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Bulletin d'actualités du 14 janvier 2013


Sommaire



1. Mali - DĂ©claration du prĂ©sident de la RĂ©publique, M. François Hollande - Paris, 11 janvier 2013 (Paris, 11/01/2013)

Mesdames, Messieurs,

Le Mali fait face à une agression d'éléments terroristes, venant du Nord, dont le monde entier sait désormais la brutalité et le fanatisme.

Il en va donc, aujourd'hui, de l'existence même de cet État ami, le Mali, de la sécurité de sa population, et celle également de nos ressortissants. Ils sont 6.000 là-bas.

J'ai, donc, au nom de la France, répondu à la demande d'aide du président du Mali appuyée par les pays africains de l'Ouest. En conséquence, les forces armées françaises ont apporté cet après-midi leur soutien aux unités maliennes pour lutter contre ces éléments terroristes.

Cette opération durera le temps nécessaire. J'informerai régulièrement les Français sur son déroulement. Les ministres concernés, celui des affaires étrangères en liaison avec les Nations unies, car nous intervenons dans le cadre de la légalité internationale, comme le ministre de la défense donneront également toutes les informations utiles à la population.

Enfin, le parlement sera saisi dès lundi.

Les terroristes doivent savoir que la France sera toujours là lorsqu'il s'agit non pas de ses intérêts fondamentaux mais des droits d'une population, celle du Mali, qui veut vivre libre et dans la démocratie./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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2. Mali - DĂ©claration du prĂ©sident de la RĂ©publique, M. François Hollande, Ă  l'issue du Conseil restreint de dĂ©fense - Paris, 12 janvier 2013 (Paris, 12/01/2013)

La France, à la demande du président du Mali et dans le respect de la Charte des Nations unies, s'est engagée pour appuyer l'armée malienne face à l'agression terroriste qui menace toute l'Afrique de l'Ouest.

D'ores et déjà, grâce au courage de nos soldats, un coup d'arrêt a été porté et de lourdes pertes ont été infligées à nos adversaires.

Mais notre mission n'est pas achevée.

Je rappelle qu'elle consiste à préparer le déploiement d'une force d'intervention africaine pour permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité.

J'ai donné encore aujourd'hui toutes les instructions pour que les moyens utilisés par la France soient strictement limités par rapport à cet objectif.

Par ailleurs, j'ai veillé à renforcer le dispositif militaire français à Bamako pour protéger nos ressortissants.

Je tiens à rendre hommage à nos armées. L'un de nos pilotes est mort dès les premières heures de l'affrontement. Je salue sa mémoire.

Je rappelle que la France dans cette opération ne poursuit aucun intérêt particulier autre que la sauvegarde d'un pays ami et n'a pas d'autre but que la lutte contre le terrorisme. C'est pourquoi son action est soutenue par l'ensemble de la communauté internationale et saluée par tous les pays africains.

Sur un autre front, la Somalie, j'avais pris la décision, depuis déjà plusieurs jours, de mener une action destinée à faire libérer l'un de nos agents détenu depuis plus de trois ans et demi dans des conditions éprouvantes. Cette opération n'a pu aboutir malgré le sacrifice de deux de nos soldats et sans doute l'assassinat de notre otage.

Je m'associe à la douleur des familles et je leur présente les condoléances de la Nation. Mais cette opération confirme la détermination de la France à ne pas céder au chantage des terroristes.

****

Dans les jours qui viennent, notre pays poursuivra son intervention au Mali. J'ai dit qu'elle durerait le temps nécessaire mais j'ai toute confiance dans l'efficacité de nos forces et dans la réussite de la mission que nous accomplissons au nom de la communauté internationale.

La lutte contre le terrorisme exige aussi de prendre toutes les précautions nécessaires ici en France. J'ai donc demandé au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, de renforcer le plan Vigipirate pour procéder à la surveillance de nos bâtiments publics et de nos infrastructures de transports. Il fera en sorte que ces instructions puissent être exécutées dans les meilleurs délais.

Enfin, je tiens à saluer le consensus politique qui s'est constitué autour de l'engagement de la France dont le Parlement sera saisi dès la semaine prochaine. Dans ces circonstances, le rassemblement des Français est une force supplémentaire pour la réussite de notre action. Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Mali - DĂ©claration du Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault - Paris, 12 janvier 2013 (Paris, 12/01/2013)

La France intervient militairement aux côtés de l'armée malienne et des forces africaines pour stopper l'avancée déterminée des forces terroristes qui menaçaient l'intégrité du Mali, mais qui menacent aussi la sécurité et la stabilité de toute une région. La France veut contribuer ainsi à stopper la menace terroriste qui menace non seulement le Mali et l'Afrique mais aussi la France et l'Europe.

Dans le cadre de la Constitution, l'article 35 conduit le gouvernement à informer dans les trois jours le Parlement dans ce type d'intervention. Dès hier soir, j'ai appelé personnellement les responsables de chacune des formations politiques de la majorité comme de l'opposition. Je viens d'écrire aux présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat. Et lundi prochain, je recevrai le président de l'Assemblée nationale et du Sénat ainsi que les présidents et présidentes des commissions des affaires étrangères et de la défense, et les présidents de tous les groupes parlementaires à l'Assemblée nationale comme au Sénat.

Avec le ministre de la défense et le ministre des affaires étrangères, je donnerai toutes les informations nécessaires à l'information du Parlement dans le cadre de la Constitution. Je crois que les Français sont conscients de la gravité de cette décision nécessaire, pour stopper la menace terroriste./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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4. Mali - ConfĂ©rence de presse du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius - Paris, 11 janvier 2013 (Paris, 11/01/2013)

Tout à l'heure, le président de la République m'a demandé, avec le Premier ministre, de vous apporter un certain nombre d'éléments sur le contexte dans lequel sa décision a été prise. Cela fait maintenant plusieurs mois que nous attirons l'attention du monde entier sur la gravité de la situation du Mali. Se sont installés en effet au nord du Mali, comme vous le savez, des groupes terroristes et criminels qui non seulement ont porté atteinte à l'intégrité du Mali mais de plus, compte tenu des armements puissants dont ils disposent, des ressources financières, de leur idéologie et de leurs pratiques effrayantes, menacent le Mali, les pays voisins, l'ensemble de l'Afrique et l'Europe. Ce sont des groupes terroristes et criminels.

C'est la raison pour laquelle le Conseil de sécurité des Nations unies a pris un certain nombre de décisions dont la dernière en date est du mois de décembre. Cette résolution a prévu à juste titre de déployer une force appelée MISMA, Mission internationale de soutien au Mali. Un certain nombre de décisions permettent de lutter contre les terroristes et permettent au Mali de recouvrer son intégrité et de retrouver son développement.

Parallèlement, l'Europe a pris des décisions pour aider à former, à reformer l'armée malienne. Les pays voisins du Mali, au sein de ce qu'on appelle la CEDEAO, se sont engagés à fournir des contingents. Voilà où nous en étions il y a encore quelques semaines.

Mais depuis quelques jours, la situation s'est malheureusement détériorée très gravement et, profitant du délai entre les décisions internationales prises et le moment de leur application, les groupes terroristes et criminels du nord Mali ont décidé de descendre vers le sud. Leur objectif est, selon toute évidence, de contrôler la totalité du Mali pour y installer un État terroriste.

C'est la raison pour laquelle les autorités maliennes ont saisi à la fois le Conseil de sécurité des Nations unies et la France pour leur demander d'intervenir en urgence. Le Conseil de sécurité s'est réuni hier et, dans une déclaration qu'il a adoptée à l'unanimité, a estimé que la menace était extrêmement grave et qu'il fallait réagir. Il a été saisi par les autorités maliennes. La France a été saisie également d'une demande d'appui aérien et d'appui militaire.

Compte tenu de cette situation d'urgence et en s'appuyant sur la légalité internationale, le président de la République, chef de l'État, chef des armées, a pris la décision de répondre positivement à la demande du Mali et à la demande de la communauté internationale. C'est le sens de la décision qu'il a annoncée aujourd'hui et qui a commencé de se traduire sur le terrain, dès cet après-midi, par notre appui aux troupes maliennes.

Voilà où nous en sommes à l'heure où je vous parle. Je voudrais ajouter deux commentaires : cette décision s'inscrit dans le cadre de la légalité internationale et elle est dictée par la modification de la situation induite par l'urgence. Elle a fait l'objet d'une consultation internationale.

Hier et aujourd'hui, toute une série d'autorités ont été consultées. Je veux citer parmi d'autres, bien évidemment, un contact constant avec le Mali qui est à l'origine de la demande, avec les responsables de la CEDEAO, la communauté d'Afrique de l'Ouest dont son président, le président Ouattara, avec l'Union africaine dont son président, le président Boni Yayi et la présidente de la Commission, Mme Zuma. Je me suis également entretenu avec nos amis algériens hier, avec nos amis nigérians, avec la plupart des pays d'Europe et leurs représentants, notamment Mme Ashton ainsi que mes collègues du Royaume-Uni et d'Allemagne, ainsi qu'avec les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies et, bien évidemment, avec l'ensemble du Conseil de sécurité.

C'est une décision grave mais qui est rendue absolument nécessaire par la situation : il faut stopper la percée des terroristes, sinon c'est le Mali tout entier qui tombe dans leurs mains avec une menace pour toute l'Afrique et pour l'Europe elle-même.

Deuxièmement, comme l'a indiqué le président de la République, il y a lieu bien sûr d'avoir à ce sujet toutes les concertations nationales utiles. C'est la raison pour laquelle le Premier ministre recevra lundi, avec le ministre de la Défense et moi-même, l'ensemble des responsables politiques qui doivent être consultés. Le Parlement bien sûr pourra comme il l'entend, nous entendre. La présidente de la Commission des affaires étrangères a pensé que mercredi peut-être, ou à une autre date qui sera à la discrétion du Parlement, nous pourrions avoir toutes les consultations nécessaires.

J'ai pris l'initiative avant la fin de cette soirée que les familles des otages soient évidemment informées. Mais il faut bien comprendre, dans cette situation très difficile, que ce sont les mêmes qui sont les ravisseurs d'otages et qui veulent descendre dans le sud pour continuer leur sinistre besogne.

Demain, le ministre de la défense sera à votre disposition pour s'exprimer et faire le point sur l'aspect proprement militaire de cette opération.

Je suis Ă  votre disposition.

Q - Combien de temps va durer cette opération ?

R - Comme l'a indiqué le président Hollande dans son intervention, elle doit durer bien évidemment le temps nécessaire pour que nous puissions atteindre nos objectifs, c'est-à-dire stopper l'avancée des terroristes criminels vers le sud, permettre bien sûr au Mali de retrouver lune situation normale car c'est seulement ainsi que l'on pourra appliquer ce qui a été décidé par la communauté internationale.

Je rappelle qu'il y a trois volets : la nécessité du dialogue politique, mais qui est évidemment très difficile à engager si 90 % du territoire du Mali est confisqué par les terroristes ; un aspect de développement car le Mali est un pays très pauvre qu'il faut aider ; et puis un aspect sécuritaire, c'est la reconstitution de l'armée malienne, formée par l'Europe et le fait de pouvoir reprendre petit à petit le terrain que les terroristes avaient conquis au cours des derniers mois. Mais il s'agit essentiellement de bloquer la progression vers le sud des terroristes criminels et cela prendra le temps qu'il faut.

Q - Monsieur le Ministre, pourriez-vous nous dire quelle est la nature, la hauteur de l'engagement français qui a lieu en appui de l'armée malienne au nord de Mopti ? Est-ce qu'il y a des troupes au sol engagées ou est-ce un appui purement aérien ?

R - Je ne veux pas entrer à ce stade dans des détails trop précis parce que les choses se déroulent en ce moment et que je ne crois pas qu'il soit opportun de donner des indications aux terroristes. Je vous dirai simplement que les moyens nécessaires ont été prévus.

Q - Pouvez-vous nous confirmer que des éléments nigérians et sénégalais sont aux côtés des Français justement pour lutter contre ces terroristes ?

R - Non, les troupes maliennes sont là ; elles ont demandé l'appui de la France. La CEDEAO aussi et l'Union africaine ont demandé ces appuis mais actuellement ce sont les Français qui sont en soutien des troupes maliennes.

Q - Est-ce que la visite du président malien est maintenue mercredi à Paris ?

R - Le président malien, à ma connaissance, s'exprimera ce soir si j'ai bien compris, à la télévision, dans son pays. Cette visite avait été prévue de longue date. Si la situation au Mali permet qu'elle ait lieu, il est le très bienvenu. Mais je dirais que depuis quelques jours, nous avons beaucoup de consultations avec lui.

Q - Quelles consignes donnez-vous aux ressortissants français au Mali ?

R - Il y a, notamment au sud, à Bamako, environ 6.000 ressortissants. Des dispositions ont été prises pour sécuriser Bamako. Maintenant, je crois qu'il est raisonnable de considérer que les personnes qui n'ont pas une nécessité d'être là-bas peuvent tout à fait rentrer et je signale que les vols réguliers sont assurés. Je leur demande aussi de se mettre en contact avec les services de l'ambassade pour que les consignes de sécurité qui ont été données soient largement diffusées et soient bien respectées.

Q - Je voulais savoir si vous aviez eu des échanges avec le département d'État américain ou la présidence sur ce sujet-là et si oui, qu'est-ce qui a été dit entre vous ?

R - La réponse est oui. Hier, avant que la déclaration du Conseil de sécurité n'intervienne, bien évidemment, au sein du Conseil de sécurité, il y a des représentants des États-Unis d'Amérique et les contacts nécessaires ont eu lieu.

