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Bulletin d'actualités du 28 août 2012


Sommaire



1. XXe Conférence des ambassadeurs - Discours du président de la République, M. François Hollande - Paris, 27 août 2012

Monsieur le Premier ministre,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Président de l'Assemblée nationale,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Monsieur le Commissaire européen,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Je m'exprime devant vous pour la première fois depuis mon élection à l'occasion de cette Conférence des ambassadeurs, qui est devenue plus qu'un rite, une tradition, un rendez-vous. C'est parce que je sais le rôle qui est le vôtre dans la définition et dans la mise en oeuvre de notre diplomatie, que j'entends vous exposer les principes qui guident la politique étrangère de la France dont j'ai confié la charge à Laurent Fabius et les réponses que j'apporte aux grandes questions de la période.

Ce qui caractérise, à mes yeux, le monde tel qu'il est aujourd'hui, c'est son instabilité, un ordre ancien a disparu, mais aucun autre n'a encore émergé. Des puissances nouvelles se sont affirmées, fortes de leur population, de leur économie, mais encore réticentes à prendre toute leur place et toutes leurs responsabilités. Les blocs ont depuis longtemps disparu, mais de nouveaux ensembles se cherchent, fondés sur la géographie, les intérêts, les proximités culturelles, mais sans cohérence entre eux.

De nouvelles menaces se sont accumulées, le terrorisme qui n'a pas disparu et qui a même gagné d'autres terrains comme en Afrique, la drogue qui devient le fléau majeur de la décennie à venir, les grandes pandémies qui se propagent en ignorant les frontières, le détournement des nouvelles technologies de l'information qui peuvent donner le meilleur, mais aussi le pire par rapport aux libertés individuelles.

Mais l'instabilité, elle est également économique et financière. La crise touche désormais tous les pays, y compris les émergents, qui paraissaient invulnérables, et fragilise encore davantage les plus pauvres. La régulation internationale, tant proclamée depuis tant d'années, révèle ses insuffisances face aux excès de la finance. La croissance du commerce mondial se ralentit et nous voyons ressurgir des pratiques protectionnistes dangereuses.

Les cours des matières premières connaissent une volatilité qui n'obéit plus simplement à des causes naturelles, il en existe, mais à des mouvements spéculatifs, les marchés agricoles sont devenus des marchés financiers. Les considérations géopolitiques sont plus importantes que jamais dans la détermination du prix des carburants. Nous le constatons aujourd'hui, aux dépens même de la croissance mondiale et du pouvoir d'achat des ménages.

À l'instabilité s'ajoute l'incertitude, celle qui pèse sur l'environnement, sur le climat, sur la biodiversité. Convenons, là encore, avec lucidité, qu'après l'échec de Copenhague, le dernier Sommet de Rio sur le développement durable a montré que la mobilisation des États restait bien en-deçà des attentes.

Mais la plus grave des incertitudes tient au risque de la prolifération nucléaire et à ses conséquences, et aussi aux peurs légitimes qu'une telle prolifération peut inspirer et aux réactions préventives qu'elle peut provoquer, menaçant directement la paix. L'incertitude, c'est aussi la permanence des conflits, dont le règlement est chaque jour différé comme au Proche-Orient.

Certes, le monde est aussi porteur d'espoir, il y a la vitalité des peuples, leur aspiration démocratique, les exigences d'une bonne gouvernance et la capacité d'innovation que trouvent toujours les êtres humains. Il y a des lignes qui bougent et des dictateurs qui tombent. En cela, le monde évolue dans un sens qui est celui du progrès.

C'est tout l'enjeu des Printemps arabes, dès lors que les formations politiques qui se réclament de l'islam s'engagent à garantir les libertés, notamment celles des femmes, à respecter l'alternance, à protéger les minorités, qu'elles soient culturelles ou religieuses. Il leur appartient, à ces pays qui font oeuvre de transition, d'en faire la démonstration et à nous d'encourager le mouvement, sans défiance, mais avec vigilance.

Dans ce monde instable, incertain, mais aussi nouveau, il me revient de déterminer la place de la France, ce qu'elle doit faire et surtout ce qu'elle peut faire.

Je partirai de ce qui fait notre identité historique, géographique, politique, celle qui nous permet d'être écoutés, attendus, espérés et surtout utiles.

Je partirai donc de nos valeurs universelles, dont la France a éclairé le monde et qui doivent continuer à déterminer son action internationale. Ces valeurs sont celles des droits de l'Homme, de la démocratie, de la justice internationale, de la laïcité, de l'égalité entre les femmes et les hommes.

En défendant ces valeurs partout dans le monde, la France porte une conception des relations avec les États et affiche une confiance dans les sociétés. C'est quand la France est frileuse ou silencieuse qu'elle recule. Voilà pourquoi nous servons nos propres intérêts quand nous affirmons notre attachement à la démocratie, à la lutte contre la corruption et au respect du droit.

La France est un pont entre les nations, y compris les émergentes, entre le Nord et le Sud, entre l'Orient et l'Occident. Notre pays est un acteur et un médiateur du dialogue entre les civilisations.

C'est son indépendance qui la rend précieuse au monde.

La France est une puissance mondiale, nous sommes un des rares pays qui dispose encore d'un très large éventail d'actions, doté d'une capacité nucléaire, un pays constamment impliqué dans la vie internationale par sa responsabilité de membre permanent du Conseil de sécurité.

Nous fondons notre démarche sur le droit, en s'inscrivant dans le long mouvement de l'organisation de la société internationale. Je veux continuer, au nom de la France, à faire de l'organisation des Nations unies l'instance centrale de la gouvernance mondiale pour préserver la paix, mais aussi pour protéger les populations. Une organisation capable de prononcer des sanctions et de les faire appliquer en saisissant la justice internationale contre les dictateurs et les crimes les plus graves.

Nous nous inscrivons dans la légalité internationale et je confirme ici que notre pays ne participe à des opérations de maintien de la paix ou de protection des populations qu'en vertu d'un mandat et donc d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies.

Faut-il encore - c'est la question qui est posée encore aujourd'hui - que les membres du Conseil de sécurité prennent leurs responsabilités pour lui permettre de prendre des décisions. Car, le blocage du système conduit, soit à son contournement, soit à son impuissance. C'est pourquoi je dis à la Russie et à la Chine que dans la crise syrienne, leur attitude affaiblit notre capacité à accomplir le mandat que la Charte des Nations unies nous a confié.

Je souhaite faire avancer la réforme du Conseil de sécurité pour permettre à de nouveaux membres permanents comme non permanents d'y siéger.

De la même manière, le système des Nations unies doit s'élargir à de nouveaux enjeux comme celui du défi écologique, c'est pourquoi j'ai plaidé à Rio pour la création d'une organisation des Nations unies pour l'environnement basée en Afrique et ce sera la position de la France.

Sous ma présidence, j'entends donc que notre pays porte l'exigence d'une meilleure gouvernance mondiale. La crise financière, économique a montré les limites des institutions actuelles. Le G20, qui avait permis de répondre dans l'urgence à la crise bancaire, doit de nouveau réfléchir sur son rôle, car nous sommes bien loin de la régulation financière indispensable.

Bien des pays d'ailleurs n'ont même pas mis en oeuvre les décisions sur les règles prudentielles, pourtant décidées en 2008, alors même que la France et l'Europe ont adopté ces principes, au risque de réduire la distribution du crédit. De même, la lutte contre les paradis fiscaux a été engagée, mais encore trop timidement et les pays qui les abritent devront être plus sévèrement sanctionnés.

Quant à l'ambition, mille fois rappelée, d'adopter une taxation sur les transactions financières, elle se heurte à de fortes résistances. C'est pourquoi j'ai choisi d'aller de l'avant dans le cadre européen d'une coopération renforcée notamment avec l'Allemagne. C'est un acquis du Conseil européen du 28 juin, cette taxe sera définie et mise en oeuvre dès le début de 2013. La France continuera de plaider pour son adoption au niveau international, avec l'affectation d'une partie de ses recettes pour le développement et pour la lutte contre le Sida.

La régulation vaut d'ailleurs sur tous les marchés et la volatilité du marché des céréales en ce moment, suite à la sécheresse qui sévit notamment en Amérique, justifie que le G20 puisse rapidement être saisi de cette question et soit doté d'un pouvoir de décision. J'ai demandé au ministre de l'Agriculture de se mobiliser rapidement en ce sens.

Enfin, lorsque j'évoque notre identité, lorsque je parle de nos valeurs, de notre place dans le monde, de notre attachement au droit, je n'oublie pas aussi l'atout de notre langue et de notre culture. La langue, c'est une manière de penser et aussi d'agir. C'est une bataille pour la pluralité et la diversité. C'est la raison qui explique la présence d'une ministre, Mme Yamina Benguigui, pour défendre la place du français à travers le monde. Je vous demande, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, dans votre action quotidienne, de ne jamais oublier que la promotion de la langue, de la création française, c'est l'affirmation d'une vision du monde qui fait place à toutes les cultures.

Tels sont les fondements de la politique étrangère à partir desquels la France doit agir.

Elle le fera avec ses propres forces, avec sa singularité, avec ses atouts, avec son rayonnement. Mais elle n'y parviendra pas seule. Elle le fera avec ses partenaires européens et aussi avec ses alliés et notamment les États-Unis.

C'est le sens de mon engagement à la tête de notre pays, un pays pleinement européen.

L'Europe est une force qui souvent s'ignore. Elle est, je le rappelle, la première puissance économique du monde. Je veillerai à ce qu'elle soit plus active et surtout vigilante quant au respect des règles commerciales, à la réciprocité des échanges, à l'ouverture des marchés publics partout.

Nous, les Européens, devons aussi renforcer nos positions sur les sujets internationaux majeurs et éviter la dispersion ou la recherche d'intérêts purement nationaux. En matière de défense, nous devons aussi prendre nos responsabilités. J'ai décidé d'approfondir encore les coopérations en matière de défense avec le Royaume-Uni et nous les inscrivons dans le renforcement des capacités européennes. D'autres grands partenaires, notamment allemands, partagent les mêmes besoins. Le nouveau Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, qui est confié à M. Jean-Marie Guehenno, ses conclusions s'inscriront dans la perspective de l'Europe de la défense dans le cadre de nos alliances.

Alliance, oui, nous en avons une avec les États-Unis d'Amérique et cette relation aujourd'hui est marquée par la confiance. J'ai pu constater, avec le président Obama, l'importance de nos convergences sur les grandes questions internationales, sur la crise économique, sur l'impératif de croissance. Je souhaite que la qualité de la relation entre la France et les États-Unis se prolonge encore ces prochaines années.

