nord y compris -, les forces africaines et maliennes nous aideront à la rétablir. Quant à la souveraineté, elle suppose le retour de la démocratie et celui de la réconciliation nationale. Nous avons entendu à cet égard des propos encourageants du président Traoré : il importe désormais que les Maliens eux-mêmes recouvrent le sens du dialogue./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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8. Mali - Entretien du ministre de la défense, M. Jean-Yves Le Drian, avec «Europe1» (Paris, 06/02/2013)

Q - S'il est vrai, comme on le répète ce matin, que les soldats français commencent à quitter le Mali dans un mois, cela veut dire que la guerre du Mali est finie au mois de mars ?

R - Non, ce n'est pas comme cela que se pose la question. Nous avons au Mali deux missions. La première : aider les Maliens et les Africains à permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale, c'est-à-dire y compris le nord. Nous avons une deuxième mission : c'est de faire en sorte que le Mali retrouve sa souveraineté, c'est-à-dire l'état de droit, c'est-à-dire un processus démocratique. Tout cela va ensemble.

Q - C'est-à-dire que cela peut durer plus longtemps que mars ?

R - Aujourd'hui, nous avons quatre mille militaires français au Mali.

Q - Combien d'Africains ?

R - Quatre mille Africains.

Q - C'est-à-dire quatre mille Français et quatre mille Africains.

R - Quatre mille Français, quatre mille Africains. Cela veut dire que le passage progressif de la présence française militaire à la présence militaire africaine pourra se faire relativement rapidement et, à partir de quelques semaines, on pourra commencer à diminuer notre format. Nous sommes aujourd'hui au format maximum ; nous sommes quatre mille, nous n'irons jamais au-delà. Mais on pourra à diminuer dès que le relais se fera et en maintenant les deux objectifs qui sont intégrité et souveraineté du Mali.

Q - Cela veut-il dire que tous partiront en avril-mai ou qu'il en restera ?

R - On n'a pas vocation à rester. On a vocation à progressivement transférer nos responsabilités militaires aux forces africaines et aux forces maliennes qui sont, en ce moment, en voie de reconstitution.

Q - Le président de la République avait dit : «Nous resterons le temps qu'il faudra».

R - Le temps qu'il faudra pour que le Mali retrouve son intégrité et sa souveraineté.

Q - C'est-à-dire jusqu'à l'installation des institutions démocratiques éventuelles du Mali.

R - C'est-à-dire jusqu'à ce que les institutions démocratiques puissent se mettre en place et jusqu'à ce que les forces maliennes et africaines soient en situation de relais. C'est donc une sortie en sifflet, si vous voulez, progressive.

Q - Jean-Yves Le Drian, je ne veux pas vous choquer mais la guerre du Mali, est-ce qu'on ne nous ment pas ? Est-ce qu'on ne nous cache pas la vérité ? C'est une fausse guerre, il n'y a pas de guerre puisqu'on ne cesse de répéter que les soldats français ont pénétré à Gao et Tombouctou sans combat, qu'il n'y a pas d'affrontements. Où sont les combattants ? Est-ce qu'il y a des batailles ? Est-ce qu'il y a des victimes ? Est-ce que c'est vrai ?

R - Il y a eu des accrochages hier à Gao, dans les environs de Gao. À partir du moment où nos forces, soutenues par les forces maliennes, ont commencé à faire des missions et des patrouilles autour des villes que nous avons prises, on rencontre des groupes djihadistes résiduels qui se battent.

Q - C'est-à-dire que l'armée française va les chercher. Ce n'est pas eux qui attaquent les Français.

R - On va les chercher. On va chercher, on sécurise avec les forces maliennes autour des villes que nous avons pu reprendre et que nous avons pu libérer. Hier, il y a eu des tirs de lance-roquettes de groupes djihadistes résiduels dans la région de Gao. Il y a une vraie guerre. Quand on a repris Gao, il y a eu des combats. Lorsque toutes les nuits en ce moment, y compris la nuit dernière, les forces aériennes françaises ciblent et frappent des lieux de centre d'entraînement, de regroupement de pick-up des groupes djihadistes, c'est la guerre, c'est du combat. Donc, c'est une vraie guerre contre les groupes terroristes, c'est une guerre qui aujourd'hui nous a permis de marquer des points contre ces groupes et nous allons poursuivre.

