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Bulletin d'actualités du 24 décembre 2012


Sommaire



1. Algérie - Conférence de presse conjointe du président de la République, M. François Hollande, et du président de la République algérienne démocratique et populaire, M. Abdelaziz Bouteflika - Propos de M. Hollande (Tlemcen, 20/12/2012)

 Mesdames, Messieurs,

Nous arrivons au terme de cette visite, exceptionnelle à bien des égards. Je veux remercier le président Bouteflika, son gouvernement, pour l'accueil et pour la construction d'une relation politique de haut niveau, ce partenariat d'égal à égal que j'avais appelé de mes voeux.

Je veux également saluer le peuple algérien pour l'accueil qui m'a été réservé, non pas à titre personnel, mais qui a été réservé à la France dans son ensemble. Ses messages, ses encouragements, ses mots d'amitiés n'étaient pas dirigés vers ma personne, mais étaient autant de messages de confiance à l'égard de la relation que nous pouvons nouer avec le peuple algérien.

La France a été bien accueillie ici, et il est attendu beaucoup de nous, non pas de revenir sur le passé, j'ai dit ce qui était la vérité, mais pour bâtir l'avenir, construire des projets, aussi bien dans le domaine économique, et il y a eu des accords très importants qui ont été signés, dans le domaine culturel où les Algériens prennent conscience aussi de ce que peut être la langue française comme lien, mais aussi avec les échanges universitaires, et à cet égard, la réception qui a été faite à l'université de Tlemcen pour le président que je suis, mais pour la France, était autant d'appels pour des coopérations de haut-niveau.

Je ne vais pas être plus long parce que j'avais dit que je jugerais la réussite de cette visite à l'aune de ce que nous étions capables de dire sur le passé, et de faire pour l'avenir. Et j'avais placé mon rendez-vous avec l'Algérie autour de deux mots essentiels : la vérité pour évoquer l'histoire, et la volonté pour bâtir l'avenir, et c'est autour de ces deux mots que nous avons je le crois réussi cette visite.

Q - Peut-on connaître les raisons qui ont motivées votre acquiescement au choix de Tlemcen, comme seconde et ultime étape de votre voyage en Algérie et si Tlemcen n'avait pas été choisie, qu'elle aurait été la ville que vous auriez choisie et qu'elles en seraient les raisons et également pouvez-vous nous dire quelque chose, quelques petits détails sur le livre que vous avez offert au président, hier à Alger ?

R - Oui, je voulais aller à Alger parce que c'est la capitale, parce que c'est là que sont situées les institutions algériennes, parce que c'est là que nous avons signé des accords et porté un partenariat. Mais j'avais souhaité, les autorités algériennes également, que nous puissions aussi nous rendre dans une ville, que je n'ose pas dire de province, ce terme n'existe pas ici en Algérie, c'est une conception française la province. Une autre grande ville d'Algérie pouvait se présenter à nous, la ville d'Oran parce que nous allons avoir l'installation de l'usine Renault. Il pouvait y avoir également Constantine, mais il y avait déjà eu un déplacement qui avait été fait à Constantine. Il faut changer. Je pouvais aller à Sétif, cela eut été sûrement un message en tant que tel, c'est la raison pour laquelle j'ai parlé de Sétif, ce matin. Pourquoi j'ai choisi Tlemcen ? Parce que je savais que c'était une ville chère au coeur du président Bouteflika, mais aussi parce que c'est une ville de rayonnement, de culture, d'unité et de rassemblement dans la diversité des religions.

J'ai parlé ici à Tlemcen, de l'Islam culturel, mais j'ai parlé aussi de la religion chrétienne, des Juifs, parce qu'ici à Tlemcen, il y a eu ce brassage qui fait que cette ville est exceptionnelle. Et puis enfin, j'aurais eu tort de ne pas choisir Tlemcen au regard de l'accueil qui m'a été réservé ainsi qu'au président Bouteflika. Donc, je remercie tous ceux qui ont permis ce déplacement.

Ensuite le livre, c'est un livre très ancien, qui justement évoque la chrétienté, toujours dans cette ouverture aux autres, ce souci du respect de toutes les religions. En France, nous appelons cela la laïcité qui nous permet de vivre ensemble et je suis aussi conscient de ce qu'est l'Islam de France, et de ce qu'il doit avoir comme respect. Avec le gouvernement, le ministre de l'Intérieur, nous veillons à ce qu'il n'y ait aucune confusion, aucun amalgame par rapport au fondamentalisme ou à l'intolérance et nous luttons contre toutes les discriminations.

Et je sais qu'en Algérie, ce sujet-là est sensible, parce que chaque fois qu'il y a une atteinte aux droits, une menace par rapport à l'égalité, les Algériens se sentent concernés, mais nous aussi nous sommes concernés. Nous voulons qu'en Algérie il y ait le respect de toutes les situations et j'ai été très heureux, je peux vous le dire d'être accueilli au cimetière d'Alger. Avec l'entretien qui est fait des sépultures, des tombes par l'État algérien, cela me permet de dire aux familles de Français nés en Algérie dont les parents sont morts en Algérie et qui ne savent pas toujours comment revenir pour honorer leurs morts de le faire, de le faire parce qu'ils y seront bien accueillis, parce que nous ferons tout pour qu'il en soit ainsi et les autorités algériennes également.

Q - Monsieur le Président, un mot sur ce Français enlevé au Nigeria, de quelles informations disposez-vous, la France que compte-t-elle ou peut-elle faire ?

R - Je confirme d'abord que l'un de nos compatriotes a été enlevé dans le nord du Nigeria. Il y a eu deux morts nigérians, dans le cadre de cet assaut. Notre ressortissant a été emmené, nous cherchons tous les éléments qui nous permettent de le retrouver. Je suis en contact avec le gouvernement en France pour avoir toutes les informations. Ici, les ministres ont été tenus informés minute par minute, aussi bien le ministre des affaires étrangères que le ministre de la défense, et nous utiliserons tous les moyens pour retrouver notre ressortissant.

Q - Vous avez appelé à orienter le regard vers l'avenir. Il se trouve que la France continue d'aborder ces relations avec le continent africain sur la base de l'héritage colonial. Donc, ma question est de savoir, est-ce que réellement la page du passé colonial a des chances d'être tournée ?

Vous avez dit dans votre discours à l'université de Tlemcen, en parlant justement de la réconciliation en Algérie que se réunir et se rassembler ne suffisaient pas, je vous invite à être plus explicite ?

R - Je vais l'être puisque vous m'y invitez en toute liberté. J'ai fait un discours à Dakar, il y a plusieurs semaines sur ce que je voulais trouver comme relation avec l'Afrique, c'est-à-dire là encore tournée vers l'avenir. La volonté de ne pas entretenir les confusions. La France a une relation qui doit être fondée sur des principes avec l'Afrique et avec tout autre continent. Mais encore davantage avec des pays qui ont pu être dans ce qu'on appelait l'empire colonial et avec lesquels nous devions être à égalité et dans le respect. Mais il ne faut pas non plus entretenir le passé comme une forme de récrimination. Nous avons dit ce qu'il convenait de dire sur le système colonial, je l'ai également abordé ce matin. Donc, nous pouvons travailler ensemble sur cette base-là de vérité, de respect et d'engagement pour l'avenir.

Pour ce qui concerne la réconciliation, elle était nécessaire, indispensable et j'ai salué le mouvement qui avait été engagé en son temps par le président Bouteflika qui a mis dix ans avant d'aboutir à une situation où la sécurité est revenue, la compréhension. Mais en même temps, je sais que l'Algérie ne veut pas en rester là. Si elle s'est réunie, si elle s'est rassemblée, si elle a été capable, là encore d'exorciser les peurs et d'éradiquer les intolérances et les violences, elle veut, l'Algérie, s'engager pour l'avenir et donc, nous la France, nous devons être présents au rendez-vous, que l'Algérie d'ailleurs a lancé à l'ensemble du monde, pas simplement à la France. Je ne demande aucune exclusivité, je dis simplement qu'entre la France et l'Algérie, il y a de telles relations, de tels liens que nous pouvons faire bien plus qu'aujourd'hui et c'est ce que nous allons montrer par la déclaration d'amitié, par le document qui permet d'engager une coopération sur cinq ans. Donc maintenant, ce sont les actes qui doivent venir parce que les paroles ont été prononcées, à l'occasion de cette visite, des accords ont été signés, mais maintenant, nous devons les traduire.

Q - Pendant ces deux jours, il a été très peu question des problèmes internationaux. Je voudrais vous poser deux questions. La première porte sur la Syrie, vous avez dit que le devoir de la communauté internationale, si je ne trahis pas votre parole, c'est de hâter le régime du président Assad. Après Marrakech, que peut faire la communauté internationale et est-ce que vous considérez qu'il faut s'attendre à quelque chose d'utile, de positif des négociations qui ont lieu actuellement entre les Russes et les Américains, avec M. Brahimi ?

La deuxième question porte sur la colonisation israélienne dans l'État palestinien. Vous avez voté pour la reconnaissance de la Palestine en tant qu'État observateur, non-membre des Nations unies. Or, depuis plusieurs semaines, la colonisation s'accélère à un rythme infernal, bientôt, il n'y aura plus la possibilité d'avoir cet État que vous appelez de vos voeux avec la continuité territoriale. Est-ce qu'on peut continuer comme cela à ne rien faire vis-à-vis de ce gros problème ?

R - D'abord, nous avons beaucoup parlé avec le président Bouteflika, de la situation internationale. Vous savez sa sagesse, sa connaissance, son expérience, elles nous sont précieuses. Et donc, nous avons abordé trois grands sujets. Le premier, c'est le Sahel, le Mali et avec, je l'ai rappelé hier, la même conception. La discussion politique, la négociation, là encore pour une réconciliation, mais uniquement avec les groupes qui ont rompu tout lien avec le terrorisme et qui acceptent le principe de l'intégrité du Mali et en même temps continuer la pression internationale. Aujourd'hui même, la résolution que nous attendions a été adoptée par le Conseil de sécurité et rend désormais possible si les Africains mettent en oeuvre ses principes, une intervention dont la France ne sera pas partie prenante, mais que la France appuiera par des moyens de formation et de logistique. L'Algérie comprend cette position et elle sait pourquoi nous agissons, non pas pour nous-mêmes mais pour des principes. Non pas par nous-mêmes, puisque ce sont les Africains qui en décideront.

