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Bulletin d'actualités du 08 octobre 2012


Sommaire



1. Malte - Discours du président de la République devant la communauté française - La Valette, 5 octobre 2012

 

Madame la Députée,

Monsieur l'Ambassadeur,

Mesdames et Messieurs,

Merci de nous accueillir dans ce magnifique jardin pour rencontrer les Français de Malte. Je viens en compagnie du ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius et je suis en retard.

Je constate que la communauté des français de Malte est particulièrement jeune et je peux imaginer ce qui vous a fait venir ici, à la fois un cadre extraordinaire, des conditions de travail, j'imagine agréables, mais aussi la volonté de défendre les intérêts de la France.

Il m'a été dit, j'en ai pris toute la mesure, presque avec fierté, que j'étais le premier chef d'État républicain à venir ici à Malte. Certes, Bonaparte était passé, je ne veux pas faire de comparaison qui pourrait ensuite être rapportée, et puis, il n'était pas un chef d'État, c'était le Général qui venait ici à Malte pour partir en campagne.

Je suis là, non seulement pour vous rencontrer, mais aussi pour participer à ce que l'on appelle une initiative «5+5», qui peut paraître mystérieuse à beaucoup, c'est-à-dire cinq pays du nord de la méditerranée, cinq pays du sud, représentés par des chefs d'État ou de gouvernement et qui veulent inscrire leur action dans une communauté qui peut être celle d'un destin.

Il y avait près de 10 ans que ces pays ne s'étaient pas rencontrés à ce niveau. Les conditions ont radicalement changées en 10 ans. Au sud de la Méditerranée des dictatures sont tombées, des nouvelles équipes se sont constituées. Il y avait autour de la table le chef de l'État libyen qui va constituer dans les heures qui viennent son gouvernement, il y avait le président de la République de Tunisie qui avait connu la prison et l'exil en France et qui désormais s'exprime au nom du peuple tunisien. Il y avait le chef du gouvernement du Maroc qui représente un parti, celui de l'Islam démocratique et qui aspire aussi à avoir de bonnes relations avec le nord de la Méditerranée.

Bref, nous sommes devant une configuration politique tout à fait nouvelle qui appelle, de la part des pays du Nord, et notamment du nôtre, très lié à la Méditerranée, lié par l'histoire, la situation géographique, lié par la population, les échanges, une responsabilité particulière.

Nous sommes aussi dans une configuration qui est nouvelle parce que la situation économique en Europe ne permet pas aux pays du Sud d'être autant soutenus qu'ils l'espéraient. Et nous, pays européens, nous voyons bien quel est notre défi. Nous devons mettre de l'ordre dans la zone euro, étape après étape, et c'est long, et en même temps, retrouver de la croissance, retrouver de la perspective, retrouver de la confiance, pour ensuite la mettre au service, à la fois du redressement de notre pays mais aussi du niveau de coopération que nous souhaitons établir avec le sud.

Alors ici, à Malte, vous êtes, comme il est dit souvent, le trait d'union ou le pont entre les deux rives de la Méditerranée, vous êtes particulièrement engagés dans cet enjeu. Je n'oublie pas d'ailleurs, dans ces responsabilités qui sont les nôtres, je parle des pays du nord comme des pays du sud de la Méditerranée, la question de la sécurité, parce que nous avons hélas, dans la partie ouest de l'Afrique, des mouvements terroristes qui se sont installés, qui se sont particulièrement structurés au Mali et qui appellent une réaction de la communauté internationale, que le ministre des affaires étrangères français a engagé depuis plusieurs mois et qui va déboucher sur une résolution du Conseil de sécurité. Voilà, je voulais vous parler de ce que nous avons fait aujourd'hui et qui explique notre retard.

Nous avons eu aussi, parallèlement à cette rencontre «5+5», une réunion avec nos partenaires, chefs d'État ou de gouvernement de la zone euro qui ont à préparer la prochaine réunion du Conseil européen les 18 et 19 octobre.

Mais je voulais aussi vous rencontrer et vous féliciter pour ce que vous faites ici, pour les relations que vous permettez de renforcer entre Malte et la France, et pour les activités que vous menez. Ici, il y a des femmes, des hommes qui sont dans des entreprises, et nous avons une représentation significative en termes d'activité économique ici à Malte. Il y a aussi des concitoyens qui sont venus pour l'éducation, pour la culture, pour la langue et nous devons promouvoir notre langue, même ici, où l'on parle l'anglais et où l'on parle aussi l'italien et où on doit aussi parler le français.

Et je voulais aussi vous rencontrer pour vous dire que vous êtes, vous aussi, pleinement engagés dans le redressement de notre pays qui est conduit par le gouvernement. Vous avez une représentante, une députée dont je salue la présence, et vous avez participé aux élections. Mais aujourd'hui, les scrutins sont achevés, les responsabilités sont confiées, et je dois, parce que je suis le président de la République, rassembler autour d'une perspective. Laquelle ? Il ne s'agit pas simplement de demander un effort pour un effort. Les Français ont le sentiment d'ailleurs de l'avoir déjà consenti depuis tant d'années, il ne s'agit pas simplement, même si c'est en soi plutôt une bonne intention, de demander de la justice et de faire en sorte que les sacrifices soient davantage sollicités du côté de ceux qui ont le plus plutôt que de ceux qui ont le moins. Non, il s'agit de bien comprendre où nous allons, ce que nous voulons faire.

Nous avons une dette trop importante, nous devons maîtriser nos comptes publics. Nous avons une compétitivité dégradée, nous devons renforcer l'innovation, l'investissement, réfléchir à la question des coûts qui ne sont pas simplement ceux du travail, ceux de l'ensemble de l'activité de production et nous devons aussi réfléchir à comment mieux exporter.

L'idée d'une diplomatie économique a été avancée, cela veut dire quoi ? Cela veut dire que chacun à sa place lorsqu'il est dans un pays qui n'est pas le sien, en l'occurrence ici à Malte, doit participer à ce mouvement, à ces échanges, à cette influence que la France peut espérer à travers votre propre participation.

Je sais aussi que nous avons ensemble à comprendre si notre pays a encore un avenir. Cette question taraude nos concitoyens, où qu'ils se situent, en France ou, comme vous, dans un pays où vous avez choisi de résider. Qu'est-ce que cela veut dire être français aujourd'hui ? Qu'est-ce que cela signifie comme projet ? Est-ce que la France peut encore tenir son rang, avoir sa place dans la mondialisation ? Est-ce qu'elle peut porter une voix utile ? Oui, à condition qu'elle ait la force économique, parce que maintenant, dans l'ensemble des instances, on nous regarde, bien sûr au nom des valeurs que nous portons, et la France a un message exceptionnel à délivrer, toujours exceptionnel. Mais on nous regarde aussi selon la capacité qui est la nôtre, de fournir des biens, des services, d'être les meilleurs dans la compétition. Donc, nous sommes finalement, les uns et les autres, en responsabilité.

L'autre question que nous nous posons, c'est, dans cette France qui doit trouver sa place, trouver son rang, est-ce que chacune, chacun peut encore vivre avec l'autre ? C'est-à-dire : sommes-nous capables de vivre ensemble, où que nous soyons et c'est ce que je veux vous dire. Nous avons besoin de chacune et de chacun et c'est le message que je porte à l'égard de tous les Français qu'ils soient au plus haut de la responsabilité économique, politique ou qu'ils soient des citoyens qui doutent, qui s'interrogent, qui souffrent. Nous avons 10 % de chômage et beaucoup de jeunes qui ne trouvent pas leur place sur le marché du travail. Mais je le dis aussi aux Français qui sont loin, comme vous, même si vous revenez régulièrement, pour que vous sachiez bien que nous sommes liés les uns aux autres, nous devons vivre ensemble. Nous devons être capables de porter ce destin commun.

Voilà, Mesdames et Messieurs, je pourrais vous parler de tout ce que nous avons à faire ici à Malte, mais vous me le direz directement plus précisément, je sais qu'il y a aussi beaucoup de touristes français qui viennent à Malte, je les ai rencontrés, ils n'étaient pas loin des lieux où nous étions réunis, les chefs d'État et de gouvernement, et c'est aussi important que nous puissions multiplier ces échanges. Et, je ne me plains pas que le tourisme se soit développé à ce point. Si, en contrepartie, nous sommes capables aussi d'attirer des touristes en France.

Je pourrais aussi vous parler de la difficulté de la scolarisation de vos enfants, de la présence d'administration consulaire, de ces missions qui sont portées par le ministre des affaires étrangères, parce que nous avons, et Madame la Députée le sait mieux que d'autres, à préserver un certain nombre d'outils, d'établissements, de services que nous devons à la communauté française à l'étranger.

Mais je veux surtout vous adresser un message d'amitié, parce que finalement vous ne me connaissez que de loin, et donc, il était important que celui qui est en charge de la responsabilité principale soit auprès de vous aujourd'hui pour vous dire toute la confiance que je vous porte, toute la responsabilité que je vous confie pour défendre nos intérêts ici à Malte et toute la qualité qui doit être celle des relations entre nos deux pays, la France et Malte et enfin, vous dire ce que nous avons à faire ensemble, qui est un bel idéal : porter au plus haut, la France et être capables de faire que nous puissions vivre tous ensemble en étant fiers d'être français.

Je vous remercie./.

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2. Malte - Point de presse du président de la République - La Valette, 5 octobre 2012

 

Je vais faire une brève déclaration et puis ensuite vous pourrez poser des questions sur cette réunion et les entretiens bilatéraux que j'ai pu avoir avec les chefs d'État et de gouvernement présents.

