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Bulletin d'actualités du 28 janvier 2013


Sommaire



1. Argentine - Discours du Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault, devant la communauté française (Buenos Aires, 25/01/2013)

Mesdames, Messieurs,

Monsieur l'Ambassadeur, merci d'avoir organisé cette réception. L'accueil est chaleureux et j'en suis particulièrement heureux. Je voudrais saluer mes collègues du gouvernement qui m'accompagnent, Bernard Cazeneuve, ministre des affaires européennes et Benoît Hamon, ministre de l'économie sociale et solidaire et de la consommation, qui est arrivé avant nous puisqu'il a déjà eu des entretiens bilatéraux avec ses collègues du gouvernement. Et puis je suis accompagné des parlementaires de l'Assemblée nationale et du Sénat, présidents des groupes d'amitié France - Argentine, France - Chili, et du député de votre circonscription, Sergio Coronado. Enfin, je suis heureux de vous saluer, toutes et tous, Mesdames et Messieurs, avec un salut particulier pour les délégués de l'ADFE que j'ai eu l'honneur de saluer il y a quelques instants.

Le président de la République, François Hollande, avait envisagé de venir au Sommet de Union européenne et des Pays de l'Amérique latine et des Caraïbes. Vous connaissez les circonstances qui contraignent le président de la République, chef de l'État et chef des Armées, en raison de l'intervention de la France au Mali, aux côtés des Forces armées maliennes : il aurait aimé faire ce déplacement. Je le remplace. Il était prévu une escale à Buenos Aires, trop courte, il faut le reconnaître, mais elle va me permettre de rencontrer la Communauté française, et aussi, dans quelques instants, de rencontrer Mme Kirchner, la présidente de l'Argentine.

Je voudrais vous dire un mot à vous, toutes et tous, Mesdames, Messieurs, qui représentez la communauté française d'Argentine. Depuis plusieurs générations, vous avez contribué à la naissance et à l'histoire aussi de ce beau pays. Peu de Français, peu de nos compatriotes savent qu'il y avait, à la fin du XIXème siècle, quelque 250.000 de leurs compatriotes d'origine basque, d'origines gasconne, béarnaise ou savoyarde, qui se sont installés loin de France, ici dans ce pays d'Argentine. Vous êtes, certes, moins nombreux aujourd'hui ; vous êtes environ 15.000 résidents, peut-être un peu plus même, mais en tout cas, vous êtes un vrai trait d'union entre nos deux pays, entre l'Argentine et la France. Parfois, on pourrait croire que ces liens se distendent. Je crois que ces liens sont des liens d'abord humains, des liens historiques, des liens affectifs. Je pense à quelques figures dont le nom résonne dans le coeur des Français, tel que Saint-Exupéry, Carlos Gardel évidemment ou Hector Bianciotti, mais aussi David Trezeguet que j'ai eu le plaisir de saluer il y a quelques instants. Et beaucoup d'autres, sûrement.

Mais c'est parce que le gouvernement a la volonté de renforcer les liens entre la France, l'Argentine et l'Amérique latine en général, que j'ai tenu, malgré les circonstances, à faire ce déplacement. Votre région, la région que vous habitez est particulièrement dynamique sur le plan économique. Et puis c'est essentiel : la démocratie s'y est consolidée, après les crimes odieux de la dictature, c'est maintenant, trente ans après, l'occasion de se rappeler cette horreur. Je viens de rendre hommage aux victimes d'origine française en présence des membres de leurs familles. Je leur adresse à nouveau un salut fraternel et chaleureux. Ces moments sont des moments sans doute qui rappellent cette souffrance, mais qui sont nécessaires : de ne rien oublier de cette horreur qui s'est passée ici, comme cela s'est passé malheureusement dans d'autres pays du monde, en Europe et ailleurs.

La France est présente ici et partage avec l'immense majorité du peuple argentin et avec ses dirigeants politiques de toutes sensibilités démocratiques, le même combat pour les droits de l'Homme. Cela n'a pas été facile de conquérir à nouveau cette démocratie. Il y a eu l'élection de Raül Alfonsin, et puis après bien des vicissitudes, aujourd'hui la démocratie est installée. C'est une richesse extraordinaire. Il n'y a pas de développement économique sans sécurité et liberté, mais il n'y a pas de développement économique sans démocratie. En tout cas, c'est notre conception et nous la défendons et nous la défendrons partout dans le monde. Je viens ici pour le rappeler, et rappeler que nous avons des valeurs communes à partager et à défendre partout. Nous devons, au-delà du dialogue politique, que j'aurai l'occasion d'évoquer avec la présidente Christina Fernandez de Kirchner, évoquer aussi l'avenir de nos relations sur le plan économique.

Vous êtes nombreux à travailler dans des entreprises françaises ou dans des entreprises argentines. Il y a 220 entreprises françaises dans tous les secteurs de l'économie. Elles sont parfois leaders. Je pense notamment à l'automobile, l'automobile qui est un secteur que vous savez en difficulté en France ! En ce moment, on parle de Renault, de PSA... La responsabilité du gouvernement n'est pas de gérer les entreprises, mais de les accompagner dans leur projet de réorganisation, de redémarrage qui nécessite parfois des diminutions d'emplois, des réorganisations de sites... Il faut absolument réussir à sauver ces grands secteurs industriels qui doivent s'inscrire dans une vision d'avenir sur le plan technologique, sur le plan de nouveaux produits, de nouveaux modèles... C'est le rôle du gouvernement, non pas de faire, mais d'accompagner, d'encourager. Et c'est pour cela que nous ne pouvons que poursuivre dans la voie qui vient d'être engagée, notamment de la négociation entre les partenaires sociaux - même si parfois c'est conflictuel -, pour trouver des solutions, grand groupe par grand groupe, entreprise par entreprise, dans le cadre d'accords équilibrés entre les entreprises et les salariés. C'est ce chantier qui est en cours en France. Je vous en parle, parce que si j'évoque le rôle que jouent ces groupes automobiles ici, en Argentine, il serait paradoxal de ne pas vous informer de la situation de notre pays et de la volonté de réussir à nous en sortir ! Même si c'est difficile.