Deuxième sujet que nous avons abordé, la question israélo-palestinienne et je savais que le vote aux Nations unies n'allait pas provoquer immédiatement la consécration de l'État palestinien. Nous, nous avons mis notre acte en conformité avec notre parole, nous étions favorable à cette reconnaissance de la Palestine comme État non-membre observateur, mais nous savions bien que cela n'allait pas produire ce qui était peut-être espéré par certains. Il n'y a pas d'autre issue que la négociation et par rapport aux annonces de colonisation, nous avons condamné ces déclarations, nous savons qu'il y a des élections en Israël au mois de janvier et nous souhaitons qu'au lendemain de ces élections un processus de négociation puisse s'ouvrir enfin pour aboutir à la solution des deux États.

Le troisième sujet, c'est la Syrie, le groupe des amis de la Syrie s'est réuni à Marrakech et a continué à affirmer son soutien à une transition, c'est-à-dire au départ de Bachar Al-Assad.

Il y a eu aussi un travail avec la coalition nationale syrienne et pour répondre précisément à votre question, oui, nous soutenons tous les efforts de M. Brahimi, qui est l'envoyé des Nations unies pour, avec les Russes, avec les Américains aussi, mais surtout avec les Russes trouver une issue, puisque nous savons bien que le Conseil de Sécurité est bloqué compte tenu des positions de la Russie. Et, nous attendons que M. Brahimi contribue à la solution politique. Là encore, les deux démarches ne sont pas contradictoires, l'une d'appui à l'opposition syrienne la nôtre, à travers le Groupe des amis, l'autre, la recherche d'une solution politique à travers la démarche de l'envoyé spécial des Nations unies.

Q - Vous venez au début de votre conférence de presse de faire un premier bilan, si je peux l'appeler ainsi de votre visite que vous avez jugée très exceptionnelle. Je souhaiterais savoir quelle seront les résultats immédiats dans le cadre de cette refondation des relations, ou plutôt le recentrage de ces relations bilatérales, quelles seront les dividendes de cette visite dans l'immédiat ?

R - Les dividendes, c'est comme les fruits, il faut attendre qu'il y ait eu suffisamment d'investissements pour les retrouver ou les recouvrer. Je crois qu'il y a déjà un résultat immédiat qui est ce climat qui a été particulièrement favorable au cours de cette visite. Climat entre les deux présidents, les deux gouvernements, également l'accueil qui m'a été réservé, mais aussi les mots qui ont été choisis par les uns comme par les autres pour dépasser ce qui avait pu nous séparer, pour construire. Cela, c'est le résultat immédiat, c'est-à-dire une confiance, le souci d'aller de l'avant et puis cet appel à la jeunesse. Est-ce que, concrètement, nous pourrons avoir des résultats rapides, je le crois. Pour l'emploi, nous avons cette installation de Renault. Pour la coopération culturelle, cela ira vite, pour l'agriculture, les choses ont été également bien posées, pour la défense, ce n'était pas si évident de nouer un accord de défense. Il y a des progrès assez substantiels, mais vous avez raison, c'est sur le long terme que l'on jugera. Moi, je suis conscient de ce qui s'est produit dans le passé, des annonces, des espoirs, puis ensuite des déceptions.

Donc, nous allons être très vigilants, d'où également la méthode que nous avons utilisée, c'est-à-dire que chaque année il y aura une vérification du respect des accords et du document que nous avons signé

Q - Monsieur le Président, vous avez dit à Alger être pour la vérité sur la guerre et la mémoire des blessés. Pouvons-nous d'emblée penser ou envisager un travail commun entre les historiens des deux parties ? La deuxième question en rapport avec l'assassinat des moines de Tibhirine, et donc l'enquête que la justice française compte mener ici même en Algérie, va-t-elle aussi donner des réponses ou peut-être plus de réponses sur l'affaire ?

R - J'ai souhaité que nous puissions ouvrir nos archives, permettre le travail des historiens, avoir une commission dans laquelle historiens français et historiens algériens puissent travailler ensemble. Cette volonté-là est commune aussi aux Algériens, et c'est la bonne méthode.

Ensuite, pour ce qui concerne la justice, il y a une enquête de la justice française. Il y a une enquête de la justice algérienne. Il y a des coopérations. Et nous devons faire travailler en toute indépendance, mais également en toute liberté la justice sur la question qui reste encore posée des moines de Tibhirine.

Q - Monsieur le Président, j'ai deux questions à poser. La première, Tlemcen est située à un jet de pierres de la frontière marocaine. Est-ce qu'il a été question lors de vos discussions avec M. le président Bouteflika du dossier sahraoui. Est-ce qu'on peut espérer que la position française, que cette question soit revue ?

Deuxième question, des officiels français ont laissé entendre que Paris est disposé à vendre des armes à l'Algérie. Est-ce que vous avez reçu une demande bien claire et précise de la part des autorités algériennes ?

R - Nous avons parlé de la frontière fermée entre l'Algérie et le Maroc et de ses causes, c'est-à-dire le contentieux qui demeure par rapport à l'avenir du Sahara occidental. La position française, c'est la suivante : l'ONU, rien que l'ONU et toutes les résolutions des Nations unies et nous n'en changerons pas.

Ensuite, j'irai, vous le savez, au Maroc, au début de l'année 2013 et, je ne suis pas médiateur, je n'ai pas à jouer un rôle d'intermédiaire, personne ne me le demande. Mais je dirai aussi bien aux Marocains ce que j'ai dit aux Algériens, c'est que nous devons aller vers l'application des résolutions de l'ONU et faire en sorte que ce qui a provoqué la fermeture de la frontière puisse être levé. Je crois que c'est l'intérêt du Maghreb.

Par rapport à l'armement, il y a un accord. Vous pourrez le lire, il n'est pas secret. Donc, il ne s'agit pas de matériel d'armement, ce sont des matériels qui sont prévus dans l'accord. Ce ne sont pas les armes comme on pourrait le penser.

Q - Vous avez dit tout à l'heure qu'il est beaucoup attendu de la France. Est-ce qu'on peut savoir ce que vous a été demandé officiellement par les autorités algériennes. Qu'est-ce que la France attend aussi de l'Algérie.

Une deuxième question par rapport au dossier malien. Vous avez dit qu'il y a convergence entre les deux pays, alors que la France est favorable à une intervention militaire et l'Algérie défend toujours la solution politique. Pouvez-vous nous expliquer cette contradiction ?

R - Nous devons faire ensemble. Nous ne demandons rien comme concession aux Algériens, pas plus que les Algériens nous demandent des concessions à nous-mêmes. Nous avons à bâtir un certain nombre de relations nouvelles dans le cadre d'accords, c'est ce que nous avons fait dans de nombreux domaines. Nous ne nous sommes pas retrouvés en situation d'échange ou de troc. Nous avons voulu justement nous situer sur une autre démarche, c'est-à-dire tout simplement avancer, pas revenir sur le passé, pas échanger de la culture contre de l'économie, ou de la diplomatique contre de la formation. Nous avons voulu faire tout à la fois. Nous retrouver dans une relation politique, comme dans une relation économique tout en parlant aussi des aspects d'éducation et de culture.

Sur le Mali, que les choses soient claires, la France se situe dans le cadre des Nations unies. Le Conseil de sécurité, à l'unanimité, vient de prendre une résolution sur le Mali. Ce n'est pas que la France, c'est les Nations unies. C'est tous les pays membres du Conseil de sécurité. Est-ce que c'est contradictoire avec la position de l'Algérie ? Pas davantage, puisque l'Algérie souhaite des négociations politiques, nous aussi. En même temps, il y a une pression à exercer, sinon le terrorisme ne sera pas éradiqué.

Q - On sait très bien que les relations entre l'Algérie et la France n'ont pas toujours été faciles, il y a eu beaucoup de haut, beaucoup de bas, pensez-vous, Monsieur le Président qu'aujourd'hui c'est le réalisme qui a pris le dessus sur la passion ?

Deuxième question, il y a à peine 30 % des Français qui ont une bonne opinion sur la l'Algérie, donc loin derrière le Maroc et la Tunisie. Quel message vous pouvez adresser aux Français à partir de Tlemcen, Monsieur le Président ?

R - Un peu de passion est utile, beaucoup de réalisme également. Il faut une part d'émotion. Il faut une part de conviction. Il faut une part de sentiments sans lesquels il n'y a rien de possible y compris pour le réalisme. Il y avait deux manières de faire : soit en rester aux incantations, aux paroles et ce voyage aurait peut-être apaisé ou satisfait certains plutôt que d'autres. Je n'ai pas voulu prendre cette méthode-là.

L'autre façon, c'était de ne faire que du réalisme économique, mais l'économie se nourrit aussi de confiance politique et de relation humaine. Nous avons plutôt fait une déclaration d'abord d'amitié pour porter la part d'émotion, de passion et d'humanité dans laquelle nous souhaitons inspirer la relation franco-algérienne et puis de l'autre nous avons voulu avancer.

C'est un voyage qui était tourné résolument vers l'avenir, qui ouvrait ce que j'ai appelé un nouvel âge, 50 ans après. Après 50 ans on doit passer vraiment au moment de réalisation de sa vie. Jusqu'à 50 ans on peut se poser des questions, on peut réfléchir, on peut parfois même changer. Mais après 50 ans il faut savoir ce que l'on veut.

Voilà, l'Algérie et la France savent maintenant ce qu'elles veulent.

Sur le message, oui, vous avez raison. Je pense que l'Algérie est encore mal connue des Français. Bien sûr que beaucoup de Français qui ont un lien avec l'Algérie ont une relation de coeur, parfois de ressentiment. Tout dépend de la situation. Mais beaucoup de Français pensent que venir en Algérie c'est compliqué. C'est simple pourtant. Beaucoup de Français pensent que le tourisme ce n'est pas en Algérie. Il suffit de visiter Tlemcen pour être convaincu du contraire. Beaucoup de Français pensent qu'il y a de l'insécurité en Algérie. Je peux comprendre qu'après la période très dure, très éprouvante, il y ait eu des interrogations. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Beaucoup de Français ne savent pas si les Algériens sont accueillants. J'espère que les images qui seront diffusées de ma visite démontreront tout l'inverse. J'ai rencontré des étudiants à l'université de Tlemcen. Ils étaient tous Algériens sauf un qui était Français et qui a fait cette confidence : «chaque fois que je viens à Tlemcen», il y venait régulièrement, «on me dit bienvenu, et on me dit bienvenu à la France».

