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Bulletin d'actualités du 15 octobre 2012


Sommaire



1. Politique africaine - Discours du président de la République devant l'Assemblée nationale de la République du Sénégal - Entretien du président de la République avec «Canal+Afrique» - Entretien du ministre délégué chargé du développement avec «France Info» - Dakar, 12 octobre 2012

 

Discours du président de la République devant l'Assemblée nationale de la République du Sénégal

- Dakar, 12 octobre 2012

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,

Mesdames et Messieurs les Membres du gouvernement,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Membres du corps diplomatique,

Mesdames et Messieurs,

C'est un honneur que vous me faites en m'invitant à m'exprimer au sein de votre Assemblée nationale. J'y vois un double symbole. Le premier, c'est le symbole de la vitalité de votre démocratie. Le second, c'est la singularité du lien qui unit nos deux pays.

J'effectue ici, à Dakar, mon premier déplacement en Afrique depuis mon élection à la présidence de la République française. Ce choix est celui de l'Histoire. Mais il est surtout et avant tout le choix de l'avenir.

L'histoire que nous avons en commun, elle est belle, elle est rebelle, elle est cruelle. Une histoire qui nous lègue une langue en partage, mais aussi une culture politique en commun : la démocratie.

Je pense en cet instant à Blaise Diagne, et à ses successeurs, qui ont activement participé aux travaux du Parlement français après la guerre. Je pense à Léopold Sedar Senghor qui fit partie, non seulement du gouvernement de la République française, mais du Comité qui fut chargé en 1958 de réfléchir et d'élaborer la Constitution de la Vème République. Je suis donc doublement en dette devant vous.

Avec vos représentants sénégalais, vous avez contribué à la République française et même à la Constitution qui me permet d'être aujourd'hui, chef de l'État.

Notre histoire est aussi celle d'une fraternité. Celle de combats menés ensemble.

La France se souvient qu'en 1914 et 1940, elle a pu compter sur le concours de nombreux Sénégalais enrôlés de gré ou de force sous le drapeau tricolore et dont le courage a permis à notre pays d'être celui qu'il est aujourd'hui.

Par deux fois au cours du dernier siècle dernier, le sang africain a été versé pour la liberté du monde. Je ne l'oublierai jamais.

Cette histoire, notre histoire, a aussi sa part d'ombre. Comme toute nation, la France se grandit lorsqu'elle regarde lucidement son passé.

Je serai cet après-midi avec le président Macky Sall sur l'Île de Gorée pour rendre hommage à la mémoire des victimes de l'esclavage et de la traite négrière, en présence d'élus des Outre-mer français dont j'ai souhaité la présence à mes côtés. L'histoire de l'esclavage, nous devons la connaître, l'enseigner et en tirer toutes les leçons pour que l'exploitation des êtres humains puisse être combattue avec la plus grande énergie, parce que c'est l'idée même de l'humanité que nous avons en partage. À la Maison des esclaves, qui fait face à l'océan Atlantique, je ne m'inclinerai pas seulement devant l'histoire, devant ces hommes, ces femmes, ces enfants emmenés de force pour être esclaves, mais je m'engagerai aussi pour la dignité humaine partout où elle est blessée et vous serez avec moi dans ce combat.

La part d'ombre de notre histoire, c'est aussi la répression sanglante qui en 1944 au camp de Thiaroye provoqua la mort de 35 soldats africains qui s'étaient pourtant battus pour la France. J'ai donc décidé de donner au Sénégal toutes les archives dont la France dispose sur ce drame afin qu'elles puissent être exposées au musée du mémorial.

***

Mais la meilleure raison, la plus sûre raison même de ma présence ici, c'est que je veux vous parler de l'avenir. L'avenir du Sénégal, l'avenir de l'Afrique.

Le Sénégal, votre pays, votre République est un exemple.

Les trois premiers présidents sénégalais ont su, dans leurs diversités, transmettre, tous, le flambeau à leur successeur, permettant à votre pays, et soyez en fiers, de réussir des alternances sans déchirement.

Votre Assemblée, ici, devant laquelle je m'exprime, est l'une des seules du continent à avoir exercé la totalité de ses droits, sans interruption, depuis l'indépendance.

Et quand je vois, sous mes yeux, le nombre de femmes, présentes ici comme représentantes du peuple sénégalais - un rapport qui a doublé par rapport aux dernières élections - cela m'inspire beaucoup de modestie, parce qu'en France nous ne sommes pas encore à votre niveau, même s'il y a eu quelques progrès.

Voilà ce qui nous rassemble, Mesdames et Messieurs les Députés.

Le respect des droits de l'Homme, l'égalité devant la loi, la garantie de l'alternance, les droits des minorités, la dignité de la femme, la liberté religieuse : autant de valeurs universelles ancrées chez vous et qui doivent s'épanouir dans toute l'Afrique.

Je ne suis pas venu ici, à Dakar pour montrer un exemple, pour imposer un modèle, ni pour délivrer une leçon. Je considère les Africains comme des partenaires, comme des amis. L'amitié crée des devoirs : le premier d'entre eux est la sincérité. Je veux leur parler librement, directement, le faire sans ingérence, mais avec exigence.

La démocratie vaut pour elle-même, partout. Aucun pays, aucun continent, ne peut en être privé. Mais elle vaut aussi pour ce qu'elle permet, pour ce qu'elle apporte. Il n'y a pas de vrai développement économique, ni de vrai progrès social sans démocratie.

J'ai une conviction profonde : si l'Afrique, berceau de l'humanité, parvient à vivre et à faire vivre pleinement la démocratie, partout et pour tous, si elle réussit à vaincre ses divisions, alors l'Afrique sera le continent où se jouera l'avenir même de la planète.

L'Afrique est portée par une dynamique démographique sans précédent : la population au sud du Sahara doublera en l'espace de quarante ans - pour atteindre près de 2 milliards de femmes et d'hommes en 2050. Le nombre d'habitants aura été multiplié par dix en un siècle : c'est un changement sans équivalent dans l'histoire même de l'humanité. L'Afrique est la jeunesse du monde.

Elle est aussi une terre d'avenir pour l'économie mondiale. La croissance y est supérieure à beaucoup de croissances des pays dits développés, cette croissance a été ces dernières années toujours à un rythme plus important et elle vous permet, même si c'est difficile, d'accéder à de nouveaux marchés, à de nouveaux produits. Les besoins d'infrastructures sont considérables. La qualité de son agriculture, ses ressources naturelles, ses richesses minières, ce continent a tous les atouts pour être demain le continent de la croissance, du développement et du progrès. Il y a en Afrique un potentiel exceptionnel. Les paysans, les artisans, les étudiants, les entrepreneurs, les savants constituent une ressource formidable pour votre avenir.

Les grands pays se tournent vers l'Afrique et investissent massivement. Vous n'avez pas à avoir peur de cet intérêt nouveau. Vous pouvez vous en méfier, il peut y avoir des prédateurs. Vous devez être conscients que vos institutions, vos pratiques, vos capacités vous permettront de guider, d'orienter ces capitaux dans votre propre intérêt.

Permettez-moi le discours de la franchise. Votre défi, c'est de renforcer la place de votre continent dans la mondialisation. C'est de donner une finalité plus humaine à ce monde, de prendre votre place, d'assumer votre responsabilité. Aucun enjeu planétaire ne pourra se faire sans l'Afrique. Toutes les réponses essentielles passent déjà par votre continent : l'économie, les matières premières, l'environnement, l'énergie, la gouvernance mondiale. Dans toutes les grandes négociations internationales, sur ces sujets, la France et l'Europe mais aussi l'Afrique partagent la même vision de l'avenir.

Je vous fais ici une promesse, dans ces grandes négociations qui ont lieu aujourd'hui sur le commerce, sur le climat, sur les questions économiques, vous êtes notre premier partenaire et la France sera votre premier allié.

Le devoir d'un pays comme le mien, c'est de vous accompagner dans les domaines d'avenir, pas simplement les ressources naturelles mais aussi l'agro-alimentaire, les télécommunications, les services.

***

C'est vers cette Afrique de demain que je suis tourné, c'est vers cette Afrique de demain que je viens ici au Sénégal.

Le changement viendra d'abord et avant tout des peuples. Les Africains ont pris leur destin en main et ce mouvement ne s'arrêtera pas.

Chaque pays en Afrique connait son propre dynamisme et parfois connait des rechutes. Chaque pays adapte ses institutions à ses réalités. Chaque pays est chahuté par des mouvements qui contestent les frontières issues de la colonisation. Mais au-delà de toutes ces turbulences, j'ai confiance. L'Afrique est en marche et les principes sur lesquels elle peut fonder son développement sont ceux-là même que vous portez ici au Sénégal.

Le premier de ces principes auxquels j'adhère, c'est la transparence. Vous avez raison d'exiger de toutes les entreprises qui viennent ici investir chez vous ou occuper des positions d'être transparentes et de pouvoir rendre des comptes chaque fois qu'il est nécessaire.

Le second principe c'est la bonne gouvernance. C'est une condition de la stabilité, de la sécurité et de la probité. C'est pourquoi je salue ici l'initiative du président Macky Sall de lancer une opération de récupération des biens mal acquis. La France n'y fera pas obstacle, jamais. La lutte contre la corruption, les abus financiers, contre l'impunité est l'affaire, non pas de l'Afrique, c'est l'affaire de tous. Nous devons être intraitables face à ceux qui pourraient se croire autorisés à voler les deniers de leur propre pays, mais aussi être implacables face à ceux qui viennent chercher des contrats en ne négligeant aucun moyen de pression ou d'influence.

Le troisième principe c'est l'égalité. Car si l'Afrique se développe à un bon rythme, si sa croissance est particulièrement dynamique, le nombre de pauvres, lui, ne cesse de progresser à mesure que la population elle-même augmente. Près de la moitié des pays du continent sont en passe d'atteindre, et c'est votre fierté, les Objectifs du Millénaire. Mais trop nombreux sont ceux qui restent au bord du chemin. La question des inégalités, est, pour vous comme pour nous, pour le Sénégal comme pour la France, au coeur du message que nos peuples attendent de nous.

Et notamment les femmes qui, en Afrique, constituent une formidable force de changement et de transformation. Plus nombreuses que par le passé à s'impliquer dans la vie économique et sociale, elles jouent un rôle majeur auprès de la jeunesse africaine qui représentera les deux tiers, bientôt, de la population du continent.

Voilà ce que je voulais vous dire : confiance en vous, fierté de ce que vous avez déjà accompli, ouverture aux autres et certitude que vous êtes sur le bon chemin, que l'Afrique est un continent d'avenir. Mais en même temps je n'ignore rien des menaces auxquelles vous faites face et des périls qui sont autour de vous.