La France est le 2ème fournisseur européen de l'Argentine, derrière l'Allemagne, et dégage un excédent commercial ; donc c'est un bon point de départ. Mais il faut que cette coopération exemplaire se renforce dans tous les domaines. En matière culturelle - elle existe déjà, elle est beaucoup appréciée, il y a des liens étroits entre nos deux pays - mais aussi sur le plan scientifique et universitaire, je l'évoquerai avec la présidente. Et puis d'autres partenariats que nous pourrons évoquer. Les Argentins qui se forment en France, les étudiants, qui conduisent leurs travaux de recherche, sont autant de partenaires qui auront le réflexe aussi de se tourner vers notre pays. Au fond, accueillir des étudiants, d'abord c'est un geste d'accueil, très important, il ne faut pas avoir peur d'accueillir des étudiants étrangers en France, c'est une chance pour eux mais c'est aussi une chance pour la France, c'est en quelque sorte un investissement partagé.

Mes Chers Compatriotes, l'ambition du gouvernement, je viens de l'évoquer en évoquant l'industrie automobile, c'est de faire en sorte que la France, avec tous ses atouts dont elle dispose, ses entreprises exportatrices, sa créativité, son excellence dans de nombreux secteurs de pointe, mette à profit toutes les opportunités que présente, je dirais, la mondialisation. Elle fait peur, parfois, dans chacun de nos pays, en tout cas en France ! C'est parfois le réflexe, le premier réflexe. Mais il faut bien voir aussi que l'économie du monde est en train de se transformer en profondeur. Si je représente ici la France, à cette rencontre entre l'union européenne et l'Amérique latine, comme le président de la République était récemment aussi en Asie, c'est parce que nous pensons que l'avenir du monde se joue à la fois chez nous mais se joue aussi ici, avec des pays qui veulent trouver toute leur place. On les appelle les pays émergents. C'est ça, la nouvelle donne mondiale ! Si nous sommes absents, et si nous nous replions sur nous-mêmes, si nous n'abordons pas de front cette nouvelle réalité du monde, alors nous nous affaiblirons. Mon souci et celui de tout le gouvernement, comme celui du président de la République, c'est que la France soit plus forte, qu'elle soit plus combative, plus compétitive. C'est pourquoi le gouvernement s'attache, sur fond de crise économique et de montée du chômage - qui est une réalité en France, dans le reste de l'Europe aussi - à remettre notre pays avec toutes ses forces, en mouvement, et surtout lui redonner confiance dans ses propres atouts.

On dit que les Français sont le peuple le plus pessimiste du monde. Et pourtant, je ne suis pas sûr que vous ayez cette vision de la France, vous qui en êtes éloignés. Mais c'est vrai, je l'ai dit, nous sommes dans un monde en mutation. Il ne s'agit pas pour autant de renier ce que nous sommes, ce qui fait la force de notre République, nos valeurs que j'évoquais au début de mon propos. «Liberté, égalité, fraternité», ça veut dire quelque chose en France, mais ça veut dire quelque chose aussi dans le monde, soyons conscients de ces valeurs ; beaucoup de pays s'y réfèrent, y compris en Amérique latine. Et c'est vrai que nous avons aussi à réformer notre modèle. Il ne suffit pas de dire qu'il est bien ! Il faut voir où il a ses faiblesses ! Il faut le réorganiser, le réorienter sans perdre notre âme, sans perdre les valeurs qui nous rassemblent, nous réunissent et qui nous donnent l'élan nécessaire. Mais il faut faire ces réformes ! Et en tout cas, ces réformes sont engagées. Elles nécessitent des efforts. Premier effort : la maîtrise de nos comptes publics. On ne peut pas continuer à vivre avec un pays qui s'endette et qui creuse ses déficits. Ce n'est pas l'Europe qui nous l'impose, même si nous sommes dans l'euro et que nous avons des obligations liées à l'euro ! Et nous n'avons pas l'intention d'en sortir, ce serait l'absurdité totale ! Il y a quand même un consensus national pour défendre l'euro, même si des minorités défendent d'autres thèses. Mais nous avons nos propres exigences pour nous-mêmes ! Un pays qui consacre son premier budget au remboursement des intérêts d'emprunt, ce n'est pas un pays qui prépare l'avenir de sa jeunesse ! C'est un pays qui doit se confronter à cette question et voir comment on peut faire pour réduire ces déficits, réduire cette dette. C'est ce que nous avons commencé à faire.

Mais le combat sera rude ! Il nécessite aussi d'engager d'autres chantiers. La réduction des déficits publics ne peut pas, à elle seule, résumer un projet ! Le projet, c'est de remettre notre pays sur les rails, de le rendre plus fort, je l'ai dit, et plus compétitif. C'est pourquoi nous avons engagé le Pacte national, pour la croissance, la compétitivité et l'emploi. En Europe, la priorité est aussi de retrouver le chemin de la croissance et d'avoir également une ambition en matière d'emplois. L'euro est désormais stabilisé. Je le dis ici, parce que parfois, on s'interroge à l'autre bout du monde, en Asie, en Amérique, est-ce que l'euro va disparaître ? Je crois qu'on ne le dit plus, mais il y a quelques mois, j'étais en Asie, et on m'a posé cette question. Il y avait une vraie inquiétude. Je pense qu'on peut dire que, depuis six mois - huit mois, les choses ont changé, même si parfois on pourrait espérer qu'elles changent plus vite. En Grèce, des solutions ont enfin été trouvées. La situation de l'Espagne, comme de l'Italie, est en voie d'amélioration. L'Union monétaire aujourd'hui est stabilisée, même s'il reste encore quelques difficultés. C'était la base même de la relance du projet européen. Et puis un pacte pour la croissance a également été adopté en juin dernier pour réorienter l'Europe ! C'était un des combats du président de la République. On en verra les fruits, même si ce n'est pas immédiat. L'Union monétaire elle-même est en marche. Le mécanisme européen de stabilité, qui a eu du mal à voir le jour, est également réalisé. Quant à la taxe sur les transactions financières, vieux combat de tant d'années, aujourd'hui onze pays dans le cadre d'une coopération renforcée, ont décidé de l'adopter.

Tout ça, c'est le bilan, le bilan qui ne nous satisfait pas puisqu'il y a encore d'autres chantiers, mais qui montre que, étape après étape, les choses avancent et qu'elles changent. Parce que ce monde qui change a besoin aussi d'une Europe forte. Nous sommes regardés, nous sommes écoutés, nous sommes attendus, ça sera l'objet de la rencontre de demain et d'après-demain à Santiago du Chili. Nous sommes des partenaires. Une Europe qui se porte bien, c'est le reste du monde qui se porte bien, même s'il y a beaucoup à apprendre, beaucoup à faire avec les partenaires du reste du monde.