Cette initiative «5+5», cela faisait dix ans qu'elle n'avait pas été reprise au niveau des chefs d'État et de gouvernement. La dernière fois, c'était donc en 2003 dans un tout autre contexte et avec d'autres dirigeants. Aujourd'hui, cette réunion s'inscrit dans un contexte stratégique, politique, économique qui nous conduit à élever encore l'enjeu.

Il y a deux défis. Le premier, c'est comment accompagner le processus politique, la transition démocratique et le respect des droits des peuples mais aussi, de faire en sorte que la dignité des personnes soit partout respectée. Et puis, il y a un défi économique qui est celui du développement de la rive sud de la Méditerranée avec aussi la croissance qui doit être stimulée au nord de la Méditerranée et les deux vont de pair.

J'ai donc insisté sur trois points au cours de nos échanges qui ont été de qualité avec des chefs d'État et de gouvernement qui mesuraient bien le moment, l'enjeu et les conséquences de nos réflexions. J'ai insisté d'abord pour dire que le «5+5», comme l'on dit, n'est pas une organisation supplémentaire, il y en a suffisamment. Ce doit être un lieu, un moment d'impulsion, de conscience des enjeux et de préparation aussi de décisions, mais les projets, ils doivent être portés par des organisations ; celles qui existent aujourd'hui et qu'il n'est pas utile de réinventer ou de concurrencer.

Il y a l'Union pour la Méditerranée dont je ne rappellerai pas un certain nombre d'antécédents, de réunions, qui finalement n'avaient débouché sur rien mais qui, aujourd'hui, dans le contexte nouveau des printemps arabes et des transitions politiques et, avec plus de 40 pays qui sont représentés, peut revêtir une importance toute particulière car c'est dans cette organisation que les projets seront mis en oeuvre. Parmi ces projets, il y en a qui portent sur les infrastructures. La plus symbolique de ces infrastructures, c'est celle de l'autoroute pour le Maghreb.

Il y a aussi le «partenariat de Deauville» qui existe depuis 2011 et qui permet de dégager des crédits, d'engager des actions pour accompagner et soutenir les printemps arabes. Il y a ce que l'on appelle la politique européenne de voisinage et qui fait que l'Europe dégage également des moyens, des ressources pour le développement. Notre attention doit être de coordonner, de mettre en oeuvre les projets que nous considérons comme prioritaires.

Deuxième réflexion : il y a à mes yeux, et je pense que le communiqué final reprendra ces orientations, trois grandes priorités.

La première, c'est la jeunesse. Beaucoup de chefs d'État et de gouvernement, ici, représentés et qui parlaient au nom du sud évoquaient la difficulté pour les jeunes de trouver un emploi, une place, suscitant une grande frustration quand ils ne nous parlaient pas des problèmes également d'émigration et la très grande difficulté pour les maîtriser. Nous avons une responsabilité de faire qu'une grande partie des actions qui vont être engagées puissent être en direction de la jeunesse : des échanges culturels, la politique éducative, le soutien à la formation, à la qualification, les échanges universitaires aussi. Il existe bien un Erasmus pour les pays européens, pourquoi ne pas faciliter aussi un certain nombre de mobilités pour les étudiants des pays de la rive sud de la Méditerranée ?

Le deuxième enjeu prioritaire, ce sont l'énergie et les transports. Là encore, de nombreux projets sont possibles. Avec la technologie que des pays peuvent apporter, avec les ressources que d'autres peuvent offrir, avec la volonté d'un développement qui soit concerté et d'intérêt commun.

Et puis le troisième enjeu prioritaire, ce sont les infrastructures avec le souci de prendre en compte la protection de l'environnement.

La troisième réflexion que je voulais évoquer devant nos partenaires, c'est la question de la sécurité. Je n'ai pas été le seul à soulever cette question-là. Je parle de la sécurité dans un certain nombre de pays qui ne sont pas nécessairement représentés dans le «5+5» mais qui peuvent mettre gravement en danger la stabilité de toute une région et même la sécurité de l'Europe. Je pense à ce qui se produit au Sahel avec des trafics de toute sorte, trafics de drogue, trafics d'armes, trafics d'êtres humains et là encore, le «5+5» est une occasion de rappeler cet enjeu et de faire en sorte que rapidement le Conseil de sécurité puisse être saisi, il va l'être. Il y aura une double résolution et ensuite les Africains et tous ceux qui sont concernés par l'avenir du Sahel auront à prendre leurs responsabilités.

Voilà l'intérêt de ce sommet à un moment, je vous l'ai dit, très particulier, particulier sur le plan politique. Siégeaient autour de cette table des personnes qui étaient dans l'opposition quand ils n'étaient pas en prison il y a quelques années, n'y siègent plus des dictateurs. Moment politique très important si l'on songe à ce que doit être la réussite de la transition démocratique et ce qu'elle peut connaître comme épreuve. Le président de la Libye nous a livré à la fois sa confiance et, en même temps, les obstacles qu'il franchit avec courage et son gouvernement va bientôt être constitué.

Il y a aussi, et nous en avons parlé avec le président tunisien, à assurer que la dignité des personnes soit assurée, que les droits des femmes puissent être respectés. Il y a eu des échanges tout à fait majeurs sur la question du Maghreb et de son unité ou de son union.

Voilà le moment politique dans lequel nous sommes mais nous sommes également dans un moment économique où le défaut de croissance en Europe rejaillit sur les pays du sud, d'où ma conclusion. Nous aurons tout à l'heure une réunion avec les pays de la zone euro qui sont ici représentés, avec la participation du président Barroso. Nous devons trouver rapidement des décisions qui permettent d'en terminer avec la crise de la zone euro et qui engagent un processus de confiance et donc de croissance. C'est essentiel pour nous en Europe, c'est essentiel pour les pays de la rive sud de la Méditerranée, c'est essentiel pour la stabilité de la région, c'est essentiel pour l'économie mondiale. Nous ne rappelons jamais assez que l'Europe, c'est la première puissance économique du monde, c'est le plus grand marché, avec 500 millions de personnes. Donc cette économie-là en réalité tire les autres ou au contraire les ralentit. C'est donc une responsabilité pour chacun de nos pays et la France y prend sa part que de remettre de l'ordre dans les finances publiques, d'être sérieux, mais en même temps aussi de promouvoir la croissance car j'ai toujours considéré que les deux objectifs devaient être portés. Le retour aux équilibres parce que nous avons une dette qui est considérable, le sérieux budgétaire parce que nous sommes capables aujourd'hui d'avoir des taux d'intérêts très bas sur les emprunts que nous émettons mais aussi la recherche de la croissance. Et, dans les jours qui vont précéder le Conseil européen des 18 et 19 octobre prochain, je continuerai à évoquer l'avenir de l'Europe.

L'avenir de l'Europe, c'est à l'évidence ce qu'elle pourra être dans dix ans et nous avons là des propositions à faire sur le plan institutionnel mais c'est aussi en préalable, de régler les questions de la zone euro, parce que ce sont ces questions-là qui entraineront, par leur résolution ou leur irrésolution, l'avenir de l'Europe.

Q - Une petite question avant de répondre à celle touchant le «5+5». Nous avons un otage qui vous a adressé un appel, un message, très émouvant d'ailleurs. Qu'avez-vous à lui répondre et comment expliquez-vous l'arrivée de cette vidéo à ce moment-là ?

R - J'ai pris connaissance de cette vidéo qui serait datée du mois de juillet. Nous sommes en train de l'authentifier. J'ai entendu le message. Vous savez combien la liberté de l'otage est toute relative. Il y a, chaque fois qu'une vidéo est adressée, quel que soit le canal qui est utilisé, une parole qui doit être entendue, un contact qui peut être recherché. Vous savez la position de la France, le ministre des Affaires étrangères est là, c'est à chaque fois d'établir tous les contacts qui permettent de libérer nos ressortissants. En l'occurrence, vous savez qu'il ne s'agit pas de n'importe quel citoyen français puisqu'il était en mission et je recevrai très prochainement sa famille. C'était prévu avant la diffusion de cette vidéo et je pense à tous nos otages. Nous en avons six au Mali et nous avons également cet otage depuis trois ans en Somalie. Je vous l'ai plusieurs fois répété, nous utilisons tous les moyens qui nous permettent de rentrer en contact avec tous ceux qui peuvent permettre la libération de nos otages.

Q - Deux questions. La première : vous allez rencontrer M. Rajoy dans quelques minutes, le gouvernement de M. Rajoy persiste à dire qu'ils n'ont pas besoin de faire appel à l'aide de l'Union européenne. Vous parliez donc de l'importance de l'économie européenne, est-ce que vous ne craignez pas justement que cette volonté du gouvernement espagnol de ne pas faire appel à l'aide de l'Europe mette en péril, mette en danger l'Union économique européenne ? Et une question tout à fait séparée, mais comme elle est en actualité depuis une heure et demie, 2 heures selon des médias allemands, il semblerait que les négociations sur la fusion EADS-BAE soient interrompues et qu'elle ne se fera pas. Avez-vous un commentaire sur ce sujet ?

R - Aujourd'hui je réponds aux deux questions. La première, c'est aux Espagnols de déterminer souverainement ce qu'ils ont à faire, déposer un plan d'aide avec des conditions qui devront être éclaircies, ou ne pas le faire si ils n'en ont pas le besoin. Ce que je veux, c'est qu'au prochain Conseil européen des 18 et 19 octobre, nous puissions faire en sorte de montrer la disponibilité de l'Europe pour régler les questions notamment de l'Union bancaire. C'est un rendez-vous très important qui va avoir lieu et, dans la rencontre que nous allons avoir, notamment avec M. Rajoy et d'autres chefs de gouvernement, c'est sur l'Union bancaire que nous allons faire converger nos positions. Nous avons besoin d'une supervision bancaire, nous avons besoin d'une solidarité avec des conditions. Nous avons donc besoin d'un calendrier pour que l'Union bancaire puisse avancer et qu'elle soit prête d'ici la fin de l'année.

