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Bulletin d'actualités du 15 janvier 2013


Sommaire



1. Mali - Déclaration du Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault - Paris, 14 janvier 2013 (Paris, 14/01/2013)

Mesdames et Messieurs,

Les mouvements terroristes qui s'étaient emparés, début 2012, du nord du Mali ont repris, la semaine dernière, l'offensive. Face à une agression caractérisée qui menaçait l'existence même du Mali, la France a décidé d'intervenir, en appui aux forces armées maliennes. L'article 35 de la Constitution prévoit, dans un tel cas, que le gouvernement informe le Parlement.

Dès le 12 janvier, j'ai adressé une lettre aux présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, qui a été diffusée à tous les parlementaires.

La réunion que je viens de tenir avait pour but de poursuivre cette information.

J'ai présenté aux présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat, aux représentants des groupes parlementaires, et aux présidents des commissions compétentes du Parlement les objectifs poursuivis par l'intervention de la France.

J'ai annoncé qu'un débat sans vote aurait lieu mercredi après-midi, au même moment, à l'Assemblée nationale et au Sénat.

Les objectifs de l'opération fixés par le président de la République sont triples :

Premier objectif : arrêter l'offensive des groupes terroristes. Nous leur avons déjà porté un coup d'arrêt à l'Est. Nous portons maintenant notre effort à l'ouest.

Deuxième objectif : préserver l'existence de l'État malien et lui permettre de recouvrer son intégrité territoriale.

Troisième objectif : préparer le déploiement de la force d'intervention africaine, qui a été autorisée le 20 décembre dernier par le Conseil de sécurité des Nations unies.

La France agit à la demande du président du Mali, et dans le respect de la Charte des Nations unies.

Elle bénéficie du soutien de la communauté internationale, à commencer par les États africains. Plusieurs de nos partenaires, notamment le Royaume Uni, la Belgique, le Danemark, les États-Unis, et le Canada nous ont également apporté leur appui, et l'Allemagne a exprimé sa disponibilité. Au nom de la France, je les en remercie chaleureusement.

La priorité consiste maintenant à accélérer le déploiement de la force d'intervention africaine, et la mise en place de l'opération de l'Union européenne. Afin de protéger le territoire national, conformément aux orientations du président de la République, j'ai décidé de renforcer le Plan Vigipirate par des mesures concernant notamment la sécurité des transports publics, et la protection de certains bâtiments sensibles. Le gouvernement est conscient, depuis le début des opérations, des risques qui pèsent sur nos otages au Sahel. C'est une préoccupation constante et nous sommes en contact avec les familles. Mais, ce sont ceux-là mêmes qui détiennent nos otages qui menaçaient de s'emparer de la totalité du Mali. Ne rien faire et laisser le Mali devenir un sanctuaire pour les groupes terroristes n'aurait pas contribué à la libération de nos otages. Face à la menace terroriste, la détermination du gouvernement ne faiblira pas.

Je me félicite du soutien manifesté depuis le 11 janvier par l'ensemble des forces politiques. La réunion qui vient d'avoir lieu confirme, s'il en était besoin, la capacité de notre pays à se réunir lorsque sont en jeu les valeurs qui sont au fondement de notre République. C'est notre atout le plus précieux face à la menace des groupes terroristes.

Ce message d'unité est particulièrement important, à un moment où nos soldats sont engagés sur le terrain, en appui à l'armée malienne. Je voudrais ici saluer leur courage, et j'ai une pensée plus particulièrement pour le Lieutenant Damien Boiteux, qui a péri vendredi. Un hommage national lui sera rendu demain dans la cour d'honneur des Invalides.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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2. Mali - Conférence de presse du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius - Paris, 14 janvier 2013 (Paris, 14/01/2013)

Je voudrais faire le point sur la situation diplomatique de l'opération militaire au Mali. D'abord, je voudrais vous rappeler les objectifs de cette intervention que nous avons déclenchée à la demande des autorités maliennes pour répondre à une urgence.

J'ai eu l'occasion hier de rappeler les trois objectifs et je veux vous les confirmer. Le premier, c'est de stopper l'offensive des groupes armés terroristes vers le sud qui menaçaient l'ensemble du Mali et notamment la capitale, Bamako. Cette opération est en cours et elle se déroule de façon satisfaisante. Le deuxième objectif, c'est d'éviter l'effondrement du Mali. Il s'agit de la condition sine qua non du retour du Mali à son intégrité territoriale. Le troisième objectif, c'est de permettre la mise en oeuvre des résolutions internationales, que ce soit les Nations unies, l'Union africaine, la CEDEAO et l'Union européenne. Cela constitue bien entendu notre objectif principal. S'agissant des Nations unies, il faut avoir à l'esprit que trois volets doivent être traités : le volet sécuritaire - c'est une évidence -, le volet politique et le volet du développement.

Cette intervention, je veux le souligner, s'inscrit dans le cadre strict de la légalité internationale. Elle répond à une demande formelle du président malien et elle est conduite en conformité avec la charte des Nations unies, en cohérence avec les résolutions des Nations unies 2056, 2071 et 2085. Le cadre, c'est donc l'organisation des Nations unies ; le demandeur, c'est le Mali ; nos partenaires, ce sont les Africains et la Communauté internationale. Nous n'avons évidemment pas vocation à agir seuls. Le soutien politique international dont nous disposons - je voudrais insister là-dessus - est quasi-unanime. Nous avons agi en toute transparence, nous avons informé l'ensemble de nos partenaires. Hier, le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-Moon, a tenu à m'appeler au téléphone longuement pour me confirmer - je le cite - que nous avions le plein soutien de l'organisation des Nations unies.

J'ai personnellement été en contact avec beaucoup de mes homologues. J'en citerai plusieurs : il y a quelques instants avec Mme Ashton, la Haute représentante pour l'Union européenne en politique étrangère ; avec les ministres des affaires étrangères d'Allemagne, M. Westerwelle, du Royaume-Uni, M. William Hague, d'Italie, M. Terzi, des Pays-Bas, M. Timmermans, du Danemark, M. Sovndal. Je me suis également entretenu avec le président du Sénégal, M. Macki Sall, avec mon homologue algérien, que je vais à nouveau contacter dans quelques instants, M. Medelci, avec Mme Zuma, la présidente de la Commission de l'Union africaine et avec la ministre des affaires étrangères d'Afrique du Sud, Mme Mashabane. Tous m'ont confirmé le soutien de leur pays.

Ce matin, j'ai reçu le ministre des affaires étrangères du Mali, M. Coulibaly, qui m'a rendu visite pour faire le point au nom du président Traoré et du Premier ministre Cissoko, et m'a demandé de remettre au président français une lettre du président malien, remerciant chaleureusement et profondément le peuple français au nom du peuple malien. Ce soutien de nos partenaires internationaux est également opérationnel. Plusieurs pays sont engagés à nos côtés : le Royaume-Uni fournit des avions de transport tactiques et stratégiques ; l'Allemagne examine une aide logistique, humanitaire et médicale ; les Belges nous fournissent les moyens de transport et le Danemark aussi ; les États-Unis nous apportent un soutien dans le domaine du transport, des communications et du renseignement. Les préparatifs s'accélèrent pour le déploiement d'une force ouest-africaine. Le Nigeria doit fournir 600 hommes. Le Niger, le Burkina-Faso, le Togo et le Sénégal ont annoncé l'envoi chacun de contingents d'environ 500 hommes et le Bénin, 300. Le Tchad devrait également fournir un contingent important ; d'autres soutiens encore sont annoncés. Cette mobilisation internationale est essentielle car la France n'a pas vocation à rester seule aux côtés du Mali. Les décisions prises avant Noël par l'ONU, l'Union africaine, la CEDEAO et l'Union européenne ouvrent la voie à une opération internationale, africaine en premier lieu.

