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Bulletin d'actualités du 10 septembre 2012


Sommaire



1. Déplacement en Algérie - Entretien de la ministre déléguée chargée de la Francophonie, Mme Yamina Benguigui, avec des journalistes algériens - Extraits - Alger, 7 septembre 2012

Q - Vous avez rencontré aujourd'hui M. Messahel. Pourrait-on avoir une idée sur les sujets que vous avez abordés avec lui ?

R - Je l'ai déjà rencontré hier. Je crois que j'en suis à la quatrième rencontre avec lui. On s'est vu à Accra, à Addis-Abeba. Nous avons eu une longue discussion sur la situation au Mali et au Sahel. J'ai le sentiment qu'hier en fin de journée, nous étions d'accord pour dire - comme l'avait dit déjà Laurent Fabius - qu'il n'y a pas de solution politique pure ni de solution militaire pure et qu'il n'y a pas de modèle. On est obligé d'être à l'écoute de différents paramètres, avoir une pleine compréhension de ce qui se passe. Il faudra une combinaison qui est à fabriquer.

Hier soir, nous avons conclu avec M. Messahel de nous mobiliser pour que la réunion de haut niveau sur le Sahel qui est prévue le 26 septembre à New York, en marge de l'Assemblée générale, soit l'occasion d'une approche commune, d'une parole commune, pour la résolution de ce problème.

M. Messahel a souhaité que le groupe des Amis du Mali, qui réunit douze pays dont la Mauritanie, le Niger, la CEDEAO, les États-Unis, la France, l'Union européenne, puisse se mettre autour de la table et commencer à pouvoir converger dans le même sens. Il faut arriver le 26 septembre avec une seule voix ; c'est très important. C'est à mon sens une proposition extrêmement intéressante qui peut aboutir à un nouveau regard et à des décisions le 26 septembre. J'en discuterai avec Laurent Fabius et avec le président François Hollande. J'aimerais vous confirmer que la France est vraiment favorable à cette concertation.

Q - Étant de parents algériens, que représente pour vous le cinquantenaire de l'indépendance et est-ce que cela peut être une occasion de relancer les relations franco-algériennes ?

R - Le cinquantième anniversaire de l'indépendance est extrêmement important, et ce plus personnellement pour moi. Cette année, le président François Hollande va rendre visite à l'Algérie (...). Je le rappelle, l'Algérie est le deuxième pays francophone et cette langue française a muté, elle a laissé tomber ses habits du colonialisme - définitivement - et le dialogue doit se faire de façon égalitaire, à hauteur d'homme. Le président François Hollande est très sensible à cette question d'humanisme et surtout d'égalité. (...)

Je pense que ce n'est pas anodin que cette visite se passe l'année du cinquantième anniversaire de l'indépendance, cela peut vraiment être le point de départ d'un dialogue.

On doit parler de la mémoire : elle est importante, elle est capitale dans les ferments de l'enracinement dont je parlais, capitale aussi pour les générations à venir. Nous avons une histoire commune. Comment pouvons-nous avancer ?

Ma préparation du voyage du président François Hollande, c'est aussi pour revenir vers lui après vous avoir entendus, après avoir entendu aussi ce qui se passe dans l'édition, comment on avance dans la formation, comment on avance sur certains dossiers qui sont restés bloqués parce qu'il n'y avait pas de possibilité de dialoguer ensemble. Il est temps de se remettre plus souvent autour d'une table, d'avoir des relations plus rapprochées. Nous n'avons pas à changer de discours les uns et les autres : nous devons être nous-mêmes et avancer ensemble.

Q - Comment évaluez-vous les relations algéro-françaises, sont-elles bonnes, pas bonnes, est-ce que cela avance, est-ce que cela n'avance pas, et que va changer la visite de M. François Hollande ?

R - Je n'ai pas fini ma visite, elle va se continuer cet après-midi et demain matin. Je crois qu'on a un gros besoin, une grosse demande de dialogue dans tous les domaines.

Il y a beaucoup de dossiers qui sont restés bloqués, dont des dossiers importants : par exemple celui de la formation pour moi est capital, celui de la formation des jeunes journalistes est capital. Dans toute cette politique de coopération éducative, culturelle - je mets de côté pour le moment le côté économique - on peut débloquer beaucoup de choses.

Mais il faut savoir que les rapports entre les deux pays, on ne va pas se voiler la face sur ces questions-là : on dit chez nous on a du «nif» et le «nif», la fierté algérienne - une très grande fierté - fait que parfois on va se bloquer et les choses ne vont pas avancer. Cela est très important, nous devons aussi tenir compte de l'autre, il n'est pas question que vous changiez de «nif», on doit juste l'entendre. Donc là où je suis, au ministère de la Francophonie, vous avez vu mon équipe, on fait partie de cette génération, nous sommes nés en France mais nous avons aussi la chance d'être, dans notre identité, Algériens. Je pense que je pourrais débloquer des situations avec notre ambassadeur, avec l'équipe de l'ambassade aussi, qui connaît parfaitement bien les dossiers qui bloquent.

Il faut aussi se dire qu'il y a eu des élections - c'est toujours complexe, pendant un an tout est un peu bloqué, et c'est pendant l'année du cinquantième anniversaire de l'indépendance. Il faut être positif. Je n'y vois pas de problème nauséabond, je n'y vois pas de choses tordues, je vois simplement que c'est juste dramatique de ne pas avancer et donc cela me préoccupe beaucoup et j'ai envie, en partant d'ici, que vous me fassiez confiance et que je puisse revenir dans quelques semaines en vous disant, en vous annonçant : cela s'est débloqué. Parce que là, on est dans la chaîne humaine et que c'est cette chaîne humaine qui fonctionne mal.

Q - En termes de conception des relations algéro-françaises, est-ce que François Hollande sera un président de rupture ? Dans sa campagne électorale, il y avait des signes apaisants. Est-ce que ce sera une visite de réconciliation ?