Lors du Sommet de Chicago, j'ai rappelé l'engagement de la France dans l'Alliance Atlantique. Ce qui ne m'a pas empêché, avec les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, d'exprimer mes réserves ou de poser des conditions, notamment sur la défense antimissiles. J'ai, par ailleurs, demandé à Hubert Védrine de dresser un bilan de ce que la réintégration dans le Commandement militaire intégré a réellement apporté à nos objectifs et à l'Europe de la défense.

Mais la France a des objectifs propres, qui correspondent à sa situation, à son rôle et même à ses intérêts.

D'abord, la France porte depuis longtemps une ambition pour la Méditerranée, pour qu'elle soit un espace de coopération et non pas de tension. Les échanges économiques qui doivent se multiplier doivent être enrichis par les échanges humains. Les préoccupations de sécurité doivent toujours aller de pair avec une exigence de dignité. Les idées aussi doivent circuler, c'est nécessaire dans le contexte où les pays arabes de la Méditerranée s'ouvrent et s'engagent dans un changement politique. Je veux que nous prenions en compte ces réalités, il y a des retards qui coûtent. Mais la France ne manquera jamais de rappeler que le respect de l'opposition, la liberté de la presse, les droits des minorités, la capacité pour chacun de participer à la vie publique, quelles que soient ses opinions politiques ou religieuses, sont pour la France autant de principes essentiels.

Ma priorité, c'est de développer ce que j'appelle une «Méditerranée de projets», c'est à cette fin que j'ai demandé au gouvernement de nommer un délégué interministériel à la Méditerranée. Je veux que les compétences du secrétariat de l'Union pour la Méditerranée soient mieux utilisées, avec l'engagement de l'Union européenne et particulièrement de la Commission, nous devons le faire avec l'Europe. Le Partenariat de Deauville, qui est une bonne initiative, peut nous permettre d'accompagner au mieux le développement des pays en transition politique. J'accorde enfin une attention toute particulière à la coopération avec les pays du Maghreb, y compris dans ce qu'on appelle le Groupe 5+5 et qui devra permettre de relancer le dialogue.

Il y a, entre les deux rives de la Méditerranée, de nombreuses complémentarités. De cette manière pragmatique, nous pouvons ainsi envisager une maîtrise efficace de l'immigration, améliorer les échanges professionnels et universitaires, aider l'administration publique de ces pays à se moderniser et puis aussi encourager les échanges entre les milieux d'affaires.

Avec l'Afrique, je veux établir une nouvelle donne. La France maintiendra ses engagements vis-à-vis de ce continent plein de promesses. Toutes les puissances du monde y sont, essayent de développer leur influence et les Africains eux-mêmes ne souhaitent pas que la France se désengage. Mais notre politique doit être différente du passé. Elle doit être fondée sur la transparence dans nos relations commerciales et économiques. Elle doit être fondée sur la vigilance dans l'application des règles démocratiques et le respect aussi des choix souverains. Notre vision de l'Afrique doit refléter ce qu'elle est aujourd'hui, c'est-à-dire un continent en forte croissance et qui le sait et qui ne supporte plus le discours larmoyant à son endroit. Un continent où la démocratie progresse, où l'environnement et l'énergie sont autant de sujets majeurs. Un continent avec lequel nous avons une proximité historique, culturelle, linguistique exceptionnelle. En 2050, 80% des francophones seront Africains, 700 millions de femmes et d'hommes, chacun comprend ici l'enjeu.

Je me rendrai dans quelques semaines au Sommet de la Francophonie à Kinshasa. J'y réaffirmerai que la Francophonie, ce n'est pas simplement une langue en partage, c'est aussi une communauté de principes et d'idéaux, dont le rappel à chaque occasion est nécessaire, notamment en République démocratique du Congo. Mais pas seulement là. J'y rencontrerai l'opposition politique, les militants associatifs, la société civile, c'est le sens de la nouvelle politique africaine de la France. Tout dire partout et faire en sorte que ce qui soit dit soit fait. Cette politique sera clairement exposée.

La France doit prendre davantage en compte l'émergence d'un monde multipolaire qu'elle a d'ailleurs tellement de fois réclamé. Les cinq pays composant ce que l'on appelle les BRIC, représentent 40 % de la population du monde, plus de 30 % du PIB. Raison de plus pour avoir les idées claires sur les rapports que nous comptons avoir avec ces nouvelles puissances.

Avec la Chine, dont l'importance est majeure et pas simplement sur le plan économique. Je veux établir une relation franche sur tous les sujets y compris politiques, y compris les plus sensibles mais aussi sur les questions commerciales et monétaires. À cet égard, le déséquilibre de nos relations économiques est un défi à relever et donc une occasion d'opportunités. Il y a un immense potentiel et l'État, c'est l'enjeu aussi de cette Conférence des ambassadeurs, devra prendre toute sa part pour aider les entreprises à agir mais également dire aux Chinois que nous voulons agir toujours sur la base de la réciprocité et notamment par rapport aux marchés publics.

Avec l'Inde, le partenariat stratégique qui nous unit, connaîtra des avancées majeures, en tout cas je l'espère. Il reflète la qualité de nos liens et l'engagement que nous devons avoir avec le deuxième pays le plus peuplé du monde.

Avec la Russie, la France garde un lien historique, singulier, économique aussi, culturel et nous devons nous appuyer sur cette relation pour aussi clarifier ce que nous avons à dire à la Russie, d'autant qu'elle présidera le G20 dès la fin de cette année. Nous devons rechercher ensemble des solutions aux crises internationales sans masquer non plus les désaccords, notamment sur les droits de l'Homme. Mieux vaut les dire que de les regarder de loin.

Avec le Brésil qui s'affirme chaque jour un peu plus comme une puissance active, je souhaite que nous renforcions là encore les échanges et j'accueillerai la présidente du Brésil en France d'ici la fin de l'année.

Enfin je considère que le Japon, troisième puissance économique du monde, grand partenaire de la France, n'a pas reçu toute l'attention qu'il méritait ces dernières années et je m'emploierai personnellement à corriger cette situation.

Mais plus généralement, ma conviction est claire : la France pèsera sur l'avenir du monde en renforçant ses liens avec les pays émergents, d'Amérique latine, d'Asie, d'Océanie, d'Afrique, du Golfe arabo-persique.

Et plus près de nous avec la Turquie qui connaît une réussite économique indéniable, qui veut s'arrimer à l'Europe et donc la France aura une relation stable et confiante avec ce pays sans ignorer et sans occulter les sujets difficiles.

C'est en travaillant à l'intégration de tous les pays dans le jeu mondial - c'est la responsabilité de la France - que nous éviterons la marginalisation de certaines populations qui ne parviennent pas à sortir de la pauvreté. C'est une des missions assignées à notre politique de développement et que conduit le ministre Pascal Canfin. Le nombre de pays les moins avancés n'a pas diminué depuis ces dernières années. Je souhaite que notre politique de développement puisse être largement débattue et que nos engagements puissent être inscrits dans le temps. Ce n'est pas simplement un enjeu de solidarité, c'est un enjeu de sécurité par rapport à un certain nombre de menaces.

Et parmi ces menaces, la progression de la production et du trafic de drogue est devenue, je l'ai dit, un fléau considérable, déstabilisant certains États, voire des régions entières, fragilisant des sociétés y compris la nôtre et entretenant, le trafic d'armes et parfois le terrorisme. Voilà pourquoi je proposerai à nos partenaires du G8 et des Nations unies d'engager une stratégie mondiale pour lutter plus efficacement qu'aujourd'hui contre le fléau de la drogue.

Mais au-delà de ces orientations, je veux traiter sans délai les questions les plus brûlantes.

Le premier défi, c'est la crise qui frappe l'Europe ; trop d'années d'imprévoyance ont multiplié les dettes, affaibli notre industrie, ébranlé la cohésion sociale. L'Europe a sa part de responsabilité elle aussi, elle ne nous a pas protégés autant que nous l'espérions. La défiance se répand au bénéfice des populismes et le risque, c'est que l'austérité ajoute encore à la mise en cause des politiques européennes.

C'est pourquoi j'ai décidé au lendemain de mon élection, de réorienter l'Europe. J'ai contribué avec d'autres à l'adoption d'un pacte de croissance dont toutes les mesures doivent être mises en oeuvre rapidement. La France, par la voix de Bernard Cazeneuve, fera rapidement des propositions pour amplifier ces politiques, pour donner la priorité à l'innovation et aux investissements, pour défendre la production en Europe et je fais confiance à la Commission européenne ici représentée pour faire en sorte que nous ne perdions pas de temps pour mettre en oeuvre ces décisions et dépenser les fonds qui ont été ainsi identifiés, 120 milliards d'euros. Mon objectif, je ne suis pas le seul à le poursuivre, est également de mettre un terme aux doutes qui entretiennent la spéculation. C'est le sens du Conseil européen et des décisions qui ont été prises le 29 juin dernier. Un accord existe pour que le mécanisme européen de stabilité, en coopération avec la Banque centrale européenne, puisse intervenir pour réduire les taux d'intérêt des dettes souveraines lorsqu'ils deviennent prohibitifs. Faut-il encore attendre que le mécanisme européen de stabilité soit enfin en capacité d'agir. Le tribunal de Karlsruhe fournira la réponse. Et pendant ce temps-là, il existe encore le fonds européen, FESF. Donc les mécanismes existent, ils doivent être mis en oeuvre et s'ils doivent être encore perfectionnés, la Banque centrale y contribue, je considère que le moment est venu pour que les dispositifs à la disposition des États puissent être utilisés si ces dispositifs sont demandés. À la fin du mois de septembre, tout doit être mis en place et le Conseil européen du 18 octobre devra entériner les décisions pour qu'avant la fin de l'année, un compromis soit également trouvé sur l'union bancaire et la supervision au niveau européen, que je souhaite, par la Banque centrale européenne.

C'est dans ce cadre rééquilibré que s'inscrit le traité budgétaire qui sera soumis au Parlement dès le début du mois d'octobre.

Je veux le souligner avec force : la France est totalement déterminée à agir pour l'Europe et pour préserver l'euro. L'euro est irréversible car il s'agit d'un engagement fondamental. Sa défense ne se résume pas, ne se réduit pas à un simple calcul financier, non, elle est la condition de la gouvernance économique.

Elle est aussi ce qui justifie l'union politique. Dès lors la Grèce fait partie de cette communauté politique et la volonté de la France est qu'elle reste dans la zone euro. Elle doit bien sûr prendre des mesures - je l'ai rappelé au Premier ministre grec lorsqu'il est venu samedi dernier - elle doit faire la démonstration de sa crédibilité. Mais l'Europe doit également comprendre que les Grecs ont aussi consenti depuis des années des efforts et donc chacun doit faire son devoir, les disciplines doivent être respectées, la crédibilité doit être montrée. Mais nous devons aussi soutenir la croissance dans ce pays.