Mes Chers Compatriotes, je connais votre attachement à la France, à la Nation, qui est la vôtre. Je sais que vous souhaitez qu'elle soit attentive à vos préoccupations. J'ai cité votre député, Sergio Coronado, qui évidemment, consacre beaucoup de temps à suivre les questions concrètes qui peuvent se poser dans votre vie de tous les jours ; j'en ai parlé tout à l'heure, brièvement, avec les délégués de l'ADFE. La diversité sociale de votre communauté justifie, de la part de l'État, un effort de solidarité. Une aide sociale, qui est doté du budget le plus important de la région, bénéficie déjà à 300 personnes en Argentine. En complément, une Fondation d'entraide se mobilise depuis trois ans pour venir en aide aux personnes en plus grande difficulté. En tout cas, je salue, Monsieur l'Ambassadeur, cette initiative ; je vous demande de bien vouloir transmettre ces encouragements aux personnes qui en sont les responsables. C'est aussi dans un esprit d'équité que la prise en charge des frais de scolarité, en dehors de toutes conditions de ressources, a été supprimée. La réforme du système des bourses, qui a été engagée, a décidé de permettre au plus grand nombre de familles, de scolariser leurs enfants, et elle s'appliquera en Argentine à compter de mars 2013, et elle a fait l'objet, avant décision, d'une large concertation.

Vous êtes aussi très attachés à un service consulaire de qualité. Grâce à un maillage étroit du territoire argentin, par un réseau d'agences consulaires, dans le cadre de la réforme de l'État, le ministère des affaires étrangères examine comment moderniser ce service, mais avec un objectif : en assurer la pérennité. Votre communauté a été choquée par les deux drames qui ont coûté la vie, en 2011 et 2012, à 3 de nos compatriotes. Je voudrais saluer leur mémoire. La sécurité des Français à l'étranger continuera d'être une priorité du gouvernement. Et le gouvernement y est particulièrement attentif, en particulier en ce moment.

Je sais que vous êtes, comme moi, soucieux de solidarité avec nos soldats qui sont engagés actuellement au Mali. Malgré la distance, je sais que vous comprenez que la France lutte aux côtés de ce pays et des autres États de la région contre des groupes terroristes. Ici en Argentine, on sait ce que veut dire «terrorisme». Ce terrorisme, ces groupes terroristes qui occupent le Nord-Mali et qui disposent de beaucoup d'armes, venant souvent de Libye ou d'ailleurs, avaient un objectif : prendre possession du Mali, porter atteinte à sa souveraineté et en faire, en quelque sorte, le coeur d'une organisation terroriste qui aurait déstabilisé toute l'Afrique de l'Ouest, et qui menaçaient aussi l'Europe et particulièrement la France. C'est pour cela que le président de la République, dès le mois de septembre à l'Assemblée générale des Nations unies, avait alerté l'opinion internationale sur ce danger. Le 20 décembre, le Conseil de sécurité a, à l'unanimité, adopté une résolution pour mettre en oeuvre une réaction et aussi soutenir la mise en place d'une Force internationale africaine, la MISMA, qui est actuellement en train de s'installer. L'État-major est à Bamako, les premières troupes arrivent ; dans quelques semaines, nous aurons plusieurs milliers de soldats africains sur le terrain, et qui ont vocation à remplacer les troupes françaises. La France n'a pas vocation à rester au Nord-Mali ! Mais pourquoi sommes-nous intervenus ? Parce que, voyant la mise en place progressive de cette force internationale, les groupes terroristes ont senti qu'il était le moment d'intervenir pour empêcher sa venue, et en prenant tout de suite possession de tout le Mali. Et la volonté de ces trois groupes terroristes était de descendre le plus bas possible vers Bamako, en commençant par Mopti. Le président du Mali, le président Traore, a appelé en urgence au secours le seul État qui avait les moyens, dans la région, d'intervenir : la France. Cette demande a été faite officiellement dans le cadre de la Charte des Nations unies et de son article 51, et avec l'appui de tous les pays, de toutes les autorités des pays de l'Afrique de l'ouest consultés par la France, mais aussi avec le soutien de tous les États dans le monde avec lesquels la France entretient des relations de confiance, les Européens bien sûr, mais aussi les Américains, les Russes qui ont parfaitement compris la nécessité de l'urgence de cette intervention. Si nous ne l'avions pas fait, aujourd'hui, ce que je décrirais comme un objectif des groupes terroristes aurait été atteint, et donc la force internationale décidée par la résolution du 20 décembre des Nations unies, du Conseil de sécurité, n'aurait pas pu se mettre en oeuvre, il aurait été trop tard.

C'est donc cette action qui est engagée. Je suis convaincu qu'elle va porter ses fruits. Ensuite, après, il faudra réussir la transition politique ! Et puis il faudra aussi assurer à ce pays, comme aux autres de la région qui sont particulièrement pauvres - c'était la responsabilité de la France mais aussi de l'Europe - leur développement ! Vous voyez bien que là, il y avait un enjeu considérable et que la France ne pouvait pas être absente et échapper à ses lourdes responsabilités.

Merci encore de votre présence ce matin ; merci, Monsieur l'Ambassadeur, Jean-Pierre Asvazadourian ; vous avez, avec tact et intelligence, contribué au rayonnement de la France depuis déjà quelques temps, ici, en Argentine. Je sais que vous aimez beaucoup ce pays ; vous savez aussi accueillir nos compatriotes, les écouter, les aider, porter aussi les projets de la France, les faire connaître, encourager ceux qui viennent ici dans les relations économiques, et je voudrais vous en remercier personnellement, ainsi que toute l'équipe de l'Ambassade et du Consulat.