R - Personnellement, le mot réconciliation, cela doit faire 20 ans que je l'entends. Je crois qu'aujourd'hui il faut passer à l'action. Aujourd'hui, vous avez le peuple français et le peuple algérien, je crois qu'ils ont très envie et déjà cela marche bien. C'est pour cela que je disais tout à l'heure l'importance de créer ces liens, cette chaîne humaine, ce dialogue. Et surtout le président François Hollande viendra avec un grand discours, tout comme il fera un grand discours sur l'Afrique.

Je l'ai dit : il y a eu d'énormes maladresses dans les mots, nous devons le reconnaître. J'ai été très malheureuse quand des mots très durs ont été prononcés il y a quelques années, et un mot ne remplace pas un autre mot, un mot ne peut pas guérir d'un autre mot : donc le mal a été fait dans la relation avec l'Algérie sur la colonisation. Nous avons définitivement changé de langage, et il y a une volonté des deux côtés d'aller vers un avenir commun. On parle de ce dialogue et de ce partenariat exceptionnel : je pense que c'est bien d'attendre M. François Hollande et il vous parlera avec ses mots. Je crois qu'il prépare un grand discours et je suis contente de ce moment. Il marquera l'avancée de ces deux pays.

Q - Vous faites allusion à certains discours du président Sarkozy, lesquels ? Par ailleurs, une rencontre avec le président Bouteflika était-elle prévue, et si c'était le cas pourquoi a-t-elle été annulée ?

R - Elle n'a pas été prévue donc pas annulée.

Je ne parlais pas des discours du président Sarkozy, c'est surtout la question des bienfaits de la colonisation. Quand on a essayé de faire cela, cela a été très violent. Mais je peux vous dire que cela a été très violent pour la plupart des Français. Ils ne peuvent pas accepter ce qui a été dit. Je pense que nous devons reconnaître que ce qu'il y a eu, ce n'est même pas de la maladresse, c'est très vexatoire. Et l'on n'avait pas besoin de cela. Cela a beaucoup ralenti tout ce qui était en marche dans cette coopération, aussi bien une coopération économique qu'une coopération culturelle qui pour moi est capitale.

Q - Trouvez-vous que le dialogue ne fonctionne pas entre la France et l'Algérie ?

R - Si on en est là à se poser des questions sur une nouvelle page, si nous nous demandons : «Qu'allons-nous faire ? Qu'est-ce qui se passe ?», cela ne me donne pas l'impression que tout roule. Il y a des malentendus : ce n'est pas qu'il y a eu une rupture de dialogue - je ne pense pas - mais nous devons radicalement changer de posture. C'est l'occasion, cet anniversaire, d'amorcer quelque chose ensemble, au-delà de l'histoire - puisque le président Bouteflika l'a rappelé.

Comment pouvons-nous avancer ensemble dans la coopération ? Quand je n'ouvre pas un dialogue, comment puis-je savoir qu'un dossier est bloqué ? On doit d'abord s'écouter, on doit peut-être se mettre en colère et ensuite, au bout, on avance. Comment on règle le dossier, comment ? Je sors de la réunion ce matin avec Mme la ministre de la Culture : il y a des listes entières de dossiers qui sont bloqués ou dans un sens ou dans un autre et ce que l'on nous demande, en tout cas ce que l'on m'a demandé, dont j'ai senti l'importance, c'est de pouvoir parler, de pouvoir se comprendre sur des dossiers économiques, sur des dossiers culturels.

Ce n'est pas un dialogue juste algérien-français, ce n'est pas cela. Je parle d'une autre étape. Il n'y en a jamais eu de rupture de dialogue, à ce que je sache. Là, c'est une nouvelle façon d'amorcer le dialogue. Il y a par exemple Marseille 2013 : il y a des problèmes mais on n'en a pas parlé, sur les artistes, sur la visibilité de l'Algérie. À partir du moment où nous avons entendu, nous pouvons agir, mais nous avons aussi d'autres problèmes. Idem pour le Sahel : M. Messahel propose de pouvoir dialoguer ensemble pour pouvoir chercher des solutions et pour converger ensemble, pour qu'il n'y ait qu'une seule voix à un moment donné.

Q - Quels progrès doivent être faits dans la coopération culturelle et éducative ?

R - Dans le gouvernement précédent, il n'y avait pas de ministère de la Francophonie : ce n'est pas lié à Nicolas Sarkozy, c'est que depuis je ne sais plus combien d'années, il n'y avait pas de ministère de la Francophonie. Qu'est-ce que la Francophonie ? C'est l'espace francophone, ce sont beaucoup de pays africains, c'est aussi le Canada, la Belgique, la Suisse, le Maghreb : nous avons une langue commune. On peut être journaliste en RDC et travailler avec cette langue.

Le président François Hollande a tenu à ce que l'on puisse avancer et évoluer dans tout ce qui est éducatif et culturel, que l'on ne soit pas bloqué. L'espace francophone doit s'entendre avec la singularité des nations, nous devons savoir ce que nous pouvons faire ensemble. La langue française est un peu notre moteur, c'est ce qui fédère, la langue française n'appartient pas à la France. Ce n'est pas cela la Francophonie. Et même quand on parle d'écrivains français, on pourrait dire que ce sont des écrivains francophones : ils ont cela en commun, cette langue.

Ce que je peux apporter via ce ministère, c'est de pouvoir avancer sur des dossiers qui bloquent, qui sont bloqués - nous parlions d'édition tout à l'heure - mais on parle aussi d'éducation, et je peux travailler en transversal avec le ministère de l'Éducation, le ministère de la Culture, et aussi le ministère des Femmes. Le ministère de la Francophonie, c'est un ministère qui travaille. Et puis, il y a aussi la francophonie en France, et là elle touche l'immigration. L'immigration s'est fossilisée dans les banlieues. (...) Je crois qu'il y a un gros travail à faire avec cette langue française pour que cela redonne du lien avec le pays d'origine (...). Si vous ne parlez pas une langue, vous restez immobile dans votre territoire. C'est tout cela la francophonie.

