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Bulletin d'actualités du 29 août 2012


Sommaire



1. XXe Conférence des ambassadeurs - Discours du Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault - Paris, 28 août 2012

 

(Seul le communiqué fait foi)


Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Je veux d'abord vous dire mon très grand plaisir de participer, aux côtés de Laurent Fabius, à ce rassemblement annuel des ambassadeurs. J'ai déjà pu éprouver à maintes reprises la qualité de votre travail et je mesure l'importance éminente de votre tâche au service de la France.

Les Français ont fait le choix d'une voie nouvelle, pour le redressement de notre pays dans la justice. Chacun a pu mesurer les attentes que cette alternance suscite auprès de nos partenaires internationaux.

Nous devons répondre à ces attentes, dans la durée et par des actions concrètes, afin que la France occupe toute sa place sur la scène internationale. C'est une immense responsabilité dont j'ai pleinement conscience.

Votre rôle est irremplaçable, car c'est vous qui éclairez le gouvernement sur la perception de son action par le reste du monde. Cette évaluation sans complaisance est indispensable à la réalisation de l'ambition qui nous anime. Et j'attache une grande valeur à l'ensemble de vos propositions ou initiatives.

Je vous l'ai dit, la France est engagée dans un effort de redressement. Chacun le sait, nous sommes confrontés à une situation difficile. Elle exige à la fois de faire face aux urgences - montée du chômage, pouvoir d'achat des Français - et d'engager des réformes de structure, qui impliquent une méthode de gouvernement reposant sur le dialogue et la mobilisation de toutes les énergies.

Dans un monde en mouvement, où les cartes de la puissance sont rebattues, la France ne pourra pas exercer pleinement son influence si elle ne recouvre pas une économie dynamique et sa confiance en elle-même. Je suis profondément convaincu que l'un ne va pas sans l'autre et que du succès de l'entreprise de redressement dépend la place de notre pays dans le concert des Nations. La France n'est pas n'importe quel pays : nous devons mener à bien les réformes nécessaires à la préservation du modèle social et républicain qui font sa force.

C'est le sens de l'action résolue de mon gouvernement en faveur de la croissance et de l'emploi.

Le gouvernement respectera ses objectifs de réduction des déficits publics, car le redressement passe d'abord par celui des comptes publics. Il conditionne la crédibilité de notre pays, en Europe et dans le monde. C'est une question de souveraineté. Une première étape a été franchie avec la loi de finances rectificative adoptée par le Parlement dès le mois de juillet. Les projets de loi de finances et de programmation pluriannuelle des finances publiques qui seront présentés au Conseil des ministres, fin septembre, confirmeront l'objectif de réduction à 3 % du déficit public en 2013 et traceront une trajectoire de retour à l'équilibre en 2017. Les arbitrages rendus fin juillet garantissent la stabilité des dépenses de l'État, dans le respect des priorités accordées à l'éducation, la sécurité et la justice.

J'ai conscience des choix difficiles que cet effort collectif implique parfois, mais le Gouvernement a clairement rompu avec la méthode de la RGPP, au profit d'une approche plus sélective et reposant sur des réformes de fond. S'agissant du ministère des Affaires étrangères, une réflexion sur la manière de moduler la présence de la France dans les pays tiers, en fonction de ses intérêts et en prenant en compte tous les réseaux de l'État, est indispensable.

Notre objectif est de relancer la croissance, sans laquelle il n'y aura pas de recul durable du chômage. Le Pacte européen pour la croissance et l'emploi, adopté lors du dernier Conseil européen, prévoit des financements à hauteur de 120 milliards d'euros. Un travail a été engagé pour identifier des projets qui puissent être éligibles aux «project bonds» ou aux crédits de la Banque européenne d'investissement, au bénéfice de nos entreprises et nos territoires. Je demande à nos ambassadeurs en poste dans l'Union d'identifier des projets conjoints avec nos partenaires. Car c'est à l'échelle de l'Europe que nous tirerons le meilleur profit de ces investissements supplémentaires.

Vous le savez, la priorité du gouvernement est de restaurer la compétitivité de nos entreprises et notre outil industriel. C'est la condition du redressement productif de notre pays. À cette fin, un rapport a été commandé à Louis Gallois, qui remettra ses conclusions mi-octobre. Parallèlement, nous sommes convenus avec les partenaires sociaux, au cours de la grande conférence sociale, de travailler à la réforme du financement de notre protection sociale, notamment sous le prisme de la compétitivité et de la juste répartition de l'effort contributif. La capacité de nos entreprises à reconquérir les parts de marché perdues ces dernières années en dépend, tant sur le marché intérieur qu'à l'exportation.

Nos PME seront davantage soutenues et bénéficieront de financements adaptés et pérennes. C'est l'objectif que nous poursuivons avec la création, dans les prochaines semaines, de la Banque publique d'investissement et l'examen, d'ici la fin de l'année, d'un projet de loi portant réforme du secteur bancaire.

Je vous l'ai dit, nous devons aussi faire face aux situations d'urgence. Afin de répondre à la première préoccupation des Français qu'est l'emploi, nous avons mobilisé les moyens nécessaires dès le mois de juin pour financer la création de 80 000 contrats aidés supplémentaires et renforcer l'accompagnement des demandeurs d'emplois par Pôle-emploi. Le projet de loi portant création des emplois d'avenir sera présenté au Conseil des ministres demain et sera le premier texte soumis aux parlementaires en septembre. Le projet de loi portant création du contrat de génération sera également présenté avant la fin de l'année. Au total, notre objectif porte sur un million d'emplois.

Vous le voyez, mon gouvernement est pleinement engagé dans l'action et dans un programme de réformes très ambitieux. Ce combat qui se mène sur deux fronts - celui de l'urgence et celui des réformes en profondeur -, est rendu possible par un changement de méthode et par une attention constante portée à la justice.

La France est fréquemment perçue à l'étranger comme un pays incapable de se réformer et de surmonter ses conflits. La conviction de mon gouvernement, c'est que cette image est avant tout le fruit des erreurs successives de méthode, qui ont souvent conduit les détenteurs du pouvoir à décider d'en haut et dans la précipitation, sans réelle concertation avec tous les acteurs qui font la richesse, le dynamisme et la créativité de notre pays - je pense notamment aux partenaires sociaux ou aux collectivités territoriales.

Le gouvernement, pour réussir les réformes engagées et les inscrire dans la durée, vise, à l'inverse, à mobiliser largement les Français, les corps intermédiaires et tous les acteurs de la société. Je voudrais souligner, à cet égard, l'exemplarité du processus lancé au mois de juillet avec la grande conférence sociale. Elle a ouvert une série de chantiers décisifs pour l'avenir de notre économie et de notre modèle social.

Dans le même esprit, des consultations ont été engagées sur la refondation de l'école et sur le nouvel acte de décentralisation, voulu par le président de la République. La première conférence environnementale s'ouvrira à la mi-septembre et permettra d'engager la transition énergétique. Des assises de l'enseignement supérieur et de la recherche se tiendront à l'automne. Ce changement de méthode est d'ores et déjà inscrit dans les faits : dialogue et effort de conviction, plutôt qu'injonction et précipitation. C'est ainsi que nous pourrons transformer le pays en profondeur.

Les Français ne sont pas hostiles par principe aux réformes et personne ne nie la nécessité des efforts à consentir. Mais des efforts justes. Faire prévaloir la justice : c'est ce qui a inspiré notamment le volet fiscal de la loi de finances rectificatives, qui est revenue sur des mesures inacceptables aux yeux de bon nombre de Français, en raison de leur caractère inéquitable. À cet égard, je n'hésite pas à citer devant vous la suppression de la prise en charge des frais de scolarité pour les enfants des Français résidant hors de France, dont vous savez bien qu'elle ne répondait à aucune considération de justice sociale.

De la même manière, le prochain projet de loi de finances poursuivra la réforme de notre système fiscal pour le rendre plus juste et plus efficace, conformément aux engagements du président de la République. La réforme fiscale fera l'objet d'un large débat, mais évitons sur ce sujet essentiel les caricatures. Le gouvernement a confiance dans la capacité de nos compatriotes à juger par eux-mêmes de la pertinence de cet effort de redressement.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, il vous revient d'expliquer à vos interlocuteurs, partout dans le monde, que la politique engagée par le gouvernement vise à remettre la France en mouvement, à redonner confiance à nos concitoyens dans les atouts de notre pays - et ces atouts sont nombreux - pour affronter les défis auxquels il est confronté. Dans le monde ouvert, instable et concurrentiel qui est le nôtre, la France sera plus forte si elle fait preuve de cohésion et repart de l'avant, plutôt que de se diviser artificiellement.

Il faudra veiller à inclure, dans cet effort d'explication et de mobilisation, l'ensemble de nos compatriotes résidant à l'étranger, qui disposent de nouveaux élus à l'Assemblée nationale et qui peuvent également compter sur Hélène Conway. Leur rôle est essentiel pour accroître le rayonnement international de notre pays.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, cette action résolue que nous engageons pour le redressement de la France est inconcevable sans son prolongement européen et international.

Chacun en est bien convaincu ici, le retour à un monde où les décisions nationales se suffisaient à elles-mêmes - s'il a jamais réellement existé - est parfaitement illusoire. Je veux réaffirmer devant vous la volonté du gouvernement d'une pleine insertion de notre pays dans le monde. C'est ainsi que la France pourra contribuer à le façonner, en fonction des valeurs qui sont les nôtres et de l'idée que nous nous faisons de son avenir.

Nous n'y parviendrons pas sans agir sur le levier européen, dans le cadre d'une construction européenne plus nécessaire que jamais. Je veux rendre hommage à cet égard à l'action de Bernard Cazeneuve, qui souligne à juste titre le besoin d'un projet pour l'Europe qui suscite à nouveau l'adhésion des peuples.

Dans cette perspective, rien ne sera possible sans les liens indéfectibles qui nous unissent à l'Allemagne. Vous savez mon attachement personnel à ce partenaire privilégié et à l'amitié entre nos deux pays, que le cinquantième anniversaire du Traité de l'Élysée nous donne l'occasion de dynamiser. Mon intime conviction, c'est qu'au-delà des différences de sensibilité qui peuvent temporairement se faire jour, un accord franco-allemand demeure nécessaire pour avancer. Non pas dans le cadre d'un face-à-face exclusif qui aurait pour objectif d'imposer des solutions toutes prêtes à nos autres partenaires. Mais, en raison d'une conscience aiguë de la valeur de la construction européenne et d'une volonté partagée d'être à la hauteur de notre responsabilité commune à l'égard de l'Europe.

C'est d'ailleurs, comme j'ai pu en faire l'expérience depuis mon arrivée à la tête du Gouvernement, ce que les autres États membres attendent de l'Allemagne et de la France. En conséquence, je vous demande de faire vivre, chacun dans l'exercice de vos fonctions, la dynamique franco-allemande.

L'adoption du Pacte européen pour la croissance et l'emploi, que j'ai évoqué au début de mon propos, est le premier signe tangible de la réorientation de la construction européenne. Le projet européen ne peut pas se résumer en effet à la seule discipline budgétaire. Ce Pacte sera présenté au Parlement, au début du mois d'octobre, dans le cadre de la ratification du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l'Union économique et monétaire. Et le gouvernement demandera aux parlementaires d'adopter une loi organique qui traduira la mise en oeuvre du Traité.