De la même façon, mais il se trouve que c'était prévu ainsi, je me suis entretenu de différents sujets et notamment de celui-ci avec mon collègue, le ministre des affaires étrangères russe, ce matin même.

Q - Pouvez-vous nous expliquer concrètement la légitimité de cette intervention française à ce moment précis ?

R - Sur le plan politique, la légitimité est évidente ; lorsque des groupes terroristes et criminels menacent l'existence même d'un pays ami et menacent aussi une communauté de Français, je l'ai dit, 6.000 personnes - il y a une légitimité politique au sens large, qui est évidente.

Mais si on veut entrer dans des considérations juridiques et on a tout à fait la possibilité de le faire, il y a d'une part l'appel qui a été lancé et la demande qui a été formulée par le gouvernement légitime du Mali et donc on se situe là dans un cas de légitime défense ; et d'autre part, l'ensemble des résolutions des Nations unies qui non seulement permettent mais demandent que les pays qui le peuvent apportent leur soutien à la lutte contre les terroristes dans cette affaire.

Enfin je voudrais ajouter à cette légitimité tirée de l'article 51, à la légitimité tirée des résolutions des Nations unies, s'il en était besoin, deux autres légitimités : d'une part la demande de la CEDEAO qui est la Communauté des États de l'Afrique de l'Ouest, et la position prise par l'Union africaine qui fait l'objet d'un communiqué de presse de Mme Zuma qui demande à tous d'apporter, conformément aux décisions pertinentes du Conseil de paix et de sécurité, l'appui requis sur les plans logistiques, financiers et le renforcement de capacités aux forces de défense et de sécurité maliennes. Donc personne ne va contester cette légitimité.

Q - Je sais que vous ne voulez pas rentrer dans les détails, mais est-ce que vous pouvez confirmer qu'il y a quand même eu des frappes aériennes françaises ? Et deuxième chose, sur le déploiement des forces africaines, l'intervention a dû être à l'origine africaine, est-ce que vous avez une indication si les forces africaines peuvent aller plus vite pour aider les troupes françaises et éventuellement les troupes maliennes ?

R - Première question : y a-t-il eu des interventions aériennes ? La réponse est oui.

Deuxième question : il y a des forces maliennes qui sont déployées et les Français sont en soutien de ces forces, il n'y a pas encore de forces des pays voisins. En revanche, le Conseil de sécurité des Nations unies, de même que l'Union africaine, a demandé que le déploiement de ce qu'on appelle la MISMA, c'est-à-dire la Mission internationale de soutien au Mali, soit accéléré.

Q - C'est juste pour être sûr d'avoir bien compris : vous avez dit comme le président donc que cette mission durera aussi longtemps que nécessaire...

R - Le temps nécessaire...

Q - Le but de la mission, c'est de reprendre peu Ă  peu le terrain qui Ă©tait pris par les terroristes comme vous dites ou bien d'en bloquer la progression dans le sud ?

R - Non, j'ai été aussi précis que je pouvais l'être. J'ai dit que nos objectifs étaient de stopper la progression des groupes terroristes et criminels vers le sud, d'assurer l'intégrité du Mali et de défendre les ressortissants français.

Q - Vous avez parlé des otages, vous avez dit que vous aviez informé les familles...

R - Nous sommes en train d'informer les familles, oui, bien sûr...

Q - Craignez-vous pour leur vie maintenant ? Pensez-vous que cette décision de la France va changer quelque chose et est-ce que c'est un risque que vous prenez en conscience ?

R - Vous savez, les otages sont depuis de longs mois, pour la plupart d'entre eux, dans une situation extrêmement périlleuse. J'ai reçu la plupart des familles au cours des dernières semaines. Je leur ai donné les indications que nous avions et j'ai mesuré à quel point elles étaient courageuses et responsables. Je leur ai dit quelles étaient nos intentions. Je ne leur ai pas dit qu'une intervention malienne, soutenue par les Français, aurait lieu aujourd'hui car, comme je vous l'ai indiqué et c'est vraiment l'essentiel qu'il faut retenir, c'est l'action, l'initiative prise par des groupes terroristes et criminels de descendre vers le sud, qui nécessite évidemment à la fois l'appel des Maliens et le soutien de la communauté internationale et des Français.

C'est cette situation nouvelle. Il faut avoir à l'esprit à la fois que nous faisons et nous ferons tout pour sauver nos otages. Il faut avoir à l'esprit aussi que ce sont les mêmes groupes - car tout ceci est entremêlé - qui à la fois sont les preneurs d'otages et qui sont les groupes terroristes qui descendent vers le sud. Alors on dira «non, c'est tel groupe», etc.... Mais tout cela est entremêlé. En empêchant la progression vers le sud de ces groupes et en leur répondant d'une façon extrêmement ferme, nous pensons que c'est la même cause que nous servons que lorsque nous voulons libérer les otages puisque finalement ce sont les mêmes groupes.

Q - Accepteriez-vous le terme de la «France, gendarme du Mali» ?

R - Non.

Q - Pouvez-vous nous dire pourquoi ? Par ailleurs comment jugez-vous les risques pour la France d'être un petit peu enlisée au Mali comme parfois lorsqu'on intervient dans des pays étrangers et lointains où l'on peut se trouver plus longtemps que prévu ?

R - Je pense que l'expression «gendarme» ou autres, n'est pas pertinente. J'ai essayé de vous expliquer, j'espère l'avoir fait à peu près correctement, que si nous intervenions en soutien des forces maliennes, c'est parce que la communauté internationale le demande et parce que l'existence même du Mali en tant que pays démocratique, est en cause et que la protection de nos ressortissants le requiert. Lorsqu'on parlait de «gendarme de», je crois qu'on avait à l'esprit des interventions peut-être intempestives. Celle-ci, manifestement, ne l'est pas.

Alors vous posez aussi la question : mais quelle durée et est-ce qu'il n'y a pas des risques que cela dure ? J'ai répondu : la plus brève durée possible mais la durée nécessaire pour mener à bien cette tâche qui est une tâche redoutable et il n'est pas du tout question que les Français s'installent en permanence là-bas, pas du tout, ce n'est pas l'objectif. Mais quand un État risque de se noyer, que le terrorisme pour la première fois risque de s'installer dans un État africain en le dominant et qu'il y a plusieurs milliers de ressortissants français, la vie de plusieurs milliers de ressortissants français qui est en jeu, alors le problème, ce n'est pas du tout celui de l'enlisement qui n'existera pas, le problème, c'est de tendre la main pour sauver des gens qui sont en train de mourir.

Q - Est-ce que cette opération s'arrêtera lorsque vous aurez arrêté la progression des groupes terroristes vers le sud ou lorsque les forces maliennes aidées par la France, aidées par les forces africaines, auront libéré le nord...

R - J'ai très bien compris la question. L'objectif de cette opération, c'est de stopper la progression des forces terroristes vers le sud. Après, il y a le plan qui a été adopté par la communauté internationale, qui est un plan à la fois politique, de développement et sécuritaire. Mais il faut, pour qu'il s'applique et dans ce plan comme il avait été prévu au début, les Français ne sont que les facilitateurs, c'est aux Africains eux-mêmes de prendre les choses en mains. Nous, nous ne sommes que des appuis et nous n'avons pas du tout l'intention dans ce plan d'être en première ligne, ce n'est pas du tout notre mission. Mais pour que ce plan puisse être adopté par la communauté internationale, voie le jour, il faut que le Mali continue d'exister et il faut que les terroristes n'aient pas pris l'intégralité du Mali. Voilà. Merci beaucoup./.

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5. Mali - Somalie - Russie - Entretien du ministre des affaires Ă©trangères, M. Laurent Fabius, avec «Le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro» - Extraits - Paris, 13 janvier 2013 (Paris, 13/01/2013)

Q - Bonsoir, Laurent Fabius. Les troupes françaises sont donc engagées au Mali. Vous avez participé à un nouveau Conseil de défense cet après-midi à l'Élysée, c'est le deuxième de ce week-end, que pouvez-vous nous dire, à l'heure où on se parle, de l'évolution de la situation au Mali ?

R - D'abord, merci beaucoup de m'avoir invité et comme nous allons aborder ces sujets, vous comprendrez que je fasse preuve d'une certaine gravité puisque la situation le requiert. D'abord, je crois qu'il faut revenir sur les buts de cette opération. L'intervention française poursuit trois objectifs. Le premier consiste à bloquer l'avancée des terroristes. Vous savez en effet que si la France n'était pas intervenue, les groupes terroristes risquaient d'aller jusqu'à Bamako avec des conséquences épouvantables, à la fois pour le Mali mais aussi pour les quelque 6.000 Français et 6.000 Européens qui y sont établis.

Q - Cet objectif est-il atteint ce soir ?

R - C'est fait. Deuxième objectif : permettre de recouvrer l'intégrité du Mali, ce qui nécessite davantage de temps. Le troisième objectif est de rendre possible l'application des résolutions des Nations unies, celles des organisations africaines qui s'étaient prononcées, ainsi que celles de l'Union européenne. Juste avant de rentrer dans ce studio, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon m'a appelé longuement pour me dire - je cite - qu'«il félicitait la France de sa gestion».

Q - Vous avez dit «recouvrer l'intégrité du Mali» ; cela signifie que la France va intervenir dans le Nord du pays et va chercher à repousser et à ce que les autorités maliennes reprennent le contrôle du Nord du pays ?

R - Ce qui était prévu initialement, selon une décision des Nations unies, il faut le garder en mémoire, c'est qu'interviennent les forces africaines de la MISMA, la Mission de soutien au Mali. Ces forces devaient intervenir dans quelques semaines ; ensuite les troupes maliennes devaient être formées par l'Union européenne et l'ensemble de ces troupes devait reconquérir le Nord. Le problème, c'est que, entre la décision qui a été prise et le moment de son application, il y avait nécessairement un délai, dont les groupes terroristes ont profité pour attaquer. C'est dans cette mesure que la France a été appelée d'urgence par le président du Mali en disant : «Venez à notre secours». Ce que nous allons faire, c'est bloquer les terroristes. Nous commençons également à nous occuper des bases arrières des terroristes, Mon collègue et ami M. Le Drian, a rendu public le fait qu'un certain nombre d'avions s'était attaqué à la région de Gao, une base arrière des terroristes...

Q - Plus au nord...

R - Plus au nord, nous devons sécuriser Bamako, avec évidemment les troupes maliennes. Dans les jours qui viennent, nous allons avoir le renfort des troupes africaines qui vont permettre petit à petit de prendre le relais.

Q - Lorsque vous dites «il faut que le Mali recouvre son intégrité», peut-on être peut-être plus précis ?

On sait que les terroristes, qualifiés par ce vocable, qui occupent le nord du Mali, occupent le nord de ce pays depuis un certain nombre de mois maintenant, et sont extrêmement bien implantés. Pour que le Mali recouvre son intégrité, y compris dans le nord, est-ce que cela veut dire que la France, l'Armée française, est donc là-bas sur place via les airs ou peut-être au sol, pour longtemps ?

R - Nous espérons que non ! Soyons précis. Au nord, heureusement, il n'y a pas que des terroristes ! Il y a des groupes terroristes qui, maintenant, sont identifiés, qui s'appellent, on les appelle par leur nom, Aqmi, Mujao, Ansar Dine. Mais il y a aussi d'autres groupes et il y a des personnes qui n'appartiennent à aucun groupe ! Il faudra que le gouvernement malien discute avec ces populations du Nord ! Cependant pour le moment, il est nécessaire de continuer à bloquer les terroristes et à faire en sorte que le maximum de groupes soit mis en difficulté, avec le soutien des troupes maliennes et, ensuite, avec celui de nos amis des groupes africains. Des pays africains vont prendre le relais. Nous avons commencé à faire le pointage, en liaison bien sûr avec les Nations unies et dans le cadre des décisions des Nations unies, de tous les pays d'Afrique qui vont venir aider les Maliens...

Q - Mais pour que les choses soient bien claires, nos troupes au sol ont vocation Ă  rester au sud ? Ou bien elles peuvent Ă©ventuellement intervenir au nord ?

R - Vous savez, la partition entre le sud et le nord n'est pas écrite dans la Constitution malienne ! C'est même le contraire ! Le Mali, c'est un pays ! Il s'est trouvé - vous aviez raison de le souligner, Monsieur Revel – que, depuis plusieurs mois, il y a des groupes qui sont implantés au nord ! Mais cela doit cesser.

Q - Donc il n'y a bien qu'un Mali et nos troupes peuvent être appelées à intervenir au Nord.

R - Notre vocation essentielle est d'être aérienne, soyons clairs.

Q - D'accord.

R - Maintenant, soyons aussi précis techniquement, pour que les frappes, que ce soit des hélicoptères, ou surtout des avions, touchent leurs cibles, il faut qu'il y ait un certain nombre de correspondants au sol, ce que l'on appelle des «forces spéciales». C'est ce travail que nous sommes en train de mener aujourd'hui.

Q - Faut-il que les troupes françaises soient renforcées aujourd'hui ? Il y a à peu près 500 soldats, c'est cela ?

R - Il y a plusieurs centaines de soldats, oui.

Q - Est-ce que dans les jours qui viennent, des renforts vont arriver de métropole ?

R - Ma réponse est oui ; de plusieurs sortes. D'abord les troupes françaises se renforcent, les troupes maliennes, les troupes des différents pays africains. Je peux vous citer quelques pays africains qui ont déjà dit qu'ils allaient envoyer des troupes : le Sénégal, le Niger, le Nigeria, d'autres pays ; le Tchad est en situation.

Q - Le Tchad, oui ?

