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Bulletin d'actualités du 31 août 2012


Sommaire



1. Entretien du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec «Europe1» - Paris, 31 août 2012

 

Q - Vous venez de présider, au nom de la France, le Conseil de sécurité des Nations unies sur la Syrie. Vous avez tenu des paroles fortes, qu'est-ce qui peut, qu'est-ce qui va bouger ?

R - La réunion était consacrée aux problèmes humanitaires, parce qu'une catastrophe humanitaire est en train de se produire, non seulement en Syrie, mais dans les pays limitrophes de la Syrie : Jordanie, Turquie, Liban et même Irak. C'est la première fois que l'on traitait ces questions humanitaires en tant que telles. J'avais demandé que viennent aussi les ministres des Affaires étrangères de ces pays.

Sur le plan humanitaire, il y a des choses qui peuvent avancer. Il faut en particulier - c'est très matériel - un financement beaucoup plus important qu'aujourd'hui pour accueillir tous ces réfugiés. Et puis, il faut surtout que Bachar Al-Assad respecte le droit humanitaire. Les problèmes humanitaires sont la conséquence des difficultés politiques et, sur ce plan, il faut bien reconnaître que le Conseil de sécurité, malheureusement, est divisé à cause de l'attitude des Russes et des Chinois.

Q - Cette fois, Hillary Clinton pour les États-Unis, Sergueï Lavrov pour la Russie et le ministre chinois étaient absents. Ils ne croient pas à l'efficacité des Nations unies, est-ce que c'est, d'après vous, une réunion pour rien, même si vous vous battez ?

R - Non, je ne crois pas. Tous les pays - sauf évidemment la Syrie - qui était représentés ont remercié la France d'avoir pris cette initiative, en particulier les pays qui sont le plus directement concernés, c'est-à-dire les pays voisins. C'est positif aussi parce qu'un certain nombre de pays ont annoncé des contributions financières supplémentaires, et puis personne ne pourra dire maintenant qu'il ne savait pas.

Q - Mais l'essentiel, est-ce que c'est de venir en aide aux exilés, aux blessés, aux réfugiés, ou d'empêcher qu'il y ait des réfugiés, des blessés et des morts chaque jour ?

R - Les deux, mais, évidemment, on ne peut pas durablement avoir une influence sur les conséquences si on ne s'attaque pas aux causes. Alors les causes c'est le problème politique, et là les solutions divergent. Il y a le soutien de tous au nouveau médiateur Lakhdar Brahimi mais, en même temps, il y a une résistance des Russes, des Chinois, que l'on va essayer de surmonter. La France est le pays le plus en pointe dans son soutien à l'opposition à Bachar Al-Assad, c'était clair et c'était net.

Q - Est-ce que pour la France et les Européens le moment est venu de saisir la cour pénale internationale ?

R - Oui, nous avons dit, William Hague, le ministre britannique des Affaires étrangères, et moi-même, qu'une commission des Nations unies avait commencé à travailler, qu'il était établi que M. Bachar Al-Assad s'était rendu coupable de crimes contre l'humanité.

Nous tenons à ce que ces crimes ne soient pas impunis. Deux procédures sont envisageables : les tribunaux syriens du futur régime ou la Cour pénale internationale.

Q - Le président Hollande et vous-même, comme Barack Obama, avez menacé Bachar Al-Assad : en cas d'utilisation d'armes chimiques, une intervention directe serait alors légitime, une intervention militaire. Vous le répétez ?

R - Je le répète. Nous sommes absolument intransigeants sur ce point. Nous sommes d'ailleurs en relation avec nos partenaires, dont les États-Unis. Ces armes bactériologiques et chimiques sont d'un danger extrême.

Q - Vous avez des preuves que la Syrie en possède et vous savez où elle les cache ?

R - Bien sûr, nous suivons cela au jour le jour. Je ne vais pas rentrer dans les détails, pour des raisons évidentes, mais il est certain que nous jugeons M. Bachar Al-Assad responsable de l'utilisation de ces armes. S'il y avait la moindre tentative d'en faire utilisation directement ou indirectement, la réponse serait immédiate et fulgurante.

Q - Mais qui déclencherait les premières frappes, ou les premières réactions ?

R - Vous me permettrez de garder cela pour nos partenaires et pour nous-mêmes.

Q - Mais la décision est prise ? L'opération militaire, si elle a lieu, aurait-elle lieu avec, ou même sans l'accord des Nations unies ?

R - Le bactériologique et le chimique c'est d'une autre nature que les armes, j'allais dire, ordinaires.

Q - Donc on peut se passer des Nations unies cette fois-là ?

R - Non, mais la réglementation est différente. Il est certain que compte tenu des conséquences de la diffusion possible, on ne peut pas supporter, même un instant, la manipulation de ces armes.

Q - Mais Bachar Al-Assad est prévenu. Récemment vous avez confirmé, vous aussi, Laurent Fabius, qu'il fallait se débarrasser du Syrien. Qui doit faire le «job» et comment ?

R - Il y a un aspect politique, c'est le travail qui est confié à M. Brahimi. La position, en avance j'allais dire, de la France, c'est que nous travaillons beaucoup pour l'unification de l'opposition syrienne, en faisant attention à deux points centraux. D'abord il faut que le nouveau gouvernement qui, nous l'espérons, sera mis en place, soit représentatif de la totalité du spectre ; ce n'est évidemment pas facile puisqu'il faut unifier tout cela. Deuxièmement, il faut qu'il y ait une garantie que le nouveau gouvernement respectera toutes les communautés.

Q - On n'est pas sorti de l'auberge syrienne.

R - Mais non, mais c'est une évidence. Il ne s'agit pas de se débarrasser de Bachar Al-Assad si c'est pour avoir, ou bien les intégristes, ou bien un régime aussi...

Q - Ça veut dire que cette fois-ci on est vigilant à ce qui peut se passer après.

R - On est vigilant, bien sûr.

Q - Vous avez rencontré beaucoup de monde. Qui est prêt à accorder à Bachar Al-Assad et à sa femme l'asile politique, qui en veut ?

R - Je ne pense pas que ce soit la question principale.

Q - Mais on veut se débarrasser, pour lui il y a...

R - J'espère que s'il dégage, pour employer un slogan qui a été utilisé pour d'autres, un pays l'accueillera, mais l'essentiel c'est qu'il dégage et vite. J'ai trouvé cela à la fois au Conseil de sécurité et au-delà. Par exemple, j'ai entendu le commentaire du nouveau président égyptien, que j'irai voir d'ailleurs dans quelques jours, qui est extrêmement dur vis-à-vis du régime syrien, et je m'en réjouis. Il a employé la même expression que nous-mêmes avions employée, «Bachar Al-Assad est l'assassin de son peuple».

Q - Laurent Fabius, à Téhéran, devant 27 États non-alignés, le Guide suprême, l'Ayatollah Khamenei a affirmé que l'Iran ne cherchera jamais à avoir l'arme atomique. Est-ce que vous le croyez ?

R - Nous discutons avec l'Iran depuis déjà beaucoup de temps. Nous avons une double démarche, vous le savez, à la fois des sanctions et un dialogue. Dans ce dialogue, nous disons : autant l'Iran a parfaitement le droit d'accès au nucléaire civil, mais pas au nucléaire militaire. Jusqu'à présent, je dois à la vérité de dire que l'Iran n'a pas bougé de ses positions. Il faut renforcer les sanctions, et il faut en même temps que l'Iran fasse les gestes. L'Agence internationale de l'Énergie atomique va rendre un rapport où il apparaît que l'Iran poursuit son activité d'enrichissement de l'uranium qui ne serait pas nécessaire si son objectif était purement civil.

Q - Autrement dit, je reprends ma question, est-ce que quand Khamenei dit...

R - Je ne crois que les faits...

Q - Est-ce que vous croyez qu'il dit la vérité quand il dit que l'Iran ne cherchera jamais à avoir l'arme atomique, ou qu'il ment ?

R - Pour l'instant les faits constatés ne vont pas dans cette direction. Si l'Iran décide de changer sa position, tant mieux, mais pour l'instant nous n'avons absolument pas constaté, sur le terrain, cela.

Q - Donc aucune confiance ?

R - Je pense que nous avons appris à être vigilant à l'égard de tout le monde.

Q - Vous l'avez constaté vous-même, toute la région est en effervescence, est-ce qu'il faut craindre pour l'avenir de l'existence de l'État d'Israël ?

R - Nous tenons à la sécurité d'Israël. Quand nous entendons M. Ahmadinejad dire qu'Israël est une tumeur cancéreuse et M. Khamenei prétendre qu'il ne veut pas de nucléaire militaire, nous disons que c'est inacceptable. Mais de la même façon, nous disons qu'il faut reconnaître les droits des Palestiniens à un État viable, ce qui malheureusement aujourd'hui n'est pas le cas.

Q - Dernière question. La France se dit vigilante sur les atteintes multiformes aux droits de l'Homme et aux droits des femmes. Que dit-elle sur la Libye, sur l'Ukraine, après la détention arbitraire de Mme Timochenko, et sur la Tunisie où la liberté d'expression et de création est en ce moment bafouée ?

R - Dans tous les pays, nous plaidons avec force pour le respect des droits des femmes. Nous l'avons fait - vous citez l'Ukraine - avec Mme Timochenko et, de la même manière, avec les Tunisiens, dont nous sommes proches. Nous disons que tout ce qui porte atteinte, dans les faits ou par les textes, aux droits des femmes n'est pas acceptable./.

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2. Syrie - Conseil de sécurité - Réunion ministérielle sur les questions humanitaires - Intervention du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius - New York, 30 août 2012

 

Monsieur le Secrétaire Général,

Monsieur le Haut Commissaire,

Mesdames et Messieurs,

Déjà 25.000 morts, 250.000 blessés, plus de 250.000 réfugiés hors de Syrie, plus d'un million Syriens «déplacés» dans leur propre pays et plus de 3 millions de personnes directement touchées, souvent sans nourriture, sans électricité, sans médicament et sans eau.

Dans ce pays courageux et magnifique qu'est la Syrie, la situation est chaque jour plus intolérable. Et cela parce que fondamentalement M. Bachar Al-Assad veut envers et contre tout garder le pouvoir par la barbarie de sa répression et dans la sauvagerie des combats. Il s'est livré et il se livre à l'usage indiscriminé d'armes lourdes, d'hélicoptères de combat et d'avions de chasse contre la population et a même menacé d'utiliser ses réserves accumulées d'armes chimiques.

Devant cette situation qui heurte la conscience humaine, la conviction de la France est qu'il faut tout faire, tout tenter pour mettre fin aux violences et, sur le plan humanitaire, soulager les populations civiles.

C'est le sens de notre réunion aujourd'hui.

Beaucoup d'entre nous agissent déjà pour apporter une aide matérielle aux réfugiés, conjointement avec les Nations unies, le HCR, l'Europe et d'autres. Je salue l'action du vice Secrétaire général, M. Eliasson, et du Haut commissaire pour les réfugiés, M. Guterres. Pour sa part, la France agit sur le plan humanitaire, sur le plan politique en apportant notamment son appui à l'opposition, et sur le plan diplomatique au soutien du médiateur M. Brahimi, pour essayer de dépasser les blocages et les divisions qui ont jusqu'ici interdit une action internationale sous mandat du Conseil de sécurité.

Témoigner et réagir : c'est ce que nous faisons. C'est une obligation morale face au déchaînement de la violence. C'est un devoir de solidarité face aux souffrances des Syriens et des populations qui les accueillent. C'est une exigence de sécurité face aux risques de déstabilisation de toute la région.

Aujourd'hui, en vous réunissant, nous avons voulu mettre chaque pays ici représentés devant ses responsabilités.

Certes, nous sommes à des milliers de kilomètres des villes dont l'opinion publique a commencé à apprendre le nom : Deraya, Alep, Homs, Deraa, Damas, ces villes martyres qui pleurent leurs blessés et leurs morts.

Souffrances et détresse, nous en recevons tous les jours le témoignage. Cette situation humanitaire inacceptable existe en Syrie et dans les pays voisins. C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité qu'ils soient présents. Je l'ai constatée personnellement en me rendant en Jordanie, au Liban et en Turquie. Ces pays voisins, ainsi que de l'Irak et le HCR, que je remercie d'être là, ont porté leur témoignage direct. Personne ne pourra dire ensuite qu'il ne savait pas.

Il y a dans ma voix, comme dans la vôtre, de l'émotion et de la colère. Cette colère est partagée par beaucoup de gens dans le monde qui ne comprennent pas qu'on laisse M. Bachar Al-Assad assassiner son peuple et qu'un conseil qui s'appelle le Conseil de sécurité des Nations unies jusqu'ici n'ait pas été capable d'assurer ni la sécurité, ni l'unité.