D'une manière générale, j'ai proposé que l'Union avance autour de l'idée d'une intégration solidaire qui permette qu'à chaque étape, des mécanismes nouveaux soient accompagnés par des avancées démocratiques. C'est l'union politique. Je suis prêt à répondre aux propositions qui ont déjà été faites. Nous pouvons ouvrir cette discussion immédiatement avec les Européens et en premier lieu avec l'Allemagne. La feuille de route pour l'approfondissement de l'union économique et monétaire dont nous allons discuter d'ici la fin de l'année, c'est déjà un premier pas dans cette démarche.

Mais je veux aussi faire des propositions. Le rôle de l'EUROGROUPE et de son président - et j'en ai saisi le ministre de l'Économie et des Finances - doit être renforcé. Je propose également que les chefs d'État et de gouvernement se réunissent beaucoup plus régulièrement lorsqu'il s'agit de la zone euro ; donc les chefs d'État et de gouvernement de la zone euro et pas simplement deux fois dans l'année dont on nous avait dit que c'était la preuve de la gouvernance économique. Non. Si nous pensons qu'il y a une monnaie à défendre, une économie à organiser, des politiques de croissance à mener, des disciplines à faire respecter, alors le conseil de la zone euro doit se réunir plus régulièrement.

Cet approfondissement doit aussi nous permettre de mettre en place des instruments de solidarité. À terme, je pense que l'union budgétaire devra évoluer vers une mutualisation des dettes, dans les meilleures conditions pour chacun, de façon à régler les stocks de dettes existantes mais aussi d'emprunter pour l'avenir. Ce sera un élément de discussion. Enfin, l'intégration doit permettre d'avancer vers l'harmonisation fiscale et la convergence sociale et environnementale.

À chaque étape, la France veillera à garantir le contrôle démocratique de ces décisions et de ces mécanismes. À cet égard, la Conférence qui permet de réunir Parlements nationaux et Parlement européen est une très bonne initiative.

Je suis conscient que cette démarche ne pourra réunir d'emblée les 27, bientôt les 28 États ; alors changeons de méthode. Ceux qui souhaitent s'engager plus vite, doivent pouvoir le faire sans que cela signifie l'exclusion des autres. Certains envisagent de rejoindre l'euro, ils sont les bienvenus, d'autres non, nous devons les considérer comme tels, dans cette position d'être à côté. Je suis favorable à la mise en oeuvre de coopérations renforcées qui permettent d'avancer plus vite avec ceux qui décident ensemble de s'engager.

Dans cette réorientation de l'Europe, la relation franco-allemande est bien sûr fondamentale. Le 50e anniversaire du traité de l'Élysée offre l'occasion de donner une nouvelle impulsion. Cette amitié, elle est réelle ; elle n'a pas besoin d'être démontrée. Cette amitié, elle doit être prolongée. Elle n'est pas exclusive. C'est la vocation de la France de discuter avec chacun de ses partenaires, tous nécessaires à la vitalité de l'Europe et avec les institutions européennes, qui peuvent être amenées plus qu'aujourd'hui à jouer leur rôle. Voilà ce que je voulais dire sur l'Europe. Montrer que pour nous, elle est à la fois un sujet de préoccupation parce que la croissance y est faible quand elle n'est pas nulle et en même temps un sujet d'espoir et de mobilisation.

Le second défi, c'est la crise syrienne.

Le principe est simple : Bachar Al-Assad doit partir. Il n'y a pas de solution politique avec lui. Il constitue une menace, il continue avec une violence inouïe à massacrer la population, à détruire les villes et à provoquer la mort de femmes et d'enfants, nous en avons encore la preuve ces derniers jours. C'est insupportable pour la conscience humaine, inacceptable pour la sécurité et la stabilité de la région. La Cour pénale internationale devrait être saisie pour que les responsables de ces ignominies puissent être un jour jugés.

Je veux être clair : la France assume toutes ses responsabilités et elle ne ménage aucun effort pour que le peuple syrien obtienne sa liberté et sa sécurité.

Pour y parvenir, nous devons surmonter des obstacles au Conseil de sécurité ; le ministre des Affaires étrangères y travaille. Nous y retournerons le moment venu car la crise syrienne est dangereuse pour tout le monde, en premier lieu pour les voisins de la Syrie. Nous continuerons autant que nécessaire le travail de pression et de conviction au Conseil de sécurité pour parvenir à un consensus de la communauté internationale. Mais dans l'immédiat, il faut agir.

D'abord intensifier les efforts pour que la transition politique ait lieu le plus vite possible. Dans cette perspective, la France demande à l'opposition syrienne de constituer un gouvernement provisoire, inclusif et représentatif, qui puisse devenir le représentant légitime de la nouvelle Syrie. Nous engageons nos partenaires arabes à accélérer cette démarche et la France reconnaîtra le gouvernement provisoire de la nouvelle Syrie dès lors qu'il aura été formé.

Ensuite et sans attendre, nous apportons un soutien appuyé à ceux qui oeuvrent sur le terrain pour une Syrie libre, démocratique et garantissant la sécurité de toutes ses communautés. Nous aidons notamment ceux qui organisent les zones libérées sur les territoires syriens. C'est l'initiative des zones tampons proposées par la Turquie sur lesquelles nous travaillons. Nous le faisons en concertation avec nos plus proches partenaires. Enfin, et je le dis avec la solennité qui convient, nous restons très vigilants avec nos alliés pour prévenir l'emploi d'armes chimiques par le régime, qui serait pour la communauté internationale une cause légitime d'intervention directe.

Je sais la difficulté de la tâche, je mesure les risques mais l'enjeu dépasse la Syrie ; il concerne toute la sécurité du Moyen-Orient et en particulier l'indépendance et la stabilité du Liban.

La même exigence de sécurité collective inspire mon attitude face à la crise iranienne.

Le programme nucléaire iranien, sans finalité civile crédible, constitue une menace pour tous les pays de la région. C'est d'autant plus inacceptable qu'il est le fait d'un régime qui tient régulièrement des déclarations, encore renouvelées ces derniers jours, appelant directement à la destruction de l'État d'Israël.

La position de la France est claire : il serait inacceptable que l'Iran se dote de l'arme nucléaire. Et ce pays doit se conformer à ses obligations internationales au titre du TNP mais aussi des résolutions adoptées par le Conseil de sécurité et l'AIEA. La voix du dialogue reste ouverte car notre objectif est un règlement diplomatique de la crise mais tant que l'Iran ne répondra pas à toutes les questions en suspens et ne se conformera pas à la légalité internationale, c'est la responsabilité de la France d'accentuer encore les sanctions contre le régime de Téhéran.

C'est dans ce contexte que nous devons aussi agir pour la paix au Proche-Orient.

La France considère - et ce n'est pas une position nouvelle - que la résolution du conflit israélo-palestinien reste la clef de la stabilité au Proche-Orient et ne peut s'accomplir qu'en reconnaissant aux Palestiniens le droit à l'autodétermination et en garantissant à Israël sa sécurité. Une solution durable du conflit israélo-palestinien passe par une paix négociée sur toutes les questions. Dans l'immédiat, je recommande aux autorités israéliennes de reprendre le chemin de la négociation dès lors que les Palestiniens ont levé bon nombre de leurs préalables.

Je sais aussi la situation dangereuse dans le Sinaï. Je fais confiance à l'Égypte et à son nouveau président, issu d'un choix démocratique, pour jouer tout le rôle qui doit être le sien dans la région, au service de la paix, mais dans le respect de ses engagements internationaux.

Il est une autre question qui me préoccupe hautement, c'est le Sahel.

Au nord du Mali s'est constituée une entité terroriste assumée et revendiquée comme telle, qui lance un défi à nos intérêts, à nos valeurs, à notre population. Ce défi, nous y répondons. La crise malienne est le reflet ou le résultat de l'affaiblissement de l'État depuis plusieurs années mais aussi des erreurs commises lors de la fin de la crise libyenne, avec des armes qui sont devenues sans contrôle. Aujourd'hui, les groupes terroristes et fondamentalistes occupent le nord Mali mais veulent étendre leur action à l'échelle de l'Afrique de l'ouest.

La France est directement concernée, non pas dans les formes que nous avons pu connaître, mais en tout cas, nous aurons à agir, non pas par les interventions d'hier - ce temps-là est révolu - notre rôle consiste à appuyer nos partenaires africains ; ce sont eux qui doivent prendre l'initiative, la décision, la responsabilité, et les organisations régionales, dans les actions qu'ils souhaitent mener. Mais notre mission sera à ce moment-là d'appuyer leur action dans le cadre des Nations unies et de ce que décidera le Conseil de sécurité.

Nous avons oeuvré avec Laurent Fabius pour que les Maliens retrouvent un gouvernement stable, engagent un travail de réconciliation ; des appels ont été lancés pour envisager une intervention dans le cadre de la CEDAO, de l'Union Africaine ; la France et tous les pays qui souhaitent mettre fin à cette crise devront appuyer logistiquement cette intervention si elle est organisée et si elle est mise en oeuvre dans le cadre de la légalité internationale.

Enfin, le dernier sujet que je voulais évoquer devant vous, c'est le retrait des forces françaises d'Afghanistan. C'était un engagement que j'avais pris, il s'applique conformément à la décision que j'ai adoptée au lendemain de mon élection.

D'ici la fin de l'année, l'armée afghane va prendre possession des zones encore protégées par notre armée. 650 de nos soldats sont déjà rentrés. 2.000 le seront d'ici la fin 2012. Et tout cela se fait en bonne intelligence avec nos alliés eux-mêmes engagés dans un processus de retrait similaire. Je remercie les ministres, ministre de la Défense et ministre des Affaires étrangères, d'appliquer comme il était convenu, ces décisions, sans faire prendre de risques quelconques à nos soldats.

La France continuera à être présente en Afghanistan mais sous des formes différentes. Nous garderons des formateurs pour accompagner les cadres de l'armée, de la police ; nous conserverons surtout une présence civile pour poursuivre nos coopérations, notamment dans les domaines de l'éducation, de la santé, de l'émancipation des femmes. C'est le sens du traité d'amitié qui a été signé entre nos deux gouvernements et qui a été ratifié par le Parlement. C'est ainsi que nous accompagnerons le peuple afghan. C'est ainsi que nous donnerons une suite logique à cet engagement. Et c'est ainsi que nous honorerons la mémoire de nos 88 soldats morts en Afghanistan.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, pour mener la politique étrangère de la France que je viens de présenter, nous avons besoin de disposer d'un outil diplomatique de qualité, j'allais dire de grande qualité. C'est le cas : 163 ambassades, 15.000 personnels, ça n'empêchera pas des évolutions, des modernisations, des adaptations mais j'ai pu constater ces derniers mois votre professionnalisme, votre dévouement et la conviction que vous mettez à défendre en toutes circonstances et dans toutes les enceintes les intérêts de la France. Je tiens ici particulièrement à saluer les agents du ministère qui, dans les pays les plus exposés, font vivre les idées de notre pays, la présence de la France parfois au péril de leur vie. Qu'ils en soient tous ici remerciés.