Sur la seconde question, il y a des discussions qui, d'abord, intéressent deux entreprises. Les États sont consultés, en tout cas le nôtre puisque nous sommes actionnaires et nous avons dit ce que nous considérons comme des conditions. Après, il appartient aux entreprises de continuer leurs pourparlers ou leurs négociations en connaissant la position de la France à la fois en termes de présence au capital, de localisation des sièges et de protection de notre industrie de défense.

Q - La France est aux avant-postes pour faire adopter une résolution aux Nations unies sur le Sahel, je voudrais savoir quels sont des espoirs de la France pour que cette résolution soit adoptée rapidement. On connaît les réticences de l'Algérie. Vous allez rencontrer le Premier ministre algérien, qu'est-ce que vous allez lui dire pour le convaincre ?

R - D'abord au Conseil de Sécurité, la résolution ne rencontrera pas d'obstacle. Le ministre des affaires étrangères y a travaillé et ma participation à la réunion consacrée au Sahel lors de l'Assemblée générale des Nations unies, a permis également de faire avancer cette décision. Ensuite, il y a des pays qui peuvent être réticents mais ils ne sont pas ceux qui vont au Conseil de sécurité faire obstacle parce que nul ne fera obstacle. Il y a eu une discussion sur le Sahel, je vous l'ai dit pour qu'il puisse y avoir une résolution au Conseil de sécurité et ensuite une intervention qui puisse être réussie mais qui doit être conduite, organisée par la CEDEAO et l'Union africaine. Il est parfois évoqué le dialogue politique. Il est possible de dialoguer avec des groupes au nord Mali qui ne sont pas des groupes terroristes, qui peuvent être des groupes politiques qui étaient présents au nord Mali depuis des années et qui n'entendent ni proclamer l'indépendance, ni adhérer à des thèses fondamentalistes ou islamistes.

Mais ce dialogue politique, qui d'ailleurs n'a pas besoin d'attendre, ne doit pas être un facteur de retardement, ni de la résolution du Conseil de sécurité, ni de l'opération quand elle sera rendue légale et donc légitime. L'Algérie, elle - j'interrogeais son Premier ministre -, considère qu'il y a encore des dialogues à engager. Nous en reparlerons dans notre déplacement à la fin de l'année quand je me rendrai moi-même en Algérie. Mais avec les Algériens, nous avons là-dessus la même volonté de lutter contre le terrorisme, parce que l'Algérie a suffisamment payé pour savoir ce qu'est le terrorisme, c'est pour cela que je respecte la position des Algériens.

Q - Vous avez dit qu'il appartenait à l'Espagne de décider ou pas de demander l'aide de l'Union européenne ? Vous pensez que c'est inévitable que l'Espagne demande l'aide tôt ou tard ?

R - Moi, j'ai fait en sorte qu'au Conseil européen des 28 et 29 juin il y ait des procédures qui permettent de soutenir un pays qui a redressé ses finances publiques, qui subit des taux d'intérêt très élevés sur sa dette et qui pourrait faire appel à des mécanismes maintenant en place qui s'appellent le MES après le FESF.

La Banque centrale européenne a également précisé ses modalités d'interventions dans ce cas de figure. Donc, les instruments existent, les mécanismes sont là, après c'est à chaque pays éventuellement concerné de faire la demande, si cette demande était faite par ce pays-là ou un autre rentrant dans le champ du mécanisme, je considérerai que nous devrions lui apporter notre soutien.

Je vous remercie./.

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3. Sommet 5+5 - Point de presse conjoint du président de la République et du Premier ministre de la République de Malte - Communiqué de la présidence de la République - La Valette, 5 octobre 2012

 

J'ai félicité le Premier ministre de Malte pour la qualité de l'organisation dont le Sommet «5+5» a été le grand bénéficiaire puisque nous avons pu, avec beaucoup de liberté et de franchise, discuter des grands enjeux qui intéressent les deux rives de la Méditerranée : l'enjeu de la transition politique et démocratique des pays qui ont connu ce que l'on appelle les printemps arabes, mais également la coopération, le développement, la croissance économique. Parce que nous sommes tous dans la même région, nous sommes tous conscient que nous devons agir dans la même direction.

Nous avons aussi évoqué, toujours dans cette rencontre 5+5, les questions de sécurité qui nous concernent tous. Quand des pays au sud sont instables, quand il y a du terrorisme qui s'installe sur une partie d'un territoire, d'un pays qui n'est pas éloigné de nous, nous pouvons à un moment ou à un autre être concernés.

Sur les relations entre nos deux pays, elles sont excellentes, et la France et Malte ont toujours veillé à ce que nous puissions intensifier nos relations économiques et commerciales.

Nous avons enfin parlé des prochains rendez-vous européens et de la situation de la zone euro, et s'agissant de la zone euro, nous souhaitons que la dynamique issue du Conseil européen des 28 et 29 juin se poursuive, c'est-à-dire que nous puissions entrer maintenant dans la phase de stabilité et de croissance. Parce que les économies sont en train de souffrir des dérèglements de la période passée et donc, tant qu'il y aura encore des incertitudes sur notamment la Grèce, où des débats sur l'Espagne, nous ne pouvons pas véritablement offrir aux marchés et aux opinions publiques la clarté sur ce que nous voulons faire ensemble, notamment l'approfondissement de l'Union économique et monétaire.

C'est la raison pour laquelle nous avons à travailler ensemble pour bien préparer le prochain Conseil européen des 18 et 19 octobre./.

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4. Zone euro/Réunion en marge du Sommet 5+5 - Communiqué de la présidence de la République - Paris, 5 octobre 2012

 

Le président de la République française, le président du gouvernement espagnol, le président du Conseil des ministres italien, le Premier ministre portugais, le Premier ministre maltais se sont réunis à La Valette en marge du Sommet 5+5 des chefs d'État et de gouvernement.

La réunion a été consacrée à la situation économique de la zone euro en vue du prochain Conseil européen des 18 et 19 octobre.

Les chefs d'État et de gouvernement ont réitéré leur appel à une mise en oeuvre rapide des décisions adoptées au Conseil européen en juin. Ils s'accordent sur l'importance du prochain Conseil européen pour poser les bases d'un système de supervision bancaire européen, qui doit être décidée avant la fin de l'année, et préparer en fin de compte la sortie de la crise.

Le président Hollande, le président Rajoy, le président Monti, le Premier ministre Passos Coelho, le Premier ministre Gonzi ont confirmé leur détermination à travailler ensemble et à contribuer activement à la préservation de la stabilité et de l'intégrité de la zone euro./.

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5. Entretien du ministre des affaires étrangères avec France-Inter/Le Monde.fr/AFP.com - extraits - - Paris, 7 octobre 2012

 

 

Q - Bonsoir. Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, est l'invité de «Tous politiques». Bonsoir à vous et bienvenue sur ce plateau.

R - Ravi d'être avec vous.

Q - Nous évoquerons dans un premier temps avec vous les questions d'actualité et, bien évidemment, les suites du coup de filet anti-terroriste survenu hier. Christophe Châtelot, du journal Le Monde, nous rejoindra et vous interrogera sur les grands dossiers qui vous concernent, les grands dossiers internationaux entre guerre en Syrie notamment et conflit au nord Mali. Puis Philippe Massonnet de l'AFP, vous questionnera sur la diplomatie économique - de quoi s'agit-il ? - dont vous êtes aujourd'hui le promoteur. Nous évoquerons une question liée également aux investissements du Qatar en France. Avant notre tir croisé final, les réactions et les questions des auditeurs, des internautes dès maintenant sur twitter, hashtag#touspol - et sur lemonde.fr.

Alors Laurent Fabius, au lendemain du démantèlement d'une cellule islamiste - faut-il le rappeler : une personne tuée, le chef présumé, onze interpellations - François Hollande a reçu ce matin la communauté juive de France à l'Élysée et a promis une mobilisation totale de l'État contre le terrorisme. Alors question : de quelle manière cela va s'exprimer et y a-t-il une menace réelle en France ?

R - Il y a une menace sur toutes les démocraties et je pense que le terme qu'il faut retenir, c'est celui de fermeté absolue. Il y a une menace sur toutes les démocraties parce qu'il y a malheureusement dans le monde un certain nombre de terroristes,- qu'il ne faut absolument pas confondre avec l'ensemble des musulmans, pas d'amalgame -, qui veulent tuer et donc par rapport à cela, il n'y a qu'une attitude possible, une fermeté absolue en amont. C'est-à-dire qu'il faut essayer de déceler les réseaux et cela n'est pas facile parce que l'on voit qu'il y a des personnes isolées qui se lancent dans ces attentats. Et puis, il faut, lorsque telle action répréhensible est commise, être absolument sans pitié.

Q - Manuel Valls, le ministre de l'intérieur, a parlé de réseaux qui ne venaient pas de l'extérieur de la France mais de Français convertis, c'est nouveau...

R - Oui, c'est nouveau, c'est vrai. Auparavant, il y a souvent eu un terrorisme latent avec des réseaux organisés mais là, d'après tout ce que l'on peut savoir, il s'agit d'individus qui n'ont pas nécessairement de connexions établies avec l'étranger. Il faut donc être d'autant plus vigilant. Mais c'est l'attitude du gouvernement, François Hollande l'a redit ce matin, et nous travaillons étroitement les uns avec les autres, enfin l'ensemble des membres du gouvernement concernés.

Q - Est-ce à dire que le gouvernement a prévenu une nouvelle affaire Merah ?

