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Bulletin d'actualit√©s du 29 ao√Ľt 2012


Sommaire



1. XXe Conf√©rence des ambassadeurs - Discours du Premier ministre, M. Jean-Marc Ayrault - Paris, 28 ao√Ľt 2012

 

(Seul le communiqué fait foi)


Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Je veux d'abord vous dire mon tr√®s grand plaisir de participer, aux c√īt√©s de Laurent Fabius, √† ce rassemblement annuel des ambassadeurs. J'ai d√©j√† pu √©prouver √† maintes reprises la qualit√© de votre travail et je mesure l'importance √©minente de votre t√Ęche au service de la France.

Les Français ont fait le choix d'une voie nouvelle, pour le redressement de notre pays dans la justice. Chacun a pu mesurer les attentes que cette alternance suscite auprès de nos partenaires internationaux.

Nous devons répondre à ces attentes, dans la durée et par des actions concrètes, afin que la France occupe toute sa place sur la scène internationale. C'est une immense responsabilité dont j'ai pleinement conscience.

Votre r√īle est irrempla√ßable, car c'est vous qui √©clairez le gouvernement sur la perception de son action par le reste du monde. Cette √©valuation sans complaisance est indispensable √† la r√©alisation de l'ambition qui nous anime. Et j'attache une grande valeur √† l'ensemble de vos propositions ou initiatives.

Je vous l'ai dit, la France est engag√©e dans un effort de redressement. Chacun le sait, nous sommes confront√©s √† une situation difficile. Elle exige √† la fois de faire face aux urgences - mont√©e du ch√īmage, pouvoir d'achat des Fran√ßais - et d'engager des r√©formes de structure, qui impliquent une m√©thode de gouvernement reposant sur le dialogue et la mobilisation de toutes les √©nergies.

Dans un monde en mouvement, o√Ļ les cartes de la puissance sont rebattues, la France ne pourra pas exercer pleinement son influence si elle ne recouvre pas une √©conomie dynamique et sa confiance en elle-m√™me. Je suis profond√©ment convaincu que l'un ne va pas sans l'autre et que du succ√®s de l'entreprise de redressement d√©pend la place de notre pays dans le concert des Nations. La France n'est pas n'importe quel pays : nous devons mener √† bien les r√©formes n√©cessaires √† la pr√©servation du mod√®le social et r√©publicain qui font sa force.

C'est le sens de l'action résolue de mon gouvernement en faveur de la croissance et de l'emploi.

Le gouvernement respectera ses objectifs de r√©duction des d√©ficits publics, car le redressement passe d'abord par celui des comptes publics. Il conditionne la cr√©dibilit√© de notre pays, en Europe et dans le monde. C'est une question de souverainet√©. Une premi√®re √©tape a √©t√© franchie avec la loi de finances rectificative adopt√©e par le Parlement d√®s le mois de juillet. Les projets de loi de finances et de programmation pluriannuelle des finances publiques qui seront pr√©sent√©s au Conseil des ministres, fin septembre, confirmeront l'objectif de r√©duction √† 3 % du d√©ficit public en 2013 et traceront une trajectoire de retour √† l'√©quilibre en 2017. Les arbitrages rendus fin juillet garantissent la stabilit√© des d√©penses de l'√Čtat, dans le respect des priorit√©s accord√©es √† l'√©ducation, la s√©curit√© et la justice.

J'ai conscience des choix difficiles que cet effort collectif implique parfois, mais le Gouvernement a clairement rompu avec la m√©thode de la RGPP, au profit d'une approche plus s√©lective et reposant sur des r√©formes de fond. S'agissant du minist√®re des Affaires √©trang√®res, une r√©flexion sur la mani√®re de moduler la pr√©sence de la France dans les pays tiers, en fonction de ses int√©r√™ts et en prenant en compte tous les r√©seaux de l'√Čtat, est indispensable.

Notre objectif est de relancer la croissance, sans laquelle il n'y aura pas de recul durable du ch√īmage. Le Pacte europ√©en pour la croissance et l'emploi, adopt√© lors du dernier Conseil europ√©en, pr√©voit des financements √† hauteur de 120 milliards d'euros. Un travail a √©t√© engag√© pour identifier des projets qui puissent √™tre √©ligibles aux ¬ęproject bonds¬Ľ ou aux cr√©dits de la Banque europ√©enne d'investissement, au b√©n√©fice de nos entreprises et nos territoires. Je demande √† nos ambassadeurs en poste dans l'Union d'identifier des projets conjoints avec nos partenaires. Car c'est √† l'√©chelle de l'Europe que nous tirerons le meilleur profit de ces investissements suppl√©mentaires.

Vous le savez, la priorité du gouvernement est de restaurer la compétitivité de nos entreprises et notre outil industriel. C'est la condition du redressement productif de notre pays. À cette fin, un rapport a été commandé à Louis Gallois, qui remettra ses conclusions mi-octobre. Parallèlement, nous sommes convenus avec les partenaires sociaux, au cours de la grande conférence sociale, de travailler à la réforme du financement de notre protection sociale, notamment sous le prisme de la compétitivité et de la juste répartition de l'effort contributif. La capacité de nos entreprises à reconquérir les parts de marché perdues ces dernières années en dépend, tant sur le marché intérieur qu'à l'exportation.

Nos PME seront davantage soutenues et bénéficieront de financements adaptés et pérennes. C'est l'objectif que nous poursuivons avec la création, dans les prochaines semaines, de la Banque publique d'investissement et l'examen, d'ici la fin de l'année, d'un projet de loi portant réforme du secteur bancaire.

Je vous l'ai dit, nous devons aussi faire face aux situations d'urgence. Afin de r√©pondre √† la premi√®re pr√©occupation des Fran√ßais qu'est l'emploi, nous avons mobilis√© les moyens n√©cessaires d√®s le mois de juin pour financer la cr√©ation de 80 000 contrats aid√©s suppl√©mentaires et renforcer l'accompagnement des demandeurs d'emplois par P√īle-emploi. Le projet de loi portant cr√©ation des emplois d'avenir sera pr√©sent√© au Conseil des ministres demain et sera le premier texte soumis aux parlementaires en septembre. Le projet de loi portant cr√©ation du contrat de g√©n√©ration sera √©galement pr√©sent√© avant la fin de l'ann√©e. Au total, notre objectif porte sur un million d'emplois.

Vous le voyez, mon gouvernement est pleinement engagé dans l'action et dans un programme de réformes très ambitieux. Ce combat qui se mène sur deux fronts - celui de l'urgence et celui des réformes en profondeur -, est rendu possible par un changement de méthode et par une attention constante portée à la justice.

La France est fréquemment perçue à l'étranger comme un pays incapable de se réformer et de surmonter ses conflits. La conviction de mon gouvernement, c'est que cette image est avant tout le fruit des erreurs successives de méthode, qui ont souvent conduit les détenteurs du pouvoir à décider d'en haut et dans la précipitation, sans réelle concertation avec tous les acteurs qui font la richesse, le dynamisme et la créativité de notre pays - je pense notamment aux partenaires sociaux ou aux collectivités territoriales.

Le gouvernement, pour réussir les réformes engagées et les inscrire dans la durée, vise, à l'inverse, à mobiliser largement les Français, les corps intermédiaires et tous les acteurs de la société. Je voudrais souligner, à cet égard, l'exemplarité du processus lancé au mois de juillet avec la grande conférence sociale. Elle a ouvert une série de chantiers décisifs pour l'avenir de notre économie et de notre modèle social.

Dans le m√™me esprit, des consultations ont √©t√© engag√©es sur la refondation de l'√©cole et sur le nouvel acte de d√©centralisation, voulu par le pr√©sident de la R√©publique. La premi√®re conf√©rence environnementale s'ouvrira √† la mi-septembre et permettra d'engager la transition √©nerg√©tique. Des assises de l'enseignement sup√©rieur et de la recherche se tiendront √† l'automne. Ce changement de m√©thode est d'ores et d√©j√† inscrit dans les faits : dialogue et effort de conviction, plut√īt qu'injonction et pr√©cipitation. C'est ainsi que nous pourrons transformer le pays en profondeur.

Les Français ne sont pas hostiles par principe aux réformes et personne ne nie la nécessité des efforts à consentir. Mais des efforts justes. Faire prévaloir la justice : c'est ce qui a inspiré notamment le volet fiscal de la loi de finances rectificatives, qui est revenue sur des mesures inacceptables aux yeux de bon nombre de Français, en raison de leur caractère inéquitable. À cet égard, je n'hésite pas à citer devant vous la suppression de la prise en charge des frais de scolarité pour les enfants des Français résidant hors de France, dont vous savez bien qu'elle ne répondait à aucune considération de justice sociale.

De la même manière, le prochain projet de loi de finances poursuivra la réforme de notre système fiscal pour le rendre plus juste et plus efficace, conformément aux engagements du président de la République. La réforme fiscale fera l'objet d'un large débat, mais évitons sur ce sujet essentiel les caricatures. Le gouvernement a confiance dans la capacité de nos compatriotes à juger par eux-mêmes de la pertinence de cet effort de redressement.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, il vous revient d'expliquer √† vos interlocuteurs, partout dans le monde, que la politique engag√©e par le gouvernement vise √† remettre la France en mouvement, √† redonner confiance √† nos concitoyens dans les atouts de notre pays - et ces atouts sont nombreux - pour affronter les d√©fis auxquels il est confront√©. Dans le monde ouvert, instable et concurrentiel qui est le n√ītre, la France sera plus forte si elle fait preuve de coh√©sion et repart de l'avant, plut√īt que de se diviser artificiellement.

Il faudra veiller √† inclure, dans cet effort d'explication et de mobilisation, l'ensemble de nos compatriotes r√©sidant √† l'√©tranger, qui disposent de nouveaux √©lus √† l'Assembl√©e nationale et qui peuvent √©galement compter sur H√©l√®ne Conway. Leur r√īle est essentiel pour accro√ģtre le rayonnement international de notre pays.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, cette action résolue que nous engageons pour le redressement de la France est inconcevable sans son prolongement européen et international.

Chacun en est bien convaincu ici, le retour √† un monde o√Ļ les d√©cisions nationales se suffisaient √† elles-m√™mes - s'il a jamais r√©ellement exist√© - est parfaitement illusoire. Je veux r√©affirmer devant vous la volont√© du gouvernement d'une pleine insertion de notre pays dans le monde. C'est ainsi que la France pourra contribuer √† le fa√ßonner, en fonction des valeurs qui sont les n√ītres et de l'id√©e que nous nous faisons de son avenir.

Nous n'y parviendrons pas sans agir sur le levier européen, dans le cadre d'une construction européenne plus nécessaire que jamais. Je veux rendre hommage à cet égard à l'action de Bernard Cazeneuve, qui souligne à juste titre le besoin d'un projet pour l'Europe qui suscite à nouveau l'adhésion des peuples.

Dans cette perspective, rien ne sera possible sans les liens ind√©fectibles qui nous unissent √† l'Allemagne. Vous savez mon attachement personnel √† ce partenaire privil√©gi√© et √† l'amiti√© entre nos deux pays, que le cinquanti√®me anniversaire du Trait√© de l'√Člys√©e nous donne l'occasion de dynamiser. Mon intime conviction, c'est qu'au-del√† des diff√©rences de sensibilit√© qui peuvent temporairement se faire jour, un accord franco-allemand demeure n√©cessaire pour avancer. Non pas dans le cadre d'un face-√†-face exclusif qui aurait pour objectif d'imposer des solutions toutes pr√™tes √† nos autres partenaires. Mais, en raison d'une conscience aigu√ę de la valeur de la construction europ√©enne et d'une volont√© partag√©e d'√™tre √† la hauteur de notre responsabilit√© commune √† l'√©gard de l'Europe.

C'est d'ailleurs, comme j'ai pu en faire l'exp√©rience depuis mon arriv√©e √† la t√™te du Gouvernement, ce que les autres √Čtats membres attendent de l'Allemagne et de la France. En cons√©quence, je vous demande de faire vivre, chacun dans l'exercice de vos fonctions, la dynamique franco-allemande.

L'adoption du Pacte européen pour la croissance et l'emploi, que j'ai évoqué au début de mon propos, est le premier signe tangible de la réorientation de la construction européenne. Le projet européen ne peut pas se résumer en effet à la seule discipline budgétaire. Ce Pacte sera présenté au Parlement, au début du mois d'octobre, dans le cadre de la ratification du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l'Union économique et monétaire. Et le gouvernement demandera aux parlementaires d'adopter une loi organique qui traduira la mise en oeuvre du Traité.

C'est l'engagement que le président de la République a pris devant les Français et c'est l'engagement de la France à l'égard de nos partenaires européens. L'aboutissement de ce processus permettra de renforcer notre crédibilité au sein de l'Union.