C'est à la mise en oeuvre rapide de ces décisions que nous travaillons aujourd'hui. Nous travaillons en étroite concertation avec les Nations unies. Une nouvelle réunion du Conseil de sécurité consacrée au Mali se tient à notre demande cet après-midi même à New York. Notre objectif est celui d'un déploiement aussi rapide que possible de ce qu'on appelle la MISMA, c'est-à-dire la mission de soutien au Mali. L'État-major est déjà en cours de déploiement à Bamako. Une conférence aura lieu demain sur place afin de planifier le déploiement des troupes. Une conférence des donateurs aura lieu à Addis-Abeba à la fin du mois de janvier en marge du sommet de l'Union africaine.

Je viens de parler à Mme Ashton qui m'a confirmé qu'une réunion exceptionnelle du conseil des ministres des affaires étrangères de l'Union européenne se tiendra cette semaine afin d'examiner la situation au Mali. Nous y prendrons des décisions permettant d'accélérer le déploiement de la mission de formation et de conseil de l'Union européenne auprès de l'armée malienne. Nous devrons examiner aussi la participation que nos partenaires européens peuvent apporter au déploiement de cette MISMA.

J'ajoute que tout est fait évidemment pour la sécurité des Français sur place au Mali et dans l'ensemble de la région. Le dispositif de sécurité a été renforcé notamment par l'envoi de gendarmes du GIGN. Le lycée français de Bamako est fermé cette semaine pour permettre une évaluation précise des questions de sécurité et éviter au maximum la prise de risques. Concernant les otages, chacun comprend l'inquiétude des familles qui est légitime. Le directeur du centre de crise, M. Didier Le Bret, est en contact permanent avec ces familles. Je viens moi-même cet après-midi de recevoir la famille de l'otage Gilberto Rodrigues Leal, à qui j'ai redit la détermination de la France.

Tout est mis en oeuvre pour limiter les risques mais ce n'est pas en laissant le Mali devenir un sanctuaire terroriste que nous protégerons les otages. Ce sont en effet ces mêmes groupes, il faut toujours l'avoir à l'esprit, qui détiennent nos otages et qui risquaient de se trouver demain maîtres totaux du Mali si nous n'étions pas intervenus.

Voilà, Mesdames et Messieurs de la presse, le contexte international à l'heure où je m'exprime. En intervenant au Mali, la France assume ses responsabilités internationales et remplit ses obligations internationales. Des intérêts essentiels étaient en jeu pour nous, pour l'Afrique, pour l'Europe et pour l'ensemble de la communauté internationale et il fallait donc agir. L'urgence nous a imposé d'agir vite mais nos partenaires européens, africains et aux Nations unies montrent aujourd'hui qu'ils sont prêts à répondre eux aussi présents.

Q - Une colonne djihadiste a pris la ville de Diabali qui est à l'ouest du pays ; est-ce que ceci vous inquiète ?

R - J'ai eu en effet ces informations, en liaison avec mon collègue ministre de la défense, qui m'a confirmé ce que vous venez de dire à l'instant. Il s'agit à la fois d'être très actifs et vigilants sur la partie ouest et, en même temps, actifs et vigilants sur la partie est. Nos forces ont reçu l'instruction de traiter cela.

Q - Concernant la Somalie, il y a eu des tweets particulièrement frappants cet après-midi. Quel commentaire faites-vous de ces tweets des photos qui ont été publiées par les Shebabs somaliens ?

R - Vous avez su bien sûr cette issue tragique, qui a coûté la vie à nos ressortissants. Nous avions mis en garde contre toute instrumentalisation. Je l'avais fait hier, tout comme mon ami et collègue Jean-Yves Le Drian. Nous condamnons l'instrumentalisation de ce qu'il faut bien appeler des assassinats.

Q - Il y a des informations selon lesquelles le chef d'Ansar Dine a été blessé dans un raid par des frappes françaises ; est-ce que vous pouvez nous le confirmer ?

R - Il y a beaucoup d'informations, mais avant de confirmer tout cela, des vérifications sont nécessaires. Elles sont actuellement en cours.

Q - Est-ce que la France connaît les lieux où sont détenus les otages et est-ce que quelque chose dans ce cas est fait pour éviter que le risque vienne de la France dans des bombardements ?

R - Vous savez que nous avons adopté depuis le début une stratégie qui est d'agir au maximum et de rester également les plus discrets possible car toute indication donnée pourrait être utilisée par les ravisseurs contre les otages. Donc vous me permettrez de rester très discret sur ces points.

Q - Est-ce que vous espérez que le soutien algérien aille au-delà du simple survol du territoire ? Est-ce que vous avez des assurances à ce sujet ?

R - Le Premier ministre Cissoko était en déplacement en Algérie. Je crois qu'à l'heure actuelle, il doit retourner dans son pays. Moi-même, je compte m'entretenir à la fin de l'après-midi, après vous avoir quittés, avec les autorités algériennes. Nous ferons le point, mais j'ai eu l'occasion de dire que les autorités algériennes qui évidemment, comme nous, sont préoccupées par ce qui se passe à leur porte, après avoir elles-mêmes été très durement touchées par le terrorisme pendant des années, mesurent la gravité de tout cela. Les autorités algériennes avaient autorisé nos avions à survoler leur pays. Nous sommes en contact étroit avec elles et nous allons le rester.

Q - (concernant le soutien du Royaume-Uni)

R - La Grande-Bretagne immédiatement nous a apporté son soutien. M. David Cameron a précisé cela au président français. William Hague m'a appelé personnellement et nous constatons une fois de plus que lorsque les situations sont difficiles, les Britanniques sont à nos côtés. D'autres nations le sont également bien sûr. Nous avons donc une réunion qui sera convoquée par Mme Ashton qui m'a dit tout à l'heure qu'elle envisageait cette réunion cette semaine, dans deux jours ou trois jours. À cette occasion, le point sera fait sur la situation avec tous nos collègues européens et nous déciderons certainement une confirmation et une accélération de ce à quoi s'est engagée l'Europe en matière de formation. Et puis il y aura bien sûr des gestes individuels qui seront faits par beaucoup de pays, parmi lesquels la Grande-Bretagne, la Belgique, le Danemark, et d'autres encore. Nul doute que les Européens seront aux côtés des Maliens et à nos côtés puisque c'est évidemment le Mali et l'Afrique qui sont en jeu mais également l'Europe. En effet je crois que tout le monde l'a compris, ce qui explique le soutien international et le soutien de la population, c'est que si le terrorisme se développe, c'est évidemment l'ensemble de l'Afrique et par contrecoup l'Europe qui sont visés.

Q - Je voudrais revenir sur la prise de la ville de Diabali par les islamistes. Est-ce que vous vous y attendiez et quelles sont les conséquences sur le terrain de la prise de cette ville s'il vous plaît ?

R - Je préfère, sur l'aspect proprement militaire, vous renvoyer à mon collègue de la défense.

Q - Sur le déploiement des forces africaines, est-ce que vous pensez que c'est une question d'heures, de jours ou de semaines pour ce déploiement des troupes combattantes ? Deuxième question, sur les consignes pour les entreprises françaises au Mali - je pense au secteur du BTP -, est-ce qu'ils continuent à travailler ou est-ce que leurs chantiers ont été arrêtés et est-ce qu'éventuellement vous rapatriez...

R - Sur le premier point, je vous ai dit que le chef d'État-major était maintenant à pied d'oeuvre, que les annonces de contingents de troupes africaines avaient commencé d'être collectées et, bien évidemment, les autorités militaires et civiles vont faire le maximum pour que ces troupes soient engagées très rapidement, le plus rapidement possible bien sûr.

Sur la deuxième question, celle des entreprises, là où la maîtrise est assurée par les Maliens, il n'y a aucun problème. Évidemment quand il s'agit des zones qui sont en difficulté ou sous le contrôle encore des terroristes, il n'y aura pas d'activité, mais il n'y en avait déjà pas.

Q - Est-ce que vous pouvez nous donner quand même un élément de calendrier plus précis sur le déploiement des forces africaines au Mali ? Vous dites le plus rapidement possible, mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la France va être seule pendant toute cette semaine sur les opérations ou vous attendez des déploiements dès cette semaine ? Est-ce que ça se compte en jours ou en semaines ou en mois ?