Dans l'immédiat, que pouvons-nous faire ?

L'urgence est d'abord humanitaire. Les divisions qui traversent notre Conseil ne devraient pas nous empêcher d'agir pour soulager la tragédie humanitaire en Syrie.

Je veux me tourner vers les autorités syriennes ici représentées et leur rappeler leurs obligations qui découlent du droit humanitaire et du droit international.

L'utilisation d'armes lourdes contre son propre peuple constitue un crime, tout comme les exécutions extrajudiciaires, les arrestations arbitraires, les disparitions forcées, la torture et les violences contre le personnel médical. Il apparait que M. Bachar Al-Assad pratique tout cela. Ses crimes ne devront pas rester impunis. Nous sommes nombreux à penser que la Cour pénale internationale devra être saisie afin que les responsables soient jugés.

Je veux rappeler aussi au représentant de Damas ici présent que l'accès des acteurs humanitaires à la population doit être garanti. À ce jour, en raison de l'insécurité grandissante, mais aussi du fait des restrictions de la part des autorités actuelles, les acteurs humanitaires n'ont toujours pas libre accès aux zones où les populations civiles sont en détresse. Ces organisations ont même été contraintes pour certaines d'entre elles de réduire leurs effectifs. J'appelle le représentant de Damas à respecter l'accord conclu le 28 mai avec les Nations unies pour la mise en oeuvre de l'assistance humanitaire. Les ONG locales et internationales - dont je salue l'action -, le mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge et les agences humanitaires des Nations unies, doivent pouvoir accéder librement à toutes les populations. J'appelle également le représentant de Damas à mettre en oeuvre les «pauses humanitaires» qui sont demandées depuis des mois par le CICR, afin de permettre aux acteurs humanitaires d'évacuer les blessés et de les soigner, et à garantir la sécurité du personnel médical afin de lui permettre d'accéder à tous les blessés, plutôt que de l'arrêter ou même de le tuer.

Je rencontrai, en début de semaine, une organisation internationale de médecins syriens qui soignent clandestinement, avec un grand courage, la population sur place. Ces médecins ont déjà perdu près d'une centaine des leurs et ils rapportent que 700 d'entre eux ont été arrêtés sans qu'ils en aient aujourd'hui de nouvelles. Ils soignent et opèrent des enfants, des femmes, des innocents dont le sang coule parce que le pouvoir les attaque. Et savez-vous quel motif ce même pouvoir invoque lorsqu'il vient les arrêter ? «Nous vous arrêtons parce que vous avez sur les mains du sang» ; oui, le sang des blessés que ces mêmes médecins essayent de sauver.

Face à la situation des réfugiés, l'aide extérieure s'organise et notre réunion d'aujourd'hui a pour objectif d'intensifier cette organisation et cette mobilisation. La communauté internationale doit appuyer les pays hôtes qui font un énorme effort et les acteurs humanitaires, agences des Nations unies, ONG locales et internationales, mouvement de la Croix Rouge et du Croissant Rouge dans la tâche si difficile qui est la leur.

Il est clair que les pays voisins ne peuvent pas assurer seuls le fardeau de la présence sur leur sol des réfugiés syriens. La Turquie fait face avec solidarité à un afflux important. La Jordanie vient de lancer un appel avec les agences locales des Nations unies pour obtenir de l'aide internationale. Un risque de déstabilisation politique et sécuritaire existe face à l'afflux de réfugiés. Au Liban, les besoins sont immenses, les ferments de discorde existent : le Liban doit être protégé des risques de contagion de la crise syrienne. En Irak, la situation est difficile.

La France, comme plusieurs d'entre vous, est mobilisée aux côtés du peuple syrien et des États de la région. Outre notre appui aux ONG, au CICR ou aux agences des Nations unies comme le HCR, nous avons déployé en particulier un groupement médico-chirurgical spécial dans le camp de Za'tari en Jordanie. Nos médecins et chirurgiens viennent en assistance aux victimes des combats et aux réfugiés qui fuient les zones de conflit.

Mais il faut davantage de moyens financiers. En France, nous avons dégagé un premier montant d'un peu plus de 3,6 millions d'euros pour l'aide humanitaire en Syrie et auprès des réfugiés. En raison de la situation qui ne cesse de se dégrader, j'annonce que nous avons décidé d'augmenter notre appui financier de 5 millions d'euros. Nous avons également obtenu de l'Union Européenne qu'elle accroisse considérablement son aide humanitaire, ce qui portera l'ensemble de son effort à plus de 100 millions d'euros pour financer la réponse à la crise syrienne, et la France en acquitte naturellement sa part, au total plus de 20 millions d'euros.

3) La situation des réfugiés si difficile dans les pays voisins, grave, ne doit évidemment pas faire oublier le sort dramatique de beaucoup de Syriens dans leur propre pays. Je pense en particulier à plus de 1,2 million de personnes à la fois déplacées qui ont trouvé refuge, dans des conditions précaires, souvent insupportables, dans les zones libérées par l'armée syrienne libre ou qui sont directement touchées.

La Turquie a évoqué la mise en place de «zones tampons» qui doivent être étudiées.

Pour les déplacés nous avons décidé, pour notre part, d'intensifier notre soutien aux réseaux de solidarité locaux qui oeuvrent sur le terrain et préparent la Syrie de demain. Avec courage nous constatons que les citoyens d'un nombre croissant de villages, de villes et de régions se sont libérés du joug du régime Assad et ont commencé à s'organiser. Les besoins dans ces zones libérées sont considérables : nourriture, collecte des déchets, accès à l'éducation, aux soins... Il est du devoir de la communauté internationale de leur venir en aide. Le président français, M. François Hollande, a annoncé cette semaine notre décision d'aider directement les comités de résistance qui organisent les zones libérées et de mettre en place une aide spécifique pour leurs populations.

Mais nous ne pouvons pas, bien sûr, en rester à une approche uniquement humanitaire car humanitaire et politique sont liés, il faut une action spécifiquement humanitaire. Sur le plan politique, une transition doit être rapidement amorcée.

Pour y parvenir, la France encourage l'opposition syrienne à constituer un gouvernement transitoire, qui sera le représentant légitime de la Syrie. Ce gouvernement transitoire qu'il ne nous appartient pas de désigner devra être représentatif, c'est à dire ouvert très largement, et garantir les droits de toutes les communautés. Nous avons ajouté que nous reconnaîtrions ce gouvernement dès lors qu'il aura été ainsi formé. Je veux le dire à ceux qui entretiennent des relations particulièrement étroites avec le régime de M. Bachar Al-Assad : ce régime tombera. Mais plus est encouragé le pourrissement du conflit, plus l'issue est retardée, plus longue est la transition, et plus grand sera le risque de déstabiliser toute la région à travers un conflit qui a cessé d'être local pour devenir régional, et même international.

Aux soutiens du régime, je dis que s'ils continuent, ils perdront probablement sur tous les tableaux. M. Bachar Al-Assad tombera et alors ceux-là seront coupables, aux yeux des Syriens de demain, du monde arabe et de toute l'opinion, d'avoir été finalement les complices d'un long crime. Ils devraient au contraire tout faire pour répondre au drame humanitaire, mettre fin aux violences et engager avec nous rapidement une transition politique.

Mesdames et Messieurs,

La France a souhaité cette réunion ministérielle, comme je vous l'ai dit, pour aider à la solution des problèmes humanitaires, pour mettre chacun devant ses responsabilités et pour adresser au peuple syrien qui souffre, de la part de ses amis, un message de soutien et de solidarité. J'espère que ces messages seront entendus. Nous savons que notre Conseil est divisé mais malgré les divisions de ce Conseil, il n'y a pas d'autre voie que le respect de la légalité internationale. La France reste fidèle à son engagement en ce sens et affirme que l'ONU et le Conseil de sécurité doivent contribuer au règlement de la crise syrienne. C'est nécessaire aujourd'hui et ce sera nécessaire demain quand il faudra reconstruire la Syrie - une Syrie libre, pacifique et démocratique pour laquelle une majorité de Syriens se battent aujourd'hui avec tant de courage. Nous devons à ces combattants d'être à la hauteur de ce courage./.

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3. Syrie - Conférence de presse conjointe du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, et du ministre britannique des Affaires étrangères, M. William Hague - Propos de M. Fabius - New York, 30 août 2012

 

Je suis heureux d'être ici avec mon ami et collègue William Hague. La France, qui préside en ce moment le Conseil de sécurité des Nations unies, a décidé de réunir cet après-midi le Conseil pour traiter essentiellement des questions humanitaires qui concernent la Syrie. Évidemment, il est très difficile d'isoler les questions humanitaires d'une approche politique plus large et ces questions seront abordées. En liaison avec ses amis britanniques et d'autres partenaires, la France a pensé que la situation en Syrie et dans les pays voisins était suffisamment grave et - en dépit de l'impossibilité d'obtenir une résolution à cause des vetos de la Russie et de la Chine - il était impératif de soulever ces questions. Ce sont les raisons pour lesquelles nous les aborderons cet après-midi.

M. William Hague reviendra sans doute sur la gravité de la situation syrienne. 25.000 morts déjà, 250.000 blessés, plus de 300.000 réfugiés et plus d'un million de personnes déplacées, c'est une situation intolérable et inacceptable qui pose du point de vue humanitaire beaucoup de questions, que ce soit en Syrie car le droit humanitaire n'est absolument pas respecté - nous le dirons clairement cet après-midi et le représentant du clan Assad sera là - où dans les pays voisins qui doivent accueillir les réfugiés. Nous avons invité - ils sont là et je les en remercie - les ministres des gouvernements qui sont les plus concernés par cet accueil : nos collègues turc, libanais, jordanien et irakien.

Nous allons donc aborder toutes ces questions avec bien sûr une attention particulière au volet politique. Sur ces questions, la Grande-Bretagne et la France constatent qu'elles ont des positions convergentes, voire mêmes absolument analogues. C'est la raison pour laquelle nous avons souhaité, William Hague et moi-même, tenir cette conférence de presse.

Dans le même temps, nous avons pris ensemble un certain nombre de décisions. D'une part, nous augmentons la contribution de la Grande-Bretagne et de la France pour l'aide humanitaire. D'autre part, nous prenons l'initiative conjointe d'organiser rapidement au niveau des Nations unies, une réunion avec nos collègues qui s'occupent du développement, sur le financement des agences des Nations unies, Nous sommes d'accord l'un et l'autre pour réaffirmer que Bachar Al-Assad et son clan devront répondre de leurs crimes devant la Cour pénale internationale et devant les juridictions syriennes. Nous lançons un nouvel appel à la défection des responsables syriens qui doivent se séparer le plus vite possible de ce clan criminel.

Et puis nous préparons ensemble et avec d'autres partenaires, ce que nous appelons en bon français «the day after», l'après Assad. Il est évident qu'il faut coordonner notre soutien au peuple syrien dans la transition politique et préparer avec celui-ci les mesures immédiates pour les besoins les plus urgents.

Pour résumer voici les objectifs de la réunion de cet après-midi : témoigner des atrocités commises en Syrie et mettre chacun devant ses responsabilités, réitérer notre solidarité au peuple syrien et augmenter notre aide, manifester notre solidarité avec les pays voisins de la Syrie qui accueillent les réfugiés par milliers, rappeler qu'il n'y aura pas d'impunité, encourager les responsables syriens à faire défection, aider l'opposition syrienne à se fédérer, créer une transition et préparer l'avenir, c'est-à-dire l'après Assad.

Q - Nous avons une catastrophe humanitaire qui se déroule actuellement en Syrie, vous vous en êtes rendus compte un peu tard, mais mieux vaut tard que jamais. Comment serez-vous à même de parler avec vos collègues au Conseil de sécurité, notamment avec la Russie et la Chine, pour surmonter les différences, pour trouver un terrain d'entente, pour sauver les civils syriens de la tragédie en cours, est-ce que vous pouvez le faire, est-ce que vous le ferez ?

R - S'agissant de la France, le message est clair et s'adresse au peuple syrien : Assad va tomber mais nous ne vous laisserons pas tomber. Le Conseil de sécurité a été bloqué trois fois de suite à cause du veto de certaines puissances. Ce n'est pas parce qu'il a été bloqué qu'il faut lui refuser tout rôle. C'est le Conseil de sécurité des Nations unies et pourtant il n'a assuré ni la sécurité ni l'unité. Avec William Hague, comme d'autres collègues, nous pensons que la légalité internationale est importante, et que le système des Nations unies est important. Et ce n'est pas parce qu'il y a eu, et il existe encore, un blocage sur une résolution politique qu'on ne doit pas avancer sur une résolution humanitaire. C'est pourquoi j'ai décidé, au nom de la France, de convoquer ce Conseil qui va essayer d'avancer autant qu'il pourra.

