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Bulletin d'actualités du 04 février 2013


Sommaire



1. Mali - Allocution du président de la République, M. François Hollande, à Tombouctou (Tombouctou, 02/02/2013)

Mesdames et Messieurs les Soldats de la République, je suis ici au Mali, à l'invitation de son président, avec les ministres de la République - le ministre des affaires étrangères, le ministre de la défense, le ministre du développement - avec le chef d'état-major des armées - l'amiral Guillaud qui a conduit cette opération. Je suis devant vous pour vous dire toute notre fierté.

Lorsque j'ai pris cette décision grave, le 11 janvier, de répondre à l'appel du président Traore, dans le cadre des Nations unies, je savais les risques que je faisais courir aux soldats. L'un d'eux d'ailleurs est mort dans les premières heures du combat. J'ai une pensée pour lui, en cet instant, pour Damien Boiteux.

Je savais donc que c'était un terrain qui n'était pas facile parce que les terroristes avançaient, parce que les terroristes s'étaient réfugiés dans les villes et vous avez accompli une mission exceptionnelle avec l'armée malienne qui, ici, assure la souveraineté du Mali sur le territoire qui est le sien.

Vous avez conduit des opérations avec une technicité, une prouesse admirables. Je pense notamment à ce qu'a été le parachutage sur cet aéroport à Tombouctou. J'ai été informé, heure par heure, par vos chefs, par le ministre de la défense. Je sais aussi combien la situation a été encore périlleuse une fois l'opération de parachutage réussie.

Vous êtes entrés - ou plus exactement - les Maliens sont rentrés dans la ville de Tombouctou et vous avez permis qu'il y ait la sécurité et le soutien indispensables. C'est donc une preuve, d'abord, de l'amitié entre nos deux pays, Monsieur le président ; mais aussi une preuve, s'il en était besoin, de l'efficacité de l'armée française. Mon général, je veux vous adresser toutes les félicitations au nom de la France pour ce qui a été fait.

J'ai été reçu, aujourd'hui, par les élus de Tombouctou et par la population. Un accueil magnifique, des cris de joie, des larmes de bonheur... Ce n'était pas adressé à ma personne, au président de la République ; c'était adressé aux soldats et adressé à la France. Aux soldats, parce que vous avez permis cette libération. À la France, parce que toute entière elle s'est reconnue dans la décision que j'ai prise en son nom. C'est la raison pour laquelle je voulais me tenir à votre disposition, pendant quelques minutes, pour échanger avec vous.

Je sais qu'un certain nombre, ici, de soldats français vont être relayés par d'autres Français. Puis, ensuite, ces mêmes Français seront relayés par la mission africaine dite MISMA, toujours avec nos amis maliens qui assurent l'essentiel de l'opération. Au moment où est terminée cette première mission, je voulais vous dire que vous pouvez revenir avec fierté dans vos régiments et auprès de vos familles.

Mais le combat n'est pas terminé. Cela serait une erreur de penser que - parce que nous avons retrouvé avec nos amis maliens la capacité de sécuriser des villes comme Gao, comme Tombouctou - nous pouvons arrêter là. Les autorités maliennes - et c'est leur responsabilité - veulent retrouver l'intégrité territoriale qui, un moment, leur a été ôtée. Nous serons donc à leurs côtés, plus au nord, pour finir cette opération.

Mais nous n'avons pas vocation à rester puisque nos amis Africains vont pouvoir accomplir la mission qui a été la nôtre jusque-là. Et puis, ensuite, la MISMA et les Maliens assureront la sécurité de tout le territoire malien.

Voilà pourquoi je suis là aujourd'hui : pour recevoir, sûrement, l'accueil exceptionnel dont j'ai parlé de la population malienne, ce matin à Tombouctou, cet après-midi à Bamako. Mais je suis aussi là pour vous, pour vous dire notre admiration et notre grande satisfaction.

Je veux donc dire à votre général que l'opération se poursuit. Elle a non seulement notre plein soutien - comment pourrait-il en être différemment ? - mais notre confiance. Je vous demande aussi de faire attention à vos propres vies, à celles de vos frères maliens ; de faire attention aussi à des exactions qui pourraient être commises et qui entacheraient la mission ; de faire attention à protéger les populations civiles. Mais, je vous l'ai dit, je vous fais confiance et vous avez ici, par ma présence, l'hommage de la République. Merci. Le président malien va s'adresser aussi à vous.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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2. Mali - Allocution du président de la République, M. François Hollande, à Bamako (Bamako, 02/02/2013)

Monsieur le Président du Mali, vous venez à l'instant de remercier la France à travers ma personne, à travers le gouvernement ici représenté. J'y suis sensible. J'en suis fier. Mais à mon tour d'exprimer au peuple malien toute ma gratitude pour son accueil exceptionnel.

Tout au long de cette journée commencée à Mopti, poursuivie à Tombouctou, se terminant ici à Bamako et partout les mêmes clameurs, la même ferveur pour dire «Vive la France et vive le Mali !».

Oui, c'est vrai, j'ai pris une décision grave le 10 janvier d'engager les soldats français avec les soldats maliens. C'était l'appel que m'avait lancé le président Traore. C'était le devoir de la France qui agissait au nom de la communauté internationale avec le soutien des pays européens dans le cadre des Nations unies. Oui, nous devions être là parce ce qu'il était important de combattre, c'était le terrorisme. Le terrorisme ici au Mali, le terrorisme en Afrique de l'Ouest, le terrorisme partout. Agissant ainsi, la France était à la hauteur de son histoire, de la République, des droits de l'Homme et donc de la démocratie.

Depuis cette date du 10 janvier, de l'intervention de la France, ville après ville, village après village, les armées du Mali et de la France appuyées par les pays de l'Afrique de l'Ouest rendent enfin au Mali son unité, son intégrité et sa force.

Oui, le terrorisme a été repoussé, il a été chassé mais il n'a pas encore été vaincu. Je veux saluer devant vous le sacrifice des soldats maliens. Je pense aussi au commandant Damien Boiteux, mort pour la liberté et dont je m'honore de dire que, ici, beaucoup de parents maliens ont appelé leur enfant Damien en souvenir du sacrifice qui fut le sien.

La France est à vos côtés, non pas pour servir je ne sais quel intérêt, nous n'en avons aucun, non pas pour protéger telle ou telle faction, ou pour tel ou tel parti du Mali... Non, nous sommes à vos côtés pour le Mali tout entier et pour l'Afrique de l'Ouest. Nous nous battons ici pour que le Mali vive en paix et en démocratie. Et vous avez donné la meilleure des images aujourd'hui avec votre chaleur, avec votre ferveur mais aussi avec votre douleur pendant tous ces mois où le fanatisme a sévi dans le nord du Mali.

Nous nous battons en fraternité, Maliens, Français, Africains parce que moi je n'oublie pas que lorsque la France a été elle-même attaquée, lorsqu'elle cherchait des soutiens, des alliés, lorsqu'elle était menacée pour son unité territoriale, qui est venu alors ? C'est l'Afrique, c'est le Mali. Merci, merci au Mali. Nous payons aujourd'hui notre dette à votre égard.

Mais je vous l'ai dit, le combat n'est pas terminé. Les groupes terroristes sont affaiblis, ils ont subi de lourdes pertes mais ils n'ont pas disparu. Alors qu'avons-nous à faire ? Continuer, poursuivre. Et la France restera avec vous le temps qu'il faudra c'est-à-dire le temps que les Africains eux-mêmes prendront à travers la MISMA pour nous suppléer, pour nous remplacer. Mais jusque-là, nous serons à vos côtés, jusqu'au bout, jusqu'au nord Mali.

Mais je vous l'avoue aussi, parce que c'est le respect que je vous dois, la France n'a pas vocation à rester ici au Mali, parce que ce sont les Maliens eux-mêmes, les Africains qui assureront la sécurité, l'indépendance, la souveraineté. C'est ainsi que je conçois les relations entre la France et l'Afrique. Le respect, la démocratie, la transparence. C'est vous maintenant qui allez porter votre destin.

Je m'exprime ici devant le monument de l'indépendance pour rendre hommage à votre histoire mais aussi pour vous dire que votre pays va connaître une nouvelle indépendance qui ne sera plus, cette fois, la victoire sur le système colonial mais la victoire sur le terrorisme, l'intolérance et le fanatisme. Voilà votre indépendance.

La France est aux côtés du Mali par ses soldats mais elle est aussi aux côtés du Mali par son aide, par son soutien. Nous avons décidé d'être à vos côtés pour vous accompagner dans le redressement économique ; dans la renaissance de vos services publics, pour l'éducation, la santé, la sécurité. Nous contribuerons à la réédification des sites culturels maliens.

Nous ne serons pas seuls à le faire, l'Europe est à vos côtés. La communauté internationale est avec vous, l'UNESCO représentée par sa directrice générale est là aussi parce que nous ne pouvons pas accepter ce qui s'est passé à Tombouctou : des lieux saints qui ont été hélas souillés, des monuments qui ont été profanés, des documents historiques qui ont disparu... Nous les reconstituerons avec vous. Parce que c'est le patrimoine du Mali mais aussi parce que c'est le patrimoine de toute l'humanité que vous avez en charge. Je connais les souffrances qu'a provoquées l'occupation des villes du nord du Mali.