R - Je peux simplement vous dire que le plus vite, à l'évidence sera le mieux. Il y a des questions de transport mais grâce en particulier à l'appui qui nous est donné par un certain nombre de pays, ces transports sont en train d'être mis en place. Une nouvelle fois, mon collègue de la défense chargé de ces questions sera peut-être plus précis que moi mais l'objectif politique est clair, c'est d'agir au plus vite.

Q - Sur l'Algérie, est-ce que vous considérez que l'Algérie soutient l'opération, la politique française au Mali ? C'est un soutien plein et entier ?

R - Je ne vais pas m'exprimer à la place de nos amis algériens. Ils diront ce qu'ils souhaitent dire. Nous sommes, nous avons été et nous restons en contact étroit avec eux. Lorsque nous avons fait une demande de survol, elle nous a été immédiatement accordée.

Q - Je voudrais savoir ce qu'il en a été de la réunion avec votre homologue malien - il est venu adresser des remerciements, certes, mais il a peut-être eu également quelques demandes précises ?

R - Nous avons fait le point de la situation bien sûr puisque c'est lui qui représente le gouvernement malien. Nous avons parlé de la situation sur le terrain, ainsi que de la situation psychologique. Nous avons également fait le point sur les questions que vous avez posées et qui sont légitimes, concernant l'apport des troupes africaines, la conférence des donateurs, mais aussi la nécessité de mener aujourd'hui une action de nature sécuritaire. Il reste nécessaire de traiter aussi les aspects politiques et les questions liées au développement dans un futur proche. Nous avons bien évidemment pris l'ensemble du sujet et nous allons nous revoir rapidement car il est très possible qu'il se joigne à nous pour la réunion qui aura lieu en Europe entre les ministres des affaires étrangères./.

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3. Mali - Remarques à la presse du représentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 14/01/2013)

(En français et en anglais)

La France avait demandé une réunion du Conseil de sécurité pour faire un point d'information sur la situation au Mali.

Comme le président de la République et le ministre des affaires étrangères l'ont déclaré, la France veut agir en totale transparence avec nos partenaires du Conseil de sécurité que nous avions déjà réunis à la veille de l'opération et que nous continuerons de tenir informés tout au long de l'opération. Je crois pouvoir dire après cette réunion du Conseil de sécurité que la France bénéficie de la compréhension et du soutien de tous ses partenaires. Le Secrétaire général vient lui-même d'affirmer son soutien à l'opération que conduit la France à la demande des autorités maliennes.

Tous nos partenaires du Conseil de sécurité ont naturellement reconnu que la France agit en conformité avec la légalité internationale, en conformité avec la charte des Nations unies, puisque la France est intervenue à la demande des autorités maliennes. Comme l'a dit l'ambassadeur de la Fédération de Russie, nous agissons par ailleurs dans l'esprit des résolutions 2056, 2071 et surtout 2085 qui appelle les États membres à soutenir les forces maliennes contre les groupes terroristes et dont la mise en oeuvre sera facilitée par notre intervention militaire.

Sur le plan politique, la priorité de la politique française n'a pas varié : c'est la mise en oeuvre rapide de résolution 2085 dans toutes ses dimensions, à travers notamment le déploiement immédiat des troupes africaines pour appuyer les forces maliennes. L'Union africaine, la CEDEAO et les autorités maliennes seront donc en mesure de reprendre en main ce processus avec l'aide internationale. Les troupes africaines vont pouvoir se déployer dans les prochains jours.

L'intervention militaire n'est qu'un aspect. Elle doit encourager le processus politique de normalisation qui doit se poursuivre ; processus politique de normalisation à Bamako, mais aussi processus de réconciliation inter-malienne.

Il est donc essentiel que les Maliens adoptent le plus rapidement possible une feuille de route, créent une structure de négociation avec les groupes armés du Nord qui se dissocient du terrorisme. Les Nation unies doivent l'appuyer dans tous les aspects et notamment la planification militaire de l'opération africaine. Mais elles doivent surtout appuyer les propositions qui doivent être faites par le président Buyoya, représentant de l'Union africaine, par l'équipe du président Prodi, pour, une fois la stabilisation de la situation militaire obtenue, lancer un processus de négociations entre le Nord et le Sud.

Je le répète, l'intervention française a été le résultat d'une urgence, c'est-à-dire d'une offensive des troupes terroristes. Mais une fois arrêtée l'offensive terroriste, nous devons mettre en oeuvre le plus rapidement possible la résolution 2085 dans toutes ses dispositions, c'est-à-dire avant tout un processus de négociations politiques entre le Nord et le Sud.

Q - Est ce que l'intervention française change le calendrier de l'ONU, comment est ce qu'on fait pour former une armée qui est déjà en train de se battre sur le terrain, l'armée malienne, et quand verra-t-on les premières troupes africaines de la MISMA sur place ?

R - En ce qui concerne les troupes africaines, je crois qu'elles sont en train d'arriver. Il y a déjà sur place le commandant de la force qui est un général nigérian. Nos partenaires, notamment occidentaux, fournissent des moyens logistiques. Nous devrions pouvoir avoir sur place, dans les jours et les semaines qui viennent, les premiers contingents africains. D'une certaine manière, l'offensive terroriste et la réaction française vont accélérer le déploiement de la force africaine.

Ensuite, concernant le calendrier, ce sera aux militaires de décider. Les contingents vont arriver à Bamako. Il va falloir estimer leurs capacités et voir ce dont nous avons besoin pour les rendre opérationnels.

Q - Can you repeat in English ?

A - France has requested a meeting of the Security Council because we want to act in a total transparency with the United Nations. The same way that we had a meeting on Thursday before launching the operation, we wanted to have another meeting now that the operation has been launched. We will keep the Council informed in the coming days.

What I can say about this meeting is that all the members of the Security Council have expressed their support and their understanding of the French decision. The statement made by the Secretary-General, who had a long conversation with Laurent Fabius yesterday, expressed this support too.

All the members of the Security Council have recognized that we were acting in perfect international legality, on the basis of the UN Charter and upon the request of the Malian authorities.

Another point, raised by the Russian Ambassador, is that we are also acting in the spirit of the resolutions, in particular of resolution 2085. And we all agree that we should go back to the implementation of resolution 2085.

Our political priority has not changed : it is the quick implementation of resolution 2085 in all its dimensions, especially through the immediate deployment of the African forces. African forces are going to be deployed in the coming days or weeks. The head of the force, a Nigerian General, is already in Bamako and we are grateful to some of our western partners who are providing logistical support to bring African forces to Bamako.

But at the end of the day, the real solution will be a political one. So we want to support a political process in Bamako and also the reconciliation between Malians of the North and the South, the negotiations with the armed groups who dissociate themselves from terrorism. We hope that the UN will support this process in all its dimensions.

Q - Is there a Malian army left to support or to train because there have been so many defections ? Secondly, what about those benchmarks that have been set in the resolutions ?

A - The Malian army has been attacked, they have been obliged to withdraw from Konna, they have suffered heavy casualties. But they are fighting and they are fighting in very difficult circumstances.

Once again, we have not started the real implementation of resolution 2085. In the coming weeks, in the coming months, it will be necessary to go through the benchmarks you are referring to, to the process of resolution 2085. Nothing has changed in this respect. Allow me to say that we are in the very first days with new circumstances. We may have to adjust, but we are remaining in the framework of resolution 2085.

Q - Will the first task of the African force change from training to actual combats and also you need a lot of airlift, you have sufficient airlift support of your Western partners. Do you have any new offers of support on that front of the US or others ?

A - In terms of logistical support, we have receive proposals by the US, Canada, UK, Denmark, Belgium, maybe Germany - there are a lot of countries which are providing logistical support. We have to adjust to the new reality but we are in the framework of 2085, so the first thing for the African force is to be a force. We have contingents arriving in Bamako. I am not a military but I do not imagine sending these contingents to the field before first having assessed the military capabilities, having created a real force, having gone through the benchmarks of the resolution 2085.

Q - After the French intervention, do you think that what is happening is going to be a long-term process ?

A - I do not know.

Q - What is the first step in the political process you are talking about ? How do you think it would work, particularly since there hasn't been an interest in negotiations so far ?

