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Déclarations officielles de politique étrangère du 12 décembre 2017


Sommaire



1. Climat - One Planet Summit - Union européenne - Entretien de M. Emmanuel Macron, président de la République, avec le quotidien «Le Monde» - Extraits (Paris, 13/12/2017)

Q - Quinze mille scientifiques internationaux ont publié, mi-novembre, un appel pour alerter sur l'état de la planète et dire qu'il sera «bientôt trop tard pour agir». Estimez-vous, comme eux, que notre modèle de développement n'est pas viable pour l'humanité ?

R - Oui ! Et je me réjouis que ce constat soit de moins en moins contesté. La prise de conscience s'est progressivement faite sur les vingt dernières années, puis il y a eu un moment et un engagement forts sur le plan juridique et diplomatique avec la COP21 et l'Accord de Paris. Mais cet accord ne comporte pas de mécanisme de sanction et a été fragilisé par la décision américaine d'en sortir. Les engagements internationaux nous placent aujourd'hui sur une trajectoire de 3,5°C de réchauffement de la planète. Nous sommes donc très loin de l'objectif de l'Accord de Paris de contenir la hausse des températures sous le seuil de 2°C, et si possible 1,5°C. Sans une mobilisation beaucoup plus forte, un choc dans nos propres modes de production et de développement, nous n'y parviendrons pas.

Q - Quel choc ?

R - Une série d'actions aux niveaux national, européen et international. C'est l'objectif de ce sommet du 12 décembre. Nous ne pouvons plus nous contenter de déclarations. Le système des conférences climat [les COP] présente un intérêt diplomatique et a le mérite de placer les acteurs gouvernementaux sous tension, dans le cadre d'un multilatéralisme. C'est pourquoi il faut aussi continuer à avancer sur ce chemin. Mais nous voyons bien ces dernières années que ce sont les régions, les villes, les acteurs privés, l'ensemble du secteur financier privé et public qu'il faut dorénavant mobiliser pour passer à l'étape d'après, en réorientant les flux vers un modèle productif différent et en transformant les comportements.

Q - Incluez-vous dans ce «choc», comme le demandent les experts, le renoncement à exploiter les réserves mondiales de ressources fossiles, qui représentent 85% des émissions humaines de gaz à effet de serre ?

R - Oui. Et nous le prouvons : la France est le premier pays à le faire concrètement. À l'horizon 2040, nous aurons cessé toute exploitation des gisements de pétrole et de gaz du sous-sol national, en métropole et en outre-mer. Pour ce faire, d'ici la fin de l'année, nous aurons voté les dispositions pour en finir avec les hydrocarbures, et nous n'accorderons plus de permis de recherche, y compris offshore. Nous avons un modèle productif qui nous permet de le faire plus vite que d'autres, mais il faut collectivement organiser la transition de toutes nos économies vers la fin de l'exploitation de fossiles.

Q - Pour la France, c'est presque symbolique, compte tenu de la faiblesse de la production nationale... Comment convaincre les gros pays producteurs ou les pays pauvres ?

R - Les conséquences sont évidemment différentes selon les catégories de pays. Mais parmi les pays développés, certains n'empruntent même pas le début de ce chemin. Le gaz de schiste continue ainsi à figurer dans les priorités des États-Unis, et le charbon continue à occuper une place importante dans le modèle productif de plusieurs pays européens. Tout cela n'est pas cohérent avec nos engagements. Chacun va dorénavant devoir se mettre en cohérence avec ses engagements internationaux. Par ailleurs, nous sensibiliserons plus directement les pays dont l'économie dépend du modèle hydrocarbures, notamment les puissances gazières ou pétrolières, et nous les aiderons à diversifier leur économie. L'environnement actuel, avec notamment la dépréciation du prix du pétrole, peut nous y aider. Enfin, il reste la grande question des pays en développement. L'objectif du sommet d'aujourd'hui, organisé avec la Banque mondiale, est de tout faire pour les aider à se développer sans passer par la case des énergies fossiles. La clé, c'est que la Banque mondiale ainsi que tous les financeurs et bailleurs internationaux réorientent leurs financements pour soutenir moins de projets faisant appel aux énergies fossiles et beaucoup plus ceux utilisant l'énergie solaire ou éolienne.