Nous continuerons √† agir avec d√©termination pour maintenir l'int√©grit√© de la zone euro, ce qui signifie notamment que la sortie de la Gr√®ce n'est pas une option. Il est urgent de mettre en oeuvre les d√©cisions prises par le Conseil europ√©en, le 29 juin dernier, en faveur d'une supervision bancaire int√©gr√©e au niveau europ√©en. En ouvrant la voie √† un refinancement direct des banques aupr√®s du MES, elle permettra de rompre la spirale n√©gative qui lie jusqu'√† pr√©sent l'assainissement du secteur bancaire et l'augmentation de la dette des √Čtats. La Banque centrale europ√©enne devra jouer pleinement son r√īle, dans le respect de son ind√©pendance. Et nous devrons manifester notre solidarit√© √† l'√©gard des pays attaqu√©s par les sp√©culateurs et qui mettent en oeuvre des r√©formes courageuses.

Nous sommes aujourd'hui devant la n√©cessit√© de franchir une nouvelle √©tape, dans le cadre d'une ¬ęint√©gration europ√©enne solidaire¬Ľ. La r√©flexion est en cours, sur la base du rapport d'Herman van Rompuy et le pr√©sident de la R√©publique a pr√©cis√© hier l'esprit dans lequel nous l'envisageons. Nous avons la volont√© d'avancer, dans ce domaine, en √©troite concertation avec l'Allemagne, afin de tourner d√©finitivement la page de la d√©fiance des march√©s.

Mais la crise que nous traversons n'est pas seulement une crise européenne. C'est une crise mondiale qui appelle davantage de coordination internationale.

N'oublions que cette crise trouve ses racines profondes dans les grands déséquilibres mondiaux. Il y a un certain opportunisme à dénoncer l'Europe comme l'homme malade, en décalage avec les fondamentaux des autres économies. Les Européens présents au sein du G8 et du G20 doivent se montrer solidaires et refuser les manoeuvres qui ne servent en fait qu'à détourner les regards d'autres problèmes fondamentaux.

Nous pouvons faire aujourd'hui le constat d'un ralentissement global de l'√©conomie mondiale. La pertinence de l'agenda pour la croissance et l'emploi, port√© par le pr√©sident de la R√©publique aux Sommets de Camp David et de Los Cabos, appara√ģt d'autant plus grande. Il est urgent de mettre en oeuvre les engagements pris notamment par ceux de nos partenaires qui disposent de marges de manoeuvre budg√©taires et qui ont la possibilit√© d'adopter des mesures discr√©tionnaires en faveur de la croissance. Il nous faut √©galement respecter l'engagement collectif √† lutter contre le protectionnisme et √† renforcer l'OMC, qui veille √† la loyaut√© des √©changes internationaux.

Là encore, la force du levier européen doit être pleinement utilisée, pour faire avancer l'objectif de relations commerciales plus équitables. La mise en oeuvre du principe de réciprocité doit nous permettre de faire reculer les pratiques commerciales déloyales, qu'il s'agisse des restrictions à l'accès aux marchés publics ou du non-respect de la propriété intellectuelle.

L'objectif d'une meilleure régulation de la mondialisation, tant dans le domaine financier qu'en matière de lutte contre les paradis fiscaux et la corruption, s'impose plus que jamais. En cohérence avec la priorité que nous accordons à l'emploi, nous devons multiplier les occasions de faire progresser la dimension sociale de la mondialisation.

Dans le contexte actuel, je veux aussi rappeler la pertinence du d√©bat que le pr√©sident de la R√©publique a ouvert, √† Camp David, sur le prix du p√©trole et la n√©cessaire vigilance de l'Agence internationale de l'√Čnergie dans ce domaine.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, c'est dans le cadre d'une mondialisation mieux ma√ģtris√©e que nous devons nous mobiliser tr√®s fortement en faveur de nos int√©r√™ts √©conomiques √† l'√©tranger. Je voudrais partir du constat rappel√© par le pr√©sident de la R√©publique : notre d√©ficit commercial n'a cess√© de se creuser ces derni√®res ann√©es ; il s'est d√©t√©rior√© de pr√®s de 70 % entre 2007 et 2011. Aujourd'hui notre d√©ficit est d√Ľ pour 26 milliards √† des importations sup√©rieures √† nos exportations dans les domaines autres que l'√©nergie. L'ambition du gouvernement est de parvenir √† l'√©quilibre, hors √©nergie, d'ici cinq ans.

Dès lors, je veux ici saluer le choix de Laurent Fabius de consacrer cette 20e édition de la Conférence des ambassadeurs à la diplomatie économique.

Vous avez un r√īle essentiel √† jouer dans l'accompagnement des projets de nos entreprises, en mati√®re de grands contrats comme au service de nos PME. Dans le m√™me temps, l'attractivit√© du territoire national doit √™tre valoris√©e aux yeux des investisseurs √©trangers qui contribuent √† la cr√©ation d'emplois et au redressement de notre √©conomie.

De ce point de vue, je tiens à rendre hommage à la volonté que traduit le plan d'action destiné à mettre les intérêts économiques de la France au premier rang de l'activité du ministère des Affaires étrangères et de son réseau.

Une concertation √©troite avec les autres minist√®res concern√©s est indispensable - et je salue Pierre Moscovici et Nicole Bricq - pour faire en sorte que tous les leviers d'action soient mis en oeuvre de mani√®re coh√©rente et que ¬ęl'√©quipe France¬Ľ agisse, dans la coh√©sion, aussi bien √† Paris que sur le terrain. Si nous voulons marquer des points rapidement, il faudra que nos entreprises jouent pleinement le jeu et que les pouvoirs publics s'organisent plus efficacement. Je veillerai, en cons√©quence, √† resserrer le dispositif interminist√©riel, afin d'assurer un suivi, coordonn√© en permanence, de la promotion de nos int√©r√™ts √©conomiques √† l'√©tranger.

Nous disposons de grandes fili√®res exportatrices nationales et elles doivent √™tre confort√©es. Elles contribuent √† l'image d'excellence de notre industrie √† l'√©tranger. Il en est ainsi de l'a√©ronautique, du spatial ou de l'agroalimentaire. Le nucl√©aire civil en fait partie, la modification du bouquet √©nerg√©tique pour faire passer de 75 √† 50 % la part du nucl√©aire dans la production d'√©lectricit√© n'ayant pas pour effet de faire dispara√ģtre cette source d'√©nergie.

D'autre part, nous devons prendre pleinement conscience du continuum qui existe entre notre action d'influence et nos intérêts économiques : c'est en accordant une bourse à un étudiant étranger, en développant une coopération scientifique ou universitaire, en mettant à disposition de nos partenaires le meilleur de l'expertise française que nous créons les conditions d'un accroissement ultérieur de nos échanges économiques. C'est pourquoi il était absurde et contraire à nos intérêts de donner l'impression aux étudiants étrangers qu'il n'était pas les bienvenus dans notre pays ; et c'est pourquoi il a été rapidement mis un terme à des dispositions qui constituaient un véritable frein à notre attractivité.

Comme l'a dit le président de la République, il nous faut conserver une politique d'influence forte, dont le dynamisme peut notamment s'appuyer sur la capacité de cofinancement croissante des pays émergents.

Comme notre langue, notre culture fait partie des atouts de notre pays. Elle témoigne de notre vitalité et de notre dynamisme ; elle participe de l'attraction que la France exerce sur le monde ; elle est une source de rayonnement qu'il nous faut pleinement exploiter. En conséquence, la dimension culturelle doit être pleinement intégrée à votre action. À vous de veiller à sa bonne articulation avec la promotion de l'ensemble de nos intérêts.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, puisque nous voulons gagner en efficacité et en cohérence, j'ajouterai que le changement de méthode voulu par le gouvernement dans le cadre national peut aussi inspirer l'action extérieure de la France.

Dans le cadre de la feuille de route donn√©e par le pr√©sident de la R√©publique pour les prochains mois - et je ne reviendrai pas ici sur la mobilisation qui est la n√ītre en r√©ponse √† la crise syrienne, √† la situation au Sahel ou au programme nucl√©aire iranien -, je souhaite donc √©voquer la mani√®re dont nous mettons en oeuvre notre politique √©trang√®re et indiquer quelques pistes d'√©volution possible.

Il nous faut impérativement introduire davantage de cohérence, de continuité et de durée dans nos relations avec nos principaux partenaires. Cela implique la fin d'une politique reposant sur des coups et générant des à-coups, qui constituent autant de sources d'incompréhension et d'inefficacité.

Première mise en application possible : le développement de nos relations avec les pays émergents. Il s'agit de consolider nos partenariats stratégiques avec ces pays, sur des bases équilibrées et équitables et de les nourrir par un dialogue politique régulier et dans la durée qui témoigne de notre volonté de les considérer comme de véritables interlocuteurs. Nous les encouragerons, par ce biais, à exercer les responsabilités qui vont de pair avec le statut auquel ils aspirent.

Nous devons prendre acte √©galement de l'√©puisement du concept dat√© de ¬ęcoop√©ration¬Ľ, trop marqu√©e par les d√©rives du pass√© et par la multiplication d'engagements aussi irr√©alistes qu'incoh√©rents. Doit s'y substituer l'objectif fort d'une politique de solidarit√©, fond√©e sur le d√©veloppement durable et reposant sur la transparence, la justice et la cr√©dibilit√©. Dans un contexte budg√©taire contraint, nous devrons faire appel √† des financements innovants en faveur du d√©veloppement. √Ä commencer par la taxe sur les transactions financi√®res, dont une partie sera affect√©e d√®s 2013 √† la solidarit√© internationale, comme l'a annonc√© le pr√©sident de la R√©publique.

Dans ce cadre, nous devons accorder toute sa place à la Francophonie. Et je tiens à saluer l'action de Yamina Benguigui, qui oeuvre avec détermination à la consolidation de la famille francophone et à la promotion de l'enseignement du français.

Parce qu'il faut convaincre et mobiliser pour faire bouger les lignes, nous devons mettre en place les conditions d'un dialogue renforcé avec la société civile et multiplier par deux nos actions de coopération mises en oeuvre par les ONG, conformément aux engagements du président de la République. C'est dans cette perspective que s'inscrit le projet d'assises de la solidarité internationale, sous l'égide de Pascal Canfin.

L'accompagnement des pays en transition au sud de la Méditerranée constitue pour nous un autre enjeu d'importance.

Contrairement aux tenants du ¬ęchoc des civilisations¬Ľ, nous avons la conviction que l'appartenance au monde musulman et l'exercice de la d√©mocratie sont compatibles. Nous devons donner toutes leurs chances aux processus d√©mocratiques en cours au sud de la M√©diterran√©e, en soutenant, dans une attention constante √† nos valeurs, les efforts de ces pays pour r√©pondre aux aspirations l√©gitimes de leur population √† la libert√© et √† la prosp√©rit√©. Et nos relations devront √™tre renouvel√©es, y compris s'agissant de la mobilit√© des personnes, sur la base de la r√©flexion engag√©e par Manuel Valls.

Pour accompagner ces processus de transition d√©mocratique, il nous faudra de mani√®re coh√©rente mobiliser tous les instruments dont nous disposons, en liaison avec l'Union europ√©enne et nos autres partenaires internationaux. C'est ainsi que l'Union pour la M√©diterran√©e devra se recentrer sur sa capacit√© √† faire √©merger et √† mettre en oeuvre, gr√Ęce √† son secr√©tariat, des projets concrets d'int√©r√™t r√©gional. Et nous veillerons √† la coh√©rence et √† la compl√©mentarit√© entre les initiatives relevant de l'Union pour la M√©diterran√©e - dont l'ancrage √† l'Union europ√©enne sera renouvel√© - et celles d√©coulant du dialogue 5+5 ou du partenariat de Deauville.

Enfin, nous avons la volonté d'adapter notre outil de défense à ce monde en mouvement.

C'est l'objectif des travaux du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, engagés cet été et qui seront achevés d'ici la fin de l'année, ouvrant la voie à une nouvelle loi de programmation militaire qui sera soumise au Parlement en 2013.

La dimension européenne de notre outil de défense doit devenir une réalité tangible. La situation en Europe exige une mutualisation de nos capacités militaires, mais aussi la conduite de projets industriels communs, qui conditionne notre capacité à préserver notre autonomie stratégique à long terme, tout en servant notre objectif de redressement.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, chacun d'entre vous doit concevoir son action dans le prolongement de la politique du gouvernement, qu'il vous faut appréhender dans sa globalité.

J'ai conscience de l'exigence qu'impose la multiplication des enjeux √† l'√©chelle mondiale. Les situations sans cesse plus imbriqu√©es appellent un d√©cryptage de toute la complexit√© d'un monde o√Ļ la coop√©ration internationale n'a jamais √©t√© aussi indispensable. J'ai confiance dans la capacit√© de notre diplomatie √† rendre compte de cette complexit√©, √† en expliciter les causes profondes et √† proposer des r√©ponses concr√®tes aux d√©fis auxquels nous sommes collectivement confront√©s, dans le respect des int√©r√™ts de la France.