Q - La francophonie a-t-elle quelque chose à apporter sur le plan économique ?

R - Je parle souvent de la francophonie économique : l'espace francophone est immense, on a comme on le disait tout à l'heure une grande partie de l'Afrique, de très grands pays et ils ont en commun la langue française. C'est un atout majeur pour la France, comme pour les pays africains. Je crois que les étudiants ont malheureusement été malmenés, tout ce qui a été fait sur la politique des visas, on se doit de revoir tout cela. Parce que ces étudiants seront les cadres futurs du pays et ce seront les partenaires des Français. On a absolument à revisiter toute cette page. L'économie est capitale entre les deux pays, et encore une fois dans l'espace francophone.

Vous savez aussi, Monsieur, pour répondre à votre question que la mission de M. Raffarin a été renouvelée ; il y a une volonté de continuer ce qui a été fait.

Q - Est-ce qu'il faut dissocier la question de la mémoire et les relations économiques entre la France et l'Algérie ? Est-ce qu'il y a de la place pour une approche globale ? Le document-cadre de partenariat est-il appelé à devenir un traité d'amitié ? Qu'en est-il du projet de loi visant à criminaliser la colonisation ? C'est un projet que prépare le gouvernement et qui est toujours «dans l'air du temps» apparemment. Compte tenu des positions prises par Laurent Fabius sur cette question, est-ce que le gouvernement serait favorable à une loi de ce type ?

R - Sur la toute première question, - faut-il dissocier le volet économique et la question de la mémoire - je pense qu'il faut dissocier. Je ne pense pas - pour le bien des relations économiques, de la jeunesse, du travail, de cette «noria» - que les histoires de mémoire, qui sont capitales - c'est quelque chose qui me touche énormément -, doivent interférer. Je pense que la rencontre entre le président Bouteflika et le président François Hollande sera très importante.

Sur toutes les questions concernant les lois mémorielles, nous devons mettre en avant le dialogue, plutôt qu'une loi.

Je comprends à quel point c'est complexe et ce n'est pas cela qui doit nous empêcher de travailler : il faudrait qu'on puisse aller deux fois plus vite. Mais on ne doit pas passer sur ces questions et on ne doit pas les oublier : elles sont au centre du débat et au centre de la visite, vous le savez. Laissons la primeur aux deux chefs d'États./.

 

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2. Entretien de la ministre déléguée chargée des Français de l'étranger, Mme Hélène Conway-Mouret, avec «France Inter» - Paris, 7 septembre 2012

 

Q - Bonjour Hélène Conway, vous êtes la ministre des Français de l'étranger. On parle souvent de nos compatriotes comme s'ils étaient des nantis ?

R - Pas du tout, ce sont des Français à part entière comme le sont les Français de France. Il y a en effet des riches, des moins riches et des pauvres, malheureusement.

Q - Et qui ont une ministre.

R - En effet.

Q - Parmi vos dossiers, il y a, entre autres, l'enseignement du français. Y a-t-il une augmentation de la demande d'enseignement de cette langue à l'étranger ?

R - Oui, absolument et c'est parce que notre réseau d'établissements français d'enseignement à l'étranger a le mérite d'avoir une réputation d'excellence depuis longtemps. Aujourd'hui, ces établissements sont reconnus par nos compatriotes bien sûr mais aussi auprès de nos concitoyens européens ainsi que, localement, dans certains pays tels que l'Espagne et le Maroc où nous avons des générations entières qui ont été éduquées par la France et qui sont passées par nos établissements scolaires. La demande est exponentielle, elle est en moyenne de 4 % par an donc venant de populations différentes et qui ne sont pas réservés aux enfants français.

Q - Madame la Ministre, pour développer cet enseignement sans moyen supplémentaire, vous allez valoriser le projet FLAM.

R - En effet. FLAM [programme d'origine associative à l'initiative des familles] correspond d'abord au Français comme langue maternelle. L'idée est venue, il y a une vingtaine d'années, de permettre à des enfants français qui ne sont pas scolarisés parce qu'ils se trouvent trop loin d'une école existante ou tout simplement parce que, malheureusement, les frais de scolarité sont assez élevés et que certaines familles ne peuvent pas se les permettre, de se retrouver une fois par semaine pour jouer en français.

C'est très important pour un certain nombre de familles où simplement l'un des conjoints parle le français, dans un environnement où la langue française n'est pas utilisée du tout. L'idée étant de déclencher chez ces enfants l'envie de parler français parce qu'ils réalisent qu'ils peuvent jouer en français - ils apprennent des chansons, ils font du théâtre, de la musique - et surtout, chez les parents, de la transmettre à leurs enfants. Ce sont des blocages parce que l'enfant ne comprend pas pourquoi le père ou la mère lui parle une langue qui n'est partagée par personne. À partir du moment où elle est partagée par d'autres enfants, elle devient une langue qu'ils ont envie de s'approprier et le retour dans la famille est très positif. Le père ou la mère français d'un seul coup se retrouve à pouvoir raconter des histoires le soir, etc.

C'est une façon de transmettre la langue avec tout ce qui va avec.

Q - Vous allez intervenir auprès de l'Assemblée des Français de l'étranger. Par le biais de leurs représentants, qu'attendent-ils de vous, vous c'est-à-dire la République ?

R - Ce qu'ils attendent du ministère, je crois, c'est d'enfin s'intéresser aux outils que nous avons, tel que le réseau consulaire qui offre des services administratifs. C'est le service public rendu à nos concitoyens, l'outil des établissements scolaires, la sécurité aussi qui est assurée par l'État, par les consulats, la présence de nos agents consulaires, de nos ambassadeurs à l'étranger.

Il y a un certain nombre d'aides telle que l'aide sociale qui sont encore offertes et données à ceux de nos concitoyens qui sont dans l'embarras ou aussi, malheureusement, qui souffrent de handicap physique et auxquels la solidarité nationale se prête./.