La France dispose aussi d'un grand réseau culturel ; il nous faut le faire l à encore évoluer, élargir le public touché mais en même temps, je suis particulièrement attentif à ce que ce réseau demeure. De la même façon, pour les établissements scolaires à l'étranger, j'ai souhaité revenir sur la prise en charge telle qu'elle était jusque-là prévue des frais de scolarité, qui créait des injustices et des difficultés d'accès. Mais nous devons trouver la meilleure formule pour que ce soit pour les Français à l'étranger une sécurité que de pouvoir disposer d'établissements de qualité.

Nous devons également régler vite la question de notre audiovisuel public extérieur, ce sera fait.

Enfin je veux insister sur un point : la diplomatie, c'est bien sûr l'État, le président de la République, le gouvernement avec sa propre responsabilité, le ministre des Affaires étrangères, les ministres ; c'est aussi les collectivités locales qui, à travers une coopération décentralisée, font partie aussi de la présence de la France. Et également les régions d'Outre-mer qui demandent à prendre leur part et à qui il faut faire confiance pour être présentes dans les coopérations qui peuvent exister à l'échelle de certains continents. Je souhaite donc que le ministère des Affaires étrangères appuie ces mouvements, ces initiatives et ces efforts.

Le réseau diplomatique est au service des communautés françaises à l'étranger ; c'est la mission de la ministre Hélène Conway d'accompagner les Français de l'étranger, de les promouvoir, de les protéger, en liaison avec les parlementaires, sénateurs, députés qui les représentent. Je m'efforcerai pour ma part à chacun de mes déplacements, et je l'ai déjà fait, d'aller à la rencontre de nos compatriotes, pour les écouter, les encourager ; ils participent eux aussi à la diplomatie économique, à la défense de nos entreprises, à la promotion de nos produits et aussi à notre langue.

Laurent Fabius vous présentera un plan d'action pour ce que nous avons appelé la diplomatie économique. Elle mobilise tout le gouvernement, elle vous mobilisera aussi. L'enjeu, c'est le redressement, c'est-à-dire la capacité d'être plus compétitif, de conquérir des marchés et nous devons chacun y prendre notre part : les entreprises - ce sont bien sûr, elles, qui sont en cause - mais nous avons à promouvoir les atouts traditionnels de l'industrie française, le ministre du Redressement productif y est attentif. Et également les nouvelles énergies, l'eau, également le nucléaire civil lorsqu'il est demandé par des pays et lorsque nous disposons de la capacité technique, ou le démantèlement car le démantèlement va être aussi un enjeu industriel pour les prochaines années. Donc ce que vous êtes appelés à faire, c'est bien sûr le travail que vous avez déjà engagé mais que nous devons rendre plus cohérent. Le redressement, c'est partout, pas simplement en France : c'est produire en France, c'est parfois produire à l'étranger pour que nous ayons des retombées dans notre pays en termes d'emplois ou en termes de balance de paiement. Chacun l'a compris - la ministre du Commerce extérieur est intervenue là-dessus - nous avons 70 milliards de déficit de notre balance commerciale ; si nous enlevons le pétrole, il reste 35 milliards. Voilà ce que nous avons à faire : conquérir, participer à la recherche de nouveaux produits, développer nos innovations partout à l'étranger, être fiers de nous-mêmes.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, notre devoir est d'oeuvrer au redressement de notre pays. Ce redressement passe par l'action que nous menons partout.

Nous le ferons en renforçant notre influence. Nous le ferons en étant fidèles aux principes, aux valeurs qui fondent notre République. Nous le ferons avec notre indépendance mais aussi avec nos alliances. Nous le ferons avec l'Europe, nous le ferons avec les Français qui veulent participer à cet effort.

Nous le ferons en sachant qu'une action lucide, déterminée et cohérente peut changer le cours de l'avenir, en tout cas c'est notre espoir.

Vive la République et vive la France !./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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2. XXe Conférence des ambassadeurs - Introduction du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius - Paris, 28 août 2012

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Je suis heureux d'ouvrir cette nouvelle session de la Conférence des ambassadeurs et de vous y accueillir toutes et tous.

Il s'agit de notre première conférence depuis l'élection du président François Hollande et la désignation du gouvernement ; elle prend donc un relief particulier. C'est d'ailleurs pour moi, la première fois que je vais rencontrer physiquement la totalité d'entre vous. Je veux, en commençant ces journées, vous dire d'abord la fierté qui est la mienne de conduire cette Administration. Il se trouve, c'est le privilège du grand âge, que j'ai eu l'honneur dans le passé de diriger plusieurs grandes Administrations et le gouvernement français lui-même. Et, au nom de cette expérience, je veux souligner le professionnalisme qui est le vôtre et l'estime exceptionnelle qu'il mérite.

Au Quai d'Orsay et dans l'ensemble de nos postes, j'ai trouvé une diplomatie composée de femmes et d'hommes qui sont attachés à leur mission, qui sont loyaux et qui ne ménagent jamais leurs efforts. Le président de la République, le gouvernement, les ministres délégués et moi-même, nous souhaitons nous appuyer pleinement, dans nos actions, sur vous, sur votre expertise et sur vos compétences.

C'est dans cet esprit que j'ai souhaité une Conférence des ambassadeurs qui soit orientée vers l'action et qui serve d'abord - je parle à nos ambassadeurs - à vous indiquer les orientations du gouvernement qu'il vous reviendra de mettre en oeuvre. Hier, la plupart d'entre vous étaient présents, le président de la République a donné la Feuille de route. En fin d'après-midi, le Premier ministre et moi-même demain, à l'issue de nos travaux, nous reviendrons sur certains aspects de ces orientations. De nombreux membres du gouvernement - les meilleurs mathématiciens d'entre nous ont compté qu'ils seraient dix-sept -, participeront à la conférence dans leur domaine respectif. Vous repartirez ainsi - du moins je l'espère - avec des orientations précises à mettre en oeuvre dans vos postes. C'est ce qui fait l'utilité de cette réunion qui rassemble notamment les chefs de missions diplomatiques et les responsables de l'Administration centrale du Quai d'Orsay.

Cette réunion accueille aussi des personnalités que très injustement on qualifie d'extérieures. Au contraire, par leurs compétences, leurs centres d'intérêt, leur expertise, ces personnalités sont associées étroitement à nos travaux. Je les remercie vivement.

De nombreux acteurs du monde économique, de l'enseignement supérieur, de la recherche, de la culture, des responsables d'institutions européennes et internationales, d'autres encore seront présents. Je pense - mais je n'ai pas tous les éléments pour juger - qu'ils doivent être probablement plus nombreux que les années précédentes. Si c'est le cas, c'est parce que je souhaite ouvrir encore plus grandes, les portes et les fenêtres de notre Maison à toutes les forces vives qui sont la France et qui font la France.

Les thèmes de notre Conférence cette année reflètent les priorités que je veux assigner à ce ministère. Notre cap et celui du gouvernement, fixé clairement par le président de la République, c'est le redressement du pays dans la justice. Le ministère des Affaires étrangères doit prendre toute sa part dans sa mise en oeuvre. J'ai donc souhaité pour cette ouverture d'un nouveau cycle que la priorité soit donnée à la diplomatie économique et au soutien que le Quai d'Orsay doit apporter à nos entreprises. Le message à retenir de cette vingtième édition est donc une mobilisation générale pour nos entreprises, pour nos emplois, pour la croissance et pour le redressement. La journée d'aujourd'hui sera consacrée à ce thème. Nous allons, sous la férule aimable et ferme de Pierre Sellal commencer la première séance plénière dans un instant sur la diplomatie économique. La seconde séance un peu plus tard sera dédiée - et c'est je crois nouveau dans notre Maison - aux PME. Ensuite, il y aura des tables rondes qui vont permettre d'entrer dans le détail d'un certain nombre de secteurs : l'énergie, les transports et le développement durable, la santé, les industries pharmaceutiques, les services financiers et certaines zones géographiques, l'Afrique, la crise de la zone euro, les nouveaux émergeants, les nouveaux mondes arabes.

Nous devons également, c'est une évidence, encourager et tirer plus systématiquement partie de la faveur et du rayonnement exceptionnel dont notre culture, notre société et notre langue bénéficie à l'étranger si nous voulons renforcer l'attractivité de notre pays pour les partenariats et les investissements. Une place large sera donc accordée à cette diplomatie d'influence, ce sera le thème principal de la journée de demain avec notamment des réunions sur notre attractivité en matière d'enseignement supérieur et de recherche, sur notre action culturelle, sur l'aide publique au développement, sur la Francophonie - nous y reviendrons longuement - et sur le numérique.

En parallèle sont prévues toute une série de réunions qui permettront de faire le point par exemple sur la sécurité de nos communautés à l'étranger et d'aborder des questions d'organisation interne qui sont peut-être moins flamboyantes que d'autres mais qui sont très utiles.

Je veux, en terminant cette très brève introduction, remercier chacune et chacun d'entre vous pour sa présence et tout particulièrement les personnalités dites extérieures mais très proches par leur expertise leur attachement à la France et qui ont accepté notre invitation. Et, sans plus tarder, je vais passer la parole à Pierre Sellal qui va introduire la première séance plénière à laquelle, par un privilège que je ne m'explique pas, je participerai moi-même./.

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3. XXe Conférence des ambassadeurs - Intervention du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, au cours de la séance plénière «Diplomatie économique» - Paris, 28 août 2012

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Je veux remercier les intervenants ainsi que le Secrétaire général, qui ont contribué à faire de ce débat un moment très utile. J'en retiens au moins quatre enseignements.

Le premier, c'est l'urgence du redressement. Chacun le sait, le président de la République et le Premier ministre y ont insisté, et plusieurs d'entre vous l'ont dit : le redressement économique de la France est la priorité nationale. La priorité de toutes celles et ceux qui sont déterminés à ce que notre pays ne sorte pas des radars de la mondialisation.

Le diagnostic est connu. Notre déficit commercial est lourd : 70 milliards d'euros en 2011. La flambée des prix du baril de pétrole ne suffit pas à l'expliquer. Le dernier excédent remonte à 2002.

Il existe bien sûr plusieurs aspects. L'enjeu de la compétitivité du «fabriqué en France» a été évoqué. Il faut l'aborder sans tabou. C'est le sens de la mission confiée par le Premier ministre à Louis Gallois, un «grand patron» dans tous les sens du terme.