C'est l'engagement que le président de la République a pris devant les Français et c'est l'engagement de la France à l'égard de nos partenaires européens. L'aboutissement de ce processus permettra de renforcer notre crédibilité au sein de l'Union.

Nous continuerons à agir avec détermination pour maintenir l'intégrité de la zone euro, ce qui signifie notamment que la sortie de la Grèce n'est pas une option. Il est urgent de mettre en oeuvre les décisions prises par le Conseil européen, le 29 juin dernier, en faveur d'une supervision bancaire intégrée au niveau européen. En ouvrant la voie à un refinancement direct des banques auprès du MES, elle permettra de rompre la spirale négative qui lie jusqu'à présent l'assainissement du secteur bancaire et l'augmentation de la dette des États. La Banque centrale européenne devra jouer pleinement son rôle, dans le respect de son indépendance. Et nous devrons manifester notre solidarité à l'égard des pays attaqués par les spéculateurs et qui mettent en oeuvre des réformes courageuses.

Nous sommes aujourd'hui devant la nécessité de franchir une nouvelle étape, dans le cadre d'une «intégration européenne solidaire». La réflexion est en cours, sur la base du rapport d'Herman van Rompuy et le président de la République a précisé hier l'esprit dans lequel nous l'envisageons. Nous avons la volonté d'avancer, dans ce domaine, en étroite concertation avec l'Allemagne, afin de tourner définitivement la page de la défiance des marchés.

Mais la crise que nous traversons n'est pas seulement une crise européenne. C'est une crise mondiale qui appelle davantage de coordination internationale.

N'oublions que cette crise trouve ses racines profondes dans les grands déséquilibres mondiaux. Il y a un certain opportunisme à dénoncer l'Europe comme l'homme malade, en décalage avec les fondamentaux des autres économies. Les Européens présents au sein du G8 et du G20 doivent se montrer solidaires et refuser les manoeuvres qui ne servent en fait qu'à détourner les regards d'autres problèmes fondamentaux.

Nous pouvons faire aujourd'hui le constat d'un ralentissement global de l'économie mondiale. La pertinence de l'agenda pour la croissance et l'emploi, porté par le président de la République aux Sommets de Camp David et de Los Cabos, apparaît d'autant plus grande. Il est urgent de mettre en oeuvre les engagements pris notamment par ceux de nos partenaires qui disposent de marges de manoeuvre budgétaires et qui ont la possibilité d'adopter des mesures discrétionnaires en faveur de la croissance. Il nous faut également respecter l'engagement collectif à lutter contre le protectionnisme et à renforcer l'OMC, qui veille à la loyauté des échanges internationaux.

Là encore, la force du levier européen doit être pleinement utilisée, pour faire avancer l'objectif de relations commerciales plus équitables. La mise en oeuvre du principe de réciprocité doit nous permettre de faire reculer les pratiques commerciales déloyales, qu'il s'agisse des restrictions à l'accès aux marchés publics ou du non-respect de la propriété intellectuelle.

L'objectif d'une meilleure régulation de la mondialisation, tant dans le domaine financier qu'en matière de lutte contre les paradis fiscaux et la corruption, s'impose plus que jamais. En cohérence avec la priorité que nous accordons à l'emploi, nous devons multiplier les occasions de faire progresser la dimension sociale de la mondialisation.

Dans le contexte actuel, je veux aussi rappeler la pertinence du débat que le président de la République a ouvert, à Camp David, sur le prix du pétrole et la nécessaire vigilance de l'Agence internationale de l'Énergie dans ce domaine.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, c'est dans le cadre d'une mondialisation mieux maîtrisée que nous devons nous mobiliser très fortement en faveur de nos intérêts économiques à l'étranger. Je voudrais partir du constat rappelé par le président de la République : notre déficit commercial n'a cessé de se creuser ces dernières années ; il s'est détérioré de près de 70 % entre 2007 et 2011. Aujourd'hui notre déficit est dû pour 26 milliards à des importations supérieures à nos exportations dans les domaines autres que l'énergie. L'ambition du gouvernement est de parvenir à l'équilibre, hors énergie, d'ici cinq ans.

Dès lors, je veux ici saluer le choix de Laurent Fabius de consacrer cette 20e édition de la Conférence des ambassadeurs à la diplomatie économique.

Vous avez un rôle essentiel à jouer dans l'accompagnement des projets de nos entreprises, en matière de grands contrats comme au service de nos PME. Dans le même temps, l'attractivité du territoire national doit être valorisée aux yeux des investisseurs étrangers qui contribuent à la création d'emplois et au redressement de notre économie.

De ce point de vue, je tiens à rendre hommage à la volonté que traduit le plan d'action destiné à mettre les intérêts économiques de la France au premier rang de l'activité du ministère des Affaires étrangères et de son réseau.

Une concertation étroite avec les autres ministères concernés est indispensable - et je salue Pierre Moscovici et Nicole Bricq - pour faire en sorte que tous les leviers d'action soient mis en oeuvre de manière cohérente et que «l'équipe France» agisse, dans la cohésion, aussi bien à Paris que sur le terrain. Si nous voulons marquer des points rapidement, il faudra que nos entreprises jouent pleinement le jeu et que les pouvoirs publics s'organisent plus efficacement. Je veillerai, en conséquence, à resserrer le dispositif interministériel, afin d'assurer un suivi, coordonné en permanence, de la promotion de nos intérêts économiques à l'étranger.

Nous disposons de grandes filières exportatrices nationales et elles doivent être confortées. Elles contribuent à l'image d'excellence de notre industrie à l'étranger. Il en est ainsi de l'aéronautique, du spatial ou de l'agroalimentaire. Le nucléaire civil en fait partie, la modification du bouquet énergétique pour faire passer de 75 à 50 % la part du nucléaire dans la production d'électricité n'ayant pas pour effet de faire disparaître cette source d'énergie.

D'autre part, nous devons prendre pleinement conscience du continuum qui existe entre notre action d'influence et nos intérêts économiques : c'est en accordant une bourse à un étudiant étranger, en développant une coopération scientifique ou universitaire, en mettant à disposition de nos partenaires le meilleur de l'expertise française que nous créons les conditions d'un accroissement ultérieur de nos échanges économiques. C'est pourquoi il était absurde et contraire à nos intérêts de donner l'impression aux étudiants étrangers qu'il n'était pas les bienvenus dans notre pays ; et c'est pourquoi il a été rapidement mis un terme à des dispositions qui constituaient un véritable frein à notre attractivité.

Comme l'a dit le président de la République, il nous faut conserver une politique d'influence forte, dont le dynamisme peut notamment s'appuyer sur la capacité de cofinancement croissante des pays émergents.

Comme notre langue, notre culture fait partie des atouts de notre pays. Elle témoigne de notre vitalité et de notre dynamisme ; elle participe de l'attraction que la France exerce sur le monde ; elle est une source de rayonnement qu'il nous faut pleinement exploiter. En conséquence, la dimension culturelle doit être pleinement intégrée à votre action. À vous de veiller à sa bonne articulation avec la promotion de l'ensemble de nos intérêts.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, puisque nous voulons gagner en efficacité et en cohérence, j'ajouterai que le changement de méthode voulu par le gouvernement dans le cadre national peut aussi inspirer l'action extérieure de la France.

Dans le cadre de la feuille de route donnée par le président de la République pour les prochains mois - et je ne reviendrai pas ici sur la mobilisation qui est la nôtre en réponse à la crise syrienne, à la situation au Sahel ou au programme nucléaire iranien -, je souhaite donc évoquer la manière dont nous mettons en oeuvre notre politique étrangère et indiquer quelques pistes d'évolution possible.

Il nous faut impérativement introduire davantage de cohérence, de continuité et de durée dans nos relations avec nos principaux partenaires. Cela implique la fin d'une politique reposant sur des coups et générant des à-coups, qui constituent autant de sources d'incompréhension et d'inefficacité.

Première mise en application possible : le développement de nos relations avec les pays émergents. Il s'agit de consolider nos partenariats stratégiques avec ces pays, sur des bases équilibrées et équitables et de les nourrir par un dialogue politique régulier et dans la durée qui témoigne de notre volonté de les considérer comme de véritables interlocuteurs. Nous les encouragerons, par ce biais, à exercer les responsabilités qui vont de pair avec le statut auquel ils aspirent.

Nous devons prendre acte également de l'épuisement du concept daté de «coopération», trop marquée par les dérives du passé et par la multiplication d'engagements aussi irréalistes qu'incohérents. Doit s'y substituer l'objectif fort d'une politique de solidarité, fondée sur le développement durable et reposant sur la transparence, la justice et la crédibilité. Dans un contexte budgétaire contraint, nous devrons faire appel à des financements innovants en faveur du développement. À commencer par la taxe sur les transactions financières, dont une partie sera affectée dès 2013 à la solidarité internationale, comme l'a annoncé le président de la République.

Dans ce cadre, nous devons accorder toute sa place à la Francophonie. Et je tiens à saluer l'action de Yamina Benguigui, qui oeuvre avec détermination à la consolidation de la famille francophone et à la promotion de l'enseignement du français.

Parce qu'il faut convaincre et mobiliser pour faire bouger les lignes, nous devons mettre en place les conditions d'un dialogue renforcé avec la société civile et multiplier par deux nos actions de coopération mises en oeuvre par les ONG, conformément aux engagements du président de la République. C'est dans cette perspective que s'inscrit le projet d'assises de la solidarité internationale, sous l'égide de Pascal Canfin.

L'accompagnement des pays en transition au sud de la Méditerranée constitue pour nous un autre enjeu d'importance.

Contrairement aux tenants du «choc des civilisations», nous avons la conviction que l'appartenance au monde musulman et l'exercice de la démocratie sont compatibles. Nous devons donner toutes leurs chances aux processus démocratiques en cours au sud de la Méditerranée, en soutenant, dans une attention constante à nos valeurs, les efforts de ces pays pour répondre aux aspirations légitimes de leur population à la liberté et à la prospérité. Et nos relations devront être renouvelées, y compris s'agissant de la mobilité des personnes, sur la base de la réflexion engagée par Manuel Valls.

Pour accompagner ces processus de transition démocratique, il nous faudra de manière cohérente mobiliser tous les instruments dont nous disposons, en liaison avec l'Union européenne et nos autres partenaires internationaux. C'est ainsi que l'Union pour la Méditerranée devra se recentrer sur sa capacité à faire émerger et à mettre en oeuvre, grâce à son secrétariat, des projets concrets d'intérêt régional. Et nous veillerons à la cohérence et à la complémentarité entre les initiatives relevant de l'Union pour la Méditerranée - dont l'ancrage à l'Union européenne sera renouvelé - et celles découlant du dialogue 5+5 ou du partenariat de Deauville.

Enfin, nous avons la volonté d'adapter notre outil de défense à ce monde en mouvement.

C'est l'objectif des travaux du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, engagés cet été et qui seront achevés d'ici la fin de l'année, ouvrant la voie à une nouvelle loi de programmation militaire qui sera soumise au Parlement en 2013.

La dimension européenne de notre outil de défense doit devenir une réalité tangible. La situation en Europe exige une mutualisation de nos capacités militaires, mais aussi la conduite de projets industriels communs, qui conditionne notre capacité à préserver notre autonomie stratégique à long terme, tout en servant notre objectif de redressement.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, chacun d'entre vous doit concevoir son action dans le prolongement de la politique du gouvernement, qu'il vous faut appréhender dans sa globalité.