La mission qui est la v√ītre est exaltante et justifie que les moyens de l'accomplir vous soient accord√©s, comme la reconnaissance du gouvernement./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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2. XXe Conf√©rence des ambassadeurs - Conclusions du ministre des Affaires √©trang√®res, M. Laurent Fabius - Paris, 29 ao√Ľt 2012

 

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

En commen√ßant ce propos de conclusion, je veux vous redire combien je suis heureux et fier de diriger le minist√®re des Affaires √©trang√®res. Et cela d'autant plus que nous vivons, avec la mondialisation et les nouveaux d√©fis (√©conomiques, politiques, √©cologiques) une p√©riode o√Ļ la dimension internationale est d√©cisive, rendant d'autant plus d√©terminante votre mission et celle de notre maison.

Avec les quatre ministres d√©l√©gu√©s qui sont √† mes c√īt√©s (Mmes. Conway-Mouret et Benguigui, MM. Cazeneuve et Canfin), nous entendons nous appuyer pleinement sur les professionnels que vous √™tes, dont nous avons pu constater les talents et le d√©vouement au service de notre pays et de l'ensemble de nos compatriotes.

À l'issue des échanges riches qui ont marqué cette conférence, et qui ont mis particulièrement en valeur les dossiers économiques, je voudrais revenir sur quelques unes de nos priorités immédiates et de long terme, afin que, dans le cadre de la politique tracée par le président de la République et le Premier ministre, vous disposiez d'orientations claires pour agir : c'est aussi, c'est d'abord cela le sens de cette Conférence des ambassadeurs.

* *

En cet instant, trois zones de tensions et de crises nous mobilisent plus particulièrement.

- D'abord, le Moyen-Orient et la tragédie syrienne. Depuis notamment les élections, la France est à l'initiative en Syrie sur le triple plan diplomatique, stratégique et humanitaire.

Nous ne ménageons pas nos efforts pour appuyer et rassembler l'opposition, pour aider à dessiner les contours d'une future Syrie libre, démocratique et multiconfessionnelle, pour apporter de l'aide aux populations de l'intérieur et aux réfugiés.

Nous avons organisé la Conférence des Amis du peuple syrien à Paris le 6 juillet dernier, afin que puisse s'exprimer le très large soutien de la communauté internationale aux forces qui s'opposent à Bachar Al-Assad et à son clan. Nous avons pris et prenons des mesures concrètes pour les aider. Avec l'Union européenne, nous avons adopté des sanctions contre ce régime criminel. Le président de la République s'y est personnellement beaucoup investi, il a tracé la feuille de route devant vous lundi dernier et il est déterminé à s'engager pleinement en ce sens.

La France est en effet d√©cid√©e √† faire le maximum pour mettre fin √† la domination criminelle du clan Assad. Il est clair qu'il n'y a pas de solution en Syrie tant qu'il reste en place. Chaque mort du conflit syrien est un mort de trop. Les atrocit√©s commises heurtent notre conscience. En m√™me temps, nous devons aider √† pr√©parer l'apr√®s Bachar. D'o√Ļ notre soutien √† l'opposition, en prenant soin d'insister sur la large union et le respect n√©cessaire de toutes les communaut√©s. On ne peut laisser croire qu'il y aurait une solution facile √† une crise aussi complexe. Notre politique vise √† affaiblir le clan criminel de Bachar Al-Assad, √† acc√©l√©rer sa chute in√©luctable, √† appuyer notamment les zones lib√©r√©es, √† soutenir un gouvernement provisoire l√©gitime et repr√©sentatif, en √©vitant autant que possible la contagion r√©gionale, notamment au Liban.

J'ai moi-même récemment effectué une tournée dans la région centrée sur les questions humanitaires, j'ai mesuré à la fois les drames effrayants qui s'y accumulent, l'action des ONG auxquelles je veux rendre hommage. Je présiderai demain une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies pour mobiliser la communauté internationale en particulier sur ces enjeux humanitaires.

Dans la région, d'autres questions nous préoccupent gravement. Nous sommes très attentifs à la situation en Iran. Ce grand pays a le droit, en application des traités internationaux, de se doter de capacités nucléaires civiles, mais la détention par lui de l'arme nucléaire porterait notamment le risque inacceptable de la dissémination et d'une nucléarisation de toute la région. C'est dans cet esprit que nous pratiquons une politique à la fois de sanctions et de discussions avec lui, sans grand résultat jusqu'ici. La vigilance active est plus que jamais de mise.

Quant √† la question isra√©lo-palestinienne, elle reste la matrice de nombreux conflits. La France souhaite une relance du processus de paix. Notre but reste d'aboutir √† la cr√©ation d'un √Čtat palestinien ind√©pendant, viable et pacifique, et de garantir la s√©curit√© d'Isra√ęl. C'est dans cet esprit que nous gardons un contact √©troit aussi bien avec Isra√ęl qu'avec les Palestiniens.

Pour ce qui est de l'Afghanistan, notre engagement passe d'une présence militaire à une coopération civile, avec le départ de nos troupes combattantes, auxquelles je veux rendre hommage, et avec la ratification du traité d'amitié entre nos deux pays. Nous voulons aider l'Afghanistan sur la voie de la stabilité, du développement et de la démocratie, et éviter que ce pays redevienne un foyer pour le terrorisme.

- Le Mali et le Sahel. La crise sah√©lo-malienne, moins spectaculaire mais mena√ßante elle aussi, voit s'installer pas tr√®s loin de nos propres fronti√®res un foyer majeur d'instabilit√©, avec des groupes terroristes qui eux-m√™mes d√©clarent consid√©rer la France et l'Europe comme leur ennemi. La conjonction de la faiblesse de l'√Čtat malien et de la mise en place d'une zone contr√īl√©e par des groupes terroristes, renforc√©s par des flux d'armes, de combattants et de drogue, a gravement d√©stabilis√© le Mali et menace plus largement toute l'Afrique de l'Ouest.

Nous n'entendons pas nous substituer aux Africains eux-mêmes. Nous appuierons les efforts qui seront faits par le Mali pour se reconstituer, tout comme ceux des pays de la région dans le cadre de la CEDEAO et de l'Union africaine, ainsi que dans le cadre juridique fixé par les Nations unies, pour déployer si nécessaire et le moment venu une force militaire africaine. Nous sommes engagés avec l'Union européenne dans l'appui au développement et aux forces des pays de la région. Mais une chose doit être claire : pas question de pactiser avec le terrorisme.

Cette crise malienne exige une particuli√®re vigilance de tous les √Čtats de la r√©gion et de tous nos postes. Elle n'a pas seulement un caract√®re diplomatique, humanitaire, √©conomique. Elle se traduit aussi par la menace qui p√®se sur nos ressortissants, parfois pris en otage. Nous, c'est-√†-dire nos postes, nos entreprises, nos concitoyens, qui doivent redoubler de pr√©cautions face √† ces risques.

La crise au Sahel ne doit pas nous faire oublier les tendances de long terme en Afrique. Malgré des foyers de tension, l'Afrique est un continent d'avenir : la croissance économique, dans l'ensemble, y est soutenue, les classes moyennes se développent, les investissements directs étrangers ont été multipliés par 8 en 8 ans. La transition démographique est en marche et la démocratisation, sauf exceptions, progresse. L'Afrique constitue un partenaire économique et culturel essentiel et un immense marché à notre porte. On peut dire qu'avec l'Afrique, nous constituons mutuellement notre avenir. L'Europe doit être un allié de l'Afrique, en faveur d'une mondialisation mieux régulée qui lui permette de se développer de manière durable. Bref, la normalisation de nos relations avec l'Afrique est nécessaire, elle ne signifie en aucun cas la banalisation.

- L'Union europ√©enne. La crise a mis et met encore l'Europe √† rude √©preuve. Elle a r√©v√©l√© les fragilit√©s et les incoh√©rences d'une int√©gration europ√©enne d√©s√©quilibr√©e : d'un c√īt√© une monnaie unique, l'euro, de l'autre, des structures √©conomiques, budg√©taires, financi√®res, politiques inadapt√©es pour la g√©rer dans la stabilit√©, la solidarit√© et la dur√©e. Pour nous, il s'agit √† la fois de r√©gler les impasses actuelles et de construire l'Europe de demain.

Dans cet esprit, nous poursuivons avec Bernard Cazeneuve, ministre d√©l√©gu√© aux Affaires europ√©ennes, l'objectif d'un meilleur fonctionnement mon√©taire, √©conomique et financier. Le Conseil europ√©en des 28-29 juin, largement √† l'initiative de la France, a donn√© des impulsions nouvelles vers une politique de croissance. Nous souscrivons aux objectifs de discipline budg√©taire √©quilibr√©s par une politique de croissance : c'est le sens de la ratification du Trait√© budg√©taire, qui sera soumis au Parlement dans quelques semaines avec l'ensemble des √©l√©ments du ¬ępaquet¬Ľ adopt√© √† la fin juin - pacte de croissance, renforcement des m√©canismes de solidarit√©, supervision bancaire, taxe sur les transactions financi√®res.

Les premières avancées du Conseil européen de fin juin devront être appliquées et prolongées. Nous entendons agir dans plusieurs domaines : surmonter la crise des dettes souveraines, retrouver une croissance forte et durable, améliorer la gouvernance de l'Union. Dans l'immédiat, la crise grecque n'est pas encore réglée. La position de la France est claire : nous voulons que soit préservée l'intégrité de la zone euro. Pour cela, il est nécessaire de continuer à appuyer ce pays pour qu'il puisse se désendetter, charge à lui de mener les nécessaires réformes, notamment en matière fiscale.

Au-del√†, nous souhaitons l'introduction d'une union bancaire, avec un fonds de garantie des d√©p√īts et des m√©canismes de r√©solution des crises, en plus de la supervision mise en place. De m√™me, nous pensons d√©cisif d'avancer vers une v√©ritable coh√©sion financi√®re pour permettre, en √©change d'une coordination accrue des budgets nationaux, de renforcer la solidarit√©, avec l'introduction √† terme d'Eurobonds. Il nous faut aussi nous donner les moyens de lancer en commun des projets capables de soutenir notre croissance - dans le domaine de la recherche, de l'innovation, du d√©veloppement durable, des infrastructures. Dans cet esprit, l'UE doit se doter de ressources propres par le moyen notamment de la taxe sur les transactions financi√®res. Tout cela implique un contr√īle d√©mocratique renforc√©, en veillant √† ce que le pouvoir des parlements soit garanti. Le pr√©sident de la R√©publique a parl√© d'¬ęint√©gration solidaire¬Ľ pour r√©sumer notre d√©marche d'ensemble.

La coopération européenne dans le domaine de l'énergie sera un axe majeur de nos propositions. La France, et notamment notre ministère, travaille actuellement sur ce projet qui portera à la fois sur les approvisionnements, sur les énergies propres et du futur et sur les économies à réaliser en matière de consommation. Dans ce domaine essentiel, nous devons unir nos forces avec ceux de nos voisins qui le voudront, comme nos prédécesseurs l'ont fait il y a plus de cinquante ans pour le charbon et l'acier.

En mati√®re de politique europ√©enne, la relation franco-allemande est √©videmment fondamentale. Au d√©but de l'an prochain, nous c√©l√©brerons le cinquantenaire du Trait√© de l'√Člys√©e. Ce partenariat est d√©cisif, il doit √™tre √©quilibr√© et non exclusif. Cela signifie que nous travaillons et travaillerons en bonne harmonie avec l'Espagne, l'Italie et tous les autres pour surmonter la crise de la zone euro. Nous agirons notamment avec la Pologne et l'Allemagne dans le cadre du ¬ęTriangle de Weimar¬Ľ pour d√©velopper l'Europe de la d√©fense, sans oublier notre coop√©ration de d√©fense avec la Grande-Bretagne. Le rapport V√©drine reviendra sur certains aspects de notre d√©fense et de notre strat√©gie par rapport √† l'OTAN, dans l'analyse qu'il remettra bient√īt.

Le voisinage de l'Europe, par sa proximit√© et l'√©troitesse de nos liens avec lui, occupera une place importante dans notre action diplomatique. Dans le contexte des r√©volutions arabes, la vision d'un vaste ensemble euro-m√©diterran√©en de coop√©ration, de croissance et de libert√© constitue une perspective positive de moyen et de long terme. Nous agirons pour une relance de l'euro-m√©diterran√©e. Nous disposons de bons outils pour avancer : le secr√©tariat g√©n√©ral de l'Union pour la M√©diterran√©e, le 5+5, le Partenariat de Deauville. Plut√īt que de lancer de nouveaux d√©bats institutionnels, il s'agira surtout de travailler √† des projets concrets dans des partenariats √† g√©om√©trie variable.