J'ai eu hier au téléphone Sergeï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de Russie, qui me demandait de l'excuser de ne pas pouvoir être là. Nous avons discuté du fond, nous allons rediscuter la semaine prochaine. Nous sommes en liaison avec la Chine. Mais nous sommes d'abord en liaison avec nos partenaires qui pensent la même chose que nous, avec la résistance syrienne et avec les pays voisins. Et puis nous sommes en contact avec le nouveau médiateur, M. Brahimi, que nous allons voir dans quelques instants et que j'ai invité pour qu'il puisse s'entretenir avec un certain nombre de ministres.

C'est un travail difficile, il ne faut pas le dissimuler, mais nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir. Il faut que le peuple syrien, qui veut la paix, sache qu'il y a des nations - une majorité de nations - qui sont à ses côtés. Voilà le sens de cette réunion.

Q - Est-ce qu'il n'y a pas une contradiction entre le fait de vouloir conserver la crise syrienne à l'ONU, comme vous le faites aujourd'hui, et les déclarations du président Hollande qui se dit prêt à reconnaître unilatéralement un gouvernement de l'opposition syrienne ? Enfin, comment expliquez-vous l'absence d'Hillary Clinton à cette conférence d'aujourd'hui ?

R - Sur la première de vos questions : non, il n'y a pas de contradiction. La France est respectueuse de la légalité internationale. Le fait que, malgré les difficultés, nous ayons convoqué cette réunion ministérielle du Conseil de sécurité s'inscrit dans notre respect de cette légalité internationale.

Dans le même temps il faut faire bouger les choses. L'un des moyens, c'est une évidence, c'est qu'il faut aider à fédérer l'opposition. Cela ne dépend pas de nous, c'est aux Syriens de le faire. Ce n'est pas facile, puisqu'il y a des habitudes séparées et il peut y avoir telle ou telle contradiction. Mais il est évident que le clan - je ne parle pas de régime, je parle de clan - de Bachar Al-Assad joue sur cette situation pour le moment. Dans son attitude criminelle il dit, - c'est un euphémisme, - : «il y a des problèmes, mais quelle serait l'alternative ?» Évidemment une opposition largement unie doit être cette alternative.

C'est pour cela que, par différents canaux, aussi bien au Conseil de sécurité qu'ailleurs, la France et d'autres pays dont la Grande-Bretagne essaient de favoriser ce regroupement. Nous souhaitons qu'il soit le plus rapide possible car cela changerait la donne.

Ce qu'apporte en plus la France, ce sont deux choses. D'abord nous demandons que cette force alternative soit très large, c'est-à-dire, dans un français traduit de l'anglais, «inclusive». Qu'elle garantisse le respect des différentes communautés. Il faut que les différentes communautés qui sont en Syrie, aussi bien les chiites, les sunnites, les alaouites, les chrétiens et les autres, sachent qu'avec le nouveau régime, elles seront protégés.

Ensuite, nous disons en plus - ça c'est une proposition de la France - que dès lors que cette large représentativité aura été obtenue, que les garanties auront été données et que cette unité aura été réalisée, il faudra que les puissances reconnaissent cette nouvelle entité. Et la France le fera.

Quant à la représentation ministérielle, nous avons huit ou neuf ministres qui sont ici présents. Hillary Clinton s'est excusée auprès de moi. Ce sera la représentante permanente des États-Unis, qui d'ailleurs a rang de ministre, qui sera là. Le fait que nous ayons, malgré des difficultés, plusieurs ministres qui soient là, ministres de membres permanents ou non du Conseil de sécurité ainsi que des pays voisins, montre l'importance de cette réunion.

Q - Revenons à l'humanitaire. On a parlé des zones tampons dont voudrait la Turquie. Est- ce réaliste ou irréaliste, comme le dit Bachar Al-Assad ?

R - La Turquie a abordé cette question et nous le ferons avec notre collègue Ahmet Davutoglu que nous avons invité et qui est présent. Il y a un problème sérieux qui se pose en Turquie comme dans d'autres pays adjacents, car il y a de plus en plus de réfugiés. Les pays concernés sont la Turquie, la Jordanie, l'Irak et le Liban - dans ce dernier pays il faut éviter une contagion entre la situation syrienne et la situation libanaise. Cette notion de zone tampon a été évoquée par notre collègue turc. Nous en discutions avec William Hague à notre conférence, tout est sur la table. Il faut examiner les différents éléments, il ne faut pas dire tout de suite oui ou tout de suite non. Simplement, il faut aussi regarder les réalités, nous allons en discuter.

D'abord, le principe qui est le nôtre c'est d'agir sur la base de la légalité internationale. Ensuite, il y a un problème de localisation géographique. En tout état de cause, ceci n'est pas exclusif mais c'est un point sur lequel je veux mettre l'accent, nous pensons qu'il faut être particulièrement attentifs aux zones déjà libérées ou qui sont en train de se libérer. Il y a en Syrie des zones qui sont déjà libérées et qui sont contrôlées par les forces de la résistance.

Nous souhaitons apporter notre aide - matérielle et administrative, aide de toute sorte, à ces zones déjà libérées. Et les soutiens financiers supplémentaires, qu'annonce la France aujourd'hui, de cinq millions d'euros par rapport à la vingtaine de millions d'euros que nous avions déjà envisagée, iront pour une part à ces zones libérées, toujours dans l'esprit qui est le nôtre de préparer le «day after». En effet, les responsables de ces zones joueront un rôle important dans le futur.

Q - Qu'allez-vous dire aux réfugiés syriens à la frontière qui souffrent et pour lesquels vous avez convoqué cette réunion très importante du Conseil de sécurité, lorsqu'ils vont vous dire «nous comprenons qu'il vous faut une résolution du Conseil de sécurité pour avoir des zones sûres, pour avoir des couloirs, des zones d'exclusion aériennes». Dans le cas du Kosovo, vous ne l'avez pas fait. Pourquoi est-ce que le Kosovo le mériterait davantage, alors que la situation est beaucoup plus tragique en Syrie qu'au Kosovo ? Qu'allez-vous dire aux Syriens qui se tournent vers vous pour l'assistance ?

R - C'est une question qui ne se pose pas au conditionnel, mais qui se pose au présent, car j'étais dans les camps il y a un peu plus de deux semaines. Et j'ai vu les personnes dont vous parlez. Ils m'ont parlé avec une force et une émotion considérables que je vais essayer de retraduire. Beaucoup de mères avec de tout petits enfants qui n'ont pas de lait, de couches, de médicaments, disaient : «on en a assez des discussions juridiques». Et ils sont même plus direct : «envoyez des avions !». J'ai vu cela en Jordanie dans le désert avec la tempête de sable qui n'est pas loin. J'ai vu cela d'une autre façon en Turquie dans des conditions différentes, parce que les moyens de la Turquie sont plus importants que les moyens de la Jordanie. Le problème existe aussi en Irak et également très fortement au Liban.

C'est une des raisons pour lesquelles j'ai demandé aux gouvernements des pays voisins d'être présents cet après-midi. Il y aura aussi le représentant de M. Al-Assad, on verra ce qu'il a à nous dire. Mais ce n'est pas cela l'important, parce que notre jugement est fixé sur le clan Assad : c'est un clan criminel. Et les criminels doivent être jugés et punis.

Ces gens qui n'y sont pour rien du tout, qui ont été déchaussés, se tournent vers nous et disent «aidez-nous». C'est vrai que nous croyons à la légalité internationale. Nous apportons toute sorte d'aide. Mais dans le même temps, comme l'a formulé William Hague, nous sommes à la fois respectueux de la légalité internationale et nous n'excluons aucune solution car nous ne savons pas comment le conflit va se développer. Si M. Bachar Al-Assad tombe vite - ce que nous souhaitons -, la reconstruction aura lieu. Mais imaginez que par malheur cette situation se prolonge. Alors il faudra examiner la diversité des solutions. Nous ne sommes pas venus en disant «ce sera toujours comme ça et jamais comme ça» ; nous sommes des gens réalistes.

Mais croyez-moi, j'ai dans la mémoire non seulement votre question mais ce que j'ai entendu, ce dont je me souviendrai toute ma vie./.

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4. Syrie - Conseil de sécurité - Point de presse du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius - New York, 30 août 2012

 

Je viens de présider la séance du Conseil de sécurité consacrée aux questions humanitaires en Syrie.

Quel était le sens de cette réunion ? Non pas d'adopter une résolution, - nous savons que dans l'état actuel ce n'est pas possible -, mais porter témoignage et réagir. Le témoignage a été porté en particulier par le Haut Commissaire pour les Réfugiés, par le vice-Secrétaire général des Nations unies et par les pays voisins de la Syrie. Ces témoignages sont accablants.

Ce témoignage n'a été contesté par personne : déjà 25.000 morts, 250.000 blessés, plus de 250.000 réfugiés, plus d'un million de personnes déplacées en Syrie, près de trois millions de personnes directement touchées par la crise. C'est une catastrophe humanitaire. Face à cette situation, telle qu'elle a été exposée au Conseil de sécurité, personne désormais ne pourra dire qu'il ne savait pas. Il ne s'agit pas seulement de porter témoignage, il s'agit de réagir.

Il y a deux points sur lesquels tous les collègues que j'ai entendus et probablement presque tous à l'exception d'un ou deux autres seront d'accord.

Tout d'abord, il faut absolument augmenter nos moyens pour faire face à cette catastrophe humanitaire, que ce soit en Syrie ou dans les pays qui accueillent les réfugiés. C'est une question notamment financière. Les sommes qui auraient dû être allouées à cette tâche ne l'ont pas encore été. Il faut donc augmenter l'effort et des orientations ont été prises en ce sens. La France pour sa part, je l'ai annoncé, a décidé d'augmenter de 5 millions d'euros son aide, portant au total son aide à environ 20 millions d'euros. La Grande-Bretagne a annoncé qu'elle faisait un même effort, les États-Unis ont plaidé en ce sens et d'autres encore. Nous avons donc besoin de financements et les Nations unies prendront des initiatives en ce sens.

Deuxième point sur lequel chacun est d'accord et sur lequel j'ai interpellé personnellement le représentant syrien : il faut que les règles humanitaires et de droit international soient respectées par les différentes parties, bien sûr, mais d'abord en premier chef par le clan de M. Bachar Al-Assad ; elles ne le sont pas. J'ai donné l'exemple de ces médecins : plusieurs dizaines de tués, plusieurs centaines arrêtées et dont on n'a pas de nouvelles. Ils ont été arrêtés - c'est une ironie dramatique - parce que, selon le régime, «ils avaient du sang sur les mains», le sang des personnes blessées par le régime et qu'ils essayaient de sauver.

Financements supplémentaires, respect du droit humanitaire, d'autres éléments sont apparus aux yeux de beaucoup. D'abord, il faudra que les coupables de ces crimes soient tenus pour responsables, jugés et condamnés. Ensuite, d'autres éléments ont été proposés. Le représentant de la Turquie, en particulier, a abordé une question très difficile : comment faire en sorte, si les réfugiés se multiplient, qu'ils soient accueillis dans des conditions correctes ou qu'on essaye de les maintenir en Syrie ? Les avis peuvent encore être analysés et diverger. La notion de «zone tampon» a été abordée. Beaucoup ont souligné que cela posait un certain nombre de questions. Pour sa part, la France insiste sur l'aide aux zones libérées.

Mais il y a un autre aspect qui est évident. Autant il faut agir - et beaucoup plus fortement que dans le passé - sur le plan humanitaire, autant la cause de tout cela est politique. Et là, évidemment, nous avons senti l'opposition qui existe au sein du Conseil de sécurité - et qui n'a pas encore été résolue - entre l'immense majorité de ceux qui se sont exprimés, qui veulent la chute de M. Bachar Al-Assad, la préparation d'un autre régime et qui ont proposé des dispositions en ce sens, et d'autres qui sont ceux qui jusqu'à présent ont empêché l'adoption d'une position unanime du Conseil de sécurité. Mais tous ont reconnu l'espoir, même si c'est difficile, placé dans la mission de M. Brahimi sur le plan politique, sur le plan diplomatique, étant observé que les questions humanitaires doivent être traitées en tant que telles, mais qu'une plus grande catastrophe ne sera évitée que si une solution politique est donnée à ce très grave conflit.

Tous ceux qui se sont exprimés ont remercié la France de cette initiative, en particulier les pays les plus directement concernés : je pense à la Turquie, au Liban, à la Jordanie, à l'Irak. Je n'ai pas écouté la réponse du représentant syrien mais je n'ai pas besoin de faire preuve de beaucoup d'imagination en pensant que lui n'était pas heureux de cette réunion, ce qui est un élément supplémentaire pour en justifier le bien-fondé.