R - ...est en situation - probablement ; le président Deby prendra la décision d'envoyer des troupes - et d'ores et déjà aujourd'hui même, le chef d'état-major de la MISMA, la Mission de soutien au Mali, s'est installé à Bamako. Il va être rejoint par son chef d'état-major adjoint qui est un Nigérien. Une réunion d'état-major est prévue mardi et mercredi se tiendra une réunion des chefs d'État de la CEDEAO. Donc les choses se mettent en place. Simplement, la France devait intervenir de toute urgence, à la demande du Mali et dans le cadre des résolutions internationales. Sinon, il n'y avait plus de Mali, il y avait un État terroriste qui, non seulement, évidemment, était dramatique pour les Maliens, mais pour l'ensemble de l'Afrique et pour l'Europe !

Q - Un mot, si on essaie d'être précis, pour les effectifs français, à quel niveau seront-ils fixés dans les jours qui viennent ? Un millier ?

R - Je répondrais comme on le fait parfois dans l'armée : au niveau nécessaire.

Q - Un mot sur les forces adverses, comment évalue-t-on leur efficacité, leur pugnacité ? On a eu des renseignements cet après-midi qui nous disaient que finalement, les Français avaient été assez surpris de voir qu'ils étaient très combatifs, en face.

R - Pas seulement combatifs, cela nous le savions, mais doté d'armes puissantes ! Bien évidemment, on n'a pas d'armes puissantes si on n'a pas les moyens financiers de se les procurer. Cela renvoie à ce qui constitue la base même de ces groupes terroristes, extraordinairement dangereux, c'est-à-dire la drogue, les prises d'otages, les prises d'armes directes. Ces groupes sont malheureusement puissamment armés. La preuve tragique en est qu'un de nos lieutenants a été abattu, ainsi qu'un hélicoptère.

Q - On s'est laissé surprendre, peut-être, par ce niveau d'équipement...

R - Non ! On ne s'est pas laissé surprendre ! Je vous le répète car il est essentiel de comprendre qu'au plan international, ce sont les Nations unies et les Africains qui sont à la manoeuvre! Nous ne sommes qu'un soutien. Le plan général prévoit une intervention des Africains, avec un soutien des Européens en termes de formation, et de la France, s'il es nécessaire de fournir un appui. Mais il y a un moment quand les terroristes ont décidé de «débouler», c'était une question de vie ou de mort ! Le président du Mali est intervenu en demandant secours, ce que M. Ban Ki-moon et le Conseil de sécurité, à l'unanimité, ont bien voulu soutenir.

Je voudrais ajouter de ce point de vue-là, deux réflexions, si vous le permettez. D'abord, je suis évidemment - c'est mon rôle de ministre des affaires étrangères - en contact avec soit les présidents, soit les Premiers ministres, les ministres des affaires étrangères de l'ensemble de la planète. Le nombre des soutiens est absolument considérable. Je n'ai entendu, pour le moment, aucun État émettre la moindre protestation. C'est-à-dire que nous intervenons dans le cadre de la légalité internationale.

Q - Est-ce que l'Algérie vous soutient ?

R - Nous avons eu des contacts avec l'Algérie. L'Algérie a autorisé sans limitation le survol de son territoire - ce qui est quelque chose de significatif, dont je remercie les autorités algériennes. Le Premier ministre du Mali, M. Cissoko, est aujourd'hui en Algérie, je m'entretiendrai avec lui demain à son retour. Nous avons bien sûr des contacts avec les autorités algériennes. Je veux parler de ce soutien international qui est évidemment essentiel, parce que la France n'agit que dans le cadre de la légalité internationale. Mais je veux dire aussi un mot de ce qui se passe en France et remercier la quasi-totalité des personnalités politiques qui ont apporté leur soutien à cette action.

Q - Vous avez dit, Monsieur Fabius à plusieurs reprises, que la France agissait dans le cadre d'une légalité internationale. C'est vrai qu'il y avait une résolution...

R - Oui, plusieurs mĂŞme...

Q - ...votée à l'unanimité par... Mais je pense à la 2085 - pardonnez-moi d'être un peu technique - il y avait trois points essentiels dans cette résolution : favoriser le dialogue avec les groupes armés, organiser...

R - Non, pas les groupes armés, les groupes du Nord. Pas les groupes terroristes.

Q - Pas les groupes terroristes, mais les groupes armés, les groupes armés, je crois que c'est dans la résolution ; il y avait : permettre des élections présidentielles et législatives avant avril 2013 dans ce pays. Est-ce que ces points, pour vous, ont été...

R - Restent à l'ordre du jour ? Bien sûr !

Q - Non, mais attendez, est-ce que l'intervention de la France s'inscrit dans cette résolution 2085 ?

R - Bien sûr !

Q - Favorise-t-on le dialogue avec les groupes armés lorsqu'on intervient ? Est-ce qu'on pourra permettre la tenue d'élections présidentielles et législatives dans ce pays dont on rappelle, Monsieur Fabius, que pour l'instant, c'est un président intérimaire issu d'un putsch militaire.

R - Oui, Monsieur Revel, la réponse, si je peux me permettre, est dans votre question ! Si les groupes terroristes prennent le contrôle de l'ensemble du Mali, aucune de ces conditions ne peut être remplie.

Je réponds maintenant sur le fond. Bien évidemment, nous intervenons dans le cadre de cette résolution 2085 et des autres résolutions, qui sont au nombre de trois.

De même, trois aspects doivent être respectés. L'action des Nations unies n'est en effet pas simplement de nature sécuritaire.

Premièrement, vous avez raison de rappeler la nécessité du dialogue politique. Elle existait avant, elle existe maintenant ! Il appartient au gouvernement malien une fois que les choses seront un peu stabilisées, de prendre contact avec les populations du Nord, avec différents groupes, pour trouver des solutions, car il existe un vrai problème du Nord, indépendamment du terrorisme. Cette nécessité politique existe et nous l'avons rappelé à plusieurs reprises au gouvernement malien qui en est bien conscient.

Deuxièmement, une action doit être menée en matière de développement. Le Mali est un pays pauvre, les pays voisins le sont également, il faut donc les aider en matière de développement.

Et, troisièmement, il y a cette dimension sécuritaire, cette dimension militaire, qui est obligatoirement renforcée aujourd'hui, mais qui n'est qu'un élément de ce plan en trois volets. Donc sur ce point, vous avez tout à fait raison de rappeler quel est l'esprit des résolutions des Nations unies et nous nous situons exactement dans cet esprit.

Q - Donc je vous ai posé cette question - pardonnez-moi - parce que l'on ne comprend pas forcément bien pourquoi la France, soudainement, est intervenue au Mali ! Vous disiez tout à l'heure, «il n'y a pas dans la Constitution malienne»...

R - ...Et je vais revenir au chapitre 1 ! Monsieur Revel...

Q - ...Non, non, vous disiez qu'il n'y a pas de ligne, il n'y a pas de démarcation entre le Nord et le Sud. Vous avez raison, au Mali, il n'y a pas, constitutionnellement. Mais pourquoi a-t-on décidé que les terroristes du Nord avaient franchi une ligne et qu'ils allaient dans le sud ? Puisqu'il n'y a pas de ligne ? Vous l'avez dit tout à l'heure...

R - Parce que, Monsieur Revel, il n'est pas mauvais, de temps en temps, de descendre du ciel des idées sur le terrain. Regardez une carte de géographie du Mali. Vous verrez que lorsque des groupes terroristes et qui sont revendiqués comme tels, qui pratiquent la torture, l'exaction, l'amputation ou des assassinats, quand vous voyez deux colonnes qui descendent, l'une à l'est, l'autre à l'ouest, qu'ils prennent une ville qui s'appelle Konna, qu'ils se dirigent vers Mopti et s'ils prennent Mopti, ils prennent Bamako.

Q - C'Ă©tait le dernier verrou.

R - Lorsque vous constatez qu'ils font ça, alors vous ne vous posez pas des questions métaphysiques ! Le président du Mali appelle la France au secours, et dit : «Venez, sinon nous sommes morts». Et à ce moment-là, dans le cadre de la légalité internationale, la France - et c'est son honneur - décide d'intervenir. Voilà la réponse.

Q - En combien de temps avez-vous décidé d'intervenir ?

R - La main du président Hollande n'a pas tremblé. Nous nous sommes réunis et nous avons réfléchi ensemble, le président, le Premier ministre, le ministre de la défense, moi-même, et le président a pris la décision, cela a pris 24 heures.

Q - Vous Ă©voquiez tout Ă  l'heure le soutien diplomatique...

R - En connaissant les risques que cela suppose, car une décision politique, et j'allais dire une décision d'État, ce n'est pas une décision positive à 100 % et qui ne comporte aucun risque ! Ça, n'importe qui peut la prendre ! C'est une décision qui comporte des risques. Mais le plus grand risque eut été, aussi bien pour le Mali, pour l'Afrique, pour l'Europe et pour nos ressortissants, de décider de ne rien faire ! J'ai lu telle ou telle opinion totalement minoritaire, de gens disant : «Mais non, il n'aurait pas fallu», etc. Qu'est-ce que cela veut dire? Aujourd'hui, à Bamako, il y aurait les mêmes qui ont pris les otages, les mêmes qui coupent les mains, les mêmes qui veulent appliquer la Charia, les mêmes qui veulent tuer dès lors qu'on ne pratique pas leur religion, et alors, nous serions là, et on aurait dit «qu'est-ce que fait la communauté internationale ? Qu'est-ce qu'elle aurait dû faire ? Qu'est-ce qu'elle aurait dû faire avant ? C'est l'honneur de la France d'être un pays qui sait dire non.

Q - Pourquoi, justement, en tout cas côté européen, la France est seule dans cette histoire ? Vous avez évoqué les soutiens diplomatiques tout à fait réels à notre intervention. Le soutien opérationnel a l'air quand même, côté européen, assez maigre ! On avait parlé des Allemands qui n'y vont pas, les Anglais fournissent un avion ou deux...

R - Je vais compléter votre information. D'abord, le Mali a demandé le secours de la France. La France est ce qu'on appelle la nation cadre, et nous avons le soutien, y compris pratique, de la Grande-Bretagne, de nos amis danois, de plusieurs autres grands pays qui fournissent du transport. Nous avons l'appui des Américains pour ce qui concerne les communications et le transport. Nous avons l'appui sous différentes formes que je n'ai pas à préciser, d'autres nations d'Europe, et nous avons le soutien absolument unanime des pays d'Europe !

Q - Donc l'Europe n'est pas absente de cette affaire...

R - Mais heureusement que non !

Q - Mais sur le terrain, la France est en première ligne...

R - Mais parce que c'est elle qui était en situation d'intervenir ! Simplement, qu'il n'y ait pas là non plus de confusion, la France va être épaulée, et relayée nous l'espérons, par les troupes africaines !

Q - Vous parliez tout à l'heure aussi de l'Algérie dont vous nous disiez qu'elle avait autorisé le survol de son territoire. En même temps, ces groupes armés qui sont dans le nord, si on les repousse toujours vers le nord, ils vont finir par se retrouver en Algérie ! Et les Algériens n'y tiennent pas...

R - C'est pourquoi...

Q - ... Essentiellement.

R - Bien sûr !

Q - Donc qu'est-ce quel est leur intérêt, dans cette affaire ?

R - Leur intérêt, vous savez l'Algérie est un grand pays qui a souffert du terrorisme pendant plus de dix ans, et qui a connu peut-être 100.000 morts, 200.000 morts. Donc l'Algérie sait ce que c'est que le terrorisme. C'est la raison pour laquelle, les Algériens sont tout à fait conscients de cela. En même temps, vous avez raison, quand on regarde une carte, on peut se dire - mais ce serait une vision courte et les Algériens n'ont pas la vision courte - que s'il y a des terroristes, il est préférable qu'ils se battent au sud, que chez soi. Simplement, les Algériens ont une vision large, et puis ils doivent se dire «mais les terroristes, maintenant, lourdement armés, un jour, ils peuvent s'en prendre au Mali, voire à l'Europe, mais un jour, ils peuvent aussi s'en prendre à l'Algérie !».

Donc, nous travaillons avec les Algériens, nous avons discuté de cela à plusieurs reprises, nous continuons d'en discuter. Je dois souligner notre collaboration et ce que nous avons à l'esprit - mais ce n'est pas pour aujourd'hui, ce sont des choses qui viendront plus tard - c'est que si les troupes africaines doivent remonter au nord, au nord du Nord, eh bien évidemment, il faudra que les Algériens ferment leurs frontières !

Q - Sur le fond, en quoi ce type d'intervention, lorsqu'un gouvernement africain est en danger, je le rappelle, issu d'un putsch, il y a quelques mois à peine, demande l'aide de la France, en quoi la réponse de Paris aujourd'hui, rompt-elle avec ce que faisait la France habituellement, lorsqu'un gouvernement africain lui demandait d'intervenir ? On se souvient il y a très longtemps, Monsieur Fabius, du discours de Cancun de François Mitterrand ou celui de La Baule, en direction des pays du Tiers-monde, grande déclaration, «le ciel des idées et la réalité du terrain», pour reprendre votre expression tout à l'heure sur un autre sujet, mais en quoi aujourd'hui, on peut dire que François Hollande rompt avec la façon dont son prédécesseur, critiqué à ce moment-là, avait, de «traiter», entre guillemets, l'Afrique ?

R - Mais cela n'a simplement rien à voir, Monsieur Revel ! Qu'a-t-on pendant longtemps reproché à la France? Il y a un dictateur qui est au pouvoir en Afrique, il y a une opposition qui représente le peuple, qui voudrait le pouvoir, il y a même parfois des élections, qui lui donnent le pouvoir, et la France intervient et dit : «Non, c'est le dictateur qui reste en place». Mais là, cela n'a absolument rien à voir ! Vous avez un président, qui est un président de transition, un Premier ministre, il s'agit de gens parfaitement démocrates, et vous avez, de l'autre côté, des terroristes. Le rôle de la France n'est pas de dire : «Bienvenue, mesdames et messieurs les terroristes» ! Enfin, il n'y a pas beaucoup de dames, parce qu'on les tue.