Quand on est loin de la France, on voit la France... Plutôt on voit l'essentiel de la France. Et on a souvent une idée plus confiante de ce qu'elle est, de son rayonnement, de ses capacités. Et c'est ce message de confiance que je voulais vous adresser, vous remercier pour ce que vous faites dans ce pays et ce que vous faites aussi pour la France ; parce que quand on s'éloigne, on perd quelque chose, mais on gagne aussi quelque chose. On gagne un plus grand amour de la patrie ; on gagne toujours un peu plus l'affection de là où l'on est venu, de ce qu'on emporte avec soi et de ce qu'on voudrait faire partager aux autres. Je vous remercie, mes chers compatriotes, pour tout ça. Vive l'amitié entre la France et l'Argentine, vive la République et vive la France !./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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2. Mali - Syrie - Égypte - Entretien du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec «France2» (Paris, 28/01/2013)

Q - L'armée française a engagé une intervention cette nuit, du côté de Tombouctou. Est-ce que l'intention c'est d'accélérer le rythme de cette intervention ?

R - Non, les choses se passent comme le président de la République les a définies. Avec les Maliens, nous allons très prochainement libérer Tombouctou et, dans le même temps, d'autres troupes africaines sont engagées, en particulier les Nigériens et les Tchadiens, qui commencent à être à poste. Les choses se passent donc comme prévu et, ce qui est important, c'est que le Mali, petit à petit, est libéré.

Q - L'objectif, c'est la reconquête complète du Mali ?

R - Oui, c'est-à-dire retrouver l'intégrité du Mali, mais pas par les Français. C'est d'abord le rôle des troupes africaines, ce que l'on appelle la MISMA, et puis les Français sont là en soutien.

Q - Vous parlez de la MISMA, on a quand même le sentiment que les Français sont un peu seuls, l'opposition parle d'isolement de la France. Est-ce qu'il n'y a pas eu un manque de préparation diplomatique ?

R - Non, absolument pas.

Q - C'est ce que reproche l'opposition.

R - Je refuse d'entrer dans la polémique. Tout le monde voit bien que si les Français n'étaient pas intervenus, il n'y aurait plus de Mali, il y aurait un état terroriste au Mali, qui menacerait d'ailleurs tous les pays voisins, le Sénégal, la Côte d'Ivoire, etc.

Q - Mais la question, c'était : est-ce que la France est isolée, ou pas ?

R - La réponse est non, la France a le soutien de la communauté internationale, des Nations unies, maintenant des Américains, des Européens. Sur le terrain, la France était la seule à pouvoir intervenir très rapidement, concrètement, avec ses forces militaires. Le mérite du président de la République a été de décider l'intervention en quelques heures. Sinon, je vous le répète, il n'y aurait plus de Mali.

Q - Mais, sur le terrain, on reste un petit peu tout seul, ce n'est pas la bousculade pour venir nous aider.

R - Eh bien heureusement, la bousculade, ce n'est pas très bon, en général, de manière militaire. Concrètement, que se passe-t-il ? Nous regagnons toute une série de villes, avec les Maliens. Je vous ai dit que les Tchadiens et les Nigériens étaient déjà en poste, et puis la MISMA, c'est-à-dire l'ensemble des troupes africaines est en train de s'organiser, et dans le même temps, les Européens sont engagés à former, à développer la formation de l'armée malienne. C'est une opération très compliquée, mais jusqu'à présent, qui a été extrêmement bien menée.

Q - Mais vous ne souhaitez pas une intervention terrestre européenne ?

R - Non. Les Européens nous aident, et nous aident par des moyens de transport, par toute une série de dispositions. Je me rends d'ailleurs ce soir - j'y serai demain matin - en Éthiopie, à Addis Abeba, pour participer à la réunion de l'Union africaine, où nous allons discuter de tout cela, et aussi des moyens de financements.

Q - Alors, justement, la France a déjà beaucoup donné, est-ce qu'elle va donner encore ou est-ce que c'est aux autres, un petit peu, de donner, si j'ose dire ?

R - La France s'est engagée et quand on s'engage, on ne s'engage pas à moitié, puisque c'est la liberté de tout un peuple et de toute une région qui est en cause. Mais les autres, bien sûr, ont déjà commencé à s'engager ou vont le faire.

Q - Mais, qu'est-ce que vous attendez de cette réunion ?

R - Tout simplement, le financement, pas seulement de la MISMA, mais aussi de l'armée malienne et puis du développement. Il ne faut jamais perdre de vue qu'il y a trois volets dans cette crise: vous avez le volet militaire, qui est indispensable ; vous avez le volet politique, parce qu'il faut que la discussion existe entre le Nord et le Sud du Mali, et qu'il y ait un vrai rétablissement de la légalité démocratique ; et puis le volet développement. Tout cela est en route.

On n'a pas fait assez attention au fait que vendredi le gouvernement malien a rendu publique une feuille de route, qu'on lui demandait, pour que les échéances politiques soient bien tracées. Parce qu'il ne faut pas simplement faire des opérations militaires, même si elles sont indispensables, il faut aussi qu'il y ait un rétablissement de la démocratie dans l'ensemble du pays.

Q - Vous parliez de la MISMA, c'est-à-dire de la force africaine...

R - Oui.

Q - Elle est un petit peu longue à se déployer.

R - Ce n'est pas facile parce qu'il faut rassembler des troupes venues de pays différents, mais c'est en train de se faire. Vous savez, on ne peut pas inventer les forces, c'est comme ça. Je le répète, j'ai eu des témoignages extrêmement émouvants, à la fois des chefs d'État et de gouvernement, et des populations qui remercient la France et le peuple français. J'en profite, puisque je m'exprime à l'égard de millions de gens, les Africains nous disent : «Merci la France, bravo la France, bravo le peuple français».

Q - Vous parliez de libérer la totalité du Mali, est-ce que le risque ce n'est pas que les djihadistes aillent plus au nord, déstabilisent d'autres pays ?

R - Les terroristes, les groupes terroristes, effectivement, pratiquent une stratégie d'évitement, et certains peuvent remonter au Nord, d'abord au Mali...

Q - Il faudrait ré-intervenir à ce moment-là ?

R - Nous ne voulons pas nous enliser, il faut faire très attention à cela, nous tirons les leçons de toute une série de conflits, la France fait ce qu'elle doit faire, à la fois pour le Mali et au nom de la communauté internationale, et avec la communauté internationale, mais il n'y aura pas d'enlisement.

Q - Il y a un groupe islamiste qui propose de négocier la libération d'un otage français. Est-ce qu'il va y avoir négociations ?

R - Nous ne cédons jamais au chantage, nous faisons le maximum pour libérer nos otages, c'est une préoccupation de tous les jours mais pas de chantage.