Aujourd'hui comme hier, les Algériens ont dit «bienvenu» à la France et aux Français.

Q - Vous avez déclaré ce matin, vous avez reconnu dans votre discours devant les parlementaires algériens que le système colonial qui a été injuste a infligé des souffrances pour le peuple algérien. Mais force est de constater que dans le pays dont vous êtes le président, il y a une loi votée, la loi du 23 février qui glorifie malheureusement le colonialisme. Donc, il y a une sorte de contradiction. Est-ce qu'il n'y a pas lieu, avec la majorité que vous possédez au niveau de la chambre nationale, de revoir cette loi plutôt l'abrogée peut-être ?

R - Il y a tant à faire avec cette majorité, tant de lois à voter que l'on pourrait se dire que c'est inutile de revenir sur celle-là. Mais, nous n'avons pas besoin d'y revenir puisque c'est déjà fait. Puisque le président Chirac avait eu l'intelligence de saisir le Conseil constitutionnel qui avait annulé ce point-là. Il n'y a plus rien dans la loi française qui fait référence au système colonial en Algérie

Q - Vous avez beaucoup insisté au cours de toutes vos interventions sur le passé d'un côté, l'avenir de l'autre, autrement dit, un passage culturel pour un franchissement politique. Est-ce que vous pensez que pour la Méditerranée, il faut un tandem ou un moteur franco algérien comme il a fallu un moteur franco-allemand pour l'Europe ? Et un de vos amis me disait ce matin amusé : «M. Hollande tient avec cette histoire de Méditerranée son futur prix Nobel.».

R - J'ai déjà été docteur honoris causa cet après-midi. Je ne voudrais pas gonfler d'importance. Mais, le 22 janvier, il va y avoir le 50ème anniversaire du traité de l'Élysée, 50 ans. 50 ans, pour l'amitié franco-allemande. 50 ans, après que le général de Gaulle et Konrad Adenauer, après une guerre terrible contre la barbarie nazie aient été capable de se retrouver ensemble pour ouvrir non seulement un nouveau temps pour la France et l'Allemagne, mais une nouvelle espérance pour le continent, l'Europe.

Aujourd'hui, 50 ans après, l'indépendance de l'Algérie, nous pouvons être capables, la France et l'Algérie d'ouvrir un nouveau temps, une nouvelle époque, une nouvelle histoire, pas simplement pour nos deux pays, mais pour la Méditerranée.

Voilà, c'est le message que j'ai prononcé à Alger ce matin. Je pense que nous pouvons en être capables. Demain, je suis convaincu que Français et Algériens seront fiers s'ils sont en mesure d'ouvrir ce processus. Et il se trouvera bien un président de la République française qui viendra en Algérie après moi - elle finira par arriver - et qui pourra regarder ce que nous aurons fait.

Mais je souhaite que cette trace là soit laissée et que cette responsabilité nous engage. C'est dire le niveau auquel nous devons parvenir. C'est un grand enjeu pas simplement pour nos deux pays. La France et l'Algérie ont des vocations universelles. Elles doivent ouvrir la voie aux autres comme la France et l'Allemagne l'ont fait pour l'Europe.

Merci à tous./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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2. Algérie - Conférence de presse du président de la République, M. François Hollande (Alger, 19/12/2012)

Mesdames, Messieurs, mon voyage en Algérie était attendu. C'est le premier que je fais ici comme président de la République, le premier dans cette région. C'est un voyage qui vient en 2012 à un moment forcément symbolique, 50 ans après l'indépendance de l'Algérie. Ce voyage attendu, espéré, redouté, je ne sais comment il faut l'appeler. Ce voyage était nécessaire. Il vient comme un aboutissement, mais aussi comme le temps d'un nouvel âge que je veux engager entre la France et l'Algérie, 50 ans après.

Je remercie le président Bouteflika pour non seulement son invitation, mais aussi son accueil. Je salue le peuple algérien qui m'a réservé avec enthousiasme, chaleur, une hospitalité remarquable. Je veux aussi reconnaître le travail qui a été mené par les deux gouvernements. Avant même que je ne vienne ici, pas moins de cinq ministres du gouvernement de Jean-Marc Ayrault sont également venus en Algérie. Et nous pouvons signer avec le gouvernement algérien bon nombre d'accords dans tous les domaines.

Ces accords doivent avoir un sens, une signification. Il ne s'agit pas seulement de faire en sorte que nous améliorions pour un temps notre coopération. Ce que je veux définir avec l'Algérie c'est un partenariat stratégique d'égal à égal et qui permette justement d'entrer dans le nouvel âge de la relation entre la France et l'Algérie.

Il y aura donc une déclaration d'amitié et de coopération, c'était la meilleure formule pour nous dire ce que nous avions non seulement à nous déclarer, notre amitié, mais surtout à engager et à préparer. Ce document sera suivi par un autre qui est le document cadre du partenariat et qui est un programme de travail sur cinq ans dans les domaines économique, financier, culturel, agricole et même de défense et avec toujours l'idée d'améliorer la formation, d'accompagner les technologies et de pouvoir servir les intérêts et de l'Algérie et de la France.

Nous avons des liens et j'y reviendrai demain lors du discours que je prononcerai devant les deux assemblées. Nous avons des liens, des relations qui sont à la fois humaines, économiques, culturelles et que nous devons amplifier.

Il y a une vérité à dire sur le passé. Il y a surtout une volonté à prononcer pour l'avenir et ce voyage il est sur l'avenir. Il est pour engager une mobilisation de nos deux sociétés, au-delà de nos deux gouvernements, pour les Français et pour les Algériens. Une page se tourne, mais nous pourrions en écrire tellement d'autres.

Pour illustrer le déplacement et cette visite, il y a bien sûr ce que nous aurons à faire sur le plan des discours, ce que je ferai donc demain. Mais il y a aussi des annonces très fortes, par exemple la décision de Renault d'ouvrir une usine pour construire des automobiles non seulement pour le marché algérien, mais pour l'ensemble du continent et avec cette volonté de co-production que les ministres ont présenté, c'est-à-dire capacité à pouvoir faire que ce qui va être produit ici serve aux Algériens, mais que ce que nous pourrons également donner comme apport, comme encadrement, comme technologie, voire comme produit semi fini, serve aussi à l'Algérie et à la France.

Nous avons également une responsabilité, la France et l'Algérie. Nous sommes deux pays respectés dans le monde avec des principes pour la politique extérieure qui nous réunissent et nous en avons avec le président Bouteflika donné un témoignage et une illustration sur les deux ou trois sujets qui sont pour nous les plus préoccupants. Le premier sujet c'est de faire en sorte que ce qui se passe en Syrie puisse aboutir enfin à une transition politique, faire en sorte que nous puissions lutter contre la prolifération nucléaire. Mais surtout lutter contre le terrorisme dont l'Algérie a suffisamment souffert pour nous livrer sa douloureuse expérience. Et aujourd'hui, un terrorisme s'est installé au Mali, pas simplement qu'au Mali et avec une confusion, avec un trafic de drogue et le trafic d'armes.

À partir de là, nous avons voulu soutenir tous les efforts de la communauté internationale, mais aussi du Mali pour lutter contre ce terrorisme et préserver l'intégrité territoriale du Mali.

Nous sommes en convergence avec le président Bouteflika. Lui et moi, nous pensons qu'il convient de faire du dialogue politique, de faire tout pour qu'une négociation puisse permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale, mais uniquement avec les mouvements ou les forces qui se séparent du terrorisme, voire luttent directement contre le terrorisme. Nous sommes pour que le gouvernement malien, le président du Mali et l'armée du Mali travaillent pour permettre la réunification.

Enfin, la France est partie prenante de l'initiative qui va conduire le Conseil de sécurité à prendre une résolution qui ouvrira la possibilité aux Africains d'intervenir aux côtés des Maliens pour les aider à retrouver la stabilité et l'unité. Mais ce sont les Africains qui sont les seuls à pouvoir décider et à mettre en oeuvre, même si la France, - je l'ai plusieurs fois affirmé -, aura à donner son appui logistique et de formation.

Et l'Algérie joue un rôle très important à la fois pour lutter contre le terrorisme mais aussi pour favoriser la négociation politique, inséparable, donc, de ce que nous avons à faire sur le plan sécuritaire.

Voilà Mesdames et Messieurs, ce que je voulais dire en propos liminaire.

Je suis venu avec une délégation importante composée à la fois de responsables politiques, non seulement ceux qui sont membres du gouvernement, mais aussi d'autres, dont histoire est liée à l'Algérie, ou qui ont des responsabilités en lien avec ce pays, notamment Jean-Pierre Raffarin qui était chargé, c'était déjà vrai avant même mon élection de la relation avec l'Algérie sur un certain nombre de points. Je suis venu avec une délégation aussi d'élus locaux qui ont des liens avec l'Algérie, des coopérations, des jumelages. Je suis venu avec des responsables économiques très importants, des chefs d'entreprises de grandes, mais aussi de petites entreprises. Elles sont conscientes qu'ici en Algérie, il y a des potentiels considérables, mais à condition d'être les meilleurs dans beaucoup de domaines, télécommunication, infrastructure, énergie, automobile je ne vais pas les citer tous et toutes. Mais nous ne demandons rien, nous ne demandons aucune faveur. Ce n'est parce que nous sommes dans une relation d'amitié que nous aurions des privilèges, il n'y a pas de privilèges. Nous voulons simplement être au service de l'économie algérienne de la même manière que nous espérons que les Algériens peuvent être au service de notre propre économie. Nous en avons besoin. Puis nous avons à mener des politiques ensemble sur la Méditerranée, autour de la Méditerranée.

