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Bulletin d'actualités du 05 février 2013


Sommaire



1. UE/Budget/√Člections europ√©ennes - Mali - Intervention du pr√©sident de la R√©publique, M. Fran√ßois Hollande, devant le Parlement europ√©en (Strasbourg, 05/02/2013)

Monsieur le Président du Parlement européen,

Cher Martin Schulz,

Monsieur le président de la Commission européenne,

Mesdames, Messieurs, les Députés,

Je vous remercie de l'honneur que vous me faites en me permettant de m'exprimer ici, √† Strasbourg, devant le Parlement europ√©en. La France respecte le r√īle et la place de votre assembl√©e dans l'ensemble des institutions europ√©ennes.

Je m'adresse √† vous comme le repr√©sentant d'une Nation, qui a li√© son destin √† celui de l'Europe, et qui porte, encore aujourd'hui, une responsabilit√© particuli√®re. Je m'adresse √† vous comme un homme politique dont la conviction europ√©enne a guid√© son engagement. Je m'adresse √† vous comme un chef d'√Čtat qui a plac√© la r√©orientation de l'Europe au coeur de son action et qui se consacre depuis neuf mois √† cette t√Ęche. Je m'adresse √† vous comme le pr√©sident d'une R√©publique dont la promesse, depuis 200 ans, est de faire que la g√©n√©ration suivante vive mieux que la pr√©c√©dente.

L'Europe est une formidable idée, une immense aventure, une construction politique exceptionnelle, elle a réussi à faire l'histoire sans défaire les Nations, elle a produit un modèle envié, sur tous les continents, elle a instauré la paix, les droits de l'Homme, la démocratie, ce que le prix Nobel, à juste raison, est venu consacrer.

Mais, depuis trop longtemps, l'Europe doute d'elle-m√™me, h√©site sur ses choix, pratique tant√īt la fuite en avant, tant√īt l'immobilisme, elle met trop de temps √† prendre des d√©cisions majeures, celles qui sont attendues, esp√©r√©es, et elle met trop peu de temps √† r√©fl√©chir √† ses orientations et √† son architecture d'ensemble. L'Europe s'honore d'√™tre un grand march√©, mais elle le d√©fend mal, face aux concurrences d√©loyales. Elle laisse sa monnaie, l'euro, vuln√©rable, √† des √©volutions irrationnelles, dans un sens ou dans un autre. Enfin, l'Europe est un continent o√Ļ la croissance est trop faible, o√Ļ un ch√īmage de masse r√©v√®le la profondeur de la crise, qui n'est pas seulement, comme on l'a dit, une transition passag√®re, mais une mutation profonde.

S'il est vrai que la crise de la zone euro est désormais largement derrière nous, nous sommes loin d'en avoir tiré toutes les conséquences, et ce qui nous menace aujourd'hui n'est plus la défiance des marchés, c'est celle des peuples, et qui ne voit, à travers une suite de déclarations, que l'intérêt national est en train de prendre le pas sur l'intérêt européen.

Alors, la question que les chefs d'√Čtat et de gouvernement, comme la Commission europ√©enne, comme le Parlement europ√©en, ont √† r√©soudre est la suivante : ce n'est pas une question d'un moment, c'est la question de notre propre avenir. Comment faire pour retrouver l'adh√©sion, pour faire resurgir l'envie d'Europe, et d'abord, comment faire pour relever le d√©fi de la stabilit√© financi√®re et de la croissance √©conomique ?

Je veux saluer, depuis plusieurs mois, les efforts qui ont été engagés, et les avancées qui ont été obtenues, sur ces terrains-là.

L'Europe a √©t√© capable de se doter de moyens indispensables pour garantir le s√©rieux budg√©taire, et je veux rendre hommage au Parlement europ√©en qui a contribu√© largement, √† travers le ¬ęsix pack¬Ľ et le ¬ętwo pack¬Ľ, les √Čtats eux-m√™mes ont ratifi√© le trait√© budg√©taire, et la France - sous mon autorit√© - en a pris la responsabilit√©. Parall√®lement, le Conseil europ√©en de juin dernier a √©galement d√©cid√© d'un pacte de croissance en harmonie avec les orientations du Parlement europ√©en, cette Europe qui √©tait jug√©e trop lente a √©t√© √©galement capable de mettre en place des instruments de stabilit√©, de solidarit√©, notamment le m√©canisme europ√©en de stabilit√©. Enfin, la Banque centrale europ√©enne a red√©fini ses interventions en annon√ßant clairement ses intentions face aux vis√©es sp√©culatives, et ainsi le calme est revenu sur les march√©s, et les taux d'int√©r√™t sur certaines dettes souveraines ont pu baisser. Nous avons aussi permis √† la Gr√®ce de rester dans la zone euro, quand certains avaient d√©j√†, trop vite, annonc√© son d√©part. Enfin, les principes d'une union bancaire, ont √©t√© d√©finis pour pr√©venir les d√©rives d'un syst√®me financier, et l√† encore ce sera un enjeu consid√©rable, la supervision bancaire, un m√©canisme de r√©solutions et des √©pargnants mieux prot√©g√©s par une garantie de d√©p√īt.

L'Europe a √©t√© capable de progr√®s, mais en m√™me temps elle ne peut en rester l√†, car √† mes yeux il n'y aura pas de r√©pit tant que 25 millions d'Europ√©ens seront au ch√īmage. Il n'y aura pas de r√©pit tant que dans certains pays de l'Union un jeune sur deux cherche un emploi. Il n'y aura pas de r√©pit tant que des millions de personnes resteront jet√©es dans la pr√©carit√©. Il n'y aura pas de r√©pit tant qu'il n'y aura pas eu la d√©finition d'une transition √©nerg√©tique capable de nous faire passer d'un monde √† un autre.

C'est le d√©fi de la croissance et de l'emploi que nous devons relever. Il passe s√Ľrement, n√©cessairement, par le d√©sendettement et l'am√©lioration de la comp√©titivit√©, mais je le dis ici devant vous, cette politique aussi n√©cessaire soit-elle, doit √™tre adapt√©e aux situations nationales, et appliqu√©e avec discernement dans la dur√©e, sinon nous condamnerions l'Europe √† l'aust√©rit√© sans fin, et je m'y refuse.

La France elle-même a pris des engagements, et elle les tiendra, mais en même temps nous devons collectivement, et constamment, ajuster nos objectifs aux réalités de la conjoncture.

La prochaine √©tape que nous devons ouvrir, c'est la coordination des politiques √©conomiques nationales, c'est n√©cessaire pour r√©sorber les d√©s√©quilibres. Il y a des pays qui ont des exc√©dents, qui ont une comp√©titivit√© √©lev√©e, d'autres qui ont des d√©ficits, qui ont des efforts √† faire. Les pays qui sont dans la premi√®re situation doivent relancer leur demande int√©rieure pour permettre aux autres de pouvoir conna√ģtre, √† un moment, le retour de l'activit√©.

De la même manière, nous devons réfléchir à la place de notre monnaie, l'euro, dans le monde, elle ne peut fluctuer selon les humeurs du marché. Une zone monétaire doit avoir une politique de change, sinon elle se voit imposer une parité qui ne correspond pas à l'état réel de son économie. Il ne s'agit pas, dans ce propos, d'assigner de l'extérieur un objectif à la Banque centrale européenne, qui est indépendante, mais d'engager l'indispensable réforme du système monétaire international, car sinon nous demandons à des pays de faire des efforts de compétitivité qui sont annihilés par la valorisation de l'euro.

Le moment est venu de lancer le grand chantier de l'approfondissement de l'Union économique et monétaire, la France y est prête. Elle a deux principes, l'intégration et la solidarité. L'intégration, c'est la définition d'objectifs partagés, c'est l'harmonisation des politiques fiscales, l'intégration ce sont des réformes structurelles pour rendre nos économies plus fortes, mais également des politiques communes en matière d'infrastructures, de recherche. L'intégration, ce sont nos nouveaux instruments financiers, pour lancer des projets innovants, en matière de nouvelles technologies, en matière d'énergies renouvelables, en matière de transition énergétique et écologique. Et puisque nous sommes pour l'intégration, nous sommes pour la solidarité, car l'une ne va pas sans l'autre.

La solidarit√©, ce n'est pas seulement le transfert entre Nations europ√©ennes, la solidarit√© c'est une ambition sociale, c'est de garantir √† chaque jeune europ√©en un emploi ou une formation, √† la fin de ses √©tudes, en renfor√ßant les √©changes entre les √Čtats membres. La solidarit√©, c'est la lutte contre le ch√īmage, notamment dans les territoires o√Ļ il frappe le plus durement, c'est l'enjeu notamment du fonds d'adaptation √† la mondialisation. La solidarit√©, ce sont les transitions professionnelles, c'est d'accompagner les salari√©s tout au long de leur parcours, de leur permettre de garder leurs droits √† la retraite, √† l'assurance ch√īmage, √† la S√©curit√© sociale, quand ils changent de m√©tier, et parfois m√™me de pays. La solidarit√©, c'est ouvrir le chantier du salaire minimum. La solidarit√©, ce sont aussi des instruments financiers, √† travers de nouvelles ressources, √† travers la taxe sur les transactions financi√®res, √† travers tout ce qui peut permettre d'imaginer l'avenir ensemble.

Le Parlement européen, de ce point de vue, a ouvert la voie. Vous avez, au-delà des sensibilités politiques, lancé l'idée d'emprunts communs, je n'ose pas dire d'Eurobonds, mais vous avez imaginez ce que pouvait être le terme même de l'intégration, et de la solidarité. Et c'est dans cette perspective que doit se situer la discussion sur le cadre financier européen, et je veux m'en ouvrir directement devant vous. Nous connaissons toutes les difficultés de cette négociation, les uns veulent des coupes, les autres, parfois les mêmes, veulent des garanties sur leurs chèques, ou sur leurs rabais. La plupart des pays sont intéressés par telle ou telle part du budget européen, mais pas sur l'autre, alors ma position elle s'énonce simplement : faire des économies, oui, affaiblir l'économie, non, et dès lors, notre position, celle de la France, se décline en quatre principes.

Premier principe, un niveau de dépenses qui préserve les politiques communes, d'abord la politique de cohésion, qui finance les investissements indispensables, non pas seulement pour les pays bénéficiaires, mais pour l'ensemble de l'Europe, qui y tire avantage en termes de croissance. La politique commune, c'est la politique agricole, qui permet de renforcer une industrie agroalimentaire, précieuse, pour l'Union européenne, mais qui doit aussi respecter l'environnement, et c'est pourquoi les aides directes et le développement rural sont complémentaires. Mais je n'oppose pas les deux politiques, comme il est commode de le faire, politique de la cohésion contre politique agricole. Nous devons garder le socle des politiques européennes, sinon comment construire ?

Mon deuxi√®me principe, c'est que le budget, le cadre financier qui doit √™tre propos√©, doit prolonger le pacte de croissance adopt√© en juin dernier, ce qui suppose d'augmenter les moyens pr√©vus pour l'innovation, les infrastructures, les nouvelles √©nergies, car o√Ļ serait la coh√©rence d'avoir d√©fini au mois de juin un pacte de croissance et de faire ensuite un pacte de d√©flation √† travers le cadre financier europ√©en.

Mon troisi√®me principe, c'est que le budget doit soutenir les Europ√©ens les plus fragiles, et les plus expos√©s √† la crise. D'o√Ļ l'enjeu du programme d'aide aux plus d√©munis, qui doit √™tre non seulement pr√©serv√© mais correctement dot√©, de ce fonds d'ajustement √† la mondialisation, n√©cessaire si l'on veut faire face aux restructurations qui frappent de nombreux pays, de la place du fonds social europ√©en dans les programmes r√©gionaux, et enfin de l'enjeu de l'emploi des jeunes qui doit devenir un v√©ritable programme europ√©en, avec une v√©ritable priorit√© pour les choix que nous avons √† faire.

Enfin, le dernier principe que je défendrai dans la négociation qui s'ouvre, c'est un système de ressources qui soit plus juste et plus lisible. Dans l'immédiat, le montant des chèques et des rabais doit cesser d'augmenter, mais pour l'avenir, de véritables ressources propres seront indispensables, sinon c'est la construction européenne qui se trouvera remise en cause.

Telle est la position de la France, je ne suis pas s√Ľr qu'elle soit √©loign√©e des aspirations du Parlement europ√©en. Un compromis est possible, mais il doit √™tre raisonnable, et il va falloir raisonner ceux qui veulent amputer le budget europ√©en au-del√† de ce qu'il est possible d'accepter. Car, je le dis ici, il ne servirait √† rien de n√©gocier un accord entre chefs d'√Čtat et chefs de gouvernement, s'il ne devait pas √™tre suivi par un vote conforme de votre Assembl√©e. Chacun doit bien comprendre la logique des institutions communautaires, et donc vous, parlementaires, et les chefs d'√Čtat et de gouvernement, nous devons, avec la Commission, faire preuve de lucidit√© et de responsabilit√©.

Voil√† le sens de la position de la France dans cette n√©gociation, qui doit permettre √† l'Europe d'avoir un cadre d'actions pour sept ans, et de montrer que nous sommes capables de d√©cider ensemble, chefs d'√Čtat et de gouvernement, parlementaires europ√©ens, c'est notre cr√©dibilit√© qui se joue, cr√©dibilit√© non plus financi√®re, mais politique.

Au-del√† de ces choix budg√©taires, c'est une conception de l'Europe qui est en d√©bat, et je vais vous livrer la mienne. L'Europe ne peut se contenter d'√™tre un march√©, un budget, une monnaie, aussi pr√©cieux soient ces instruments, elle ne peut pas non plus √™tre une somme de trait√©s, un ensemble de r√®gles, n√©cessaires, pour vivre ensemble. L'Europe ne peut pas √™tre non plus une addition de Nations, chacune venant chercher dans l'Union ce qui lui serait utile pour elle et pour elle seule. L'Europe, parce que c'est son histoire, parce que c'est son destin, est avant tout une volont√© politique, c'est-√†-dire un engagement o√Ļ chacun accepte l'√©quilibre des droits et des obligations, o√Ļ les r√®gles sont respect√©es, o√Ļ la confiance cr√©e la solidarit√©, c'est-√†-dire un projet dont on ne peut pas discuter sans cesse des acquis et remettre tout en cause √† chaque √©tape.

En revanche, je consid√®re l√©gitime de travailler √† une nouvelle architecture de l'Union. Je plaide pour une Europe diff√©renci√©e, selon l'expression de Jacques Delors, √ßa ne serait pas une Europe √† deux vitesses, qui deviendrait d'ailleurs vite une Europe in√©gale, ou une Europe divis√©e, ce n'est pas davantage une Europe √† la carte. Non, l'Europe diff√©renci√©e c'est une Europe o√Ļ des √Čtats, pas toujours les m√™mes, d√©cident d'aller de l'avant, d'engager de nouveaux projets, de d√©gager des financements, d'harmoniser leurs politiques, au-del√† du socle substantiel, qui doit demeurer, des comp√©tences communes.

Mais je n'invente rien en vous disant cela. C'est cette d√©marche qui a permis de d√©passer les fronti√®res avec Schengen, de cr√©er une monnaie unique avec l'euro, d'instituer la taxe sur les transactions financi√®res. Cette d√©marche, c'est la voie des coop√©rations renforc√©es, ouverte √† tous, √† tous ceux qui veulent les rejoindre, et un jour, pouvant nous rassembler tous autour de ces principes. Dans cette Europe, le Parlement europ√©en aura un r√īle majeur √† jouer, parce que, par son contr√īle, il assurera la coh√©rence d'ensemble.

Je veux √©galement rendre l'Europe plus lisible, j'ai plaid√© pour une int√©gration budg√©taire, fiscale, sociale, elle est l√†. Elle appelle une union politique plus forte, sinon elle est h√©mipl√©gique, ce qui veut dire un gouvernement de la zone euro, de nouveaux instruments financiers, pour agir, et un budget, sous certaines conditions, de la zone euro, s'articulant au budget de l'Union europ√©enne. Tout cela sous le contr√īle du Parlement europ√©en et des Parlements nationaux.

Je souhaite que les élections européennes de l'année prochaine, soient l'occasion d'un grand débat sur l'avenir de l'Europe, qui permettra de déterminer les politiques que nous aurons à conduire - sans doute - et surtout l'architecture que nous aurons à proposer. Sans oublier les candidats aux postes essentiels de notre Union pour qu'il y ait une grande délibération collective en Europe et que l'on sorte, ensuite, avec une légitimité renforcée. Car l'Europe doit avoir les institutions qui lui permettront de peser sur le destin du monde.

L'Europe c'est un continent de paix et de démocratie, qui ne cherche rien pour lui-même, mais qui apporte au reste du monde son héritage, ses valeurs, ses principes. Et donc l'Europe doit prendre sa part du combat pour la démocratie, pour la dignité humaine.

C'est la raison pour laquelle j'ai décidé au nom de la France d'intervenir au Mali. J'ai pris cette décision dans le cadre du droit international. Il n'y avait pas de temps à perdre ou plus exactement si nous avions laissé le temps, c'était celui du terrorisme qui aurait à ce moment là conquis l'ensemble du Mali. Je l'ai fait, ce choix, au nom de la France, parce que c'était notre responsabilité. Nous étions présents dans cette région du monde. Nous pouvions apporter immédiatement l'aide que le président malien attendait de nous. Et cette décision, je l'ai prise aussi au nom de l'Europe, au nom de la communauté internationale.

Je veux ici remercier le Parlement europ√©en pour le soutien et pour la compr√©hension dont il a fait preuve dans ce moment si particulier o√Ļ un pays europ√©en s'engage pour un pays africain. Un pays qui ne s'engage pas pour ressusciter les s√©quelles du pass√©, mais au contraire pour apporter la dignit√© √† un peuple qui lui-m√™me avait permis √† mon pays d'√™tre lib√©r√© de la servitude durant la seconde guerre mondiale.

J'assure ici, le Mali retrouvera son intégrité territoriale, le moment est proche. Viendra le temps politique, celui du dialogue, de la réconciliation, de la stabilité dans ce pays et dans cette région de l'Afrique de l'ouest, le temps du développement et ce temps-là doit être celui des organisations africaines, elles y sont prêtes, elles sont déjà présentes sur place. Ce doit être aussi le temps de l'Europe, parce que nous avons à agir non seulement pour la paix, mais nous avons à agir pour la sécurité dans cette partie-là de l'Afrique.

Former et équiper l'armée malienne, et les forces de la MISMA, permettant d'assurer la sécurité sur le territoire, d'éviter des exactions et les règlements de compte, permettre la transition politique, le rétablissement de la démocratie, le processus électoral.

L'Europe, elle est attendue pour ces raisons et l'Europe, elle est attendue également pour participer au développement du Sahel, en tirant les leçons des politiques qui ont été menées jusqu'à présent et qui n'ont pas empêché l'effondrement des économies de ces pays, et surtout le développement des trafics. Je l'affirme ici, la lutte contre le trafic de drogue est un élément essentiel si nous voulons lutter contre le terrorisme parce que le terrorisme se nourrit du trafic narcotique partout dans le monde et notamment en Afrique de l'ouest.

