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Bulletin d'actualités du 17 janvier 2013


Sommaire



1. Mali - Émirats Arabes Unis - Conférence de presse du président de la République, M. François Hollande (Dubaï, 15/01/2013)

Mesdames, Messieurs, ce déplacement, ici aux Émirats, était prévu de longue date. J'en avais fait la promesse lors d'une visite du Prince héritier à Paris. Je l'ai donc honorée avec les ministres qui m'ont accompagné avec une large délégation de chefs d'entreprise.

Ce voyage s'est effectué dans un contexte qui n'était pas celui où j'avais pris la décision d'être là aujourd'hui. Ce contexte, vous le connaissez. C'est la décision d'intervenir au Mali que nous avons prise, vendredi, dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité et à la demande du président du Mali. Les autorités des Émirats m'ont apporté tout leur soutien dans les opérations que nous conduisons et dans l'attente de la formation de la force africaine qui doit prendre le relais. Cet appui des Émirats prendra toutes les modalités qui seront utiles : aide humanitaire, aide matérielle, aide financière et éventuellement aide militaire - nous en reparlerons plus tard.

J'ai eu l'occasion de visiter la base qui est ici et qui témoigne du partenariat exceptionnel que nous avons entre nos deux pays, mais aussi de la capacité des forces françaises à pouvoir poursuivre plusieurs grandes missions, dont l'une va être de nous accompagner aussi pour une intervention au Mali. Puisqu'il est envisagé qu'un certain nombre de matériels et notamment d'avions qui sont aux Émirats puissent venir sur le théâtre du Mali tant que de besoin.

Pour le reste, ce voyage a été utile et fructueux. D'abord parce que nous avons traité d'un grand sujet, celui sur lequel les Émirats sont en pointe, c'est-à-dire les énergies renouvelables et plus largement les énergies du futur. Je me suis exprimé lors de cette conférence qui, je le rappelle, va durer une semaine et coïncider avec d'autres évènements autour du même thème : préparer le monde à l'après-pétrole, mobiliser des ressources et des forces pour l'efficacité énergétique et pour le développement des énergies renouvelables. La transition énergétique que nous engageons en France est parfaitement cohérente avec le discours que nous pouvons tenir dans les enceintes internationales et la volonté qui est la nôtre d'accueillir la Conférence pour le climat en 2015.

Ce déplacement a été aussi utile et fructueux puisque nous avons pu évoquer un certain nombre de sujets, de partenariats économiques, culturels et politiques.

Commençons par la politique. Entre les Émirats et la France, il y a une large convergence de vues sur tous les dossiers de la région. Que ce soit sur la Syrie, où nous voulons accélérer la transition politique et faire en sorte que la coalition qui rassemble toute l'opposition puisse être l'autorité légitime ; que ce soit sur l'Iran, où nous voulons que la négociation soit reprise pour que l'Iran respecte les obligations en matière nucléaire ; et nous avons aussi une très large identité de vues sur le dossier israélo-palestinien avec le souci qui est le nôtre, après les élections en Israël, d'une reprise des négociations. Sur le Mali et plus largement sur la question de la lutte contre le terrorisme, nous avons là encore affirmé des principes qui seront utiles dans cette région du monde comme dans d'autres.

Le partenariat économique concerne plusieurs domaines. J'ai évoqué la défense où il y a une partie qui relève de l'action économique, notamment pour nos industries de défense. Tous les sujets ont été abordés. Je demanderai au ministre de la défense, dans un contexte sans doute différent de celui d'aujourd'hui, de revenir aux Émirats pour que nous puissions aborder tous ces sujets.

Sur l'énergie, la présence d'un grand nombre d'entreprises françaises mobilisées d'ores et déjà sur la question nous laisse penser qu'une coopération qui peut encore s'accentuer. Je rappelle ici la place de Total dont la concession vient à expiration en 2014 et dont nous souhaitons qu'elle puisse être encore amplifiée. Il y a les domaines également du transport, du tourisme et, là encore, nous avons de grandes espérances.

D'ores et déjà, nous nous sommes mis d'accord pour créer un Fonds commun franco-émirien qui puisse rassembler des financements et servir des investissements en France, dans les Émirats, voire même pour un certain nombre de projets qui nous seraient communs dans le monde. Nous allons définir prochainement les modalités de constitution de ce Fonds. Je rappelle qu'il en existe déjà dans notre pays avec la Chine ou avec la Qatar. Nous lui donnerons une ampleur particulière avec les Émirats.

Nous avons aussi, sur la question de la ville durable, une volonté de mobiliser toutes les entreprises françaises concernées et les entreprises émiriennes pour faire un modèle de ville du futur où nous pourrions utiliser toutes les technologies que nous avons développées en France ou aux Émirats, c'est-à-dire ce qui peut lier l'habitat, la mobilité, l'isolation des logements et également l'énergie.

Nous avons aussi, sur l'Espace, un certain nombre de projets qui peuvent se réaliser rapidement et sur lesquels - là encore - nos entreprises se sont investies.

Pour en terminer sur déplacement, je considère donc qu'il est déjà à la hauteur des relations que nous avons su nouer mais qu'il peut aller encore beaucoup plus loin dans ses résultats. J'ai donc invité les autorités émiriennes à venir en France mais surtout à engager ce partenariat exceptionnel qui est le nôtre et qui ne ressemble à aucun autre. J'en prendrai pour preuve le projet du Louvre d'Abou Dabi qui m'a été présenté et qui va aboutir à une ouverture en 2015. Ce premier grand musée à Abou Dabi préfigurera d'autres installations, d'autres musées du monde qui témoignent de la place particulière de la France dans cette région. J'ai aussi insisté sur la Sorbonne et sur les grandes Universités qui sont accueillies ici à Abou Dabi.

Ce partenariat exceptionnel, cette amitié exceptionnelle, cette coopération exceptionnelle nous laissent de grandes perspectives pour les prochaines années. Vous connaissez ma méthode : je ne parle pas de contrats. Mais les entreprises qui nous suivent ont à aller chercher ces contrats et faire en sorte qu'elles soient les plus compétitives, les plus acharnées pour les conclure. Nous ne demandons aucun privilège, aucun avantage, au prétexte que nous aurions ici des partenaires particuliers. Mais en même temps nous souhaitons que nos entreprises prennent toute leur place, ce qu'elles font, et en prennent même davantage. Je rappelle que les Émirats constituent notre 4ème excédent commercial - nous n'en avons pas beaucoup, donc raison de plus pour l'amplifier encore ! Le Fonds dont j'ai parlé entre la France et les Émirats aura aussi pour vocation de lier nos deux économies pour qu'elles échangent et investissent davantage.

Je suis prêt à répondre à vos questions.

Q - Je voudrais connaître la mission précise des troupes françaises engagées au Mali. S'agit-il de stopper les combattants que vous avez qualifié vous-même de terroristes ou s'agit-il de les capture et de les juger le cas échéant ?

R - Nous avons trois buts dans notre intervention qui, je le rappelle, s'effectue dans le cadre de la légalité internationale avec la demande expresse des autorités maliennes, avec le soutien de tous les pays africains et avec l'appui de l'Europe. J'ajoute que le Conseil de sécurité, hier soir, a de nouveau donné à la France et à l'opération que nous avons engagée, le cadre dans lequel nous avons légitimité pour opérer.

Les buts sont donc les suivants : un, arrêter l'agression terroriste qui consistait à vouloir y compris jusqu'à Bamako le contrôle du pays. Le second but est de sécuriser Bamako où, je le rappelle, nous avons plusieurs milliers de nos ressortissants. Troisième but, c'est de permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale. La mission en a été confiée à une force africaine qui aura notre appui et qui sera prochainement sur le terrain pour accomplir cette tâche.

Vous demandez ce que l'on va faire des terroristes si on les retrouve. Les détruire, les faire prisonniers si c'est possible et faire en sorte qu'ils ne puissent nuire à l'avenir. Nous sommes dans une opération qui n'est pas simplement de défendre une ligne - laquelle d'ailleurs ? - il n'y a pas de frontières à l'intérieur du Mali. Je vous l'ai dit, c'est d'arrêter l'agression, de permettre à Bamako d'être sécurisé, de préserver les autorités du Mali et nos ressortissants et enfin qu'il y ait cette force africaine qui va mettre encore quelques jours avant de s'installer, même si une réunion des États-majors africains a déjà eu lieu aujourd'hui. Cette force, appuyée par la France, va répondre à ce qu'est d'ailleurs la résolution du Conseil de sécurité pour le retour à l'intégrité du territoire malien.

Q - Vous avez ce matin rencontré le président mauritanien lors d'un rendez-vous qui n'était pas prévu à votre agenda. On a appris par votre entourage que vous avez eu au téléphone le roi du Maroc et le président Bouteflika. Quel rôle spécifique attendez-vous de ces pays du Maghreb qui sont limitrophes au Mali ? Leur avez-vous demander de faire partie de cette force africaine destinée à stabiliser le Mali ?

R - J'ai rencontré effectivement le président de la Mauritanie ce matin. Il a déjà pris une décision qui est de sécuriser et fermer sa frontière avec le Mali dans l'hypothèse où des terroristes voudraient se réfugier au coeur du territoire mauritanien. Ensuite, le président de la Mauritanie a dit sa disponibilité si un appel lui était adressé par le président du Mali, par le président de la CEDEAO. À ce moment-là, la Mauritanie aurait à prendre ses responsabilités.

Pour les autres pays dont vous avez parlé : le président Bouteflika - et je l'en ai remercié - a autorisé le survol de l'Algérie pour un certain nombre de passages de nos avions et a également fermé sa frontière avec le Mali pour empêcher justement que les terroristes puissent y trouver refuge. Le Maroc nous a également autorisés à survoler son territoire. Ensuite ces pays auront à savoir ce qu'ils ont à faire dans l'hypothèse où le conflit durerait plus longtemps qu'il n'est prévu.

Q - Pouvez-vous détailler le soutien des Émiriens à la France ? Sous quelle forme se fera-t-il ?

R - Je l'ai dit. Il prendra plusieurs formes : humanitaires - et je pense que cela sera nécessaire à travers les ONG ; financières, il y aura une conférence des donateurs prochainement - et tous les pays qui voudront participer non seulement au financement de la MISMA, la force africaine, mais également au financement des aides aux réfugiés et à la reconstruction du Mali - ces donateurs seront donc sollicités ; et enfin une aide matérielle. Vous savez que beaucoup de pays nous ont prêté leur concours : des avions de transport, des ravitailleurs, parfois davantage. Enfin les Émirats auront à déterminer eux-mêmes ce qu'ils veulent faire pour nous soutenir.

Q - La France n'est-elle pas trop seule dans ce conflit ? Vous dites qu'elle est en première ligne. Il y a des soutiens internationaux - au moins verbalement. N'y a-t-il pas au niveau européen quelques absences regrettables et des mobilisations un peu minimales - comme le dit votre ministre Alain Vidalies ? Vous avez dit que si nous retrouvions des terroristes il fallait les détruire. Qu'avez-vous voulu dire précisément ?

R - Je reviens sur cette parole : si nous sommes attaqués, nous nous défendons. Si nous voulons appuyer l'armée malienne pour arrêter l'agression, nous sommes partie prenante. Si ces terroristes ne veulent plus terroriser, ils n'ont qu'à abandonner leurs armes et à quitter le territoire malien, parce que beaucoup sont extérieurs au Mali. Pour le reste, si nous pouvons faire des prisonniers nous en feront et je sais que le Mali en détient déjà quelques-uns. Cela pourra être utile.

Ensuite sur les Européens : ils ont tous - je dis bien tous - prodigué leur soutien et même leur aide matérielle. Je ne vais pas citer tous les pays qui nous en ont fait la proposition. Le premier à le faire - et je le salue - a été le Premier ministre britannique pour des avions de transport et des avions ravitailleurs. D'autres ont suivi, y compris les pays qui ne sont pas parmi les plus puissants d'Europe, comme le Danemark. D'autres se proposent, comme la Belgique, pour des aides de formes différentes.

Sur le plan politique, tous les pays sont non seulement solidaires mais convaincus que nous avons pris la bonne décision et que la France a une responsabilité particulière parce qu'elle est la France. Non pas parce qu'elle a des intérêts au Mali - nous n'en avons aucun - mais parce que nous avons la capacité d'intervenir. Il se trouve que nous sommes une puissance, que nous avons un outil de défense et que lorsque nous sommes mandatés par la communauté internationale, appelés par un pays ami, soutenus par les pays africains - et que nous avons vocation à leur laisser la place - nous prenons notre responsabilité.

Si nous ne l'avions pas prise, vendredi matin, si je n'avais pas décidé cette intervention, mais où en serait le Mali aujourd'hui, compte tenu de ce que nous savons de l'armement des terroristes, du nombre de véhicules dont ils disposent, de leur intention qui était d'aller chercher une position y compris à Bamako et peut être même dans d'autres pays africains ? Tous les pays ont donc reconnu que la France avait pris ses responsabilités. Maintenant, nous n'avons pas vocation à rester.

Nous avons pris une décision, il y a longtemps, dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité : favoriser la création d'une force africaine et c'est toute l'Europe qui doit apporter son soutien à cette force et c'est toute l'Afrique de l'Ouest et même au-delà - parce que la Mauritanie et le Tchad ne sont pas dans la CEDEAO - qui doit également se mobiliser. Dès que cette force africaine sera en situation de pouvoir faire la mission qui lui a été confiée, nous n'aurons qu'à l'appuyer.

Q - Que pouvez-vous nous dire sur le sort des otages ? N'avez-vous pas le sentiment d'avoir mis leur vie en danger en lançant la France dans cette opération ?

R - Sur le sort des otages, vous me permettrez de ne rien dire. Non pas que je n'y pense pas - j'y pense à chaque instant - mais j'ai considéré - y compris pour leur libération - que l'intervention était la seule solution. Nous ferons tout pour qu'ils puissent être libérés. Ceux qui les ont capturés et détenus, doivent réfléchir. Il est encore temps de les rendre à leur famille.

Q - Quelle a été la teneur de vos discussions économiques aujourd'hui avec les dirigeants des Émirats ?