 

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3. Déplacement en Italie - Communiqué conjoint de la ministre du Commerce extérieur, Mme Nicole Bricq et du ministre du Développement économique, des Infrastructures et des Transports, M. Corrado Passera - Paris, 6 septembre 2012

 

Dans la poursuite des échanges très réguliers entre les deux gouvernements, la ministre française du Commerce extérieur, Mme Nicole Bricq, et le Ministre italien du Développement économique, des Infrastructures et des Transports, M. Corrado Passera, se sont entretenus aujourd'hui à Rome.

Cet échange de vues a notamment été l'occasion de rappeler la détermination commune de la France et de l'Italie visant à consolider et protéger la zone euro. Il a également permis d'évoquer les questions de politique commerciale de l'Union européenne vis à vis des pays tiers. En effet, les deux pays convergent sur ce sujet en refusant l'un et l'autre toute forme de protectionnisme. En ce qui concerne les accords de libre-échange actuellement en cours de discussion (Canada, États-Unis, Japon), les deux ministres ont réitéré les quatre conditions indispensables à leur acceptation : respect du principe de réciprocité, impact positif sur l'emploi pour l'Union européenne, respect des exigences des normes internationales sur les plans social et environnemental et progressivité de l'ouverture des marchés, afin de ne pas déstabiliser les secteurs les plus sensibles de nos économies.

Enfin, dans la perspective du 30e sommet franco-italien, qui doit se tenir en France en décembre prochain, les deux ministres ont souligné la qualité et l'intensité de la coopération économique bilatérale. Trois secteurs sont à développer particulièrement : l'aéronautique, l'énergie et le spatial. Les deux ministres se sont également engagés à renforcer les relations entre les PME-PMI françaises et italiennes. Pour ce faire, un groupe de travail sera créé, en liaison avec les organisations professionnelles de nos deux pays, qui communiquera ses propositions à l'occasion du sommet bilatéral./.

(Source : site Internet du Ministère du Commerce extérieur)

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4. Point de presse du porte-parole du ministère des Affaires étrangères - Nomination de l'ambassadeur Jean-Claude Schlumberger au poste de chef de mission de l'OSCE au Kosovo - République démocratique du Congo - Paris, 10 septembre 2012

 

1 - Nomination de l'ambassadeur Jean-Claude Schlumberger au poste de chef de mission de l'OSCE au Kosovo

Nous nous réjouissons de la nomination, par la présidence irlandaise en exercice de l'OSCE, de l'ambassadeur Jean-Claude Schlumberger à la tête de la mission de l'OSCE au Kosovo (OMIK).

L'OMIK est la plus vaste mission de terrain de l'OSCE. Elle agit dans le cadre de la résolution 1244 du Conseil de sécurité des Nations unies et compte 667 agents et un budget de 22 millions d'euros en 2012. Ses missions visent à établir un appareil de sécurité publique, responsable et transparent, à accompagner la démocratisation des institutions et à favoriser le respect par les autorités centrales et locales des droits de l'Homme et des personnes appartenant à des communautés minoritaires. Son rôle lors des élections présidentielles et parlementaires serbes de mai dernier a été essentiel et apprécié par toutes les parties.

La France témoigne une fois de plus de son engagement en faveur du Kosovo et de la stabilité régionale. Elle soutient activement l'action de l'Union européenne au Kosovo et est présente dans les rangs de la KFOR et au sein de la mission EULEX, actuellement dirigée par le général Xavier Bout de Marnhac. Les autorités françaises apporteront tout leur soutien à M. Schlumberger dans l'accomplissement de sa mission.

2 - République démocratique du Congo

Q - Pouvez-vous confirmer qu'une délégation du M23 était présente à Paris la semaine dernière et y a-t-il eu des contacts avec le Quai d'Orsay ?

R - Nous n'avons pas connaissance du déplacement d'une délégation du M23 à Paris.

La France réitère une nouvelle fois sa condamnation du M23 et de ses agissements dans l'Est de la République démocratique du Congo./.

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5. Attentats en Irak - Communiqué du porte-parole du ministère des Affaires étrangères - Paris, 9 septembre 2012

 

La France condamne avec la plus grande fermeté les attentats perpétrés depuis hier dans plusieurs villes d'Irak, qui ont coûté la vie à plus de cinquante personnes et fait des centaines de blessés.

Elle adresse ses condoléances aux familles des victimes.

Nous condamnons particulièrement l'attentat devant le consulat honoraire de France à Nassiriyah, au cours duquel un policier irakien et un passant ont été blessés.

La France fait pleinement confiance aux autorités irakiennes pour mener l'enquête et traduire les auteurs en justice.

La France exprime sa solidarité aux autorités irakiennes dans leur lutte contre le terrorisme. Elle se tient à leurs côtés dans leurs efforts pour édifier un pays prospère, et une société apaisée, démocratique, respectueuse de sa diversité et des droits de l'Homme./.

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6. Otages français au Sahel - Communiqué du porte-parole du ministère des Affaires étrangères - Paris, 8 septembre 2012

 

Nous procédons aux vérifications d'usage pour attester l'authenticité de la vidéo diffusée sur un site mauritanien d'informations en ligne. Elle montre quatre otages français actuellement détenus au Sahel depuis près de deux ans.

Le gouvernement demeure pleinement mobilisé pour obtenir la libération de nos ressortissants, dans le respect du principe de discrétion qui doit caractériser nos efforts dans ce type de situation. Le ministère des Affaires étrangères entretient un contact régulier avec les familles de nos otages./.

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7. Syrie - Entretien du Représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec la radio «NPR» - New York, 8 septembre 2012

 

Traduction non-officielle

Q - La semaine dernière s'est achevée la présidence française du Conseil de sécurité des Nations unies. Le Représentant permanent de la France, l'ambassadeur Gérard Araud, a eu à faire face à un problème éminemment difficile dans son ordre du jour : que faire à propos de la Syrie ? L'Ambassadeur Gérard Araud est avec nous aujourd'hui depuis son bureau de New York. Monsieur l'Ambassadeur, je vous remercie beaucoup d'être avec nous.