Mais notre sujet va au-delà. C'est tout l'appareil public qui doit être tendu vers l'impératif de redressement. Le ministère des Affaires étrangères doit prendre et il prendra sa pleine part de cet effort collectif. Il y aurait quelque paradoxe à ce que le Quai d'Orsay, spécialiste des crises, ne se préoccupe pas de la crise économique. L'administration n'a pas à se substituer aux entreprises, ce n'est pas son rôle ; mais elle peut agir - et elle le doit - pour les soutenir. C'est la raison pour laquelle je souhaite que la diplomatie économique soit pour nous une priorité majeure, votre priorité.

***

Un deuxième enseignement que je tire de nos échanges : le redressement est autant affaire de croissance qu'enjeu d'influence. La géométrie des puissances mondiales, en recomposition, est marquée par l'affirmation spectaculaire des BRICS (Chine, Brésil, Inde, Russie, Afrique du Sud), désormais porteurs de la moitié de la croissance mondiale, et par le développement de nouveaux émergents. Cette tectonique est largement déterminée par des critères économiques. Le poids de la France dans le monde se mesure notamment à l'aune de son PIB, de sa balance commerciale et budgétaire, de sa capacité à attirer les investissements.

Or sur ces plans-là, rien n'est acquis. Dans la mondialisation, chaque nation est un peu comme la Reine rouge de Lewis Carroll dans Alice au pays des merveilles : il faut courir pour simplement rester à la même place. L'enjeu économique est aussi diplomatique : c'est celui de la place et du rôle de la France dans le monde.

L'ensemble des responsables de notre pays doit y contribuer. C'est pourquoi j'ai demandé à quelques personnalités de stature internationale de bien vouloir apporter leur concours. L'ancien Premier ministre M. Jean-Pierre Raffarin l'avait fait avec succès pour plusieurs dossiers entre la France et l'Algérie : il a bien voulu accepter de poursuivre. Mme Martine Aubry a accepté d'accompagner notre action d'ensemble en Chine. M. Louis Schweitzer, qui a notamment mené à bien l'accord majeur Renault-Nissan, fera de même au Japon. M. Pierre Sellal enfin, le Secrétaire général du Quai d'Orsay, suivra particulièrement les Émirats Arabes Unis. Le concours précieux et bénévole de ces personnalités, qui seront rejointes prochainement par un petit nombre d'autres, devrait aider à notre efficacité internationale sans se confondre évidemment avec le rôle permanent de nos ambassadeurs : qu'elles en soient vivement remerciées.

***

Troisième enseignement : nous avons beaucoup d'atouts. Je connais depuis longtemps et j'ai rencontré depuis ma prise de fonctions de nombreux responsables économiques, dirigeants de grands groupes, PME, entreprises de taille intermédiaire qui me l'ont confirmé : l'offre française est excellente dans de nombreux domaines, industriels ou de services : aéronautique et spatial, énergies traditionnelles et renouvelables, transports, eau, gestion des réseaux, bâtiment, agroalimentaire, luxe, santé, chimie, tourisme, culture, art de vivre... Cette offre correspond aux besoins des nouveaux territoires en développement.

La plupart des entrepreneurs que j'ai rencontrés marquent leur satisfaction à l'égard de l'appui qu'ils ont pu obtenir de la part de notre réseau diplomatique, pour des soutiens ponctuels ou pour apporter l'éclairage politique indispensable. Avec les autres administrations et acteurs concernés (je pense notamment au ministère de l'Économie et des Finances, du Commerce extérieur, du Redressement productif, à Ubifrance, aux Chambres de commerce, aux conseillers du commerce extérieur, aux diverses organisations représentatives des entreprises et des salariés, à l'Agence française de Développement, à l'Agence française pour les Investissements internationaux...), le Quai agit pour soutenir l'appareil productif national.

Nos instruments d'influence sont aussi, cela a été souligné, des leviers extrêmement utiles : la France déploie le second réseau diplomatique du monde, accorde chaque année près de cent millions d'euros de bourses aux étudiants étrangers, souvent en partenariat avec de grandes entreprises françaises, fournit aux acteurs économiques une veille scientifique approfondie. Le réseau de nos établissements français à l'étranger est reconnu comme un vrai facteur d'attractivité. Nos 490 établissements dans 130 pays sont précieux et je veillerai à ce qu'ils aient les moyens de bien agir. Plus largement, notre diplomatie culturelle et d'influence contribue fortement à l'attractivité de la France. Nous y reviendrons demain.

Oui, nous avons des atouts. Mais les juges de paix que sont notre taux de croissance, celui du chômage, la balance de notre commerce extérieur et de notre budget, sont malheureusement convergents et négatifs. Nous devons donc collectivement faire plus et mieux.

***

C'est pourquoi nous devons développer le réflexe économique. C'est le quatrième enseignement que je tire des échanges. Notre diplomatie, mobilisée par des préoccupations traditionnelles et par la multiplication des crises, n'a pas toujours pu s'adapter. Notre dispositif de soutien extérieur parait morcelé, parfois peu lisible et pas toujours efficient.

Les grands contrats sont mieux suivis que le commerce courant et les grandes entreprises mieux que les PME - même si celles-ci vont bénéficier à partir de 2013 de l'action internationale de la Banque publique d'investissement. Les initiatives régionales ne sont pas encore assez coordonnées. La question des liens entre la base territoriale de nos entreprises et leur présence à l'étranger n'est pas toujours suffisamment cernée. L'enjeu des investissements étrangers sur le sol national est parfois sous-estimé. Au plan européen, le principe de réciprocité dans les échanges avec le reste du monde reste peu défendu et appliqué.

Je le dis donc clairement : nous devons agir plus vite et plus fort. J'ai souhaité, dès mon arrivée au Quai d'Orsay, inscrire notre politique étrangère dans la stratégie de redressement du pays qu'a fixée le président de la République. En nous appuyant sur vos contributions dont je salue la qualité, en concertation avec les autres administrations, un plan d'action pour donner à notre diplomatie économique cette nouvelle ambition a été élaboré. Je vous demande votre plein engagement dans sa mise en oeuvre, avec un souci permanent d'efficacité, d'utilité et de réactivité. Je sais pouvoir compter sur votre mobilisation.

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Ce plan, quelles en sont les grandes lignes ?

D'abord, le soutien de nos entreprises à l'international, le soutien de la promotion du «fabriqué en France» et de la «destination France» pour les investissements sera désormais une instruction prioritaire et permanente de notre réseau diplomatique. Cela commence à mon niveau et à celui des ministres : pour chacun de nos entretiens, déplacements, une réflexion sera menée en organisant si nécessaire des rencontres préalables avec des représentants des entreprises et en les intégrant plus fréquemment dans les délégations ministérielles.

Dans les postes, je vous demande de prévoir dans chacun de vos plans d'action un volet économique détaillé, quantitatif et qualitatif, définissant des objectifs et une feuille de route précis. Nous en ferons régulièrement le bilan. La stratégie économique de chaque poste comprendra en particulier une partie dédiée aux PME et aux ETI.

Partout où cela est pertinent, l'offre française en matière «d'économie verte» sera valorisée. Notre diplomatie économique doit être aussi une diplomatie écologique. Non seulement parce que notre conception du développement s'appuie sur trois piliers : économique, écologique et social ; mais parce que les entreprises françaises spécialistes du développement durable sont parmi les meilleures du monde et doivent être parmi nos «vaisseaux-amiraux» à l'exportation. Dans ces secteurs, vous vous appuierez bien sûr aussi sur nos opérateurs, en particulier l'Agence française de Développement dont la qualité environnementale des services et des projets est appelée à devenir l'une des signatures.

***

Deuxième élément de ce plan d'action : chaque ambassadeur sera désormais clairement positionné à la tête de «l'équipe de France». Vous réunirez autour de vous les services concernés ainsi qu'un Conseil économique constitué de dirigeants d'entreprises, conseillers du commerce extérieur, économistes, chercheurs... afin d'éclairer vos décisions. J'encouragerai le regroupement de nos services de soutien à l'activité économique, partout où ce sera possible. L'avis de l'ambassadeur sera systématiquement sollicité avant la délivrance à Paris de crédits. Les relations avec les collectivités, en particulier les Régions, seront développées.

Certains postes diplomatiques négocient des textes réglementaires et normatifs qui peuvent avoir des implications directes pour les entreprises. Ces dossiers parfois d'apparence technique sont décisifs pour notre compétitivité. Ils doivent être considérés avec le même niveau d'implication que les sujets diplomatiques traditionnels. Certains de nos voisins et amis européens l'ont mieux compris que nous. Je souhaite que ces postes mettent en place des procédures simples qui permettent aux entreprises d'exposer, en amont comme dans le cours des négociations, leurs attentes. Cela se fait déjà pour une part, mais il faut aller plus loin. Les Représentations permanentes, en particulier auprès de l'Union européenne, assureront un dialogue continu notamment lors de la négociation des accords commerciaux.

J'ai écouté attentivement ce que le Vice-président Tajani a dit de la politique industrielle européenne. Comme lui, je suis pro-européen et partisan d'une Europe ouverte ; pas d'une Europe offerte. Est-ce notre intérêt que le taux moyen des droits de douane soit, comme cela est actuellement le cas, de 3,2 % en Europe contre 7,8 % en Asie ? Et que la valeur des marchés publics attribués à des entreprises de pays tiers soit de 312 milliards d'euros en Europe, contre seulement 34 milliards aux États-Unis ? Nos positions dans les discussions européennes devront s'appuyer sur les principes de réciprocité et de juste échange, en nous posant systématiquement la question : «Est-ce bon pour nos entreprises, est-ce bon pour nos emplois en Europe ?». Tel doit être notre fil conducteur.

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Mieux défendre nos intérêts économiques, c'est également développer nos outils d'influence. C'est un troisième grand élément de notre plan d'action.

Plusieurs postes ont développé des programmes de bourses cofinancés, pour la formation des étudiants étrangers. J'en ai signé deux moi-même récemment. Je souhaite que ces partenariats soient étendus en recherchant, partout dans le monde, les meilleurs étudiants. Nous refermer sur nous-mêmes serait, vous le savez mieux que quiconque, une erreur et une faute. Une personne étrangère formée en France peut devenir le meilleur ambassadeur de notre pays.

Nous disposons aussi des services scientifiques à l'étranger, qui mènent une action de veille utile. Vous en déciderez les orientations prioritaires dans chacun des postes, en fonction des réalités locales et en concertation avec les entreprises françaises sur le terrain.

Je l'évoquai au début de mon propos : la France bénéficie du réseau scolaire à l'étranger le plus étendu du monde. 300.000 élèves, +50 % en 20 ans. C'est un atout majeur. Ce réseau, qui ne sera pas touché par les économies budgétaires mises en oeuvre, accompagne l'évolution des communautés françaises à l'étranger et contribue au rayonnement français. Les entreprises seront associées plus étroitement à leur développement, notamment immobilier.