R - Vous savez, on fait tout ce que l'on peut et doit faire mais je crois que, malheureusement, la sécurité absolue est difficile à établir. En tout cas, il faut prendre toutes les précautions et c'est la consigne qui est donnée à tous les services.

Q - Alors Laurent Fabius, le gouvernement prépare une loi antiterroriste qui vise à - je cite - la détection de Français partant s'entraîner au Jihad dans des zones de combat mais également la propagande par Internet. On a envie de vous dire : encore une loi !

R - Oui, mais là c'est différent. C'est vrai qu'il y a une faille dans notre législation, c'est qu'auparavant, on ne pouvait agir que lorsqu'il y avait un fait établi à l'étranger. On s'aperçoit, compte tenu de ce que vous avez dit, qu'il faut agir en amont et c'est le but de cette législation qui, je crois, sera adoptée par tout le monde.

Q - Alors nous avons le chef présumé, Jérémy Louis-Sidney, 33 ans, connu des services de police pour des faits de délinquance auparavant, qui attendait les policiers les armes à la main, il voulait mourir en martyr. Comment expliquer, Laurent Fabius, cette radicalisation à laquelle nous assistons chez certains individus en France ? Comment l'expliquer sociologiquement ?

R - Il n'y a pas d'explication facile. Mais je pense que - pour proposer une grille d'interprétation, dans un monde où les références classiques ont disparu -, certains individus malheureusement ne trouvent au fond le sens de leur vie que dans la mort, dans l'extrémisme, dans le terrorisme. Et c'est quelque chose évidemment que la société ne peut pas admettre. Donc je le répète : fermeté absolue.

Q - La prison est également, cela a été dit dans de nombreux témoignages, reportages, une sorte d'école du Jihad avec des recrutements à l'islam radical, c'est un problème ?

R - Oui, bien sûr, c'est un problème. Là aussi, il ne faut pas non plus généraliser mais on l'a vu au moment de l'affaire Merah en particulier. Donc des dispositions sont prises pour que, autant qu'on le peut, la prison ne serve pas d'école du crime du Jihad et du terrorisme.

(...)

Q - Alors le ministre des affaires étrangères a aussi un regard sur la politique intérieure de ce pays ; vous êtes numéro deux du gouvernement, après tout, ancien ministre de l'économie, ancien Premier ministre. La situation économique, Laurent Fabius, croissance nulle pour la France : on peut parler d'un risque de récession dans les mois qui viennent ?

R - C'est vrai que la situation de toute l'Europe est difficile. Vendredi, nous étions à Malte avec le président de la République et nous rencontrions à la fois le président du gouvernement espagnol, le Premier ministre italien, le Premier ministre portugais et le président de la Commission européenne et nous avons fait un tour d'horizon : partout la situation est difficile. Il n'y a qu'en Allemagne, semble-t-il, qu'il y a une légère croissance. Nous, nous sommes à zéro en 2012 et les pays dont je parle sont en décroissance. Donc c'est une situation très compliquée. C'est la raison pour laquelle il faut à la fois - c'est toute la difficulté du pilotage - être sérieux budgétairement et en même temps utiliser toutes les marges de croissance possible. C'est pourquoi les décisions qui ont été prises lors du Conseil européen du mois de juin, vous vous rappelez, doivent maintenant entrer en application pour redonner confiance à l'Europe. Mais c'est vrai qu'il y a une inquiétude qui existe partout. On le voit d'ailleurs lorsqu'on discute avec des chefs d'entreprise, avec des salariés, tout le monde est inquiet.

(...)

Q - Alors je m'adresse à celui qui jadis a voté non de façon éclatante en 2005 : le traité européen sera voté en première lecture, mardi à l'Assemblée nationale visiblement Laurent Fabius, avec les seules voix de la gauche, si la comptabilité est exacte. (...)

R - (...) Vous faites référence au vote que j'ai émis en 2005 et le vote que je recommande cette fois-ci est tout à fait dans la même ligne. En 2005, je considérais - mais les choses sont derrière nous, qu'il fallait réorienter l'Europe et que le traité constitutionnel qui nous était proposé, ne le permettait pas ; c'est la raison pour laquelle j'avais voté non et la majorité des Français aussi. Aujourd'hui, il y a eu un rééquilibrage que personne ne peut contester puisqu'en même temps que le texte, il y a toute une série de décisions qui ont été prises notamment au mois de juin, qui permettent un début de réorientation européenne et c'est ça qui nous permet aujourd'hui de demander de voter oui. Donc je crois, j'espère, que le texte sera voté à la fois par une majorité de gauche et aussi par des députés de droite.

Q - Sur le traité européen

R - Je pense que le texte sera adopté et ce sera une bonne chose, pourquoi ? Il y a plusieurs raisons qui expliquent qu'il faille voter pour ce texte : la première raison, c'est que comme je viens de vous le dire, c'est une réorientation européenne, sans doute le début mais si on veut aller à la phase 2, il faut déjà voter la phase 1 ; - la deuxième raison, c'est que si par malheur, ce texte n'était pas adopté, il y aurait une crise absolument terrible en Europe dont la France serait la victime et en même temps elle n'aurait pas les moyens de se défendre puisqu'elle serait privée de moyens d'action.

Q - Alors avant de passer à la deuxième partie de cette émission, une réaction sur lemonde.fr qui complète ma question d'ailleurs : pourquoi non, nous dit Stéphane sur lemonde.fr, non en 2005 et oui maintenant ?

R - Je viens de l'expliquer...

Q - Votre oui est-il uniquement un oui de solidarité gouvernementale ?

R - Non pas seulement, ce serait déjà important mais la réorientation européenne a commencé. Par exemple je me rappelle que depuis très longtemps nous avons demandé une taxe sur les transactions financières, nous n'arrivions pas à l'obtenir. Eh bien, grâce à ce qui a été décidé au mois de juin, nous allons l'avoir ; c'est un point important. Nous demandions - vous le rappeliez - que la Banque centrale européenne puisse intervenir de manière beaucoup plus forte. Grâce aux décisions prises par Mario Draghi à la suite en particulier des demandes françaises, italiennes et autres, nous y sommes parvenus.

Q - C'est un vrai oui finalement.

R - Oui, il n'y a pas d'ambigüité.

Q - Nous accueillons Laurent Fabius dans «Tous politiques» ; nous accueillons à présent Christophe Châtelot du journal Le Monde.

Bonsoir Christophe Châtelot. Premier sujet bien évidemment avec vous, le conflit en Syrie.

Q - Oui. Bonsoir Monsieur le Ministre. C'est un dossier on ne peut plus lourd : en 18 mois, on est passé d'un état de contestation interne à la Syrie à un conflit quasi-généralisé. On voit à la frontière turco-syrienne que des bombardements ont lieu ces derniers temps ; est-ce qu'il y a un vrai risque de contagion de ce conflit aujourd'hui ?

R - Oui, il y a un risque. C'est vrai que c'est devenu un conflit qui n'est pas simplement interne mais qui est devenu régional et même international. Il y a un risque de contagion en Turquie puisque la Syrie a porté atteinte au territoire turc et la Turquie a répliqué. Nous avons fait connaître notre solidarité avec les Turcs qui étaient attaqués et dans le même temps il ne faut pas qu'il y ait d'escalade. Donc il faut rester mesuré si je puis dire.

Mais il y a aussi un risque vis-à-vis du Liban puisque Bachar Al-Assad veut absolument exporter le conflit et le gouvernement libanais est très sage de refuser cette exportation du conflit.

Et puis il y a un risque en Jordanie puisque le nombre des réfugiés dans ce pays ne cesse d'augmenter, on approche de l'hiver avec des conditions extrêmement difficiles.

Donc c'est une des raisons supplémentaires pour lesquelles il faut faire en sorte que ce conflit s'arrête vite. Et sur la question de la contagion, c'est un des points sur lesquels je discute beaucoup avec mon homologue russe, M. Lavrov qui me dit toujours «il ne faut pas intervenir, c'est une affaire qui est interne». Je lui dis : non, ce n'est pas une affaire interne ; c'est un conflit qui par son ampleur risque de mettre le feu à l'ensemble de la région.

Q - Mais ce sont des arguments qu'il entend depuis le début de la crise, ça dure depuis dix-huit mois... et qu'est-ce qui pourrait le faire changer d'avis aujourd'hui et faire changer d'avis les Chinois aussi ?

R - Écoutez, je vais vous dire ce que nous, nous faisons, nous les Français. D'abord, nous essayons de travailler à l'unification de l'opposition parce que l'un des arguments qu'utilise Bachar Al-Assad auprès de ses partisans et partenaires, est le suivant : oui c'est sans doute une dictature. Mais si je ne suis plus là - Bachar Al-Assad - qui viendra à ma place ? Ce sera le chaos. C'est déjà le chaos et un chaos mortifère aujourd'hui.

Mais si on veut préparer le jour d'après, il faut rassembler l'opposition. Il va y avoir bientôt à Doha, et puis sans doute au Maroc, des réunions pour rassembler l'opposition. Nous intervenons nous aussi, Français, sur ce qu'on appelle les zones libérées de façon tout à fait exemplaire et d'autres pays veulent suivre notre exemple.

Et puis il y a l'action diplomatique. Malheureusement elle est bloquée parce qu'au conseil de sécurité, les Russes et les Chinois disent non mais ça ne pourra pas durer éternellement. Quand vous avez déjà 30.000 morts, 300.000 blessés, plus d'un million de personnes déplacées, c'est un conflit épouvantable. Donc, il y a un moment, et le plus tôt sera le mieux, où il faut que cela s'arrête. Bachar doit partir.