Ceux qui se sont associés aux groupes terroristes devront répondre de leur crime. Devant la justice, il ne doit pas y avoir d'impunité pour ces actes. Mais c'est à la justice malienne, à la justice internationale, à la Cour pénale de faire en sorte qu'il puisse y avoir la juste sanction de ces crimes. Mais la justice n'est pas la vengeance. Ce n'est pas l'exaction. Aucune souffrance ne peut expliquer le pillage ou une exaction. On ne répare par une injustice par une autre injustice. Vous devez être exemplaires. Vous êtes regardés par toute la communauté internationale. Oui, nous devons châtier les criminels, les terroristes mais nous devons le faire, vous devez le faire avec le respect des droits de l'Homme, ceux-là même qui ont été bafoués, floués par les terroristes.

Dans cet esprit de confiance à l'égard du Mali, je sais l'effort qu'il reste à faire : retrouver l'intégrité territoriale de tout le Mali. Aucune ville, aucun village ne doit être occupé par les terroristes et échapper à la souveraineté du Mali.

Oui, nous avons aussi à engager ce processus de sécurité par la MISMA, par les forces africaines. Oui, vous avez à faire la transition politique, la démocratie, les élections. Faites de belles élections au mois de juillet. Montrez à toute l'Afrique, à tout le monde que le Mali est un exemple et faites en sorte que la France puisse se dire que ce que vous faites ici au Mali méritait bien le sacrifice de nos soldats.

Ce qui se joue aussi, c'est la relation entre l'Europe et l'Afrique. Nous avons besoin de nos deux continents ensemble pour assurer l'avenir. Nous avons besoin de la communauté internationale, nous avons besoin des aides qui viendront de partout pour vous. Et puis nous avons besoin de la France et du Mali unis, ensemble, les deux peuples qui se retrouvent dans les mêmes fondements, dans les mêmes valeurs.

J'ai parlé aux Maliens qui vivent en France. Je leur ai promis que je viendrai ici à Bamako pour leur dire, pour vous dire que ce que nous avons à faire ensemble est plus grand que nos deux peuples, c'est de montrer que le terrorisme peut être vaincu, que la démocratie peut prévaloir et que les droits de l'Homme valent partout, sur tous les continents et que nous sommes, les uns les autres, unis par le sang versé, unis par la décision que nous avons prise ensemble, unis avec les Nations unies, unis ensemble.

Faites en sorte, amis Maliens de réussir jusqu'au bout votre nouvelle indépendance. La France est avec vous. La France est à vos côtés. La France est fière de vous.

Et moi, je veux ici vous dire que je viens de vivre la journée la plus importante de ma vie politique. Parce que, à un moment, une décision doit être prise, elle engage la vie d'hommes et de femmes. Cette décision, je l'ai prise au nom de la France. Cette décision, elle honore la France et à travers les clameurs, la ferveur, le soutien que vous m'apportez, c'est à toute la France que vous donnez votre plus grand hommage.

Merci peuple malien. Vive le Mali ! Vive la France ! Vive l'amitié entre le Mali et la France !./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Mali - Conférence de presse du président de la République, M. François Hollande, à Bamako (Bamako, 02/02/2013)

Je suis venu au Mali pour exprimer la solidarité de la France avec le peuple malien et mon soutien et ma reconnaissance aux soldats français qui depuis trois semaines, au péril de leur vie, sont engagés pour aider le Mali à lutter contre le terrorisme. Le nom de Damien Boiteux restera à tout jamais gravé dans les mémoires du peuple malien et du peuple français.

Je voulais venir aussi au Mali pour saluer l'action que les Africains eux-mêmes engagent : les Maliens d'abord, ce sont eux qui participent à la reconquête de leurs territoires contre le terrorisme ; mais aussi les forces de la MISMA qui progressivement se regroupent et montent vers les villes qui ont été libérées.

Enfin, je voulais dire aux Maliens qui venaient près de moi, pour remercier la France, que nous n'en avons pas terminé, que nous avons à poursuivre l'action dès lors que l'ensemble du territoire malien n'est pas encore complètement libéré. Nous serons aux cotés des Maliens, des Africains, y compris au nord du Nord-Mali, pour que les groupes terroristes soient chassés.

Enfin, je voulais avoir une discussion amicale avec le président Traore. Car c'est lui qui a fait appel à nous et qui a été, lui aussi, décisif pour mobiliser la communauté internationale et la France dans cette action.

Maintenant les Maliens ont une responsabilité qui est d'engager ce processus politique. J'ai rencontré à l'instant avec les ministres français et les ministres maliens, les forces vives du Mali. La feuille de route qui a été élaborée doit conduire à des élections au mois de juillet et à une réconciliation générale.

Il ne m'appartient pas de dire avec quelles forces les Maliens doivent discuter. Ce que je sais, c'est que ceux qui portent des armes doivent les déposer et que ceux qui utilisent des armes contre les Maliens, et a fortiori contre nous, seront combattus et vaincus.

Enfin, je viens au Mali, là où sont détenus nos otages, pour dire à ceux qui les détiennent qu'il est encore temps de les libérer et que nous faisons tout pour qu'il en soit ainsi. Je pense à leurs familles que j'ai rencontrées avec le ministre des affaires étrangères il y a quelques jours. Je me suis engagé pour que nous fassions tout, pour que ces otages, ces ressortissants français retrouvent la liberté.

Voilà, je veux répondre à vos questions.

Q - La France est venue dans le cadre de l'opération Serval pour traquer les terroristes. Mais nous n'avons pascompris ces derniers temps, le fait que des terroristes étrangers, les Mauritaniens, les Algériens, les Afghans sont traqués et que l'on ménage parallèlement les terroristes nationaux notamment les gens du MNLA. Quel est le bien-fondé de cette tactique ?

R - Nous sommes aux côtés des Maliens pour traquer, comme vous dîtes, tous les terroristes, quelle que soit leur nationalité, dès lors qu'ils se sont coalisés pour déstabiliser le Mali.

Ceux qui veulent faire de la politique ont le droit de faire de la politique, mais dans tout pays démocratique, on fait de la politique avec des bulletins de vote, pas avec des armes. Mais il appartient aux Maliens de décider eux-mêmes ce qu'ils font du processus politique et de l'organisation des élections.

Q - Vous avez parlé des otages. Vous lancez aux preneurs d'otages presque un appel. Aux preneurs d'otages, vous dîtes «il est encore temps de les libérer». Est-ce à dire que des discussions sont en cours ou c'est un simple appel ?

R - Non, il n'y a aucune discussion. Il y a simplement un sens de la responsabilité qui est le nôtre et qui est de dire à ceux qui les ont enlevés et qui les détiennent encore depuis trop longtemps - et certains depuis plus de deux ans - qu'il est encore temps de les libérer, que nous sommes là, tout près, et qu'ils peuvent donc faire maintenant l'acte qui est attendu d'eux, sans négociation.

Q - À vous entendre parler, il me semble que votre arrivée au Mali constitue aussi un repère pour l'après-guerre, l'avenir du Mali et aussi les risques d'un conflit ethnique. Maintenant que la fin de la guerre est très proche, est-ce que la France est prête à aider le Mali dans l'accélération de son processus de décentralisation ? De nos jours, les chiffres font ressortir que seulement 2 % des investissements vont auprès des communes.

R - La France a fait son devoir en répondant à l'appel du président Traore. Elle l'a fait sur le plan militaire. Mais son devoir ne s'arrête pas là. D'abord parce que l'opération militaire va elle-même avoir un terme. Nous n'avons pas vocation à rester au Mali. Nos forces, qui représentent 3.500 hommes aujourd'hui, vont progressivement refluer, les éléments de la MISMA vont se mettre en place.

Il y aura toujours un soutien, un appui logistique pour que la MISMA fasse son travail, c'est-à-dire sécurise l'ensemble du Mali et nous mènerons cette tâche avec nos amis européens qui se sont pleinement engagés à nos côtés.

Mais il y a une autre phase qui s'engage dès aujourd'hui, qui est la phase de l'aide au développement. Les ministres sont ici présents de manière d'abord à ce que l'aide internationale de 500 millions d'euros - pour le financement de la MISMA mais pas seulement, pour aussi un certain nombre d'actions - puisse être pleinement utilisée ; l'aide européenne, très importante qui doit être également mobilisée ; et puis l'aide française.

Je salue les ressortissants français, ici présents au Mali, qui ont avec beaucoup de sang-froid gardé nos intérêts ici, je parle de nos intérêts économiques. Mais ils ont également, par leur présence, montré une solidarité avec les Maliens. Nous continuerons donc à faire ce travail et même à l'amplifier dans le cadre d'une politique de développement.

Et puis, sur le plan politique, je n'ai que des messages à faire passer. Premier message : nous devons faire en sorte qu'il n'y ait aucune exaction qui soit commise. Bien sûr qu'il y a un esprit de revanche, bien sûr qu'il y a la tentation de punir ceux qui ont commis des actes. Mais il y a une justice pour cela : une justice malienne et une justice internationale. La Cour pénale internationale est saisie. Ceux qui se sont conduits de manière atroce relèveront de ces tribunaux. Mais toute exaction, on le voit, sera utilisée pour déconsidérer l'action qui est menée.

Le second message que j'ai à faire passer, c'est que la démocratie malienne a longtemps été présentée comme un exemple. Dès lors, elle doit toujours être cette référence. D'où le processus électoral, la feuille de route que la France soutient pleinement et l'esprit de concorde et de réconciliation.

Et puis enfin, il y a - vous parlez de décentralisation - sûrement des choix à faire pour le Mali. Mais il ne nous appartient pas de les faire ces choix à la place du Mali. Ce sont les Maliens qui détermineront comment mieux décentraliser, mieux décider, au plus près de la population.