R - Nous avons parlé de tous les sujets, avec le président de la Fédération - Cheikh Kalifa -, avec le Prince héritier et avec le Premier ministre. De tous les sujets : des sujets de défense, des sujets économiques, de l'investissement et de la constitution d'un Fonds. Nous avons même avec Cheikh Mohamed fait - et les ministres ici étaient présents - une rencontre avec les chefs d'entreprises des Émirats et les chefs d'entreprises françaises. Nous n'avons donc écarté aucun domaine ni aucun sujet. Mais ce sont les entreprises qui signent des contrats. Nous pouvons appuyer, soutenir, éclairer - ce que nous avons fait - montrer l'enjeu, trouver des instruments nouveaux. Par exemple ce Fonds que nous pourrions former entre les Émirats et la France pour financer un certain nombre d'investissements innovants. Mais les entreprises doivent aller chercher ensemble les formes de leurs partenariats.

Q - Partagez-vous les inquiétudes et les peurs de la région sur les pratiques de l'Iran? Le conseil de coopération du Golfe avait critiqué ces pratiques. Mis à part le dossier nucléaire, pensez-vous que l'Iran est une menace pour la région, sachant ce qu'ils font en Syrie ?

R - Notre préoccupation est le dossier nucléaire et nous ne voulons pas mettre tous les sujets indifféremment et indistinctement. La prolifération nucléaire est un danger majeur, pas seulement pour cette région mais pour le monde. Vis-à-vis de l'Iran, c'est donc cet appel que nous lançons et formons une nouvelle fois pour aller vers la négociation.

Sur le dossier syrien, il est vrai que l'Iran soutient Bassar Al-Assad. Ce soutien a-t-il de l'avenir ? Je ne le crois pas. L'Iran doit également réfléchir à ce que signifierait l'effondrement du régime de Bassar Al-Assad.

Q - Monsieur le Président, vous avez parlé d'un partenariat économique avec les Émirats. Il y a un dossier récurent - évoqué ce matin à Abou Dabi - celui des Rafales. L'Élysée affirme que le dossier est toujours sur la table. Où en est-on exactement ? A-t-on une chance finalement de vendre cet avion aux Émirats ?

R - Nous pensons que c'est un très bon avion. Je n'ose pas dire que l'expérience l'a démontré, mais c'est pourtant le cas, aussi bien en Libye que sur le théâtre malien. Nous pensons que c'est une technologie exceptionnelle et nous l'avons dit à nos amis émiriens. Ils ne le contestent pas d'ailleurs. Après c'est une question de prix. Mais ce n'est pas le président de la République française qui fixe le prix des avions, cela obéit donc à une logique de discussions et de négociations. C'est pourquoi j'ai demandé au ministre de la défense de revenir aux Émirats - il l'a déjà fait - pour que l'ensemble des questions sur les matériels militaires puisse être posé.

Mais vous savez les Émirats ont déjà fait beaucoup pour acheter des équipements français. La base qui est ici depuis 2009 peut y contribuer puisqu'il y a des opérations qui se font en commun. Nous ne conditionnons donc rien à rien, mais c'est vrai qu'étant présents ici nous avons vocation à avoir des matériels qui puissent être les plus cohérents entre nos deux pays.

Q - Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les contours de ce Fonds commun ? Est-ce que cela serait une association entre la Caisse des dépôts et les fonds souverain d'Abou Dabi et Dubaï ? Êtes-vous prêt à laisser monter les capitaux des Émirats dans les grands groupes français où l'État est présent ? Concernant Areva, après l'échec d'un méga-contrat en 2009, l'offre nucléaire française a-t-elle encore une chance d'aboutir dans cette région ?

R - Tout d'abord sur le Fonds. L'idée en a été arrêtée aujourd'hui et c'est déjà un point très important : les modalités vont être définies. Je l'ai dit il y a déjà des exemples : entre la France et la Chine, plus récemment entre la France et le Qatar. Mais nous pouvons trouver d'autres modalités. Ce qui est intéressant pour nous, ce n'est pas simplement de rassembler les capitaux et d'aller au capital d'entreprises françaises, c'est de définir des domaines sur lesquels les Émirats et la France pourraient avoir un intérêt et un avantage stratégique à investir. Nous en avons cité quelques-uns : les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique, la ville de demain... Tout ce que nous pourrions donc faire ensemble dans nos deux pays - et pas simplement en France - voire même dans un certain nombre de régions du monde, nous pourrions le faire à travers ce Fonds. J'ai donc demandé au directeur général de la Caisse des dépôts - puisque normalement ces fonds sont adossés à la Caisse des dépôts - de venir aux Émirats pour formaliser cette proposition avec eux.

Concernant le nucléaire civil - parce que ce n'était pas seulement Areva qui n'a pas réussi précédemment - nous y sommes revenus, bien sûr, dans nos discussions. Nous ne pouvons pas dire que l'organisation française avait été particulièrement brillante. C'est ce que j'ai retenu de notre conversation avec le Prince héritier. Les Coréens ont été plus agressifs sur ce dossier. Devons-nous en tirer des conclusions ? Oui. Il ne sera plus possible - sur une question aussi importante que le nucléaire civil - d'aller en ordre dispersé comme cela a été le cas sur ce contrat et nous mettrons donc les entreprises - c'est déjà fait - en situation de gagner les contrats sur lesquels nous nous présentons, sans donner l'image de la confusion ou de la surenchère.

Q - Combien de temps pourrait durer cette intervention française - Michel Rocard ce matin évoque «une bagarre sur une dizaine d'années» ? Craignez-vous par ailleurs des représailles sur le sol français ou vis-à-vis des intérêts français dans le monde ?

R - Je vous l'ai dit nous avons pris une décision majeure. Nous étions les seuls à pouvoir la prendre et j'ai pris ma responsabilité. L'intervention - compte tenu de l'agression - ne pouvait être décidée que par la France dans le cadre de la légalité internationale et à la demande du président malien. Mais dès lors qu'il y aura une force africaine dans les prochains jours et les prochaines semaines, que cette force sera encadrée et soutenue par la communauté internationale et par l'Europe, la France n'a pas vocation à rester au Mali. Nous avons en revanche un objectif à travers les buts que j'ai présentés : faire en sorte que lorsque nous partirons et cesserons notre intervention, il y ait la sécurité au Mali, des autorités légitimes, un processus électoral et qu'il n'y ait plus de terroristes qui menacent l'intégrité du Mali. Mais ce sont les Africains qui vont y contribuer et la France aura été l'élément déclenchant, décisif, mais pas l'élément permanent.

Q - Une petite question personnelle si vous me le permettez : il y a un an on disait de vous que vous étiez incapable de trancher, de décider ; vous étiez un capitaine de pédalo incapable d'affronter la tempête. Un an plus tard, on vous dépeint en chef de guerre, on dit de vous que vous n'avez pas la main qui tremble. Avez-vous l'impression que cette épreuve vous change et change un peu votre façon de gouverner ?

R - Je vais vous faire une confidence : je suis exactement le même. Il y a un an j'étais candidat, aujourd'hui je suis président. Cela est un changement de responsabilités et de situation. Face à une épreuve, j'ai fait en sorte que la France puisse être là où elle devait être et je ne me suis pas posé d'autres questions : ni par rapport au moment, ni par rapport à l'opinion, ni par rapport aux circonstances intérieures. La seule question à laquelle j'ai répondu c'est «qu'est-ce que devait faire la France dans cet instant ?». Je pense qu'elle a été fidèle à son histoire, ses traditions et ses principes, et surtout respectueuse de la légalité internationale et utile à la paix.

Q - Monsieur le Président, que répondez-vous à ceux qui disent que justement, la France est et restera le gendarme de l'Afrique ?

R - Ce sont les Africains qui vont être leur propre défenseur et protecteur. J'ai prononcé un discours à Dakar et je n'en enlève aucune ligne, aucun mot. Ce sont les Africains qui doivent assurer leur sécurité. Mais la France est leur amie. Elle ne peut venir que lorsqu'elle est appelée et qu'elle intervient au nom de la communauté internationale dans le cadre de la charte des Nations unies et en fonction de résolutions du Conseil de sécurité. Elle ne peut intervenir que dans un moment exceptionnel, pour une période exceptionnelle et pour un temps limité. C'est ce que nous ferons.

Vous savez, il n'y a aucun intérêt français, sauf nos ressortissants au Mali. Cela n'a donc rien à voir avec je ne sais quelle autre politique d'un autre temps, où nous défendions un régime - quel régime ? - où nous défendions des entreprises qui pouvaient avoir des positions - quelles entreprises ? Nous ne défendons qu'une cause, celle de l'intégrité du Mali et nous n'avons qu'un adversaire, le terrorisme qui ne menace pas que le Mali mais toute l'Afrique de l'Ouest et sans doute l'Europe.

Tout à l'heure une question m'a été posée s'il n'y avait pas un risque pour la France. Il y a toujours des risques dès lors que l'on lutte contre le terrorisme. Mais le pire des risques est de le laisser prospérer. Voilà ce qui aurait été le plus grave ! Que le terrorisme puisse s'installer dans un pays, disposer d'armes considérables, avoir de l'argent produit par le trafic de drogue, le trafic des otages, le trafic des armes... Le plus grand risque que nous pouvions donc courir, c'était de ne rien faire. Ce risque-là nous ne l'avons pas pris. Merci./.

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2. Mali - Déclaration du gouvernement et débat à l'Assemblée nationale - Interventions du Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault, et du ministre de la défense, M. Jean-Yves Le Drian (Paris, 16/01/2013)

 M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les Députés, depuis plusieurs années la montée du terrorisme au Sahel est une source croissante de préoccupation. La dégradation de la situation au Mali en 2012 a hélas confirmé que les pires scénarios étaient possibles.

L'assaut des groupes terroristes qui ont conquis une partie du territoire de ce pays a provoqué une profonde déstabilisation de l'État malien, une atteinte inacceptable à sa souveraineté et la constitution d'un sanctuaire terroriste à près de 2 500 kilomètres du territoire national. C'est donc toute une région, déjà vulnérable, dont la sécurité et la stabilité sont mises en danger. C'est aussi une menace qui pèse sur l'Europe et sur la France.

À la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, en septembre dernier, le président de la République avait averti que la situation créée par l'occupation d'un territoire au nord du Mali par des groupes terroristes était insupportable, inadmissible et inacceptable, non seulement pour le Mali, mais également pour tous les pays de la région et, au-delà, pour tous les États qui font preuve de détermination dans leur lutte contre le terrorisme.

La France a donc agi pour mobiliser la communauté internationale, et nous pouvons affirmer que nos initiatives diplomatiques ont porté leurs fruits.

Après deux premières résolutions, le Conseil de sécurité des Nations unies a autorisé, le 20 décembre dernier, le déploiement d'une force africaine de stabilisation, la MISMA.

L'Union européenne a, quant à elle, décidé d'une opération de soutien, dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune.

C'est probablement pour y faire obstacle que, pour la première fois, les groupes terroristes présents au nord du Mali, Aqmi, le Mujao et Ansar Eddine, ont regroupé leurs forces afin de lancer l'offensive contre les villes commandant l'accès à Mopti à l'Est, et à Ségou à l'Ouest, en direction de Bamako.

Dès le 9 janvier, le président du Mali a lancé à la France une demande d'assistance militaire. La prise de Konna, le 10, a achevé de nous convaincre que nous étions bien devant une agression caractérisée qui mettait en jeu l'existence même de l'État malien et que les forces armées maliennes n'avaient pas les moyens d'y résister seules.

Le Conseil de sécurité a confirmé dès le 10 janvier cette menace directe pour la paix et la sécurité internationales. Le président de la République a donc décidé le vendredi 11 que la France devait intervenir militairement, sans attendre, en appui aux forces armées maliennes.

Face à des adversaires dangereux, bien équipés et déterminés, la France poursuit des objectifs parfaitement clairs. Je souhaite les rappeler devant vous.

Le premier objectif est d'arrêter l'avancée des groupes terroristes vers Bamako. Le deuxième consiste à préserver l'existence de l'État malien et à lui permettre de recouvrer son intégrité territoriale. Le troisième est de favoriser l'application des résolutions internationales à travers le déploiement de la force africaine de stabilisation et l'appui aux forces armées maliennes dans leur reconquête du Nord.

Le président de la République l'a affirmé avec détermination : notre intervention durera le temps nécessaire pour atteindre ces trois objectifs.

Les moyens engagés y répondront strictement. Aujourd'hui, 1.700 militaires français sont engagés dans l'opération Serval, dont 800 sur le territoire malien. Notre dispositif aérien est composé de douze avions de chasse et de cinq ravitailleurs. Notre dispositif terrestre comprend actuellement un état-major tactique, deux compagnies de combat et un escadron blindé. L'ensemble de nos moyens continue à monter en puissance.

Les efforts se concentrent, d'une part, sur l'aide aux forces armées maliennes, pour arrêter la progression des groupes terroristes, en combinant une action aéroterrestre des forces spéciales, engagées dès les premières heures, des frappes aériennes et un appui par des unités terrestres. Les premiers éléments des compagnies françaises arrivées à Bamako ont commencé leur progression vers la zone de combat.

Les efforts portent, d'autre part, sur les actions aériennes mobilisant nos avions de chasse basés à N'Djamena ou en métropole. Elles visent, dans la profondeur, les bases arrière des groupes terroristes, pour leur infliger les pertes les plus importantes possibles et neutraliser leur capacité offensive sur l'ensemble du territoire malien.

À cet égard, il ne saurait être question de figer l'actuelle ligne de front, laquelle n'est rien d'autre que le résultat d'une division artificielle du Mali et d'un rapport de forces que nous avons précisément la volonté de modifier.

La France agit, je le rappelle, à la demande des autorités légitimes du Mali qui, à deux reprises, lui ont lancé un appel à l'aide. Elle s'inscrit dans le respect de la charte des Nations unies et de son article 51, en parfaite cohérence politique avec les résolutions du Conseil de sécurité.

Le secrétaire général des Nations unies a d'ailleurs salué notre réponse à la demande souveraine du Mali. Au Conseil de sécurité, une grande majorité d'États membres a rendu hommage à la rapidité de notre intervention, dont l'opportunité et la légalité sont incontestées.

De fait, la France n'est pas seule. Notre décision bénéficie d'une large approbation internationale. Elle a été accueillie, je dois le rappeler, avec soulagement par les États africains unanimes, lesquels sont d'ailleurs prêts à se mobiliser. L'Algérie nous a accordé les autorisations de survol nécessaires. À cet égard, je me suis entretenu il y a quelques instants avec le premier ministre algérien, qui a confirmé la fermeture de la frontière avec le Mali pour ne laisser pénétrer aucune des forces terroristes qui seraient amenées à s'échapper à la suite de notre intervention.

