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Bulletin d'actualités du 18 septembre 2012


Sommaire



1. Ouverture du nouveau département des Arts de l'Islam au musée du Louvre - Discours du Président de la République, M. François Hollande - Paris, 18 septembre 2012

 

Madame la Ministre de la Culture,

Messieurs les Ministres,

Monsieur le Président du Louvre,

Mesdames, Messieurs,

Le 20 septembre 1792, la première République française était proclamée.

La veille, il était décidé, par l'Assemblée législative, de créer au Louvre un lieu où seraient déposés «les tableaux et autres monuments relatifs aux Beaux-Arts se trouvant dans toutes les maisons royales». Cela veut dire qu'avant même la proclamation de la République, les révolutionnaires avaient voulu installer un grand musée.

Un an plus tard, il s'ouvrait. Installé dans le palais des rois, il devenait alors le bien inaliénable des peuples de France.

Richesse de notre nation, le musée du Louvre est aujourd'hui le plus grand musée du monde. Il n'a cessé d'évoluer, car le patrimoine est un bien vivant.

Le Louvre est d'ailleurs bien plus qu'un musée, c'est une institution de la République, forgée par plus de deux siècles de combats et de conquêtes, une institution dont le prestige et le succès, toujours plus spectaculaires : en 10 ans le nombre des visiteurs du Louvre a presque doublé, passant d'un peu plus de 5 millions à 9 millions aujourd'hui. 35 % sont Français, et la moitié des visiteurs a moins de 30 ans, confirmant ainsi le succès international de cet établissement, pour toutes les générations.

C'est une étape supplémentaire que nous franchissons aujourd'hui.

Elle s'inscrit dans le prolongement de la belle idée, de la grande idée, du Louvre, du Grand Louvre, conçu et voulu par François Mitterrand et Jack Lang, ici présent.

C'est une véritable bataille qu'ils lancèrent il y a 30 ans, une de celles que notre pays est capable de livrer et parfois de se livrer à lui-même. En l'occurrence cette lutte fut menée dans les antichambres de nos palais nationaux et dans les couloirs de nos ministères.

Cette bataille fut gagnée. Elle fut marquée par l'édification, de la pyramide d'abord, un moment contestée, puis par l'installation du ministère des Finances à Bercy, contestée pour d'autres raisons, et par la reconquête des Tuileries.

Elle fut conduite contre les réticences de toutes sortes, contre les conservatismes, contre les inerties, et il y fallut de l'audace, de l'obstination, de tous les ministres de la Culture successifs, une vision de ce que l'État peut faire et doit faire pour la culture.

L'inauguration des nouveaux espaces consacrés aux arts de l'Islam constitue le dernier épisode en date de cette bataille.

Cette réalisation a nécessité, là encore, une forte volonté politique, au-delà des changements et des alternances. C'est Jacques Chirac, en 2003, qui a annoncé la création de ce nouveau département et rappelé l'apport essentiel des civilisations de l'Islam à notre culture.

Le 16 juillet 2008, Nicolas Sarkozy posait la première pierre, parvenait aussi à sanctuariser les financements et à en mobiliser d'autres.

Aujourd'hui il me revient d'inaugurer le huitième département du Louvre.

Je salue ceux qui, par leur générosité, et leur haute conscience, ont rendu ce moment possible, tout simplement par le souci de permettre au regard de tous, de constater, les merveilles des arts de l'Islam, le roi du Maroc, l'émir du Koweït, le sultan d'Oman, le président de la République d'Azerbaïdjan, ainsi que le prince Al-Waleed d'Arabie saoudite, ils comptent parmi les nombreux partenaires, publics et privés, de France et d'ailleurs, qui ont contribué à ce projet d'un coût de 100 millions d'euros. C'est la plus vaste opération de mécénat qui n'ait jamais été entreprise au Louvre. Je veux d'ailleurs rappeler que le mécénat continuera d'être stimulé, encouragé, car c'est une chance pour notre pays. Grâce à l'État, par son budget, aux dons recueillis, les trésors que nous découvrons aujourd'hui sont maintenant rassemblés et exposés.

La France possédait depuis longtemps, très longtemps, dans le domaine des arts de l'Islam, l'une des plus belles collections du monde. Elle les avait oubliées, elle les avait laissées s'accumuler dans des réserves, elle confinait ces merveilles dans des caisses, elle les dispersait dans des lieux, notamment au Musée des Arts décoratifs. Ce qui manquait jusqu'à présent à ces chefs-d'oeuvre, c'était l'espace : seul un dixième des pièces disponibles était présenté au public.

Voilà cette anomalie réparée. Il en est terminé de cette injustice.

Provenant du Louvre, mais aussi du Musée des Arts décoratifs, 3000 oeuvres sont désormais présentées. Elles sont placées dans un écrin magnifique : ce grand geste architectural que nous découvrons, de Mario Bellini et Rudy Ricciotti, qui, dans la cour Visconti ont inscrit l'avant-garde la plus audacieuse, dans l'Histoire la plus vénérable et ont été capables de mélanger la modernité avec l'Histoire.

Ce département des arts de l'Islam est un projet emblématique à plus d'un titre.

D'abord c'est une conception de la culture, d'une culture ouverte à tous. Chaque citoyen, chaque personne, a droit à la beauté et à la création. Nul ne doit en être écarté, pour quelles que raisons que ce soient, les pires étant le préjugé ou l'ignorance. C'est la mission de la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, que de faire vivre cette égalité. C'est pourquoi le gouvernement a placé l'éducation artistique parmi ses priorités, car rien n'est inné. Le beau, quand il est l'oeuvre de l'esprit, s'apprend aussi. Et cet enseignement doit permettre aux enfants, à tous les enfants, d'acquérir bien plus qu'un savoir, une curiosité, une sensibilité, une élévation d'esprit, une fierté.

Ce projet traduit, ensuite, une volonté, celle de conforter la vocation universelle du Louvre, car la culture est universelle.

Les civilisations ne sont pas des blocs qui s'ignoreraient ou qui se heurteraient. Les civilisations progressent par leurs rencontres, par leurs dialogues.

Ainsi s'exprime la grandeur de l'art : il nous élève en nous tournant vers les autres, il nous fait mieux prendre conscience de nous-mêmes. La culture, comme l'évoquait Baudelaire, est une «invitation au voyage». Voyage dans le temps et voyage dans l'espace. Voyage aussi dans notre propre intimité.

Découvrir les arts de l'islam pour les visiteurs du monde entier, qui se presseront bientôt dans ces salles, ce sera donc traverser des continents, parcourir des siècles, mais aussi découvrir une part d'eux-mêmes. C'est vrai en particulier des Français et des Européens, qui constateront avec surprise ce qu'ils doivent aux cultures de l'Orient. Les exemples sont innombrables : le Taj Mahal, les chiffres arabes, les rapports étroits qui unissent les philosophies grecque et islamique, Aristote et Averroès. Voilà, nous partageons les mêmes oeuvres, nous sommes liés par l'histoire, héritiers que nous sommes de cultures qui nous rassemblent.

Vous avez fait allusion, Monsieur le Président, à ce magnifique baptistère de Saint-Louis, cette création mamelouke, qui servit pendant des siècles aux baptêmes des enfants royaux de France. Révélation, ainsi les monarques de droit divin avaient baigné dans des oeuvres islamiques. Nous ne le savions pas. Voilà qui nous rappelle cette origine parfois commune.

Je pense aussi à cette aiguière de l'Égypte fatimide, qui faisait partie du trésor de l'abbaye de Saint-Denis.

Une fois encore, l'évidence : entre l'Europe chrétienne et les cultures d'islam, les correspondances sont innombrables.

Je dis les «cultures d'islam» car cet univers est fait de mille et un mondes, il est multiple.

Variété des époques. Du VIIème siècle au XIXème, les collections présentées ici invitent à un itinéraire dans le temps où chaque moment a sa signification, son identité, son esprit, sa lumière.