J'ai conscience de l'exigence qu'impose la multiplication des enjeux à l'échelle mondiale. Les situations sans cesse plus imbriquées appellent un décryptage de toute la complexité d'un monde où la coopération internationale n'a jamais été aussi indispensable. J'ai confiance dans la capacité de notre diplomatie à rendre compte de cette complexité, à en expliciter les causes profondes et à proposer des réponses concrètes aux défis auxquels nous sommes collectivement confrontés, dans le respect des intérêts de la France.

La mission qui est la vôtre est exaltante et justifie que les moyens de l'accomplir vous soient accordés, comme la reconnaissance du gouvernement./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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2. XXe Conférence des ambassadeurs - Conclusions du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius - Paris, 29 août 2012

 

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

En commençant ce propos de conclusion, je veux vous redire combien je suis heureux et fier de diriger le ministère des Affaires étrangères. Et cela d'autant plus que nous vivons, avec la mondialisation et les nouveaux défis (économiques, politiques, écologiques) une période où la dimension internationale est décisive, rendant d'autant plus déterminante votre mission et celle de notre maison.

Avec les quatre ministres délégués qui sont à mes côtés (Mmes. Conway-Mouret et Benguigui, MM. Cazeneuve et Canfin), nous entendons nous appuyer pleinement sur les professionnels que vous êtes, dont nous avons pu constater les talents et le dévouement au service de notre pays et de l'ensemble de nos compatriotes.

À l'issue des échanges riches qui ont marqué cette conférence, et qui ont mis particulièrement en valeur les dossiers économiques, je voudrais revenir sur quelques unes de nos priorités immédiates et de long terme, afin que, dans le cadre de la politique tracée par le président de la République et le Premier ministre, vous disposiez d'orientations claires pour agir : c'est aussi, c'est d'abord cela le sens de cette Conférence des ambassadeurs.

* *

En cet instant, trois zones de tensions et de crises nous mobilisent plus particulièrement.

- D'abord, le Moyen-Orient et la tragédie syrienne. Depuis notamment les élections, la France est à l'initiative en Syrie sur le triple plan diplomatique, stratégique et humanitaire.

Nous ne ménageons pas nos efforts pour appuyer et rassembler l'opposition, pour aider à dessiner les contours d'une future Syrie libre, démocratique et multiconfessionnelle, pour apporter de l'aide aux populations de l'intérieur et aux réfugiés.

Nous avons organisé la Conférence des Amis du peuple syrien à Paris le 6 juillet dernier, afin que puisse s'exprimer le très large soutien de la communauté internationale aux forces qui s'opposent à Bachar Al-Assad et à son clan. Nous avons pris et prenons des mesures concrètes pour les aider. Avec l'Union européenne, nous avons adopté des sanctions contre ce régime criminel. Le président de la République s'y est personnellement beaucoup investi, il a tracé la feuille de route devant vous lundi dernier et il est déterminé à s'engager pleinement en ce sens.

La France est en effet décidée à faire le maximum pour mettre fin à la domination criminelle du clan Assad. Il est clair qu'il n'y a pas de solution en Syrie tant qu'il reste en place. Chaque mort du conflit syrien est un mort de trop. Les atrocités commises heurtent notre conscience. En même temps, nous devons aider à préparer l'après Bachar. D'où notre soutien à l'opposition, en prenant soin d'insister sur la large union et le respect nécessaire de toutes les communautés. On ne peut laisser croire qu'il y aurait une solution facile à une crise aussi complexe. Notre politique vise à affaiblir le clan criminel de Bachar Al-Assad, à accélérer sa chute inéluctable, à appuyer notamment les zones libérées, à soutenir un gouvernement provisoire légitime et représentatif, en évitant autant que possible la contagion régionale, notamment au Liban.

J'ai moi-même récemment effectué une tournée dans la région centrée sur les questions humanitaires, j'ai mesuré à la fois les drames effrayants qui s'y accumulent, l'action des ONG auxquelles je veux rendre hommage. Je présiderai demain une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies pour mobiliser la communauté internationale en particulier sur ces enjeux humanitaires.

Dans la région, d'autres questions nous préoccupent gravement. Nous sommes très attentifs à la situation en Iran. Ce grand pays a le droit, en application des traités internationaux, de se doter de capacités nucléaires civiles, mais la détention par lui de l'arme nucléaire porterait notamment le risque inacceptable de la dissémination et d'une nucléarisation de toute la région. C'est dans cet esprit que nous pratiquons une politique à la fois de sanctions et de discussions avec lui, sans grand résultat jusqu'ici. La vigilance active est plus que jamais de mise.

Quant à la question israélo-palestinienne, elle reste la matrice de nombreux conflits. La France souhaite une relance du processus de paix. Notre but reste d'aboutir à la création d'un État palestinien indépendant, viable et pacifique, et de garantir la sécurité d'Israël. C'est dans cet esprit que nous gardons un contact étroit aussi bien avec Israël qu'avec les Palestiniens.

Pour ce qui est de l'Afghanistan, notre engagement passe d'une présence militaire à une coopération civile, avec le départ de nos troupes combattantes, auxquelles je veux rendre hommage, et avec la ratification du traité d'amitié entre nos deux pays. Nous voulons aider l'Afghanistan sur la voie de la stabilité, du développement et de la démocratie, et éviter que ce pays redevienne un foyer pour le terrorisme.

- Le Mali et le Sahel. La crise sahélo-malienne, moins spectaculaire mais menaçante elle aussi, voit s'installer pas très loin de nos propres frontières un foyer majeur d'instabilité, avec des groupes terroristes qui eux-mêmes déclarent considérer la France et l'Europe comme leur ennemi. La conjonction de la faiblesse de l'État malien et de la mise en place d'une zone contrôlée par des groupes terroristes, renforcés par des flux d'armes, de combattants et de drogue, a gravement déstabilisé le Mali et menace plus largement toute l'Afrique de l'Ouest.

Nous n'entendons pas nous substituer aux Africains eux-mêmes. Nous appuierons les efforts qui seront faits par le Mali pour se reconstituer, tout comme ceux des pays de la région dans le cadre de la CEDEAO et de l'Union africaine, ainsi que dans le cadre juridique fixé par les Nations unies, pour déployer si nécessaire et le moment venu une force militaire africaine. Nous sommes engagés avec l'Union européenne dans l'appui au développement et aux forces des pays de la région. Mais une chose doit être claire : pas question de pactiser avec le terrorisme.

Cette crise malienne exige une particulière vigilance de tous les États de la région et de tous nos postes. Elle n'a pas seulement un caractère diplomatique, humanitaire, économique. Elle se traduit aussi par la menace qui pèse sur nos ressortissants, parfois pris en otage. Nous, c'est-à-dire nos postes, nos entreprises, nos concitoyens, qui doivent redoubler de précautions face à ces risques.

La crise au Sahel ne doit pas nous faire oublier les tendances de long terme en Afrique. Malgré des foyers de tension, l'Afrique est un continent d'avenir : la croissance économique, dans l'ensemble, y est soutenue, les classes moyennes se développent, les investissements directs étrangers ont été multipliés par 8 en 8 ans. La transition démographique est en marche et la démocratisation, sauf exceptions, progresse. L'Afrique constitue un partenaire économique et culturel essentiel et un immense marché à notre porte. On peut dire qu'avec l'Afrique, nous constituons mutuellement notre avenir. L'Europe doit être un allié de l'Afrique, en faveur d'une mondialisation mieux régulée qui lui permette de se développer de manière durable. Bref, la normalisation de nos relations avec l'Afrique est nécessaire, elle ne signifie en aucun cas la banalisation.

- L'Union européenne. La crise a mis et met encore l'Europe à rude épreuve. Elle a révélé les fragilités et les incohérences d'une intégration européenne déséquilibrée : d'un côté une monnaie unique, l'euro, de l'autre, des structures économiques, budgétaires, financières, politiques inadaptées pour la gérer dans la stabilité, la solidarité et la durée. Pour nous, il s'agit à la fois de régler les impasses actuelles et de construire l'Europe de demain.

Dans cet esprit, nous poursuivons avec Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux Affaires européennes, l'objectif d'un meilleur fonctionnement monétaire, économique et financier. Le Conseil européen des 28-29 juin, largement à l'initiative de la France, a donné des impulsions nouvelles vers une politique de croissance. Nous souscrivons aux objectifs de discipline budgétaire équilibrés par une politique de croissance : c'est le sens de la ratification du Traité budgétaire, qui sera soumis au Parlement dans quelques semaines avec l'ensemble des éléments du «paquet» adopté à la fin juin - pacte de croissance, renforcement des mécanismes de solidarité, supervision bancaire, taxe sur les transactions financières.

Les premières avancées du Conseil européen de fin juin devront être appliquées et prolongées. Nous entendons agir dans plusieurs domaines : surmonter la crise des dettes souveraines, retrouver une croissance forte et durable, améliorer la gouvernance de l'Union. Dans l'immédiat, la crise grecque n'est pas encore réglée. La position de la France est claire : nous voulons que soit préservée l'intégrité de la zone euro. Pour cela, il est nécessaire de continuer à appuyer ce pays pour qu'il puisse se désendetter, charge à lui de mener les nécessaires réformes, notamment en matière fiscale.

Au-delà, nous souhaitons l'introduction d'une union bancaire, avec un fonds de garantie des dépôts et des mécanismes de résolution des crises, en plus de la supervision mise en place. De même, nous pensons décisif d'avancer vers une véritable cohésion financière pour permettre, en échange d'une coordination accrue des budgets nationaux, de renforcer la solidarité, avec l'introduction à terme d'Eurobonds. Il nous faut aussi nous donner les moyens de lancer en commun des projets capables de soutenir notre croissance - dans le domaine de la recherche, de l'innovation, du développement durable, des infrastructures. Dans cet esprit, l'UE doit se doter de ressources propres par le moyen notamment de la taxe sur les transactions financières. Tout cela implique un contrôle démocratique renforcé, en veillant à ce que le pouvoir des parlements soit garanti. Le président de la République a parlé d'«intégration solidaire» pour résumer notre démarche d'ensemble.

La coopération européenne dans le domaine de l'énergie sera un axe majeur de nos propositions. La France, et notamment notre ministère, travaille actuellement sur ce projet qui portera à la fois sur les approvisionnements, sur les énergies propres et du futur et sur les économies à réaliser en matière de consommation. Dans ce domaine essentiel, nous devons unir nos forces avec ceux de nos voisins qui le voudront, comme nos prédécesseurs l'ont fait il y a plus de cinquante ans pour le charbon et l'acier.

En matière de politique européenne, la relation franco-allemande est évidemment fondamentale. Au début de l'an prochain, nous célébrerons le cinquantenaire du Traité de l'Élysée. Ce partenariat est décisif, il doit être équilibré et non exclusif. Cela signifie que nous travaillons et travaillerons en bonne harmonie avec l'Espagne, l'Italie et tous les autres pour surmonter la crise de la zone euro. Nous agirons notamment avec la Pologne et l'Allemagne dans le cadre du «Triangle de Weimar» pour développer l'Europe de la défense, sans oublier notre coopération de défense avec la Grande-Bretagne. Le rapport Védrine reviendra sur certains aspects de notre défense et de notre stratégie par rapport à l'OTAN, dans l'analyse qu'il remettra bientôt.