A - First, there has been a negotiation, which has been conducted by President Compaoré and Mr Bassolé from Burkina Faso. We have had a political process. What we have been asking to the Malians for sometime is to agree, on a national basis, to a roadmap for negotiations. We would like to have this roadmap agreed in some form by the Malians, and after that, of course, this roadmap implemented in order to have something which has been agreed in Bamako, which is strong and sound-based for negotiations with the North.

Q - Just now Ambassador Bamba of Côte d'Ivoire seems to think that you are operating under resolution 2085, how will we know when you are ? It says that the Secretary-General was supposed to confirm in advance with the satisfaction of the Council, will you tell us when you are ? And also is Captain Sanogo in any way involved in the Malian military defence of Bamako, and what do you think of that ?

A - Captain Sanogo has an official role in the Malian army so I guess he is involved but I do not have precise information about it.

There is a real question raised by one of the members about how we are going to shift from what is a French emergency operation to the implementation of resolution 2085. First, we are in the context of resolution 2085. Secondly, we want to implant it as soon as possible. So there will be the question of determining if we need a formal transition or not. As it is in resolution 2085, there were questions before, there are the benchmarks, the OP11 «expressions of the satisfaction of the Security Council»... So there is a process and we will follow the process. But we are in the very first steps. First we need to have the African contingents in Bamako. They have not arrived yet.

Q - Can you explain to us what is at stake here, why this is this so significant and do you think the international community has rally around your cause enough, what would you like to see happen ?

A - As for the rallying of the international community, we had an extraordinary expression of support. I have not heard any country or any institution - maybe Ansar Eddine - expressing disagreement with what we have decided. This has been the case with the UN Secretary-General in his phone call with Laurent Fabius and today publicly around the table with the fifteen. France is very grateful of all these expressions of support to our soldiers who are risking their lives.

Nobody can say that France wanted to enter into a military operation. For the last twelve months, the French diplomacy looked for a political and diplomatic solution. We have tabled three resolutions which all of them are calling for a political settlement between the North and the South and giving to the Malians and the Africans the unique role for re-establishing the territorial integrity of Mali.

Suddenly, the terrorist armed groups launched an offensive. They have taken the city of Konna. At this moment, our assessment was that they were totally able to take Bamako. So we decided that the existence of the state of Mali and, beyond Mali, the stability of all West Africa were at stake.

With determination but also with reluctance we decided that we had no other choice but to launch this military intervention. We will conduct it as long as it will be necessary.

Q - Certains au Conseil de sécurité souhaitaient une réconciliation politique avant toute intervention militaire, maintenant on a une intervention militaire, cela ne met-il pas en danger une réconciliation politique ?

R - La question maintenant est de savoir si les groupes armés du nord qui veulent négocier n'y verront pas finalement la preuve qu'il n'y a pas d'autre voie que la négociation. Nous prouvons aux groupes armés du nord qu'ils ne pourront pas l'emporter par les armes, que la détermination française est totale et que nous défendrons Bamako.

Nous ne laisserons pas tout le sud du pays, treize millions d'habitants, tomber sous la violence des groupes terroristes. Nous attendons des groupes armés du nord, dont certains ont des revendications de longues dates, qu'ils comprennent que la seule voie est la voie de la négociation. Notre objectif, les autorités françaises l'ont dit, est la reprise des négociations entre le nord et le sud, c'est la solution politique./.

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4. Mali - Déclaration de la Haute représentante de l'Union européenne, Mme Catherine Ashton (Bruxelles, 14/01/2013)

J'ai présidé aujourd'hui une réunion de la plate-forme de crise sur le Mali et me suis entretenue au téléphone avec Laurent Fabius pour examiner les développements récents et les actions que l'UE pourrait prendre pour soutenir le gouvernement et le peuple maliens.

À la lumière de cela, j'ai convoqué un Conseil des affaires étrangères extraordinaire cette semaine afin de faire le point sur les possibles actions de l'UE en appui au Mali, y compris le déploiement rapide de la mission EUTM visant à former et conseiller les forces armées maliennes, une assistance financière et logistique pour le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali (AFISMA), et tout autre soutien direct au gouvernement malien pour l'aider à faire face à la situation actuelle.

L'UE reste en contact étroit avec les autres acteurs internationaux, notamment l'Union africaine, la CEDEAO et l'ONU, afin d'assurer une réponse internationale unifiée à la situation./.

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5. UE/Allemagne - Audition conjointe du ministre délégué chargé des affaires européennes, M. Bernard Cazeneuve, et de son homologue allemand, M. Michael Link, devant les commissions des affaires étrangères de l'Assemblée nationale et du Sénat - propos de M. Bernard Cazeneuve (Paris, 18/12/2012)

Je vous remercie pour cette invitation conjointe qui nous permet d'évoquer la relation franco-allemande et la position de nos deux pays sur les sujets abordés dans les Conseils européens.

Le 50e anniversaire du traité de l'Élysée, sur lequel Michael Link est largement revenu dans son intervention, ne se résume pas, pour nous, à un exercice mémoriel. S'il nous offre l'occasion de rendre hommage au courage et à la vision des deux grands leaders européens que furent le chancelier Adenauer et le général de Gaulle, il nous permet surtout de dire ce que nous ferons ensemble demain, afin que l'amitié franco-allemande reste aussi forte dans les cinquante prochaines années qu'elle l'a été durant celles qui viennent de s'écouler. La grande manifestation du 22 janvier à Berlin doit indiquer les perspectives de notre relation en matière de politique industrielle et énergétique, de coopération transfrontalière, d'emploi et de formation professionnelle et universitaire. Il faut notamment réfléchir à l'articulation entre les actions de l'OFAJ et celles du Secrétariat général franco-allemand pour les échanges en formation professionnelle, mais également aux initiatives de politique culturelle à développer dans les prochaines années. Michael Link et moi travaillons ensemble sur toutes ces questions, dans nos fonctions de Secrétaires généraux pour la coopération franco-allemande.

Mais la relation entre nos deux pays ne se résume pas aux perspectives du cinquantenaire du traité de l'Élysée ; elle s'élabore aussi dans les compromis qui se nouent à la faveur des Conseils de l'Union européenne et des Conseils européens. Tant Michael Link que moi-même lisons parfois dans la presse française et allemande, voire entendons dans les enceintes parlementaires, que notre relation serait devenue moins forte que par le passé, depuis que nous exprimons clairement nos divergences. Mais ceux qui pensent que cette franchise affaiblit notre amitié se trompent ; au contraire, la capacité à assumer nos positions respectives rend les compromis obtenus d'autant plus solides. En prenant le parti, lors de la préparation des réunions du Conseil européen, de ne taire aucun désaccord, Michael Link et moi avons fait le choix des compromis forts et durables ; c'est ce qui nous a permis, durant les six derniers mois, de progresser sur des sujets essentiels pour l'Europe.

Nous voulons ensemble assurer le redressement de l'Europe et sortir de la crise. Il est d'usage de dire que nos partenaires allemands privilégieraient, pour ce faire, la voie de la discipline et les Français celle de la croissance et de la solidarité. Une telle approche est trop sommaire : à en juger par ce que j'ai vu depuis six mois, l'Allemagne aussi est soucieuse de croissance et de solidarité, de même que la France est désireuse de rétablir ses comptes et sa compétitivité. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle des compromis ont été possibles et qu'un accord a été trouvé au mois de juin sur un plan de 120 milliards. Le conseil affaires générales discute de sa mise en oeuvre.

La croissance doit être soutenue par un bon budget de l'Union européenne. Nous n'avons pas encore abouti sur ce point, mais les choses progressent et, contrairement à ce que j'ai pu lire, l'Allemagne et la France n'ont pas agi séparément. L'une et l'autre, chacune à sa place, se sont efforcées d'ouvrir la voie à un compromis ultérieur. Nous voulons la croissance. De ce fait, les budgets de la rubrique 1a, consacrés à la compétitivité pour la croissance et l'emploi, à l'innovation et aux transferts de technologie, augmentent de plus de 50 %, et le programme Connecting Europe de 400 %.