Q - M. François Hollande a dit que l'usage d'armes chimiques par le régime syrien serait une cause légitime d'intervention de la communauté internationale en Syrie. Pouvez-vous préciser quelle est cette communauté internationale ? Est-ce l'ONU, l'Otan, l'armée française ?

R - Les armes chimiques sont d'une nature particulière et d'une dangerosité encore plus grande que les autres. Elles font l'objet d'un régime international particulier. C'est la raison pour laquelle lorsque le clan de M. Bachar Al-Assad a reconnu qu'il en possédait et s'est exprimé dans des conditions assez obscures d'ailleurs sur leur éventuelle utilisation, il y a eu plusieurs réactions internationales immédiates de pays dont la France fait partie. Le président Obama abordant ce sujet a dit en substance que s'il était fait recourt à ces armes cela changerait sa perception de la crise. D'autres leaders l'ont fait également.

En ce qui concerne la France, nous jugeons totalement inacceptable qu'il puisse être envisagé l'utilisation de ce type d'armes. Nous suivons au jour le jour ce qui se passe sur le terrain, puisqu'il y a les problèmes de localisation d'éventuels déplacements. Nous nous concertons avec nos partenaires pour être certains d'empêcher toute utilisation de ces armes. Si la tentation d'utiliser ces armes venait soit au régime actuel, soit à tel ou tel, la réaction serait immédiate et fulgurante.

Q - Vous avez rencontré M. Brahimi. Quelle est votre compréhension de son mandat à présent ? Pensez-vous qu'il ait un espoir pour une solution diplomatique ou politique à la crise syrienne ?

R - M. Brahimi, qui est un diplomate expérimenté, a dit lui-même que sa tâche était extrêmement difficile. Lorsque nous l'avons rencontré et qu'il lui a été demandé quel est son plan, il a répondu : «comme je suis très réaliste, je n'ai pas de plan et je vais avancer pas à pas». Sa tâche est effectivement très difficile puisque M. Kofi Annan n'a pas réussi à la mener à bien. Il part sans idée préconçue. Il possède un grand atout, c'est qu'il a manifestement la confiance de l'ensemble du Conseil de sécurité. C'est un des points qui a été souligné lors de la réunion ministérielle./.

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5. Syrie - Entretien du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec «BFMTV», «Europe 1», «RFI», «France Info», «RTL» et «FranceONU TV» - New York, 30 août 2012

 

Q - Sans déclaration ni résolution du Conseil de sécurité, est-ce que vous avez le sentiment d'avoir fait le voyage pour rien ?

R - Pas du tout. Je pense qu'il est très important de mettre l'accent sur le drame humanitaire qui est en train de se produire là-bas. Vous avez 25.000 morts, 250.000 blessés et plus de 250.000 personnes qui sont réfugiés en Jordanie, en Turquie, au Liban, en Irak, ce qui pose d'énormes problèmes. Jusqu'à présent cette question n'était pas prise en compte et désormais elle l'est. Les pays qui étaient invités au Conseil de sécurité ont tous remercié la France d'avoir abordé ce sujet.

Cela demande évidemment beaucoup plus d'argent que les sommes engagées aujourd'hui. La France, le Royaume-Uni et d'autres vont apporter un financement supplémentaire. Cela demande aussi qu'on respecte le droit humanitaire, le droit international et enfin - et c'est le point sur lequel nous sommes malheureusement bloqués - qu'il y ait un changement politique. Mais porter témoignage des graves questions humanitaires qui se posent et tenter d'y apporter des solutions, je pense que c'est utile.

Q - Vous allez apporter 5 millions d'euros supplémentaires pour les réfugiés syriens. Les Syriens vous demanderont peut-être «Pourquoi pas des armes ?»

R - Ce n'est pas la même chose. Il faut apporter des fonds pour les personnes qui n'ont ni médicament, ni eau, ni électricité, ni pain. C'est une situation épouvantable. Je suis allé récemment en Turquie et en Jordanie. Dans ce dernier pays, vous avez des dizaines de milliers de personnes qui sont dans le désert. Des petits enfants qui n'ont pas de lait et des femmes qui sont complètement démunies. Donc, il faut des moyens financiers. C'est bien que la France apporte au total 20 millions d'euros. Les Britanniques, les Allemands et l'Europe le font aussi. Mais il faut aller plus loin. Il faut aussi que le droit humanitaire soit respecté. Ce n'est pas le cas parce que Bachar Al-Assad se comporte comme un sauvage dans ce domaine comme dans d'autres. Mais dans le même temps, il y a des problèmes politiques à régler et eux sont beaucoup plus difficiles.

Pour ne pas ajouter de la guerre à la guerre nous avons décidé - nous c'est-à-dire l'ensemble des Européens - un embargo sur les armes. Nous n'allons pas violer notre propre parole. Nous apportons, et cela n'est pas secret, des moyens non létaux, c'est-à-dire des moyens de communication cryptés et des jumelles de vision nocturne. D'autres, ne soyons pas hypocrites, fournissent des armes. On a parlé d'un certain nombre de pays de la Ligue arabe et en face ce sont les Russes qui apportent des armes.

Mais ce qui est indispensable c'est de trouver une solution politique. C'est là où la France est en avance par rapport à beaucoup d'autres. En particulier l'idée, qui a été lancée par le président de la République, qu'il faut dès maintenant préparer le jour d'après. Ce qui se passera après la chute de Bachar Al-Assad. D'où l'idée que se crée un gouvernement transitoire très large pour garantir à toutes les communautés le respect de leurs droits. Nous travaillons à cela avec tout le monde et je crois que la France est l'un des pays qui jouit de la plus grande confiance des uns et des autres. Lorsqu'on parle humanitaire, j'ai été sensible à ce que tous les pays qui se sont exprimés au Conseil de sécurité aient remercié particulièrement la France d'avoir mis l'accent sur cette question. Car derrière un problème qui a l'air théorique, il y a des centaines de milliers d'enfants, de mères, de civils et de médecins qui sont concernés.

Q - Beaucoup appellent à des zones tampons ou des zones d'exclusion aérienne etc. Cela n'a pas du tout été évoqué cet après midi.

R - Vous avez constaté cela aussi. L'idée au départ vient de mon collègue turc, parce que c'est vrai la Turquie a un grave problème. Vous avez maintenant près de 100.000 Syriens qui ont fui en Turquie et cela pose des difficultés matérielles considérables. Bachar Al-Assad chasse la partie de son peuple qui est contre lui. Nous n'excluons aucune solution, nous sommes des gens très pragmatiques.

Simplement, comme nous sommes des gens responsables, nous regardons quelles sont les raisons pour s'opposer à cette demande. Il y en a au moins deux qui entraînent de réels problèmes. Tout d'abord, il faut une base juridique pour créer ce qu'on appelle une zone tampon. Puis, si nous voulons protéger les populations qui seraient dans cette zone, il faut des moyens militaires très importants. Parce que ce n'est pas la même chose qu'en Libye : Bachar Al-Assad dispose de beaucoup plus d'armes et en particulier d'avions. Donc c'est quelque chose qu'un pays ne peut pas faire tout seul. Il faut des moyens considérables et nous examinons la question. Nous pensons à une piste intéressante : il y a beaucoup de zones qui ont été libérées, parce que des résistants ont pris le contrôle de ces zones. Ils y ont pris le contrôle administratif et politique, donc il faut les aider à s'organiser et cela permettrait, peut-être, à des populations de s'installer dans ces zones libérées.

En tous cas, toutes les options sont sur la table. Nous n'écartons aucune solution, nous étudions tout cela avec nos partenaires américain, britannique, allemand, italien, mais aussi jordanien, turc et autres.

Q - Pour des zones tampons il faut une exclusion aérienne, donc une résolution ?

R - En effet, il y a d'abord le problème de la nécessité d'une base juridique, d'une résolution des Nations unies. Aujourd'hui, nous constatons malheureusement que la Chine et la Russie bloquent toute résolution. Ensuite, il faut des moyens militaires considérables, puisque nous avons en face de nous, pour le moment, Bachar Al-Assad qui utilise des armes puissantes, des avions, et qui dispose de batteries anti-aériennes et de missiles. Encore une fois nous n'écartons aucune solution parce qu'on ne peut pas savoir comment les choses vont évoluer. Mais nous devons aborder cela de manière très responsable.

Q - Vous avez parlé de votre émotion et de votre colère. Qu'est-ce que vous avez ressenti personnellement dans cette salle du Conseil de sécurité qui ne sert à rien ?

R - J'ai ressenti beaucoup d'émotions et de colère en me référant à ce que j'avais vécu il y a quelques semaines. J'étais dans les camps en Jordanie et en Turquie et je me suis rendu au Liban. Et là j'ai vu beaucoup de mères, en particulier avec des tout petits bébés, des hommes aussi qui avaient quitté leur foyer, et qui disaient «c'est très bien la France, les droits de l'Homme, mais on veut des armes, on veut que vous nous aidiez, on ne veut pas de la discussion». Je ne suis pas insensible, c'est évident, et à leur place, je dirais la même chose.

Et après, je me retrouve président du Conseil de sécurité pour quelque temps, et avec des représentants de différents pays : les uns étant sur la même position que nous, une position ouverte, généreuse et les autres sur une position raide et disant non. Et c'est cette émotion-là qui évidemment passe ainsi que cette colère, parce que je pense à la colère d'une certaine partie de la population.

Q - Qu'allez-vous faire maintenant, vous allez aller en Égypte ?

R - Oui, je vais aller voir le président Morsi et mon collègue des Affaires étrangères. Je verrai aussi le Secrétaire général de la Ligue arabe à la mi-septembre. Le rôle de l'Égypte dans la phase qui s'ouvre est un rôle probablement nouveau, et vous avez vu, dans l'affaire syrienne, la déclaration importante du président Morsi disant «On ne doit pas parler de réforme en Syrie. Il faut que Bachar Al-Assad s'en aille», et d'ajouter : «Il est l'assassin de son peuple». C'est exactement l'expression que j'avais utilisée./.

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6. XXe Conférence des ambassadeurs - Réception à la Chambre de commerce et d'industrie de Paris - Intervention de la ministre déléguée chargée de la Francophonie, Mme Yamina Benguigui - Paris, 30 août 2012

 

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Je vous remercie, au nom du ministre des Affaires étrangères, d'avoir pris l'initiative de nous accueillir dans cette belle et prestigieuse institution qu'est la Chambre de commerce et d'industrie de Paris et d'avoir organisé cette rencontre. Rencontre qui s'inscrit sous le signe de l'amitié et de l'échange.

La Chambre de commerce et d'industrie de Paris - la «CCIP» - est un partenaire ancien et bien connu du ministère des Affaires étrangères, d'abord bien sur de par son activité importante d'accompagnement des entreprises du Grand Paris, dans leur développement international. Extraordinairement active par le biais de ses séminaires, forums, salons, missions qu'elle organise à l'étranger, la CCIP soutient, complète l'action des pouvoirs publics. Son intervention auprès des élites politiques et économiques contribue indéniablement au rayonnement de notre pays dans le monde.

Je voudrais citer des actions telles que les missions de prospection individuelles ou collectives qui sont régulièrement organisées en direction des pays qui offrent des opportunités à l'export. Vos quatre bureaux de représentation à l'étranger (Moscou, Pékin, Shanghai et Alger) sont les relais opérationnels appréciés des PME exportatrices.

Dans le cadre de vos actions de «diplomatie économique», vous accueillez de nombreuses personnalités étrangères du monde politique et économique et leurs délégations et participez ainsi à l'action diplomatique de la France tout en facilitant l'environnement des affaires des entreprises franciliennes.

Enfin, vos cercles-pays sont bien connus des entreprises (ainsi que des diplomates du Quai d'Orsay). Citons le Comité d'échanges franco-japonais, CEFJ (140 membres), le Comité d'échanges franco-chinois, CEFC (100 membres), le Club Inde et le Comité d'échanges Afrique-France.

La décision du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, de dédier une direction du Quai d'Orsay spécialement aux entreprises contribuera prochainement à la poursuite et l'amplification de ces échanges.

Mais c'est incontestablement dans le domaine la coopération universitaire que le partenariat entre le MAE et la CCIP s'exprime avec le plus de force et de pertinence. Ce partenariat s'articule autour de projets à forte visibilité, qu'il s'agisse de l'École supérieure des affaires de Beyrouth, de l'École supérieure algérienne des Affaires, du Centre franco-vietnamien de formation à la gestion (CFVG), de l'Institut franco sud-africain de technologie (FSati)...

Ces projets sont de beaux succès et de belles aventures vécues par nos équipes, ensemble sur le terrain. Tous reposent sur le professionnalisme, la confiance, l'estime réciproque. Je voudrais souligner ici, pour avoir suivi de près le fonctionnement de ces grands projets, que leur succès tient également à la qualité du partenariat mis en place avec les partenaires étrangers. C'est sans aucun doute dans cette vision partagée de la coopération que nous nous retrouvons.