Le voisinage de l'Europe, par sa proximité et l'étroitesse de nos liens avec lui, occupera une place importante dans notre action diplomatique. Dans le contexte des révolutions arabes, la vision d'un vaste ensemble euro-méditerranéen de coopération, de croissance et de liberté constitue une perspective positive de moyen et de long terme. Nous agirons pour une relance de l'euro-méditerranée. Nous disposons de bons outils pour avancer : le secrétariat général de l'Union pour la Méditerranée, le 5+5, le Partenariat de Deauville. Plutôt que de lancer de nouveaux débats institutionnels, il s'agira surtout de travailler à des projets concrets dans des partenariats à géométrie variable.

Voisinage toujours : nous avons normalisé nos relations avec la Turquie, qui est un acteur majeur aux confins de l'Europe et de l'Asie. Nous devons par ailleurs nous efforcer d'établir les paramètres d'une relation plus constructive, sans agressivité mais sans naïveté, avec la Russie.

L'Europe, premier bailleur, joue un rôle de premier plan en matière d'aide au développement, de levier sur les régimes dictatoriaux - je pense notamment à la politique de sanctions qui a porté des fruits en Birmanie -, de dialogue politique à haut niveau, notamment sur le nucléaire iranien. Ces actions européennes seront consolidées.

Sur tous ces champs d'action, nous développons et développerons des relations étroites avec les autres ministères qui concourent au rayonnement de la France et à son action extérieure, notamment le ministère de la Défense et celui de l'Économie et des Finances. Je vous invite en votre qualité de représentants interministériels de la France à l'étranger, à veiller à cette bonne et permanente concertation avec l'ensemble des autres administrations.

* *

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

La profondeur du temps long, le sens de la durée, la capacité d'anticipation, la vision pour préparer et planifier sont des vertus essentielles à l'action publique. C'est particulièrement vrai de la diplomatie, où nos succès se construisent avec le temps, ce «grand sculpteur». Une diplomatie qui s'abandonnerait à l'impulsivité et aux coups de barre permanents se révèlerait finalement peu productive. Je veux donc élargir l'horizon au-delà des priorités immédiates dictées par les crises et par les événements, pour aborder maintenant ce qui doit être notre action à plus long terme. «Il faut de la profondeur», allais-je dire, «il faut de la vision» mais je m'arrête avant que l'on ne me compare au ministre de la stimulante bande dessinée publiée il y a quelque temps sur le Quai d'Orsay.

On a parlé, à propos de divers pays, de soft power, de hard power, de smart power. Pour rendre compte de la situation singulière de la France, je parlerai volontiers d'«influential power». En bon français, notre pays entend être «une puissance d'influence».

La France fait en effet partie du petit nombre de pays capables d'agir et de peser significativement sur la scène mondiale. Nous sommes la cinquième puissance économique, un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Notre langue est parlée par plus de 200 millions de personnes, dans quelques décennies plus de 700 millions. Nous sommes une puissance nucléaire, une grande nation européenne à la culture et à la science admirées. Les principes auxquels nous nous référons, le fait que nous nous exprimions souvent au-delà de nos seuls intérêts, avec un souci d'internationalisme, de même que nos liens particuliers avec de nombreux pays, nous permettent d'être reconnus comme une puissance et une puissance utile. Notre pays dispose d'une influence qui dépasse celle qui se déduirait des seules réalités matérielles. La France est bien une «puissance d'influence».

Mais nos atouts doivent être valorisés si nous voulons que notre pays puisse conserver, voire améliorer son statut international dans l'intérêt même de nos concitoyens. Pour cela, il faut une claire vision du monde et de ses évolutions. Le président de la République a tracé nos priorités. L'Asie, ses nouveaux géants - la Chine et l'Inde - et ses puissances établies - le Japon -, pèse et pèsera d'un poids croissant, ainsi que les grands émergents d'autres continents comme le Brésil : ils sont au coeur de nos priorités. Au-delà des pays émergents de première ligne qui connaissent des taux de croissance élevés, nous accorderons une attention forte aux «nouveaux émergents» d'Amérique latine, d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient. Il s'agit notamment de l'Afrique du Sud, de l'Indonésie, du Viêt-Nam, de la Colombie, du Mexique, de la Turquie et de quelques autres, de l'Australie d'une autre façon - je ne dresse pas de palmarès -, qui sont en train de rejoindre «la classe moyenne mondiale» et constituent autant de perspectives et de marchés nouveaux. Sans rien retirer à nos relations tout à fait essentielles d'amitié et de coopération avec les États-Unis avec lesquels, selon la formule juste, nous sommes «alliés sans être alignés», nous avons à bâtir une relation proche avec ces nouveaux partenaires.

Notre diplomatie d'influence passe par une action forte en faveur du rayonnement éducatif, scientifique, culturel et linguistique de notre pays. C'est notamment la mission de notre réseau en charge des coopérations culturelles, scientifiques et éducatives. Je veillerai à conforter ce dispositif exceptionnel - une centaine d'Instituts français et près de 1 000 alliances françaises dont plus de 400 soutenues par notre ministère. Notre réseau éducatif, universitaire et de recherche, avec 490 écoles et lycées français dans 130 pays, 175 espaces Campus France, 27 instituts de recherche et des milliers de professeurs de français, est un atout à conforter. De même, nous donnerons à notre audiovisuel extérieur - la chaîne francophone TV5Monde, France 24 et RFI, qui diffusent leurs programmes à plus de 200 millions de foyers - la stabilité et la solidité nécessaires pour qu'il puisse affirmer son rôle essentiel.

Les institutions internationales sont, elles aussi, évidemment un enjeu d'influence, qu'il s'agisse de l'ONU et de ses agences, du G8/G20, de l'OCDE, des institutions financières, mais aussi régionales. Nos postes internationaux y jouent un rôle décisif. Notre «politique du personnel» devra être plus anticipatrice qu'aujourd'hui et plus suivie. Concernant les Nations unies, la France appuie, vous le savez, une réforme du Conseil de sécurité, pour permettre à cette instance majeure de mieux prendre en compte les réalités nouvelles et la nécessité d'élargir les cadres dans lesquels sont gérées les affaires du monde. Cette réforme est difficile, mais c'est en étant force de proposition que nous légitimerons notre propre statut.

Autre dimension essentielle de notre influence : la mise en oeuvre et le respect de nos principes. La France porte dans son message singulier des valeurs universelles qu'elle défend dans les situations de crises internationales, dans l'ensemble des enceintes internationales et dans ses relations bilatérales. Nous le faisons notamment par rapport aux évolutions des «printemps arabes», où nous sommes et serons très attentifs aux droits de la personne, en particulier ceux des femmes, et au respect des libertés. Cette vigilance est un facteur important de notre identité, de notre rayonnement auprès de nombreux peuples. Tous les deux ans, nous nous fixerons ainsi une grande cause internationale. En 2012-2013, ce sera la cause de l'abrogation universelle de la peine de mort. Je vous demande de vous mobiliser pour cette cause dans chacune de vos ambassades par les initiatives les mieux adaptées.

Au-delà de ces domaines majeurs, je souhaite en effet que ce ministère et l'ensemble de ses agents acquièrent ou développent à la fois ce que j'appellerai le «réflexe économique» et le «réflexe francophone».

- Diplomatie économique. La diplomatie économique - qui est aussi écologique - est la contribution directe que nous pouvons apporter à l'exigence de redressement économique. Nous faisons, vous faites déjà beaucoup et les entrepreneurs apprécient en général notre action. Mais le déficit considérable de notre commerce extérieur, juge de paix de notre compétitivité, montre que nous devons faire plus et mieux. Certes, l'administration ne remplace pas les entreprises et beaucoup d'autres ministères sont aussi concernés que nous, mais nous pouvons et devons les accompagner. Les défis de la croissance et de l'emploi se jouent, pour une part, à l'international. Je ne reprendrai pas l'intégralité de mon propos d'hier, mais je rappellerai juste quelques grandes lignes.

Nous avons besoin d'une diplomatie économique forte, active, réactive, efficace, à l'écoute de tous les acteurs économiques de «l'équipe de France». En continuant de servir les intérêts généraux de la France, le ministère des Affaires étrangères doit devenir, aussi, le ministère des entreprises. Il doit renforcer son «réflexe économique, et les entreprises renforcer leur «réflexe diplomatie».

Plusieurs mesures traduiront cette priorité. Le soutien à nos entreprises à l'international et la promotion de la «destination France» pour les investissements étrangers seront désormais une instruction permanente et déterminante de notre réseau. Vous êtes clairement les chefs de file de notre action économique extérieure qui doit être pour vous une priorité majeure. Dans nos principaux postes, vous vous entourerez d'un conseil économique qui vous épaulera. Au sein du ministère, une direction animée par votre collègue Jacques Maire sera spécifiquement dédiée au soutien des entreprises et aux affaires économiques. Nous développerons la formation de nos responsables diplomatiques en matière économique, ainsi que notre communication et le dialogue avec les acteurs économiques.

Nous améliorerons notre articulation avec l'ensemble des services et des opérateurs concernés par l'action économique extérieure et le soutien à nos entreprises, notamment ceux des ministères de l'économie et du commerce extérieur. Le morcellement qui existe aujourd'hui n'est pas toujours optimal. L'enjeu est, sans perdre notre temps dans un meccano administratif, de simplifier et d'améliorer les services que nous proposons aux entreprises, notamment aux PME et aux ETI qui ont besoin d'appui pour se projeter à l'international. Il est aussi de peser davantage dans les négociations internationales et européennes en matière de coordination des politiques économiques, de politique commerciale et de cadre réglementaire. C'est dans ces enceintes - UE, OMC, G8/G20, FMI, OCDE notamment - que se dessine l'environnement économique dans lequel nos entreprises se meuvent. L'élévation des normes sociales et environnementales et la réciprocité en matière commerciale seront des exigences prioritaires pour établir des termes de l'échange plus équitables. Nos positions seront guidées par cette question simple : est-ce bon pour nos entreprises, pour nos emplois, pour le redressement de la France ?

En même temps, évitons toute confusion. Si une bonne économie est un atout décisif pour notre diplomatie, celle-ci ne peut ni s'y résumer ni être remplacée par elle. Si le PIB déterminait à lui seul les hiérarchies mondiales, cela se saurait et l'Union européenne exercerait une primauté politique par rapport aux États-Unis et à la Chine, ce qu'aucun d'entre nous n'a récemment constaté. Le poids d'un pays n'est pas exactement la même chose que son rôle, mais l'écart entre les deux ne peut pas être durablement massif. C'est pourquoi la priorité économique est majeure.

- Diplomatie francophone. Une autre priorité de long terme sur laquelle je veux insister est la Francophonie. C'est un terrain privilégié pour développer nos liens avec des pays, des sociétés qui partagent notre langue. C'est un atout essentiel. Selon l'Organisation internationale de la Francophonie, 220 millions de personnes parlent le français dans le monde. Ils pourraient être 700 à 750 millions vers 2050, dont 80% en Afrique. Les enjeux sont donc considérables et touchent à la fois à la défense de la langue française, à sa promotion, à celle de nos valeurs.

Le français fonde son rayonnement non pas sur un rapport de domination, certains diraient d'impérialisme, mais sur les valeurs universelles que notre langue a vocation à porter. Source de valeurs et de partage, cette langue commune est un véhicule de stabilité et de cohésion, de tolérance et de diversité. Elle doit se montrer créative et dynamique pour s'adapter en permanence aux changements du monde. C'est sur cette base qu'un plan d'action pour la francophonie sera mis en oeuvre, en particulier par la ministre déléguée Yamina Benguigui. Le président de la République y reviendra lors du prochain Sommet de la Francophonie à Kinshasa.