Variété des lieux. De l'Espagne à l'Inde, de l'Égypte à l'Iran, de la Turquie à la Malaisie, de Samarcande à la Transoxiane, ce sont les arts andalou, mamelouk, ottoman, persan et tant d'autres qui se montrent ici. Les langues et les traditions se croisent, se mêlent, se répondent, et contribuent à cette mosaïque qu'est la culture en terres d'islam.

Variété, enfin, des inspirations. Les inspirations sont ici à la fois laïques ou religieuses, marquées par l'hellénisme ou par l'orientalisme, interprétant de façons diverses l'interdit de la représentation. Ni les textes, ni les oeuvres, pas davantage les hommes n'ont de visage unique, c'est pourquoi ils sont représentés de mille façons.

Il n'y a pas une civilisation, mais des civilisations de l'islam. Toutes raffinées et rayonnantes. Telles qu'elles se révèlent ici, elles sont autant de preuves et d'espaces de liberté. Elles se fondent sur la tolérance à l'égard de toutes les interprétations du monde. Elles partent de la religion pour donner à l'oeuvre humaine toute sa force.

L'honneur des civilisations islamiques est d'être plus anciennes, plus vivantes, et plus tolérantes que certains de ceux qui prétendent abusivement aujourd'hui parler en leur nom. Il est l'exact contraire de l'obscurantisme qui anéantit les principes et détruit les valeurs de l'islam, en portant la violence et la haine.

Et quel plus beau message, oui, quel plus beau message que celui livré ici, par les arts, au Louvre. Car dans cette profusion d'oeuvres, devant tant de patience, mise au service de l'harmonie, on comprend que les meilleures armes pour lutter contre le fanatisme, qui se réclame de l'islam, se trouvent dans l'islam lui-même.

La création comme la beauté doivent être à chaque instant défendues. Ici, en France, chaque fois qu'est mise en cause la dignité de la personne humaine et la liberté d'expression, nous serons là, partout dans le monde. Car c'est une agression à l'égard de toutes les civilisations quand le patrimoine est saccagé, nous serons là pour lutter contre les groupes mus par l'insondable bêtise, qui rend chaque civilisation vulnérable. Je pense aux destructions récentes des mausolées de Tombouctou, véritable richesse de l'Humanité toute entière.

Et c'est au nom de cette liberté que la France aujourd'hui s'honore du plus grand musée du monde, s'honore de cette plus belle collection des arts de l'islam, et prend l'engagement de les protéger, de les mettre en valeur, de les offrir au regard de tous, sans aucune exclusive. Je veux exprimer toute ma gratitude aux équipes du musée du Louvre, qui ont assuré cette maîtrise d'ouvrage jusqu'au bout. Je veux aussi dire à la Conservatrice, Sophie Makariou, combien je suis émerveillé par sa persévérance, par son courage, par les choix qu'elle a pu faire avec ses équipes. Il n'était pas facile de faire une sélection entre toutes ces merveilles. Elle a pu y parvenir que parce que le président Henri Loyrette a considéré - et c'était également une volonté de la République - que le Louvre n'avait ni frontière ni limite, sauf peut-être financière.

Et c'est au moment où est exposée à Paris la plus belle collection au monde des Arts de l'Islam que s'ouvrira aussi, au début du mois de décembre, le Louvre-Lens, vitrine nouvelle du Musée, et qu'à Abu Dhabi, démarrera la construction d'un musée qui accueillera un art, tous les arts, avec des oeuvres de toutes origines, et avec des tableaux de toutes les religions.

Voilà, réalisée la volonté des conventionnels de 1792, ils ne savaient pas qu'un jour, nous serions là pour cette inauguration, mais ils avaient posé les conditions, donné l'inspiration : faire du Louvre le bien de tous, au-delà même de la nation, au-delà même de la France, pour permettre que le regard du monde vienne jusqu'à nous. Ce département consacré aux Arts de l'Islam est donc à la fois un projet artistique de grande dimension, une réussite architecturale de grand talent, une manifestation internationale de belle facture, à tous les sens du terme, et un geste politique au service de l'harmonie, du respect et de la paix. C'est cet acte-là que nous avons posé ensemble, un acte de culture, un acte de confiance, un acte de paix, et un acte politique.

Merci à tous./.

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2. Entretien du président de la République avec le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, M. José Graziano da Silva - Communiqué de la présidence de la République - Paris, 17 septembre 2012

Le président de la République a reçu au Palais de l'Élysée, le directeur général de l'Organisation des Nations unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (OAA/FAO), M. José Graziano da Silva. M. Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt a participé à cet entretien.

Dans un contexte mondial marqué par la forte volatilité des prix agricoles, ils ont eu un échange approfondi sur les enjeux de la sécurité alimentaire et la nécessité de renforcer la concertation mondiale et la régulation des marchés des matières premières agricoles.

Ils ont insisté sur le caractère prioritaire du développement agricole pour répondre aux besoins de la population mondiale qui atteindra en 2050 près de 9 milliards d'habitants.

Ils ont constaté leur convergence de vues sur les moyens de faire face à la volatilité des prix agricoles et ils sont convenus qu'à l'occasion de la réunion des membres du système d'information sur les marchés agricoles (AMIS), actuellement présidé par la France, qui se tiendra à Rome au mois d'octobre, les responsables des pays du G20 puissent se concerter sur les mesures à adopter pour ne pas amplifier les déséquilibres entre l'offre et la demande.

Ils ont proposé que le forum de réaction rapide (FRR), créé par le G20, se réunisse au niveau des ministres de l'Agriculture, mi-octobre à Rome, à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation.

Le président de la République et M. Graziano da Silva ont évoqué la question des réserves alimentaires d'urgence. Ils estiment nécessaire l'élaboration rapide de principes de référence pour en améliorer la gestion.

S'agissant de la situation alimentaire dans la région du Sahel, au-delà de la réponse humanitaire d'urgence, la France et la FAO appellent la communauté internationale à se mobiliser pour apporter une réponse structurelle à la récurrence des crises alimentaires et nutritionnelles dont souffrent les pays du Sahel, autour de trois axes prioritaires :

- la prévention des crises alimentaires en soutenant la proposition de la Communauté Économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) d'établir des réserves alimentaires régionales d'urgence ;

- le renforcement de la résilience des populations, en lien avec la Commission européenne (initiative «AGIR au Sahel - Alliance Globale pour l'Initiative Résilience») ;

- la promotion de l'activité agricole et agro-pastorale avec le soutien de l'Agence française de Développement.

Enfin, le président de la République s'est réjoui de la signature par M. Pascal Canfin, ministre délégué au Développement, et M. Graziano da Silva d'un nouvel accord de coopération entre la France et la FAO, qui témoigne des excellentes relations bilatérales et ouvre la voie à l'approfondissement des coopérations au cours des prochaines années./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Entretien du Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault, avec le Premier ministre koweïtien, Cheikh Jaber Al Moubarak Al Ahmad Al Sabah - Communiqué du Premier ministre - Paris, 18 septembre 2012

 

Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, a reçu, le 18 septembre 2012, à l'Hôtel de Matignon, son homologue koweïtien, Cheikh Jaber Al Moubarak Al Ahmad Al Sabah.

Cet entretien a été l'occasion de rappeler le soutien constant que la France a apporté à la stabilité du Koweït, dans un environnement régional marqué par la multiplication des foyers de tension. À l'heure de l'affirmation des aspirations des populations à la démocratie dans le monde arabe, le Koweït s'est engagé, depuis plusieurs années, dans la voie du développement d'une monarchie parlementaire.

Le Premier ministre et son homologue koweïtien ont examiné la situation en Syrie qui constitue une menace pour la paix et la stabilité de toute la région et s'accompagne, de la part du régime de Bachar Al-Assad, d'une fuite en avant dans la répression à l'origine d'un véritable désastre humanitaire. Ils ont également évoqué les dangers du programme nucléaire iranien qui vient de faire l'objet d'une douzième résolution du Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'Énergie atomique, qui souligne le caractère «essentiel et urgent» de la coopération des autorités de Téhéran.