Je pense particulièrement au Mali, victime de groupes extrémistes qui font régner la terreur dans le Nord. C'est votre sécurité qui est en jeu, c'est aussi la nôtre, celle de l'Europe qui connait la valeur inestimable de la paix pour laquelle elle a obtenu aujourd'hui même le Prix Nobel.

Cette Europe qui a fait la paix, qui fait la paix, cette Europe, elle doit aussi faire la paix et vouloir la paix en Afrique chaque fois qu'il y a un conflit et du terrorisme. Elle sera derrière vous. Mais c'est vous, les Africains, qui aurez la responsabilité de décider ce qui est bon pour votre propre sécurité.

Le futur de l'Afrique se bâtira par le renforcement de la capacité des Africains à gérer eux-mêmes les crises que le continent traverse.

Les organisations telles que la CEDEAO et l'Union africaine se sont imposées dans le traitement d'un certain nombre de conflits.

C'est très encourageant. L'engagement des armées africaines dans le maintien de la paix, au sein des Casques bleus en est la preuve. Je pense au courage des Burundais, des Djiboutiens, des Éthiopiens, des Kényans et des Ougandais qui payent un lourd tribut pour libérer la Somalie. Je salue ici les soldats sénégalais engagés dans des opérations de maintien de la paix difficiles, en Côte d'Ivoire, en Guinée-Bissau, en RDC et au Soudan. Merci au Sénégal.

Aujourd'hui, c'est la crise que connaît le nord du Mali, occupé et violenté, qui doit nous fédérer. On en connaît les causes, elles sont multiples. Les pratiques maffieuses des groupes terroristes, les erreurs qui ont marqué la fin de l'intervention en Libye, et notamment le manque de contrôle des armes, les trafics de drogue qui ont corrompu une partie de l'économie malienne, mais qui menacent, on le sait bien, une bonne partie de l'Afrique de l'Ouest. Il y a aussi une insuffisance du développement économique au Sahel, qui a nourri le désespoir. Je connais tout ça. Y compris l'absence de mise en oeuvre effective des accords passés qui auraient dû conduire à une coexistence harmonieuse entre les communautés du Mali.

Mais sommes-nous là pour faire des analyses, pour essayer de comprendre, ou pour prendre nos responsabilités ? Les horreurs actuelles ne peuvent plus se poursuivre. Comment accepter ces mausolées profanés, ces mains coupées, ces femmes violées ? Comment tolérer que des enfants puissent être enrôlés de force par des milices, que des terroristes viennent dans cette région pour ensuite semer la terreur ailleurs ? La France, je l'ai dit aussi, à travers ses ressortissants dans cette région, a été attaquée et agressée.

Le Mali a fait appel à la communauté internationale et demande un soutien. Nous devons le lui apporter, avec la CEDEAO, avec l'Union africaine. L'Organisation des Nations unies, à notre initiative mais aussi à l'initiative de bien des pays européens, est désormais prête à apporter aussi une base légale. Au moment même où je m'exprime, une résolution au Conseil de sécurité est en train d'être délibérée. Elle permettra de donner un cadre légal à ce que les Africains décideront eux-mêmes d'engager.

***

Chers Amis,

Je vous ai parlé de votre avenir, de vos capacités, de vos atouts.

Des menaces aussi. Des responsabilités qui sont les vôtres.

Mais je veux, maintenant, vous dire ma volonté de renouveler la relation entre la France et l'Afrique.

Le temps de ce qu'on appelait autrefois «la Françafrique» est révolu. Il y a la France et il y a l'Afrique. Il y a le partenariat entre la France et l'Afrique, avec des relations fondées sur le respect, sur la clarté et sur la solidarité.

La clarté, c'est la simplicité dans nos rapports d'État à État.

Les émissaires, les intermédiaires, les officines trouvent désormais porte close à la présidence de la République française comme dans tous les ministères.

La clarté, c'est dans la constitution du gouvernement, que j'ai décidé de former, la décision que j'ai prise de remplacer le ministère de la coopération par celui du développement placé auprès du Quai d'Orsay, indiquant ma conviction que nous devons gérer ensemble les grands défis de l'humanité, les changements climatiques, la question des maladies, le développement solidaire. Bref, ce qui compte aujourd'hui, ce qui est espéré de la France ce n'est pas une coopération, c'est un développement.

Le respect, c'est aussi la franchise. Elle doit être réciproque. Je ne cèderai pas à la tentation de la complaisance, et je n'en attends pas non plus en retour de la part de l'Afrique. Nous devons tout nous dire. Ce que nous pensons, ce que nous croyons, ce qui est utile.

Cette sincérité, elle vaut en particulier pour le respect des valeurs fondamentales : la liberté des médias, l'indépendance de la justice, la protection des minorités. Car, sans État de droit il ne peut y avoir de fonctionnement normal de l'État, ni d'investissement durable des entreprises, ni de société en paix. Nous devons être particulièrement engagés dans la lutte contre les violences. Violences faites aux enfants, violences faites aux femmes, violences faites aux personnes déplacées. Voilà le message que nous devons faire passer ensemble, français et africains.

Le respect, c'est une définition parfaitement claire de la présence militaire française en Afrique. Celle-ci ne pourra se poursuivre que dans un cadre légal et transparent. Ainsi, l'accord de défense entre la France et le Sénégal a récemment été revu. Il sera rapidement ratifié dans nos deux pays, dans nos deux parlements. Il en sera de même partout, et ces accords de défense ne contiendront plus de clauses secrètes. J'irai au bout de cette démarche, car je veux aussi tirer tous les enseignements des crises que nous devons affronter ou que nous avons traversées. Nous n'avons pas besoin de forces statiques en Afrique, nous avons besoin de forces réactives, capables de s'adapter et de privilégier une réponse plutôt que simplement une présence. C'est dans cet esprit que sera définie la nouvelle politique de défense de la France.

Je vous ai parlé de clarté, je vous ai parlé de respect. Je veux vous parler de solidarité.

La solidarité, c'est le développement.

L'Afrique sub-saharienne est la première priorité de la politique de la France, puisqu'elle concentre plus de la moitié de notre effort budgétaire. Mon pays est particulièrement actif pour défendre les intérêts de l'Afrique dans les institutions multilatérales. Mais le partenariat franco-africain ne peut pas, ne doit pas se limiter aux seuls États.

Il associera donc les ONG davantage qu'aujourd'hui, les collectivités locales. Et puis aussi tous ceux qui, entrepreneurs, veulent participer avec les sociétés civiles à ce que nous avons à faire ensemble. Il faut en terminer avec ces relations d'États à États qui ignorent les peuples et les sociétés.

La solidarité, c'est aussi d'aller chercher de nouveaux financements, ce que j'appelle les financements innovants, pour trouver de nouvelles ressources et les mettre au service de projets futurs.

Au niveau européen, une taxe sur les transactions financières sera bientôt en place dans onze pays. Pour la France, 10 % du produit de cette taxe ira au développement et à la lutte contre les pandémies qui meurtrissent votre continent. Je pense au paludisme, à la tuberculose, au sida. Nous allons avec cette taxe sur les transactions financières montrer une nouvelle fois l'exemple. L'exemple de ce que nous pouvons faire pour limiter l'influence de la finance. L'exemple de ce que nous devons faire pour utiliser les ressources au service du développement.

La solidarité ne peut être simplement qu'une affaire de finance et d'échange de moyens matériels !

La solidarité, c'est aussi l'échange entre des hommes et des femmes qui veulent circuler. J'entends mettre fin à ce paradoxe absurde, qui fait que la France, dans un passé récent, ait trop souvent fermé la porte à ceux-là même qui voulaient y créer des emplois, y développer des échanges, participer à l'effort de recherche ou de création artistique ! Je souhaite donc que les procédures administratives soient simplifiées pour les étudiants, dès lors qu'ils sont motivés, talentueux, capables de subvenir à une grande part de leurs besoins.

Je veux aussi que les artistes, les créateurs ne soient pas contraints de renoncer à un déplacement en France faute d'obtenir un visa. J'ai entendu le message de votre ministre de la culture, Youssou N'Dour. C'est parce que j'ai entendu ce message que nous allons améliorer nos procédures, tout en étant responsables sur la maîtrise de notre immigration.

La solidarité, c'est, aussi, la consolidation de la zone franc. Vous êtes attachés à cette zone de stabilité monétaire. Vous savez ce que vous lui devez, c'est-à-dire d'avoir été capables de créer, vous aussi, une union de l'Afrique de l'Ouest et de l'Afrique centrale, qui a permis une intégration et une stabilité. Mais, en même temps, est-ce que nous ne pourrions pas réfléchir ensemble, pays de la zone franc et la France, à assurer de manière plus active la gestion des réserves, des monnaies, de façon à ce que nous puissions les utiliser pour la croissance et pour l'emploi ?

Voilà l'enjeu de la relation entre la France et l'Afrique : développement des économies, un niveau supérieur dans nos échanges, une conception commune de nos responsabilités, des valeurs que nous portons, des exigences que nous posons.

Pour amplifier encore la croissance et le développement, je veux établir entre l'Europe et l'Afrique des relations économiques et commerciales plus équitables. Je considère que la position des pays africains dans la négociation des Accords de partenariat économique n'a pas été assez prise en compte. Cette discussion s'est enlisée. Je suis favorable à ce que nous la relancions sur de nouvelles bases, avec des conditions de calendrier et de contenu plus favorables pour les pays africains. Vous devez prendre votre part, dans les échanges, dans les négociations internationales. La France vous y aidera !

Nous voulons permettre aux États africains de négocier de meilleurs contrats avec les multinationales étrangères, et notamment dans le secteur minier. C'est la raison pour laquelle mon pays a mis en place, avec la Banque mondiale, une facilité financière pour renforcer l'assistance juridique aux pays africains dans la négociation de leurs contrats. Il s'agit de permettre aux pays d'Afrique de percevoir un juste prix pour les ressources qui sont prélevées sur leur territoire.

Ici au Sénégal, Mes Chers Amis, ces principes se traduisent par la volonté de la France d'être toujours à vos côtés. C'est la raison pour laquelle j'ai accordé en juillet dernier à votre pays une aide budgétaire exceptionnelle de 130 millions d'euros, pour répondre aux urgences que je connaissais et qui obligeaient la France. Il ne s'agissait pas de générosité, il s'agissait de solidarité, il s'agissait de compréhension. Vous savez l'importance que j'accorde à la relation entre nos deux pays.