Voisinage toujours : nous avons normalis√© nos relations avec la Turquie, qui est un acteur majeur aux confins de l'Europe et de l'Asie. Nous devons par ailleurs nous efforcer d'√©tablir les param√®tres d'une relation plus constructive, sans agressivit√© mais sans na√Įvet√©, avec la Russie.

L'Europe, premier bailleur, joue un r√īle de premier plan en mati√®re d'aide au d√©veloppement, de levier sur les r√©gimes dictatoriaux - je pense notamment √† la politique de sanctions qui a port√© des fruits en Birmanie -, de dialogue politique √† haut niveau, notamment sur le nucl√©aire iranien. Ces actions europ√©ennes seront consolid√©es.

Sur tous ces champs d'action, nous d√©veloppons et d√©velopperons des relations √©troites avec les autres minist√®res qui concourent au rayonnement de la France et √† son action ext√©rieure, notamment le minist√®re de la D√©fense et celui de l'√Čconomie et des Finances. Je vous invite en votre qualit√© de repr√©sentants interminist√©riels de la France √† l'√©tranger, √† veiller √† cette bonne et permanente concertation avec l'ensemble des autres administrations.

* *

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

La profondeur du temps long, le sens de la dur√©e, la capacit√© d'anticipation, la vision pour pr√©parer et planifier sont des vertus essentielles √† l'action publique. C'est particuli√®rement vrai de la diplomatie, o√Ļ nos succ√®s se construisent avec le temps, ce ¬ęgrand sculpteur¬Ľ. Une diplomatie qui s'abandonnerait √† l'impulsivit√© et aux coups de barre permanents se r√©v√®lerait finalement peu productive. Je veux donc √©largir l'horizon au-del√† des priorit√©s imm√©diates dict√©es par les crises et par les √©v√©nements, pour aborder maintenant ce qui doit √™tre notre action √† plus long terme. ¬ęIl faut de la profondeur¬Ľ, allais-je dire, ¬ęil faut de la vision¬Ľ mais je m'arr√™te avant que l'on ne me compare au ministre de la stimulante bande dessin√©e publi√©e il y a quelque temps sur le Quai d'Orsay.

On a parl√©, √† propos de divers pays, de soft power, de hard power, de smart power. Pour rendre compte de la situation singuli√®re de la France, je parlerai volontiers d'¬ęinfluential power¬Ľ. En bon fran√ßais, notre pays entend √™tre ¬ęune puissance d'influence¬Ľ.

La France fait en effet partie du petit nombre de pays capables d'agir et de peser significativement sur la sc√®ne mondiale. Nous sommes la cinqui√®me puissance √©conomique, un des cinq membres permanents du Conseil de s√©curit√©. Notre langue est parl√©e par plus de 200 millions de personnes, dans quelques d√©cennies plus de 700 millions. Nous sommes une puissance nucl√©aire, une grande nation europ√©enne √† la culture et √† la science admir√©es. Les principes auxquels nous nous r√©f√©rons, le fait que nous nous exprimions souvent au-del√† de nos seuls int√©r√™ts, avec un souci d'internationalisme, de m√™me que nos liens particuliers avec de nombreux pays, nous permettent d'√™tre reconnus comme une puissance et une puissance utile. Notre pays dispose d'une influence qui d√©passe celle qui se d√©duirait des seules r√©alit√©s mat√©rielles. La France est bien une ¬ępuissance d'influence¬Ľ.

Mais nos atouts doivent √™tre valoris√©s si nous voulons que notre pays puisse conserver, voire am√©liorer son statut international dans l'int√©r√™t m√™me de nos concitoyens. Pour cela, il faut une claire vision du monde et de ses √©volutions. Le pr√©sident de la R√©publique a trac√© nos priorit√©s. L'Asie, ses nouveaux g√©ants - la Chine et l'Inde - et ses puissances √©tablies - le Japon -, p√®se et p√®sera d'un poids croissant, ainsi que les grands √©mergents d'autres continents comme le Br√©sil : ils sont au coeur de nos priorit√©s. Au-del√† des pays √©mergents de premi√®re ligne qui connaissent des taux de croissance √©lev√©s, nous accorderons une attention forte aux ¬ęnouveaux √©mergents¬Ľ d'Am√©rique latine, d'Asie, d'Afrique et du Moyen-Orient. Il s'agit notamment de l'Afrique du Sud, de l'Indon√©sie, du Vi√™t-Nam, de la Colombie, du Mexique, de la Turquie et de quelques autres, de l'Australie d'une autre fa√ßon - je ne dresse pas de palmar√®s -, qui sont en train de rejoindre ¬ęla classe moyenne mondiale¬Ľ et constituent autant de perspectives et de march√©s nouveaux. Sans rien retirer √† nos relations tout √† fait essentielles d'amiti√© et de coop√©ration avec les √Čtats-Unis avec lesquels, selon la formule juste, nous sommes ¬ęalli√©s sans √™tre align√©s¬Ľ, nous avons √† b√Ętir une relation proche avec ces nouveaux partenaires.

Notre diplomatie d'influence passe par une action forte en faveur du rayonnement √©ducatif, scientifique, culturel et linguistique de notre pays. C'est notamment la mission de notre r√©seau en charge des coop√©rations culturelles, scientifiques et √©ducatives. Je veillerai √† conforter ce dispositif exceptionnel - une centaine d'Instituts fran√ßais et pr√®s de 1 000 alliances fran√ßaises dont plus de 400 soutenues par notre minist√®re. Notre r√©seau √©ducatif, universitaire et de recherche, avec 490 √©coles et lyc√©es fran√ßais dans 130 pays, 175 espaces Campus France, 27 instituts de recherche et des milliers de professeurs de fran√ßais, est un atout √† conforter. De m√™me, nous donnerons √† notre audiovisuel ext√©rieur - la cha√ģne francophone TV5Monde, France 24 et RFI, qui diffusent leurs programmes √† plus de 200 millions de foyers - la stabilit√© et la solidit√© n√©cessaires pour qu'il puisse affirmer son r√īle essentiel.

Les institutions internationales sont, elles aussi, √©videmment un enjeu d'influence, qu'il s'agisse de l'ONU et de ses agences, du G8/G20, de l'OCDE, des institutions financi√®res, mais aussi r√©gionales. Nos postes internationaux y jouent un r√īle d√©cisif. Notre ¬ępolitique du personnel¬Ľ devra √™tre plus anticipatrice qu'aujourd'hui et plus suivie. Concernant les Nations unies, la France appuie, vous le savez, une r√©forme du Conseil de s√©curit√©, pour permettre √† cette instance majeure de mieux prendre en compte les r√©alit√©s nouvelles et la n√©cessit√© d'√©largir les cadres dans lesquels sont g√©r√©es les affaires du monde. Cette r√©forme est difficile, mais c'est en √©tant force de proposition que nous l√©gitimerons notre propre statut.

Autre dimension essentielle de notre influence : la mise en oeuvre et le respect de nos principes. La France porte dans son message singulier des valeurs universelles qu'elle d√©fend dans les situations de crises internationales, dans l'ensemble des enceintes internationales et dans ses relations bilat√©rales. Nous le faisons notamment par rapport aux √©volutions des ¬ęprintemps arabes¬Ľ, o√Ļ nous sommes et serons tr√®s attentifs aux droits de la personne, en particulier ceux des femmes, et au respect des libert√©s. Cette vigilance est un facteur important de notre identit√©, de notre rayonnement aupr√®s de nombreux peuples. Tous les deux ans, nous nous fixerons ainsi une grande cause internationale. En 2012-2013, ce sera la cause de l'abrogation universelle de la peine de mort. Je vous demande de vous mobiliser pour cette cause dans chacune de vos ambassades par les initiatives les mieux adapt√©es.

Au-del√† de ces domaines majeurs, je souhaite en effet que ce minist√®re et l'ensemble de ses agents acqui√®rent ou d√©veloppent √† la fois ce que j'appellerai le ¬ęr√©flexe √©conomique¬Ľ et le ¬ęr√©flexe francophone¬Ľ.

- Diplomatie économique. La diplomatie économique - qui est aussi écologique - est la contribution directe que nous pouvons apporter à l'exigence de redressement économique. Nous faisons, vous faites déjà beaucoup et les entrepreneurs apprécient en général notre action. Mais le déficit considérable de notre commerce extérieur, juge de paix de notre compétitivité, montre que nous devons faire plus et mieux. Certes, l'administration ne remplace pas les entreprises et beaucoup d'autres ministères sont aussi concernés que nous, mais nous pouvons et devons les accompagner. Les défis de la croissance et de l'emploi se jouent, pour une part, à l'international. Je ne reprendrai pas l'intégralité de mon propos d'hier, mais je rappellerai juste quelques grandes lignes.

Nous avons besoin d'une diplomatie √©conomique forte, active, r√©active, efficace, √† l'√©coute de tous les acteurs √©conomiques de ¬ęl'√©quipe de France¬Ľ. En continuant de servir les int√©r√™ts g√©n√©raux de la France, le minist√®re des Affaires √©trang√®res doit devenir, aussi, le minist√®re des entreprises. Il doit renforcer son ¬ęr√©flexe √©conomique, et les entreprises renforcer leur ¬ęr√©flexe diplomatie¬Ľ.

Plusieurs mesures traduiront cette priorit√©. Le soutien √† nos entreprises √† l'international et la promotion de la ¬ędestination France¬Ľ pour les investissements √©trangers seront d√©sormais une instruction permanente et d√©terminante de notre r√©seau. Vous √™tes clairement les chefs de file de notre action √©conomique ext√©rieure qui doit √™tre pour vous une priorit√© majeure. Dans nos principaux postes, vous vous entourerez d'un conseil √©conomique qui vous √©paulera. Au sein du minist√®re, une direction anim√©e par votre coll√®gue Jacques Maire sera sp√©cifiquement d√©di√©e au soutien des entreprises et aux affaires √©conomiques. Nous d√©velopperons la formation de nos responsables diplomatiques en mati√®re √©conomique, ainsi que notre communication et le dialogue avec les acteurs √©conomiques.

Nous améliorerons notre articulation avec l'ensemble des services et des opérateurs concernés par l'action économique extérieure et le soutien à nos entreprises, notamment ceux des ministères de l'économie et du commerce extérieur. Le morcellement qui existe aujourd'hui n'est pas toujours optimal. L'enjeu est, sans perdre notre temps dans un meccano administratif, de simplifier et d'améliorer les services que nous proposons aux entreprises, notamment aux PME et aux ETI qui ont besoin d'appui pour se projeter à l'international. Il est aussi de peser davantage dans les négociations internationales et européennes en matière de coordination des politiques économiques, de politique commerciale et de cadre réglementaire. C'est dans ces enceintes - UE, OMC, G8/G20, FMI, OCDE notamment - que se dessine l'environnement économique dans lequel nos entreprises se meuvent. L'élévation des normes sociales et environnementales et la réciprocité en matière commerciale seront des exigences prioritaires pour établir des termes de l'échange plus équitables. Nos positions seront guidées par cette question simple : est-ce bon pour nos entreprises, pour nos emplois, pour le redressement de la France ?

En m√™me temps, √©vitons toute confusion. Si une bonne √©conomie est un atout d√©cisif pour notre diplomatie, celle-ci ne peut ni s'y r√©sumer ni √™tre remplac√©e par elle. Si le PIB d√©terminait √† lui seul les hi√©rarchies mondiales, cela se saurait et l'Union europ√©enne exercerait une primaut√© politique par rapport aux √Čtats-Unis et √† la Chine, ce qu'aucun d'entre nous n'a r√©cemment constat√©. Le poids d'un pays n'est pas exactement la m√™me chose que son r√īle, mais l'√©cart entre les deux ne peut pas √™tre durablement massif. C'est pourquoi la priorit√© √©conomique est majeure.

- Diplomatie francophone. Une autre priorité de long terme sur laquelle je veux insister est la Francophonie. C'est un terrain privilégié pour développer nos liens avec des pays, des sociétés qui partagent notre langue. C'est un atout essentiel. Selon l'Organisation internationale de la Francophonie, 220 millions de personnes parlent le français dans le monde. Ils pourraient être 700 à 750 millions vers 2050, dont 80% en Afrique. Les enjeux sont donc considérables et touchent à la fois à la défense de la langue française, à sa promotion, à celle de nos valeurs.

Le français fonde son rayonnement non pas sur un rapport de domination, certains diraient d'impérialisme, mais sur les valeurs universelles que notre langue a vocation à porter. Source de valeurs et de partage, cette langue commune est un véhicule de stabilité et de cohésion, de tolérance et de diversité. Elle doit se montrer créative et dynamique pour s'adapter en permanence aux changements du monde. C'est sur cette base qu'un plan d'action pour la francophonie sera mis en oeuvre, en particulier par la ministre déléguée Yamina Benguigui. Le président de la République y reviendra lors du prochain Sommet de la Francophonie à Kinshasa.

