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Bulletin d'actualités du 12 octobre 2012


Sommaire



1. Politique africaine / Syrie / Sahel - Entretien du prĂ©sident de la RĂ©publique avec «RFI-France 24-TV5 Monde» - Paris, 11 octobre 2012

 

Q - Monsieur le Président, vous avez longtemps hésité à vous rendre à Kinshasa, au sommet de la Francophonie ; pourtant mardi, vous avez déclaré que la situation dans ce pays est tout à fait inacceptable au plan des droits, de la démocratie et de la reconnaissance de l'opposition, bref un pays infréquentable. Alors on a envie de vous demander pourquoi allez-vous à Kinshasa et avez-vous reçu depuis des garanties ?

R - D'abord, je vais à Kinshasa parce que c'est l'Afrique et parce que je veux dire aux Africains qui parlent français que nous sommes extrêmement reconnaissants à leur égard.

La langue française, c'est une langue africaine. Aujourd'hui, les Africains sont ceux qui sont les plus nombreux à parler Français ; je veux leur exprimer ma gratitude.

Je vais à Kinshasa parce que la RDC est un grand pays. C'est un pays qui est agressé à ses frontières. Je viens comme président de la République aussi pour dire ce que j'ai déjà prononcé à l'Assemblée générale des Nations unies : je n'accepte pas que les frontières de ce grand pays puissent être mises en cause par des agressions venant de l'extérieur.

Ensuite, je viens à Kinshasa - je serai avant à Dakar au Sénégal - pour tenir le discours de la franchise, de la transparence et du respect. Des élections se sont produites l'année dernière en RDC. Elles n'ont pas été regardées comme étant complètement satisfaisantes, mais il y a aussi des progrès qui viennent d'être accomplis. Je les souligne : une commission pour les élections, une commission pour les droits de l'Homme.

Je veux donc, à chaque fois que je me déplace, qu'il y ait aussi la marque, lorsque la France est là, qu'il doit y avoir des progrès en matière de démocratie.

Q - Certaines des garanties que vous attendiez n'ont pas été remplies comme, par exemple, la transparence sur le procès des assassins de Florent Chebeya, le militant des droits de l'Homme assassiné en 2010. De ce point-de vue-là, exprimez-vous des regrets ?

R - J'aurais l'occasion de m'exprimer là-bas. Je dirai d'ailleurs à Kinshasa ce que je dis partout et ici, en France. Je n'ai pas plusieurs langages. Je n'ai pas plusieurs manières de parler selon mes interlocuteurs. Mais je sais que ce procès est attendu parce que c'est un militant qui a été assassiné et que sa famille, ses proches, ses amis demandent justice. J'aurais l'occasion de m'en entretenir avec le président Kabila.

Les temps ont changé, la France est maintenant désireuse à la fois de respecter tous ses interlocuteurs, mais aussi de leur dire la vérité. Cette vérité n'est pas celle de la France, c'est celle des droits fondamentaux, des libertés essentielles et de la démocratie.

Q - Vous allez rencontrer le chef de l'opposition congolaise, Etienne Tshisekedi, à la résidence de France à Kinshasa. Qu'allez-vous lui dire ? Il appelle à des manifestations. Cela vous inquiète-t-il ?

R - Plusieurs grandes organisations non gouvernementales, que j'avais consultées avant de prendre ma décision d'aller à Kinshasa, m'ont donné leur point de vue. Elles m'ont conseillé daller à Kinshasa, d'aller en RDC, d'abord parce que c'était un sommet de la Francophonie et c'était mon devoir que d'y être, pour la France, le français, mais aussi pour l'Afrique, je viens de le dire, et exprimer un message. Et également pour parler à toutes les parties prenantes de cette grande République, car la RDC est un grand pays, un des plus grands pays d'Afrique.

Q - Avec une démocratie bloquée quand même ?

R - Avec une population qui aspire à la démocratie, avec des règles qui ne sont pas aujourd'hui encore complètement satisfaisantes. J'en parlerai avec le président Kabila, j'aurai un entretien avec lui. J'ai souhaité aussi avoir un entretien avec l'opposition, le principal parti, j'allais dire le principal opposant historique. Je le verrai, j'en verrai d'autres, les organisations non gouvernementales, non pas pour m'ingérer, je ne suis pas là pour être l'arbitre, le juge, ce n'est pas ce que l'on demande à la France et ce n'est pas ce que la France veut faire. Là aussi, c'est une nouvelle politique qui est en train de se définir, c'est-à-dire que nous avons du respect, nous avons de la considération, mais en même temps on se dit les choses et on aide.

Je veux permettre par ma visite, que le processus démocratique qui a été engagé puisse aller jusqu'au bout.

Q - En ce sens, la rencontre avec Etienne Tshisekedi, est aussi un message envoyé aux autorités ?

R - C'est un message envoyé à tous les chefs d'État africains. Je les considère, je suis conscient, lorsqu'ils ont été élus par un processus démocratique, qu'ils représentent pleinement leur pays. Quand ils n'ont pas été élus par cette procédure, je fais en sorte d'avoir de bonnes relations d'État à État, mais je reconnais aussi les opposants dès lors qu'ils s'inscrivent dans la démocratie, qu'ils veulent, concourir sans violence à ce que ce soit les urnes qui décident en Afrique comme partout ailleurs.

Q - Monsieur le président, revenons sur votre première étape qui est Dakar au Sénégal. En 2007, Nicolas Sarkozy avait dit ces mots qui avaient choqué «l'homme africain, n'est pas assez entré dans l'Histoire». Dakar 2012 avec François Hollande, est-ce que ce sera le discours de la réparation ?

R - Non, je ne viens pas faire un discours pour effacer un précédent. Je viens prononcer un discours pour écrire avec l'Afrique une nouvelle page parce que la France et l'Afrique ont des relations historiques ; nous avons à la fois une reconnaissance par rapport à l'Afrique, à ce qu'elle nous a apporté et aussi des fautes qui doivent être rappelées : ce qu'a été la colonisation et avant, ce qu'a été la traite négrière.

La nouvelle page, c'est de voir l'Afrique comme un continent d'avenir, c'est-à-dire des pays qui connaissent une forte croissance. Nous ici, en Europe, nous souffrons de la récession, dans certains de nos pays voisins, d'une croissance faible. En Afrique, une dynamique économique est née depuis plusieurs années. C'est un continent d'avenir parce qu'il y a une jeunesse qui demande à prendre sa place. C'est un continent d'avenir parce que des entreprises sont en train de s'installer, des pays se sont eux-mêmes investis, notamment la Chine et les États-Unis.

Je viens donc dire aux Africains : «nous voulons être de votre grande aventure». Je viens dire à cette jeunesse : nous voulons nous vous parler, avec notre langue, quelquefois avec une autre langue quand elle est parlée par des anglophones, mais nous venons faire une relation qui sera une relation de confiance et de considération.

Q - Justement, sur cette question économique, vous dites que l'Afrique est le continent de la nouvelle croissance, mais ne craignez-vous pas que la diplomatie économique que vous prônez se heurte aux principes que vous défendez ?

R - La diplomatie économique, c'est de faire en sorte que nous puissions avoir une place pour nos entreprises. D'ailleurs, elles l'occupent en Afrique. 20 % de l'économie en Afrique concernent des entreprises françaises. C'est donc une présence considérable. Mais moi je ne veux pas des passe-droits. C'est fini le temps des émissaires, des intermédiaires, de ce que nous pouvions emmener dans nos bagages.

Q - Y compris dans le secteur pétrolier ?

R - Qu'il y ait une grande entreprise comme Total qui joue son rôle. Chaque fois que je suis interrogé, je dis que je souhaite que Total puisse prendre des positions, mais dans la transparence. Tel est ce que je veux faire, c'est-à-dire faire en sorte que pour toutes les industries extractives, minières, forestières, il y ait une transparence absolue sur leur compte pays par pays. Pour Total, je m'en suis expliqué avec son président, il y est prêt, il le fait déjà.

Donc, oui, nous pouvons avoir des intérêts économiques, mais nous ne ferons pas une diplomatie qui serait celle de nos intérêts économiques.

Q - Justement, vous évoquez la «Françafrique», celle des réseaux obscurs entre Paris et le continent noir. Nicolas Sarkozy avait promis la fin de ces réseaux. Depuis votre arrivée à l'Élysée, vous avez reçu une demi-douzaine de chefs d'État africains dont certains font partie de cette « Françafrique». Certains seraient même impliqués dans des affaires dites de «biens mal acquis». Alors où est réellement «la rupture» ?

R - Cela ne vous a pas échappé que sur «les biens mal acquis», la justice français fait son travail et sans entrave et qu'il y a notamment un pays, une famille qui est particulièrement concernée ; je laisserai la justice aller jusqu'au bout, non pas parce que je veux m'acharner - je ne suis pas celui qui instruit les procédures -, mais parce que je considère que c'est un devoir pour les Africains, que de savoir exactement ce que sont devenus un certain nombre de fonds.

Par ailleurs, je reçois les chefs d'État de tous les pays du monde, ceux qui me demandent audience, rendez-vous ; je me déplace également. Il n'y a pas toujours que des démocrates, je le regrette mais j'ai des relations d'État à État.

Néanmoins, chaque fois que je reçois un chef d'État africain, d'une autre origine ou d'un autre continent, chaque fois je leur parle de la situation dans leur pays, non pas pour m'immiscer, non pas pour m'ingérer, mais parce que je leur dois cette franchise.

Et quand un opposant est détenu, lorsqu'une liberté est entravée, lorsqu'un certain nombre de manifestations sont interdites ou réprimées, je leur dis, mais en même temps j'essaie de faire avancer les dossiers du continent africain ou les dossiers de nos entreprises, lorsqu'elles sont concernées.

Q - Cette normalisation de cette politique africaine ne risque-t-elle pas d'aboutir Ă  une perte d'influence de la France ?

R - Mais c'est le contraire ! D'abord, je bannis ce mot «normalisation» qui a un côté d'un autre temps. Disons une «nouvelle politique», respectueuse, transparente.

Q - Cela signifie que les politiques précédentes ne l'étaient pas ?

R - Pas suffisamment puisqu'elles étaient critiquées ; vous me parlez de «Françafrique», il y aura la France et il y aura l'Afrique. On n'aura pas besoin de mêler les deux mots.

Je veux que nos intérêts économiques soient défendus ; c'est normal, mais en même temps sans qu'il soit besoin d'avoir des marchés publics qui ne soient pas ouverts et transparents et quand nous avons des entreprises - j'en suis très heureux, je les soutiens, je les appuie et je les conforte- qui décident de s'investir, par exemple, dans un pays africain et qui réussissent à avoir la confiance des pays qui les accueillent, ces entreprises-là doivent être totalement transparentes et une partie de leurs bénéfices doivent se retrouver dans la vie des pays où elles sont allées chercher leur activité.

Q - Le Mali sera bien sûr au coeur de votre visite africaine. Le Conseil de sécurité des Nations unies examine aujourd'hui la fameuse résolution sur l'intervention militaire au Mali. Ban Ki-moon que vous avez reçu à Paris, a dit qu'il voulait des négociations préalables. Vous, vous voulez aller vite. N'y a-t-il pas là un problème de calendrier ? Dans le fond, êtes-vous sur la même longueur d'ondes ?

R - Discuter ? Mais avec qui ? Avec des terroristes qui sont installés dans le nord du Mali ? Qui impose une loi, la Charia, qui coupent des mains et qui détruisent des monuments jusque là considérés comme patrimoine de l'Humanité ? Discuter avec qui ? Avec AQMI ? Qui peut imaginer qu'il puisse y avoir là des conversations qui puissent être utiles ?

En revanche, s'il y a des forces politiques laïques - il y en a au Mali - qui veulent prendre leur part de la réconciliation nationale, c'est la responsabilité des autorités maliennes et je n'y ferai pas obstacle.

En revanche, ce que je veux faire, pas au nom de la France, au nom de la de la paix, au nom des droits humains, c'est qu'il puisse y avoir une résolution aux Nations unies, au Conseil de sécurité, dans les jours qui viennent, sur le principe d'une force qui pourrait être déployée si les Africains en décidaient, et ensuite il y aurait une autre résolution du Conseil de sécurité pour mettre en oeuvre ce que pourrait être cette force.