Jean-Marc Ayrault a assuré son homologue de la volonté des autorités françaises de donner une impulsion aux relations entre le Koweït et la France dans tous les domaines, à commencer par le dialogue politique bilatéral. Alors que le Koweït investit dans ses infrastructures et diversifie son économie, les entreprises françaises peuvent mettre à sa disposition leur savoir-faire dans de nombreux secteurs. Réciproquement, la France offre des possibilités d'investissement particulièrement attractives pour les Koweïtiens. Enfin, le partenariat entre les deux pays s'étend au domaine de la culture. La présence à Paris de Cheikh Jaber Al Moubarak Al Ahmad Al Sabah à l'occasion de l'inauguration du département des Arts de l'Islam du Musée du Louvre, à la création duquel son pays a contribué, en témoigne./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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4. Déplacement en Égypte - Point de presse du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius - Le Caire, 17 septembre 2012

Il y a une très forte amitié entre l'Égypte et la France qu'il faut développer. Sur plusieurs points nous avons des analyses communes et j'en discuterai demain avec le président Morsi. Quand il y a un grand pays comme l'Égypte avec des amitiés traditionnelles comme c'est le cas pour la France, on peut faire beaucoup de choses ensemble.

Q - Sur ce qui s'est passé récemment, le président Morsi n'a pas condamné les manifestations en tant que tel, il n'y a pas de positions dérangeantes parfois ?

R - J'aurai l'occasion d'en reparler. Si vous faites allusion au film absolument détestable qui a été projeté, d'une part, et aux manifestations violentes qui ont eu lieu, d'autre part, en particulier l'assassinat honteux de l'ambassadeur américain en Libye, cela doit donner lieu à une condamnation sévère.

Je pense que les autorités égyptiennes ont dit qu'elles n'approuvaient absolument pas, et c'est bien normal, les attaques qui ont eu lieu. On ne peut approuver ce genre d'attaques. D'ailleurs, j'irais un petit peu plus loin dans l'analyse: au fond les extrémistes des deux bords forment une espèce de coalition objective. D'un côté, vous avez des fanatiques, qui dans tels ou tels pays d'Occident produisent des films complètement fous et de l'autre, vous avez, dans un autre registre, des extrémistes dans tels ou tels pays musulmans qui attaquent. Tout cela doit être condamné, car l'immense majorité des peuples, que ce soit dans tels ou tels pays d'Occident ou dans les pays musulmans ne sont pas du tout sur ces lignes. Ces extrémistes sont ultra minoritaires. On ne peut donc pas accepter ce genre de dérives et, de manière générale, il ne faut pas accepter la violence d'où qu'elle vienne.

Q - Le fait que ce soit un président islamiste, c'est la première fois ...

R - J'aurai l'occasion de m'exprimer demain./.

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5. Déplacement en Égypte - Discours du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius devant la communauté française - Le Caire, 17 septembre 2012

Monsieur l'Ambassadeur,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Tout d'abord, merci d'être là et d'avoir eu la gentillesse d'avoir pris sur votre temps pour m'accueillir. Je connais assez bien ce pays mais c'est la première fois que j'y viens en tant que ministre des Affaires étrangères, tout simplement parce que ma nomination à ce poste n'est pas très ancienne.

Le président de la République m'a demandé de venir en Égypte et je l'ai fait avec plaisir, compte tenu de la tradition d'amitié entre l'Égypte et la France - je vais y revenir -, du fait que nous sommes dans une période un peu délicate et, surtout, compte tenu de la relation très étroite que nous voulons avoir avec le nouveau gouvernement et la nouvelle équipe qui s'est mise en place.

Je suis ici pour peu de temps, mais ce temps ne sera pas, je l'espère, mal utilisé. Je viens de discuter quelques dizaines de minutes avec un certain nombre de vos collègues responsables d'entreprises. Ensuite, nous aurons un dîner avec des représentants de mouvements politiques et sociaux. Demain, je rencontrerai successivement le président de la République, le Premier ministre, le ministre des Affaires étrangères, le Secrétaire général de la Ligue arabe, le Grand Cheikh Al Azhar et j'aurai un entretien rapide avec M. Lakhdar Brahimi, l'Envoyé des Nations unies et de la Ligue arabe qui se trouve ici, dans un autre cadre.

Je voulais vous dire quelques mots. Nous avons une tradition d'amitié très ancienne avec l'Égypte. En France, vous le savez, l'Égypte est un pays que l'on aime et je vois qu'ici aussi, la France est un pays que les Égyptiens aiment. C'est lié à l'Histoire, à la culture et à toute une série de circonstances.

La révolution, puisqu'il faut appeler ce qui s'est passé par son vrai nom, qui s'est produite ici, n'a pas du tout entaché cette amitié et, au contraire, elle doit permettre de la renforcer. L'amitié suppose une exigence, mais nous tenons beaucoup à cette amitié. Simplement, comme on dit de l'amour : il n'y a pas d'amour, il n'y a que des preuves d'amour. Il y a aussi des preuves d'amitié à donner. Et cela signifie que les échanges, doivent se développer.

C'est vrai évidemment dans le domaine économique. Nous venons de faire le point sur nos échanges. La situation n'est pas toujours connue de l'extérieur. L'Égypte est une destination importante pour les investissements français. Nos échanges ont pas mal d'importance et l'Égypte est l'un des pays, malheureusement peu nombreux, avec lesquels nos échanges sont excédentaires. Et puis les entreprises françaises font travailler plus de 30.000 personnes dans ce pays. Ce sont quand même des chiffres importants, alors que l'emploi est évidemment un sujet de préoccupation pour le gouvernement égyptien. Il existe des secteurs absolument majeurs dans lesquelles nos entreprises sont tout à fait présentes et même parfois dominantes.

Il n'est pas toujours facile de travailler dans les conditions actuelles. Il y a eu et il y a encore des problèmes de sécurité et de réglementation. Il existe parfois, mais ce n'est pas limité à l'Égypte, des décisions que l'on voudrait voir être prises plus rapidement et un cadre juridique plus solide mis en place. Mais je pense que c'est une excellente chose que les entrepreneurs français soient là et je les encourage à développer leur présence. Il faut que la France, par ses entreprises, soit présente ici. Je sais que ce n'est pas toujours facile, mais il faudrait que d'autres entreprises françaises, grandes ou moyennes puissent venir en Égypte. Et puis, symétriquement, il y a aussi de grands groupes égyptiens qui pourraient investir en France. Ce n'est pas hors de portée, puisque nous avons nous aussi en France vous le savez, besoin de créer des emplois.

Nous sommes aussi très présents sur le plan culturel et éducatif ; c'est une grande tradition. La présence archéologique, éducative, culturelle et scientifique marque les Égyptiens et les Français. Cette présence va être encore renforcée par un certain nombre de réalisations qui vont voir le jour. D'ici le mois de mars, m'avez-vous dit Monsieur l'Ambassadeur, le lycée va pouvoir être inauguré. Je ne sais pas si ce sera par moi ou par un autre membre du gouvernement. Il y a l'université qui est très réputée. Il y a tout ce qui fait la réalité de l'intelligence culturelle française en Égypte et c'est quelque chose que nous avons l'intention de développer.

Et puis il y a votre présence en Égypte. Vous êtes plus de 8.000 Français très présents, très imbriqués dans la société égyptienne. Vous avez évidemment les joies et les difficultés de ceux qui sont expatriés, comme on dit. Je n'aime d'ailleurs pas ce terme, il faudrait que l'on en trouve un autre parce que sans jouer les cuistres, je trouve assez étonnant que ceux qui ressentent plus que d'autres la Patrie, c'est-a-dire vous-même, soient considérés comme expatriés. Alors il faudrait que l'on trouve autre chose, pour dire qu'au contraire, vous êtes non seulement proches de votre patrie, mais les représentants de cette patrie, puisque n'en déplaise à l'ambassadeur de France, vous êtes tous des ambassadeurs et des ambassadrices. Et donc, vous avez les soucis qui sont ceux de tous les Français qui se trouvent à l'étranger, avec en plus quelques autres.