R - Bonjour.

Q - Monsieur l'Ambassadeur, il semble que de plus en plus de civils meurent chaque jour en Syrie. À quel point, ces derniers mois ont-ils été une source de frustration ?

R - Cela a été extrêmement frustrant parce que nous avons vu sombrer la Syrie dans ce qui est aujourd'hui une véritable guerre civile. Nous avons désespérément essayé de l'éviter, car ce pays a un potentiel incroyable de violence : violence au sein de la Syrie et malheureusement aussi au-delà de ses frontières.

Q - Pouvez-vous nous donner un aperçu des discussions qui ont eu lieu lors du Conseil de sécurité et surtout nous expliquer pourquoi le Conseil de sécurité n'est pas parvenu à un accord sur un plan d'action pour au moins tenter quelque chose ?

R - En fait, nous avons fait face à trois vetos russes à la suite sur la même crise, et nous n'avons pas connu une telle situation depuis la fin de la guerre froide. Je pense qu'il y a un différent politique fondamental. Les Russes nous disent : «Nous avons le choix entre, d'un côté, Assad, et de l'autre côté, les islamistes radicaux. Nous n'aimons pas tellement Assad, mais nous le préférons aux radicaux islamistes». Ils soutiennent Assad et ils tentent d'empêcher, avec succès, le Conseil de sécurité de faire pression sur Assad.

De notre côté, nous leur disons «avec votre politique, nous allons avoir Assad et les islamistes radicaux». Plus nous attendons, plus les islamistes radicaux sont influents au sein de l'opposition, plus l'opposition se radicalise. Il s'agit d'un véritable débat, à la fois politique et très difficile.

Q - Monsieur l'Ambassadeur, l'opposition est-elle composée d'islamistes radicaux ? Peut-on dire cela ?

R - Au début, il ne s'agissait pas d'islamistes radicaux. Il s'agissait simplement de Syriens protestant contre une dictature brutale et corrompue, en place depuis quarante ans. Mais plus le temps passe, plus les extrémistes arrivent. Al-Qaïda a commencé à être active en Syrie en provenance de l'Irak, et nous savons qu'il y a également des Salafistes en provenance d'Irak aussi. Il est évident que dans une guerre civile, le plus souvent, l'opposition se radicalise au fil du temps. Il y a un danger que les extrémistes aient une influence sur le résultat final de la crise. C'est la raison pour laquelle, au-delà de l'aspect humanitaire, nous voulons vraiment résoudre la crise le plus rapidement possible.

Q - Monsieur l'Ambassadeur, je n'ai probablement pas besoin d'apprendre à un diplomate français qu'il y a certaines inquiétudes, des inquiétudes très similaires du moins, par rapport à ce qui s'est produit en Bosnie il y a quelques années, avec des massacres qui se sont poursuivis... Les démocraties européennes, y compris la France et la Grande-Bretagne, avaient envoyé des troupes en Bosnie et des forces de maintien de la paix, mais ont fini par regretter leur inaction. Ce risque se reproduit-il maintenant ?

R - Je pense que nous pouvons conclure que, malheureusement, les perspectives d'action sont désormais en dehors du Conseil de sécurité. Nous avons tous conclu que rien n'y est possible en raison de la position russe et chinoise. Nous collaborons en dehors du Conseil de sécurité avec nos amis américains, britanniques, mais aussi avec la Turquie et nos amis arabes pour travailler avec l'opposition, la soutenir dans sa lutte contre le régime.

Nous croyons aujourd'hui que l'opposition qui combat Assad n'est pas encore dominée par les islamistes radicaux. Il y a là des Syriens qui veulent simplement avoir un pays démocratique. Bien sûr, l'opposition est très divisée, fragmentée, parce que ce sont des gens simples qui manifestent dans leur ville, puis après cela entrent en résistance contre le régime. Nous considérons que, pour éviter la guerre civile et le chaos après la chute d'Assad, pour éviter aussi la victoire des radicaux, nous devons travailler avec l'opposition modérée, pour l'aider à s'organiser, à constituer un vrai gouvernement qui serait être en mesure de donner des garanties aux minorités.

Pendant notre présidence, nous avons essayé de rassembler le Conseil de sécurité sur les questions humanitaires, parce que deux millions de Syriens vivent dans une situation très précaire. Ils manquent de nourriture, de médicaments, de nourriture pour les enfants. Mais franchement, c'était impossible. Le Conseil est trop divisé, il y a une différence fondamentale entre les Russes et les Chinois d'un côté, et nous de l'autre côté. Pour le moment, je ne vois aucun moyen d'obtenir l'implication du Conseil de sécurité. Si l'une des deux parties décide de négocier, si le gouvernement décide de négocier, peut-être le Conseil de sécurité pourra-t-il revenir sur la scène, mais pour l'instant, je ne vois aucun moyen de sortir du blocage auquel nous sommes confrontés.

Q - Gérard Araud, voilà qui soulève une autre question. Quel est l'avenir de l'Organisation des Nations unies si elle ne peut pas trouver un terrain d'action commun pour ce qui est l'une des plus graves catastrophes que connaît la planète ?

R - Franchement, je suis toujours un peu surpris par ce genre de question parce que les Nations unies, en soi, sont un groupe de nations désunies. Les Nations unies ne peuvent travailler que lorsque ses membres décident de travailler ensemble. Sur un grand nombre de questions, par exemple le conflit israélo-palestinien, les membres du Conseil de sécurité sont tellement divisés que l'ONU, comme vous le savez, ne peut rien faire. L'ONU est efficace lorsque, sur certaines questions, les États membres décident qu'ils ont un intérêt commun à trouver une solution commune. Il y a beaucoup de questions pour lesquelles nous n'avons pas réussi à le faire. Sur l'Afghanistan, l'Irak, le conflit israélo-arabe, le rôle de l'ONU est très marginal. Il y a des problèmes, en Afrique, sur lesquels nous travaillons ensemble. Mais sur beaucoup de questions, nous ne le pouvons tout simplement pas. Ce n'est pas la responsabilité de l'ONU, il en va de la responsabilité des nations qui sont en désaccord.

