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Bulletin d'actualités du 27 septembre 2012


Sommaire



1. 67e Assemblée générale des Nations unies - Conférence de presse du président de la République, M. François Hollande - New York, 25 septembre 2012

 Je voudrais d'abord vous présenter toutes mes excuses pour le retard, qui n'est pas imputable à ma seule volonté puisque le discours que je devais prononcer vers 12h, 12h30, ne l'a été qu'à l'instant, ce qui a retardé autant notre rendez-vous. Je suis là depuis hier soir. Mon premier rendez-vous a été avec le Secrétaire général des Nations unies avec lequel j'ai diné en compagnie des ministres qui m'accompagnent, en premier lieu, Laurent Fabius.

Déjà, hier soir, nous avons évoqué les trois grands sujets, la Syrie, l'Iran et le Sahel. Dans mon intervention, je voulais y revenir en mettant en évidence le rôle des Nations unies, qui parfois nous permet d'avancer, nous le verrons sur le Sahel, parfois nous aide à faire pression, nous pouvons le dire pour les sanctions qui devront de nouveau être décidées à l'égard de l'Iran. Mais aussi, un Conseil de sécurité, qui, bloqué, ne permet pas de prononcer les décisions qui sont attendues pour la Syrie. Ce qui renvoie à la question de la réforme des Nations unies qui est un vieux thème, un vieux débat mais dont nous voyons bien l'actualité. À la fois, il nous faut élargir le Conseil de sécurité, le rendre plus représentatif de la réalité du monde et en même temps, mettre les membres permanents devant leur propre responsabilité.

Je voulais aussi, et cette tribune m'en a fourni l'occasion, lancer un appel pour le développement. La France a donc pris plusieurs initiatives.

La première, c'est de se rendre disponible pour la conférence qui pourrait trouver les décisions les plus importantes sur le climat. C'est prévu en 2015.

La deuxième initiative, c'est sur les financements innovants. Car, de la même manière, qu'UNITAID a été capable de mobiliser des fonds, grâce à la taxe sur les billets d'avion, dont le mérite revient à Jacques Chirac, nous pouvons penser que la taxe sur les transactions financières, celle sur laquelle les Européens, pas tous, mais suffisamment pour une coopération renforcée et l'alliance entre la France et l'Allemagne ayant parfaitement fonctionné, pourrait être l'instrument qui servirait à financer le développement et aussi la lutte contre les pandémies et les fléaux sanitaires.

Enfin, je voulais insister sur plusieurs sujets, dont il n'est pas fait suffisamment mention, y compris aux Nations unies. Le premier sujet, c'est le trafic de drogue. Nous ne partons pas de rien. Il y a eu un certain nombre de décisions qui ont été prises, qu'on appelle le «pacte de Paris». Mais, nous devons aller beaucoup plus loin dans la lutte contre les trafics qui déstabilisent certains États. États producteurs, je ne vais pas les citer, vous les connaissez, mais également États de transit, et cela renvoie à la question du Sahel. Au Sahel, les terroristes font à la fois du trafic de drogue, du trafic d'armes et parfois d'autres trafics. La lutte contre les trafics, trafic de drogue, trafic d'armes, doit être une grande préoccupation pour le monde et, en tout cas, une priorité pour la France.

J'ai également évoqué la protection des libertés fondamentales et notamment la peine de mort, l'abolition de la peine de mort, qui reste un enjeu pour la France, qui doit être porté. Cela ne vise pas que les pays les plus pauvres. Puis, la dépénalisation de l'homosexualité parce que nous ne pouvons pas accepter qu'il y ait, là-encore, un certain nombre de législations qui sont une atteinte aux droits de la personne humaine.

Voilà les principaux sujets que je souhaitais rappeler pour ouvrir cette conférence de presse. Je suis à votre disposition pour les questions.

Q - Bienvenue, Monsieur le Président. Vous venez de nous dire que la France sera en mesure de reconnaître le gouvernement provisoire de la Syrie. Le Qatar a proposé une zone d'exclusion aérienne. Est-ce que c'est l'un des deux premiers pays avec lequel vous souhaitez prendre contact dans le cadre de la réunion avec les amis de la Syrie à la fin de la semaine ?

R - Sur la Syrie, la France a été l'un des premiers pays à souhaiter que puisse être formé un gouvernement alternatif, rassemblant toutes les composantes qui sont, aujourd'hui, engagées dans la lutte contre le régime. Cette idée, qui n'a pas au départ été reçue comme il convenait, parce qu'il y a beaucoup de groupes, est à mon sens une stimulation à ce que cela aille beaucoup plus vite et que puisse être constitué ce gouvernement avec des personnalités représentatives et l'une d'entre elles pouvant être chef de gouvernement. Ce serait un puissant moyen y compris au Conseil de sécurité, par rapport à des pays qui aujourd'hui défendent non pas le régime mais le statu quo en pensant qu'il pourrait y avoir un risque après l'effondrement d'Assad. Ce serait la preuve que nous pourrions apporter qu'il y a une solution pour l'après Assad.

Deuxièmement, avec qui travailler ? Avec tous, c'est-à-dire avec ceux, qui amis de la Syrie - je rappelle que nous les avons réunis au début du mois de juillet, Laurent Fabius en avait pris l'initiative. Il y aura d'autres réunions des amis de la Syrie, nous y serons - et nous devons prendre tous les pays qui veulent concourir à cette formation d'un gouvernement alternatif.

Je m'en suis également entretenu avec le président Morsi puisque vous savez qu'il y a eu une initiative à quatre, qui a été prise, Arabie Saoudite, Iran, Turquie et Égypte. Là-aussi, nous lui avons dit que nous pensons que c'est une bonne initiative mais qui doit s'ajouter à d'autres.

Q - Vous avez souhaité que l'ONU protège les zones libérées par l'opposition. Pouvez-vous préciser ce que vous souhaitez ? Qu'entendez-vous par cette protection ? S'agirait-il d'une intervention militaire ? Et de quel ordre ?

R - Il y a aujourd'hui des zones libérées aussi bien au Nord qu'au Sud, qui sont quelquefois d'ailleurs occupées par l'opposition armée, l'armée de libération syrienne, quelquefois aussi refuges pour ceux qui ont été déplacés. Nous voulons que l'ONU puisse assurer la sécurité de ces zones. Là-encore, cela relève du Conseil de sécurité mais nous considérons que c'est à la fois nécessaire pour protéger les populations mais également un moyen pour permettre qu'il puisse y avoir un processus de transition politique.

Sur cette conception des zones libérées, nous continuons à travailler. Là encore, j'ai reçu le Roi de Jordanie, qui m'a alerté sur les risques sanitaires considérables dans les prochaines semaines parce qu'une partie de la population, plutôt au sud de Damas, pourrait être privée d'eau, d'électricité durant l'hiver. Et donc, nous voyons bien l'urgence. Nous avons été les premiers, la France, à nous engager dans l'aide humanitaire. Je rappelle ce que nous avons fait justement en Jordanie, en déployant un hôpital de campagne. Nous voulons d'autant plus évoquer les zones qui pourraient être effectivement protégées qu'il s'agit d'assurer aussi aux réfugiés, à ceux qui pourraient être privés d'eau, d'électricité les moyens de subsistance dans les prochaines semaines.

Q - Monsieur le Président, le Mali fait partie de vos priorités. Vous venez de le rappeler. Vous soutenez l'initiative des Africains pour mettre en place une force afin de permettre au Mali de retrouver sa souveraineté sur l'ensemble de son territoire, de lutter contre les groupes djihadistes. Vous êtes-vous fixés une ligne rouge, des limites dans l'aide que la France pourrait apporter à ces efforts militaires. On nous parle pour l'instant d'une aide logistique. Êtes-vous prêt à aller au-delà pour lutter contre une menace qui vise directement la France ? Êtes-vous prêt en somme à mettre des hommes sur le terrain pour parvenir à cet objectif ?

R - Le Mali, c'est le sujet sur lequel avec le gouvernement j'ai eu à connaître dès mon arrivée aux responsabilités. L'occupation du Nord était déjà un fait mais elle s'est structurée. Il s'est trouvé que pendant plusieurs semaines, il y avait, compte tenu du coup d'État qui s'était produit, des divisions au sein de la société politique malienne, une impossibilité d'agir malgré nos efforts. Nous venons de franchir une étape très importante grâce à l'action que nous avons pu mener avec d'autres, c'est que le président et le Premier ministre maliens ont envoyé une lettre saisissant officiellement la CEDEAO de l'intervention souhaitée par le Mali pour reconquérir le Nord.

Demain, nous aurons donc une réunion autour du Secrétaire général des Nations unies pour organiser justement ce que pourrait être la réponse. Ce sont les Africains qui, à travers l'Union africaine, à travers la CEDEAO, décideront de cette opération, non pas de son opportunité, c'est acquis, faudra-t-il encore qu'il y ait une résolution du Conseil de sécurité sur laquelle nous commençons à travailler. Il y en avait déjà une première et nous en préparons une seconde.

Après vous m'interrogez sur ce que serait le soutien de la France. Ce sera un soutien d'abord politique, ce sera un soutien logistique, ce sera un soutien matériel mais c'est aux Africains de mener l'intervention et la reconquête du Nord.

Q - Concernant la Syrie, vous parlez d'une protection de l'ONU des zones libérées. L'Émir du Qatar parle d'une force arabe d'intervention et des zones d'exclusion. Est-ce que vous avez parlé avec le Qatar ? Est-ce qu'il y a une concertation là-dessus ? Un deuxième point, sur les sanctions de l'Iran, que vont apporter les nouvelles sanctions ?

R - Nous parlons bien sûr avec le Qatar mais pas qu'avec le Qatar. Nous parlons avec tous ceux qui ont vocation à permettre de protéger la population. J'ai évoqué la Jordanie. J'ai parlé de la Turquie. Nous parlons avec le Liban mais ça doit être dans le cadre des Nations unies que nous pourrions engager cette protection. Vous avez vu que, tout à l'heure, j'ai fait référence à une décision de l'ONU par rapport à la protection des civils. Ce pourrait être envisagé aussi dans ce cadre-là car il s'agit de civils. C'est à l'ONU et à tous ceux qui sont les amis de la Syrie d'y travailler pour que nous puissions assurer cette protection des zones libérées.

Pour l'Iran, les sanctions existent, elles peuvent et doivent même être renforcées. Dès lors que l'Iran ne se résout pas à nous donner les informations, voire même, continue ses programmes d'enrichissement, les sanctions doivent donc être encore élevées, non pas, comme je l'ai dit tout à l'heure, pour punir le grand peuple iranien mais pour contraindre les dirigeants à revenir à la table des négociations. Parfois, il est dit que les sanctions n'ont pas de conséquences. Aujourd'hui les chiffres qui nous sont donnés évaluent à peu près à 50 milliards d'euros ces conséquences. Ça a des effets, pas encore ce que nous escomptons mais nous irons jusqu'au bout, parce que si nous renoncions à prononcer des sanctions supplémentaires, cela voudrait dire quoi ? Cela voudrait dire que l'Iran pourrait continuer son programme ? Mais si l'Iran continue son programme, c'est un risque d'accès à l'arme nucléaire. Chacun sait que cela ne sera pas accepter donc c'est un risque de guerre. Les sanctions, c'est ce qui nous permet justement de revenir à la négociation.

Q - Au sujet du Mali, est-ce que le soutien à une intervention militaire fait peser encore plus de risques sur les otages français ? Est-ce que cette intervention est aussi un message adressé aux ravisseurs, à savoir que la France ne serait pas prête à céder à toutes les revendications pécuniaires ?

R - Les otages, hélas, sont retenus depuis plus de deux ans, c'est-à-dire avant même qu'il y ait eu l'occupation par des forces terroristes du nord Mali. Ensuite, nous considérons que la nécessité de libérer nos otages ne doit pas passer par le renoncement à assurer l'intégrité du Mali. C'est la raison pour laquelle nous ne ménageons aucun effort pour retrouver nos otages et en même temps nous assurons nos obligations internationales de lutte contre le terrorisme et de lutte également contre l'occupation d'un État, d'une partie d'un État, par des groupes qui se disent eux-mêmes fondamentalistes.

J'ai reçu donc, vous le savez, les familles des otages et c'est le langage que je leur ai tenu en disant que nous ferions tout pour libérer nos ressortissants.

Q - Monsieur le Président, pour revenir à la protection des zones libérées, concrètement comment on les protège ces zones libérées, est-ce que cela veut dire qu'il faut une zone d'exclusion aérienne, que les Nations unies sont en train d'y réfléchir ? Qu'est-ce que cela veut dire soutenir logistiquement ceux qui tiennent les zones libérées ?