Le plan comportera notamment quatre axes. D'abord davantage d'ouverture et d'accessibilit√©, car il est d√©cisif que ceux qui le souhaitent puissent disposer de m√©dias en Fran√ßais, notamment en mati√®re de culture, d'information et de divertissement. Nous d√©velopperons donc les technologies de l'information, les coop√©rations dans le domaine audiovisuel en direction des t√©l√©visions et radios francophones et la formation des journalistes francophones. Ensuite, la mobilit√© est d√©cisive, l'espace francophone doit √™tre un espace d'√©changes et de rencontres : un programme d'√©changes de type ¬ęErasmus¬Ľ est √† l'√©tude. L'enseignement est une condition, la premi√®re condition, de la vitalit√© du fran√ßais : nous nous donnerons les moyens de d√©velopper l'enseignement du fran√ßais, notamment en Afrique, o√Ļ la comp√©tition linguistique est forte. Enfin, un partenariat pour la croissance est n√©cessaire afin que le fran√ßais soit √©galement un outil au service de l'√©conomie dans les √©changes nord-sud et sud-sud. Le continent africain affiche depuis une d√©cennie une croissance moyenne autour de 5% par an et la majorit√© des locuteurs francophones se trouve en Afrique. La francophonie est aussi un enjeu √©conomique et nous devons inciter les entreprises √† exploiter les liens que cr√©e la langue. Je compte sur votre mobilisation pour mettre en oeuvre cette d√©marche, cette v√©ritable diplomatie francophone.

Les Fran√ßais de l'√©tranger constituent dans cette perspective un atout et une chance particuli√®re pour le rayonnement de notre pays. Avec le pr√©sident de la R√©publique, nous souhaitons mieux les accompagner, notamment gr√Ęce √† une meilleure prise en compte de leurs sp√©cificit√©s et une attention particuli√®re pour la vie quotidienne. L'action d'H√©l√®ne Conway-Mouret comme ministre d√©l√©gu√©e charg√©e des Fran√ßais de l'√©tranger traduit cette attention. Elle conduira des actions et r√©formes dans au moins trois domaines.

Concernant l'enseignement fran√ßais √† l'√©tranger, la suppression de la prise en charge (PEC) des frais de scolarit√© des Fran√ßais de l'√©tranger et son remplacement par des bourses √©tait un engagement pr√©sidentiel, en raison du caract√®re in√©quitable du syst√®me pr√©c√©dent. Cet engagement sera tenu, mais il est n√©cessaire, en parall√®le, de refonder les crit√®res d'attribution des bourses et, plus g√©n√©ralement, de rendre notre syst√®me √©ducatif √† l'√©tranger plus efficace et plus juste tout en ma√ģtrisant les hausses des co√Ľts de scolarit√©.

Notre réseau consulaire devra, lui aussi, être adapté aux enjeux internationaux et à l'évolution de notre présence dans le monde. Nous devons améliorer la qualité du service public, tout en modernisant et simplifiant certaines procédures. Des propositions en ce sens seront formulées dans la concertation par Mme. Conway d'ici la fin de l'année.

Enfin, l'élection pour la première fois en 2012 de 11 députés représentant les Français de l'étranger à l'Assemblée nationale aux cotés des 12 sénateurs et des élus à l'assemblée des Français de l'étranger, a modifié l'architecture de la représentation de notre communauté expatriée. Il faudra tenir compte de cette nouvelle réalité. Une réflexion est lancée pour améliorer la représentation démocratique et simplifier le système. Les uns et les autres devront être associés à cette diplomatie francophone.

* *

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Voil√† quelques axes qui vont guider votre action au quotidien, en lien avec la feuille de route qu'ont trac√©e le pr√©sident de la R√©publique et le Premier ministre. Tout ceci s'inscrit dans une certaine conception du d√©veloppement au XXIe si√®cle. Je parlerai volontiers d'une diplomatie du d√©veloppement. Celle-ci passe par une mondialisation mieux r√©gul√©e, c'est-√†-dire notamment capable de se doter de r√®gles pour √©viter l'aggravation et le retour de la crise financi√®re. Elle passe par une exigence de r√©ciprocit√© et d'√©quit√© dans les pratiques commerciales, sujet dont l'Europe, jusqu'ici trop na√Įve, doit davantage se saisir. Elle passe par un mod√®le de croissance durable, qui associe le verdissement g√©n√©ral de nos √©conomies et la prise en compte transversale des exigences sociales et environnementales. La France doit viser le meilleur niveau dans ces domaines.

Ces priorit√©s sont celles que mettra en oeuvre √† mes c√īt√©s le ministre d√©l√©gu√© charg√© du D√©veloppement, Pascal Canfin. La France, avec son op√©rateur l'AFD, est et restera un acteur majeur de l'aide au d√©veloppement. Nous voulons que notre action soit autant quantitative que qualitative. Pour √™tre durable, le d√©veloppement devra √™tre orient√© davantage vers l'√©conomie verte (transports propres, √©nergies nouvelles, gestion de l'eau et des d√©chets, urbanisme...), en soutenant le d√©ploiement de l'excellente offre fran√ßaise en la mati√®re. Il doit prendre en compte les param√®tres environnementaux et climatiques, car ce sont souvent les pays les moins avanc√©s et les pays √©mergents qui sont les plus vuln√©rables. Nous devons conqu√©rir ou reconqu√©rir les premiers rangs dans ce domaine et favoriser la recherche de nouveaux grands compromis qui permettront d'inventer les modes de production et de vie adapt√©s aux contraintes √©cologiques du XXIe si√®cle.

En la mati√®re, la ¬ęcoop√©ration d√©centralis√©e¬Ľ est un multiplicateur d'influence qui devra √™tre mieux valoris√©. J'ai demand√© au secr√©taire g√©n√©ral de l'Association des Maires de France, M. Andr√© Laignel, de nous aider par des propositions sur ce th√®me. Pr√®s de 5 000 collectivit√©s territoriales fran√ßaises m√®nent des projets de coop√©ration avec plus de 10 000 collectivit√©s partenaires dans 141 pays. Nous devons en faire autant d'acteurs et de relais pour notre diplomatie √©conomique, pour notre diplomatie francophone et pour notre strat√©gie pour le d√©veloppement. Ne commettons pas de confusion : il n'y a pas et il ne saurait y avoir plusieurs diplomaties. La diplomatie doit √™tre coordonn√©e, mais elle peut √™tre aussi, osons ce n√©ologisme, une ¬ędiplomatie d√©multipli√©e¬Ľ, qui s'appuie sur et s'enrichit par l'action des collectivit√©s locales, en m√™me temps d'ailleurs que par celle de toute une s√©rie de r√©seaux non-√©tatiques, caract√©ristiques des soci√©t√©s du futur.

Pour atteindre ces objectifs, - diplomatie √©conomique, diplomatie francophone, diplomatie du d√©veloppement, diplomatie d√©multipli√©e - il faut des orientations budg√©taires, des moyens et une organisation ad√©quats. Apr√®s des ann√©es difficiles, le minist√®re des Affaires √©trang√®res a besoin de reprendre du souffle. Nous participerons, bien entendu, √† l'effort national d'√©conomies et de r√©duction des d√©ficits publics : nous le ferons de fa√ßon responsable eu √©gard aux efforts importants d√©j√† consentis. Sur la base des arbitrages rendus, notre budget devrait diminuer sur les trois ans √† venir de 1% et de 200 emplois chaque ann√©e. Ce sera l'occasion pour nous, dans le respect de l'universalit√© de la pr√©sence fran√ßaise, d'adapter notre outil √† nos priorit√©s et aux r√©alit√©s du monde d'aujourd'hui et de demain, en ayant pour objectif d'am√©liorer notre rayonnement et notre efficacit√©. Ce budget permettra - j'y ai insist√© - de traiter des questions concr√®tes, auxquelles vous et vos collaborateurs √™tes quotidiennement confront√©s : la garantie de la s√©curit√© de nos implantations, l'am√©lioration des conditions de travail, sur lesquelles les organisations syndicales insistent l√©gitimement, la r√©novation de nos syst√®mes d'information. Les conditions de d√©livrance des visas devront √™tre am√©lior√©es, gr√Ęce √† la cr√©ation d'emplois dans ce secteur. Pour les politiques prioritaires que sont les bourses, les √©changes d'expertise et les projets de d√©veloppement, nos moyens d'intervention seront int√©gralement pr√©serv√©s. Vous serez donc soutenus dans la mise en oeuvre de vos missions. J'ai obtenu que nos moyens de fonctionnement pris au sens large augmentent de pr√®s de 7% sur l'ensemble de la p√©riode. L'ensemble des agents de notre maison, auxquels je veux rendre hommage, disposeront des moyens de bien travailler.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Les missions sont claires, du moins je l'esp√®re. Vous n'exercez pas vos fonctions par hasard, vous avez choisi le beau m√©tier qui est le v√ītre. Vos comp√©tences sont av√©r√©es. Vos t√Ęches sont essentielles. Elles seront trait√©es par le gouvernement et par moi-m√™me comme essentielles.

Vous pouvez donc compter sur moi pour m'engager pleinement √† vos c√īt√©s dans cette mission qui me passionne. Notre pays, son gouvernement, moi-m√™me, nous savons pouvoir compter sur vous. Merci./.

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3. Entretien du ministre des Affaires √©trang√®res, M. Laurent Fabius, avec ¬ęFrance Inter¬Ľ - Extraits - - Paris, 29 ao√Ľt 2012

(...)

Q - En Syrie, des massacres continuels, un pouvoir aux abois, mais qui dispose encore des moyens militaires d'écraser la rébellion. Et une impasse diplomatique toujours complète avec la Russie et la Chine qui s'opposent à toute ingérence, est-ce qu'il n'était pas possible de faire plus ces derniers mois, de mettre davantage de pression sur Moscou par exemple ?

R - Nous essayons de faire le maximum, en liaison avec nos partenaires. Ce n'est pas une situation que l'on décrit simplement avec des mots et à laquelle il faut s'habituer, c'est épouvantable. Il y a un massacre - oui, le mot est exact - qui se fait quotidiennement en Syrie, avec une gradation. Au départ - je ne parle pas du régime Assad, mais du clan Assad -, le clan Assad envoyait des snipers, ensuite des soldats, et puis des hélicoptères ; maintenant, ce sont des avions de chasse.

Il y a d'abord une situation humanitaire, dont les causes sont évidemment politiques, qu'il faut absolument changer. C'est le sens de la réunion que nous, les Français, avons convoquée demain au Conseil de sécurité des Nations unies, d'abord sur l'humanitaire : il y a 25.000 morts, 250.000 blessés, plus de deux millions de personnes déplacées, 300.000 personnes réfugiées. J'ai vu de mes propres yeux, à la frontière entre la Turquie, la Syrie, la Jordanie, le Liban, des femmes et des enfants, des tout petits enfants, qui n'ont pas de lait, pas d'électricité, c'est épouvantable ! Il faut donc à la fois agir sur l'aspect humanitaire et sur l'aspect diplomatique. Nous essayons de faire en sorte que l'opposition - mais cela dépend des Syriens - se rassemble pour être beaucoup plus diverse et unie.

Q - Vous en parliez déjà il y a trois mois...

R - Oui, mais personne n'a de baguette magique. Nous sommes évidemment en liaison avec toute une série de pays, notamment de la région, pour essayer de faire plier le clan Assad.

Q - La France n'est pas partie un peu seule avec cette initiative de Fran√ßois Hollande qui a dit, √† l'occasion de la r√©union des ambassadeurs, que la France reconna√ģtra un gouvernement d'opposition syrienne ?

R - François Hollande a dit exactement la chose suivante. Il a dit - et je pense que c'est reconnu par chacun - qu'il faut que le Conseil national de sécurité syrien, qui est un petit peu la base de l'opposition, s'élargisse et arrive à rassembler des gens d'origine diverse qui sont à la fois de l'intérieur et de l'extérieur.

√Ä partir du moment o√Ļ cette r√©union qui doit √™tre repr√©sentative, qui doit garantir le respect des communaut√©s et qui doit √™tre inclusive, c'est-√†-dire tr√®s large, aura eu lieu, √† partir du moment o√Ļ on aura devant nous cet ensemble, il sera en effet tr√®s important que les puissances, en particulier la France, les reconnaissent.