Et puis cette délégation est aussi composée de personnalités culturelles, artistiques qui peuvent avoir des origines ici en Algérie ou qui aiment l'Algérie. C'est aussi un symbole de savoir qui m'accompagne. Il y a tant de personnes qui sont intéressées par ce qui se passe en Algérie. Par ce que nous pouvons construire ensemble France et Algérie, par ce nouvel âge. Il y a d'abord les Algériens eux-mêmes, il y a aussi beaucoup de Français qui ont, avec l'Algérie, une relation humaine, singulière, particulière, parfois douloureuse. Et c'est justement, parce qu'il y a cette relation exceptionnelle que nous devons faire un partenariat d'égal à égal.

Je suis prêt à répondre à vos questions.

Q - Apparemment, Monsieur le Président, les usines d'armement subissent la même crise que les autres sociétés économiques et industrielles ce qui engendre l'encouragement ou plutôt la création de foyers de tension. Comment pensez-vous établir des relations tournées vers l'avenir, comme ne cesse de le répéter ces jours-ci votre ministre des affaires étrangères avec notre pays dont les frontières sont menacées, tout en sachant que l'implication de la France n'est pas à démontrer.

R - Nous avons à définir des relations pour l'avenir. Nous sommes là pour préparer l'avenir, mais l'avenir dépend d'abord du présent, des conditions de sécurité, de stabilité, de l'équilibre dans région ce dont vous parlez. Donc, nous avons à régler les sources de conflit qui existent quelques fois depuis très longtemps, parfois depuis moins longtemps. Nous avons à faire en sorte qu'il n'y ait pas de tension entre les pays du Maghreb. Nous savons aussi ce qui se passe, dans les printemps arabes. Tout cela fait que nous ne pouvons pas simplement discuter entre Français et Algérien. Nous avons à porter une politique, qui sur bien des points est commune. Parce que la France et l'Algérie sont deux pays qui, au-delà de leur propre histoire, ont une responsabilité pour la méditerranée. Ce qui permet de parler du sujet de l'union pour la méditerranée. Vous vous souvenez de l'initiative qui avait pu être prise. L'idée mérite d'être retenue, mais elle doit être repensée. Et la France et l'Algérie doivent en être par leur situation, par leur position, par leur conception commune si je puis dire des moteurs. Donc nous allons y travailler.

J'étais il y a quelques semaines à Malte, à ce que l'on appelle la rencontre «cinq + cinq» et nous avons beaucoup réfléchi sur la manière de rapprocher Europe et Maghreb, ce qui suppose que l'Europe soit unie et que le Maghreb le soit aussi. Nous savons que ce n'est pas si simple.

C'est cette responsabilité commune que nous voulons évoquer au cours de ce déplacement.

Q - Monsieur le Président, est-ce que vous pensez que l'Algérie est imperméable aux printemps arabes qui se sont développés autour dans la région et deuxième question, sur la Syrie. Visiblement vous dites qu'il y a convergence entre vous et le président Bouteflika, mais il y a quand même une différence d'approche très claire entre la position algérienne sur la Syrie et la position française. Est-ce que vous pouvez un peu développer cela ?

R - Le point d'accord, c'est sur la mission qui a été confiée par les Nations unies à M. Brahimi en qui nous avons grande confiance et qui doit chercher des solutions pour la transition politique. Là, nous nous retrouvons.

Ensuite, sur la coalition que nous, nous avons reconnue. Il y a une différence, et je la respecte, mais nous nous avons considéré qu'il fallait, dès lors que nous souhaitions une transition, qu'il y ait bien un interlocuteur légitime qui représente la Syrie demain, c'est le choix que nous avons fait.

Sur l'autre sujet, moi, je ne veux pas me mêler des affaires intérieures mais, ce que disent les Algériens c'est qu'ils l'ont déjà vécu il y a longtemps, le printemps arabe.

Q - Une question sur un sujet que vous allez aborder demain sur un sujet très délicat, celui de la question mémorielle. Est-ce que des voix s'élèvent en Algérie pour réclamer une repentance de la France, pour réclamer des excuses de la France ? Est-ce que ce sera la teneur du message que vous délivrerez demain au Parlement algérien ?

R - Qu'il y ait des voix qui s'élèvent, il y en a partout, et en France et en Algérie, par forcément pour dire la même chose. Ce qui compte c'est ce qui nous est demandé, à la fois par les autorités algériennes, elles nous disent, nous vous faisons confiance, c'est à vous de trouver les formes et les mots et moi, j'ai toujours été clair sur cette question : vérité sur le passé, vérité sur la colonisation, vérité sur la guerre avec ces drames, avec ces tragédies, vérité sur les mémoires blessées. Mais en même temps volonté de faire que le passé ne nous empêche pas de faire le travail pour l'avenir. Le passé doit, dès lors qu'il est reconnu, nous permettre d'aller beaucoup plus vite, beaucoup plus loin pour préparer l'avenir, c'est ce que je dirai demain aux parlementaires algériens et au-delà aux Français et aux Algériens.

Q - Vous aviez dit avant cette visite que vous évoqueriez tous les sujets. Avez-vous parlé avec les président Bouteflika des moines de Tibhirine, que vous a-t-il dit ?

R - Je lui en ai parlé, puisque j'ai dit que tous les sujets seraient évoqués et celui-là fait partie de la sensibilité qui est forte, compte tenu de la tragédie, et le président Bouteflika mais vous l'interrogerez, m'a dit qu'il avait donné toutes instructions autant qu'il est possible à la justice pour aller jusqu'au bout de l'enquête.

Q - Donc, s'il faut dire, s'il faut reconnaître la vérité, est-ce que sur les moines de Tibhirine il faut aussi demander pour que le passé ne repasse pas, est-ce que l'on doit aussi faire la lumière sur cette question ? Oui, parce que les autorités rouvrent le dossier pour qu'il y ait une autopsie, je crois que vous avez reçu une lettre des parties civiles en ce sens. Mais avez-vous une réponse claire ?

R - Ma réponse, elle est on ne peut plus claire, c'est à la justice algérienne, avec la justice française de faire toute la lumière sur ce qui s'est produit.

Q - La révision de la loi de janvier 2010, dite Loi Morin portant sur l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français est-elle envisageable, sachant que les conditions qu'elles posent pour indemniser les victimes sont extrêmement restrictives ? Par ailleurs, où en est le dossier ou la question de la détermination des sites contaminés dans le Sahara et aussi les opérations de décontamination de ces sites algériens ?

R - Sur ce point-là, les démarches sont engagées, elles se poursuivent et nous ferons là aussi la transparence, c'est le principe que j'ai posé, la transparence.

Quant à la loi de 2010 que vous avez évoquée à juste raison, qui prévoit une indemnisation des victimes des essais nucléaires, elle doit être appliquée pleinement. Et s'il apparaît qu'il y a des conditions qui ne permettent pas à des victimes de faire leurs droits, nous regarderons comment faire. Mais pour l'instant, je veux que cette loi soit pleinement appliquée, elle ne l'a sans doute pas été avec la détermination nécessaire.

Q - Quand vous dites que les Algériens ont vécu il y a longtemps le printemps arabe, que voulez-vous dire par là ?

R - Vous avez vu quand même ce que ce pays a traversé comme épreuve, c'est-à-dire un terrorisme qui s'était installé, le nombre de victimes, après un processus de réconciliation, de reconstruction et de rénovation. Je pense que le Parlement algérien va bientôt être saisi de la dernière étape de la révision constitutionnelle. Voilà, il y a des étapes, il ne m'apparaît qu'il y ait eu en Algérie les mêmes évènements que dans d'autres pays, cela ne s'est pas passé de la même manière, chaque pays a sa spécificité, a pu connaître ses propres problèmes, ses propres difficultés, mais moi, je veux saluer le courage des Algériens dans ce qui s'est produit durant toutes ces années et la manière avec laquelle ils ont réussi à rester unis et par rapport au printemps arabe, nous sommes conscients que cela a été un formidable espoir et qui doit maintenant être pleinement traduit sur le plan démocratique partout.

Q - Comment la France a-t-elle vendu la marque Orangina aux Japonais puisqu'il s'agit d'une propriété algérienne ?

R - Voilà une information dont je n'avais pas connaissance et dès que le gouvernement japonais va être constitué, je viendrais à sa rencontre pour essayer de faire ce que je peux «en secouant beaucoup». Pour le reste, et là le sujet est un sujet pleinement français parce que moi, je ne considère pas que des pays étrangers doivent se préoccuper de la représentation de l'Islam de France. Mais qu'il y ait des Algériens qui vivent en France et qui doivent pratiquer leur culte dans de bonnes conditions, je parle du culte musulman, oui, et cela renvoie, et là votre question est parfaitement légitime et pertinente à la représentativité du CFCM. Le ministre de l'intérieur y travaille pour que nous puissions avoir un CFCM qui soit unit, cohérent, légitime pleinement, respecté par tous et que nous puissions travailler, parce que nous avons besoin de cette représentation.

Q - Vous avez plusieurs fois indiqué dans votre propos liminaire vouloir engager l'Algérie et la France dans un nouvel âge. Est-ce à dire que vous revendiquez une rupture avec les pratiques de vos prédécesseurs, MM. Chirac et Sarkozy ?

R - Il y a des âges, vous le savez bien, nous le savons tous qui ne sont plus les mêmes, après 50 ans, là je ne parle que pour moi. Il est nécessaire d'ouvrir un nouveau temps, une nouvelle phase, une nouvelle période. 50 ans après une nouvelle période, nous sommes capables de jeter un regard lucide sur le passé, de faire l'expérience de tout ce que nous avons pu réaliser ensemble, la France et l'Algérie, donc, tous mes prédécesseurs, et puis, d'ouvrir une nouvelle page et donc de travailler maintenant avec le souci d'aller plus vite, d'aller plus loin. Je pense que c'est cela qui est demandé. Il y a tellement de besoins, tellement de ressources, tellement de volonté d'agir ensemble que nous devons faire davantage que ce que nous avons fait jusqu'à présent et cela tient aux deux pays, parce que nous avons toujours attendu tellement l'un de l'autre que nous avons peut-être laissé passer un certain nombre d'opportunités. Donc, maintenant, il se trouve, 50 ans après, l'élection présidentielle française est arrivée à ce moment-là, que nous pouvons ouvrir la nouvelle étape, le nouvel âge de la relation entre la France et l'Algérie. Tout cela n'est qu'une continuité, c'est vrai, mais il se trouve que c'est l'époque qui a changé.