Nos partenaires européens sont eux aussi au rendez-vous, mettant à notre disposition des moyens logistiques de transport ou de ravitaillement en vol. Le Royaume-Uni, l'Allemagne, la Belgique et le Danemark devraient très rapidement être rejoints par d'autres.

Nous pouvons aussi compter sur le soutien des États-Unis et du Canada, sans compter les propositions que nous recevons d'autres pays.

Nous sommes intervenus en urgence pour éviter un effondrement du Mali, qui aurait rendu vaine toute initiative internationale. Nous avions donc le devoir d'agir vite. C'est ce que le président de la République a décidé après le conseil de défense réuni vendredi dernier.

La priorité consiste à accélérer le déploiement de l'opération africaine, qui doit aider les autorités maliennes à reprendre le contrôle de leur pays.

D'ores et déjà, un échelon précurseur de l'état-major de la force africaine est arrivé à Bamako. De nombreux pays susceptibles d'envoyer des troupes ont exprimé leur volonté de participer à cette opération. Je pense au Nigeria, au Sénégal, mais aussi au Bénin, au Burkina Faso, à la Côte d'Ivoire, au Niger, au Tchad et au Togo, sans compter d'autres pays qui vont suivre. En conséquence, les premières troupes africaines devraient être en mesure d'arriver à Bamako d'ici la fin de la semaine.

Une réunion des chefs d'état-major de la CEDEAO se poursuit actuellement dans la capitale malienne et un sommet de l'organisation aura lieu à Abidjan le 19 janvier ; la France y sera représentée comme observateur par le ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius. Il s'agit d'autant d'occasions de poursuivre la mobilisation africaine et de préparer le déploiement opérationnel de la MISMA.

La France se mobilise également, avec ses partenaires, pour accélérer la mise en place de l'opération européenne EUTM-Mali, qui apportera les indispensables soutiens en matière de logistique et de formation.

Catherine Ashton, dont je salue la contribution, a convoqué demain à Bruxelles une session extraordinaire du Conseil des ministres des affaires étrangères. La France souhaite que cette réunion permette de créer l'EUTM-Mali, d'en désigner le commandement et d'envoyer dans les prochains jours une équipe de précurseurs sur le terrain. Lors de cette réunion seront également examinées les réponses à apporter à la situation humanitaire, qui se dégrade sur le terrain et dans les pays voisins du Mali.

J'ai évoqué hier les mesures adoptées par le gouvernement dans le cadre du plan Vigipirate. Elles ont pour but de renforcer la sécurité du territoire national, notamment dans les transports et dans les bâtiments publics, ainsi que dans les lieux de culte.

La même attention est portée à la situation de nos quelque 6.000 compatriotes qui résident au Mali et que nous avons encouragés, pour ceux dont la présence n'est pas indispensable, à quitter ce pays, sans pour autant procéder à leur évacuation. La présence de nos forces offre naturellement une protection à notre communauté, principalement installée à Bamako.

Enfin, comme je l'ai fait ces derniers jours, je souhaite évoquer la situation de nos otages et l'angoisse de leurs familles. Nous sommes évidemment totalement solidaires, mais, une fois encore, n'oublions pas que ceux qui détiennent nos otages sont ceux-là mêmes qui voulaient s'emparer de la totalité du Mali. Ne rien faire n'aurait en aucun cas contribué à la libération de nos otages.

Dans ces circonstances, je sais pouvoir compter sur l'unité de l'ensemble des forces politiques de notre pays pour soutenir l'action qui a été engagée par la France après la décision du président de la République et du gouvernement. Cet engagement et ce soutien, nous les devons à nos soldats qui, au péril de leur vie, sont engagés sur un terrain difficile aux côtés de l'armée malienne.

À nouveau, je veux saluer leur courage et leur professionnalisme. Ils forcent l'admiration de nos compatriotes. J'ai présidé hier l'hommage solennel rendu par la nation au chef de bataillon Boiteux et je renouvelle ici, comme vous l'avez vous-mêmes fait hier, toute ma solidarité à sa famille, de même que la solidarité de la nation.

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les Députés, pour toute démocratie l'engagement des forces armées est une décision grave. Mais, nous pouvons aujourd'hui le constater, notre intervention a manifestement changé la donne.

Sur le terrain, nous sommes parvenus à arrêter l'offensive des groupes terroristes, dès le premier jour, le 11 janvier, à l'est et, depuis mardi, à l'ouest.

À Bamako, les institutions de transition, qu'il s'agisse du président ou du Premier ministre, sont ainsi confortées.

C'est un élément là aussi essentiel. Car, nous en avons la conviction et la volonté, une paix durable au Mali passe bien sûr par une solution politique, c'est-à-dire l'adoption d'une feuille de route de la transition ouvrant la perspective d'élections démocratiques organisées sur tout le territoire malien.

D'après les indications recueillies à Bamako, le Premier ministre Cissoko souhaite aller vite : il a déjà consulté les partis politiques sur la feuille de route qui sera prochainement présentée au Conseil des ministres puis au parlement malien. Une cellule de suivi sera créée pour en assurer la mise en oeuvre.

La donne devrait également changer entre le sud et le nord du Mali. Le retour à l'intégrité territoriale devra s'accompagner d'une négociation destinée à établir les modalités d'une paix durable entre toutes les composantes du Mali et sur tout son territoire, à l'exception bien sûr des groupes terroristes.

Notre ambition est également de donner une nouvelle perspective de développement au Mali et à toute cette région de l'Afrique. Car il n'y aura pas de stabilisation du Mali sans perspective d'avenir pour sa population.

D'ores et déjà, je salue l'intention de la Commission européenne de relancer son aide budgétaire au Mali, qui représente un apport de 92 millions d'euros. La France reprendra elle aussi son aide bilatérale, une fois la feuille de route de la transition adoptée.

En décidant de répondre à l'appel au secours du Mali, la France a montré sa détermination à lutter contre le terrorisme.

Dans ces moments difficiles et alors que nos troupes sont engagées à l'étranger, l'unité de la nation est un atout irremplaçable. Je salue l'esprit de responsabilité dont toutes les forces politiques ont témoigné depuis le 11 janvier. Face à la menace des groupes terroristes, la détermination du gouvernement ne faiblira pas !

(Interventions des parlementaires)

M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, je veux seulement dire quelques mots avant que le Premier ministre ne conclue ce débat indispensable et souhaité.

En qualité de ministre de la défense, je voudrais d'abord exprimer la gratitude de la communauté militaire de notre pays pour les propos de soutien et de reconnaissance qui ont été exprimés par l'ensemble des intervenants au cours de ce débat. Vous avez, les uns et les autres, souligné le professionnalisme, le courage, la détermination de nos forces armées, durement éprouvées dès les premières heures de l'intervention par le sacrifice du chef de bataillon Damien Boiteux, mort pour la France dans des conditions héroïques.

Je veux aussi me réjouir du soutien unanime qui s'est manifesté cet après-midi. C'est la grandeur de la représentation nationale que de savoir se rassembler, par-delà les opinions politiques, lorsque la gravité de la situation l'exige. En retour, comme cela a également été dit, cela donne aux forces armées et au gouvernement - en particulier au ministre de la défense -, dans la conduite de cette intervention, des devoirs, notamment de transparence, dans les seules limites de ce qui pourrait compromettre l'intervention de nos forces et la sécurité de nos soldats. C'est ce à quoi je m'emploierai, et je suis disposé, Mesdames les Présidentes, à venir devant vos commissions respectives, comme je l'ai déjà fait devant les commissions du Sénat.

Je ne reviendrai pas sur les raisons de notre intervention, sur l'obligation politique et morale dans laquelle nous étions de mobiliser nos forces comme le dernier rempart de l'État malien, sans parler des risques considérables que nous aurions courus si la volonté des groupes djihadistes de constituer un sanctuaire terroriste avait pu aboutir.

À la suite de plusieurs interventions, je veux dire à quel point j'ai été surpris, depuis que j'ai pris mes fonctions, par la sous-estimation, parmi mes nombreux interlocuteurs internationaux, mais aussi au sein de l'opinion publique française, de ce qui était en train de se préparer au Mali. Il a fallu que ce soit la France qui prenne l'initiative de la mobilisation de l'information sur ce sujet. Il a fallu que, fin septembre dernier, le président de la République alerte, à la tribune de l'assemblée générale des Nations unies, l'opinion publique sur les risques courus. Enfin, il a fallu que le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, prenne les initiatives nécessaires pour aboutir à la résolution 2085, sur laquelle nous nous appuyons, prise sur proposition de la France, à l'unanimité du Conseil de sécurité. Je rappelle que cette résolution initiée par la France a été validée le 20 décembre dernier : il a fallu trois mois pour convaincre de l'importance du danger qui se profilait ! Il a fallu que moi-même, je prenne l'initiative de mobiliser les ministres de la défense de l'Union européenne pour les sensibiliser au danger qui se présentait, alors qu'il était jusqu'à présent sous-estimé, ce qui a abouti, à la fin du mois de décembre, à la décision de l'Union européenne de mettre en place une mission de formation et d'assistance aux forces maliennes en difficulté.

Oui, il a fallu mobiliser pour faire avancer les choses et parvenir à la situation actuelle, parce que l'opinion internationale avait sous-estimé ce risque. Je voudrais souligner la réactivité des forces armées françaises, qui ont lancé les premières attaques sur les positions des groupes terroristes au nord de Mopti, cinq heures seulement après la décision prise par le président de la République. J'ai entendu un orateur affirmer que nous n'étions pas préparés. Mais si nous n'avions pas mis en place un dispositif d'alerte, si nous n'avions pas renforcé nos services de renseignements sur la zone, jamais nous n'aurions pu identifier la menace qui était en train de se profiler et qui allait aboutir à la transformation du Mali en État terroriste. Nous avons su anticiper et réagir en temps utile grâce à la qualité et à l'efficacité de nos forces.

Pour répondre à plusieurs intervenants, je veux préciser à nouveau quelles sont les missions de nos forces armées dans le cadre des trois objectifs affirmés par le président de la République et répétés tout à l'heure par le Premier ministre. Dans le cadre de l'opération Serval, nos forces armées remplissent quatre missions. La première mission consiste à aider les forces armées maliennes encore présentes à arrêter la progression des groupes terroristes vers le sud du pays, en particulier au niveau de Diabali. Pour cela, nous effectuons des frappes aériennes précises au moyen d'hélicoptères ou de l'aviation de chasse et nous déployons - c'est le cas en ce moment - des éléments terrestres. La deuxième mission consiste à frapper, par des actions aériennes dans la profondeur, les bases arrière des terroristes, pour empêcher toute nouvelle offensive, comme nous l'avons fait ces derniers jours, notamment à Gao. La troisième mission consiste à envoyer un signe fort à Bamako, pour soutenir les institutions, rassurer la ville et sécuriser nos ressortissants. C'est la mission des unités d'infanterie qui ont été positionnées sur Bamako dès le début du combat. Enfin, la quatrième mission, essentielle, consiste à préparer les conditions nécessaires à l'organisation et l'intervention des forces armées africaines de la MISMA autour de l'état-major nigérian, ainsi qu'au déploiement de la mission de formation européenne pour les forces maliennes. Telles sont les missions confiées à nos forces, qu'elles assument aujourd'hui avec beaucoup de courage et de détermination.

Je veux également évoquer quelques autres points, à commencer par la prétendue solitude de la France. Il convient de rappeler que c'est à la suite de l'appel au secours adressé à la France par le président Traoré, sur la base de l'article 51 de la charte des Nations unies, que nous sommes intervenus. Il s'agissait en quelque sorte de décider, lors de la journée de vendredi de la semaine dernière, de décider si, oui ou non, nous portions assistance à pays en danger. Chacun conviendra que, compte tenu de l'urgence, ce n'était pas le moment d'ouvrir des négociations sur une nouvelle coalition qui devait faire l'objet de débats et de résolutions aux Nations unies. Il fallait agir dans la rapidité, en vertu de l'application de l'article 51 de la charte des Nations unies.

Par ailleurs, il y a une coalition, formalisée par la résolution 2085 du Conseil de sécurité - car une coalition ne peut exister que sur une base juridique internationale. Comme l'a souligné Hervé Morin, cette résolution pose le principe selon lequel il revient aux forces africaines, mandatées par les Nations unies pour permettre au Mali de recouvrer son intégrité et sa souveraineté, de s'organiser. C'est le droit international, sur lequel on doit obligatoirement s'appuyer si l'on veut constituer une coalition.

Où en est-on ? Bien sûr, la MISMA mettrait un peu de temps à se mettre en oeuvre, mais la résolution ne date que du 20 décembre dernier. L'initiative prise par la France permet certainement aujourd'hui de dynamiser la mobilisation d'une telle force et d'en accélérer le calendrier. Dès à présent, l'état-major de la MISMA est à Bamako et l'ensemble des pays suivants ont fait part de leur volonté d'intervenir et de faire participer leurs troupes : le Togo, le Nigeria, le Niger, le Burkina Faso, le Bénin, le Sénégal, la Guinée, le Ghana et le Tchad. Il s'agit de la mobilisation des Africains pour permettre au Mali de recouvrer sa souveraineté, parce que seules les forces africaines seront en mesure, à terme, et en intégrant bien sûr les forces maliennes, d'assurer la sécurité et la souveraineté de ce pays.

J'ajouterai que sur le plan logistique, depuis le déclenchement des combats, le soutien que nous avons reçu n'est pas uniquement politique - un tel soutien demeure tout de même indispensable s'agissant de la communauté internationale - mais aussi technique ; je pense en particulier aux Britanniques, aux Danois, aux Belges, aux Allemands, aux Canadiens, aux Américains, qui ont mis à notre disposition des capacités nous permettant de poursuivre notre effort et notre mission.

Enfin, cela a été dit tout à l'heure, le ministre des affaires étrangères se rendra demain à Bruxelles à une réunion des ministres des affaires étrangères pour activer la mise en place de la mission de formation de l'Union européenne afin de permettre à l'armée malienne de retrouver sa dignité et de faire en sorte qu'au terme du processus elle soit l'armée d'un État à la souveraineté recouvrée qui aura su éviter l'emprise des groupes terroristes sur son territoire.