Q - On est intervenu...

R - Il faut être implacable vis-à-vis des terroristes, et il faut être intransigeant, vis-à-vis de chacun.

Q - On est intervenu au Mali, on n'intervient pas en Syrie. Pourquoi cette différence ?

R - Ce n'est pas du tout la même situation. Au Mali, c'est un pouvoir légitime qui nous a demandé d'intervenir, et aux Nations unies aussi et à l'ensemble des Africains. M. Bachar Al-Assad ne nous a pas demandé d'intervenir, vous l'avez noté, et puis les situations ne sont pas du tout les mêmes. Il est vrai que la situation en Syrie, même si on en parle moins aujourd'hui, est absolument dramatique ; vous avez près de 70.000 morts, tous les jours des centaines de personnes meurent et Bachar continue d'assassiner son peuple.

Nous soutenons, comme vous le savez, la coalition nationale syrienne, c'est-à-dire l'opposition réunie. La France a été la première à reconnaitre cette coalition. Ce matin même j'ouvre une conférence internationale en soutien à la coalition. Il y aura plus de cinquante pays. Tous les jours, avec beaucoup d'autres, nous appuyons évidemment la coalition, qui a besoin là aussi de moyens matériels, de soutien politique. Mais il est vrai que c'est très long et qu'en plus cela a des conséquences sur l'ensemble de la région, puisque la Jordanie, la Turquie, le Liban et d'autres pays font face à des arrivées massives de réfugiés. La seule bonne solution, c'est que Bachar tombe et j'espère que cela sera rapide. Il est vrai que ce qui se passe est extrêmement inquiétant.

Q - Qu'est-ce qui vous garantit que cette opposition ne va pas mettre en place, si elle gagne, un pouvoir islamique, comme cela s'est passé dans beaucoup de pays, du Printemps arabe ?

R - Ce qui nous garantit, c'est à la fois ses engagements - puisqu'elle s'est engagée, par ses dirigeants - à reconnaitre la diversité des communautés. Et puis, je vous dirais que toute la vie de ses dirigeants le garantit, puisque ce sont en général des gens qui ont passé plusieurs années de leur vie, en prison, précisément parce qu'ils refusent l'extrémisme et le terrorisme.

Q - Sur l'Égypte, la situation se dégrade...

R - Très difficile, oui.

Q - L'état d'urgence est déclaré, est-ce que cela vous inquiète ?

R - Oui, bien sûr. Mais tout ce qui se passe dans cette région est inquiétant, parce qu'il y a à la fois les problèmes de violence et puis une situation économique extrêmement détériorée. Nous allons recevoir le président Morsi, vendredi et nous aurons bien sûr l'occasion de discuter de cela.

Q - Un mot sur Florence Cassez, il y a eu une polémique ce week-end, certains ont dit que Nicolas Sarkozy n'avait pas été assez suffisamment associé à ce qui s'est passé à la libération.

R - Polémique, oui, j'ai entendu ce début de polémique, il est complètement déplacé. François Hollande, je le sais, a fait absolument tout ce qu'il devait faire, et Nicolas Sarkozy avait fait le maximum aussi. Donc, si un début de polémique existe, il faut lui couper le cou./.

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3. Syrie/Réunion internationale de soutien à la Coalition nationale syrienne - Intervention du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Paris, 28/01/2013)

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de votre présence ici aujourd'hui qui illustre la mobilisation de la communauté internationale aux côtés des Syriens en lutte pour leur liberté. J'adresse mes salutations chaleureuses aux responsables de la Coalition nationale syrienne, autour de qui nous sommes réunis aujourd'hui pour leur renouveler notre soutien total et notre amitié.

Nous sommes heureux d'avoir à nos côtés les représentants d'une Syrie pluraliste, libre et démocratique, la Syrie de demain : les vice-présidents M. Riyad Seif, Mme Souhair Atassi, et M. Georges Sabra ; l'ambassadeur de la Coalition nationale syrienne M. Monzer Makhos, et M. Ahmad Assi Jarba, membre de la Coalition.

Nous sommes rassemblés pour faire face à une urgence qui reste malheureusement brûlante.

Urgence humanitaire. Le régime syrien met en oeuvre une répression féroce. Il mobilise l'ensemble des moyens à sa disposition : artillerie, aviation, missiles SCUD, bombes à sous-munitions. Chaque nouveau massacre, à Homs, à Damas, à Alep, ailleurs révèle quotidiennement la sauvagerie du régime. Depuis mars 2011, la répression a fait plus de 60.000 morts et plusieurs dizaines de milliers de disparus. Quatre millions de personnes ont besoin d'une aide d'urgence ; deux millions sont déplacées et plus de 650.000 réfugiées dans les pays voisins.

Urgence politique. Nous devons donner concrètement, en urgence, à l'opposition syrienne les moyens de soutenir sa population. La Coalition nationale syrienne, que la France a la première reconnue comme le seul représentant légitime du peuple syrien, que plus de cent États ont reconnu collectivement comme le représentant légitime du peuple syrien en décembre dernier à Marrakech, incarne un avenir de paix, de pluralisme et de liberté pour la Syrie.

Nous vous avons conviés aujourd'hui à Paris pour répondre à cette double urgence, à la fois humanitaire et politique. Nous devons également rester mobilisés pour éviter le risque d'une déstabilisation régionale. Cela implique, en particulier, d'apporter l'assistance nécessaire aux réfugiés.

* *

La France avait déjà, en octobre dernier, organisé une réunion de soutien aux conseils révolutionnaires civils en Syrie. Cette réunion avait mis en lumière des besoins immenses et révélé la nécessité d'une représentation politique unifiée de la société syrienne et d'un instrument de coordination de l'aide.

Aujourd'hui, cette représentation, nous l'avons : c'est la Coalition. La Coalition nationale syrienne a vocation à acheminer l'aide vers les zones auxquelles les agences humanitaires n'ont que peu accès et où vit une grande partie de la population, à travers l'Unité de coordination des aides, pilotée par Mme Souhair Atassi. Avec eux, nous pouvons répondre directement aux besoins des populations civiles. C'est ce que parmi d'autres mon pays fait, en allouant 2,4 millions d'euros à la Coalition, permettant l'achat de paniers alimentaires, de vêtements, de farine et le soutien à des structures médico-chirurgicales. Nous avons également donné à la Coalition les moyens de soutenir les Conseils civils locaux et de travailler avec l'Union des organisations syriennes de secours médicaux. Par ailleurs, nous soutenons les projets d'une ONG internationale qui travaille avec la Coalition. Nous lui fournissons des biens humanitaires pour qu'elle les achemine. Cette action contribue à l'aide globale de la France au peuple syrien, qui s'élève à plus de 13 millions d'euros pour l'année 2012.