Je salue la qualité de l'action de la direction des Relations internationales de l'enseignement et notamment son pôle ingénierie et formation internationale qui travaille étroitement avec nos Services de coopération et d'action culturelle à l'étranger comme avec les directions centrales à Paris.

Ces partenariats doivent encore se développer grâce à la volonté du gouvernement de remettre la Francophonie au coeur de nos actions diplomatiques. Nous devons partout où cela est possible encourager de nouvelles formes de partenariats entre les universités, les écoles d'ingénieurs ou de techniciens, les entreprises et les États concernés dans le but de permettre à nos entreprises de prendre place sur de nouveaux marchés en pleine croissance.

Pour une francophonie au service de la croissance économique et du développement comme un outil au service de l'économie dans les échanges nord-sud et sud-sud. Nous devrons travailler à favoriser la mobilité des personnes dans l'espace francophone, et accompagner des investissements durables pour un développement des relations économiques et commerciales entre les partenaires de la Francophonie. Certaines entreprises déclarent avoir du mal à pénétrer les marchés de certains pays francophones. La Francophonie doit aussi être au service des entreprises et chercher à favoriser les mises en relations et la conquête de nouveaux marchés.

Les enjeux sont considérables en matière d'environnement, de santé, d'alimentation, d'éducation, d'infrastructures. Ce n'est qu'en développant cette relation de confiance autour d'une langue commune que nous pourrons favoriser et accompagner l'essor des pays du Sud.

Les entreprises en devenant partenaires de projets de développement de la francophonie peuvent bâtir les bases d'une nouvelle forme de croissance. Dans le monde francophone, en Afrique, au Maghreb, en Haïti, en Asie du sud-est et même aux États-Unis, les besoins des universités sont très importants. L'Agence universitaire de la Francophonie développe également des campus virtuels. Des partenariats avec des entreprises françaises désireuses de s'implanter sur les marchés des pays concernés pourraient financer des programmes de formations en français en lien avec l'activité des entreprises qui investiraient ainsi dans la formation de jeunes étudiants susceptibles ensuite d'intégrer leurs équipes.

Parmi les acteurs de développement, les collectivités territoriales, les départements et territoires d'outre mer, les grandes agences aux services des collectivités locales (exemple : agence du bassin Seine Normandie), les grandes associations (Cités Unies France, les Eco-maires, AMF, ADF, ARF, AIMF, ARIF....) sont également de réels promoteurs de la francophonie, notamment économiques, de part leur action dans le domaine de la coopération décentralisée. L'État doit travailler à la mise en oeuvre d'un partenariat renforcé pour favoriser l'intervention de ces institutions dans les pays de l'espace francophone.

Des travaux interministériels seront nécessaires pour développer cette nouvelle politique dans le cadre d'une stratégie globale. C'est dire l'importance et la nécessité d'intégrer le réseau des chambres de commerce et d'industrie, les conseillers du commerce extérieur, les partenaires sociaux, ainsi que les associations engagées dans cette réflexion.

Pour que ce plan stratégique fonctionne, j'aurais besoin de vous toutes et tous : entrepreneurs, industriels, missions diplomatiques.

Ce que nous proposons est un chantier ambitieux, mais c'est d'abord un combat pour nos valeurs.

Je forme le voeu que ce partenariat de qualité nous permette de développer de nouvelles actions dans de nouvelles géographies. Certaines sont déjà en cours en Russie, en Afrique de l'Ouest, elles seront à leur tour l'expression du succès de notre coopération ancienne et constamment renouvelée.

Je vous remercie./.

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7. XXe Conférence des ambassadeurs - Discours de la ministre déléguée chargée de la Francophonie, Mme Yamina Benguigui - Paris, 29 août 2012

 

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs les Députés et les Sénateurs,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Je me réjouis de vous accueillir nombreuses et nombreux à ce déjeuner de travail. Je souhaite remercier les uns et les autres d'avoir répondu à notre invitation. Permettez-moi également de remercier toutes celles et tous ceux, notamment Nicolas Chibaef et son équipe, pour tout le travail réalisé pour cette organisation.

Ce déjeuner thématique que nous avons souhaité organiser Laurent Fabius et moi est très important. Il est à la mesure de la mission que le président de la République et le Premier ministre m'ont confiée.

Les enjeux en matière de Francophonie sont considérables et touchent à la fois à la défense de la langue française là où elle est en déclin et à sa promotion partout ailleurs. Ces enjeux touchent également à nos valeurs et à notre politique d'influence. Je sais que vous êtes toutes et tous impliqués dans cette bataille linguistique que nous devons mener partout et de façon permanente et je vous en suis très reconnaissante.

Notre langue commune est source de valeurs et de partage. On lit encore ici ou là que le français est la langue de la colonisation ou encore la langue de la «Françafrique». Tout ceci est désormais derrière nous. La langue française s'est débarrassée des oripeaux de la colonisation. Aujourd'hui, c'est une langue solidaire et égalitaire qui se parle à hauteur d'homme.

C'est sur cette base que nous devons bâtir une nouvelle relation avec nos partenaires francophones. Une relation d'égal à égal, une relation faite de solidarité, une relation faite d'égalité, de franchise et de respect mutuel.

Quand on appartient à une famille, je parle de la famille francophone, on doit partager les succès mais aussi les échecs pour avancer ensemble et construire un avenir commun.

La langue française, c'est tout cela. C'est avant tout le véhicule de la stabilité et de la cohésion, de la tolérance et de la diversité. C'est aussi et surtout une langue en évolution permanente et qui demeure une source de créativité exceptionnelle dans le domaine culturel notamment. La langue française, nous devons tous en être les militants tant pour sa défense que sa promotion.

Mesdames et Messieurs, chers Amis,

Le président de la République a annoncé lundi soir qu'il participera du 12 au 14 octobre au Sommet de la Francophonie à Kinshasa. Je me félicite d'avoir contribué à cette décision.

La mission n'était pas simple. En préparant ce déplacement, j'avais souhaité pouvoir rester suffisamment longtemps sur place et ainsi prendre le temps de rencontrer, de dialoguer, d'écouter les colères, les peurs, les incompréhensions, les espoirs, les humiliations et, aussi et surtout, l'expression d'un véritable besoin de reconnaissance.

Durant quatre jours, j'ai ainsi rencontré un peu plus de 100 personnes qui représentaient toutes les composantes de la société congolaise.

Que m'ont dit toutes ces personnes de l'opposition, des organisations de défenseurs des droits de l'homme, des communautés religieuses ainsi que des artistes, des femmes engagées dans la vie publique ? Elles m'ont toutes dit qu'il était nécessaire que le président de la République puisse participer à ce Sommet. J'ai également rencontré le président Kabila, le Premier ministre, le ministre des affaires étrangères, le président de l'Assemblée nationale et le vice-président du Sénat. Nos échanges ont permis d'obtenir de réels engagements de la part des autorités congolaises. Le 22 aout dernier, Aubin Minaku, le président de l'Assemblée nationale de RDC a rendu public le programme de travail des députés à la rentrée prochaine et deux textes très importants seront examinés : le texte sur la réforme de la Commission électorale nationale indépendante et un autre sur la création de la commission nationale des droits de l'Homme. Ce sont là des avancées importantes.

On dit également ici ou là que nous devrions pas y aller car la guerre fait rage dans le Nord Kivu. Je ne suis pas d'accord avec ces affirmations. J'ai rencontré les témoins des exactions commises par les groupes rebelles qui déstabilisent la région depuis trop longtemps. La situation dans le Nord Kivu, les avancées du M23, sont dans tous les esprits.

Présente sur place et en contact permanent avec le président de la République et le ministre des Affaires étrangères, nous avons demandé au Conseil de sécurité de se réunir sur cette question pour condamner fermement l'action du M23 et de ses soutiens extérieurs. C'est une avancée. Le Sommet de Kinshasa permettra de lever le voile sur cette guerre oubliée où les armes n'ont rien de conventionnel. Ces armes, ce sont le viol des femmes, l'enrôlement d'enfants soldats et notamment de jeunes femmes.

Mesdames et Messieurs,

Vous le voyez. Le Sommet de la Francophonie de Kinshasa sera l'occasion, pour le président de la République, de rappeler l'attachement de la France aux valeurs de la Francophonie, à ses principes et ses idéaux, à son nécessaire dynamisme et à sa modernité. Cette participation s'inscrit parfaitement dans la volonté de rappeler au monde entier que le socle des valeurs de la Francophonie constitue les fondations d'une nouvelle relation non seulement entre les États mais également entre les sociétés civiles.

Avec Laurent Fabius, nous élaborons actuellement un plan stratégique pour la Francophonie qui s'inscrit dans le plan de relance souhaité par le président de la République. Dans ce plan stratégique, la dimension économique de la Francophonie tiendra une place toute particulière.

Je pense en effet que la langue française doit être un outil au service de la croissance économique. Elle peut s'imposer dans l'espace francophone comme un outil au service de l'économie dans les échanges nord-sud comme dans les échanges sud-sud.

L'un des éléments clés de la réussite est, je le pense sincèrement, qu'il est très important d'investir dans la formation d'ingénieurs, de techniciens. Nous devons promouvoir la mise en oeuvre d'échanges renforcés entre les universités francophones. C'est ce travail de base qui permettra aux entreprises de recruter localement des collaborateurs de qualité. Nous devons également favoriser le développement de la mobilité et renforcer la formation des journalistes et des techniciens.

Certaines entreprises sont prêtes à investir localement dans des programmes de formation. Nous devons partout où cela est possible encourager de nouvelles formes de partenariats entre les universités, les écoles d'ingénieurs ou de techniciens, les entreprises et les États concernés dans le but de permettre à nos entreprises de prendre place sur de nouveaux marchés en pleine croissance.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Comme vous le voyez, nous avons beaucoup de travail. La relance de la francophonie est un chantier ambitieux.

C'est un combat pour nos valeurs.

Ne l'oublions pas... C'est en français que les femmes maliennes en appellent à la solidarité. C'est en français que les femmes victimes des viols dans l'est de la RDC nous tendent les mains. C'est en français que les acteurs des printemps arabes se sont exprimés avec ce mot si fort : «Dégage !!!». C'est encore en français que s'inscrit notre vision de la politique en matière de droits de l'Homme et de lutte contre toutes les formes de discrimination. C'est en français enfin que nous serons plus forts, tous ensemble, pour transmettre au monde cette ambition universelle.

Je vous remercie de votre attention./.

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8. XXe Conférence des ambassadeurs - Intervention de la ministre des Droits des femmes, porte-parole du gouvernement, Mme Najat Vallaud-Belkacem - Paris, 30 août 2012

 

Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Je tenais avant tout à remercier le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, d'avoir permis cette rencontre. Cela ne vous aura pas échappé : si c'est une première pour moi, ce temps d'échange avec une ministre des Droits des femmes est également une première pour la plupart d'entre vous. Et pour cause, 26 années se sont écoulées sans que l'importance de ce sujet n'ait été incarnée dans la constitution d'un ministère de plein exercice, au-delà d'ailleurs de la seule symbolique que cela implique.

Je me réjouis de ce fait que vous soyez nombreuses et nombreux - enfin, à bien regarder notre assemblée ce matin, surtout nombreux et certainement pas par désintérêt des ambassadrices, mais j'y reviendrai - à avoir souhaité participer à cette toute première rencontre.

Vous le savez, le président de la République l'a clairement rappelé dans son discours devant vous, parmi les valeurs universelles qui doivent conduire notre engagement dans le monde, il y a l'égalité entre les femmes et les hommes.

Le cap tracé par le président de la République signifie que l'égalité entre les sexes, dans toutes ses dimensions, doit, plus que jamais, être pensée comme un élément de notre influence dans le monde et, à cet égard, l'une de vos priorités.

Je n'ignore pas les actions que vous avez déjà entreprises. Mais nous manquons encore de la cohérence nécessaire dans ces interventions pour atteindre nos ambitions. En somme, ce dont nous manquons c'est d'une véritable diplomatie des droits des femmes et c'est cette diplomatie dont je voudrais dresser les contours devant vous.

L'actualité de ces dernières semaines a mis en lumière une série d'évènements qui heurtent profondément nos valeurs. Bien sûr, il y a les cas qui font la une des medias internationaux : l'atteinte inacceptable à la liberté d'expression et de création des Pussy Riot en Russie, les propos scandaleux de Todd Akin et hier Tom Smith aux Etats-Unis sur le viol.

Au-delà de ces évènements, votre réseau comme les associations, nous font remonter chaque jour des évolutions, moins médiatiques mais pas moins préoccupantes.

Nous avons des sujets sur tous les continents.

En Guinée, des dispositions discriminatoires limitent l'accès des femmes à l'éducation, à la santé, au marché du travail, aux postes de décision et à la justice.