Q - Il y a quand même eu de grandes tirades sur le fait que la France prétendait être le gendarme de l'Afrique, etc., la Françafrique, etc., on a l'impression que cela continue ! Ce n'est pas forcément d'ailleurs une...

R - Mais non !

Q - ...une mauvaise chose, mais enfin, cela a l'air quand même de s'inscrire dans la continuité !

R - Non. La communauté internationale reconnaît parfaitement la légitimité du président Traore et du Premier ministre Cissoko. Une autorité légitime attaquée par des groupes terroristes, qui non seulement veulent s'en prendre au pays, mais aux pays voisins, et la France dirait : «Moi, cela m'est égal» ?

Q - Mais peut-être que la situation malienne est un tout petit peu plus complexe ! En fait, les islamistes ont sans doute profité d'une rébellion menée par des Touaregs qui ne sont pas des gens forcément islamisés, pour s'insérer dans cette rébellion et mettre à bas et occuper le nord du Mali. Mais à...

R - C'est la raison pour laquelle, Monsieur Revel, j'essaie de faire attention à mon expression, j'ai dit que l'action devait être menée contre les groupes terroristes, et pas du tout contre le Nord ! Il y a, depuis longtemps, un problème qui, malheureusement, n'a pas été réglé, entre le Nord du Mali et puis la capitale. Il faut prendre en considération - et c'est aux Maliens de le faire - les réalités du Nord. C'est ce à quoi invitent d'ailleurs les Nations unies dans les résolutions dont nous avons parlé tout à l'heure. Et bien sûr, il faut faire cela. Mais sans confondre le Nord et les groupes terroristes.

Q - Laurent Fabius, vous évoquiez depuis tout à l'heure la guerre contre le terrorisme, vous évoquiez aussi des voies minoritaires, peut-être qu'il s'agissait de Dominique de Villepin qui disait ce matin que «les conditions de la réussite de cette opération n'étaient pas réunies» ; il s'interroge : «comment le virus néoconservateur a-t-il pu ainsi gagner tous les esprits ?» ; il parle de la «guerre contre le terrorisme» qui est le vocable qui était employé...

R - J'ai connu M. de Villepin mieux inspiré.

Q - Oui, parce que l'idée de la guerre contre le terrorisme aujourd'hui est complètement revendiquée, complètement acceptée par le gouvernement que... que vous représentez ?

R - C'est une question ou une affirmation ?

Q - C'est une question !

R - J'essaie de m'exprimer clairement ; j'ai dit qu'il fallait bloquer les groupes terroristes. Je n'ai pas employé le terme que vous venez d'employer.

Q - Lui, le sens de sa démonstration, c'est de dire «finalement toutes ces interventions, cela n'aboutit qu'à essaimer le terrorisme de pays en pays, de Libye vers le Mali...

R - Écoutez, je préfère me concentrer sur les responsables politiques qui, aujourd'hui, exercent des responsabilités.

Q - Il y a, en ce moment, 8 Français détenus au Sahel par Al-Qaïda au Maghreb islamique. Est-ce que vous savez s'il y a une possibilité qu'ils se trouvent dans les zones qui sont actuellement bombardées ?

R - Je ne vais pas entrer dans beaucoup de détails sur les localisations pour des raisons que vous comprendrez aisément. Mais j'essaie d'aller au fond de votre question. Nous avons des contacts avec les familles des otages qui sont des personnes extrêmement responsables. La situation des otages est une situation effrayante. La situation des familles est extrêmement difficile. La séquence telle qu'elle était prévue n'était évidemment pas celle-là ! Puisque, je vous l'ai rappelé, il s'agissait qu'il y ait une intervention des forces africaines, la formation des groupes maliens, avec l'appui des Français. Pour les raisons que j'ai invoquées, les choses, à cause même des terroristes, ont dû se passer autrement. Deux observations. Premièrement, tous ces groupes terroristes sont mélangés. Or ce sont ces mêmes groupes terroristes qui détiennent les otages et qui voulaient prendre l'intégralité du Mali en otage !

La réponse est toute simple ! Ce n'est pas en cédant aux terroristes qu'on va protéger les otages ! Bien sûr, c'est une situation extrêmement difficile ! Nous sommes en contact avec ces familles, et encore une fois, je respecte leurs sentiments et je partage vraiment la situation extraordinairement difficile qui est la leur.

Le nouveau directeur du Centre de crise du Quai d'Orsay, M. Le Bret, qui est notre ancien ambassadeur en Haïti, qui est un homme tout à fait remarquable, a pour mission d'être au contact en permanence avec les familles d'otages. Le président de la République recevra ces familles dans les prochains jours, comme je les ai reçues très récemment. C'est une situation très difficile ; personne ne peut dire qu'il n'y ait pas de risques !

Q - Le président de la République recevra donc les familles des otages dans quelques jours. En tenant compte à la fois de l'intervention en Somalie et de l'opération au Mali, tout à l'heure vous avez dit «la main du président de la République n'a pas tremblé ». Peut-on dire que François Hollande s'est métamorphosé en chef de guerre, tout à coup, il est chef des Armées, évidemment de par la Constitution, et quel type de chef de guerre est-il aujourd'hui ? «Sa main n'a pas tremblé», est-ce que vous pouvez y ajouter, peut-être, un qualificatif pour qu'on comprenne bien de quelle métaphore il s'agit, de quelle transformation il s'agit ?

R - D'abord, ce qui s'est passé en Somalie, qui est terrible et qui est un échec, n'a aucun rapport dans le temps avec ce qui se passe au Mali.

Q - Oui, c'est une absolue coïncidence si les deux opérations sont en même temps.

R - Oui. Cela fait déjà plusieurs semaines que les services de la DGSE nous avaient informés qu'il y avait une possibilité de mener une intervention pour essayer d'exfiltrer l'agent de la DGSE, M. Allex. Il fallait trouver le moment propice, il y a notamment des circonstances climatiques, etc. Et finalement, le président de la République, sur proposition des services auxquels il faut rendre hommage parce que c'est évidemment extraordinairement dangereux et risqué, a décidé d'approuver cette opération qui, malheureusement, s'est mal déroulée.

En ce qui concerne le Mali, c'est une décision grave, effectivement, de répondre à l'appel d'un pays qui vous dit : «Je vous demande de venir à mon secours. Sinon je me noie !» Et donc nous avons discuté de cela. Il se trouve que j'ai une certaine expérience politique et le propre des hommes d'État, c'est de réfléchir, mais le moment venu, c'est également de savoir prendre des décisions qui présentent toujours des risques. Le président de la République a évalué les risques et il a pris la décision de dire oui à ce peuple qui se noie, dans le cadre de la légalité internationale. Et c'est là où je dis, l'ayant vu agir, que sa main n'a pas tremblé.

Q - Sur la Somalie, pouvez-vous nous en dire un peu plus ? On s'interroge pas mal sur le sort de Denis Allex, est-ce qu'il est vraiment mort ? On parle d'un ancien militaire français qui serait disparu ?

R - Les renseignements que j'ai sont ceux que m'ont donnés le ministre de la défense et la DGSE ! Je n'en ai pas d'autres ! L'extrême vraisemblance est qu'il y ait eu deux de nos hommes qui ne reviendront pas. Je vous demande d'ailleurs d'être attentifs à cela, il est très possible que dans les jours qui viennent, les terroristes, qui avaient enlevé M. Allex instrumentalisent en utilisant des images, etc.

Q - Parce que eux disent qu'il ne serait pas mort.

R - Oui. Il faut faire très attention à cela. C'était une opération très difficile, très risquée...

Q - Qu'il fallait tenter ?

R - Oui, je pense que c'était la recommandation des services eux-mêmes. Il faut bien voir que cet homme appartenait aux services. Ceux qui nous ont recommandé de faire l'opération...

Q - Cela fait trois ans qu'il était détenu...

R - Trois ans dans des conditions inhumaines - ceux qui nous ont recommandé d'intervenir sont ses frères d'armes ! Et c'est sur cette base que la décision a été prise.

Q - Qui va continuer à diriger l'opération ? Vous accompagnez le chef de l'État dans un voyage à Abou Dabi à partir de lundi. La main ne tremble pas, mais qui va avoir la main ferme en votre absence et en celle du président de la République ?

R - Il n'y a aucune absence !

Q - Le conflit continue !

R - Il n'y a aucune absence ! D'abord, nous sommes informés non pas heure par heure, mais minute par minute de ce qui se passe ! Vous savez que dans l'avion présidentiel, il y a le téléphone. Sinon, je vous le confirme. Le Premier ministre reste à Paris. De toutes les manières, nous partons lundi soir, nous revenons mardi soir. Le Premier ministre est à Paris ; il recevra lundi soir, comme c'est normal, les responsables des groupes parlementaires, Jean-Yves Le Drian, chargé de la Défense, restera lui aussi à Paris. Il n'y a aucune interruption d'aucune sorte.

Q - La France sort de dix ans de présence en Afghanistan et on ne peut pas ne pas se poser la question, Laurent Fabius : avez-vous une idée de la durée de cette intervention au Mali ? Est-ce une question de semaines, de mois, d'années ?

R - Je pense que, pour ce qui est de l'aspect impliquant le plus directement la France, c'est vraiment une question de semaines ! Après, on peut venir en appui, mais nous n'avons aucune vocation à rester durablement !

Q - Il n'y a pas de parallèle à faire entre l'intervention en Afghanistan et l'intervention au Mali ?

R - Non, je ne crois pas.

Q - Il n'y aura pas d'intervention durable au sol et notamment dans le nord du pays ?

R - Non, mais c'est un pays qui doit et peut être géré par ses ressortissants ! Simplement, si vous avez une partie du sol où sont implantés des groupes narcoterroristes, parce qu'il y a un lien de plus en plus fort entre les trafics de drogues, les trafics d'armes et le terrorisme, cela représente une menace énorme pour l'Afrique, et pour l'Europe, comme elle l'est pour l'Amérique, l'Amérique du Sud ! Donc il faut combattre ces fléaux. Mais ce n'est pas seulement à la France de faire cela ! C'est à l'ensemble des pays démocratiques!

Q - Une question de semaines, dites-vous ; cela signifie que ceux qui pointent un risque Ă©ventuel d'enlisement se trompent ?

R - Oui, nous n'avons absolument... il n'y a aucun parallèle à faire avec l'Afghanistan, non.

Q - Vous parlez de terrorisme. En France, le plan Vigipirate vient d'être renforcé.

R - Oui.

Q - Cela veut dire qu'on a des craintes, ou des informations de menaces particulières qui nous visent en ce moment ?

R - À partir du moment où le Mali, la France, d'autres pays répliquent au terrorisme, il peut y avoir évidemment des mesures de rétorsion ! Donc le président, le Premier ministre et le ministre de l'intérieur ont tout à fait raison de renforcer le plan Vigipirate. J'ai moi-même pris des dispositions pour ce qui concerne nos postes diplomatiques. Je vous en donne deux exemples. Le lycée français à Bamako demain, sera fermé pour un jour parce qu'il y a des dispositions à prendre. J'ai également demandé au proviseur du Lycée français du Niger, aussi, Niamey, que demain les élèves ne s'y rendent pas afin qu'on sécurise tout cela.

Q - Que pensez-vous des déclarations de ce leader islamiste malien qui, ce matin, au JDD, dit «la France a ouvert les portes de l'enfer» ? C'est de l'intimidation ?

R - Oui, c'est une bonne définition.

Q - Mais ces menaces dont vous nous parlez, c'est...

R - Il faut faire très attention parce que, compte tenu de ce que sont les activités terroristes dans plusieurs parties du monde, compte tenu du fait que la France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, est un des grands pays qui sont potentiellement visés, l'Europe aussi, il faut prendre toutes les précautions possibles !

Q - Mais la France serait potentiellement visée, mais le renforcement du plan Vigipirate ne s'appuie pas sur des menaces précises ?

R - Non, pas précises par rapport à ce conflit-là ! Mais le rôle d'un gouvernement responsable, c'est de prendre les devants.

(...)

Q - À propos d'une possible augmentation de l'exil fiscal, symbolisé par Gérard Depardieu notamment, il y a une question qui vous est posée par le président de la commission des finances de l'Assemblée : il souhaite un état des lieux de l'exil fiscal. Ça vous concerne comme ministre des affaires étrangères puisqu'il s'agirait de fournir des listes d'inscription dans les consulats. Est-ce que vous y êtes prêt ? Est-ce que ce serait utile ?

R - Vous savez, la fourniture de listes, je crois qu'il ne faut pas confondre deux choses. Lorsque des Français vont à l'étranger, et il faut encourager en général la présence de Français, pas l'exil fiscal. On a besoin de Français à l'étranger. Beaucoup s'inscrivent dans les consulats mais on ne va pas leur demander quelle est leur situation fiscale. Je crois que si on veut être plus précis sur l'aspect fiscal, il faut regarder au départ de France, mais je ne suis pas prêt à demander à mes consuls lorsque les Français viennent s'inscrire, quelle est exactement leur situation fiscale. Je pense que ce ne serait pas très opportun.

Q - Est-ce que derrière cette question il y a la question de savoir si on a les moyens aujourd'hui de mesurer l'exil fiscal ?

R - Mais ce serait une bonne chose de le faire et je suis sûr que le ministre du Budget va essayer d'aller en ce sens, mais je ne crois pas que ce soit à travers les consulats.