Il est décisif en effet que la Coalition prouve chaque jour à la population qu'elle est à ses côtés, pour satisfaire ses besoins élémentaires et porter la promesse d'une Syrie réconciliée. Nous savons que les responsables ici présents de la Coalition ont la volonté d'agir et de réussir. Il est de notre responsabilité à tous, nous sommes plus de 50 pays, de les appuyer fortement. Car soyons clairs : face à l'écroulement d'un État et d'une société, ce sont les groupes extrémistes qui risquent de gagner du terrain. Nous ne devons pas laisser une révolte qui avait démarré comme une contestation pacifique et démocratique dégénérer en un affrontement de milices. Il y va de l'intérêt des Syriens et de notre intérêt à tous.

* *

Il faut donc agir et décider. Nous sommes rassemblés ici pour travailler, concrètement avec la Coalition et lui apporter les moyens nécessaires. En décembre dernier, à Marrakech, des sommes importantes ont été promises. Ces promesses doivent être concrètement tenues.

Je nous invite à explorer l'ensemble des pistes de coopération avec la Coalition nationale syrienne. J'identifie au moins trois objectifs principaux :

- Définir comment nous pouvons mieux travailler avec la Coalition et ses représentants.

- Afin de soutenir le fonctionnement de la Coalition, mobiliser des moyens matériels et de l'expertise.

- Aider la population syrienne à travers l'Unité de coordination des aides. Plusieurs possibilités s'offrent à nous : financement direct d'actions humanitaires, instauration de partenariats entre la Coalition et les Organisations non-gouvernementales internationales ou syriennes, achat de matériel humanitaire.

Nous avons une réelle marge de manoeuvre. Nous devons adresser au peuple syrien un signal clair : nous sommes à vos côtés, nous sommes au rendez-vous de la solidarité. C'est pourquoi nous comptons sur vous tous aujourd'hui.

Je vous remercie une nouvelle fois pour votre présence, pour votre attention et pour votre détermination à soutenir des aspirations justes et légitimes. La population syrienne qui résiste à la tyrannie fait preuve d'un immense courage, nous devons tous nous engager, maintenant, auprès du peuple syrien./.

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4. Syrie - Point de presse conjoint du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, et des représentants de la Coalition nationale syrienne - Propos de M. Fabius (Paris, 28/01/2013)

Mesdames et Messieurs,

Nous réunissons aujourd'hui à Paris une conférence internationale de soutien à la Coalition nationale syrienne. Je suis entouré des vice-présidents de cette Coalition, que la France a été la première à reconnaître et que beaucoup d'autres pays ont reconnu, notamment à la suite de la conférence de Marrakech. Cette conférence a un but concret. Bachar Al-Assad continue, tous les jours, d'assassiner son peuple. Nous en sommes à plus de 60.000 morts avec beaucoup de personnes déplacées et de réfugiés dans les pays voisins. La communauté internationale doit donner les moyens à la Coalition nationale syrienne d'agir en soutien du peuple syrien. Cela passe par des fonds, des aides de toutes sortes. Des promesses ont été faites, certaines ont été honorées, d'autres pas encore. Et donc l'objet de cette réunion très concrète, à laquelle assiste plus de 50 pays, c'est de donner les moyens à la Coalition pour qu'elle exerce sa mission qui est d'aider le peuple syrien, de préparer l'alternance et de travailler pour une Syrie libre et démocratique.

Q - Avez-vous un commentaire à la suite des propos tenus par M. Medvedev, hier, sur la Syrie et l'avenir du président Bachar Al-Assad ?

R - Nous avons entendu cette déclaration du Premier ministre Medvedev, elle va dans le bon sens. Et nous souhaitons qu'elle soit suivie d'effet. Je pense que tous les observateurs de bonne foi reconnaissent que le régime de Bachar Al-Assad n'a pas d'avenir. Il faut rappeler l'essentiel. Il s'agit en Syrie du soulèvement d'un peuple pour ses droits, pour sa dignité et pour sa liberté. Et cette révolte juste, le régime souhaite la noyer dans le sang. C'est la tâche de tous les peuples libres d'aider à la libération du peuple syrien. J'ajouterais un élément très important. Nous voulons, les uns et les autres, que la Syrie se libère tout en évitant le chaos. Si on ne donne pas les moyens au peuple syrien d'aller jusqu'à bout de sa liberté, le risque existe que les massacres s'amplifient, que les antagonismes se développement et que l'extrémisme et le terrorisme, fléaux contre lesquels nous luttons, prévalent. Le chaos ce n'est pas demain c'est aujourd'hui. Donc il faut y mettre un terme Et le terme pacifique passe par le soutien accentué à la Coalition nationale syrienne.

Q - Pensez-vous que le régime a profité de votre intervention au Mali, au niveau médiatique, et que la crise syrienne soit passée ainsi au second plan ?

R - Vous connaissez la loi de médias. Il est difficile de porter son attention sur plusieurs grands événements en même temps. Ce n'est pas parce qu'il y a cette intervention au Mali pour qu'il retrouve sa liberté et son intégrité, que l'attention doit être détournée de la situation en Syrie. Dans ce pays, il y a, tous les jours, des morts, des personnes assassinées et un dictateur qui opprime son peuple. Et il y a la nécessité d'une libération. Bien sur, nous notre attention est attirée sur la situation au Mali. La France, en particulier, car nous sommes le pays qui, à la demande des africains, s'est porté au secours du Mali. Mais ce n'est pas une lutte, contre une autre. Partout nous devons nous battre pour la liberté. Ce qui est très important dans l'action de nos amis de la Coalition, c'est que la Syrie qu'ils veulent construire soit un pays qui donne sa place à chaque communauté. Ils ne cessent d'insister sur ce point et ils ont raison. Ce n'est pas les uns contre les autres. Toutes les communautés auront leur place dans la Syrie de demain.