Q - Avez-vous hâte à votre prochaine présidence ?

R - Notre prochaine présidence est dans quinze mois.

Q - Et pensez-vous que vous aurez à résoudre les mêmes problèmes ?

R - J'espère que dans 15 mois la crise syrienne aura trouvé une solution pacifique. Mais pour l'instant, au-delà de cet acte de foi, je ne peux pas répondre à votre question./.

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8. Conférence annuelle des chefs de délégation de l'Union européenne - Discours du président du Conseil européen, M. Herman Van Rompuy - Bruxelles, 5 septembre 2012

 

Excellences, Mesdames, Messieurs, ou comme je peux le dire après deux ans et demi, Chers Amis, c'est pour moi un immense plaisir de prendre à nouveau la parole au cours de votre Conférence annuelle.

Chaque année, je fais personnellement la connaissance d'un plus grand nombre d'entre vous : vous êtes nombreux à avoir participé à des réunions avec moi à Bruxelles ou à avoir préparé mes visites à l'étranger et à m'avoir accompagné lors de ces visites... tandis que Pierre Vimont est à présent une «vieille» connaissance, nous nous voyons régulièrement...!

Je voudrais commencer par vous remercier personnellement pour l'aide compétente que j'ai reçue de votre part et de la part de votre équipe au cours de l'année écoulée, dans tous les pays que j'ai visités. Votre rôle actif et vos conseils judicieux sont toujours précieux. Le Service européen pour l'action extérieure a désormais atteint sa vitesse de croisière! Nous devons ce succès, parmi tant d'autres, à la Haute représentante Cathy Ashton.

C'est pour moi un privilège de pouvoir m'adresser à vous tous au moins une fois par an.

Vous aussi, vous devez trouver utile de «rester en contact», d'autant plus que les évolutions internes n'ont jamais autant influé sur votre travail qu'aujourd'hui. Depuis que la crise financière a éclaté, nos partenaires internationaux ont tenu, et on les comprend, à suivre chacun de nos gestes.

Expliquer ce que nous faisons, les contraintes politiques auxquelles nous sommes soumis, rassurer nos partenaires sur notre capacité à continuer à aller de l'avant, telles sont en ce moment quelques-unes de nos principales priorités en matière de politique étrangère.

À cet égard, vous occupez le devant de la scène dans le cadre de la réponse globale de l'Union européenne à la crise. C'est pourquoi je tiens à saisir cette occasion pour, avant tout, faire avec vous le point de la situation.

Je voudrais dire pour commencer que nous avons parcouru un très long chemin. En presque trois années, nous avons renforcé les règles relatives à la surveillance des budgets, des bulles et des banques, nous avons créé des mécanismes de secours, nous avons élaboré des programmes d'aide pour les pays en difficulté, nous nous sommes engagés sur la voie de l'assainissement budgétaire et de la réforme structurelle dans tous les États membres, et, en plus de tout cela, nous intensifions notre investissement commun en faveur de la croissance et de l'emploi.

Certaines de ces mesures auraient été impensables il y a deux ans. Certes, nous ne sommes pas encore au bout du chemin. Mais je suis convaincu que nous y arriverons, et je vous dirai comment dans un moment.

Essayons tout d'abord de comprendre pourquoi de nombreux observateurs - et, à n'en pas douter, nombre de vos interlocuteurs quotidiens ! - sous-estiment la cohérence de nos actions.

D'une part, la crise à laquelle nous sommes confrontés est complexe. Nous parlons de crise budgétaire, de crise de la compétitivité, de crise bancaire, crises qui se chevauchent et parfois se renforcent mutuellement. Sans surprise, il en résulte des appréciations divergentes des causes profondes de la crise parmi les dirigeants politiques et au sein de l'opinion publique.

D'aucuns mettent en cause des dépenses publiques inconsidérées, d'autres des prêts octroyés à la légère par les banques ou une surveillance défaillante, et d'autres encore incriminent les faiblesses systémiques de l'UEM. Il n'y a pas de réponse unique. Ni de solution simple. Pour citer Einstein, «pour chaque problème, il y a une solution qui est simple, claire et fausse». En l'occurrence, il existe plusieurs solutions simples, claires et fausses, comme tout simplement laisser la Grèce sortir de la zone euro, ou tout simplement injecter de l'argent dans le système sans condition, ou créer comme par magie un État fédéral sur le modèle américain...

Il y a aussi l'indéniable complexité de notre structure institutionnelle. Dix-sept (ou parfois vingt-sept) gouvernements doivent se mettre d'accord, et convaincre leur opinion publique et leur parlement, souvent peu enthousiastes. Avec comme résultat que la rapidité de notre processus décisionnel n'est pas toujours à la hauteur des attentes. Nous ne sommes pas un État, nous sommes une Union!

Dès le départ, nous avons oeuvré sur deux fronts: nous nous sommes attachés à combattre la crise immédiate et à faire en sorte qu'elle ne se reproduise plus. Depuis le début, nous avons dit et démontré par nos actes que «nous-ferons-tout-ce-qui-est-nécessaire-pour-préserver-la-stabilité-financière-de-la-zone-euro». Cela est presque devenu notre devise européenne, notre mantra !

Ce qui m'amène aux raisons pour lesquelles je suis convaincu que nous allons y arriver. Elles sont au nombre de trois.

Premièrement, il existe une volonté réelle parmi les dirigeants de l'Union européenne de s'attaquer à la nature systémique de la crise; d'achever l'édifice. C'est là un fait nouveau. Tous conviennent désormais que la crise n'est pas uniquement la somme des problèmes des différents pays, mais le résultat des faiblesses de l'architecture de l'Union économique et monétaire. Tous souhaitent à présent mettre chaque problème sur la table, sans tabou. Et tous admettent que nous ne pouvons plus résoudre nos problèmes à court terme sans relever les défis qui se posent à long terme.