Q - D'un mot juste, puisqu'on évoquait le cas de Gérard Depardieu. Que reste-t-il quelques semaines après cette affaire Depardieu, cette affaire Poutine ? Quelles traces ça a laissées sur les relations notamment entre la France et la Russie ?

R - Écoutez, j'ai eu mon collègue Sergueï Lavrov qui m'a appelé vendredi dernier. Nous avons eu une longue conversation sur les questions comme la Syrie dont on aurait pu parler ce soir, les relations entre nos deux pays, le prochain voyage du président de la République qui va aller à Moscou. Nous avons abordé comme ça cette question et je n'ai pas du tout le sentiment que de la part des Russes il s'agissait de faire une mauvaise manière à la France. Ce n'était pas du tout leur idée.

Q - C'est anecdotique ?

R - Ce n'est pas anecdotique parce que M. Depardieu est quelqu'un de très connu, mais si vous voulez, il ne faut pas confondre un aspect ponctuel avec les grandes questions dont nous avons parlé./.

 

 

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6. Mali - CommuniquĂ© du ministère de la dĂ©fense - Paris, 13 janvier 2013 (Paris, 13/01/2013)

Conformément à la mission confiée à nos forces armées par le président de la République, l'aviation de chasse française a visé et détruit ce dimanche 13 janvier plusieurs cibles au nord du Mali à proximité de Gao, notamment des camps d'entraînement, des infrastructures et des dépôts logistiques constituant les bases arrière des groupes terroristes. Cette mission a été effectuée par quatre Rafale qui ont décollé de France et qui viennent renforcer le dispositif aérien français.

L'objectif de la France est de mener une lutte implacable contre les groupes terroristes, en empêchant toute nouvelle offensive de ces groupes vers le sud du Mali, qui menacerait la stabilité de ce pays ami, et en réduisant leurs capacités partout où ce sera nécessaire.

La détermination de la France est totale. Les actions militaires engagées seront poursuivies autant que nécessaire. Le ministre de la défense réaffirme sa totale confiance en chacun des militaires français déployés au Mali et fera régulièrement le point sur les opérations en cours./.

(Source : site Internet du ministère de la défense)

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7. Voeux aux armĂ©es du prĂ©sident de la RĂ©publique, M. François Hollande (Olivet, 09/01/2013)

Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires et les Élus,

Messieurs les Chefs d'Ă©tat-major,

Messieurs les Officiers généraux,

Mesdames, Messieurs,

Le 12ème régiment de cuirassiers nous a fait un grand honneur en nous recevant aujourd'hui. J'ai pu au cours de ma visite - trop brève - apprécier la très haute qualité des personnels, le haut niveau de la technologie utilisée et la confiance que nous vous portons pour les manoeuvres ou les opérations dont vous aurez la charge.

Cette qualité est à l'image de l'ensemble de nos armées. Ici vous avez choisi un métier, ou plutôt une vocation. Car être soldat n'est pas une profession comme les autres. C'est accepter d'emblée le sacrifice, y compris celui de sa vie pour la patrie.

Au cours de l'année 2012, celle qui vient de s'écouler, quinze de vos frères d'armes sont morts pour la France ou au service de la Nation. Je m'incline, avec émotion, devant leur mémoire. Une fois encore je le dis, nous ne les oublierons jamais. J'assure leurs familles, leurs proches de notre solidarité dans l'épreuve qu'elles continuent de traverser. Ces familles et ces proches qui continuent de souffrir.

À cet hommage, j'associe également les blessés. Il se trouve que depuis que j'occupe cette responsabilité de chef de l'État, donc de chef des armées, j'ai pu aller au chevet d'un certain nombre de ces blessés revenant d'opération. J'ai été saisi par deux impressions fortes qu'ils m'ont communiquées. La première c'est leur grande pudeur, une réserve, une retenue, ne jamais se plaindre. Et l'autre impression, c'est cette obstination, cette volonté farouche de retourner sur le lieu même du combat, là où ils avaient été touchés, comme pour bien montrer que rien ne s'était interrompu et qu'ils étaient toujours et encore des soldats.

En ce début d'année je viens présenter mes voeux, mais je viens surtout évoquer le rôle majeur joué par nos armées sur les terrains où vous êtes engagés au nom de la France.

L'un de ces terrains, c'était, c'est encore pour quelques jours l'Afghanistan. J'avais annoncé au printemps dernier, au lendemain de mon élection - en plein accord avec nos alliés et en bonne intelligence avec les autorités afghanes - que nos forces combattantes seraient rentrées en France à la fin de l'année 2012.

Aujourd'hui, c'est mission accomplie. Le ministre de la défense a pu faire le réveillon de fin d'année avec les troupes en Afghanistan. Elles sont aujourd'hui à peu près au niveau de 1500 soldats, sous-officiers et officiers. Au milieu de l'année prochaine - au mois de juin - à peine 500 seront affectés dans des tâches que nous avons voulues être en continuité avec notre engagement : coopération pour l'aéroport, pour l'hôpital et pour la formation. Mais - comme je m'y étais engagé - au début de cette année 2013 il n'y a plus d'éléments combattants français en Afghanistan.

Je veux saluer, féliciter l'opération de désengagement qui a été menée, de rapatriement sous l'autorité du ministre de la défense, du chef d'état-major de nos armées l'Amiral Guillaud, parce que c'était une opération militaire que de faire revenir les troupes et les matériels dans des conditions éminemment dangereuses et qui ont justifié une protection toute particulière. Là encore, cette manoeuvre a démontré que les opérations de combat sont inconcevables sans une logistique d'excellence avant, pendant et après l'action militaire elle-même.

Vous pouvez être fiers de ce que vous avez accompli en Afghanistan. Nous avons en effet contribué, avec nos alliés, à délivrer ce pays de l'emprise d'une organisation terroriste, Al Qaïda. Nous avons assuré dans deux provinces que certains connaissent - la Kapisa et la Surobi - une transition vers la souveraineté afghane et maintenant nous pouvons engager une coopération qui est celle attendue de la France, c'est-à-dire de formation et de gestion de l'hôpital et de l'aéroport.

Cette mission s'achève. Et je considère avec succès. Mais d'autres se poursuivent, pour lesquelles, une fois encore, nous somme mis à contribution et vous les personnels militaires et civils des trois armées particulièrement. Je n'oublie pas les services de soutien : la gendarmerie nationale, la direction générale de l'armement et l'ensemble du ministère de la défense.

Peu de nations ont été, autant que la nôtre, la France, impliquées en si peu de temps dans autant d'opérations. Je pense à l'océan indien où nous combattons la piraterie, à la Côte d'Ivoire, au Kosovo, au Liban - un certain nombre ici en reviennent -, mais aussi en France, par rapport à la lutte contre le narco-trafic dans l'arc antillais, contre l'orpaillage clandestin en Guyane qui a coûté la vie de deux militaires français, ou à la protection de notre espace aérien et maritime. Voilà, vous êtes en veille permanente pour assurer en toutes circonstances la sécurité du pays, avec aussi nos forces de dissuasion nucléaire.

Telles sont bien les responsabilités de nos armées : protéger notre territoire et donc les Français ; défendre partout dans le monde nos valeurs et nos intérêts, donc la France, partout où nous sommes menacés, où certains de nos ressortissants peuvent être exposés encore récemment en République centrafricaine et nous suivons avec vigilance l'évolution de la situation. Mais aussi dans d'autres zones du continent africain et c'est un défi majeur que nous aurons une nouvelle fois à rencontrer.

Le terrorisme, cette forme de barbarie qui a déclaré la guerre à toutes les civilisations, a pris racine dans le Sahel et dans le nord du Mali. Le Conseil de sécurité à notre initiative - pas seulement mais principalement - a adopté à l'unanimité une résolution autorisant, «pour une durée initiale d'une année», le déploiement d'une mission internationale sous conduite africaine. Elle soutiendra donc la reconstitution de l'armée du Mali et permettra le moment venu de chasser les groupes islamistes extrémistes qui occupent la région du nord Mali. La France, avec l'Union européenne, participera à la formation des forces armées, à la fois celles du Mali et celles des Africains par rapport à l'opération qu'eux seuls peuvent décider.

D'autres menaces existent. Elles requièrent également notre mobilisation. Certaines sont plus perverses que d'autres : je pense aux attaques informatiques, aux intrusions à partir du «cyberespace» et nous devons nous former par rapport à cette agression. Parce qu'elle est dirigée contre les États mais aussi contre les forces économiques, contre nos entreprises. Cette menace nous oblige donc à réinventer la façon dont nous devons concevoir notre sécurité et même notre défense. C'est une des missions que j'ai confiées au ministre de la défense et au ministre de l'intérieur.

Une seconde menace - plus terrible encore - est la prolifération nucléaire qui expose l'humanité toute entière aux effets les plus destructeurs de ces armes, puisqu'il y a là des pays qui ont accédé en réalité à l'arme nucléaire, qui peuvent y accéder ou qui cherchent à y accéder et qui peuvent menacer la paix du monde. Cela suppose là encore d'accroître et de diversifier nos outils de protection, mais également d'être sur le plan diplomatique, politique, à l'initiative parce que nous sommes membres du Conseil de sécurité des Nations unies.

Les risques prennent également des formes nouvelles. Nous avons maintenant ce qu'on appelle des adversaires «hybrides», c'est à dire disposant, aux côtés de moyens les plus artisanaux, de capacités qui étaient jusqu'à présent l'apanage des États. Et là encore nous devons faire face à cette gestion de crise et nous devons nous y préparer.

L'ensemble de ces enjeux, de ces risques, de ces menaces, de ces protections doivent être traités dans le cadre de nos alliances. À cet égard, je fais largement miennes les conclusions d'un rapport que j'avais commandé à l'ancien ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine ; conclusions qui vont dans le sens d'assumer pleinement la présence de la France dans l'Alliance atlantique et dans l'organisation militaire qui lui est attachée, et d'être à l'initiative et de faire en sorte que nous puissions engager une responsabilité accrue de l'Europe dans cette alliance.

D'importants efforts ont été entrepris depuis sept mois dans le sens de l'Europe de la défense. J'insiste beaucoup pour que nous mettions nos capacités en commun, que nous renforcions l'industrie européenne de défense, mais aussi que nous puissions participer ensemble à des opérations.

L'année 2013 sera ainsi marquée par la préparation d'un Conseil européen très important qui se situera à la fin de l'année, où nous aurons à nous prononcer pour des avancées sur la Politique européenne de sécurité et de défense commune. La France y prendra toute sa part.

Dans quelques semaines à peine, nous célébrerons le cinquantième anniversaire du traité de l'Élysée. C'était donc le traité que le général de Gaulle et Konrad Adenauer avaient scellé pour réconcilier la France et l'Allemagne après deux guerres, deux guerres terribles qui nous avaient opposés.

Je veux donner à cette célébration un caractère historique, mais aussi un caractère prospectif. Que pouvons-nous faire, français et allemands ensemble ? Préserver la zone euro ? Nous y travaillons et nous avons réussi pour l'essentiel. Consolider nos économies ? C'est nécessaire pour lutter contre le chômage. Mais nous avons des responsabilités au nom de l'Europe et y compris pour l'Europe de la défense. Je voudrais que ce moment puisse consacrer une nouvelle étape dans nos rapports et une nouvelle construction de l'Europe de la défense.

Mais notre défense, elle est aussi et surtout nationale. Cela relève de notre propre souveraineté, de notre propre décision, de notre propre volonté : celle des dirigeants, celle aussi du peuple français. C'est lui qui doit nous dire aussi ce qu'il veut pour sa défense à travers ses représentants.

Nous devons avoir une stratégie cohérente sur la base d'une évaluation de nos objectifs, également d'une analyse de la menace permettant de dessiner le visage de nos armées à l'horizon des dix, quinze prochaines années.

C'est l'objet du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. La commission qui est présidée par M. Guehenno en a la responsabilité. Il va me présenter très prochainement ses premières propositions.

La loi de programmation qui découlera de ce livre blanc sera discutée au Parlement dès l'été. Elle déclinera année après année la réalisation de nos objectifs. Souvent, ces lois de programmation sont autant d'affichages peu respectés dans le temps. Tachons de faire différemment de nos prédécesseurs. Ayons des objectifs plus réalistes, mais soyons sûrs de les atteindre.

Que voulons-nous faire ? D'abord nous voulons maintenir notre stratégie de dissuasion nucléaire avec ses deux composantes : sous-marine et aéroportée. Notre effort dans le domaine nucléaire est le fruit d'un engagement politique constant, depuis le général de Gaulle jusqu'à aujourd'hui et au-delà des alternances, des successions de majorité. C'est un consensus, nous devons le préserver. Il n'est pas fondé simplement sur une habitude, sur une coutume, sur un rite, sur une fierté nationale que d'avoir une force de dissuasion, non. Ce consensus est fondé sur une même certitude : c'est la force de dissuasion qui nous permet d'être assurés contre toute menace et qui nous permet aussi de peser dans le concert mondial. Je ferai donc tout pour que cet outil-là soit préservé.

Dans le même esprit et au-delà de la force de dissuasion, nous devons être capables de projeter hors de nos frontières, c'est-à-dire être capables d'intervenir à l'extérieur, que ce soit dans des conflits armés de haute intensité - pour ne pas dire des guerres - que ce soit dans des opérations de stabilisation et de maintien de la paix. Pour cela - pour que nous puissions être engagés dans un théâtre au-delà de nos frontières - nous devons être prêts et c'est pourquoi nous devons nous préparer aussi bien à être nous-même à l'initiative dans des opérations autonomes sur le plan opérationnel mais aussi être préparés à être dans des coalitions, ce qui rend encore la tâche plus difficile pour nos armées. Ses forces doivent être composées d'hommes et de femmes entraînés et équipés au bon niveau, connaître à tout moment la nature des menaces, d'où l'importance du renseignement qui fera donc l'objet d'une attention toute particulière, avec le lancement du satellite d'observation Pléiade qui a eu lieu récemment et qui s'inscrit pleinement dans cette logique.