Au Mali, où la crise politique a des conséquences dramatiques pour les femmes. Outre les atteintes du nouveau Code de la famille - qui consacre le statut d'infériorité des femmes - les organisations internationales font état de viols répétés.

En Haïti, où des femmes s'élèvent depuis deux ans contre les violences sexuelles dans les camps haïtiens ; plus de 250 cas de viols dans plusieurs camps ont été signalés au cours des 150 premiers jours qui ont suivi le tremblement de terre de 2010.

En Inde, où, selon un rapport de leur ministère de la Santé et de la Famille, le taux de mortalité infantile des filles est 61% plus élevé que celui des garçons.

Dans le Pacifique, où l'Australie et la Nouvelle-Zélande affichent les taux de représentation politique des femmes les plus bas au monde (de l'ordre de 3,5 % en moyenne) ;

En Afrique du sud, où une femme est assassinée toutes les 6 heures par un partenaire intime.

Bien sûr, ces exemples ne sont pas exhaustifs. Les femmes et les filles constituent 80% des quelques 800.000 personnes faisant l'objet d'un trafic annuellement, la majorité fait l'objet d'une traite pour exploitation sexuelle. Environ 100 à 140 millions de filles et de femmes dans le monde ont subi des mutilations génitales féminines et plus de 3 millions de filles d'Afrique y sont chaque année exposées.

Les violences faîtes aux femmes sont la violation des droits de l'Homme la plus courante sur la planète. Chez les femmes entre 15 et 44 ans, elles causent plus de décès et de handicaps que le cancer, le paludisme, les accidents de la circulation et les guerres réunis.

Un autre sujet de préoccupation brulant est la remise en question du combat pour le droit des femmes à librement disposer de leur corps. Y compris en Europe le droit à l'IVG qu'on croyait acquis se trouve souvent réinterrogé.

Soyez assurés que la France sera au côté de toutes celles et ceux qui rappellent les règles de droit international applicables en la matière.

Le 4 octobre 2011, le Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à la santé a présenté un rapport à l'Assemblée générale qui lance un appel urgent à tous les gouvernements afin qu'ils dépénalisent totalement l'IVG. C'est la première fois dans l'histoire de l'ONU qu'un tel appel est lancé. Je souhaite que vous puissiez le relayer auprès des gouvernements auprès desquels vous représentez notre pays.

Enfin comme vous le savez, le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU a adopté en juin 2011 une résolution sur les droits de l'Homme, l'orientation sexuelle et l'identité de genre. Cette résolution est une avancée essentielle. Elle exprime sa grave préoccupation pour les actes de violence et de discrimination commis sur ces fondements, dans toutes les régions du monde. 76 pays dans le monde criminalisent encore l'homosexualité qui peut être sanctionnée de la peine de mort dans au moins 5 pays.

Nous ne pouvons admettre cet état de fait.

Là encore, notre diplomatie doit se saisir pleinement de cet instrument, notamment en contribuant à dresser un rapport mondial sur les lois, pratiques discriminatoires et actes de violence commis contre ces personnes.

Une nouvelle diplomatie des droits des femmes doit vous conduire à vous mobiliser donc davantage encore sur ces sujets. Elle doit aussi vous amener à soutenir les mouvements de femmes qui se battent, s'organisent, revendiquent.

J'ai eu ces dernières semaines de très nombreux contacts avec des femmes, qu'elles soient tunisiennes, chiliennes, américaines, indiennes, suédoises, ukrainiennes ou congolaises. J'ai été frappée, au-delà des différences de situation nationales, au-delà des différences majeures de priorités dans leurs combats pour les droits des femmes (ici l'avortement, là, la parité, ailleurs le droit de conduire), par la similitude de leur discours et du projet politique qu'il porte. Ce n'est bien sûr pas pareil d'être femmes ou féministe en Europe du Nord qu'en Afrique centrale, en Amérique latine qu'en Asie du Sud-Est. Pourtant, dans chacun des pays, les femmes qui se battent pour leur émancipation le font avec la même volonté : montrer que le progrès des droits des femmes est la première marche du progrès de l'humanité.

La création d'un ministère des Droits des femmes en France n'est absolument pas passée inaperçue auprès de ces mouvements de femmes à l'étranger, dont beaucoup espèrent notre soutien. Je vous le dis assez simplement : si vous avez besoin de mon appui pour soutenir ces mouvements, n'hésitez pas à me solliciter.

Dans le cadre multilatéral, les droits des femmes ont connu au cours des dernières décennies des progrès considérables à travers les quatre grandes conférences des Nations unies et depuis 18 ans le programme d'actions de Pékin. Mais ces engagements sont non seulement trop souvent ignorés, ils sont aussi remis en discussion.

A chaque réunion des Nations unies sur les droits des femmes, nous sommes aujourd'hui crispés pour éviter tout recul. C'est en assumant mieux nos engagements que l'on sortira de cette position défensive.

Nous sommes en effet à un moment où des courants conservateurs, des extrémismes religieux et un certain relativisme culturel s'affirment dans la plupart des forums internationaux, depuis le début des années 2000, et tendent à remettre en cause les avancées obtenues dans le cadre des Nations unies pour l'égalité et les droits des femmes dans les années 1990.

Or, en matière de droits humains, lorsque l'on cesse d'avancer, on finit par reculer. J'ai en mémoire la déclaration de Michelle Bachelet au moment de l'institution d'ONU-Femmes : elle avait confié que la décision d'établir ONU-Femmes reflétait une «frustration générale face à la lenteur du changement». Cette parole est d'or au moment où nous devons déjà réfléchir à la construction du nouveau programme d'actions de Pekin (le cycle Pekin+20). Je souhaite que nous soyons, avec votre concours, précurseurs dans cette réflexion.

Mon ministère, en France, est celui de la troisième génération des droits des femmes. La première génération était celle du combat pour les droits civiques et politiques. La deuxième génération, celle des droits économiques et sociaux, de l'égalité devant la santé, de l'IVG, de l'égalité professionnelle.

Ces droits ont été inscrits dans la loi dans les années 70 et 80 et c'est un combat permanent de s'assurer qu'ils sont pleinement mis en oeuvre.

La troisième génération de droits est celle de l'aboutissement de l'égalité. Ce sont les droits du 21ème siècle, ceux que nous devons faire entrer dans le processus de Pékin+20.

Ceux qui feront monter le niveau d'intolérance de la société au sexisme et aux inégalités, ceux qui feront qu'il y aura autant de femmes que d'hommes dans les Parlements ou dans les commissions exécutives des grandes entreprises. Ceux qui feront que les femmes ne seront plus cantonnées dans les emplois précaires et seront payées de la même façon que les hommes. Celle qui permettra in fine de passer d'une égalité de droits à une égalité réelle. Ca n'est une chose évidente pour aucune de nos sociétés. Et pour cause.

Dans nos sociétés, la famille, qui est le lieu de toutes les protections, se construit largement dans une alliance bipolaire entre le père et la mère. Comme s'associent les électrons et les protons dans un atome, la solidité du modèle familial serait en quelque sorte conditionnée à la différence que la société creuse entre les femmes et les hommes.

C'est dans cette vision de la société et de la famille qu'est le noeud gordien de nos problèmes. Nous devons démontrer que la seule alliance solide entre une femme et un homme n'est pas celle qui oppose des moins et des plus. Nous devons dessiner les contours d'une nouvelle société dans laquelle les identités qui naissent d'une relation égalitaire entre les deux parents sont vécues comme des identités positives. C'est en cela que les pays nordiques nous ont devancés et nous devons nous inspirer de la voie qu'ils ont tracée.

La diplomatie des droits des femmes doit garder à l'esprit ces trois générations des droits.

Elles forment un tout. Et cette vision large du chemin d'émancipation des femmes nous prémunira d'un angélisme sur notre propre situation.

Il m'est impossible de ne pas m'arrêter quelques instants sur les révolutions arabes, qui ont, il n'y a même pas deux ans, profondément bouleversé la donne internationale.

Elles entreront dans l'Histoire comme la coalition inédite d'une aspiration forte des jeunes à la modernité et d'un mouvement de femmes, organisé selon des réseaux informels et qui ont pris souvent beaucoup de risques. J'ai reçu en juin dernier des femmes journalistes et bloggeuses engagées dans la transition de leur pays. Elles viennent du Bahreïn, d'Égypte, de Jordanie, du Maroc, des Territoires Palestiniens, de Tunisie et du Yémen et ont toutes pour point commun d'avoir choisi la plume pour raconter la transformation de leur société et pour lutter contre tous les intégrismes.

Ce qui se passe en Tunisie est de ce point de vue essentiel. Cet été, les femmes et les hommes sont descendus dans la rue pour exiger que la nouvelle Constitution garantisse l'égalité. Car les féministes en Tunisie comme partout ailleurs, savent bien que la complémentarité n'est pas exactement synonyme d'égalité.

Il y a dans cette effervescence complexe dont la Tunisie est un exemple, d'abord et surtout un espoir formidable qui se profile et qui requiert toute notre attention.

L'UpM n'a pas pleinement réussi encore à trouver ses marques sur des questions de société telle que celle-ci. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle ne constitue pas un forum adapté pour des réalisations communes. Après les réunions ministérielles qui se sont tenues sur ce thème en novembre 2006 à Istanbul puis à Marrakech en 2009, nous travaillons actuellement à la préparation de la troisième réunion que la France organisera au premier semestre 2013. Ce sera une contribution essentielle à la «Méditerranée de projets» dont vous a parlé le président de la République.

Vous l'avez compris, Mesdames les Ambassadrices et Messieurs les Ambassadeurs, je souhaite que notre pays s'engage à défendre la liberté et l'autonomie des femmes tout au long de leur vie. Où qu'elles soient.

Notre action dans ce domaine comme dans d'autres se doit d'être exemplaire et votre action y contribuera. L'action de la France doit assurer la défense des droits des femmes dans tous les domaines :

- le droit des petites filles à accéder à l'école, à l'éducation, au savoir et à pouvoir choisir librement leur orientation ;

- leur droit de se marier avec qui elles le souhaitent. De divorcer. De se remarier. D'aimer quelqu'un d'autre ;

- leur droit à disposer librement de leur corps ;

- leur droit à travailler et à être rémunérées pour ce travail. A s'exprimer. A marcher librement dans les rues. A chanter. A rire. A danser. A vivre dignement. A ne pas subir la domination des hommes. Leur droit à être protégées. C'est le sens de la Convention pour l'élimination de toutes les formes de discriminations à l'égard des femmes dont nous sommes signataire et que tous les États doivent être encouragés, notamment par votre intermédiaire, à signer et à mettre en oeuvre.

C'est le sens également du travail accompli par ONU-Femmes, que nous devons soutenir pleinement.

Enfin, je voudrais dire quelques mots des chantiers européens.

Vous le savez, la lutte contre les inégalités entre femmes et hommes en matière de rémunérations et l'une des plus anciennes compétences de l'Union dans le domaine social, sans doute celle qui a produit la plus large législation. Cette compétence, qui se retrouve à l'article 157 du traité, semble toutefois désormais endormie. Mettre en place des mécanismes de lutte contre les discriminations n'est pas suffisant contre les inégalités salariales.

Il faut intervenir à la racine en imposant, par des mécanismes de congés parentaux adaptés et la remise à plat des incitations fiscales, le partage des responsabilités familiales. Le projet d'une directive européenne afin de concilier les différents types de congés familiaux, comme c'est le cas par exemple dans certains pays d'Europe du Sud, doit être relancé. L'Europe doit montrer aux États membres le chemin de la modernité dans ces domaines.

Un deuxième chantier est celui de la place des femmes dans la gouvernance des entreprises. Je pense par exemple au groupe EADS, qui a réussi la contre-performance, aujourd'hui en 2012, d'élire un exécutif exclusivement masculin.

Chacun pense qu'EADS est soumis à la loi française qui impose un minimum de femmes, mais l'entreprise a son siège aux Pays-Bas. Cela nous montre que nous ne pouvons nous contenter d'adopter des législations de notre côté, comme nous l'avons fait avec la loi du 27 janvier 2011, sans envisager un texte plus large. Les initiatives que la Commission européenne prendra dans ce domaine vont dans le bon sens et la France les soutiendra.

Enfin, la question des violences faites aux femmes a indiscutablement une dimension européenne. Les récentes directives prises au niveau européen en matière de renforcement des droits des victimes et de lutte contre la traite des êtres humains et l'exploitation sexuelle des femmes ne pourront être utilement mises en oeuvre que si les institutions communautaires se mobilisent.

Je pense notamment à Eurojust, qui doit renforcer son rôle de coordination en la matière. Les réseaux ne peuvent être utilement mis en lumière que si l'on remonte la chaîne des responsables. Ils ne peuvent être utilement démantelés que si l'on se donne les moyens d'établir la traite, de protéger les victimes et de saisir les avoirs.