Je salue ce que vous avez voulu faire avec le président Macky Sall en donnant la priorité à la jeunesse. Priorité à la jeunesse, ce fut aussi le thème de ma campagne présidentielle en France. Je sais ce qu'elle représente ici au Sénégal et partout en Afrique. Je comprends donc votre exigence, votre impatience. Tout à l'heure, nous visiterons avec le président Sall, l'un des trois centres de formation professionnelle que l'Agence française de développement a récemment financé à Dakar. La France continuera d'agir dans cette direction pour renforcer votre potentiel en matière d'éducation, de qualification. Nous agirons pour la rénovation de collèges publics dans l'académie de Dakar. Nous sommes conscients aussi que les jeunes africains veulent être mieux formés, ici dans leur propre pays, avec de grandes universités parce qu'il y a besoin de grandes universités africaines avec des centres de recherches pour que vous puissiez faire étudier, ici, vos enfants. Ce qui n'empêchera pas qu'ils puissent se déplacer pour nous apporter leurs concours et le produit de leur travail. Mais c'est ici que leur formation doit être faite et c'est ici que les jeunes qui sortiront de vos écoles, de vos universités, partout en Afrique et au Sénégal, devront trouver l'emploi qu'ils recherchent.

À travers l'éducation, à travers une conception de la santé, à travers les transports, les infrastructures que nous voulons développer, bref tout ce qui permet la mobilité, l'échange, la communication - qu'est-ce que nous voulons faire ? Nous développer ? Oui, sans doute, mais également partager. Partager une culture, partager une langue.

Parce que, ce qui nous unit aussi, c'est la francophonie, cette communauté qui permet de mieux se comprendre, mais aussi de mieux agir, cette communauté vers laquelle j'irai avec le président Macky Sall demain, à Kinshasa, pour la convaincre de s'élargir encore, de prendre toutes les initiatives et de porter des valeurs. Parce que parler une langue, parler la langue française, qui est ici une langue africaine, c'est aussi transmettre des valeurs, porter des messages, inspirer des peuples ; parler la langue française, c'est parler la langue de la liberté, c'est parler la langue de la dignité, c'est parler la langue de la diversité culturelle. C'est votre langue, c'est notre langue, nous l'avons en commun. Diffusons-la, portons-la et faisons en sorte que ceux qui la parlent aient une chance de plus que les autres.

Nous ne demandons pas d'écraser d'autres langues. Ici la langue française ne chasse aucune autre langue. Elle n'écrase rien, elle permet tout. Voilà pourquoi nous voulons partager ce bel idéal de la francophonie.

Vous avez aussi besoin, non seulement d'échanges humains, culturels, linguistiques ; vous avez besoin aussi d'échanges - je l'ai dit - d'infrastructures, de transports. Vos villes sont en train d'être transformées en Afrique. De très grandes villes mondiales seront en Afrique avec ce que cela génère comme complexité d'urbanisme, comme exigence de logements.

Je suis arrivé à l'aéroport - j'ai mis un certain temps avec le président Macky Sall car les Sénégalais étaient venus nombreux nous accueillir et nous circulions au ralenti. J'ai eu le temps d'observer ce que je découvrais. Je voyais ces immeubles qui sortaient de terre, je vois bien les besoins. Voilà pourquoi la France est prête à prendre toute sa part à cette construction, à cette invention.

Je parle des villes et je n'oublie pas les campagnes. L'Afrique a aussi un atout formidable avec la ruralité. Ne croyez pas que c'est une charge ou un poids ; ne pensez pas qu'il y aurait un exode rural qui serait irréversible, parce que ce serait ce qui vaudrait pour tous les développements. Non, votre agriculture doit être développée, vos produits peuvent être plus nombreux qu'aujourd'hui et mieux mis en valeur. Vous devez assurer votre sécurité alimentaire, la productivité en matière agricole peut connaitre, en Afrique, un développement considérable. Nous serons avec vous parce que l'Afrique a besoin de se nourrir par elle-même et d'assurer sa sécurité et son indépendance alimentaire.

***

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Je ne voudrais pas m'installer trop longtemps à cette tribune, c'est la vôtre. Vous m'avez fait grand honneur - je le disais - de m'accueillir ici. J'ai ressenti une grande émotion. Nous sommes dans un lieu que le colonisateur avait lui-même bâti. Vous vous en êtes libérés, vous avez été capables de trouver votre voie. Vous êtes une grande Nation et vous m'accueillez aujourd'hui comme un ami.

Nous sommes à la fois liés par l'Histoire et en même temps tellement conscients de ce que nous avons à faire ensemble, les uns avec les autres. Vous attendez de la France, non pas des mots, non pas des principes, même si les principes conduisent à l'action. Vous attendez qu'elle pose des actes, montre des preuves qu'elle est à vos côtés. Je veux essayer de vous convaincre que vous devez être fiers de vous-mêmes, fiers de votre avenir, conscients de votre présent et que vous avez à faire, finalement, le plus beau chemin possible, celui de votre développement. Vous avez une jeunesse qui, je le sais, attend beaucoup et parfois attend trop longtemps. Elle s'impatiente. Nous avons le devoir, les uns et les autres, de lui répondre.

Je remercie le Sénégal, ses honorables députés, son président de l'Assemblée, le président de la République, son gouvernement. Je remercie le Sénégal et le peuple sénégalais de m'avoir attendu, accueilli et accompagné, je ne l'oublierai jamais.

Je me souviendrai longtemps de la chaleur de son accueil. Mais nous avons encore tant à faire ensemble.

Une grande histoire commune nous lie. Il nous revient maintenant d'écrire, ensemble, un nouveau récit, de tracer l'avenir. J'ai retrouvé une belle phrase qui se trouve dans votre hymne national que le président Senghor vous a laissé. Elle témoigne de ce que jeux faire avec vous. «Épaule contre épaule», faire avancer la France et l'Afrique ensemble.

Vive le Sénégal !

Vive la France !

Vive l'amitié entre le Sénégal et la France !./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

 

Entretien du président de la République avec «Canal+Afrique»

- Dakar, 12 octobre 2012

Q - Merci à vous d'avoir accepté cet entretien en exclusivité pour Canal+ Afrique, qui est aussi votre premier entretien sur le continent africain, ici au Sénégal à Dakar, depuis votre accession au pouvoir. Nous sommes ici dans la résidence de l'ambassadeur de France à Dakar. Est-ce que ce voyage est particulier pour vous en tant que chef d'État ?

R - Oui. Il n'est pas particulier, il est exceptionnel puisque c'est le premier déplacement que je fais en Afrique depuis mon élection et que je suis à Dakar parce que j'avais voulu commencer par le Sénégal avant de me rendre à Kinshasa pour le sommet de la Francophonie.

Pourquoi le Sénégal ? Parce que je considère qu'il y a des liens historiques qui unissent la France et le Sénégal et qu'il y a là un exemple de démocratie qui peut être utile à montrer à d'autres et pas simplement en Afrique.

Q - Monsieur le Président, vous avez fait campagne sur le changement. Ce changement s'applique-t-il également aux relations entre la France et l'Afrique et, si oui, de quelle manière comptez-vous l'opérer ?

R - J'ai déjà opéré ce changement. C'est de considérer l'Afrique comme un continent avec lequel nous sommes liés par l'Histoire mais surtout comme un continent d'avenir. Et surtout de ne pas avoir les mêmes procédures que par le passé. Je ne dis pas qu'il n'y avait pas eu, dans la dernière période, déjà une volonté d'inscrire la relation entre la France et l'Afrique différemment. Mais, moi je n'ai pas besoin d'émissaires, pas besoin d'officines, pas besoin d'intermédiaires. Je rencontre les chefs d'État africains, je leur dis ce que j'ai à leur dire. Parfois je leur présente un certain nombre de projets que nous pouvons faire ensemble, parfois je souligne un certain nombre de manquements. Je ne crains pas, qu'en disant qu'il n'y a pas toujours satisfaction sur le plan de la démocratie, de perdre les projets que je présente devant eux.

Q - Cette relation sonne-t-elle le glas de ce que l'on a appelé, il n'y a encore pas si longtemps que cela, la «Françafrique» et ouvre-t-elle encore une voie plus vaste vers les démocraties ?

R - Oui, la «Françafrique», c'est fini ! Il y a la France, il y a l'Afrique, il y a la relation que la France et l'Afrique doivent avoir. C'est-à-dire une relation faite de franchise, de clarté et de respect. Est-ce que cela veut dire que nous devons nous tourner que vers les démocraties ? En terme d'aides, oui, je considère que c'est là que nous avons une priorité. Mais je ne veux pas ignorer les peuples, je connais un certain nombre de souffrances, de situations difficiles. Nous continuerons donc à faire que l'Afrique puisse recevoir, partout, le soutien de la France parce que ce qui m'intéresse, ce sont les Africains. Si je déplore parfois qui les représente, je ne juge pas un pays simplement par rapport à ses gouvernants.

Q - Cette équité, dont vous avez parlé dans votre discours devant l'Assemblée nationale du Sénégal, nous permet de revenir sur la question de l'économie. Contrairement à d'autres régions du monde, l'Afrique connait une croissance assez exceptionnelle avec des taux à deux chiffres, notamment au Ghana. Est-ce une opportunité pour la France et pour l'Europe ?

R - Vous avez raison de rappeler que l'Afrique est un continent émergent, qu'il y a des richesses, des capacités - pas simplement des matières premières dont on parle souvent - mais des hommes et des femmes de plus en plus qualifiés, des investissements qui peuvent être fructueux pour l'Afrique et pour ceux qui les réalisent, qu'il y a des taux de croissance qui feraient pâlir d'envie... Nous, en Europe, on peine à faire 0,5 % de croissance et l'Afrique en fait 5, 6 ! Je n'ignore pas, non plus, les réalités du continent africain. Il a une population qui augmente, le nombre de pauvres aussi augmente. Il y a donc toujours à faire que l'Afrique puisse être un continent d'opportunités, d'investissements, de réussite commune, mais aussi un continent pour lequel nous devons avoir de la solidarité.

Q - La répartition de la croissance, des richesses peut-elle ouvrir, justement, à des avancées sur plan démocratique ? On peut penser au pluralisme politique, à la liberté d'expression, à plus d'équité, au rôle de la femme, notamment, dans la société...

R - De la capacité qu'aura l'Afrique à se mettre dans les règles de la démocratie dépendra aussi son avenir. L'Afrique peut prendre sa place dans la mondialisation actuelle, elle peut être le continent majeur dans les 50 ans qui viennent. Mais elle doit aussi régler la question démocratique, parce que, s'il n'y a pas la démocratie, s'il n'y a pas le respect des droits, s'il n'y a pas l'égalité entre femmes et hommes, alors il y aura toutes les entraves, tous les obstacles qui reviendront. D'abord, il n'y aura pas la sécurité, il n'y aura pas la stabilité ; donc, les investisseurs ne viendront pas. Et il n'y aura pas la libération de tous les acteurs et de tous les potentiels. La démocratie, ce n'est pas simplement une exigence pour faire que le pluralisme existe, c'est aussi un levier pour faire le développement.

Q - Vous avez évoqué la stabilité, Monsieur le Président. Au moment où nous parlons, le Mali connaît une crise grave qui dépasse les frontières de la CEDEAO. Quelle est la position de la France aujourd'hui ?