Q - Monsieur le Président, vous allez vous recueillir sur la place Maurice Audin à Alger. Auriez-vous une réponse à la demande de sa veuve en rentrant sur Paris ?

R - D'abord, j'ai effectivement souhaité avoir ce temps de recueillement et ensuite, j'ai demandé au ministre de la défense de recevoir la veuve Audin pour que toutes les informations dont nous pouvons disposer puissent lui être communiquées, dans la transparence.

Q - Monsieur le Président, comme par enchantement, d'un côté comme de l'autre, on entend plus parler de l'accord de 68, y aurait-il eu un compromis ? Vous venez d'évoquer l'Union pour la méditerranée, vous savez très bien Monsieur le Président, que le préalable du côté arabe, c'est le règlement du conflit israélo-arabe et du côté algérien, c'est le règlement du problème du Sahara occidental. Y aurait-il du nouveau positif au niveau de l'Élysée après votre arrivée en tant que président ?

R - Du positif, j'espère bien qu'il y en a, mais je ne vais pas ici en parler, transformant cette conférence de presse en moyen de communication pour l'opinion publique française. Mais je vais répondre précisément à vos deux questions. Il y avait un dossier qui traînait depuis plusieurs années, une révision de cet accord, on ne savait pas d'ailleurs dans quel sens le réviser, le réviser pour être plus restrictif, ce n'est pas la position de l'Algérie, le réviser pour être plus ouvert, ce n'est pas forcément la position de la France. Donc, nous nous sommes dit, c'est un bon accord en réalité, est-ce que l'on peut améliorer son exécution ? Oui, et c'est ce que les deux ministres de l'intérieur ont convenu de faire : aller plus vite, être plus respectueux, traiter avec toute la diligence nécessaire sur le plan administratif dans les consulats les demandes de visas. Parce que je pense que le mot clé qui doit nous définir, nos deux peuples, c'est celui de la dignité, de la reconnaissance, et nous avons, je l'ai dit des mémoires, mais nous avons aussi des vies, nous avons des relations humaines et à chaque fois c'est le principe de dignité et de considération qui doit l'emporter. Ce sera l'esprit de l'application de l'accord de 1968.

Ensuite, vous m'avez dit l'Union pour la méditerranée, elle ne peut pas avancer parce qu'il y a des préalables qui ne sont pas levés. Vous avez raison, c'est la raison pour laquelle cela n'a pas marché, parce que ce n'est pas dans l'Union pour la méditerranée que nous allons trouver la réponse au conflit israélo-palestinien. Ce n'est pas non plus dans l'Union pour la méditerranée que nous allons nous mettre d'accord pour la question du Sahara occidental. Ces questions-là doivent être traitées dans un cadre qui est celui des Nations unies et de la négociation directe pour Israël et la Palestine. Alors, est-ce que c'est parce qu'il y a ces préalables que nous ne pouvons pas avancer ? Eh bien, nous allons prendre un autre cadre. L'Union pour la Méditerranée cela existe, mais nous allons prendre d'autres moyens. J'ai cité le dialogue 5+5, il y a le processus de Barcelone, donc, nous allons travailler ensemble la France et l'Algérie pour que la Méditerranée ne soit pas la grande oubliée. Si on regarde nos intérêts géostratégiques à l'Algérie et à la France. La France, elle est située comme vous le savez en Europe et elle regarde vers la Méditerranée, il y a d'autres pays qui n'ont pas la même position géographique, l'Allemagne qui regarde vers l'est, c'est bien légitime, donc nous, notre relation elle doit être bien sûre ancrée dans l'Europe, mais elle doit être portée par une ambition qui est celle de la Méditerranée. L'Algérie, elle aussi elle regarde des deux côtés, dans le Maghreb, en Afrique et en même temps elle regarde vers l'Europe du Sud, parfois en s'inquiétant, parce que l'Europe du Sud ne va pas forcément au mieux sur le plan économique, donc à nous de faire de cette Méditerranée une zone de paix, de sécurité, de lutter contre les trafics, trafics de drogue, cela c'est un point très important la lutte contre le trafic de drogue, et qui touche tous les pays autour de la Méditerranée et nous devons aussi en faire une zone de développement, de coproduction et de croissance, voilà ce que nous avons à faire sur ce sujet.

Q - L'accord avec Renault a été annoncé à la veille de votre visite, est-ce qu'il y a eu des pressions politiques sur les négociateurs pour faire aboutir le projet ? Et deuxième question, vous invitez les Algériens à venir investir en France, et s'il y a la création d'un fonds souverain algérien, est-ce qu'il serait possible à l'Algérie d'investir dans des industries en France à l'exemple de Peugeot qui connaît actuellement beaucoup de difficultés ?

R - Nous sommes actionnaires, l'État français, donc, nous avons été en tant qu'actionnaire consulté sur cette opération. Le ministre du redressement productif a été forcément, non seulement informé, mais aussi partie prenante. Mais il n'y a pas eu besoin de faire pression, parce que c'est un bon projet, un bon projet pour l'Algérie, un bon projet pour Renault et un bon projet pour la France. Je rappelle que ce sont des automobiles qui seront destinées au marché algérien, mais pas qu'au marché algérien, à d'autres marchés extérieurs, et que ce ne sera pas une délocalisation, ce n'est pas une usine qui part de France pour aller en Algérie et on aura même de l'emploi en France parce qu'une partie des approvisionnements viendront de France. Donc, c'est une opération où il n'y aura, cela a été dit ce matin je crois par d'autres, que des gagnants.

Ensuite, est-ce qu'un fonds souverain algérien peut venir en France investir. Tous les fonds sont les bienvenus en France pour investir. Et nous avons un fonds chinois, un fonds qatari et d'autres fonds qui se sont mis en place, mais je ne vais pas demander aux Algériens de constituer un fonds souverain pour le bénéfice de la France, c'est aux Algériens de décider s'ils veulent investir en France et s'ils voulaient investir dans une entreprise, ils pourraient le faire librement en fonction des règles en vigueur.

Q - Pour revenir à cet accord de 68, le nouvel âge, cette nouvelle étape qui va s'ouvrir, on va avoir l'impression que ce sera plus facile de permettre la circulation des marchandises et des biens matériels que des hommes. Nous sommes en 2012, cet accord date de 68, est-ce qu'il ne serait pas temps d'y voir vraiment une étape, parce que la population algérienne a beaucoup changé, parce que le niveau d'éducation a beaucoup changé, et parce que beaucoup plus d'algériens ont des visas rapidement, y compris pour aller pour quelques jours en France ?

Deuxième question. Aujourd'hui, vous avez en France beaucoup de réussites individuelles franco-algériennes culturelle, économique, scientifique. Est-ce que ce réseau qui a réussi en France et en Algérie ne pourrait pas servir de nouvel axe dans ce nouvel âge justement ?

R - Comme vous avez raison, toutes ces réussites, je ne vais pas les citer toutes, mais vous en avez évoqué de nombreuses sans les personnaliser. Réussite franco-algérienne, c'est-à-dire d'Algériens venus en France parfois enfant devenu Français, pleinement Français, mais avec cette origine algérienne. C'est une chance formidable pour nos deux pays parce qu'il n'y a non pas une perte d'identité, il n'y a pas une confusion, il y a au contraire un enrichissement. Et comment pouvons-nous essayer de nouer ces relations ? Par des investissements qui peuvent se faire par ces Français d'origine algérienne ici en Algérie, mais il y a aussi Algériens qui ont envie de donner le meilleur d'eux-mêmes en France. C'est toute la question des visas pour des voyages artistiques, pour des séjours culturels, pour de la coopération scientifique ou universitaire. Alors, est-ce que l'accord de 68 est un accord qui est très restrictif ? Oui il est restrictif puisqu'il vise à maîtriser, mais il est moins restrictif que d'autres accords, chacun le sait. Tout est question d'application, ce qui est insupportable c'est d'attendre très longtemps ou de ne pas pouvoir pour des brefs séjours avoir le visa qui permet juste de faire un spectacle, un film ou une recherche de stage, cela peut arriver

Donc, c'est cela qui sera appliqué avec discernement et avec, je l'ai dit, respect. Je crois que c'était mieux de ne pas changer l'accord. Si nous avions changé l'accord, il y aurait toutes les interprétations, c'est-à-dire ceux qui auraient dit vous voyez, on restreint encore davantage, ceux qui auraient dit au contraire on ouvre davantage nous inspirant de ce qui avait été décidé en 68. C'était une période où il n'y avait pas les problèmes de chômage d'aujourd'hui. Mais nous le faisons avec discernement et respect.

Q - Pour revenir sur les questions de mémoire, vous avez parlé des signes, des mots, des gestes que la France est prête à faire, attendez-vous à l'inverse des signes ou quelque chose du côté algérien et en matière des droits de l'Homme notamment, est-ce que vous attendez un signal ou une parole forte de la présidence algérienne ?

R - J'ai invité le président Bouteflika à venir en France pour une visite d'État au moment où il lui paraîtra possible de le faire. À ce moment-là, il aura aussi à s'adresser à la France. Je suis ici en Algérie comme président de la République, je m'adresse à l'Algérie, mais aussi à la France pour dire que je suis lucide sur le passé, je suis surtout désireux de faire avancer la France et l'Algérie, de donner une nouvelle impulsion, un nouveau souffle, un nouvel élan, ce que j'ai appelé un nouvel âge.

Sur les droits de l'Homme, je recevrai un certain nombre de représentants de la société civile algérienne et j'aurai aussi des discussions avec la jeunesse algérienne et je serai au parlement algérien demain. Les choses seront dites. Il y a toujours des améliorations à faire. Mais, comprenez bien qu'aujourd'hui je ne viens pas faire la leçon, je viens dire tout ce que j'espère de la relation entre la France et l'Algérie et tout ce que nous pouvons faire ensemble.