Q - Vous dites et vous avez révélé des pertes lourdes : plusieurs centaines de morts. C'est encore vague.

R - Il y a eu des pertes significatives du côté des troupes djihadistes.

Q - «Significatives», qu'est-ce que ça veut dire ?

R - Je ne vais pas faire une comptabilité nécrologique...

Q - Non, non ! Mais qu'on soit dans la réalité.

R - Il y a eu une vraie guerre avec des pertes significatives.

Q - C'est-à-dire de vrais morts.

R - Oui.

Q - Est-ce qu'il y a des soldats français qui ont été blessés ou qui ont été victimes ?

R - Il y a eu quelques blessés français mais des blessés relativement légers ; il y a eu malheureusement un mort, c'est donc une vraie guerre. Si nous n'avions pas mené cette opération, aujourd'hui depuis déjà plusieurs semaines, les groupes djihadistes seraient à Bamako et ce serait l'anarchie. II y aurait là un sanctuaire djihadiste à partir duquel se regrouperaient les djihadistes du monde entier pour taper en Europe et en France contre notre sécurité et nos intérêts.

Q - Donc il y a un lien, Jean-Yves Le Drian, avec ce qu'a annoncé et ce qu'a fait hier le ministre de l'intérieur et ses services, qui ont démantelé une filière de djihadistes français qui se préparaient à aller dans le Sahel.

R - Oui, parce qu'un certain nombre de jeunes à la recherche de je ne sais quel destin pouvaient être attirés par des sanctuaires terroristes djihadistes qui se mettaient en place. Cela a été le cas en Afghanistan et, si on avait laissé le déroulé se poursuivre, c'est ce qui se serait passé au Mali, proche de chez nous, avec des regroupements du monde entier de ces djihadistes qui, aujourd'hui, ont quitté l'Afghanistan et cherchent des itinéraires ailleurs. Il fallait empêcher cela parce que c'était notre sécurité qui était en jeu.

Q - Monsieur le Ministre de la défense, on ne nous dit jamais quand les avions ont fini de bombarder une région. Que découvrent les soldats français au sol ? Vraiment ?

R - Quand on a bombardé et qu'on a pris une ville, qu'est-ce qu'on découvre ? On découvre du matériel de guerre ; on découvre des manuels d'utilisation des armes ; on découvre des laboratoires un peu artisanaux destinés à fabriquer ce qu'on appelle des mines contre des véhicules ou contre des individus. On découvre vraiment la préparation d'un vrai sanctuaire terroriste.

Q - Il y avait un accord avec les Algériens et, depuis le voyage du président Hollande en Algérie, les Algériens endeuillés aussi par la prise d'otages. Est-ce que comme promis ils ferment et tiennent vraiment leurs frontières ?

R - Les Algériens ont été victimes, vous le rappelez, d'un attentat terroriste majeur. Nous sommes en bonne intelligence avec les autorités algériennes. Laurent Fabius a souvent en entretien téléphonique le Premier ministre d'Algérie.

Q - Mais est-ce qu'ils font ce qu'ils ont dit ?

R - L'Algérie a fermé ses frontières, en particulier pour éviter que les groupes djihadistes ne se ravitaillent en essence. C'est un handicap considérable pour eux désormais. Les frontières sont effectivement fermées.

Q - C'est-à-dire qu'aujourd'hui ils sont sans essence, sans ravitaillement, sans complices, sans munitions.

R - Donc, c'est une situation difficile pour eux. Nous sommes en train progressivement de gagner la partie.

Q - Qu'est-ce qui va leur arriver, jusqu'au dernier, si on les trouve ?

R - Il faut poursuivre pour que le territoire de ce qu'on appelle l'Adrar des Iforas, dans les montagnes au nord du Mali, à la frontière algérienne, où se regroupent manifestement les plus durs d'entre eux, puisse être un territoire malien comme les autres.

Q - On a entendu beaucoup de choses sur les otages. Je comprends qu'il y ait la volonté de secret en ce qui les concerne. Mais est-ce que vous confirmez que s'il y a une action, quelle que soit cette action, pour les libérer ; elle sera ou serait menée par les forces spéciales françaises, par les Français ?