L'une des questions qui est pos√©e aux Syriens et √† d'autres puissances est la suivante : Bachar est un assassin, le bourreau de son peuple, il tombe, je l'esp√®re et le plus t√īt sera le mieux, mais qu'est-ce qui vient apr√®s ? Il ne faut pas que ce soit le r√©gime irakien - ou le non r√©gime irakien -, c'est-√†-dire, le chaos pendant des ann√©es. Il ne faut pas non plus que ce soient les int√©gristes, les terroristes. Il faut donc mettre en place un gouvernement alternatif qui soit pr√™t et reconnu. Nous ne pouvons pas le faire, mais nous pouvons aider ; nous le faisons, notamment avec les Turcs, les Britanniques, la Ligue arabe. Si c'est le cas - et j'esp√®re que cela va √™tre le cas - cela permettra de r√©soudre un certain nombre de questions qui sont tr√®s difficiles pour nous.

Nous livrons des équipements que l'on appelle non létaux, c'est-à-dire des équipements qui ne tuent pas, par exemple des équipements de communication, de transmission, etc. Mais la question est : à qui les livre-t-on ? D'autres livrent des armes, elles, létales...

Q - Nous, on n'ira pas plus loin, on ne livrera pas des armes à la Syrie, aux Syriens ?

R - Nous, nous devons respecter l'embargo européen sur les armes. Il ne faut pas ajouter la guerre à la guerre. Mais je ne veux pas être hypocrite...

Q - D'autres le font à notre place, oui...

R - Il y en a d'autres qui le font. La question est : faut-il le faire ou pas ? Ensuite, si on décide de le faire, à qui livre-t-on ? Si on livre par exemple des armes sol/sol ou des armes sol/air, il ne faut pas, ensuite, que cela puisse se retourner contre nous, comme cela s'est fait en particulier en Libye, non pas contre nos forces, mais on retrouve au Sahel un certain nombre d'armes qui avaient été livrées en Libye, dans les mains d'Aqmi.

Vous voyez donc, √† partir du moment o√Ļ on arrivera √† avoir ce gouvernement alternatif tr√®s large, qui - j'insiste - reconna√ģtra et garantira les communaut√©s - c'est-√†-dire aussi bien la communaut√© alaouite, les communaut√©s chr√©tiennes, etc. - qu'il faut le reconna√ģtre et que cela permettra √©videmment de changer compl√®tement la donne.

Q - Concernant le blocage russe, était-il inimaginable pour la France de suspendre la vente de navires de guerre Mistral à la Russie ?

R - Nous avons un principe, nous sommes producteurs d'armements, il ne faut pas non plus dissimuler la r√©alit√©, mais nous imposons toujours des clauses de non r√©exportation. √Ä partir du moment o√Ļ il y aurait des indications selon lesquelles il y aurait r√©exportation, nous arr√™terions √©videmment pour le pays en question toute livraison ult√©rieure.

Q - Oui, mais qu'il y ait réexportation ou pas, la question est celle d'une pression accrue des Occidentaux et de la France sur Moscou.

R - Nous exer√ßons une pression sur le plan diplomatique. Nous continuons √† discuter, bien s√Ľr, avec les Russes, sans rien c√©der, mais il faut trouver des solutions. Nous discutons avec √† la fois la Ligue arabe, avec nos voisins, nos partenaires, avec les Russes pour avancer. Quand je vais aller demain √† New York, l'id√©e, c'est, √† la fois, de mettre le projecteur sur toutes les questions humanitaires - j'ai invit√© mes homologues de Jordanie, du Liban, de Turquie, d'Irak, et demand√© au Haut-commissariat aux r√©fugi√©s d'√™tre l√† - de discuter avec M. Lakhdar Brahimi, qui est le nouveau m√©diateur des Nations unies, apporter des solutions et, en m√™me temps, soulever les questions, notamment sur la possibilit√© d'un gouvernement alternatif, des zones tampons - quels probl√®mes cela pose ? La France, de ce point de vue-l√†, est un facilitateur, elle est reconnue comme tel.

Q - Vous ne pourrez pas faire des zones tampons sans l'accord du régime syrien, Assad vient de déclarer que parler de zones tampons en Syrie est irréaliste.

R - Nous sommes en train d'√©tudier tout cela, mais voyez concr√®tement l'extr√™me difficult√©, il y a, je le disais, 200.000, 300.000 r√©fugi√©s dans les pays voisins et ce nombre peut augmenter compte tenu de la terreur des massacres qu'op√®re le clan Assad. Dans le m√™me temps, les populations fuient et cela pose des probl√®mes √©normes aux pays qui les re√ßoivent. O√Ļ vont donc aller ces gens si les pays qui les re√ßoivent ne peuvent plus les recevoir et si, en m√™me temps, le clan Assad refuse de les avoir chez lui.

Que fait-on ? C'est l√† o√Ļ la question des zones tampons se pose. Si ces gens-l√†, dans des zones lib√©r√©es, d'ailleurs contr√īl√©es par la nouvelle arm√©e syrienne, se r√©unissent, il va falloir les prot√©ger ; cela s'appelle une zone tampon. On est en train √©videmment d'y r√©fl√©chir, c'est tr√®s compliqu√©, on ne peut pas le faire sans l'accord des Turcs et d'autres pays.

Ce que nous voulons, c'est faire avancer les choses, faire tomber le plus vite possible Bachar et, en m√™me temps, trouver des solutions notamment humanitaires. Je veux faire remarquer - c'est un point important qui n'a pas √©t√© assez soulign√© - que le nouveau pr√©sident √©gyptien, M. Morsi, qui joue de plus en plus un r√īle important dans la r√©gion et dans toutes ces affaires, a dit express√©ment qu'il consid√©rait que Bachar Al-Assad √©tait l'assassin de son peuple et qu'il fallait donc qu'il y ait rapidement un changement. Le pr√©sident de la R√©publique va prendre contact avec lui. Moi-m√™me, je me rendrai √† la mi-septembre au Caire.

Q - Avant de revenir à quelques dossiers plus lourds et aux questions des auditeurs, un mot Laurent Fabius sur ce que vous avez lancé il y a quelques jours : la diplomatie économique. Il s'agit de soutenir les entreprises françaises sur les marchés extérieurs. Il y aura une direction créée spécialement au quai d'Orsay. N'y a-t-il pas déjà des ministères qui s'occupent déjà de cela ?

R - Bien s√Ľr, mais c'est une t√Ęche pour l'ensemble du gouvernement. La situation est critique puisque notre d√©ficit commercial est de 70 milliards d'euros, c'est consid√©rable ; rien qu'avec la Chine, 27 milliards d'euros de d√©ficit. Il faut donc √©videmment redresser la barre et il faut que tout le monde s'y mette. Ce plan de diplomatie √©conomique, cela veut dire qu'il faut soutenir davantage les PME. Il y a un certain nombre de grandes entreprises qui portent sur leurs √©paules des PME √† l'exportation mais pas suffisamment. Cela veut dire aussi que le Quai d'Orsay lui-m√™me fasse davantage. Cela veut dire que les ambassadeurs doivent √™tre vraiment les chefs de la cellule export. Cela veut dire qu'il faut, dans tous les domaines, appliquer le principe de r√©ciprocit√©.

J'ai sollicit√© √† quelques grandes personnalit√©s qui ont eu la gentillesse d'accepter de suivre nos relations : Jean-Pierre Raffarin, qui le faisait d√©j√† tr√®s bien avec l'Alg√©rie ; Martine Aubry, avec la Chine ; Louis Schweitzer, avec le Japon ; Pierre Sellal, qui est le Secr√©taire g√©n√©ral du quai d'Orsay, avec les √Čmirats Arabes Unis. Bref, tout le monde est sur le pont !

(...)

Il y a par ailleurs un travail inverse, ou plut√īt sym√©trique qui est de d√©velopper les investissements √©trangers en France. Un pays comme le Japon dont on parle trop peu a d√©j√† 60 000 emplois en France. C'est donc extr√™mement positif pour nous et il faut parvenir √† d√©velopper cela, en relation avec le Br√©sil, et avec toute une s√©rie de pays. Donc, tout le monde sur le pont : les ambassadeurs et les postes diplomatiques, mais aussi tout le monde. Lors de cette Conf√©rence des ambassadeurs, nous avons fait venir un grand nombre d'hommes d'affaires et beaucoup de responsables divers qui reconnaissent que d√©j√† un travail important avait √©t√© fait mais qu'il fallait passer la surmultipli√©e.

Q - Bonjour, merci pour votre clairvoyance et votre r√©alisme dans le traitement du dossier syrien. Mais comment faire plus en Syrie sans √©veiller le cauchemar libanais, pour √©viter une guerre civile r√©gionale avec la menace d'Isra√ęl pour l'Iran et asseoir surtout au pouvoir syrien, un islamisme radical ciment√© par le wahhabisme international et enfin, √©viter la d√©portation des chr√©tiens d'Orient comme en Irak ?

R - Vous posez malheureusement très bien la question et quand je dis malheureusement, c'est parce que l'on se rend bien compte de l'ampleur des problèmes.

Au Liban, o√Ļ je me suis rendu, j'ai rencontr√© le pr√©sident de la R√©publique, M. Sleimane et le Premier ministre M. Mikati. Ils cherchent √† √©viter au maximum la contagion que le clan syrien voudrait √©tendre au Liban. Ils ont tout √† fait raison de le faire. Comme vous le savez, la France est tr√®s amie avec le Liban, Nous avons des forces au sud du Liban, au sein de la FINUL, dont nous soutenons tout √† fait les efforts, alors m√™me qu'il y a beaucoup de r√©fugi√©s syriens qui sont en train de monter au Liban.

Sur les chr√©tiens - mais on doit aussi parler des autres communaut√©s -, vous avez raison de souligner que le drame, la longueur du conflit syrien, c'est que, plus le conflit syrien dure, plus cela risque de devenir un conflit confessionnel. √Ä partir du moment o√Ļ cela devient confessionnel, il est tr√®s difficile ensuite de faire retomber les choses.

Enfin, vous avez fait la comparaison avec l'Irak, c'est évidemment une immense crainte que nous avons car toute la difficulté, c'est à la fois qu'il faut que le clan Bachar s'en aille et en même temps, il ne faut pas qu'il y ait de solution de compétitivité. Il ne faut pas que, comme cela a été le cas en Irak pendant des années, il y ait un monstrueux chaos. Il faut donc conserver un certain nombre d'institutions et c'est le sens de notre travail pour aider à la formation d'un gouvernement inclusif et représentatif, pour éviter que ne survienne à terme un chaos supplémentaire. Mais c'est très difficile car, plus le temps passe, plus l'exaspération et les exactions se multiplient.

Je voudrais parler d'un cas qui m'a beaucoup touch√© personnellement. Au d√©but de la semaine, j'ai re√ßu une organisation de m√©decins d'origine syrienne qui, √† travers le monde essaie d'aider et de travailler en Syrie. 70 m√©decins syriens ont d√©j√† √©t√© tu√©s derni√®rement et 700 sont disparus. Les forces syriennes sont venues les emprisonner, on ne sait pas o√Ļ ils sont. Et savez-vous le motif que les sbires de Bachar Al-Assad utilisent lorsqu'ils viennent arr√™ter ces m√©decins ? Ils leur disent : ¬ęMonsieur, vous avez du sang sur les mains¬Ľ. Et ce sang, c'est celui des personnes qu'a bless√©es Bachar et que ces m√©decins sont en train d'op√©rer.

Q - À propos de la situation syrienne, je souhaitais que l'on fasse intervenir un journaliste de France-Inter qui se trouve sur le terrain et qui a une question à vous poser. Comment mettre en place une zone tampon sans sécurité aérienne ?

R - C'est impossible. On ne va pas se lancer dans un d√©bat de sp√©cialistes avec la diff√©rence entre un corridor humanitaire, une zone d'exclusion a√©rienne et une zone tampon. En gros, la zone tampon est une zone qui est toute proche de la fronti√®re, en l'occurrence l√† dans le reportage, c'est tout pr√®s de la Turquie. Il y a une zone lib√©r√©e aux mains des r√©sistants o√Ļ un certain nombre de personnes se massent. Mais, votre reporter l'a dit excellemment, compte tenu du fait que malheureusement Bachar Al-Assad a un armement et des avions puissants - il y en a 500 et beaucoup sont en tr√®s bon √©tat - servis par diff√©rents mat√©riels, il faut donc assurer sa protection. Et pour cela, il faut avoir des moyens a√©riens et anti-a√©riens. Ce qui signifie √† la fois qu'il faut une base l√©gale, qu'il faut des forces - et ce ne peut √™tre des forces fran√ßaises seules - et il faut, le cas √©ch√©ant, des gens au sol. Ce sont les forces r√©sistantes. √Čvidemment, cela demande une organisation internationale et en plus, comme vous venez de le citer √† juste titre, il faut ajouter que Bachar ne veut pas de cela sur son territoire.

Au fond, le projet de Bachar, fait un peu penser √† une citation de Brecht - ¬ęle peuple n'est pas d'accord pour que l'on dissolve le peuple¬Ľ -, ¬ętous ceux qui ne sont pas d'accord avec moi et c'est la majorit√© de la population, eh bien qu'ils s'en aillent¬Ľ ; c'est-√†-dire avoir une Syrie sans Syriens majoritaires anti-Bachar.