Le plan comportera notamment quatre axes. D'abord davantage d'ouverture et d'accessibilité, car il est décisif que ceux qui le souhaitent puissent disposer de médias en Français, notamment en matière de culture, d'information et de divertissement. Nous développerons donc les technologies de l'information, les coopérations dans le domaine audiovisuel en direction des télévisions et radios francophones et la formation des journalistes francophones. Ensuite, la mobilité est décisive, l'espace francophone doit être un espace d'échanges et de rencontres : un programme d'échanges de type «Erasmus» est à l'étude. L'enseignement est une condition, la première condition, de la vitalité du français : nous nous donnerons les moyens de développer l'enseignement du français, notamment en Afrique, où la compétition linguistique est forte. Enfin, un partenariat pour la croissance est nécessaire afin que le français soit également un outil au service de l'économie dans les échanges nord-sud et sud-sud. Le continent africain affiche depuis une décennie une croissance moyenne autour de 5% par an et la majorité des locuteurs francophones se trouve en Afrique. La francophonie est aussi un enjeu économique et nous devons inciter les entreprises à exploiter les liens que crée la langue. Je compte sur votre mobilisation pour mettre en oeuvre cette démarche, cette véritable diplomatie francophone.

Les Français de l'étranger constituent dans cette perspective un atout et une chance particulière pour le rayonnement de notre pays. Avec le président de la République, nous souhaitons mieux les accompagner, notamment grâce à une meilleure prise en compte de leurs spécificités et une attention particulière pour la vie quotidienne. L'action d'Hélène Conway-Mouret comme ministre déléguée chargée des Français de l'étranger traduit cette attention. Elle conduira des actions et réformes dans au moins trois domaines.

Concernant l'enseignement français à l'étranger, la suppression de la prise en charge (PEC) des frais de scolarité des Français de l'étranger et son remplacement par des bourses était un engagement présidentiel, en raison du caractère inéquitable du système précédent. Cet engagement sera tenu, mais il est nécessaire, en parallèle, de refonder les critères d'attribution des bourses et, plus généralement, de rendre notre système éducatif à l'étranger plus efficace et plus juste tout en maîtrisant les hausses des coûts de scolarité.

Notre réseau consulaire devra, lui aussi, être adapté aux enjeux internationaux et à l'évolution de notre présence dans le monde. Nous devons améliorer la qualité du service public, tout en modernisant et simplifiant certaines procédures. Des propositions en ce sens seront formulées dans la concertation par Mme. Conway d'ici la fin de l'année.

Enfin, l'élection pour la première fois en 2012 de 11 députés représentant les Français de l'étranger à l'Assemblée nationale aux cotés des 12 sénateurs et des élus à l'assemblée des Français de l'étranger, a modifié l'architecture de la représentation de notre communauté expatriée. Il faudra tenir compte de cette nouvelle réalité. Une réflexion est lancée pour améliorer la représentation démocratique et simplifier le système. Les uns et les autres devront être associés à cette diplomatie francophone.

* *

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Voilà quelques axes qui vont guider votre action au quotidien, en lien avec la feuille de route qu'ont tracée le président de la République et le Premier ministre. Tout ceci s'inscrit dans une certaine conception du développement au XXIe siècle. Je parlerai volontiers d'une diplomatie du développement. Celle-ci passe par une mondialisation mieux régulée, c'est-à-dire notamment capable de se doter de règles pour éviter l'aggravation et le retour de la crise financière. Elle passe par une exigence de réciprocité et d'équité dans les pratiques commerciales, sujet dont l'Europe, jusqu'ici trop naïve, doit davantage se saisir. Elle passe par un modèle de croissance durable, qui associe le verdissement général de nos économies et la prise en compte transversale des exigences sociales et environnementales. La France doit viser le meilleur niveau dans ces domaines.

Ces priorités sont celles que mettra en oeuvre à mes côtés le ministre délégué chargé du Développement, Pascal Canfin. La France, avec son opérateur l'AFD, est et restera un acteur majeur de l'aide au développement. Nous voulons que notre action soit autant quantitative que qualitative. Pour être durable, le développement devra être orienté davantage vers l'économie verte (transports propres, énergies nouvelles, gestion de l'eau et des déchets, urbanisme...), en soutenant le déploiement de l'excellente offre française en la matière. Il doit prendre en compte les paramètres environnementaux et climatiques, car ce sont souvent les pays les moins avancés et les pays émergents qui sont les plus vulnérables. Nous devons conquérir ou reconquérir les premiers rangs dans ce domaine et favoriser la recherche de nouveaux grands compromis qui permettront d'inventer les modes de production et de vie adaptés aux contraintes écologiques du XXIe siècle.

En la matière, la «coopération décentralisée» est un multiplicateur d'influence qui devra être mieux valorisé. J'ai demandé au secrétaire général de l'Association des Maires de France, M. André Laignel, de nous aider par des propositions sur ce thème. Près de 5 000 collectivités territoriales françaises mènent des projets de coopération avec plus de 10 000 collectivités partenaires dans 141 pays. Nous devons en faire autant d'acteurs et de relais pour notre diplomatie économique, pour notre diplomatie francophone et pour notre stratégie pour le développement. Ne commettons pas de confusion : il n'y a pas et il ne saurait y avoir plusieurs diplomaties. La diplomatie doit être coordonnée, mais elle peut être aussi, osons ce néologisme, une «diplomatie démultipliée», qui s'appuie sur et s'enrichit par l'action des collectivités locales, en même temps d'ailleurs que par celle de toute une série de réseaux non-étatiques, caractéristiques des sociétés du futur.

Pour atteindre ces objectifs, - diplomatie économique, diplomatie francophone, diplomatie du développement, diplomatie démultipliée - il faut des orientations budgétaires, des moyens et une organisation adéquats. Après des années difficiles, le ministère des Affaires étrangères a besoin de reprendre du souffle. Nous participerons, bien entendu, à l'effort national d'économies et de réduction des déficits publics : nous le ferons de façon responsable eu égard aux efforts importants déjà consentis. Sur la base des arbitrages rendus, notre budget devrait diminuer sur les trois ans à venir de 1% et de 200 emplois chaque année. Ce sera l'occasion pour nous, dans le respect de l'universalité de la présence française, d'adapter notre outil à nos priorités et aux réalités du monde d'aujourd'hui et de demain, en ayant pour objectif d'améliorer notre rayonnement et notre efficacité. Ce budget permettra - j'y ai insisté - de traiter des questions concrètes, auxquelles vous et vos collaborateurs êtes quotidiennement confrontés : la garantie de la sécurité de nos implantations, l'amélioration des conditions de travail, sur lesquelles les organisations syndicales insistent légitimement, la rénovation de nos systèmes d'information. Les conditions de délivrance des visas devront être améliorées, grâce à la création d'emplois dans ce secteur. Pour les politiques prioritaires que sont les bourses, les échanges d'expertise et les projets de développement, nos moyens d'intervention seront intégralement préservés. Vous serez donc soutenus dans la mise en oeuvre de vos missions. J'ai obtenu que nos moyens de fonctionnement pris au sens large augmentent de près de 7% sur l'ensemble de la période. L'ensemble des agents de notre maison, auxquels je veux rendre hommage, disposeront des moyens de bien travailler.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Les missions sont claires, du moins je l'espère. Vous n'exercez pas vos fonctions par hasard, vous avez choisi le beau métier qui est le vôtre. Vos compétences sont avérées. Vos tâches sont essentielles. Elles seront traitées par le gouvernement et par moi-même comme essentielles.

Vous pouvez donc compter sur moi pour m'engager pleinement à vos côtés dans cette mission qui me passionne. Notre pays, son gouvernement, moi-même, nous savons pouvoir compter sur vous. Merci./.

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3. Entretien du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, avec «France Inter» - Extraits - - Paris, 29 août 2012

(...)

Q - En Syrie, des massacres continuels, un pouvoir aux abois, mais qui dispose encore des moyens militaires d'écraser la rébellion. Et une impasse diplomatique toujours complète avec la Russie et la Chine qui s'opposent à toute ingérence, est-ce qu'il n'était pas possible de faire plus ces derniers mois, de mettre davantage de pression sur Moscou par exemple ?

R - Nous essayons de faire le maximum, en liaison avec nos partenaires. Ce n'est pas une situation que l'on décrit simplement avec des mots et à laquelle il faut s'habituer, c'est épouvantable. Il y a un massacre - oui, le mot est exact - qui se fait quotidiennement en Syrie, avec une gradation. Au départ - je ne parle pas du régime Assad, mais du clan Assad -, le clan Assad envoyait des snipers, ensuite des soldats, et puis des hélicoptères ; maintenant, ce sont des avions de chasse.

Il y a d'abord une situation humanitaire, dont les causes sont évidemment politiques, qu'il faut absolument changer. C'est le sens de la réunion que nous, les Français, avons convoquée demain au Conseil de sécurité des Nations unies, d'abord sur l'humanitaire : il y a 25.000 morts, 250.000 blessés, plus de deux millions de personnes déplacées, 300.000 personnes réfugiées. J'ai vu de mes propres yeux, à la frontière entre la Turquie, la Syrie, la Jordanie, le Liban, des femmes et des enfants, des tout petits enfants, qui n'ont pas de lait, pas d'électricité, c'est épouvantable ! Il faut donc à la fois agir sur l'aspect humanitaire et sur l'aspect diplomatique. Nous essayons de faire en sorte que l'opposition - mais cela dépend des Syriens - se rassemble pour être beaucoup plus diverse et unie.

Q - Vous en parliez déjà il y a trois mois...

R - Oui, mais personne n'a de baguette magique. Nous sommes évidemment en liaison avec toute une série de pays, notamment de la région, pour essayer de faire plier le clan Assad.

Q - La France n'est pas partie un peu seule avec cette initiative de François Hollande qui a dit, à l'occasion de la réunion des ambassadeurs, que la France reconnaîtra un gouvernement d'opposition syrienne ?

R - François Hollande a dit exactement la chose suivante. Il a dit - et je pense que c'est reconnu par chacun - qu'il faut que le Conseil national de sécurité syrien, qui est un petit peu la base de l'opposition, s'élargisse et arrive à rassembler des gens d'origine diverse qui sont à la fois de l'intérieur et de l'extérieur.

À partir du moment où cette réunion qui doit être représentative, qui doit garantir le respect des communautés et qui doit être inclusive, c'est-à-dire très large, aura eu lieu, à partir du moment où on aura devant nous cet ensemble, il sera en effet très important que les puissances, en particulier la France, les reconnaissent.

L'une des questions qui est posée aux Syriens et à d'autres puissances est la suivante : Bachar est un assassin, le bourreau de son peuple, il tombe, je l'espère et le plus tôt sera le mieux, mais qu'est-ce qui vient après ? Il ne faut pas que ce soit le régime irakien - ou le non régime irakien -, c'est-à-dire, le chaos pendant des années. Il ne faut pas non plus que ce soient les intégristes, les terroristes. Il faut donc mettre en place un gouvernement alternatif qui soit prêt et reconnu. Nous ne pouvons pas le faire, mais nous pouvons aider ; nous le faisons, notamment avec les Turcs, les Britanniques, la Ligue arabe. Si c'est le cas - et j'espère que cela va être le cas - cela permettra de résoudre un certain nombre de questions qui sont très difficiles pour nous.