Dernier point, mais je l'ai tellement répété ! Nous, ici, nous ne défendons aucun intérêt. C'est pour cela que les Maliens nous accueillent de cette façon. Parce qu'ils savent bien que nous sommes ici pour défendre des valeurs, des principes et un peuple ami et pour lutter contre la fanatisme, la barbarie et le terrorisme. J'étais à Tombouctou et j'ai vu une population bien sûr soulagée, heureuse, fière. Mais j'ai vu aussi des monuments qui avaient été saccagés, des manuscrits qui avaient été brûlés.

Il y a donc je crois ce devoir de solidarité que nous avons montré, nous la France, mais c'est aux Maliens de décider de leur avenir.

Q - Vous pouvez constater que depuis votre intervention historique au Mali, vous et vous seuls dans tout le monde entier, les Maliens ont reconnu que ce n'est plus la colonie française, les Africains qui ont contribué à libérer la France, mais que cette fois-ci c'est le contraire. Monsieur le Président, vous avez libéré le Mali, vous seul ! Mais le plus dur, le plus difficile reste «comment revivre ensemble avec nos frères, surtout ceux du MNLA» qui ne représentent pas la majorité mais qui ont tué, qui ont violé, qui ont volé même dans les familles qui les ont vus grandir ? Alors puisque vous avez aidé à libérer, qu'est-ce que la France va faire pour aider également à faciliter le re-vivre ensemble parce que c'est ce qui est le plus difficile ?

R - D'abord merci pour votre question. Cela me permet d'anticiper par rapport à ce que je vais dire - si je peux dire un mot d'ailleurs - place de l'Indépendance parce que je sais qu'une foule importante nous attend.

Je n'oublie pas ce que les Maliens ont fait pour la France, pour la liberté de la France, dans des moments très éprouvants pour l'histoire de mon pays, où des soldats maliens, sous le drapeau français, ont permis que l'honneur de la patrie, la mienne, puisse être sauvé. Je n'oublie pas. C'est parce que je n'oublie pas ce que les Maliens ont fait pour la France que la France a pris la décision d'intervenir, aux côtés du peuple malien, dans l'épreuve qu'il traversait face au terrorisme.

Ensuite, je vous l'ai dit, moi je n'ai pas à juger tel ou tel mouvement. Je sais que la démocratie ne se fait qu'avec des partis politiques organisés et avec des forces qui renoncent nécessairement à l'utilisation des armes.

Il y a cet esprit de revanche, vous l'avez rappelé. Mais il y a aussi l'esprit de concorde. C'est donc dans un processus politique où toutes les composantes doivent être à leur place, mais celles qui acceptent la démocratie et l'unité territoriale du Mali !

C'est cela le point important. C'est ce qui a justifié aussi notre intervention, parce qu'à un moment c'était la séparation qui était en cause ; mais on a vu que de la séparation nous étions arrivés à l'annexion, à l'invasion, car ce qui était en cause à travers la colonne terroriste qui se présentait au nord de Bamako était bien le basculement du Mali tout entier dans le fondamentalisme et la visée terroriste.

Là encore, si nous sommes intervenus avec les Africains, avec le soutien des Européens, ce n'est pas seulement pour le Mali, mais pour toute l'Afrique de l'ouest qui était menacée par cette opération. D'où d'ailleurs le soutien que nous avons reçu, l'accueil que nous avons eu de tous les pays de l'Afrique de l'ouest qui doivent maintenant aussi, à travers la MISMA, prendre leurs responsabilités ; en fraternité avec les Maliens.

Q - Sur le sort des otages, vous avez indiqué tout à l'heure que les ravisseurs pouvaient encore les libérer. Cela sonne-t-il comme un avertissement ? Êtes-vous plus optimiste sur leur sort qu'avant le début des opérations ? S'ils n'obtempèrent pas, quel type d'action est prête à mener la France ?

R - Nous l'avons dit nous sommes toujours ouverts à tout contact. Mais ce qui doit être fait c'est la libération et nous sommes présents, tout prêts. À partir de là les ravisseurs doivent comprendre que le moment est venu de libérer les otages. Je n'en dirai pas plus, parce que je ne veux en aucun cas mettre en péril la vie de nos otages.

Q - Avez-vous parlé du capitaine Sanogo qui constituait un obstacle pour l'intervention militaire au Mali ?

R - Je ne parle pas des affaires intérieures du Mali. Je parle de son avenir, de sa sécurité, des conditions de la réconciliation mais il ne m'appartient pas de parler des personnes.

Q - Vous avez dit hier que vous fixeriez aujourd'hui un délai, du moins pour entamer le retrait des troupes françaises. Après avoir vu ce que vous avez vu sur le terrain à Tombouctou, avez-vous une religion sur cette question ? Les forces françaises vont-elles se retirer et dans quel délai ?

R - Je n'emploierai pas le mot «religion». Mais ce que je peux vous dire c'est que je repars du Mali avec grande confiance : grande confiance dans la capacité de nos soldats ; grande confiance dans l'armée malienne qui a reconstitué ses forces ; grande confiance dans la montée en charge de la MISMA ; grande confiance dans les autorités politiques du Mali pour engager le processus de réconciliation et les élections ; grande confiance à l'égard du peuple malien qui a fait la démonstration de sa force, de sa vitalité, de son amitié à l'égard de la France et jamais je ne l'oublierai.

Est-ce que tout est pour autant terminé ? Non. Il y a encore toute une partie au nord qui n'est pas reconquise par les Maliens. Il y a des éléments terroristes qui sont concentrés dans certains points du territoire, d'autres qui se sont dispersés. Il y a aussi des risques terroristes qui demeurent. Nous n'avons donc pas encore terminé notre mission.

Mais nous n'avons pas vocation à rester et à mesure que la souveraineté du Mali sera retrouvée, à mesure que la MISMA pourra se substituer à nos propres troupes, nous nous retirerons. J'allais dire, le retrait est inscrit.

Il n'y a aucun risque d'enlisement, parce que nous avons le soutien de la population, parce que les Africains sont là, parce que les Européens sont présents, parce que nous avons une communauté internationale qui également est à l'unisson et parce que nous avons une légalité internationale qui sera de notre côté et qui va aussi évoluer en fonction de l'opération : progressivement, le maintien de la paix se substituera à l'intervention elle-même.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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4. Mali - Syrie - UE - Entretien du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec «France Inter» (Paris, 04/02/2013)

Q - Vous n'avez pas caché votre émotion samedi à Tombouctou et Bamako, ce qui n'est pas très courant chez vous. Qu'avez-vous emporté de cette journée ?

R - Un souvenir extraordinaire parce que voir tout un peuple - c'était vraiment tout un peuple - dire : «merci la France, sans vous on n'existerait plus, on serait mort». Voir des personnes âgées et puis des enfants, beaucoup d'enfants, remercier la France, c'est quelque chose qui vous prend aux tripes.

Q - La France restera au Mali le temps qu'il faudra, a dit François Hollande, qu'il faudra pour quoi ?

R - Il a dit cela et il a ajouté : «mais nous n'avons pas vocation à rester durablement». Nous avons fixé trois buts, ils sont très précis : le premier but, c'est de bloquer les terroristes pour qu'ils ne descendent pas au Sud, et puis de les éradiquer ; le deuxième but, c'est de faire en sorte que l'intégrité territoriale du Mali soit restaurée ; et le troisième but, c'est que les résolutions internationales puissent s'appliquer.

C'est en voie de résolution, mais il faut bien faire attention au fait que, quand on parle du Mali, il y a toujours trois volets : le volet sécuritaire, qui a beaucoup progressé ; le volet politique, qui reste bien sûr à faire évoluer puisqu'il faut que le pays retrouve toute sa vitalité démocratique ; et puis il y a le volet du développement parce que c'est un pays très pauvre.

Nous agissons sur ces trois volets avec l'Europe, avec le reste du monde, mais il y a les trois volets à mener de front.

Q - Sur le plan militaire, quel est le sens des frappes aériennes qui ont été menées sur la région de Kidal ce week-end ? Il s'agit d'affaiblir les djihadistes avant une attaque au sol ?

R - Oui, il s'agit de détruire leurs bases arrière, leurs dépôts. Il faut bien comprendre qu'ils se sont réfugiés au Nord et au Nord-Est, mais évidemment ils ne peuvent rester là-bas durablement que s'ils ont des moyens de ravitaillement. Donc l'armée, de manière très efficace, est en train de saper cela.

L'autre aspect, c'est que dans les villes que nous tenons, nous souhaitons être rapidement relayés par les forces africaines de la MISMA.

Q - Par exemple à Tombouctou, cela pourrait venir très vite, on parle d'un retrait dès demain !

R - Oui, cela peut venir très vite, on y travaille parce que nous n'avons pas vocation - je reviens sur ce que vous disiez à juste titre - à rester durablement.

Q - Confirmez-vous qu'un chef djihadiste, un responsable du mouvement Ansar Dine a été capturé hier ?

R - Je ne sais pas, j'ai entendu cette information ce matin. Nous avons un Conseil de défense à 8 heures et demie et nous ferons le point là-dessus, comme nous le faisons régulièrement presque chaque jour.

Q - Harlem Désir, le premier secrétaire du PS, demande une clarification politique du Qatar à l'égard des troupes terroristes. Avez-vous un doute Laurent Fabius sur le rôle du Qatar dans cette région ?

R - Non. Très fréquemment on nous interroge sur ce que fait le Qatar. Nous avons - c'est normal - demandé aux autorités qataries quelle était leur attitude. Ils ont répondu très clairement qu'il n'était pas question pour eux de soutenir les extrémistes.

Q - Ils ont critiqué l'intervention française par ailleurs.