Q - Faut-il aller plus loin en direction des entreprises françaises en les incitant ou en les contraignant à ne plus investir dans les énergies fossiles ?

R - Nous utilisons ces deux outils. Nous avons, par exemple, décidé de fermer avant la fin du quinquennat les centrales à charbon. Mais la contrainte n'est pas une solution applicable à tous les secteurs. Concernant les véhicules par exemple, notre objectif est d'inciter beaucoup plus à l'achat d'électriques et d'hybrides, et c'est pourquoi nous avons poursuivi la politique de bonus à l'achat et nous augmentons par ailleurs progressivement les taxes sur le diesel pour mettre fin à terme à l'avantage dont disposait ce carburant. Nous plaidons aussi pour un standard d'émissions ambitieux pour les véhicules neufs au niveau européen. Mais interdire totalement les véhicules essence et diesel de manière contraignante, ce n'est pas réaliste à court terme. Ce qu'il faut plutôt faire dans le secteur privé, c'est la constitution d'une coalition pour accélérer les investissements dans le renouvelable et dans les nouveaux modes de production. Nous incitons les grandes entreprises énergétiques à le faire, notamment celles dont nous sommes actionnaires, comme EDF, qui est en train de s'engager de plus en plus massivement dans le solaire et l'éolien offshore. Ce que nous voulons faire, c'est changer l'orientation des financements du secteur privé, qu'il s'agisse de l'assurance, des banques, des fonds souverains. Car le nerf de la guerre est là. C'est comme cela que nous parviendrons à faire levier pour changer notre système en profondeur.

Q - Comment ?

R - C'est une proposition que nous faisons à l'occasion du sommet, en direction notamment des régulateurs, pour prendre en compte l'objectif de transition climatique dans les réglementations financière, bancaire et assurantielle. Nous devons également mobiliser l'argent privé vers le financement de ces projets. Pour ce faire, deux coalitions très importantes vont être annoncées aujourd'hui : la coalition des philanthropes pour contribuer beaucoup plus à la lutte climatique avec, en particulier, les financeurs américains qui sont prêts à compenser une partie de l'engagement public fédéral américain, et une coalition des fonds souverains. Grâce, notamment, à l'implication très forte de la Norvège, plusieurs fonds souverains vont s'engager à financer massivement la transition énergétique. Outre la Norvège, il s'agit des fonds souverains des Émirats arabes unis, du Koweït et de la Nouvelle-Zélande. Ils représentent, ensemble, des milliers de milliards de dollars.

Q - L'opulence de ces fonds est liée à l'exploitation des énergies fossiles. C'est une forme de paradoxe !

R - Oui, mais si ces économies de rente acceptent de mettre une partie de leurs ressources sur le financement de la transition, tout le monde est gagnant, et d'abord la planète. C'est la condition pour que ces pays sortent des énergies des fossiles. C'est aussi la condition pour une vraie transition géopolitique, parce que derrière tous ces sujets - l'urgence de la planète, l'avenir de notre génération -, on parle d'une géopolitique contemporaine. Ces économies de rente, ce sont celles qui induisent les grands déséquilibres que l'on connaît, par exemple, au Proche et Moyen-Orient. On ne peut pas prétendre gérer la construction de la paix et lutter contre les déstabilisations géopolitiques de la planète sans traiter ce sujet.

Q - Les philanthropes sont-ils en train de combler le vide financier laissé par les États ?