Nous livrons des équipements que l'on appelle non létaux, c'est-à-dire des équipements qui ne tuent pas, par exemple des équipements de communication, de transmission, etc. Mais la question est : à qui les livre-t-on ? D'autres livrent des armes, elles, létales...

Q - Nous, on n'ira pas plus loin, on ne livrera pas des armes à la Syrie, aux Syriens ?

R - Nous, nous devons respecter l'embargo européen sur les armes. Il ne faut pas ajouter la guerre à la guerre. Mais je ne veux pas être hypocrite...

Q - D'autres le font à notre place, oui...

R - Il y en a d'autres qui le font. La question est : faut-il le faire ou pas ? Ensuite, si on décide de le faire, à qui livre-t-on ? Si on livre par exemple des armes sol/sol ou des armes sol/air, il ne faut pas, ensuite, que cela puisse se retourner contre nous, comme cela s'est fait en particulier en Libye, non pas contre nos forces, mais on retrouve au Sahel un certain nombre d'armes qui avaient été livrées en Libye, dans les mains d'Aqmi.

Vous voyez donc, à partir du moment où on arrivera à avoir ce gouvernement alternatif très large, qui - j'insiste - reconnaîtra et garantira les communautés - c'est-à-dire aussi bien la communauté alaouite, les communautés chrétiennes, etc. - qu'il faut le reconnaître et que cela permettra évidemment de changer complètement la donne.

Q - Concernant le blocage russe, était-il inimaginable pour la France de suspendre la vente de navires de guerre Mistral à la Russie ?

R - Nous avons un principe, nous sommes producteurs d'armements, il ne faut pas non plus dissimuler la réalité, mais nous imposons toujours des clauses de non réexportation. À partir du moment où il y aurait des indications selon lesquelles il y aurait réexportation, nous arrêterions évidemment pour le pays en question toute livraison ultérieure.

Q - Oui, mais qu'il y ait réexportation ou pas, la question est celle d'une pression accrue des Occidentaux et de la France sur Moscou.

R - Nous exerçons une pression sur le plan diplomatique. Nous continuons à discuter, bien sûr, avec les Russes, sans rien céder, mais il faut trouver des solutions. Nous discutons avec à la fois la Ligue arabe, avec nos voisins, nos partenaires, avec les Russes pour avancer. Quand je vais aller demain à New York, l'idée, c'est, à la fois, de mettre le projecteur sur toutes les questions humanitaires - j'ai invité mes homologues de Jordanie, du Liban, de Turquie, d'Irak, et demandé au Haut-commissariat aux réfugiés d'être là - de discuter avec M. Lakhdar Brahimi, qui est le nouveau médiateur des Nations unies, apporter des solutions et, en même temps, soulever les questions, notamment sur la possibilité d'un gouvernement alternatif, des zones tampons - quels problèmes cela pose ? La France, de ce point de vue-là, est un facilitateur, elle est reconnue comme tel.

Q - Vous ne pourrez pas faire des zones tampons sans l'accord du régime syrien, Assad vient de déclarer que parler de zones tampons en Syrie est irréaliste.

R - Nous sommes en train d'étudier tout cela, mais voyez concrètement l'extrême difficulté, il y a, je le disais, 200.000, 300.000 réfugiés dans les pays voisins et ce nombre peut augmenter compte tenu de la terreur des massacres qu'opère le clan Assad. Dans le même temps, les populations fuient et cela pose des problèmes énormes aux pays qui les reçoivent. Où vont donc aller ces gens si les pays qui les reçoivent ne peuvent plus les recevoir et si, en même temps, le clan Assad refuse de les avoir chez lui.

Que fait-on ? C'est là où la question des zones tampons se pose. Si ces gens-là, dans des zones libérées, d'ailleurs contrôlées par la nouvelle armée syrienne, se réunissent, il va falloir les protéger ; cela s'appelle une zone tampon. On est en train évidemment d'y réfléchir, c'est très compliqué, on ne peut pas le faire sans l'accord des Turcs et d'autres pays.

Ce que nous voulons, c'est faire avancer les choses, faire tomber le plus vite possible Bachar et, en même temps, trouver des solutions notamment humanitaires. Je veux faire remarquer - c'est un point important qui n'a pas été assez souligné - que le nouveau président égyptien, M. Morsi, qui joue de plus en plus un rôle important dans la région et dans toutes ces affaires, a dit expressément qu'il considérait que Bachar Al-Assad était l'assassin de son peuple et qu'il fallait donc qu'il y ait rapidement un changement. Le président de la République va prendre contact avec lui. Moi-même, je me rendrai à la mi-septembre au Caire.

Q - Avant de revenir à quelques dossiers plus lourds et aux questions des auditeurs, un mot Laurent Fabius sur ce que vous avez lancé il y a quelques jours : la diplomatie économique. Il s'agit de soutenir les entreprises françaises sur les marchés extérieurs. Il y aura une direction créée spécialement au quai d'Orsay. N'y a-t-il pas déjà des ministères qui s'occupent déjà de cela ?

R - Bien sûr, mais c'est une tâche pour l'ensemble du gouvernement. La situation est critique puisque notre déficit commercial est de 70 milliards d'euros, c'est considérable ; rien qu'avec la Chine, 27 milliards d'euros de déficit. Il faut donc évidemment redresser la barre et il faut que tout le monde s'y mette. Ce plan de diplomatie économique, cela veut dire qu'il faut soutenir davantage les PME. Il y a un certain nombre de grandes entreprises qui portent sur leurs épaules des PME à l'exportation mais pas suffisamment. Cela veut dire aussi que le Quai d'Orsay lui-même fasse davantage. Cela veut dire que les ambassadeurs doivent être vraiment les chefs de la cellule export. Cela veut dire qu'il faut, dans tous les domaines, appliquer le principe de réciprocité.

J'ai sollicité à quelques grandes personnalités qui ont eu la gentillesse d'accepter de suivre nos relations : Jean-Pierre Raffarin, qui le faisait déjà très bien avec l'Algérie ; Martine Aubry, avec la Chine ; Louis Schweitzer, avec le Japon ; Pierre Sellal, qui est le Secrétaire général du quai d'Orsay, avec les Émirats Arabes Unis. Bref, tout le monde est sur le pont !

(...)

Il y a par ailleurs un travail inverse, ou plutôt symétrique qui est de développer les investissements étrangers en France. Un pays comme le Japon dont on parle trop peu a déjà 60 000 emplois en France. C'est donc extrêmement positif pour nous et il faut parvenir à développer cela, en relation avec le Brésil, et avec toute une série de pays. Donc, tout le monde sur le pont : les ambassadeurs et les postes diplomatiques, mais aussi tout le monde. Lors de cette Conférence des ambassadeurs, nous avons fait venir un grand nombre d'hommes d'affaires et beaucoup de responsables divers qui reconnaissent que déjà un travail important avait été fait mais qu'il fallait passer la surmultipliée.

Q - Bonjour, merci pour votre clairvoyance et votre réalisme dans le traitement du dossier syrien. Mais comment faire plus en Syrie sans éveiller le cauchemar libanais, pour éviter une guerre civile régionale avec la menace d'Israël pour l'Iran et asseoir surtout au pouvoir syrien, un islamisme radical cimenté par le wahhabisme international et enfin, éviter la déportation des chrétiens d'Orient comme en Irak ?

R - Vous posez malheureusement très bien la question et quand je dis malheureusement, c'est parce que l'on se rend bien compte de l'ampleur des problèmes.

Au Liban, où je me suis rendu, j'ai rencontré le président de la République, M. Sleimane et le Premier ministre M. Mikati. Ils cherchent à éviter au maximum la contagion que le clan syrien voudrait étendre au Liban. Ils ont tout à fait raison de le faire. Comme vous le savez, la France est très amie avec le Liban, Nous avons des forces au sud du Liban, au sein de la FINUL, dont nous soutenons tout à fait les efforts, alors même qu'il y a beaucoup de réfugiés syriens qui sont en train de monter au Liban.

Sur les chrétiens - mais on doit aussi parler des autres communautés -, vous avez raison de souligner que le drame, la longueur du conflit syrien, c'est que, plus le conflit syrien dure, plus cela risque de devenir un conflit confessionnel. À partir du moment où cela devient confessionnel, il est très difficile ensuite de faire retomber les choses.

Enfin, vous avez fait la comparaison avec l'Irak, c'est évidemment une immense crainte que nous avons car toute la difficulté, c'est à la fois qu'il faut que le clan Bachar s'en aille et en même temps, il ne faut pas qu'il y ait de solution de compétitivité. Il ne faut pas que, comme cela a été le cas en Irak pendant des années, il y ait un monstrueux chaos. Il faut donc conserver un certain nombre d'institutions et c'est le sens de notre travail pour aider à la formation d'un gouvernement inclusif et représentatif, pour éviter que ne survienne à terme un chaos supplémentaire. Mais c'est très difficile car, plus le temps passe, plus l'exaspération et les exactions se multiplient.

Je voudrais parler d'un cas qui m'a beaucoup touché personnellement. Au début de la semaine, j'ai reçu une organisation de médecins d'origine syrienne qui, à travers le monde essaie d'aider et de travailler en Syrie. 70 médecins syriens ont déjà été tués dernièrement et 700 sont disparus. Les forces syriennes sont venues les emprisonner, on ne sait pas où ils sont. Et savez-vous le motif que les sbires de Bachar Al-Assad utilisent lorsqu'ils viennent arrêter ces médecins ? Ils leur disent : «Monsieur, vous avez du sang sur les mains». Et ce sang, c'est celui des personnes qu'a blessées Bachar et que ces médecins sont en train d'opérer.

Q - À propos de la situation syrienne, je souhaitais que l'on fasse intervenir un journaliste de France-Inter qui se trouve sur le terrain et qui a une question à vous poser. Comment mettre en place une zone tampon sans sécurité aérienne ?

R - C'est impossible. On ne va pas se lancer dans un débat de spécialistes avec la différence entre un corridor humanitaire, une zone d'exclusion aérienne et une zone tampon. En gros, la zone tampon est une zone qui est toute proche de la frontière, en l'occurrence là dans le reportage, c'est tout près de la Turquie. Il y a une zone libérée aux mains des résistants où un certain nombre de personnes se massent. Mais, votre reporter l'a dit excellemment, compte tenu du fait que malheureusement Bachar Al-Assad a un armement et des avions puissants - il y en a 500 et beaucoup sont en très bon état - servis par différents matériels, il faut donc assurer sa protection. Et pour cela, il faut avoir des moyens aériens et anti-aériens. Ce qui signifie à la fois qu'il faut une base légale, qu'il faut des forces - et ce ne peut être des forces françaises seules - et il faut, le cas échéant, des gens au sol. Ce sont les forces résistantes. Évidemment, cela demande une organisation internationale et en plus, comme vous venez de le citer à juste titre, il faut ajouter que Bachar ne veut pas de cela sur son territoire.

Au fond, le projet de Bachar, fait un peu penser à une citation de Brecht - «le peuple n'est pas d'accord pour que l'on dissolve le peuple» -, «tous ceux qui ne sont pas d'accord avec moi et c'est la majorité de la population, eh bien qu'ils s'en aillent» ; c'est-à-dire avoir une Syrie sans Syriens majoritaires anti-Bachar.

Q - L'idée sur laquelle planche le gouvernement français actuellement est donc, premièrement de reconnaître un nouveau gouvernement de la Syrie, dès que l'opposition l'aurait formé et deuxièmement, de répondre favorablement à une éventuelle demande d'intervention militaire pour protéger ces zones tampon, ces zones libérées ?