Avant que le Premier ministre n'intervienne, je souhaiterais conclure mon propos par quelques remarques, Chers Collègues.

Il est clair que le règlement de cette crise se jouera à un niveau politique : le président de la République a bien affirmé que la France n'avait pas vocation à rester au Mali, mais une intervention de nos forces armées était et demeure indispensable pour stabiliser une situation qui s'aggravait de façon incontrôlée. En ce moment même, les combats continuent. Nos forces armées sont plus que jamais mobilisées. Elles se sentent soutenues par l'unité nationale qui s'est manifestée cet après-midi. Elles sont là, je le rappelle, pour que les conditions d'une paix durable soient réunies dans un pays qui le souhaite avec beaucoup de force et reconnaît à la France de lui avoir permis à un moment donné de ne pas être un pays otage.

M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les Députés, mon intervention sera brève.

Je tiens à remercier les orateurs de tous les groupes. Il est important que le Parlement soit informé régulièrement de l'évolution de cette intervention de la France, comme nous l'avons fait cet après-midi dans l'hémicycle ; nous réitérerons l'expérience autant de fois qu'il sera nécessaire devant les commissions de chacune des assemblées.

Le ministre de la défense, qui était au Sénat cet après-midi, n'a pas pu répondre à la demande des commissions de l'Assemblée nationale, mais il se tient bien entendu à votre entière disposition.

Je voudrais insister sur un point qu'il a évoqué à l'instant.

Plusieurs orateurs ont interrogé le gouvernement pour savoir si la France était intervenue suffisamment rapidement, si elle avait réagi suffisamment rapidement. Certains ont même affirmé par ailleurs qu'elle était isolée.

M. Jean-Yves Le Drian a parfaitement eu raison de dire que, face à la situation très grave dans laquelle se trouve le Mali, la France a été en première ligne pour convaincre la communauté internationale de la présence d'un risque, d'un danger, pour l'intégrité du Mali, son unité, son avenir.

Ce travail politique au plus haut niveau a été conduit par le président de la République et les membres du gouvernement, moi-même, bien sûr, mais plus souvent encore le ministre des affaires étrangères et le ministre de la défense.

Nous avons en effet appelé l'attention de la communauté internationale et très vite, nous avons constaté une prise de conscience - elle était il est vrai nécessaire - qui a conduit à la décision très importante du Conseil de sécurité des Nations unies.

Je rappelle que, dès septembre, le président de la République a fait solennellement une déclaration très grave devant l'Assemblée générale des Nations unies sur la situation au Mali et au Sahel et la nécessaire lutte contre les groupes terroristes, qui étaient en train de déstabiliser non seulement le Mali mais aussi toute une région, toute l'Afrique de l'Ouest.

Et je dois témoigner ici que depuis l'élection de François Hollande, pas un mois, pas une semaine ne s'est passé sans que le président de la République, moi-même ou le ministre des affaires étrangères n'ayons été saisis par non seulement le président du Mali mais également par d'autres chefs d'État africains, très inquiets de ce qui était en train de se passer.

L'appel du président de la République à la communauté internationale à l'Assemblée générale des Nations unies a conduit le Conseil de sécurité le 20 décembre - le 20 décembre, j'y insiste car c'est très récent - à décider que se constituerait une force internationale africaine.

Je suis surpris que l'on réclame une autre force internationale s'appuyant sur une base légale ; de quelle base légale s'agirait-il ? La base légale d'une organisation militaire pour intervenir en Afrique aujourd'hui c'est la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l'ONU. Celle-ci doit conduire à la mise en place de la MISMA, force à la constitution de laquelle la CEDEAO a donné un avis favorable et qui prend aujourd'hui forme : l'état-major est maintenant stationné à Bamako et une réunion aura lieu à ce sujet à Abidjan le 19 janvier.

Toutefois, avant que cette force n'ait pu s'organiser, la situation s'est rapidement dégradée. Voyant cette force africaine se constituer, les forces des trois groupes terroristes en cause - parmi eux Aqmi, Al-Qaïda au Maghreb islamique -, qui sont lourdement armés, ont décidé d'accélérer leur intervention, de sortir de leurs positions et de passer directement vers Mopti.

Ces événements se sont produits ces derniers jours, et ce sont ces derniers jours que le président du Mali a appelé la France à l'aide. C'est dans ce contexte précis que, très vite, dans les heures qui ont suivi cet appel, après la demande officielle écrite du président du Mali au président de la République française et après que ce même président malien a également saisi le secrétaire général des Nations unies, le Conseil de défense, éclairé, a très rapidement pris la décision d'intervenir. Cela s'est produit, bien sûr, sur une base légale.

La seule base légale qui justifie notre intervention c'est l'article 51 de la charte des Nations unies. Il me semble très important de le rappeler, car j'ai entendu certains orateurs réclamer la constitution d'une force internationale d'une autre nature. Mais si nous avions pris un tel chemin, si nous avions en d'autres termes tourné la page de la résolution 2085 du 20 décembre dernier en essayant de partir sur une autre base, où en serions-nous aujourd'hui ? Nous aurions anéanti les efforts fournis jusqu'alors et récompensés par la décision du Conseil de sécurité et la MISMA ne pourrait plus se mettre en place.

Si nous avions cherché, pour répondre à la demande du président malien, une autre base que celle de l'article 51 de la charte des Nations unies, aucune intervention n'aurait eu lieu et aujourd'hui les troupes terroristes ne seraient pas seulement à Mopti, mais bien à Bamako ; tout ce que nous voulons entreprendre en ce moment n'aurait plus été possible.

Je réponds donc avec précision à ceux qui nous ont interpellés, La France a fait son devoir et je suis reconnaissant à tous les groupes parlementaires ici représentés d'avoir approuvé l'intervention de la France.

Je ne reprendrai pas les objectifs de l'intervention. Je les ai déjà indiqués et M. Jean-Yves Le Drian vient de les énoncer à l'instant : l'intervention de la France aujourd'hui aux côtés des troupes maliennes et demain avec la MISMA doit pouvoir se poursuivre dans les meilleures conditions possibles. Il faut en effet non seulement que la progression des terroristes soit arrêtée mais aussi que ces derniers disparaissent du Nord-Mali, afin que ce pays soit en capacité à la fois de retrouver sa souveraineté et de construire la nécessaire transition politique contenue dans la résolution 2085 et que la communauté internationale, et la France en particulier, appelle de ses voeux.

Ces conditions doivent donc être remplies.

Ainsi que je l'ai indiqué voilà quelques instants, la décision d'intervenir est une décision grave. Nous avons clairement exposé dans cet hémicycle avec le ministre de la défense les moyens aériens, militaires et humains que nous mettons en place. Évidemment, l'objectif est de réussir, mais aussi substituer aux forces françaises les forces militaires africaines, à commencer par l'armée malienne, qu'il faut en effet former.

À cet égard, l'Union européenne accélère son travail, mais il faut voir d'où nous partons ainsi que les conditions dans lesquelles ces différents pays ont les moyens d'agir. Ce sont des pays pauvres : il faut également avoir en tête la nécessaire politique de développement à mettre en oeuvre.

Pour conclure, je tiens à vous dire, Monsieur Copé, et d'autres orateurs sont intervenus dans le même sens que vous, que le budget de la défense n'est pas la variable d'ajustement. Le budget de la défense participe au même titre que les autres budgets, ni plus ni moins, à l'effort nécessaire de redressement de nos comptes publics. Je suis obligée de vous le dire, Mesdames, Messieurs les Députés, il est inutile de vous emballer, puisque justement, nous en reparlerons, ici, au Parlement.

En effet, je vous rappelle que nous sommes actuellement obligés de constater les différentes impasses de la loi de programmation militaire, loi nécessaire, mais loi d'affichage, peu financée, voire sous-financée ; telle est la réalité que nous avons trouvée.

Aujourd'hui, nous sommes engagés dans une démarche qui vise à défendre les intérêts de la France et à protéger la France. Un travail approfondi est engagé auquel participent des représentants de tous les groupes parlementaires, de l'opposition comme de la majorité : l'élaboration du livre blanc. Cette démarche vise à la fois à conserver, parce que c'est nécessaire, la cohérence de notre outil de défense et à adapter ce dernier aux nouveaux défis et aux nouveaux risques qui se présentent devant nous, ce qui implique de ne pas affaiblir notre protection, mais de lui donner toute la dimension européenne nécessaire. Or, certains l'ont souligné, il est vrai que l'Europe de la défense a encore du chemin à faire. C'est une des priorités du président de la République. Il prend le dossier au point où il en était, c'est-à-dire à un niveau, il faut bien le regretter, faible ; mais nous ne sommes pas ici pour parler du passé, nous sommes ici pour parler de l'avenir.

Le livre blanc donnera lieu à un débat et à une nouvelle loi de programmation militaire auxquels vous serez tous associés, Mesdames, Messieurs les Députés.

Pour l'heure, la France est engagée.

Je tiens à remercier une fois encore l'Assemblée nationale de son soutien. Les Français attendent que l'on apporte des réponses à leurs nombreuses questions, mais dans leur immense majorité ils ont compris que le terrorisme ne pouvait pas s'installer, en particulier au coeur de l'Afrique, et que ce que nous faisons est dans l'intérêt du Mali, dans l'intérêt de l'Afrique, mais aussi dans l'intérêt de la sécurité de l'Europe et de la France.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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3. Mali - Déclaration du gouvernement et débat au Sénat - Intervention du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Paris, 16/01/2013)

Je vais vous lire le message de M. le Premier ministre. Depuis plusieurs années, la montée du terrorisme au Sahel est une préoccupation. La dégradation de la situation au Mali, en 2012, a confirmé que les pires scénarios étaient possibles. Les groupes terroristes, qui ont conquis une partie du territoire de ce pays et porté un coup inacceptable à sa souveraineté, ont constitué un sanctuaire terroriste à 2 500 kilomètres de nos frontières. La sécurité de toute cette région est en danger et la menace pèse sur l'Europe et la France.

À la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, le président de la République avait dit cet automne que l'occupation du nord du Mali par ces groupes terroristes était inacceptable. La France a mobilisé la communauté internationale. Après deux résolutions, le Conseil de sécurité des Nations unies a voté, le 20 décembre, la création de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma). L'Union européenne a décidé une opération de soutien. C'est sans doute pour y faire obstacle que des groupes terroristes au nord du Mali ont regroupé leurs forces pour attaquer simultanément des villes à l'est et à l'ouest, en direction de Bamako.

Le 9 janvier, le président du Mali a demandé notre assistance militaire. La prise de Konna, le 10 janvier, a achevé de nous convaincre que nous étions bien devant une agression caractérisée. Le président de la République a décidé, le 11 janvier, que la France devait intervenir militairement. Face à des adversaires dangereux, la France poursuit des objectifs clairs : arrêter l'avancée terroriste ; préserver l'État malien et l'aider à recouvrer son intégrité territoriale ; favoriser l'application des résolutions internationales avec le déploiement de la force africaine et appui aux forces maliennes dans la reconquête du nord du Mali.

Aujourd'hui, 1.700 militaires français sont regroupés dans l'opération Serval, dont 800 sur le territoire malien. Sont mobilisés douze avions de chasse et cinq ravitailleurs, un état-major tactique, deux compagnies de combat, un escadron blindé. Leurs actions sont concentrées vers une aide aux forces armées maliennes pour arrêter la pression des groupes terroristes, en combinant une action aéroterrestre des forces spéciales, engagées dès les premières heures, des frappes aériennes et un appui par des unités terrestres. Les premiers éléments des compagnies françaises arrivées à Bamako ont commencé leur progression vers la zone des combats. Nous visons les bases arrière des terroristes pour neutraliser leurs capacités offensives.

Il ne saurait être question de figer l'actuelle ligne de front, qui n'est rien d'autre que le résultat d'une division artificielle du Mali et d'un rapport de forces que nous avons précisément la volonté de modifier.

La France agit à la demande des autorités du Mali qui ont lancé un appel à l'aide ; elle s'inscrit dans le cadre de l'article 51 de la charte des Nations unies. Le Secrétaire général des Nations unies a d'ailleurs salué notre réponse à la demande souveraine du Mali. Au Conseil de sécurité, une grande majorité des États membres ont rendu hommage à la rapidité de notre réaction. Son opportunité et sa légalité sont incontestées.

De fait, la France n'est pas seule. Le soulagement des États africains est unanime. L'Algérie nous a accordé l'autorisation de survoler son territoire et elle a fermé sa frontière avec le Mali. Nos partenaires européens sont eux aussi au rendez-vous, en mettant à notre disposition des moyens logistiques de transport ou de ravitaillement en vol. Royaume-Uni, Allemagne, Belgique et Danemark devraient très rapidement être rejoints par d'autres. Nous pouvons aussi compter sur le soutien des États-Unis, du Canada, d'autres encore, dont nous avons reçu des propositions.

Notre intervention vise à éviter l'effondrement du Mali ; nous n'avons pas vocation à rester en première ligne. Il s'agit d'accélérer le déploiement de la force africaine. Un premier détachement de la Misma est arrivé à Bamako. Les premières troupes africaines devraient rejoindre la capitale d'ici la fin de la semaine. Une réunion de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) a commencé hier et un sommet se tiendra le 19 janvier à Abidjan ; j'y serai. Il s'agit de proposer le déploiement opérationnel de la Misma.

Mme Ashton a convoqué une réunion extraordinaire des ministres des affaires étrangères de l'Union européenne afin d'examiner le dossier et d'y apporter des réponses adéquates.

Ont été évoquées hier les mesures prises par le gouvernement dans le cadre du plan Vigipirate pour protéger nos concitoyens. La même attention est portée à la situation de nos 6.000 compatriotes au Mali. Ceux dont la présence n'y est pas indispensable ont été invités à quitter provisoirement le pays, sans pour autant que nous ayons procédé à leur évacuation.

Enfin, je souhaite évoquer la situation de nos otages et l'angoisse de leurs familles, dont nous sommes tous pleinement solidaires. Mais ce sont ceux-là mêmes qui détiennent nos otages qui voulaient s'emparer de la totalité du Mali. Ne rien faire n'aurait pas contribué à leur libération.

Le gouvernement sait qu'il peut compter sur toutes les forces politiques. Je veux saluer le courage et la détermination de nos soldats engagés sur le terrain. Hier, le Premier ministre a présidé l'hommage au chef de bataillon Boiteux, tombé au combat.