Tout à l'heure, quand je circulerai parmi vous, certains me parleront, comme le font tous vos collègues dans d'autres pays, de la transformation qui a été, qui commence à être opérée en matière de bourses scolaires. Comment va-t-on s'en sortir ? Est-ce qu'il y a des familles qui vont être laissées sur le bord du chemin ? Non. L'objectif est que le changement qui a été décidé de ce qu'on appelle la PEC, la prise en charge, ne se traduise pas en défaveur des familles. Sinon on n'aurait pas atteint notre but. Et puis je sais que vous avez en plus, évidemment, compte tenu de ce qui s'est passé, de ce qui se passe, des préoccupations en matière de sécurité générale. Je ne crois pas que Le Caire, par comparaison, soit beaucoup plus dangereuse que telle ou telle ville du continent, mais il est vrai que tout ce que vous avez vécu, toute une série d'événements, font que le climat qui a changé positivement par certains aspects, s'est compliqué par d'autres. C'est à nous, quand je dis nous, je me réfère au gouvernement français, l'ambassade, les consulats, de faire ce qu'il faut pour être à votre disposition, mais également de demander aux autorités égyptiennes d'assurer la sécurité comme elles doivent le faire et comme elles le font.

Pour terminer mon propos, je voudrais vous donner une petite carte postale de France. Nous sommes appelés à une tâche très difficile, qui est ce que nous appelons le redressement productif. C'est compliqué parce qu'il y a une crise internationale, des difficultés européennes - même si on sent poindre ici ou là des lueurs d'espérance - et parce que la France a pris toute une série de retards dans certains domaines. Bien, il faut relever les manches, se mettre au travail et opérer des réformes dans la justice. Ce n'est pas facile, mais c'est notre tâche.

J'ai la chance d'être maintenant le chef de la diplomatie française. J'ai fait les choses un petit peu à l'envers parce que j'ai commencé par être Premier ministre, ministre des Finances et des Affaires étrangères. D'habitude c'est plutôt le contraire. Cela me donne un regard actif sur les choses et je pense que la tâche qui m'est confiée - en tout cas je le vis comme tel -, avec des professionnels de grande qualité, est absolument passionnante. Le contrat qui est le mien c'est, à la fois, en France, de défendre les Français de l'étranger ; les Français à l'étranger, et l'étranger en France. C'est aussi de faire le tour du monde un petit peu par étapes, chaque semaine pour écouter et pour rencontrer les dirigeants ; et puis, comme j'ai la chance de le faire ce soir, rencontrer nos compatriotes qui ont décidé de faire une partie ou leur vie toute entière à l'étranger. Croyez-moi, c'est une véritable fierté.

Parfois, vous vous sentez un petit peu loin mais vous ne l'êtes pas, vous êtes très proches de nos préoccupations. C'est une grande force pour la France d'avoir des femmes et des hommes comme vous à travers le monde qui portent leur pays dans leur coeur. Je voulais vous remercier, vous dire qu'en liaison avec les autorités égyptiennes nous allons faire le maximum pour développer le rayonnement de la France dans ce pays parce que je crois au rayonnement de la France.

C'est parfois une vision passéiste qui est portée par ce mot là : la Francophonie. Je ne suis pas du tout d'accord. Je pense que la France n'est pas le plus grand pays du monde, mais c'est un pays absolument singulier et unique qui fait que, bien que n'étant pas le plus grand pays du monde, nous sommes un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Nous sommes une des cinq puissances économique du monde, nous disposons d'une langue aujourd'hui parlée par plus de 220 millions de personnes mais qui, dans 30 ans sera parlée par 700 millions de personnes compte tenu du développement de l'Afrique. Nos valeurs ont fait le tour du monde. Quand nous parlons, nous ne parlons pas simplement pour la France mais également pour beaucoup de peuples à travers le monde, en particulier pour ceux qui n'ont pas de voix.

Croyez-moi, comme cela a été le cas il y a quelques semaines, lorsque je me suis trouvé au siège des Nations unies à New York, pour présider au nom de la France le Conseil de sécurité. J'avais à côté de moi le représentant des États-Unis, de la Chine, du Royaume-Uni, de la Russie, plus les autres membres représentants du Conseil de sécurité. Eh bien, la voix de la France, ce n'est pas exactement la voix d'un autre pays, c'est la voix d'un pays qui parle pour beaucoup d'autres, c'est la voix d'un pays qui souhaite accompagner la liberté qui est à l'origine de la révolution égyptienne tout en évitant l'extrémisme qui serait un désastre non seulement pour la région, mais pour l'Égypte elle-même.

C'est pour tout cela, Mesdames et Messieurs, que je veux en terminant ces propos, vous remercier de ce que vous faites et de ce que vous êtes.

Vive l'Égypte, vive la France, et vive l'amitié entre l'Égypte et la France./.

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6. Entretien du ministre délégué chargé du Développement, M. Pascal Canfin, avec le quotidien «Les Échos» - Extraits - - Paris, 18 septembre 2012

Q - (...) Sur le Traité budgétaire européen (TSCG). La situation a-t-elle, selon vous, évolué depuis fin août ?

R - Il faut relativiser l'importance du vote sur le TSCG car ce traité, négocié par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, est un héritage du passé. Le plus important est que nous soyons d'accord sur l'avenir, la réorientation de l'Europe. Et c'est le cas, notamment sur la fiscalité, l'union bancaire, la politique monétaire ou la communauté européenne de l'énergie. S'agissant du TSCG, il y a (...) des débats. Mais il faut bien comprendre que la ratification de ce traité est une contrepartie dans une grande négociation européenne.

La récente décision du patron de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, montre bien que nous sommes dans une négociation à trois dimensions : le Mécanisme européen de solidarité, le Traité et la politique monétaire. Mario Draghi fait le job sur le plan monétaire et l'Allemagne accepte plus de solidarité en Europe, à condition d'avoir l'assurance d'une discipline budgétaire des autres États. Tous ceux qui veulent de la solidarité à l'échelle de l'Europe doivent regarder l'ensemble de cette grande négociation sans isoler le Traité européen de discipline budgétaire. Le TSCG est loin d'être formidable, mais sa ratification fait partie d'un compromis. Il serait donc souhaitable de ne pas s'y opposer lors du vote de ratification. Il faut être dans la dynamique de la réorientation de l'Europe, pas dans la vision notariale du seul traité.

(...)

Q - Êtes-vous satisfait des résultats de la conférence environnementale ?

R - Le bilan est très positif, car la France s'engage dans la nécessaire transition écologique. Deux grands dossiers en discussion, les gaz de schiste et la fermeture de la centrale de Fessenheim, ont été tranchés dans le sens que nous souhaitions. Et de grandes avancées, sur l'isolation des logements, la relance de la fiscalité écologique ou encore la création de l'agence de la biodiversité ont été enregistrées. Cela est positif pour l'environnement, pour l'emploi et pour l'avenir de l'économie française. Il était important que le chef de l'État donne une date pour l'arrêt de Fessenheim, même si c'est la confirmation d'une promesse de campagne. Les doutes que pouvaient avoir certains sont levés. Que n'aurait-on pas dit si François Hollande n'en avait pas parlé ! Ce calendrier est réaliste. Il n'était pas possible de fermer la centrale tout de suite : l'Alsace aurait été confrontée à un problème d'approvisionnement énergétique et il faut laisser le temps au dialogue social pour la reconversion future des personnels concernés, notamment dans le démantèlement. (...)

Q - Que peut apporter un écologiste comme ministre du Développement ?

R - Je vous ferais tout d'abord remarquer que c'est la première fois qu'il y a un ministre du Développement en France en lieu et place du traditionnel ministre de la Coopération. C'est le signe qu'une page est tournée. La mondialisation nous oblige à voir les choses différemment : aujourd'hui en Afrique nous ne sommes plus seuls, nous sommes en coopération ou en concurrence avec les Allemands, les Chinois, les Britanniques, les Indiens, les Turcs...