Parce que, comme nous, l'Allemagne est attachée à certains aspects de la politique de cohésion et de la Politique agricole commune, nous devons continuer à cheminer jusqu'à parvenir à un équilibre favorable au compromis sans faire l'impasse sur les coupes budgétaires souhaitées par quelques membres. Là aussi, il faudra trouver un équilibre ensemble, comme nous l'avons toujours fait.

S'agissant de l'approfondissement du marché intérieur, nous avons réussi à trouver des accords sur la plupart des questions mises à l'ordre du jour du conseil compétitivité et du conseil affaires générales, en particulier sur les offres anormalement basses faites dans le cadre des marchés publics, et sur le juste échange. Bref, nous progressons.

À propos du deuxième sujet, l'union bancaire, que n'avons-nous entendu ! Ici même, on nous affirmait qu'aucun accord ne serait possible puisque nous nous divergions sur le périmètre de la supervision. Pourtant, nous avons trouvé un terrain d'entente. Il sera possible d'évoquer la situation de toutes les banques devant la Banque centrale européenne et les rôles seront répartis entre le superviseur intégré européen et les banques centrales des États. Ainsi, les préoccupations des uns et des autres ont été prises en compte. La supervision bancaire a été actée dans ses principes et son calendrier.

Il reste à réaliser le mécanisme de garantie des dépôts et de résolution des crises bancaires, mais, au Conseil européen, nous avons fixé le calendrier et la méthode, apportant la preuve que la France et l'Allemagne étaient capables de compromis, dans l'intérêt de l'Europe.

Un dernier mot de la solidarité, pour répondre aux présidentes des deux commissions. Certes, il y a des appréciations différentes concernant la contractualisation, le budget de la zone euro, la mutualisation de la dette ; nous ne le nions pas. Pourtant, Herman Van Rompuy s'est vu confier par la feuille de route trois questions à traiter en priorité : le périmètre de la contractualisation, la question sociale et la solidarité.

La contractualisation doit permettre d'allier croissance et compétitivité, de sorte que les réformes structurelles ne soient pas le seul instrument de convergence des politiques économiques. Il reste à nous mettre d'accord sur les moyens à utiliser pour atteindre la convergence.

La question sociale doit être replacée au coeur de nos préoccupations communes. Nous assumons cette prise de position. Il a donc été décidé de donner un contenu à l'agenda social dans un souci constant de pragmatisme et de compromis.

En matière de solidarité, plusieurs suggestions ont été avancées - le budget comme moyen d'amortir les chocs conjoncturels, la mutualisation de la dette - sans qu'un compromis ait été atteint. De toute façon, le contenu de cette politique ne peut être précisé par le Conseil sans un compromis préalable. Nous continuerons donc à débattre.

En somme, nous avons trouvé des accords sur la croissance, la supervision et l'union bancaires pour créer les conditions de recapitalisation des banques. S'agissant de la solidarité, les débats doivent se poursuivre mais il n'y a aucune raison que nous n'aboutissions pas à des solutions équilibrées.

Quels que soient les sujets, nous sommes capables de nous parler franchement, de définir ensuite la méthode qui nous permettra d'aboutir, et de créer les conditions du compromis politique. Ceux qui répètent en boucle que la relation franco-allemande n'est plus ce qu'elle était finiront par se rendre compte qu'elle n'a cessé de progresser et de s'approfondir car, sinon, il aurait été plus difficile encore à l'Europe de résoudre ses problèmes.

(...)

Nous avons décidé de mettre en oeuvre la taxe sur les transactions financières sur la base d'une lettre conjointe franco-allemande adressée à chacun de nos partenaires européens. Nous avons abouti à une coopération renforcée entre douze États, peut-être treize, bien que nous ne soyons pas d'accord sur l'usage à donner à cette taxe. Nous souhaitons qu'elle aille au budget européen qui a besoin de ressources propres, mais je conviens volontiers avec Michael qu'il serait paradoxal que le produit de la taxe abonde le budget des Vingt-sept. Aussi préconisons-nous que les pays où elle est perçue l'affectent au budget européen, en déduction de leur contribution nationale, de façon à amorcer une dynamique qui pourrait gagner en ampleur. Quant à consacrer la TTF à l'aide au développement, le président de la République a déclaré clairement que nous l'envisagions. L'aide au développement n'est pas qu'une question de volume, mais c'est aussi une question de volume. Tout est affaire d'équilibre. En tout cas, nous sommes d'accord sur le principe, sinon sur l'utilisation de la taxe, mais tout cela évoluera lorsque le dispositif aura été élargi.

La politique européenne de défense et de sécurité est pour nous une priorité absolue. Michael Link et moi avons rencontré notre homologue polonais Piotr Serafin dans le cadre du Triangle de Weimar. Les ministres des affaires étrangères et de la défense se sont réunis le 15 novembre au titre de «Weimar +», avec leurs homologues italiens et espagnols. Par ailleurs, une mission a été confiée à Mme Ashton en liaison avec l'Agence européenne de défense pour faire des propositions sur l'Europe de la défense d'ici à septembre 2013. Ce qui compte pour nous, c'est l'approche globale dont parlait Michael : capacité civile de prévention des crises mais aussi capacité d'intervention militaire là où des crises pourraient éclater et compromettre notre sécurité commune. À cet égard, la décision prise par le conseil des ministres des affaires étrangères le 10 décembre d'engager une action commune de formation des militaires maliens, dans la perspective et en complément d'une intervention qui serait décidée par le conseil de sécurité, est emblématique de ce que nous pouvons faire ensemble.

Sur la croissance en 2013 et 2014, et une zone euro renforcée, le président de la République française a exprimé clairement notre volonté de favoriser les solutions de sortie de crise et d'accélérer le redressement par une meilleure coordination des politiques économiques au sein de la zone euro. Il faut un dispositif permanent de pilotage de la zone euro et nous devons progresser dans cette direction.

Quant au budget de la zone euro, le sujet n'est pas mûr, pour plusieurs raisons.

Nous souhaitons améliorer la gouvernance de la zone euro, renforcer son dispositif de pilotage, mais créer un budget de la zone euro maintenant ne serait pas opportun. Les négociations à vingt-sept sont déjà compliquées ; elles le seraient encore bien davantage. Nous n'avons pas vocation à rendre les compromis impossibles. Il nous faut nous mettre d'accord sur la méthode et le calendrier.

Monsieur Émorine, votre question n'aurait plus de raison d'être si la réforme avait été réalisée avant. Doit-elle être faite maintenant, en pleine récession ? Nous maîtrisons la dépense publique - en économisant 10 milliards cette année puis 10 milliards l'année prochaine -, mais nous ne voulons pas aggraver la conjoncture.

Nous étions favorables à ce que le superviseur européen puisse superviser toutes les banques. Encore fallait-il que cette supervision soit effective. L'Allemagne souhaitait que les petites banques restent sous le regard du superviseur national et ne pas alourdir le dispositif de contrôle. L'articulation imaginée permet de concilier les deux, mais aucune banque ne pourra échapper à la supervision. Il n'est pas interdit d'être pragmatique pour être efficace.

L'union politique sera à l'ordre du jour en 2014. Nous en débattrons avant, dans la perspective des élections européennes, mais le sujet est si vaste que je vous donne rendez-vous pour en discuter plus amplement avec vos commissions respectives./.

(Source : site Internet de l'Assemblée nationale)

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6. Asie/Exportations agroalimentaires - Communiqué des ministères du commerce extérieur, de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt (Paris, 14/01/2013)

Mme Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur et M. Guillaume Garot, ministre délégué chargé de l'agroalimentaire, ont installé aujourd'hui le comité Asie qui réunit grandes entreprises, PME de l'agroalimentaire et partenaires institutionnels, autour d'un seul objectif : permettre à la France de gagner des parts de marchés dans des pays en très forte croissance. L'enjeu est de taille lorsque l'on sait que la demande mondiale dans le secteur agroalimentaire pourrait croître de 25 % à l'horizon 2022 et que la Chine devrait voir ses importations augmenter de 10 % par an.