Q - (inaudible)

R - Les situations n'ont évidemment rien à voir. Au Mali, c'est un gouvernement légitime qui a demandé l'aide de la communauté internationale pour lutter contre le terrorisme. Et la France, l'Europe, les États-Unis l'Afrique fournissent leur aide à un gouvernement légitime.

On ne peut comparer les gouvernements malien et syrien. Ce sont deux situations très différentes. Compte tenu de la chronologie, celles-ci se passent en même temps. Mais comparaison n'est pas raison./.

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5. EADS/Administrateurs français - Communiqué du ministère de l'économie et des finances (Paris, 27/01/2013)

L'Agence des participations de l'État a reçu, vendredi 25 janvier, de Tom Enders, Chief Executive Officer d'EADS, une lettre demandant l'approbation de l'État français sur les noms de trois administrateurs proposés pour siéger dans la holding de défense française prévue par les accords de gouvernance signés en décembre 2012. Conformément à ces accords, deux de ces administrateurs devront être retenus pour figurer dans la liste de douze administrateurs composant le conseil d'EADS et soumise à l'approbation de l'assemblée générale de la société.

Les trois administrateurs proposés sont Mme Anne Lauvergeon, M. Jean-Claude Trichet et le général Bernard Thorette. Une réponse approuvant ces trois nominations sera adressée à EADS dans les prochains jours. La lettre de M. Enders indique que le comité des nominations du conseil d'administration d'EADS a d'ores et déjà retenu Mme Lauvergeon et M. Trichet comme administrateurs d'EADS dans l'hypothèse où cette approbation serait transmise./.

(Source : site Internet du ministère de l'économie et des finances)

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6. Soutien à l'exportation - Entretien de la ministre du commerce extérieur, Mme Nicole Bricq, avec le quotidien «Le Figaro» (Paris, 28/01/2013)

Q - Le déficit commercial de la France est le reflet du manque de compétitivité de la France. En tant que ministre du Commerce extérieur, comment allez-vous contribuer à la restaurer ?

R - Mon objectif, c'est que la France trouve sa place dans la mondialisation. Le premier ministre a présenté un pacte de compétitivité qui nous en donne les moyens. J'ai pour ma part des priorités très claires: d'abord mettre à disposition des entreprises un bon dispositif de financement à l'export. L'Inspection générale des finances vient de me rendre un rapport sur le sujet, qui confirme que nous avons besoin de simplifier les dispositifs et concentrer l'offre. Car aujourd'hui les entreprises ne s'y retrouvent pas. La nouvelle Banque publique d'investissement a un rôle stratégique pour cela.

En outre, la mobilisation de tous les acteurs - État, régions, chambres de commerce, entreprises, partenaires de l'export - doit être totale. D'ici à trois ans, ce sont 1 000 PME et ETI qui doivent avoir été accompagnées de manière personnalisée par Ubifrance sur les marchés internationaux.

Q - Mais comment rendre l'offre française plus attractive ?

R - En la faisant correspondre à la demande ! Il faut miser sur les secteurs pour lesquels la demande mondiale sera forte, et où la France dispose d'un avantage compétitif en matière de qualité de l'offre et de prix. J'ai défini quatre familles prioritaires, associant biens d'équipements, produits destinés aux consommateurs et services: «mieux se nourrir», «mieux se soigner», «mieux vivre en ville» et «mieux communiquer». Je vous donne un exemple: la Chine est de loin le pays avec le plus fort potentiel d'importations de produits agroalimentaires sur les cinq prochaines années avec une augmentation estimée à plus de 32 milliards d'euros. Nous devons être davantage présents sur ce marché.

Q - Et tout cela permettra d'équilibrer la balance commerciale d'ici à la fin du quinquennat (hors facture énergétique), l'objectif fixé par François Hollande ?

R - C'est un objectif tenable. Mais il faut agir ! Pour y parvenir, il faut que nos exportations augmentent de 2 % de plus par an que nos importations.

Q - Le déficit commercial pour 2012, dont les résultats seront connus le 7 février, sera-t-il moins mauvais que l'année précédente ?

R - Oui. L'année 2011 avait été marquée par un déficit record de plus de 73 milliards d'euros. En 2012, nos exportations ont été principalement soutenues par l'agroalimentaire (qui perd des parts de marché mais continue de résister), l'aéronautique, la pharmacie et le luxe. Même si notre marché de proximité reste l'Europe, qui représente 60 % de nos échanges, c'est principalement en dehors de la zone euro que nous devons aller chercher des relais de croissance.

Q - Le niveau de l'euro vous inquiète-t-il ?

R - Un euro qui monte trop peut effectivement être pénalisant pour nos entreprises, mais cela ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt. Nous devons avant tout résoudre nos problèmes de compétitivité.

Q - Vous revenez de Chine, où vous avez constaté que l'équipe de France du nucléaire ne jouait pas vraiment collectif, EDF ayant signé un préaccord avec l'électricien chinois CGNPC sans avertir l'État et en court-circuitant Areva...

R - L'État était informé de l'accord que vous mentionnez, et EDF et Areva ont bien compris la nécessité de coopérer pour remporter des marchés. Et puis le jeu collectif existe : je vous rappelle que 85 entreprises françaises participent à la construction de l'EPR de Taïshan emmenées par EDF. C'est une formidable vitrine de l'excellence française et j'ai d'ailleurs indiqué aux autorités chinoises que nous voulions être dans la course pour les deux prochains EPR. Je note aussi que, pour obtenir des marchés, il faut accepter certains transferts de compétences et de technologies à condition qu'ils soient parfaitement encadrés et maîtrisés par les entreprises et par l'État.

Q - Les discussions commencent sur l'accord de libre-échange entre l'Europe et les États-Unis. Quels sont les enjeux ?

R - Je lance la consultation des entreprises cette semaine - comme je l'avais fait pour l'accord de libre-échange avec le Japon - sur le site du ministère. Avec les États-Unis, nous avons quelques sujets qui ne vont pas être faciles, notamment la question de l'exception culturelle française dans l'audiovisuel, qui n'est pas reconnue par les Américains. Un autre exemple: sur les produits agricoles, ils ne reconnaissent pas nos indications géographiques. Et puis leurs marchés publics restent très fermés... Avant de se lancer dans la négociation, il faut nous assurer que les États-Unis ont une véritable volonté d'ouverture.

Q - Croyez-vous que la Grande-Bretagne puisse quitter un jour l'Union européenne ?