Nous devons aussi dans cette redistribution des cartes de la puissance √† l'√©chelle du monde. Ne laissez aucun doute sur la d√©termination de l'Europe √† porter ces valeurs. Mais nous devons en tirer l√† encore les cons√©quences, avoir la lucidit√© indispensable pour √©laborer une strat√©gie pour conduire une v√©ritable politique ext√©rieure commune, pour avoir une d√©fense europ√©enne. La France y est pr√™te. Il est temps l√† encore d'en finir avec la dispersion des initiatives de rassembler nos forces et nos moyens, de rapprocher nos industries, d'harmoniser aussi nos positions dans les instances internationales o√Ļ l'Europe doit parler d'une voix, d'agir pour r√©soudre les conflits qui heurtent les consciences humaines.

Je pense √† la Syrie. Pour √©viter la prolif√©ration nucl√©aire, je pense √† l'Iran. Pour peser sur les n√©gociations entre Isra√©liens et Palestiniens, parce que ce moment-l√† aussi est venu et que l'Europe ne doit pas attendre les √Čtats-Unis, mais √™tre d√©j√† l√† pour h√Ęter la reprise de ces discussions.

L'Europe, elle doit √©galement prendre sa part dans l'enjeu climatique, et la France est pr√™te √† organiser la ¬ęConf√©rence climat¬Ľ en 2015, mais nous ne r√©ussirons pas seul. L'Europe, l√† encore, doit √™tre exemplaire en mati√®re d'√©nergies renouvelables, et d'efficacit√© √©nerg√©tique.

Je crois à l'Europe, parce que je pense qu'elle est utile, non seulement aux Européens, mais au monde tout entier, et la meilleure manière pour l'Europe de protéger ses intérêts c'est de défendre son modèle, ses valeurs, à l'échelle du monde. Nous devons revenir au sens-même du projet européen, qui est un projet politique fondé sur des valeurs et sur la circulation des personnes, des connaissances, des idées, des oeuvres, de la culture et de la création. C'est en rappelant inlassablement cette ambition que nous serons à la hauteur de notre histoire et surtout de l'espérance des nouvelles générations.

C'est l'Europe de la connaissance, c'est l'Europe des universités, de la recherche, de la culture, qui est attendue. Nous, Européens, nous portons une culture qui va bien au-delà de nous-mêmes. Nous ne devons pas la considérer comme un patrimoine à protéger, mais comme un mouvement à promouvoir. C'est le principe de l'exception culturelle, c'est l'idée que les oeuvres de l'esprit ne sont pas des marchandises comme les autres, c'est la conviction que l'identité culturelle de nos nations est essentielle, et que le pluralisme, la liberté, doivent être défendus à l'échelle du monde.

Une fois encore, √† cette tribune, j'appelle, apr√®s d'autres, la construction europ√©enne de se donner une dimension culturelle. Ce qui exige de garantir la propri√©t√© intellectuelle et les droits d'auteur, de d√©finir ensemble les r√®gles √©conomiques et fiscales pour que les artistes soient r√©mun√©r√©s davantage que ceux qui font circuler leurs oeuvres, c'est-√†-dire les fournisseurs d'acc√®s, de faire que nous ayons une Europe du num√©rique, o√Ļ les technologies soient au service d'un projet de civilisation.

Mesdames, Messieurs les Députés, François Mitterrand devant le Parlement européen il y a 18 ans, 18 ans, demandait à ceux qui l'écoutaient de tout faire pour que les Européens aiment l'Europe, 18 ans après, convenons-en, nous sommes loin du compte, et le risque n'est plus l'indifférence, mais le détachement, pour ne pas dire la rupture.

Telle est notre responsabilit√©, regardons-la en face, celle des chefs d'√Čtat et de gouvernement, celle de la Commission europ√©enne, celle du Parlement europ√©en.

Je vous le dis tout net, le sursaut, il sera collectif, ou il ne sera pas, mais le temps presse.

Nous pouvons sortir de cette période difficile en ouvrant un nouveau chemin. L'Europe a été capable de surmonter des épreuves bien plus graves que celles d'une crise, mais il nous faut définir une nouvelle ambition. Et cette nouvelle ambition ne pourra pas réduire la précédente. C'est une illusion de penser qu'il faudrait abandonner ce que nous avions engagé depuis des années pour construire une nouvelle espérance. Au contraire, il faut partir de tout ce que nous avons fait pour faire ce qui reste encore à accomplir. Et je sais aussi que toute avancée européenne doit correspondre à une nouvelle étape de la démocratie.

Mesdames et Messieurs les Députés, pour faire cette nouvelle étape, pour accomplir le projet européen, pour faire avancer la démocratie, c'est vous qui allez décider.

Merci./.

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2. √Čtats-Unis - Point de presse conjoint du pr√©sident de la R√©publique, M. Fran√ßois Hollande avec le vice-pr√©sident am√©ricain, M. Joe Biden - propos de M. Hollande - (Paris, 04/02/2013)

Mesdames et Messieurs, j'ai √©t√© ravi d'accueillir ici √† Paris le vice-pr√©sident des √Čtats-Unis, M. Joe Biden. Je lui confirme toute l'amiti√© qui est la n√ītre. Je lui redis toute notre confiance par rapport au nouveau mandat que Barack Obama et lui-m√™me vont maintenant accomplir. J'ai eu l'occasion de lui dire aussi que nous avons devant nous des enjeux internationaux majeurs.

D'abord sur le Mali, j'ai appr√©ci√© le soutien des √Čtats-Unis, d√®s la d√©cision que j'ai prise de l'intervention de la France au nom de la communaut√© internationale. Ce soutien des √Čtats-Unis est important : soutien politique, soutien mat√©riel, soutien aussi logistique, soutien dans le cadre de la conf√©rence des donateurs. Je veux donc ici exprimer, devant le Vice-pr√©sident, ma gratitude. La France continuera sa mission. Elle consiste √† faire que le Mali puisse retrouver son int√©grit√© territoriale et ensuite √† passer le relais aux troupes africaines et aussi √† cette mission qui devra devenir demain une op√©ration de maintien de la paix.

Nous avons √©galement √©voqu√©, avec la m√™me convergence de vues, le dossier syrien. L√† encore, nous constatons que la situation se d√©grade, jour apr√®s jour, avec un nombre de civils tu√©s et avec une impasse dans ce qui devrait √™tre le r√®glement de cette situation. Nous, nous consid√©rons que Bachar Al-Assad doit partir et nous faisons tout pour qu'une solution de transition puisse √™tre trouv√©e. C'est la raison pour laquelle nous avons soutenu la Coalition nationale syrienne, ce que les √Čtats-Unis √©galement ont engag√©.

Nous avons √©galement abord√© le programme nucl√©aire de l'Iran. L√† encore, nous sommes au regret de constater que, malgr√© tous les efforts, l'Iran est toujours dans le refus de la transparence et de satisfaire √† ses obligations internationales. Nous avons donn√© un rendez-vous, encore un, qui doit se tenir bient√īt pour qu'une n√©gociation puisse encore venir. Nous ferons donc pression jusqu'au bout pour que les n√©gociations puissent aboutir.

Nous avons aussi la m√™me volont√© de faire repartir le processus de paix au Proche orient. D√®s lors que les √©lections isra√©liennes viennent d'avoir lieu, d√®s lors que les autorit√©s palestiniennes sont pr√™tes √† s'engager, nous devons faire en sorte que les √Čtats-Unis et l'Europe puissent agir pour la reprise des n√©gociations pouvant aboutir √† cr√©ation des deux √Čtats.

Ensuite, nous avons également évoqué l'économie. Nous portons - l'administration américaine et la présidence française - la même démarche : faire que nos comptes publics puissent être redressés, chacun a des dettes qui lui ont été léguées par les précédentes majorités, mais nous avons tous la volonté, au-delà de ce règlement des dettes, de cette réduction du déficit, de soutenir la croissance.

Je n'oublie pas que la premi√®re r√©union √† laquelle j'ai particip√© au plan international, le sommet du G8 √† Camp David, Barack Obama √©tait la puissance invitante et il nous disait, il nous r√©p√©tait, que la croissance devait √™tre au coeur de nos d√©cisions. S√©rieux budg√©taire et croissance ne sont pas incompatibles. Nous devrons, en Europe et aux √Čtats-Unis, en faire la d√©monstration.

Enfin, le dernier sujet sur lequel nous avons longuement dialogué, c'est le changement climatique, cette obligation qui nous est faite de léguer aux générations futures une planète qui puisse éviter des catastrophes, et donc faire en sorte que nous puissions - dans le cadre de la Conférence sur les changements climatiques - unir nos efforts pour arriver à des résultats tangibles.

Voil√† ce que je peux dire de notre rencontre d'aujourd'hui. Elle va √™tre suivie d'un prochain d√©placement du ministre des affaires √©trang√®res fran√ßais aux √Čtats-Unis pour rencontrer son homologue M. John Kerry et √©galement de multiples √©changes que j'ai avec le pr√©sident Obama sur l'ensemble des sujets dont je viens de parler.

Mais la visite aujourd'hui du Vice-pr√©sident des √Čtats-Unis, M. Joe Biden, est pour nous une nouvelle fois l'occasion de rappeler la force de l'amiti√© entre la France et les √Čtats-Unis./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Cambodge - Discours du Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault, √† l'occasion de la r√©ception de la communaut√© fran√ßaise (Phnom Penh, 03/02/2013)

Mesdames, Messieurs, je suis très content de vous voir. Les occasions pour venir ici au Cambodge sont assez rares pour les membres du gouvernement. Je suis heureux de vous rencontrer ce soir, de rencontrer la communauté française ici, en vous remerciant, Monsieur l'Ambassadeur, d'avoir organisé cette réception et de me permettre aussi d'avoir de multiples contacts et d'en avoir eu aujourd'hui fort intéressants et d'en avoir encore demain.

Je fais ce d√©placement avec Mme la ministre Yamina Benguigui, charg√©e de la francophonie, avec mon √©pouse qui m'accompagne bien s√Ľr, mais aussi avec une d√©l√©gation de parlementaires, avec votre d√©put√©, M. Mariani - je me moquais un peu de lui parce que cette circonscription n'est quand m√™me pas ordinaire, elle est vraiment tr√®s grande -, avec Mme la ministre et s√©natrice Catherine Tasca, Catherine Quere, d√©put√©e et M. Vincent Eble, s√©nateur. Je n'ai oubli√© personne ? Voil√†.

Mesdames, Messieurs, vous savez les raisons qui m'amènent à représenter la France ici, au Cambodge, puisque demain aura lieu cette cérémonie de la crémation d'une grande personnalité, Norodom Sihanouk. Par ma présence, la France veut honorer sa mémoire mais aussi saluer l'amitié historique qui lie le Cambodge et la France. Je voudrais - avant de m'exprimer davantage - vous demander de nous recueillir quelques instants à sa mémoire.

J'ai ce matin rencontré le Roi du Cambodge et sa mère ; nous avons parlé de Norodom Sihanouk. Peut-être que pour les jeunes générations, Norodom Sihanouk évoque moins de choses, mais c'est vrai qu'il est rare qu'une personnalité politique d'un pays si lointain soit connue dans un autre pays, et c'est le cas de Norodom Sihanouk. C'est un homme qui appartenait à l'histoire, avec tout ce que cela peut représenter. Ce qui le caractérisait je crois, avant tout le reste, c'était d'abord un patriote et qui a tout fait pour défendre l'intégrité, l'unité de son pays dans des circonstances souvent extrêmement difficiles.

Aujourd'hui, le Cambodge est un √Čtat redevenu libre, ind√©pendant, mais qui a connu tant de souffrances. Il √©tait devenu roi du Cambodge en 1941, l'√©poque coloniale. En 1953, c'√©tait sous Pierre Mendes-France, qui √©tait chef du gouvernement, que la France accordait √† ce pays l'ind√©pendance. Ce qui √©tait d√©j√† une belle √©tape historique quand on conna√ģt la suite des autres aventures coloniales dans cette r√©gion du monde, dont d'ailleurs le Cambodge a souffert par la suite. Souvenez-vous de ce discours du g√©n√©ral de Gaulle √† Phnom Penh, et puis apr√®s la longue trag√©die des Khmers rouges, nous en avons parl√© ce midi avec des membres du Tribunal p√©nal international.

Voilà l'histoire, cette histoire d'un peuple qui est marqué par une grande culture. Ce qui honore la France, c'est d'avoir - il y a un peu plus d'un siècle - créé cette école de l'Orient, cette école culturelle, historique, patrimoniale. C'était d'ailleurs François Mitterrand, président de la République qui avait, après la longue tragédie des Khmers rouges, décidé de reprendre le soutien à la rénovation d'Angkor. Eh bien, c'est ce qui fait aussi ce lien profond entre nos deux pays.

Ce matin, j'ai pu visiter le mus√©e national, rencontr√© des Cambodgiens, rencontr√© des Fran√ßais. Il y a beaucoup de Fran√ßais ici et je voudrais vous saluer et vous dire aussi que, m√™me si vous √™tes loin de la France, vous √™tes des Fran√ßais. Vous avez b√Ęti ici votre histoire familiale, professionnelle, vous vous y √™tes install√©s et je suis s√Ľr que vous aimez ce pays.

Cet après-midi, en rencontrant le Premier ministre cambodgien, j'ai voulu en venant ici saluer la mémoire de Norodom Sihanouk, dire que la France souhaitait entretenir, développer des relations privilégiées avec ce pays, et ce pays le souhaite. Il y aurait beaucoup à dire mais je serai beaucoup trop long si je le faisais, en racontant toute notre histoire commune et ses vicissitudes.

Je crois qu'en effet, en Europe, c'est avec la France que le Cambodge souhaite avoir des relations particuli√®res. Nous devons y r√©pondre, tant sur le plan politique, tant sur le plan √©conomique que sur le plan culturel, et en √©tant aussi accueillant, je pense √† ces jeunes √©tudiants qui, parfois, ont du mal, je pense √† ces m√©decins ou ces professeurs de m√©decine que j'ai rencontr√©s cet apr√®s-midi √† l'h√īpital Calmette et qui me disaient les difficult√©s que certains de leurs √©tudiants avaient √† venir se former en France. Il faut faciliter les choses, je crois que c'est notre responsabilit√©, nous avons tout √† y gagner. La France a √† y gagner et puis le Cambodge a √† y gagner, en tout cas c'est l'√©tat d'esprit du gouvernement, c'est l'√©tat d'esprit de la France.

Je suis donc venu aussi vous adresser un message du pr√©sident de la R√©publique, Fran√ßois Hollande. Il aurait aim√© venir, mais vous comprenez bien que la d√©cision que nous avons prise d'engager la France au Mali rendait ce d√©placement tr√®s difficile. Il viendra dans d'autres circonstances. Je voudrais juste vous en dire un mot puisqu'il √©tait hier √† Bamako. Comme vous avez pu le remarquer, il a rencontr√© les Maliens dans un enthousiasme indescriptible, parce qu'en effet, Tombouctou √©tait le symbole aussi de ce qui √©tait en train de se passer, c'est-√†-dire la volont√© d'un certain nombre de groupes terroristes d'imposer leur volont√©, d'imposer leur vision du monde, en commen√ßant √† s'attaquer d'ailleurs √† cette immense culture contenue dans cette biblioth√®que magnifique de Tombouctou. Ces mausol√©es qui avaient √©t√© ab√ģm√©s, comme √† chaque fois que les forces djihadistes et les plus brutales n'ont d'autres voies que de d√©truire, que de blesser, que d'ab√ģmer et d'imposer une loi dont finalement les peuples de cette r√©gion ne voulaient pas.

Le but √©tait clair, c'√©tait d'aller plus loin et de descendre vers le Sud, et d'occuper la totalit√© du Mali pour en faire, en quelque sorte, un sanctuaire terroriste qui aurait d√©stabilis√© toute la r√©gion de l'Afrique de l'Ouest. Face √† cette situation qui √©tait en train de se d√©rouler, alors que la mission internationale d√©cid√©e par le Conseil de s√©curit√© du 20 d√©cembre dernier n'avait pas encore eu le temps de se mettre en place, que le chef de l'√Čtat malien a appel√© la France au secours, avec l'appui de tous les chefs d'√Čtat de la r√©gion, et que la France a r√©pondu favorablement - vous connaissez les circonstances - mais bien s√Ľr dans le cadre du respect du droit international de l'article 51 de la charte des Nations unies.

Nous n'avons pas vocation à rester évidemment, mais nous avons vocation à faire reculer encore ces forces terroristes et, surtout, à laisser la place et préparer la place aux forces africaines : l'armée malienne, la Mission internationale africaine et pour laquelle les pays européens apportent aussi leur concours en matière logistique et aussi en matière de formation. Les choses sont en marche et c'était important de le dire et de le redire. C'est une des questions qui a été posée par tous nos partenaires. Cet après-midi, lors de ma rencontre avec le Premier ministre du Cambodge, c'est même lui qui l'a abordé le premier, en comprenant la décision de la France, en me demandant des précisions mais en apportant aussi son soutien à cette décision difficile.

Donc voil√† ce qui a √©t√© d√©cid√©, voil√† ce qui a √©t√© entrepris. En m√™me temps, l'action de la France - vous l'imaginez bien - se m√®ne aussi sur d'autres terrains, qui est celui du redressement √©conomique de notre pays. Loin de France, peut-√™tre parfois vous pouvez vous demander : mais o√Ļ va la France, o√Ļ va l'Europe ? Il y a quelques mois, j'√©tais dans cette r√©gion, √† Singapour et aux Philippines. C'√©tait en octobre. On me demandait : mais est-ce que l'euro va subsister ? Est-ce qu'il n'y a pas un risque que la crise de la Gr√®ce s'aggrave et que l'effet domino se produise et qu'au fond, tout s'effondre ? Eh bien, aujourd'hui, je puis vous dire que m√™me si tout n'est pas r√©gl√©, ce qu'il faut faire maintenant √† tout prix c'est cr√©er les conditions d'une croissance plus forte, ce qui n'est pas encore finalement totalement r√©solu.

Mais les choses ont avancé, jamais la Banque centrale européenne n'était autant intervenue, jamais nous n'aurions imaginé que la question grecque soit résolue dans les conditions que vous savez, jamais on n'aurait imaginé que le Mécanisme européen de stabilité soit mis en place, que l'Union et la supervision bancaire se réalisent, tout cela est engagé, et c'est de nature à créer de la confiance.

Dans un monde globalis√©, auquel vous appartenez, l√† o√Ļ vous habitez, l√† o√Ļ vous travaillez, eh bien √©videmment, tout ce qui se passe ailleurs, √† l'autre bout du monde, a un impact, une r√©sonnance. Je me suis rendu compte aussi de cette attente √† Santiago du Chili lors de la rencontre entre les pays de l'Union europ√©enne et de l'Am√©rique latine. Nous avons besoin les uns des autres, dans un rapport √©quilibr√©, un rapport de juste √©change o√Ļ les r√®gles d'√©changes √©conomiques et commerciaux doivent √™tre claires, √©quilibr√©es, transparentes, respectueuses des droits de l'Homme, des r√®gles fiscales, respectueuses aussi de l'environnement. Nos destins sont profond√©ment li√©s. Et √©videmment, si l'Europe ne marche pas, le reste du monde pourra marcher, mais il marchera moins bien, et r√©ciproquement. Donc c'est dans ce monde-l√† que nous agissons et que la France est d√©termin√©e √† se battre et prendre toute sa place.

S'agissant de la France elle-même, au-delà de son engagement européen, eh bien, en effet nous sommes engagés dans un chantier de redressement de notre économie, d'amélioration de notre compétitivité. J'ai fixé un objectif pour qu'à la fin du quinquennat notre commerce extérieur, qui est déséquilibré, retrouve son équilibre, hors énergie, mais c'est un défi. Améliorer la compétitivité de nos entreprises, tant pour le marché intérieur que pour le marché européen, que pour le marché mondial, c'est un défi, et cela passe par des décisions, par des choix, ceux que nous avons engagés, mais cela passe aussi par des réformes, ces réformes nous les avons engagées, elles ne porteront pas leurs fruits immédiatement, mais il faut les engager.