En matière consulaire enfin, il importe que les postes soient parfaitement informés de demandes spécifiques des acteurs économiques, en particulier en matière de visas, afin que les entreprises et les principaux investisseurs voient leur séjour en France facilité. L'accueil est un facteur clé. Ne sous-estimons pas l'importance de cette politique pour notre attractivité.

***

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Si la diplomatie économique est notre priorité, notre organisation doit la refléter. J'ai décidé de créer au sein du Quai d'Orsay une Direction entièrement dédiée aux entreprises et aux affaires économiques. Elle sera confiée à Jacques Maire, un de vos collègues qui travaille depuis dix ans en entreprise et dont les compétences sont reconnues. Au sein de la Direction générale de la mondialisation, elle sera le point d'entrée des entreprises, concernant leurs intérêts propres mais aussi les sujets liés à la régulation et aux négociations susceptibles d'avoir un impact sur leurs activités. Les autres directions continueront naturellement d'entretenir des relations avec les entreprises dans leurs domaines de compétences, mais en liaison avec cette Direction.

Le «réflexe économique» imprègnera non seulement notre organisation interne, mais également la formation initiale et continue de nos diplomates. En début de carrière comme dans le cadre des formations au départ en poste, des modules de formation sur les enjeux économiques et commerciaux seront élaborés. Plusieurs d'entre vous ont fait le choix d'acquérir une expérience professionnelle dans le monde des entreprises. Je salue cette démarche. Les profils disposant d'une compétence économique seront encouragés dans la stratégie de recrutement du Quai d'Orsay. Les «flux» seront organisés et valorisés dans la gestion des carrières. Ces expériences doivent être un plus, un tremplin, pas un frein.

***

La Communication du Quai d'Orsay devra aussi, c'est le dernier volet de notre plan d'action, mettre l'accent sur la diplomatie économique. Je continuerai à rencontrer de manière régulière les entrepreneurs. Les clubs qui existent et fonctionnent (club des ambassadeurs, club des entrepreneurs) seront développés tout en diversifiant les sujets abordés.

Pour marquer l'ouverture de cette maison vis-à-vis de notre appareil productif, une journée annuelle «Portes ouvertes aux entreprises» sera organisée. La première aura lieu dès cette année. Des «messages aux entreprises» seront développés dans le cadre des points de presse du ministère et nos outils de communication seront mobilisés en ce sens. Nous ferons en sorte que les entreprises françaises, selon des règles précises, bénéficient de certains éléments d'analyse de nos postes diplomatiques. Là aussi, ne soyons pas plus naïfs que nos compétiteurs. Enfin, le dialogue avec les partenaires économiques et sociaux sera approfondi, afin notamment que ce plan soit mis en oeuvre et adapté si nécessaire.

***

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Le ministère des Affaires étrangères doit devenir celui des Entreprises. Il l'est déjà partiellement. Il doit l'être pleinement. La situation du pays et de l'Europe l'exige.

N'opposons pas la présence sur notre sol et à l'étranger. Vous êtes parfois amenés à défendre pour de bonnes raisons les intérêts de tel ou tel acteur français à l'étranger sans pouvoir pleinement prendre en compte les conséquences sur notre sol, notamment en termes d'emploi : gardons à l'esprit notre objectif, il s'agit de servir, avec nos entreprises et d'une certaine manière à travers elles, notre pays et notre territoire.

Le redressement économique est notre priorité. Elle impose une mobilisation totale. Avec le sens du service public et de l'intérêt général qui fait votre professionnalisme et votre excellence, je compte sur vous./.

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4. XXe Conférence des ambassadeurs - Intervention de la ministre du Commerce extérieur, Mme Nicole Bricq - Paris, 28 août 2012

 

Permettez-moi tout d'abord de remercier Laurent Fabius pour son initiative de diplomatie économique. Nos forces diplomatiques vont être mobilisées pour l'objectif de retour à l'équilibre de notre balance commerciale hors énergie, fixé par le Premier ministre et qu'il m'a demandé de mener à bien sur le quinquennat. L'objectif est ambitieux et volontariste. Il est à notre portée.

Nous devons gagner 25 à 26 milliards d'euros. Je souhaite mettre cet objectif en perspective. En 2011, les entreprises françaises ont exporté 430 milliards d'euros de biens et marchandises, 30 milliards à travers la réalisation de grands contrats, 400 milliards grâce à tout le reste, ce que l'on appelle faute de mieux le «commerce courant» qui regroupe des secteurs aussi variés que les industries agro-alimentaires, le luxe, l'automobile, les filières des sciences du vivant, du numérique, des écotechnologies et bien d'autres encore. Pour gagner 25 milliards nous devons faire en sorte que la croissance de nos exportations soit chaque année de 2% supérieure à celle de nos importations.

Pour y parvenir, nous avons besoin de votre concours, de celui de mes équipes à l'étranger qui sont aussi les vôtres, mais aussi de la mobilisation de l'ensemble de vos moyens d'actions qui seront de ce fait également un peu les miens. Il conviendra de mieux coordonner nos efforts. Ce sera, dans votre pays de résidence, votre responsabilité en gardant à l'esprit la nécessité de préserver la réactivité et l'agilité de nos interventions et de nos opérateurs, en refusant les doublons, les redondances ou les commandes inutiles, en utilisant chacun pour l'expertise et les missions qui sont les siennes.

Pour ma part, je serai la ministre de la Performance commerciale. Je m'appuierai naturellement d'abord sur nos efforts de compétitivité. Elle détermine tout ou presque. Pour le volet externe de la chaine de compétitivité, j'ai indiqué au Premier ministre que ma stratégie reposerait sur trois priorités tournées vers nos entreprises.

Il s'agira d'abord de leur permettre de concourir à armes égales dans la compétition internationale. Cette priorité exige de mettre à leur disposition des financements exports compétitifs, à niveau de ceux dont bénéficient les concurrents allemands, américains ou japonais, sans parler des financements déloyaux de nouveaux compétiteurs. Elle aura une dimension européenne que je conduirai à travers la politique commerciale en promouvant le principe de réciprocité et le respect et le renforcement des règles dans le commerce international.

Ensuite, il faudra être à leurs côtés pour s'implanter durablement dans les marchés porteurs de croissance sur lesquels je concentrerai mon action et les moyens qui sont les miens, en animant la stratégie économique extérieure du gouvernement. À rebours d'une diplomatie économique au fil de l'eau, j'arrêterai prochainement des priorités sur la base d'une étude que j'ai commandée à la direction générale du Trésor. Elle identifiera les couples produits/marchés où notre potentiel d'exportations est sous-utilisé et où les gains à attendre d'une mobilisation collective sont les plus forts.

Enfin - d'abord faudrait-il dire - je travaillerai à ce que l'offre commerciale «France» soit rassemblée et structurée.

Cette priorité renvoie à l'objet de notre table-ronde et à la place de nos PME et de nos ETI dans nos exportations.

Nos PME sont plus petites que leurs homologues européennes et peinent à grandir. Le diagnostic est connu comme sa conséquence : la difficulté à développer une action gagnante à l'international. Quand nos PME sont bien sélectionnées et bien préparées en amont, elles ont plus de chances de réussir et surtout de durer sur les marchés internationaux. N'oubliez pas que sur 100 nouveaux exportateurs, 70 n'exporteront plus l'année suivante. Quand nos PME se regroupent, elles sont moins petites. Elles peuvent partager des ressources mais aussi étoffer leur offre commerciale en jouant de leur complémentarité technologique, comme j'ai pu le voir avec la très belle expérience du réseau francilien d'écotechnologie Durapole. Un réseau d'entreprises peut être l'équivalent du Mittelstand allemand. J'encouragerai ces regroupements. Quand nos PME s'associent à nos groupes internationalisés, elles peuvent devenir moyennes ou grandes sociétés. C'est l'enjeu de la structuration des actions à l'exportation au sein des filières ou à travers les pôles de compétitivité. Sur tous ces points, je compte sur les Régions. Elles ont une responsabilité première en matière de développement économique. Elles connaissent les qualités et faiblesses des différents opérateurs locaux de l'appui aux entreprises, qui varient d'une région à l'autre. Elles financent les CCI, les pôles de compétitivité, les réseaux d'entreprises, les filières d'excellence régionales. Elles ont des agences de développement et d'innovation. Elles sont bien placées pour piloter, conduire, donner de l'énergie internationale à leurs entreprises.

Si le commerce international est affaire d'avantages «comparatifs», il repose également sur notre capacité à mobiliser nos avantages «collaboratifs».

Ceux-ci peuvent aussi s'exprimer dans une relation directe entre la petite et la grande entreprise. On appelle cela le portage. Nos grandes entreprises devraient se sentir obligées : l'action publique a beaucoup fait pour qu'elles deviennent des champions nationaux, puis internationaux ; nous continuons à intervenir à leurs côtés via le CIR, les pôles, les investissements d'avenir et puis à l'export à travers la Coface ou notre diplomatie économique. Il y a des tentatives pour avancer dans cette direction, l'initiative «Pacte PME international». Je sais qu'il y a ici de belles histoires à raconter. Pourtant «globalement» cela ne marche pas, pas assez (26 grands groupes impliqués dans l'initiative alors qu'il y a plus de 210 grandes entreprises recensées par l'INSEE, 150 PME par an qui bénéficient d'un appui d'une grande entreprise : hébergement d'un VIE, ou du représentant de la PME à l'étranger, conseil...c'est très peu).

Je vais donc revenir vers les entreprises, les fédérations professionnelles, les comités de filières avec des propositions. Je vois quatre pistes à explorer :

- le partage de compétences internationales. Le président de la République a mis en avant dans son programme le «contrat de génération». Pourquoi ne pas réfléchir à un contrat de génération entre entreprises : un cadre expérimenté d'une grande entreprise qui mettrait son expertise internationale au service d'une jeune entreprise ;

- la mobilisation de nos grands réseaux de distribution à l'étranger - réseaux généralistes (Casino) ou spécialisés (Lapeyre-Saint Gobain) (je les rencontrerai prochainement) ;

- le travail autour des fonds d'investissement que beaucoup de grandes entreprises (EDF, Veolia) ont mis en place dans une démarche d'innovation ouverte (les corporate ventures). Ces investisseurs prennent des participations dans des PME. Ils doivent les aider à réussir en mobilisant leurs maisons-mères (les grandes entreprises) pour accompagner à l'international les PME dans lesquelles ils ont investi ;

- et puis il y a les grandes entreprises étrangères implantées en France. Nous n'y pensons pas assez (67 sur les 217 grandes entreprises recensées par l'INSEE). Je veux voir avec elles, s'il est possible de mettre en place une dynamique de portage «ascendant», de la filiale en France vers la maison-mère à l'étranger ou le réseau international, en ouvrant des portes ou en «recommandant» leurs fournisseurs français. Certaines le font déjà dans le domaine de l'innovation (Microsoft France, Siemens France)... et comme innovation et développement international sont intimement liés...