R - Je ne vous dirai pas à la radio comment on va faire pour aider la libération des otages. Nous avons en permanence, le président de la République en particulier, à l'esprit leur situation, la souffrance de leur famille. Avant toute action que nous entreprenons aujourd'hui, on pense aux otages.

Q - Mais est-ce que cela veut dire que les otages français dépendent de la seule souveraineté des Français ?

R - Aujourd'hui ce sont les forces françaises qui contrôlent l'ensemble du territoire malien avec le soutien des forces maliennes, et nous assumons totalement cette responsabilité dans cette phase de transition vers le relais aux forces africaines.

Q - C'est-à-dire qu'aucune autre force africaine ne peut y aller.

R - C'est nous qui décidons de ce genre de choses.

Q - Voilà ce qu'on veut entendre. Vous avez entendu tout à l'heure Françoise Laribbe, dont le mari est un des otages. Elle était avec Bruce et elle s'est adressée à vous : «Saisissez toutes les pistes, toutes les opportunités, toutes les éventualités». Qu'est-ce que vous lui répondez ?

R - Je comprends à la fois qu'elle soit inquiète, qu'elle souffre et qu'en même temps il y ait une impatience en raison de l'évolution de la situation sur le territoire malien. Nous utilisons toutes les disponibilités que nous avons pour libérer les otages.

Q - Les Touaregs aident ?

R - Les Touaregs sont des populations du Nord-Mali. Ce n'est pas la même histoire que la population du sud.

Q - C'est-à-dire qu'ils connaissent très bien la région. Ce sont des indicateurs précieux.

R - Très connaisseurs de la région et depuis que nous sommes arrivés au nord, les populations touaregs se comportent de manière intelligente avec les forces françaises. Il faut poursuivre ce dialogue.

Q - Si Mme Merkel obtient l'accord du Bundestag, elle enverra quatre cents soldats secouristes au Mali en plus des quarante formateurs prévus ; cela fait quatre-vingts. Vous en aviez probablement besoin. Est-ce que la mission européenne dont tout le monde a parlé commence à fonctionner ?

R - La mission a été engagée hier. J'ai donné le départ des unités françaises qui vont la constituer à Bamako. Elle sera officiellement mise en place la semaine prochaine, mardi, le 12 février. Elle regroupe plusieurs pays de l'Union européenne. L'objectif est de donner au Mali une force armée équipée, responsable et capable aussi de participer au rétablissement de l'État de droit dans ce pays.

Q - Savez-vous où sont les otages, parce qu'on me le demande et on sent que les familles sont inquiètes ?

R - Je le comprends bien.

Q - Est-ce que vous savez ?

R - Tout le monde comprendra que je n'en dise pas plus.

Q - Mais ils sont dispersés ?

R - Je n'en dis pas plus.

Q - Il y a des contacts avec eux ? Avec eux ou indirectement ?

R - Je n'en dirai pas plus, Monsieur Elkabbach. Pour la sécurité des otages, je n'en dis pas plus.

Q - Donc c'est une préoccupation constante ?

R - Absolument.

Q - Vous avez accompagné le président à Tombouctou et Bamako. Vous en êtes revenu plutôt impressionné par l'accueil je suppose, la qualité de l'armée, et cætera. Mais est-ce que vous aussi, vous êtes tenté de reconnaître que cette mission est la plus importante de votre vie politique ?

R - C'était un grand moment d'émotion, de ferveur. C'est vrai que dans la vie d'un homme politique, cela marque sûrement./.

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9. Mali/UE/Réunion ministérielle du Groupe de soutien et de suivi - Communiqué de l'Union européenne (Bruxelles, 05/02/2013)

Catherine Ashton, Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et vice-présidente de la Commission, a accueilli aujourd'hui une réunion ministérielle du Groupe de soutien et de suivi sur la situation au Mali.

La réunion était co-présidée par l'Union africaine, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et l'Organisation des Nations unies. La délégation malienne conduite par le ministre des affaires étrangères Tieman Coulibaly comprenait également les ministres de l'administration territoriale Sinko Coulibaly et de l'action humanitaire Mamadou Sidibé.