Présidé par Michel Nalet, directeur général communication et relations extérieures du groupe Lactalis et président de la commission développement des exportations de l'Association nationale des industries alimentaires (ANIA), ce comité sera une instance de dialogue précieuse pour améliorer les performances des entreprises françaises à l'export. Véritable «think tank» de l'agroalimentaire en Asie, son rôle sera d'identifier les freins à l'export et de proposer des idées innovantes pour les lever, mais aussi d'apporter des réponses concrètes aux questions et besoins des entreprises en favorisant les actions collectives, la mise en commun de moyens et le partage d'expérience entre les exportateurs des différentes filières. Il contribuera aussi à l'amélioration de l'aide apportée par les pouvoirs publics en proposant des pistes pour rationaliser les moyens dédiés à l'export par l'État et les régions.

D'ores et déjà, les ministres ont annoncé la mise en ligne prochaine d'un portail internet dédié à l'agroalimentaire à l'export qui regroupera toute l'information nécessaire aux entreprises qui souhaitent exporter en Asie et actuellement dispersée en de trop nombreuses enceintes.

Quatre chefs d'entreprises dirigeront des groupes de travail :

Section végétale (fruits et légumes, les céréales, l'éthanol...) : Marc Peyres, directeur commercial export de l'entreprise Blue Whale (société exportatrice de pommes),

Section animale (produits laitiers, animaux vivants et viandes) : Franck Le Herpeur, de l'entreprise Leadex (société exportatrice de viandes),

Section sur les produits de l'industrie agroalimentaire (produits de seconde transformation, vins et spiritueux) : Christian Tacquard, de l'entreprise Loc'Maria / Galapagos (biscuiterie en Bretagne).

Un suivi des exportations françaises et de l'évolution de nos parts de marché sur la zone Asie sera mis en place afin d'évaluer l'impact et l'efficacité de ce comité. Un point d'étape sera également effectué tous les trois mois.

Des formations destinées à mieux préparer les entreprises et services officiels aux audits exigés par les pays tiers pour agréer les établissements exportateurs, notamment pour l'Asie, seront également organisées au niveau inter-régional dans les prochaines semaines.

Pour Nicole Bricq et Guillaume Garot «Nous n'avons pas souhaité mettre en place un Xe comité de réflexion mais au contraire une instance très opérationnelle dans laquelle les entreprises sont au coeur du dispositif. L'agroalimentaire est une filière stratégique qui emploie plus de 1,5 million de salariés. La conquête de nouveaux marchés est primordiale pour permettre à nos PME de trouver des relais de croissance»./.

(Source : sites Internet des ministères du commerce extérieur, de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt)

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7. Point de presse du porte-parole du ministère des affaires étrangères - Rencontre de l'ambassadeur pour les droits de l'Homme avec la présidente de la Nobel women's initiative et prix Nobel de la paix 1997 - Libye - Mali - Liban - Proche-Orient (Paris, 15/01/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Rencontre de l'ambassadeur pour les droits de l'Homme avec la présidente de la Nobel women's initiative et prix Nobel de la paix 1997 (15 janvier 2013)

M. François Zimeray, ambassadeur pour les droits de l'Homme, reçoit aujourd'hui Mme Jody Williams, présidente de la Nobel Women's Initiative et Prix Nobel de la paix 1997.

Mme Williams est à l'origine de la Campagne internationale pour mettre fin aux viols et à la violence fondée sur le genre en situation de conflit dont elle présentera les derniers développements.

L'entretien portera sur la mobilisation que Mme Williams mène en faveur de la situation des femmes au Liberia, en République démocratique du Congo et au Soudan.

La France est particulièrement attachée au respect et à la mise en oeuvre de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. Elle a soutenu la création d'ONU Femmes avec laquelle elle développe plusieurs actions de coopération. Au sein de l'Union européenne, la France soutient la priorité accordée à la promotion des droits des femmes dans les relations extérieures de l'Union.

La priorité des droits des femmes se traduit également par des actions de coopération. La France a adopté un plan d'action pour l'autonomisation des femmes en Afrique et une stratégie «Genre et développement» dont les recommandations ont été remises le 10 janvier 2013 à M. Pascal Canfin, ministre délégué chargé du développement.

La France a décidé d'intégrer l'approche de genre dans toutes les politiques de développement. Des événements prévus en 2013 comme le forum des femmes francophones en mars ou la réunion de l'Union pour la Méditerranée consacrée au rôle des femmes dans la société en juillet permettront de témoigner de cette ambition.

2 - Libye

Q - En Lybie, on voit de plus en plus de violences, des attentats régulièrement, y compris à Bengazi hier où il y a eu des attentats et aussi les déclarations hier du premier ministre qui a dit qu'il allait imposer par la force l'ordre en Lybie, je ne sais pas s'il en est capable. A-t-il demandé l'aide de la France, pas nécessairement matérielle mais stratégique ou politique pour faire cela ?

Il y a eu un jugement en cour d'appel ce matin, concernant la société Amesys, avez-vous un commentaire, sachant que 5 libyens ont porté plainte contre cette société ?

R - Il n'y a pas eu à ma connaissance de demande libyenne. De manière générale sur la situation de sécurité en Libye, vous savez que c'est un sujet qu'avait abordé Laurent Fabius lorsqu'il s'était rendu dans ce pays. Dans le processus de constitution d'un État de droit, la sécurité est un enjeu essentiel dans sa dimension intérieure mais aussi pour tout ce qui concerne la sécurité des frontières.

Nous discutons actuellement avec nos partenaires européens de ce que nous pourrions faire dans ce domaine pour aider les Libyens, étant entendu qu'après plus de quarante ans de dictature, on ne peut pas du jour au lendemain mettre sur pied un État qui à la fois garantisse parfaitement la sécurité des populations et de l'État vis-à-vis de l'extérieur, tout en respectant parfaitement les normes qui sont pour nous fondamentales, c'est-à-dire les droits de l'Homme et les droits fondamentaux.

Nous réfléchissons à organiser une conférence qui réunirait nos principaux partenaires à Paris sur ces sujets afin d'aider les autorités libyennes. Pour être tout à fait clair, nous condamnons toute forme de violence et rappelons notre attachement au strict respect des principes que je viens de mentionner et nous sommes prêts à aider la Libye à les mettre en oeuvre.

Concernant la société Amesys, il y a une procédure judiciaire en cours et je n'ai pas de commentaire à faire.

3 - Mali

Q - Sur la visite de Mme Williams, va-t-il être question de la situation au Mali, puisque les femmes en situation de conflit c'est typiquement le sujet ?

Plus généralement par rapport à l'intervention actuelle, va-t-il y avoir une réunion au centre de crise avec les ONG, la FIDH, toutes ces ONG qui s'occupent des droits de l'Homme pour qu'il y ait un processus pour surveiller la violation des droits de l'Homme ?

R - Sur l'entretien, je vous propose d'en faire un debriefing une fois qu'il aura eu lieu car je ne peux pas préjuger des sujets qui y seront abordés. L'entretien est prévu de longue date pour parler de ce que fait Mme Williams dans trois pays : le Libéria, la RDC et le Soudan mais il est possible que soit évoquée la situation au Mali puisqu'elle est d'actualité très immédiate.

Sur la situation de manière plus générale, pas seulement des femmes d'ailleurs, mais sur la situation humanitaire pour utiliser un terme générique, nous avons prévu de tenir une réunion avec les principales ONG, demain à Paris au centre de crise. D'autre part, notre ambassadeur, Christian Rouyer, sur place à Bamako, réunira également les principales ONG.

Q - Peux-t-on avoir des précisions sur la chronologie définie par Laurent Fabius dimanche ? Qui va prendre le relais des forces françaises, est-ce que ce sera en premier lieu les forces maliennes, les forces de MISMA, CEDEAO ou en fait un mélange des deux ?Est-ce qu'on parle toujours de quelques semaines ?

Laurent Fabius a dit aujourd'hui qu'une assistance pouvait être apportée par des Nations du Golfe, peux-ton avoir des précisions, car on parle d'assistance sur le plan militaire ou peut-être humanitaire plus tard, ou sous la forme d'une médiation politique dans un avenir plus lointain ?

R - Tout d'abord une remarque générale sur les objectifs de l'opération française, parce que cela a un lien très direct avec la première question que vous posez et sur celle du relais ensuite.