Il y a certainement d'autres idées, des bonnes pratiques mises en place dans vos pays de résidence. Même si je sais qu'elles ne sont pas nécessairement transposables chez nous, je suis intéressée à ce que vous m'aidiez à les identifier. J'en suis preneuse.

Je termine sur deux points divers.

Innovation et développement international, sont étroitement liés. Pour exporter, il faut se différencier et donc s'appuyer sur la créativité et l'innovation. La relation est entendue. Elle l'est moins dans l'autre sens : une entreprise qui exporte va alimenter sa dynamique d'innovation. Elle va en effet avoir accès à de nouvelles sources de connaissances, de nouveaux réseaux d'innovation, d'autres possibilités de nouer des partenariats technologiques. C'est particulièrement vrai pour nos PME de hautes technologies. Leurs démarches internationales sont donc tournées vers les marchés mais aussi vers l'enrichissement de leur potentiel d'innovation. Ici vos services pour la science et la technologie ont un rôle essentiel pour les accompagner. J'en ai parlé récemment à Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, qui partage mon analyse. Je les rencontrerai et les mobiliserai lors de mes déplacements à l'étranger.

«Équipe de France de l'export» et «chasser en meute» : je n'aime pas ces deux termes. Ils revoient à des expériences passées qui ont coïncidé avec notre défaillance à l'export et à des initiatives de nature institutionnelle. Je préfère des termes comme réseaux, clusters si cet anglicisme m'est autorisée, filières et des synergies qui soient d'abord portées et incarnées par les entreprises./.

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5. Rencontre avec les parlementaires représentant les Français établis hors de France - Communiqué du Premier ministre - Paris, 27 août 2012

 

Le Premier ministre a reçu, ce lundi 27 août, les députés et sénateurs représentant les Français établis hors de France, en présence de Mme Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée des Français de l'étranger, et de M. Alain Vidalies, ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement.

Cette rencontre a permis au Premier ministre de marquer l'importance qu'il attache à la situation de nos compatriotes expatriés qui contribuent, par leur dynamisme, au rayonnement et à la prospérité de la France. L'élection, pour la première fois, en 2012, de onze députés par les Français établis hors de France constitue à cet égard un progrès pour la représentation de nos compatriotes à l'étranger et un enrichissement pour la démocratie française.

La rencontre a également permis au Premier ministre d'écouter les messages portés par ces élus, qui ont en particulier évoqué les questions liées à la sécurité, à la scolarisation et à la représentation des Français de l'étranger, et de les assurer de la volonté du gouvernement de maintenir avec eux une étroite concertation sur tous ces sujets./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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6. Sommet de la Francophonie - Entretien de la ministre déléguée chargée de la Francophonie, Mme Yamina Benguigui, avec «RFI» Paris, 28 août 2012

Q - Pourquoi, finalement, François Hollande a-t-il décidé de se rendre à Kinshasa ?

R - Je crois que cela a toujours fait partie de ses priorités. Comme il l'a annoncé tout à l'heure, il a dit qu'il était important d'y aller et de tout dire partout. C'est, je pense, une nouvelle posture dans le regard sur l'Afrique. La RDC est vraiment sur la voie de la démocratisation, c'est le pari d'être présent et de parler encore une fois de tout.

Q - Aller sur place aujourd'hui n'est-il pas quelque part légitimer, confirmer ce président Joseph Kabila dont la réélection a été contestée, c'est ce que dit notamment l'UDPS, le principal parti d'opposition ?

R - Moi j'ai juste envie de vous faire une réponse très courte. Ce n'est pas une réunion bilatérale, c'est le Sommet de la Francophonie. Il y a beaucoup de chefs d'État africains, les valeurs de la démocratie sont présentes dans leur société, je pense à Macky Sall entre autre. Donc, il faut y aller, je pense que l'on peut être aussi à l'écoute du pays.

Q - Le président français vient d'annoncer qu'il rencontrerait l'opposition politique. Savez-vous déjà s'il rencontrera Etienne Tshisekedi, le leader de l'UDPS qui s'était autoproclamé président de la République ?

R - Pour l'instant, je ne connais pas son programme. Je ne peux pas m'avancer, il rencontrera les membres de l'opposition, il l'a dit.

Q - François Hollande s'était donné une période de réflexion et il avait demandé début juillet à Joseph Kabila de montrer sa volonté de promouvoir la démocratie. Y a-t-il eu, ces deux derniers mois, des signes tangibles qui ont été donnés ?

R - Je vous donne juste une information. Dans une interview, le 22 août dernier, M. Aubin Minaku, le président de l'Assemblée nationale de RDC dit : «nous allons adopter deux lois importantes pour la démocratie en République démocratique du Congo. Premièrement, la loi portant sur l'organisation et le fonctionnement de la Commission électorale nationale indépendante. C'est une loi que nous allons adopter avant le 15 octobre. Nous allons aussi adopter la loi portant sur la mise en place de la création de la Commission nationale des droits de l'Homme parce que c'est aussi important.»

Nous devons leur faire confiance.

Q - Vous avez rencontré le président Joseph Kabila. Avez-vous évoqué l'affaire Chebeya, du nom de ce défenseur des droits de l'Homme qui a été retrouvé mort en 2010. Avez-vous émis des souhaits pour un projet plus juste, plus équitable ? L'avez-vous formulé ?

R - Nous avons abordé tous ces problèmes mais je ne peux pas m'ingérer dans la justice congolaise. Je n'étais pas d'accord avec l'expulsion du réalisateur.

J'ai vu le Premier ministre à ce sujet, il va l'annoncer, Thierry Michel va être invité officiellement à venir présenter son film. J'ai vraiment dit tout ce que je pensais de cette expulsion ; c'est ma limite. Ensuite, je pense que ce Sommet peut aussi ouvrir d'autres horizons, y compris sur la justice./.

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7. Sommet de la Francophonie - Entretien de la ministre déléguée chargée de la Francophonie, Mme Yamina Benguigui, avec «France24» - Paris, 27 août 2012

Q - Madame la Ministre, on le sait, François Hollande s'est posé la question de sa participation au Sommet de la Francophonie. Vous vous êtes vous-même rendue à Kinshasa, c'était à la fin du mois de juillet pour une mission d'évaluation de quatre jours. Est-ce finalement ce qui a motivé la décision de François Hollande de se rendre sur place ?

R - Oui. J'ai été missionné au tout début de mon mandat pour aller à la rencontre du peuple congolais, de la société civile, du gouvernement, de l'opposition et des ONG. Comme je le dis toujours, il faut prendre du temps. Il y avait aussi des doutes du côté congolais. La République démocratique du Congo représente le plus grand pays francophone et ce Sommet est important. Évidemment ce pays connaît des problèmes mais ce n'est pas pour cette raison qu'il faut boycotter et pratiquer la politique de «la chaise vide». Suite à ma visite de quatre jours, j'ai fait un compte rendu au président de la République et lui ai dit combien il était important de s'y rendre.

Q - Et ainsi, de lever les incompréhensions mutuelles. Selon vous, ce Sommet de la Francophonie est-il la bonne tribune pour, comme l'a dit François Hollande «tout dire, partout» en Afrique ?

R - Oui, cela s'appelle l'égalité. C'est peut-être un grand tournant dans les relations que nous avons avec l'Afrique. Aujourd'hui, je pense qu'il faut parler d'égal à égal, à hauteur d'homme et ce Sommet de la Francophonie s'y prête. Ce n'est pas une réunion bilatérale, ce sont 75 États qui seront présents. Il y a aussi des pays émergents et exemplaires quant à leur démocratie. Ce qui est très important, c'est d'être aussi souvent ensemble que possible. Il faut parler et nouer des relations sur toutes ces questions que vous soulevez, les droits de l'Homme notamment. Dans ce cadre, j'ai rencontré plusieurs fois le ministre des Affaires étrangères et le président de l'Assemblée nationale, le Premier ministre, le président Kabila et depuis j'entretiens ces relations. Dès le 15 septembre, il y aura deux grandes réformes dont une sur les droits de l'Homme. Cette nouvelle politique avec l'Afrique aujourd'hui est vraiment très importante.

Q - Ne pas exclure. Mais, pour autant, faut-il taire la voix de la France ? François Hollande va-t-il se servir de cette tribune face à un certain nombre de chefs d'État qui sont loin d'être exemplaires quant à leur bilan en matière de droits démocratiques ?

François Hollande se servira-t-il de cette tribune pour essayer de dresser les contours d'une nouvelle politique africaine de la France et qu'elle va être cette nouvelle politique ?

R - Il a été très clair lors de son allocution. Il a bien dit qu'il rencontrerait l'opposition, la société civile et les ONG. Le temps est fini où nous venions en catimini. Le président possède une grande vision de l'Afrique et des nouvelles relations que nous pouvons construire. Cela ne veut pas dire que l'on va éluder tous les problèmes. Nous n'arrivons pas non plus à ce Sommet avec une volonté d'ingérence à tout prix. Ce ne serait pas la bonne posture.

Q - On l'a vu avec le Sénégal, la Côte d'Ivoire, peut-être demain au Mali, en tout cas, ce sont les efforts de la France. Souhaitez-vous Madame Benguigui que la langue aille de paire aussi avec un certain nombre de valeurs ?

R - Oui aujourd'hui, il faut pouvoir être une langue solidaire et égalitaire. C'est en tout cas le but de ma mission et de mon ministère. Il faut se débarrasser des oripeaux du colonialisme de cette langue car nous avons encore beaucoup de choses à faire avec la dimension du Français. Cette langue véhicule aussi les valeurs humanistes au travers de la littérature, de la culture et aussi de l'économie. Il faut être à l'aise et comme nous le disions aussi, en 2050, il y aura 750 millions de francophones en Afrique./.

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8. Festival du film francophone d'Angoulême - Discours de la ministre déléguée chargée de la Francophonie, Mme Yamina Benguigui - Angoulême, 25 août 2012

 

Madame la Préfète,

Monsieur l'Ambassadeur du Sénégal en France,

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les Membres du jury et Organisateurs du festival,

Chère Marie-France Brière, Cher Dominique Besnéhard, Cher Patrick Mardikian,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très honorée d'être avec vous aujourd'hui pour célébrer la 5e édition du Festival du film francophone d'Angoulême.

Je remercie Monsieur le Maire et Madame la Préfète de nous accueillir dans ce magnifique endroit.