R - Non, il y a eu une phrase du Premier ministre du Qatar, mais qui ensuite n'a pas été renouvelée. Je m'étais entretenu avec lui au téléphone et je lui avais expliqué les raisons pour lesquelles nous étions là-bas. Il m'a dit : «je comprends très bien». Depuis, il n'y a plus eu de telles prises de position.

D'autre part, nous avons demandé à nos services de faire le point et je dois dire, très objectivement, que les réponses que nous avons eues ne vont pas du tout dans le sens des accusations contre le Qatar. Voilà, c'est un constat.

Q - Donc ce sont des rumeurs ou des fausses informations ?

R - Oui.

Q - Et vous n'avez pas de doute !

R - Non, je n'ai pas de doute. Nous souhaitons bien sûr que tous ceux qui sont attachés à la démocratie, à la liberté, qui appuient la France puissent nous aider.

Q - Autre dossier brûlant, Laurent Fabius, la Syrie, avec ces premiers contacts ces derniers jours entre le chef de l'opposition syrienne et des représentants russes et iraniens. C'est le début d'un processus politique ?

R - Oui, je m'en réjouis. Si on veut lutter contre l'extrémisme en Syrie, il faut soutenir la Coalition nationale syrienne. Vous vous rappelez que la France a été le premier pays à la reconnaître comme le seul représentant légitime du peuple syrien. J'ai toujours plaidé avec François Hollande pour que les différentes puissances discutent avec ces gens qui sont des démocrates. Cela avait été refusé, maintenant cela semble être accepté. Mais on a encore un travail extrêmement dur à faire là-bas.

Je vous rappelle qu'on s'approche des 70.000 morts, c'est vraiment une abomination. Il y a des centaines de milliers de réfugiés. Je discutais avec mon homologue jordanien, vendredi dernier. Il me décrivait ce qui se passe : il faut imaginer ce que c'est dans le désert avec le froid, etc.

Il y a donc une action humanitaire à mener, on la mène. Il y a une action politique, vous y faites allusion, et pour cela il faut soutenir la Coalition. Le président de la Coalition a envisagé - c'est nouveau et c'est une bonne chose - qu'il puisse y avoir des discussions, non pas avec Bachar Al-Assad qui doit partir, mais avec certains éléments du régime. Je répète, si on veut lutter contre l'extrémisme, la désagrégation de la Syrie, il faut soutenir la Coalition.

Q - Donc M. Khatib a bien fait de prendre cette initiative, ce qui a permis de débloquer...

R - Oui...

Q - ...de faciliter un dialogue avec Moscou et Téhéran ?

R - Nous sommes vigilants. Nous avions noué un accord à Genève, ce qu'on appelle «l'accord de Genève», et nous essayons maintenant de lui donner plus de force. Vous savez, d'autre part, que François Hollande va bientôt à Moscou.

Q - Israël a mené un raid aérien sur la Syrie. Israël était dans son droit ?

R - Nous n'avons pas fait de commentaire et d'ailleurs personne n'en a fait. La justification qui a été donnée, c'est qu'il y avait des risques, des informations sur des livraisons d'armes en direction du Hezbollah.

Q - Il y a un Conseil européen jeudi et vendredi. Y a-t-il une chance - on en a parlé tout à l'heure sur l'antenne - de sauver l'aide alimentaire qui permet de nourrir les Européens les plus pauvres via les Restos du Coeur et d'autres associations ?

R - Nous allons agir dans cette direction. J'ai entendu votre reportage, très juste ; c'est une histoire de fou si je peux dire. Au départ, comme il y avait des excédents alimentaires, ces excédents allaient aux Restaurants du Coeur et à toute une série d'associations. Et puis quand, il n'y a plus eu d'excédents alimentaires, alors la bureaucratie a dit «Bon écoutez ! Ce n'est plus possible», mais les gens continuent à avoir besoin de manger. Notre position est de dire : «débrouillez-vous comme vous voulez d'un point de vue administratif, mais il faut qu'on aide ces associations». Et certains pays s'y opposent, donc on va essayer de surmonter leur opposition.

Q - Et si cela ne se fait pas, la France serait amenée à compenser l'aide européenne manquante ?

R - Bien sûr. La France, du coup, devra compenser, mais ce ne serait pas quand même à l'honneur de l'Europe. L'Europe a besoin de montrer qu'elle a de la fibre humaine.

Q - Un journaliste français, Nadir Dendoune, est incarcéré en Irak depuis le 23 janvier. Êtes-vous intervenu sur ce dossier...

R - Oui.

Q - Auprès des autorités de Bagdad ?

R - Absolument. Et il y a plusieurs cas, il y a celui-là et il y en a d'autres dans d'autres pays. Souvent ce n'est pas très relevé par les médias, mais il y a tous les jours des interventions de ce type à faire.

Et puis il y a aussi un certain nombre de gens qui sont condamnés et détenus dans des prisons de tous les pays. Vous avez 2.200 Français qui sont détenus à l'étranger. La moitié d'entre eux est d'ailleurs condamnée pour des affaires de drogue. Il faut suivre ces cas et exercer la protection consulaire. C'est le rôle du ministère des affaires étrangères de le faire.

Q - C'est le cas aussi d'un autre prisonnier célèbre incarcéré, maintenant depuis plusieurs mois au Togo, et qui a de graves soucis de santé, Loïc Le Floch-Prigent, l'ancien président d'ELF.

R - Oui. J'espère qu'on va trouver une solution et je m'en occupe.

Q - Vous vous en occupez ?

R - Oui.

Q - Je reviens un instant au Mali avant de clore cet entretien. Certains témoignages recueillis par les envoyés spéciaux sur place au Mali, notamment celui de France Inter, ont fait état de témoins qui affirment avoir vu les otages français, des gens identifiés comme pouvant être les otages français. Avez-vous des informations là-dessus ?

R - Nous nous sommes donné une ligne de conduite qui est «détermination et discrétion». Il n'y a pas de jour, je dis bien il n'y a pas de jour qui se passe sans que le président de la République, le ministre de la défense et moi-même ne nous saisissions de cela. C'est cela la détermination, et puis il y a la discrétion. La discrétion, cela signifie que je n'en dirai pas plus.

Q - Merci Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, d'être venu au micro de France Inter ce matin. Donc vous nous quittez pour ?

R - Conseil de défense d'abord et ensuite travail dans la matinée, et déjeuner à l'Élysée avec Joe Biden, le vice-président américain.

Q - Merci de nous avoir donné l'essentiel de votre agenda de la journée.

R - Une partie./.

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5. Mali - Entretien du ministre délégué, chargé du développement, M. Pascal Canfin, avec Canal+ - extraits - (Paris, 04/02/2013)

Q - Sur Twitter samedi, vous avez écrit : «Aujourd'hui à Bamako comme à Tombouctou, j'ai vécu la plus belle émotion de ma vie politique.» Il faut une bonne guerre pour ressentir une vraie émotion en politique aujourd'hui ?

R - Non. Il faut surtout libérer des villes. Ce que j'ai vu à Tombouctou, ce qu'on a vu avec le président de la République, c'est une population qui touchait du doigt la liberté retrouvée. Honnêtement, on ne le voit pas tous les jours. Pendant des mois, ils ne pouvaient plus écouter de musique ; les femmes ne pouvaient plus s'habiller comme elles le souhaitaient ; elles ne pouvaient plus monter sur les mobylettes avec leur mari ou leur compagnon. Là, on a touché quelque chose.

Q - Vous êtes un homme politique depuis longtemps.

R - Pas si longtemps que ça !

Q - Oui, parce qu'il est très jeune Pascal Canfin !

R - Pas si jeune que ça !

Q - Et votre plus grande émotion, vous la ressentez là-bas.

R - Oui, face à la liberté.

Q - Pourtant, ce n'était pas dans votre logiciel de départ le soutien à un chef de guerre. Vous venez quand même de la famille qui est la plus réticente à ces idées-là.

R - Oui, les écologistes sont historiquement pacifistes. Mais je rappelle que nous avons voté lors de notre conseil fédéral - en quelque sorte notre parlement interne au parti Europe Écologie-Les Verts - nous avons voté à 80 % en faveur de l'intervention.

Q - Mais de là à aller jusqu'à «la plus grande émotion de votre vie politique»...

R - Mais parce que nous avons touché du doigt, sincèrement du doigt, la liberté, la libération d'un peuple. C'est quelque chose qui est formidable. D'ailleurs, je ne suis pas le seul. Le président de la République a utilisé la même expression.

Q - Exactement. François Hollande lui-même a dit que c'était un des jours les plus importants de sa vie politique.

R - C'est quelque chose qui nous a submergés à ce moment-là. Maintenant ce qu'il faut, vous le rappeliez, c'est gagner la paix. Je pense que l'intervention militaire est une chose ; maintenant il faut gagner la paix pour assurer la stabilité dans la durée.

(...)

Q - Pascal Canfin, vous étiez avec le président à bord de l'avion. Lorsque vous voliez vers Tombouctou, le sort des otages était-il une préoccupation pour le président de la République ? C'est-à-dire a-t-il été envisagé la possibilité qu'il y ait une vengeance de la part des ravisseurs à votre arrivée au Mali ?

R - La question des otages est une préoccupation constante du président de la République.

Q - Ça, je l'imagine. Mais la question d'une possible vengeance des ravisseurs ?

R - Depuis le premier jour où le président de la République dès janvier a pris la décision d'intervenir, la question d'une possible vengeance des ravisseurs se pose. Il faudrait être naïf pour penser le contraire.

Q - On prend le risque. La question se pose. L'idée, c'était de ne pas se lier les mains.