Au-delà des frontières de l'Union, cette question revêt d'ailleurs une dimension internationale importante.

Sur tous ces sujets je m'entretiendrai dès la semaine prochaine, avec la Commissaire européenne à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, Mme Viviane Reding.

Permettez-moi, pour conclure, une dernière observation sur des sujets qui concernent votre organisation. Les faits sont têtus, la place des femmes dans l'encadrement supérieur de la plupart des administrations reste encore trop faible. C'est particulièrement le cas à l'Intérieur, à la Défense, aux Finances. Mais cela l'est aussi aux Affaires étrangères. 14% de femmes ambassadeurs et un pourcentage équivalent de Consuls ou de Directrices d'administration - chiffre stable depuis 2009 semble-t-il - c'est trop peu et très loin de l'objectif de parité fixé par le gouvernement. C'est une préoccupation, je le sais, que partage le ministre des Affaires étrangères.

Je ne peux qu'émettre devant vous le souhait d'un rééquilibrage car vous l'aurez compris dans tout mon propos, la diplomatie est aussi une affaire de femmes.

Je vous remercie./.

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9. XXe Conférence des ambassadeurs - Réception des ambassadeurs de France dans les pays des environnements régionaux des Outre-mer - Discours du ministre des Outre-mer, M. Victorin Lurel - Paris, 29 août 2012

 

(Seul le prononcé fait foi)


Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, Cher Laurent Fabius,

Monsieur le Ministre chargé du Développement, Cher Pascal Canfin,

Monsieur l'Ambassadeur, je devrais dire Monsieur le Premier Ministre, Cher Michel Rocard,

Madame la Présidente du Conseil régional de la Guadeloupe, Chère Josette Borel-Lincertin,

Monsieur le Président du Conseil régional de la Guyane, Cher Rodolphe Alexandre,

Monsieur le Président du Conseil régional de la Martinique, Cher Serge Letchimy,

Monsieur le Président du Conseil territorial de Saint Pierre et Miquelon, Cher Stéphane Artano,

Monsieur le Président de l'Assemblée territoriale de Wallis et Futuna, Cher Vetelino Nau,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Messieurs les Préfets,

Mesdames et Messieurs les directeurs,

Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi de vous exprimer la satisfaction qui est la mienne au moment de vous accueillir, à l'issue de la Conférence des ambassadeurs 2012, ici en l'Hôtel de Montmorin, qui abrite le ministère des Outre-mer.

C'est donc un très grand plaisir pour moi de vous souhaiter la bienvenue.

Je remercie tout particulièrement mon collègue Laurent Fabius qui, accompagné de Pascal Canfin, a bien voulu accepter de co-présider cette rencontre avec moi.

Par sa présence, il montre le grand intérêt du ministère des Affaires étrangères pour les départements et collectivités d'Outre-mer dont le rôle est essentiel dans la politique d'influence de la France à l'étranger.

Grâce aux Outre-mer, c'est en effet la France qui rayonne sur tous les continents et toutes les mers du monde. Ces Outre-mer qui apportent à notre pays tant d'atouts et tant de richesses qui sont autant d'avantages comparatifs dans un très grand nombre de domaines : 11millions de km² de zone économique exclusive (la deuxième plus grande zone économique exclusive du monde après les États-Unis), 80% de la biodiversité nationale, la plupart des espèces endémiques, la plus grande frontière terrestre de l'Union européenne avec le Brésil, la plus grande frontière maritime européenne avec l'Australie, un immense potentiel économique et stratégique avec le nickel de la Nouvelle Calédonie, les nodules polymétalliques de la Polynésie et de Wallis, la base spatiale, le bois, l'or et bientôt le pétrole de la Guyane, les nouvelles énergies de la Réunion, l'écotourisme de la Martinique, la géothermie de la Guadeloupe, et j'en oublie...

C'est pourquoi nous devons nous fixer des objectifs ambitieux pour être à la hauteur des enjeux.

Tout d'abord, il est impératif que les Outre-mer soient pleinement insérés dans leur environnement géographique.

Les ministères des Affaires étrangères et des Outre-mer travaillent de concert à faire en sorte que les départements français d'Amérique intègrent pleinement les organisations régionales que sont l'AEC, l'OECO, la CARICOM, le CARIFORUM, la CEPALC, que les collectivités du Pacifique approfondissent leur participation au FIP (Forum des îles du Pacifique), que la Nouvelle Calédonie puisse consolider le siège de la CPS à Nouméa, que la Réunion et Mayotte prennent toute leur place au sein de la COI (la communauté de l'Océan indien).

Bien avant d'être nommé ministre des Outre-mer, j'ai toujours milité pour que ces territoires disposent de représentations spécifiques dans les ambassades françaises des pays avoisinants.

C'est désormais le cas de la Nouvelle Calédonie en Nouvelle Zélande. Une convention-cadre existe et il appartient à chacun de la mettre en oeuvre et de renforcer ainsi les liens entre nos collectivités et nos postes diplomatiques.

Il ne s'agit pas, bien sûr, de vouloir multiplier les présences sans aucun schéma directeur, mais bien de penser à valoriser nos domaines d'excellence chez nos voisins, dans une concertation étroite.

Ces nouveaux acteurs viendront compléter le dispositif existant qui, autour des Préfets, des ambassadeurs en résidence et des trois ambassadeurs délégués à la coopération régionale, oeuvre à donner du sens à la coopération régionale.

La période qui s'ouvre doit constituer un nouveau départ pour les Outre-mer en tant que socle de cette coopération régionale que Laurent Fabius, Pascal Canfin et moi-même, nous souhaitons voir se développer sur les trois océans.

Pour ce faire, il est impératif que nous puissions disposer d'outils précis d'évaluation de nos performances dans des domaines aussi divers que la coopération éducative et universitaire, la coopération sanitaire, la coopération juridique, douanière, policière.

Je suis avec une attention particulière le cas du traité sur l'orpaillage, qui n'est toujours pas ratifié par la partie brésilienne. Tout comme je plaide pour une relance du groupe de travail de haut niveau avec les Comores.

Au niveau économique, c'est une véritable symbiose qui doit s'imposer entre les ambassadeurs en résidence dans les pays proches et les Préfets.

Aux premiers un rôle que l'on peut qualifier d'ouvreurs de marchés pour nos entrepreneurs ultramarins, de facilitateurs, d'intégrateurs, de défenseurs de la francophonie...

Aux seconds, celui d'incitateurs, d'aiguillons pour aider nos entrepreneurs à investir leur environnement proche.

Pour les y aider, j'ai décidé, suivant en cela les engagements du président de la République lors de la campagne électorale, de repenser le concept de développement endogène. Les trois commissaires en poste aux Antilles, en Guyane et à la Réunion verront leur mission repensée et ils seront, sous l'autorité des Préfets, les relais dans nos Outre-mer du redressement productif.

Nous devons tous être convaincus que le développement économique est une priorité et que ces territoires ont de multiples atouts qui leur permettent d'être innovants en s'insérant dans leur environnement géographique.

Le tourisme est une activité de tout premier plan et présente de belles promesses lorsque l'offre devient collective comme en témoigne le concept «d'Iles Vanille» qui permet aux touristes de profiter de l'ensemble Maurice-Réunion, auquel vont bientôt s'agréger les Seychelles.

Nous travaillons avec le ministère de l'Intérieur à simplifier la procédure des visas afin de fluidifier la venue de ressortissants sud-africains à la Réunion.

Preuve supplémentaire de l'importance de la donne touristique dans les économies des Outre-mer, la tenue probable en mai 2013 de la 95e session du conseil exécutif de l'Organisation mondiale du tourisme à Saint-Denis de la Réunion.

Oui, je le dis ici avec force : les Outre-mer doivent prendre toute leur place dans leur environnement régional au plus grand profit de la France dans son ensemble.

En 2013, l'année de la République dominicaine en Guadeloupe raffermira les liens déjà forts entre Dominicains et Guadeloupéens. De même que l'année de l'Afrique du Sud en France, toujours en 2013, mettra La Réunion au premier plan des échanges culturels, touristiques et - souhaitons-le - économiques, avec la première puissance émergente du continent africain.

Avec la présence d'organismes de recherche de haut niveau, les Outre-mer ont un avantage comparatif indéniable en matière de lutte contre les maladies à vecteur (Dengue, Chikungunya, Paludisme, maladie de Chagas), d'éco-agriculture, de prévention des risques naturels qu'ils peuvent partager avec leurs voisins. L'IRD, le CIRAD, l'INRA, l'Institut Pasteur, le CNRS, sont des centre de recherche internationalement connus qui contribuent à renforcer l'attractivité de nos Outre-mer.

En matière de recherche spatiale, le CNES permet à la Guyane d'être au tout premier plan mondial avec des coopérations internationales de haut niveau à l'instar de celle existante avec Soyouz à Kourou.

Et que dire de la biodiversité et du maritime où notre savoir-faire peut assurément contribuer au développement de fructueuses coopérations.

Dans le Pacifique, une grande partie de la soixantaine de projets cofinancés annuellement par le fonds pacifique entre plusieurs États de la région et la Nouvelle Calédonie, la Polynésie française et Wallis et Futuna a trait à la conservation de la biodiversité marine. C'est le cas du projet CRISP de protection des coraux.

Dans les Caraïbes, je peux citer les projets Opaal, concernant les aires marines protégées, Caraïbes-Hycos sur la coopération internationale en matière de gestion des ressources en eau, Agoa- sanctuaire des mammifères marins, Cabare qui est le réseau caribéen pour la prévention et le contrôle durable des maladies émergentes du bananier, Magdalesa de gestion durable de la pêche dans les Caraïbes.

Tous ces projets bénéficient de financements INTERREG IV ou AFD.

En Guyane, les projets REDD (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts, CARET2 destiné à la conservation de l'habitat des tortues marines sont financés principalement sur des fonds FEDER.

Dans tous ces domaines, la coopération entre les RUP, les PTOM et les ACP doit être renforcée en facilitant l'articulation du FED et du FEDER au profit de priorités partagées.

Je ne peux évidemment pas être exhaustif puisque le temps m'est compté, mais la coopération scolaire et universitaire - avec comme objectif le développement des universités de la Réunion, du Pacifique, des Antilles et de la Guyane - constitue, là aussi, un atout de nos Outre-mer qu'il convient de faire fructifier en valorisant des filières prometteuses dans les pays avoisinants comme l'apprentissage des langues ou la vulcanologie.

Je suis convaincu du potentiel énorme de nos Outre-mer qui doivent être considérés comme des relais indispensables à la grandeur de la France.

Les partenaires étrangers de la France en sont conscients et le montrent par des gestes diplomatiques forts : une récente tournée du ministre des affaires étrangères néo-zélandais à la tête d'une importante délégation d'entrepreneurs à Nouméa, des demandes d'audiences d'ambassadeurs étrangers au ministre des Outre-mer, des invitations à visiter leurs pays...

Reconnus comme des sources de stabilité politique dans leur environnement géographique, les Outre-mer doivent occuper pleinement leur place sur les trois océans.

Ce pari est en passe d'être gagné grâce à votre totale implication et à celle de vos équipes.

Enfin, n'oublions pas l'essentiel : ces femmes et ces hommes venus de tous les continents et qui, au cours des siècles, ont peuplé par strates successives ces terres des trois océans et les ont enrichies de leurs cultures.

Ce sont eux qui font de la France, un pays-monde, oui «un pays poreux au souffle du monde», un archipel si proche de l'Afrique, de l'Inde, du Levant et qui sont autant d'atouts pour construire des ponts entre notre pays et le reste du monde.

Je terminerai en rappelant les futures échéances qui nous permettront à la fois de faire le point sur le travail accompli et de surtout fixer les objectifs pour les douze mois à venir.

Tout d'abord, la conférence de coopération régionale de la zone Antilles et Guyane qui est programmée à Cayenne les 29 et 30 octobre 2012. Puis celle de l'océan indien qui pourrait se tenir mi-novembre 2012 à Saint - Denis de la Réunion.

Pour le Pacifique, une conférence de coopération régionale du Pacifique pourrait être prévue pour le printemps 2013.

Je passe maintenant la parole au ministre des Affaires étrangères./.

(Source : site Internet du ministère des Outre-mer)

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10. Droits de plantation : vers une position commune avec l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie - Communiqué du ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt - Paris, 30 août 2012

À l'issue de la rencontre avec les représentants de la filière viticole, jeudi 30 août au ministère de l'Agriculture, Stéphane Le Foll a annoncé la création d'une plateforme commune avec notamment l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie afin de revenir sur la suppression des droits de plantation décidée en 2008 et planifiée pour 2015.