Lutter contre la dette et les déficits est indispensable parce que le premier budget de la nation, aujourd'hui, c'est le remboursement des intérêts de la dette. Si nous ne stoppons pas ce processus, alors demain ce sera encore plus et encore plus, et ce que nous aurons à dépenser pour investir, pour innover, pour former, pour transformer le pays, eh bien nous ne l'aurons pas. Et alors la France reculera encore davantage, et cela nous ne le voulons pas, quels que soient les choix politiques qu'on ait été amené à faire à l'élection présidentielle ou législative, ce que nous voulons tous, ce que nous espérons tous, c'est que notre pays soit fort, et il peut l'être.

Je suis convaincu, comme nous le montrons √† travers la d√©cision qui a √©t√© prise d'intervenir au Mali, que la France est une grande nation, une grande puissance, qui joue un r√īle politique, qui est respect√©e et qui est peut-√™tre, en Europe, un des rares pays √† pouvoir le faire. Mais, en m√™me temps, la France ne sera forte que si elle est plus forte √©conomiquement, et si elle est capable aussi de se r√©former parfois, pas toujours dans la douleur, mais aussi par la n√©gociation, par la recherche de compromis.

De ce point de vue, je ne sais pas si vous l'avez suivi dans le détail, mais la négociation qui a eu lieu sur le marché du travail, sur la sécurisation de l'emploi, entre les partenaires sociaux, est la preuve qu'on peut rapprocher les points de vue, on peut avancer pour trouver les bonnes réponses, les bonnes réformes, sans pour autant forcément être toujours dans l'affrontement. En tout cas c'est ma méthode, c'est celle du gouvernement, c'est celle du président de la République, et nous voulons la poursuivre.

Les chantiers que nous avons engag√©s, parmi ceux-l√† il y a aussi la r√©forme de notre syst√®me √©ducatif. Il est vrai que l'√©cole de la R√©publique a bien des atouts, mais elle a aussi ses faiblesses : trop de jeunes √©chouent, trop de jeunes ne voient pas de perspective pour leur propre avenir. C'est donc le chantier de la refondation de l'√©cole. La r√©forme de l'√Čtat, un √Čtat plus strat√®ge, plus r√©gulateur, mais en m√™me temps qui d√©pense mieux l'argent des contribuables, de fa√ßon plus efficace, eh bien c'est le chantier de la d√©centralisation, que nous avons d√©cid√© de lancer.

C'est aussi le grand d√©fi de la transition √©nerg√©tique, et ce grand d√©fi de la transition √©nerg√©tique, de la lutte contre le r√©chauffement climatique, √† l'√©chelle mondiale, nous avons, nous, la France, comme l'Europe, un r√īle particulier √† jouer. Et nous avons des efforts √† faire. Des efforts √† faire pour une plus grande efficacit√© √©nerg√©tique, pour d√©velopper les √©nergies renouvelables, investir, former, d√©velopper de nouvelles fili√®res. Ces chantiers ont √©t√© engag√©s, mais ils ne porteront pas tous leurs fruits tout de suite, parce que, √©videmment, l'impatience peut nous guetter, et c'est normal. Quelle est la question que se posent chaque jour nos compatriotes, vous, s√Ľrement comme les autres ? C'est la question du travail, c'est la question de l'emploi, c'est la question du niveau de vie, et c'est pour cela que nous avons aussi lanc√© cette bataille pour faire reculer les chiffres du ch√īmage qui, depuis 20 mois cons√©cutifs, connaissent une hausse r√©guli√®re. Eh bien, tout va ensemble, tout tient ensemble, et c'est le choix qui a √©t√© fait, et c'est le choix que nous avons engag√©, c'est-√†-dire qu'√† la fois nous devons tenir un langage de v√©rit√©, sur les forces et les faiblesses de notre pays.

Les faiblesses, j'en ai d√©crit quelques-unes, mais les forces aussi sont l√†, et il faut aller les chercher, il faut les encourager. Demain je serai en Tha√Įlande et je serai avec un certain nombre de chefs d'entreprises, j'en rencontrerai aussi demain ici, de grandes entreprises, de petites et moyennes entreprises. Partout je vois les talents, partout je vois l'√©nergie, l'envie de se battre, l'envie de r√©ussir, mais en m√™me temps l'attente aussi d'un message clair, d'un message fort de soutien.

Eh bien je suis venu aussi l'apporter, à ceux qui se battent au quotidien, quelle que soit leur fonction, qu'ils soient dans une entreprise, ou dans un service public, ou dans une ONG, et j'en ai encore rencontrés aujourd'hui : que de générosité, que de volonté, que de talent, que d'envie de se battre et de donner la meilleure image de nous-mêmes, c'est-à-dire la meilleure image de la France !

Je dis souvent dans mes discours à la communauté française, à l'étranger, surtout quand on est loin, que quand on est loin on va à l'essentiel, et on a envie vraiment que la France aille aussi à l'essentiel, et que parfois vous pouvez avoir le sentiment qu'on se perd en petites querelles, qu'on se perd en petits débats, secondaires, alors que tant de choses sont à faire ensemble.

Eh bien oui, je suis venu aussi vous dire que nous avons besoin de tous les talents, de toutes les intelligences, c'est ce message de confiance que je suis venu vous apporter. Mais c'est aussi un message de confiance dans les valeurs de la France, parce que plus on s'éloigne, plus on a une image positive de la France, non pas seulement vous, Mes Chers Compatriotes, mais aussi ceux qui attendent beaucoup de la France, au Cambodge comme ailleurs, parce que nous avons une histoire, parce que nous avons des valeurs, parce que nous avons une culture, et que cela nous est souvent envié, et que nous devrions parfois en être davantage fiers que nous ne sommes. Mais je sais que quand on est loin, on est fier plus que les autres encore.

Et donc, pour tout cela, je voudrais vous dire un grand merci, pour ce que vous faites ici, au Cambodge, pour ceux qui sont là pour longtemps, peut-être pour le reste de leur vie, ou ceux qui sont là de passage, quelques mois, je pense aux jeunes, en stage ou en formation, mais aussi aux autres, 2 ans, 3 ans de contrat, eh bien merci pour ce que vous faites, non seulement pour ce pays, le Cambodge, qui attend beaucoup de vous, de nous, mais ce que vous faites aussi pour la France, et l'image que vous en donnez. Alors merci, vive l'amitié entre la France et le Cambodge, vive la République et vive la France ! ./.

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4. UE - Entretien du ministre d√©l√©gu√© charg√© des affaires europ√©ennes, M. Bernard Cazeneuve, avec le quotidien ¬ęLa Croix¬Ľ (Paris, 05/02/2013)

Q - Quelle position la France va-t-elle défendre au nouveau sommet consacré au budget européen ?

R - Notre position est tr√®s claire. Nous voulons que le budget de l'Union europ√©enne pour la p√©riode 2014-2020 permette de prolonger l'ambition du ¬ępacte de croissance¬Ľ d√©cid√© au sommet de juin dernier. On ne peut pas avoir choisi √† ce moment-l√† de consacrer 120 milliards d'euros √† la croissance et consid√©rer huit mois plus tard que la n√©gociation sur le budget doit se r√©duire √† des coupes suppl√©mentaires et √† des ch√®ques pour soi-m√™me. Le budget europ√©en doit donc mettre un accent fort sur les programmes de recherche, les transferts de technologie, afin que l'objectif de faire entrer l'Europe dans l'innovation soit atteint. Nous voulons aussi faire en sorte que la politique agricole commune soit dot√©e d'une enveloppe qui permette d'en faire un facteur de croissance.

Q - La France va-t-elle donc demander plus pour la PAC que les 369 milliards d'euros proposés par le président du Conseil européen, Herman van Rompuy ?

R - En ce qui concerne la PAC, la France considère que le compte n'y est pas si l'on veut dynamiser l'industrie agroalimentaire pour en faire un instrument de croissance. C'est notre combat, et nous sommes déterminés à ce qu'il aboutisse à préserver la sécurité alimentaire. Cela vaut aussi pour la politique de cohésion (NDLR : l'aide européenne aux régions les moins développées).

Nous souhaitons qu'elle soit dotée d'un niveau de budget significatif.

Q - La France acceptera-t-elle des coupes supplémentaires, comme le réclament des pays tels que le Royaume-Uni ?

R - Nous n'avons pas pour objectif de proc√©der √† des coupes suppl√©mentaires. Nous souhaitons certes qu'il y ait un niveau de budget qui nous permette de respecter l'objectif de r√©tablissement de nos comptes, donc un niveau de budget raisonnable, mais cela ne signifie pas un budget d√©raisonnablement bas. Nous voulons aussi que ce budget soit dot√© de ressources propres, afin qu'il ne d√©pende pas pour l'essentiel de la contribution des √Čtats. On peut imaginer √† terme que la future taxe sur les transactions financi√®res (NDLR : ¬ętaxe Tobin¬Ľ europ√©enne) se substitue √† cette contribution des √Čtats, √† hauteur de tout ou partie de la taxe. Ce serait une mani√®re d'avoir une recette dynamique.

Q - Des coupes risquent-elles de toucher ¬ęl'action ext√©rieure¬Ľ, poste budg√©taire qui comporte l'aide au d√©veloppement ?

R - Nous ne souhaitons pas que l'aide au développement soit amputée et nous nous battons pour la protéger. Nous faisons de même, par ailleurs, pour pérenniser le programme d'aide aux plus démunis en Europe.

Q - Y a-t-il matière à rogner sur le traitement des fonctionnaires européens ?

R - Il faut que les institutions europ√©ennes disposent d'un budget leur permettant d'avoir une administration de qualit√©. Mais on ne peut pas demander aux √Čtats des efforts importants pour red√©ployer les moyens de leur administration et consid√©rer que l'administration europ√©enne serait la seule √† pouvoir s'exempter de cet exercice. Il y a mati√®re √† ma√ģtriser les d√©penses, √† proc√©der √† des r√©organisations ou √† des adaptations qui peuvent √™tre utiles au fonctionnement de l'administration elle-m√™me. Mais nous ne sommes pas de ces pays qui consid√®rent que la solution au probl√®me de l'Union passe par le d√©mant√®lement de l'administration europ√©enne.

Q - Angela Merkel rencontre François Hollande à Paris demain. Un compromis franco-allemand est-il un préalable à la réussite du prochain sommet ?

R - Sur tous les sujets, nos deux pays essaient de b√Ętir des compromis qui permettent √† l'Europe de progresser. Nous sommes dans une relation quotidienne et constante. Que nous nous voyions √† la veille d'un sommet t√©moigne de l'√©troitesse de nos relations. Nous ferons tout pour que le sommet de cette semaine soit un sommet conclusif. Mais pour cela, il faut un bon compromis. C'est √† cet objectif que nous consacrons toutes nos forces.

Q - La France compte-t-elle renégocier la ristourne sur le budget européen dont bénéficie le Royaume-Uni et autres rabais ?

R - Nous considérons que ces rabais n'ont que trop duré et que l'Europe ne peut pas être une machine à fabriquer des chèques pour soi-même. L'Europe, c'est une solidarité qui nous lie, c'est une ambition qui nous porte, c'est une volonté collective d'engager des politiques avec des moyens qui doivent être affectés à la croissance, avec le souci du dépenser juste.

Q - L'engagement du Premier ministre britannique, David Cameron, d'organiser un référendum sur l'appartenance de son pays à l'union vous inquiète-t-il ?

R - Nous consid√©rons que le Royaume-Uni est une chance pour l'Union et que l'Union est une chance pour le Royaume-Uni. Ce pays a toute sa place au sein de l'Union europ√©enne. Mais pas au prix d'une strat√©gie o√Ļ la multiplication des d√©rogations aux r√®gles europ√©ennes aboutirait √† la d√©sint√©gration de toutes les politiques. Le Premier ministre britannique ne peut pas demander le lib√©ralisme en Europe dans sa dimension chimiquement la plus pure et d√©roger √† toutes les r√®gles qui permettent de garantir l'efficacit√© du processus d'harmonisation dans le march√© int√©rieur. L'Union forme un tout. On ne peut pas faire en sorte que, pour qu'un √Čtat trouve sa place, tous les autres perdent la leur. Il faut dire aux Britanniques √† quel point nous sommes d√©sireux de les voir dans l'Union, √† quel point nous sommes conscients de ce qu'ils ont apport√© √† celle-ci, mais aussi que l'Union leur a √©galement beaucoup apport√©./.

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5. Mali - Entretien du ministre d√©l√©gu√© charg√© du d√©veloppement, M. Pascal Canfin, avec ¬ęLCI¬Ľ - extraits - (Paris, 05/02/2013)

Q - Vous étiez avec François Hollande, ce week-end, au Mali.

R - Samedi, oui.

Q - Est-ce que c'était le plus beau jour de votre vie politique ?

R - Oui.

Q - Ah oui ?

R - Comme le pr√©sident l'a dit aussi pour lui-m√™me, nous avons touch√© du doigt la lib√©ration et la libert√©. On ne touche pas tous les jours du doigt la libert√©. On a rencontr√© des gens, des femmes notamment, √† Tombouctou par exemple, qui nous disaient : ¬ęcela fait plusieurs mois que nous ne pouvions pas nous habiller comme nous le souhaitions¬Ľ, des hommes qui nous disaient : ¬ęnous ne pouvions plus chanter, jouer de la musique dans la rue¬Ľ, d√©sormais maintenant, ils peuvent le faire. Mais le temps est dor√©navant celui du d√©veloppement. Par exemple, √† Tombouctou, il n'y a pas d'eau, pas d'√©lectricit√©. La libert√© est certes retrouv√©e, mais √† c√īt√© de l'intervention militaire, il faut gagner la paix, et gagner la paix...

Q - Combien la France va-t-elle payer pour ce développement ?

R - Gagner la paix passe par le dialogue politique. Cela, c'est la responsabilit√© des Maliens, et c'est effectivement la reprise de l'aide publique au d√©veloppement. Le pr√©c√©dent gouvernement, au moment du coup d'√Čtat au Mali en mars dernier, avait gel√© les cr√©dits d'intervention au Mali, soit 150 millions d'euros. Nous allons, donc, les reprendre progressivement. Bien √©videmment, nous n'allons pas le faire seuls, et je vais d'ailleurs aujourd'hui √† Bruxelles, pour travailler avec mes coll√®gues europ√©ens sur ces sujets.

Q - Et le financement total sera de l'ordre de 500 millions par an, c'est ça ?

R - Nous allons voir l'ensemble des donateurs et nous allons organiser, je pense, dans les prochaines semaines, dans les prochains mois, des √©v√®nements publics qui vont permettre de mobiliser la communaut√© internationale. C'est notre responsabilit√© pour le moyen terme. A court terme, ma responsabilit√© par exemple, c'est de lister les urgences absolues au Mali, comme remettre l'eau, remettre l'√©lectricit√© √† Tombouctou. La France a aussi cette responsabilit√© avec la Communaut√© internationale, avec l'Union europ√©enne, d'avoir agi sur l'ensemble des dimensions. √Čvidemment, la lib√©ration par l'intervention militaire, il fallait le faire, sinon le Mali, aujourd'hui, serait prisonnier d'un groupe de terroristes. Nous avons bien fait de le faire, c'√©tait indispensable, maintenant il faut gagner la paix.

Q - Mais pour maintenir la paix, justement, et gagner la paix, il faut que les soldats français restent longtemps, le temps que les Africains aient les moyens de maintenir la paix là-bas.

R - C'est en cours, c'est-à-dire que les soldats africains - dont on nous avait dit qu'il faudrait des mois pour qu'ils arrivent - sont en train d'arriver...

Q - Ils ne sont pas encore assez nombreux, il faut que d'autres soldats européens arrivent, cela sera le cas à la mi-février, pour les encadrer.

R - Ce qui arrive, mi-février au niveau européen, ce sont des formateurs...

Q - Oui, les formateurs, ce sont ceux, en fait, qui sont les vrais combattants.

R - Les soldats africains arrivent, ils vont occuper l'ensemble du Sud avec l'armée malienne, pour pouvoir continuer la sécurisation. Ensuite, nous, nous finissons notre responsabilité, c'est-à-dire assurer l'intégrité du territoire malien...

Q - Combien de temps ?

R - Parce que nous sommes aujourd'hui dans le Nord. Je ne sais pas, cela dépendra de la situation sur le terrain. Comme l'a dit le président de la République à Bamako, nous n'avons pas vocation à rester durablement au Mali.

Q - Oui, mais c'est-à-dire, à peu près combien de temps ? On peut penser qu'à la fin de l'année...

R - Vous savez, nous sommes dans une opération militaire. Qui peut le prédire ? On est sur les principes. Le principe c'est qu'il fallait stopper la descente au Sud des terroristes c'est fait. Il fallait regagner l'intégrité du territoire malien, c'est en cours d'être fait. Ensuite, lorsque cela sera terminé, nous pourrons nous retirer progressivement.

Q - Est-ce que les réfugiés sont en train de revenir, déjà ?

R - Pas encore, parce que justement la situation n'est pas complètement stabilisée, mais nous suivons...

Q - Parce qu'ils ont encore peur, en fait.

R - Nous suivons cela. De quoi ont-ils peur ? Ils ont peur, potentiellement, des exactions contre, notamment, les Touaregs.

Q - De l'armée malienne ou des Maliens ?

R - De certains Maliens, de certaines parties de l'armée malienne contre les Touaregs. C'est la raison pour laquelle nous suivons cela de très près. C'est un message que nous faisons passer en permanence et que le président du Mali, M. Traoré, a repris également dans son discours à Bamako. C'est pour cela que j'évoquais les deux éléments pour gagner la paix : la question du développement qui relève de la responsabilité de la Communauté internationale, et la question du dialogue politique qui relève de la responsabilité des Maliens.

(...)./.

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6. Mali - Audition du ministre de la d√©fense, M. Jean-Yves Le Drian, devant la commission des affaires √©trang√®res de l'Assembl√©e nationale (Paris, 30/01/2013)

Les objectifs fix√©s le 11 janvier dernier par le pr√©sident de la R√©publique √† notre intervention au Mali restent les m√™mes. Le premier consistait √† stopper l'offensive des groupes terroristes engag√©e trois jours plus t√īt pour les emp√™cher de menacer Bamako et l'√Čtat malien : il a √©t√© atteint tr√®s rapidement puisque, cinq heures apr√®s, les premi√®res frappes sont intervenues, pendant lesquelles le chef de bataillon Damien Boiteux a perdu la vie - cette r√©activit√© a √©t√© d√©terminante. Le deuxi√®me objectif tendait √† contribuer √† la restauration de la souverainet√© du Mali et de l'int√©gralit√© de son territoire, afin de permettre √† ce pays de renouer avec ses traditions d√©mocratiques : il est en voie d'√™tre satisfait. Quant au troisi√®me, il visait √† permettre la mise en oeuvre des d√©cisions internationales par le d√©ploiement de la MISMA et l'EUTM Mali : sa r√©alisation d√©pend du pr√©c√©dent.

Je tiens également à saluer la réactivité, l'efficacité, le courage et la lucidité de nos militaires dans cette opération difficile, qui supposait sang-froid et savoir-faire. Son bon déroulement jusqu'à maintenant est tout à l'honneur de nos armées.