Les objectifs ont été rappelés par Laurent Fabius hier soir. Ils sont au nombre de quatre. Il y a un premier objectif immédiat qui est de stopper l'avancée des groupes terroristes, du nord vers le sud en direction de Bamako. Il y a un deuxième objectif qui est de sauver l'État Malien et lui permettre de recouvrer son intégrité territoriale et sa souveraineté. Il y a un troisième objectif qui est de préparer le déploiement des troupes africaines. Il y a un quatrième objectif enfin : assurer la sécurité des ressortissants français, il y en a à peu près 6.000 installés au Mali.

La priorité pour nous, et notre représentant permanent auprès des Nations unies l'a rappelé hier soir à la sortie de la réunion que nous avions demandée du Conseil de sécurité, - la priorité absolue pour nous, c'est de passer la main à la force africaine, la MISMA, le plus vite possible, conformément à la troisième des résolutions adoptées par le Conseil, la 2085 en date du 20 décembre. Dans cette perspective, dès hier, le général nigérian qui va commander la MISMA, était à Bamako avec son adjoint nigérien. Une réunion des chefs d'état major de la CEDEAO se tient aujourd'hui à Bamako et un sommet de la CEDEAO se tiendra le 19 janvier à Abidjan, ces deux réunions étant très clairement organisées pour permettre le déploiement de cette force dans les meilleurs et les plus brefs délais.

Vous aurez observé également que d'ores et déjà un certain nombre de pays africains ont annoncé de manière officielle, les contingents qu'ils étaient prêts à déployer : le Niger, le Burkina-Faso, le Togo et le Sénégal à hauteur d'une compagnie, c'est-à-dire 500 hommes chacun, le Bénin à hauteur de 300 hommes, le Nigéria à hauteur de 600 hommes. D'autres pays réfléchissent, ont manifesté une disposition de principe mais n'ont pas encore annoncé de chiffre. Hors CEDEAO, je pense par exemple au Tchad.

Notre objectif est bien d'accélérer la mise en oeuvre de la résolution 2085 du Conseil de sécurité.

Q - Pouvez- vous donner un échéancier de l'arrivée des forces africaines ?

R - Le président de la République a dit une grosse semaine. Ils ne vont pas tous se déployer le même jour. On a notamment des questions de transport et de logistique à régler. L'idée est d'avoir très vite, sinon tous ces contingents, du moins le plus grand nombre d'entre eux, présents sur le terrain au Mali.

Il y aura également tout un volet autour des forces armées maliennes puisque cette opération africaine vient à l'appui des forces armées maliennes. Ces dernières bénéficieront, comme c'était prévu, mais certainement sur un calendrier lui aussi accéléré, du soutien, de la formation et du conseil de l'opération décidée par l'Union européenne. C'est un des objectifs de la réunion extraordinaire du conseil, convoqué jeudi à la demande de la France, non-seulement d'informer nos partenaires européens, qui soutiennent tous l'action française, mais aussi de voir comment on peut accélérer les choses pour ce qui concerne cette opération, dont la France est nation-cadre.

Concernant les pays du Golfe, au nombre des sujets qui vont être discutés par le président de la République, accompagné par le ministre des affaires étrangères, à Abou Dabi aujourd'hui et à Dubaï demain, il y aura notamment le Mali et ce que peuvent faire ces pays pour aider le Mali. Je ne veux pas préjuger des discutions qui sont en cours sur place, mais cette aide peut prendre différentes formes. Toute aide est bien évidemment la bienvenue.

Q - Avez-vous déjà capturé des Islamistes ou des rebelles ? Quel statut auront ces gens capturés ? Va-t-on les présenter à la justice, comme des terroristes ? Auront-t-ils des statuts de non-combattants avec les conséquences constatées aux États-Unis avec Guantanamo ? Les chiffres correspondent à peu près au chiffrage de la force qui devait être déployé dans quelques mois, l'a-t-on accéléré ?

R - De manière générale, pour tout ce qui concerne le déroulement au jour le jour des opérations, je vous renvoie à la défense et notamment au porte-parole de l'état-major, le Colonel Burkhard. Le ministre de la défense fait en outre des points réguliers. Il en fait un aujourd'hui en fin d'après-midi.

Concernant le statut des prisonniers, votre question reste très hypothétique pour l'instant. Il y a cependant des précédents, tel que le précédent somalien, sur lequel nous avions eu de très longues discussions.

S'agissant de votre troisième question, notre objectif est en effet très clairement d'accélérer le déploiement.

Q - Vous dites que jeudi a lieu, à la demande de la France, une réunion du Conseil affaires étrangères ? Une opération européenne EUTM va être mise en place ?

R - Nous cherchons à revenir le plus vite possible dans les cadres prévus avant l'intervention française, à la fois sur le volet décidé par le Conseil de sécurité et également sur le deuxième volet, européen celui-là, avec une décision du Conseil affaires étrangères à Bruxelles.

Q - À ce jour, on a trois opérations, MISMA, EUTM, Serval ?

R - Exact.

Q - Dans la mission EUTM, on n'est plus dans le training parce qu'on ne peut pas former des soldats maliens à une vitesse suffisante pour qu'ils soient opérationnels en une semaine. Vont-ils donc changer le nom ou l'idée, car on garde les chiffres de l'ancien EUTM mais on n'est plus dans du TM ?

R - Il reste un besoin de formation des forces armées maliennes.

Q - Les Africains de MISMA ne sont donc pas là pour former, ils sont là pour se battre et ceux de l'Europe sont là pour former ?

R - Il y a des forces armées maliennes qui se battent en ce moment avec le soutien des Français. Ca ne signifie pas pour autant qu'il ne faille pas former l'armée malienne. Toutes les unités maliennes ne sont certainement pas en état de combattre.

Q - Vous disiez que la France est la Nation-cadre de quelle opération ?

R - EUTM.

Q - Donc Serval et nation-cadre EUTM c'est nous ?

R - Oui. C'était décidé ainsi avant le déclenchement de l'opération Serval.

Q - Est-il définitivement exclu qu'il y ait des éléments européens sur le terrain ? L'aide européenne s'inscrit-elle dans la logistique uniquement ou bien solliciterez-vous, lors de la réunion de jeudi, les Européens pour envoyer des forces sur le terrain ?

R - Pour l'instant, un certain nombre d'offres a d'ores et déjà été officiellement annoncé, par les Britanniques, les Danois, les Belges. Il s'agit pour l'instant d'aide logistique et de transport. Les Allemands n'ont pas encore précisé la nature de leur offre, logistique ou médicale. Hors Europe, il y a aussi les Américains et les Canadiens.

Q - Allez-vous solliciter vos partenaires pour une aide, une présence sur le terrain ?

R - Toute aide est la bienvenue. Ensuite, il revient à chaque pays souverainement de prendre sa décision. Ca peut aller du soutien politique, qui est important et unanime, jusqu'à un engagement sur le terrain. Je dis ce qui est annoncé, confirmé, précisé. On verra ensuite.

Q - Il y a eu un chamboulement de l'échéancier n'est-ce pas ?

R - Bien sûr. Notre objectif est l'accélération des calendriers tels qu'ils avaient été envisagés et décidés sur les deux volets, à la fois le volet Nations unies, 20 décembre, avec l'adoption de la résolution 2085 par le Conseil de sécurité, et sur le volet Union européenne, via les conclusions prises aussi en décembre par le Conseil affaires étrangères.

Q - N'êtes-vous pas agacé, on vous appelle pour faire le sale boulot au Mali ? Vous engagez des moyens militaires.

R - On ne fait pas le sale boulot, on fait au contraire un boulot très noble. Lorsque le président de la République prend la décision d'intervenir, il la prend pour répondre à une demande du Président malien, qui est un véritable appel au secours. Si le Président avait décidé de ne pas réserver une suite favorable à cette demande, c'est tout le Mali qui devenait un État terroriste.

Pour reprendre les termes employés par le ministre des Affaires étrangères, «c'est l'honneur de la France que d'avoir répondu à cet appel au secours».