R - D'abord, nous avons maintenant une évaluation de la situation en Syrie, c'est-à-dire qu'il y a une situation différente peut-être de ce qui existait il y a quelques semaines ou quelques mois. Des parties du territoire syrien sont maintenant aux mains des opposants ou ont été reconquises par la population ou desquelles les autorités de Damas se sont retirées. Nous avons cette connaissance du territoire et nous devons donc commencer à protéger ces zones. Cela se fera par soutien logistique, vous l'avez dit, est-ce que cela peut se faire par exclusion aérienne, pour l'instant, nous n'en sommes pas encore là mais nous y travaillons avec nos partenaires pour que nous puissions le faire avec efficacité.

Q - Monsieur le Président, je voulais revenir à une autre question. Le président Obama a condamné très fermement la vidéo anti-islam qui a provoqué les terribles incidents que l'on connait. Mais il a dit également, que la Constitution américaine garantissait la liberté de la presse et d'expression. J'aurai voulu savoir un peu votre sentiment sur ces mots et ces paroles du président Obama et quelle est votre position ?

R - Je les ai approuvé, ces mots, parce qu'ils étaient ceux du président Obama, président des États-Unis mais pouvaient l'être de tous les chefs d'État et de gouvernement qui, dans une démocratie, doivent faire respecter la liberté de la presse et en même temps veiller à ce que aucune personne ne se sente agresser dans nos pays respectifs pour sa religion ou pour ses convictions.

Alors nous n'avons pas les mêmes règles selon les pays. Nous, c'est la laïcité qui nous permet justement d'assurer ce respect. Il a eu aussi cette formule que j'ai trouvée juste, c'est que circulent des images, des films par de multiples canaux, par la technologie sans qu'il soit besoin de faire porter la responsabilité sur des États.

C'est ce que nous devons chaque fois rappeler, la liberté de la presse c'est le fait que ceux qui sont journalistes, qui sont caricaturistes peuvent faire les choses sans demander l'autorisation. Mais je dois dire que, pour la France, alors même qu'il y a eu un débat sur ce sujet, nous avons vu la maturité avec laquelle les représentants du culte musulman ont réagi en France. L'échec de toutes les manifestations, d'ailleurs interdites, l'a démontré.

Q - Monsieur le Président, je suis journaliste au New York Times. Vous avez dit deux fois déjà que c'est au Conseil de sécurité de garantir la sécurité dans les zones libérées de la Syrie mais l'ONU et notamment le Conseil de sécurité n'est pas parvenu à se mettre d'accord sur quoi que ce soit pour la Syrie depuis 18 mois. Comment les membres du Conseil vont-ils surmonter leur différend pour autoriser ce type de protection ?

R - Si nous ne sommes pas parvenus à prendre de décision jusque-là, c'est parce que deux pays notamment ont bloqué trois fois par l'utilisation du veto. Donc nous devons nous y prendre différemment. Cela ne veut pas dire, ne pas revenir le moment où nous le jugerons nécessaire devant le Conseil de sécurité, mais ça veut dire assurer la protection des civils, ce que l'Assemblée générale peut également souhaiter. Et puis, il y a ce que les voisins aussi peuvent faire parce qu'ils sont directement concernés, et nous ce que nous pouvons leur apporter comme aide sous toutes les formes.

Q - Monsieur le Président sur le conflit israélo-palestinien, on sait que le président palestinien Mahmoud Abbas va demander à l'ONU jeudi de reconnaitre la Palestine comme État non membre observateur à l'ONU. Comment la France juge-t-elle cette demande ? Quelle est la position de la France ? Est-ce que la France va jouer un rôle plus important pour relancer les négociations entre les Palestiniens et Israël ?

R - D'abord, je ne sais pas quand Mahmoud Abbas va faire cette demande. Je le vois cet après-midi, donc j'en saurai davantage. S'il allait dans ce sens, cela ne pourrait être qu'après l'Assemblée générale, donc cela prendra du temps et tout dépendra de la résolution qu'il soumettra. Je pense que rien ne doit empêcher la négociation. C'est cela l'objectif de la France. C'est de faire qu'il puisse y avoir de nouveau la reprise du processus qui est arrêté.

Comment ? D'abord en soutenant l'Autorité palestinienne y compris sur le plan financier puisqu'elle est dans un état très dégradé, non pas de son fait mais compte tenu d'un certain nombre de retraits de dons. Deuxièmement en faisant en sorte qu'il puisse y avoir du côté israélien la levée d'un certain nombre de préalables. Les Palestiniens ont eux-mêmes levé des préalables. Je continuerai de leur dire, il faut que cette négociation se fasse sans préalables.

Enfin, il y aura un certain nombre d'initiatives qui seront prises, j'imagine après les élections américaines.

Q - Vous préférez Mitt Romney ou Barack Obama ?

R - A votre avis ?

Q - Est-ce que vous êtes sensible au fait que Mitt Romney dans ses meetings de campagne ne cesse de critiquer l'Europe socialiste ?

R - Oui, c'est pour cela que je me garderai bien de dire quoi que ce soit. Car vous imaginez, si un socialiste soutenait un des deux candidats, ce qui pourrait lui en coûter. Si je me retenais, je pourrais soutenir Mitt Romney. Je ne le ferai pas pour autant.

Q - Dernière question, Monsieur le Président. Désapprouvez-vous quand même le fait que Barack Obama, aujourd'hui lors de son séjour à New York, n'ai vu aucun des dirigeants de la communauté internationale. Avez-vous quelque chose à dire là-dessus ?

R - Non, je pense que chacun a bien compris. Barack Obama est en campagne. Il est venu faire un discours et un discours qui correspondait à l'attente qui était portée sur les États-Unis dans cette période et nous aurons l'occasion d'autres rencontres. Ce qui compte c'est de pouvoir le voir après le mois de novembre, j'imagine.

Q - Votre ambassadeur pour la Syrie est passé à la radio la semaine dernière. Il a dit que vous lui avait donné instruction de se mettre en contact avec les rebelles dont les insurgés. Et sur cela, il a dit qu'une possibilité serait d'armer les rebelles à long terme. Il n'a pas donné le contexte mais que c'était évalué par la France. Dans quel contexte cela pourrait se passer ?

R - De quel ambassadeur parlez-vous ? Il peut y en avoir plusieurs.

Q – M. Chevalier, l'ancien ambassadeur en Syrie.

R - Sur les armes, vous savez quelle est notre position. Il y a un embargo. Nous le respectons. En revanche, nous fournissons du matériel non létal. Nous l'avons dit et nous faisons en sorte que ceux qui livrent des armes, parce qu'il y en a, au régime syrien, puissent être dénoncés et empêchés.

Q - Vous allez voir le Premier ministre libanais. Est-ce que cela vous inquiète encore que l'Iran aide, via le Hezbollah, le conflit syrien à s'étendre au Liban ? Et qu'est-ce que vous allez lui dire ?

R - Cette question est effectivement liée à la précédente. Il est clair que nous avons tous les éléments de preuve que l'Iran intervient par des moyens matériels, par des moyens humains en Syrie et c'est inacceptable. Je vais voir le président et cela n'a de sens que par rapport à cette réflexion générale. Je vais voir le Premier ministre libanais. J'avais déjà rencontré le président et la volonté de la France, c'est que le Liban soit protégé autant qu'il est possible de ce conflit parce qu'il pourrait y avoir effectivement des intérêts de la part du régime syrien, de déstabiliser le Liban. Pour l'instant, tel n'a pas été le cas ou plus exactement les Libanais ont su répondre de la meilleure des façons. Je soutiendrai donc tous les efforts du président libanais, du Premier ministre libanais y compris de son opposition pour que cet esprit d'unité nationale soit préservé.

Q - Vous avez parlé des réactions au film et aux caricatures. L'année dernière, tous les États membres, notamment la France, ont signé une résolution selon laquelle il devrait y avoir des dispositions juridiques qui sanctionnent l'incitation à la violence criminelle. Que peut-on faire pour alléger les tensions ? Pourrait-on être plus sensible aux demandes des dirigeants musulmans à travers le monde d'arrêter ce mouvement ?

R - Nous devons surtout faire la distinction entre ce qui relève de la presse, de sa liberté, de la caricature qui peut toucher toutes les convictions, de ce qui est l'incitation à la haine et à la violence. C'est la confusion qui serait extrêmement dangereuse et qui ne rendra service à personne. Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas déplorer parfois certains excès. Mais ce qui est très important c'est de pouvoir éclairer les peuples, quelle que soit leur religion ; sur ce que sont les règles dans une démocratie et qui sont en définitive une protection pour tous. C'est cette séparation-là qu'il faut bien établir. En revanche, l'incitation à la haine, l'appel à la violence, l'intolérance, les manifestations qui viennent, y compris dans nos pays, mettre en cause les biens, voire les personnes, cela ne peut pas être toléré, accepté. Je pense que les pays de la transition démocratique, dont j'ai parlé, ont eu des réactions qui ont été bien comprises comme étant justement de ne pas céder à ces provocations, comme ce qui s'était passé en Libye.

Je veux saluer d'ailleurs les autorités libyennes qui ont, hélas, après les drames, les tragédies de Bengazi, justement lutté davantage contre les groupes terroristes ou les groupes qui avaient pu avoir quelques influences sur ce qui s'était passé à Bengazi.

Q - C'était votre premier discours à l'Assemblée générale des Nations unies. Qu'avez-vous ressenti, comment l'avez-vous vécu ? D'autre part, vous êtes à New York à l'étranger, loin de la France pendant une semaine compliquée dans l'hexagone, non seulement les chiffres du chômage, le cap des 3 millions de chômeurs est franchi demain, le budget est annoncé vendredi, comment vivez-vous ce séjour ?

R - Je veux d'abord vous rassurer, je vais revenir en France. Je ne vais pas m'installer ici plus de deux jours et demi, trois jours et je serai donc de retour dès jeudi matin pour préparer la présentation du budget vendredi et faire en sorte que toutes les mesures que nous avons déjà engagées, celles que nous préparons notamment pour l'emploi puissent être mise en oeuvre mais c'était très important que je vienne ici à New York pour ce discours. Qu'aurait-on pensé si je ne l'avais pas fait ?

En plus, c'était le premier discours puisque, je rappelle, je ne suis élu que depuis quatre mois. Je ne pouvais pas faire celui de l'année dernière mais je ferai celui de l'année prochaine. Il était très important que je vienne parce qu'il était essentiel que les pays membres de l'ONU sachent bien quelle est la position de la France.

Et en plus, je voulais faire plusieurs annonces. La première était sur le Sahel parce que cela peut être une traduction concrète de notre engagement et de notre travail en faveur de cette région d'Afrique.

La seconde était sur les financements innovants, je voulais que, à cette tribune des Nations unies, on entende bien quelle est notre priorité et comment nous voulons financer le développement. C'est à la fois une tradition française, j'ai rappelé ce qui avait été engagé par mes prédécesseurs et c'est une volonté que je porte à travers, non seulement, la taxe sur les transactions financières mais son affectation pour le développement et pour la lutte contre les fléaux sanitaires.

Pour le reste, vous savez, dans les fonctions qui sont les miennes, il y a une partie, sur la diplomatie, sur la vie internationale, sur la défense, à laquelle je consacre le temps nécessaire, c'est un temps utile parce que la France doit être présente à travers le monde. Cela ne me dispense pas de faire mon devoir pour conduire la politique de la France. J'ai fixé le cap du redressement, nous avons l'obligation, j'y reviendrai, de redresser l'économie, la compétitivité et les comptes publics. Cela doit être le fil conducteur avec l'attention qui est la mienne, pour améliorer la vie de nos concitoyens. C'est-à-dire que je ne fais rien qui puisse me détourner de cet objectif. C'est cela le sens du mandat qui est le mien. Mais j'aurai l'occasion, en revenant dès jeudi en France, de répondre à toutes vos questions sur la politique intérieure.

Q - Au sujet de ce que vous avez dit au sujet du Conseil de sécurité, vous avez parlé de l'Allemagne, du Japon, de l'Inde et du Brésil qui méritent d'y siéger. Vous avez parlé aussi de pays d'Afrique qui devraient y siéger. Avez-vous une idée des pays qui devraient devenir membre permanent ? Le président d'Égypte que vous venez de rencontrer a eu des mots très vifs contre le Conseil de sécurité à Téhéran il y a quelques jours. Il a dit qu'il ne représentait pas le monde. Quelle est votre réponse à cela ?