Le ministre de l'Agriculture souhaite créer une dynamique positive en entrainant d'autres pays producteurs afin de peser sur les discussions communautaires. Cette plateforme sera adressée à la Commission avant la prochaine réunion du groupe à Haut niveau qui a lieu le 21 septembre prochain. «L'absence de tout dispositif de régulation du potentiel de production, et donc de l'offre, serait préjudiciable au secteur, et nuirait à une offre de qualité», a souligné Stéphane Le Foll.

Le ministre a par ailleurs souligné le dynamisme de la filière viticole à l'exportation avec une progression des exportations en 2011 en valeur et en volume, soit plus de 7 milliards d'euros pour 14 millions d'hectolitres. Le chiffre d'affaires des exportations des vins et eaux de vie équivaut à la vente de 154 airbus./.

(Source : site Internet du ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt)

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11. Point de presse du porte-parole adjoint du ministère des Affaires étrangères - Réunion de la 17e session de l'Assemblée des Français de l'étranger (3-8 septembre 2012) - Communiqué de presse de Mme Yamina Benguigui/Éthiopie/Déplacement aux obsèques de Meles Zenawi (1-3 septembre 2012) - Maldives/Remise du rapport de la Commission nationale d'enquête (CoNI) - Iran/nucléaire/Rapport de l'AIEA - Pakistan - Syrie - Rémunération des agents de l'État en poste à l'étranger - Égypte - Tunisie - Paris, 31 août 2012

 

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a fait les déclarations et a répondu aux questions suivantes :

1 - Réunion de la 17e session de l'Assemblée des Français de l'étranger (3-8 septembre 2012)

La 17e Session plénière de l'Assemblée des Français de l'étranger (AFE) se réunit à Paris du 3 au 8 septembre 2012 au Centre de conférences ministériel (27, rue de la Convention à Paris). Les membres de l'AFE représentent plus de deux millions de Français établis hors de France. Cette assemblée est formée de 11 députés, 12 sénateurs, 155 conseillers des Français de l'étranger et 12 personnalités qualifiées.

Le ministre des Affaires étrangères, président de l'AFE, prononcera une allocution à l'ouverture de cette Assemblée, lundi 3 septembre à 12h. La ministre déléguée chargée des Français de l'étranger interviendra le vendredi 7 septembre à 11h30.

Le directeur des Français à l'étranger et de l'administration consulaire présentera son rapport annuel d'activités. La sécurité des communautés française fera également l'objet d'une attention spécifique, notamment lors de la présentation du rapport du directeur du Centre de crise.

Au cours de cette semaine, les élus de l'AFE débattront de l'ensemble des questions intéressant les Français établis hors de France, en particulier l'enseignement français à l'étranger, l'aide sociale et la protection sociale de nos compatriotes, les questions de nationalité, de fiscalité, ainsi que de la réforme de l'AFE.

2 - Communiqué de presse de Mme Yamina Benguigui - Éthiopie - Déplacement aux obsèques de Meles Zenawi (1-3 septembre 2012)

Mme Yamina Benguigui, ministre déléguée chargée de la Francophonie, se rendra à Addis-Abeba du samedi 1 au lundi 3 septembre à la demande du président de la République, M. François Hollande.

Elle représentera la France aux obsèques nationales de l'ancien Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi.

Elle transmettra à cette occasion un message d'amitié de la France aux autorités éthiopiennes.

La ministre aura également des entretiens bilatéraux.

3 - Maldives - Remise du rapport de la Commission nationale d'enquête (CoNI)

La France salue la remise, jeudi 30 août, du rapport de la Commission nationale d'enquête (CoNI) sur les événements du 7 février, qui avaient conduit le vice-président Mohamed Waheed à la tête de l'État maldivien, à la suite de la démission du président Mohamed Nasheed.

La France appelle toutes les parties à se conformer aux recommandations de la Commission d'enquête et à poursuivre le dialogue, dans le respect de la Constitution maldivienne.

4 - Iran/nucléaire - Rapport de l'AIEA

L'Agence internationale à l'Énergie atomique a diffusé hier soir le rapport trimestriel de son Directeur général sur la mise en oeuvre par l'Iran de son accord de garanties avec l'Agence et des résolutions du Conseil de sécurité.

L'Agence met en lumière la poursuite par l'Iran d'activités sensibles menées en violation de ses obligations internationales tout comme l'absence de coopération iranienne avec l'Agence pour résoudre les questions non résolues liées à la possible dimension militaire du programme nucléaire iranien.

Le Conseil des gouverneurs avait demandé dans sa résolution de novembre 2011 que l'Agence et l'Iran intensifient leur dialogue pour résoudre d'urgence les questions en suspens liées à la possible dimension militaire du programme nucléaire iranien. La France regrette vivement que malgré tous les efforts fournis, «aucun résultat concret» n'ait pu être obtenu en raison de l'absence de réponse iranienne aux questions de l'Agence.

La France condamne les activités menées par l'Iran sur le site de Parchin, et qui amènent l'Agence à constater que sa capacité à vérifier des informations préoccupantes «a été compromise» et que sa capacité «à procéder à une vérification efficace sera considérablement entravée» si elle y a accès un jour.

L'installation d'un nombre significatif de nouvelles centrifugeuses dans l'installation de Fordow constitue également un motif d'inquiétude alors même que l'Iran continue, au mépris de ses obligations, d'enrichir de l'uranium à 3,5 et à 20%.

Nous appelons une fois encore l'Iran à faire des gestes concrets allant dans le sens des demandes de la communauté internationale, à coopérer sans délai ni réserves avec l'AIEA pour faire la lumière sur les questions non résolues et à cesser des activités qui compromettent le travail de l'Agence. Nous l'encourageons également à suspendre l'ensemble des activités sensibles menées en violation de ses obligations internationales.

Nous souhaitons que le Conseil des gouverneurs qui se réunira prochainement puisse se prononcer fermement sur le rapport de l'Agence du Directeur général auquel nous réitérons notre plein soutien et dont nous saluons à nouveau le travail.

Enfin, comme l'a indiqué lundi le président de la République, et le ministre l'a rappelé ce matin, nous assumerons notre responsabilité pour renforcer les sanctions à l'encontre de l'Iran tant qu'il ne bougera pas et ne se conformera pas à légalité internationale.

Q - Une réaction aux informations provenant de l'AIEA sur l'Iran et le niveau actuel d'enrichissement d'uranium et le doublement des centrifugeuses sur le site de Fordo, entre autres? Puisque toutes les voies de négociations avec l'Iran semblent épuisées (AIEA et 3+3) par quel chemin va-t-on maintenant ?

R - Le ministre s'est exprimé sur ce sujet ce matin.

Je vous renvoie également à la déclaration que je viens de faire.

5 - Pakistan

Q - La détention provisoire de la jeune pakistanaise (11 ans), souffrant d'une trisomie 21, en accusation de blasphème a été renouvelée de 14 jours. Une réaction ?

R - Le 21 août, les autorités françaises ont fait part leur préoccupation sur le cas de cette jeune Pakistanaise qui selon plusieurs sources souffre d'un retard mental et qui a été placée en détention provisoire «pour délit de blasphème».

Une procédure judiciaire est en cours. Nous la suivons avec la plus grande attention et appelons à la libération de cette adolescente.

6 - Syrie

Q - Après la réunion du Conseil de sécurité jeudi, est-ce-que la France compte militer auprès de ses partenaires européens pour un accroissement de l'aide humanitaire pour la Syrie en vue de l'ampleur de la souffrance et l'explosion du nombre des réfugiés ?

R - La France est résolue à poursuivre et renforcer ses efforts d'aide humanitaire en direction des réfugiés syriens. Comme l'a indiqué hier le ministre lors de la réunion du Conseil de sécurité des Nations unies qu'il présidait, la France continuera, en plus de ses actions à titre national, de militer en faveur d'un accroissement de l'aide humanitaire européenne. Elle appelle tous les donateurs à se mobiliser.

La Commissaire européenne chargée de l'aide humanitaire et de la réponse aux crises, Mme Kristalina Georgieva, a fait part publiquement, le 29 août, de son appui à l'initiative de la Présidence française du Conseil de sécurité des Nations unies.

Elle a, à cette occasion, précisé que l'Union européenne et ses États membres avaient déjà mobilisés 146 millions d'euros d'aide humanitaire, ce qui représente plus de 41% du total des moyens mobilisés. Ce montant résulte pour partie de la décision prise lors du Conseil des Affaires étrangères du 23 juillet 2012 de doubler les crédits européens d'aide humanitaire d'urgence.

Cette aide va encore augmenter, notamment pour prendre en compte la récente décision de la France, annoncée hier à New York par le ministre des Affaires étrangères, de mobiliser, en plus de sa contribution indirecte dans le cadre de l'Union européenne, 5 millions d'euros supplémentaires d'aide humanitaire à titre national. Cela portera l'enveloppe nationale bilatérale d'aide française à 8,6 millions d'euros, à laquelle il faut naturellement ajouter la quote-part française engagée dans le cadre de l'aide européenne.

7- Rémunération des agents de l'État en poste à l'étranger

Q - Le magazine Challenges.fr sort des chiffres sur les salaires des fonctionnaires qui gagnent davantage que le chef de l'État et le Premier ministre, notamment au Quai d'Orsay. On peut y lire notamment: «Sur les 656 agents auquel l'État accorde une rémunération supérieure à celle des deux têtes de l'exécutif, 385 sont, en effet, employés par le Quai d'Orsay et travaillent à l'étranger». Ces chiffres sont-ils exacts et quelle est votre réaction ?

R - La question de la rémunération à l'étranger concerne tous les agents expatriés de l'État et donc toutes les administrations : outre les Affaires étrangères, la Défense, l'Économie, l'Intérieur, etc. soit environ 15.000 agents. La question est donc plus large que celle des seuls ambassadeurs.

La rémunération des agents de l'État en poste à l'étranger, quel que soit leur ministère de rattachement, comprend trois éléments principaux, qui couvrent des charges et des sujétions particulières :

a) un salaire de base, qui est similaire à celui de tout fonctionnaire, conformément à la grille salariale de la fonction publique et dépend donc du grade de l'intéressé et de ses responsabilités ;

b) une indemnité de résidence, qui est liée à plusieurs paramètres :

- d'abord les conditions de vie et en particulier l'insécurité, sachant que la situation sécuritaire se dégrade dans un nombre croissant de pays (Afrique, Amérique latine, etc.) ou le risque sanitaire : un ambassadeur à Kaboul ou à Bagdad, par exemple, qui risque sa vie quotidiennement, dispose effectivement d'une prime plus élevée ;

- ensuite, le coût de la vie : il est lié aux fluctuations monétaires, son estimation varie à la hausse ou à la baisse. Des ajustements interviennent tous les trois mois ;

- enfin, l'éloignement : accepter de vivre à des milliers de kilomètres de ses attaches en France, d'avoir à changer de pays tous les deux ou trois ans, est pris en compte;

c) un supplément lié à la famille. Les établissements scolaires à l'étranger sont payants. Les frais de scolarité sont en général très élevés et peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros par an.

Ces facteurs peuvent se combiner pour atteindre des rémunérations d'ensemble qui paraissent effectivement élevées, dans un contexte français.

Ces éléments de rémunération sont ceux retenus par la plupart des pays étrangers pour leurs agents à l'étranger ou par les entreprises qui disposent de personnels expatriés. Les fonctionnaires français à l'étranger ne jouissent pas, d'une manière générale, de conditions de rémunération plus favorables que celles des diplomates des autres pays ou des fonctionnaires des organisations internationales.

Pour les agents de l'État, les indemnités de résidence sont définies par pays et par ville pour coller au plus près des besoins et sont revues chaque année (les plus élevées concernent Kaboul et Bagdad et les plus faibles Monaco).

8 - Égypte

Q - Est-ce que M. Fabius a l'intention de visiter l'Égypte durant la prochaine période ?

R - Oui. Le ministre a d'ailleurs indiqué hier matin sur France Inter qu'il comptait s'y rendre dans le courant du mois de septembre.

Le président de la République s'est également entretenu par téléphone le 29 août avec le président égyptien, M. Morsi. Les deux chefs d'État sont convenus de se rencontrer prochainement et de maintenir une concertation étroite entre la France et l'Égypte au sujet de la Syrie et des autres questions régionales et internationales d'intérêt commun.

L'Égypte est un partenaire très important pour la France et joue un rôle majeur dans la région.

9 - Tunisie

Q - Concernant la presse en Tunisie, comment réagissez vous au communiqué du Syndicat national des journalistes tunisiens dénonçant une «mainmise du pouvoir sur la ligne éditoriale» ?

R - La France est attachée à la liberté de la presse, des journalistes et des médias. Cette liberté est essentielle à la démocratie.

Elle encourage les autorités tunisiennes à défendre l'indépendance des organes de communication et de presse, qu'ils soient publics ou privés./.

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