R - Nous n'en sommes pas encore là, on regarde les choses parce qu'il faut savoir anticiper, mais nous n'en sommes pas là.

Q - En effet, vous regardez les choses mais c'est une idée sur laquelle on travaille beaucoup au Quai d'Orsay, au ministère de la Défense et à l'Élysée. Si on en arrivait là, la France s'affranchirait-elle de la légalité internationale en contournant l'obstacle russo-chinois au Conseil de sécurité ou bien la France serait-elle dans la légalité internationale en répondant à une demande d'aide bilatérale formulée par le nouveau gouvernement qu'aurait reconnu la France ?

R - C'est l'une des grandes questions qui se posent. Jusqu'à présent, c'est ce que nous avons dit, dans le principe - nous restons fermes sur cette position -, quand la France intervient, elle le fait sur la base de la légalité internationale. Cela dit, vous l'avez laissé entendre en filigrane, la légalité internationale est d'abord définie par les résolutions de l'ONU mais aujourd'hui il n'y a pas de majorité possible à l'ONU et il y a des vetos. Ce peut être, mais on n'est pas dans ce cas-là, dans le cadre de l'OTAN, ce peut être aussi le devoir de protéger les populations. C'est un concept sur lequel nous avons beaucoup travaillé, beaucoup discuté, il a été utilisé en Libye, mais la Syrie ce n'est pas la même chose. C'est effectivement l'un des aspects de la difficulté de ce problème.

Q - Cela peut-il être dans le cadre de l'OTAN si la Turquie se sent agressée, si, comme cela est déjà arrivé, des avions turcs sont abattus par l'armée syrienne ?

R - Nous ne sommes pas dans ce cas-là aujourd'hui et cela voudrait dire qu'il y ait une attaque de la Syrie contre la Turquie, nous ne sommes pas dans cette situation. Mais, l'observation de M. Guetta montre la complexité immense de cette situation et en même temps, on ne peut pas rester les bras ballants. La France est donc active dans toute une série de domaines et dans toute une série de cercles et de milieux. La France n'a pas d'agenda caché, ce que nous voulons, c'est une Syrie libre.

Q - Et la France plonge donc sur la possibilité de contourner le Conseil de sécurité !

R - Non. Au nom même du rôle que doit jouer le Conseil de sécurité, nous souhaitons que cela puisse se faire dans ce cadre. Si demain, je vais présider le Conseil de sécurité, ce que je ferai demain jeudi, si j'ai demandé cette réunion, c'est parce que je pense que, malgré le veto des Russes et des Chinois, il y a des choses à faire au niveau du Conseil de sécurité. Sinon, il faut voir au-delà de ce dramatique cas syrien ce que cela veut dire. S'il n'y a plus d'Organisation des Nations unies ni de Conseil de sécurité qui puissent agir dans des circonstances aussi dramatiques, alors que se passe-t-il ? C'est la raison pour laquelle nous continuons de croire, avec toutes les limites qui existent, à une légalité internationale.

Q - On voit le nationalisme, le souverainisme se développer dangereusement en Europe. L'Allemagne a fait des propositions déjà en 1994, en 2000 et maintenant pour plus d'intégration politique. On sent la France très réticente par rapport à cette proposition qui permettrait sans doute de mieux régler les problèmes actuels. Qu'en pensez-vous M. Fabius ?

R - Je ne sens pas les choses ainsi. C'est vrai que l'Allemagne a fait des propositions, M. Van Rompuy aussi. Nous allons rendre publiques nos propres propositions. Nous n'avons pas de tabous par rapport à cela. Nous pensons simplement qu'en même temps qu'une intégration plus grande - c'est le sens de ce qui est fait et des propositions que nous avons formulées pour la croissance, la taxe sur les transactions financières, etc. - il faut qu'il y ait un contrôle démocratique plus grand et c'est là où ce n'est pas facile à faire ensemble.

Non, il n'y a pas de tabou de notre part. Nous pensons que la souveraineté de la France, c'est important, mais que la souveraineté de la France doit être partagée dans certains domaines avec l'Europe.

Q - Pensez-vous que le mot renégociation du Traité aurait dû être évité pendant la campagne. Le Traité européen n'a pas été renégocié, il y a eu le pacte de croissance mais il n'a pas été renégocié et vous allez demander aux parlementaires de voter le texte exact, à la virgule près.

R - Il y aura plusieurs votes et, surtout, ce texte s'inscrit dans un contexte qui est tout à fait différent puisque la France a réussi notamment à ce qu'il soit accompagné par un pacte pour la croissance et l'emploi ainsi que par toute une série de dispositions comme la taxe sur les transactions financières, la recapitalisation de la BEI, le plan de plusieurs centaines de milliards d'investissements nouveaux.

Q - J'entends bien mais il se trouve que les parlementaires voteront séparément et pas sur le paquet.

R - Normalement, il doit y avoir quatre votes :

- sur une déclaration générale de Jean-Marc Ayrault ;

- sur le Traité lui-même ;

- sur la loi organique qui concerne les finances - pour que les choses soient claires ;

- sur un programme de finances publiques.

Ainsi, les choses sont claires, elles sont sur la table. Un mot là-dessus parce que c'est un débat que nous allons avoir et qui commence déjà, dans l'environnement extrêmement troublé qui est celui de l'Europe, car ça bouge dans tous les sens. Ce Traité sera un élément de stabilité. Je crois qu'il est important que cet élément de stabilité soit accueilli et acquis.

Par rapport à ce que vous disiez sur le texte lui-même, c'est exact, il est ce qu'il était.

Q - Oui, parce que c'est une promesse.

(...)

R - Ce texte est équilibré par un contexte et par des mesures précises de croissance qui changent absolument sa signification.

De plus, c'est la première étape, nous voulons passer ensuite à une seconde où l'Europe serait reconquérante, beaucoup plus équilibrée, plus sociale, plus environnementale. On ne peut pas passer à la seconde étape si on n'a pas la première. Je crois en effet que ce travail de conviction est à faire. Bien sûr, il aurait toujours pu être meilleur mais là, je crois que c'est un élément de stabilité indispensable et une première étape qui permettra de passer à une deuxième où l'Europe, je l'espère, deviendra plus conquérante, plus forte, plus démocratique et plus sociale./.

 

 

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4. Tribune du ministre de l'Économie et des Finances, M. Pierre Moscovici, publiée dans le quotidien «Le Monde» - Paris, 29 août 2012

 

Les entreprises françaises évoluent dans un environnement économique marqué par une très grande incertitude, où chaque pôle de l'économie mondiale doit réviser son modèle de développement. Alors que la crise financière menace toujours, l'Europe mais aussi les États-Unis et le Japon doivent créer les conditions d'un retour durable à la croissance.

Les grands pays émergents cherchent à rééquilibrer leur modèle de développement et à mieux assumer les responsabilités politiques, sociales et environnementales. L'Afrique a trouvé la voie d'une croissance forte. Tous doivent rechercher la voie d'une économie moins gourmande en ressources non renouvelables pour lutter contre le réchauffement climatique.

La bataille pour la croissance ne se gagnera pas dans les limites de nos frontières. Pour retrouver toute sa place et rester maître de son avenir, notre pays a engagé le redressement de son économie et de ses comptes publics. Nous devons dans le même temps renforcer notre intégration internationale au bénéfice de nos entreprises et de l'emploi. Il faut pousser plus loin l'avantage de la France dans la mondialisation, sans crainte ni naïveté.

À l'heure où le gouvernement a choisi de renforcer notre diplomatie économique, les ministères économiques que nous dirigeons entendent contribuer à un effort collectif au service des entreprises et de l'emploi, à la promotion d'un cadre économique et financier régulé et à la construction d'une mondialisation plus juste.

Dans une économie mondialisée, notre pays peut compter sur ses champions nationaux. Ceux-ci, souvent avec le soutien de la puissance publique, ont déjà relevé le défi, pour gagner de nouveaux marchés et trouver des relais de croissance hors de nos frontières. Il est essentiel que leur succès soit conforté et entraîne également l'ensemble de notre tissu économique, ce qui suppose que leur lien au territoire national et à l'emploi persiste, et, notamment pour certains leaders internationaux, se renforce. Le gouvernement sera très vigilant sur ce point.

Nous souhaitons en effet qu'un nombre croissant de PME et d'entreprises de taille intermédiaire soient en position de réussir le saut international et que le niveau des exportations - 430 milliards d'euros aujourd'hui - augmente, conformément à nos capacités productives. C'est un enjeu de création d'emplois sur nos territoires ; c'est un enjeu aussi de démocratie économique, pour que le plus grand nombre profite de la croissance du reste du monde.

Notre performance extérieure est, d'abord et avant tout, une composante et une résultante de notre politique de compétitivité. Les réformes structurelles soutenues par le gouvernement sont désormais bien identifiées. Elles ne relèvent pas uniquement de la compétitivité intérieure, mais se concentrent également sur la compétitivité extérieure et un cadre de financements compétitifs. Pour renforcer l'impact commercial de l'offre française, nous encouragerons également les regroupements de nos entreprises à travers l'organisation à l'export de filières stratégiques en nous appuyant sur les régions.

Les instruments publics seront par ailleurs réorganisés pour accompagner les entreprises : suivi plus précis des grands contrats ; mobilisation d'Ubifrance ; action à l'export de la Banque publique d'investissement. Notre réseau diplomatique, enfin, apportera davantage encore son soutien résolu à la défense de nos intérêts et de nos positions économiques, sous l'impulsion du ministre des Affaires étrangères.

Seul un effort collectif, conduit dans un dialogue permanent avec les entreprises et mobilisant l'ensemble des moyens publics disponibles, permettra d'atteindre l'objectif fixé par le Premier ministre de réduire à zéro, en cinq ans, le déficit commercial de la France, hors énergie. Un plan d'action pour notre compétitivité extérieure, qui sera rendu public fin septembre, y contribuera.

Pour investir, recruter et se développer, les entreprises ont aussi besoin d'un cadre économique stable et protecteur. Il s'agit là d'une condition nécessaire afin de défendre notre modèle économique et social. La promotion d'une mondialisation ordonnée et équitable, assise sur des règles partagées par tous, est une priorité pour tout gouvernement soucieux de progrès collectifs.

Cette priorité suppose la mise en oeuvre complète de l'agenda de régulation financière voulu par le président de la République, la lutte contre la corruption et les paradis fiscaux, l'élaboration de normes sociales et environnementales, et l'adoption des règles internationales en matière de financement des échanges. Il convient aussi de conduire nos partenaires à assumer les responsabilités correspondant à leur place croissante dans l'économie mondiale et à ne pas fermer leurs économies pour éviter des enchaînements dont l'histoire a montré qu'ils ne font qu'amplifier les crises.

Une politique commerciale européenne fondée sur le principe de la réciprocité et sur des accords de partenariat équilibrés doit y contribuer. C'est pour nous un objectif majeur. Car c'est l'Europe, et l'Europe seule, qui, unie, pèsera suffisamment afin d'obtenir des avancées de la part des autres puissances mondiales, et qui est en mesure de construire un partenariat équilibré avec les puissances émergentes.