R - Je l'ai dit, le Conseil de sécurité, dans sa forme actuelle, n'est pas conforme à ce que le monde est aujourd'hui. De nouvelles puissances économiques sont apparues. Il y a des pays qui représentent des populations très importantes. Il y a des continents qui demandent à prendre leur place. Donc la réforme du Conseil de sécurité est plus que jamais à l'ordre du jour.

J'ai cité les quatre pays qui ont fait la demande depuis longtemps et que la France a toujours soutenus, j'ai évoqué l'Afrique qui demande deux membres permanents. Nous voyons bien aussi les contraintes. On ne va pas faire du Conseil de sécurité la réplique de l'Assemblée générale. Cette discussion doit avoir lieu. Cette réforme de l'ONU est très importante. Est-ce que nous pouvons arriver tout de suite à l'objectif ? Est-ce qu'il n'y a pas des phases transitoires, des rotations ? Tout doit être mis sur la table. Le pire est d'en rester à ce que nous connaissons aujourd'hui.

Q - Monsieur le Président, le premier producteur mondial de pétrole, l'Arabie saoudite est dans notre camp, avec l'Occident donc, dans la crise iranienne. Les Iraniens leur font peur dans la crise syrienne. Mais dans le même temps les Saoudiens jouent depuis très longtemps un double jeu en soutenant financièrement des mouvements islamiques, des mouvements salafistes qui sont en guerre contre l'Occident, contre Israël, contre les États-Unis. Est-ce qu'il n'est pas temps de dire aux Saoudiens leurs quatre vérités ?

R - Chaque fois que je rencontre des chefs d'État, de gouvernement, je les mets en garde par rapport à ce que peut être une attitude de complaisance à l'égard de mouvements dont nous ne pouvons pas être sûrs des intentions y compris sur la Syrie ou nous ne devons pas, au prétexte de soutenir les Syriens pour qu'ils se libèrent de Bachar al-Assad, faire immédiatement don de matériel qui pourrait ensuite se retourner contre les populations et contre les États. C'est un principe de vigilance absolue que nous avons posé auprès de tous nos interlocuteurs qui, quelque fois par rapidité, pourraient avoir ce réflexe.

Je l'ai dit aussi par rapport au Sahel parce que, parfois, il peut y avoir des causes humanitaires qui peuvent être utilisées par des mouvements, qui ensuite utilisent ces aides pour agir dans un sens qui est contraire à la paix. D'une manière générale, nous devons vraiment être intransigeants parce que ce qui se passe au Sahel, j'y reviens, ce n'est pas seulement la déstabilisation du Mali, c'est l'ensemble de la région. Il se trouve que cette région est une région où il y a des armes à la suite de ce qui s'est passé en Libye, où il y a de la drogue d'où l'importance de l'objectif que j'ai fixé de lutter contre les trafics, et où il y a des populations pauvres qui peuvent être tentées de se rallier à ces causes ou capturées pour servir de bouclier humain. Donc il y a absolument nécessité de mettre en garde les États qui veulent financer un certain nombre de causes.

Voilà, Mesdames, Messieurs, merci beaucoup pour toutes ces questions./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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2. Événement de haut niveau sur le Sahel - Intervention du président de la République, M. François Hollande - New York, 26 septembre 2012

 

Monsieur le Secrétaire général,

Je voudrais d'abord saluer l'initiative que vous avez prise de convoquer cet événement de haut niveau et la présence de nombreux chefs d'État, de gouvernement, de ministres témoignent bien de la lucidité de la communauté internationale face à la situation aujourd'hui au Sahel.

Ce qui se produit au Nord Mali n'est pas un défi pour les autorités de ce pays seulement, c'est une menace pour l'Afrique de l'Ouest et le Maghreb. C'est également un risque pour l'ensemble de la communauté internationale. Car quand un territoire grand comme la France est occupé par des groupes terroristes dont le but n'est pas simplement de contrôler une population, de la punir, de la soumettre, mais de constituer une base arrière pour mener des offensives de même nature terroriste sur les États de la région, alors nous sommes devant une menace qui concerne l'ensemble du monde.

C'est pourquoi le Conseil de sécurité a déjà commencé à agir. Cela a été le sens de la résolution 2056 adoptée en juillet sous chapitre VII. Mais il est temps maintenant de passer à la seconde étape.

Cette seconde étape est rendue possible par la volonté des autorités maliennes, et je les salue, de saisir aussi bien la CEDEAO, l'Union africaine - je salue son président - et l'ONU pour appeler la constitution d'une force de stabilisation de façon à pouvoir organiser la reconquête du Nord Mali. La France soutiendra pleinement cette initiative. Elle demande qu'il y ait donc au plus tôt une nouvelle convocation du Conseil de sécurité de façon à ce qu'une résolution, sous chapitre VII, permette d'organiser cette force et de la mettre en mouvement le plus rapidement possible.

Je sais qu'il peut y avoir encore la tentation de mener des négociations. Mais négocier avec qui ? S'il s'agit de forces politiques qui veulent prendre leur part dans la construction de l'avenir du Mali, soit. Mais négocier avec des groupes terroristes, il ne peut pas en être question.

Tout malentendu, toute perte de temps, tout processus qui s'éterniserait, ne pourrait faire le jeu que des terroristes. C'est pourquoi nous sommes convaincus maintenant que si, au lendemain de notre réunion, de l'événement que vous avez souhaité à haut niveau, le Conseil de sécurité prend cette résolution, alors les terroristes sauront qu'une opération se prépare, les autorités maliennes pourront reconstituer leurs forces et la CEDEAO et les Africains prendre toutes leurs responsabilités.

Voilà ce que je voulais dire sur le dossier sécuritaire. Parce qu'il est le préalable à tout, comment imaginer des opérations de développement, de soutien aux populations du Sahel s'il n'y a pas l'éradication du terrorisme dans cette partie-là de la région de l'Afrique ?

Nous sommes favorables en matière de développement à ce qu'il y ait une cohérence. À cet égard, la France adhère pleinement à la stratégie présentée par le Secrétaire général des Nations unies, qui vise à mobiliser l'ensemble des agences, des fonds, des programmes et des institutions financières relevant des Nations unies pour le Sahel. Je rappelle, M. Van Rompuy l'a fait avant moi, ce que fait déjà l'Europe et ce qu'ajoute la France par rapport à ses propres engagements. Nous devons d'ailleurs concevoir cette stratégie de développement bien au-delà du Mali mais pour l'ensemble des pays qui sont concernés, je pense notamment à la Mauritanie et au Niger.

Il y a une double urgence au-delà de ce que nous pouvons faire à moyen et long termes pour le développement.

La première urgence est de dominer la crise alimentaire, qui fait qu'au malheur du terrorisme s'ajoute le malheur de la pauvreté et de la faim. La France, là encore, s'impliquera pleinement dans le programme européen AGIR et nous souhaitons qu'il y ait une mobilisation de toutes les banques multilatérales pour que nous puissions agir encore davantage pour le développement rural.

La seconde urgence c'est par rapport aux personnes déplacées : plusieurs dizaines de milliers dans toute la sous-région. Là encore, la communauté internationale devra aider les États du Sahel à y faire face dans le cadre d'une démarche cohérente et en tenant compte des spécificités et des orientations choisies par chaque pays.

Je conclue. Notre responsabilité est d'agir sur deux fronts. Le premier : définir cette approche globale, cohérente pour le développement dans une perspective de moyen et long termes. Le second front - et je prends le mot à dessein - est de faire en sorte pour que nous puissions intervenir, que les Africains puissent intervenir. Car ce sont les Africains qui ont maintenant la clé, si nous savons les soutenir, les appuyer et leur donner tous les éléments de la légalité internationale. La France, en tout cas, ne restera pas inactive. Nous ne pouvons pas supporter ces mains coupées, ces femmes violées, ces enfants déplacés. Nous ne pouvons pas admettre que des monuments qui représentent des trésors de l'humanité soient mis en pièces. Nous ne pouvons pas accepter que le terrorisme puisse se structurer sur un territoire.

Donc la France appuiera toutes les initiatives et fera ensuite, après que la résolution du Conseil de sécurité ait donné la force de la légalité internationale, tout ce qu'elle peut sur le plan logistique pour soutenir les opérations qui sont prévues. Je salue également la décision du Secrétaire général d'envoyer un Représentant spécial.

À un moment la communauté internationale doit prendre ses responsabilités pour le Mali, pour le Sahel. Ce moment est venu./.

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3. Événement de haut niveau sur le Sahel - Conférence de presse du président de la République, M. François Hollande - extraits - - New York, 26 septembre 2012

 

Mesdames, Messieurs,

Ce matin, cet après-midi pour la France, s'est tenue une réunion très importante sur le Sahel qui a été initiée par le Secrétaire général et a mobilisé, d'une manière exceptionnelle, les chefs d'État et de gouvernements.

Cette réunion traduisait bien l'inquiétude de la communauté internationale par rapport à ce qui se joue au Sahel. Ce n'est pas seulement une affaire interne au Mali, ce n'est pas simplement une question qui concerne les États voisins, mais véritablement une menace sur l'ensemble du monde dès lors qu'un mouvement terroriste s'est structuré sur une partie d'un territoire, pour la première fois depuis longtemps, avec en plus des trafics de toutes sortes qui alimentent le terrorisme, trafic de drogues, trafic d'armes, dont certaines viennent de ce qui s'est produit en Libye il y a quelques mois. Le caractère exceptionnel, cela a été aussi de la part de beaucoup d'intervenants - je reviendrai sur ma propre déclaration - de considérer que le préalable devait être le retour à l'intégrité territoriale du Mali. Si des questions du développement doivent être traitées, et certaines dans l'urgence, notamment la crise alimentaire et la question des réfugiés, il ne peut pas être imaginable de différer la solution de retour à la sécurité au Mali.

Je suis donc intervenu dans ce sens pour demander une convocation, la plus rapide possible, du Conseil de sécurité pour engager le processus, au titre de ce qu'on appelle le chapitre 7 de la Charte, permettant l'autorisation d'une force de stabilisation qui pourrait être organisé par la CEDEAO et l'Union africaine et dont la France pourrait soutenir le déploiement, sur le plan logistique. Simplement sur le plan logistique, mais c'est le plus que nous pouvons faire, dès lors que c'est aux Africains et au Africains eux-mêmes d'organiser cette intervention.

Cette résolution du Conseil de sécurité offrirait donc un cadre légal à la mise en oeuvre d'une telle intervention.

Les autorités maliennes ont longtemps hésité à saisir la Communauté internationale, pour des raisons qui tenaient à la situation politique au Mali et à la volonté qui pouvait être la leur de régler par les autorités maliennes elles-mêmes la question. Le fait même que maintenant, le président et le chef du gouvernement aient pu saisir directement la CEDEAO, l'OUA et l'ONU, lève le dernier obstacle à l'intervention.

J'ai approuvé la désignation d'un envoyé spécial des Nations unies pour coordonner, non pas l'intervention, mais l'organisation de l'aide, du soutien et des politiques de développement des Nations unies dans la région.

Ce qui m'a frappé lors de cette réunion, c'est l'extrême clarté d'un certain nombre de chefs d'État et de gouvernement pour appeler la communauté internationale à prendre ses responsabilités. Je ne parle pas simplement de mon intervention ou de celle de la secrétaire d'État américaine, mais des chefs d'État ou de gouvernement les plus concernés : le Nigéria, le Sénégal, le Niger se sont pleinement impliqués dans ce processus. Je salue également la position du président de l'Union africaine et je sais ce qu'est la position du président de la CEDEAO. Voilà, une étape importante peut être franchie ! C'est à dire que cette Assemblée générale des Nations unies, à travers cet évènement qui avait été convoqué par le Secrétaire général, peut ouvrir un processus de retour à la sécurité dans la région du Sahel et un retour à l'intégrité du Mali.

La France, je le rappelle ici, je le confirme, prendra toutes ses responsabilités tout en laissant aux Africains la capacité, la légitimité de mener cette intervention.

Q - Monsieur le Président, certaines voix pensent que l'intervention est plutôt une question de mois, voire d'un an. Il y a notamment Herman Van Rompuy qui a parlé d'élections ; certaines personnes disent qu'il faut tenir des élections dans le pays avant une intervention. Est-ce que l'on est en train de parler de semaines, de mois ou d'un an ?