Q - Pensez-vous que le vote de cette résolution peut passer sans le véto chinois ou russe? Moscou et Pékin n'ont-elles pas plutôt intérêt à s'opposer à une intervention militaire ?

R - Non parce que la lutte contre le terrorisme est partagée par tous les grands pays. Ils savent les risques, les risques d'abord pour les populations concernées, pour toute la région du Sahel, les risques pour les États, les risques aussi pour nos propres Nations car nous pouvons être touchés par un terrorisme qui s'est installé dans la zone du Sahel, avec le trafic de drogue, le trafic d'armes, celui qui vient notamment de Lybie, et qui vit de tous ces trafics pour nourrir des passions haineuses et maintenant occupe un territoire.

Toutes les nations sont conscientes de l'enjeu. Je pense qu'au Conseil de sécurité il y aura une volonté de mettre en place cette force d'intervention mais je veux être très clair, c'est aux Africains d'en décider. D'abord, c'est le gouvernement malien uni, Premier ministre et président, qui l'a demandé ; c'est la CEDEAO qui aura à organiser cette force avec l'Union africaine ; je salue d'ailleurs son président qui a été très actif pour accélérer les choses.

Et nous, nous serons loyaux par rapport à ces partenaires et nous serons respectueux de la légalité internationale. Si on nous demande notre appui logistique, c'est-à-dire du matériel, un certain nombre d'informations, nous les fournirons.

Q - Sans troupes au sol ?

R - Il n'y aura pas d'hommes au sol, pas de troupes françaises engagées.

Q - Un soutien aérien ?

R - Il ne nous est pas demandé.

Q - Et s'il est demandé ?

R - Nous ne pouvons pas intervenir à la place des Africains. On peut donner un appui matériel, on peut former, mais la France n'interviendra pas.

Q - Justement, Monsieur le Président, une intervention militaire au Mali ne peut se faire qu'avec le soutien actif de l'Algérie. Or, en ce moment, l'Algérie semble plutôt privilégier une solution négociée, diplomatique. Vous allez vous rendre dans quelques semaines à Alger, comment allez-vous convaincre votre homologue, Abdelaziz Bouteflika, de s'impliquer militairement en cas d'intervention militaire au Mali ?

R - L'Algérie a payé un tribut suffisamment lourd pour lutter contre le terrorisme pour que je vienne lui donner la leçon. Elle sait ce qu'il y a à faire et ce qu'il y a à redouter. En revanche, il est vrai que l'Algérie regarde aujourd'hui avec distance une possible intervention.

Donc à moi de rassurer l'Algérie, dire ce qui va se passer, c'est l'affaire des Africains. Ce qui doit se faire, c'est lutter contre le terrorisme. Ce n'est pas de faire je ne sais quelle occupation d'un territoire.

Enfin, ce sont les Maliens eux-mêmes qui doivent en décider. Aujourd'hui même, il y a une grande manifestation à Bamako où les Maliens sont descendus dans la rue en disant «nous voulons retrouver notre intégrité territoriale, nous voulons lutter contre le terrorisme».Entendons aussi le message des autorités du Mali, de la population du Mali qui est privée aujourd'hui d'une partie de son territoire.

Je n'oublie pas les gens qui souffrent, des femmes qui sont violées, des enfants qui sont enrôlés, des hommes qui sont massacrés et des monuments qui sont profanés.

Q - On parle beaucoup de cette force africaine. Elle serait de 3000 hommes. Est-ce que ce serait suffisant pour couvrir un territoire aussi vaste ? On parle quand mĂŞme d'une superficie qui fait deux fois la France !

R - Vous avez raison, il ne s'agit pas simplement de mener une intervention pour les Africains, mais ensuite de stabiliser cette région, de permettre qu'elle retrouve une vie normale, qu'il y ait une intégrité du Mali, mais aussi une administration du Mali.

Nous sommes donc prêts à soutenir, à aider matériellement, vous l'avez rappelé, mais c'est aux Africains et aux autorités maliennes, de trouver la réponse durable.

C'est pourquoi j'insiste sur l'aide, pas simplement matérielle, l'aide que nous devons donner au Mali, et d'ailleurs aux pays de cette région, Niger, Mauritanie et autres, pour qu'ils assument leur développement parce que c'est la misère, c'est la pauvreté ! Il existe aujourd'hui tous les risques d'une crise alimentaire, d'une crise sanitaire. Donc nous devons aider aussi ces pays à vaincre ces fléaux.

Q - Très concrètement, comment cette aide va-t-elle se matérialiser ? Ce sera du matériel, de la formation, de l'appui au sol ?

R - Distinguons. Pour ce qui est de l'aide aux pays, l'Europe fait un travail considérable, que je veux saluer -pas seulement la France, l'Europe tout entière-pour apporter un soutien au développement des pays qui sont touchées par ce que l'on appelle la «crise sahélienne». Mais concernant maintenant l'opération qui pourrait être décidée par le Conseil de sécurité, mise en oeuvre par les Africains, la CEDAEO et l'Union africaine, je le répète, la France appuiera son aide logistique, donnera un certain nombre de moyens matériels et fera en sorte de former les personnels qui seront éventuellement envoyés dans cette partie du territoire malien.

Q - On l'a vu, il y a en France des cellules islamistes. L'une d'entre elles a été démantelée. En déclarant la guerre à AQMI, ne craignez-vous pas d'importer cette forme de terrorisme en France, qui existe puisque la menace intérieure est très présente ?

R - C'est en laissant AQMI, c'est-à-dire Al Qaïda, prospérer dans le Sahel, que je ferai courir un risque à mon pays parce que le terrorisme peut venir de là. Nous avons même appris qu'il y avait eu des ressortissants français au Mali, comme il y en a en Somalie, comme nous pouvons en trouver en Syrie, et qui ensuite peuvent revenir dans leur pays avec des visées terroristes. Je ne peux pas l'accepter. Il faut donc couper la route des terroristes. Il faut donc avoir une politique internationale. C'est ce que je veux faire au Mali. Mais en même temps, nous avons aussi un terrorisme qui peut être ici présent en France sans qu'il y ait de connexion avec des zones extérieures. Donc, nous devons y veiller ; c'est ce qui vient de se produire par l'interpellation d'un certain nombre de personnes. Aujourd'hui, bon nombre ont été déférées. Nous irons jusqu'au bout de nos enquêtes parce que les Français doivent être protégés. Mon devoir, ma responsabilité, avec le gouvernement, est de veiller à tout surveiller, tout remarquer, tout identifier, pour qu'il n'y ait aucune possibilité d'une action terroriste.

Q - Cette intervention militaire au Mali ne risque-t-elle pas de mettre en danger la vie des otages français retenus par Al Qaïda au Maghreb islamique dans le nord du Mali ?

R - Non. Nous avons six otages au Mali, quatre dits «les otages d'Arlit» et deux autres qui ont été capturés il y a deux ans.

Nous faisons en sorte que toutes les pistes, tous les contacts soient utilisés pour les libérer. Une vidéo a été diffusée il y a quelques jours. Nous faisons en sorte de comprendre les messages qui nous sont adressés et d'avoir un certain nombre de contacts.

Je ne peux pas vous dire en dire plus, mais comprenez-moi bien, vous pensez que la position de la France peut être dépendante d'une prise d'otages?

Nous avons deux devoirs : libérer nos otages et libérer le Mali du terrorisme.

Q - Ne sont-ils pas contradictoires ?

R - Ils ne sont pas contradictoires. Au contraire même, je pense que les ravisseurs savent bien ce qui peut arriver, donc peuvent être dans une disposition de relâcher le plus rapidement possible nos ressortissants.

D'ailleurs, puisque je suis devant vous, je m'adresse à tous. Qu'ils m'entendent bien s'ils sont devant l'écran ou la radio : nous voulons la libération de nos otages et nous ferons tout pour qu'il en soit ainsi.

D'ailleurs, puisque je suis devant vous, je m'adresse à tous. Qu'ils m'entendent bien s'ils sont devant l'écran ou la radio : nous voulons la libération de nos otages et nous ferons tout pour qu'il en soit ainsi.

Q - Monsieur le Président, avez-vous le sentiment qu'il existe en France un islam radical anti occidental et antisémite ? Puisque la communauté israélite a été visée, est-elle en droit de s'inquiéter aujourd'hui?

R - D'abord il y a des musulmans qui veulent pratiquer leur culte pacifiquement, dans la démocratie, dans le respect de l'autre, dans la grande tolérance qu'est cette religion dans son histoire. Donc nous ne devons faire aucun amalgame.

Il y a des cellules -je ne sais pas encore de quelle importance, des enquêtes sont en cours- qui veulent faire de l'islamisme radical une cause de haine et d'agression. Nous ne les lâcherons pas, nous les pourchasserons et nous les éliminerons.

Q - Vous déclarez la guerre à AQMI et aux terroristes ?

R - Je n'ai pas à utiliser des mots qui laisseraient penser que nous sommes dans cette situation. Nous sommes simplement en vigilance, en surveillance et en intransigeance. Je peux vous rassurer, si c'est possible, nous ne laissons aucune piste, aucun terrain sans que nous soyons présents et actifs.

Q - Le Qatar s'apprête à investir 50 millions d'euros en France et en particulier dans les banlieues. Cette forme de coopération un peu inédite est-elle vraiment opportune dans le contexte actuel ?

R - C'est une annonce que le Qatar avait faite avant mon élection. Cela partait sûrement d'une bonne démarche, venir en soutien, en solidarité, avec les talents de nos banlieues. Il y en a d'ailleurs de nombreux, comme d'entreprises qui se créent et qui ne demandent qu'à prospérer.

Q - C'est le Premier ministre qui a donné le feu vert.

R - Oui. J'ai proposé une autre méthode. Le Qatar veut investir dans nos banlieues, sur nos territoires, très bien, acceptons cette proposition. Mais nous le ferons ensemble. Un fonds franco-qatari va donc être créé auprès de la Caisse des Dépôts ; donc les décisions seront prises ensemble. Ce n'est pas un pays qui va choisir le talent, l'entreprise qu'il veut soutenir.

Q - Vous n'êtes pas inquiet pour la souveraineté de la France ?

R - Mais nous avons un fonds équivalent avec les Chinois ! Donc, chaque fois qu'un pays, petit ou grand, plutôt riche, nous dit qu'il veut investir, très bien, nous leur répondons «nous allons le faire ensemble parce que nous pouvons vous dire ce qui est stratégique, ce qui ne l'est pas, ce qui peut être utile à vous, à nous». C'est ce qui va se faire avec le Qatar.

Q - Le Qatar a un rôle trouble ; on le voit aujourd'hui en Syrie, où visiblement beaucoup de rebelles syriens sont armés et financés par le Qatar....

R - Soyons le plus précis possible ; c'est votre rôle et c'est mon devoir. Le Qatar soutient l'opposition à Bachar Al-Assad après avoir été, dans l'histoire récente, un de ses soutiens. Il est dans l'opposition. Il veut favoriser l'opposition, nous aussi. Nous disons donc qu'il faut fédérer l'opposition et préparer l'après Bachar Al-Assad. Cette transition doit être une transition vers la démocratie, pas vers le chaos. C'est-à-dire que l'opposition doit réunir toutes les forces de l'intérieur, de l'extérieur, qui demain, voudront une Syrie libre et démocratique.

Le Qatar a sa place, il peut aider, soutenir, et nous le faisons en bonne intelligence. Mais pour nous, il n'est pas question de fournir des armes Ă  des rebelles dont nous ne saurions rien des intentions.

Q - Non, mais celles qui sont repérées par les chancelleries, celles qui ont conquis des territoires ?

R - J'ai demandé que les territoires qui ont été libérés puissent être protégés. Ensuite, j'ai dit au Qatar, mais pas simplement, qui mène des oeuvres humanitaires dans un certain nombre de pays dont le Mali «faites attention, vous pensez parfois être dans l'humanitaire et vous pouvez, sans que vous soyez pour autant responsable, vous retrouver financer des initiatives qui peuvent être au bénéfice des terroristes». Les autorités du Qatar m'ont répondu qu'elles sont extrêmement vigilantes par rapport à cela et je veux les croire. Je suis dans une position où je ne laisse rien passer.

Q - Leur avez-vous demandé de participer à cette grande coalition qui va se mettre en place pour la reconquête du Mali ?