Tous les membres du groupe - y compris un nombre important de ministres des Affaires étrangères - se sont félicités de l'avancée des forces armées maliennes, soutenues par la France et les pays de la région, face aux groupes terroristes dans le nord du Mali, et ont souligné l'importance du respect du droit international humanitaire et de la protection des populations civiles. Ils ont également félicité les autorités maliennes de transition pour l'adoption de la feuille de route pour la transition et les ont encouragées à la mettre en oeuvre scrupuleusement et avec détermination. Un processus électoral libre et équitable, le retour complet à l'ordre constitutionnel et un dialogue national véritablement inclusif sont essentiels pour remédier à l'instabilité au Mali et restaurer la sécurité et le développement dans toute la région du Sahel.

À l'issue de la réunion, la Haute représentante Catherine Ashton a déclaré : «La communauté internationale a pris ses responsabilités et a réagi rapidement pour protéger le peuple malien. La France a été en première ligne; l'Union européenne et ses États membres, de même que la CEDEAO, l'Union africaine et leurs membres, travaillent ensemble pour apporter leur soutien sur tous les fronts.»

Le Conseil affaires étrangères du 31 janvier a reconnu que l'adoption de la Feuille de route pour la transition au Mali permettait la reprise progressive de l'aide européenne au développement. L'UE a également accéléré les préparatifs de la mission EUTM Mali de formation et de conseil aux forces armées maliennes et a confirmé qu'elle apporterait un soutien financier (50 millions d'euros) et logistique à la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA)./.

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10. Niger - Allocution de la ministre déléguée chargée des Français de l'étranger, Mme Hélène Conway-Mouret, devant la communauté française (Niamey, 05/02/2013)

Monsieur l'Ambassadeur,

Madame et Messieurs les Parlementaires,

Mes Chers Compatriotes,

Depuis ma nomination, j'ai à coeur d'être le plus souvent possible auprès de la communauté française de l'étranger. Dans le contexte actuel, il était essentiel pour moi d'être présente ici, à Niamey.

Vous êtes directement concernés par la situation du Mali et l'impact de l'intervention est pour vous une réalité.

Les forces françaises, que je salue pour leur courage et leur engagement, sont aujourd'hui au Mali avec des objectifs clairement définis et rappelés par le chef de l'État à Tombouctou : préserver l'existence de l'État malien et accompagner le déploiement de la MISMA dans le cadre des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité de l'ONU pour permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale. La communauté internationale dans son ensemble a soutenu la décision du président de la République française.

Le président Issoufou a pris une position ferme et courageuse que je tiens à saluer. Il partage avec la France une forte proximité de vues et d'intérêts. Son contingent était prêt avant l'intervention militaire. Il a franchi la frontière malienne le 28 janvier et a libéré la ville d'Ansongo, avec des troupes maliennes et des forces françaises.

J'ai souhaité être accompagnée aujourd'hui de parlementaires de la majorité présidentielle mais également de l'opposition car il est très important qu'au-delà de nos divergences politiques, nous puissions, dans une période comme celle-ci, témoigner en commun des valeurs qui nous réunissent. Ainsi, Pouria Amirshahi, votre député, Claudine Lepage, sénatrice représentant les Français établis hors de France et Alain Marsaud, député de la 10ème circonscription, font partie de ma délégation.

Vos élus me relayent vos préoccupations. C'est pourquoi, je tiens à vous assurer que toutes les mesures de précaution lourdes certes mais ô combien nécessaires à votre sécurité ont été prises.

Vous le savez, les services de notre ambassade et le Centre de crise à Paris suivent la situation heure par heure. Le dispositif est adapté en fonction de l'évolution de la situation.

Par précaution, le lycée avait été fermé. Je l'ai dit à Bamako, la fermeture d'un établissement est une décision grave qui n'est jamais prise à la légère. Il ne s'agit pas de remettre en cause la mission de notre réseau scolaire à l'étranger. Il ne saurait être question de faire peser de quelque manière que ce soit le moindre danger sur les enfants scolarisés dans les établissements français. Je pense aussi à la sécurité des personnels dont je tiens à saluer le travail.