R - J'ai moi-même insisté sur le fait que toute perte de temps serait une complication supplémentaire. Qu'il y ait des négociations qui puissent continuer, entre des forces qui veulent prendre leur place dans le Mali de demain, je n'y vois pas de réserve et d'obstacle, mais il ne peut pas être question de négocier avec des terroristes. Donc, il ne peut pas y avoir de délais qui seraient demandés pour trouver des solutions qui ne peuvent pas, par définition, être cherchées avec des forces qui veulent diffuser le terrorisme, non seulement au Mali, mais dans toute la région.

Quant à l'organisation d'élections, souhaitable, nécessaire, elle ne peut intervenir que lorsque le Mali aura retrouvé son intégrité. Comment organiser des élections avec un Nord-Mali occupé par des mouvements terroristes et qui appliquent une loi qui n'est pas celle de la démocratie ? Le président Van Rompuy s'est impliqué dans ce qui est la responsabilité de l'Europe et à laquelle la France se joint, c'est-à-dire, le développement, le soutien humanitaire, la question de la crise alimentaire. Je pense qu'il a eu raison d'être dans une perspective de moyen terme. Mais je l'ai dit, le préalable, c'est le retour à l'intégrité du Mali.

Q - Monsieur le Président, sur les otages, vous avez justement dit hier, que la nécessité de libérer les otages ne devait pas empêcher le Mali de recouvrer sa souveraineté. Jusqu'où la France est prête à aller de mettre la vie de ses otages en danger ? Y a-t-il des négociations ? Où en est-on dans ce dossier ?

R - Sur les otages, la discrétion est sans doute la plus sage des précautions. J'ai reçu les familles des otages, il y a maintenant plusieurs jours, et déjà l'idée d'une intervention de la communauté internationale était dans tous les esprits. J'ai rappelé que la France ferait tout pour la libération de ses ressortissants. Dans cette vidéo diffusée dans des conditions que l'on sait, il y avait visiblement l'appel à des contacts. Nous utiliserons tous les contacts possibles mais nous ne pouvons pas conditionner notre position par rapport au Nord-Mali, par rapport à la question des otages. C'est finalement deux objectifs que nous devons poursuivre. Premier objectif : Obtenir leur libération. Cela fait maintenant deux ans que les quatre otages d'Arlit sont détenus. Il y en a deux autres, je le rappelle qui ont été également capturés, cela va bientôt faire deux ans. Je recevrai également les familles. C'est le premier objectif. Le second objectif : Celui que la communauté internationale, je ne dis pas la France, la communauté internationale, doit décider à travers une résolution du Conseil de sécurité.

Q - Monsieur le président on imagine que le Conseil de sécurité va donner son feu vert avec cette résolution à une intervention africaine. Après, on va entrer dans une période qui risque d'être longue. Quelles sont les armées de la CEDEAO, de l'Union africaine qui peuvent aller au Mali et cette force combien de soldats doit-elle avoir ? Et est-ce que vous pensez qu'il y a des contingents africains qui sont capables et qui ont la force et la capacité de s'engager ?

R - La CEDEAO commence à réfléchir avant même que la résolution du Conseil de sécurité n'ait été votée. Il y a des pays qui ne sont pas membres de la CEDEAO qui pourraient également ajouter des contingents, le Tchad notamment. Il ne peut pas être question d'une intervention si elle n'est pas dotée de moyens suffisants. Donc, c'est aux Africains de la préparer et à la communauté internationale dont la France de favoriser, sur le plan logistique, cette intervention mais je dis bien que c'est d'abord aux Africains d'intervenir.

Tout à l'heure la question m'a été posée : quel délai ? Vous vous me dites : quelle force ? Et c'est la même question. À partir de quel niveau de mobilisation peut-on espérer une intervention rapide ? C'est ce que nous allons faire dans les prochaines semaines parce que je pense que cela ne doit pas être dans les prochains mois.

Q - Vous disiez hier, lors de la conférence de presse qu'il y avait urgence à agir sur la scène internationale.

R - Ma responsabilité, c'est de défendre les positions de la France et c'est de préparer la France à relever ses défis. Venant ici, à l'Assemblée générale des Nations unies, je viens porter des valeurs, des principes mais également permettre que nous puissions régler un certain nombre d'urgences et notamment le Sahel. J'avais évoqué hier la Syrie et l'Iran mais aussi la question du développement à travers les financements innovants, un thème très important que je vais continuer inlassablement et pas simplement au nom de la France mais avec l'Europe à évoquer dans les instances internationales./.

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4. Français de l'étranger - Allocution du président de la République, M. François Hollande devant la communauté française - New York, 26 septembre 2012

 

Madame et Messieurs les Ministres,

Madame la Députée,

Mesdames, Messieurs les Parlementaires,

Mesdames, Messieurs les Élus de l'Assemblée des Français à l'étranger,

Je veux d'abord remercier nos ambassadeurs qui sont là et qui ont permis cette rencontre avec toute l'aide du consul général de New York et puis vous dire que je suis très sensible à votre présence nombreuse

Je voulais vous dire que l'objet de notre rendez-vous de ce soir, c'était de parler de vous, de parler aussi des relations entre la France et les États-Unis.

C'est la deuxième fois que je viens ici aux États-Unis depuis mon élection. La première, c'était à Washington au lendemain de mon installation. Je remercie l'Ambassadeur de France de m'avoir accueilli. Nous avions déjà eu une rencontre avec les Français de Washington

C'était aussi pour moi, comme président, la première fois que je voyais Barack Obama. J'ai eu à ce moment-là l'occasion de lui rappeler tout de ce qui nous unissait : entre la France et les États-Unis, ses liens historiques, ses liens fondés sur ce qu'a été le combat pour la liberté, le soutien que nous avons pu apporter pour l'indépendance des États-Unis mais également l'indispensable présence des Américains, deux fois au cours du siècle dernier pour venir en soutien de la lutte que nous menions pour la liberté, nous aussi.

Nous aurons d'ailleurs, dans deux ans, l'occasion de célébrer le 70ème anniversaire du débarquement en Normandie et je veux que nous puissions donner toute l'importance qui est attendue pour cette belle cérémonie, en rappelant le sacrifice de beaucoup de jeunes Américains pour nous permettre d'être libres aujourd'hui.

J'aurai aussi l'occasion tout à l'heure de m'incliner devant le monument consacré aux victimes des attentats du 11 septembre. 3000 victimes dont cinq de nos compatriotes ont perdu la vie. Je redirai combien nous sommes, Américains, Français, attachés, là encore, à mener le combat contre le terrorisme.

Nous avons aussi entre les États-Unis et la France, tant de convergences sur les grands dossiers de politique internationale ! Cela n'a pas toujours été vrai, mais ça l'est aujourd'hui. Je ne dis pas ça pour m'immiscer dans le débat électoral américain mais il est vrai qu'entre le président Obama et ce que nous représentons, ici, la France, il y a des convergences sur la question des droits de l'Homme, de la démocratie, de la lutte contre le terrorisme, mais également sur une volonté commune de faire prévaloir la croissance et le souci partagé d'une meilleure régulation de l'économie, notamment de la finance. Nous avons beaucoup d'objectifs communs. Mais si je suis revenu aux États-Unis, aujourd'hui, c'est pour l'Assemblée générale des Nations unies à la tribune de laquelle je me suis exprimé tout à l'heure.

Je suis revenu d'abord sur ce qu'est la position de la France par rapport aux Nations unies. Nous souhaitons que ce soit le cadre, le centre même de la gouvernance mondiale. Nous nous réjouissons chaque fois que le Conseil de sécurité ou l'Assemblée générale prennent des décisions, des résolutions qui vont dans le sens de la paix ou de la stabilité. Mais en même temps nous déplorons, et c'est le cas aujourd'hui, qu'il puisse y avoir une paralysie, des blocages, des divisions qui font que les Nations unies ne sont pas au rendez-vous par rapport à des urgences. J'ai insisté sur l'urgence première qui est la situation en Syrie et qui devrait appeler la mobilisation de toutes les puissances pour venir en soutien à un peuple qui est massacré par un dirigeant qu'il n'a pas choisi. Plutôt que d'intervenir, aujourd'hui, nous venons simplement en aide sur le plan humanitaire, ce que fait la France. Nous soutenons l'opposition, nous avons même revendiqué la nécessité de reconnaître un gouvernement alternatif pour mieux faciliter la transition mais, en même temps, chaque jour, il y a des centaines de femmes, enfants, hommes qui disparaissent sous le coup de la répression. Nous avons appelé une nouvelle fois à la tribune des Nations unies l'intervention du Conseil de sécurité. Il y a quelques semaines, Laurent Fabius réunissait, puisque nous avions la présidence de ce Conseil, tous ceux qui pouvaient concourir justement à la préservation de la paix, à la protection des civils et à la fin des violences.

L'urgence, c'est aussi, j'ai insisté là-dessus, d'éviter la prolifération nucléaire et notamment empêcher l'Iran d'accéder à cette arme.

Et puis, il y a l'urgence que représente la situation au Sahel. Là, il est possible que les Nations unies, aidées par l'ensemble des puissances, puissent enfin engager une opération qui serait menée par les Africains eux-mêmes pour reconquérir le Nord-Mali et faire en sorte que nous puissions éviter l'installation durable du terrorisme dans cette région qui ne menacerait pas simplement les Africains de l'Ouest mais qui menacerait notre propre sécurité.

Voilà les sujets qui ont justifié que je vienne ici, à New York, et que j'exprime la position de la France. J'ai également porté la belle idée d'une mesure qui pourrait favoriser le financement du développement. Nous avons, en effet, décidé avec nos amis européens, pas avec tous, mais avec suffisamment d'entre eux, que cette taxe puisse intervenir. Nous avons donc décidé une taxe sur les transactions financières. Cela devrait être une cause mondiale pour que nous puissions avoir des instruments qui permettent de lutter contre la spéculation et, en même temps, qui offrent des solutions pour financer, non seulement le développement, mais aussi la lutte contre les fléaux sanitaires et notamment le sida et le paludisme.

Je souhaite que cette idée soit portée par la France, par l'Europe et par la plupart des nations du monde pour que nous puissions offrir des solutions de financement pour les plus belles causes qui soient : la lutte contre les pandémies et le combat pour le développement. Je suis aussi devant vous pour vous féliciter, vous encourager, vous soutenir si c'est possible par rapport à toutes vos activités que vous menez ici à New York. C'est une communauté importante, l'une des plus nombreuses des français de l'étranger - à peu près 50.000 inscrits au Consulat et en réalité environ 300.000 Français présents, l'équivalent d'un département, un peu plus que la Corrèze, c'est dire si ce que vous représentez est significatif ! La meilleure preuve, c'est qu'il a été décidé de procéder à un nouveau mode de scrutin pour les élections législatives et que vous avez maintenant une députée qui vous représente.

Je sais aussi ce que vous faites dans des domaines très différents, aussi bien sur le plan économique, sur le plan financier, sur le plan culturel que sur le plan de la recherche et de la science. C'est vrai que vous représentez ce que l'on appelle «l'élite» de ce qu'est la communauté française à l'étranger, en tous cas on vous regarde comme cela. Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas des situations sociales très différentes, qu'il n'y ait pas des disparités, mais vous êtes regardés à l'image de ce qu'est cette grande ville de New York. Vous avez donc un rôle particulier à jouer dans ce moment où la crise est sévère en Europe et où elle l'est aussi aux États-Unis. Cette crise est partie des États-Unis, elle est venue ensuite, à travers les dettes souveraines, déséquilibrer la zone euro et désormais les difficultés de la zone euro se répercutent aussi sur l'ensemble de l'économie américaine.

Donc nous avons à mener un combat, un combat commun au-delà de nos sensibilités : redresser notre pays, faire que nous puissions nous désendetter et en même temps, nous préparer le mieux possible à la compétition qui est engagée. Faire que nous puissions réduire nos déficits et en même temps créer autant d'emplois possibles alors que le taux de chômage atteint aujourd'hui 10 % de la population active.

Vous me direz, vous, ici, vous êtes moins concernés que d'autres. Non, nous sommes solidaires d'abord parce que nous sommes français et que nous portons les mêmes espérances pour notre pays où que nous soyons, que nous soyons dans l'Hexagone, que nous soyons en outre-mer ou que nous soyons Français, ici, établis à l'étranger. C'est vrai aussi qu'il y a des courants importants d'échanges entre les États-Unis et la France. La France, ici aux États-Unis, c'est 2 800 entreprises, 550 000 emplois, 170 milliards de dollars de chiffre d'affaires. La France aux États-Unis, c'est aussi de nombreuses entreprises françaises qui exportent vers l'Amérique. Il y en a plus de vingt mille.