R - La position de la France, c'est d'avoir voulu une résolution du Conseil de sécurité pour permettre une intervention dont la responsabilité reviendrait aux Africains et aux Africains seuls. Ce que je veux, avec la France, c'est que le Conseil de sécurité puisse offrir un cadre légal pour une intervention. Ce que je veux, avec la France, c'est en terminer avec le terrorisme qui existe au Nord-Mali. Ce que je veux, avec l'Europe, avec le monde, c'est que nous n'acceptions pas la partition du Mali. Ce que je veux, c'est permettre - après une résolution qui vient d'être votée au Conseil de sécurité - que la CEDEAO et l'Union africaine puissent préparer une intervention. Il y aura donc une deuxième résolution, dans 45 jours, pour dire que la communauté internationale soutiendra cette intervention. Après, c'est aux Africains de mettre en oeuvre et c'est aux Français - et pas simplement aux Français, aux Européens et à tous ceux qui le voudront - d'aider, de soutenir, d'accompagner. Mais le temps où c'est la France qui venait faire des opérations de police ou de gendarmerie en Afrique est terminé.

Q - C'est une mission d'avenir, l'avenir c'est la jeunesse, vous en avez fait une priorité. Ces jeunes qui, aujourd'hui, peuplent l'Afrique - l'Afrique est un continent jeune : 20 ans de moyenne d'âge contre 40 en Europe - attendent beaucoup de choses. Que pourriez-vous leur dire notamment pour ceux qui veulent étudier en Europe ou travailler en Europe ?

R - La jeunesse africaine est en attente. Elle sait qu'elle va participer à une très grande aventure en Afrique, mais elle est tentée d'aller voir ailleurs parce qu'elle peut être bien formée mais ne pas trouver des emplois sur place. Elle peut être parfois dans la pauvreté et ne pas voir la possibilité de réussir sur son propre continent. Alors, est-ce que la France doit ouvrir grandes les portes ? Elle ne le peut pas, elle ne le doit pas. Ce ne serait pas rendre service, ni aux jeunes, ni à l'Afrique, ni à la France. En revanche, ce qui m'est insupportable, c'est quand un jeune veut étudier, qu'il demande un visa et qu'il doit attendre des mois pour avoir la réponse qui, en plus, parfois, peut être négative. Il faut aller beaucoup plus vite, donner la réponse, dire que ce ne sera pas possible pour cette année mais que cela pourra l'être l'année prochaine. Il y a 2.000 étudiants sénégalais, par exemple, qui viennent étudier chaque année en France ; on peut peut-être augmenter le chiffre mais surtout permettre que ce soit ceux qui en ont fait la demande, qui sont les plus motivés, qui puissent recevoir ce visa. Il faut aussi que l'on ait des visas de plus longues durées, qu'il puisse y avoir allers et retours... Et puis, ce que je ne peux pas admettre, dans la France pays de culture, pays de la liberté, c'est de savoir qu'il y a des artistes, des créateurs que l'on invite, des collectivités, des festivals qui veulent leur participation, que ces artistes se présentent aux consulats et qu'on leur refuse le visa ! Non, avec la présidence qui sera la mienne, ces créateurs, ces artistes pourront venir en France.

Q - À propos de la culture, Monsieur le Président, votre ministre de la culture et de la communication, Mme Aurélie Filippetti, a déclaré que le disque dur de la politique, c'était la culture. Quel serait le vôtre ? Que contiendrait-il en matière d'artistes, de créateurs, de musiciens ? Est-ce qu'il y en a qui trouvent beaucoup plus faveur à vos yeux ?

R - Vous savez, la culture française, c'est une culture qui s'est ouverte, qui se propose à tout le monde mais qui accepte que le monde vienne l'enrichir. Nous ne sommes pas dans une culture fermée, donc les Africains y ont trouvé leur place. L'art français est un art où l'Afrique s'est introduite. On le voit bien à travers les oeuvres, les sculptures, les poètes - les Africains en ont donné de nombreux. On le voit à travers la musique : Youssou N'Dour, ministre de la culture du Sénégal est un grand artiste reconnu en France, Manu di Bango vient dans nos festivals et il est souvent le plus recherché. Nous avons besoin de l'échange. La culture, ce n'est jamais une domination, ce n'est jamais une intrusion ; c'est toujours un don et un partage.

Q - Nous sommes aussi sur une chaîne de sport, Monsieur le Président, et je sais que vous êtes féru de ballon rond, de football. La coupe d'Afrique des Nations 2013 arrive. Est-ce que vous auriez une idée, un pronostic, concernant le vainqueur de cette coupe ?

R - D'abord, demain, il y a un match, Sénégal - Côte d'Ivoire qui est très attendu. J'ai beaucoup d'estime pour la Côte d'Ivoire, en terme de football, parce qu'il y a des joueurs de très grands talents. Drogba est un joueur magnifique. Mais la Côte d'Ivoire n'arrive jamais à gagner la coupe. Je n'ai pas de favoris. Après on dirait que la France va se mêler de la Coupe d'Afrique des Nations, cela me ferait beaucoup de peine que l'on puisse penser ça ! Les joueurs africains, dans le championnat de France aujourd'hui, sont partout ; il y a des talents formidables. Vous avez vu celui qui est à Lorient, celui qui est à Rennes, il y a des talents extraordinaires. C'est bien que l'Afrique nous donne ses footballers mais il faut aussi qu'il y ait un très beau championnat en Afrique et j'attends que des équipes se structurent en Afrique pour que les Africains puissent pleinement en bénéficier.

Q - L'Afrique, c'est aussi beaucoup de générosité, Monsieur le Président. Nous sommes très honorés que vous ayez accepté cet entretien pour Canal+Afrique et pour l'édition «Plus d'Afrique». «Merci» en langue wolof, ici au Sénégal, vous sauriez le dire ?

R - Je saurai le dire parce que l'on me l'a soufflé : djiere dieuf ! Et en français : merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)


Entretien du ministre délégué chargé du développement avec «France Info»

- Paris, 13 octobre 2012

Q - La Françafrique, ce sont ces réseaux, ces relations plus ou moins occultes entre les responsables français et africains, réseaux hérités du passé colonial de l'hexagone. François Hollande promet aujourd'hui une relation franche et exigeante avec l'Afrique.

R - L'Afrique, c'est un lieu de mondialisation aujourd'hui ; on n'est plus dans la relation privilégiée avec des relations obligées entre les anciennes colonies et leurs anciens colonisateurs. Tout cela est très largement derrière nous. J'incarne aussi une nouvelle génération. Comme de nombreux leaders africains, nous sommes passés à autre chose.

Q - Vous pensez que la France est en reflux sur ce continent ou elle peut maintenir ses positions face à la chine, à l'Inde, au Brésil ?

R - Le fait qu'il y ait de nouveaux investisseurs en Afrique est une bonne chose pour l'Afrique. Maintenant il faut que ces investissements se fassent dans des conditions de transparence et de responsabilités sociales et environnementales meilleures que celles que l'on connaît aujourd'hui. Nous sommes par exemple les premiers à dire que l'accaparement des terres, c'est-à-dire le rachat par des pays ou par des grandes entreprises étrangères, pour une bouchée de pain, d'une partie des ressources agricoles de l'Afrique est quelque chose qui n'est absolument pas soutenable. Et nous nous battons au niveau international pour changer le droit en la matière./.

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2. Francophonie / Politique africaine - Sommet des chefs d'État et de gouvernement de la Francophonie - Discours du président de la République - Kinshasa, 13 octobre 2012

Monsieur le Secrétaire général, Cher Abdou Diouf,

Mesdames et Messieurs les Présidents, réunis ici à Kinshasa,

Mesdames et Messieurs les Chefs de délégation, conscients de l'enjeu de la francophonie,

Mesdames et Messieurs, venus nombreux, dans cette grande salle de congrès,

J'ai voulu me rendre personnellement à Kinshasa, au sommet de la Francophonie d'abord pour une raison simple : je voulais témoigner du soutien de la France au peuple congolais qui aspire comme chaque peuple à la paix, à la sécurité, à la démocratie.

Je voulais venir ici à Kinshasa, pour exprimer une nouvelle fois ma confiance dans l'avenir de l'Afrique qui est la jeunesse du monde.

Je voulais venir ici, à Kinshasa, pour honorer cette belle et grande cause, qui s'appelle la Francophonie et qui nous réunit tous, aujourd'hui, au-delà de nos sensibilités, de nos histoires, de nos différences.

Notre patrie commune - disait un grand auteur français, Albert Camus -, «c'est la langue française».

La Francophonie est bien plus qu'un patrimoine légué par l'Histoire, bien davantage qu'un lien linguistique entre des populations qui parfois s'ignorent.

La Francophonie porte des valeurs, des principes, des exigences.

Parler le français, c'est une façon de penser, de concevoir le monde. C'est un message de liberté. C'est en français que les révolutionnaires de 1789 ont proclamé, et donc écrit, la Déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen. C'est en français, en 1948, au lendemain de la seconde guerre mondiale, qu'a été rédigée la Déclaration universelle des droits de l'Homme. C'est en français que s'exprimaient les combattants africains pour l'indépendance, ceux qui refusaient la souffrance des peuples asservis. «La langue française, disait Léopold Sedar Senghor, ce merveilleux outil trouvé dans les décombres du régime colonial.».

Voilà le sens de l'identité francophone.

J'exprime ma gratitude à l'égard de notre secrétaire général, Abdou Diouf, qui a su, à la fois, préserver l'unité de la communauté francophone et, en même temps, consacrer la place éminente de l'Afrique dans la Francophonie.

L'Afrique occupe une place éminente.

L'Afrique, c'est le continent où notre langue est le plus parlée. Le français est une langue africaine et elle le sera de plus en plus. En 2050, c'est tout proche, 700 millions d'hommes et de femmes parleront le français, 80 % seront africains.

L'avenir de la Francophonie est ici en Afrique. C'est vous qui allez porter le français, ses valeurs et en même temps ses exigences.

La Francophonie est une belle et grande idée. Elle ne se vit pas comme un conservatoire, comme un musée où nous aurions à protéger notre bien, notre richesse, notre langue. Non, la Francophonie n'a peur de rien. C'est un espace de rayonnement, c'est la promotion de valeurs. C'est aussi l'ouverture, l'échange économique, social, culturel. C'est enfin un lien entre les générations parce qu'il n'y a pas plus beau projet pour la Francophonie que de servir la jeunesse, cette jeunesse qui va parler elle aussi en français.

Je suis venu ici, à Kinshasa, pour ce sommet afin de vous proposer, Amis francophones, une ambition commune, autour de quatre priorités.