Vous savez, il se trouve que les communications entre la France et l'Algérie, au-delà de l'échange humain sont tellement nombreuses. Je ne dis pas cela pour influencer les chaînes de télévision française, mais vous êtes très regardés en Algérie. La vie politique française est très connue en Algérie. Donc, il y a une espèce d'intimité qui est créée et donc la question de la démocratie, des droits, je pense à une question présente partout et en Algérie il n'y a pas de limites au droit de l'information. Il y a une presse libre, une presse indépendante, comme peu de pays les connaissent. Je veux la saluer parce que c'était aussi un combat pour cette presse de rester libre et indépendante pendant les périodes les plus éprouvantes de l'histoire algérienne.

Q - Au sujet du Mali, vous avez parlé de convergence entre l'Algérie et la France, au-delà de ce langage diplomatique, est-ce que pourriez détailler ces convergences sachant que la France voudrait appuyer logistiquement une intervention et que l'Algérie refuse toute idée d'intervention au Mali.

R - Non, ce n'est pas vrai. L'Algérie est, et nous aussi, en faveur de la négociation politique et elle est pour la lutte contre le terrorisme. C'est ce qui nous unit. La lutte contre le terrorisme ne peut pas accepter qu'Aqmi s'installe sur une partie du Mali et impose sa loi. La négociation politique est indispensable parce qu'il y a des groupes, on les appellera les touaregs ou avec d'autres noms correspondant à leur mouvement qui doivent être réinsérés dans un processus politique. Après, sur l'intervention elle-même, c'est le Conseil de sécurité qui va en décider, ce n'est pas que la France. C'est le Conseil de sécurité des Nations unies et ce Conseil de sécurité va laisser les Africains, je dis bien les Africains eux-mêmes notamment la CEDEAO décider d'une intervention en soutien du gouvernement malien qui lui-même a la seule légitimité pour en décider. Voilà ce qui nous rassemble.

Q - Concernant le nombre de chefs d'État, de chefs d'entreprises qui vous accompagnent....

R - De chef d'État, je suis le seul,

Q - Concernant le nombre de chefs d'entreprises qui vous accompagnent, il y en a une quarantaine ? En 2007, lors de la dernière visite d'État de M. Sarkozy, il y en avait une centaine, on voit que le nombre a été réduit. Alors est-ce que c'est le contexte de crise qui fait qu'aujourd'hui en 2012 la France perd du terrain en matière commerciale ? Puis, le deuxième point concernant la région, votre prédécesseur avait effectué une tournée maghrébine, Tunisie, Maroc, Algérie, là vous ne ciblez que l'Algérie. Pourquoi ?

R - Alors le nombre de chefs d'entreprise, je ne veux pas faire un concours ni même dire qu'il y aurait ici la qualité quand il y avait la quantité, puisque ce sont souvent les mêmes. Nous, ce qui nous a paru nécessaire, c'est que ces chefs d'entreprises d'abord, puissent être en relation avec d'autres chefs d'entreprises ici en Algérie. Il y aura demain un forum économique qui permettra justement cette relation, cette liaison et ce travail. Ensuite, cela correspond à des projets qui existent. Mais ce qui va compter, au-delà de cette visite, c'est la qualité de la relation entre la France et l'Algérie, la volonté de donner une suite, mais également la performance des entreprises françaises. Je l'ai dit tout à l'heure. Les entreprises françaises, elles ne demandent pas des droits, elles n'ont aucun droit, simplement le devoir d'être les meilleures dans les compétitions qui sont organisées et face à des besoins que nous connaissons ici en Algérie et qui sont importants.

Voilà pourquoi ils sont là et ce n'est pas pour des raisons d'économie budgétaire. J'aurai pu utiliser cet argument, mais je considérais que c'était la bonne dimension et surtout le bon esprit.

Sur l'autre question, pourquoi commencer par l'Algérie. Parce que je voulais commencer par l'Algérie. Pour le 50ème anniversaire de l'Indépendance, c'était un temps qui était là. Parce que je considère qu'avec l'Algérie, nous avons des choses à nous dire et surtout des choses à faire. Et enfin, parce que j'ai moi-même une relation avec l'Algérie, personnelle, et parce que je sais que c'est très important pour beaucoup de nos concitoyens français la relation avec l'Algérie. Et pour l'Algérie, finalement, une attente très forte à l'égard de la France. Pour autant, moi j'ai la volonté d'avoir de bonnes relations avec tous les pays du Maghreb du printemps arabe ou pas du printemps arabe. Tous les pays du Maghreb. J'irai donc au Maroc au début de l'année prochaine et également en Tunisie, parce que je veux avoir les meilleures relations possibles avec l'ensemble des pays du Maghreb.

Q - Monsieur le Président, le traité d'amitié entre l'Algérie et la France a été abandonné par Paris depuis longtemps. Aujourd'hui, vous avez lancé qu'un pacte d'amitié et de coopération sera signé entre l'Algérie et la France. Est-ce qu'on peut savoir si ce document est une continuation pour le traité 2003 qui n'a jamais été signé. Et pourquoi vous dites aujourd'hui que ce nouvel âge n'est pas une rupture avec la France de Sarkozy, de Chirac... Est-ce qu'on peut savoir aussi si la question de la mémoire sera posée dans ce traité ?

Monsieur le Président, le placard franco algérien pullule de dossiers très sensibles et intéressants, la question de la mémoire, la circulation des personnes, la crise au nord du Mali, le Sahara occidental, le business, avec quel ordre classez-vous ces dossiers, Monsieur le Président ?

Vous êtes le troisième chef de l'État français a effectué une visite d'État en Algérie. A chaque fois, ces visites ont été porteuses d'espoir, à chaque fois ces espoirs ont été déçus, notamment beaucoup pour les Algériens. Est-ce qu'un président de gauche fera mieux que ces prédécesseurs de droite ?

Il y a en France des personnalités qui ont un lien très fort avec l'Algérie ? Je pense par exemple à Enrico Macias, est-ce que vous espérez qu'un jour Enrico Macias pourra revenir en Algérie, est-ce que vous avez parlé de cela éventuellement avec le président algérien ?

Le gouvernement français affiche une volonté d'accompagner des entreprises françaises désirant investir en Algérie. Cela ne rentrera-t-il pas en contradiction avec un souci de limiter les délocalisations ?

Monsieur le Président j'ai une question qui paraît plus ou moins explicite, est-ce que vous allez reconnaître au nom de la France les crimes commis durant la période coloniale et est-ce qu'on ira vers la repentance ou demander des excuses ?

R - Alors, je vais éviter les répétitions. Première question, elle est importante, le traité d'amitié avait été évoqué en 2003 et en réalité, il n'a jamais été signé, encore moins ratifié. Et cela a été une source de malentendus. Je parle du passé et plutôt que de chercher un traité d'amitié avec toutes les questions qui auraient été nécessairement posées et qui n'auraient peut-être pas été réglées puisque cela n'a pas été finalement concluant, nous avons préféré une autre méthode beaucoup plus simple, beaucoup plus forte, beaucoup plus efficace qui est une déclaration d'amitié, de coopération et un document cadre de partenariat. Ce qui nous est apparu plus fort ce n'est pas de nommer les mots, c'est de nommer les actions. L'amitié cela se démontre, cela se prouve et les paroles qui doivent être prononcées, elles ne sont pas dans un traité, elles sont dans les discours que je peux faire.

Donc, la méthode a changé. Vous m'interrogez sur la continuité, là, il y a un changement de méthode, un changement de moment et un changement de contenu. Changement de méthode, une déclaration un document cadre. Changement de moment, nous sommes 50 ans après, un nouvel âge commence. Et un changement de contenu, parce que nous allons signer un nombre d'accords dans tous les domaines aussi bien l'économie, la production que le domaine culturel, scientifique et même sur le plan de la langue nous commençons à retravailler sur le français.

Ensuite, le placard, moi je ne suis pas là pour ouvrir les placards, je suis là pour que nous construisions une nouvelle maison ensemble, c'est-à-dire que nous puissions travailler avec l'espoir de bâtir et pas simplement de faire que nous ne puissions pas avancer parce qu'il y aurait trop de sujets. Vous me demandez quel est le sujet le plus important, c'est l'avenir. Ce déplacement il est fondé sur l'avenir. Ensuite sur le passé, vérité ai-je dit, reconnaissance de ce qu'a été un système, le système colonial, j'aurai à m'exprimer, mais je ne viens pas ici, ce n'est ni ce qui m'est demandé, ni ce que je veux faire, faire repentance ou excuse. Je viens dire ce qu'est la vérité, ce qu'est l'histoire.

Ensuite, sur Enrico Macias, je ne peux pas vous répondre précisément. Je pense qu'il peut être invité par les autorités algériennes. Je ne sais pas quel est son souhait, mais je n'ai pas de réponse à votre question.

Sur les débats qui resurgissent régulièrement et qui ont été cités. Je pense que s'il y a un sens à donner à la qualité de l'accueil que j'ai reçu, c'est que nous sommes conscients de ce que nous avons à faire, à porter ensemble.

La gauche, puisque c'est la question qui est posée, elle est aussi dans l'histoire, elle a aussi sa part dans l'histoire. La vérité elle vaut aussi pour ce qu'a été la gauche dans l'histoire. Mais il se trouve qu'il y a eu beaucoup d'espoirs déçus, peut-être de part et d'autre d'ailleurs, de visites qui avaient été annoncées, qui devaient se traduire. Je veux être respectueux. Ce n'est pas une visite qui fait une relation, c'est un travail constant, une méthode qui doit être éprouvée par le temps et c'est une volonté.

Donc, un voyage, je ne sais pas si celui-là sera jugé comme réussi, je l'espère. Pour moi, le premier jour en témoigne. Mais un voyage doit ouvrir une période. Cela ne peut pas résumer une relation. C'est ensuite que nous devons donner toutes les preuves de cette réussite./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Afghanistan/Retour des soldats - Discours du président de la République, M. François Hollande (Paris, 21/12/2012)

 

Monsieur le Ministre de la Défense,

Amiral,

Messieurs les Officiers généraux,

Officiers, Sous-officiers, Soldats,

Mesdames et Messieurs,

J'avais annoncé au lendemain de mon élection que nos unités - celles qui étaient directement aux combats - se retireraient d'Afghanistan à la fin de l'année. Cette décision a été prise après mûre réflexion, en bonne intelligence avec nos alliés qui en comprennent les raisons et veulent, comme nous, confier à l'Afghanistan la maîtrise de son destin. Je rappelle que c'est aussi le voeu du gouvernement afghan, qui désire légitimement recouvrer sa pleine souveraineté sur son territoire.