Voilà l'enjeu : continuer à développer l'activité économique ici pour mieux faire vivre un courant exportateur de la France vers les États-Unis. Je veux d'ailleurs remercier tous ceux qui s'y dévouent : la Chambre de Commerce franco-américaine, sa présidente Mme Elsa Berry, les conseillers du commerce extérieur, leur président, M. Paul Bensabat.

Mais là-encore, l'économie n'est pas en sens unique : ce n'est pas simplement ce que nous faisons ici, c'est ce que l'Amérique fait également pour favoriser l'emploi et l'investissement en France. Les États-Unis sont le premier pays d'origine des investissements étrangers en France. Là encore, 2 000 entreprises américaines ont des activités de production, de recherche ou de services en France, faisant vivre 450.000 personnes, c'est dire l'étroitesse des liens.

Je souhaite que nous allions plus loin, que nous multiplions toutes les occasions d'échanges mutuels et d'investissements réciproques entre la France et les États-Unis. Les États-Unis à travers leurs dirigeants me posent parfois cette question : et la zone euro ? C'est d'ailleurs assez pénible, je dois en faire le constat, que l'on regarde l'Europe avec commisération ou inquiétude. Ils demandent comment nous allons, pour savoir comment ils iront. Nous devons là encore, regarder la situation avec lucidité. Cela fait deux ans que cette crise existe dans la zone euro. C'est long, trop long mais nous sommes en train d'en sortir. Il y a eu des décisions importantes qui ont été prises lors du Conseil européen des 28 et 29 juin dernier : un pacte de croissance et des mesures pour la stabilité.

La Banque centrale européenne en a pris l'exacte dimension en définissant ses modes d'intervention. Nous progressons sur l'union bancaire même si nous avons encore quelques nuances d'appréciation avec nos partenaires. Nous, nous souhaitons que cela aille vite et je comprends l'Allemagne qui veut s'assurer que ce seront de bons mécanismes qui seront introduits. Mais nous y parviendrons. Nous sommes en train de régler la question de la Grèce, nous souhaitons qu'elle reste dans la zone euro. Ce sera possible dès lors qu'elle a pris des engagements et qu'elle les tient. Nous sommes en soutien de l'Espagne, notamment à travers un plan de soutien à ses banques. Bref, nous franchissons les étapes et dès lors que la zone euro va retrouver sa stabilité, sa cohérence et sa force, alors les conditions d'une croissance redeviendront possibles l'année prochaine. Mais là encore, faut-il que nous accompagnons le mouvement. La stabilité de la zone euro, c'est une étape préalable. Ce que nous avons à faire nous-mêmes, la France, c'est de nous mettre dans la meilleure des situations pour préparer cette reprise de la croissance. Je l'ai dit, cela passe par la mise en ordre de nos comptes publics, mais cela passe aussi par un effort de compétitivité. Ce n'est pas simplement une question de coût, de salaire, vous le savez bien, c'est une question d'innovation, de recherche, de capacité à défendre et à promouvoir nos atouts et nous en avons beaucoup. Je sais que parmi ces atouts, il y a votre présence et je voulais donc vous associer à ce processus, saluer tout ce que vous pourrez entreprendre pour l'économie française. Vous dire que nous sommes conscients qu'en venant, ici, travailler, imaginer, inventer, rechercher, vous contribuez à la réussite de la France.

Il y a l'économie mais il y a aussi tous les liens culturels qui nous unissent avec les États-Unis. Il y a 8.000 étudiants français qui participent à des travaux de formation et de recherche aux États-Unis. C'est aussi des opérations de haut niveau en matière d'enseignement supérieur qui sont engagées et nous avons, avec l'ambassade, la volonté qu'il y ait de plus en plus de partenariats qui nous permettent d'être au niveau le plus élevé.

On m'a cité quatre fonds importants : le Fonds France-Berkeley, France-Stanford, France-Chicago et France--MIT. Voilà autant de projets de recherche qui peuvent contribuer, là encore, à donner à nos chercheurs toute la place qu'ils revendiquent.

Je souhaite ensuite qu'ils puissent revenir en France et mettre à profit tout ce qu'ils auront appris ici.

Enfin, je veux insister sur la culture. La culture fait partie de notre identité, la culture est pour la France à la fois une fierté mais aussi un moyen d'influence, une espérance qu'à travers elle, nous partageons et diffusons nos valeurs, nos principes, nos créations. Nous attachons beaucoup d'importance à la création et aux livres et nous avons la volonté, Laurent Fabius et moi-même, chaque fois qu'il est possible de promouvoir la culture, de promouvoir le livre à travers un certain nombre d'institutions. La meilleure preuve, c'est qu'ici à New York, le consulat général va rouvrir une librairie française permettant ainsi à toute la communauté française mais aussi à tous ceux qui le voudront de pouvoir consulter, lire, découvrir notre actualité.

Je veux aussi saluer le travail que fait l'Alliance française. Je salue sa présidente, Mme Steckele. Et puis, je veux vraiment rendre hommage à tous les établissements scolaires qui permettent à vos enfants d'être accueillis. Le Lycée français de New York, l'École franco-américaine de New York, mais aussi le Lyceum Kennedy, l'École internationale de Brooklyn et, à proximité d'ici, l'École franco-américaine de Princeton. J'espère n'avoir oublié aucun établissement.

Je veux saluer tous les personnels qui s'y dévouent. Je disais que ce réseau permet d'accueillir vos enfants mais d'accueillir aussi beaucoup d'enfants de toutes les nationalités (43 nationalités à l'École franco-américaine, 48 nationalités pour le Lycée français de New York !). C'est une chance là aussi, parce que cela permet justement de diffuser, de promouvoir la langue française et nous souhaitons que cette langue, cette belle langue qui ne nous appartient pas, qui est à la disposition de tous les pays qui veulent s'en emparer, de tous les hommes, de toutes les femmes qui considèrent que cette langue est une langue de diversité, de pluralité - nous voulons que cette langue puisse être partout parlée. À cet égard, nous sommes très attentifs à ce qu'il y ait toujours, dans les institutions internationales, la présence du français. Je me plains parfois que certains Français, dans ces institutions internationales, oublient de parler en français. Parfois il y en a qui parlent en français parce qu'ils ne parlent pas d'autres langues, cela peut arriver. Mais quand on parle plusieurs langues, que l'on est français et que nous sommes dans une institution où il y a des traductions, je recommande de parler français, parce que comment défendre notre langue si nous-mêmes nous ne la parlons pas.

Mesdames, Messieurs, je veux terminer en soulignant une nouvelle fois votre rôle, dire l'importance que nous attachons à votre présence ici, vous demander de bien comprendre ce que nous sommes en train d'engager pour notre pays. Le redressement productif, financier, économique n'est pas simplement un impératif, une contrainte que nous devrions absolument supporter, subir. Ce que nous avons à faire, c'est de préparer la France au monde de demain, ce monde de demain que vous avez anticipé. Ce que nous avons à demander aux Français, ce n'est pas un effort, un sacrifice, ils ont le sentiment d'en avoir déjà fait beaucoup. Ce que nous devons leur demander, c'est de croire en leur pays, c'est d'avoir confiance dans l'avenir, c'est de ne pas douter. Ce que nous voulons faire ensemble, c'est un pays où les décisions puissent être comprises, pas seulement parce que nécessaires, mais parce que tournées vers ce qui nous permet de nous dépasser nous-mêmes. La place de la France dans la mondialisation, l'avenir de la jeunesse, voilà ce que nous sommes en train d'engager. La durée est nécessaire, c'est-à-dire que rien ne peut se traduire en termes de résultats sans que nous mettions le temps pour trouver les bonnes mesures, les faire appliquer. Il faut de la justice parce que sans la justice, il n'y a pas la compréhension de ce que nous sommes capables de faire ensemble. Ce n'est pas toujours facile de la revendiquer, la justice, parce que chacun pense qu'il est lui-même prioritaire et même ici, je vais vous écouter, il y aura sans doute beaucoup d'aspirations et de revendications. Donc, il faut donner du sens, permettre que chacun comprenne bien quelle est sa place. Parmi les atouts de la France, il y a vous et c'est la raison pour laquelle je souhaitais, au cours de ce trop court déplacement, vous rencontrer.

Merci d'être venus. L'essentiel est au-delà de nos différences, de nos sensibilités, de nos situations. Vous êtes ici aux États-Unis parfois depuis longtemps, certains depuis plus de dix ans, certains reviendront en France, d'autres uniquement à certaines occasions mais qu'importe. Nous sommes, vous êtes français et vous avez la volonté commune, avec nous, de faire réussir la France et c'est pourquoi le succès qui peut être le vôtre, ici, à New York sera le succès de la France.

Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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5. ONU - Tribune du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, dans le quotidien «Le Figaro» - 27 septembre 2012

 

ONU : la France pour un compromis nouveau

À leur création, les Nations unies ont suscité de grands espoirs. Reconnaissons que, confrontées aux intérêts nationaux - qui ne sont pas près de s'effacer -, elles n'ont jamais été en mesure de répondre totalement à ces attentes. Malgré ses faiblesses, évidentes dans le drame syrien, l'ONU demeure le pilier du multilatéralisme et un outil incontournable de régulation politique. La France est profondément attachée à cette organisation, insuffisante mais indispensable. Nous entendons contribuer aux réformes nécessaires pour lui permettre de jouer tout son rôle.

Jetons un regard plusieurs décennies en arrière. Après la brève période d'enthousiasme qui suit le deuxième conflit mondial, l'ONU devient une caisse de résonance de la guerre froide. Elle n'échappe à la paralysie que lorsque les deux superpuissances le veulent, c'est-à-dire rarement. L'effondrement de l'URSS ouvre ensuite une période où l'organisation sort de son silence. Première guerre du Golfe, Bosnie, l'ONU assume alors de nouveau la mission pour laquelle elle a été créée.

Le 11 Septembre et la deuxième guerre de l'Irak marquent le début d'une autre période, celle de la fragmentation de la puissance et du déplacement du centre de gravité vers les pays qui accèdent à la prospérité économique. La crise de 2008 accélère cette évolution et marque le retour de la primauté d'une conception étroite des intérêts nationaux.

Nous en sommes là. Sur certains sujets, par exemple l'armement nucléaire iranien, les Nations unies jouent un rôle utile. Sur d'autres, elles constituent - malheureusement - une sorte de communauté réduite aux acquêts. Trop souvent, les Nations unies se présentent désormais comme une association de nations aux ambitions concurrentes. Des nations qui acceptent de s'entendre sur des objectifs limités à condition qu'ils correspondent à des intérêts conçus de manière étroite et sans prise en compte suffisante du long terme.

Quelles sont les principales «forces» en présence dans cette communauté ?

Portées par la croissance économique mais confrontées à la pauvreté d'une partie substantielle de leur population, les puissances émergentes se montrent prudentes dans le traitement des thèmes nouveaux de l'économie verte et du réchauffement climatique. Elles y discernent des contraintes potentielles pour leur avenir. Elles réclament légitimement que soit reconnu leur rôle, sans forcément en assumer les responsabilités globales.

Les régimes autoritaires, eux, font de la souveraineté nationale leur défense ultime. Ils savent peser sur le fonctionnement de l'ONU, comme on le voit tragiquement avec le blocage du Conseil de sécurité concernant la Syrie.

Les États-Unis continuent de voir dans les Nations unies un instrument plutôt secondaire de leur politique étrangère. Le président Obama a utilement mis un terme à l'hostilité systématique de son prédécesseur envers l'organisation. Il a payé l'essentiel des dettes de son pays ; il ne s'est guère encore mobilisé au-delà.

L'Union européenne, quant à elle, n'a pas réussi jusqu'ici à s'imposer comme un acteur majeur, alors qu'elle représente pourtant près de 40 % du budget de l'ONU et 60 % de l'aide publique au développement. Certaines différences d'approche entre ses membres et la crise qui la frappe atteignent son prestige et son influence.

Dernier élément de ce rapide tableau, la crise financière ébranle le compromis historique sur lequel repose le fonctionnement de l'ONU. Le G77, qui réunit 132 pays sur 193, contribue à moins de 10 % du budget. Les États-Unis, l'Europe et le Japon paient ensemble 70 % des dépenses et 80 % des opérations de maintien de la paix. La France à elle seule contribue plus que la Chine, l'Inde et la Russie réunies. Tout cela n'est, on le voit, pas très satisfaisant.