Je voudrais saluer le président du jury de cette 5e édition, l'immense Denis Podalydès, et Mesdames les actrices et les réalisatrices membres du jury. Je salue ce jury au féminin.

J'aimerais à présent remercier Dominique Besnéhard, Marie-France Brière, Patrick Mardikian, créateurs de ce festival, ainsi que tous ceux qui travaillent à sa réussite.

Cher Dominique, tout au long de votre carrière consacrée au cinéma dans les fonctions que vous avez exercées, vous avez été celui qui a su écouter et regarder sans jamais juger, vous êtes ce magicien qui a su reconnaître les différences de l'autre et les convaincre qu'elles étaient leur richesse.

Car au-delà des apparences le monde du cinéma est resté longtemps conformiste et codifié.

Cher Dominique, c'est grâce à des hommes rares comme vous que pour des réalisateurs comme nous, issus de la diversité, le parcours semé d'embûches et jonché de préjugés s'est transformé en une magnifique voie.

Le cinéma m'a donné une identité, celle de réalisatrice, pour reconstruire celle que j'étouffais : fille d'immigré. Le cinéma m'a permis à mon tour de mettre le projecteur sur toute une composante de la société française issue de l'immigration qui vivait dans le hors-champ de la France.

Mon engagement de réalisatrice a été de tenter de libérer une parole sans laquelle il ne peut y avoir de lien avec le monde extérieur. Ce lien, c'est bien la langue française.

Aujourd'hui j'ai l'honneur d'être ministre de la Francophonie et je poursuis cet engagement avec la même énergie, la même flamme car ma priorité est d'apporter un nouveau souffle à cette langue française pour qu'elle devienne ce fleuve nourricier qui réunit tous les pays francophones et les centaines de millions d'hommes et de femmes qui la font vivre et circuler à travers les cinq continents.

Cette langue française doit aujourd'hui devenir cette langue égalitaire et solidaire, elle doit être le ciment de la diversité des peuples et le cinéma a un rôle essentiel à jouer dans la réussite de cet engagement car les réalisateurs des pays francophones nous apportent une vision singulière de leurs sociétés, mais ils ont en commun ce socle puissant qu'est la langue française et ils nous donnent à voir et à entendre une francophonie vivante, une francophonie moderne, une francophonie en pleine mutation.

Angoulême, pendant la durée du festival, devient l'agora des échanges francophones venus du monde entier et en particulier de l'Afrique. Je rappelle qu'en 2050, il y aura 700 millions de locuteurs francophones dont 80 % sur le continent africain.

Mesdames et Messieurs,

En rendant hommage aujourd'hui au cinéma sénégalais, un des plus anciens et des plus vivants, vous perpétuez le travail de mémoire qui permet d'éveiller les consciences.

Je suis heureuse du choix du Sénégal, grand pays de la Francophonie, patrie du poète président Léopold Sédar Senghor et d'Abdou Diouf, actuel Secrétaire général de la Francophonie.

Grâce à l'existence d'un festival comme celui d'Angoulême, année après année, la Francophonie acquiert une dimension à hauteur d'homme, il fait bouger le curseur des préjugés, il contribue à faire changer le regard porté sur l'espace francophone et les peuples qui le composent.

J'aimerais citer une phrase de Nelson Mandela, anglophone aux portes de la Francophonie : «Ce qui se fait pour nous, sans nous, se fait contre nous».

Tel est le défi du cinéma francophone.

Merci Angoulême, Merci le Sénégal, Merci le Festival./.

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9. Décès de Neil Armstrong - Communiqué du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche - Paris, 26 août 2012

 

C'est une figure emblématique de la conquête spatiale qui vient de disparaître : l'astronaute américain Neil Armstrong, premier homme à avoir marché sur la lune.

En se posant sur la lune à bord du module Eagle en juillet 1969, il avait eu ces mots désormais célèbres : «C'est un petit pas pour l'homme mais un bond de géant pour l'humanité». Cet homme discret et modeste était devenu un héros planétaire, une icône de l'odyssée de l'espace pour son pays, les États-Unis, mais aussi pour tous les pays engagés dans l'aventure spatiale.

À l'heure où la filière spatiale française, en collaboration avec la NASA, met son expertise au service d'une nouvelle aventure scientifique avec la mission du robot Curiosity sur Mars, Geneviève Fioraso tient à saluer la mémoire de ce grand homme qui a prouvé que la Science permet de relever des défis longtemps jugés inaccessibles./.

(Source : site Internet du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche)

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10. Déclarations du porte-parole du MAE - République centrafricaine/Signature de l'accord de paix par la CPJP - Afghanistan/Incidents dans la province du Helmand - Exécutions en Gambie - Élections législatives en Guinée - Entretien entre le ministre des Affaires étrangères et le Secrétaire général de l'UPM - Réunion de travail de M. Ayrault, Premier ministre et de Mme Conway-Mouret, ministre déléguée chargée des Français de l'étranger, avec les parlementaires représentant les Français hors de France

 

1 - République centrafricaine - Signature de l'accord de paix par la CPJP - Paris, 28 août 2012

Nous nous félicitons de la signature de l'accord global de paix en République centrafricaine par la CPJP (Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix). Celle-ci était le dernier mouvement rebelle d'origine centrafricaine encore en activité.

La France encourage désormais les autorités centrafricaines à mettre en oeuvre le processus de Désarmement Démobilisation et Réintégration (DDR) des anciens rebelles sur tout le territoire afin de renforcer la sécurité en RCA.

2 - Afghanistan - Incidents dans la province du Helmand - 10 soldats afghans tués et 17 villageois décapités - Paris, 28 août 2012

La France condamne fermement les actes de barbarie perpétrés hier sur des civils - décapitation de 17 personnes - dans la province méridionale du Helmand ainsi que l'attaque d'un poste militaire au cours de laquelle des soldats des forces de sécurité afghanes ont été tués.

La France exprime sa plus vive émotion et présente ses sincères condoléances à la population afghane. Elle rappelle sa pleine solidarité avec les autorités afghanes dans la lutte contre la violence qui agite le pays.

Nous espérons que la justice afghane puisse identifier les auteurs de ces crimes afin qu'ils soient punis.

3 - Exécutions en Gambie - Paris, 28 août 2012

La France condamne l'exécution de neuf condamnés à mort en Gambie.

Nous rappelons notre ferme opposition à la peine capitale et nous exhortons le président Jammeh à ne pas poursuivre les exécutions et à commuer toutes les condamnations à la peine de mort en peines de détention. La France appelle également la Gambie à rétablir le moratoire qui avait prévalu de 1981 jusqu'à ce jour et à abolir définitivement cette peine./.

4 - Élections législatives en Guinée - Paris, 28 août 2012

La France suit avec attention l'évolution de la situation en Guinée où des manifestations ont eu lieu hier à l'initiative de l'opposition qui réclame la tenue d'élections législatives libres et transparentes reportées sine die par le président Condé.

La France demande solennellement au président Condé et à l'ensemble des acteurs politiques guinéens de faire preuve de responsabilité et de tout mettre en oeuvre pour relancer le processus électoral.

La Guinée a besoin d'élections législatives sereines et transparentes pour que l'Assemblée nationale devienne le cadre institutionnel d'expression des forces politiques.

5 - Entretien entre le ministre des Affaires étrangères et le Secrétaire général de l'UPM - Paris, 27 août 2012

M. Laurent Fabius a reçu, le 27 aout 2012, M. Fathallah Sijilmassi, le Secrétaire général de l'Union pour la Méditerranée (UpM), dont le siège est à Barcelone.

M. Sijilmassi a exposé ses priorités et l'état d'avancement des projets de coopération concrets mis en oeuvre par le Secrétariat général de l'UpM (notamment une usine de dessalement de Gaza, des autoroutes du Maghreb, des projets universitaires) depuis sa nomination, le 1er mars dernier. Le ministre a partagé les orientations tracées par M. Sijilmassi.

La question de la nécessaire appropriation des projets par les pays des deux rives de la Méditerranée et de la mise en oeuvre d'actions structurantes ont également été évoquées, ainsi que le besoin d'un renforcement de l'articulation avec la politique menée par l'Union européenne dans cette région.

6 - Réunion de travail de M. Jean-Marc Ayrault, Premier ministre et de Mme Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée chargée des Français de l'étranger, avec les parlementaires représentant les Français hors de France - Paris, 27 aout 2012

Le Premier ministre a reçu aujourd'hui Mme Hélène Conway-Mouret, ministre déléguée chargée des Français de l'étranger. Cette rencontre a été suivie d'une réunion de travail avec les parlementaires représentant les Français hors de France afin de faire le point sur l'action du gouvernement au profit de nos communautés hors de France.

Pour répondre aux attentes de nos compatriotes expatriés, Mme Hélène Conway-Mouret a lancé plusieurs chantiers prioritaires qui seront menés en partenariat avec les autres départements ministériels concernés et en étroite concertation avec les élus :

- la réforme du dispositif d'aide à la scolarité dans un esprit de justice et d'amélioration du soutien aux familles qui s'inscrit au sein d'une réflexion plus globale de l'enseignement français à l'étranger ;

- l'évaluation des missions de notre réseau consulaire, outil efficace à la disposition de nos compatriotes hors de France ;

- la réforme devenue nécessaire de la représentativité des Français de l'étranger ;

- les mesures visant à améliorer la sécurité des communautés françaises à l'étranger, priorité de son ministère ;

- enfin, à la demande du ministre des Affaires étrangères, le ministère délégué chargé des Français de l'étranger sera étroitement associé au renforcement de notre diplomatie économique, contribution à l'effort national de redressement. Mme Hélène Conway-Mouret s'attachera en particulier à développer ses relations avec les acteurs économiques installés à l'étranger./.

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11. Gambie - Exécutions - Déclaration de la Haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Mme Catherine Ashton - Bruxelles, 26 août 2012

Je condamne fermement les exécutions qui, selon les informations qui me sont parvenues, ont eu lieu le jeudi 23 août 2012. Le président Jammeh ayant annoncé son intention de procéder à l'exécution de tous les condamnés à mort avant la mi-septembre.

Je demande l'arrêt immédiat des exécutions. Je rappelle les engagements internationaux pris par le gouvernement de la Gambie, ainsi que les engagements relatifs au respect des droits de l'Homme figurant dans l'accord de Cotonou, qui régit les relations entre l'Union européenne et la Gambie. Au vu de ces exécutions, l'Union européenne va examiner de toute urgence la réponse appropriée à apporter./.

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12. Nomination

Le Journal officiel du 28 août 2012 publie la nomination de M. Yves Carmona, en qualité d'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République française auprès de la République démocratique populaire lao, en remplacement de M. Jean-René Gehan./.

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