R - On prend le risque, mais si on avait laissé le Mali envahi par ceux-là mêmes qui détiennent nos otages, est-ce que nous n'aurions pas pris un risque encore plus grand ? Bien sûr que si. Non seulement pour les personnes qui sont déjà otages mais pour d'autres sans doute. Nous devions donc intervenir, nous l'avons fait. Maintenant je peux vous dire, mais je ne vais pas en parler sur ce plateau, que la préoccupation constante...

Q - Si, si !

R - Non. Si vous voulez vraiment un jour revoir les otages, il ne faut pas en parler devant les plateaux-télé. Donc je ne vais pas en parler. Par contre, c'est une préoccupation constante du président de la République et de l'ensemble des autorités.

Q - Juste une autre question très brève. Le président de la République a dit qu'il resterait au Mali le temps qu'il faut. Or Laurent Fabius, lui, avait dit : «On n'a pas vocation à y rester éternellement.»

R - Le président de la République a redit samedi à Bamako, exactement cette phrase : «Nous n'avons pas vocation à rester durablement au Mali», ce qui est la stricte vérité. Simplement, nous sommes en train de faire monter en puissance les troupes africaines, la MISMA, et à terme nous pouvons envisager une force de maintien de la paix des Nations unies. Ce qui fait que progressivement, nous allons pouvoir, nous, nous retirer. Qui peut le dire en termes de jour ? Personne. En termes de semaine ? Personne. Mais c'est le principe qui est acté et il n'y a aucun problème là-dessus.

Q - Cette façon de rester, c'est aussi par le développement. C'est là que vous, vous intervenez. Que va-t-on faire et combien cela va-t-il coûter ?

R - Ce que l'on va faire, déjà nous allons reprendre, à partir d'aujourd'hui même, l'aide publique au Mali. Nous allons reprendre progressivement parce qu'évidemment il y a des conditionnalités politiques. C'est ce qu'on appelle la feuille de route qui va amener à des élections idéalement en juillet.

Maintenant, ce qu'on va faire concrètement, c'est d'ores et déjà travailler sur des choses très fortes. Par exemple à Tombouctou libérée, il n'y a pas d'eau, il n'y a pas d'électricité parce que les réseaux ont été coupés, parce que l'approvisionnement ne se fait pas. Avec l'Union européenne, avec les Nations unies, avec l'ensemble des acteurs sur l'aide publique au développement, nous allons faire en sorte et je vais faire en sorte de rétablir le plus rapidement possible l'eau et l'électricité à Tombouctou notamment.

Nous sommes en train de lister. Aujourd'hui, quand je vais retourner au bureau, j'aurai la liste des dix ou quinze urgences absolues sur lesquelles nous devons travailler en matière de développement.

Maintenant, c'est dans la durée que nous allons pouvoir remettre le Mali sur la route du développement. Juste un chiffre : le revenu national moyen d'un Malien, c'est 1,10 euro par jour. Donc, vous voyez qu'il y a un énorme travail. C'est un des pays les plus pauvres du monde et nous allons donc les accompagner dans leur développement. (...)./.

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6. Mali - Entretien de la ministre déléguée, chargée des Français de l'étranger, Mme Hélène Conway-Mouret, avec France Inter - extraits - (Bamako, 04/02/2013)

Q - Les Français que vous avez rencontrés sur place sont-ils inquiets pour leur sécurité ?

R - Ils sont dans le même état d'esprit que celui que m'avait décrit l'ambassadeur auquel j'ai parlé régulièrement depuis le début du conflit, ils sont calmes et sereins, ils font confiance aux mesures de sécurité que nous avons mises en place, et ils font aussi confiance aux autorités locales.

Q - Des mesures de sécurité qui sont très strictes à respecter, y compris chez soi...

R - Il faut faire preuve de vigilance et ne pas prendre de risques inconsidérés. La situation aujourd'hui est calme à Bamako, la vie est normale, les gens vaquent à leurs occupations, mais en même temps il y a une menace terroriste qui est réelle. Chacun en est conscient, et applique des mesures de sécurité qui ne changent pas leur vie de tous les jours, mais qu'ils respectent eux-mêmes : ne pas sortir le soir et ne pas prendre de risques indus.

Q - Le lycée français de Bamako qui accueille en temps normal un millier d'élèves est fermé depuis le début de l'intervention française. Les parents d'élèves auraient souhaité qu'il rouvre, mais vous avez souhaité le maintenir fermé pour l'instant ?

R - Oui, pour l'instant, parce que nous avons des informations relatives à une menace terroriste réelle, et tant que nous ne sommes pas certains que la sécurité des enfants est assurée, nous avons décidé de maintenir l'établissement fermé. Nous réévaluons la situation quotidiennement, et si la situation devait évoluer favorablement, nous réexaminerions la possibilité d'ouvrir à nouveau le lycée.

Q - Il serait fermé jusqu'au mois d'avril en tout cas ?

R – Oui, c'est la décision qui a été prise, il s'agit d'un arbitrage du président de la République. J'ai passé la matinée dans l'établissement et j'ai vu la mobilisation des enseignants qui ont mis en place une plateforme pédagogique. Il y a eu une réaction très rapide justement pour pallier cette fermeture et les inconvénients que cela peut entraîner pour les enfants. Les parents sont inquiets, ils ne veulent pas que les enfants accumulent du retard, et c'est pour cela que les professeurs se sont mobilisés.

Q - Notre envoyé spécial à Tombouctou a recueilli un témoignage selon lequel les otages français auraient été retenus dans cette ville avant d'être transférés vers le nord-est du Mali ; avez-vous confirmation de la présence des otages français à Tombouctou il y a quelques jours ou quelques semaines ?

R - Il faut être heureux de savoir qu'ils sont vivants, et nous avons un seul objectif, celui de les retrouver très bientôt.

Q - Vous avez confirmation qu'ils seraient dans le nord-est du pays, dans le massif des Ifoghas ?

R - Oui ce sont les informations que nous avons en effet.

(...)

Q - Le fait que ces frappes françaises se poursuivent dans le nord-est du Mali renforce-t-il le risque pour les autres ressortissants dans le reste du pays ?

R - L'objectif est simple, repousser et affaiblir les djihadistes, donc la mission des militaires est très claire.

Q - Vous allez vous rendre au Niger, c'est un autre pays à risque pour les Français ?

R - En effet, et c'est pour cela que cette mission m'amène à la fois à Bamako aujourd'hui et à Niamey demain pour faire le point sur le terrain et prendre les décisions au plus près de la réalité que nous pouvons observer. Il est important d'avoir depuis Paris une vision globale de la région, mais cela ne remplace pas le contact direct avec les personnes. Ce matin j'ai rassemblé les ambassadeurs de plusieurs pays pour faire le point sur leur appréciation de la menace terroriste ici, nous assurer aussi que les informations entre les différents pays circulent bien. Hier soir dès mon arrivée les chefs d'ilots étaient rassemblés autour de l'ambassadeur avec notre attaché de police et attaché de défense. Je crois que je suis au plus près de la réalité et de la menace réelle qui existe ici, comment nous pouvons y faire face, et avec quelles mesures.

(...)

Q - Quel message le Premier ministre Sissoko vous a-t-il fait passer ce matin ?

R - Un message rassurant et de remerciement. C'est le message donné au président de la République il y a deux jours. Les Maliens ont apprécié notre intervention et attendent de nous que nous continuions à les accompagner./.

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7. Google - Communiqué de la présidence de la République (Paris, 01/02/2013)

Le président de la République a reçu cet après-midi M. Éric Schmidt, président de Google, Mme Nathalie Collin, présidente de l'Association de la presse d'information politique et générale, M Marc Schwartz, médiateur désigné par le gouvernement, en présence d'Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication ainsi que Fleur Pellerin, ministre déléguée aux petites et moyennes entreprises, à l'innovation et à l'économie numérique.

Le président de la République, lorsqu'il avait reçu Éric Schmidt, le 29 octobre, avait exprimé le voeu qu'une solution négociée soit trouvée entre les éditeurs de presse et Google. Pour ce faire, les ministres avaient demandé à Marc Schwartz de bien vouloir assumer le rôle de médiateur. Après des négociations intenses, cet accord a été trouvé aujourd'hui.

Le président de la République a tenu d'abord à remercier Marc Schwartz pour le travail considérable qu'il a accompli afin de rapprocher les points de vue. Il a également remercié Éric Schmidt et Nathalie Collin pour les efforts de rapprochement qui avaient été les leurs dessinant ainsi un modèle de partenariat efficace et porteur d'avenir dans le monde de l'économie numérique.

Il a précisé que ce partenariat entre des acteurs privés n'avait pas de lien avec les réflexions en cours sur l'intervention de l'État en faveur de la presse. D'ores et déjà l'État a pu faciliter cette heureuse conclusion. La mise en place d'un fonds dédié, d'un montant de 60 millions d'euros, facilitera la transition de la presse vers le monde numérique./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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8. Google - Déclaration du président de la République, M. François Hollande (Paris, 01/02/2013)

Mesdames, Messieurs, il s'est produit aujourd'hui un évènement mondial. Il était donc très important que nous puissions, M. Schmidt et moi-même, saluer ce qui venait de se produire. Cet évènement mondial, c'est la conclusion d'un accord entre Google - représenté ici par son président - et un groupement de presse qui a été capable de se fédérer pour mener cette négociation. Cet évènement, c'est qu'il y a eu non seulement une négociation mais un accord.

J'avais déjà rencontré - c'était au mois d'octobre - le président de Google. Je lui avais dit combien j'espérais qu'une démarche de discussion, de négociation puisse aboutir à un accord. Cet accord a donc été trouvé. Il permettra que des groupements de presse puissent bénéficier d'un fonds à la hauteur de 60 millions d'euros, de manière à ce que il puisse y avoir des soutiens à la transition numérique, à des investissements, à des innovations - ce qui est bon pour la presse française, bon pour les contenus et bon aussi pour Google.