R - Ce n'est pas Ă  moi de dire qui doit en ĂŞtre, qui ne doit pas en ĂŞtre. J'ai simplement dit que c'Ă©tait les Africains qui devaient en prendre l'initiative. Les Africains et seulement les Africains.

Q - Dernière question sur la Syrie. La situation est totalement bloquée à cause bien sûr du véto russe et chinois. En attendant, la communauté internationale se contente de condamner et de tergiverser, mais dans le fond, est-ce que l'après Bachar Al-Assad n'est-il pas une préoccupation tout aussi importante que le conflit actuel ? Si Bachar Al-Assad partait, il y aurait un risque d'Irakisation et de conflits interconfessionnels qui deviendraient immaîtrisables.

R - Plus tôt Bachar Al-Assad partira, plus sûre sera la transition en Syrie. Plus le conflit dure, plus les risques ensuite sont grands, risques d'abord de guerre civile et risques de chaos après, ou de partition. Je m'y refuse. Donc la France est aux avant-postes. Elle a beaucoup été regardé ces derniers mois depuis mon élection.

Qu'avons-nous fait ? C'est nous qui avons demandé que l'opposition puisse se réunir, ce qui a été fait au mois de juillet ici à Paris, et se fédérer dans un gouvernement provisoire. Nous avons été les premiers à le dire. Les premiers à dire aussi qu'il fallait protéger les zones libérées. Les premiers à faire en sorte qu'il puisse y avoir une aide humanitaire. C'est ce que nous faisons en Jordanie. Les premiers également à dire que nous devons nous coordonner pour que les personnes déplacées ou réfugiées puissent être accueillies dans de bonnes conditions, notamment pour l'hiver qui arrive. Premiers à dire que nous devons tout faire pour que Bachar Al-Assad parte et que nous trouvions une solution, y compris proche de lui. J'ai entendu la proposition de la Turquie par rapport au vice-président ; il y a des personnalités encore en Syrie qui peuvent être des solutions de transition, mais m'il n'y a pas de compromis avec Bachar Al-Assad.

Q - Vous avez évoqué la Turquie. Le conflit syrien déborde des frontières strictement syriennes pour justement toucher la Turquie en ce moment. Ne craignez-vous pas une escalade du conflit, un conflit armé entre Ankara et Damas ?

R - C'est un risque et la Turquie s'est particulièrement retenue. Je veux saluer l'attitude de ses dirigeants car il y a eu des agressions, des provocations ; la Turquie fait tout pour éviter ce déchaînement qui serait d'ailleurs dans l'intérêt de la Syrie, créer un conflit international qui pourrait souder la Syrie contre un agresseur supposé venant de l'extérieur. Donc nous devons tout faire pour que la révolution syrienne ne fasse pas débordement en Turquie, au Liban, en Jordanie.

Ma responsabilité est très grande parce que la France veut que le Liban garde son intégrité. Ma responsabilité est grande parce que je soutiens ce qui se passe en Jordanie, là aussi, un processus démocratique et des réfugiés qui sont quand même sont très nombreux.

Q - Avez-vous parlé de cela à vos homologues russe et chinois ?

R - Bien sûr... Avec M. Poutine j'ai eu un long entretien là-dessus. Je lui ai dit, je peux donc vous le répéter : «vous voulez éviter, et nous sommes d'accord avec vous, le chaos, le fondamentalisme, le terrorisme, vous voulez éviter que la Syrie devienne un champ ouvert à un certain nombre de forces occultes et dangereuses. Nous aussi. Eh bien plus tôt vous cesserez votre soutien à Bachar Al-Assad, plus vous serez sûrs que vous éviterez ce chaos.

Q - Êtes-vous sûr de ces rebelles syriens ? Cette rébellion est très fractionnée. Cela va des djihadistes à l'ASL, et à d'autres que l'on ne connaît pas. La France ou les pays occidentaux ne devraient-ils pas armer les rebelles qui sont identifiés pour qu'ils se protègent des bombardements et que les armes ne tombent pas dans de mauvaises mains ?

R - Mais c'est bien tout le problème ! Quand vous vous fournissez des armes, vous ne savez jamais où elles finissent. Je prends l'exemple de la Lybie. Si nous avons aujourd'hui ce qui se passe au Mali, c'est bien parce que des armes ont été livrées dans n'importe quelles conditions et qu'après la fin de Kadhafi, ces armes se sont expatriées. Et où sont-elles allées ? Justement dans des zones où vous pouvez les acheter pas cher et c'est AQMI qui les a reprises.

Je suis donc extrêmement vigilant au nom de la lutte contre Bachar Al-Assad, nécessaire au nom de la démocratie. Ne faisons pas non plus n'importe quoi qui ensuite alimenterait le terrorisme./.

 

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2. Prix Nobel de la Paix - CommuniquĂ© de la prĂ©sidence de la RĂ©publique - Paris, 12 octobre 2012 - DĂ©claration du ministre dĂ©lĂ©guĂ© chargĂ© des affaires europĂ©ennes - Paris 12 octobre 2012

L'attribution du prix Nobel de la paix à l'Union européenne est un immense honneur.

À travers cette distinction, chaque Européen peut éprouver une fierté, celle d'être membre d'une union qui a été capable de faire la paix entre des peuples qui s'étaient longtemps affrontés et de construire une communauté fondée sur des valeurs de démocratie, de liberté et de solidarité.

Mais ce prix Nobel confère à l'Europe une responsabilité encore plus grande, celle de la préservation de son unité, de la capacité à promouvoir la croissance et l'emploi, et de la solidarité dont elle doit faire preuve à l'égard de ses membres.

Cette récompense nous engage tous à poursuivre vers une Europe plus unie, plus juste, plus forte et porteuse de paix./.

Déclaration du ministre délégué chargé des affaires européennes - Paris, 12 octobre 2012

L'Union européenne vient d'être honorée par le comité Nobel à travers l'attribution du prix Nobel de la Paix. Cette distinction consacre une construction politique sans équivalent ni précédent dans l'Histoire.

Jamais, en effet, des États, des peuples ne se sont ainsi unis de manière pacifique.

Durant des siècles, l'Europe a été dévastée par des conflits meurtriers. Traumatisés par les deux conflits mondiaux et le drame de l'Holocauste, les pères fondateurs de l'Union ont imaginé une communauté de valeurs où la paix, la dignité humaine et les droits de l'Homme seraient au coeur d'un processus d'organisation politique. Elle est un espace de liberté. La réconciliation et l'amitié entre la France et l'Allemagne, acteurs majeurs de ces drames, ont été les moteurs de cette construction.

Après avoir consolidé la paix entre ses membres fondateurs, la communauté européenne a constitué par la perspective qu'elle a offerte, un puissant facteur de paix pour les États d'Europe centrale et orientale qui venaient de recouvrer leur liberté. Aujourd'hui encore, la perspective du rapprochement avec l'Europe contribue à la paix et à la stabilité, notamment dans les Balkans.

Ce prix Nobel consacre l'action pour la paix qui a été celle de l'Europe depuis sa fondation. Il consacre aussi l'action bénéfique de l'Europe sur la scène internationale. L'Union oeuvre en faveur du règlement pacifique des différends, du respect du droit international, des droits de l'Homme. Elle est le premier contributeur à l'aide au développement. Le prix Nobel constitue un encouragement supplémentaire pour que l'Europe amplifie son action. Tel est le sens de notre volonté de renforcer la politique extérieure et de sécurité commune et la politique de sécurité et de défense commune.

Le processus d'intégration européenne est un exemple qui inspire d'autres continents, où émergent des ensembles régionaux qui contribuent, eux aussi, à la paix et à la prospérité.

Pour parachever son action en faveur de la paix et de la fraternité entre les peuples, l'Europe doit renforcer son ambition économique et sociale, notamment face à la crise économique actuelle qui plonge les peuples dans la souffrance sociale. Dans cette perspective, «une intégration solidaire» permettra à l'Union européenne de mettre l'approfondissement de ses institutions au service d'une solidarité accrue entre les peuples d'Europe./.

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3. Canada / Syrie / Sahel - ConfĂ©rence de presse conjointe du ministre des affaires Ă©trangères avec le ministre des affaires Ă©trangères du Canada - Paris, le 11 octobre 2012

Mesdames et Messieurs, je suis ravi de vous retrouver avec mon ami Monsieur John Baird qui est le ministre des affaires étrangères du Canada.

Nous venons d'avoir un entretien à la fois très chaleureux et très productif avec John Baird. Nos discussions ont confirmé qu'il y a une très forte identité de vues entre la France et le Canada, notamment sur les réponses à apporter aux crises internationales ; nous avons parlé du Sahel, de la Syrie et de l'Iran.

Sur le dossier syrien en particulier, nous avons décidé de renforcer notre coopération sur le terrain. Nous avons également exprimé notre volonté commune que l'Union européenne et le Canada concluent, si possible d'ici la fin de cette année, les négociations sur leur accord économique et commercial global. Cet accord est très ambitieux mais il est souhaitable et il devrait pouvoir constituer un atout pour ce qui est notre priorité à l'un et à l'autre, c'est-à-dire, la croissance, l'emploi de chaque côté de l'Atlantique.

Cet entretien a été aussi l'occasion de confirmer la qualité du partenariat entre le Canada et la France. Nous avons des liens amicaux qui sont très solides, nous avons des relations économiques qui sont profondes, des relations culturelles, des relations humaines et tout cela doit nous conduire à envisager des coopérations renforcées notamment pour ce qui concerne les investissements croisés, les jeunes et, d'une façon générale, toutes les questions économiques.

Le Premier ministre canadien rencontrera le président de la République d'ici deux jours au Sommet de la Francophonie à Kinshasa et nous ferons état auprès de nos deux responsables de la teneur de nos conversations C'est à la fois un honneur, un plaisir et un moment très amical que d'accueillir mon homologue canadien. Il sait qu'il est ici chez lui.

Q - Avez-vous eu l'occasion d'aborder la question de l'arrivée au pouvoir au Québec d'un nouveau gouvernement indépendantiste ?

R - Oui, nous avons abordé la question générale des relations entre le Canada, la France et le Québec. C'est une question que nous connaissons bien et d'ailleurs que je connais bien moi-même. Le seul et mince privilège d'avoir été depuis longtemps aux responsabilités, c'est en effet de connaître comment les choses se présentent. Mme Marois va venir la semaine prochaine, nous l'accueillerons avec beaucoup de plaisir et de chaleur. Quant aux relations générales que nous avons, vous savez que nous avons des relations très bonnes avec le Canada qui est un État et un pays ami. Nous avons également des relations très bonnes, chaleureuses et amicales avec le Québec. Nous n'avons pas à nous ingérer dans ce que sont les affaires intérieures du Québec mais on sait bien qu'il y a une relation particulière, pour des raisons évidentes, entre le Québec et la France.

Je crois que cela ne pose aucun problème particulier. J'ai été très heureux d'accueillir aujourd'hui mon homologue canadien. François Hollande sera heureux de s'entretenir après-demain avec le Premier ministre canadien et nous serons heureux d'accueillir la semaine prochaine la nouvelle Première ministre du Québec.

Q - On dit que la France et le Canada ont décidé de renforcer leur coopération en Syrie. Pouvez-vous, Monsieur le ministre, nous donner quelques détails ?

R - Vous savez que l'une des initiatives prises par la France est d'intervenir par son aide dans les zones libérées.

De quoi s'agit-il ?

Il y a, quand vous regardez la carte de la Syrie, un certain nombre de zones qui se sont dégagées de l'emprise de Bachar Al-Assad et qui sont désormais administrées par des personnes de la société civile, des résistants. Ces zones qui sont importantes ont des problèmes qui sont de l'ordre du ravitaillement en pain, en nourriture, en électricité, des problèmes médicaux, des problèmes d'aménagement pour débarrasser les ordures, pour faire en sorte que la police puisse faire son travail.

La France a pris l'initiative d'aider concrètement un certain nombre de ces zones libérées. Ces initiatives concrètes ne règlent pas à elles seules le problème de la Syrie, bien sûr, mais aident vraiment la population. J'ai été frappé de constater qu'elles ont été plébiscitées, non seulement par les habitants - c'est cela qui est l'essentiel - mais aussi par beaucoup de nos partenaires internationaux qui cherchent comment aider la Syrie. Le Canada en particulier qui s'est montré très généreux en Syrie, qui est très attentif à ce qui se passe a bien voulu porter une appréciation positive sur ces initiatives. Nous allons donc faire en sorte que ces initiatives, dans telle ou telle partie de la Syrie, puissent être menées conjointement par la France, le Canada et, le cas échéant, avec d'autres pays amis. Ce qui nous importe, c'est d'aider la population et de faire en sorte, le plus vite possible, que le peuple syrien soit libre.