R - Ils vont y réfléchir à deux fois ! Si, dans le court terme, ils peuvent penser que ce n'est pas gênant, dans le moyen terme, ils ne participeront plus aux décisions et ne pourront plus exercer leur influence. C'est un risque pour les investisseurs et les milieux d'affaires. Je parie que la Grande-Bretagne ne le fera pas./.

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7. Point de presse du porte-parole du ministère des affaires étrangères - Égypte/Violences au Caire et à Port-Saïd - Élection de M. Hailemariam Desalegn à la présidence de l'Union africaine - Iran/Arrestations de journalistes - Brésil/Incendie dans le Rio Grande do Sul - Mali/Feuille de route pour la transition - Adhésion du Cameroun à la convention sur l'interdiction des armes biologiques ou à toxines (CIABT) (Paris, 28/01/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole du ministère des affaires étrangères a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Égypte - Violences au Caire et à Port-Saïd

La France déplore le lourd bilan humain qui a marqué tant la commémoration du deuxième anniversaire de la révolution place Tahrir que l'annonce du verdict dans le procès des émeutes du stade de Port-Saïd en février 2012. Elle renouvelle son attachement au respect du droit de manifester, qui doit être à la fois garanti et encadré pour éviter tout dérapage.

Au moment où de nouvelles institutions se mettent en place, la France appelle à un dialogue entre toutes les composantes de la société égyptienne dans le respect des idéaux portés par la révolution.

2 - Élection de M. Hailemariam Desalegn à la présidence de l'Union africaine

La France salue l'élection du Premier ministre éthiopien, M. Hailemariam Desalegn, à la présidence de l'Union africaine. Elle salue l'action exemplaire de la présidence sortante béninoise, s'agissant notamment du Mali, pour lequel elle a favorisé la mobilisation de la communauté africaine et internationale.

En cette année qui marquera le cinquantième anniversaire de l'Organisation de l'Unité africaine, nous sommes convaincus que le Premier ministre Hailemariam Desalegn permettra à l'Union africaine d'atteindre ses objectifs, tant en matière de paix et de sécurité que de développement, de gouvernance, de démocratie et de droits de l'Homme. L'Éthiopie est un pays qui a récemment exercé des responsabilités importantes au nom de l'Afrique, lors des sommets du G8 et du G20 ou lors des négociations climatiques. Elle peut compter sur le plein soutien de la France.

L'Union africaine constitue un partenaire majeur dans la résolution des crises régionales, comme elle aura de nouveau l'occasion de le confirmer par sa contribution à la conférence des donateurs sur le Mali qui se tiendra demain à Addis Abeba.

3 - Iran - Arrestations de journalistes

La France condamne l'arrestation de plus de dix journalistes iraniens, accusés d'avoir entretenu des contacts avec des media persanophones basés à l'étranger.

Comme les pressions exercées sur les proches de journalistes, ces arrestations constituent des entraves inacceptables aux droits fondamentaux des citoyens iraniens à une information libre et objective.

La France rappelle son attachement à la liberté de la presse et sa solidarité envers les journalistes, dont le rôle est essentiel pour la diffusion d'une information libre et pluraliste. Elle appelle les autorités iraniennes à respecter de manière effective les engagements internationaux auxquels elles ont librement souscrit et, en particulier, à garantir le plein exercice de la liberté d'opinion et d'expression ainsi que le respect de la liberté de la presse et du droit à l'information.

4 - Brésil - Incendie dans le Rio Grande do Sul

Nous avons appris avec une très profonde émotion l'incendie dans une discothèque de la ville de Santa Maria, dans l'État du Rio Grande do Sul, qui, selon un bilan encore provisoire, a coûté la vie à plus de deux cent trente personnes.

Dans ces circonstances tragiques qui endeuillent le Brésil, la France tient à exprimer ses condoléances aux proches des victimes et à faire part de sa solidarité aux autorités et au peuple brésiliens.

5 - Mali - Feuille de route pour la transition

L'adoption par le gouvernement malien d'une feuille de route pour la transition, qui comprend un calendrier électoral et prévoit l'ouverture de négociations avec le Nord, constitue une étape décisive et très attendue du processus politique. Cette feuille de route doit être soumise pour examen à l'Assemblée nationale malienne.

Le processus politique doit maintenant avancer concrètement. Il revient aux autorités maliennes de préparer des élections et d'engager sans plus attendre des discussions avec les représentants légitimes des populations du Nord (élus locaux, société civile) et les groupes armés non terroristes qui reconnaissent l'intégrité territoriale du Mali. Seul un dialogue Nord-Sud permettra de préparer le retour de l'État malien dans la région Nord.

Prévue par le Conseil de sécurité des Nations unies dans ses résolutions 2056, 2071 et 2085, la feuille de route conditionne la reprise de notre coopération civile bilatérale ainsi que celle de l'Union européenne.

Q - Comment expliquez-vous la faible résistance ou même l'absence de résistance des groupes islamistes dans des villes aussi symboliques du Nord du Mali comme Gao et Tombouctou ? Ont-ils les moyens de se regrouper plus au Nord et d'organiser une contre-offensive ?

R - Je vous invite à vous adresser au ministère de la défense.

6 - Adhésion du Cameroun à la convention sur l'interdiction des armes biologiques ou à toxines (CIABT)

La France se félicite de la décision du gouvernement camerounais d'adhérer à la convention sur l'interdiction des armes biologiques ou à toxines (CIABT). Le 18 janvier 2013, le Cameroun est ainsi devenu le 167ème État partie à cette convention, qui est l'unique instrument juridique à vocation universelle interdisant toute activité liée aux armes biologiques.

Toutes les régions du monde sont potentiellement confrontées à la prolifération biologique. La mobilisation de la communauté internationale toute entière est requise pour lutter contre cette menace. La France espère que l'adhésion du Cameroun constituera un signal fort pour la relance de l'universalisation de la convention.

Il s'agit en effet d'une priorité de la France et de l'Union européenne. À ce jour, dix-sept États n'ont pas signé ce texte, tandis que douze États l'ont signé mais ne l'ont pas encore ratifié. La France continuera à déployer ses efforts diplomatiques pour convaincre les États non parties d'adhérer à la CIABT. La France est prête à fournir une assistance technique aux États qui en exprimeraient le besoin./.

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