L'enjeu pour la France c'est aussi de rester en mesure de peser dans la gestion et le règlement des crises mettant en cause la sécurité internationale ou nos intérêts stratégiques. C'est la raison pour laquelle nous sommes parmi les nations - il n'y en a pas beaucoup dans le monde - qui peuvent disposer d'éléments de très grande qualité, d'unité d'élite et vous en faites partie. Grâce à ces éléments et ces unités, nous pouvons avoir une efficacité reconnue et un rôle précieux pour la paix dans le monde, car la France intervient toujours au nom de la légalité internationale, sur mandat des Nations unies, pour servir une cause plus grande encore que la nôtre qui est celle du maintien de la paix dans le monde.

En tant que président de la République je suis chef des armées. Ma mission est donc d'assurer la pérennité de nos capacités, de nos forces et donc la sécurité du pays. L'essentiel du budget de la défense - cela n'a pas été facile - a été préservé dans la loi de finance pour 2013. Mais chacun connait les exigences de la période : nécessité d'une bonne gestion des deniers publics, obligation de réduire le déficit.

Vous me direz «que va devenir le budget du ministère de la défense dans ce cadre-là ?». Je vous le rappelle ici : le ministère de la défense participera à l'effort national au même niveau que les autres ministères - pas plus, pas moins - et il ne saurait être question d'en faire une variable d'ajustement du budget de l'État ; pour des raisons qui sont d'ailleurs très simples à comprendre, et qui ne sont pas celles simplement partagées par les personnels de la défense.

La première raison : parce que ce budget est un élément de notre souveraineté et de notre sécurité. La seconde raison : parce que nous sommes dans un système d'alliances avec des considérations stratégiques, que nous servons des intérêts qui ne sont pas forcément les nôtres et qui sont ceux du monde tout entier. Mais aussi pour une autre raison : la défense joue un rôle décisif pour le redressement économique de notre pays. Tout à l'heure on me présentait des matériels fabriqués pour l'essentiel - je dis bien pour l'essentiel - en France et quand ce n'est pas en France c'est avec une coopération européenne. Il m'était même indiqué que certains éléments, certaines pièces, étaient produites par de grandes entreprises et d'autres par des PME. Notre industrie de défense représente 4 000 entreprises qui emploient directement 150.000 personnes et 300.000 indirectement avec la sous-traitance. C'est donc un enjeu essentiel pour l'emploi, pour la localisation d'entreprises sur le territoire, mais également pour l'investissement et la technologie. Le ministre de la défense a voulu qu'il y ait un pacte entre son ministère et les PME pour sécuriser leur activité et pour qu'elles participent pleinement à la défense du pays, mais aussi pour qu'elles soient soutenues par les grandes entreprises dans l'effort de technologie.

Plusieurs fois j'ai souligné l'importance de l'innovation pour retrouver la croissance française. Cette innovation, cette recherche nous la trouvons dans la défense. Il y a même un lien - qui n'est pas établi qu'en France, les États-Unis de ce point de vue-là ont valeur de modèle ou d'exemple - entre l'industrie civile et militaire. Regardez pour l'aéronautique, pour l'espace : les succès d'Airbus ou du lanceur Ariane reposent largement sur les avancées technologiques qui ont été celles constatées en matière de défense. Entre les industries civiles et militaires les liens sont nombreux et étroits. Notre devoir est donc d'offrir aux entreprises françaises les moyens de conquérir d'avantage de parts de marché, ce qui suppose qu'il y ait un niveau de commandes publiques qui permette justement de les alimenter.

Il y a une compétition dans tous les domaines, y compris sur les fabrications de matériels militaires. Nous avons certains voisins - je ne les nommerai pas - qui sur ce point vont très loin pour promouvoir leurs exportations. Nous, nous avons des principes et ne vendons qu'à certains pays, mais lorsque nous avons décidé de vendre, il faut être les meilleurs dans ces pays-là pour que nous puissions faire valoir - non pas quelques préférences - mais l'extrême qualité de nos matériels. J'y veillerai.

Voilà tous les motifs qui fondent en ce début d'année 2013 ma confiance dans les armées : capacité à remplir les missions, technicité des personnels, courage dans les opérations, capacité aussi à assurer notre défense dans tous les domaines. Vous avez à chaque fois été à la hauteur des missions qui vous ont été confiées et tous les professionnels au-delà de cette salle exécutent des tâches d'une très haute technicité. J'en ai encore eu la démonstration à travers les matériels et même les simulateurs.

Être aujourd'hui militaire suppose donc une formation d'excellence. C'est pourquoi je souhaite que beaucoup de jeunes en France s'engagent et qu'ils trouvent à travers cette expérience professionnelle le sens de l'effort, du courage, de la pugnacité, de la persévérance, mais aussi de la formation qui leur permettra plus tard d'exercer des métiers civils.

Quelques mots pour terminer pour parler de l'Histoire qui nous renseigne toujours sur ce que nous avons Ă  faire pour demain.

L'année 2013 ouvrira un cycle de commémorations consacrées à la fin de la seconde guerre mondiale. 70 ans après ce sera l'une des dernières grandes occasions de rendre cet hommage solennel aux combattants, résistants, déportés, à tous ceux - femmes et hommes - qui ont traversé cette épreuve et qui sont encore là pour quelques années encore, quelques années seulement. Il nous faut tirer de ces témoignages autant qu'il sera possible, pour que cela serve de passage de témoins entre les générations, entre ceux qui ont connu la guerre et ceux qui ont vécu dans la paix.

2014 sera la première année du centenaire de la première guerre mondiale. Nous préparons ce rendez-vous avec nos partenaires européens, mais aussi avec tous les pays qui avaient soutenu la France au moment où elle avait été menacée et agressée. Nos cimetières militaires rappellent le sacrifice de tous ces soldats, venus de très loin - d'Afrique, d'Asie, d'Amérique, d'Océanie - et donc le ministre délégué aux anciens combattants, qui est chargé de présider cette mission interministérielle pour organiser les commémorations, aura à coeur d'inviter tous ces pays à être présents lors de ces manifestations.

Bien sûr, nous allons bien distinguer les deux guerres. D'abord parce qu'elles ont obéi à des logiques différentes, parce qu'elles n'ont pas eu les mêmes conséquences, les mêmes causes ni les mêmes atrocités. Mais il s'agira aussi de donner du sens à ces commémorations, c'est-à-dire d'élever notre conscience nationale et pour cela je souhaite que les militaires y prennent toute leur part, mais aussi - bien sûr - les associations d'anciens combattants.

La communauté militaire est une famille, avec les actifs et les réserves. J'ai salué tout à l'heure un certain nombre de ses représentants. De cette communauté j'en connais la stabilité, la solidarité et j'apprécie aussi le sens de la discipline, de la cohésion et même de la discrétion. Mais ce n'est pas parce que les armées sont disciplinées et discrètes que nous ne devons pas prendre en compte un certain nombre de situations.

C'est pourquoi je ne tolère pas les facilités qui ont été prises avec l'armée et notamment les errements qui ont conduit à des défaillances graves dans le paiement des soldes. Je suis reconnaissant au ministre de la défense d'avoir, dès qu'il a découvert cette situation, mis en place des procédures exceptionnelles, pour trouver des solutions, pour apporter dans des délais très courts les soutiens qui étaient attendus, pour réparer les retards. Mais maintenant que le plus essentiel est fait, que le gros a été rattrapé, je demande qu'il y ait une évaluation précise de ce qui s'est produit dans ce que l'on appelle le système Louvois - je ne sais pas comment nous avons inventé ce nom, sauf si c'était «Louvois» comme «louvoyer», parce qu'en l'occurrence beaucoup de temps a été perdu - pour qu'on comprenne ce qui s'est produit car le risque est que cela se généralise au personnel civil. Une nouvelle fois ce sont les personnels militaires qui en ont fait les frais. Mais il n'est pas possible de répéter ce type d'errements.

J'ai aussi conscience que les armées ont connu plusieurs réformes et qu'il leur a été beaucoup demandé. Je veux ici vous en remercier : vous avez su simultanément affronter un rythme de restructurations élevé et un grand nombre de missions, toujours plus exigeantes. J'entends les messages de vos chefs d'état-major qui sont dans leur rôle d'être les porte-parole de ce que vous pouvez éprouver. Je connais les tensions qui peuvent résulter de certaines situations ; il y a des aspirations mais il y a aussi des inquiétudes. J'entends les unes et les autres et les ministres ici présents sauront les traduire dans les meilleurs délais avec les contraintes que chacun connait.

Mais aujourd'hui - et j'en termine - c'est la gratitude de la Nation à ses armées que je voulais ici à Orléans exprimer. Merci donc pour votre engagement. Merci pour votre passion. Merci pour votre enthousiasme, votre courage et - pour tout dire - votre patriotisme. Merci de donner l'exemple, merci d'illustrer le beau mot de servir : servir, servir son pays, ses idées, ses valeurs ; servir une cause qui dépasse chacune et chacun d'entre nous.

C'est dans cet esprit de service que je vous adresse, au nom de la Nation toute entière, mes voeux de réussite et de bonheur pour l'année 2013.

Vive la RĂ©publique et vive la France !./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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8. Voeux au corps diplomatique du prĂ©sident de la RĂ©publique, M. François Hollande, (Paris, 11/01/2013)

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Je veux d'abord saluer les propos du nonce, leur caractère élevé, et également la confiance que la fin du monde n'est pas pour aujourd'hui - ce qui venant de vous nous rassure - mais aussi les défis qui nous attendent. Je veux, à mon tour, vous demander d'adresser au pape Benoît XVI mes voeux les plus respectueux pour l'année qui s'ouvre.

Mesdames, Messieurs, je vous demande aussi, comme ambassadeurs ou représentants des Nations dont vous avez la charge de transmettre mes souhaits de paix et de prospérité aux pays que vous représentez.

En ce début d'année 2013, chacun connait l'état du monde et vous l'avez décrit.

Notre planète connait une crise, une crise longue, dure, éprouvante, qui n'épargne aucun continent même si cette crise prend des formes différentes. Elle est à la fois financière, monétaire, écologique, économique et même parfois politique.

Cette situation exige de nous, lucidité, volonté et solidarité. Tous les gouvernants sont confrontés aux mêmes questions : quel monde préparons-nous pour les générations futures? Quelle place pour les Nations dans ce monde multipolaire ? Comment bâtir de la stabilité, de la sécurité, de la démocratie et du progrès ?

La France n'est pas n'importe quelle Nation du monde. Elle a, non pas par orgueil ou par ambition, un message à porter. Elle continuera de le faire durant l'année 2013. Je veux ici vous livrer les grandes orientations de l'action diplomatique de la France pour cette année :

1 - D'abord, j'entends poursuivre la consolidation de l'Europe.

Ce qui a été accompli en 2012 est considérable. Rappelons-nous où nous étions il y a quelques mois. C'était l'existence même de la zone euro qui faisait débat et certains s'interrogeaient - y compris dans vos chancelleries et sur l'ensemble des continents - sur la pérennité même de la zone euro. Des décisions courageuses ont été prises - et notamment au Conseil européen du mois de juin 2012 - des mécanismes ont été introduits, mis en oeuvre par les gouvernements, la Banque centrale européenne a elle-même défini ses modalités d'intervention, la Grèce, que l'on disait à l'écart presque de la zone euro, a été enfin préservée, sauvegardée et donc maintenue dans la zone euro. Certes, les peuples souffrent des politiques qui sont conduites et souvent elles sont marquées au sceau de l'austérité mais la confiance est revenue, la stabilité et l'intégrité de la zone euro sont aujourd'hui assurées. Dites-le partout ! Parce qu'il ne doit pas y avoir le moindre doute, la moindre hésitation. Tout a été fait, et tout sera fait pour que la zone euro reste une zone de stabilité, de cohérence et d'unité.

Mais si nous sommes - et je le redis encore devant vous - sortis de la crise de la zone euro, l'Europe n'est pas sortie de la crise. Elle se vérifie chaque jour avec les taux de chômage ; la faible croissance - c'est le cas de la France - voire même la récession - c'est le cas de beaucoup de nos pays voisins.

Alors notre devoir, c'est de faire en sorte que maintenant nous puissions coordonner les politiques économiques au sein de la zone euro, engager même des coopérations renforcées si c'est nécessaire - nous l'avons démontré avec la taxe sur les transactions financières -, et soutenir la croissance.

L'Europe est un projet pour tous. Mais, je vous dis ma conviction là encore, nous devons avancer avec une dynamique plus forte, avec des pays qui le voudront, qui décideront en commun de porter des projets et de les réaliser ensemble.

La France, donc, jouera à la fois son rôle d'initiative pour cette Europe de demain et en même temps, sa mission de trait d'union entre l'Europe du Nord et l'Europe du Sud, l'Europe de l'Ouest et l'Europe de l'Est, parce que la France parle à tous les pays européens.

Nous avons une relation exceptionnelle avec l'Allemagne, elle est essentielle. Sans la solidité, la sincérité de cette relation, les avancées de ces derniers mois n'auraient pas été possibles. Je me rendrai, avec le Premier ministre et un grand nombre d'autres membres du gouvernement, à Berlin pour célébrer le cinquantième anniversaire du Traité de l'Élysée. Notre amitié, au regard de l'Histoire, est unique. Nous prendrons donc des initiatives à la hauteur de ce que nous avons été capables de faire ces cinquante dernières années et j'ai voulu que ce soit autour de la jeunesse de nos deux pays que nous puissions relancer notre amitié à l'occasion de cette célébration.