Quel est aujourd'hui l'enjeu principal de notre politique de développement ? Contribuer à sortir 1,3 milliards de personnes de la pauvreté tout en nous assurant que les modes de vie des 9 milliards d'habitants que comptera la planète en 2050 seront compatibles avec ses ressources limitées. Concrètement, nous avons déjà réorienté la politique énergétique de l'Agence française de développement pour qu'elle accorde une double priorité aux énergies renouvelables et à l'efficacité énergétique. Cela représente 6 milliards d'investissements sur 3 ans. Je vais aussi m'assurer que les efforts accomplis pour soutenir la production agricole dans les pays du Sud soient compatibles avec les éco-systèmes.

Ce sont des exemples parmi d'autres. Et je suis en charge d'animer les assises du développement et de la solidarité internationale annoncées fin août par le Premier ministre et qui débuteront en octobre. Il n'y en pas eu depuis quinze ans !./.

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7. Déplacement au Liban - Conférence de presse du ministre de la Défense, M. Jean-Yves Le Drian - Extraits - - Beyrouth, 13 septembre 2012

Je suis venu au Liban, trois mois après ma nomination comme ministre de la Défense, à la demande du président de la République française, M. François Hollande, et à l'invitation du président Sleimane dans la ligne de l'entretien que nous avions eu ensemble à Paris, le 12 juillet dernier.

J'observe d'ailleurs, qu'il y a un flux de relations qui se met en place entre le nouveau gouvernement français et les autorités libanaises qui est assez significatif de la relation historique et particulière que la France entend poursuivre avec le Liban.

Dans la droite ligne des entretiens qu'avait eu le président de la République française avec le président du Liban, en juillet dernier, Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, est venu ici il y a peu de temps, dans le courant du mois d'août. Je suis moi-même présent maintenant. Le ministre délégué chargé du Développement, M. Canfin, viendra dans quelques jours. Il sera suivi de la ministre déléguée à la Francophonie, Mme Benguigui, un peu plus tard. Et puis le Premier ministre du Liban, M. Mikati, se rendra en France au courant du mois de novembre. Ce mouvement de rencontres est maintenant très enrichi et nous permet, d'abord, de mieux nous connaître et, en tout cas, d'affirmer avec force l'attachement de la France au Liban et à ce qu'il représente en termes de diversités et de pratiques démocratiques.

Je me suis entretenu cet après-midi avec les principales autorités politiques libanaises. J'ai eu un entretien, assez long, avec le président de la République, avec le Premier ministre, M. Mikati et avec le président du Parlement, M. Nabih Berri et puis, à l'instant, un entretien au ministère de la Défense avec mon collègue, M. Ghosn, accompagné du chef d'État major. Ces conversations vont se poursuivre, maintenant, après notre rencontre. C'est une après-midi et une soirée denses. Je voulais aussi vous informer que j'ai pu m'entretenir avec M. Siniora, chef du groupe parlementaire du «14 mars» pour l'opposition.

Je viens d'abord pour rencontrer les soldats français présents dans la FINUL. Je me rendrai demain, toute la matinée, pour m'entretenir avec eux, avec leur chef et avec le commandant de la FINUL.

Je vais voir la FINUL pour saluer leur travail historique puisque la France est présente avec la FINUL dans le Sud Liban depuis 1978. Cette présence s'est renforcée depuis. Elle a été reconduite, il y a peu de jours, et je m'y rends non seulement pour saluer l'action des soldats français et l'action de la FINUL, mais aussi pour dire à la FINUL et aux autorités libanaises que la France continuera sa présence au sein de cette force sur la durée. Nous avons maintenant à peu près un millier de soldats, un peu moins. Cet effectif sera maintenu dans une volonté de servir la paix dans cette partie du Moyen-Orient et notamment l'intégrité territoriale du Liban.

Je viens comme ministre de la Défense aussi pour avoir des échanges approfondis avec les responsables des Forces armées libanaises. Nous considérons que le renforcement, la structuration, la tonicité, la modernisation des forces armées libanaises constituent un élément de la souveraineté de l'État libanais. Nous avons une collaboration ancienne, forte, qui mérite d'être encore renforcée, tant dans le domaine de la formation, qui est un secteur sur lequel il y a une coopération active depuis de nombreuses années qui se poursuit, que dans le domaine de la définition stratégique ou de l'acquisition capacitaire.

Nous avons eu des entretiens tout à l'heure. Nous allons les poursuivre dans un instant avec le ministre de la Défense et le chef d'État major des forces armées libanaises. Nous entendons bien faire en sorte que les relations qui existent entre la France et le Liban dans le domaine militaire puissent se conforter. La France entend être un partenaire privilégié de la poursuite, de l'affirmation des forces armées libanaises sur ce pays. J'ai rencontré auprès de mes interlocuteurs la même volonté.

Nous allons définir tout à l'heure, une méthode et un calendrier. Ce qui me frappe le plus concernant les forces armées libanaises, c'est l'unanimité des propos que j'ai entendu toute cet après-midi sur le fait que l'armée libanaise, les forces armées libanaises, sont le pilier, l'instrument central, le creuset de l'unité libanaise. Toutes les formations politiques que j'ai pu rencontrer, puisque les autorités que j'ai vu appartiennent à des histoires et à des formations différentes, ont tenu le même propos, la même volonté : l'État libanais ne tiendra bien sa souveraineté que s'il y a des forces armées libanaises vigoureuses, organisées et structurées. Nous allons donc poursuivre ce travail dans la durée.

Enfin, pour conclure mon propos initial, je voudrais vous dire que dans cette période de crise au Proche-Orient, avec les événements graves que nous connaissons en Syrie, il importe que le Liban garde sa stabilité et sa souveraineté. Il importe que le Liban garde sa sérénité, sa solidité, sa souveraineté pleine et entière et qu'il soit en dehors du conflit qui existe dans le pays voisin. Il ne faut pas qu'il y ait d'importation du conflit syrien sur le territoire libanais.

Nous sommes très attachés à l'indépendance et à l'intégrité de ce pays avec lequel tant d'histoire nous lie et aussi tant d'amitié que nous entendons bien poursuivre.

Je n'ai pas beaucoup de temps, je vais poursuivre les discussions.

Q - Monsieur le ministre, des personnalités du «14 mars» demandent à ce que la FINUL étende son mandat jusqu'à la frontière avec la Syrie. Est-ce que la France appui cette proposition ? Pour l'équipement de l'armée libanaise, est ce qu'il y a des propositions concrètes surtout concernant les hélicoptères Gazelle ?

R - Sur la première question qui est une question stratégique majeure, je vais demain voir la FINUL dans le mandat qui lui est confié par le Conseil de sécurité de l'ONU. Il s'agit de la décision 1701 rectifiée par la décision 2064 qui précise bien que le mandat est donné sur le sud Liban avec le soucis de définir la ligne bleue et de préserver la paix dans ce secteur souvent perturbé dans le passé et qui me dit on, mais je m'en assurerai demain, n'a jamais été aussi calme. La force de la FINUL sert à la paix, la présence française y contribue. S'il y avait un autre mandat, nous le regarderions, mais pour l'instant il n'existe pas. Il faudrait d'abord qu'il y ait une demande du gouvernement libanais et ensuite une décision du Conseil de sécurité. Ce n'est pas le cas.

Sur la deuxième question concernant les équipements, je ne vais pas vous faire l'inventaire de nos conversations, mais il est vrai que le dossier des hélicoptères Gazelle est en cours de discussion.

Q - Vous êtes demain matin avec les troupes de la FINUL au Liban, à la frontière israélienne. Ce matin vous étiez à la frontière syrienne côté jordanien avec les troupes françaises. Est-ce que le ministre de la Défense peut nous expliquer quel était le sens de ce voyage et ce que vous en attendez ?