Q - Quand vous dites «rassembler l'opposition», est-ce que cela veut dire que l'on peut discuter avec tout le monde d'abord ? Est-ce que toutes les oppositions syriennes sont fréquentables ou pas ? Et est-ce que vous n'avez pas le sentiment qu'il y a quand même un décalage entre l'opposition syrienne en exil à l'étranger et celle qui est sur le terrain, qui se bat et qui perd des hommes tous les jours ?

R - C'est toujours une difficulté, vous avez raison de le souligner. Lorsqu'il y a des conflits de ce type, il y a des gens qui sont à l'extérieur, des gens qui sont à l'intérieur. Les uns et les autres sont des gens très courageux mais ceux de l'intérieur ont tendance à considérer qu'ils sont peut-être plus représentatifs que ceux étant à l'extérieur.

Donc, nous, notre tâche, c'est d'essayer de rassembler toutes ces tendances. Quand je dis nous, ce n'est pas seulement la France - nous travaillons aussi avec les Turcs, avec les Allemands, les Italiens, les Américains et d'autres. Et puis, évidemment - vous avez posé la question «est-ce qu'on peut parler avec tout le monde ?» - il y a ceux qui sont, car il y en a aussi malheureusement, des djihadistes, des terroristes. Ils n'ont pas de place.

Mais, en revanche, là où il faut être très attentif, c'est que le futur gouvernement alternatif reconnaisse les droits de l'ensemble des communautés, à la fois la communauté chrétienne et alaouite. Parce qu'aujourd'hui, Bachar est soutenu par les alaouites mais demain, il faudra que les alaouites aient leur pleine place dans la future Syrie.

Q - Mais, Laurent Fabius, Ismail sur lemonde.fr pose une question qui complète ce qui est dit à l'instant : la présence d'éléments d'Al-Qaïda en Syrie et dans le sud de la Turquie est prouvée ; pourtant la France et les Occidentaux, dit Ismaïl, continuent de les soutenir avec un risque sérieux qu'ils prennent le pouvoir. N'y a-t-il pas là une contradiction avec la politique antiterroriste de la France ?

R - Je ne crois pas. Il y a, c'est vrai, un certain nombre de djihadistes qui sont heureusement ultra-minoritaires. Évidemment nous n'avons aucun contact avec eux et nous ne les soutenons pas. Mais, en revanche nous soutenons directement ou indirectement l'opposition. Si nous ne soutenions pas l'opposition, le risque, c'est que ces forces-là prennent le dessus en Syrie. Et c'est un argument aussi que nous développons auprès des Russes et des Chinois en disant : vous ne voulez pas de terroristes mais si le conflit se poursuit, comme toujours ce sont les plus extrémistes qui l'emporteront. Il ne faut pas que l'on se retrouve par exemple dans la situation irakienne.

Donc, toute la difficulté, c'est à la fois qu'il faut absolument que Bachar «dégage» - pour reprendre un terme qui a été beaucoup utilisé -, mais dans le même temps que les institutions puissent continuer à fonctionner d'une certaine manière car sinon on va avoir un vide qui sera rempli par le terrorisme.

Q - En parlant de l'action de la France, l'ambassadeur de France à Damas qui est aujourd'hui à Paris, racontait récemment dans la presse une pratique qui était un peu surprenante, celle d'apporter de l'argent par valises entières à certains groupes de l'opposition syrienne. Est-ce qu'on est sûr d'abord d'où va cet argent et est-ce que l'on peut vraiment évaluer comment il est utilisé ? Vous n'avez pas peur que cela aille entre de mauvaises mains ?

R - Alors bien sûr, il faut faire très attention que cela n'arrive pas dans de mauvaises mains mais ce dont on s'est aperçu, c'est qu'il fallait que notre aide arrive précisément à ceux qui en ont besoin. Or, quand on donne de l'aide officiellement, malheureusement, elle risque d'être récupérée par le régime de Bachar Al-Assad.

L'une des meilleures manières d'aider concrètement la population syrienne, c'est de travailler comme le fait M. Chevalier, notre ancien ambassadeur en Syrie, dans les zones libérées.

Concrètement, cela veut dire quoi ? Cela veut dire qu'on prend une zone qui a été libérée et qu'on va au contact de cette zone, d'une façon évidemment qui n'est pas officielle. On les aide par exemple à reconstituer une boulangerie industrielle pour que les gens aient à nouveau du pain. On les aide à reconstituer - je vais être très concret - le service des ordures pour que celles-ci ne s'accumulent pas. On les aide à reconstituer leur centrale électrique pour qu'ils puissent avoir, à l'approche de l'hiver, de l'électricité. Il y a aussi des moyens pour l'éducation, pour les médicaments. Tout cela demande de l'argent et donc nous apportons d'ailleurs des petites sommes et c'est tellement efficace que, dans une réunion que nous avons eue récemment à New York, les autres pays, que ce soit des pays arabes qui aident l'opposition ou des pays d'Occident, nous ont demandé de se joindre à cette action pour les zones libérées car cela leur apparaît exemplaire.

Q - Alors Christophe Châtelot, autre dossier, la situation au nord Mali ?

Q - Oui, avec quelques contradictions, des petits points peut-être à préciser puisqu'on a l'impression que la France est vraiment en première ligne sur ce dossier, on l'a vu à l'ONU récemment, qu'elle milite fortement en faveur d'une intervention militaire internationale, et tout à la fois, vous dites qu'il faut que ce soit les Africains eux-mêmes et la CEDEAO qui soient les premiers en ligne. Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction entre cette volonté d'être devant et finalement après de dire : non, ce n'est pas nous, ce sont les autres... Comment sortir de cette contradiction ?

R - Je ne crois pas. D'abord un mot sur la question du Mali que vous connaissez très bien - et cela rejoint d'ailleurs ce que vous disiez au début Monsieur Achilli. Le terrorisme : il y a au nord Mali plusieurs milliers de personnes qui sont des terroristes, qui disposent d'armes puissantes dont une partie a été prise à la Libye, d'argent qui vient des trafics d'otages, de drogue et d'armes et qui veulent violer, lapider, amputer, tuer. Et leurs ennemis sont tout ce qui ne leur ressemble pas : à savoir les différents pays d'Afrique à commencer par le Mali, l'Europe et la France. Et par rapport au terrorisme, on ne peut pas transiger.

Alors, le Mali aujourd'hui est divisé puisque toute sa partie nord est aux mains de ces personnes, on dira AQMI et quelques autres groupes. Et l'autorité légitime du Mali est malheureusement assez faible en moyens militaires et en moyens civils. Les pays voisins ne sont pas toujours très costauds et ont des difficultés de toutes sortes. Il est donc temps qu'il y ait une prise de conscience internationale.

Comme vous l'avez rappelé, une grande réunion s'est tenue aux Nations unies il y a quelques jours. La France, par l'intermédiaire de François Hollande, est intervenue très fortement et je pense que cela a fait, avec d'autres interventions, basculer la décision. Maintenant, il va y avoir, vous allez le voir dans les prochains jours, des résolutions au Conseil de sécurité des Nations unies pour changer la situation. Comment ?

Q - Mais la France n'aide toujours pas l'armée régulière du Mali ?

R - Pas encore, nous le ferons sur la base d'une résolution internationale. Donc, il va y avoir au Conseil de sécurité des Nations unies une ou deux résolutions disant : voilà, maintenant il faut prendre le problème à bras le corps, c'est-à-dire à la fois soutenir l'autorité légitime à Bamako, ensuite essayer d'aider sur un plan civil parce qu'il y a aussi des problèmes de développement, des problèmes de nourriture et reconstituer l'armée malienne qui est faible. Ensuite, quand tout cela aura été fait, aller vers le nord pour déloger AQMI, c'est-à-dire les terroristes. Avec qui délogera-t-on AQMI ? Les forces maliennes, les forces voisines - ce qu'on appelle la CEDEAO ou l'Union africaine qui est plus large...

Q - L'Algérie...

R - Si elle le souhaite. Et la France sera là en termes de facilitateur. Il n'est pas question que nous ayons les troupes françaises en premières lignes mais il peut y avoir un rôle de facilitateur de la France.

Et, dans le même temps, il y aura sans doute des discussions avec les populations au nord qui refusent la violence et qui acceptent l'intégrité du Mali.

Voilà ce qu'il y a devant nous et il est vrai que, depuis quelques jours, le ton a changé. La prise de conscience s'opère au point que le Premier ministre du Mali a pu écrire - je crois que c'était dans votre journal - qu'après la prise de parole des Français à l'ONU, peut-être était-on arrivé au début de la fin de la crise. Je le souhaite.

Nous sommes donc présents parce que c'est normal, parce que c'est une affaire qui menace la paix non seulement de l'Afrique mais aussi de l'ensemble de l'Europe et du monde et dans le même temps nous sommes présents à notre place.

Q - Avec des otages français malheureusement...

R - Avec, en plus - et vous avez raison de le souligner -, ce qui est un élément que nous avons en permanence en tête et en coeur, des otages français pris par ces mêmes terroristes.

Q - Ultime question, rapidement si c'est possible, bien sûr le sujet est vaste, sur Dakar.

Q - Sur Dakar et sur le sommet de la francophonie à Kinshasa. François Hollande avait promis la rupture avec la politique qui était menée précédemment par le président Sarkozy - en finir avec la Françafrique pour schématiser - qu'est-ce qui pourrait aujourd'hui nous prouver que cette promesse a été tenue ? On a l'impression qu'il n'y a pas grand-chose qui a été changé finalement ?

R - Écoutez la Françafrique, c'est un mot générique pour dire qu'il y avait des combines. Or, je suis en charge de ce dossier, étant ministre des affaires étrangères, et je peux vous dire que des combines, avec le gouvernement français, il n'y en a pas. Et je crois que quand je dis cela, les gens comprendront ce dont je parle.