Pour donner toutes ses chances à l'ONU, il faut définir le «nouveau compromis» dont l'organisation a besoin. La France, identifiée comme un des piliers de l'ONU, doit proposer des axes pour y parvenir.

- Notre premier objectif doit être d'approfondir le dialogue noué avec les pays émergents. Ce n'est pas nécessairement facile. Tous ne rêvent pas d'un monde solidaire. Certains songent plutôt à un théâtre où avancer leurs ambitions nationales. Pour autant, ils sont en droit de nous demander un meilleur partage du pouvoir.

- La réforme du Conseil de sécurité doit mobiliser nos efforts et notre réflexion. Nous sommes l'un des seuls membres permanents à promouvoir réellement cette mobilisation. Comme l'a dit le président de la République à l'ONU, nous la porterons avec force.

- L'Union européenne doit revendiquer un rôle à la mesure de son poids, alors qu'aujourd'hui elle fait plutôt figure de grosse ONG. En d'autres termes, l'Europe doit assumer son rôle politique. C'est l'intérêt des Nations unies, qui ont besoin d'équilibre. C'est aussi le nôtre.

- Il nous faut reprendre, si possible avec d'autres, l'initiative sur le conflit israélo-palestinien, qui reste au coeur des tensions du monde arabo-musulman. Le Quartet se trouve dans l'impasse. Les deux parties se sont montrées jusqu'ici incapables d'aller par elles- mêmes à la paix. La France possède une vraie légitimité sur ce sujet.

- Près des deux tiers des dossiers du Conseil de sécurité sont consacrés à l'Afrique. Nous devons associer davantage les Africains et leurs organisations régionales au règlement des crises, cela est fait aujourd'hui pour le Mali.

- Enfin, les questions d'environnement font trop souvent l'objet d'un dialogue de sourds entre une Europe qui propose mais ne peut pas tout financer, de petits pays qui se sentent abandonnés, des émergents concentrés sur leur croissance économique et les États-Unis qui s'abritent volontiers derrière ces derniers.

Le fait est que les accords noués dans le domaine environnemental sont malheureusement de moins en moins substantiels et les promesses financières indéfiniment recyclées. La question se pose d'une autre approche qui permettrait de définir ensemble les implications du développement durable pour chaque type d'économie.

Au total, je constate pour m'en réjouir que la France exerce aujourd'hui, aux Nations unies, une influence nettement plus forte que son seul poids. Elle le doit à son statut de membre permanent du Conseil de sécurité, à son attachement au multilatéralisme et aux droits de l'homme, à sa langue, à la clarté de ses choix politiques, à son engagement historique en faveur d'une Organisation qui attend d'elle soutien, idées, compétences et impulsion. En dépit ou à cause des difficultés actuelles, les Nations unies demeurent indispensables pour la paix du monde. Il y existe une réelle influence française. Sur la base d'un compromis nouveau, il nous revient de la faire rayonner./.

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6. Relations entre les Nations unies et la Ligue arabe - Intervention du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius - New York, 26 septembre 2012

 

Merci Monsieur le Ministre, Cher Guido,

Mesdames et Messieurs,

Chers Collègues,

Quelques remarques sur ce sujet fort important. La première remarque, que j'imagine chacun et chacune d'entre nous partage, c'est qu'il y a environ deux ans que le printemps arabe a commencé, que celui-ci à son début a soulevé beaucoup d'espérance, autour des thèmes de la paix, de la dignité, de la liberté, de la démocratie, mais qu'aujourd'hui, l'inquiétude est là.

L'inquiétude s'appelle violence, extrémisme, radicalisation, instrumentalisation des sentiments religieux, volonté de certains groupes de réactiver un affrontement entre l'Islam et l'occident.

Face à ces défis, il me semble qu'il n'y a pas beaucoup d'attitudes possibles, il n'y en a qu'une ou deux. En tout cas, c'est l'attitude de la France. Nous devons être solidaires avec ces mouvements parce que nous savons par expérience dans chacun de nos pays où se sont produits des révolutions, même si les situations sont différentes, que les révolutions connaissent des hauts et des bas, qu'elles ne sont jamais linéaires, mais qu'il faut que nous soyons solidaires avec ce qu'il y a de meilleur dans ces mouvements. Mais dans le même temps, il faut que nous soyons exigeants, parce que la façon dont ces printemps arabes ont parfois dérivé montrent qu'à chaque instant il faut être très vigilants sur un certain nombre de points centraux, qui sont les droits de la personne humaine, les droits de la femme, le refus du terrorisme, le respect des communautés et le respect des minorités. Voilà la première remarque de bon sens qui, j'imagine, sera partagée par l'ensemble de ceux qui sont là.

* *

La deuxième remarque concerne la Syrie. On ne comprendrait pas que, dans ce cadre, nous ne disions pas quelques mots sur cette situation tragique. Au moment où j'ai préparé ce court propos, j'avais inscrit qu'à ce jour le conflit avait fait 27.000 morts. Nous entendons aujourd'hui les dernières observations qui parlent de 30.000 morts. Et selon les mots de notre représentant spécial M. Brahimi, le conflit s'aggrave encore.

Je ne veux pas revenir sur le fait que chacun d'entre nous partage. J'imagine qu'il est choquant pour l'opinion publique internationale que nous, qui nous appelons le Conseil de sécurité des Nations unies, ayons été jusqu'ici incapables d'assurer à la fois l'unité de ces nations et la sécurité.

Il est choquant, je ne vais pas approfondir les responsabilités des uns et des autres, que notre Conseil ait été incapable jusqu'ici d'agir.

Mais je voudrais souligner deux risques, qui d'ailleurs ne sont pas exclusifs l'un de l'autre dans ce drame syrien. Si la situation se prolonge, le risque est très important que la Syrie éclate - j'emploie à dessein ce terme.

Et cet éclatement, pour nous tous qui sommes attachés à la stabilité d'une région déjà si durement touchée, serait dramatique. Or c'est ce qui est au bout de l'absence de solution.

Et dans le même temps que l'éclatement, le risque - et ce n'est pas seulement un risque futur, c'est déjà la réalité - est que l'extrémisme gagne du terrain. Vous avez tous les mêmes informations que nous. Il y a des extrémistes qui, au-delà des convictions que chacune des parties en présence peut avoir, ont envahi le territoire syrien.

J'aimerais, de ce point de vue là, faire une autre remarque.

Si nous pouvions, comme nous le faisons parfois, discuter entre nous, sans la lumière des projecteurs, je ne connais personne dans ce Conseil qui soutienne qu'à terme le régime de M. Bachar Al-Assad serait encore là. Je ne veux pas mettre en cause tel ou tel d'entre vous mais aucun d'entre nous avec qui j'ai discuté ne soutient que d'ici quelques temps M. Bachar Al-Assad soit encore là.

Et dans le même temps il est là. Et donc toute la question, puisque nous savons que ce régime aura un terme - pour ma part, en tant que Représentant de la France, je dis que le plus tôt sera le mieux -, c'est de rapprocher les deux points. Il est là, il doit partir. Comment faire en sorte que cela se fasse de la manière la plus pacifique possible et sans tomber dans un chaos encore plus grand ?

Pour le moment, nous avons été incapables d'apporter une réponse. Et pourtant ce qu'on nous demande dans le monde entier, c'est d'être à la hauteur de notre nom. Le Conseil de sécurité devrait pouvoir, espérons-le, dans les semaines qui viennent, apporter une réponse.

La France, pour sa part, est mobilisée sur plusieurs plans, le plan humanitaire et médical ; l'unification, autant que possible, de la résistance syrienne ; la consolidation des zones libérées. Nous sommes disponibles sur tous ces points.

Et c'est là où je voudrais insister, Monsieur le Secrétaire général de la Ligue arabe, sur le rôle remarquable que vous avez joué depuis le début dans ce drame syrien, et sur l'excellente coopération que vous avez su mener avec les Nations unies. Vous avez réagi avec rapidité, avec fermeté, avec courage dès les débuts de la crise. Vous avez suspendu la Syrie, ce qui n'était pas facile. Vous n'avez pas hésité à adopter des sanctions pour assécher les moyens financiers du régime et neutraliser ses voies d'approvisionnement en armes. Vous avez introduit l'idée d'une transition politique nécessaire en Syrie, objectif qui est désormais au coeur du mandat de notre représentant spécial M. Brahimi. Lorsque ce Conseil a décidé l'envoi d'une mission d'observation en Syrie il a pu s'appuyer sur l'expérience de la Ligue arabe. Vous avez donc lancé une dynamique importante, avec la présentation par le Maroc d'une résolution à ce Conseil et l'adoption à l'Assemblée générale des Nations unies, à l'initiative du groupe arabe, de deux résolutions, qui ont été votées à de larges majorités, qui ont confirmé l'isolement du régime de Bachar Al-Assad, isolement qui est manifeste partout. Je voulais donc rendre hommage au travail que vous avez fait avec vos collègues et saisir l'occasion de notre réunion pour appeler de nouveau notre Conseil à dire toute sa confiance à M. Brahimi dans une mission qui est évidemment difficile.

* *

Dernier point que je voulais souligner, comme l'ont fait d'autres collègues, c'est qu'il n'est pas possible d'aborder les questions qui touchent le monde arabe et, d'une façon générale, le monde sans souligner le blocage du processus de paix entre Israël et la Palestine.

La France souhaite une relance du processus de paix et encourage les parties à la reprise des négociations. Le but est, dois-je le rappeler une fois de plus, d'aboutir à la création d'un État palestinien indépendant, viable et pacifique, et de garantir la sécurité d'Israël. Mais, là aussi, je mets en garde. Pendant des années et des années, pour nous qui suivons ces questions, au fond on connaissait la solution. Le problème était d'arriver à mettre les parties d'accord et nous n'y sommes pas arrivés.

Mais aujourd'hui, compte tenu des développements sur le terrain, c'est le risque de mettre en cause la solution elle-même qui existe. Ce risque-là est extrêmement grave.

Là encore, je veux saluer l'engagement de la Ligue des États arabes en faveur du règlement du conflit israélo-palestinien, souhaiter que très rapidement des solutions soient apportées aux difficultés financières de l'Autorité palestinienne et qu'au-delà des progrès puissent avoir lieu. Ajoutant une fois de plus qu'il n'y a pas de paix durable sans justice et qu'il n'y aura pas de paix durable dans cette région du monde si nous n'apportons pas les uns, les autres une solution à ce problème qui dure depuis des décennies.

* *

Chers Collègues j'en aurai terminé lorsque j'aurai à nouveau remercier notre ami Guido Westerwelle d'avoir pris l'initiative de cette rencontre qui nous permet de réaffirmer l'importance que nous apportons au travail de la Ligue arabe et le souhait que les Nations unies et la Ligue arabe travaillent de mieux en mieux ensemble avec détermination et succès./.

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7. Sahel/Syrie - Entretien du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec Europe 1 - extraits - New York, 26 septembre 2012

Q - L'ONU pourrait autoriser une intervention militaire africaine au Mali pour déloger les groupes proches d'Al-Qaïda qui contrôlent tout le Nord du pays. Est-ce que la France soutiendrait cette intervention et de quelle façon ?

R - Oui, nous sommes évidemment très inquiets de ce qui se passe au Mali. Vous connaissez la situation : des terroristes se sont installés au nord du pays qui est donc coupé en deux. De plus, ces terroristes menacent non seulement le Mali mais l'ensemble des pays voisins. Le Mali se situe en Afrique de l'Ouest mais la menace atteint les pays d'Afrique de l'Est. Ces gens ont beaucoup de moyens financiers, des armes et appliquent la charia. C'est extrêmement dangereux.

Les Africains eux-mêmes, ce qui est absolument indispensable, ont adressé une demande au Secrétaire général des Nations unies pour que l'ONU se saisisse de ce problème. Une réunion est d'ailleurs prévue ce matin. Nous allons discuter de la situation au Sahel et si la discussion - ce que j'espère - est positive, cela permettrait d'avoir une décision la semaine prochaine peut-être, en tout cas dans des délais assez rapides. Ce serait une décision des Nations unies.

Q - Pour une intervention avec au sol des troupes africaines mais à laquelle la France apporterait son soutien.

R - Oui. Nous ne sommes pas et nous ne voulons pas être en première ligne. Nous sommes des facilitateurs. C'est donc effectivement aux Africains qu'il appartient à la fois de proposer l'action et puis de la mener. Si nous pouvons apporter un soutien, avec d'autres pays, nous le ferons mais sans être en première ligne et sans avoir de troupes au sol.