C'est donc autour de ces zones libérées en particulier que nous avons décidé d'agir ensemble.

Q - Pour faire suite Ă  cette question concernant la Syrie, vous parlez de l'aide humanitaire mais, est-il aussi question d'envisager une aide militaire, que ce soit au niveau de l'armement ou au niveau de la logistique ?

R - En ce qui concerne la France, pour le moment il y a un embargo européen sur les armes. Donc, en tant que Français, nous avons dit que nous étions disponibles pour un certain nombre d'équipements tels que ceux qui sont utilisés pour la communication cryptée. En revanche, nous avions dit que nous respecterions cet embargo européen et donc, nous ne livrons pas d'armes.

Nous savons par ailleurs qu'il y a des armes qui sont livrées par les Russes, par les Iraniens au régime de Bachar Al-Assad et qu'il y a aussi un certain nombre d'armements qui sont livrés par tel ou tel pays aux résistants.

Mais en ce qui nous concerne, dans les circonstances présentes, nous ne livrons pas d'armes.

J'ajouterai que, l'un et l'autre, nous souhaitons vivement qu'il y ait une union de l'opposition. Cela nous paraît être quelque chose de très important. Vous savez sans doute qu'il y aura bientôt une réunion à Doha dont c'est l'objectif. J'ai reçu ici, avant-hier, le président du Conseil national syrien avec lequel je me suis fréquemment entretenu et j'ai insisté auprès de lui sur la nécessité d'aller vers cette union aussi rapide et aussi large que possible de tous les résistants syriens.

Q - Concernant les livraisons d'armes russes, avez-vous eu des éléments par votre homologue turc aujourd'hui, après que l'avion en provenance de la Russie ait été arrêté ?

R - Non, je ne l'ai pas eu au téléphone. J'ai eu notre ami Ahmed Davutoglu il y a quelques jours mais c'était avant ces événements. Il m'avait appelé après qu'ont eu lieu les frappes syriennes contre le territoire turc qui ont tué une famille turque.

Q - Concernant le Mali, quand espérez-vous faire voter le projet de résolution que vous avez déposé au Conseil de sécurité ?

Et, auriez-vous des informations sur un ressortissant français arrêté dans la région qui souhaitait se rendre au nord du Mali faire le jihad ?

R - Oui nous avons ces informations mais je n'apporterai pas de détails supplémentaires sur ce point.

En revanche, s'agissant de la résolution qui est la première des deux que nous souhaitons faire voter puisqu'une deuxième est prévue dans un délai d'un mois, nous sommes en train de terminer les ajustements et nous espérons qu'elle sera examinée et votée demain ou après-demain, en tout cas très rapidement dans les jours qui viennent. Je disais à mon ami John que, même si tout cela est très difficile, j'ai vu avec beaucoup d'intérêt que, - en particulier depuis la réunion qui s'est tenue aux Nations unies, réunion dite à haut niveau sur le Sahel, - l'état d'esprit de beaucoup de pays avait évolué et à mon avis, évolué dans le bon sens.

Nous avons eu quand même, depuis cette réunion, la nomination de Romano Prodi que j'ai eu au téléphone et que je verrai prochainement, comme coordinateur des Nations unies pour l'ensemble des questions du Sahel. Nous avons eu beaucoup de contacts avec des pays voisins. Nous avons un accueil qui est, dans l'ensemble, très positif de la résolution mise en délibération et notamment un accueil des membres permanents du Conseil de sécurité. Tout cela va dans le bon sens si je puis dire et c'est nécessaire car la situation au Nord-Mali est extrêmement préoccupante. Comme nous le disions lors de notre entretien, non seulement il y a le problème du Mali en tant que tel, - il faut recouvrer l'intégrité du Mali, il faut faire en sorte que la sécurité soit assurée au Mali et dans les pays voisins - mais c'est une menace pour toute l'Afrique. Car, si le terrorisme s'installe au nord du Mali, terrorisme qui, d'après nos informations relie à la fois le terrorisme avec des violences physiques, le terrorisme idéologique, le terrorisme avec prise d'otages, le terrorisme de l'acquisition d'armes, le terrorisme de la drogue, car les narcotrafiquants et les terroristes font leur jonction, si tout cela s'installait, cela constituerait une menace pour le développement de toute l'Afrique y compris pour l'Afrique de l'Est. Des chefs d'État et de gouvernement ou des ministres des Affaires étrangères m'ont fait confidence qu'un certain nombre de terroristes de leur pays situés à l'est de l'Afrique allaient se former au Nord-Mali pour revenir ensuite à l'est de l'Afrique et ensuite essayer d'en déstabiliser les pays.

C'est donc une nécessité qui est de plus en plus ressentie. Nous voulons jouer un rôle de facilitateur pour trouver une solution. Le Canada est notamment un intervenant humanitaire important en Afrique et la générosité, l'activité économique, sociale, humanitaire dont fait preuve le Canada seront évidemment bien utiles. J'ajoute que nous avons à travailler sur ce sujet lundi prochain au niveau de l'Europe puisque nous avons une réunion qui a trait à ce sujet. J'ai été heureux d'avoir communication aujourd'hui du projet de décision en préparation, qui est un projet excellent et qui, je l'espère recueillera l'adhésion générale.

Q - Rapidement, je voudrais revenir sur la question québécoise. Le président Sarkozy avait très nettement rompu avec la politique traditionnelle de non ingérence dans l'indifférence en prenant partie ouvertement pour le Canada. Clairement, le retour d'élection du président Hollande et le retour des socialistes marque-t-il le retour de la politique traditionnelle dite de non ingérence dans l'indifférence ?

R - Je pense que le souhait du gouvernement français actuel, c'est d'avoir d'excellentes relations avec le Canada et en même temps, d'excellentes et particulières relations avec le Québec. De plus, et c'est tout à fait possible, c'est ce qui se met en place sans difficulté. Par ailleurs et comme vous le savez, même si nous ne cherchons pas à nous distinguer systématiquement de la politique précédente, il n'est pas inscrit dans le programme du nouveau président de la République qu'il doive, sur tous les plans, faire la même chose que son prédécesseur. Par exemple, demain, François Hollande se rend à Dakar, je l'accompagnerai et je voudrais vous révéler un scoop : le discours qu'il prononcera ne sera pas le même que celui qu'avait prononcé en son temps le président Sarkozy. Notre conception n'est pas que l'homme africain n'est pas entré dans l'Histoire, non.

En Afrique, il y a des changements, en Europe, il y a des changements et après tout, je crois qu'aucun Européen ne se plaindra du fait que désormais, la croissance - nous en parlions - soit à l'ordre du jour. On a besoin de sérieux budgétaire, c'est ce que nous faisons en France, nous serrons les dépenses. Nous avons été obligés de décider un certain nombre d'impôts, ce qui n'est jamais bien agréable, mais en même temps, nous ajoutons de la croissance. Il y a donc des éléments de changement.

Pour ce qui concerne les relations avec le Canada, je peux vous rassurer, elles resteront excellentes. Mais le fait qu'elles soient excellentes ne signifie pas que d'autres doivent être mauvaises. Et donc, les relations avec le Québec sur un autre plan seront également tout à fait excellentes.

Nous allons notre chemin, nous avançons sur le plan intérieur, nous essayons d'avancer sur le plan extérieur aussi. Je suis extrêmement heureux de voir que les relations avec le Canada continueront d'être excellentes et même se développeront encore plus. C'est même le sens de ce que nous avons examiné avec mon ami John. Ce sont là des choses concrètes, comment faire plus pour l'économie, comment faire plus pour les jeunes, comment faire plus pour l'emploi, comment faire plus pour la culture. Le Canada y est attaché, la France aussi.

Donc nous avançons./.

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4. Aide au dĂ©veloppement - Entretien du ministre dĂ©lĂ©guĂ© chargĂ© du dĂ©veloppement avec «La Croix» - Paris, 12 octobre 2012

 

Q - Vous participez au voyage de François Hollande en Afrique. En quoi consiste votre ministère ?

R - C'est la première fois qu'un ministre est exclusivement responsable du développement. Je ne suis pas chargé des relations bilatérales avec les gouvernements africains. Elles sont du ressort du ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius, et du domaine réservé du président de la République. C'est une rupture qui acte que le monde a changé. L'Afrique n'est pas une chasse gardée de la France. Nous avons normalisé nos relations institutionnelles avec ce continent. À l'Élysée, la cellule Afrique a été intégrée à la cellule diplomatique. Au Sénégal et en République démocratique du Congo, je me concentrerai sur les projets de développement, sur ce que peut apporter l'aide publique française.

Je consacre 100 % de mon temps aux politiques de développement vers les pays pauvres et émergents, ainsi qu'aux négociations climatiques, en liaison avec ma collègue Delphine Batho (NDLR : ministre de l'écologie). Le but est d'aboutir à des accords permettant de gérer en commun et de manière durable les biens publics mondiaux. Cela dit, l'Afrique est le continent où il y a encore le plus de situations de survie, d'urgence absolue, des crises humanitaires potentielles.

Cela justifie que notre aide se porte en majorité sur ce continent. En même temps, c'est un continent qui a incroyablement changé. Nous n'en sommes plus au stade de la relation postcoloniale. Ce continent s'est mondialisé, notamment dans ses échanges avec la Chine, l'Inde, le Brésil...

Q - L'aide publique au développement n'est-elle pas une des sacrifiées du budget français pour 2013 ?

R - Non. Politiquement, ce gouvernement a fait le choix de ne pas sacrifier la solidarité internationale, malgré un contexte budgétaire contraint. Certes, le budget de ce ministère participe à l'effort de redressement des comptes publics. Mais à ce budget s'additionnent 10 % des recettes de la taxe sur les transactions financières, qui vont être affectées à la protection de l'environnement et à la santé dans les pays en développement.

Des actions nouvelles, pour un montant d'au moins 160 millions d'euros, pourront ainsi être lancées dès 2013. Ces sommes viendront s'ajouter aux 3,1 milliards d'euros du budget 2013 affectés à la mission d'aide publique au développement.

Q - Quelles sont les priorités de l'aide publique au développement ?

R - La première est de s'assurer que notre aide est conforme à la recherche d'un mode de développement soutenable. Par exemple, nous avons réorienté les investissements énergétiques de l'Agence française de développement (AFD) vers les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. De cinq à six milliards d'euros d'investissements potentiels, sur trois ans, seront réalisés dans ces domaines par l'agence. Sur ce thème, nous allons également nous inscrire dans l'initiative de l'ONU «énergie durable pour tous» («sustainable energy for all»).

Contribuer à établir la transparence des flux financiers est une autre priorité. C'est pour cette raison que la France soutient la directive proposée par le commissaire européen, Michel Barnier, qui demande à ce que les entreprises, y compris les industries extractives, publient pays par pays, projet par projet les impôts qu'elles paient dans chacun des pays où elles opèrent.

Les Européens doivent faire au moins aussi bien que les Américains qui viennent de modifier, en ce sens, leur législation. Avec Pierre Moscovici, ministre des finances, nous nous battons à Bruxelles pour que le droit européen en cours de négociation soit le plus ambitieux possible. Cette transparence permettra à la société civile de demander des comptes. La plupart du temps, les entreprises françaises sont demandeuses de cette transparence.

Q - Comment motiver l'opinion publique française à donner pour le développement ?

R - La société britannique est plus sensibilisée que les Français aux questions de développement En Grande-Bretagne, les conservateurs comme les travaillistes maintiennent l'effort budgétaire en direction du Sud, malgré la crise. Même si je sais que des dizaines de milliers de personnes sont engagées, notamment dans les ONG de solidarité internationale et de développement, la société française dans son ensemble n'est pas assez mobilisée au quotidien sur ces questions. Notre rôle est de la convaincre que le développement est important pour tous. Pour cela, l'aide doit être transparente. Nous devons évaluer les progrès qu'elle permet, les faire connaître au public. Enfin, je suis convaincu que le développement est un facteur de paix. C'est donc l'intérêt général, comme notre intérêt particulier./.