Pour toute démocratie, l'engagement des forces armées est une décision grave. Mais nous pouvons déjà constater sur le terrain que notre intervention a déjà changé la donne. Nous sommes parvenus à arrêter l'offensive des terroristes. À Bamako, les institutions de transition sont confortées. Une paix durable passera par une solution politique et des élections démocratiques sur l'ensemble du territoire. Le Premier ministre du Mali souhaite aller vite. La donne devra changer entre le nord et le sud du Mali : une négociation devrait avoir lieu dès le retour à la normale. Nous voulons aussi donner une nouvelle dimension économique au Mali. Nous saluons la décision de la Commission européenne de débloquer 100 millions pour le Mali, tandis que la France reprendra son aide bilatérale dès que la feuille de route aura été adoptée. En décidant de répondre à l'appel du Mali, le gouvernement a voulu montrer sa détermination à lutter contre le terrorisme. Cette détermination est totale.

À cette déclaration du Premier ministre, je veux ajouter trois messages courts.

Une telle action n'est pas sans risque mais le plus grand risque aurait été de ne pas agir car il n'y aurait plus de Mali, sinon un État terroriste.

Je me réjouis de la satisfaction, de l'émotion même, des Maliens, ceux du Mali comme ceux d'ici, de la communauté africaine devant l'intervention française. Partout, le rôle de la France.

Enfin, je salue la réaction de toutes les forces politiques françaises, qui se sont montrées à la hauteur des grandes décisions. C'est une contribution de première grandeur.

(Interventions des parlementaires)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères -

Merci pour vos interventions mesurées, qui font honneur à la politique et à cette assemblée.

Je remercie le président Carrère pour la force de son intervention. Il a souligné avec raison l'urgence du débat, la disponibilité du gouvernement. La France a longtemps été à l'initiative au Mali. Le président Carrère a rendu hommage à nos soldats, comme tous l'ont fait. Quand la maison brûle, il faut éteindre l'incendie, a-t-il dit. Rien n'est plus vrai. Il a aussi tiré des leçons plus larges de cette intervention, en soulignant qu'on ne peut saluer la rapidité de l'intervention sans en tirer des conséquences pour le budget de la défense...

Je remercie M. Cambon pour l'élévation de sa pensée. Il a souligné le risque que constituait le terrorisme pour le Mali mais aussi pour l'Afrique, l'Europe et le monde, et apporté à l'engagement de la France un soutien sans ambiguïté. Il m'a interrogé sur le drame en Somalie. Je veux mettre en garde contre une épouvantable instrumentalisation d'une des victimes françaises, qu'heureusement la presse n'a pas relayée. Il se dit qu'une autre, peut-être plus horrible encore, se prépare ; j'espère que la presse aura la même attitude.

Beaucoup ont évoqué les risques d'isolement ou d'enlisement et la question du développement. La France agit pour le moment seule avec les Maliens - l'armée malienne est faible. Allons-nous continuer ainsi ? Non. Après l'urgence, nous espérons être rejoints rapidement par d'autres, dont la Misma. Puis d'autres forces viendront pour former les troupes maliennes. Il est vrai que nous sommes aujourd'hui au premier rang, mais une deuxième phase viendra vite.

Sur le plan diplomatique nous ne sommes pas isolés, loin de là : le soutien est unanime.

L'enlisement ? C'est une menace. Nous allons tout faire pour l'éviter, c'est pourquoi les buts de l'opération ont été précisés. Définir un but, comme l'intégrité du Mali, ne signifie pas que les troupes françaises vont rester jusqu'à la fin du processus.

Vous êtes nombreux à avoir parlé de développement. Le sous-développement est une catastrophe absolue, contre laquelle lutte le gouvernement. Oui, développement et sécurité sont liés ; oui, nous devons accroître notre effort, car le sous-développement explique certains comportements - les explique mais ne les justifie pas parce rien ne les justifie.

Mme Demessine a approuvé l'intervention de la France. Il ne fallait pas en effet laisser les groupes terroristes conquérir Bamako. Nos services se renseignent de longtemps sur le financement des groupes armés. Certaines accusations sont portées dont nous n'avons aucune confirmation. Au-delà des soupçons qui peuvent peser sur tel ou tel État, nous savons que les trafics de drogue, d'armes et d'otages génèrent des dizaines de millions d'euros. Les limites entre banditisme, terrorisme et affirmation religieuse sont floues. Il faudra que la communauté internationale soit beaucoup plus active sur toutes ces questions. Le développement du trafic de drogue a pris une telle ampleur qu'il est indispensable d'y mettre un coup d'arrêt si on ne veut pas que s'installent ici ou là des narco-États. Une grande partie du trafic vient d'Amérique du sud et transite par la Guinée-Bissao, puis va vers l'est de l'Afrique, remonte vers l'Europe pour arriver parfois jusqu'aux États-Unis. La lutte contre ces trafics doit être un de nos objectifs majeurs. Quant à la réalité de la Misma, nous y travaillons activement.

M. Zocchetto a rendu hommage à nos soldats, salué l'intervention du président de la République, mais aussi souligné le risque d'enlisement, et critiqué l'absence de concertation. Mais nous avons saisi le Conseil de sécurité dès l'automne et il y a eu concertation avec nos alliés ; et pour l'intervention militaire, seule la France a été sollicitée.

M. Chevènement connaît bien cette région ; il a bien voulu apporter le soutien de son groupe à l'intervention de nos forces. Oui, un coup d'arrêt était nécessaire, il ne s'agit pas d'ingérence mais d'assistance. Il s'est interrogé avec esprit sur l'intervention de l'Europe et rappelé que nous devons être conscients des diversités ethniques de ce pays. Enfin, je soutiens ses réflexions pertinentes sur l'Algérie, elle-même attaquée à cette heure par des groupes terroristes.

De l'intervention de M. Labbé, je retiens son soutien, et l'accent mis sur l'action des collectivités locales, dont beaucoup ont des liens avec leurs homologues maliennes.

Mme Aïchi a eu des interrogations un peu surprenantes. Personne ici ne recommande un choc des civilisations, cette doctrine n'a pas de sens. Il faut éviter tout amalgame et nous l'évitons : il faut combattre les terroristes dans la sous-région, mais sans assimiler les populations du nord-Mali à ces groupes. L'intervention de la France est tout à fait légale, Madame la Sénatrice. Elle s'inscrit dans le cadre de la résolution 2085 et de l'article 51 de la Charte. Le Secrétaire général des Nations unies a félicité la France pour la gestion de cette crise et a donné son «feu vert» -l'expression est sans ambiguïté.

M. Husson a apporté son entier soutien et a souhaité que l'Europe nous aide davantage -nous nous rejoignons sur ce point.

M. Rebsamen a rendu hommage à nos soldats, particulièrement à ceux qui ont perdu la vie au Mali et en Somalie. Il a posé la question avec beaucoup de force : que se serait-il passé sans intervention de la France ? Nous avons choisi d'intervenir, parce que l'absence d'intervention aurait entraîné des risques beaucoup plus grands pour le Mali, pour nos otages, pour le France et l'Europe. Nous n'avons pas d'intérêt au sens étroit du terme à intervenir au Mali. Il n'est pas question d'uranium, mais d'aider un pays ami, de combattre le terrorisme, de venir en aide à une population qui risquait de se retrouver prise en otage.

Le président Larcher a dit avec force sa confiance dans nos soldats et son soutien à l'action du gouvernement, je l'en remercie. Moins de cinq heures après la décision du président de la République nos soldats étaient à l'oeuvre. Le terrorisme est un fléau. Sait-on que Boko Haram, le nom du groupe qui opère au Nigeria, veut dire «non à l'éducation» ? M. Larcher s'est interrogé sur les propos de Mme Ashton et nous a trouvés très aimables avec elle. Cette amabilité peut se doubler d'exigence, monsieur le président ! Bien sûr nous avons des contacts politiques avec le gouvernement malien ; mais chaque chose en son temps...

La situation de nos otages... Nous savons ce qu'est la situation au Sahel, beaucoup de nos compatriotes sont exposés. Au-delà de la solidarité que nous devons aux otages et à leurs familles, il faut bien comprendre qu'il n'est pas possible de céder, car toute faiblesse entraînerait d'autres prises d'otages. C'est vrai au Mali comme ailleurs. Ce n'est pas en cédant au chantage que nous protégerons les otages.

Pour conclure, je remercie le Sénat de son soutien sur le fond mais aussi de la tonalité de ce débat. Le qualificatif de Haute assemblée est bien mérité./.

(Source : site Internet du Sénat)

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4. Mali/Conseil Affaires étrangères - Conférence de presse du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Bruxelles, 17/01/2013)

Mesdames et Messieurs, bonjour.

Je dis tout de suite que je ne pourrai pas m'exprimer sur ce qui se passe tragiquement en ce moment en Algérie. Des nouvelles contradictoires circulent et je ne dispose pas des dernières informations. Il s'agit d'une situation extraordinairement dramatique et qui montre à quel point le terrorisme est un mal absolu.

Je voudrais m'exprimer sur ce que nous avons fait ensemble aujourd'hui. À l'issue d'une conversation avec Mme Ashton, nous étions convenus qu'une réunion des ministres européens des affaires étrangères était nécessaire, compte tenu de la situation au Mali. Nous avons invité le ministre des affaires étrangères du Mali, M. Coulibaly, à s'exprimer à cette occasion. Nous avons ensuite pris un certain nombre de décisions.

Ces dernières concernent essentiellement la reconstruction urgente de l'armée malienne. L'Europe avait envisagé le principe, il y a déjà quelques mois, d'y contribuer en fournissant l'aide en hommes nécessaire. Mais, en raison de l'urgence, sur laquelle nous avons insisté, il a été décidé de passer immédiatement à l'acte.

Le général commandant cette force de reconstruction de l'armée malienne a été désigné. Il s'agit d'un général français, M. Lecointre. Il sera à pied d'oeuvre dès la fin de cette semaine. La reconstruction de l'armée malienne, sa formation au combat va commencer dans les jours qui viennent.

Le deuxième point que je voudrais souligner, c'est que l'ensemble des pays d'Europe a apporté sa solidarité à la fois au Mali et à l'action de la France. Tous mes collègues, sans aucune exception, ont souligné qu'ils soutenaient entièrement l'action de la France et qu'ils la remerciaient d'avoir agi aussi vite. Car, pour reprendre l'expression de l'un d'entre eux, «sans l'action de la France, il n'y aurait plus de Mali».

Par ailleurs, un certain nombre de pays ont confirmé qu'ils avaient décidé d'apporter, ou qu'ils allaient décider d'apporter, des soutiens supplémentaires dans le cadre de ce qu'on appelle la MISMA, les uns pour aider au transport de troupes, les autres de manière humanitaire ou de différentes façons. Mais ce qui me frappe, c'est l'approbation et la solidarité unanime des Européens à l'égard du Mali et de l'action de la France.

Q - Monsieur le Ministre, par rapport à cette solidarité, vos collègues européens, c'est une chose. En revanche, en France, cette solidarité aujourd'hui n'est peut-être plus tout à fait de mise. Je pense aux déclarations de votre prédécesseur, M. Juppé, qui a salué la première phase de l'opération aérienne mais qui émet des réserves sur l'opération terrestre en disant que cette opération a été finalement un petit peu accélérée, qu'elle va trop vite et surtout il insiste en disant «je demande qu'on mette le paquet maintenant sur l'arrivée des troupes africaines que l'on attend depuis longtemps, cela ressemble un petit peu au désert des Tartares»...

R - Je pense que, dans ces circonstances, il faut surtout, surtout, se garder de toute polémique.

Le Premier ministre hier, à l'Assemblée nationale, moi-même au Sénat, nous avons présenté la position française et la totalité des responsables politiques représentés ont soutenu de manière extrêmement forte l'action de la France. Il s'agit d'un élément très important. Cela ne veut pas dire qu'on ne peut pas poser des questions, bien sûr, mais il faut éviter toute confusion.

L'action de la France était nécessaire, elle était urgente, pour une raison tout à fait simple et tragique à la fois. En effet les terroristes - qu'ils soient issus d'AQMI, du MUJAO ou d'Ansar Dine - venaient à la fois de la partie Est et de la partie Ouest du Mali. Ils descendaient pour prendre un certain nombre de villes, dont vous connaissez les noms. Si ces villes avaient été prises, Bamako était prise, c'est-à-dire qu'il y avait un État terroriste qui prenait le contrôle du Mali.

Or, je le rappelle pour ceux qui l'auraient oublié, le Mali a 7 frontières, avec toute une série de pays. Or, si vous considérez en plus un autre pays, le Mali ouvre sur la Méditerranée, puis sur l'Europe. Il était donc absolument urgent d'intervenir. C'est ce que nous avons fait avec les Maliens.

Les Français sont intervenus extrêmement rapidement sur zone, puisqu'il n'a fallu que 5 heures entre la décision du président de la République et son application. Tout le monde, non seulement en France, mais aussi en Europe et dans la communauté internationale, a souligné l'action de la France. D'ailleurs, un de mes collègues, M. Asselborn, le ministre luxembourgeois que vous connaissez, qui était présent à la séance du Conseil de sécurité la semaine dernière, a indiqué qu'il n'avait jamais vu une aussi grande unanimité des pays du Conseil de sécurité pour approuver à la fois la légalité, l'opportunité et l'efficacité de l'action de la France.

Je m'en tiendrai donc là, je ne veux pas rentrer dans telle ou telle discussion. Nos soldats sont engagés, nous agissons au nom de la légalité internationale pour le bien des populations.

Q - Monsieur le Ministre, le ministre espagnol a dit par exemple à son arrivée ici qu'il allait vous demander des explications sur quel était le but réel, je dirais, et l'objectif de la France. Ma première question est donc : lui en avez-vous donné ? Si oui, pouvez-vous nous réexpliquer quel est l'objectif final et en particulier quand est-ce que la France se retirera du Mali ?

Une deuxième question : vous dites qu'il y a un soutien de la France ; maintenant, ce soutien reste sur des aspects logistiques. Est-ce que vous allez demander à un moment ou à un autre un autre soutien, des aides de nos partenaires européens... Est-ce qu'il faudrait par exemple qu'il y ait des troupes combattantes qui viennent soutenir les troupes combattantes françaises ?