Q - L'id√©e sur laquelle planche le gouvernement fran√ßais actuellement est donc, premi√®rement de reconna√ģtre un nouveau gouvernement de la Syrie, d√®s que l'opposition l'aurait form√© et deuxi√®mement, de r√©pondre favorablement √† une √©ventuelle demande d'intervention militaire pour prot√©ger ces zones tampon, ces zones lib√©r√©es ?

R - Nous n'en sommes pas encore là, on regarde les choses parce qu'il faut savoir anticiper, mais nous n'en sommes pas là.

Q - En effet, vous regardez les choses mais c'est une id√©e sur laquelle on travaille beaucoup au Quai d'Orsay, au minist√®re de la D√©fense et √† l'√Člys√©e. Si on en arrivait l√†, la France s'affranchirait-elle de la l√©galit√© internationale en contournant l'obstacle russo-chinois au Conseil de s√©curit√© ou bien la France serait-elle dans la l√©galit√© internationale en r√©pondant √† une demande d'aide bilat√©rale formul√©e par le nouveau gouvernement qu'aurait reconnu la France ?

R - C'est l'une des grandes questions qui se posent. Jusqu'à présent, c'est ce que nous avons dit, dans le principe - nous restons fermes sur cette position -, quand la France intervient, elle le fait sur la base de la légalité internationale. Cela dit, vous l'avez laissé entendre en filigrane, la légalité internationale est d'abord définie par les résolutions de l'ONU mais aujourd'hui il n'y a pas de majorité possible à l'ONU et il y a des vetos. Ce peut être, mais on n'est pas dans ce cas-là, dans le cadre de l'OTAN, ce peut être aussi le devoir de protéger les populations. C'est un concept sur lequel nous avons beaucoup travaillé, beaucoup discuté, il a été utilisé en Libye, mais la Syrie ce n'est pas la même chose. C'est effectivement l'un des aspects de la difficulté de ce problème.

Q - Cela peut-il être dans le cadre de l'OTAN si la Turquie se sent agressée, si, comme cela est déjà arrivé, des avions turcs sont abattus par l'armée syrienne ?

R - Nous ne sommes pas dans ce cas-là aujourd'hui et cela voudrait dire qu'il y ait une attaque de la Syrie contre la Turquie, nous ne sommes pas dans cette situation. Mais, l'observation de M. Guetta montre la complexité immense de cette situation et en même temps, on ne peut pas rester les bras ballants. La France est donc active dans toute une série de domaines et dans toute une série de cercles et de milieux. La France n'a pas d'agenda caché, ce que nous voulons, c'est une Syrie libre.

Q - Et la France plonge donc sur la possibilité de contourner le Conseil de sécurité !

R - Non. Au nom m√™me du r√īle que doit jouer le Conseil de s√©curit√©, nous souhaitons que cela puisse se faire dans ce cadre. Si demain, je vais pr√©sider le Conseil de s√©curit√©, ce que je ferai demain jeudi, si j'ai demand√© cette r√©union, c'est parce que je pense que, malgr√© le veto des Russes et des Chinois, il y a des choses √† faire au niveau du Conseil de s√©curit√©. Sinon, il faut voir au-del√† de ce dramatique cas syrien ce que cela veut dire. S'il n'y a plus d'Organisation des Nations unies ni de Conseil de s√©curit√© qui puissent agir dans des circonstances aussi dramatiques, alors que se passe-t-il ? C'est la raison pour laquelle nous continuons de croire, avec toutes les limites qui existent, √† une l√©galit√© internationale.

Q - On voit le nationalisme, le souverainisme se développer dangereusement en Europe. L'Allemagne a fait des propositions déjà en 1994, en 2000 et maintenant pour plus d'intégration politique. On sent la France très réticente par rapport à cette proposition qui permettrait sans doute de mieux régler les problèmes actuels. Qu'en pensez-vous M. Fabius ?

R - Je ne sens pas les choses ainsi. C'est vrai que l'Allemagne a fait des propositions, M. Van Rompuy aussi. Nous allons rendre publiques nos propres propositions. Nous n'avons pas de tabous par rapport √† cela. Nous pensons simplement qu'en m√™me temps qu'une int√©gration plus grande - c'est le sens de ce qui est fait et des propositions que nous avons formul√©es pour la croissance, la taxe sur les transactions financi√®res, etc. - il faut qu'il y ait un contr√īle d√©mocratique plus grand et c'est l√† o√Ļ ce n'est pas facile √† faire ensemble.

Non, il n'y a pas de tabou de notre part. Nous pensons que la souveraineté de la France, c'est important, mais que la souveraineté de la France doit être partagée dans certains domaines avec l'Europe.

Q - Pensez-vous que le mot ren√©gociation du Trait√© aurait d√Ľ √™tre √©vit√© pendant la campagne. Le Trait√© europ√©en n'a pas √©t√© ren√©goci√©, il y a eu le pacte de croissance mais il n'a pas √©t√© ren√©goci√© et vous allez demander aux parlementaires de voter le texte exact, √† la virgule pr√®s.

R - Il y aura plusieurs votes et, surtout, ce texte s'inscrit dans un contexte qui est tout à fait différent puisque la France a réussi notamment à ce qu'il soit accompagné par un pacte pour la croissance et l'emploi ainsi que par toute une série de dispositions comme la taxe sur les transactions financières, la recapitalisation de la BEI, le plan de plusieurs centaines de milliards d'investissements nouveaux.

Q - J'entends bien mais il se trouve que les parlementaires voteront séparément et pas sur le paquet.

R - Normalement, il doit y avoir quatre votes :

- sur une déclaration générale de Jean-Marc Ayrault ;

- sur le Traité lui-même ;

- sur la loi organique qui concerne les finances - pour que les choses soient claires ;

- sur un programme de finances publiques.

Ainsi, les choses sont claires, elles sont sur la table. Un mot là-dessus parce que c'est un débat que nous allons avoir et qui commence déjà, dans l'environnement extrêmement troublé qui est celui de l'Europe, car ça bouge dans tous les sens. Ce Traité sera un élément de stabilité. Je crois qu'il est important que cet élément de stabilité soit accueilli et acquis.

Par rapport à ce que vous disiez sur le texte lui-même, c'est exact, il est ce qu'il était.

Q - Oui, parce que c'est une promesse.

(...)

R - Ce texte est équilibré par un contexte et par des mesures précises de croissance qui changent absolument sa signification.

De plus, c'est la premi√®re √©tape, nous voulons passer ensuite √† une seconde o√Ļ l'Europe serait reconqu√©rante, beaucoup plus √©quilibr√©e, plus sociale, plus environnementale. On ne peut pas passer √† la seconde √©tape si on n'a pas la premi√®re. Je crois en effet que ce travail de conviction est √† faire. Bien s√Ľr, il aurait toujours pu √™tre meilleur mais l√†, je crois que c'est un √©l√©ment de stabilit√© indispensable et une premi√®re √©tape qui permettra de passer √† une deuxi√®me o√Ļ l'Europe, je l'esp√®re, deviendra plus conqu√©rante, plus forte, plus d√©mocratique et plus sociale./.

 

 

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4. Tribune du ministre de l'√Čconomie et des Finances, M. Pierre Moscovici, publi√©e dans le quotidien ¬ęLe Monde¬Ľ - Paris, 29 ao√Ľt 2012

 

Les entreprises fran√ßaises √©voluent dans un environnement √©conomique marqu√© par une tr√®s grande incertitude, o√Ļ chaque p√īle de l'√©conomie mondiale doit r√©viser son mod√®le de d√©veloppement. Alors que la crise financi√®re menace toujours, l'Europe mais aussi les √Čtats-Unis et le Japon doivent cr√©er les conditions d'un retour durable √† la croissance.

Les grands pays émergents cherchent à rééquilibrer leur modèle de développement et à mieux assumer les responsabilités politiques, sociales et environnementales. L'Afrique a trouvé la voie d'une croissance forte. Tous doivent rechercher la voie d'une économie moins gourmande en ressources non renouvelables pour lutter contre le réchauffement climatique.

La bataille pour la croissance ne se gagnera pas dans les limites de nos fronti√®res. Pour retrouver toute sa place et rester ma√ģtre de son avenir, notre pays a engag√© le redressement de son √©conomie et de ses comptes publics. Nous devons dans le m√™me temps renforcer notre int√©gration internationale au b√©n√©fice de nos entreprises et de l'emploi. Il faut pousser plus loin l'avantage de la France dans la mondialisation, sans crainte ni na√Įvet√©.

√Ä l'heure o√Ļ le gouvernement a choisi de renforcer notre diplomatie √©conomique, les minist√®res √©conomiques que nous dirigeons entendent contribuer √† un effort collectif au service des entreprises et de l'emploi, √† la promotion d'un cadre √©conomique et financier r√©gul√© et √† la construction d'une mondialisation plus juste.

Dans une √©conomie mondialis√©e, notre pays peut compter sur ses champions nationaux. Ceux-ci, souvent avec le soutien de la puissance publique, ont d√©j√† relev√© le d√©fi, pour gagner de nouveaux march√©s et trouver des relais de croissance hors de nos fronti√®res. Il est essentiel que leur succ√®s soit confort√© et entra√ģne √©galement l'ensemble de notre tissu √©conomique, ce qui suppose que leur lien au territoire national et √† l'emploi persiste, et, notamment pour certains leaders internationaux, se renforce. Le gouvernement sera tr√®s vigilant sur ce point.

Nous souhaitons en effet qu'un nombre croissant de PME et d'entreprises de taille intermédiaire soient en position de réussir le saut international et que le niveau des exportations - 430 milliards d'euros aujourd'hui - augmente, conformément à nos capacités productives. C'est un enjeu de création d'emplois sur nos territoires ; c'est un enjeu aussi de démocratie économique, pour que le plus grand nombre profite de la croissance du reste du monde.

Notre performance extérieure est, d'abord et avant tout, une composante et une résultante de notre politique de compétitivité. Les réformes structurelles soutenues par le gouvernement sont désormais bien identifiées. Elles ne relèvent pas uniquement de la compétitivité intérieure, mais se concentrent également sur la compétitivité extérieure et un cadre de financements compétitifs. Pour renforcer l'impact commercial de l'offre française, nous encouragerons également les regroupements de nos entreprises à travers l'organisation à l'export de filières stratégiques en nous appuyant sur les régions.

Les instruments publics seront par ailleurs réorganisés pour accompagner les entreprises : suivi plus précis des grands contrats ; mobilisation d'Ubifrance ; action à l'export de la Banque publique d'investissement. Notre réseau diplomatique, enfin, apportera davantage encore son soutien résolu à la défense de nos intérêts et de nos positions économiques, sous l'impulsion du ministre des Affaires étrangères.

Seul un effort collectif, conduit dans un dialogue permanent avec les entreprises et mobilisant l'ensemble des moyens publics disponibles, permettra d'atteindre l'objectif fixé par le Premier ministre de réduire à zéro, en cinq ans, le déficit commercial de la France, hors énergie. Un plan d'action pour notre compétitivité extérieure, qui sera rendu public fin septembre, y contribuera.

Pour investir, recruter et se développer, les entreprises ont aussi besoin d'un cadre économique stable et protecteur. Il s'agit là d'une condition nécessaire afin de défendre notre modèle économique et social. La promotion d'une mondialisation ordonnée et équitable, assise sur des règles partagées par tous, est une priorité pour tout gouvernement soucieux de progrès collectifs.

Cette priorit√© suppose la mise en oeuvre compl√®te de l'agenda de r√©gulation financi√®re voulu par le pr√©sident de la R√©publique, la lutte contre la corruption et les paradis fiscaux, l'√©laboration de normes sociales et environnementales, et l'adoption des r√®gles internationales en mati√®re de financement des √©changes. Il convient aussi de conduire nos partenaires √† assumer les responsabilit√©s correspondant √† leur place croissante dans l'√©conomie mondiale et √† ne pas fermer leurs √©conomies pour √©viter des encha√ģnements dont l'histoire a montr√© qu'ils ne font qu'amplifier les crises.

Une politique commerciale européenne fondée sur le principe de la réciprocité et sur des accords de partenariat équilibrés doit y contribuer. C'est pour nous un objectif majeur. Car c'est l'Europe, et l'Europe seule, qui, unie, pèsera suffisamment afin d'obtenir des avancées de la part des autres puissances mondiales, et qui est en mesure de construire un partenariat équilibré avec les puissances émergentes.

Enfin, c'est de davantage de solidarité qu'a aujourd'hui besoin l'économie mondiale. Comme l'a affirmé le président de la République, la solution à la crise de l'Europe passe par l'intégration solidaire. C'est la voie à suivre pour favoriser la croissance et l'emploi, finalité de la réorientation engagée des politiques européennes. La même volonté s'applique sur le plan international : la réduction des déséquilibres internationaux et la croissance de l'économie mondiale passent par l'émergence progressive d'une mondialisation solidaire.