Kinshasa : il y a, à la fin de la semaine, un sommet de la Francophonie. La République du Congo, dans laquelle a lieu ce sommet, est un pays dont le gouvernement a été critiqué. François Hollande s'est interrogé. Faut-il y aller ou ne pas y aller ? Finalement il a décidé de s'y rendre parce qu'il aurait été tout de même paradoxal que la francophonie se réunisse sans la France. Mais il dira là-bas ce qu'il a à dire de manière claire. Auparavant il se sera également exprimé à Dakar.

(...)

J'ajouterai d'un mot que l'Afrique est un grand continent du futur, que nous plaçons énormément d'espoir dans l'Afrique mais qu'il faut, pour que l'Afrique se développe, qu'il n'y ait pas ce terrorisme dont on vient de parler à propos du Mali.

Q - Laurent Fabius, invité de «Tous politiques». Nous accueillons Philippe Massonnet de l'AFP. Philippe, bonsoir. Chapitre un peu inédit, celui de la diplomatie économique, avec un sous-chapitre si je puis dire, c'est le Qatar, le cas du Qatar...

Q - Bonsoir Monsieur le Ministre.

R - Bonsoir.

Q - Dans le cadre de cette diplomatie économique, les investissements du Qatar sont-ils bienvenus en France ?

Q - Attendez Laurent Fabius, je vous propose peut-être d'écouter ce qu'en disait le candidat François Hollande, c'était en avril dernier, au micro d'Édouard Zambeau sur La Chaîne Parlementaire. Écoutez bien. « François Hollande : je trouve que la France devrait être plus attentive à ce que fait le Qatar. Je dis qu'il faut avoir des relations qui soient claires. Donc qu'un pays comme le Qatar vienne investir en France, je pense que c'est tout à fait nécessaire mais il faut qu'aussi on regarde avec ce pays exactement quelle est son influence, jusqu'où il veut aller ?».

R - Cela me paraît une bonne formule.

Q - Bienvenus les investissements qataris, partout ?

R - Bienvenue à tous les investisseurs...

Q - C'est clair ou pas clair en fait...

R - Bien sûr dès lors que c'est clair et que cela permet d'apporter des emplois. Alors on a beaucoup parlé du Qatar parce que son action est souvent spectaculaire : le PSG, le prix de l'Arc de Triomphe - tout à l'heure, vous disiez qu'il y avait le prix de l'Arc de Triomphe, maintenant il est patronné par le Qatar...

Q - Oui, ce soir il y a OM - PSG, c'est un peu OM - Qatar...

R - Mais au-delà de ces aspects ponctuels, il y a des investissements dans un certain nombre de groupes. Dès lors que ces investissements sont positifs pour la balance française et pour l'emploi, je ne vois pas pourquoi on serait réticent. Évidemment, cela ne veut pas dire du tout qu'ils puissent influencer notre politique étrangère. Mais nous avons de très bons contacts avec les autorités du Qatar que nous voyons régulièrement comme d'autres d'ailleurs, à l'instar de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, et d'autres pays de cette région et nous sommes parfaitement au clair. Le Qatar a fait le choix d'un partenariat étroit avec la France, la France en est heureuse...

Q - Excusez-moi, pourquoi ce choix de partenariat profond avec la France ?

R - Je pense que les Qatariens, mais c'est vrai pour d'autres pays, sont sensibles au fait que la France est l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Donc c'est un pays qui pèse, une des cinq principales puissances économiques du monde, et que dans le même temps nous ne sommes pas alignés. Nous avons des choix clairs, des principes mais nous n'obéissons pas à tel ou tel camp. Et avec ses valeurs claires pour ce rôle en politique étrangère - parce que je m'en rends compte maintenant encore plus à la place où je suis - la France est entendue et attendue. C'était parfaitement clair par exemple lors de la session des Nations unies et c'est parfaitement clair au niveau européen. Nous sommes entendus et attendus. Et je crois qu'un pays comme le Qatar et d'autres sont extrêmement sensibles à cela.

(...)

Q - Et le montant de ce fonds qatari, il est de combien ? On a entendu tous les chiffres. Est-ce que vous avez un chiffre à nous donner, précis ?

R - Moi j'ai entendu un chiffre mais je n'ai pas vérifié... qui est un chiffre assez petit, qui était de l'ordre de 100 millions d'euros. Si c'est cela, c'est un chiffre très modeste puisque c'est le même montant que le fonds chinois qui vient d'être décidé. Moi je souhaiterais que les fonds soient beaucoup plus importants et j'essaierai d'agir pour que ces fonds soient beaucoup plus importants.

(...)

Q - Dans le cadre de cette diplomatie économique, est-ce que cela signifie que les entreprises françaises doivent faire des affaires avec tous les pays ? Vous estimez que tous les ambassadeurs doivent être des VRP ? Ou est-ce qu'il y a des pays indésirables, est-ce qu'il y a des États avec lesquels il ne faut pas commercer ? Ou est-ce que tous les ambassadeurs ont la même feuille de route finalement ?

R - Alors ça c'est autre chose, ce n'est pas lié du tout au Qatar, c'est une question séparée. C'est vrai que j'ai beaucoup mis l'accent sur ce que l'on appelle la diplomatie économique. Pourquoi ? À partir d'une donnée de base : le déficit commercial de notre balance est de plus de 70 milliards d'euros et c'est un déficit qui est probablement plus grave que le déficit budgétaire parce qu'il est beaucoup plus difficile à réduire. Si vous voulez réduire le déficit commercial, vous ne pouvez pas appuyer sur un bouton pour que les entreprises exportent plus ou importent moins. Donc le gage de notre indépendance, c'est l'équilibre de notre balance commerciale. Il n'est pas du tout atteint. (...) Donc il est tout à fait normal que l'ensemble des ministères compétents se préoccupent de cela et au premier chef évidemment le ministère des finances et le ministère des affaires étrangères.

Q - Cela veut dire que jusqu'à présent, les ministères concernés par ce dossier, ne faisaient pas le boulot ?

R - Je pense que ce n'est pas seulement une question de ministère, c'est d'abord la réalité économique. Cela rejoint la question de compétitivité que vous me posiez mais il y a d'autres choses, alors je vais être concret : qu'est-ce qu'on peut faire à Paris, qu'est-ce qu'on peut faire dans les ambassades ? Dans les ambassades d'abord, on doit demander à chaque ambassadeur qui est un peu le patron de la représentation française, de réunir autour de lui les chefs d'entreprise, les services des différents ministères pour dire : comment est-ce que je peux essayer d'avoir plus d'exportations venant de France et comment je peux essayer d'avoir plus d'investissements du pays où je suis vers la France ?

Q - C'est quand même ce qu'ils ont fait depuis des années.

R - Oui, ils l'ont fait et d'ailleurs les chefs d'entreprise reconnaissent qu'en général c'est très bien fait. Mais je pense que l'on peut aller plus loin et que dans leur formation, dans leur plan de route, cela doit être très clair.

Deuxièmement, il faut qu'à Paris on monte un système pour que les entreprises soient un peu mieux coordonnées. Les PME sont notre grande faiblesse, vous le savez bien car quand on compare la France et l'Allemagne, c'est au niveau des moyennes entreprises que l'on a des difficultés. Il faut que les grandes entreprises prennent sur leurs épaules, si je puis dire, les moyennes et les petites entreprises pour être beaucoup plus présentes à l'étranger. Il faut qu'on coordonne mieux nos affaires, peut-être qu'on les finance un petit peu différemment. Il faut aussi que l'on s'ouvre, nous, quai d'Orsay et aux autres - j'ai nommé une direction des entreprises - que la formation de nos diplomates mette l'accent là-dessus. Cela ne veut pas dire du tout qu'on s'occupera moins de la grande politique mais vous savez que ce serait quand même paradoxal que la crise économique soit la seule crise dont nous ne nous occupons pas. Ainsi, j'ai mis cela comme l'un des centres de notre action. Les entreprises en sont satisfaites, les diplomates aussi, maintenant reste à obtenir des résultats.

Q - Pour revenir sur l'Afrique dont on parlait tout à l'heure, est-ce que vous êtes inquiet de l'expansion chinoise en Afrique et est-ce que vous êtes en train d'essayer de la contrer - je fais référence à la tribune publiée par Pierre Moscovici à Alassane Ouattara cette semaine dans Le Figaro - où Paris voudrait aider à mieux négocier les contrats africains... C'est une inquiétude ?

R - Il y a de tout. D'abord nous avons, avant de parler de l'Afrique, un problème quand même d'équilibre avec la Chine. On parlait de déficit commercial il y a un instant : sur les 70 milliards de déficit, la Chine, c'est déjà 27 milliards d'euros...

Q - Le déficit n'a cessé de se creuser.

R - Il n'a cessé de se creuser. Donc nous mettons l'accent avec nos partenaires chinois sur la nécessité d'une meilleure réciprocité notamment en matière de marchés publics et dans d'autres domaines.

En ce qui concerne l'Afrique, c'est vrai que les Chinois ont pris des positions importantes. Ce qui pose d'ailleurs parfois certains problèmes aux Africains eux-mêmes et il y a des cas où c'est parfaitement légitime, d'autres où c'est beaucoup plus discutable. Je vais prendre un exemple : j'étais l'autre jour dans un pays d'Afrique - je ne dirai pas lequel - où le président de ce pays m'a expliqué la chose suivante : je n'ai pas d'argent public, je veux réaliser un certain nombre d'équipements. Des Chinois se sont proposés en disant «on réalise cet équipement mais vous nous concédez votre pétrole pour trente ans». Que puis-je faire ? Je suis pieds et poings liés : si je n'accepte pas leur offre, je n'aurais pas cet équipement et si je l'accepte, cela veut dire que ma matière première principale... Et c'est ce genre de choses, si vous voulez, qu'il faut essayer de faire évoluer.