Mais nous avons aussi, France et Allemagne, un devoir qui est de donner du sens à la construction européenne. Nous devons le faire avec esprit de responsabilité et en même temps esprit de rassemblement.

La relation franco-allemande n'est pas exclusive même si, je l'ai dit, elle est exceptionnelle. L'Europe est une Union, qui pour avancer doit associer chacun de ses membres et respecter les institutions communautaires. Je me rendrai en février au Parlement européen, à Strasbourg – qui, je le rappelle, est le siège du Parlement européen, parce que certains parfois oublient de lire les traités - et je présenterai les propositions européennes de la France.

Avec trois priorités :

La première, la plus urgente, la croissance, toujours la croissance.

La présidence irlandaise en a fait ce semestre son objectif et la France lui apportera tout son concours. Nous aurons d'abord à déployer les 120 milliards d'euros du pacte que nous avons défini en juin dernier. Nous prendrons des initiatives pour une véritable politique industrielle de l'Europe, parce que nous en avons besoin, parce que l'Europe ne peut pas être simplement un marché, parce que l'Europe doit avoir une volonté notamment en matière énergétique. Nous devons, faire en sorte que nous puissions développer des instruments nouveaux de croissance. Et pourquoi pas d'ailleurs, ne pas affecter les ressources que nous tirons de la taxe sur les transactions financières à des projets de grande infrastructure.

La seconde priorité de la France pour l'Europe pour cette année 2013, c'est d'adopter un cadre financier européen pour 2014-2020. C'est un débat difficile, il y a des intérêts contradictoires, les uns veulent dépenser moins, d'autres avoir des chèques tout en ayant les mêmes retours de l'Union européenne par rapport à leur propre contribution. L'équation n'est pas facile à résoudre. Mais nous devons avoir là encore les idées claires. Le budget doit être maîtrisé compte tenu des contraintes que nous connaissons, mais suffisamment ambitieux pour soutenir la recherche, l'innovation, le développement des infrastructures, et financer nos politiques - les politiques de cohésion, mais aussi la Politique agricole commune. Parfois j'ai quelques scrupules à le faire parce que cela peut paraitre comme une tradition française mais la Politique agricole commune c'est aussi un élément de croissance, qui vise à développer une industrie agroalimentaire et fait la fierté de l'Europe. Nous avons aussi le devoir de nourrir la planète. Voilà ce que nous ferons pour que le budget européen soit établi sur de bonnes bases.

Et il y a la dernière priorité qui est l'union bancaire. C'est-à-dire, la mise en oeuvre d'ici 2014 de ce qu'on a appelé la supervision des banques et une forme de régulation qui doit intervenir, voire même de résolution des crises quand elles surviennent. C'est la réforme la plus importante depuis l'introduction de la monnaie unique. Elle assurera à l'Europe la sécurité financière dont elle a besoin, le financement de l'économie réelle et également la protection des épargnants. La France, d'ailleurs, a pris les devants puisque le Parlement débattra prochainement d'une loi bancaire qui s'inspire des principes que l'Europe veut introduire dans les prochains mois.

Sur d'autres points, la France fera également des propositions. J'ai évoqué l'Europe de l'énergie, mais aussi l'Europe des universités et des chercheurs, l'Europe de la culture, du numérique, avec cette idée que la culture n'est pas un bien comme les autres et que nous devons défendre - non pas pour la France, non pas simplement pour l'Europe mais pour une vision du monde - ce que j'appelle l'exception culturelle.

Telle est l'orientation que la France donnera à sa politique européenne.

2 - Mais la France a des responsabilités aussi à l'échelle du monde. Elle est membre du Conseil de sécurité. Elle porte des valeurs et des principes et donc nous agirons pour la paix et pour la sécurité.

D'abord, nous faciliterons autant qu'il sera possible, sous la conduite du ministre des Affaires étrangères qui a déjà beaucoup fait, la transition politique en Syrie pour faire cesser une guerre qui a hélas fait plus de 60.000 victimes, avec un déchainement depuis ces dernières semaines. La France a été la première à reconnaître la coalition nationale comme seule autorité légitime représentant aujourd'hui le peuple syrien. Cette coalition se structure, se renforce chaque jour et je salue d'ailleurs la présence parmi nous, de son ambassadeur. La France agira dans toutes les enceintes internationales pour soutenir cette coalition, et sur le terrain lui apporter tout l'appui nécessaire, à condition toujours que le terrorisme ne puisse pas trouver sa place et soit écarté de tout processus. La chute du régime est inéluctable. Nous avons à préparer l'après-Assad avec aussi l'exigence de n'ignorer aucune des communautés qui fondent l'unité du peuple syrien. Je pense notamment aux Chrétiens et aux Alaouites.

Mais le second sujet de préoccupation et donc d'action pour la France - au-delà de l'exigence nécessaire - c'est le Sahel. La situation au nord-Mali est déjà une source de grand souci. Pas simplement pour les Maliens, pas simplement pour les Africains de l'Ouest, mais pour l'Europe et pour la communauté internationale. Parce que s'est structuré là, un groupe terroriste, mais également se sont organisés avec tous les trafics des extrémistes prêts à déstabiliser l'ensemble de la région. Ces groupes font preuve d'une brutalité - nous en avons hélas chaque semaine des illustrations - et d'une agressivité qui nous menacent, à tel point que la communauté internationale s'en est saisie à travers des résolutions du Conseil de sécurité. Les terroristes se sont regroupés ces derniers jours sur la ligne qui sépare - artificiellement - le Nord et le Sud du Mali. Ils ont même avancé et cherchent à porter un coup fatal à l'existence même du Mali. La France - comme ses partenaires africains et l'ensemble de la communauté internationale - ne pourra pas l'accepter et je le dis ici avec la solennité nécessaire. Nous sommes face à une agression caractérisée. J'ai donc décidé que la France répondra - aux côtés de nos partenaires africains - à la demande des autorités maliennes. Elle le fera strictement dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et elle sera prête à arrêter l'offensive des terroristes si elle devait se poursuivre, car c'est une exigence de solidarité et de responsabilité. La France sera donc au rendez-vous des résolutions du conseil de sécurité et de la demande des autorités maliennes.

Dans d'autres régions du monde nous aurons aussi à faire la preuve que la France peut être utile.

Nous ne ménagerons aucun effort dans la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens. La France a voté la résolution de l'Assemblée générale de l'ONU accueillant la Palestine aux Nations-Unies avec le statut d'État non-membre observateur, mais - chacun le sait ici - il n'y aura de paix durable que s'il y a un accord juste et négocié entre les Israéliens et les Palestiniens eux-mêmes. Rien ne doit être fait pour rendre inaccessible cet objectif et notamment la poursuite de la colonisation.

Au Moyen-Orient - comme d'ailleurs dans le monde entier - l'une des plus grandes menaces est la prolifération nucléaire. Là encore soyons clairs : l'Iran a parfaitement le droit de se doter de capacités nucléaires civiles et nous ne l'avons jamais contesté. Mais il serait inacceptable qu'il vienne à détenir l'arme nucléaire et donc je l'appelle, une nouvelle fois en ce début d'année, à se conformer à toutes les obligations internationales : du Traité de non-prolifération comme des résolutions du conseil de sécurité, comme de l'agence. Il en va de même pour les dirigeants nord-coréens qui devront appliquer strictement les obligations internationales. Parce que la prolifération nucléaire est une menace pour l'ensemble du monde.

Le monde affronte aussi d'autres périls - je les connais - et certains sont encore plus sournois : je pense au trafic de drogue qui prend une dimension, une forme, une géographie de plus en plus inquiétante. Là encore, la France sera à l'initiative. Elle présentera à ses partenaires dans le courant de l'année 2013 des propositions pour un plan international de lutte contre la drogue qui doit concerner à la fois les pays producteurs, les pays consommateurs et les pays de transit.

3 - La France a également le devoir de permettre à notre monde de rester viable, c'est-à-dire d'avoir un développement qui puisse être compatible avec l'évolution de l'espèce humaine. C'est à dire que nous sommes en face - et nous devons regarder les choses telles qu'elles sont - d'un changement climatique. Il y a cette perspective d'éviter que la température de la planète ne s'élève de plus de deux degrés d'ici la fin du siècle et chacun sait aujourd'hui - et s'il ne le sait pas nous devons le rappeler - que l'hypothèse la plus optimiste est quatre degrés de réchauffement d'ici la fin du siècle si rien est enrayé, avec toutes les conséquences que cela peut produire. Je ne me réjouis donc pas de l'inertie, de l'immobilisme, du fait qu'aucun accord global susceptible de limiter cette progression n'ait été trouvé. La France y est résolue et c'est pourquoi nous avons annoncé notre candidature pour accueillir en 2015 la conférence-cadre des Nations unies sur le changement climatique. Nous avons besoin véritablement d'un sursaut, pour faciliter cette prise de conscience, pour mobiliser tous nos partenaires, j'ai nommé Nicolas Hulot - personnalité respectée en France et dans le monde - envoyé spécial pour la préservation de la planète.

Nous aurons aussi à évoquer la biodiversité qui s'effondre à un rythme jamais vu depuis les dernières grandes extinctions : les océans se sont acidifiés et appauvris et l'urbanisation progresse de manière non contrôlée en détruisant sans cesse des terres cultivables. Nous avons déjà consommé les deux tiers des ressources naturelles non-renouvelables et leur usage croît plus vite que l'augmentation de la population. Chacun peut comprendre ce qui nous attend. Voilà un sujet sur lequel je souhaite que nous puissions avancer en 2013 et je rappelle que la France est favorable - elle le dit à chaque fois qu'elle s'adresse au monde - à une agence des Nations unies pour l'environnement qui serait située en Afrique et qui pourrait donner de la cohérence aux centaines d'accords distincts parfois mal appliqués, pour permettre une véritable politique et une gouvernance de l'environnement.

4 - Le dernier message que je voulais vous adresser, c'est qu'il n'y aura pas de paix durable, pas de stabilité, pas de sécurité s'il n'y pas de développement économique et social harmonieux.

Nous devons agir sur deux fronts.

D'abord la lutte contre la pauvreté : dans ce but un effort tout particulier doit être réservé à ce que j'appelle les financements innovants. La taxe sur les transactions financières ou sur les billets d'avions qu'avait engagée le président Chirac, car les aides budgétaires qui sont aujourd'hui prévues dans les pays les plus riches de la planète ne permettront pas d'atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés. L'Europe a pris des initiatives et je m'en félicite. Je souhaite donc que les pays qui ont souscrit à la taxe sur les transactions financières puissent dégager une part de cette taxe pour affecter les ressources à la lutte contre les fléaux sanitaires - je pense au sida - mais aussi au développement. Puisque je parle du développement, la France va réunir des assises du développement. Une large concertation mobilisera de très nombreux acteurs en France mais aussi à l'étranger, pour aboutir en mars prochain à une feuille de route qui donnera les orientations de la politique française en matière de développement et qui l'inscrira dans la loi.

Le second front que nous devons ouvrir - que dis-je, que nous devons poursuivre ! - concerne l'emploi. L'organisation internationale de travail estime que la crise a produit dans le monde plus de 20 millions de chômeurs : les excès de la finance que nous avons dénoncés n'ont pas été encore véritablement maîtrisés. Il y a encore des zones grises non-régulées, des transactions financières non-maîtrisées, des comportements inadmissibles, et donc nous devons agir pour cette régulation financière et nous devons être plus audacieux. J'ai fait la proposition avec la présidente du Brésil Dilma Rousseff que, dans toutes les grandes décisions économiques prises au niveau international, l'impact sur l'emploi soit systématiquement mesuré et pris en compte et que les questions financières continuent d'être à l'ordre du jour des organisations internationales, notamment le G20. Le G20 qui, pour la première fois, réunira à la fois les ministres de l'économie et les ministres du travail afin de donner autant qu'il sera possible une dimension sociale à la mondialisation. Je souhaite également que l'organisation internationale du travail soit renforcée.

Sur la question des échanges : la France souhaite un monde ouvert et se bat contre le retour du protectionnisme. Mais en même temps, nous devons avoir des règles en matière de commerce international ; il ne peut y avoir d'un côté des pays ouverts et de l'autre des pays qui - disons - sont plus frileux. Nous prenons en compte les niveaux de développement ; il y a des situations particulières et nous les comprenons. Nous aurons donc cette discussion sur la réciprocité dans les échanges commerciaux : nous l'aurons au G8 qui se tiendra au Royaume-Uni et ce principe de réciprocité devra s'appliquer dans toutes les négociations en cours, y compris si nous devons la lancer sur l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et les États-Unis. De même, je suis favorable à ce qu'il y ait des investissements qui puissent être multipliés : nous avons besoin d'investissements étrangers en France comme nous portons une logique d'investissements français à l'étranger et le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, a mis en place une diplomatie économique qui justement fait que nous voulons tous les courants d'échanges, de capitaux dès lors que cela peut être utile aux pays qui investissent ou aux pays qui reçoivent ces courants d'investissements. Mais, je souhaite que ces investissements - facilités, encouragés - puissent se faire dans le respect des normes sociales et environnementales.

Je me rendrai cette année dans plusieurs pays d'Asie pour développer notre dialogue sur la coordination des politiques économiques menées dans les grandes régions du monde. Je dirai notre confiance par rapport à ce qu'est cette économie asiatique avec des taux de croissance très impressionnants, mais je dirai aussi que nous devons rééquilibrer nos échanges et que nous ferons tout pour que notre balance commerciale puisse avec ces grands pays retrouver un niveau raisonnable. À nous de faire l'effort de compétitivité et aux pays qui veulent l'apport de la technologie française, et je les comprends, de faire en sorte que nous puissions avoir un accord qui soit utile pour tous. Il y a aussi la question des monnaies, nous ne pouvons pas dans un monde ouvert avoir des distorsions monétaires qui ne reflètent pas l'état réel des économies. Je sais qu'il y a des efforts d'un certain nombre de grands pays pour ajuster le niveau de la parité, c'est essentiel. La France a toujours milité pour une réforme du système monétaire international, elle continuera de le faire, non pas pour capter quelque avantage que ce soit, mais pour que ce soit, un facteur de stabilité.