Comme l'a dit un banquier central, si nous voulons que les investisseurs achètent des obligations à dix ans, il est naturel qu'ils veuillent, de leur côté, savoir où en sera la zone euro dans dix ans.

Notons les signes les plus évidents à ce jour de ce changement d'état d'esprit: en mai, le Conseil européen a approuvé mon initiative visant à présenter un rapport sur les différentes options pour l'avenir de l'Union économique et monétaire. En juin, il m'a demandé d'établir, en étroite collaboration avec les présidents de la Commission, de la Banque centrale européenne et de l'Eurogroupe, une «feuille de route spécifique et assortie d'échéances précises pour la réalisation d'une véritable union économique et monétaire».

Il ne faut pas se laisser induire en erreur par la formulation prudente de nos conclusions : il s'agit bel et bien d'une phrase importante et ambitieuse.

Les dirigeants s'engagent à donner à l'UEM sa forme définitive, solide et stable, dans les années à venir. Et, pour avoir parlé avec plusieurs d'entre eux ces dernières semaines, voire ces derniers jours, je peux confirmer que leur volonté politique ne faiblit pas.

Concrètement, un processus de consultation de toutes les institutions et des États membres sera lancé, qui donnera lieu à un rapport intermédiaire en octobre (portant sur les questions de fond) et à un rapport final en décembre (qui traitera également des aspects juridiques et institutionnels). Ces rapports porteront plus particulièrement sur les quatre éléments essentiels retenus dans le rapport que nous avons diffusé en juin :

i) une union bancaire - afin d'éviter que les contribuables n'aient systématiquement à payer la facture en cas de défaillance bancaire ;

ii) une union budgétaire - afin d'éviter les déficits intenables, notamment par le biais de mécanismes d'exécution et de solidarité au niveau central ;

iii) une union économique - afin d'accroître ensemble la compétitivité de toute la zone euro; et

iv) une union politique plus étroite - afin de garantir que ces mesures s'appuient sur une légitimité et une responsabilité démocratiques renforcées.

Ces quatre éléments sont indissociables: les avancées dans un domaine dépendront des progrès engrangés dans un autre. Le principe-clé sous-jacent est que nous devons faire tout ce qui s'impose pour rendre l'euro solide et sûr. Certains commentateurs - ainsi, sans conteste, que nombre de vos interlocuteurs - affirment que nous nous trouvons devant un choix difficile : nous séparer ou nous transformer sans plus attendre en une fédération. Ils se trompent. Ce n'est pas ainsi que fonctionne l'Europe. Nous surmonterons la crise, non par la révolution, mais grâce à des réformes et en évoluant. La tâche qui nous attend est de définir le contenu et l'ordre des différentes étapes.

La deuxième raison pour laquelle je suis convaincu que nous surmonterons la crise est que les efforts de réforme déployés par les différents États membres commencent à porter leurs fruits. Ceci revêt une importance capitale, car les pays en difficulté ont besoin de voir que les choses évoluent dans le bon sens. À court terme, les réformes peuvent s'avérer coûteuses et difficiles, mais, à moyen terme, elles contribueront à la croissance et à l'emploi.

Nous pouvons déjà constater des changements réels à cet égard. Un rapport récent révèle une amélioration en ce qui concerne deux indicateurs clés pour la compétitivité, à savoir les «coûts salariaux unitaires» et les déficits commerciaux. Les réformes structurelles progressent également. Il y a nettement plus de convergence en termes d'évolution et de politiques économiques qu'il y a deux ans. L'Espagne et le Portugal ont rendu leur marché du travail plus flexible. La Grèce a libéralisé 150 professions réglementées. L'Italie a adopté une série impressionnante de réformes structurelles. En Irlande, les coûts salariaux ont considérablement diminué et ce pays a déjà partiellement retrouvé l'accès aux marchés.

La semaine dernière, j'ai rendu visite au Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy. Je rencontrerai également, dans le courant de la semaine, les Premiers ministres Samaras et Monti. Bien que les situations auxquelles ils doivent faire face soient très différentes, ils sont tous déterminés à guider leur pays vers des eaux plus sûres. L'Irlande est sur la bonne voie, de même que le Portugal. Et évidemment, tous les autres États membres s'emploient également sans relâche à réformer leurs économies. Mais ont-ils vraiment le choix ?

Ce qui m'amène à la troisième raison pour laquelle je suis confiant : pendant que ces réformes sont menées, il existe une volonté de prendre les mesures à court terme nécessaires.

Comme je l'ai déjà indiqué, les adaptations à mettre en oeuvre dans les pays qui sont soumis aux pressions des marchés sont difficiles et leurs résultats ne sont pas immédiats.

Les primes de risque que l'on demande pour certains pays ne sont pas toujours justifiées par leurs fondamentaux économiques (et c'est un euphémisme !). En outre, les marchés financiers dans la zone euro sont de plus en plus fragmentés, ce qui complique singulièrement la mise en oeuvre d'une politique monétaire unique. Cette situation n'est pas tenable. Dans ce contexte, des réformes sont nécessaires au niveau national mais elles pourraient ne pas suffire à court terme. Pour de tels cas, les dirigeants européens se sont dits prêts, lors du Conseil européen de juin, à apporter une aide supplémentaire.

Parallèlement la BCE a présenté, le 2 août, un cadre qui définit une série d'actions susceptibles d'être menées pour remédier à la fragmentation des marchés financiers. Je soutiens sans réserve les efforts que déploie la Banque centrale européenne à cet égard.

Il est essentiel de garder à l'esprit que toutes les décisions concernant des mesures à court terme - qu'elles soient prises par la BCE ou d'autres institutions - s'inspirent de notre vision à long terme. Et de cette vision, un élément se détache: l'euro est là pour rester !

La lutte contre la crise financière n'est pas une simple question de politique intérieure.

Cette question était au coeur des discussions menées par le G20 à Cannes et à Los Cabos, où nous avons connu des moments plus heureux (encore une fois, c'est un euphémisme !).