R - D'un État en l'espèce, l'État fédéral [américain] ! Les villes, les régions, les États fédérés et les acteurs privés américains sont en situation de compenser la contribution de Washington. Bill Gates annoncera ainsi 600 millions d'euros fléchés vers l'adaptation, la France complétera pour atteindre le milliard. Mais l'annonce budgétaire la plus importante pour la France, c'est l'augmentation des crédits dédiés à l'adaptation environnementale des pays du Sud, pour les porter à 1,5 milliard par an à partir de 2020. C'est cohérent avec l'engagement que j'ai pris de consacrer 0,55% du revenu national brut à l'aide publique au développement en 2022.

Q - Nicolas Hulot avait dit, avant de devenir ministre, que c'est le pape et la finance qui sauveraient le climat...

R - Ce qui sauvera le climat, ce ne sont plus des grands sommets diplomatiques classiques, c'est une mobilisation de tous les jours, c'est beaucoup plus de transparence, c'est des aiguillons permanents et c'est l'ensemble des composantes de la société. C'est exactement pour cela que ce sommet a été conçu. Son objectif est d'allier des messages d'indignation - parce que les gens se sont endormis - et un appel à la mobilisation, l'action concrète. Depuis l'Accord de Paris, plein de sujets ont été abandonnés ou laissés en jachère. Aujourd'hui, nous dévoilons une douzaine de grands engagements. Ce ne sera donc pas une déclaration classique, mais une déclaration d'action.

Q - Les COP ne sont plus le lieu de l'action climatique ?

R - C'est un cadre, mais il est gouvernemental. Or, comme vous l'avez vu dans les COP qui ont suivi l'Accord de Paris, et comme la société civile internationale a eu raison de s'en émouvoir, les gouvernements peuvent s'endormir ! On parle de temps long. Or, nos démocraties ont une préférence pour le temps court, il faut donc que la conscience citoyenne puisse peser sur l'action de long terme des gouvernements. La bonne image qu'a aujourd'hui la France à l'international correspond au leadership que nous avons repris sur le climat suite à la perte de ce leadership par les États-Unis d'Amérique. L'investissement dans la transition climatique va devenir un bon argument pour que nos entreprises attirent de nouveaux investisseurs et de nouveaux clients.

Q - Vous avez relancé récemment le projet d'une taxe sur les transactions financières (TFF) à l'échelle européenne, mais celle-ci continue de diviser les Européens...

R - Pour éviter des débats techniquement compliqués, j'ai proposé quelque chose de simple : relançons la coalition autour du modèle de TTF à la française. Elle ne nuit pas à notre compétitivité financière puisque nous l'avons déjà. Or, la TTF n'a pas fait fuir nos banques, nous sommes même en train d'en attirer suite au Brexit ! Je propose donc que nous la généralisions à tous les pays prêts, et que nous consacrions le produit de cette taxe à la transition climatique. Je souhaite donc qu'en 2018, nous avancions concrètement sur ce sujet. La Belgique est prête à la faire, nous pouvons avoir une vraie discussion avec l'Italie, et l'Allemagne peut également se joindre à nous.

Q - Vous défendez un prix plancher de la tonne de CO2 à 30 euros à l'échelle européenne pour faire changer les comportements. Comment convaincre des partenaires réticents ?

R - Là où le sommet fera apparaître un manque européen, c'est sur le prix du CO2. L'Europe n'est pas au rendez-vous. Pourtant, plusieurs pays européens sont prêts à aller plus loin. Si l'on veut changer les comportements, il faut un prix plancher à 30 euros la tonne et une taxe aux frontières. Il faut prévoir des mécanismes pour aider les industriels qui seront pénalisés, mais aussi un mécanisme qui associe le plus grand nombre d'États possible, car cela n'a de sens que si c'est un effort collectif. Je compte beaucoup sur la capacité de notre partenaire allemand à avancer avec nous. Je sais que beaucoup de lobbys sont contre - le lobby de l'automobile, celui de l'industrie lourde -, mais sans ce choc pour modifier les comportements productifs, nous n'obtiendrons pas de résultat.

Q - La France est en retard sur l'énergie renouvelable. Que faire ?