Q - Inaudible

R - L'opération était urgente et nécessaire. Personne ne conteste, lorsqu'on regarde les discussions qui ont lieu au Conseil de sécurité hier, la légalité de l'intervention française. Nous agissons en conformité avec la Charte des Nations unies, en cohérence avec les résolutions du Conseil de sécurité, en réponse à une demande malienne.

Ce débat est un peu étrange. Que n'aurait-on dit si le président de la République avait refusé l'intervention alors que le président Traoré la lui demandait ? Nous aurions eu un État terroriste installé à quelques heures d'avion de Paris, menaçant toute la région, l'Europe et la France. Pour le dire encore autrement, on aurait eu la guerre de toute façon et le déshonneur en plus.

Q - Inaudible

R - Autre sujet, puisque vous y faites référence : le financement. Là aussi nous aurons des discussions avec nos partenaires européens, discussions que nous avions déjà commencées en décembre dernier. Il y aura, autre rendez-vous très important, une conférence des donateurs pour le Mali avec la mise en place d'un fonds fiduciaire qui gérera les contributions bilatérales. Nous souhaitons que cette conférence des donateurs pour le Mali se tienne rapidement, par exemple en marge des prochaines réunions de l'Union africaine fin janvier, avec une ministérielle les 24-25 et un sommet des chefs d'État les 27 et 28, à Addis Abeba.

Q - L'OTAN n'est pas du tout sollicitée. Si on a les USA et le Canada, il ne manque plus que la Turquie et tous les membres de l'OTAN sont dans le bain. Est-ce que l'OTAN est sollicitée ? Ou est-ce que c'est «strictement une opération française», je cite M. Le Drian ?

R - Non l'OTAN n'est pas sollicitée.

Q - Donc pas de scénario Libye.

R - Il faut toujours se méfier de ce genre de rapprochement. On est dans un cadre juridique très clair : c'est l'article 51 de la Charte, ce sont les résolutions du Conseil de sécurité et la demande malienne. Les dispositifs étaient en place dans les résolutions du Conseil de sécurité et les conclusions du Conseil affaires étrangères. Ce qu'il faut maintenant, c'est accélérer la mise en oeuvre de ces décisions. Le cadre est bien fixé.

Q - Une question au sujet des contingents des pays africains qui voyageraient vers le Mali. Vous aviez dit le plus vite possible. Qu'est-ce qu'on devrait attendre ? Est-ce une question de jours, de semaines, la semaine prochaine ? Quel est le nombre de troupes françaises qui sont au Mali et est-ce qu'on est en train d'en envoyer encore ? Au sujet des combats à Diabali, est-ce que l'armée française est en train d'agir dans cette zone ?

R - Pour répondre à votre première question, c'est une question de jours. Mais nous n'aurons pas tous les contingents au même moment déployés au Mali.

Q - On devrait commencer à les voir arriver la semaine prochaine ? À la fin de cette semaine ?

R - Le plus vite possible et on compte en jours. Le président a dit une grosse semaine il me semble. Pour ce qui concerne le nombre des troupes, de même que la situation à Diabali, interrogez mon homologue à la défense.

Q - Sur l'aide européenne, vous avez dit que toute aide était la bienvenue jusqu'à un engagement sur le terrain. Cela veut dire un engagement des troupes combattantes sur le terrain ? Vous le souhaiteriez ? C'est pour préciser la question de mon collègue.

R - La France met les moyens qui sont nécessaires pour remplir la mission qui a été fixée par le président de la République à la demande du président malien. L'objectif ensuite est de basculer le plus vite possible vers les dispositifs qui étaient prévus. C'est à chaque pays souverainement de prendre sa décision. Si l'Allemagne décide qu'elle peut envoyer des moyens médicaux, elle les enverra. Si tel autre pays estime qu'il peut envoyer des avions, notamment de transport, très bien.

Q - Est-ce que la France n'a pas peur de se retrouver dans la même situation que les Américains en Afghanistan, sachant que cette armé malienne que vous prétendez former n'est pas très bien préparée, la former au moment d'un conflit avec des djihadistes, cela doit être très dur. Commet se présentera le scénario après ? L'image de la France comme un pays qui intervient en Afrique, surtout quand le président Hollande avait dit ne plus jamais le faire ?

R - Je rappelle concernant les délais que notre objectif est de passer le relais le plus vite possible aux dispositifs, aux forces dont le déploiement avait été décidé au mois de décembre. Nous resterons le temps nécessaire, mais pas plus que le temps nécessaire.

S'agissant de votre deuxième question, nous sommes intervenus à la demande d'un pays ami, demande faite par une autorité légitime, le président Traoré, en conformité avec la Charte des Nations unies et en cohérence avec les décisions prises unanimement par le Conseil de sécurité, premièrement. Deuxièmement, quand on parlait de «Françafrique», puisque c'est à cela que vous faites référence, cela visait des interventions motivées par d'autres raisons que l'intérêt général. La France n'a pas d'autre intérêt au Mali que de venir au secours d'un État menacé dans son existence-même. Il n'y a pas d'intérêt économique français au Mali. C'est tout l'inverse de la «Françafrique».

4 - Liban

Q - Avez-vous un commentaire sur l'ajournement de la libération de Georges Ibrahim Abdallah, l'activiste libanais incarcéré en France depuis 1984 ? Son avocat parle d'un conflit entre l'exécutif français et la justice française qui lui avait accordé la libération conditionnelle, mais l'arrêté d'expulsion n'a pas encore été pris par le ministère de l'intérieur ?

R - Je suis toujours très prudent voire réticent à faire des commentaires sur des affaires qui font l'objet d'une procédure judiciaire. Je rappelle simplement que le Tribunal d'application des peines a reporté sa décision au 28 janvier. Si le tribunal a reporté sa décision, c'est dans l'attente d'un arrêté d'expulsion qui pourrait être pris par le ministère de l'Intérieur. Attendons la décision du tribunal lorsqu'elle tombera. Pour le reste, l'arrêté d'expulsion est de la compétence du ministre de l'intérieur.

5 - Proche-Orient

Q - La France accepte-elle la nomination de l'État de la Palestine comme déclarée par le président Abbas ? On dit que l'armée israélienne ne cesse d'attaquer la Palestine à Ramallah et à Al Bireh dont on dit que l'ancien maire de cette ville aurait été arrêté ? Un village a été attaqué le week-end dernier, de quel droit Israël est-il intervenu ?

R - Nous appelons systématiquement à éviter tout ce qui peut gêner à terme la création des deux États. 2013 sera pour nous une année très importante pour le processus de paix. Nous avons bien l'intention de remettre ce sujet sur la table et d'en faire l'une des toutes premières priorités de la diplomatie française. Laissons passer quelques échéances, comme les élections en Israël notamment, pour reprendre ce sujet selon des lignes que nous connaissons tous ici. Toute annonce avant cette échéance ne servirait à rien. Il faudra aussi réengager les Américains sur ce sujet, une fois que la nouvelle administration Obama aura été investie. C'est tout bientôt maintenant. A partir de février, je pense que nous pourrons revenir sur ce sujet qui est essentiel, non seulement pour les deux parties mais, de manière plus générale, pour toute cette région.

Q - Une première priorité pour la diplomatie française mais avec quelle diplomatie européenne ou britannique ? On parle d'une initiative franco-britannique et lorsque nous avons posé la question, vous l'avez gentiment évitée. Pourriez-vous nous dire un mot à ce sujet ?

R - Nous avons en effet avec les Britanniques des discussions sur ce sujet parce que nous avons traditionnellement avec eux des vues très proches à la fois sur la situation sur place et sur les moyens d'en sortir. Pour autant, et contrairement à ce que l'on a pu lire dans un grand journal israélien, il n'y a pas aujourd'hui de plan franco-britannique en tant que tel et proposé aux parties ou dans des formats plus larges. Pour la raison que j'indiquais à l'instant : nous sommes tous bien d'accord pour dire que la période aujourd'hui, au moins jusqu'à la fin de ce mois, n'est pas propice pour prendre ce genre d'initiative. Ce n'est pas le tout d'avoir une bonne idée, encore faut-il la proposer au bon moment, sinon, c'est la meilleure façon de la tuer./.

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