Telle était la décision que j'avais prise. Elle est aujourd'hui exécutée, pleinement et avec succès.

Aujourd'hui vous êtes donc de retour. Il n'y a plus de forces combattantes françaises en Afghanistan. C'est un moment important pour vous, mais aussi pour notre pays et pour l'Afghanistan. Je tenais à partager cet instant avec vous.

Organiser cette opération - ce désengagement - dans le calendrier exigeant que j'avais fixé avec le ministre de la Défense était une manoeuvre extrêmement compliquée et difficile. Vous y avez réussi pleinement sans que de nouvelles pertes soient à déplorer, malgré les tentatives jusqu'au dernier instant des insurgés. Je salue le travail remarquable et l'efficacité avec laquelle les états-majors et les unités ont conduit et maîtrisé cette opération.

En sept mois, ce sont près de 2.000 soldats qui sont rentrés. La moitié des équipements - progressivement déployés au cours de dix années de présence - ont également été rapatriés sur notre territoire en quelques mois. Je veux vous en féliciter et dire combien j'ai apprécié la collaboration de pays voisins de l'Afghanistan qui nous ont permis de dégager ces matériels.

J'ai une attention particulière pour le général Hautecloque-Rayz qui vient de commander avec sang-froid la dernière «Task Force La Fayette».

Au-delà du général, je veux associer à ce succès tous les militaires qui ont contribué à sa réalisation ; également les civils au ministère de la défense qui ont accompagné ce processus.

Je vous souhaite un bon retour dans votre pays. Je pense bien sûr, avec une profonde émotion, à ceux qui ne rentreront pas, qui ne rentreront jamais.

Comme je l'ai fait lors des cérémonies du 11 novembre accompagné des enfants de deux militaires tués au combat, je veux rendre devant vous un hommage solennel à vos 88 camarades tombés en Afghanistan. Ils sont morts pour la France : nous ne les oublierons jamais.

Je pense aussi à leurs familles, encore meurtries par le deuil. Nous serons à leurs côtés.

J'associe les blessés : plus de 700 de nos soldats portent dans leur chair les traces du combat. Je leur dis - à eux et à leurs proches - qu'ils peuvent compter sur le soutien de notre pays et sur l'esprit de solidarité de cette grande famille qu'est la communauté militaire. J'ai eu l'occasion de visiter l'hôpital militaire de Percy et l'Institution nationale des Invalides : j'ai rencontré ces blessés, admiré leur courage, leur force d'âme ; j'ai entendu ce qu'ils me disaient, leur volonté de retourner le plus vite possible sur le lieu même où ils avaient été touchés et blessés.

J'ai pu aussi évaluer la prise en charge de nos blessés et le dévouement des cellules d'aide de nos armées. Je veux vous en adresser toutes mes félicitations.

Au total, 70.000 soldats ont été en mission en Afghanistan depuis onze ans. C'est considérable et sans doute historique par rapport à ce qu'étaient les missions jusque-là engagées. 70.000 soldats ont été confrontés à des situations extrêmement délicates et ont pu rencontrer des risques, y compris celui de disparaître.

Je veux là encore convaincre les français que ce que nous avons fait en Afghanistan était utile. Et je sais aussi les sacrifices, les angoisses de nombreuses familles qui ont accepté qu'il y ait cette mission et qu'elle puisse être menée à bien. À tous, j'exprime ma gratitude.

La France s'est battue en Afghanistan pour une cause juste. D'abord elle a pris sa décision en fonction d'un mandat, celui confié par le Conseil de sécurité des Nations unies au lendemain d'un attentat terroriste qui avait frappé les États-Unis d'Amérique le 11 septembre 2001. La France a pris sa décision souverainement et elle l'a fait parce qu'elle avait conscience de participer à l'éradication du terrorisme.

Aujourd'hui cette mission s'achève. L'organisation Al-Qaïda a été chassée d'Afghanistan, son chef a été tué et ceux qui soutenaient cette organisation ont été durablement désorganisés et affaiblis.

Depuis 2008, en Kapisa et en Surobi, l'armée française avait la responsabilité de former les forces de sécurité afghanes et d'assurer la transition avec les autorités locales. Cette tâche a été menée à bien et une relation de confiance avec la population de ces régions a permis de soutenir le développement économique et social de ces villages et de ces vallées, où des projets ont pu être conduits. C'est grâce à vous.

En avons-nous complètement terminé ? Non. Mais nous entrons dans la dernière phase de notre engagement. Je l'ai dit, 2.000 soldats ont été retirés d'Afghanistan - ceux qui étaient dans les zones de combat. Il reste 1.500 soldats qui ont comme mission première de désengager les matériels et de les faire revenir en France. Au milieu de l'année 2013 il n'y aura plus que 500 militaires français présents en Afghanistan et affectés à trois missions principales : la formation, l'hôpital de Kaboul et l'aéroport, donc au service des forces alliés et de la population.

Nous ferons en sorte là encore de le faire dans un cadre clair et c'est la raison pour laquelle un Traité d'amitié et de coopération - que le Parlement français a d'ailleurs ratifié - a été signé, nous permettant d'être liés à l'Afghanistan. Une aide financière a été déployée - elle atteindra d'ailleurs 300 millions d'euros - et elle accompagnera ce pays à passer d'une économie de guerre à une économie de paix. Nous avons donc toujours un rôle à jouer, mais différent, n'appelant pas une présence militaire mais une coopération militaire et civile.

Je vous dis donc à vous tous : «mission accomplie» Je vous dis aussi «action exemplaire».

Je vous dis «félicitations pour ce que vous avez fait» ! Vous avez été dignes de votre engagement, de votre vocation, de votre uniforme. Vous avez défendu les valeurs de la République, mais également le mandat des nations unies : vous étiez envoyés par la France mais vous interveniez dans le cadre prévu par le droit international.

Vous revenez de l'autre bout du monde. Vous retrouvez votre pays. Vous avez servi la paix.

Votre patrie - que vous avez si bien servie - vous exprime aujourd'hui par ma voix sa gratitude. Elle sait aussi pouvoir compter sur vous - parce que vous êtes des militaires - pour d'autres responsabilités et d'autres actions, que vous conduirez au nom de la France en fonction des objectifs qui vous sont assignés et aussi grâce à la qualité de votre service.

Il y a des moments où nous pouvons - au-delà de nos différences - être fiers d'être ensemble réunis. Aujourd'hui la France peut être fière de son armée pour ce qu'elle a fait en Afghanistan et aussi pour le retrait de nos troupes : réussite exemplaire, de qualité, de courage, de dévouement et je voulais ici vous en rendre hommage. Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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4. Italie - Point de presse informel du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Rome, 21/12/2012)

Q - À la dernière rencontre des leaders progressistes à Rome, on a beaucoup parlé de la nécessité de faire des politiques communes au lieu des politiques nationales. Et on a dit aussi qu'aujourd'hui, l'Europe est un peu trop néolibérale. Alors je voudrais vous demander comment pourrait être une Europe plus sociale-démocrate.

R - Ce que je constate à ce sujet, en discutant avec Pier-Luigi Bersani, c'est que nous sommes tout à fait d'accord sur les orientations que pourrait avoir l'Europe. Il faut concilier le sérieux budgétaire avec, dans le même temps, la nécessité d'une relance de la croissance, ainsi que les dimensions sociale et environnementale. De ce point de vue-là, je pense que le travail qu'ont commencé à réaliser ensemble la France et l'Italie doit être continué et amplifié dans la période qui vient, c'est manifeste dans nos conversations.

Q - L'impression aujourd'hui est que l'axe franco-allemand est aujourd'hui plus fragile. Deux questions sur cela : d'après vous, de quoi dépend ce changement ? Est-ce un bien ou un mal ?

R - Nous sommes très attachés au partenariat entre la France et l'Allemagne : c'était vrai hier, cela est vrai aujourd'hui et ce sera vrai demain. Compte tenu à la fois du poids de nos deux pays dans l'Europe, de nos liens historiques - d'abord de nos drames historiques, puis de la réconciliation - le partenariat franco-allemand est tout à fait important. Mais, il y a effectivement probablement deux changements par rapport à la période précédente. Le premier, c'est que le partenariat franco-allemand doit être ouvert à d'autres. Il ne s'agit pas d'un partenariat refermé, et parmi les autres, au premier rang, figure l'Italie. Ce n'est pas l'Allemagne et la France d'un côté, et le reste de l'Europe de l'autre. L'Italie est un très grand pays, aussi bien sur les plans économique, culturel et politique et nous souhaitons un partenariat ouvert. S'agissant du partenariat franco-allemand, nous voulons que ce soit un partenariat égal et d'égal à égal. Je ne vais pas revenir sur la période précédente mais nous avions parfois l'impression que la décision était prise par l'Allemagne, avant qu'une sorte de construction soit faite pour présenter cela comme franco-allemand. Il s'agit là d'un partenariat d'égal à égal, un partenariat ouvert. Il ne faut donc pas voir l'amitié franco-italienne comme une alternative à l'amitié franco-allemande. L'amitié franco-italienne est consubstantielle à ce que doit être le développement européen.

Q - François Hollande a montré qu'il appréciait beaucoup le gouvernement Monti. Vous aussi, vous avez prononcé à plusieurs reprises des paroles d'appréciation sur le travail de ce gouvernement. Croyez-vous que le bien de l'Europe passe par la poursuite de la ligne politique imposée par le gouvernement Monti, même une fois le mandat de ce dernier achevé ?