Cela étant, nous poursuivons notre lutte contre les groupes terroristes, comme l'a montrée notre intervention à Kidal la nuit dernière.

Le dispositif français actuel repose sur 3.500 hommes sur place, 4.500 militaires étant engagés dans l'opération Serval. Dix-huit jours après la décision du président de la République, un niveau très significatif de forces a donc pu être mobilisé avec les équipements nécessaires.

Ce dispositif sera compl√©t√© dans les jours qui viennent par l'arriv√©e √† Dakar du b√Ętiment de projection et de commandement (BPC) Dixmude, qui va permettre la cr√©ation d'un groupement interarmes √©quip√© de v√©hicules blind√©s de combat d'infanterie (VBCI), avec 600 militaires suppl√©mentaires. Un sous-groupement blind√© comptant 270 soldats est par ailleurs en cours d'acheminement.

Les diapositives qui vous sont projet√©es montrent l'√©volution de la situation depuis la fin de la semaine derni√®re. La premi√®re fait √©tat de la situation le 23 janvier, √† un moment o√Ļ nous venions de prendre Diabali sur le fuseau ouest et Douantza sur le fuseau est avec les forces maliennes - deux villes o√Ļ √©taient concentr√©s des √©l√©ments terroristes, relevant plut√īt d'Al-Qa√Įda au Maghreb islamique (AQMI) pour l'une et du Mouvement pour l'unicit√© et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) et d'Ansar Eddine pour l'autre - : on y voit la localisation des forces relevant de ces trois groupes. La deuxi√®me rend compte de la situation aujourd'hui : les villes de Gao, sur le fuseau ouest, et Tombouctou, sur le fuseau est, ont √©t√© lib√©r√©es de fa√ßon tr√®s satisfaisante au cours du week-end dernier, √©galement avec le soutien des forces maliennes - la premi√®re gr√Ęce √† l'intervention d'h√©licopt√®res, l'autre par celle d'√©l√©ments parachut√©s.

Nous nous attachons √† ce que les autorit√©s maliennes retrouvent rapidement leurs responsabilit√©s : √† Gao, le maire et le gouverneur ont repris leurs fonctions et, √† Tombouctou, le maire et le pr√©sident de la r√©gion devaient le faire aujourd'hui. Les a√©roports de ces villes sont par ailleurs en train d'√™tre remis en √©tat de fonctionnement par les unit√©s du g√©nie. Nous avons b√©n√©fici√© d'un soutien malien √† Tombouctou et d'un soutien malien, nig√©rien et tchadien √† Gao, la lib√©ration de cette ville s'√©tant r√©v√©l√©e plus compliqu√©e. Ces deux villes sont en train d'√™tre s√©curis√©es. Par ailleurs, sur le fuseau ouest, les villes de L√©r√© et Goundam sont g√©r√©es par les autorit√©s maliennes et contr√īl√©es par les forces arm√©es du pays.

Plus au nord, nous avons, la nuit dernière, repris l'aéroport de Kidal dans une zone perturbée par une tempête de sable. Nous bénéficions du soutien possible des forces tchadiennes et nigériennes, qui ont pénétré par le sud.

Quant aux groupes terroristes, certains se dispersent ; d'autres tentent d'approcher les pays voisins, mais les fronti√®res de la Mauritanie et de l'Alg√©rie sont ferm√©es et s√©curis√©es ; d'autres, enfin, se replient dans l'Adrar des Ifoghas, qui est une zone montagneuse et difficile d'acc√®s. Ils ont enregistr√© des pertes significatives depuis le 11 janvier, gr√Ęce aux nombreuses frappes que nous avons effectu√©es sur les lieux de rassemblement, les v√©hicules de guerre, les centres d'entra√ģnement et les lieux de ravitaillement et de r√©servoir d'essence. En outre, nous avons √©t√© amen√©s √† neutraliser un nombre significatif de terroristes.

À Kidal, nous sommes dans une situation particulière puisque la composition ethnique des populations de cette région diffère de celle du sud : nous avons fait en sorte d'avoir avec les représentants du monde touareg des relations de bonne intelligence. Pour l'instant, nous restons sur place.

S'agissant de la MISMA, on dispose de 3.000 militaires africains sur la zone, dont un millier au sud et environ 2.000 à l'est et au sud-est. Au sud, figurent des Nigérians - le chef d'état-major de cette mission en fait d'ailleurs partie -, des Béninois, des Sénégalais, des Burkinabè - installés à Markala - et des Togolais - à San. Demain, d'autres forces nigérianes s'installeront à Banamba. Cette présence appuie l'armée malienne et permet aux forces françaises de se consacrer à d'autres activités.

À l'est, on dispose de forces significatives du Tchad - je rappelle que ce pays est associé au processus mais n'est pas membre de la MISMA - et du Niger, avec un bataillon arrivé à Ansongo, ville ciblée par nos bombardements avant-hier.

Ces forces doivent être complétées : les chefs d'état-major de la CDEAO ont pris des engagements permettant d'arriver à la mobilisation de 6.000 militaires. Ces engagements font l'objet d'un financement acté hier lors de la conférence des donateurs d'Addis Abeba. Notre ministre des affaires étrangères, qui s'y trouvait, m'a indiqué ce matin que les résultats étaient supérieurs à nos prévisions, puisque 380 millions d'euros ont été annoncés au profit des actions que la MISMA sera amenée à entreprendre pour relayer les forces françaises.

Concernant le soutien international, nous avons b√©n√©fici√© d'une aide r√©elle dans le domaine de la logistique, qui √©tait le plus difficile pour nous dans la mont√©e en puissance de l'op√©ration. Plusieurs pays europ√©ens nous ont accord√© un apport tr√®s concret : les Britanniques - qui ont √©t√© les premiers √† assurer une liaison en avions de transport C-17 -, les Belges, les Allemands, les Espagnols, les Polonais, les Danois et les Su√©dois. Il faut y ajouter l'aide en transport significative du Canada et des √Čtats-Unis. Ce soutien, qui nous a permis d'intervenir plus rapidement, servira √©galement au transport des forces africaines.

Je précise que le soutien américain correspond à notre demande. Il concerne le renseignement - qui est essentiel -, le transport - avec des rotations de C-17 - et le ravitaillement - dont la question est maintenant clarifiée - ; il est appelé à se poursuivre.

Quant √† la mission EUTM Mali de soutien et de formation de l'arm√©e malienne, elle a effectivement fait l'objet, hier, d'une ¬ęconf√©rence de g√©n√©ration de forces¬Ľ : les apports sont significatifs. Ainsi, l'Allemagne et l'Espagne apporteront chacun 45 militaires, le Royaume-Uni 40 et l'Italie 35 sur un total d'environ 400 hommes. La France en assumera la responsabilit√© sous la direction d'un officier fran√ßais, le g√©n√©ral Lecointre, qui est d√©j√† pr√©sent √† Bamako. La mission sera op√©rationnelle √† partir du 12 f√©vrier.

S'agissant de la coordination de la MISMA, des forces françaises, des forces maliennes, de la mission européenne et de l'armée tchadienne, il faut trouver le moyen adéquat : le chef d'état-major des armées, l'amiral Guillaud, est parti avant-hier à Bamako à cet effet, l'objectif étant que la MISMA remplace progressivement les forces françaises et assure la mission de recouvrement et de restauration de l'intégrité du territoire malien.

Nous pensons qu'aujourd'hui, l'heure est au dialogue et à l'initiative politique pour que le Mali retrouve complètement un fonctionnement démocratique. Le président de la République l'a fait savoir au président Traoré et M. Laurent Fabius l'a rappelé hier à ce dernier lors de la réunion d'Addis Abeba. Il faut notamment que les initiatives soient prises pour que la réconciliation nationale puisse avoir lieu. Nous nous employons à cet effet par la voie diplomatique. Un processus a commencé avec l'annonce par le président Traoré des élections prévues d'ici au 31 juillet prochain et la mise en oeuvre de la feuille de route validée par l'Assemblée nationale malienne hier, qui présente plusieurs avancées, même si elle n'est pas à nos yeux totalement satisfaisante.

Concernant les exactions et risques de revanche, nous avons donné à nos soldats des consignes extrêmement strictes. Nous avons également demandé aux autorités maliennes de faire en sorte que les unités de leurs forces armées prennent leurs responsabilités et évitent des pillages ou toutes formes d'exactions. Nous devons montrer la plus grande fermeté à cet égard.

Si nous avons eu écho d'événements qui se seraient passés à Niono et à Sévaré par la Fédération internationale des droits de l'Homme, pour l'instant, nous n'avons pas confirmation de l'ensemble des faits. Nous restons cependant vigilants et en relation étroite avec les ONG. Nous avons d'ailleurs demandé l'envoi d'observateurs des Nations unies sur place pour éviter toute dérive dans cette période de mutation politique sensible.

(Interventions des parlementaires)

Je rappelle que notre deuxi√®me objectif consiste √† contribuer √† la restauration de la souverainet√© du Mali et de l'int√©grit√© de son territoire - ce qui veut dire que nous n'avons pas vocation √† rester longtemps sur place. Notre mission r√©pond √† la demande formul√©e par le pr√©sident Traor√©, dans le cadre de l'article 51 de la Charte des Nations Unies ; c'est de l'assistance √† pays en danger : d'ailleurs, nous rendons compte r√©guli√®rement au Conseil de s√©curit√© de l'avancement de nos forces et de notre action sur place. Notre but est bien de jouer un r√īle de relais des forces africaines, qui doivent prendre notre place et assurer cette restauration.

Si l'on peut comprendre qu'il y ait des risques de revanche après tout ce qui s'est passé, on ne peut en aucun cas les admettre. Nous avons donc donné des consignes très précises à nos soldats, qui ont une mission stricte d'information à ce sujet, mais ils n'ont pas la responsabilité de la police ou de la gendarmerie dans ce pays ! Par ailleurs, nous avons fait part aux plus hautes autorités maliennes de notre détermination dans ce domaine. Il semble que cela commence à être suivi d'effet, même si cela est un peu difficile.

S'agissant des observateurs de l'ONU, nous faisons pression pour qu'ils soient plus nombreux et le plus vite possible sur le terrain. Il faut faire en sorte que les forces maliennes soient en mesure de réagir en cas d'exactions, celles supposées de Niono et Sévaré restant encore à vérifier.

Je ne puis répondre à certaines questions compte tenu du caractère public de cette audition. Il en est ainsi notamment sur nos otages. Je dirais seulement que, en dehors du décès du chef de bataillon Boiteux, nous avons eu quatre blessés.

Monsieur Mam√®re, je ne pense pas que la MISMA ne soit pas √† m√™me de faire la guerre du d√©sert, dans la mesure o√Ļ les forces nig√©riennes et tchadiennes notamment en sont capables et o√Ļ nous jouons un r√īle d'accompagnement. D'ailleurs, la prise de Tombouctou et de Gao rel√®ve de ce type de guerre.

S'agissant des frontières, celles avec l'Algérie et la Mauritanie sont fermées et sécurisées. Les autorités algériennes, avec lesquelles nous sommes en relation, y accordent une attention toute particulière.

Nous sommes en contact étroit avec les ONG, y compris nos militaires sur place. Si la situation est difficile pour les populations civiles, il n'y a pas de crise humanitaire majeure. Nous poussons les ONG à intervenir rapidement, en particulier à Gao et Tombouctou, pour répondre aux besoins immédiats. Le ministère des affaires étrangères finance des interventions de soutien aux populations locales, mais une action plus importante s'impose rapidement en la matière pour éviter une telle crise.

S'agissant de l'arm√©e malienne, sur laquelle on a dit beaucoup de choses, on oublie qu'elle a accompli des actes de r√©sistance significatifs et, depuis l'intervention fran√ßaise, on constate en son sein un regain d'optimisme et une plus grande d√©termination. Reste qu'il faudra la former - ce qui est le r√īle de la mission EUTM Mali - et la payer - ce qui renvoie √† la question des soldes. Deux fonds vont √™tre mis en place dans le cadre des r√©solutions des Nations Unies, aliment√©s par la collecte effectu√©e hier lors de la conf√©rence des donateurs.

Q - (sur la disponibilité des forces françaises)

R - Je ne suis pas confront√© √† ce probl√®me : la rapidit√© de mise en oeuvre de l'op√©ration a √©t√© significative, reconnue par tous et appr√©ci√©e notamment par nos alli√©s. Cela ne nous emp√™che pas pour autant d'√™tre pr√©sents au Liban, en Afghanistan, en R√©publique centrafricaine, au Kosovo ou √† Djibouti. Notre probl√®me, auquel nous avions √©galement fait face dans des op√©rations pr√©c√©dentes, tient plut√īt au ravitaillement, au transport et au renseignement. Mais on y rem√©die.

(Interventions des parlementaires)

Je ne puis, compte tenu du caract√®re public de cette audition, vous indiquer notre appr√©ciation du nombre de combattants terroristes sur le th√©√Ętre malien.

S'agissant du financement, il existe dans le budget de la d√©fense une ligne OPEX de 630 millions d'euros qui, en cas de d√©passement, est abond√©e par le budget de l'√Čtat pour assurer l'√©quilibre. Aujourd'hui, la d√©pense estim√©e est d'environ 50 millions d'euros, essentiellement dus √† la logistique : nous n'avons donc pas de difficult√© particuli√®re de tr√©sorerie.

La question de l'Europe de la d√©fense peut √™tre abord√©e de deux mani√®res. Soit de fa√ßon positive, en consid√©rant que la mission europ√©enne sur le Mali n'√©tait pas √©vidente : lorsque j'en ai parl√© pour la premi√®re fois fin septembre aux autres ministres de la d√©fense de l'Union europ√©enne, il m'a fallu faire oeuvre de p√©dagogie et attendre deux mois pour obtenir une d√©cision. Or celle-ci a √©t√© prise √† l'unanimit√© et est actuellement mise en oeuvre : c'est un des rares actes de politique de d√©fense de l'Union avec l'op√©ration Atalante. Par ailleurs, les √Čtats membres ont consenti une contribution financi√®re significative, annonc√©e hier lors de la conf√©rence d'Addis Abeba, l'Union europ√©enne participant √† hauteur de 70 millions d'euros.

On peut aussi envisager la question de manière négative, en rappelant que seule la France a été amenée à intervenir dans le conflit. D'ailleurs, le gouvernement malien n'a pas sollicité l'Europe au titre de l'article 51 de la Charte des Nations unies, mais seulement notre pays. Si nous avions une configuration européenne différente, cela aurait sans doute été possible, mais nous en sommes encore loin. Les acteurs européens qui nous ont soutenus l'ont fait dans un cadre national. À cet égard, la réactivité de la Grande-Bretagne s'est révélée plus grande que celle de l'Allemagne, pour des raisons de fonctionnement institutionnel.

Monsieur Chauveau, il n'y a eu aucune r√©sistance √† M√©naka, o√Ļ les Tchadiens se sont dirig√©s vers le nord.

Les effectifs des forces françaises sont appelés à changer en fonction de l'évolution de la situation. Encore une fois, nous sommes des forces de relais : nous transférerons progressivement nos responsabilités à la MISMA et aux forces maliennes pour permettre au Mali de retrouver sa souveraineté et son intégrité territoriale, et serons en conséquence conduits à réajuster au fur et à mesure notre présence sur place. Mais je ne puis être plus précis sur le calendrier./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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7. Mali - Syrie - Changement climatique/Entretien du ministre des affaires √©trang√®res, M. Laurent Fabius et son homologue am√©ricain - D√©claration du porte-parole (Paris, 04/02/2013)

 

M. Laurent Fabius vient de s'entretenir avec M. John Kerry. Le ministre des affaires √©trang√®res a f√©licit√© son homologue am√©ricain, quelques jours apr√®s sa confirmation par le S√©nat des √Čtats-Unis.

Les deux ministres ont √©voqu√© les principales questions de l'actualit√© internationale. M. Fabius, qui s'est rendu au Mali samedi avec le pr√©sident de la R√©publique, a remerci√© M. Kerry pour le soutien significatif des √Čtats-Unis √† l'intervention de la France en appui de l'arm√©e malienne et des forces africaines dans la lutte contre les groupes terroristes et pour la restauration de l'int√©grit√© territoriale du Mali.

Ils ont également souligné la nécessité et l'urgence d'une transition politique en Syrie, qui inclut le départ de Bachar Al-Assad, vers une démocratie respectueuse des droits de l'Homme, comme le demande la Coalition nationale syrienne. Ils ont également évoqué le processus de paix au Proche orient.

MM. Fabius et Kerry se sont enfin accordés sur l'urgence à apporter ensemble des réponses aux défis liés au changement climatique Les deux ministres sont convenus de se rencontrer rapidement pour évoquer ces dossiers internationaux prioritaires ainsi que le renforcement du lien transatlantique et de la relation franco-américaine./.

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8. Commerce ext√©rieur - Audition de la ministre du commerce ext√©rieur, Mme Nicole Bricq, devant la commission des affaires √©conomiques de l'Assembl√©e nationale (Paris, 29/01/2013)

 

Ma démarche vise à favoriser l'internationalisation de nos entreprises : comment faire plus et mieux ?

Les trois param√®tres qui assurent la coh√©rence de la politique √©conomique du gouvernement sont les suivants : le d√©sendettement comp√©titif, conduit par M. Pierre Moscovici ; le pacte de comp√©titivit√©, pr√©sent√© par le Premier ministre au mois de novembre, et l'accord sur la r√©forme du march√© du travail, conclu par les organisations syndicales et patronales et qui sera bient√īt inscrit dans la loi. Cette politique √©conomique a √©videmment besoin de temps pour porter des fruits, d'autant que les pr√©visions de croissance de la zone euro ne sont pas bonnes. Or la zone euro repr√©sente 50 % de l'export fran√ßais et l'Union europ√©enne dans son ensemble 60 %. Il est donc n√©cessaire de trouver √† court terme des relais de croissance. Le FMI pr√©voit, pour 2013, une croissance mondiale de quelque 3,5 % ; la Chine pourrait renouer avec une croissance de 8 % et l'Afrique avec une croissance de 5 % - il faut toutefois savoir que la croissance africaine, in√©galement r√©partie, est essentiellement le fait de cinq pays.

Le Premier ministre m'a assign√© pour objectif le retour √† l'√©quilibre de la balance commerciale, hors √©nergie, d'ici √† la fin du quinquennat. Il faut donc gagner 26 milliards, gr√Ęce √† l'accroissement de nos exportations, et non en raison de la diminution de nos importations comme c'est le cas en p√©riode de r√©cession.

Il convient, premi√®rement, de disposer d'une bonne organisation territoriale : c'est la premi√®re priorit√© de mon action. J'ai d√©j√† effectu√© onze d√©placements r√©gionaux - j'√©tais hier encore en PACA. Auparavant, j'ai r√©uni en septembre 2012 les pr√©sidents de r√©gion - la r√©gion ayant la comp√©tence du d√©veloppement √©conomique et de l'innovation. Nous avons pris ensemble l'engagement de faire des r√©gions les pilotes de l'export. Je devrais signer les premiers plans r√©gionaux d'internationalisation des entreprises en mars 2013, notamment avec les Pays-de-la-Loire et la Bretagne. L'Acte III de la d√©centralisation devrait, par ailleurs, renforcer la comp√©tence √©conomique des r√©gions. Celles-ci ont toute leur place dans l'organisation territoriale qui se d√©ploiera autour de la Banque publique d'investissement (BPI), laquelle tiendra son premier conseil d'administration le 21 f√©vrier en Bourgogne. D√®s que la Commission europ√©enne aura donn√© son imprimatur et que nous aurons r√©gl√© les relations entre la Caisse des d√©p√īts et l'√Čtat sur la question de la valorisation, les r√©gions pourront se positionner autour de cet acteur majeur qu'est la BPI avec leurs partenaires, les chambres de commerce et d'industrie, qui sont d√©sormais r√©gionalis√©es.