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5. Politique africaine / Francophonie - Entretien de la ministre dĂ©lĂ©guĂ©e chargĂ©e de la francophonie avec le site « Atlantico.fr » - Paris, 12 octobre 2012

 

Q - François Hollande sera ce vendredi à Dakar où il fera un discours pour sa première visite en Afrique. En 2007, Nicolas Sarkozy avait lui aussi fait un discours très controversé dans la capitale sénégalaise. À l'époque ce discours vous avait-il choqué ?

R - Concernant le discours de 2007, comme beaucoup, j'avais été choquée. Le discours de François Hollande est naturellement très attendu, attendu par les Sénégalais mais également attendu par l'ensemble du continent africain. Le président de la République l'a dit lui-même ce soir sur TV5Monde, RFI et F24 : «Je ne viens pas faire un discours pour effacer un précédent. Je viens prononcer un discours pour écrire avec l'Afrique une nouvelle page parce que la France et l'Afrique ont des relations historiques».

Sur la forme, la petite phrase d'Henri Guaino sur «l'Homme africain» qui ne serait pas suffisamment «entré dans l'Histoire» était peut-être maladroite... Mais dans son intégralité, le discours de Dakar exhortait les Africains à être maîtres de leur destin. À contrario, le discours de repentance, parfois entretenu par la gauche, n'est-il pas finalement un handicap pour l'Afrique ?

L'histoire doit être écrite par les Historiens. Il y a eu des pages sombres dans l'Histoire dans notre relation avec l'Afrique. Cependant, nous ne devons pas avoir le regard exclusivement tourné vers le passé. Pourquoi devoir faire un choix entre la repentance et l'oubli ? Je souhaite plutôt que nous nous tournions tous ensemble, Africains et Français vers l'avenir du continent. Parlons de ses richesses. Des richesses avant tout humaines, créatrices, volontaires, courageuses.

Aussi, quand on parle de «l'Homme africain», on transforme l'humain en concept. Cela me paraît réducteur. Il n'y a pas un «Homme africain» mais des hommes et des femmes africains tous différents comme nous le sommes nous-mêmes dans nos sociétés occidentales. Il n'y a pas une Afrique mais des Afriques. Elles sont francophones, anglophones, arabophones. Ces «Afriques» sont aussi celles où s'expriment toutes ces richesses culturelles et linguistiques. Cette Afrique du multilinguisme, qui sait organiser la coexistence des langues et des cultures, c'est cette Afrique qui se tourne vers l'avenir avec une jeunesse créative et avec laquelle nous devons construire de nouveaux projets. Notre regard sur l'Afrique et les Africains doit changer. Nous devons avoir un regard à hauteur d'Homme dans le respect des uns et des autres.

Q - Quels sont les grands enjeux de ce 14e Sommet de la Francophonie ?

R - Au-delà de la promotion de notre langue dans le monde, ce sommet sera l'occasion de faire progresser l'idée que les pays qui composent l'espace francophone partagent des valeurs communes, qu'il s'agisse des enjeux environnementaux et économiques de la gouvernance mondiale ou de la gouvernance démocratique et les droits de l'Homme.

Nous traiterons également des questions liées à la crise au Mali, qui menace la sécurité de toute la région ou le conflit qui, en RDC, dans le Nord Kivu, a jeté plus de 300.000 personnes sur les routes ou dans des camps de déplacés et où on compte par milliers des femmes violées et mutilées et des enfants enrôlés de force. Je me rendrai à Goma à l'issue du sommet pour aller dialoguer avec les déplacés et les victimes et rencontrer les acteurs humanitaires. La francophonie est aussi solidaire et cette solidarité s'exprimera à Kinshasa samedi, lors du sommet des chefs d'État.

Q - «La situation en République démocratique du Congo est tout à fait inacceptable sur le plan des droits, de la démocratie, et de la reconnaissance de l'opposition» a déclaré François Hollande au détour d'une conférence de presse mardi. En cause, les violations répétées des droits de l'Homme constatées en RDC et surtout la réélection, en décembre 2011, du président Kabila lors d'un scrutin vivement critiqué par les observateurs internationaux. Le président de la République se rendra pourtant à Kinshasa pour le Sommet de la Francophonie. Pour aller jusqu'au bout de sa logique, François Hollande aurait-il dû boycotter cette visite?

R - Absolument pas ! La politique de la chaise vide n'a jamais servi à personne. Le président de la République m'a demandé d'aller sur place à la fin du mois de juillet pour y rencontrer les autorités du pays, le président Kabila, le Premier ministre, le président de l'Assemblée nationale et le ministre des affaires étrangères. J'ai rencontré aussi les représentants de l'opposition, les principaux défenseurs des droits de l'Homme, les représentants des communautés religieuses, la société civile. À part quelques uns, tous m'ont dit qu'il fallait que ce sommet soit organisé à Kinshasa, comme l'avaient décidé les chefs d'États et de gouvernements lors du précédent sommet de la Francophonie à Montreux. Ils ont souhaité également que le président François Hollande soit présent. Aujourd'hui, la République démocratique du Congo est un pays qui est à la fois en reconstruction et en guerre. Malgré cela, le peuple congolais avance. Il nous faut accompagner le Congo. Le président de la République a poursuivi ses consultations en France et a pris la décision de participer au sommet.

Q - Vous êtes l'une des rares personnalités du gouvernement à ne pas être une professionnelle de la politique, vous avez été productrice - réalisatrice. Cette expérience professionnelle vous est-elle utile aujourd'hui comme ministre ?

R - En étant derrière une caméra pendant de nombreuses années, j'ai toujours cherché à capter des images avec un regard particulier, celui d'une militante engagée contre les discriminations, le racisme, la xénophobie, l'antisémitisme. J'ai mené de nombreux combats pour promouvoir partout l'écoute et le dialogue, pour combattre les préjugés. Ce sont ces combats que je poursuis tous les jours dans mes fonctions. C'est le cas aujourd'hui, ici à Kinshasa ou demain, à Goma aux côtés des réfugiés et des victimes de cette guerre. La francophonie porte en elle ces valeurs et ces combats pour les libertés fondamentales, le respect de l'autre, la tolérance, la justice. La francophonie, c'est le dialogue. La francophonie, c'est un outil au service de la paix. La Langue française, c'est cette langue solidaire, égalitaire qui permet la cohésion et l'ouverture. Dans mes nouvelles fonctions, je m'inscris dans cette continuité et cet approfondissement permanent au service des valeurs pour lesquelles je milite depuis toujours.

Q - La francophonie est en recul partout dans le monde. A-t-elle encore un avenir aujourd'hui, et quelle politique comptez-vous mener pour la promouvoir ?

R - La francophonie n'est pas en recul partout. Bien au contraire. Nous sommes plus de 220 millions de francophones répartis sur les 5 continents, nous serons entre 700 et 800 millions en 2050. Malgré cela, je suis consciente que nous devons être vigilants. Nous sommes aujourd'hui dans une réelle compétition linguistique et notre combat doit être avant tout celui du multilinguisme.

Mercredi prochain, je présenterai en Conseil des ministres le plan d'actions pour la francophonie que le président de la République et le Premier ministre m'ont demandé de préparer avec Laurent Fabius et l'appui de l'ensemble du gouvernement. Parmi les axes principaux de ce document, nous devons occuper l'ensemble du champ de la francophonie, améliorer l'attractivité du français, former des formateurs de professeurs, accompagner les États dans le développement de leur système éducatif, développer les contenus en français sur la toile, appuyer la création culturelle francophone dans les domaines du cinéma, de la littérature, de la musique, du théâtre, répondre à la demande de formation des journalistes francophones dans les pays du Sud. Il nous faut également oeuvrer au renforcement de l'usage du français dans les instances multilatérales, européennes et régionale, développer la dimension économique de la francophonie, organiser ou participer activement à l'organisation des grands événements dans le domaine de la francophonie, mobiliser la francophonie autour d'initiatives fédératrices pour la société civile comme organiser, avec le soutien de l'OIF, d'ONU Femmes et de l'UNESCO, le premier Forum mondial des femmes francophones pour lequel je suis mobilisée.

Ce plan est ambitieux et sa réalisation n'est possible qu'en réunissant de nombreux acteurs de la francophonie. La francophonie est avant tout une politique qui doit nous rassembler autour des valeurs qu'elle véhicule. Cette politique doit rassembler les services de l'État, les collectivités locales, les entreprises, les associations, les citoyens. La francophonie n'appartient pas à l'État ou à des chefs d'États ou des ministres. Bien au contraire. C'est en fédérant toutes les énergies que nous réussirons à promouvoir notre langue française, cette langue que nous avons en partage avec plus de 220 millions de personnes dans le monde. Cette langue, notre langue est une richesse dont nous pouvons être fiers. C'est pour cela qu'il faut la défendre et la promouvoir./.

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6. Politique africaine - Entretiens de la ministre dĂ©lĂ©guĂ©e chargĂ©e de la francophonie avec «RTL» et "France-Info" - Kinshasa, 12 octobre 2012

Entretien de la ministre déléguée chargée de la francophonie avec «RTL»

Q - François Hollande va-t-il s'excuser au nom du peuple français, comme l'avait fait Ségolène Royal il y a trois ans. La ministre déléguée chargée de la Francophonie lève de voile au micro de RTL.

R - Ce discours a heurté, humilié l'Afrique entière mais je pense aussi que le peuple français a été humilié par ce discours de Dakar. Ce sera forcément l'anti discours. La France et les Français n'ont plus envie que l'on parle à leur place, avec des mots d'un autre temps, d'un autre siècle, ces siècles où l'on asservissait les hommes.

Entretien de la ministre déléguée chargée de la francophonie avec «France-Info»

L'Afrique est en attente de ce que va dire le président, déjà de son regard sur l'Afrique et aussi de restaurer avec des mots. Je crois que l'Afrique est en attente de mots. On l'a malmenée, on l'a aussi vexée, on l'a humiliée avec des mots.

Q - Et ce serait une manière pour François Hollande de dire que l'homme africain est finalement bien rentré dans l'Histoire ?

R - L'homme africain est rentré dans l'Histoire. L'Afrique est très présente dans notre quotidien. Nous devons regarder ce continent différemment, on doit avoir un regard égalitaire, un regard solidaire et un regard à hauteur d'homme. La France doit définitivement se débarrasser des oripeaux du colonialisme. Il y a des préjugés qui sont encore très présents./.

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7. Union europĂ©enne / Conseil CompĂ©titivitĂ© - CommuniquĂ© du ministère du redressement productif - Paris, 11 octobre 2012

 

Pour répondre à l'état d'urgence industriel auquel est confrontée l'Europe, la France mobilise ses partenaires européens, autour de la définition d'une stratégie commune pour défendre et protéger l'industrie européenne qui subit trop souvent les effets d'une concurrence mondiale déloyale.

Dans un courrier adressé à M. Neoklis Sylikiotis, ministre du commerce, de l'industrie et du tourisme de la République de Chypre, pays qui exerce la présidence de l'Union européenne, et à M. Antonio Tajani, Vice-président de la Commission européenne, co-signé par MM. Daniel Chitoiu (Romanie), Corrado Passera (Italie), Philipp Rosler (Allemagne), Alvaro Santos Pereira (Portugal), Etienne Schneider (Luxembourg), José Manuel Soria Lopez, (Espagne), Arnaud Montebourg défend l'idée selon laquelle la relance économique de l'Union passe par le redressement de son industrie.

La volonté des sept ministres signataires est de faire évoluer le Conseil compétitivité pour que ce forum politique - qui devra se réunir plus souvent - devienne le lieu où la politique industrielle européenne est discutée, renforcée et décidée, avec des objectifs ambitieux aussi bien en termes de conditions cadres que d'initiatives sectorielles, notamment dans le secteur de l'automobile.

Surtout, les sept ministres demandent que le Conseil compétitivité oeuvre à la réorientation de l'Union européenne, en particulier en procédant désormais à une revue de l'ensemble des politiques de l'Union (y compris la politique de la concurrence, la politique commerciale ou l'encadrement des aides d'État) afin de veiller à ce que l'industrie européenne ne soit pas désavantagée vis-à-vis de ses concurrents internationaux.