R - Je suis allé en Jordanie hier et ce matin. Ce matin, comme vous le soulignez, j'ai visité le camp de Zaatari, à la frontière entre la Jordanie et la Syrie, là ou la France a décidé, sur la demande du président de la République, d'implanter un groupement médico-chirurgical qui est là depuis maintenant à peu près un mois. Je voulais d'abord saluer, là aussi en tant que ministre de la Défense, les forces françaises qui sont là. Je le dis pour les journalistes français qui m'accompagnent mais aussi pour les autres, cette décision a été prise en plein milieu du mois d'août, pendant une période où la majorité de ceux que vous avez vu étaient en congé. Ils sont venus et le groupement s'est implanté parce qu'il y avait une urgence. À ce moment là, beaucoup de réfugiés syriens passaient les frontières et les autorités jordaniennes souhaitaient qu'il puisse y avoir une implantation dans ce camp.

Cette implantation est un succès, si on peut parler de succès, comme il s'agit de soigner des réfugiés. En tout cas, j'ai pu apprécier la qualité du travail qui se fait là et en particulier la bonne articulation qui existe entre la présence militaire française, les présences militaires autres, marocaines, vous vous en êtes aperçu, mais aussi italiennes, la bonne relation avec les autorités jordaniennes et aussi la bonne relation avec les ONG. Ce qui est, je pense, un acte à la fois humanitaire et politique à l'égard de très nombreux réfugiés syriens qui viennent là trouver un minimum de paix en attendant de revenir. C'est tout ce qu'on leur souhaite.

La France mène une action politique pour aboutir à un règlement de ce drame, à la fois, par la pression internationale, par des initiatives comme celles qui ont été prises à l'ONU à la fin du mois d'août, mais aussi en essayant par de nombreux moyens et de nombreuses interventions de faire en sorte que l'opposition syrienne s'unifie, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, ni à l'intérieur, ni à l'extérieur. Elle est morcelée. Si on veut une alternative politique et préparer le jour d'après, il faut qu'il y ait un embryon de ce qui pourrait devenir le gouvernement provisoire. Nous nous y attelons. C'est plutôt l'action du ministre des Affaires étrangères à cet égard.

Nous menons une action humanitaire, à la fois celle que vous avez vu, mais aussi en aidant d'autres actions humanitaires, certains territoires du nord de la Syrie qui sont maintenant autogouvernés. Nous aidons aussi de manière matérielle même si nous n'avons pas l'intention, ni aujourd'hui, ni demain, de transférer des armes.

Voilà le sens de mon déplacement en Jordanie. J'ai pu m'entretenir, de manière assez dense, avec le roi de Jordanie pour un certain nombre de messages qu'il me demandait de faire passer au président de la République, qu'il va d'ailleurs rencontrer la semaine prochaine à New York.

Je ne pourrais pas répondre à tout le monde et j'en suis désolé, mais avant que l'on passe à la question suivante, je voudrais dire que deux choses me frappe le plus des cinq entretiens successifs que j'ai eus cet après-midi et ce soir.

Les cinq personnalités que j'ai rencontrées - et ce n'est pas les moindres - m'ont tenu le même discours sur la «distanciation». C'est le terme qui a été utilisé par mes cinq interlocuteurs. Je ne suis pas un grand spécialiste de l'histoire politique libanaise mais quand je vois les histoires personnelles de ces cinq interlocuteurs, je constate qu'ils ne sont pas de la même origine, de la même histoire mais les cinq disent «distanciation».

Et puis j'ai constaté la même unité - je l'ai dit tout à l'heure mais je voudrais l'articuler avec «distanciation» -, sur le rôle imminent que doivent jouer les forces armées libanaises pour l'avenir. Les cinq ont tenu le même propos, j'en conclu donc qu'il y a une certaine unité libanaise.

Q - J'ai deux questions Monsieur le Ministre : la première concerne la relation franco-libanaise sur le plan militaire, sachant que le Liban jusqu'à présent n'a pas encore ratifié l'accord militaire de défense avec la France. Avez-vous évoqué ce point avec les autorités libanaises ? La deuxième question concerne la Syrie : est-ce que la France, avec d'autres pays européens, a déjà évoqué au Conseil de sécurité la possibilité d'établir une «buffer zone», «safe zone» ou «no fly zone». Pouvez-vous élaborer la position de la France à cet égard ?

R - Sur la première question, le Traité de défense franco-libanais de 2008 existe dans les faits. Il a été ratifié par le Parlement français, il ne l'est pas encore par le Parlement libanais mais il est appliqué avant même d'être voté ; il n'y a donc plus que cela à faire et à concrétiser ce qui se passe déjà. Je pense que le président du Parlement y veillera. Ce n'est pas à moi qu'il faut poser cette question, c'est aux autorités libanaises. Honnêtement, l'état d'esprit est extrêmement positif.

Sur la deuxième question, qui est importante, il faut dire les choses très clairement.

D'abord, «no fly zone» c'est un terme qui était un peu utilisé il y a une quinzaine de jours, trois semaines, cela revenait de manière récurrente. Nous avons regardé, au niveau français, ce que cela signifiait et d'autres l'ont regardé aussi. Une «no fly zone» sur l'ensemble de la Syrie, voire même sur une partie significative de la Syrie, signifie la mobilisation de tellement de moyens que nous sommes dans une situation de guerre. On en revient à la nécessaire délibération antérieure du Conseil de sécurité qui pour l'instant ne nous permet pas d'agir.

Une autre question est apparue, que les Turcs ont appelé «zone tampon» à un moment donné, cela remonte à une quinzaine de jours. Maintenant on en parle moins et on parle plutôt de «zones libérées» ou de «sécurisation des zones libérées». Nous regardons cette question. Ce n'est pas impossible, mais cela suppose un certain nombre de préalables qui aujourd'hui ne sont pas remplis. Pour que la question d'une zone de sécurité libérée se pose, il faudrait d'abord qu'il y ait un périmètre libéré, homogène et suffisamment vaste. Il faudrait ensuite, que sur ce périmètre, il y ait une autorité reconnue, autorité locale potentiellement embryon d'une autorité nationale.

Troisièmement, il faudrait que cette autorité le demande. À qui ? Peut-être à des voisins, qui eux-mêmes demanderaient le soutien d'autres. Mais nous n'y sommes pas encore. Si c'était le cas, il faudrait s'assurer de la bonne volonté à ce sujet des voisins concernés.

Ensuite, il faudrait s'assurer de la bonne sécurisation de l'ensemble du secteur concerné avec les moyens de sécurisation qui permettraient à toutes les personnes qui vivent dans cette zone d'avoir la sécurité. C'est un sujet sur lequel nous travaillons. Les conditions politiques de leurs mises en oeuvre ne sont pas aujourd'hui réunies. À la première question, nous ne savons pas encore répondre. (...)./.

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8. Point de presse du porte-parole du ministère des Affaires étrangères - Entretien de Mme Benguigui avec le vice-ministre des Affaires étrangères vietnamien - Birmanie - Somalie/Assassinat d'un journaliste à Mogadiscio - Afghanistan - Japon/Nucléaire - Réactions au film islamophobe - Situation de M. Loïk Le Floch Prigent - Iran/Syrie - Chine/Japon - Francophonie/Québec - Paris, 18 septembre 2012

 

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Entretien de Mme Yamina Benguigui avec le vice-ministre des Affaires étrangères vietnamien (18 septembre 2012)

Mme Yamina Benguigui, ministre déléguée chargée de la Francophonie, a reçu ce matin M. Nguyễn Ngọc Sõn, vice-ministre des Affaires étrangères et envoyé spécial du président de la République socialiste du Vietnam. Lors de cette rencontre, ils ont confirmé leur engagement commun en faveur de la Francophonie et évoqué la XIVe «Conférence des chefs d'État et de gouvernement des pays ayant le français en partage», qui se tiendra à Kinshasa les 13 et 14 octobre prochain.

2 - Birmanie

La France salue la quatrième amnistie décrétée par le président birman depuis le début de son mandat. Il s'agit d'une nouvelle étape sur la voie de la réconciliation nationale.

La France rappelle son attachement à la libération de tous les prisonniers politiques. Elle souligne également la nécessité de faire des progrès dans d'autres domaines, notamment sur les questions ethniques : les hostilités n'ont pas cessé dans l'Etat de Kachin, et la situation humanitaire demeure critique dans l'Arakan.