Pour le Conseil européen, la défense de l'euro est devenue un élément essentiel de notre politique étrangère. Pourtant, cela va sans dire, nous faisons bien plus. Le point que l'on a coutume d'appeler «affaires étrangères» figure en permanence à notre ordre du jour. Il me paraît essentiel que nous lui consacrions du temps lors des réunions du Conseil européen. Il s'agit de donner des orientations et des impulsions stratégiques et de préparer les sommets bilatéraux et multilatéraux, des réunions du G8 et du G20 aux négociations dans le cadre du réchauffement climatique ou aux discussions relatives à la sécurité nucléaire. Il s'agit aussi de réagir en commun aux évènements qui nécessitent l'engagement et l'action de l'Union au plus haut niveau: non seulement l'escalade de la crise en Syrie et ses implications au niveau régional, mais aussi l'Iran, le Printemps arabe, le voisinage oriental, en nous appuyant, en tant que de besoin, sur le travail précieux accompli par le Conseil des Affaires étrangères sous la houlette de la Haute représentante, dont je salue le dévouement.

De manière plus générale, le pessimisme existentiel qui condamne parfois la politique étrangère de l'Union européenne au déclin n'a pas lieu d'être. En fait, il est impressionnant de voir à quel point notre politique étrangère est inscrite dans notre quotidien et combien son champ d'action s'est élargi. De la Birmanie/du Myanmar au Proche-Orient, du Kosovo à la Somalie, les Vingt-sept parlent d'une même voix. Cette réalité est souvent sous-estimée par les observateurs extérieurs, et même intérieurs !

Je sais d'expérience que cette communauté de vues nous permet également de disposer d'une base solide lors des sommets bilatéraux que nous tenons avec nos partenaires stratégiques. Lorsque le président Barroso et moi-même rencontrons nos homologues, ces positions communes nous permettent de nous exprimer au nom de l'Union tout entière.

Avec les États-Unis - où nous entretenons d'excellentes relations avec l'administration Obama et où nous savons, d'un côté comme de l'autre, que, en dépit de tous les bouleversements géopolitiques qui surviennent dans le monde, nous demeurons les partenaires les plus proches. Avec la Chine, les relations s'intensifient sur plusieurs fronts, ce qui nous permet de chercher des solutions dans les domaines où les problèmes subsistent, par exemple l'accès au marché dans des conditions d'égalité pour nos industries. Avec la Russie, qui est géographiquement la plus proche et constitue donc un partenaire indispensable, nous pouvons nous féliciter de succès communs, tels que l'adhésion de la Russie à l'OMC, et nous continuerons d'oeuvrer à établir une plus grande confiance et à surmonter les différences. Les relations avec notre voisinage demeurent essentielles: maintenir la perspective européenne des Balkans occidentaux reste l'une de mes priorités.

Je me suis également rendu dans la plupart des pays relevant du partenariat oriental et j'entretiens des contacts réguliers avec les dirigeants de ces pays. Nous restons déterminés à trouver une solution aux «conflits gelés». C'est à l'aune des efforts déployés par tous ces pays pour mener des réformes économiques et politiques, que l'on mesure le pouvoir d'attraction exercé par l'Union.

Si l'on se tourne vers le sud, le Printemps arabe demeure pour nous, Européens, le moment le plus important de ces dernières années: l'histoire en marche. Mettre en place des démocraties stables sera une véritable gageure, qui se heurtera à de nombreux obstacles et forces antagonistes, mais le processus est désormais enclenché. C'est la raison pour laquelle nous devons oeuvrer de concert avec les nouveaux gouvernements qui ont été formés.

Je veux faire en sorte que le Conseil européen continue à définir des orientations pour asseoir la position de l'Union sur la scène internationale. En juin, j'ai fixé un certain nombre de priorités pour le reste de mon mandat, qui court jusqu'à la fin de 2014. En ce qui concerne les affaires étrangères, outre les domaines que je viens de mentionner, je souhaite également consacrer davantage de temps au commerce et à la défense.

Le commerce, tout d'abord, en tant qu'instrument permettant de rétablir la croissance et de créer des emplois en Europe: le Conseil européen doit continuer de soutenir les négociations en cours et à venir relatives à la conclusion d'accords de libre-échange. La défense, ensuite, y compris «la mutualisation et le partage des ressources» de nos capacités militaires, est un autre sujet que j'entends mettre sur la table du Conseil européen.

Le travail que vous accomplissez sur le terrain, à savoir coordonner et orienter les positions des 27, est vital pour permettre à l'Union européenne de jouer pleinement son rôle dans le règlement des crises au niveau régional et des grands problèmes mondiaux auxquels notre planète est confrontée. Telle est et demeure la mission de l'Europe, même dans ces temps difficiles marqués par l'émergence de nouvelles puissances, des bouleversements géopolitiques, des menaces sur l'environnement, des forces attisant la haine et la violence et mettant en péril la solidarité entre les sociétés et en leur sein.

Pour assurer la sécurité de nos citoyens, leur bien-être économique et la survie des valeurs démocratiques, que nous nous sommes employés, au prix d'efforts considérables, à affirmer et à consolider, nous, Européens, n'avons d'autre choix que de coopérer de manière plus étroite, tant au sein de l'Union qu'en dehors de celle-ci. Ici aussi, c'est davantage d'Europe dont nous avons besoin.

Sans tomber dans le travers de l'autosatisfaction, je suis intimement convaincu que l'Europe a encore un message à délivrer au monde entier: elle constitue un continent en paix et il règne un mode de vie que beaucoup aspirent à partager.

Dans un monde en mutation, rien ne peut être considéré comme acquis et il nous faut nous adapter en permanence.

Mais l'histoire penche du côté de nos valeurs. Le monde n'a jamais été aussi démocratique qu'il l'est aujourd'hui. Cela devrait nous donner la confiance nécessaire pour surmonter nos difficultés internes et s'ouvrir davantage encore au reste du monde.

Merci pour le rôle que vous jouez à cet égard. Merci./.

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