R - Actuellement, les pays d'Europe ont décidé de fournir une aide importante en hommes, autour de 500, pour accélérer la reconstruction de l'armée malienne. C'est décidé et le général français commandant cette mission européenne sera sur le terrain dès dimanche. Ensuite, un certain nombre de pays ont déjà décidé d'apporter ou de souligner leur aide, de nature logistique. Cela concerne notamment, pour les uns des transports, pour d'autres des communications. Je suis informé que d'autres pays européens, et ils sont les bienvenus, vont apporter des aides similaires. De même il est tout à fait possible, mais cela relève de leur responsabilité, que des pays européens décident non seulement d'apporter une aide logistique mais également de mettre à disposition des soldats. Nous ne pouvons naturellement pas les forcer à le faire. Il y a des limites à la politique de sécurité et de défense, même si nous le regrettons. Cela fait très longtemps que la France agit, milite en ce sens.

S'agissant des objectifs poursuivis, je répète ce que le président de la République, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian et moi-même avons eu l'occasion de dire. Le premier d'entre eux consiste à stopper les terroristes. Deuxièmement, à l'évidence, il s'agit de protéger à la fois Bamako, afin que le Mali continue d'exister, nos ressortissants ainsi que tous les ressortissants européens et étrangers. Troisièmement, notre action doit rendre possible l'application de toutes les résolutions internationales, qu'elles soient des Nations unies, africaines ou européennes.

Pour être encore plus précis, si vous me posez la question «est-ce que nous avons vocation à rester éternellement au Mali ?», la réponse est évidemment non. C'est aux Africains qu'il appartient de mener en première ligne cette action. On nous pose également la question «la France est-elle seule ?». Ma réponse est la suivante : les Français ne sont pas seuls, ils sont les précurseurs. Ils ne sont pas du tout seuls lorsque l'on voit qu'ils portent sur leurs épaules l'espoir d'un peuple, de beaucoup de peuples, ainsi que la légalité internationale.

Q - Monsieur le Ministre, qu'attendez-vous du rôle de l'Algérie dans ce contexte ? Pensez-vous qu'ils doivent jouer un rôle clé dans le conflit ?

R - À la fois par sa position géographique, limitrophe du Mali, par le fait qu'il s'agit d'un grand pays, ayant malheureusement subi le terrorisme pendant des années, par sa population, ses contacts et par son influence, l'Algérie joue évidemment un rôle important dans toute cette région. Les Algériens, dont on avait pu dire à certains moments qu'ils avaient des ambivalences, ont parfaitement compris à quel point le terrorisme était un mal.

Ce qui est en train d'advenir le montre à nouveau de façon épouvantablement tragique. Les Algériens ont fait connaître qu'ils avaient décidé de fermer leur frontière et qu'ils autorisaient le survol des avions français. Maintenant, il appartient aux autorités algériennes de se prononcer sur tout cela, mais je n'ai pas de doute sur le fait que l'Algérie comprend parfaitement, et mesure plus que quiconque, à quel point le terrorisme est un mal absolu.

Q - Monsieur le Ministre, concernant la mission de l'UE, ce qu'on a compris, c'est que finalement, on a accéléré le calendrier ...

R - Exactement.

Q - Mais est-ce qu'elle va s'adapter à la nouvelle donne ?

R - Bien sûr ...

Q - ...parce que les forces maliennes, maintenant, sont engagées dans le combat ?

R - Bien sûr, c'est la question que j'ai posée au général Lecointre et c'est la première question qui vient à l'esprit : d'une part, l'accélération très importante, puisque dès la fin de cette semaine le général commandant cette force sera sur place. D'autre part, et bien évidemment, une définition des missions qui tienne compte du fait que beaucoup de Maliens sont engagés. Et il m'a répondu en termes précis, techniques, qu'évidemment c'était le sens de sa mission.

Q - Une dernière question sur le Mali. Pouvez-vous accomplir vos buts sans un soutien plus élaboré de vos partenaires européens ?

R - Oui, nous souhaitons bien sûr que le maximum de soutien nous soit apporté de tous côtés, par l'Europe bien sûr. Les Américains et les Canadiens nous apportent des aides, d'autres pays encore et les Européens, c'est tout à fait normal, compte tenu du fait que nous sommes Européens, que nous agissons au nom aussi de l'Europe, et que l'Europe, vous le savez, ce n'est pas loin du Mali !

Quand on sait que le terrorisme, et même le narco-terrorisme, représente une menace considérable pour nos sociétés, il est évident que tout le monde doit être solidaire.

La France, comme François Hollande l'a souligné, ne défend pas des intérêts économiques ou financiers. Elle défend une population, le Mali, qui veut être libre. Elle défend la possibilité de liberté et de développement de l'Afrique, elle défend l'Europe et elle défend une certaine idée de l'union internationale. Et faisant cela, et en engageant ses hommes, ce qui est la décision la plus dure à prendre, la France est à la hauteur de ce qu'elle doit être. Merci beaucoup./.

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5. Mali/Conseil Affaires étrangères - Entretien avec la presse du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Bruxelles, 17/01/2013)

Q - Bonjour Monsieur Fabius. Jusqu'à présent, le soutien politique des Européens a été relativement tiède. L'affaire des otages en Algérie modifie-t-elle la donne ? Conforte-t-elle la position française ?

R - Pour ce qui concerne ce qui se passe en Algérie, nous sommes en train de suivre tout cela. Je m'exprimerai en fonction des événements.

Concernant notre réunion d'aujourd'hui, j'ai souhaité que nous ayons cette réunion des ministres européens pour parler du Mali, en présence du ministre des affaires étrangères du Mali. Bien évidemment, la France est un précurseur mais il est normal que la solidarité européenne s'exprime.

J'attends de cette réunion, d'une part qu'il y ait une décision ultra rapide pour envoyer toute une série de militaires européens pour former effectivement l'armée malienne, c'est le premier point. D'autre part, j'attends aussi que l'ensemble des pays européens fasse des efforts sur le plan du développement et sur le plan financier.

Je vais voir ce que mes collègues sont prêts à faire pour aider à tout cela. En effet, il faut bien comprendre que, même si la France est précurseur, tous les pays européens sont concernés par le terrorisme.

Je vous remercie./.

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6. Mali/Conseil Affaires étrangères - Conclusions (Bruxelles, 17/01/2013)

1. L'UE condamne les actions conduites par des groupes terroristes à l'encontre des forces armées maliennes, menaçant l'intégrité territoriale du pays et la sécurité de la population du pays. Dans ces circonstances et en cohérence avec les Résolutions pertinentes du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU), en particulier les Résolutions 2071 et 2085, l'UE soutient les efforts de la région et de la communauté internationale. Elle salue la réponse rapide de la France, soutenue par d'autres États membres de l'UE, à la demande d'assistance militaire contre les groupes terroristes exprimée par le président du Mali.

2. L'UE soutient le déploiement rapide de la Mission Internationale de Soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA) conformément à la résolution 2085 du CSNU et réitère son engagement à fournir rapidement une aide financière à cette Mission, en particulier à travers la mobilisation de la Facilité africaine de paix. Le Conseil invite la Haute représentante/vice-présidente (HR/VP) à faire avancer les préparatifs en vue d'un appui financier et logistique, en étroite relation avec l'Union africaine (UA) et la CEDEAO, afin de soumettre des propositions opérationnelles au Conseil en urgence. Le Conseil appelle à la tenue dans les meilleurs délais d'une conférence de donateurs pour appuyer sur le plan logistique et financier le déploiement de la MISMA comme demandé par la résolution 2085 du CSNU. Il invite la HR/VP à définir les modalités de la participation de l'UE à cette conférence.

3. Le Conseil prend la décision d'établir la Mission de formation de l'Union européenne (EUTM Mali) chargée de fournir une formation militaire et du conseil aux forces armées maliennes dans le cadre des résolutions 2071 et 2085 et en réponse à la requête directe des autorités maliennes à l'UE. Il prend également la décision de nommer le général François Lecointre comme commandant de la Mission. Il invite ce dernier à accélérer la planification et les préparatifs qui permettront de lancer EUTM Mali au plus tard à la mi-février et à cette fin, d'envoyer une première équipe technique dans les prochains jours à Bamako.

4. Des progrès politiques sont cruciaux pour assurer la stabilité du Mali sur le long terme. À cet égard, l'UE engage instamment les autorités maliennes à adopter et mettre en oeuvre le plus rapidement possible une feuille de route visant à rétablir la démocratie et l'ordre constitutionnel au Mali. Elle encourage un dialogue national inclusif ouvert aux populations du nord et à tous les groupes rejetant le terrorisme et reconnaissant l'intégrité territoriale du pays. Dans ce contexte, le Conseil souligne sa volonté de reprendre graduellement sa coopération au développement et invite la Commission européenne à préparer les décisions pertinentes pour permettre le déboursement rapide des fonds développement dès que les conditions seront réunies. Il invite également la HR/VP à explorer les possibilités d'assistance rapide à travers l'instrument de stabilité.

5. L'UE réitère l'importance qu'elle accorde à la coordination étroite avec les efforts maliens et les autres partenaires régionaux et internationaux, notamment dans le cadre du Groupe de soutien et de suivi mis en place par l'UA. Le Conseil salue également l'intention de la Haute représentante de tenir prochainement une réunion de ce groupe. Il salue également la tenue de la réunion de la CEDEAO à Abidjan le 19 janvier ainsi que le sommet de l'UA le 25-26 janvier.

6. L'UE se tient prête à renforcer sans délai son soutien aux efforts des organisations humanitaires pour aider les populations du Mali et des pays voisins dans le besoin. Elle souligne l'importance d'une coordination efficace entre acteurs humanitaires sous les auspices des Nations unies, et elle réitère son appel à toutes les parties engagées de permettre un accès humanitaire sans contrainte aux populations dans le besoin ainsi que de garantir la sécurité des travailleurs humanitaires.

7. L'UE appelle toutes les parties à garantir la protection des populations civiles et à respecter le droit international humanitaire ainsi que les droits de l'Homme. Toutes les parties et individus engagés au Mali seront tenus pour responsables de leurs actes.

8. L'UE souligne l'importance de maintenir la stabilité au Sahel et de prévenir un impact négatif sur les pays voisins. Dans ce contexte, elle réitère son engagement à soutenir les pays voisins du Mali dans le contexte de sa Stratégie au Sahel afin de renforcer leur sécurité et leur développement. Le Conseil demande à la Haute représentante de présenter immédiatement une décision du Conseil pour la nomination rapide d'un représentant spécial de l'UE pour le Sahel./.

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7. Mali -Tunisie - Point de presse de la ministre déléguée chargée des Français de l'étranger, Mme Hélène Conway-Mouret - Extraits - (Tunis, 15/01/2013)

 J'ai passé deux jours à Tripoli puis je suis venue passer deux jours à Tunis. Nous avons une petite communauté française en Libye et une communauté beaucoup plus importante en Tunisie. Je suis venue à Tunis lundi pour assister aux commémorations de la Révolution. C'était pour moi important, en tant que membre de l'exécutif français d'être présente. J'étais d'ailleurs la seule ministre occidentale. Le monde arabe était largement représenté, l'Europe un peu moins mais je pense qu'il était important pour la France d'être là. Et puis, en tant que citoyenne du monde, c'était un moment important à vivre, que d'être ici, pour fêter le deuxième anniversaire de cette révolution qui a changé la face de la Tunisie.

Hier, j'ai rencontré les représentants de la communauté française et aujourd'hui j'ai eu cinq entretiens politiques, suivis de deux événements importants : l'inauguration d'un bâtiment scientifique au lycée français Pierre-Mendès-France et l'inauguration de la Maison des associations qui rassemble un certain nombre d'associations françaises et tunisiennes afin de leur permettre d'oeuvrer ensemble au sein de la société civile. C'est symbolique et important parce que cela montre l'engagement et la présence de la France à tous les niveaux ; au niveau ministériel, puisque je suis là et puis au niveau de la société, avec des gens qui s'occupent de personnes handicapées, d'enfants dans les quartiers, de formation....

Pour les entretiens politiques, j'ai rencontré ce matin le président Marzouki. Nous avons parlé de ce qui intéresse nos deux pays, dans un esprit d'ouverture qui permet de se dire les choses comme des amis de longue date peuvent échanger ensemble.

Nous avons parlé des échanges, bien sûr, entre la Tunisie et la France mais également de l'intervention de la France au Mali. Ce que j'ai retenu de l'ensemble de mes interlocuteurs, c'est que tous comprennent l'urgence de l'intervention de la France. Le scénario qui fait que, sans cette intervention, le terrorisme serait peut-être allé jusqu'à Bamako est un scénario impensable pour nous mais également pour la Tunisie.

Ensuite, j'ai rencontré M. Houcine Jaziri, secrétaire d'État auprès du ministre des affaires sociales chargé de l'Immigration et nous avons parlé d'un sujet qui nous intéresse tous les deux puisque je m'occupe des Français de l'étranger et lui s'occupe des Tunisiens en France. Nous avons beaucoup parlé de cette communauté tunisienne installée en France qui est très importante, avec des projets d'échanges, de partenariats, peut-être de création d'un centre culturel tunisien à Paris (...) Ce serait une fenêtre ouverte sur la Tunisie à la fois pour les Tunisiens qui se retrouvent à Paris et pour les Français.

Ensuite, j'ai rencontré M. Touhami Abdouli, secrétaire d'État chargé des affaires européennes. Nous avons parlé de l'intérêt des échanges au niveau européen et de nos relations bilatérales de manière générale. Avec M. Ben Jaafar, le président de l'Assemblée nationale constituante, nous avons parlé de calendrier et de ce temps politique qui est un peu plus long que le temps économique ou le temps social. Dans le temps politique, il doit y avoir des discussions, la recherche d'un équilibre entre les différentes forces. Ceci demande forcément du temps, pour l'écriture de la constitution, ce texte qui doit être ensuite analysé et repris article par article et pour l'obtention d'un consensus sur des élections qui vont avoir lieu une fois que la Constitution sera adoptée.

Bien sûr, il y a cette impatience que j'ai rencontrée hier au sein de la communauté française et dans le monde économique (...) Deux ans, c'est déjà trop long pour certains qui expriment une vive impatience et souhaitent des décisions politiques pour pouvoir avancer, pour pouvoir s'impliquer davantage et que les échanges économique progressent parce que les choses n'avancent pas autant que nous le souhaiterions.