Je me suis en effet beaucoup battue cet été pour doter la BPI d'un volet international. Je compte sur elle pour distribuer les financements et la garantie COFACE. Elle disposera de développeurs à l'international, issus d'Ubifrance - une trentaine dès l'année 2013. Elle distribuera également les services d'Ubifrance qui accompagnent les PME à l'étranger.

Je n'ai toutefois pas attendu la mise en place de la BPI pour réformer les procédures en matière de financements. J'ai déjà commencé à le faire dans le cadre de la loi de finances rectificative de la fin de l'année 2012. Il suffit néanmoins d'aller sur le site d'OSEO pour s'apercevoir qu'il est encore bien difficile pour nos entreprises de s'y retrouver, et elles s'en plaignent. Notre offre commerciale à l'international est, d'une façon générale, encore trop compliquée à comprendre. Il convient à la fois de diminuer et de rationaliser les offres de crédit. Trop de produits se font concurrence : il serait préférable d'en avoir moins, mais qui correspondent à la demande des entreprises. De plus, il convient de bien sélectionner les entreprises : toutes ne sont pas aptes à faire de l'export.

D√©terminer l'√©volution de la demande internationale pour les dix prochaines ann√©es est ma deuxi√®me priorit√©. Il faut savoir que la demande mondiale est port√©e √† 80 % par quarante-sept pays en croissance. Leurs classes moyennes, qui connaissent un fort d√©veloppement, souhaitent profiter d'une offre commerciale dans quatre secteurs prioritaires : ¬ęmieux se nourrir¬Ľ, ¬ęmieux vivre en ville¬Ľ, ¬ęmieux communiquer¬Ľ (nouvelles technologies de la communication et de l'information) et ¬ęmieux se soigner¬Ľ (√©conomie du bien-√™tre). Telles seront les exigences des consommateurs dans le monde en 2020. Les entreprises fran√ßaises, qui ne se sont pas bien ins√©r√©es √† la fin des ann√©es 1990 dans la premi√®re phase de la mondialisation, sont aujourd'hui bien plac√©es pour profiter de l'√©volution du march√©. Elles disposent en effet de produits performants et de qualit√© dans des secteurs o√Ļ le prix n'est pas le crit√®re exclusif du choix. √Ä l'export, le couple qualit√©-prix est essentiel.

Accompagner les entreprises au-devant de la demande mondiale, sans toutefois n√©gliger le march√© europ√©en, qui repr√©sente une haute valeur ajout√©e, est ma troisi√®me priorit√©. Il convient √† cette fin d'organiser les fili√®res en familles horizontales. En effet, alors que le travail de M. Montebourg, ministre du redressement productif, vise √† f√©d√©rer les fili√®res sur le plan vertical, mon action, qui s'inscrit davantage dans le court terme, tend √† regrouper l'offre commerciale de mani√®re transversale. J'ai ainsi lanc√©, avec Guillaume Garot, le comit√© export Asie du Nord de l'agroalimentaire, qui regroupe toute la famille agroalimentaire, de la g√©n√©tique aux produits transform√©s - ¬ędu champ √† l'assiette¬Ľ, concept tr√®s op√©rationnel en Chine qui absorbera, d'ici √† 2022, le tiers de la croissance du commerce agroalimentaire mondial, √† savoir 30 milliards sur 100 milliards. Nous devons donc absolument √™tre pr√©sents.

Ce comit√© est pr√©sid√© par un chef d'entreprise - c'est une premi√®re -, √† savoir le vice-pr√©sident de Lactalis. Cette d√©marche horizontale permet de regrouper les petites entreprises comme les grands groupes, les jeunes pousses comme les entreprises en croissance ou les ETI, lesquelles nous font cruellement d√©faut. Au Salon Pollutec de Lyon, fin novembre, j'ai propos√© aux entreprises qui peuvent se regrouper dans la famille ¬ęVille durable¬Ľ - transports collectifs, √©co-industries, d√©chets, eau, efficacit√© √©nerg√©tique - de travailler ensemble. Cela correspond √† une demande internationale, tant turque que chinoise - c'est un des enjeux du douzi√®me plan chinois.

Je tiens à rappeler que le FASEP (Fonds d'étude et d'aide au secteur privé) est un fonds destiné à la conception des projets : si la conception d'un projet est française, la technologie et le savoir-faire français ont effet le plus de chances de prendre le relais. Le gouvernement s'est engagé, lors de la conférence environnementale du mois de septembre, à ce qu'il y ait au moins un démonstrateur de la ville durable en France ; 2,5 milliards d'euros du grand emprunt commencent à y être affectés. J'ai d'ailleurs découvert que la ville de Lyon accueillera un démonstrateur japonais : c'est dommage, car l'offre française est bien meilleure que celle de ses concurrents, mais les Japonais ont un temps d'avance dans l'opérationnel.

De m√™me, en mati√®re de s√©curit√© num√©rique, la comp√©tence fran√ßaise est extraordinaire. Elle est bien sup√©rieure √† la comp√©tence allemande, notamment dans le domaine de l'intelligence embarqu√©e. Je m'appuie beaucoup sur les p√īles de comp√©titivit√©, car c'est une offre group√©e territoriale qui peut se projeter √† l'√©tranger. Chacun de mes d√©placements est consacr√© √† une famille √©conomique.

Le commerce extérieur français en 2011 - j'aurai les chiffres de 2012 le 7 février prochain - représente 430 milliards d'euros, dont 30 milliards pour les grands contrats. S'agissant du nucléaire (lequel fait partie des grands contrats, notamment avec l'aéronautique), je me suis déjà rendue non seulement en Chine, sur le chantier de l'EPR de Taishan, qui sera achevé en 2014, et en Turquie, mais aussi en Arabie Saoudite et en Pologne. Je me rendrai prochainement en Inde avec le président de la République. Mais les grands contrats et le commerce courant, cela va ensemble.

Ubifrance a été chargée d'accompagner mille PME et ETI dans le cadre du pacte national de compétitivité pour une période de trois ans. Il faut en effet savoir que sur dix entreprises qui exportent en année N, il n'en reste plus que trois en année N+3.

Les pays émergents exigent désormais des partenariats industriels. Nos entreprises doivent donc s'internationaliser autant qu'elles exportent en trouvant des partenaires locaux et parfois en s'implantant pour être au plus près du marché. Elles doivent développer des partenariats stratégiques de long terme, ce qui n'est pas contradictoire avec leur activité en France : l'installation d'une entreprise française à l'étranger rejaillit sur son activité nationale, ce qui se traduit en termes d'emploi. Certes, il convient d'accompagner les relocalisations, mais ce sont les entreprises elles-mêmes qui font leurs arbitrages économiques.

Reste la question des transferts de comp√©tence (savoir-faire et technologies). Il faut les ma√ģtriser et les encadrer, notamment dans le domaine nucl√©aire, qui est hautement strat√©gique.

Ma quatri√®me priorit√© est l'attractivit√©. Les entreprises √©trang√®res implant√©es en France repr√©sentent deux millions de salari√©s et 42 % de nos exportations. En tant que centre de production industrielle, la France est le pays europ√©en le plus attractif, mais elle est concurrenc√©e par l'Allemagne et le Royaume-Uni. Nous devons donc garder notre premi√®re place. C'est pourquoi Arnaud Montebourg, Pierre Moscovici et moi-m√™me avons pr√©sent√© au Conseil des ministres du 9 janvier un plan visant √† mieux accueillir les investisseurs, les √©tudiants et les chercheurs √©trangers avec la mise en place d'un ¬ępasseport Talent¬Ľ. En effet, si l'on accueille bien ces personnes en France, nous serons √† notre tour mieux accueillis dans le pays o√Ļ nous cherchons √† faire un volume d'affaires.

Il faut également augmenter le nombre des volontaires internationaux en entreprises (VIE). Ubifrance s'occupe de leur sélection et les contrats sont portés par les régions comme par les grandes entreprises. Eurocopter a ainsi signé quarante-cinq contrats en 2012 et portera ce chiffre à soixante-cinq en 2013. Parfois, les grandes entreprises portent de tels contrats pour les plus petites de leurs filières. Chaque année, 47 000 demandes parviennent à Ubifrance qui en sélectionne 7 400. Le pacte de compétitivité prévoit de porter ce chiffre à 9 000 dans trois ans.

Il convient évidemment d'aplanir les obstacles au départ de ces jeunes, en termes de sécurité sociale et de complémentaire santé - j'ai alerté Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé, et Mme Geneviève Fioraso, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur le sujet -, sans oublier de lever les barrières douanières, notamment chinoises et brésiliennes - il appartient à nos ambassades de s'en occuper.

Ma cinqui√®me et derni√®re priorit√© concerne la politique commerciale de l'Union europ√©enne, notamment en termes de r√©ciprocit√©, un concept qui n'est pas universellement partag√©. L'ouverture des march√©s europ√©ens √† des pays tiers doit √™tre r√©ciproque. Nos alli√©s sont diff√©rents selon les secteurs. Pour la premi√®re fois, la France a obtenu que le mandat de n√©gociation de la Commission europ√©enne avec le Japon sur la baisse des droits de douane comprenne une clause de r√©ciprocit√©. Quant aux barri√®res non tarifaires, les progr√®s existent √©galement. Ainsi le Japon a-t-il d√©cid√© hier d'ouvrir de nouveau son march√© √† notre viande bovine, laquelle √©tait interdite sur son sol depuis la crise de la vache folle. J'en attends autant s'agissant du secteur ferroviaire car le march√© public japonais est tr√®s verrouill√©, √† la diff√©rence du secteur europ√©en. Le dernier contrat sign√© avec le Japon par un groupe europ√©en, en l'occurrence Siemens, date de 1999. Deux entreprises europ√©ennes sont actuellement s√©lectionn√©es. Je m√®ne le combat pour la r√©ciprocit√© en parcourant les capitales europ√©ennes. J'irai bient√īt √† Copenhague et retournerai prochainement √† Berlin ; les Allemands sont les plus r√©ticents au concept de r√©ciprocit√© par peur des repr√©sailles.

Par ailleurs, des n√©gociations importantes s'ouvriront bient√īt avec les √Čtats-Unis, notamment en mati√®re d'exception culturelle, d'indications g√©ographiques ou de propri√©t√© intellectuelle, tous domaines o√Ļ nos positions leur sont incompr√©hensibles. Je rappellerai que l'Europe est le premier march√© mondial, suivi des √Čtats-Unis. S'il aboutit, cet accord, n√©goci√© par la Commission europ√©enne, structurera le commerce mondial - d'o√Ļ mon travail aupr√®s de ladite Commission !

Ma conviction est que la France peut et doit trouver sa place dans la mondialisation. Elle le peut, car elle en a les potentialités, et elle le doit, car c'est nécessaire au retour de la croissance. En 2012, le commerce extérieur a contribué à la croissance à hauteur de 0,6 point.

Le gouvernement est mobilisé dans son ensemble pour relever l'économie française. Ma partition est de porter nos entreprises à l'international et de les aider à y gagner toute leur place. Je m'y emploie.

(Interventions des parlementaires)

Jacques Chirac a eu raison de cr√©er les p√īles de comp√©titivit√© car ils ont permis de mettre en relations des secteurs qui jusqu'alors s'ignoraient. Il est vrai que les p√īles de comp√©titivit√© - il en existe soixante et onze - sont loin d'√™tre tous aussi efficaces √† passer de la phase de la recherche √† celle de l'innovation, puis √† celle du d√©veloppement √©conomique et commercial. Ils permettent toutefois de f√©d√©rer des entreprises et des centres de toutes tailles en vue de conforter leur capacit√© de projection sur le territoire et √† l'√©tranger. Je m'appuie sur l'existant pour promouvoir le commerce international.

S'agissant des normes, il est vrai que notre capacité d'influence est trop faible en Europe comme au plan mondial. C'est pourquoi j'ai confié une mission sur le développement de l'influence française en matière de normes à Mme Claude Revel. Nous n'occupons pas une place suffisante dans l'élaboration de celles-ci. Mme Revel me rendra son rapport demain. Il sera publié sur le site du ministère du commerce extérieur et je ferai une conférence de presse pour en rendre publique la synthèse que je vous adresserai.

Il convient de revoir toute notre strat√©gie d'influence. Nous avons, il est vrai, remport√© de vrais succ√®s, comme sur les normes internationales ISO. Les grands groupes, qui ont de l'exp√©rience, devraient jouer un r√īle plus important en la mati√®re. Le tout est d'√™tre l√† au bon moment ! Il en est de m√™me des domaines bancaires et financiers, dans lesquels la France se laisse imposer des normes par les Anglo-saxons qui les d√©finissent mais ne se les appliquent pas !

Je ne mets pas en doute la bonne volonté de mes prédécesseurs, qui ont fait de bonnes choses, et de moins bonnes, mais ils ont péché par manque de vision stratégique globale - le déficit historique de 2011, qui s'est élevé en réalité non pas à 73 milliards mais à quelque 90 milliards, a servi d'électrochoc. C'est pourquoi je suis ministre de plein exercice. Il est vrai que, le marché s'étant développé en raison de l'arrivée des pays émergents, en volume, la part du commerce extérieur dans le déficit demeure la même. Il n'en reste pas moins que nous reculons.

Dans les ann√©es 1960, l'√Čtat a eu la volont√© politique d'aider financi√®rement la transformation de PME en champions mondiaux : ce fut une r√©ussite puisque les groupes du CAC 40 sont tous devenus des groupes internationaux, ce qui les a, du reste, √©loign√©s du territoire national. Nous devrions tous avoir aujourd'hui pour ambition de permettre √† des entreprises de taille interm√©diaire de plus en plus nombreuses de percer le plafond de verre, afin qu'elles deviennent de grands groupes internationaux. C'est la volont√© du gouvernement : dans dix ou vingt ans, de grands groupes nouveaux devront prendre la rel√®ve de ceux que nous avons su cr√©er dans les ann√©es 1960 et 1970. Tous les grands groupes internationalis√©s doivent rendre ce qu'ils ont re√ßu de la puissance publique en aidant √† leur tour des entreprises plus modestes de leur fili√®re √† grandir pour acc√©der √† l'international.

Jamais je n'oppose les grands aux petits parce que j'ai besoin √† la fois des navires amiraux et de la flotte. Mes pr√©d√©cesseurs ont sign√© trop de chartes inefficaces : c'est pourquoi je veux faire un bilan des bonnes pratiques en vue de les consolider. Je cite un exemple. J'ai accompagn√© il y a quelques semaines le Premier ministre √† Singapour o√Ļ nous avons visit√© le chantier d'un des plus grands complexes sportifs au monde. C'est parce que Bouygues, qui en est le ma√ģtre d'oeuvre, a emmen√© avec lui Delta Dore, une ETI, que cette entreprise a pu remporter le march√© dans sa sp√©cialit√© (le chaud et le froid) et pourra ensuite se d√©velopper sur d'autres march√©s internationaux.

Voici d'autres exemples. J'ai rencontr√© r√©cemment en Bretagne une ETI qui s'appr√™te √† construire la plus grosse unit√© de production de yaourts du monde aux √Čtats-Unis, apr√®s y avoir √©t√© introduite par Danone. En Chine, la semaine derni√®re, sur le site de l'EPR de Taishan, j'ai r√©uni les grands du nucl√©aire (Areva, Alstom, EDF) avec les repr√©sentants d'un groupement de quatre-vingt-cinq PME, dot√©es d'un savoir-faire exceptionnel en robinetterie ou m√©canique et mobilis√©es sur ce chantier immense. Port√©es sur ce chantier par Areva et EDF, elles peuvent d√©sormais d√©velopper leur activit√© dans d'autres secteurs que le nucl√©aire. Hier, j'ai rencontr√© Eurocopter qui porte au Mexique deux entreprises qui y feront √† leur tour des affaires. Voil√† quelques exemples de bonnes pratiques; il y en a aussi dans la fili√®re p√©troli√®re. Il faut √©viter les querelles qui nuisent √† la f√©d√©ration des entreprises fran√ßaises et inciter les grands groupes √† adopter de bonnes pratiques. Je rencontre actuellement la grande distribution alimentaire pr√©sente dans le monde entier (Auchan, Casino ou Carrefour) pour conna√ģtre leur action en la mati√®re. J'ai √©galement rencontr√© le pr√©sident du Cercle de l'industrie, qui f√©d√®re toutes les industries fran√ßaises. Je diffuserai le bilan des bonnes pratiques.

J'ai dit tr√®s t√īt que les r√©gions devaient √™tre les pilotes de l'export. Elles ont des fonds, et souvent des agences r√©gionales de d√©veloppement et d'innovation ; elles connaissent le tissu productif. Je leur ai demand√© d'√©laborer des sch√©mas r√©gionaux de d√©veloppement √©conomique et d'innovation, qui peuvent √™tre compl√©t√©s par un volet export, ce qui est souvent le cas. Elles ont pris l'engagement de s'int√©grer dans une strat√©gie nationale le 12 septembre, √† l'√Člys√©e. √Ä elles de s'organiser comme elles le souhaitent : l'essentiel est que cela fonctionne. Les pratiques varient d'ailleurs selon les r√©gions. La Bretagne a choisi de fusionner en une seule association, Bretagne commerce international, l'association Bretagne international, pilot√©e par la r√©gion, et le service international des chambres de commerce et d'industrie (CCI) bretonnes. Dans le Nord-Pas-de-Calais, les services d'Ubifrance, de la direction r√©gionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRRECTE) et de la CCI ont √©t√© regroup√©s dans les m√™mes locaux. La r√©gion Pays de la Loire a confi√© le pilotage dans ce domaine aux chambres de commerce. En Provence Alpes C√īte d'Azur, o√Ļ je me suis rendue hier, c'est encore une autre solution qui a pour l'instant √©t√© choisie. La r√©gionalisation des CCI n'a en effet pas √©t√© aussi ais√©e partout. Quoi qu'il en soit, ce sont les r√©gions qui f√©d√®rent l'effort. La compl√©mentarit√© des acteurs doit prendre le pas sur la concurrence, √©prouvante sur le territoire, mais surtout catastrophique √† l'√©tranger...