La première, c'est de multiplier les échanges dans l'espace francophone entre les jeunes, entre les étudiants, les enseignants, les chercheurs, les artistes, les créateurs. La France doit montrer l'exemple. Il y a trop d'obstacles qui sont mis sur la route de celles et ceux qui veulent montrer leurs talents dans l'espace francophone, apporter leur contribution, venir étudier ou chercher. La France a donc réalisé des efforts pour améliorer cette situation à travers des visas de circulation désormais valables sur plusieurs années. Mais il y a encore trop de freins, et c'est pourquoi je veux que les étudiants francophones puissent circuler plus facilement, et que les artistes puissent également être accueillis partout dans l'espace francophone.

La seconde priorité, c'est faire de la francophonie un outil au service du développement.

Le développement, c'est d'abord la préservation de notre planète, la biodiversité à laquelle vous êtes si attachés en Afrique. Le développement, c'est également la lutte contre le réchauffement climatique dont vous n'êtes pas responsables mais qui vous touche particulièrement à travers un certain nombre de catastrophes qui se produisent sur votre continent. Et puisque nous voulons faire du développement une grande cause, portons là ! La France contribuera autant qu'elle le pourra à ce que la Conférence sur le climat en 2015 puisse être un succès. La France également, et je l'ai dit à Rio, continuera de plaider pour la création d'une Organisation mondiale de l'Environnement dont le siège devrait se trouver en Afrique. C'est un témoignage, là aussi, de notre engagement.

Le développement, c'est la solidarité. Nous avons déjà mis en place des financements innovants : la taxe sur les billets d'avion qui permet de trouver des ressources pour lutter contre les pandémies, notamment le sida. La France a pris l'initiative d'introduire une taxe sur les transactions financières. Elle est maintenant suivie par d'autres pays européens. Onze d'entre eux ont déjà dit qu'ils étaient prêts pour que cette taxe, non seulement puisse dissuader la spéculation, mais surtout puisse permettre de trouver de nouveaux financements pour assurer le développement. 10 % de cette taxe, concernant la France, seront affectés à des projets de développement ou à des luttes contre des pandémies, notamment le sida.

Je veux que la Francophonie puisse porter, là encore, cette belle idée de la solidarité, du développement et que nous puissions nous aussi montrer l'exemple, y compris, dans la transparence, dans les échanges ou dans les investissements des entreprises. La France défendra, au niveau européen, la publication des comptes des entreprises minières, extractives, forestières pour que, pays par pays, projet par projet, sans exception, nous puissions être sûrs qu'il n'y a pas de prédation dans les pays d'accueil, de façon à ce que nous puissions lutter, plus efficacement encore, contre la corruption et le pillage des ressources naturelles.

La troisième priorité que nous devons porter ensemble, les francophones, c'est de contribuer au règlement des crises, chaque fois que nous sommes concernés et notamment ici en Afrique. Ici à Kinshasa, je pense aux populations des Kivus, victimes de conflits à répétition. Je pense à ces populations civiles massacrées, à ces femmes violentées, à ces enfants enrôlés. Oui, nous devons, et je le fais à cette tribune, réaffirmer que les frontières de la RDC sont intangibles et qu'elles doivent être respectées.

Je souhaite que les francophones appuient tous les efforts de l'ONU pour qu'elle soit davantage présente ici, en RDC, pour la sécurité de l'Est. Je suis favorable à ce que le mandat de la MONUSCO puisse être précisé, élargi si c'est nécessaire. Mais je ne pense pas qu'à ce seul conflit, à cette seule épreuve. Je veux également saisir les francophones de ce qui se passe au Mali, pays francophone où le terrorisme s'est installé au Nord, où il occupe un territoire, où il met des populations en danger, où il saccage des monuments pourtant inscrits au patrimoine de l'Humanité.

Nous devons affirmer notre détermination à lutter, là encore, contre le terrorisme et à assurer au Mali l'intégrité de son territoire.

Je me réjouis qu'à l'initiative de l'Union africaine - je salue et je rends hommage au président de la CEDEAO, il y ait eu hier - et la France a été active en ce sens - un vote du Conseil de sécurité permettant maintenant, si les Africains eux-mêmes en décident, d'envoyer une force pour permettre de combattre et de défaire les terroristes, et faire en sorte que le Mali puisse retrouver l'espoir et l'intégrité de son territoire.

Mais chacun comprend ici que les menaces vont bien au-delà de ce qui peut se passer dans tel ou tel pays. Nous sommes tous concernés par les trafics de drogue, les trafics d'armes, les trafics d'êtres humains. Et c'est la raison pour laquelle je veux que les francophones s'engagent aussi dans la lutte contre ces fléaux et notamment celui de la drogue. Nous avons besoin d'une stratégie mondiale pour en terminer avec ce qui déstabilise des États, menace des sociétés et atteint jusqu'à la jeunesse qui, parfois, elle-même dérive vers ces produits. Oui, la lutte contre la drogue est une grande cause parce que cette lutte permettra aussi de mettre un terme à certains conflits au sein de nos sociétés ou à l'extérieur.

Et puis, la dernière priorité, c'est la démocratie. La francophonie doit porter la démocratie, les droits de l'Homme, le pluralisme, le respect de la liberté d'expression, l'affirmation que tout être humain doit pouvoir choisir ses dirigeants. Voilà les principes que les francophones doivent porter ! Mais nos valeurs, nos droits sont aussi de grandes causes que nous devons là aussi, comme francophones, avoir comme exigence. Je pense notamment à la promotion des femmes qui sont les premières victimes des violences et des guerres et je fais une proposition au secrétaire général : la France est prête à accueillir un premier forum des femmes francophones pour que nous puissions, là encore, porter ce message au monde, du rôle irremplaçable des femmes, notamment pour le développement. Enfin, la France sera au premier rang du combat que nous avons engagé pour l'abolition, à l'échelle du monde, de la peine de mort.

Mesdames et Messieurs,

Nous n'aurons de cesse de défendre la francophonie. En le faisant, nous n'honorons pas simplement une langue, la langue française, nous faisons en sorte que le français puisse apporter, non seulement un message, mais une part de beauté au monde. Que notre langue puisse enrichir ce qu'elle nomme, ce qu'elle exprime et qu'elle puisse aussi donner de la force à nos idées !

Ce qui nous rassemble, bien plus qu'une langue ou que la diffusion d'une culture, c'est d'abord des principes qui au-delà des mots, doivent être suivis des actes. En parlant le français, nous faisons entendre une voix précieuse, utile, différente à l'humanité ; parce que nous, francophones, nous refusons l'uniformité, nous voulons la diversité et nous exprimons la liberté.

Comme francophones, nous n'avons peur de rien, nous ne redoutons rien et nous acceptons parfaitement que nos enfants acquièrent l'usage d'autres langues. C'est bien qu'il en soit ainsi parce que la jeunesse doit parler plusieurs langues, mais aussi le français. N'oublions jamais le français !

Avec la Francophonie, nous affirmons une conception du monde, une volonté de développement, une exigence culturelle. Le français n'appartient pas à la France, il vous appartient, il est à vous. Nous ne vous le donnons pas, nous le partageons. Car le plus beau cadeau que vous pouvez nous faire, à nous français, c'est de parler le français.

La Francophonie, c'est une solidarité entre nous mais qui va au-delà de nous. La francophonie, c'est une responsabilité, celle d'éduquer, de former, de transmettre, de cultiver. La francophonie, c'est une communauté, certes qui a été fondée par l'Histoire mais qui s'élargit chaque jour davantage, à mesure qu'il y a des pays qui nous rejoignent dans l'espace francophone : ces observateurs qui viennent regarder pour ensuite parler et puis tous ces nouveaux locuteurs, nombreux, qui en parlant le français veulent aussi adresser un message de confiance dans ce que nous représentons.

Telle est la belle ambition de la Francophonie : mettre une langue, le français, au service du monde et de la liberté.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Sahel - Déclaration du président de la République sur l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2071 - Entretien du ministre des affaires étrangères avec le quotidien «L'Humanité» - Conclusions du Conseil Affaires étrangères - 14 et 15 octobre 2012

 Sahel - Adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2071 - Déclaration du président de la République

- Paris, 14 octobre 2012

Je salue l'adoption à New York à l'unanimité par le Conseil de sécurité de la résolution 2071.

Le 26 septembre dernier à New York, j'avais appelé la communauté internationale à prendre ses responsabilités pour le Mali, pour le Sahel. Il y avait urgence à répondre à la demande des autorités maliennes, pour que ce pays recouvre ses institutions, son intégrité et sa souveraineté, pour que la région retrouve sa stabilité, pour que le monde assure sa sécurité en répondant avant qu'il ne soit trop tard à une nouvelle menace terroriste qui consolide ses positions, se nourrissant du chaos, de trafics en tout genre et de la passivité des nations.

Cette résolution a une double dimension, politique et militaire. L'une ne peut aller sans l'autre. Adoptée sous chapitre VII de la Charte des Nations unies, elle prépare un futur déploiement d'une force internationale au Mali, sous mandat de l'ONU. Elle appelle les groupes armés maliens, je pense en particulier aux Touaregs, à se dissocier du terrorisme et à choisir la voie de la réconciliation. Elle appelle aussi les autorités maliennes à s'engager dans la voie du dialogue. C'est toute la communauté internationale qui se tiendra aux côtés des Maliens dans cet effort.

Le Conseil de sécurité fixe un rendez-vous, dans quarante-cinq jours, pour examiner concrètement le déploiement de ce dispositif. Il appartient désormais aux Africains, à travers l'action de la CEDEAO et de l'Union africaine, de finaliser les termes de leur réponse à l'appel à l'aide du gouvernement malien./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)


Entretien du ministre des affaires étrangères avec le quotidien «L'Humanité»

- Paris, 15 octobre 2012

Q - Une résolution proposée par la France sur le principe d'une intervention militaire au Mali a été adoptée vendredi soir au Conseil sécurité de l'ONU. Une seconde résolution est en préparation. Sur quoi portera-t-elle ?

R - Nous disposons de 45 jours pour trouver un accord sur la feuille de route, c'est-à-dire sur les calendriers, les mobilisations nécessaires pour appliquer la première résolution, qui entérine le principe d'une force militaire. Votée à l'unanimité, cette première résolution affirme qu'il faut renforcer le pouvoir au Mali, rétablir une stabilité politique, aider l'armée malienne à reconquérir les villes du nord du pays occupées par les terroristes, pour ensuite aller débusquer AQMI. Mais cela demande une programmation pratique qui doit être mise au point. Le 19 octobre, se tiendra à Bamako une réunion en présence de l'envoyé des Nations unies, Romano Prodi, du gouvernement malien, des représentants des pays riverains, pour avancer sur cette feuille de route.

Q - L'Algérie, qui a une solide expérience en matière de lutte contre les groupes terroristes, reste hostile à la perspective d'une intervention appuyée par les pays occidentaux. Où en sont les discussions avec Alger ?