Q - Alors aider comment ? C'est du renseignement avant tout ?

R - On peut bien sûr aider en fournissant du renseignement. On peut aider par toute une série de connexions mais, si on ne veut pas de réactions négatives, il ne faut pas que les Occidentaux soient présents physiquement, parce qu'on ne sait pas comment cela peut tourner. Il y aura peut-être des combats, peut-être pas. En tout cas, d'une manière générale, l'action de l'ONU consiste à faire en sorte que les différentes régions du monde, lorsqu'il y a une intervention, puissent se proposer pour intervenir.

Q - Oui, mais en réalité, simplement, on va aider cette intervention. Vous êtes en train de nous dire que ce n'est pas la peine de le crier sur les toits.

R - Non, nous ne sommes pas du tout hypocrites, mais on a appelé cette région du Sahel le «Sahélistan», parce qu'il faut bien comprendre que c'est extrêmement grave. Vous avez là de nombreux terroristes armés, avec beaucoup d'argent lié aux prises d'otages et aux trafics de drogue. Nous avons des indications extrêmement précises selon lesquelles cette partie du Sahel, qui a d'ailleurs été alimentée en armes à la suite de l'affaire libyenne, est le lieu où se forment les terroristes pour l'ensemble de l'Afrique. Devant un problème comme celui-là, c'est à la communauté internationale de réagir. Nous appartenons à la communauté internationale et, de plus, nous sommes très proches de nos amis africains. Mais il s'agit d'aider et non pas d'être en première ligne.

Q - Vous nous dites donc qu'il en va de notre sécurité ?

R - À nous aussi. Vous savez le terrorisme ce n'est pas quelque chose qui s'arrête à telle ou telle frontière. Le Mali est coupé en deux et cela peut toucher les pays voisins, c'est-à-dire le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie, le Sénégal et la Côte d'Ivoire ; et puis l'ensemble des pays d'Afrique. L'autre jour je recevais un ministre des Affaires étrangères d'un pays de l'Afrique de l'Est assez éloigné, qui me disait : «on a des informations selon lesquelles les apprentis terroristes, chez nous, se forment au Nord-Mali.».

Le terrorisme, c'est évidemment un des grands problèmes et une des grandes menaces de ce début du XXIe siècle. Il faut l'éradiquer partout. Il n'est pas question que l'on ait maintenant en Afrique ce que l'on a eu tant de mal à combattre dans d'autres continents.

Q - C'est pour cela que l'on va sans doute participer à cette opération militaire sans trop se mettre en avant. Laurent Fabius, on a tout de même six otages français au Mali.

R - Bien sûr, c'est d'ailleurs évidemment une grande difficulté supplémentaire. Nous avons reçu avec François Hollande les familles de plusieurs des otages, il y a maintenant quinze jours. Ces otages et leur famille font preuve d'un courage extraordinaire. Nous avons des témoignages selon lesquels ils sont heureusement en vie. Je ne vais pas développer cela parce que ce sont des thèmes sur lesquels il faut être évidemment très discret. Enfin, nous faisons le maximum pour obtenir leur libération.

Q - Mais cette opération militaire à venir peut les mettre en danger tout de même ?

R - Nous sommes très attentifs. Nous faisons évidemment en sorte qu'il y ait des actions, des contacts pour essayer de récupérer les otages mais, évidemment, cela ne peut pas empêcher tel ou tel pays - là en l'occurrence la France - d'avoir une politique d'ensemble. Mais nous en avons parlé bien sûr avec les familles d'otages, qui sont très attentives à cela et qui comprennent bien la façon dont se pose la question.

Q - Un autre dossier a été présenté par François Hollande hier, comme la priorité, c'est la Syrie. François Hollande a dénoncé l'inaction de l'ONU, mais il a aussi fait une proposition nouvelle ; il propose de protéger les zones libérées. Cela veut dire quoi, concrètement ?

R - Quand vous regardez une carte de la Syrie, vous avez, au nord du côté de la Turquie, au sud du côté de Damas, à proximité de la Jordanie, d'une façon plus large, des zones importantes qui ne sont plus contrôlées par le clan de Bachar Al-Assad, mais qui maintenant sont passées sous le contrôle des résistants que nous aidons de plusieurs façons, notamment financièrement et dans le domaine médical et sanitaire. Il faut penser que ces zones ne seront plus - en tout cas on l'espère - reprises par le clan de Bachar Al-Assad. Il s'agit donc non seulement pour les Français mais pour la communauté internationale de leur apporter notre soutien, soutien humanitaire, soutien financier et de faire en sorte qu'elles puissent être protégées, de manière à ce que leurs dirigeants, qui sont parmi les futurs dirigeants de la Syrie - une fois que Bachar Al-Assad aura quitté le pouvoir -, puissent recevoir notre soutien.

Q - Quand vous dites : protection des zones libérées, cela exclut une protection militaire.

R - En tout cas, cela n'inclut pas la protection militaire. Maintenant, il est évident que si Bachar Al-Assad envoie ses avion - parce qu'il lui reste beaucoup d'avions malheureusement - pour bombarder ces zones qui ont été libérées, il peut s'exposer à des réactions. (...)./.

 

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8. Sénégal - Échanges de la ministre déléguée, chargée de la Francophonie, Mme Yamina Benguigui avec des étudiants du Lycée Mermoz - Dakar, 14 septembre 2012

 

Q - Quel est l'objet de votre visite aujourd'hui à Dakar ?

R - Comme vous le savez je suis ministre de la Francophonie. Il y a un grand Sommet qui se prépare à Kinshasa. C'est un sommet qui a lieu tous les deux ans, dont le principal organisateur est l'OIF, avec à sa tête le président Abdou Diouf que vous connaissez. Je viens rencontrer le président Macky Sall, pour le tenir au courant de ce que j'ai vu à Kinshasa, comment le Sommet va se passer. Ensuite je vais voir votre ministre de la culture, Youssou N'Dour, pour parler des relations bilatérales autour de la culture, de ce que l'on peut faire ensemble, surtout autour du cinéma, de la musique, de la littérature. Il y a une volonté de la France d'aller un peu plus loin, d'accélérer les choses. Il y a aussi les accords sur le théâtre. Et puis, dans cette visite il y a eu aussi un volet éducation, pédagogie.

Avec la Francophonie, nous partageons une langue et aujourd'hui on se doit d'en faire une langue solidaire, plus égalitaire. On parle le français au Sénégal, en République démocratique du Congo. On parle le français en Algérie. En Algérie, c'est l'arabe qui est la langue maternelle, mais c'est la langue française qui est la langue de l'enseignement, donc c'est un peu tout cela qui traverse ce ministère. C'est de voir comment ensemble on peut aussi regarder dans la même direction. C'est-à-dire, comment utiliser cette langue française pour qu'elle devienne une langue économique, une langue culturelle, une langue qui rapproche les nations.

Q - Est-ce que vous pensez que la langue française est en train de régresser dans les pays d'Afrique ?

R - Oui elle régresse pour plusieurs choses. Déjà, je pense que dans certains pays, certains pays francophones, les langues maternelles ont pris un peu le dessus. (...) Ici, au Sénégal, il y a un peu de recul. Il ne faut pas voir la langue française comme une langue de domination, ça ne se joue pas là-dessus du tout. Même si il y a 50 ans ça s'est fait comme ça. Aujourd'hui il faut voir cette langue française comme une langue de partage. Et on doit avoir une très bonne base dans l'enseignement pour pouvoir se partager cette langue. Je dis souvent aussi que la langue française n'appartient pas à la France, elle appartient à l'espace francophone. Mais pour pouvoir se comprendre, il faut que la base et le socle de l'enseignement soient impeccables. Pour pouvoir comprendre l'autre. Car on le sait, que ce soit en Côte d'ivoire, en République démocratique du Congo, au Gabon, les langues et les dialectes sont multiples. Mais pour pouvoir se rencontrer, se parler, travailler ensemble, étudier, il y a cette langue française qui est là comme un ciment.

Q - Quelles sont vos stratégies pour promouvoir l'enseignement du français ?

R - Stratégie, c'est un mot qui fait très... combat, le combat.

Selon moi, il faut des formateurs. Je crois que l'espace francophone a vraiment besoin de formateurs, pour pouvoir aider les enseignants locaux à avoir un excellent niveau. Je me suis rendue compte que dans certains pays, il y a aussi un gros problème avec l'édition, beaucoup de pays manquent cruellement de manuels scolaires, de livres tout simplement. Et de notre côté on a des problèmes avec les droits d'auteurs, etc. Je ne dirais pas que c'est une stratégie, mais c'est un point capital, sans formateurs et sans livres, on n'avance pas et c'est vers cela que je souhaite porter toute mon attention.

À cela, il faut ajouter la dimension culturelle de la francophonie et il faut accompagner et la création artistique, le cinéma, le documentaire, le théâtre, la littérature, la musique. C'est la base même aussi de cette langue française.

Q - Êtes-vous fière de porter le titre de ministre ? Qu'est-ce que cela représente pour vous ?

R - Oui je suis très fière d'être ministre. Comme vous le savez peut-être je suis réalisatrice de cinéma et de documentaires. J'ai fait des documentaires très engagés pour parler de l'autre. J'ai fait des documentaires sur l'immigration, sur qu'est-ce que veut dire «partir de son pays, être un immigré, être un clandestin, avoir une vie ailleurs, être parti». Vous devez connaître ça, vous aussi. J'ai fait pendant toutes ces années des films pour amorcer le débat. Pendant des années j'ai harcelé le politique, pour essayer que l'on change les règles, les lois, que l'on humanise un peu, que l'on essaye d'être plus égalitaire envers l'autre, surtout celui qui venait travailler, et qui restait dans l'ombre sans aucune reconnaissance. Je me suis vraiment engagée dans ce métier. Quand le président François Hollande, m'a demandée d'être ministre de la Francophonie j'ai compris le lien qu'il y avait avec le travail que j'avais accompli depuis tant d'années. Finalement, j'allais passer de l'autre côté. Mais toujours avec cette conscience de regarder l'autre différemment, et de montrer que nous pouvions être plus unis. Je suis très fière, mais je suis aussi très fière de ce ministère qui est très humain, qui est aussi, comme je vous le disais, très culturel. Et puis, ce ministère a également une mission plus économique, une mission économique dans le bon sens. C'est-à-dire que là où on a souvent regardé certains pays en se disant, «on ne peut pas travailler avec eux», ou «ce sont des pays pauvres», je pense qu'il y a une nouvelle façon de dialoguer avec eux pour assurer le développement des relations avec tous les pays avec lesquels nous développons de véritables partenariats. Tout cela fait partie de mon travail. J'ai conscience d'avoir une mission importante. Je voudrais laisser une trace dans ce ministère. D'abord parce que la francophonie, c'est l'espace de demain. Vous allez circuler dans d'autres pays grâce à votre langue, vous pourrez aller dans des pays immenses. Ce n'est pas les pays francophones d'un côté et la France de l'autre, c'est vraiment une nouvelle relation transversale que je veux construire. C'est un peu cela que j'ai envie de défendre dans ce ministère. Et de comprendre aussi les différences, l'autre, qu'est-ce que l'autre ?

Q - Pensez-vous qu'au jour d'aujourd'hui en France on peut dire qu'il y a une bonne intégration des minorités ou qu'il subsiste encore beaucoup d'inégalités ?