Alors il y a des règles internationales, il y a des organismes qui devraient permettre de rétablir la concurrence mais, parfois, la concurrence n'est pas vraiment respectée et l'esprit dans lequel nous travaillons n'est pas un esprit...

Q - Vous voulez dire que les Chinois ne respectent pas la concurrence ?

R - Pas toujours. Mais ils ne sont pas les seuls. Je vais vous prendre un autre exemple, je ne vais pas vous fatiguer avec les chiffres. Les marchés publics, une question souvent abordée : quand vous regardez l'importance des marchés publics en Europe qui sont concédés à des non-Européens, cela fait plus de 300 milliards d'euros, quand vous regardez les marchés publics aux États-Unis qui sont concédés à des non-Américains, cela fait 30 milliards ; il y a quand même un problème.

Moi, je suis pour une Europe ouverte mais pas offerte. Cela fait des années que je dis cela et donc il faut être parfaitement ouvert aux marchés publics en direction des autres dès lors que les autres nous ouvrent aussi leurs marchés publics. Et cela vaut pour les Chinois comme pour les Japonais, comme pour les Américains, comme pour tout le monde. Donc, voilà, c'est la notion de réciprocité.

Quand vous m'interrogiez il y a un instant sur la diplomatie économique, il y a toute une série de décisions ponctuelles que l'on peut prendre mais c'est aussi un état d'esprit dans nos relations internationales. Nous devons, nous les Français, nous les Européens, plaider pour la réciprocité, c'est-à-dire l'ouverture mais pas la naïveté.

Q - Et tout cela, Laurent Fabius, en lien avec Bercy sans faire de jaloux ?

R - Bien sûr.

Q - Mais est-ce que cette réciprocité existait avec la Syrie ? Est-ce qu'on a eu raison d'investir en Syrie ?

R - Je crois qu'il y a eu des erreurs commises à l'égard de la Syrie, c'est certain. (...)

Q - Il y a des entreprises françaises en Syrie actuellement qui font des affaires ?

R - À partir du moment où nous avons décidé des sanctions importantes, je crois qu'il ne doit plus y en avoir beaucoup, car, que ce soit à l'égard de la Syrie ou dans un autre contexte à l'égard de l'Iran, l'une des armes dont nous disposons pour faire bouger les choses, ce sont les sanctions commerciales qui ne sont peut-être pas un remède miracle mais qui ont un certain effet pour faire bouger les pays, à condition bien sûr qu'elles soient appliquées par tous, ce qui n'est pas le cas en Syrie.

Q - Sur l'Iran, les sanctions ont fait effet ?

R - Vous avez vu qu'elles ont un certain effet puisque la monnaie iranienne a beaucoup baissé, ce qui a entraîné un certain nombre de réactions ; les recettes pétrolières ont beaucoup baissé. Mais, malheureusement, il y a un certain nombre de pays qui ne respectent pas ces sanctions, en l'occurrence notamment - je ne veux pas la charger - la Chine.

Q - Laurent Fabius, le ministre des affaires étrangères, invité de «Tous politiques». Nous abordons l'ultime partie de cette émission. Alors Laurent Fabius, c'est le tir croisé : c'est une sorte de réceptacle final....

R - Je suis prêt, tel Saint Sébastien...

(...)

Q - Autre question : sur le réseau twitter... plutôt une réflexion qui a été faite vous concernant, à propos du double voyage à Dakar et à Kinshasa. Il est dit : au fond M. Fabius, l'Afrique lorgne aujourd'hui vers la Chine, la France est aujourd'hui une puissance secondaire. Vous confirmez ?

R - Non je pense que l'on ne peut pas dire ça. La France est extrêmement présente en Afrique et souhaite l'être. Nous sommes présents en Afrique francophone, nous sommes présents aussi en Afrique anglophone. Il y a des valeurs que nous partageons avec nos amis africains. Nous n'avons pas d'agenda caché, nous ne sommes pas une puissance impériale ou impérialiste. Nous croyons au développement de l'Afrique qui a un potentiel extraordinaire, ainsi qu'au développement de la Francophonie. La Francophonie, parfois on s'en moque, on a tort. Aujourd'hui il y a 220 millions de personnes qui parlent français ; avec le développement de l'Afrique, il y aura, en 2050, 700 millions de francophones. C'est une communauté magnifique et il faut que nous nous appuyions là-dessus.

Q - Est-ce qu'il faut vraiment dire que l'on peut entretenir des relations normales avec l'Afrique ? Est-ce que notre histoire, les liens que nous entretenons avec un certain nombre de pays, font que ce continent est un peu à part... on est plus près qu'on le veuille ou non...

R - Ce sont des relations plus proches qu'avec d'autres compte tenu de notre histoire, compte tenu de nos valeurs. Je dirais que ce sont des relations plus fraternelles.

Q - On va traverser l'Atlantique, Romney, Obama... Je ne vous demande pas évidemment votre préférence mais est-ce que vous pensez qu'Obama va être réélu ?

R - Très difficile à dire. Il y a six mois, personne ne posait la question : que se passe-t-il si Mitt Romney est élu ? Il y a cinq jours, après le débat qui a été paraît-il gagné par Romney, on dit : mais alors Obama est menacé ! Attendons quelques jours, c'est au début du mois de novembre. Ce que je peux vous dire, comme d'ailleurs une réponse humoristique de François Hollande, je ne vais pas dire pour qui j'aurais voté si... parce que je ne veux pas pénaliser l'un et avantager l'autre... je ne connais pas d'ailleurs Mitt Romney. Mais, en revanche, ce que je peux vous dire, c'est que nous avons vraiment des relations excellentes avec les États-Unis, aussi bien avec Barack Obama qu'avec mon homologue, Hillary Clinton, qui est une femme tout à fait remarquable. J'ai beaucoup d'estime pour M. Obama qui a une capacité de réflexion vraiment impressionnante et dans le même temps aborde concrètement les questions. Ce qui fait que nous travaillons extrêmement bien ensemble même si on le sait, par rapport aux États-Unis, la France est alliée mais n'est pas alignée.

(...)

Q - Laurent Fabius, il nous reste très peu de temps. Une belle phrase qui aurait pu être la conclusion de cette émission mais malgré le temps qui nous est imparti, une vingtaine de secondes : la campagne mondiale contre la peine de mort...

R - Je vais la lancer mardi soir. Je vous rappelle que la France a abrogé la peine de mort mais il y a encore beaucoup de pays qui appliquent la peine de mort. Il y a actuellement 19.000 personnes qui sont dans les couloirs de la mort ; or la peine de mort est non seulement inefficace par rapport à la criminalité mais en plus complètement inhumaine. Et donc la France - cela fait partie de ses valeurs - s'associe à une grande campagne universelle pour l'abrogation de la peine de mort.

Q - Merci Laurent Fabius./.

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6. Zone Franc CFA - Communiqué du ministère de l'économie - Paris, 5 octobre 2012

 

Pierre Moscovici, ministre de l'économie et des finances, a réuni les ministres des finances, les gouverneurs des banques centrales et les présidents des institutions régionales de la Zone Franc le vendredi 5 octobre 2012, à l'occasion du 40ème anniversaire des accords de coopération monétaire de la Zone Franc.

Cet anniversaire a été célébré en présence de M. Alassane Ouattara, président de la République de Côte d'Ivoire. Il marque l'ambition du gouvernement de tourner vers l'avenir les relations entre la France et l'Afrique, à la veille des déplacements du président de la République, François Hollande, sur ce continent.

Les manifestations de cette journée du 5 octobre ont donné lieu à une célébration amicale des réalisations communes de la Zone Franc, avec une exposition, un livre commémoratif réalisé avec la Banque de France, l'inauguration d'une plaque et un colloque, ouvert par le président Ouattara. Une réunion de travail a également permis aux parties de discuter des améliorations à apporter à la Zone Franc.

À cet égard, Pierre Moscovici a fait trois annonces :

1/ Le ministre a réitéré son engagement en faveur de la transparence des industries extractives en Afrique. L'exploitation outrancière des ressources africaines doit prendre fin. Il soutient à ce titre, avec le ministre délégué au développement, Pascal Canfin, qui s'est joint aux travaux de la journée, les initiatives de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale (dont celle annoncée ce matin) en faveur de l'assistance juridique pour les pays africains, en y participant à hauteur de 15 millions d'euros.

2/ Pierre Moscovici a demandé à des personnalités représentatives de former une mission dont l'objectif est de refonder les liens économiques qui unissent la France et l'Afrique, et de trouver les moyens de les activer, dans l'intérêt commun. Hubert Védrine, Lionel Zinsou, Jean-Michel Sévérino et Hakim El Karoui ont accepté de se joindre à cette mission. Il a été proposé à Tidjane Thiam de les rejoindre.

3/ Pierre Moscovici a salué l'étude de la FERDI sur les gains attendus de l'intégration économique régionale des pays africains de la Zone Franc. Pour identifier les actions concrètes qui permettront de réaliser ce potentiel, un groupe de travail a été créé. Il proposera dès la prochaine réunion des représentants de la Zone franc des mesures propres à renforcer cette intégration.

Enfin, Pierre Moscovici a fait de cet anniversaire le point de départ d'une redéfinition des relations entre la France et l'Afrique, comme l'a souhaité le président de la République Elle se fera autour d'un partenariat équilibré et mutuellement bénéfique, en privilégiant un modèle centré sur le partage de la création de richesses, la valorisation des flux, et la recherche de retombées mutuellement bénéfiques en termes de dynamisme économique et d'emplois./.