La réunion de ce jour a offert une première illustration de cette nouvelle méthode de travail : dans le cadre d'une discussion sur les technologies clefs génériques (comme par exemple la micro et la nanoélectronique, la photonique ou les matériaux avancés), le ministre du redressement productif, soutenu par 13 États membres (dont l'ensemble des signataires de la lettre), a demandé et obtenu un renforcement du texte en discussion en ce qui concerne la possibilité pour les États membres de soutenir financièrement le développement de ces filières d'avenir. Il a également obtenu que la politique menée par la Commission européenne d'encadrement des aides d'État fasse l'objet d'un débat contradictoire dès la prochaine réunion du Conseil compétitivité en décembre.

Par ailleurs, le ministre a indiqué qu'il souscrivait à l'objectif proposé par le Vice-président Tajani de porter à 20% du PIB la part de l'activité industrielle en Europe d'ici 2020. Il a également fait part de son soutien aux initiatives de la Commission européenne concernant la sidérurgie, appelant de ses voeux une mobilisation européenne autour de ce sujet stratégique, qui fut l'un des fondements de l'Union européenne./.

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8. Politique agricole commune - CommuniquĂ© conjoint franco-espagnol des ministres de l'agriculture - Paris, 10 octobre 2012

 

Au moment où les négociations européennes sur le cadre financier pluriannuel (CPF) 2014-2020 et sur la définition de la PAC vont entrer dans une phase décisive, les ministres de l'agriculture français, M. Stéphane Le Foll, et espagnol, M. Arias Cañete :

- soulignent l'importance de la PAC pour la croissance, l'emploi, l'environnement et l'innovation dans les territoires ruraux européens comme pour la participation de l'Europe aux équilibres alimentaires mondiaux. C'est pourquoi ils considèrent que la proposition de la Commission concernant les dépenses agricoles au sein du cadre financier pluriannuel 2014-2020 constitue un minimum absolu. Par ailleurs, les deux pays peuvent accepter une certaine convergence du niveau des aides entre les États membres, raisonnable, progressive et concernant les deux piliers de la PAC ;

- souhaitent exprimer leur soutien au maintien d'un programme de distribution des aliments aux plus démunis au sein du prochain cadre financier pluriannuel ;

- soulignent que la convergence obligatoire au sein de chaque État vers un montant unique (flat rate) au cours de la prochaine période n'est pas pertinente. Les États membres doivent pouvoir disposer d'une certaine flexibilité en matière de convergence interne des aides du premier pilier pour éviter de déstabiliser les filières et les régions agricoles. Ils marquent en outre leur volonté conjointe de pouvoir, en opportunité, choisir de ne pas doter en droits à paiement certaines superficies spécifiques ;

- peuvent soutenir l'orientation générale des propositions de la Commission sur le verdissement pour renforcer la légitimité de la PAC à condition que des adaptations soient apportées pour faciliter son application et le respect des obligations par les agriculteurs, sans peser sur la production agricole ;

- soulignent la nécessité de maintenir un cadre d'aides couplées à la production au sein du premier pilier de la PAC doté d'un budget suffisant pour permettre d'affronter les difficultés sectorielles spécifiques ;

- en ce qui concerne les investissements destinés à l'amélioration de l'irrigation, appuient le financement des ouvrages qui permettent l'amélioration de l'efficience énergétique, de l'efficience hydrique, de la capacité de la régulation (notamment par retenues de substitution) et l'usage de l'eau recyclée ;

- demandent l'adoption de dispositions permettant une meilleure réactivité en cas de crise de marché, par le biais d'instruments efficaces et soulignent l'importance de la réserve de crise pour le secteur agricole proposée par la Commission et la nécessité de préserver les crédits correspondants dans la négociation budgétaire en cours ;

- rappellent leur attachement aux droits de plantation pour la vigne et la nécessité de prolonger les quotas sucriers jusqu'en 2020 ;

- soulignent l'importance d'octroyer aux agricultures ultra-marines toute la considération qui leur est due au sein de la PAC ;

- souhaitent un renforcement du pouvoir économique des producteurs dans la chaîne d'approvisionnement. Il convient que la mise en oeuvre du droit de la concurrence tienne compte des spécificités du secteur agricole et permette aux organisations de producteurs et aux interprofessions de jouer pleinement leur rôle ;

- souhaitent que la réunion qui se tiendra le 16 octobre à Rome à l'invitation du Directeur général de la FAO et à l'occasion du Comité de la sécurité alimentaire mondiale permette de noter des progrès dans la lutte contre la volatilité des prix des matières premières agricoles et contre ses effets, si préjudiciables aux pays les plus pauvres comme aux filières agricoles./.

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9. Point de presse du porte-parole du ministère des affaires Ă©trangères Conseil Affaires Ă©trangères - Conseil Affaires gĂ©nĂ©rales - prix Nobel de la paix a l'Union europĂ©enne - Agendas des ministres /RĂ©union de soutien aux conseils rĂ©volutionnaires civils en Syrie - Syrie / Turquie - DĂ©jeuner des ambassadeurs arabes - Syrie - UNESCO - Agenda de M. Fabius - Mexique/Bolivie/Japon - Paris, 12 octobre 2012

 

1 - Conseil Affaires étrangères (15 octobre 2012)

Le ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, participera le 15 octobre à Luxembourg au prochain Conseil Affaires étrangères de l'Union européenne. Présidé par la Haute représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, il permettra d'évoquer les principales questions internationales (Sahel, Syrie, Iran) et l'adoption de nouvelles sanctions.

Les discussions porteront également sur la relance du Processus de paix au Proche-Orient, l'aide apportée par l'Union européenne à l'Égypte, la relation avec la Chine, ainsi que sur la situation en Géorgie et en Biélorussie après les élections législatives dans ces deux pays.

Q - Est-ce qu'il y aura des sanctions proposées par la France et d'autres partenaires ? Est-ce qu'elles vont être adoptées ? De quelle nature seront-elles ? Est-ce qu'on peut avoir quelques détails ? On parle beaucoup des sanctions contre l'Iran parce que ça a l'air de punir l'économie iranienne. Est-ce que vous allez en mettre une nouvelle couche pour les Iraniens et aussi élargir les sanctions contre la Syrie ?

R - C'est en effet un sujet qui est à l'ordre du jour du Conseil Affaires étrangères. L'idée est bien en effet de renforcer les sanctions à l'encontre de l'Iran. Nous l'avions annoncé il y a certain temps déjà, notamment à la suite du dernier «Gymnich». Il s'agit d'un nouveau train de sanctions justifié par le fait que l'Iran ne se conforme toujours pas à ses obligations internationales, comme l'a constaté encore récemment le Conseil des gouverneurs de l'AIEA. C'est aussi un moyen d'amener l'Iran à négocier. C'est un moyen qui porte, qui est efficace comme on l'a montré la chute assez brutale de la monnaie iranienne. Je ne vous en donnerai pas le détail parce que j'en laisse la primeur au ministre des affaires étrangère à Luxembourg mais ce nouveau train de sanctions renforcera les deux catégories de sanctions déjà en place. Un 18e train de sanctions visera par ailleurs le régime syrien.

Q - S'agissant de la même réunion, pouvez-vous nous dire un mot sur la réunion avec M. Lavrov. Qu'attendez-vous de cette réunion ? On entend de temps en temps venant de vous et d'autres représentants de l'État français qu'il y a des signes de modification de la position russe sur la Syrie. Est-ce qu'aujourd'hui on peut toujours dire cela ou vous avez changé d'appréciation ?

R - C'est assez traditionnel que d'avoir en ouverture d'un Conseil Affaires étrangères un dîner autour du ministre des affaires étrangères d'un grand pays partenaire. L'ordre du jour sera celui que vous devinez, c'est-à-dire tous les sujets qui concernent d'une part la relation entre la Russie et l'Union européenne à titre bilatéral, et d'autre part les grands sujets internationaux qui sont dans l'actualité la plus immédiate : Syrie, Mali, Iran. Il se trouve que, sur deux de ces sujets, Iran et Mali, nous avons des positions assez proches de celles des Russes. La dernière résolution pertinente sur l'Iran, c'est celle des gouverneurs de l'AIEA et les Russes étaient à bord. Et sur le Mali, les discussions au Conseil de sécurité depuis quelques jours nous laissent espérer l'adoption d'une première résolution assez vite, pour ne pas dire très vite. Sur la Syrie, nous en sommes malheureusement toujours au même point avec une divergence d'appréciation, d'analyse sur la situation et les moyens d'y remédier.

Q - Est-ce que la question du Mali va être discutée lundi à la réunion ? Apparemment, l'Union européenne envisage d'envoyer 150 instructeurs militaires, c'est dans le projet qui sera discuté, est-ce que la France va envoyer des instructeurs militaires ?

R - Dans le projet de résolution qui a été soumis à New York et qui sera discuté aujourd'hui, il y a une disposition en effet qui demande notamment à l'Union européenne d'aider les autorités maliennes à restructurer, à former, et à entraîner leurs forces militaires. En réponse à cette demande, des travaux ont été lancés au sein de l'Union européenne pour voir ce qu'elle serait susceptible de proposer aux autorités maliennes pour les aider dans ce domaine. Concernant la participation de la France, cela peut faire partie du soutien matériel et logistique annoncé par le président de la République.

2 - Conseil Affaires générales (16 octobre 2012)

Le ministre délégué chargé des affaires européennes M. Bernard Cazeneuve, participera à la prochaine réunion du Conseil Affaires générales, qui se tient mardi 16 octobre à Luxembourg.

Cette session sera largement consacrée à la préparation du Conseil européen des 18 et 19 octobre. Les chefs d'État ou de gouvernement ont prévu de discuter lors de ce Conseil de la mise en oeuvre des orientations fixées en juin dernier (pacte pour la croissance et l'emploi, supervision bancaire intégrée). Le rapport intérimaire sur l'avenir de l'Union économique et monétaire que remettra M. Van Rompuy, Président du Conseil européen, en collaboration avec les présidents de la Commission, de la BCE et de l'eurogroupe sera également à l'étude.

Les ministres prendront note également, le 16 octobre, de l'ordre du jour du Conseil européen extraordinaire des 22 et 23 novembre, qui sera exclusivement consacré à la négociation du prochain cadre financier pluriannuel 2014-2020.

Ils auront enfin des discussions en vue de la finalisation d'un accord sur certains éléments du paquet législatif relatif à la politique de cohésion après 2013.

En marge du Conseil, M. Cazeneuve rencontrera ses homologues allemand, italien, espagnol et hongrois.

3 - Agendas des ministres - Réunion de soutien aux conseils révolutionnaires civils en Syrie

Q - Que sont les conseils révolutionnaires civils ?

R - Ce sont les structures qui administrent les zones libérées en Syrie. Une réunion se tiendra ici, au ministère, le mercredi 17 octobre à partir de 8h30. Elle sera ouverte par le ministre et se poursuivra toute la matinée pour se terminer par un déjeuner. C'est une réunion qui réunit 25 délégations, c'est-à-dire à la fois des délégations des principaux pays qui sont engagés dans la recherche d'une solution à la crise syrienne, des délégations des grandes ONG qui sont actives en Syrie, des membres de ces conseils révolutionnaires civils qui viendront de Syrie, des membres du réseau des médecins syriens également.

Q - C'est du bilatéral français avec les membres des conseils révolutionnaires et les ONG sur place dans le cadre de l'aide bilatérale de 10 millions d'euros qui a été donnée à ces gens-là. Est-ce que vous pensez qu'il y aura une annonce de l'augmentation de l'aide ? Est-ce que vous pourrez nous dire si votre initiative qui a été fortement appréciée à New York et ailleurs s'accroît ? Est-ce que d'autres adhèrent à ce genre d'initiative locale en Syrie ?

R - L'objet de cette réunion est double. D'une part, faire le point sur ce que nous avons fait jusqu'à présent et en présence des principaux intéressés, venus de Syrie pour certains d'entre eux, et des ONG qui soutiennent notre action humanitaire en direction des zones libérées. D'autre part, c'est une occasion de mobiliser nos partenaires. C'est pour cela qu'en plus de représentants des conseils révolutionnaires civils, en plus des ONG, en plus du réseau des médecins syriens, il y aura des représentants de certains États partenaires, de l'Union européenne, de la région et d'autres également. Je ne peux pas vous en donner la liste précise parce qu'elle n'est pas complètement arrêtée. Je pourrai le faire en début de semaine prochaine.