Enfin, c'est de davantage de solidarité qu'a aujourd'hui besoin l'économie mondiale. Comme l'a affirmé le président de la République, la solution à la crise de l'Europe passe par l'intégration solidaire. C'est la voie à suivre pour favoriser la croissance et l'emploi, finalité de la réorientation engagée des politiques européennes. La même volonté s'applique sur le plan international : la réduction des déséquilibres internationaux et la croissance de l'économie mondiale passent par l'émergence progressive d'une mondialisation solidaire.

Cette solidarité concerne les pays en développement, bien sûr. Il ne s'agit pas ici de commisération mais de développement durable, mutuellement profitable. Nous devons jeter les bases d'un développement commun avec nos voisins du Sud - et d'abord avec le Maghreb et l'Afrique subsaharienne -, en analysant et en mettant au service de la croissance les multiples flux économiques qui nous relient à eux.

Le quarantième anniversaire de nos accords de coopération monétaire avec les pays membres de la zone franc, en octobre, fournira l'occasion de nous projeter dans cet avenir commun. Nos partenaires du Sud exigent de préserver leurs ressources naturelles et culturelles ; ils attendent nos investissements. Nos entreprises, attachées à la responsabilité sociale, peuvent porter un partenariat renforcé, dépassant l'horizon du libre-échange, et trouver ici de nouveaux marchés ou des compléments de compétitivité.

La mondialisation est une réalité, son iniquité n'est pas une fatalité. Nous pouvons l'influencer. Pour le faire, nous n'opposons pas emploi et ouverture. Nous sommes au début d'une nouvelle grande transformation, comparable à celle qui, naguère, a vu la démocratie sociale en réponse aux maux du capitalisme. Nous devons inventer, avec tous nos partenaires, un cadre et des institutions pour que la croissance mondiale soit plus forte et durable, humainement et écologiquement, pour que la mondialisation devienne enfin solidaire./.

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5. Situation des cours des céréales et du soja : résultats de la visioconférence entre la France, les États-Unis, le Mexique et les organisations internationales - Communiqué du ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt - Paris, 28 août 2012

 

À la demande du président de la République, une visioconférence a eu lieu hier soir entre la France, actuelle présidente de l'Agricultural Market Information System (AMIS) et de son Forum de réaction rapide, les États-Unis en tant que future présidence d'AMIS, le Mexique en tant que présidence du G20 et, pour le Secrétariat d'AMIS, la FAO, la Banque mondiale, l'OCDE et l'IFPRI.

Cette visioconférence a permis de faire le point sur la situation des marchés : la forte sécheresse et la chaleur extrême aux États-Unis - le plus grand producteur et exportateur mondial de maïs - a dominé l'activité des marchés de produits agricoles tout au long de l'été 2012, poussant les prix du maïs et du soja à des niveaux records. La situation s'est également détériorée pour le blé, principalement en raison de conditions météorologiques défavorables affectant les récoltes dans les pays de la CEI. Dans le secteur des oléagineux, les prix du soja ont atteint des niveaux jamais vus depuis la mi-2008. En revanche, le marché du riz reste stable. Selon le secrétariat d'AMIS, la situation actuelle du marché est donc préoccupante. Aucune menace ne pèse à ce jour sur la sécurité alimentaire mondiale.

Toutefois, le niveau élevé des prix place les pays importateurs de céréales en situation délicate. Le maïs et le soja étant particulièrement concernés, les éleveurs sont également touchés. Les membres du Forum de Réaction sont en contact permanent afin de partager leur analyse de la situation des marchés et, le cas échéant, de coordonner leurs politiques.

Stéphane Le Foll est vigilant à tout nouvel élément, et en particulier le prochain rapport de l'USDA, qui pourrait justifier une convocation à brève échéance d'une réunion du Forum et réaffirme le ferme engagement du gouvernement dans la lutte contre la volatilité des prix agricoles et alimentaires./.

(Source : site Internet du ministère de l'Agriculture de l'Agroalimentaire et de la Forêt)

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6. Deuxième conférence d'examen du Programme d'Action des Nations unies en vue de prévenir, combattre, éradiquer le commerce illicite des armes légères et de petit calibre sous tous ses aspects - Intervention du représentant de la France auprès des Nations unies - New York, 27 août 2012

 

Madame la Présidente,

Je souhaite tout d'abord me joindre aux autres délégués pour vous féliciter chaleureusement de votre nomination à la présidence de cette deuxième conférence d'examen. Nous nous félicitons par ailleurs de voir une représentante d'un État africain la présider compte tenu de l'importance que revêt la problématique de la prévention et la lutte contre le commerce illicite des armes légères pour votre continent.

Je m'associe à la déclaration de l'Union européenne et je souhaite préciser quelques points à titre national.

Je souhaiterais rappeler l'attachement de la France au programme d'action en vue de prévenir, combattre, éradiquer le commerce illicite des armes légères et de petit calibre sous tous ses aspects, adopté par consensus lors de la conférence des Nations unies sur les armes légères de juillet 2001. Celui-ci fournit le cadre général de l'ensemble des initiatives internationales et régionales lancées en la matière.

Ce programme d'action a également été complété en 2005 par l'Instrument international sur le marquage et le traçage des ALPC (ITI), fruit d'une initiative de la France et de la Suisse lancée en 2000, dont l'objet est de permettre aux États de procéder à l'identification et au traçage rapides et fiables des armes légères et de petit calibre illicites et de promouvoir et faciliter la coopération et l'assistance internationales en matière de marquage et de traçage. Cet instrument constitue à ce jour l'une des plus importante réalisation concrète issue du Programme d'action des Nations unies, comme l'ont montré les discussions constructives sur le sujet lors de la réunion du groupe d'experts gouvernementaux de mai 2011.

Depuis maintenant onze ans, des progrès notables ont été effectués dans la mise en oeuvre du programme d'action. Ainsi, a-t-il permis une meilleure prise en compte de la question des armes légères notamment au sein de la plupart des organisations régionales. L'approche globale du Programme d'action est garante d'une large mobilisation régionale. Ainsi à titre d'exemple, depuis 2001 plusieurs conventions régionales destinées à contrôler le commerce des armes ont été adoptées.

Les rencontres internationales qui ont eu lieu dans le cadre du Programme d'action ont été l'occasion d'approfondir toutes les dimensions de la problématique des ALPC, non seulement dans ses aspects techniques mais également économiques et sociétaux, même si la France fait partie des pays qui auraient été favorables à une conduite plus ciblée de nos travaux inter-sessionnels.

Toutefois, la dissémination et l'accumulation des armes légères et de petit calibre continue d'alimenter les conflits, d'exacerber la violence, d'entraver le respect du droit international humanitaire ou de mettre en danger la paix, la sécurité ou encore le développement économique et social des États. Le nombre de victimes des ALPC, instrument majeur de la violence armée dans le monde, demeure trop important.

Madame la Présidente,

Le contretemps observé dans le processus sur le Traité sur le commerce des armes en juillet dernier, qui a déçu la France mais ne l'a pas découragée, constitue une raison supplémentaire de tirer le meilleur parti de cette conférence d'examen pour traiter la question de la dissémination incontrôlée des ALPC à partir des instruments existants.

La conférence qui débute aujourd'hui doit nous permettre de renforcer la mise en oeuvre du Programme d'action et de l'instrument de traçage. Plusieurs domaines ont déjà été identifiés par le représentant de l'Union européenne. Je souhaiterais simplement souligner l'importance du renforcement de la coopération avec les organisations internationales compétentes qu'il s'agisse d'Interpol ou de l'Organisation mondiale des douanes mais aussi le renforcement de la coopération régionale essentielle dans la mise en place de mécanismes de coopération opérationnelle notamment dans le cadre de la gestion des frontières. Il me semble également essentiel de développer la coopération avec les organes des Nations unies, notamment dans le cadre des opérations de maintien de la paix pour améliorer le marquage ou le traçage des armes ou encore la protection des sites de stockage.

Nos discussions devront également porter sur le suivi de cette conférence et le calendrier des réunions qui devront se tenir d'ici la prochaine conférence d'examen, du format de ces dernières pourra dépendre l'efficacité de la mise en oeuvre du PoA.

Madame la Présidente,

Je voulais vous remercier chaleureusement ainsi que votre équipe et les facilitateurs que vous avez nommés pour l'excellent travail produit depuis plusieurs mois consacré à la préparation du comité de mars dernier et de cette conférence. Les nombreuses consultations que vous avez conduites ont permis l'élaboration d'avant-projets puis de projets de documents finaux qui constituent une très bonne base pour nos débats. Mon pays souhaite vivement que nous parvenions à un résultat positif et je suis certain que vous saurez nous guider dans cette voie. Je souhaite vous assurer du plein soutien de mon pays dans votre action.

Merci Madame la Présidente./.

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7. Remise du Grand Prix AFEX 2012 au lycée français de Dakar - Communiqué de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger - Paris, 29 août 2012

 

L'association des architectes français à l'export (AFEX) décerne tous les deux ans le Grand Prix de l'architecture française dans le monde afin de récompenser une oeuvre remarquable livrée à l'étranger par un architecte français. En 2012, le palmarès de ce Grand Prix comprend onze réalisations sélectionnées par un jury composé de personnalités et de professionnels de premier plan.

Lors de la cérémonie qui s'est tenue mardi 28 août 2012 au Palazzo Zorzi à Venise, Mme Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, a remis le Grand Prix AFEX 2012 à l'agence Terreneuve et Adam Yedid architectes pour la réalisation du lycée français Jean-Mermoz de Dakar au Sénégal. Cette distinction met en exergue la politique immobilière menée par l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), maître d'ouvrage de ce projet.

Ce prix récompense un projet immobilier que l'AEFE a voulu ouvert sur la culture du pays d'implantation, prenant en compte les ressources et les savoir-faire locaux et soucieux de son environnement. Il a été mené avec le souci d'impliquer les entreprises locales et les compétences mobilisables au Sénégal. Le lycée Jean-Mermoz de Dakar accueille aujourd'hui près de 2.500 élèves qui bénéficient de la qualité de ses infrastructures.

En 2010, le lycée français de Damas figurait parmi les nominés de la 1ère édition du Grand Prix AFEX. Ces distinctions concrétisent la volonté de l'AEFE de contribuer à la promotion de l'architecture française à l'international. Elle s'inscrit dans la mission plus large qui lui est assignée d'oeuvrer au rayonnement de la culture et de l'excellence françaises hors de nos frontières. Elle privilégie ainsi la formation d'équipes mixtes comprenant des architectes français pour la réalisation des 60 projets immobiliers qu'elle mène actuellement au sein du réseau scolaire français à l'étranger./.

 

Établissement public national placé sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères, l'AEFE est chargée d'assurer le pilotage et l'animation d'un réseau scolaire unique au monde : 480 établissements, 306.000 élèves, répartis dans 130 pays. Ce dispositif scolaire est un acteur majeur du rayonnement culturel et linguistique de la France à l'étranger. Il promeut également à travers le monde les valeurs et les exigences attachées au système éducatif français.

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8. Colombie - Annonce de l'ouverture de pourparlers de paix avec les FARC - Déclaration de la Haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Mme Catherine Ashton - Bruxelles, 28 août 2012

 

Je me félicite vivement de l'annonce par le président colombien, Juan Manuel Santos, de l'ouverture de négociations de paix avec les FARC. L'Union européenne a toujours été convaincue que seule une solution négociée pouvait constituer la base d'une paix durable en Colombie. J'espère que cette évolution très positive ouvrira la voie à la cessation du conflit interne qui sévit en Colombie depuis cinquante ans./.

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