R - D'abord, en tant que membre du gouvernement français je n'ai pas à m'ingérer dans les affaires intérieures de l'Italie. Il est évident que nous avons très bien travaillé avec le gouvernement de Mario Monti, que Pier-Luigi Bersani a soutenu, comme il le disait à l'instant. Mais j'ai également beaucoup d'estime, et même plus que de l'estime, des relations d'amitié et de confiance avec Pier-Luigi Bersani, et ce n'est pas parce que je dis du bien de M. Bersani, que je dois dire du mal de quelqu'un d'autre ! C'est assez rare en politique, où domine souvent une vision manichéenne. Bien au contraire ! Nous sommes liés par des relations d'amitié. Nous avons des engagements communs, qui sont bien connus. Cela dit, je suis convaincu que l'Italie et la France continueront de travailler étroitement avec le futur représentant de l'Italie. C'est au peuple italien qu'il revient d'en décider./.

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5. États-Unis/Désignation de M. John Kerry au poste de secrétaire d'État des États-Unis d'Amérique - Déclaration du ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius (Paris, 21/12/2012)

J'adresse mes plus chaleureuses félicitations à John Kerry, désigné par le président Barack Obama pour succéder à Hillary Clinton au poste de secrétaire d'État. Les Français connaissent sa compétence, son expérience des dossiers internationaux difficiles ainsi que ses qualités d'homme de dialogue. Je connais également son attachement personnel à l'amitié franco-américaine.

Sur la base des valeurs qui unissent nos deux pays et de notre engagement commun pour la liberté, la paix et la sécurité, je serai très heureux de pouvoir travailler avec John Kerry dès qu'il pourra prendre ses fonctions./.

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6. Point de presse du porte-parole adjoint du ministère des affaires étrangères - RDC/Naufrage - Le Quai d'Orsay lance son application «Conseils aux voyageurs» pour tablettes - Mali/Destruction de mausolées à Tombouctou - Cyclone Évan/Aide d'urgence de la France en faveur de Fidji - République Centrafricaine - Avancée des rebelles - Syrie/Bombardement de Halfaya - Taïwan - Soudan du Sud/Tirs contre un hélicoptère de l'ONU - Pakistan/Assassinat de M. Bashir Ahmed Bilour - Nigéria (Paris, 24/12/2012)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint du ministère des affaires étrangères a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - RDC - Naufrage

Mme Yamina Benguigui, ministre déléguée chargée de la francophonie, exprime sa très vive émotion devant les conséquences tragiques du naufrage survenu le 21 décembre sur le fleuve Congo à proximité de Kinshasa, en République démocratique du Congo, et dont le dernier bilan provisoire est d'au moins neuf morts.

Mme Benguigui exprime ses sentiments de profonde sympathie et de solidarité envers tout le peuple congolais. Ses pensées vont aux victimes de la catastrophe et à leurs proches, dont elle partage la douleur en cette veille de Noël et auxquels elle exprime ses condoléances les plus sincères.

2 - Le Quai d'Orsay lance son application «Conseils aux voyageurs» pour tablettes (iPad et sous Androïd)

Le ministère des affaires étrangères lance une application gratuite, «Conseils aux voyageurs», destinée aux tablettes tactiles.

Après le succès de l'application «Conseils aux voyageurs» pour smartphones, téléchargée plus de 100 000 fois, la version pour iPad et pour tablettes fonctionnant sous Androïd est aujourd'hui disponible.

Une attention toute particulière a été portée à l'ergonomie de cette application pour tablettes. L'expérience est rendue plus intuitive, notamment à l'aide d'une navigation cartographique qui permet d'exploiter de manière optimale les possibilités offertes par les tablettes.

L'autre grande nouveauté réside dans un système de géolocalisation qui permet de savoir instantanément où se trouve l'ambassade ou le consulat de France le plus proche.

Cette application pour tablettes renforce le service offert au public. Elle s'ajoute à la rubrique correspondante sur le site France Diplomatie, à l'application pour smartphones et au compte Twitter @ConseilsVoyages, le ministère des affaires étrangères souhaite renforcer le service qu'il propose au grand public.

À l'heure où le nombre de mobinautes français est estimé à plus de 18 millions, le ministère des affaires étrangères veille à proposer systématiquement des services spécialement conçus pour une consultation depuis des terminaux mobiles.

La diplomatie numérique est l'une des priorités du ministère des affaires étrangères, qui est très actif sur les réseaux sociaux, avec près de 200.000 abonnés sur son compte Twitter @francediplo et plus de 30.000 abonnés sur son compte Facebook (facebook.com/France.diplomatie). Le site France Diplomatie est consulté par près de 1,7 million d'internautes par mois.

3 - Mali - Destruction de mausolées à Tombouctou

La France condamne très fermement les nouvelles destructions de mausolées de saints musulmans dans la ville de Tombouctou. Ceux qui se sont rendus coupables de telles destructions devront répondre de leurs actes, qui traduisent un véritable esprit d'intolérance. Ces destructions s'accompagnent de la poursuite de graves atteintes aux droits fondamentaux de la personne, qui suscitent notre réprobation.

Nous appelons à la protection de ce patrimoine classé par l'UNESCO, qui figure également sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité en péril.

4 - Cyclone Évan - Aide d'urgence de la France en faveur de Fidji

À la suite du cyclone Évan, qui a durement frappé Wallis-et-Futuna, les îles Fidji et l'État indépendant de Samoa, la France a mis en place une aide d'urgence en faveur de Fidji. Un avion transporteur CASA CN-235 des forces armées, en provenance de Nouvelle Calédonie, est arrivé le 22 décembre à 13 heures à l'aéroport de Nausori (Suva) avec à son bord du matériel d'urgence, des groupes électrogènes et des pompes à eau. L'appareil a redécollé dans l'après-midi pour effectuer une rotation sur Labasa (Nord de Fidji), afin d'y acheminer du matériel français ainsi qu'un chargement de la Croix-Rouge fidjienne. La mission s'est conclue le 23 décembre avec un vol de reconnaissance à basse altitude sur les zones les plus touchées, afin d'aider le gouvernement fidjien à préciser son évaluation des dégâts.

L'opération a été organisée dans le cadre de l'accord «FRANZ», signé il y a exactement vingt ans en décembre 1992 entre la France, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Cet accord prévoit une coordination entre nos trois pays en cas de catastrophe naturelle dans le Pacifique.

5 - République centrafricaine - Avancée des rebelles

La France condamne la poursuite des hostilités en République centrafricaine de la part des mouvements rebelles. Comme les membres du Conseil de sécurité des Nations unies l'ont rappelé le 19 décembre, les groupes mettant en danger la stabilité du pays devront répondre de leurs agissements.

Il est nécessaire de parvenir à un règlement politique de la crise actuelle. C'est pourquoi nous appelons toutes les parties centrafricaines à s'engager sans délai et de bonne foi dans les négociations qui doivent s'ouvrir à Libreville, sous l'égide de la communauté économique des États d'Afrique centrale (CEEAC), entre le gouvernement centrafricain, les mouvements rebelles et l'opposition démocratique.

La France demeure résolue à appuyer ce processus, en coordination avec les Nations unies, l'Union africaine, la CEEAC, l'Union européenne et tous les partenaires internationaux attachés à la stabilité et au développement de la République centrafricaine.

Nous apportons de même notre plein soutien aux décisions annoncées par les chefs d'État et de gouvernement d'Afrique centrale, réunis à Ndjamena le 21 décembre : la crise que connaît la République centrafricaine doit se régler par le dialogue.

6 - Syrie - Bombardement de Halfaya

La France condamne avec la plus grande force le bombardement par les forces du régime qui, le 23 décembre, a visé la localité de Halfaya. En prenant délibérément pour cible une boulangerie, ce bombardement a fait plus de soixante morts parmi les civils, dont des femmes et des enfants.

Cet acte odieux est une nouvelle preuve de la sauvagerie du régime de Bachar Al-Assad, qui ne recule devant aucun moyen pour se maintenir au pouvoir. La France souhaite que ces crimes ne restent pas impunis et que leurs auteurs en rendent compte devant la justice pénale internationale.

7 - Taïwan - Exécution de six condamnés à mort (21 décembre 2012)

La France condamne l'exécution de six condamnés à mort à Taïwan le 21 décembre 2012. Cette exécution intervient au lendemain de l'adoption par l'Assemblée générale des Nations unies, à une majorité jamais atteinte auparavant, d'une résolution appelant à l'instauration d'un moratoire universel sur la peine de mort.

Nous demandons le rétablissement du moratoire observé de fait à Taïwan entre 2006 et 2010 et invitons les autorités à ouvrir un débat national sur l'avenir de la peine de mort.

La France, comme ses partenaires de l'Union européenne, réaffirme son opposition déterminée et constante à la peine de mort, en tous lieux et en toutes circonstances. C'est le sens de la campagne en faveur de l'abolition universelle lancée officiellement à Paris le 9 octobre 2012 par M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères.

8 - Soudan du Sud : tirs contre un hélicoptère de l'ONU

La France condamne les tirs contre un hélicoptère de l'ONU, à l'origine du décès de quatre membres d'équipage.

Nous présentons nos sincères condoléances aux familles des victimes ainsi qu'à leurs proches.

Nous appelons les autorités sud-soudanaises, qui ont pour obligation d'assurer la protection des personnels de l'ONU, à mener une enquête dans les meilleurs délais sur les circonstances exactes de cet événement tragique ainsi qu'à traduire ses auteurs en justice.

9 - Pakistan - Assassinat de M. Bashir Ahmed Bilour, ministre du gouvernement provincial du Khyber-Pakhtunkhwa (22 décembre 2012)

La France condamne avec la plus grande fermeté l'attentat qui a coûté la vie le 22 décembre à Peshawar à M. Bashir Ahmed Bilour, ministre du gouvernement provincial du Khyber Pakhtunkhwa, et à huit autres personnes.

Elle s'associe à la douleur des parents et des proches des victimes et appelle les autorités pakistanaises à poursuivre les auteurs de cet acte odieux.

10 - Nigéria

Q - Que pensez-vous de la revendication formulée à la suite de l'enlèvement d'un français au Nigéria ?

R - Nous avons pris note de la diffusion de ce communiqué. Les vérifications sont en cours.

Nous restons pleinement mobilisés pour obtenir la libération de notre compatriote./.

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7. Nomination (Paris, 24/12/2012)

Le Journal officiel du 23 décembre 2012 a publié la nomination de Guy Yelda, en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès du Grand-Duché de Luxembourg en remplacement de M. Jean-François Terral./.

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