Q - Est-ce que ce sera ouvert Ă  la presse ?

R - Certainement le début, oui avec l'ouverture par le ministre. Ensuite, nous sommes en train de voir comment nous pouvons travailler avec vous parce que participeront à cette réunion des personnes qui, pour des raisons évidentes de sécurité, ne tiennent pas particulièrement à être exposés à la presse. Nous réfléchissons à cela de façon à vous donner le plus large accès mais sans mettre en cause la sécurité de ces personnes.

Q - Est-ce qu'il y a un thème essentiel dont vous aimeriez débattre avec ces personnes ? Lequel ?

R - La situation en Syrie et leurs besoins et ce que nous pouvons faire pour les aider, dans la suite de la réunion que nous avons eue en fin de semaine ministérielle aux Nations unies.

Q - Est-ce qu'il y a des militaires parmi eux ou est-ce que ce sont juste des civils ?

R - Il s'agit de représentants des «conseils révolutionnaires civils».

4 - Syrie/Turquie

Q - Concernant la Turquie et la Syrie, quelle lecture faites-vous de la tension qui monte entre petit à petit des deux côtés de la frontière et particulièrement de l'interception de l'avion syrien ? Êtes-vous en contact avec les autorités turques à ce propos ?

R - Ce sont deux sujets différents. Nous sommes bien sûr en contact avec les autorités turques. Nous avons eu l'occasion de faire des déclarations officielles à la suite des tirs de mortier depuis la Syrie sur la Turquie qui avaient abouti au décès de cinq victimes turques. Nous avons dit notre totale solidarité aux autorités turques. Nous avons souligné la retenue des autorités turques dans cette affaire.

Le deuxième sujet que vous abordez, c'est celui de l'avion en provenance de Russie à destination de la Syrie qui a été contrôlé par les Turcs. La Turquie a agi en conformité avec le droit international et, en particulier, avec les règles relatives l'aviation civile internationale, notamment l'article 3b de la convention de Chicago. En application de cette disposition, tout État peut intercepter un avion dès lors qu'il soupçonne que celui-ci est utilisé à des fins incompatibles avec les buts de la Convention. Pour ce qui a été trouvé dans cet avion je vous renvoie aux déclarations des autorités turques.

Q - Ils ont contrôlé l'avion sous l'effet de quel embargo ?

R - Ce n'est pas l'effet d'un embargo. Les Turcs ont certes un régime de sanctions mis en place en novembre 2011, à titre national, contre le régime de Damas et qui vise les transferts d'armes. Mais au cas particulier, c'est l'application d'une disposition de droit international et notre analyse de la situation est que les Turcs ont agi en conformité avec leurs obligations internationales.

5 - Syrie

Q - Avez-vous une réaction sur le report du rendez-vous du CNS à Doha qui devait se tenir le 15 octobre et qui a été reporté à deux semaines ?

R - Ce qui est prévu à Doha, c'est à la fois le renouvellement des instances du CNS d'une part, et d'autre part, l'élargissement des instances de représentation de l'opposition syrienne de façon à obtenir la plus grande inclusivité possible. Personne n'a prétendu que cela soit facile, compte tenu des circonstances aujourd'hui en Syrie, de la très grande diversité des communautés qui composent la Syrie, compte tenu enfin de ce qu'il faut rassembler aussi bien l'opposition de l'intérieur que l'opposition de l'extérieur, l'opposition civile que l'opposition militaire. Personne n'a jamais prétendu que ce serait facile. Ce dont nous sommes sûrs en revanche, c'est que, pour qu'il y ait une alternative crédible au régime en place, l'objectif final est bien d'avoir une opposition qui soit représentative et légitime et qui représente toutes les composantes du peuple syrien.

Q - Est-ce que vous pensez que le CNS dans son état actuel représente pour la diplomatie française un point d'appui dans cette région ? Est-ce qu'il reste pour vous crédible ?

R - C'est une force importante au sein de l'opposition syrienne. Il y a des efforts faits en faveur d'une plus grande inclusivité et des efforts pour ramener au sein de ces instances toutes les composantes de la société syrienne. Il faut continuer sans relâche de travailler dans ce sens là. Le CNS s'y attache.

Q - Je vois que le ministre a beaucoup de rendez-vous avec des ONG et une réunion avec les ambassadeurs arabes, est-ce que ces rendez-vous sont générés par la crise syrienne en particulier avec le FEDH, avec la Croix Rouge ? Par ailleurs, il y a deux mois le ministre a déjà rencontré les ambassadeurs arabes, la fréquence habituelle est de un an, est-ce que cela est généré par la crise syrienne, est-ce que nous devons voir cela comme une activité plus frénétique avec des pays arabes, avec des ONG et les organisations de défense des droits de l'Homme ?

R - C'est l'occasion en effet de traiter de ces grands sujets d'actualité internationale et il se trouve que, dans l'actualité internationale, la Syrie occupe une place majeure. Elle est pour nous une priorité essentielle. Cela ne veut pas dire qu'ils ne vont pas parler d'autres questions. Ils pourront parler de l'Iran, autre sujet qui intéresse beaucoup ces pays. On parlera aussi du processus de paix, de l'initiative palestinienne de rehaussement du statut de la Palestine aux Nations unies, de la Tunisie, etc. Il y a beaucoup de sujets d'intérêt commun avec cette région.

Q - Juste pour revenir sur l'opposition, comment voyez-vous le rôle des Kurdes dans l'opposition. Je crois que sur les zones libérées il y a beaucoup de zones Kurdes qui sont sans le pouvoir, mais vous ne les aidez pas dans ces zones. Pourquoi ne pas donner de l'aide aux Kurdes ? En général comment voyez-vous cette opposition kurde ?

R - La communauté kurde est une des grandes communautés constitutives de la Syrie et, à ce titre, elle doit figurer comme toutes les autres sur un pied d'égalité dans les instances dont on espère que très vite elles prendront la relève du régime en place. Nous portons notre aide là où on nous le demande et là où elle sera la plus efficace, soit aujourd'hui trois gouvernorats. Notre démarche est pragmatique. Cette liste n'est pas exhaustive. L'objectif est bien que ces zones couvrent progressivement la plus grande partie possible du territoire syrien.

Q - Mais est-ce que vous pensez que le positionnement kurde pour le moment n'est pas assez clair pour vous et qu'il faut Ă©claircir cette position avant de montrer un soutien beaucoup plus Ă©vident ?

R - Non, n'y voyez pas un choix qui viserait à exclure qui que ce soit sur une base communautaire, certainement pas. Encore une fois, c'est beaucoup plus pragmatique que cela. Nous le faisons quand les besoins sont constatés, quand nous estimons que nous pouvons le faire. Le plus de zones libérées, le mieux. L'objectif au bout du compte c'est une seule zone libérée, la Syrie.

Q - Ce week-end il y a beaucoup de représentants kurdes à Paris. Est-ce qu'il y a des rendez-vous prévus, avec qui ?

R - Il n'y a pas de rendez-vous Ă  ma connaissance ce week-end.

Q - Adem Uzun, un des responsables du lien du PKK a été arrêté en France, mis en prison pour des raisons de marchand des armes lourdes à Paris dans une opération de 1 200.000 euros par le juge anti-terroriste et KNK c'est une branche politique du PKK, ils expliquent que c'est lié à cette conférence qui aura lieu à l'Assemblée nationale avec les kurdes. Ils disent que ce Monsieur est venu à Paris pour organiser cette conférence et M. Erdogan était en colère contre la France parce que la France ne se bat pas assez contre le PKK. Est-ce qu'il y a un lien entre mise en prison de Adem Uzun et cette conférence ? Est-ce que la Turquie a demandé une extradition ? Quelle est la position de la France par rapport à cette accusation ?

R - S'il y a une enquête en cours, un juge saisi, des charges qui ont été retenues, c'est au ministère de la justice qu'il faut poser cette question.

6 - UNESCO

Q - Il y a plusieurs mois la France s'est engagée pour aider l'UNESCO à trouver des fonds manquants à cause du retrait de financements américains suite à l'adhésion de la Palestine à l'UNESCO. Certains parmi nous ici dans cette salle ont eu le plaisir de rencontrer Mme Bokowa hier et elle nous a expliqué une situation handicapante pour l'opération de l'organisation, avec un manquement de 150 millions de dollars sur le budget 2011-2012, un arrêt brusque du financement en 2011 par les Américains et pas du tout de financement en 2012. Et malgré ces efforts de dotation d'urgence pour ramasser 70 millions de dollars, le déficit n'est pas comblé. Elle est en contact avec plusieurs pays qui l'aident directement avec des fonds d'urgence ou bien de l'aide ciblée pour certains programmes. Il y a des associations qui prennent en charge une partie aussi des programmes conjoints et ils paient tout le programme et ils dispensent l'UNESCO de devoir participer au programme. Elle a cité beaucoup de pays, mais elle n'a pas cité la France. Je voulais clarifier la chose parce qu'elle a cité le Danemark, la Suède, la Norvège, beaucoup de pays musulmans : l'Arabie saoudite, le Qatar, l'Indonésie, la Malaisie, etc. C'était un peu étonnant parmi les pays développés que la France qui soutient énormément l'Unesco depuis le début.

R - Non seulement la France soutient depuis le début l'UNESCO mais nous sommes l'État du siège pour l'UNESCO.

Q - Justement, est-ce que vous pourrez nous faire un rappel de ce que vous avez fait depuis l'arrêt du financement américain ?

R - À la suite de la décision prise par les États-Unis, il manque 180 millions d'euros, dont 150 millions liés à l'arrêt de la contribution américaine. Un certain nombre de mesures ont été prises par l'organisation elle-même. Pour ce qui concerne la contribution française, il faut rappeler que nous versons, au titre des contributions obligatoires, 9,9 millions d'euros par an et, au titre des contributions volontaires, 5,6 millions d'euros. Au titre des efforts supplémentaires que nous avons faits à la suite de la décision américaine, nous avons renoncé à un certain nombre d'avantages qui sont accordés pour les contributions versées à l'avance d'une part, et d'autre part, nous supportons le coût des intérêts d'emprunt pour la rénovation du bâtiment de l'UNESCO.

7 -Agenda de M. Fabius - Mexique/Bolivie/Japon

Q - Est-ce que vous pouvez nous dire quelque chose sur la visite du président élu du Mexique et sur la rencontre avec le ministre de Bolivie ?

R - Sur le Mexique, c'est un rendez-vous important avec un président nouvellement élu. C'est l'occasion pour nous d'une première prise de contact et de faire un tour d'horizon des grandes questions internationales dans lesquelles le Mexique et la France sont particulièrement impliqués. Ce sera aussi l'occasion de parler de coopération économique avec ce pays qui est l'un de nos grands partenaires.

Q - Les questions concernant Florence Cassez seront-elles abordées ?

R - Bien sûr ces questions seront abordées. Pour ce qui concerne Florence Cassez, nous restons pleinement engagés à ses côtés et nous attendons la prochaine étape de la procédure.

Q - Pouvez-vous rappeler brièvement la position française ?

R - Je viens de vous le dire. Nous sommes pleinement engagés aux côtés de Florence Cassez qui a d'ailleurs toujours clamé son innocence. C'est maintenant la Cour suprême du Mexique qui doit déterminer la date de l'audience qui examinera à nouveau son cas. Cette audience, lorsqu'elle sera fixée, doit permettre de faire toute la lumière sur cette affaire pour qu'enfin, notre compatriote bénéficie d'une décision juste et équitable.

Q - There is a visit by the Japanese minister of Foreign Affairs minister to Paris next week, I would like to ask you a few questions about the agenda for next week's meeting. First of all, what kind of message would you like to convey to the Japanese side concerning the current tensions between Japan and China about the tiny island between them ? And the second question is that you have just started a campaign for the abolition of the death penalty, what will you tell the Japanese side concerning the death penalty? And the third question is about the EPA (The Economic Partnership Agreement) between the European Union and Japan, I think they would start negociating with Japan and the EU and what is the French government's position about the EPA agreement ?

R - M. Laurent Fabius a deux rendez-vous mardi prochain qui concernent directement le Japon. Il aura un premier entretien avec le président de la fédération des Organisations économiques japonaises ainsi qu'avec une délégation de chefs d'entreprises. Il verra aussi son homologue japonais en fin d'après-midi.