Et puis, il y a le temps social et cette impatience de la part des jeunes en particulier qui voudraient que la Révolution leur apporte finalement ce qu'ils attendaient. Bien sûr, la liberté d'expression est là et il y a certaines avancées mais les jeunes veulent du travail et c'est lié, naturellement, à l'économie.

Avec le Premier ministre, M. Jebali, nous avons évoqué la relation bilatérale, la nécessité d'une intensification des échanges, et bien sûr de la visite du président de la République puisque ce matin, j'étais porteuse d'un message sur la venue de François Hollande qui est prévue et qui sera décidée avec le président Marzouki quand le moment sera opportun pour les deux présidents. Le président Hollande viendra en Tunisie comme il l'avait déclaré en décembre dernier.

Nous avons parlé de cette nécessité d'échanger, au niveau de l'État et au niveau ministériel. Et puis, la Tunisie est en attente de l'aide française et du soutien de la France. Je crois que le terme «soutien» est beaucoup plus important.

Q - Vous parliez du Mali. Ce matin, le ministre des affaires étrangères, Rafik Abdessalem, en marge d'une rencontre avec les Européens a dit en substance que la Tunisie était opposée à une intervention militaire française parce qu'il juge que les affaires africaines doivent être réglées par les Africains. Cela tranche un peu avec ce que vous venez de dire. Il y a deux sons de cloche dans l'exécutif tunisien ?

R - Je vous donne le son de cloche que j'ai entendu chez l'ensemble de mes interlocuteurs, à savoir une compréhension de l'intervention de la France. Après, ce qu'a dit le ministre des affaires étrangères va dans le sens de ce que disent les Français aussi. C'est-à-dire que l'intervention de la France a été précipitée par l'avancée des terroristes vers Bamako.

La France, depuis des mois, a dit qu'elle soutiendrait la préparation des troupes maliennes. Les Européens étaient aussi engagés dans ce processus de formation pour sécuriser le sud. Malheureusement, les terroristes ont pris de court l'ensemble des acteurs et la France est intervenue pour les stopper parce qu'il était impensable que l'État malien succombe aux terroristes et devienne de fait un État terroriste qui représenterait une menace beaucoup plus forte pour l'ensemble de la région et pour le monde, en Afrique du Nord mais également en Europe.

La France est inscrite dans cette démarche là, pour les stopper, et le président Hollande a précisé que la France poursuivra ce qu'elle a toujours dit qu'elle ferait, à savoir la formation des troupes africaines pour que ce soient les Africains qui soient présents et règlent ce problème interne. Il n'est pas question que la France reste au Mali. Cela n'a jamais été envisagé et ce scénario-là ne peut pas être. D'ailleurs, aujourd'hui, des troupes du Burkina Faso, du Nigeria et du Tchad sont annoncées au Mali. Ce sont les troupes qui vont soutenir l'armée malienne.

La France soutiendra aussi l'organisation d'élections pour que l'État malien se reconstitue.

Q - Les intérêts français sont clairement menacés. Est-ce que vous craignez des attaques en Tunisie ?

R - Il faut rester vigilants partout. Vous savez, nous avons aussi en France Vigipirate qui est aujourd'hui rouge renforcé. Les salafistes sont présents en Tunisie comme ils sont présents en France. On le sait. Il faut donc être vigilants partout. C'est une menace réelle, qu'il ne faut pas minimiser mais il ne faut pas tomber non plus dans une sorte de psychose collective. Il faut rester vigilant.

(...)

Q - Avez-vous rencontré des investisseurs et des entrepreneurs français ici ? Sont-ils inquiets ?

R - Oui, toute la journée d'hier, j'ai rencontré les associations, les élus, les entrepreneurs. Vous savez, les Français ici sont intégrés. Ce sont des gens qui ont vécu la révolution, qui ne sont pas partis et qui continuent à croire en ce pays. J'ai noté une forme de passion, même, pour certains et une volonté d'être présents pour participer à la construction de la Tunisie de demain.

Bien sûr, certains ont évoqué cette inquiétude, qui est légitime. Il faut la regarder en face mais il ne faut pas succomber à la panique parce que ce serait donner trop d'importance aux terroristes.

Q - Vous parliez tout à l'heure de soutien pour la Tunisie. Comment ce soutien se traduira-t-il sur le terrain ?

Par ailleurs, du temps de Ben Ali, il y avait beaucoup de critiques par rapport aux droits de l'Homme en Tunisie. Maintenant, on n'en voit plus. La position de la France n'est pas très chaleureuse vis-à-vis de la Tunisie en ce moment mais on n'entend pas de critiques par rapport aux droits de l'Homme. Qu'est-ce qui a changé ?

R - On peut parler de sentiments ou d'impressions et puis, après, il y a la réalité des chiffres et de l'engagement de la France. Ces engagements se situent à tous les niveaux, qu'ils soient financiers, qu'ils soient dans les échanges. En Tunisie, il y a 1300 entreprises françaises qui emploient 120.000 personnes. Le budget du service de coopération de l'ambassade de France en Tunisie est environ de 6 000 000 d'euros.

R - M. François Gouyette - C'est le premier au monde par habitant et le troisième au monde en volume.

R - Mme Hélène Conway-Mouret - La Tunisie continue à être l'un des principaux bénéficiaires des financements de l'Agence française de développement (AFD) qui fait un effort considérable dans le cadre du partenariat de Deauville, que vous connaissez. On peut aussi mentionner 7.500 élèves tunisiens scolarisés dans le réseau scolaire français, et 1000 bourses d'études, de longue et de courte durée, accordées aux étudiants tunisiens.

C'est vrai que l'on peut toujours faire mieux mais il y a des chiffres qui montrent que l'engagement de la France est réel, il est total, il est exceptionnel par la dotation que reçoit l'ambassade. Après, il y a peut-être des sentiments ou des rumeurs que l'on peut faire circuler mais il y a la réalité de cet engagement.

Je suis venue pour être présente. Je l'ai dit tout à l'heure, j'étais la seule ministre occidentale présente hier, au déjeuner organisé par le président Marzouki. Ce n'est pas anodin et je l'ai fait parce qu'il fallait montrer que la France était présente et qu'elle était toujours là. C'est peut-être symbolique, me direz-vous, mais les symboles comptent aussi.

Le président Hollande viendra. Il l'a dit au mois de décembre. Aujourd'hui, j'ai inauguré cette maison des associations, avec des associations françaises qui travaillent main dans la main avec des associations tunisiennes. Ce sont des petites choses mais qui se passent à tous les niveaux. Je suis persuadée, et mes interlocuteurs aussi, que le travail de la société civile permet de progresser.

Aujourd'hui, il faut conserver les acquis que vous avez obtenus. Vous parliez de liberté d'expression, par exemple, c'est quelque chose d'important qu'il faut conserver. Vous en bénéficiez et vous faites un merveilleux métier ; il est important que vous puissiez le faire correctement. Le soutien de la France est là parce que la France continue d'être vigilante pour tout ce qui relève des droits de l'Homme et s'exprime à chaque fois, je crois, sans complaisance. Peut-être qu'il est plus facile de le faire auprès de ses amis.

La société tunisienne est en pleine transition aujourd'hui. Il se passe beaucoup de choses et il faut attendre que les Tunisiens prennent leur avenir en main. Ensuite, quand tout sera en place, s'il y a en effet des égarements, la France les dénoncera comme elle l'a toujours fait.

Q - Est-ce que les entrepreneurs français ont fait état de difficultés ou de réticences pour mener à bien leurs investissements ou leurs activités ?

R - De réticences, non, mais d'attentes. Certains m'ont dit avoir des stratégies très déterminées et très précise. Ils pensent que le développement de la Tunisie n'attend qu'une résolution politique, avec la mise en place de la Constitution, d'un gouvernement et qu'ensuite tout en découlera. Ils sont confiants quant à l'avenir de la Tunisie parce qu'ils pensent qu'elle possède tous les atouts. Là, ils sont en attente et c'est vrai qu'ils sont impatients. Ils aimeraient que cela aille un petit peu plus vite mais ils sont prêts. Ils sont sur les starting-blocks et ils attendent le coup d'envoi pour se lancer.

Q - Ils attendent des perspectives politiques plus claires ou des garanties économiques ?

R - Oui, des perspectives plus claires. Ils attendent aussi d'avoir des interlocuteurs plus définitifs et surtout des décisions politiques qui leur permettent d'avoir la confiance dont on a besoin en affaires pour pouvoir se lancer. Mais ils sont là et ils n'ont pas l'intention de partir.

Le représentant du groupe Accor, par exemple, voit la Tunisie en pointe d'ici les dix prochaines années dans le domaine du tourisme en Afrique du Nord. Il nous a présenté le plan d'investissements qu'Accor va réaliser en Tunisie dans les années qui viennent parce qu'elle sera incontournable.

Q - Pourrait-on avoir des précisions sur la date de la visite de M. François Hollande ? Le mois de mars avait été évoqué.

R - Ce qui était écrit dans la lettre était très clair. Le président Hollande confirmait sa venue en Tunisie en disant : nous discuterons ensemble du moment le plus opportun. Peut-être que ce sera en effet en mars mais je ne peux pas vous dire. De toutes les façons, les autorités sont déjà en contact avec l'ambassadeur à Paris.

R - M. François Gouyette, ambassadeur de France en Tunisie - Le président a dit qu'il viendrait dans les meilleurs délais. Les meilleurs délais, ce n'est pas en 2014.

Q - Cela veut dire avant les élections ?

R - M. François Gouyette - Mais cela n'a rien à voir avec les élections.

Q - Non, mais suivant la date, les interlocuteurs ne seront pas les mêmes.

R - C'est pour cela qu'il a parlé d'opportunité. Je crois que c'est au président Marzouki, aussi, de décider quand le moment est opportun. Le président Hollande n'a pas un agenda de déplacements calé sur l'évolution politique des pays. L'agenda d'un président est assez bousculé mais il viendra quand les deux présidents en décideront.

Q - J'ai une dernière question sur le Mali. Vos interlocuteurs vous ont dit comprendre l'intervention française. Est-ce qu'ils ont parlé d'une possible coopération à un quelconque niveau et est-ce que vous avez évoqué la situation sécuritaire ici, en Tunisie, notamment les combats près de Kasserine ?

R - Non, ce dont nous avons parlé, avec plusieurs d'entre eux, c'est de l'accord sur la sécurisation des frontières qui a été signé entre la Libye, la Tunisie et l'Algérie à Ghadamès, il y a trois jours. C'était très important pour les Libyens et c'est très important aussi pour les Tunisiens car cela montre qu'au niveau régional, il peut y avoir une coopération sur la sécurisation des frontières. Nous n'avons pas parlé de sécurité intérieure mais plutôt de ces trafics qui, malheureusement, passent par le Sahara, qui remontent de l'Afrique et qui, souvent, aboutissent en Libye. C'est une forte préoccupation des Libyens de pouvoir sécuriser, ce qui n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui, des frontières immenses face aux trafics d'armes ou de drogue. Je crois que c'est une grande avancée pour la région d'avoir cette coopération entre ces trois pays.

Q - Est-ce que du coup, vous allez coopérer avec eux ?

R - Ce que j'ai dit aux Libyens en particulier mais que j'ai dit aussi à nos amis tunisiens, c'est que les Européens et la France possèdent une certaine expertise en la matière. Dès lors que cet accord de travail au niveau régional de la part de ces trois pays va mettre en place une certaine stratégie, les Européens et la France peuvent être à leurs côtés pour leur offrir l'expertise. Les Libyens ont déjà commencé un processus de formation assez intense, pour la sécurité intérieure mais également pour les frontières. Si les Tunisiens suivent le même modèle, la France sera présente, puisque nous parlions de soutien tout à l'heure, de façon très concrète, avec des formateurs et des personnels qui ont une expertise dans ce domaine.

Q - L'intervention française au Mali suscite un certain nombre de réactions de la part de groupes qui sont décidés à envoyer des djihadistes au Mali. C'est-à-dire que ce qui se passe au Mali a des incidences directes sur la sécurité intérieure tunisienne. Les Tunisiens vous ont-ils fait part de leur préoccupation et de leur volonté aussi, peut-être, de contribuer à sécuriser la situation au Mali ?

R - La sécurité au Mali, non. Mais on sait aujourd'hui qu'un certain nombre de Tunisiens combattent en Syrie. D'autres sont partis au Mali. Ces gens là, forcément, présentent une menace mais pas simplement pour la Tunisie parce que le Tunisien qui s'est battu en Syrie ira peut-être un jour en France, ou en Europe. On parle de terroristes et le terme n'est pas anodin. On ne parle pas de rebelles. Ces personnes là sont des terroristes.

Q - Mais est-ce que les Tunisiens vous ont fait part de leur volonté de contribuer éventuellement à endiguer ce phénomène sur leur territoire ?

R - Bien sûr, c'est pour cela qu'ils nous parlent de coopération régionale pour la sécurisation des frontières mais ils ont aussi l'équivalent de notre plan Vigipirate.

Q - Avez-vous des assurances de la part du gouvernement tunisien pour être beaucoup plus vigilant par rapport à ces terroristes ? L'existence de camps d'entraînement a-t-elle été évoquée au cours de vos entretiens ?

R - Nous n'avons pas parlé de camps d'entraînement, pas du tout. Cela ne veut pas dire qu'ils n'existent pas mais on ne m'en a pas parlé. Je vous rends compte honnêtement de la substance des échanges que nous avons eus, qui étaient très francs, mais ce sujet-là n'a pas été abordé./.

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8. Sécurité des Français à l'étranger - Entretien de la ministre déléguée chargée des Français de l'étranger, Mme Hélène Conway-Mouret, avec «BFM» (Paris, 16/01/2013)

(Paris, le 16 janvier 2013)

Q - Bonsoir Madame la Ministre, je me retourne évidemment vers vous pour savoir si vous avez des informations à nous donner ce soir sur le sort d'éventuels ressortissants français sur ce site gazier ?

R - Nous n'avons aucune confirmation de la présence de Français parmi ces 45 otages. Il faut déplorer cette prise d'otages et nous voyons bien là que nous avons à faire à des terroristes, ceux-là, même s'ils ne sont pas dans le même pays, qui avançaient vers Bamako et qui ont obligé la France à cette intervention qui a eu lieu il y a six jours et qui se poursuit aujourd'hui.

Q - Si vous n'avez pas de certitudes, y a-t-il au moins des pistes, des indices de Français dont on cherche aujourd'hui la trace et qui travailleraient dans l'absolu sur ce site ?