Dès lors, la décision de rouvrir le mardi 29 janvier a été prise, en responsabilité. Je sais que beaucoup de parents s'inquiètent de la continuité de l'enseignement. Je veux vous dire que cette question est au centre de mes préoccupations, pour nos jeunes compatriotes et pour les jeunes nigériens scolarisés dans nos établissements.

J'ai également conscience des difficultés qu'impose la situation actuelle pour le tissu économique français au Niger. Vous pouvez en témoigner vous-mêmes, la menace est réelle, nous la suivons de près depuis plusieurs années déjà, et le risque demeure important.

Le Niger a lui-même été touché, comme en ont témoigné les tragiques événements survenus à Arlit en septembre 2010, suivis par l'enlèvement et l'exécution de deux de nos compatriotes en janvier 2011.

La sécurité de nos entrepreneurs doit demeurer un impératif non négociable, et aucune initiative ne peut aujourd'hui être prise sans que de solides dispositifs de sécurité ne soient prévus, en lien avec notre ambassade. Nous devons jouer collectif. Le gouvernement français assume ses responsabilités : si l'État ne peut pas se substituer aux entreprises, il met tout en oeuvre pour leur permettre de faire les choix adaptés. Je tiens également à remercier les efforts de l'État nigérien pour sécuriser les délégations et les emprises économiques françaises.

Après avoir visité le lycée et rencontré les parents et enseignants dont je salue l'engagement pour faire vivre notre établissement scolaire, je me rendrai tout à l'heure sur un point de regroupement situé au sein d'une entreprise française afin de m'assurer, sur le terrain, de l'application du plan de sécurité. J'en rendrai bien entendu compte à mon retour à Paris au chef de l'État et au gouvernement.

Mes Chers Compatriotes, je suis venue vous témoigner mon plein soutien en ces circonstances difficiles et vous dire que je reste à vos côtés./.

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11. Point de presse du porte-parole - Budget européen/Intervention de M. Bernard Cazeneuve à l'Assemblée nationale - Déplacement de Mme Hélène Conway-Mouret à Gaillac, Toulouse et Blagnac - Mission «Mali-Sahel»/Nomination de M. Gilles Huberson - Arabie Saoudite/Exécution d'Abdallah Ben Fandi Al-Chammari - Inde/Situation de M. Pascal Mazurier - Bulgarie/Hezbollah - Tunisie (Paris, 06/02/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Budget européen/Intervention de M. Bernard Cazeneuve à l'Assemblée nationale (6 février 2013)

Au lendemain de l'allocution du président de la République devant le Parlement européen à Strasbourg, et dans la perspective du Conseil européen des 7-8 février, M. Bernard Cazeneuve, ministre délégué chargé des affaires européennes, s'exprime aujourd'hui à 15h devant les députés, dans le cadre des questions au gouvernement.

Il rappellera à cette occasion les positions de la France sur le budget européen pour la période 2014-2020, qui sera au coeur des discussions des chefs d'État ou de gouvernement.

2 - Déplacement de Mme Hélène Conway-Mouret à Gaillac, Toulouse et Blagnac (7-8 février 2013)

Mme Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée chargée des Français de l'étranger, se rendra le 7 février à Gaillac, afin d'inaugurer le nouvel établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes du Comité d'entraide aux Français rapatriés. Cette structure comportant 84 places a pour double vocation d'accueillir nos compatriotes de l'étranger en situation de dépendance et de grande précarité, ainsi que des seniors dépendants résidant en France. Cet établissement complète le dispositif social en faveur de nos ressortissants établis hors de France.

Mme Hélène Conway-Mouret poursuivra son déplacement à Toulouse, où elle présentera à l'Institut d'études politiques les missions du ministère des affaires étrangères, le réseau consulaire et l'évolution des communautés françaises à l'étranger. Dans le cadre de la priorité donnée à la diplomatie économique, la ministre déléguée rencontrera les conseillers du commerce extérieur ainsi que la direction de Thales Alenia Espace. Elle se rendra enfin à Blagnac pour visiter le site d'assemblage de l'Airbus A380.