Cet accord a été rendu possible, d'abord parce qu'il y a eu cette pression, sûrement ; parce qu'il y a eu cette clairvoyance du coté de Google ; parce qu'il y a eu aussi cette volonté du côté du groupement de presse représenté par Mme Collin ici présente ; des ministres également ont joué leur rôle ; et il y a eu un Médiateur qui a été tout à fait déterminant.

Donc, à la fois sur la méthode - la recherche d'un accord entre un groupe mondial et la presse française - et en même temps sur le résultat - un fonds de 60 millions d'euros pour des investissements d'avenir, pour la transition numérique -, c'est une fierté pour la France d'avoir été capable de réaliser cet accord qui, je l'ai dit, est le premier dans le monde.

Va-t-il servir aussi de modèle ou de référence ? Nous le verrons, à la fois pour des pays, pour des secteurs culturels... Mais il y a forcément une alliance à nouer entre les producteurs de contenu et les diffuseurs. C'est ce que nous avons été capables d'illustrer aujourd'hui.

Il sera donc retenu dans l'histoire des médias qu'aujourd'hui, le 1er février, un évènement mondial s'est produit avec une entreprise mondiale, une presse nationale et un gouvernement - dont je salue ici deux ministres - qui s'est impliqué tout en laissant les acteurs mener la négociation librement.

J'avais dit que s'il n'y avait pas d'accord, il y aurait une loi. Il n'y a pas besoin de loi puisqu'il y a maintenant la conclusion de cet accord. J'en remercie tous les acteurs et je veux dire ici combien la présence du président de Google a été déterminante.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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9. Lancement de la mission «Marque France» - Communiqué du Premier ministre (Paris, 31/01/2013)

 

Nicole Bricq, Arnaud Montebourg, Sylvia Pinel et Fleur Pellerin ont officiellement lancé, le 30 janvier, la stratégie de marque pays sous le nom de «Marque France» ainsi qu'une mission chargée d'étudier les périmètres juridique, économique et technique de la «Marque France».

Les quatre ministres - Nicole Bricq, Arnaud Montebourg, Sylvia Pinel et Fleur Pellerin - ont pris date, le 30 janvier 2013, en montant le drapeau français de la «Marque France» sur la drisse, la corde qui hissera le pavillon «Marque France» pour renforcer l'attractivité des biens et des services français grâce à un travail sur l'image du pays.

Une initiative stratégique qui, comme l'a souligné Arnaud Montebourg, prend forme «dans une période où toutes les nations [développent] la «Nation branding», l'utilisation des marqueurs qui fondent l'identité d'un pays», «la France souhaite se doter d'une stratégie de marque pays consistant à interroger les perceptions que les marchés, les touristes, les investisseurs internationaux ont de notre Nation, à travailler sur cette image et sur les valeurs et les messages que l'on souhaite véhiculer pour la promouvoir». «Cette image nouvelle, nous voulons la formuler pour renforcer notre compétitivité à l'export, comme notre activité en France», a déclaré Nicole Bricq. La Marque France s'inscrit en effet dans une stratégie plus globale d'attractivité et d'influence du territoire national et de promotion des productions françaises à l'export.

Parallèlement aux actions engagées, les différents ministres ont lancé conjointement une mission de réflexion et de concertation afin de «valider la faisabilité de la «Marque France» au plan juridique, économique, technique» et de formuler des «préconisations» dans un rapport qui sera rendu le 1er mai 2013.

La Marque France, du terroir à la scène internationale

Pour Arnaud Montebourg, «le succès d'une telle démarche tient à la profondeur de la réflexion stratégique autant qu'à l'adhésion la plus large des relais d'opinion et futurs utilisateurs de la marque». «Le but de cette marque sera de relier, d'en faire une cohérence et une force qui nous soit commune et que chacun devienne le porte-parole de la France» dans sa culture, ses valeurs, ses traditions, son art de vivre, ses traditions culinaires et de consommation, ses savoir-faire, a expliqué le ministre.

Des savoir-faire qui rayonnent dans les secteurs de l'artisanat comme dans les métiers d'art qui «emploient 95.000 personnes et font 10 % de leur chiffre d'affaires à l'export», a précisé Sylvia Pinel. Pour elle, le commerce «est certainement le secteur qui véhicule le plus l'image de la France». Les commerçants, au contact des touristes, des clientèles d'affaires internationales, «sont autant de vitrines de notre pays. Ils doivent être associés à la définition de la Marque France car ils sont l'un des principaux relais sur le territoire», a-t-elle plaidé.

La Marque France, «je la vois dans les idées des ingénieurs, des entrepreneurs, des designers, des dirigeants d'entreprise au contact de qui je suis tous les jours. Je crois qu'il y a une «french touch» nationale qui porte sur l'ensemble des secteurs et qu'il nous appartient de valoriser», a déclaré Fleur Pellerin.

«Je jouerai un rôle particulier (...) car le Premier ministre m'a chargée de promouvoir le Pacte de compétitivité à l'international», a précisé la ministre. Elle a ainsi prévu une série de déplacements internationaux pour «promouvoir auprès des investisseurs et des gouvernements étrangers, les mesures du gouvernement français en faveur de la compétitivité et de l'attractivité de notre territoire». Pour Fleur Pellerin, «l'esprit d'entreprise fait partie de l'ADN français»./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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10. Grèce - Point de presse conjoint du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius et de son homologue grec, M. Dimitris Avramopoulos - Propos de M. Fabius (Paris, 04/02/2013)

Mesdames et Messieurs,

C'est un plaisir et un honneur pour moi de recevoir mon collègue et ami le ministre des affaires étrangères grec.

Vous savez les liens très étroits qui unissent la Grèce et la France. Même si les choses ne sont pas terminées, la Grèce est passée par un moment extrêmement difficile et la France a été à ses côtés et l'est toujours. En effet, nous pensons que la Grèce est nécessaire à la solidité européenne.

Avec mon collègue et ami Dimitris, nous avons fait le tour de la situation nationale grecque, de la situation régionale et de la situation internationale. Nous avons aussi bien sûr parlé de l'Europe. Comme vous le savez, il y a, à la fin de cette semaine, un important sommet consacré aux perspectives financières. La Grèce va prendre la présidence de l'Union européenne en 2014. Nous avons abordé nos relations bilatérales et insisté en particulier sur la nécessité de développer nos relations économiques. Il y a beaucoup de choses à faire ensemble. Nous avons parlé de la situation internationale, nous avons bien sûr parlé de la Syrie, du Mali.

Nous nous sommes entretenus de ce dont traite chacune de nos deux administrations et j'ai dit à quel point, pour nous, la Grèce est un élément tout à fait déterminant de l'Union européenne. Il est vrai que compte tenu de la situation que chacun connaît, il y a eu des efforts considérables qui ont été fait par nos amis grecs.

La France a toujours été aux côtés de la Grèce dans les périodes les plus difficiles et maintenant que peu à peu les choses sont en train de s'arranger, nous sommes heureux de continuer d'être à leurs côtés, tout simplement parce que l'amitié entre la Grèce et la France est pour nous un pilier auquel nous croyons.

Q - Avez-vous parlé d'une visite prochaine du président de la République en Grèce dont la date serait prévue le 18 février ? Qu'attendez-vous comme résultats pour la Grèce et quels seront les domaines pour lesquels vous serez le plus attentif ?

R - Très brièvement, nous avons en effet abordé cette question. Il y a effectivement un projet de visite puisque nos amis grecs, de façon extrêmement chaleureuse, ont invité le président Français. J'espère très fortement que cela pourra se faire très rapidement. Je vais m'en entretenir avec François Hollande.

Comme Dimitris l'a dit, les champs de notre coopération sont des plus divers : il y a les champs économique, éducatif, culturel, technique. Nous devons avancer la main dans la main. Les sujets d'entretiens ne manqueront pas. Nous sommes amis, la Grèce et la France depuis très longtemps. La façon dont nous avons travaillé ensemble durant la période récente est, je crois, tout à fait exemplaire et nous avons bien l'intention de continuer et de l'amplifier.

Q - Dans le domaine économique, la France envisagerait-elle de faire des investissements en Grèce ? Sur le plan bilatéral, comment comptez-vous aider la Grèce dans cette période difficile ?

R - Il y a beaucoup d'initiatives prises en Grèce, en liaison avec la situation économique. Chaque fois que des projets peuvent être faits et qui font intervenir des entreprises françaises, nous en serons extrêmement ravis. Il peut y avoir aussi des investissements faits ensemble dans des pays tiers. De même, il peut y avoir et il y a déjà des coopérations en matière technique, éducative et technologique. C'est l'ensemble du champ qui doit être concerné.

Q - Monsieur le Ministre, un tanker français a disparu au large de la Côte d'Ivoire. A-t-on quelques précisions sur cette disparition ?

R - Nous sommes en train de vérifier tout cela. L'information a été donnée il y a quelques temps et nous sommes en liaison avec les autorités locales./.

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11. Commerce extérieur - Réponse de la ministre du commerce extérieur, Mme Nicole Bricq, à des questions au Sénat (Paris, 31/01/2013)

(Interventions des parlementaires)

Le rapport que Mme Revel m'a remis ce matin - dont vous aurez la primeur - aborde justement le problème de stratégie et de benchmarking que vous soulevez. En Europe, il faut être présent dès le début des négociations sur les normes et ne pas se les laisser imposer.