3 - Somalie - Assassinat d'un journaliste à Mogadiscio

Nous avons appris avec consternation l'assassinat du caméraman indépendant Zakariye Mohamed Mohamud Moallim, survenu dans la soirée du 16 septembre 2012 à Mogadiscio.

La France exprime sa solidarité à sa famille, ses proches et ses collègues.

La France condamne avec la plus grande fermeté ce nouveau meurtre affectant les journalistes en Somalie.

Nous demandons que toute la lumière soit faite sur ce crime odieux et que ses auteurs soient identifiés et jugés.

La France réaffirme son engagement constant en faveur de la liberté de la presse à travers le monde et du libre exercice par les journalistes de leur profession.

Lors de la 21e session du Conseil des droits de l'Homme se tenant à Genève du 10 au 28 septembre, la France soutient une résolution transrégionale portant sur la protection des journalistes.

4 - Afghanistan

Q - Est-ce que vous avez des informations par rapport à l'attentat ? J'ai vu qu'il y avait des militaires français sur place ? Est-ce qu'il y aurait des civils français concernés ?

R - C'est un attentat qui est intervenu en effet sur la route de l'aéroport à 6h46 heure locale. Il y aurait 12 morts, des blessés, pas de Français à notre connaissance.

5 - Japon / Nucléaire

Q - Le gouvernement japonais a annoncé l'arrêt progressif de la production d'électricité d'origine nucléaire et selon vous quel serait l'impact sur la politique française et particulièrement l'avenir de la filière d'essais nucléaires ?

R - C'est une annonce qui a été faite par le gouvernement japonais la semaine dernière. Premièrement, il s'agit dune décision souveraine des autorités japonaises. Les choix de politique énergétique relèvent de la politique interne de chaque pays et bien évidemment la France respecte la décision prise par le Japon concernant la redéfinition de sa politique nucléaire. Ensuite, nous avons avec le Japon une coopération qui est très dense et très ancienne sur le nucléaire civil et nous poursuivrons ce dialogue. Nous restons notamment au côté de nos partenaires japonais pour les accompagner sur tous les sujets d'intérêt commun et en particulier pour la mise en place de leur nouvelle autorité de sûreté nucléaire.

Pour répondre à votre question sur les déchets, le retraitement et le MOX, plus largement les combustibles nucléaires usés d'origine japonaise, nous sommes tout à fait confiants dans la volonté des autorités japonaises de respecter leurs engagements relatifs au retour au Japon de ces matières issues du retraitement.

Q - Donc le gouvernement de France a demandé aux autorités japonaises de faire une coopération pour faire avancer cette politique particulièrement d'essais nucléaires. Donc le gouvernement français a demandé au Japon de récupérer les déchets comme prévu ?

R - Il y a des engagements avec des calendriers précis. Encore une fois, c'est une décision différente de la décision prise par le gouvernement japonais et annoncée vendredi, qui est une décision souveraine, un choix de politique énergétique qui est la sienne et que nous respectons. Mais ce sont deux sujets différents.

6 - Réactions au film islamophobe

Q - Un mot sur les manifestations provoquées par le fameux film islamophobe. Est-ce que vous pouvez faire un point sur des inquiétudes particulières par rapport à des intérêts français et est-ce que la manifestation salafiste de ce week-end à Paris change la donne ?

R - Plusieurs choses :

1. Ce qui a déclenché ces manifestations, pas seulement dans le monde arabe, dans le monde musulman de manière générale, c'est un film méprisable. En tout état de cause, rien ne peut justifier ce qui s'est produit en Libye puisque en Libye, il y a non seulement eu une manifestation, mais le meurtre de l'Ambassadeur américain dans ce pays et de trois de ses collaborateurs.

2. Il n'y a pas eu de menaces particulières s'agissant des implantations diplomatiques et consulaires françaises dans ces pays. Cela étant, nous avons fait passer deux messages.

- Le premier à destination de nos ressortissants de manière générale, et je rappelle que nous avons environ 300 Français présents en Libye et une vingtaine à Benghazi. Nous leur avons fait passer un message de vigilance et de prudence, afin qu'ils évitent de prendre des risques ou de s'exposer de manière inutile. Nous l'avons fait par SMS notamment, par tous les moyens qui sont à notre disposition pour joindre les communautés françaises expatriées.

- Le deuxième message est à destination des autorités de ces pays, pour leur rappeler qu'en application des conventions internationales, c'est le pays hôte qui est le premier responsable de la sécurité des missions diplomatiques et consulaires. C'est une obligation que nous avons rappelée à ces pays et parallèlement, nous avons fait passer un message de prudence à nos personnels et nous avons rehaussé la sécurité de nos implantations, ce qui signifie très concrètement, par exemple, une sécurité renforcée des accès à nos locaux.

Q - Concernant la manifestation de ce week-end à Paris, est-ce qu'elle change la donne ? Est-ce un élément nouveau à prendre en compte ?

R - C'est surtout une question de sécurité intérieure. Je vous renvoie à ce qu'a dit le ministre de l'Intérieur, M. Manuel Valls, sur ce sujet.

7 - Situation de M. Loïk Le Floch Prigent

Q - À propos du transfert de Loïk Le Floch Prigent de Côte d'Ivoire au Togo, est-ce qu'à votre connaissance les règles internationales d'extradition, de transfert, ont été respectées, ou est-ce qu'il y aurait eu une extradition assez rapide ? Est-ce qu'il y a vraiment une procédure de police à police qui existe en droit international ?

R - Il y a eu une certaine confusion au cours du week-end sur ce qui s'était exactement passé. M. Loïk le Floch Prigent a été arrêté à l'aéroport d'Abidjan. La protection consulaire a commencé à s'appliquer dès son arrestation à Abidjan. Par protection consulaire, on entend essentiellement deux choses : la première, c'est s'assurer que la personne concernée a bien accès à un avocat et que ses droits sont respectés ; la deuxième chose, c'est vérifier qu'il est correctement traité, c'est-à-dire par exemple qu'il a accès à un médecin, accès à un traitement médical s'il en a besoin, chose également vérifiée pour ce qui concerne M. Loïk Le Floch Prigent à Abidjan. Il a ensuite été transféré d'Abidjan à Lomé. À nouveau, lorsqu'il est arrivé à Lomé, la protection consulaire s'est appliquée, c'est-à-dire que notre ambassadeur s'est inquiété de savoir qu'il avait un avocat, et il a en effet un avocat à Lomé, et s'il était correctement traité. Notre ambassadeur l'a vu avec un médecin, le médecin de l'ambassade.

Pour répondre précisément à votre question sur l'extradition, là aussi il y a eu une certaine confusion. Je crois avoir lu dans certaines dépêches de l'AFP que son avocat se plaignait qu'il ait été enlevé dans un premier temps. Puis il y a eu une dépêche rectificative pour dire qu'il n'avait pas été enlevé mais extradé dans des conditions qui n'auraient pas été correctes. Je comprends que ce n'est pas une procédure d'extradition au sens juridique du terme, mais que son transfert d'Abidjan à Lomé a été fait en application d'un accord de coopération policière de décembre 2003 qui lie les deux Etats dans un cadre plus général, qui est un cadre régional CEDEAO. Bien évidemment, tant qu'il est détenu, la protection consulaire s'applique et donc nous continuerons à le voir aussi souvent qu'il le souhaitera et aussi souvent que cela sera nécessaire.

8 - Iran / Syrie

Q - On parle de la présence de gardiens de la révolution iranienne au Liban. Lors de la réunion du comité quadripartite au Caire, l'Iran a demandé l'envoi d'observateurs. Quelle est votre opinion ?