R - Nous sommes en contact permanent avec les Algériens. Ils n'acceptent pas le terrorisme, ils demandent le respect de l'intégrité territoriale du Mali. Simplement, des discussions subsistent sur l'identification des groupes terroristes. AQMI et le Mujao, qui, semble-t-il, a assassiné des diplomates algériens, sont des groupes terroristes. Mais des discussions portent sur la distinction entre les groupes terroristes avérés et ceux qui seraient prêts à renoncer à la violence et à reconnaître que l'intégrité du territoire malien doit être maintenue. La résolution des Nations unies dit bien qu'il ne peut pas y avoir de négociations avec les terroristes avérés. Avec d'autres, qui acceptent de renoncer à la violence, et qui reconnaissent l'intégrité territoriale du Mali, il peut y avoir des discussions./.

Conclusions du Conseil Affaires étrangères

- Luxembourg, 15 octobre 2012

Le Conseil a adopté les conclusions suivantes :

1. «L'Union européenne (UE) reste préoccupée par la grave crise politique et sécuritaire qui affecte le Mali, en particulier par la situation dans le nord du pays, marquée par l'établissement et la consolidation d'un sanctuaire pour les groupes terroristes, l'oppression des populations, les violations des droits de l'Homme, notamment à l'encontre des femmes, et la destruction du patrimoine culturel ainsi que le développement de la criminalité organisée. Cette situation fait peser une menace immédiate sur la région sahélienne et ses populations, déjà sujettes à une crise alimentaire aiguë, sur l'Afrique de l'Ouest et du Nord ainsi que sur l'Europe.

2. L'UE salue l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies de la Résolution 2071 et se félicite de l'attention internationale croissante portée sur le Sahel et le Mali, dont témoignent également la réunion de haut niveau tenue en marge de l'Assemblée générale des Nations unies le 26 septembre 2012 et l'élaboration d'une stratégie régionale intégrée des Nations unies pour le Sahel. Elle salue la nomination d'un Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations unies, et affiche sa détermination à oeuvrer en concertation étroite avec Romano Prodi. L'UE appelle à l'approfondissement du dispositif de coordination avec les partenaires clés du Mali en vue d'accroître l'efficacité de l'appui au processus de transition, tant au plan politique, sécuritaire qu'économique. À cet égard, l'UE accueille favorablement la réunion du Groupe d'appui et de suivi sur la situation au Mali, prévue à Bamako le 19 octobre 2012, à l'initiative de l'Union africaine (UA) et en consultation avec l'Organisation des Nations unies (ONU) et la CEDEAO, et souligne l'importance de celle-ci.

3. L'UE est déterminée à soutenir le Mali dans le rétablissement d'un État de droit et d'un gouvernement démocratique et pleinement souverain sur l'ensemble de son territoire, pour le bénéfice de toute la population du pays. L'UE salue la nomination par le président de la République du Mali d'un nouveau gouvernement d'Union nationale ainsi que l'effort de mobilisation de la Communauté internationale, notamment l'UA et la CEDEAO, qui a été entrepris par ces nouvelles autorités auprès de l'ensemble de ses partenaires, en particulier de l'UE.

4. Conformément aux principes validés par la CEDEAO et le Groupe d'appui et de suivi présidé conjointement par l'UA et l'ONU, ainsi que par les résolutions 2056 et 2071 du Conseil de sécurité des Nations unies, l'UE appelle le gouvernement d'Union nationale à développer dans les plus brefs délais, en concertation avec l'ensemble des forces politiques et de la société civile, une feuille de route consensuelle pour le retour complet à l'ordre constitutionnel et à l'unité nationale. Celle-ci devra notamment permettre l'organisation d'un processus électoral démocratique et crédible, le lancement rapide d'un dialogue inclusif national, incluant les représentants des populations du nord, pour préparer le retour de l'État au nord selon des modalités les plus pacifiques possibles, ainsi que la réorganisation de l'armée sous contrôle civil.

5. L'UE réaffirme sa détermination à apporter son concours aux efforts entrepris par le Mali en vue de résoudre cette crise, en concertation avec ses partenaires régionaux et internationaux, et à mobiliser à cet effet pleinement l'ensemble de ses instruments dans le cadre de la stratégie de l'UE pour le développement et la sécurité au Sahel. Dans cette perspective :

- Dès l'adoption d'une feuille de route crédible, l'UE reprendra graduellement sa coopération au développement en fonction des avancées concrètes. Dans l'intervalle, l'UE poursuit les opérations en faveur des populations et de la transition démocratique.

- L'UE est disposée à appuyer un cadre de dialogue national inter-malien inclusif visant le retour à l'État de droit au nord et à contribuer aux mesures de stabilisation et de reconstruction que ce dernier contribuera à orienter.

- L'UE et ses États membres s'engagent à poursuivre leurs efforts humanitaires et continueront à suivre de près l'évolution de la situation humanitaire au Mali tout comme dans les pays voisins. La Commission européenne s'apprête à augmenter de manière significative le montant de son aide de façon à répondre au mieux aux besoins. L'UE rappelle l'obligation de garantir à tous les acteurs humanitaires l'accès libre et sans entraves aux populations vulnérables dans les régions du nord du pays.

- Le Conseil invite la Haute Représentante (HR) et la Commission à examiner d'autres mesures ou actions supplémentaires qui pourraient contribuer à diminuer les effets de la crise au Mali et son impact dans les pays voisins, ainsi qu'à renforcer la résilience des populations vulnérables.

- L'UE rappelle la possibilité d'adopter, en lien étroit avec la CEDEAO, l'UA et l'ONU, des sanctions ciblées contre ceux qui sont impliqués dans les groupes armés au nord et ceux qui entraveraient le retour à l'ordre constitutionnel.

- En réponse à la requête reçue du Mali et de la CEDEAO, l'UE est convaincue de la nécessité d'apporter une réponse rapide aux défis sécuritaires et à la menace terroriste dans un cadre à définir par le Conseil de sécurité des Nations unies. Dans cette perspective, le Conseil se félicite des travaux préliminaires par la HR sur les modalités d'un éventuel soutien à la reconstruction des capacités de l'armée malienne, en cohérence avec les objectifs politiques et le cadre d'action fixés par la Communauté internationale et conformément à la résolution 2071 du Conseil de sécurité des Nations unies.

- Le Conseil invite la HR et la Commission européenne à examiner l'appui à un engagement des partenaires régionaux, notamment l'UA et la CEDAO, par exemple en fournissant rapidement un appui dans le domaine de la planification. Sous réserve de la présentation d'un concept finalisé par la CEDEAO, le Conseil invite la Haute représentante et la Commission européenne à examiner la possibilité d'un soutien additionnel, y compris financier, tel que la mobilisation de la facilité de paix pour l'Afrique.

- Le Conseil demande également que les travaux de planification d'une éventuelle mission militaire dans le cadre de la PSDC soient poursuivis et approfondis de manière urgente, en élaborant en particulier un concept de gestion de crise relatif à la réorganisation et à l'entraînement des forces de défense maliennes, en tenant compte des conditions nécessaires à l'efficacité d'une éventuelle mission, y compris le soutien plein et entier des autorités maliennes et la définition d'une stratégie de sortie. Ces travaux devront être conduits en étroite concertation avec les organisations, en particulier, l'ONU, l'UA et la CEDEAO, les États et les acteurs concernés, afin de s'assurer de la complémentarité des efforts respectifs. Le Conseil invite la Haute représentante à développer le Concept de gestion de crise en vue de sa réunion du 19 novembre, et à y présenter ses recommandations.

- Dans le cadre d'une approche globale le Conseil appelle à utiliser le potentiel des synergies avec les autres activités de l'UE dans la région, notamment avec la mission EUCAP SAHEL Niger et sa vocation régionale./.

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4. Politique nucléaire - Communiqué de la présidence de la République - Paris, 15 octobre 2012

 

Le président de la République a réuni le Conseil de politique nucléaire le 28 septembre 2012.

Le Conseil de politique nucléaire confirme l'engagement de réduction de la part du nucléaire de 75% à 50% à l'horizon 2025 dans la production d'électricité française. Dans cette optique, les deux réacteurs de la centrale nucléaire de production d'électricité de Fessenheim seront arrêtés définitivement au plus tard le 31 décembre 2016. Le Premier ministre confiera à une personnalité qualifiée placée sous l'autorité de la ministre en charge de l'énergie la mission de préparer cette fermeture dans des conditions économiquement, techniquement et socialement responsables.

Le Conseil de politique nucléaire confirme que l'EPR de Flamanville sera le seul réacteur de production d'électricité mis en service durant le quinquennat. La stratégie de retraitement des combustibles usés et le réemploi dans les réacteurs français des matières fissiles extraites sous forme de combustible MOX sont confirmés.

Le Conseil de politique nucléaire confirme par ailleurs le calendrier prévu par la loi de 2006 en ce qui concerne le centre de stockage géologique des déchets moyennement et hautement radioactifs à vie longue. La ministre de l'énergie veillera en particulier à assurer la tenue du débat public relatif à ce projet en 2013.

Le Conseil de politique nucléaire prend note des travaux en matière de sûreté nucléaire lancés suite à l'accident de Fukushima et demande à ce que l'ensemble des recommandations qui en sont issues soit mis en oeuvre. La France militera sur la scène internationale, et notamment lors de la conférence ministérielle sur la sûreté nucléaire qui se tiendra à Fukushima à partir du 15 décembre 2012, en faveur d'un renforcement des conventions internationales relatives à la sureté nucléaire et d'un renforcement de leur application.

Le Conseil de politique nucléaire réaffirme la confiance de la France dans sa technologie et son industrie nucléaires ainsi que son ambition de développer une filière nucléaire à l'export, sur la base du plus haut niveau de sûreté. Il a examiné les différents projets nucléaires à l'export, en particulier en Europe, en Inde et en Chine. Il prend acte du développement en Chine d'un parc nucléaire très significatif et juge stratégique le développement d'un partenariat durable et équilibré avec la Chine dans le respect du principe de priorité accordée à la sûreté./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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5. Décès de Norodom Sihanouk - Déclaration du président de la République - Paris, 15 octobre 2012

C'est avec une profonde tristesse que j'ai appris ce lundi 15 octobre, le décès de sa Majesté le Roi-Père Norodom Sihanouk.

Je salue la mémoire d'un grand homme qui incarna la destinée de son pays et de son peuple, dans les épreuves les plus terribles du XXème siècle et la construction de la paix où il trouva toujours la France à ses côtés.

Je sais les liens forts et historiques qui unissaient sa Majesté le Roi-Père à la France et qui, grâce à lui, avaient contribué à rapprocher nos deux pays et nos deux peuples. Artisan de l'Indépendance du Cambodge, infatigable défenseur de son pays au sein de la communauté internationale, il était, pour beaucoup, le symbole d'une politique asiatique faite d'équilibre et de défense de la souveraineté des Nations.