Le Kazakhstan que vous connaissez bien, fait partie des 47 pays identifiés comme porteur de 80 % de la demande mondiale sur dix ans. En face, il faut aligner une offre commerciale performante pour atteindre l'objectif ambitieux, fixé par le président de la République, d'équilibre de la balance commerciale d'ici la fin du quinquennat. Nous aurons, le 7 mars, une commission mixte avec le Kazakhstan, où seront identifiés tous les sujets. Dans la famille «Mieux vivre en ville», nous avons une offre de qualité. Il faut anticiper sur nos concurrents.

(Interventions des parlementaires)

Les régions, je l'ai dit dès mon arrivée au ministère du commerce extérieur, doivent être pilotes dans l'exportation. J'ai fait un déplacement dans votre belle région d'Aquitaine comme dans dix autres régions. L'idée est que chacune établisse un plan «innovation et exportations» car l'Île-de-France n'est pas la Bretagne ni le Nord. Chacun doit s'organiser selon ses caractéristiques régionales : tantôt c'est la complémentarité, tantôt la fusion avec la CCIR, le tout pour améliorer notre balance commerciale.

(Interventions des parlementaires)

Dans la nouvelle phase de mondialisation engagée depuis les années 1990, la France n'a pas trouvé sa place. Elle peut néanmoins le faire. Votre question pose celle de la stratégie : se contenter de vouloir vendre le meilleur produit ne suffit plus, les pays émergents exigent davantage d'échanges. L'implantation internationale de Sanofi profite au territoire national, je peux le démontrer chiffres à l'appui. À la France de demander des contreparties, notamment en matière de sous-traitance, aux aides qu'elle a accordées aux entreprises pour leur internationalisation.

(Interventions des parlementaires)

La création de la BPI obligera les acteurs territoriaux à se positionner dans l'unité. Trop souvent, nous, Français, ne savons pas travailler ensemble. Hier, avec M. Montebourg, nous avons lancé la marque «France» que je qualifie de marque ombrelle.

Dans la famille «Mieux vivre en ville», je classe l'écohabitat, le transport durable, l'efficacité énergétique. La Chine et l'Inde en sont très demandeuses.

(Interventions des parlementaires)

Les grands contrats recouvrent les secteurs du luxe, du nucléaire et de l'aéronautique, dont les résultats sont meilleurs qu'en 2011. Il faut exporter plus, c'est mon challenge car, derrière les grands contrats, il y a des PME sous-traitantes. Idem pour le nucléaire, qui draine 85 PME-ETI.

Ne faisons pas de la Chine la cause de nos difficultés. J'ai eu avec les Chinois un dialogue franc ; nous avons abordé la question aéronautique. N'oubliez pas que, dans un avion, 7 % seulement sont de la valeur ajoutée chinoise ; tout le reste vient de chez nous.

(Interventions des parlementaires)

Relativisons, même si cela ne nous exonère pas d'agir. Il s'agit de pourcentages : la part de la France dans le commerce extérieur s'est réduite du fait du rôle grandissant des pays émergents. Des marchés difficiles et lointains mais qui représenteront demain 80 % de la demande mondiale. Aussi, j'ai déterminé quatre grandes familles de produits : «Mieux vivre en ville», «Mieux se soigner», «Mieux se nourrir» et «Mieux communiquer», que nous destinons à 47 pays, auxquels il s'agit d'adapter notre offre. Outre le crédit d'impôt de 20 milliards, le gouvernement a instauré cinq dispositifs pour aider les entreprises. Il a ainsi réaménagé le CIR et créé le CICE car un milliard de plus à l'export, ce sont 10 000 emplois créés en France.

(Interventions des parlementaires)

Monsieur Leconte, vous parcourez le monde comme moi. UbiFrance se consacre aux PMI pour les aider à exporter. En accord avec le Premier ministre, nous avons décidé, plutôt qu'une réforme structurelle dont nous n'avons pas le temps, de redéployer la manière de travailler d'UbiFrance afin qu'elle accompagne 1 000 PME-ETI durant trois ans. Une démarche qualitative, donc. Nous devons aussi augmenter le nombre de volontariat international en entreprise, et de le porter de 7 400 à 9 000. Tout le monde doit se mobiliser, grandes et petites entreprises, pour y réussir.

Oui, il faut être au Kenya et en Birmanie ; cela suppose un redéploiement car nous sommes, comme les autres, soumis à l'impératif de maîtrise de la dépense. Quant aux nominations par le ministre des affaires étrangères, j'y vois une aide au commerce extérieur.

(Interventions des parlementaires)

Le chiffre du commerce extérieur est le juge de paix de nos faiblesses. Le tocsin de 2011 a sonné la mobilisation générale, je l'ai vu dans mes déplacements dans onze régions et dans le monde. Le jeu collectif ? La référence à l'équipe de France n'est pas forcément la bonne... Attendons le prochain match France-Allemagne de football ! Je me méfie de ce type de grandes formules, il faut du concret. Et le concret est de partir groupés à l'export pour déployer collectivement notre intelligence économique. Le commerce extérieur est une priorité de ce gouvernement. La stratégie que j'ai proposée dès août, le Premier ministre l'a faite sienne immédiatement.

Le pacte pour l'innovation et l'exportation ne se limite pas au crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi. La modernisation de l'action publique, à laquelle le président de la République tient beaucoup, est la véritable réforme de l'État ! ./.

(Source : site Internet du Sénat)

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12. Normes internationales - Communiqué du ministère du commerce extérieur (Paris, 31/01/2013)

En septembre 2012, Nicole Bricq confiait à Claude Revel, professeur et conseil en influence normative internationale, la mission de réfléchir au développement de la présence internationale et du positionnement de la France en matière de normes.

Sept priorités d'action identifiées

Dans son rapport, intitulé Développer une influence normative internationale stratégique pour la France, Claude Revel propose sept priorités d'action :

. Mobiliser les entreprises dans les institutions normatives internationales, en renforçant la lisibilité du dispositif et en alignant le crédit d'impôt normalisation sur le crédit d'impôt recherche.

. Pousser au sein des enceintes internationales trois sujets stratégiques : les exigences françaises en matière de responsabilité sociale et environnementale, de propriété intellectuelle et de réciprocité.

. Agir en amont de la règle pour ne pas se la faire imposer. La coopération technique et l'aide au développement peuvent contribuer à promouvoir les règles et normes françaises à l'international.

. Peser sur les normes des marchés futurs dans l'agroalimentaire (hormones de croissance, clonage du bétail et traçabilité numérique agricole), la ville durable (réseaux intelligents et aménagement durable) et la transition écologique (affichage environnemental et obsolescence programmée des produits).

. Peser sur les accords de libre échange internationaux. L'accord de libre échange entre l'Union européenne et les États-Unis sera fondamental par sa portée juridique. Il orientera les règles du commerce mondial.

. Mettre en place une ingénierie d'influence professionnelle par l'intermédiaire de formations à l'intelligence économique et à la négociation dans les instituts de formation de l'administration mais aussi dans les écoles publiques comme l'École nationale d'administration (ENA) ou Polytechnique.

. Renforcer la place accordée aux normes dans le pilotage de l'intelligence économique. Objectif : favoriser l'alerte, l'impulsion et le suivi de stratégies d'information, de sécurité et d'influence à une échelle interministérielle./.

(Source : site Internet du ministère du commerce extérieur)

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13. Déplacement de Mme Hélène Conway-Mouret au Mali et au Niger (3-5 février 2013) - Déclaration du porte-parole du ministère des affaires étrangères (Paris, 03/02/2013)

La ministre déléguée chargée des Français de l'étranger, Mme Hélène Conway-Mouret, effectuera du 3 au 5 février une visite au Mali et au Niger afin d'y rencontrer la communauté française et de faire le point sur les dispositions relatives à la sécurité de nos ressortissants et sur notre dispositif d'enseignement. Elle sera accompagnée d'une délégation de parlementaires des Français de l'étranger. 4.800 compatriotes sont inscrits au Mali sur le registre mondial des Français établis hors de France, et 1.500 au Niger.

Au Mali, la ministre déléguée aura une réunion de travail avec les différents acteurs du dispositif de veille et de sécurité de nos communautés, mis en place sous la responsabilité de l'ambassadeur et du centre de crise du ministère des affaires étrangères. Elle visitera le lycée français et réunira les personnels et représentants des parents d'élèves. Avec ces derniers, elle examinera les dispositions prises pour la sécurité des établissements, leur bonne mise en oeuvre et évoquera les différentes mesures prises pour garantir la continuité de l'enseignement. Mme Conway-Mouret rencontrera enfin les forces armées françaises stationnées à Bamako et aura plusieurs entretiens avec des responsables maliens.

Au Niger, la ministre déléguée s'entretiendra avec le président de la République, M. Mahamadou Issoufou. Elle aura une réunion de travail consacrée à la sécurité de nos ressortissants et visitera un point de regroupement de la communauté française. Elle rencontrera également les représentants de la communauté française ainsi que les conseillers du commerce extérieur, et visitera le lycée La Fontaine./.

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14. Point de presse du porte-parole du ministère des affaires étrangères - Action extérieure des collectivités locales - Déplacement au Vietnam de Mme Yamina Benguigui - Exécutions en Iran - Inde/Situation de M. Pascal Mazurier - Côte d'Ivoire/Attaque d'un pétrolier (Paris, 04/02/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Action extérieure des collectivités locales

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, a présenté le 29 janvier 2013, en lien avec le ministre délégué chargé du développement et en présence de la ministre chargée de la réforme de l'État, de la décentralisation et de la fonction publique, un plan d'action pour le renforcement de la «diplomatie des territoires».