Vous avez √©voqu√© le projet Terra Lorraine. Si nous n'avons pas pu nous rencontrer, je tiens √† pr√©ciser que je n'ai jamais √©t√© sollicit√©e par les √©lus. Je ne vois d'ailleurs pas en quoi l'√Čtat pourrait soutenir ce projet qui est une d√©marche port√©e par le d√©partement. J'ai eu l'occasion d'√©changer avec M. Passerieux, le pr√©sident de Terra Lorraine, √† l'ambassade de France en Chine. Je lui ai tenu le m√™me langage que celui que je vous tiens aujourd'hui : ce qui m'int√©resse, c'est de savoir qui sont les investisseurs, ce que j'ignore, et quel est leur projet, ce que j'ignore √©galement. Pierre Moscovici s'est rendu en Chine quinze jours avant moi. J'y suis all√©e la semaine derni√®re pour d√©fendre l'attractivit√© de notre pays. Un tr√®s grand groupe chinois, Synutra, a d√©cid√© d'investir cent millions d'euros et de cr√©er cent soixante emplois dans une usine de production de lait en poudre en Bretagne. Je suis preneuse de ce projet : je sais que le groupe s'implante l√† parce que notre pays jouit d'une r√©putation en termes de r√©f√©rences sanitaires, et parce qu'un probl√®me sur le lait en poudre a d√©fray√© la chronique en Chine, jusqu'√† faire des √©meutes dans les campagnes. Je sais que ce groupe a un projet industriel, et je sais ce qu'il apporte. J'en parle d'autant plus √† mon aise que je ne suis pas d√©cisionnaire dans cette affaire. Mon r√īle est d'encourager nos partenaires chinois √† venir en France. J'ai ainsi rencontr√© lors de mon voyage le plus grand groupe agroalimentaire chinois, Cofco, dont l'activit√© va du champ √† l'assiette. Les entreprises de l'agroalimentaire qui m'accompagnaient - grandes et petites, allant du secteur de la g√©n√©tique √† celui de la charcuterie - ont pu pr√©senter leurs offres. Je sais que cela d√©bouchera sur des investissements crois√©s. Ce sont ces partenariats industriels et commerciaux qui m'int√©ressent, √©tant entendu qu'il existe des domaines strat√©giques, dont je parlerai tout √† l'heure √† propos du nucl√©aire.

Vous avez √©voqu√© le probl√®me de la r√©ciprocit√©. Vous savez que, depuis le trait√© de Lisbonne, le Parlement europ√©en doit donner son avis sur les politiques commerciales de l'Union, ce qui repr√©sente une grande avanc√©e. Deux outils sont aujourd'hui √† notre disposition. Le premier est le r√®glement sur la r√©ciprocit√© dans l'acc√®s aux march√©s publics des pays tiers. La Commission a propos√© un projet de r√®glement. Des rapporteurs ont √©t√© d√©sign√©s et le Parlement europ√©en a donn√© son avis, mais nous nous heurtons aujourd'hui √† un blocage des √Čtats, en particulier de l'Allemagne. Avec le ministre des affaires europ√©ennes, je m'efforce cependant de convaincre nos partenaires de donner suite √† deux d√©clarations du Conseil europ√©en invitant les √Čtats √† examiner au plus vite ce projet de r√®glement. H√©las, nous n'avan√ßons gu√®re : seule une petite dizaine d'√Čtats y sont aujourd'hui favorables. L'Allemagne continue de faire barrage, par peur de repr√©sailles. L'Union europ√©enne est pourtant la principale force de march√©. Il faut se servir de cette force commerciale pour aller de l'avant. Il ne s'agit pas de faire valoir des int√©r√™ts d√©fensifs : le r√®glement pose le principe de l'ouverture, mais il pr√©voit aussi des m√©canismes de sauvegarde.

Le deuxi√®me outil est une directive, qui doit revenir devant le Parlement europ√©en en avril. Le Conseil comp√©titivit√©, o√Ļ si√®ge Bernard Cazeneuve, ministre des affaires europ√©ennes, a le pouvoir de faire revenir par la fen√™tre de cette directive ce qui n'a pu entrer par la porte du projet de r√®glement. Si nous ne parvenons pas √† avancer sur ces deux outils d√©mocratiques, le sujet devra √™tre abord√© lors du prochain Conseil europ√©en, qui d√©battra des perspectives financi√®res, surtout, mais aussi de la politique commerciale, fin f√©vrier. Il devra de toute fa√ßon faire l'objet d'un d√©bat lors de la campagne pour les √©lections europ√©ennes de 2014.

Vous avez √©voqu√© l'√©parpillement des acteurs du commerce ext√©rieur. Je souhaite les f√©d√©rer, √† la fois sur notre territoire et √† l'√©tranger. Peut-√™tre faut-il encourager la stimulation, mais certainement pas la concurrence. J'observe en effet que nos partenaires savent tr√®s bien se f√©d√©rer. Bien s√Ľr, les Fran√ßais ne seront jamais des Allemands. J'estime d'ailleurs que le mod√®le allemand, tant vant√© de ce c√īt√©-ci du Rhin, doit √™tre pris ¬ęen pi√®ces d√©tach√©es¬Ľ. La principale vertu de l'Allemagne tient selon moi √† sa capacit√© √† √©tablir un dialogue social qui permet √† tous d'aller de l'avant.

Vous avez longuement parlé de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE). C'est une préoccupation qui me tient à coeur. En matière de réciprocité et d'accords de libre-échange, la France a fixé des critères lors du conseil des ministres du 12 septembre dernier. Parmi ceux-ci figure la haute qualité environnementale (HQE). Il importe d'être très exigeant en ce domaine dans les accords de libre-échange. Le haut niveau de qualité environnementale de l'Europe est parfois vécu comme une entrave, mais c'est en réalité un moteur. La Banque mondiale est d'ailleurs en train d'introduire ce type de critères dans les marchés publics qu'elle passe. C'est donc un mouvement général qu'il nous faut suivre, y compris dans les accords de libre-échange que nous signons et les mandats de négociation que nous donnons à la Commission européenne. Selon les lettres de cadrage pour la transition écologique que le Premier ministre a adressées à tous les ministres, le volet RSE doit être développé dans toutes les politiques, donc dans la politique commerciale pour ce qui me concerne. Nous devrons lui faire des propositions en ce sens.

J'ai parl√© de l'efficacit√© √©nerg√©tique, notamment au travers du concept de ¬ęville durable¬Ľ et de la famille ¬ęmieux vivre en ville¬Ľ. Ces atouts nous permettraient de contrer habilement, dans certains pays, des offres moins-disantes, qui plus est pr√©sent√©es par des entreprises qui ne sont pas soumises √† la r√©glementation europ√©enne sur les aides d'√Čtat. Autant √©viter que notre aide au d√©veloppement serve √† financer des march√©s au profit d'autres entreprises que les n√ītres !

Vous avez √©galement √©voqu√© la taxe aux fronti√®res. Celle-ci ne peut s'envisager qu'aux fronti√®res de l'Union europ√©enne. Comme en mati√®re de r√©ciprocit√©, il est donc n√©cessaire de trouver des alli√©s. C'est une d√©marche qui me para√ģt pr√©f√©rable √† l'art d√©clamatoire que nous autres Fran√ßais privil√©gions trop souvent...

La Commission nous a par ailleurs inform√©s le 29 novembre, lors du dernier conseil des ministres du commerce ext√©rieur, que la signature de l'accord de libre-√©change avec le Canada √©tait repouss√©e. Des r√©unions importantes ont lieu cette semaine. Deux points litigieux subsistent : l'exception culturelle et les contingents agricoles pour le boeuf et le porc. Or cet accord aura valeur de pr√©c√©dent dans la n√©gociation qui va s'ouvrir avec les √Čtats-Unis. √Ä ce sujet, je vous informe que je lance la consultation des entreprises et du monde √©conomique sur Internet - comme je l'avais fait pour l'accord avec le Japon - cette semaine. Vous l'aurez compris : il est important que la Commission europ√©enne n√©gocie au mieux cet accord avec le Canada.

Vous avez √©voqu√© les cas de la Colombie et du P√©rou. La France a demand√© que des garanties s√©rieuses soient apport√©es en mati√®re de droits de l'homme. Une clause permet donc de suspendre l'accord en cas de violation grave de ces derniers. La Commission europ√©enne a suivi le mandat que nous lui avions donn√© ; le Parlement europ√©en a demand√© et obtenu une feuille de route, et il a donn√© son accord. Je me suis rendue en Colombie en d√©cembre. Gr√Ęce au renforcement de nos relations commerciales et aux √©volutions positives de la feuille de route, nous avons l√† un nouveau march√© potentiel. La Colombie fait d'ailleurs partie des quarante-sept pays prioritaires que nous avons identifi√©s. Elle s'ouvre, souhaite int√©grer les standards europ√©ens et entrer dans l'OCDE, et se dote aujourd'hui d'un syst√®me fiscal avec l'appui technique de la France. Il ne faut certes pas se dissimuler ses difficult√©s, mais la volont√© de les surmonter est l√†. Mieux vaut donc encourager ces pays que leur refuser un accord de libre-√©change.

J'en viens à l'EPR en Chine et aux transferts de technologie. Nous n'avons pas construit de réacteur en France depuis une quinzaine d'années. Perdre le savoir-faire, c'est aussi perdre des compétences, puisque la génération qui part ne les transmet pas. Or la Chine - qui a aussi, soit dit en passant, de grandes ambitions dans le domaine des énergies renouvelables - souhaite se doter d'un réacteur EPR de grande puissance, qui correspond particulièrement bien à ses besoins. Le fait que les Chinois, formés par les Français, aient gardé la compétence fait que ce chantier pourra être mené à bien en temps utile. Ce sera donc la première vitrine de l'EPR, avant le chantier français - et ce dans les enveloppes financières prévues. Cela témoigne, indépendamment du débat sur l'énergie nucléaire et du nouveau mix énergétique défini par le président de la République, de l'excellence française en la matière.

S'agissant des transferts de technologie, le conseil de politique nucl√©aire r√©uni par le pr√©sident de la R√©publique a d√©cid√© d'en dresser un bilan sur les dix derni√®res ann√©es. Celui-ci a √©t√© confi√© √† l'Inspection g√©n√©rale des finances (IGF) par le Premier ministre. Il existe bien s√Ľr des transferts de technologie. Mais dans un secteur aussi strat√©gique que le nucl√©aire, ils doivent √™tre encadr√©s par la puissance publique. C'est le cas : l'√Čtat a par exemple √©t√© inform√© de l'accord conclu en octobre entre Areva, EDF et CGNPC. Il s'agit maintenant de savoir quel partenariat industriel nous allons d√©velopper avec la Chine. C'est la question que j'ai pos√©e aux autorit√©s chinoises. Pour l'instant, je n'ai pas la r√©ponse. J'esp√®re qu'elle sera apport√©e au Pr√©sident de la R√©publique lors de son voyage en Chine au printemps. Nous f√™tons cette ann√©e le trenti√®me anniversaire de la coop√©ration nucl√©aire entre la France et la Chine. Ce qui nous importe, c'est de savoir ce qui se passera apr√®s l'EPR, et ce qu'il adviendra de cet accord entre entreprises.

J'en viens à la monnaie, sur laquelle m'interrogeait encore hier une PME innovante dans le domaine de la sécurité numérique. Je commence toujours, en pareil cas, par m'enquérir des concurrents de l'entreprise. S'il s'agit des Allemands, la monnaie n'est pas en cause : ils ont la même que nous ! Et nous réalisons 60 % de nos exportations à l'intérieur de l'Union européenne, dont 50 % vers la zone euro.

Certes, le taux de change entre l'euro et le dollar, qui s'√©tablit aujourd'hui √† 1,35, ne nous est pas favorable, mais il a baiss√© par rapport √† 2008 - il √©tait alors √† 1,50. Cela ne suffit bien s√Ľr pas √† r√©gler le probl√®me. La meilleure r√©ponse que les entreprises peuvent apporter √† cette situation est la mont√©e en gamme, l'am√©lioration de la qualit√© et le service apr√®s-vente. Ce sont les trois points sur lesquels nous avons des marges de progr√®s, pour des raisons bien connues : les entreprises n'ont pas de marges pour investir. Les 20 milliards du CICE constitueront √† cet √©gard une bouff√©e d'oxyg√®ne, puisqu'elles pourront inscrire le cr√©dit d'imp√īt dans leurs comptes d√®s 2013. √Ä elles ensuite de jouer le jeu, car le ressort de la croissance est bien l'investissement. C'est tout le sens du Pacte de comp√©titivit√©.

Dans le cas d'une entreprise comme Airbus, la parit√© entre l'euro et le dollar est un r√©el probl√®me. L'entreprise a donc implant√© une cha√ģne de production aux √Čtats-Unis. C'est une r√©ponse que peut se permettre une grande entreprise. Mais si les √©quipementiers de rang 1 suivront, sera-ce le cas des √©quipementiers de rang 2 ? C'est une question qui m√©rite d'√™tre pos√©e, et que l'√Čtat ne doit pas h√©siter √† aborder dans les entreprises o√Ļ il est actionnaire.

(Interventions des parlementaires)

La BPI sera un guichet unique. Certaines régions s'organisent même - et je les y encourage - pour présenter une offre complète en front office. La BPI sera un lieu d'accueil qui sera doté de développeurs à l'international. Il faut mettre fin à la concurrence entre les produits de financement export de la COFACE et d'OSEO, et rationaliser le dispositif : il suffit d'avoir un produit pour les PME qui exportent pour la première fois et un produit pour les fonds de roulement. Je rappelle à cet égard que 500 millions d'euros ont été débloqués pour soutenir la trésorerie des PME et des TPE via OSEO. Il faut que les entreprises aient des fonds propres : ce sera le travail du Fonds stratégique d'investissement (FSI), qui sera intégré à la BPI, et de CDC Entreprises. Bref, il y aura bien un guichet unique, qui va être régionalisé, au travers de la BPI.

Les services r√©galiens des ambassades d√©pendent de la direction g√©n√©rale du Tr√©sor, et non de l'ambassadeur. La d√©volution qui a √©t√© mise en oeuvre en 2008 est la suivante : √† Ubifrance la responsabilit√© des PME et des PMI, et l'accompagnement des entreprises, aux services r√©galiens celle des grands contrats et des d√©marches d'aide √† l'implantation, qui englobent la lutte contre les obstacles administratifs. Les visas constituent √† cet √©gard un vrai souci : nos consulats n'en d√©livrent pas assez pour que les hommes d'affaires √©trangers se rendent en France, et, de l'autre c√īt√©, nous n'en obtenons pas assez pour renforcer la pr√©sence fran√ßaise √† l'√©tranger. C'est aussi le travail des services r√©galiens et de l'ambassadeur de lutter contre ces barri√®res non tarifaires. Un pays qui r√©duit ses droits de douane peut se prot√©ger d'une autre mani√®re en relevant le taux de sa TVA de 50 % sur certains produits import√©s. C'est ce qu'a fait la Cor√©e pour la maroquinerie.

Vous aurez des évaluations chiffrées des dispositifs que nous allons mettre en oeuvre en faveur de l'exportation, puisque les chiffres du commerce extérieur sont publiés tous les mois. Ils constituent un bon indicateur de nos performances économiques. C'est bien volontiers que je reviendrai l'an prochain vous les présenter.

Le secteur des vins et spiritueux marche tr√®s bien dans certains pays. C'est m√™me l'arbre qui cache la for√™t, puisque nous perdons des parts de march√© dans le secteur agroalimentaire, faute de structuration de nos fili√®res. Vous avez bien s√Ľr parl√© de votre r√©gion. Nous d√©tenons parfois une telle part de march√© que la fili√®re viticole peut devenir un otage. C'est particuli√®rement vrai dans certains grands pays d'Asie. Lorsqu'on est m√©content, il faut le dire - de mani√®re appropri√©e, c'est-√†-dire √† travers un dialogue franc et direct avec les autorit√©s, et non par des d√©clamations qui ne servent √† rien. La balance commerciale est trop d√©s√©quilibr√©e avec ces pays. Ils doivent comprendre qu'en tant que puissances en devenir, ils ont une responsabilit√© vis-√†-vis du reste du monde. Lorsque je retournerai dans ce grand pays, j'organiserai, comme j'aime √† le faire, un forum √©conomique o√Ļ les entreprises pourront se parler directement. C'est tr√®s efficace.

Quant aux pays européens, ils ne sont pas toujours les derniers à faire du protectionnisme sans le dire...

(Interventions des parlementaires)

S'agissant de la politique tarifaire viticole, je dois tout de même rappeler que la loi de finances de 2013 a relevé le niveau des taxes sur la bière. Pourquoi nos partenaires ne le feraient-ils pas pour le vin ? C'est ce que l'on appelle des intérêts défensifs. Bien entendu, il ne faut pas se priver de développer également des intérêts offensifs - c'est tout l'art de la politique commerciale.

Il existe des organisations professionnelles qui regroupent les viticulteurs. Je veille moi-même à les aider. J'ai ainsi emmené en Chine un petit producteur de Bourgogne. Partant du principe que les grandes savent faire seules, j'emmène des petites entreprises dans chacun de mes déplacements. Je dois cependant vous dire que les Chinois n'aiment pas le champagne car ils n'aiment pas les bulles.

J'en viens aux √©nergies renouvelables. J'ai particip√© il y a une quinzaine de jours au Forum des √©nergies renouvelables avec Mme Batho. Lorsque je me rends au Maroc ou en Alg√©rie, pays qui ont choisi de mettre en oeuvre de grands plans solaires, j'emm√®ne la fili√®re solaire. Dans certaines fili√®res des √©nergies renouvelables, nous sommes tr√®s performants √† l'export. Lorsque je parle de ¬ę ville durable ¬ę, je pense bien s√Ľr aussi √† ces acteurs.

Vous avez également évoqué la cybersécurité. J'ai visité hier à Rousset, près de Marseille, une entreprise très performante, Smart Packaging Solutions (SPS), qui fabrique des cartes à puce. La sécurité numérique et la cyber-sécurité sont des domaines dans lesquels nous excellons. Or, ce sont des secteurs de haute technologie, qui sont stratégiques pour les entreprises. Je veille donc à les favoriser.

La ¬ęco-localisation¬Ľ est un concept qui trouve surtout √† s'appliquer avec les pays de la rive sud de la M√©diterran√©e. Contrairement aux Marocains, les Alg√©riens pr√©f√®rent parler de partenariats industriels. Nous avons sign√© des protocoles d'accord avec ces deux pays, qui souhaitent avoir des productions locales pour leur march√© int√©rieur, mais aussi des formations pour leurs jeunes. Lorsque Renault s'implante √† Tanger - et ce sera peut-√™tre bient√īt le cas en Alg√©rie -, les emplois qui sont cr√©√©s dans le pays sont aussi profitables √† l'industrie fran√ßaise : loin de lui nuire, ils viennent en compl√©mentarit√© des emplois rest√©s en France. C'est ce que l'on appelle la ¬ęco-localisation¬Ľ. Le concept vaut √©galement pour les plans agricoles que ces pays souhaitent mettre en oeuvre. Comme d'autres, ils demanderont des transferts de comp√©tences, voire de technologies. Mais ils nous permettent aussi d'acc√©der √† d'autres march√©s, au Moyen-Orient ou en Afrique subsaharienne. C'est ce que certains appelleraient une strat√©gie ¬ęgagnant-gagnant¬Ľ. Dans la ¬ęco-localisation¬Ľ, chacun trouve sa place dans une cha√ģne de valeur ajout√©e o√Ļ les uns et les autres ne se situent pas sur les m√™mes segments.

(Interventions des parlementaires)

Je n'avais pas r√©pondu √† M. Martin sur les initiatives du type du centre culturel du vin de P√©kin. Il faut bien s√Ľr les g√©n√©raliser partout o√Ļ cela est possible.

La fermeture de la centrale de Fessenheim est un engagement du Président de la République sur lequel nous ne reviendrons pas. Tous les pays revoient d'ailleurs leur mix énergétique. L'Arabie saoudite elle-même réfléchit à l'après-pétrole. Je reconnais que lorsque je me déplace à l'étranger pour promouvoir notre offre nucléaire, il me faut expliquer la démarche de notre pays avant d'entrer plus avant dans la discussion. Mais mes interlocuteurs le comprennent, car ils ont eux-mêmes des interrogations. De même, nous devons expliquer pourquoi certains chantiers prennent du retard, quand les EPR chinois seront terminés dans les délais. Mais je le répète, aucun pays n'est épargné par ce questionnement. Les industriels allemands eux-mêmes s'interrogent sur le choix de l'abandon du nucléaire et ses conséquences sur la compétitivité de leur pays. Le débat sur la transition énergétique permettra aux différents acteurs de s'exprimer sans tabou, à charge pour les pouvoirs publics d'en tirer une synthèse opérationnelle, puisqu'il doit déboucher sur un projet de loi.