Au lendemain du XIVème sommet de l'Organisation de la Francophonie, je n'oublie pas combien cette organisation lui doit. Il a été l'ardent défenseur de la culture francophone, de sa langue, de ses arts, et d'une vision multipolaire des relations internationales.

En ce jour de deuil pour le Royaume du Cambodge, j'adresse, au nom du peuple français et en mon nom personnel, toutes mes condoléances à la famille royale et à l'ensemble du peuple cambodgien./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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6. Prix Nobel de la Paix - Communiqué du Premier ministre - Paris, 12 octobre 2012

 

Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, salue la décision du comité Nobel d'attribuer le prix Nobel de la paix à l'Union européenne.

Cette distinction vient couronner cinq décennies consacrées à la promotion inlassable des valeurs communes qui font la force de l'Union européenne et de ses États membres : respect des droits de l'Homme et de la dignité humaine, liberté, égalité, démocratie et solidarité. Il s'agit d'un immense honneur pour tous ceux qui ont contribué à ce projet inédit, pour tous les citoyens européens et pour tous les Français.

Ce prix est un encouragement à la poursuite de l'entreprise visionnaire des Pères fondateurs. L'Union européenne demeure une construction originale fondée sur le dialogue et l'union dans la diversité des peuples et des États qui a fait de la paix, un acquis dont la fragilité ne doit jamais être oubliée.

En bâtissant sur cet acquis, notre responsabilité est aujourd'hui de faire en sorte que l'Union européenne continue à répondre aux aspirations de nos citoyens à une Europe toujours plus unie, prospère et solidaire. Tel est l'engagement du gouvernement français./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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7. Syrie / Iran / Sahel / Union européenne - Entretien du ministre des Affaires étrangères avec «WebTv» - Luxembourg, 15 octobre 2012

Q - (Sur les relations entre la Syrie et la Turquie)

R - Nous sommes évidemment pour une désescalade car rien ne serait pire que d'ajouter au drame syrien un conflit entre les Syriens et les Turcs. Aujourd'hui, c'est un Conseil Affaires étrangères important avec trois points sur lesquels il va y avoir des avancées.

D'abord, sur la Syrie, nous allons analyser en commun ce qui se passe et insister sur l'aspect humanitaire avec le renforcement des sanctions.

Ensuite, sur l'Iran, nous avons des positions communes et, là aussi, nous allons aboutir à un renforcement des sanctions.

Enfin, sur le Mali, à la suite de la décision du Conseil de sécurité des Nations unies, l'Europe elle-même va décider d'un concept de gestion de crise pour sortir de la crise.

Souvent, ces Conseils n'aboutissent pas à des décisions mais, cette fois-ci, il va y avoir des décisions sur des points importants et qui vont dans le bon sens./.

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8. Point de presse du porte-parole du ministère des affaires étrangères - Mali - Libye - Guinée - Afrique de l'Ouest/cocaïne - Climat - Norvège / FARC - Mauritanie - UE - Mexique - Paris, 15 octobre 2012

 

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Mali - Adoption de la résolution 2071 par le Conseil de sécurité

Deux semaines après la réunion de haut niveau sur le Sahel lors de laquelle le président de la République avait souligné l'urgence de la menace terroriste au Nord-Mali, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l'unanimité la résolution 2071, présentée par la France et co-parrainée par les trois membres africains du Conseil de sécurité (Afrique du Sud, Maroc, Togo) et par l'Allemagne, l'Inde et le Royaume-Uni.

La résolution 2071, adoptée au titre du chapitre VII de la Charte des Nations unies, appelle les autorités maliennes à engager un dialogue politique avec les groupes rebelles maliens et les représentants légitimes de la population locale du Nord du Mali. Elle menace de sanctions les groupes armés au Nord-Mali qui ne se dissocieraient pas des mouvements terroristes.

Cette résolution demande au secrétaire général des Nations unies de présenter un rapport, en concertation notamment avec la CEDEAO et l'Union africaine, sur la base duquel le Conseil de sécurité pourra autoriser dans 45 jours le déploiement d'une opération africaine au Mali, avec pour objectif de permettre aux Maliens de recouvrer leur souveraineté et l'intégrité de leur territoire et de lutter contre le terrorisme international.

La résolution invite le nouvel envoyé spécial pour le Sahel, M. Romano Prodi, à participer à l'élaboration d'une solution globale à la crise malienne, dans le cadre de la mise en oeuvre de la stratégie des Nations unies pour le Sahel.

2 - Libye - Élection de M. Ali Zeidane au poste de Premier ministre

La France adresse ses félicitations à M. Ali Zeidane, qui a été élu Premier ministre le 14 octobre par le Congrès général national libyen au cours d'un scrutin démocratique et transparent. M. Zeidane a joué un rôle important dans le déroulement de la révolution libyenne. Nous souhaitons qu'il continue à mener avec efficacité et fermeté le processus de transition en cours, conformément aux aspirations exprimées par le peuple libyen lors du scrutin du 7 juillet.

La France qui, dès les premières heures, a soutenu les aspirations à la liberté du peuple libyen, restera aux côtés des nouvelles autorités pour les accompagner dans l'édification d'un État de droit. Elle accompagnera notamment les autorités libyennes pour le rétablissement de la sécurité dans le pays, condition indispensable à la consolidation des acquis de la révolution.

3 - Guinée - Séminaire régional sur la lutte contre le trafic de cocaïne en Afrique de l'Ouest (16-17 octobre)

La Guinée et la France organisent à Conakry, les 16 et 17 octobre, un séminaire régional consacré à la lutte contre le trafic de cocaïne en Afrique de l'Ouest.

Le trafic de drogue a pris une importance inquiétante en Afrique de l'Ouest, où entre 20 et 40 tonnes de cocaïne transiteraient chaque année. Pour aider nos partenaires à répondre à cette menace, le ministère des Affaires étrangères a mis en place un programme d'appui à la lutte contre le trafic de cocaïne en Afrique de l'Ouest (ALCAO). Le séminaire de Conakry en marque officiellement le lancement.

Doté d'un budget de 1,6 million d'euros, ALCAO est financé par le Fonds de solidarité prioritaire du ministère des Affaires étrangères. Il apporte un soutien à sept pays (Bénin, Côte d'Ivoire, Guinée, Guinée Bissau, Mauritanie, Sénégal et Togo) pour des actions dans les domaines de la justice, des douanes et de la sécurité intérieure. ALCAO prévoit notamment d'appuyer la création de structures de lutte contre le blanchiment, de saisie des avoirs criminels et de gestion des biens confisqués. Il vise également à renforcer les capacités des services d'enquête et à soutenir la coopération régionale et internationale contre le trafic de drogue.

Aux côtés des sept États concernés par ce programme, le séminaire réunira des représentants du groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent en Afrique de l'Ouest, de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et la toxicomanie et de l'organisme de lutte contre le blanchiment.

Le séminaire régional de Conakry sera présidé par le ministre délégué à la sécurité de Guinée, M. Maramany Cissé, en présence du général de corps d'armée Bruno Clément-Bollée, directeur de la coopération de sécurité et de défense au ministère des affaires étrangères.

4 - Fonds vert pour le climat

La France soutiendra la candidature de l'Allemagne qui s'est proposée d'accueillir le secrétariat du Fonds vert pour le climat à Bonn, où se trouve déjà le secrétariat de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Cette candidature sera examinée lors de la réunion du Conseil de cette institution, prévue du 18 au 20 octobre en Corée.

Le Fonds vert pour le climat occupera une place majeure dans la nouvelle architecture financière mise en place pour combattre les effets du changement climatique.

Les pays développés se sont engagés dans ce cadre à mobiliser près de 100 milliards de dollars par an d'ici 2020, à partir de fonds publics et privés, pour aider les pays les plus pauvres à financer la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre et la politique d'adaptation aux changements climatiques.

5 - Norvège / FARC

Q - Une délégation des FARC devrait se rendre à Oslo via Paris. Allez-vous, le cas échéant, les recevoir lors de leur passage à Paris? La France contribue-t-elle à ces négociations de paix ?

R - La France se félicite de l'ouverture des négociations entre le gouvernement colombien et le mouvement des FARC et reste, bien entendu, disposée à accompagner la Colombie dans la restauration de la paix.

Nous n'avons pas de commentaires à faire sur le transit par Paris que vous mentionnez.

6 - Mauritanie

Q - Pourquoi le président mauritanien, blessé par balle, a-t-il été hospitalisé à Paris alors que les nouvelles sur son état se voulaient rassurantes ?

R- Cette hospitalisation intervient à la demande des autorités mauritaniennes. Je vous renvoie vers ces autorités et vers le ministère de la Défense.

7 - Union européenne

Q - Le président du Parlement allemand, Norbert Lammert, s'est exprimé contre un élargissement de l'UE à moyen terme, jugeant préférable de consolider l'UE existante. Il se prononce contre une adhésion de la Croatie. Quelle est la réaction de la France à cet égard ?

R - La position française quant à l'adhésion de la Croatie est bien connue : elle soutient le principe d'une adhésion qui devrait être effective au 1er juillet 2013 ainsi que la perspective européenne qui a été ouverte à tous les pays de la région en 2000, lors du sommet de Zagreb.

La France est attachée à ce que l'adhésion de nouveaux membres ne se fasse pas au détriment de la stabilisation et de l'approfondissement de l'Union. Aussi s'est-elle toujours prononcée en faveur d'un élargissement respectueux de sa capacité d'absorption, fondé sur une conditionnalité stricte et dont les avancées ne sont pas déterminées par un calendrier politique mais par l'appréciation, au cas par cas, des mérites propres de chaque candidat.

C'est pour cette raison que nous avons, avec nos partenaires allemands, tenu à introduire un mécanisme de suivi spécifique afin de garantir la poursuite des progrès croates entre la date de clôture des négociations et la date fixée pour l'adhésion.

Le rapport de suivi remis par la Commission le 10 octobre dernier a d'ailleurs souligné les progrès effectués par la Croatie, même si des efforts restent nécessaires. La France veillera à ce que la Croatie remplisse d'ici au 1er juillet 2013 toutes les conditions requises d'un État membre de l'Union européenne.

8 - Mexique

Q - Qu'est-ce que vous faites pour l'otage franco-mexicain Rodolfo Cazares Solis ?

R - M. Rodolfo Cazares Solis a été enlevé le 9 juillet 2011 dans la ville de Matamoros à la frontière avec le Texas, vraisemblablement par le cartel du golfe du Mexique.

M. Rodolfo Cazares Solis a acquis la nationalité française en février 2012, avec effet rétroactif au 6 juin 2011. Il bénéficie pleinement à ce titre de la protection consulaire.

Le ministère des affaires étrangères et notre ambassade à Mexico sont mobilisés pour lui apporter tout le soutien nécessaire et restent en contact avec son épouse, qui a notamment été reçue au Quai d'Orsay./.