Le premier rendez-vous sera l'occasion de traiter des relations économiques bilatérales entre la France et le Japon. Vous savez qu'elles sont très importantes avec une forte présence économique française au Japon. Il y a des flux d'investissements croisés qui sont très denses et à la hauteur du poids économique de chacun des deux pays. Ce sera l'occasion d'aborder notamment toutes les perspectives d'investissements japonais en France. Ce même sujet sera abordé l'après-midi avec le ministre des affaires étrangères, au cours de la deuxième session du dialogue stratégique franco-japonais. J'attire votre attention sur le fait que ce partenariat stratégique a été rehaussé au niveau des ministres des affaires étrangères, depuis le mois de janvier 2012.

Ce second entretien illustre la volonté des deux gouvernements de donner un nouvel élan à la relation franco-japonaise, de lui donner un caractère exemplaire et exceptionnel. Les deux ministres s'entretiendront de tous les sujets, aussi bien des questions bilatérales que des grandes questions internationales. Le Japon est un partenaire majeur de la France.

Sur les relations entre le Japon et la Chine qui constituent votre seconde question, nous avons ici eu l'occasion d'évoquer le sujet et notamment les tensions en mer de Chine. Nous avons dit que nous appelions à la retenue et au règlement pacifique des différends territoriaux de manière générale et en particulier dans cette zone.

Concernant votre troisième question sur l'abolition de la peine de mort, c'est une priorité qui a en effet été fixée par le ministre des affaires étrangères. Laurent Fabius a tenu à New York, en marge de la semaine ministérielle de l'Assemblée générale des Nations unies, une réunion sur ce sujet qui a regroupé une cinquantaine d'États. Il s'agit d'une campagne en faveur de l'abolition universelle de la peine de mort. Il y a en effet encore une cinquantaine d'États dans le monde qui pratique cette sanction qui nous paraît, non seulement moralement injustifiée mais aussi inefficace. En effet, on n'a jamais vu qu'il y ait un lien positif entre l'application de la peine de mort et la diminution de la criminalité.

Cette campagne, qui se déroulera sur toute l'année à venir, a été lancée officiellement le 9 octobre au quai d'Orsay en présence de nombreuses personnalités. Elle comptera deux temps forts : le premier en décembre au Maroc et le second en juin 2013 à Madrid. Dans l'intervalle, nous organiserons des manifestations ici à Paris et dans tous nos postes à l'étranger, des projections de films, des séminaires, des débats. Pour plus de détails, je vous renvoie vers le site du quai d'Orsay qui décline les différents rendez-vous et qui contient une carte interactive sur laquelle vous pouvez voir, dans chaque pays du monde, ce que chaque ambassade de France va organiser dans les mois qui viennent.

Q - Pouvez-vous nous donner votre réaction sur l'attribution du Prix Nobel de la paix à l'Union européenne ?

R - Nous tenons à votre disposition les déclarations officielles que nous venons de faire. Nous sommes très heureux et très fiers de cette distinction/.

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10. DĂ©sarmement / ProlifĂ©ration nuclĂ©aire - Intervention du reprĂ©sentant permanent de la France auprès de la ConfĂ©rence du dĂ©sarmement - New York, 11 octobre 2012

Monsieur le Président, Chers collègues,

La France s'associe naturellement à la déclaration prononcée par l'Union européenne. Je souhaiterais ajouter, en complément, les observations suivantes à titre national.

L'année écoulée a vu un certain nombre de progrès dans le domaine du désarmement et de la sécurité internationale et la France s'en félicite.

Après le succès de la conférence d'examen du TNP en 2010, un nouveau «cycle TNP» a démarré cette année de façon encourageante, avec des débats équilibrés sur chacun des trois piliers. Les cinq États dotés travaillent activement à la mise en oeuvre du plan d'action de 2010, qui constitue notre feuille de route commune. Après une première réunion de suivi à Paris en 2011, ils se sont de nouveau rencontrés à Washington en juin dernier en vue de la conférence d'examen de 2015.

La question des zones exemptes d'armes nucléaires avance également. Le P5 est prêt à signer le Protocole au traité de Bangkok instituant une zone exempte d'armes nucléaires en Asie du Sud-est. Le 17 septembre dernier, les cinq États dotés ont adopté une déclaration commune, parallèlement avec la Mongolie, sur le statut exempt d'armes nucléaires de ce pays. Il est également prévu que se tienne cette année la conférence sur la création d'une zone exempte d'armes de destruction massive au Moyen-Orient, dont la France, avec l'Union européenne, soutient la préparation ; la France apporte aussi son plein appui au facilitateur, M. Laajava.

Je tiens également à saluer les progrès de la ratification du TICE au cours des douze mois écoulés, qui ont vu l'adhésion de six nouveaux États, dont votre pays, Monsieur le président, l'Indonésie, qui figure à l'Annexe II.

La France qui, depuis son adhésion au TNP, voici exactement vingt ans, a diminué de moitié son arsenal nucléaire et qui a pris des mesures irréversibles, comme le démantèlement de ses installations de production de matières fissiles pour les armes nucléaires, ne se dérobera pas à ses engagements en matière de désarmement nucléaire. Elle continue à s'engager pleinement dans la recherche d'un monde plus sûr pour tous et à travailler, avec tous les États, à l'établissement des conditions pour un monde sans armes nucléaires, conformément aux objectifs du TNP, d'une manière qui promeuve la stabilité internationale, et sur la base du principe d'une sécurité non diminuée pour tous.

Mais le désarmement nucléaire, comme l'indique l'article VI du TNP, est un volet du désarmement général et complet. Il ne peut pas être envisagé indépendamment des autres aspects du désarmement et de la maîtrise des armements.

Là encore, des progrès méritent d'être salués. La conférence d'examen de la CIAB s'est achevée sur un succès, en décembre dernier ; elle a permis de dégager une feuille de route, notamment pour répondre aux nouveaux enjeux du développement des technologies dans ce domaine. L'universalisation des conventions d'Ottawa et surtout d'Oslo progresse. La conférence d'examen du Programme d'action sur les ALPC a tout récemment pu adopter par consensus un document final qui réaffirme les engagements des États même si nous regrettons qu'il ne soit pas allé plus loin, notamment sur la question des MANPADS.

Surtout, nous sommes presque parvenus à adopter en juillet dernier, grâce à la patience, à la compétence et aux talents de diplomate, du président Roberto García Moritán, un traité ambitieux sur le commerce des armes. Il est maintenant urgent de finaliser cette négociation, mais j'y reviendrai.

Enfin, ma présentation de nos efforts pour promouvoir un environnement international plus sûr ne serait pas complète sans une mention de l'espace et des travaux portés par l'Union européenne pour élaborer un code de conduite international pour les activités menées dans l'espace extra-atmosphérique, ainsi que ceux du GGE sur les mesures de confiance et de transparence dans l'espace.

Ces progrès ne doivent toutefois pas occulter les grands défis des mois qui viennent. Je voudrais en citer trois :

Le premier, c'est hélas la poursuite, et même l'aggravation des crises de prolifération. La prolifération nucléaire menace la sécurité de tous. C'est un obstacle au développement de coopérations nucléaires civiles, en sapant la confiance. C'est aussi un frein aux progrès du désarmement nucléaire.

La crise nucléaire iranienne vient évidemment au premier rang de ces crises. La progression du programme nucléaire iranien, mené en dépit des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et du Conseil des gouverneurs de l'AIEA, est une source de grave préoccupation au regard du maintien de la paix et de la sécurité internationales. La communauté internationale partage ce constat et l'a répété en adoptant au Conseil des gouverneurs une nouvelle résolution sur l'Iran le 13 septembre dernier. Nous poursuivons nos efforts pour obtenir de l'Iran qu'il respecte enfin ses obligations et trouver une solution diplomatique de long terme à cette crise. Le démantèlement complet, vérifiable et irréversible du programme nucléaire et balistique nord-coréen est aussi une priorité pour la communauté internationale qui a condamné avec fermeté le tir spatial effectué par la Corée du Nord le 13 avril dernier. Enfin, la lumière reste à faire sur le dossier nucléaire syrien.

À ces crises nucléaires s'ajoutent de nouvelles et graves préoccupations concernant les armes chimiques. Le 23 juillet dernier, le régime de Damas a reconnu publiquement posséder des armes chimiques. Compte tenu du niveau de violence en Syrie et des exactions répétées commises par ce régime envers ses citoyens, cette déclaration est particulièrement inquiétante. Le président de la République s'est exprimé très clairement à la tribune de l'Assemblée générale sur ce point il y a quelques jours. Par ailleurs, à quelques mois de la troisième conférence d'examen de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques, la crise syrienne démontre l'importance de l'universalisation de la CIAC, dans une double perspective de désarmement et de lutte contre la prolifération.

Dans ces mêmes pays, la prolifération des ADM se double, de façon non moins inquiétante, de nouveaux développements concernant leurs programmes de missiles balistiques. Le Conseil de Sécurité a souligné à de nombreuses reprises, notamment par ses résolutions 1540, 1887 et 1977, que la prolifération des missiles capables d'emporter des ADM constituait une menace pour la paix et la sécurité internationale. D'importants défis restent à relever alors que cette année marque les dix ans du HCOC et les 25 ans du MTCR.

Notre second grand défi est la situation de la Conférence du désarmement et le lancement de la négociation d'un traité interdisant la production de matières fissiles pour les armes nucléaires.

Il est urgent que la Conférence du désarmement adopte enfin un programme de travail, en s'appuyant sur le document CD/1864 agréé au consensus en 2009. Le démarrage de la négociation d'un traité interdisant la production de matières fissiles est en effet la prochaine étape logique du désarmement nucléaire. La matière fissile est la matière première des armes. Cette négociation est la priorité, reconnue par la résolution 1887 du Conseil de sécurité et par l'action 15 du plan d'action de la Conférence d'examen du TNP de 2010, ainsi que chaque année par une résolution de l'Assemblée générale.

La Conférence du désarmement est le seul organe multilatéral chargé de négocier des traités à vocation universelle dans le domaine du désarmement et de très nombreux pays, dont le mien, y sont attachés. Elle a de nombreux succès à son actif, comme la CIAC ou le TICE pour ne citer que les plus récents. La situation actuelle, due à l'opposition d'un seul pays, suscite des frustrations légitimes, dans mon pays en premier lieu. Des idées nombreuses et diverses circulent sur la façon de contourner ce blocage. Mais l'expertise et les caractéristiques de la Conférence du désarmement, en particulier la règle du consensus et la participation de tous les États ayant des capacités clés dans le domaine nucléaire, sont aussi la garantie que les conventions qu'elle négocie auront une vocation réellement universelle et apporteront une vraie contribution à la sécurité internationale. Nous devons en tenir compte pour éviter de nous engager dans une direction sans issue.

Le troisième grand défi sur lequel je souhaite insister est le traité sur commerce des armes. Lors de la conférence de juillet, un traité ambitieux était à portée de la main.

Il est urgent de parachever dans les mois qui viennent cette négociation en tenant compte des acquis de juillet dernier, et donc en se basant sur le document diffusé par le président le 26 juillet. Face aux conséquences de la mondialisation dans ce domaine, la communauté internationale a besoin d'un socle de règles communes, juridiquement contraignantes, pour réguler le commerce légitime des armes comme pour prévenir les trafics illicites. Ce traité devra couvrir tous les types de transferts et tous les types d'armes conventionnelles, y compris les armes légères et de petit calibre, et leurs munitions et composants.

De tous les grands chantiers dont nous avons la responsabilité, le TCA est sans doute celui qui peut apporter les bénéfices les plus immédiats en termes de sécurité internationale comme en termes humanitaires ou de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée.

Ce progrès, je l'espère, fournira la meilleure illustration du multilatéralisme efficace que la France appelle de ses voeux et la démonstration que les Nations unies sont à même de conduire avec succès une négociation universelle au consensus dans le domaine de la maîtrise des armements.

Monsieur le Président, Chers Collègues,

Telles sont les quelques réflexions dont je tenais à vous faire part lors de l'ouverture de cette commission sur la façon dont la France perçoit les grands enjeux auxquels nous devons répondre et sur les priorités de mon pays. J'y reviendrais naturellement plus en détail dans chacun des débats thématiques.

Je vous remercie./.

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