J'en viens √† votre question, Monsieur Pellois. Les Allemands ont am√©lior√© leur comp√©titivit√© en amont dans le secteur de l'√©levage, gr√Ęce √† la pr√©sence de grandes exploitations et √† une rationalisation de la production. Les gains de productivit√© r√©alis√©s en amont ont √©t√© report√©s sur l'aval. En outre, ils ont su exploiter l'ouverture de l'Europe √† l'Est. Le principal sujet ne me semble pas √™tre celui des salaires, m√™me si M. Langlois, pr√©sident du Groupement interprofessionnel des viandes rouges en France (INTERBEV), m'alerte r√©guli√®rement sur ce point. Le probl√®me est que les travailleurs venus des pays de l'Est sont d√©tach√©s dans le cadre de prestations de services. L'instauration d'un SMIC europ√©en ne r√©glerait donc rien. La Commission est saisie de cette affaire. Il faudrait qu'elle y regarde de plus pr√®s, car il y a l√† un d√©tournement de la r√©glementation europ√©enne. Jamais la France ne tol√©rerait que des salari√©s puissent ainsi √™tre r√©mun√©r√©s quatre euros de l'heure ! Ce n'est donc pas sur ce terrain que nous devons nous battre - du reste, nous n'y arriverions pas. Mieux vaut f√©d√©rer nos √©nergies autour de produits de qualit√©, identifier les bons secteurs et les bons segments de la valeur ajout√©e. Je m'y emploie avec les fili√®res concern√©es.

(Interventions des parlementaires)

Les exportations dans le domaine du savoir-faire génétique concernent aussi bien les filières animales que les filières végétales. Dans le domaine animal, la force de la France réside dans la variété, notamment pour ce qui concerne la race bovine. Au moment de mon déplacement en Colombie, j'ai eu l'occasion de rencontrer une équipe d'Ubifrance qui travaille avec ce secteur à très haute valeur ajoutée. En ce qui concerne maintenant la génétique végétale, je puis vous dire que Limagrain est très présent sur ce marché en Chine, et noue un partenariat avec des entreprises chinoises pour développer la génétique végétale. J'y crois beaucoup : nous avons une excellence à défendre sur ces segments peu connus, car petits, mais très porteurs. Je vous remercie de relayer le message.

Un G20 s'était en effet tenu sur les matières premières agricoles. Je note toutefois que la Russie, qui est peu favorable à l'idée d'une régulation des marchés agricoles, tout comme le Brésil, vient de prendre sa présidence. Mais l'Union européenne exige désormais l'accès aux matières premières agricoles dans les accords commerciaux qu'elle conclut. Nous avons donc une position européenne, mais au sein du G20, les grands acteurs restent réticents.

J'en viens à la filière de la volaille. La France a contesté les arguments économiques avancés par la Commission à l'appui de sa décision de diminuer le montant des restitutions par la voix du ministre de l'agriculture et du ministre délégué chargé de l'agroalimentaire. La délégation interministérielle aux industries agroalimentaires et à l'agro-industrie s'est vu confier une mission sur l'avenir de la filière agricole. Elle rendra ses conclusions en mars. Quoi qu'il en soit, les besoins des pays émergents sont considérables en ce qui concerne la volaille.

(Interventions des parlementaires)

Vous avez raison, Monsieur Barbier : il n'existe pas vraiment de strat√©gie coordonn√©e √† l'√©chelle de l'Union europ√©enne. Il y a bien une politique commerciale europ√©enne, mais chacun a tendance √† jouer son propre jeu. Un premier pas a √©t√© fait avec le sommet de juin 2012 sur l'initiative de croissance. Nous devons d√©velopper des politiques √©conomiques pour toutes les grandes infrastructures de transport, pour l'√©conomie num√©rique, pour le secteur √©nerg√©tique, o√Ļ les enjeux d√©passent les fronti√®res et o√Ļ nous sommes confront√©s aux m√™mes probl√©matiques. Le seul domaine o√Ļ l'on puisse v√©ritablement parler de coordination est celui de la politique commerciale vis-√†-vis des pays tiers - j'en ai parl√© √† propos des accords de libre-√©change et des accords bilat√©raux.

Lorsque nous n√©gocions, nous d√©fendons √† la fois des int√©r√™ts offensifs, en cherchant ce qui va nous rapporter, et des int√©r√™ts d√©fensifs. Nous allons conclure un accord avec le Japon. J'ai demand√© une clause de sauvegarde pour l'automobile, car le secteur est en difficult√© en France. Nous sommes l√† dans l'int√©r√™t d√©fensif. La Commission ne souhaitait pas reconna√ģtre la sp√©cificit√© du secteur automobile et ajouter cette clause, mais avec l'appui d'autres √Čtats, dont l'Allemagne, nous avons eu gain de cause. Dans le secteur agroalimentaire, nous devons au contraire privil√©gier les int√©r√™ts offensifs : un accord de libre-√©change nous permettra de mieux vendre au Japon, surtout si nous n√©gocions une baisse des barri√®res non tarifaires. Nous devons donc ¬ępousser¬Ľ nos int√©r√™ts offensifs. √Ä la fin de la n√©gociation, il faudra bien s√Ľr arbitrer, en fonction de ce qui a √©t√© obtenu sur les int√©r√™ts d√©fensifs comme sur les int√©r√™ts offensifs, pour d√©cider de signer ou de ne pas signer. C'est ce que nous sommes en train de faire pour l'accord de libre-√©change avec le Canada.

Je ne reviens pas sur l'internationalisation des entreprises. Pour exporter nos produits, il est d√©sormais indispensable de s'internationaliser, c'est-√†-dire de s'implanter √† l'√©tranger ou d'y trouver des partenaires locaux. Il s'agit non plus seulement de commercer, mais de d√©velopper un partenariat, et tr√®s souvent un partenariat industriel, qui implique des transferts qui doivent rester ma√ģtris√©s, voire encadr√©s pour les secteurs strat√©giques.

La d√©couverte et l'exploitation des gaz et huiles de schiste aurait en effet g√©n√©r√© des gains de productivit√© de l'ordre de 25 % pour l'industrie nord-am√©ricaine. Il convient cependant de prendre en consid√©ration les d√©g√Ęts qui peuvent en d√©couler. La question sera √©videmment pos√©e dans le cadre du d√©bat sur la transition √©nerg√©tique. Vous connaissez la position fran√ßaise, qui n'a rien de partisan puisque nous sommes tous d'accord pour interdire la fracturation hydraulique. Peut-√™tre une technique d'exploration subsidiaire sera-t-elle trouv√©e un jour, mais nous n'en sommes pas l√†. Il faut donc faire la part des d√©g√Ęts √† l'environnement et du bienfait √©conomique. Nous sommes l√† pleinement dans le d√©bat sur la transition √©nerg√©tique.

J'ai d√©j√† r√©pondu sur le portage des PME, Monsieur Cinieri. Dans la mesure o√Ļ le ministre des affaires √©trang√®res est le chef de la diplomatie √©conomique, il est l√©gitime qu'il mobilise les ambassadeurs sur les enjeux √©conomiques, qui sont la premi√®re priorit√© du gouvernement, et nomme des charg√©s de mission dans tel ou tel pays - Mme Aubry pour la Chine, M. Raffarin pour l'Alg√©rie, ou encore M. Schweitzer pour le Japon. Le r√īle de ces grands acteurs politiques ou √©conomiques peut compl√©ter utilement l'action de l'√Čtat, que j'incarne lors des commissions mixtes et des dialogues strat√©giques. En effet, la diplomatie √©conomique est aussi une strat√©gie d'influence. J'ai pu constater en Alg√©rie que M. Raffarin avait accompli un excellent travail. Mme Aubry, qui m'a accompagn√©e en Chine, me rendra prochainement compte de sa mission. Nous devons n√©anmoins veiller √† ce que les √©nergies individuelles ne brouillent pas le message collectif.

(Interventions des parlementaires)

Il manque en effet un cha√ģnon √† notre fili√®re bois, Monsieur Franqueville : nous n'avons plus de scieries. Il revient au ministre du redressement productif de traiter ce probl√®me, sachant qu'il existe un fonds bois √† la Caisse des d√©p√īts et consignations. M. Montebourg s'est attel√© √† la structuration de nos fili√®res. Il s'est d√©j√† pench√© sur le nucl√©aire, le ferroviaire et l'automobile. Il prendra prochainement des initiatives sur la fili√®re bois.

Je puis en tout cas vous assurer que je connais des entreprises d'ameublement fran√ßaises - PME et entreprises de taille interm√©diaire - tr√®s performantes √† l'export. Je pense en particulier √† une entreprise vend√©enne que je retrouve dans de nombreux pays. Par ailleurs, il faut savoir que pour exporter, il faut la plupart du temps importer : les produits ¬ęfranco-fran√ßais¬Ľ sont aujourd'hui tr√®s rares, m√™me si nous ne le savons pas toujours.

Je d√©fends bien s√Ľr les AOC et les AOP, Madame Marcel. La vari√©t√© et la qualit√© de nos produits sont une force. J'ai rencontr√© au Salon international de l'agroalimentaire (SIAL) de jeunes entreprises tr√®s performantes, qui vendent leurs produits dans le monde entier. Il faut les encourager, au m√™me titre que les plus grands. C'est aussi le travail de la fili√®re agroalimentaire que de faire cohabiter les grands et les petits. Nous aurions, je crois, int√©r√™t √† f√©d√©rer nos forces autour d'une marque France. La diversit√© des territoires est une bonne chose, mais il faut penser que pour un Asiatique ou un Colombien, nous sommes des Europ√©ens avant d'√™tre des Fran√ßais. Nous lan√ßons donc apr√®s-demain, avec Sylvia Pinel et Arnaud Montebourg, la mission ¬ęMarque France¬Ľ. Les Italiens, les Espagnols ou les Turcs se f√©d√®rent sous une seule banni√®re. Cela leur permet d'√™tre imm√©diatement rep√©rables. Nous devons √™tre capables de le faire, car nous vendons non seulement un produit, mais aussi une image, celle de nos valeurs universelles. Assumons ce r√īle, et sachons en faire une force commerciale !

Parmi les causes des difficult√©s de nos entreprises √† l'exportation, j'incriminerai une mauvaise analyse de d√©part. Il faut inciter les entreprises primo-exportatrices √† faire d'abord leurs preuves sur un march√© de proximit√©. Pour aller √† l'export, il faut √™tre solide, en fonds propres comme en tr√©sorerie - les r√®gles relatives aux d√©lais de paiement ne sont pas n√©cessairement les m√™mes partout. C'est d'ailleurs l√† que la puissance publique peut servir de relais, et c'est pourquoi un accompagnement dans la dur√©e est n√©cessaire. Trois ans me semblent un minimum pour bien s'implanter. Il faut aussi savoir accepter d'ouvrir son capital, ce qui n'est pas toujours facile pour une PME. Enfin, il ne faut pas se tromper de partenaire. Nous devons aider les entreprises √† trouver le bon partenaire ou le bon distributeur. Une entreprise bretonne tr√®s performante dans son domaine m'a expliqu√© avoir d√Ľ changer de partenaire au bout de trois ans. Il faut alors √™tre particuli√®rement solide pour recommencer la d√©marche. Ce sont ces erreurs que l'accompagnement des entreprises doit permettre d'√©viter./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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9. Irak/Situation de M. Nadir Dendoune - D√©claration du porte-parole (Paris, 04/02/2013)

La famille et les membres du Comité de soutien de M. Nadir Dendoune, journaliste français actuellement détenu en Irak, ont été reçus cet après-midi au ministère des affaires étrangères.

La mobilisation des autorités françaises pour parvenir à une libération la plus rapide possible leur a été confirmée.

Dès l'arrestation de M. Dendoune, plusieurs démarches à haut niveau ont été effectuées, à Bagdad et à Paris. Notre consul, accompagné du médecin de l'ambassade, lui a rendu visite le 2 février pour s'assurer de ses conditions de détention, de son état de santé et du respect de ses droits. Notre ambassade en Irak assure un contact permanent avec les autorités irakiennes.

Le ministère des affaires étrangères et notre ambassade à Bagdad restent pleinement mobilisés. M. Dendoune continuera à bénéficier de la protection consulaire aussi longtemps que nécessaire./.

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10. Point de presse du porte-parole- Entretien entre M. Laurent Fabius et son homologue norv√©gien, M. Espen Barth Eide - D√©placement √† Bruxelles de M. Pascal Canfin, ministre d√©l√©gu√© charg√© du d√©veloppement, pour le soutien au Mali - Attentat de Bourgas/Hezbollah - Nucl√©aire iranien - Chine/Japon - Syrie - R√©publique centrafricaine - Conf√©rence minist√©rielle internationale de soutien √† la Libye dans les domaines de la s√©curit√©, de la justice et de l'√Čtat de droit - Visite de M. Laurent Fabius √† l'√Čcole normale sup√©rieure (Paris, 05/02/2013)

 

Au point de presse de ce jour, le porte-parole du ministère des affaires étrangères a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Entretien entre M. Laurent Fabius et son homologue norvégien, M. Espen Barth Eide (5 février 2013)

Le ministre des affaires étrangères recevra le 5 février son homologue norvégien, M. Espen Barth Eide.

Les ministres évoqueront tout d'abord l'actualité internationale, dont la situation au Mali et dans la bande sahélienne, ainsi que l'évolution du conflit syrien et la situation au Proche et Moyen Orient. M. Laurent Fabius renouvellera ses condoléances suite aux décès de cinq Norvégiens lors de l'attaque terroriste contre le site gazier d'In Amenas.

MM. Fabius et Eide aborderont également nos relations bilatérales et les relations de la Norvège avec l'Union européenne, à travers sa participation à l'Espace économique européen. À cet égard, ils s'entretiendront de la situation économique en Europe et au sein de la zone Euro. Les ministres évoqueront enfin le Grand-Nord, l'Arctique et les questions relatives à l'énergie et au climat.

Q - Je me rappelle que la Norvège dans le cadre de l'OTAN avait participé aux opérations de soutien en Libye. Ont-ils offert leur soutien à l'intervention au Mali ? Ont-ils été sollicités ?

R - La Norvège a proposé de participer de manière groupée, avec la Finlande et la Suède, à la mission européenne EUTM.

2 - Déplacement à Bruxelles de M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, pour le soutien au Mali (5 février 2013)

M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement, se rend aujourd'hui à Bruxelles pour participer à la réunion du Groupe international de soutien et de suivi de la situation au Mali.

À cette occasion, la France rappellera la nécessité urgente de renforcer l'appui de la communauté internationale aux autorités maliennes pour faire progresser le processus politique et mettre en oeuvre la feuille de route, qui prévoit l'organisation des élections et la mise en place d'une commission nationale de dialogue et de réconciliation.

La réunion sera également l'occasion de faire le point sur la contribution de la communauté internationale au règlement de la crise et au soutien humanitaire apporté à la population malienne.

Q - Qui va participer et qui est membre de ce groupe ? Dans le communiqu√©, que signifie exactement ¬ęrenforcer l'appui de la communaut√© internationale aux autorit√©s maliennes pour faire progresser...¬Ľ ? Qu'est-ce qu'on peut faire et de quelle fa√ßon ?

R - C'est en fait la troisième réunion de ce groupe. La première s'était tenue à Abidjan, la deuxième à Bamako et c'est donc la troisième qui se tient à Bruxelles aujourd'hui. C'est sous l'égide à la fois de l'Union européenne, puisque cette réunion a été convoquée par Mme Ashton, et du groupe international de soutien et de suivi qui rassemble l'ensemble des acteurs internationaux intéressés par la crise malienne. 45 délégations sont attendues à Bruxelles. Nous y sommes représentés par M. Canfin.

J'ai eu souvent l'occasion de parler ici des trois volets de la crise malienne qui doivent √™tre r√©gl√©s ensemble. Il y a un volet s√©curitaire avec l'op√©ration ¬ęServal¬Ľ, la MISMA et EUTM.

Il y a un deuxième volet politique, qui sera abordé à Bruxelles, avec deux dimensions qui sont présentes dans la feuille de route adoptée par l'Assemblée nationale malienne le 29 janvier dernier : d'une part, la transition démocratique, le processus électoral et de l'organisation d'élections. Nous avons eu l'occasion ici de rappeler les déclarations faites par le président Traoré précisant que ces élections devraient être organisées d'ici juillet prochain. C'est en effet important et urgent sachant que ces élections doivent se dérouler dans un environnement qui permette un scrutin parfaitement transparent et des résultats parfaitement légitimes. D'autre part, toujours au titre de ce volet politique, il y a le dialogue nord-sud et la nécessité pour les autorités de Bamako d'engager rapidement des discussions avec les représentants des populations du nord, notamment Touareg, sous les conditions posées par la dernière des trois résolutions adoptées sur le Mali par le Conseil de sécurité des Nations unies.

À cela s'ajoute un troisième et dernier volet qui a trait à l'humanitaire et au développement. Il y a eu des déplacés, il y a eu des réfugiés, il y en a toujours, au Mali et dans les pays voisins. Certains sont en train de revenir. C'est un mouvement dont on espère qu'il s'amplifiera avec la sécurisation progressive de la totalité du territoire malien. Il y a aussi des situations d'insécurité alimentaire. Cela pourrait concerner jusqu'à 2 millions de personnes au Mali. C'est une situation qui n'est pas spécifique au Mali mais à la totalité de cette région du Sahel. Les derniers chiffres que j'ai vus sur la région faisaient état de 18 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire. Il y a un certain nombre de choses à faire, d'engagements à prendre sur ce volet pour lequel l'Union européenne, mais pas seulement, a des programmes, et des crédits qui peuvent être déboursés pour aider le Mali et plus largement tous les pays de cette zone.

L'idée est d'avoir une approche globale de la crise malienne, qui permette d'en traiter tous les aspects. Parce que c'est à cette condition-là seulement que la sortie de crise sera durable. L'approche sécuritaire est nécessaire, mais elle n'est pas suffisante. Elle doit être prolongée sur les plans politiques, humanitaires et de développement.

Q - Par rapport à Addis Abeba, ça c'est l'initiative européenne à l'intérieur de la conférence d'Addis Abeba ? C'est séparé du processus d'Addis Abeba ou c'est compris dedans ?

R - C'est séparé du processus d'Addis Abeba. Addis Abeba avait un objet très précis qui était un appel à contributions pour les deux trust funds qui sont mis en place respectivement pour la MISMA, d'une part et pour les forces armées maliennes d'autre part.

Q - Pouvez-vous rappeler la contribution française à Addis Abeba ?

R - 47 millions, c'est-à-dire 20+20 sur la MISMA, + 7 sur les forces armées maliennes. Ce sont deux processus différents mais complémentaires l'un de l'autre.

Q - A-t-on une √©valuation du co√Ľt de Serval jusqu'√† pr√©sent ?

R - Le dernier chiffre que j'ai, est celui qu'a annoncé le ministre de la défense, 50 millions d'euros, mais cela remonte à la fin de la semaine dernière.