R - Nous n'avons pas d'information. On sait que certains Français qui étaient sur le site sont aujourd'hui en sécurité mais nous ne pouvons confirmer la présence de Français que lorsque ceux-ci sont inscrits et que nous avons au consulat une trace de leur présence dans le pays. Pour l'instant, je n'ai pas d'information à vous donner.

Je dirais aussi que ce sont quand même des gens qui rassemblent à la fois le banditisme, le terrorisme avec une dose de religieux. Nous avons là un mélange assez explosif et qui n'est pas nouveau. Ce sont aussi des personnes qui vivent du trafic intense de cette région, trafic de drogue, d'êtres humains. Ce ne sont pas juste des terroristes.

Je rentre de Tunis où j'ai passé deux jours et, avant cela, j'étais à Tripoli. Je dois dire qu'il y a une vraie inquiétude partout dans l'ensemble de ces pays, avec une connaissance bien sûr des activités et parfois, dans certains pays, de camps d'entraînement pour des jeunes qui sont aujourd'hui facilement recrutés parce qu'il y a beaucoup de chômage et une certaine précarité. Il y a d'ailleurs eu une réunion entre la Tunisie, la Libye et l'Algérie à Ghadamès justement pour parler des questions de sécurité, pour tenter de parvenir à une coordination régionale entre ces pays pour être en capacité de réagir contre ces groupes. Il faut savoir en effet que ces groupes sont sur les territoires tunisien, libyen et algérien comme certains sont en France aussi.

Q - Il y a un peu moins de 30.000 Français en Algérie, il y a évidemment des préoccupations. Je cite cette phrase de Lucas Hashtag de «Le Soir BFM» qui nous dit : «Il doit quand même être possible de savoir si les Français qui travaillent sur le site sont sains et saufs ou pris en otage». Il y a un souci quand même ?

R - Il faut savoir s'ils sont enregistrés ou non. Aujourd'hui, nous n'avons pas de personne manquante si je puis dire. Il faut savoir aussi que les Français qui travaillent de façon temporaire dans un pays n'ont pas spontanément le réflexe de s'enregistrer au consulat. Nous leur demandons de le faire.

Au Centre de crise, nous avons aussi un système qui s'appelle le fil d'Ariane qui permet à un ressortissant français, lorsqu'il part à l'étranger de s'enregistrer au Centre de crise et ainsi recevoir ainsi sur son portable des informations sur la situation sur la sécurité du pays.

Je n'ai pas d'information, je ne peux pas vous dire qu'il nous manque des Français aujourd'hui. Si ces gens-là n'étaient pas enregistrés, forcément, nous ne pouvons pas savoir où ils sont.

Q - Ce soir, sur l'antenne de BFM-TV, avez-vous quelque chose de particulier à dire à ces ressortissants français qui se trouvent en Algérie et à leur famille ? Y a-t-il des mesures de sécurité particulières ?

R - Dès qu'il y a malheureusement une action comme celle-ci, le Centre de crise est saisi et, en effet, nous avons un protocole de sécurité qui est immédiatement activé en liaison avec l'ambassade de France. Généralement, un SMS ou un email est envoyé à l'ensemble des ressortissants enregistrés au consulat avec une information et en leur recommandant d'être prudents, vigilants, suivant le degré d'insécurité./.

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9. Politique économique - Tribune de la ministre du Commerce extérieur, Mme Nicole Bricq, avec le quotidien «Les Échos» (Paris, 17/01/2013)

La France est un grand pays. Une part du relèvement national réside en nous, dans cette fierté d'être français que d'aucuns ont parfois assimilée à de l'arrogance. Nous devons renouer avec notre destin, car la France demeure un pays qui réussit, un pays qui conquiert.

Je le remarque tous les jours. Le commerce extérieur est l'histoire des entreprises qui réussissent, innovent, exportent. Les chefs d'entreprise que je rencontre sont déterminés, inventifs, courageux. Ils affrontent l'international, la concurrence, les marchés difficiles et, bien souvent, ils gagnent, s'implantent, nouent des partenariats, grandissent et prospèrent.

Dans mes déplacements à l'étranger comme en France, je rencontre des entreprises qui créent des emplois, qui déposent des brevets, qui s'ouvrent des marchés. Toute une France productive qu'on ne vante pas suffisamment est entrée de plain-pied dans la mondialisation. Ces femmes et ces hommes ont traversé les frontières pour trouver des relais de croissance. Nos grands groupes se sont internationalisés. Des entreprises de taille intermédiaire, des PME les ont suivis.

Aujourd'hui le seul export ne suffit plus. Nos partenaires, dans les pays émergents, les nouvelles zones de croissance, ont évolué. À leur tour, ils veulent produire. Ils demandent que nous construisions avec eux des partenariats industriels et technologiques ainsi qu'un partage des compétences. Ces demandes sont légitimes.

Notre pays est attractif. Jusqu'à présent premier d'Europe en termes d'implantations industrielles, il doit tout faire pour le rester. Les entreprises étrangères sur notre sol emploient 2 millions de personnes en France ; elles réalisent 42 % de nos exportations !

Le Premier ministre, avec le pacte pour la croissance, la compétitivité et l'emploi, a affirmé, après dix ans de carence, une stratégie. C'est vrai, nos entreprises sont confrontées à un problème de coût ; le pacte, à travers le crédit d'impôt, est une démarche appropriée. Nos règlements et notre fiscalité changent trop souvent quand les chefs d'entreprises françaises et étrangères ont besoin de clarté et de lisibilité ; le pacte stabilise pour cinq ans cinq dispositifs fiscaux et simplifie les règlements. Nous n'avons pas assez d'entreprises à l'international pour concurrencer nos principaux partenaires : le pacte ambitionne de porter durablement vers les marchés étrangers 1 000 ETI et PME de croissance.

À l'évidence, la France n'a pas trouvé sa place dans la mondialisation. Elle peut, elle doit s'y inscrire résolument, elle en a les capacités. Déjà, les couches moyennes urbaines des pays émergents ont de nouvelles exigences de consommation. Ce sont elles qui tirent les ventes du luxe, des cosmétiques, de produits de santé et d'agroalimentaire de qualité. La population des villes va exploser. En 2030, près de 1 milliard de Chinois seront urbains. La France peut bénéficier de ces évolutions, son image est bonne et ses entreprises sont bien placées.

J'ai identifié quatre familles de produits qui tireront la croissance mondiale dans la prochaine décennie : mieux se nourrir, mieux se soigner, mieux communiquer, mieux vivre en ville. Je m'efforce de mobiliser autour d'elles et vers 47 pays prioritaires qui pèseront 80 % de la demande mondiale en 2022.

La clef du redressement de notre commerce extérieur est là. Grands contrats et commerce courant vont de pair, grands groupes et PME doivent agir ensemble, État, régions et initiatives privées sont mobilisés.

L'engagement de tout le gouvernement doit permettre à la France de renouer avec l'esprit de conquête. Face à la mondialisation, on peut se fermer, on peut se protéger et régresser. J'ai choisi d'aider les entreprises à s'y projeter et à y gagner./.

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10. Point de presse du porte-parole adjoint du ministère des affaires étrangères - Diplomatie économique - Entretien de M. Bernard Cazeneuve, avec le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe - Syrie/Massacre de Homs - Irak/Attentats de Kirkouk et de Touz Khourmatou - Arabie Saoudite/Exécution de Archad Mohammed - États-Unis/Exécution de Robert Gleason en Virginie - Algérie - Somalie/Situation de Denis Allex (Paris, 17/01/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Participation de Laurent Fabius à une table ronde au ministère de l'économie et des finances sur la diplomatie économique (18 janvier 2013)

Le ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, participera vendredi 18 janvier à Bercy à une table ronde sur la diplomatie économique, aux côtés de Mme Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur. Cet échange, lors duquel le ministre s'exprimera sur le rôle du Quai d'Orsay pour faire face à la crise économique, est organisé à l'occasion de la réunion annuelle des chefs des services économiques des ambassades françaises.

Sous l'impulsion de M. Laurent Fabius, la diplomatie économique, c'est-à-dire le soutien à nos entreprises à l'international et le développement des investissements étrangers au bénéfice de l'emploi et de l'activité en France, est devenue une priorité du ministère des affaires étrangères. Un plan d'action est actuellement en cours de mise en oeuvre. Il s'agit en particulier de :

- Généraliser et développer le «réflexe économique» au sein du réseau diplomatique. La diplomatie économique est désormais une instruction permanente et prioritaire de tous nos ambassadeurs, qui sont à l'étranger les capitaines de l'équipe de France de l'export ;

- Ouvrir encore plus le Quai d'Orsay aux entreprises : une direction des entreprises et de l'économie internationale, qui réunit l'ensemble des services compétents en matière économique, a notamment été créée ;

- S'appuyer sur des personnalités de très haut niveau pour développer la relation économique avec des pays clefs (Chine, Japon, Russie, Algérie, Émirats Arabes Unis, Mexique).

2 - Entretien de M. Bernard Cazeneuve, avec le président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (17 janvier 2013)

Le ministre délégué chargé des Affaires européennes, M. Bernard Cazeneuve, reçoit le 17 janvier M. Jean-Claude Mignon, président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. L'entretien portera sur le rôle de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe dans la promotion sur le continent européen des droits de l'Homme, des normes démocratiques et de l'État de droit. Ils échangeront également sur les priorités de la France au Conseil de l'Europe pour 2013.

Le ministre délégué s'entretiendra ensuite avec les députés et sénateurs français membres de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. Cette réunion permettra d'évoquer l'ordre du jour de la prochaine session ordinaire de l'Assemblée parlementaire, qui se tiendra du 21 au 25 janvier à Strasbourg.

Ces rencontres constitueront pour M. Cazeneuve l'occasion de rappeler l'attachement de la France au Conseil de l'Europe et à l'important travail qu'il accomplit dans la défense et la promotion des droits de l'Homme.

3 - Syrie - Massacre de Homs (16 janvier 2013)

La France condamne avec la plus grande force le nouveau massacre commis hier par l'armée syrienne à Homs, qui s'est soldé par la mort de plus de 100 civils, dont des femmes et des enfants.

Ce nouvel épisode sanglant constitue une preuve supplémentaire de la sauvagerie du régime de Bachar Al-Assad. La France souhaite que ces crimes ne restent pas impunis.

Les auteurs de tels crimes commis en Syrie, quels qu'ils soient, devront en rendre compte devant la justice pénale internationale.

4 - Irak - Attentats de Kirkouk et de Touz Khourmatou (16 janvier 2013)

La France condamne fermement les attentats perpétrés hier dans plusieurs villes d'Irak, au cours desquels, selon les derniers bilans, plus de 40 personnes ont perdu la vie et plus de 250 ont été blessées.

Nous adressons nos condoléances aux familles des victimes.

La France réaffirme son soutien aux autorités irakiennes dans leur lutte contre le terrorisme.

5 - Arabie Saoudite - Exécution de Archad Mohammed (16 janvier 2013)

La France condamne la décapitation le 16 janvier en Arabie Saoudite du ressortissant pakistanais Archad Mohammed et s'inquiète du rythme alarmant du nombre d'exécutions dans ce pays : depuis le début de l'année 2013, il s'agit de la 4ème exécution.

La France est engagée dans une campagne en faveur de l'abolition universelle de la peine de mort et entend être à la pointe de ce combat. Comme l'a rappelé le ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, la France exprime son opposition déterminée et constante à la peine de mort en tous lieux et en toutes circonstances. Elle exhorte l'Arabie saoudite à mettre un terme aux exécutions et à instaurer un moratoire dans les délais les plus rapides.

6 - États-Unis - Exécution de Robert Gleason en Virginie (16 janvier 2013)

La France condamne l'exécution par électrocution de Robert Gleason en Virginie le 16 janvier 2013. Il s'agit de la première exécution aux États-Unis en 2013 et de la première application de la peine de mort en Virginie depuis août 2011.

La France exhorte les autorités de Virginie à mettre un terme aux exécutions, à observer un moratoire et à engager un débat sur l'abolition de la peine capitale. Elle réaffirme son opposition constante à la peine de mort en tous lieux et en toutes circonstances.

7 - Algérie

Q - Selon un communiqué publié par le site mauritanien Alakhbar, le groupe islamiste preneur d'otages en Algérie réclame «l'arrêt de l'agression au Mali». Quelle est la réaction des autorités françaises à cette revendication?

Y a-t-il des Français parmi les otages, et combien ? Craignez-vous un assaut des forces algériennes sur le site ?

R - Nous procédons à des vérifications. Nous ne pouvons pas confirmer la présence de Français parmi les otages. Les services du ministère des affaires étrangères et notre ambassade à Alger sont totalement mobilisés.

Nous n'avons aucun commentaire à formuler à ce stade.

8 - Somalie- Situation de Denis Allex

Q - Quelle est votre réaction à la déclaration ce matin de al Shabaab qui disent qu'ils ont exécuté Denis Allex hier, mercredi, à 17h30 heure française ?

R - Le président de la République s'est exprimé hier. Nous n'avons aucun commentaire à ajouter.

9 - Oman

Q - Que pensez-vous de la condamnation à des peines de prison de huit écrivains et blogueurs à Oman pour lèse-majesté et cybercriminalité ?

R - Nous avons appris avec déception la confirmation en appel de ces condamnations. Nous suivons ces audiences avec attention et rappelons notre profond attachement à la liberté d'opinion et d'expression, y compris sur Internet.

Nous espérons un geste de clémence de la part des autorités afin de permettre la libération de ces personnes./.

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11. Algérie/Attaque terroriste près de In Amenas - Déclaration de la Haute représentante de l'Union européenne, Mme Catherine Ashton (Bruxelles, 17/01/2013)

C'est avec la plus grande inquiétude que j'ai appris l'attaque terroriste contre les installations de Sonatrach, BP et Statoil, près de In Amenas, dans le sud-est de l'Algérie, qui a causé la mort de plusieurs membres du personnel y travaillant, et la prise en otage des autres. Je condamne ces meurtres et appelle les ravisseurs à libérer immédiatement les otages qu'ils détiennent.

J'exprime ma sympathie aux familles des victimes et tiens à souligner ma solidarité avec les otages, avec leurs gouvernements respectifs ainsi qu'avec les autorités algériennes qui sont actuellement engagées dans la libération des otages./.

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