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9. Syrie - Conclusions du Conseil de l'Union européenne - Luxembourg, 15 octobre 2012

Face à l'escalade de la violence en Syrie, le Conseil a renforcé ce jour les sanctions de l'Union européenne contre le régime syrien.

Le Conseil a ajouté vingt-huit personnes responsables de la violente répression exercée contre la population civile à la liste des personnes faisant l'objet d'une interdiction de pénétrer sur le territoire de l'UE et d'un gel de leurs avoirs. Par ailleurs, deux entités supplémentaires ont été désignées pour faire l'objet d'un gel de leurs avoirs dans l'UE.

Le Conseil a également pris de nouvelles mesures en ce qui concerne les armes, en interdisant l'importation dans l'UE d'armes en provenance de Syrie, ou toute participation de l'UE au transport d'armes syriennes. Le Conseil a également interdit aux ressortissants et aux entreprises de l'UE de fournir des services financiers liés aux exportations d'armes syriennes, y compris des services d'assurance et de réassurance. Aucun citoyen ou entreprise de l'UE ne peut participer à une coopération militaire entre la Syrie et des pays tiers, qui serait susceptible de profiter au régime syrien.

Mme Catherine Ashton, Haute représentante de l'Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a déclaré : «L'UE met en garde contre une militarisation accrue du conflit. Nous demandons à tous les États de s'abstenir de livrer des armes à la Syrie et de suivre la voie de l'UE en mettant un terme aux approvisionnements qui attisent les combats.»

Le Conseil a également interdit l'accès aux aéroports de l'UE à tous les vols effectués par la Syrian Arab Airlines, qui fait également l'objet d'un gel de ses avoirs. Cette mesure vient s'ajouter à l'interdiction existante concernant les vols de fret effectués par des transporteurs syriens.

Il s'agit de la dix-neuvième série de sanctions prises par l'UE contre le régime syrien. Les décisions prises ce jour portent à 181 le nombre total de personnes et à 54 le nombre total d'entités, visées par des sanctions.

Les décisions adoptées ce jour, ainsi que la liste des nouvelles désignations, seront publiées au Journal officiel de l'UE du 16 octobre./.

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10. Géorgie - Conclusions du Conseil Affaires étrangères - Luxembourg, 15 octobre 2012

Le Conseil a adopté les conclusions suivantes :

«1. Le Conseil prend note avec satisfaction des élections législatives qui se sont tenues en Géorgie le 1er octobre 2012, et il félicite les Géorgiens pour cette importante avancée sur la voie de la consolidation de la démocratie dans leur pays. Le Conseil constate que l'évaluation préliminaire du déroulement de ces élections réalisée par le BIDDH (OSCE) est globalement positive, et il s'engage à aider la Géorgie à mettre en oeuvre les recommandations du BIDDH.

2. Le Conseil appelle toutes les institutions étatiques et tous les partis politiques géorgiens à coopérer dans un esprit constructif durant la période de transition qui s'ouvre, en vue d'assurer la stabilité, l'État de droit, le respect des droits de l'Homme et la bonne gouvernance, en respectant pleinement la volonté que le peuple a démocratiquement exprimée et les prérogatives respectives du parlement et du président telles qu'elles sont définies dans la constitution géorgienne. Le Conseil se félicite que des contacts aient été noués rapidement entre les différentes parties et que les représentants aussi bien du gouvernement sortant que du nouveau gouvernement aient pris l'engagement d'assurer une transition politique efficace et transparente.

3. Le Conseil confirme la volonté de l'UE, dans le cadre du Partenariat oriental, d'oeuvrer en faveur de l'association politique et de l'intégration économique de la Géorgie, et il réaffirme l'attachement de l'UE à l'objectif partagé consistant à mettre en place, lorsque le moment sera venu, un régime de déplacement sans obligation de visa, pour autant que les conditions d'une mobilité bien gérée et sûre soient réunies. Le Conseil prend acte des aspirations européennes de la Géorgie et du choix européen qu'elle a fait et il espère maintenir sa coopération étroite avec la Géorgie sur l'ambitieux programme d'action que l'UE partage avec ce pays. Dans ce contexte, le Conseil rappelle également les termes de la déclaration conjointe faite à l'issue de la réunion des ministres des affaires étrangères du Partenariat oriental du 23 juillet 2012, selon lesquels la feuille de route constitue une base de référence aux fins du suivi et de la poursuite de la mise en oeuvre du Partenariat oriental.

4. L'UE est prête à dispenser aide et conseils au nouveau gouvernement et à poursuivre le dialogue technique, dans le but de maintenir la continuité et la dynamique des négociations sur un accord d'association, y compris une zone de libre-échange approfondi et complet, et des mesures décidées dans le cadre du dialogue en cours sur la question des visas. Le Conseil insiste sur la volonté de l'UE de soutenir les réformes que la Géorgie doit mener au niveau interne dans ces domaines. Il attend avec intérêt une visite du nouveau Premier ministre dans les meilleurs délais.

5. Le Conseil souligne l'importance déterminante que revêtent pour le développement démocratique une véritable opposition parlementaire d'une part et une société civile dynamique d'autre part, et il réaffirme son intention de continuer à soutenir le renforcement des capacités dans ce domaine.

6. Le Conseil exprime à nouveau son attachement indéfectible à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de la Géorgie à l'intérieur de ses frontières internationalement reconnues. L'UE espère que la Géorgie continuera de participer activement aux discussions internationales menées à Genève et de suivre une politique efficace de dialogue avec les régions sécessionnistes. L'UE confirme à nouveau sa volonté de demeurer associée et de continuer de participer aux efforts consentis par la Géorgie en matière de stabilisation et de règlement du conflit, y compris en poursuivant son action dans le cadre de la coprésidence des discussions de Genève et grâce aux efforts du RSUE et à la présence ininterrompue sur le terrain de la mission de surveillance de l'UE (EUMM). Le Conseil appelle la Géorgie à continuer de soutenir le retour d'une mission de l'OSCE sur son territoire./.

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11. Biélorussie - Conclusions du Conseil Affaires étrangères - Luxembourg, 15 octobre 2012

Le Conseil a adopté les conclusions suivantes :

«1. Rappelant ses conclusions des 31 janvier et 20 juin 2011 et du 23 mars 2012, le Conseil souligne l'importance qu'il attache à ce pays voisin de l'Union européenne et aux citoyens de ce pays, et reste vivement préoccupé par le non-respect des droits de l'Homme, de la démocratie et de l'État de droit en Biélorussie.

2. Renvoyant à la déclaration de Mme Catherine Ashton, Haute représentante de l'Union, et de M. Stefan Füle, membre de la Commission, le Conseil déplore que les élections législatives du 23 septembre 2012, qui se sont déroulées dans un climat général de répression, aient constitué, pour la Biélorussie, une nouvelle occasion manquée de mener des élections conformes aux normes de l'OSCE et aux autres normes internationales. Le Conseil demande aux autorités biélorusses de tenir compte des recommandations formulées par l'OSCE/le BIDDH, de coopérer sans réserve à cet effet avec l'OSCE/le BIDDH et d'autoriser la réinstallation d'un bureau de l'OSCE en Biélorussie.

3. Le Conseil demande une fois de plus que tous les prisonniers politiques encore détenus soient immédiatement libérés et réhabilités. Il considère la libération de Syarhei Kavalenka comme un signe encourageant, mais déplore que celle-ci ait été subordonnée à une demande de grâce présidentielle. Le Conseil reste également vivement préoccupé par des décisions relatives à des peines de prison supplémentaires et par les informations qui continuent de lui parvenir sur les mauvais traitements infligés à des prisonniers politiques.

4. Le Conseil exhorte une fois de plus les autorités biélorusses à mettre fin au harcèlement visant la société civile, l'opposition politique et les médias indépendants. Il demande instamment aux autorités biélorusses de se conformer à la résolution 20/13 du Conseil des droits de l'Homme des Nations unies, et notamment de mettre en oeuvre toutes les recommandations figurant dans le rapport du Haut commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme daté d'avril 2012 et de coopérer pleinement avec le nouveau rapporteur spécial des Nations unies pour la Biélorussie.

5. Étant donné que les prisonniers politiques n'ont pas tous été libérés et qu'aucun prisonnier libéré n'a été réhabilité, et eu égard à l'absence d'amélioration en termes de respect des droits de l'Homme, de l'État de droit et des principes démocratiques, le Conseil a décidé de proroger jusqu'au 31 octobre 2013 les mesures restrictives en vigueur. À cet égard, il rappelle ses conclusions du 23 mars 2012 et réaffirme que sa politique en matière de mesures restrictives reste ouverte et fait l'objet d'un suivi constant.

6. Dans l'esprit de la solidarité européenne, le Conseil demande une fois encore à la Biélorussie de respecter intégralement les privilèges et immunités diplomatiques, reconnus par le droit international, dont bénéficient les représentations diplomatiques des États membres de l'UE ainsi que les membres de leur personnel en poste en Biélorussie, et notamment de les laisser exercer pleinement leurs fonctions.

7. Le Conseil rappelle qu'il est fermement résolu à renforcer le soutien de l'UE aux citoyens et à la société civile biélorusses. Le Conseil continue d'appuyer sans réserve le «dialogue européen sur la modernisation», qu'il entend approfondir. Il note que ce dialogue a suscité un débat de fond entre les représentants de la société biélorusse, l'objectif étant que des idées concrètes soient proposées quant aux réformes qu'il convient de mener, et encourage les autorités biélorusses à prendre part aux discussions.

8. Le Conseil réaffirme que l'UE est disposée à engager des négociations en vue de la conclusion d'accords sur l'assouplissement des formalités de délivrance des visas et la réadmission, qui permettraient de promouvoir les contacts entre les personnes, au bénéfice de l'ensemble de la population biélorusse, et déplore que les autorités biélorusses n'aient pas répondu à la lettre que leur a envoyée la Commission en juin 2011 pour les inviter à démarrer les négociations. En attendant, le Conseil se félicite que les États membres de l'UE continuent d'utiliser de manière optimale les possibilités offertes par le code communautaire des visas, notamment les possibilités de supprimer ou de réduire les droits de visa pour certaines catégories de ressortissants biélorusses ou dans certains cas particuliers, et se féliciterait qu'il soit possible d'étudier les moyens de réduire encore davantage les droits de visa pour les ressortissants biélorusses.

9. Le Conseil réaffirme son attachement à sa politique consistant à maintenir le contact tout en adoptant un point de vue critique, notamment au travers du dialogue et de la participation au partenariat oriental, et rappelle que le développement de relations bilatérales dans le cadre de ce partenariat est subordonné aux progrès réalisés par les autorités biélorusses en termes de respect des principes démocratiques, de l'État de droit et des droits de l'Homme. Le Conseil réaffirme que l'UE est disposée à aider la Biélorussie à respecter ses obligations à cet égard.»./.

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