3 - Mission «Mali-Sahel» - Nomination de M. Gilles Huberson

Le ministre a nommé M. Gilles Huberson, conseiller des affaires étrangères, à la tête de la nouvelle mission «Mali-Sahel» (MMS) du ministère des affaires étrangères.

Placé auprès du directeur d'Afrique et de l'Océan Indien, M. Huberson coordonnera l'ensemble de notre action dans cette zone, aux plans politique, diplomatique, sécuritaire et de développement.

4 - Arabie Saoudite - Exécution d'Abdallah Ben Fandi Al-Chammari (5 février 2013)

La France condamne la décapitation le 5 février en Arabie saoudite d'un condamné emprisonné depuis 30 ans, Abdallah ben Fandi Al-Chammari.

La France exprime à nouveau sa vive inquiétude face au rythme alarmant des exécutions en Arabie Saoudite. L'Arabie Saoudite fait partie des États appliquant le plus la peine capitale au monde, avec dix exécutions depuis le début de l'année 2013. Ces exécutions vont à l'encontre de l'évolution mondiale en faveur de l'abolition de ce châtiment inhumain, et dont la valeur dissuasive n'a jamais été établie.

La France est engagée dans une campagne en faveur de l'abolition universelle de la peine de mort et entend être à la pointe de ce combat. Comme l'a rappelé le ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, la France exprime son opposition déterminée et constante à la peine de mort en tous lieux et en toutes circonstances. Elle exhorte une fois de plus l'Arabie Saoudite à mettre un terme aux exécutions et à instaurer un moratoire.

5 - Inde - Situation de M. Pascal Mazurier

Q - Dans l'affaire de l'agent consulaire français en Inde poursuivi pour le viol de sa fille, les avocats de sa femme et de sa fille ont adressé une lettre à Laurent Fabius lui demandant de s'assurer que la diplomatie française respecte son obligation de neutralité à Bangalore, ce qui n'est pas le cas selon eux. Le ministre a-t-il reçu cette lettre et le cas échéant, quelle est la réponse ?

- Que répondez-vous aux accusations selon lesquelles le consul de Bangalore collabore avec la défense de M. Mazurier mais pas avec celle de son épouse ?

- Pourquoi a-t-il fallu cinq jours au consulat et à l'ambassade de France à New Delhi pour informer la police indienne que M. Mazurier ne bénéficiait pas de l'immunité diplomatique ?

- Pourquoi le consul adjoint à Bangalore a-t-il reçu un virement de 250.000 roupies de Pascal Mazurier alors que celui-ci était en prison ?

- Est-ce que la France paie les frais de justice dans cette affaire ?

- Allez-vous répondre à la demande de la mère qui souhaite que l'ambassade à Delhi désigne un représentant neutre dans cette affaire et non les collègues de M. Mazurier, ce qui crée un probable conflit d'intérêt ?

(Nous souhaiterions une réponse à chacune de ces questions).

R - Une réponse à cette lettre sera adressée aux avocats de Mme Suja Jones.

Je vous renvoie par ailleurs à notre déclaration du 4 février, qui confirme que M. Mazurier et ses enfants bénéficient pleinement de la protection consulaire.

Sur le fond, je vous rappelle qu'il s'agit d'une affaire qui n'est pas encore définitivement tranchée par la justice indienne, une demande de non-lieu ayant été formulée par M. Mazurier.

6 - Bulgarie - Hezbollah

Q - La Bulgarie a désigné mardi le mouvement libanais chiite Hezbollah comme étant derrière l'attentat anti-israélien perpétré le 18 juillet 2012 à l'aéroport de Bourgas, quelle est la réaction de la France. Est-ce la possibilité de mettre le Hezbollah sur la liste européenne du terrorisme est envisageable en France ?

Quelle est la position de la France suite à l'implication du hezbollah dans l'attentat de Bourgas par les autorités bulgares ?

Et quelle votre réponse aux demandes américaines, canadiennes et israéliennes... d'agir en Europe face à la menace du mouvement chiite, et de prendre des mesures préventives ?

R - Nous avons bien pris note des déclarations du ministre de l'intérieur bulgare au sujet de l'attentat de Burgas. Nous en tirerons les conséquences, en coordination avec nos partenaires européens. Diverses options sont à l'étude.