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7. Inde/Relations économiques bilatérales - Communiqué du ministère du commerce extérieur - Paris, 5 octobre 2012

 

Mme Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur et Kamal Nath, ministre indien du développement urbain ont signé aujourd'hui un accord intergouvernemental dans le domaine du développement urbain durable.

Cet accord prévoit :

- Une collaboration renforcée dans les domaines du transport public collectif (tramways, métros), de l'approvisionnement en eau, du traitement des déchets, de l'habitat vert et de l'urbanisme, en mettant plus particulièrement en avant l'association du public et du privé pour la mise en oeuvre de tels projets ;

- La mise en place d'un groupe de travail bilatéral, qui associerait également les collectivités locales ;

- La préparation d'un programme d'actions annuel.

La France et l'Inde sont déjà pleinement et concrètement engagées dans ces thématiques et plus de 2,5 millions d'euros de dons du Trésor français ont été mobilisés pour la réalisation d'études en amont de projets dans le domaine de l'environnement et des transports urbains. Les deux ministres se sont d'ailleurs félicités des succès récents remportés par deux entreprises françaises (Suez Environnement et Veolia) dans la distribution de l'eau en Inde.

Pour Nicole Bricq «La signature de cet accord est une étape importante pour le renforcement des relations économiques entre nos deux pays. Nous disposons d'entreprises performantes en matière de service aux collectivités et de nombreux marchés sont à notre portée quand on sait qu'à l'horizon 2030, la population urbaine indienne devrait représenter plus de 600 millions de personnes. L'une de mes priorités sera de structurer une offre commerciale française complète en matière de ville durable (urbanisme, éco-construction, mobilité durable), associant grands groupes et PME, qui pourra notamment répondre aux nouveaux besoins des métropoles indiennes»./.

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8. Point de presse du porte-parole du ministère des affaires étrangères - Entretien de M. Laurent Fabius avec M. Ban Ki-moon - Entretien de M. Laurent Fabius avec M. Eamon Gilmore - Remise diplômes du MBA International Paris - Somalie - Philippines - Syrie - Venezuela - Malte - Paris, 8 octobre 2012

 

Au point de presse de ce jour, le porte-parole du ministère des affaires étrangères a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Entretien de M. Laurent Fabius avec M. Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies

M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, reçoit aujourd'hui au Quai d'Orsay, M. Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies.

M. Ban Ki-moon se rend à Paris à l'occasion du 190è Conseil exécutif annuel de l'UNESCO qui se tient le 9 octobre. Il fera une déclaration devant les délégués permanents.

Le secrétaire général des Nations unies s'entretiendra également avec le président de la République, le Premier ministre et le ministre des affaires étrangères des principaux sujets internationaux.

2 - Entretien de M. Laurent Fabius avec M. Eamon Gilmore, vice-Premier ministre et ministre des affaires étrangères d'Irlande (Paris, 9 octobre 2012)

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, recevra le 9 octobre 2012 au Quai d'Orsay son homologue irlandais, M. Eamon Gilmore.

Alors que l'Irlande s'apprête à exercer la présidence du Conseil de l'Union européenne au premier semestre 2013, cet entretien sera l'occasion pour nos deux pays de réitérer notre attachement à la pleine mise en oeuvre des décisions prises par le Conseil européen des 28 et 29 juin derniers pour la relance et la sortie de crise.

Les deux ministres évoqueront également les autres enjeux européens, notamment la situation dans la zone euro, le projet d'Union bancaire, les négociations en cours sur le cadre financier pluriannuel pour la période 2014-2020 et l'élargissement de l'Union européenne.

Dans la perspective du Conseil Affaires étrangères du 15 octobre prochain, les deux ministres discuteront par ailleurs des principales questions internationales, notamment la Syrie, l'Iran et la situation au Sahel.

3 - Laurent Fabius remettra, le 10 octobre, les diplômes du MBA International Paris à 250 cadres francophones.

À la veille de son départ pour Kinshasa où il participera au Sommet de la Francophonie, M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, remettra le 10 octobre dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne les diplômes du MBA International Paris à 250 futurs cadres francophones.

Le MBA International Paris, né de la volonté conjointe de l'Université Paris I Panthéon Sorbonne et de l'Université Paris Dauphine, est un programme de deux ans qui a pour vocation de former des cadres à fort potentiel en partenariat avec sept institutions universitaires de renom dans le monde. Il a déjà contribué à former près de 1500 cadres dans les pays francophones.

C'est la première fois, depuis la création de ce programme en 1998, que sont conviés à une cérémonie de remise des diplômes commune les lauréats des sept zones où est dispensée la formation (Algérie, Égypte, Liban, Maroc, Océan Indien, Sénégal, Tunisie).

4 - Somalie : nomination d'Abdi Farah Shirdon Said au poste de Premier ministre

La France salue la nomination de M. Abdi Farah Shirdon Said au poste de Premier ministre de la Somalie, le 6 octobre.

Nous lui présentons tous nos voeux de réussite dans sa mission au service de la Somalie et du peuple somalien.

La France relève avec satisfaction la détermination des nouvelles autorités à rétablir l'État de droit et la sécurité dans le pays, afin de relancer l'économie et de promouvoir la réconciliation.

Désireuse de poursuivre et de renforcer son dialogue politique avec les autorités somaliennes, la France appelle de ses voeux la mise en place prochaine d'un gouvernement de large ouverture.

5 - Philippines - Accords de paix entre le gouvernement philippin et le front moro islamique de libération (MILF)

La France salue l'accord-cadre auquel sont parvenus, le 7 octobre, le gouvernement de la République des Philippines et le Front islamique de libération moro (MILF).

Cet accord-cadre représente une étape importante vers l'établissement durable de la paix dans la région de Mindanao.

Nous saluons également le rôle de facilitation joué par la Malaisie, comme médiateur des négociations, ainsi que celui de l'équipe internationale de surveillance déployée à Mindanao.

Enfin, la France rappelle les efforts de l'Union européenne pour contribuer au développement de la province de Mindanao.

6 - Syrie

Q - Bonjour. Hier, le ministre turc des affaires étrangères a indiqué que le vice-président syrien Farouk al-Chareh «est un homme de raison» et pourrait remplacer Bachar al-Assad à la tête d'un gouvernement de transition en Syrie pour arrêter la guerre civile dans le pays. Est-ce que la France en est d'accord ?

R - Il appartient au peuple syrien de choisir ses dirigeants.

Le peuple syrien exprime depuis 19 mois son rejet du régime de Bachar al-Assad, qui réprime dans le sang une contestation à l'origine pacifique. C'est la raison pour laquelle la France appelle Bachar al-Assad à quitter le pouvoir, afin de permettre la mise en place d'un processus de transition qui réponde aux aspirations légitimes du peuple syrien à la liberté et à la démocratie.

De même, la France encourage l'opposition syrienne à s'unir et à s'engager dans la formation d'un gouvernement provisoire inclusif et représentatif de toutes les composantes de la société syrienne, respectueux des droits de l'Homme et des minorités. Comme l'a indiqué le président de la République, la France reconnaîtra ce gouvernement lorsqu'il sera formé.

7 - Venezuela

Q - Une réaction à la réélection de Chavez ?

R - Nous nous exprimerons plus tard dans la journée.

8 - Malte - Sommet des 5+5

Q - François Hollande et Laurent Fabius se sont rendus à La Valette pour le sommet des 5+5. Quels ont été les sujets évoqués ?

R - Le sommet du dialogue 5+5 s'est tenu à Malte le 5 octobre. Ce forum qui réunit cinq pays du nord de la Méditerranée (Espagne, Malte, Portugal, Italie, France) et cinq pays du sud de la Méditerranée (Tunisie, Maroc, Algérie, Mauritanie, Libye) constitue un cadre souple et informel de dialogue entre les deux rives de la Méditerranée depuis sa création en 1990.

Le président de la République, M. François Hollande, et le ministre des affaires étrangères, M. Laurent Fabius, ont participé à ce sommet. Ils y ont rappelé l'attachement de la France à cette instance de dialogue et de coopération.

Les chefs d'État et de gouvernement du dialogue 5+5 ont exprimé, dans leur déclaration finale, leur engagement à renforcer la coopération économique entre la rive nord et la rive sud de la Méditerranée, à lutter contre les migrations irrégulières et à renforcer la lutte contre la contrebande et le trafic des êtres humains.

Les pays membres du dialogue 5+5 ont indiqué qu'ils restaient «collectivement engagés» en vue du renforcement des capacités institutionnelles, humaines et techniques visant à prévenir les migrations irrégulières.

Afin de faire de la Méditerranée un espace de prospérité partagée, ils se sont engagés à renforcer les politiques concertées en matière d'énergie, d'environnement, de transports, d'infrastructures et de sécurité alimentaire.

Les pays membres ont également appelé au renforcement des synergies entre les organisations internationales et les enceintes de dialogue existantes en Méditerranée (5+5, Union pour la Méditerranée, Politique européenne de voisinage, Union du Maghreb arabe, partenariat de Deauville).

Ils ont enfin évoqué la crise syrienne, la situation au Mali et le processus de paix au Proche-Orient./.

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9. Algérie/Décès de Chadli Bendjedid - Déclaration du porte-parole du ministère des affaires étrangères - Paris, 6 octobre 2012

 

C'est avec tristesse que nous avons appris le décès, annoncé aujourd'hui, de l'ancien président, M. Chadli Bendjedid.

La France salue la mémoire de celui qui a dirigé, pendant treize années, la République algérienne démocratique et populaire et qui, à ce titre, a instauré le multipartisme dans son pays.

Dans ces circonstances, la France souhaite exprimer ses sincères condoléances à la famille du président Bendjedid et assurer le président Abdelaziz Bouteflika et le peuple algérien de toute sa sympathie./.

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