R - Je vais vous parler franchement : il y a encore beaucoup d'inégalités, parce que tout cela est encore très récent. L'immigration de travail, qui a démarré il y a 50 ans environ, a été pensée, a été organisée. On a pensé ces hommes et ces femmes en transit, on n'a jamais pensé à les intégrer. La politique d'intégration n'a pas été réfléchie, on a toujours imaginé que ces hommes et ces femmes, qui venaient avec des contrats, allaient repartir. Il faut savoir que la décision de les garder a été prise en 1974, avec le processus du regroupement familial. À la suite du premier choc pétrolier, la France s'est aperçue que l'immigration de travail coûtait trop chère. Parce qu'on achetait des contrats aux gouvernements. Donc ils ont voulu enraciner, installer les hommes qui venaient souvent seuls ; on leur a demandé de faire venir leurs femmes et leurs enfants, légalement, pour garder cette main d'oeuvre à domicile. Mais 10 ans, 15 ans, 20 ans après, c'est tout récent, on n'a pas imaginé que les enfants allaient naître, allaient grandir, et tout cela, que ce soit à droite ou à gauche, n'a pas été pensé. Dès les années 80, 90, 2000 cette composante de la société française a commencé à interpeler l'État. Elle a commencé à dire «nous appartenons à cette société, mais nous n'avons pas les mêmes droits». «Nous habitons dans des endroits, qui auraient dû être démolis depuis très longtemps». Mais depuis 2005, je pense qu'il y a eu une grande avancée sur l'égalité des chances. Il faut savoir que quand vous habitez dans le 93 vous êtes stigmatisés, pas en tant qu'immigrés, parce qu'il y a des Français de souche qui y habitent, mais c'est une stigmatisation territoriale, vous habitez dans le 93 et pour cette raison on ne va pas prendre votre CV. Il fallait dépasser cette question un peu raciale de dire : «c'est les immigrés qu'on rejette». On s'est aperçu que c'était vraiment des territoires entiers que l'on rejetait. Nous faisons partie d'un groupe qui a beaucoup travaillé sur les discriminations, mais aussi sur les entreprises. Comment les obliger, enfin en tout cas les astreindre à avoir une politique d'égalité des chances ? Et bien à compétences égales, ils devraient engager aussi des personnes immigrées, originaires du 93. C'est un vaste chantier et c'est pour ça que je vous dis «les inégalités sont encore là». On y travaille régulièrement, mais il faut surtout valoriser, il faut changer, il faut travailler sur les préjugés. Il y a une célèbre phrase d'Einstein qui dit que «il est plus facile de désagréger un atome qu'un préjugé», donc il y a du boulot.

Q - Est-ce qu'il y a un lien entre immigration et délinquance ?

R - Pas mal, très bien. La question est directe. Je vais vous dire non, parce que d'abord ce serait très grave de la penser comme ça. Il y a différentes immigrations. Si c'est l'immigration illégale, pour la plupart, ils ne sont pas délinquants mais ils sont hors la loi. Ils sont hors la loi car ils sont rentrés sans papier, etc. Mais ce n'est pas pour ça que ce sont des délinquants. Ensuite, je ne pense pas que l'immigré qui rentre normalement, qui a une histoire, qui est là depuis 30 ans, 40 ans, qui se retrouve dans une région, on pense en ce moment à la région de Marseille, ou à certaines banlieues, etc. S'il y a un problème de délinquance, c'est un problème franco-français. Il faut que la France traite cette situation, parce que la plupart de ces délinquants, sont des Français, c'est la troisième génération, même si les parents n'étaient pas français. Mais on parle vraiment d'un problème de délinquance et on ne doit pas la lier à l'immigration. On ne peut pas faire de lien comme ça, c'est trop particulier, les arrivées sont différentes, et surtout les histoires. Souvent quand on parle «d'immigration-délinquance», on parle des problèmes dans les grosses banlieues, mais dans ces banlieues il n'y a plus d'immigration, ce sont des enfants et des petits-enfants d'immigrés. Il y a un problème avec tel territoire ou il y a un problème avec des jeunes, mais on ne devrait plus jamais faire le lien avec l'immigration. Parce qu'on en est à la troisième génération.

Q - Est-ce que vous pensez que le développement de la francophonie pourrait aider à l'intégration des immigrés et à la réduction des inégalités ?

R - Oui, quelque part, oui. La France a un espace francophone qui est en grande majorité africain ou nord-africain. Et il peut permettre de valoriser l'autre. Lorsque les immigrés venaient travailler en France, on ne les a peut-être pas considérés, on n'a pas réfléchi à ce lien avec le pays d'origine, «le pays d'accueil - le pays d'origine». Comme je le disais à l'instant, au début de cette noria, il y avait des hommes seuls et après leurs familles, et on n'a pas su imaginer le lien qui existait via la francophonie. C'était ou ici, ou là-bas. Moi je pense qu'il faut aujourd'hui, que les jeunes français, qui ont un lien avec les pays francophones africains, puissent venir, revenir, connaître, pourquoi pas aussi faire des stages. On sait aussi qu'en France beaucoup de retraités issus de l'immigration ne parlent pas la langue et ne peuvent pas toucher leurs droits. Certains étudiants parlent la langue maternelle, ils pourraient lorsqu'ils n'ont pas de stage, ils pourraient être ce lien entre les parents vieillissants, être des espèces de traducteurs. C'est toute une partie de la société qu'on n'a pas vu vieillir, qu'on n'a pas imaginé. Tout est en train de se faire et de se défaire, parce que le pays d'origine est maintenant beaucoup plus proche. Et c'est surtout une question de regard, on a eu un déficit de regard en France.

Q - La francophonie est-elle culturelle ou économique ?

R - Elle est les deux. Je pense que la culture est vraiment le socle de la francophonie. Comme je le disais tout à l'heure, c'est une langue qui traverse tous ces pays et qui se nourrit des dialectes. On a une langue française à Alger qui est différente de celle de Kinshasa, différente de celle de Dakar. Il y a tout cela, mais en même temps il y a un socle immuable qui est l'apprentissage de la langue française, pour pouvoir découvrir la culture et pour pouvoir enrichir cette langue. Aujourd'hui, grâce à l'immigration et aux diplômes, un jeune de Kinshasa qui est diplômé peut avoir envie de venir travailler au Sénégal, et ça c'est grâce à la langue française qu'il a en partage. Nous nous devons de développer, entre autres, par exemple les campus numériques, d'intégrer, et faire participer aussi les entreprises françaises qui s'installent dans les pays. Il faut valoriser aussi ces étudiants, les étudiants ici, se dire que dans quelques années ce seront les futurs cadres de cette entreprise. Il faut penser l'économie avec un autre regard, et encore une fois, je parlais tout à l'heure de regard égalitaire, c'est très très important. Ce n'est pas juste penser l'Afrique «je viens, je ramène une équipe et je repars». Non.

Q - En tant que ministre de la Francophonie, que comptez-vous accomplir dans un futur proche ?

R - Le Sommet de Kinshasa, que ce sommet soit une réussite. Ce Sommet aura lieu en octobre, il y aura votre président, il y aura 75 représentants des nations. Donc, ce Sommet doit être une réussite parce qu'il va avoir lieu dans le plus grand pays francophone au monde et que beaucoup de chefs d'États africains seront présents et qu'on pourra ainsi entendre la voix de l'Afrique, la voix de demain. Vous avez entendu parler de tout ce qui se passe au Niger, au Mali, les conflits, etc. L'Afrique est très attendue. C'est cela le futur proche./.

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9. Algérie - Communiqué du ministère du commerce extérieur - Paris, 26 septembre 2012

 

Mme Nicole Bricq, ministre du commerce extérieur, s'est rendue en Algérie les 24 et 25 septembre. Elle s'est entretenue avec Mustapha Benbada, ministre du commerce ainsi qu'avec Cherif Rahmani, ministre de l'industrie, de la PME et de la promotion de l'investissement.

Les entreprises françaises représentent le premier fournisseur et investisseur (hors hydrocarbures) en Algérie. Elles doivent être à l'écoute des besoins et attentes de leurs clients et partenaires algériens et rester mobilisées pour préserver et conquérir de nouveaux marchés.

La ministre et ses interlocuteurs algériens ont défini plusieurs objectifs qui permettront de développer et renforcer les échanges commerciaux entre les deux pays :

- Instaurer un dialogue permanent entre Paris et Alger sur les sujets commerciaux ;

- Organiser un forum d'entreprises franco-algérien en 2013, sous le patronage des ministres, principalement ciblé sur les PME ;

- Favoriser la co-localisation des activités économiques entre la France et l'Algérie afin que les projets d'investissements soient profitables aux deux économies en termes d'emplois.

Accompagnée d'une délégation de dirigeants de PME mettant en oeuvre des projets sur place, elle a également rencontré les communautés d'affaires des deux pays ainsi que des étudiants algériens dans le domaine du commerce./.

(Source : site Internet du ministère du commerce extérieur)

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10. Point de presse du porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères - Paris, 27 septembre 2012

 

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Campagne pour l'abolition de la peine de mort - Événement «Peine de mort : du moratoire à l'abolition» (New York, 27 septembre 2012)

M. Laurent Fabius fait de l'abolition universelle de la peine de mort une priorité de son action. Il a pris l'initiative de tenir aujourd'hui à New York une réunion de haut niveau sur ce thème, qu'il coprésidera avec son homologue béninois, M. Nassirou Arifari Bako.

De grandes personnalités engagées en faveur des droits de l'Homme et de l'abolition de la peine de mort y participeront. C'est notamment le cas de Mme Navanethem Pillay, Haute-commissaire des Nations unies aux droits de l'Homme, M. Kenneth Roth, directeur exécutif de «Human Rights Watch» et M. Raphaël Chenuil-Hazan, directeur général d'»Ensemble contre la peine de mort».

Le thème de cette réunion ministérielle sera «La peine de mort : du moratoire à l'abolition». Avec la République du Bénin, dernier État en date à avoir ratifié le deuxième protocole facultatif du Pacte international relatif aux droits civils et politiques visant à abolir la peine de mort, nous partagerons nos expériences en vue de relancer le mouvement abolitionniste mondial. En lien avec les Nations unies et la société civile, cet événement vise à encourager le plus grand nombre d'États à franchir le pas décisif entre le moratoire de fait et l'abolition en droit afin de mettre un terme définitif à cette pratique cruelle et inhumaine.

Cet événement intervient à quelques jours du lancement officiel, le 9 octobre, de la campagne française en faveur de l'abolition universelle. Cette campagne a pour objectif de renouveler et d'intensifier les actions entreprises ces dernières années en faveur de la sensibilisation à l'abolition de la peine de mort. Il s'agit d'encourager le débat et d'apporter notre soutien aux acteurs locaux engagés en faveur de l'abolition.

La campagne en faveur de l'abolition universelle s'inscrit dans le contexte de plusieurs échéances attendues dans les prochains mois : le Congrès régional contre la peine de mort à Rabat en octobre 2012, le nouveau passage au vote de la résolution biennale de l'Assemblée générale des Nations unies appelant à l'instauration d'un moratoire universel à l'automne 2012, ainsi que le cinquième Congrès mondial contre la peine de mort à Madrid en juin 2013.

La lutte contre la peine de mort est un combat à long terme, pour lequel des progrès sont visibles chaque année dans l'ensemble des régions du monde. En vingt ans, plus de cinquante États sont devenus abolitionnistes en droit. La France rappelle son opposition déterminée et constante à la peine de mort, en tous lieux et en toutes circonstances. Elle salue le rôle de la Commission internationale contre la peine de mort, composée de personnalités de haute autorité morale, dont l'ancien garde des Sceaux M. Robert Badinter. La France exhorte enfin tous les États appliquant encore la peine de mort à observer des moratoires en vue d'une abolition définitive.

2 - Japon - Exécution de deux détenus (27 septembre 2012)

La France exprime ses regrets quant à l'exécution survenue aujourd'hui au Japon de deux détenus, Sachiko Eto et Yukinori Matsuda.

Alors que le ministre des Affaires étrangères M. Laurent Fabius s'apprête à lancer une campagne en faveur de l'abolition universelle, la France réaffirme son opposition constante à la peine de mort, en tous lieux et en toutes circonstances.

141 pays ont d'ores et déjà renoncé à l'application de la peine capitale, en droit ou en fait.

La France exhorte le Japon à rétablir le moratoire de fait observé en 2011 et à poursuivre le débat national engagé sur l'avenir de la peine de mort.

3 - Guinée Équatoriale

Q - Comment réagissez-vous à la saisine de la Cour internationale de justice par la Guinée équatoriale dans l'affaire des biens mal acquis ? Reconnaissez-vous la compétence de la CIJ dans cette affaire judiciaire ?

R - La France a pris note de la saisine de la Cour internationale de justice par les autorités équato-guinéennes.

Nous n'entendons pas commenter cette initiative à ce stade.

4 - Syrie

Q - Depuis le début de la crise syrienne, on évoque le risque de partition de la Syrie. Laurent Fabius en a reparlé en début de semaine sur une radio. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

R - Le régime essaie de diviser les différentes composantes de la société syrienne depuis le début de la crise, pour se maintenir au pouvoir, et a fait le choix de la répression face aux demandes légitimes de son peuple. Plus la crise se prolonge, plus les risques de développement des tensions s'accroissent.

La France et la communauté internationale sont très attachées à l'intégrité et à l'unité de la Syrie.

Nous encourageons l'opposition syrienne, qui a marqué à plusieurs reprises son attachement à l'unité du peuple syrien et à l'intégrité de son territoire, à s'unir dans le respect des principes démocratiques, des droits de l'Homme et des minorités./.

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