R - Sur le premier point, je voudrais rappeler l'attachement qui a été de nombreuses fois répété ici et par le ministre des Affaires étrangères lui-même, l'attachement de la France à la préservation de la souveraineté et de la stabilité, de l'intégrité et de l'indépendance du Liban. C'est une position de principe générale. Cet attachement est d'autant plus fort, compte-tenu du contexte actuel de dégradation de la crise syrienne. En d'autres termes, ce que nous voulons éviter, c'est que la crise syrienne déborde par contagion sur le Liban. Nous condamnons sans ambiguïté toutes les atteintes à ces principes, quelles qu'elles soient.

Q - (Inaudible)

R - Même chose. C'est la position de principe française. Ce qui est à préserver dans un cas comme dans l'autre, c'est l'intégrité de ces pays, l'intégrité territoriale de ces pays, et la souveraineté territoriale de ces pays. Tout ce qui peut porter atteinte à ces deux principes, qu'il s'agisse de la Syrie ou du Liban, nous le condamnons sans aucune ambiguïté.

Le deuxième point que vous abordiez, c'est le déploiement d'observateurs. Je ne suis pas sûr de comprendre exactement ce que propose l'Iran.

Je vais essayer d'y répondre de manière indirecte. L'Iran serait le bienvenu s'il souhaite contribuer à la stabilité régionale mais pour cela il y a un certain nombre de conditions qu'il doit remplir, qui ont été ici rappelées plusieurs fois. Elles sont de deux ordres. La première touche à la lumière qu'il doit faire sur la nature de son programme nucléaire. Cela vient de plus après le rapport présenté il y a quelques jours devant le Conseil des gouverneurs de l'AIEA et la résolution adoptée par ce même Conseil. Pour le dire de manière très générale, c'est la nécessité pour l'Iran de coopérer pleinement avec l'Agence et de se conformer à ses obligations internationales telles que formulées par le Conseil de sécurité des Nations unies et le Conseil des gouverneurs de l'AIEA. C'est la première condition. La seconde condition, c'est d'arrêter les violations sur son sol des droits de l'Homme. Si l'Iran respecte ces deux conditions, il est le bienvenu pour contribuer à la résolution de la crise syrienne, plus largement à la stabilité de cette région.

Q - Seriez-vous d'accord pour l'envoi d'observateurs si le comité quadripartite le décidait ?

R - Nous verrons les propositions qui seront formulées une fois qu'elles seront officiellement présentées. Nous verrons à ce moment-là ce que nous pourrons répondre à ce sujet.

9 - Chine / Japon

Q - Quel est le positionnement de la France en ce qui concerne le conflit territorial qui oppose la chine au Japon sur les îles Senkaku Diaoyu ?

R - C'est une situation que nous suivons avec beaucoup d'attention et de vigilance. J'ai relevé ce matin dans les différentes dépêches une déclaration du ministre chinois de la Défense, à l'occasion d'une rencontre qu'il a eue avec son homologue américain, M. Léon Panetta. Il a dit de mémoire qu'il espérait «une solution pacifique et négociée». C'est exactement notre position. Un appel au calme et à la retenue, un appel au respect du droit et également un appel à la résolution pacifique des différends territoriaux, et cela conformément au droit international.

Q - Je crois que M. Hollande a reçu lundi M. Luc Oursel le président d'Areva. Plus précisément, sur les conséquences sur la filière nucléaire française de la sortie du nucléaire japonais, Areva c'est 6 % de son chiffre d'affaire. Savez-vous s'il y a des discussions actuellement entre les autorités françaises, Areva et les autorités japonaises? En effet, le week-end dernier, peu avant l'annonce, on sait que l'ambassadeur français au Japon a rencontré le Cabinet du premier ministre japonais. Savez-vous ce qui s'est dit ?

R - Des discussions, des contacts, nous en avons de manière permanente, soit en effet, à Tokyo au Japon, via notre ambassade sur place, soit ici à Paris.

Nous discutons de tous les sujets, notamment de politique énergétique, notamment de la décision annoncée par le gouvernement japonais, nous aurons certainement l'occasion d'y revenir avec eux, pour qu'ils nous disent un peu plus précisément quelles sont les modalités, quelles sont les échéances et comment ils envisagent de gérer tout cela. C'est une décision souveraine des autorités japonaises, personne ne la conteste évidemment.

De plus, les entreprises elles-mêmes se parlent entre elles. Areva a ses propres canaux de contacts et de discussions.

Pour ce qui concerne notre coopération, elle a plusieurs dimensions. Elle a des dimensions liées à la sûreté nucléaire. Elle a des aspects plus concrets immédiatement qui tiennent en effet à la mise en oeuvre des engagements sur le retraitement. Nous n'avons absolument aucun doute sur le fait que ces engagements seront exécutés comme ils doivent l'être.

10 - Francophonie / Québec

Q - Concernant la Francophonie et le Québec, Mme Pauline Marois va être à Kinshasa. Parle-t-on d'une visite en France après ? Cela se confirme-t-il ?

Y aura-t-il une inflexion de la politique française à l'égard du Québec avec peut-être un réchauffement ou plutôt un rapprochement avec le Québec ?

R - Concernant une visite de Mme Marois à Paris, sur le principe, tout le monde en sera certainement d'accord mais sur la date, je n'ai pas d'information particulière.

Concernant votre seconde question, la relation entre la France et le Québec est non seulement directe et privilégiée mais elle est très ancienne, elle a plus de cinquante ans. Ce sont des liens qui ont été développés entre le Québec et la France par les gouvernements successifs, quelle que soit leur sensibilité politique. Et c'est, par ailleurs, une relation qui touche quasiment toutes les sphères de la société.

La relation entre le Québec et la France, c'était le sujet notamment d'un entretien téléphonique le 12 septembre entre le président de la République et Mme Marois nouvellement élue. Les orientations de ce partenariat resteront les mêmes avec la densité maximale qu'on pourra leur donner, notamment pour tout ce qui touche à la culture, la francophonie, la recherche scientifique, la mobilité des étudiants, la mobilité professionnelle. Nous entendons bien poursuivre dans cette voie et en faire encore plus dans tous ces domaines./.

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9. Déplacement en Pologne - Participation du ministre délégué chargé des Affaires européennes, M. Bernard Cazeneuve au «Groupe informel de réflexion sur l'avenir de l'Europe» - Déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères - Paris, 17 septembre 2012

Le ministre délégué chargé des Affaires européennes, M. Bernard Cazeneuve, a représenté ce lundi 17 septembre M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères à Varsovie, à l'invitation de M. Sikorski, ministre polonais des Affaires étrangères, pour participer à la dernière réunion du «Groupe informel de réflexion sur l'avenir de l'Europe».

Ce groupe informel, lancé au début de l'année à l'initiative de M. Westerwelle, ministre allemand des Affaires étrangères, a fourni un important travail et donné lieu à des échanges de qualité. Les travaux du groupe informel ont mis en évidence l'engagement commun des participants à l'élaboration de notre avenir européen, ainsi que la richesse et la diversité des réflexions dans cette perspective. Ils constituent une contribution stimulante et utile aux réflexions qui se poursuivent au sein de l'Union européenne, sans pour autant s'y substituer.

Les difficultés que traverse actuellement l'Union européenne imposent de tracer des perspectives claires pour l'avenir et de donner un nouveau souffle au projet européen, afin de restaurer la confiance dans la construction européenne. Les efforts de la France et de ses partenaires européens doivent désormais se poursuivre dans le cadre des travaux conduits par M. Van Rompuy, président du Conseil européen, en vue de renforcer l'Union économique et monétaire. La France présentera ses propositions dans ce contexte.

Pour la France, la réponse à la crise économique et financière que connaît la zone euro et l'Europe dans son ensemble constitue le premier enjeu et la priorité immédiate. Cette réponse doit d'abord être donnée dans le cadre des traités actuels, dont l'entrée en vigueur est encore récente. Comme l'a indiqué le président de la République à plusieurs reprises, chaque progrès dans l'intégration devra s'accompagner de pas supplémentaires dans la mise en place et l'utilisation d'instruments de solidarité. C'est dans ce cadre que, le moment venu, des adaptations des traités pourraient être envisageables, comme le couronnement de ce processus d'intégration solidaire./.

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