J'ai proposé qu'au-delà du G 20, il puisse y avoir une instance qui puisse, justement permettre de discuter de tous ces grands sujets avec une représentation de l'ensemble du monde. Il existe un Conseil de sécurité, beaucoup souhaitent sa réforme, beaucoup de pays sont candidats pour y accéder, mais pourquoi ne pas imaginer un Conseil de sécurité économique et social aussi pour réguler l'économie mondiale. Je mets cette idée une nouvelle fois en débat devant la communauté internationale.

Voilà, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, ce que je souhaitais en ce début d'année vous dire de la position de la France.

La France, elle a aussi une culture et une langue, et elle les met en partage. La Francophonie, et je salue ici, son secrétaire général, n'est pas une cause française, c'est une cause internationale parce que c'est le pluralisme des langues qui fait la richesse de notre monde. Chaque fois que nous voyons le français se parler, s'exprimer, s'écrire et parfois admirablement par des auteurs qui ne sont pas français mais qui contribuent à la culture du monde, nous sommes fiers, non pas pour nous-mêmes, mais pour la diversité, l'exception culturelle. La France est une puissance active, engagée, qui a cette ambition d'être utile au monde qui l'entoure. C'est une ambition qui n'est pas nouvelle, qui vient de notre histoire, qui fait que nous portons des valeurs, des principes qui ne sont pas ceux que nous avons inventé pour nous-mêmes mais ceux que nous donnons en partage à l'ensemble du monde ; la démocratie, les droits de l'Homme, une conception équilibrée, la volonté d'éviter toute hégémonie ou toute puissance et le souci qu'il y ait à chaque fois le recours aux organisations internationales pour permettre la paix et la sécurité.

Mesdames et Messieurs, au cours de l'année 2013 la France portera des ambitions : une Europe plus solide et plus forte, des organisations internationales plus efficaces, plus respectées, des initiatives de paix plus audacieuses, une prise de conscience environnementale davantage traduite dans les actes.

C'est dans cet esprit et avec cette espérance que j'adresse aux peuples que vous représentez ici les voeux les plus chaleureux de la France.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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9. Inde - CommuniquĂ© de la prĂ©sidence de la RĂ©publique (Paris, 11/01/2013)

Le président de la République a reçu le 11 janvier le ministre des affaires extérieures indien, M. Salman Khurshid. Cet entretien s'inscrivait dans le cadre de la préparation de la visite que le président de la République effectuera prochainement en Inde.

Ils ont passé en revue les enjeux de la relation bilatérale entre la France et l'Inde et évoqué les principales questions régionales. Ils sont convenus de renforcer notre concertation politique sur les crises, notamment celles à l'ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations unies.

Le président de la République s'est félicité de la grande confiance et de l'amitié qui lient nos deux pays. Il a affirmé son attachement au partenariat stratégique entre la France et l'Inde dans les domaines de l'énergie, de la défense, de l'espace, et de la sécurité. Il a exprimé sa volonté de le renforcer à l'occasion de son déplacement et de développer les échanges économiques, scientifiques, culturels et humains entre la France et l'Inde./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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10. Menace terroriste - Entretien du ministre de l'intĂ©rieur, M. Manuel Valls, avec le quotidien «Aujourd'hui en France» (Paris, 14/01/2013)

Q - En quoi consiste précisément le passage en «Vigipirate rouge renforcé» ?

R - Le plan Vigipirate est un dispositif que nous adaptons en permanence selon les situations et les évolutions de la menace. Depuis les attentats de Londres en 2005, il est maintenu au niveau rouge, très élevé. Sur une période aussi longue, l'attention peut s'émousser. Nous avons donc décidé d'accroître la vigilance dans les lieux publics et les réseaux de transport en renforçant les patrouilles Vigipirate. Nous allons accentuer les contrôles autour et à l'entrée des bâtiments accueillant du public, augmenter les fouilles des bagages et le contrôle des passagers dans les aéroports. Les lieux de culte et certaines représentations diplomatiques seront davantage protégés.

Q - En première ligne dans ce conflit, la France prend-elle le risque de devenir l'ennemi n°1. Craignez-vous des représailles et y a-t-il des menaces précises ?

R - Ce n'est pas en cédant aux terroristes que l'on diminue la menace qui, je le rappelle, n'est pas nouvelle. Comme d'autre pays, la France est régulièrement ciblée par les groupes qui se réclament du jihadisme global. Elle a, l'an dernier, connu les actes terroristes de Mohamed Merah et une cellule pouvant à tout moment passer à l'acte a été démantelée à Cannes, Strasbourg et Torcy. Des menaces explicites de groupes sahéliens ont été publiées ces derniers mois. La situation au Mali peut inciter des individus ou groupes à commettre des attentats, aussi bien en France qu'à l'étranger.

Q - Plusieurs jeunes Français ont été arrêtés ces derniers mois dans le Sahel ou en cherchant à rejoindre cette zone. Y a-t-il des filières organisées pour acheminer ces combattants ?

R - Pour se rendre sur zone, il faut souvent des contacts préalables et un minimum de logistique. Internet facilite grandement cela. Les services de renseignements démantèlent régulièrement des filières d'acheminement, fonctionnant souvent avec des moyens réduits et donc discrets. Et la loi antiterroriste adoptée au Parlement en décembre permet dorénavant une répression plus efficace contre des Français ou résidents opérant intégralement à l'étranger.

Q - La communauté malienne ou d'origine malienne est très importante en France. Est-ce une donnée à prendre en compte en termes de sécurité intérieure ?

R - Les Maliens de France, que je connais bien en tant qu'ancien maire d'Évry, soutiennent les décisions prises par les autorités maliennes et l'appui militaire fourni par la France dans le cadre de la résolution de l'ONU. Ils sont inquiets pour leurs proches mais sont convaincus qu'il faut restaurer l'intégrité et la stabilité du Mali, et en finir avec la violence fanatique des jihadistes./.

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11. Somalie - CommuniquĂ© du ministère de la dĂ©fense (Paris, 12/01/2013)

Dans la nuit du 11 au 12 janvier 2013, la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) a mené une opération de vive force visant à libérer Denis Allex, militaire retenu en otage en Somalie depuis le 14 juillet 2009.

Denis Allex avait été enlevé à Mogadiscio alors qu'il effectuait une mission officielle d'assistance auprès du gouvernement fédéral de transition (GFT).

Face à l'intransigeance des terroristes, qui ont refusé pendant trois ans et demi toute négociation, et qui retenaient Denis Allex dans des conditions inhumaines, une opération a été planifiée et mise en oeuvre.

Le commando de la DGSE a fait face d'emblée à une forte résistance. Au cours de l'assaut, des combats violents ont eu lieu. Denis Allex a été abattu par ses geôliers, et en tentant de libérer leur camarade, deux soldats ont perdu la vie.

Par ailleurs, 17 terroristes ont été tués au cours des combats.

Les familles des victimes ont été informées. Le ministre de la défense leur adresse ses plus sincères condoléances et s'associe à leur douleur.

Il apporte son total soutien aux personnels de la DGSE dont il salue le courage et le remarquable travail./.

(Source : site Internet du ministère de la défense)

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12. Point de presse du porte-parole du ministère des affaires Ă©trangères - RĂ©publique centrafricaine/Signature d'un accord de paix et de cessez-le-feu Ă  Libreville - Syrie/CPI- Somalie/Signature d'une convention avec l'OIM - Arabie saoudite/ExĂ©cution de Eid al-Dhafiri - Somalie/Situation de Denis Allex - Mexique/Situation de Florence Cassez - Processus de paix au Proche-Orient - Assassinat de trois femmes kurdes Ă  Paris (Paris, 14/01/2013)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - RĂ©publique centrafricaine - Signature d'un accord de paix et de cessez-le-feu Ă  Libreville

La France salue l'issue favorable des négociations de Libreville entre les parties centrafricaines, sous les auspices de la Communauté économique des États d'Afrique centrale. Les trois documents signés (cessez-le-feu, déclaration de principe, accord politique) constituent les premiers jalons d'un règlement de nature à stabiliser durablement la République centrafricaine.

La France salue la mobilisation déterminante de la Communauté économique des États d'Afrique centrale, ainsi que la contribution de l'Union africaine et des Nations unies. Cette action conjuguée a permis au dialogue de prévaloir. Elle a permis également de définir les conditions d'un cessez-le-feu et d'un règlement politique global associant la majorité présidentielle, l'opposition démocratique, les mouvements non combattants, la coalition Séléka et la société civile.

La France engage toutes les parties à mettre en oeuvre sans délai et de bonne foi les accords conclus, en particulier l'accord politique, sous le contrôle du comité de suivi chargé d'en suivre l'application. Elle est prête à y apporter son soutien, avec les partenaires internationaux attachés à la stabilité et au développement de ce pays

2 - Syrie - Cour pénale internationale

À l'initiative de la Suisse, une lettre a été adressée aujourd'hui au Conseil de sécurité des Nations unies afin de lui demander de déférer à la procureure de la Cour pénale internationale le dossier concernant la situation en Syrie.

Cette lettre, soutenue par la France dès l'origine, est aujourd'hui signée par 55 pays représentant toutes les régions du monde.

Elle constitue un nouveau signal de la volonté de la communauté internationale de lutter contre l'impunité des auteurs des crimes commis en Syrie.

C'est aussi un appel aux pays membres du Conseil de sécurité à s'engager en ce sens, alors que les exactions commises, en particulier par le régime de Bachar Al-Assad, atteignent une ampleur et une gravité sans précédent.

La commission d'enquête a réuni suffisamment d'éléments de fait montrant que des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité ont pu être commis en Syrie. La France réaffirme son attachement indéfectible au rôle de la Cour pénale internationale et souhaite qu'elle puisse être saisie du dossier syrien afin que justice soit faite.

3 - Somalie - Signature d'une convention avec l'Organisation internationale des migrations

La France a signé, le 9 janvier dernier, une convention avec l'Organisation internationale des migrations pour la mise en oeuvre d'un projet destiné à soutenir les populations vulnérables et les déplacés internes dans les provinces somaliennes de Gedo et Bas-Djouba, ainsi qu'à Mogadiscio.

Ce projet, doté d'un financement d'un million d'euros du ministère français des affaires étrangères, sera mis en oeuvre conjointement par l'Organisation internationale des migrations, le gouvernement fédéral somalien ainsi que les autorités et communautés locales.

Il manifeste la détermination de la France à oeuvrer en faveur de la reconstruction d'une Somalie unie.

4 - Arabie saoudite - Exécution de Eid al-Dhafiri (13 janvier 2013)

La France condamne la décapitation le 13 janvier en Arabie saoudite de Eid al-Dhafiri et s'inquiète du nombre toujours croissant d'exécutions dans ce pays. Alors qu'en 2012 76 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite, il s'agit de la troisième exécution depuis le début de l'année 2013.

La France est engagée dans une campagne en faveur de l'abolition universelle de la peine de mort et entend être à la pointe de ce combat. Comme l'a rappelé le ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, la France exprime son opposition déterminée et constante à la peine de mort en tous lieux et en toutes circonstances. Elle exhorte l'Arabie saoudite à mettre un terme aux exécutions et à instaurer un moratoire.

5 - Somalie - Situation de Denis Allex

Q - Le groupe al Shabaab de Somalie a dit ce matin que l'otage français, Denis Allex, est toujours vivant. Le président de la République a dit dans son discours samedi soir que l'otage a été «sans doute» tué par les rebelles. Quelles sont vos informations maintenant sur l'otage Allex ?

R - Le président de la République et le ministre de la défense se sont exprimés sur cette question. Je vous renvoie à leurs déclarations.

6 - Mexique - Situation de Florence Cassez

Q - Que pensez-vous de la décision de la Cour suprême du Mexique concernant le recours de Florence Cassez ?

R - Nous avons pris note de l'inscription du dossier de Mme Florence Cassez à l'ordre du jour de la séance du 23 janvier de la première chambre de la Cour suprême du Mexique.

Nous suivons avec la plus grande attention cette affaire, dans le respect de l'indépendance de la justice mexicaine, et restons pleinement engagés aux côtés de Mme Florence Cassez.

Il s'agit d'une affaire judiciaire toujours en cours et sur laquelle nous n'avons donc pas de commentaire complémentaire à formuler.

7 - Processus de paix au Proche-Orient

Q - Le quotidien Yediot Aharonot a évoqué ce week-end un plan européen pour relancer le processus de paix israélo-palestinien après les élections israéliennes. Paris et Londres parrainent l'initiative, pouvez vous nous en dire plus ?

R - La France considère qu'il est crucial d'avancer vers la paix entre Israéliens et Palestiniens en 2013.

Comme l'a dit le président de la République lors de ses voeux au corps diplomatique le 11 janvier, la France ne ménagera aucun effort dans la reprise des négociations pour aboutir à une paix juste et durable fondée sur la solution des deux États.

8 - Assassinat de trois femmes kurdes Ă  Paris

Q - Pourquoi la France a-t-elle eu un contact avec cette militante du PKK assassinée la semaine dernière, alors que son mouvement est enregistré comme terroriste par l'Union européenne ? Que pensez-vous des réactions d'Ankara ?

R - Je vous renvoie vers le service de presse de la présidence de la République./.

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