Cette solidarit√© concerne les pays en d√©veloppement, bien s√Ľr. Il ne s'agit pas ici de commis√©ration mais de d√©veloppement durable, mutuellement profitable. Nous devons jeter les bases d'un d√©veloppement commun avec nos voisins du Sud - et d'abord avec le Maghreb et l'Afrique subsaharienne -, en analysant et en mettant au service de la croissance les multiples flux √©conomiques qui nous relient √† eux.

Le quarantième anniversaire de nos accords de coopération monétaire avec les pays membres de la zone franc, en octobre, fournira l'occasion de nous projeter dans cet avenir commun. Nos partenaires du Sud exigent de préserver leurs ressources naturelles et culturelles ; ils attendent nos investissements. Nos entreprises, attachées à la responsabilité sociale, peuvent porter un partenariat renforcé, dépassant l'horizon du libre-échange, et trouver ici de nouveaux marchés ou des compléments de compétitivité.

La mondialisation est une réalité, son iniquité n'est pas une fatalité. Nous pouvons l'influencer. Pour le faire, nous n'opposons pas emploi et ouverture. Nous sommes au début d'une nouvelle grande transformation, comparable à celle qui, naguère, a vu la démocratie sociale en réponse aux maux du capitalisme. Nous devons inventer, avec tous nos partenaires, un cadre et des institutions pour que la croissance mondiale soit plus forte et durable, humainement et écologiquement, pour que la mondialisation devienne enfin solidaire./.

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5. Situation des cours des c√©r√©ales et du soja : r√©sultats de la visioconf√©rence entre la France, les √Čtats-Unis, le Mexique et les organisations internationales - Communiqu√© du minist√®re de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la For√™t - Paris, 28 ao√Ľt 2012

 

√Ä la demande du pr√©sident de la R√©publique, une visioconf√©rence a eu lieu hier soir entre la France, actuelle pr√©sidente de l'Agricultural Market Information System (AMIS) et de son Forum de r√©action rapide, les √Čtats-Unis en tant que future pr√©sidence d'AMIS, le Mexique en tant que pr√©sidence du G20 et, pour le Secr√©tariat d'AMIS, la FAO, la Banque mondiale, l'OCDE et l'IFPRI.

Cette visioconf√©rence a permis de faire le point sur la situation des march√©s : la forte s√©cheresse et la chaleur extr√™me aux √Čtats-Unis - le plus grand producteur et exportateur mondial de ma√Įs - a domin√© l'activit√© des march√©s de produits agricoles tout au long de l'√©t√© 2012, poussant les prix du ma√Įs et du soja √† des niveaux records. La situation s'est √©galement d√©t√©rior√©e pour le bl√©, principalement en raison de conditions m√©t√©orologiques d√©favorables affectant les r√©coltes dans les pays de la CEI. Dans le secteur des ol√©agineux, les prix du soja ont atteint des niveaux jamais vus depuis la mi-2008. En revanche, le march√© du riz reste stable. Selon le secr√©tariat d'AMIS, la situation actuelle du march√© est donc pr√©occupante. Aucune menace ne p√®se √† ce jour sur la s√©curit√© alimentaire mondiale.

Toutefois, le niveau √©lev√© des prix place les pays importateurs de c√©r√©ales en situation d√©licate. Le ma√Įs et le soja √©tant particuli√®rement concern√©s, les √©leveurs sont √©galement touch√©s. Les membres du Forum de R√©action sont en contact permanent afin de partager leur analyse de la situation des march√©s et, le cas √©ch√©ant, de coordonner leurs politiques.

Stéphane Le Foll est vigilant à tout nouvel élément, et en particulier le prochain rapport de l'USDA, qui pourrait justifier une convocation à brève échéance d'une réunion du Forum et réaffirme le ferme engagement du gouvernement dans la lutte contre la volatilité des prix agricoles et alimentaires./.

(Source : site Internet du ministère de l'Agriculture de l'Agroalimentaire et de la Forêt)

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6. Deuxi√®me conf√©rence d'examen du Programme d'Action des Nations unies en vue de pr√©venir, combattre, √©radiquer le commerce illicite des armes l√©g√®res et de petit calibre sous tous ses aspects - Intervention du repr√©sentant de la France aupr√®s des Nations unies - New York, 27 ao√Ľt 2012

 

Madame la Présidente,

Je souhaite tout d'abord me joindre aux autres d√©l√©gu√©s pour vous f√©liciter chaleureusement de votre nomination √† la pr√©sidence de cette deuxi√®me conf√©rence d'examen. Nous nous f√©licitons par ailleurs de voir une repr√©sentante d'un √Čtat africain la pr√©sider compte tenu de l'importance que rev√™t la probl√©matique de la pr√©vention et la lutte contre le commerce illicite des armes l√©g√®res pour votre continent.

Je m'associe à la déclaration de l'Union européenne et je souhaite préciser quelques points à titre national.

Je souhaiterais rappeler l'attachement de la France au programme d'action en vue de prévenir, combattre, éradiquer le commerce illicite des armes légères et de petit calibre sous tous ses aspects, adopté par consensus lors de la conférence des Nations unies sur les armes légères de juillet 2001. Celui-ci fournit le cadre général de l'ensemble des initiatives internationales et régionales lancées en la matière.

Ce programme d'action a √©galement √©t√© compl√©t√© en 2005 par l'Instrument international sur le marquage et le tra√ßage des ALPC (ITI), fruit d'une initiative de la France et de la Suisse lanc√©e en 2000, dont l'objet est de permettre aux √Čtats de proc√©der √† l'identification et au tra√ßage rapides et fiables des armes l√©g√®res et de petit calibre illicites et de promouvoir et faciliter la coop√©ration et l'assistance internationales en mati√®re de marquage et de tra√ßage. Cet instrument constitue √† ce jour l'une des plus importante r√©alisation concr√®te issue du Programme d'action des Nations unies, comme l'ont montr√© les discussions constructives sur le sujet lors de la r√©union du groupe d'experts gouvernementaux de mai 2011.

Depuis maintenant onze ans, des progr√®s notables ont √©t√© effectu√©s dans la mise en oeuvre du programme d'action. Ainsi, a-t-il permis une meilleure prise en compte de la question des armes l√©g√®res notamment au sein de la plupart des organisations r√©gionales. L'approche globale du Programme d'action est garante d'une large mobilisation r√©gionale. Ainsi √† titre d'exemple, depuis 2001 plusieurs conventions r√©gionales destin√©es √† contr√īler le commerce des armes ont √©t√© adopt√©es.

Les rencontres internationales qui ont eu lieu dans le cadre du Programme d'action ont été l'occasion d'approfondir toutes les dimensions de la problématique des ALPC, non seulement dans ses aspects techniques mais également économiques et sociétaux, même si la France fait partie des pays qui auraient été favorables à une conduite plus ciblée de nos travaux inter-sessionnels.

Toutefois, la diss√©mination et l'accumulation des armes l√©g√®res et de petit calibre continue d'alimenter les conflits, d'exacerber la violence, d'entraver le respect du droit international humanitaire ou de mettre en danger la paix, la s√©curit√© ou encore le d√©veloppement √©conomique et social des √Čtats. Le nombre de victimes des ALPC, instrument majeur de la violence arm√©e dans le monde, demeure trop important.

Madame la Présidente,

Le contretemps observ√© dans le processus sur le Trait√© sur le commerce des armes en juillet dernier, qui a d√©√ßu la France mais ne l'a pas d√©courag√©e, constitue une raison suppl√©mentaire de tirer le meilleur parti de cette conf√©rence d'examen pour traiter la question de la diss√©mination incontr√īl√©e des ALPC √† partir des instruments existants.

La conférence qui débute aujourd'hui doit nous permettre de renforcer la mise en oeuvre du Programme d'action et de l'instrument de traçage. Plusieurs domaines ont déjà été identifiés par le représentant de l'Union européenne. Je souhaiterais simplement souligner l'importance du renforcement de la coopération avec les organisations internationales compétentes qu'il s'agisse d'Interpol ou de l'Organisation mondiale des douanes mais aussi le renforcement de la coopération régionale essentielle dans la mise en place de mécanismes de coopération opérationnelle notamment dans le cadre de la gestion des frontières. Il me semble également essentiel de développer la coopération avec les organes des Nations unies, notamment dans le cadre des opérations de maintien de la paix pour améliorer le marquage ou le traçage des armes ou encore la protection des sites de stockage.

Nos discussions devront également porter sur le suivi de cette conférence et le calendrier des réunions qui devront se tenir d'ici la prochaine conférence d'examen, du format de ces dernières pourra dépendre l'efficacité de la mise en oeuvre du PoA.

Madame la Présidente,

Je voulais vous remercier chaleureusement ainsi que votre équipe et les facilitateurs que vous avez nommés pour l'excellent travail produit depuis plusieurs mois consacré à la préparation du comité de mars dernier et de cette conférence. Les nombreuses consultations que vous avez conduites ont permis l'élaboration d'avant-projets puis de projets de documents finaux qui constituent une très bonne base pour nos débats. Mon pays souhaite vivement que nous parvenions à un résultat positif et je suis certain que vous saurez nous guider dans cette voie. Je souhaite vous assurer du plein soutien de mon pays dans votre action.

Merci Madame la Présidente./.

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7. Remise du Grand Prix AFEX 2012 au lyc√©e fran√ßais de Dakar - Communiqu√© de l'Agence pour l'enseignement fran√ßais √† l'√©tranger - Paris, 29 ao√Ľt 2012

 

L'association des architectes français à l'export (AFEX) décerne tous les deux ans le Grand Prix de l'architecture française dans le monde afin de récompenser une oeuvre remarquable livrée à l'étranger par un architecte français. En 2012, le palmarès de ce Grand Prix comprend onze réalisations sélectionnées par un jury composé de personnalités et de professionnels de premier plan.

Lors de la c√©r√©monie qui s'est tenue mardi 28 ao√Ľt 2012 au Palazzo Zorzi √† Venise, Mme Aur√©lie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, a remis le Grand Prix AFEX 2012 √† l'agence Terreneuve et Adam Yedid architectes pour la r√©alisation du lyc√©e fran√ßais Jean-Mermoz de Dakar au S√©n√©gal. Cette distinction met en exergue la politique immobili√®re men√©e par l'Agence pour l'enseignement fran√ßais √† l'√©tranger (AEFE), ma√ģtre d'ouvrage de ce projet.

Ce prix récompense un projet immobilier que l'AEFE a voulu ouvert sur la culture du pays d'implantation, prenant en compte les ressources et les savoir-faire locaux et soucieux de son environnement. Il a été mené avec le souci d'impliquer les entreprises locales et les compétences mobilisables au Sénégal. Le lycée Jean-Mermoz de Dakar accueille aujourd'hui près de 2.500 élèves qui bénéficient de la qualité de ses infrastructures.

En 2010, le lycée français de Damas figurait parmi les nominés de la 1ère édition du Grand Prix AFEX. Ces distinctions concrétisent la volonté de l'AEFE de contribuer à la promotion de l'architecture française à l'international. Elle s'inscrit dans la mission plus large qui lui est assignée d'oeuvrer au rayonnement de la culture et de l'excellence françaises hors de nos frontières. Elle privilégie ainsi la formation d'équipes mixtes comprenant des architectes français pour la réalisation des 60 projets immobiliers qu'elle mène actuellement au sein du réseau scolaire français à l'étranger./.

 

√Čtablissement public national plac√© sous la tutelle du minist√®re des Affaires √©trang√®res, l'AEFE est charg√©e d'assurer le pilotage et l'animation d'un r√©seau scolaire unique au monde : 480 √©tablissements, 306.000 √©l√®ves, r√©partis dans 130 pays. Ce dispositif scolaire est un acteur majeur du rayonnement culturel et linguistique de la France √† l'√©tranger. Il promeut √©galement √† travers le monde les valeurs et les exigences attach√©es au syst√®me √©ducatif fran√ßais.

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8. Colombie - Annonce de l'ouverture de pourparlers de paix avec les FARC - D√©claration de la Haute repr√©sentante de l'Union europ√©enne pour les Affaires √©trang√®res et la Politique de s√©curit√©, Mme Catherine Ashton - Bruxelles, 28 ao√Ľt 2012

 

Je me félicite vivement de l'annonce par le président colombien, Juan Manuel Santos, de l'ouverture de négociations de paix avec les FARC. L'Union européenne a toujours été convaincue que seule une solution négociée pouvait constituer la base d'une paix durable en Colombie. J'espère que cette évolution très positive ouvrira la voie à la cessation du conflit interne qui sévit en Colombie depuis cinquante ans./.

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