Q - Qu'est-ce que vous pouvez nous dire sur l'arrestation des deux responsables d'Ansar Ed-dine et du Mujao ? Le MNLA dit les avoir arr√™t√©s. On n'a eu aucune confirmation c√īt√© fran√ßais. Apparemment le MNLA serait d√©cid√© √† les ramener √† Kidal et √† les remettre aux Fran√ßais. Est-ce que vous avez des √©l√©ments l√†-dessus ?

R - J'ai lu comme vous les dépêches et les articles parus dans la presse mais je n'ai pas d'informations particulières ou de commentaires particuliers à faire.

Q - Sur le même sujet, avez-vous une liste des personnes qu'il faut arrêter au Mali ? Une liste de personnes qui ont contribué à mettre ce désordre dans le nord. Maintenant que l'armée française est dans le nord, est-ce qu'elle a une liste sur les barrages ou quand elle rentre dans les villes pour arrêter des personnes d'AQMI ou bien de Ansar Ed-dine, etc ?

R - À ma connaissance non, il n'y a pas de liste préétablie. Toute personne susceptible d'avoir appartenu à ces groupes serait susceptible d'y figurer si elle existait.

Q - Nous avions discuté ici il y a quelques semaines du statut des personnes arrêtées et quelle autorité allait les prendre en charge. Est-ce que c'est l'autorité malienne ? Est-ce que c'est l'autorité française ? Quels statuts ont-ils ? Le statut de combattant ennemi, de terroriste ? S'ils sont terroristes est-ce qu'ils vont passer devant la justice ? Est-ce qu'on est toujours en train de réfléchir à ce sujet ?

R - Pour prendre un peu de recul, les trois objectifs fixés dès le départ à l'opération Serval vous les connaissez. Les opérations se poursuivent pour permettre le rétablissement de l'intégrité territoriale du Mali, contre l'emprise des groupes terroristes.

Si des prisonniers sont faits, ils sont remis aux autorités maliennes. Je rappelle que l'opération Serval, non seulement est déclenchée, de même que le déploiement de la MISMA, à la demande des autorités maliennes, du président malien mais aussi que nous intervenons en soutien des forces armées maliennes. Au fur et à mesure que les villes sont reprises et sécurisées, le relais se fait par les forces armées maliennes et par les forces de la MISMA en cours de déploiement et en montée en puissance sur place au Mali.

Qu'en est-il du statut de ces personnes ? C'est le statut d'un prisonnier pris au cours d'opérations de combat, conformément aux conventions internationales applicables. J'ajoute que la CPI est saisie avec un mandat qui court à partir de janvier 2012, sachant que la CPI, elle, est compétente pour certaines catégories de crimes, notamment tout ce qui relève des crimes de guerre.

Q - Et les Français peuvent-ils interroger ces prisonniers, surtout si ce sont des prisonniers qui sont susceptibles d'avoir des informations sur les otages ?

R - Vos questions sont éminemment théoriques. Vous me demandez de vous parler de situations qui, à ma connaissance, ne se sont pas encore produites. Sur le principe, j'y reviens, c'est le respect plein et entier des conventions internationales qui s'appliquent dans ces situations là et c'est la compétence première des autorités maliennes.

Q - Ca n'est pas complètement théorique, ça peut arriver.

R - C'est ce que j'appelle ¬ęth√©orique¬Ľ, √ßa peut arriver, c'est la d√©finition tr√®s exacte de ce terme.

Q - C'est une hypothèse, il n'y a pas de prisonniers, ils ont tous fui ou ils sont tous morts.

R - Hypothétique est un bon synonyme de théorique en effet.

Q - Ce sont tout de même des questions qui sont légitimes ?

R- C'est pourquoi je réponds sur le principe.

3 - Attentat de Bourgas / Hezbollah

Q - Sur l'enquête sur l'attentat en Bulgarie, est-ce que vous pouvez nous repréciser la position de la France sur le Hezbollah et est-ce que ça peut changer si les bulgares disent qu'ils étaient impliqués dans l'attentat ?

R - Sur les suites de l'attentat de Bourgas, les conclusions de l'enquête, d'après ce que je comprends des autorités bulgares, devraient être présentées aujourd'hui dans l'après-midi par le ministre de l'intérieur bulgare. Nous n'allons pas préjuger de ces conclusions. Nous allons attendre de voir ce qu'il en sort et c'est à ce moment là que la France réagira officiellement et prendra officiellement position.

Deuxièmement, s'agissant de la position française sur le Hezbollah, l'inscription sur les listes de l'Union européenne par définition relève d'une décision unanime à 27.

Q - Une question concernant la procédure à Bruxelles : est-ce que un pays comme la Grande-Bretagne ou la France peut designer une organisation comme une organisation terroriste sans que les autres 26 soient d'accord et appliquer une autonomie nationale là-dessus ou il faut que les 27 soient d'accord ?

R - Dès lors qu'on est dans le cadre des listes européennes, la décision est prise à 27. C'est une décision à l'unanimité.

Q - Et la France ne pourrait pas dire √† part : ¬ęnous les Fran√ßais, nous estimons que c'est une organisation terroriste et nous allons la mettre sur une liste nationale ind√©pendante¬Ľ ?

R - La question ne se pose pas dans ces termes. Ces listes n'ont d'efficacité que si elles ont le plus large champ d'application. L'inscription a deux vertus. Elle a un premier effet qui est un effet politique. Elle en a un second, c'est de permettre des décisions de sanctions visant soit l'organisation elle-même, soit des membres de l'organisation et de graduer ces décisions, gel d'avoir, interdictions de voyager, etc. Il est bien évident que de telles décisions sont d'autant plus efficaces qu'elles sont prises et appliquées à 27.

4 - Nucléaire iranien

Q - Hier le vice-président américain a parlé de négociations bipartites sur le dossier nucléaire iranien. Est-ce que la France en tant que membre du P5+1 a la même position ou quelle est votre position ? Et il a parlé aussi d'un nouveau train de sanctions, est-ce que ce train est américain ou international ?

Y a-t-il une réunion au Kazakhstan et est-ce qu'elle a été fixée ?

R - Sur les deux premières questions, je suis toujours un peu réticent à faire l'exégèse de déclarations faites par d'autres autorités que les autorités françaises. Je comprends cependant que ces déclarations américaines ne sont pas nouvelles. Nous sommes en effet favorables à un dialogue qui serait un dialogue constructif entre les Américains et les Iraniens sous la condition qu'ont rappelée les autorités américaines elles-mêmes à maintes reprises d'une coopération pleine et entière de l'Iran avec l'AIEA.

Au fond, la position américaine n'a pas varié il me semble et reste celle qui a été agréée à six et dans les cadres plus larges du conseil de sécurité ou du conseil des gouverneurs de l'AIEA, soit une double approche, une ouverture à négocier, à discuter avec les Iraniens, d'une part, sous la condition expresse d'autre part que les iraniens se conforment à leurs obligations internationales.

Pour le dire encore autrement, si les Iraniens ne reviennent pas à la table des négociations, ne prennent pas l'engagement d'une pleine coopération avec l'agence, d'être parfaitement transparents, de répondre à toute les questions de l'agence, d'ouvrir l'accès à leurs sites et donc en effet de se conformer à leurs obligations internationales, ils s'exposent à un certain nombre de sanctions.

Q - Avec le vice-président américain, vous avez parlé d'un train de sanctions qui serait appliqué en février ?

R - C'est la mécanique et la logique de cette double approche. Comme je l'indiquais vendredi dernier, au fur et à mesure et que les Iraniens refusent de négocier, de discuter et de se conformer à leurs obligations internationales, ils s'exposent à des trains de sanctions successifs de plus en plus durs. C'est la position des Américains comme des Européens.

Sur votre seconde question, des propositions ont été faites au Iraniens dès le mois de décembre. Ils ont longtemps procrastiné. Je comprends des déclarations qui ont été faites par les Iraniens le week-end dernier qu'ils acceptaient l'offre qui leur a été faite d'une réunion le 26 février à Almaty au Kazakhstan.

Q - Vous confirmez bien qu'il y aura une réunion le 26 février à Almaty avec le groupe P5+1 ?

R - Oui.

5 - Chine/Japon

Q - Avez-vous un commentaire concernant la tension actuelle entre la Chine et le Japon en mer de Chine ?

Cette demande qui tra√ģne depuis deux ans d'une certaine carte fran√ßaise datant de 1832 a-t-elle √©t√© satisfaite ?

Il semble que ce soit la Chine qui ait demand√© aux archives du minist√®re des affaires √©trang√®res la carte de Pierre Lapie qui mentionne les √ģles Sankaku qui serait d√©pendante de la Chine.

R - S'agissant de cette carte, franchement, je ne sais pas : c'est un grand moment de solitude pour le porte-parole du Quai d'Orsay... Nous allons vérifier et nous reviendrons vers vous.

Plus g√©n√©ralement, comme vous, nous observons les tensions qui ont lieu en mer de Chine entre le Japon et la Chine. Nous ne pouvons qu'appeler √† la retenue des deux c√īt√©s et √† la r√©solution pacifique de ces diff√©rends. Cette position de principe trouve ici √† s'appliquer plus particuli√®rement.

Q - Concernant la Constitution japonaise, le Premier ministre préconise le changement et l'amendement de cette Constitution. Que dit la France à ce sujet ?

R - C'est une décision discrétionnaire et souveraine du Japon. Le Japon est un partenaire essentiel de la France en Asie. C'est par ailleurs un pays démocratique et un pays ami. Nous avons toutes les raisons de lui faire confiance.

6 - Syrie

Q - Le président de la coalition syrienne a annoncé hier qu'il était à prêt à négocier sans la condition du départ du président Assad. Quelle est votre position sur ce point ?

R - Les déclarations du président de la coalition nationale syrienne et plus largement, les déclarations et les prises de position de la coalition nationale elle-même, à l'issue de ses récentes réunions du Caire, nous paraissent des signes d'ouverture bienvenus. Nous avons toujours estimé qu'il n'y aurait pas d'autre solution que politique à la crise syrienne.

Nous soutenons donc ces annonces courageuses. En cela nous sommes cohérents avec les positions que nous avons prises depuis le début de cette crise : la France a été la première ou parmi les premiers pays à reconnaitre cette coalition comme seul représentant légitime du peuple syrien. Encore tout récemment ce sont des positions que nous avons rappelées à l'occasion de la réunion que nous avons organisée à Paris le 28 janvier dernier.

Pourquoi le faisons-nous ? Parce que cette coalition nous para√ģt, √† la lumi√®re de sa composition, de son programme politique √©galement, de son attachement √† des valeurs que nous partageons, d√©mocratie, √©tat de droit, respect des minorit√©s, - cette coalition nous para√ģt aujourd'hui la seule alternative cr√©dible au r√©gime de Bachar Al-Assad. Cette position g√©n√©rale et de principe s'accompagne toujours de d√©clarations, et vous pouvez le v√©rifier, elles sont constantes, selon lesquelles Bachar Al-Assad ne peut pas aujourd'hui faire partie d'une solution de sortie de crise en Syrie. Il ne le peut pas √† raison des crimes qu'il a commis, ou qui ont √©t√© commis en son nom, et dont je rappelle ici qu'ils ont re√ßu la qualification de crimes de guerre par le Conseil des droits de l'Homme.

Vous allez me dire : ¬ęvous appelez √† la fois au dialogue et vous l'interdisez¬Ľ. Non. Il faut qu'il y ait un dialogue parce qu'il n'y aura pas de solution politique √† cette crise sans cela. Mais il est hors de question, selon nous, de dialoguer avec, je cite le ministre des affaires √©trang√®res : ¬ęceux qui ont du sang sur les mains¬Ľ. Ce n'est pas une position simplement fran√ßaise. C'est une position qui est le reflet d'un assez large consensus, √† quelques exceptions pr√®s, de la communaut√© internationale, refl√©t√© encore par exemple dans l'initiative qui a √©t√© prise par les Suisses pour ce qui concerne la saisine de la Cour p√©nale internationale. Voil√† quelle est la position fran√ßaise. Il faut en effet dialoguer mais si vous me posez la question de savoir si Bachar Al-Assad est susceptible d'√™tre une partie de cette solution-l√†, la r√©ponse est non.

Q - Est-ce que vous rejoignez donc la position de Lakhdar Brahimi qui dit qu'on négocie avec des Syriens, mais sans parler de l'avenir de Assad ?

R - Je ne suis pas s√Ľr que ce soit en ces termes exactement que Lakdhar Brahimi a formul√© et l'analyse qu'il fait de la situation et les propositions qu'il sugg√®re pour en sortir. On revient toujours, je crois, √† cette ambigu√Įt√©, cette difficult√© sur laquelle nous achoppons depuis plusieurs mois concernant le sort et le r√īle d'Assad. Et comme disait Talleyrand, on ne sort de l'ambigu√Įt√© qu'√† ses d√©pens. Pour ce qui concerne la France, Bachar Al-Assad ne peut √™tre une partie √† la solution d'une sortie de crise en Syrie.

Je vous rappelle que nous sommes √† 5.000 morts par mois en Syrie. Le bilan macabre est √† 70.000 morts. Rien dans l'attitude de Bachar Al-Assad, dans les derniers mois, et de mani√®re g√©n√©rale depuis le d√©clenchement de cette crise, il y a deux ans bient√īt, n'est susceptible d'√™tre interpr√©t√© comme une volont√© d'ouvrir un dialogue avec l'opposition syrienne.

Q - J'ai cru lire que le président de la coalition avait dit qu'il était prêt à discuter, non pas avec le président, mais avec le vice-président. Serait-ce acceptable pour la France ?

R - Encore une fois, la France se tient aux c√īt√©s de la coalition nationale syrienne et cela depuis le d√©but. Personne ne pourra dire que nous avons m√©nag√© nos efforts pour renforcer sa l√©gitimit√© internationale et l'aider par tout moyen possible. Ensuite, c'est aux instances dirigeantes de la coalition nationale de d√©finir les modalit√©s pr√©cises de ce dialogue. C'est √† la coalition de dessiner la Syrie qu'elle veut pour demain, sous les conditions et selon les principes qu'elle a elle-m√™me d√©finis.

Q - N'êtes-vous pas préoccupés du fait que la coalition fasse apparaitre des signes de dissension au Caire ? La dernière fois, vous m'aviez dit que j'avais mal lu les déclarations de M. Al-Khatib.

R - Il me para√ģt normal qu'il y ait des discussions au sein de la coalition. C'est le propre de la d√©mocratie. Je trouve cela plut√īt sain qu'il y ait des points de vue diff√©rents et qu'ils arrivent au bout du compte √† une position qui est agr√©√©e par tous.

Q - M. Al-Khatib a-t-il l'intention de passer par Paris bient√īt pour rencontrer le responsable fran√ßais ? Une date est-elle pr√©vue ?

R - Non, il n'y a pas, à ma connaissance, de déplacement prévu de M. Al-Khatib dans les jours qui viennent, ce qui n'empêche pas que nous ayons des contacts réguliers avec lui ou avec l'ambassadeur de la coalition nationale syrienne, qui est installé à Paris.

Je vous rappelle qu'il y a quelques jours seulement, les trois vice-présidents de la coalition nationale syrienne étaient réunis à Paris le 29 janvier dernier.

Q - Je pense que vous avez entendu ou √©cout√© les propos du ministre de l'int√©rieur, M. Valls, √† propos d'un r√©seau fran√ßais de djihadistes qui partent en Syrie pour mener la ¬ęguerre sainte¬Ľ. Avez-vous des d√©tails sur cela ? Il l'a dit hier √† la t√©l√©visons et l'a r√©p√©t√© aujourd'hui m√™me.

R - Je n'ai rien à ajouter à ce qu'a dit M. Valls. Je vous rappelle qu'il a un porte-parole que vous pouvez interroger.

7 - République centrafricaine

Q - Nous n'avons pas parlé depuis longtemps de la République centrafricaine. Il y a apparemment des soucis. Le Séléka n'est pas content de la composition du gouvernement. Je voulais savoir quelle était votre commentaire et votre analyse de ce qui se passe en Centrafrique.

R - Nous nous sommes f√©licit√©s, √† l'√©poque o√Ļ cette d√©cision a √©t√© prise, de l'accord trouv√© √† Libreville. J'observe que depuis, l'accord est mis en oeuvre progressivement : d√©signation d'un Premier ministre, mise en place d'un gouvernement. Cela va dans le bons sens et il faut en f√©liciter les diff√©rents acteurs, notamment r√©gionaux africains, qui ont contribu√© √† ce r√©sultat. Il faut esp√©rer qu'on continue dans ce sens, notamment, au-del√† des aspects institutionnels de l'accord de Libreville, pour tout ce qui touche au d√©sarmement, √† la d√©mobilisation et √† la r√©int√©gration. C'est-√†-dire qu'il faut maintenant traiter au fond les sujets qui avaient d√©clench√© il y a quelques semaines la crise en RCA et les revendications du S√©l√©ka. Attendons donc la suite. Nous jugerons sur pi√®ces et aux actes.

8 - Conf√©rence minist√©rielle internationale de soutien √† la Libye dans les domaines de la s√©curit√©, de la justice et de l'√Čtat de droit

Q - Pouvez-vous nous donner des détails sur la réunion de la Libye qui doit se tenir le 12 février à Paris.

R - La Conf√©rence minist√©rielle internationale de soutien √† la Libye dans les domaines de la s√©curit√©, de la justice et de l'√Čtat de droit se tiendra √† Paris, le mercredi 12 f√©vrier 2012 de 9h50 √† 14h30.

- 9h50 : Ouverture de la conférence par la coprésidence, M. Laurent Fabius pour la partie française. Il y a encore une incertitude pour les libyens entre le Premier ministre et le ministre des affaires étrangères

- 10h30 : Interventions des participants

- 12h30 : Adoption des conclusions

- 13h : Déjeuner offert par le ministre.

- 14h30 : Conférence de presse des deux coprésidents

Quatorze pays et organisations internationales sont invit√©s √† participer √† cet √©v√©nement (√Čtats-Unis, Royaume-Uni, Italie, Allemagne, Danemark, Malte, Espagne, Turquie, Qatar, √Čmirats Arabes Unis, ONU, UE, CCEAG, UMA.).

L'objet de cette conf√©rence est d'identifier et de mettre en oeuvre des projets de coop√©ration entre les diff√©rents participants et au b√©n√©fice de la Libye dans le domaine de la s√©curit√©, de la justice et de l'√Čtat de droit. Vous √™tes les bienvenus √† la conf√©rence de presse √† l'issue du d√©jeuner. Nous sommes en train de voir √©galement si nous pouvons ouvrir √† la presse le d√©but, entre 9h50 et 10h30.

9 - Visite de M. Laurent Fabius à l'école normale supérieure

M. Laurent Fabius est √† l'√©cole normale sup√©rieure cet apr√®s-midi pour un expos√© et une discussion sur ¬ęla France, une puissance d'influence¬Ľ./.

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11. Nominations (Paris, 05/02/2013)

Le Journal officiel du 5 f√©vrier 2013 publie la nomination de Mme √Člisabeth Barbier, en qualit√© d'ambassadrice extraordinaire et pl√©nipotentiaire de la R√©publique fran√ßaise aupr√®s de la R√©publique d'Afrique du Sud, en remplacement de M. Jacques Lapouge.

Le Journal officiel du 5 février 2013 publie la nomination de M. Jean-Baptiste Chauvin, en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République du Costa Rica, en remplacement de M. Fabrice Delloye./.

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