Ce plan d'action fait suite à la remise le 23 janvier 2013 au ministre des affaires étrangères du rapport sur ce thème de M. André Laignel, ancien ministre, maire d'Issoudun, premier vice-président délégué de l'association des maires de France. Ce texte comporte des mesures concrètes visant à promouvoir l'action extérieure des collectivités territoriales, qui contribue activement au rayonnement et à l'influence de notre pays à l'étranger.

Afin que ces mesures soient rapidement mises en oeuvre, M. Laurent Fabius a demandé à M. André Laignel d'en assurer le suivi dans les semaines et les mois qui viennent.

2 - Déplacement au Vietnam de Mme Yamina Benguigui (6-7 février 2013)

Mme Yamina Benguigui, ministre déléguée chargée de la Francophonie et représentante personnelle du président de la République pour la Francophonie, se rendra au Vietnam les 6 et 7 février 2013. Le Vietnam est membre de l'Organisation internationale de la Francophonie, dont il a accueilli le septième sommet en 1997.

Au cours de ce déplacement, la ministre déléguée aura des entretiens avec Mme Nguyen Thi Doan, vice-présidente de la République socialiste du Vietnam, ainsi qu'avec les ministres vietnamiens des affaires étrangères, des finances, de l'éducation et de la formation.

Ces entretiens permettront d'aborder la préparation de l'année France-Vietnam 2013-2014, qui s'ouvrira en avril prochain à l'occasion du quarantième anniversaire de l'établissement des relations diplomatiques entre nos deux pays. La ministre déléguée signera avec le vice-ministre des finances du Vietnam une convention pour le financement d'un projet de transport électrique de haute tension entre les villes de Pleiku et Cau Bong, pour un montant de 75 millions d'euros. Elle rencontrera par ailleurs des femmes vietnamiennes francophones, afin notamment d'évoquer la condition des femmes dans l'espace francophone et le premier Forum mondial des femmes francophones, organisé à l'initiative de la France à Paris le 20 mars 2013.

3 - Exécutions en Iran (2 février 2013)

La France condamne les exécutions par pendaison de cinq condamnés qui ont eu lieu en Iran le 2 février. Ces exécutions contreviennent aux obligations internationales de l'Iran au titre du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, auquel il a librement souscrit. Selon les informations dont nous disposons et en l'absence de statistiques officielles, au moins 400 exécutions ont été recensées en 2012, ce qui fait de l'Iran l'un des États appliquant le plus la peine de mort.

La France s'est engagée dans une campagne en faveur de l'abolition universelle de la peine de mort. Elle apporte son soutien aux partisans de l'abolition en Iran et exhorte les autorités iraniennes à mettre en place sans délai un moratoire sur la peine de mort en vue de son abolition. Comme l'a rappelé le ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, la France exprime son opposition déterminée et constante à la peine de mort en tous lieux et en toutes circonstances.

4 - Inde - Situation de M. Pascal Mazurier

Q - Les avocats de votre agent consulaire arrêté en juin à Bangalore pour abus sexuels sont reçus cet après-midi à l'Élysée. Est-il en prison aujourd'hui ? Libéré avec assignation à résidence ? Quelle est votre action dans le cadre de cette affaire ?

R - À la suite d'une décision de la Haute cour de l'État du Karnataka du 18 octobre 2012, M. Pascal Mazurier a été remis en liberté sous caution et avec interdiction de quitter le territoire de cet État. Une demande de non-lieu a été déposée par ses avocats.

Dans le cadre de sa mission de protection consulaire, notre consulat général à Bangalore a apporté son soutien à notre compatriote (visites en prison, aide à l'identification d'avocats, présence à toutes les audiences). Il apporte également toute son assistance à ses enfants, qui ont la nationalité française.

5 - Côte d'Ivoire -Attaque d'un pétrolier

Q - Confirmez-vous l'attaque d'un pétrolier français par des pirates au large de la Côte d'Ivoire ?

R - Selon nos informations, il s'agit d'un pétrolier battant pavillon luxembourgeois et dont l'armateur est français. Aucun Français ne se trouverait à bord./.

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15. Arctique - Entretien de l'ambassadeur chargé des négociations internationales pour les pôles arctique et antarctique, avec le quotidien «Libération» (Paris, 03/02/2013)

Q - Quelle est votre mission en Arctique ?

R - Elle porte sur l'instauration d'une réglementation intergouvernementale pour que l'Arctique bénéficie d'un cadre juridique international protecteur, au moment où la fonte des glaces s'accélère. Avec le réchauffement climatique, les terres gelées (le pergélisol) se ramollissent et les constructions s'enfoncent, contraignant des dizaines de milliers de réfugiés à fuir la zone arctique. La fonte de la banquise affecte aussi la biodiversité. En mars aura lieu un grand débat sur le classement de l'ours blanc comme espèce menacée dont la chasse est interdite, dans le cadre de la convention internationale sur la biodiversité animale. Il est urgent de le faire.

D'autre part, le changement climatique rend praticables des eaux et des terres qui ne l'étaient pas depuis six mille ans, avec l'ouverture au Nord de nouvelles routes navales : d'ici trente ans, la moitié du commerce mondial pourrait y transiter ! Et en termes d'hydrocarbures, l'Arctique ressemble à un deuxième Moyen-Orient : si une marée noire s'y produit, on en a pour un siècle...

Pour la pêche, peu de bateaux se risquent dans la région centrale, même si 4 millions de km2 ont été libérés des glaces en moins de vingt ans. Mais on finira par y aller par manque de poissons. L'un des enjeux est donc de créer dans l'océan Arctique une organisation régionale de pêche comme il en existe 8 ou 9 dans le monde. Pour le moment, le Conseil arctique n'a jamais voulu traiter le sujet.

Mettre en place une coopération internationale en matière de droit dans les hautes eaux, mais aussi de gestion et de financement collectifs des infrastructures (avions d'observation, hélicoptères de sauvetage, ports de ravitaillement, secours, cartographie, etc.) est une affaire énorme. Cela va coûter un argent fou et le drame, c'est que rien n'a encore été fait.

Q - Que pensez-vous de la gouvernance du Conseil arctique, où vous siégez ?

R - C'est un organisme sans pouvoir contraignant, dont le travail essentiel consiste à faire des recommandations aux États membres. Il compte les cinq pays riverains (Canada, Danemark, États-Unis, Norvège, Russie), plus trois sans accès direct à l'océan Arctique (Finlande, Islande, Suède), six représentations des peuples premiers et six observateurs permanents (Allemagne, Espagne, France, Pays-Bas, Pologne et Royaume-Uni) sélectionnés en fonction de leurs travaux scientifiques en Arctique.

Mais les demandes se sont accrues. À la réunion de Tromsø de 2009, les membres de droit du Conseil se sont ainsi offert le luxe de refuser trois candidatures : Chine, Italie et Union européenne. La décision est d'autant plus rude que l'UE est de loin le plus gros pourvoyeur de fonds publics pour la recherche en Arctique. Ce camouflet est le fait du Canada en représailles des réglementations européennes sur les produits dérivés du phoque !

Q - Quels sont vos moyens d'action ?

R - Le Conseil se réunit tous les deux ans au niveau ministériel, et ne laisse guère s'exprimer les observateurs. C'est la seule réunion internationale où je vais présenter mes respects à la direction, m'asseoir sur mon banc et écouter sagement sans prendre la parole. En 2010, j'ai écrit à son président une lettre qui a fait scandale, demandant l'élargissement des sujets traités. Sans succès. Depuis, nous n'avons de réponse ni sur l'amélioration du statut des observateurs permanents, ni sur les trois candidatures. Bref, le Conseil gère l'Arctique comme un syndic de propriété complice des copropriétaires pour empêcher toute nouvelle arrivée. On n'y discute pas de règles communes qui concernent pourtant le monde entier.

En 2011, une première décision «contraignante» a certes été prise sur la mutualisation des secours en cas d'accident. Mais globalement, l'action du Conseil est un ratage en raison des crispations des pays riverains sur leurs ressources. Le discours du gouvernement canadien est extrêmement souverainiste et ce, à peu près sans raison.

Q - En 2008, vous plaidiez pour un traité de l'Arctique, comme en Antarctique. Y avez-vous renoncé ?

R - Oui, car aucun pays riverain n'en voulait. Je pense désormais qu'il faut traiter séparément la pêche, les hydrocarbures, la biodiversité et la navigation, via des organismes juridiques internationaux distincts.

Q - L'entrisme chinois vous inquiète-t-il ?

R - Le seul moyen de conduire la puissante Chine à respecter des règles internationales, c'est de l'y convier et de lui souhaiter la bienvenue. Il n'y a pas d'échappatoire. Pékin investit énormément en Islande, où il se verrait bien construire un port servant de hub pour ses marchandises. Il ne faut même pas chercher à l'en empêcher, ni prendre la Chine pour une nation irresponsable.

Q - Vous êtes favorable aux gaz de schiste en France. N'est-ce pas contradictoire avec votre engagement écologique ?

R - D'abord, le pétrole va rester très cher. Ensuite, l'éolien et le solaire ne pourront pas, avant vingt ans, produire à un prix compétitif l'énergie dont nous avons besoin. Enfin, le gaz émet trois fois moins de CO2 que le charbon. Beaucoup de pays européens ont des humeurs sur le nucléaire qui, pourtant, tue bien moins que le charbon. Et la France dispose, hors atome, de faibles perspectives énergétiques. Des géologues disent que nous aurions beaucoup de gaz de schiste dans l'Hexagone. Or, on n'est pas allé voir et on n'a pas fait l'expertise réelle de la dangerosité des techniques d'extraction. Je demande juste qu'on ne ferme pas le dossier avant de l'avoir regardé./.

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