7 - Tunisie

Q - Comment réagissez-vous à l'assassinat en Tunisie du chef du parti des Patriotes démocrates Chokri Belaïd ? Cela remet-il en cause la visite du président Hollande dans ce pays en mai ?

R - Je vous renvoie à la déclaration que la présidence de la République vient de faire sur ce sujet./.

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12. Communiqué du Conseil des ministres - Conseil de l'Europe - Québec - Transport aérien et industrie aéronautique - extraits - (Paris, 06/02/2013)

Convention du Conseil de l'Europe relative au blanchiment, au dépistage, à la saisie et a la confiscation des produits du crime et au financement du terrorisme

Le ministre des affaires étrangères a présenté un projet de loi autorisant la ratification de la convention du Conseil de l'Europe relative au blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du crime et au financement du terrorisme.

Cette convention, signée par la France le 23 mars 2011, complète la convention du Conseil de l'Europe relative au blanchiment, au dépistage, à la saisie et à la confiscation des produits du crime, signée le 8 novembre 1990, pour mettre les outils juridiques qu'elle prévoit au service de la lutte contre le financement du terrorisme. Elle est le premier instrument international visant à lutter à la fois contre le blanchiment d'argent et contre le financement du terrorisme.

Elle permet un accès rapide aux renseignements financiers ou relatifs aux actifs détenus par les organisations criminelles, y compris les groupes terroristes.

Entente avec le Québec relative à l'Office franco-québécois pour la jeunesse

Le ministre des affaires étrangères a présenté un projet de loi autorisant l'approbation de l'entente entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Québec relative à l'Office franco-québécois pour la jeunesse.

L'Office franco-québécois pour la jeunesse (OFQJ), créé par le protocole du 9 février 1968, renouvelé le 23 mai 2003, est l'instrument principal de la coopération franco-québécoise en matière de jeunesse. Chaque année, près de 8.000 jeunes Français bénéficient du centre de ressources de l'Office et 2.500 d'entre eux partent au Québec par son intermédiaire.

L'entente entre la France et le Québec, qui remplacera le protocole du 23 mai 2003, tire les conséquences de l'évolution de l'Office dans ses missions (ouverture à l'international, inscription dans la Francophonie, prise en compte des orientations actuelles de développement de l'employabilité et de la capacité d'entreprendre) et dans sa gouvernance (mise en place de conseils de section dans chacun des deux pays).

Le transport aérien et l'industrie aéronautique

Le ministre délégué auprès de la ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, chargé des transports, de la mer et de la pêche, a présenté une communication relative à la politique en faveur du transport aérien et de l'industrie aéronautique.

Cette politique vise à permettre au secteur aérien français, qui représente 800.000 emplois et 4 % du produit intérieur brut, de maintenir son rang dans la compétition internationale.

Le secteur aérien, vecteur essentiel d'une économie moderne et internationalisée, se caractérise par des situations contrastées. La construction aéronautique, premier contributeur national aux exportations avec un solde positif de 18 milliards d'euros et 13 000 créations d'emplois en 2011, connaît une situation favorable, tout comme les aéroports. En revanche, les compagnies aériennes françaises, malgré l'augmentation du nombre de passagers, sont confrontées à un déficit de compétitivité qui leur fait perdre des parts de marché et hypothèque leur avenir.

Le gouvernement a décidé de mettre en place une politique ambitieuse dans trois directions :

- accompagner les efforts de productivité et de restructuration des compagnies aériennes par des mesures fiscales et financières leur permettant de restaurer leur compétitivité ;

- veiller à ce que les infrastructures aéroportuaires françaises assurent une offre de transport de qualité et au meilleur coût, et s'intègrent dans les projets de développement du territoire. Cela passe par des projets de modernisation des aérogares d'Aéroports de Paris et une meilleure association des collectivités locales à la gouvernance des aéroports d'intérêt national, notamment pour les problématiques d'aménagement ;

- poursuivre une politique industrielle volontariste au service de la recherche et de la construction aéronautique, civile et militaire, secteur hautement créateur d'emplois qualifiés, grâce au maintien d'un soutien public national à bon niveau, dans le respect des règles de l'Organisation mondiale du commerce./.

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