R - Dans les économies développées, le financement ne manque pas pour les projets climatiques et les projets environnementaux. Qu'est-ce qui manque ? Une accélération des projets. Le coeur de la bataille dans les pays européens, et notamment en France, c'est d'aller beaucoup plus vite sur les projets de renouvelable. Il faut pour cela adapter la réglementation. La loi sur le «droit à l'erreur» est une première étape de cette transformation en profondeur de nos règles et de nos procédures. Nous devons simplifier les procédures d'autorisation et accélérer massivement le traitement des recours. Car ce sont les projets environnementaux qui font l'objet du plus grand nombre de recours ! Nous sommes également très mauvais sur le délai des raccordements aux réseaux électriques, parce qu'il s'agit d'une économie de rente.

Q - Vous avez listé une série d'engagements qui seront tenus d'ici la fin du quinquennat, mais il y a un premier coup de canif, c'est la diminution de la part du nucléaire...

R - Non. Ce n'est pas un coup de canif du tout. J'ai toujours été clair. D'abord, il faut sortir d'un débat qui est totalement fallacieux : le nucléaire n'est pas une énergie qui est mauvaise pour le climat. Que donnerait la sortie accélérée du nucléaire ? À court terme et à technologie constante, cela conduirait à maintenir et même à ouvrir des centrales à charbon ou thermiques. Nous vivions donc, jusqu'à présent, dans une immense hypocrisie française : pour que les 50% soient atteignables en 2025, il aurait fallu fermer plusieurs centrales nucléaires durant le précédent quinquennat. Donc ma position sur le nucléaire est à la fois très claire et très ambitieuse : nous allons descendre le plus vite possible vers 50% de nucléaire, mais à condition de ne pas émettre plus de gaz à effet de serre !

Q - Pourquoi ne refixez-vous pas une échéance ?

R - Je souhaite que la programmation pluriannuelle de l'énergie qui sera présentée en 2018 puisse fixer une trajectoire qui soit, cette fois-ci, crédible.

Q - Il n'y a donc pas de nouveau calendrier ?

R - Non. Nicolas Hulot, avec beaucoup de courage, est sorti d'une hypocrisie française. On avait fixé un agenda intenable sans prendre les décisions qui allaient avec, sans programmation pluriannuelle. Voilà la réalité. Si l'on est d'accord pour considérer que la première priorité, c'est le réchauffement climatique, l'urgence est alors de fermer des centrales thermiques et celles au charbon. Or, personne ne l'avait fait. Nous allons le faire avant la fin du quinquennat, je ne renvoie pas cette décision à mes successeurs. Donc, si je veux tenir notre agenda concernant le climat, je ne peux pas accélérer de manière indue l'agenda nucléaire. Parce qu'une forte baisse de capacité nucléaire ne peut pas être immédiatement remplacée par du renouvelable, car les sources d'énergie renouvelable comme le solaire ou l'éolien sont intermittentes. Tels que sont faits les réseaux, nous ne pouvons pas remplacer plusieurs gigawatts de nucléaire par autant de gigawatts d'éolien ou de solaire. À technologie constante, la seule façon de le faire massivement, et d'ailleurs le cas allemand le montre bien, ce serait d'ouvrir du thermique ou du charbon ou de recourir à du gaz acheté à l'étranger - et cela, c'est à la fois réduire notre souveraineté et accélérer le changement climatique. Je ne le veux pas et je l'assume totalement.

Q - Et Fessenheim ?

R - Je tiens mon engagement : Fessenheim sera fermée et sera totalement fermée, je ne reviens pas en arrière. Je n'exclus aucune autre décision de fermeture de centrale, y compris durant le quinquennat, mais ça dépend du chemin critique qui sera trouvé pour être réaliste sans augmentation de nos émissions de gaz à effet de serre. Je ne fermerai pas des centrales pour donner des gages politiques. Je fermerai des centrales le jour où je serai certain que ça n'aggrave pas le réchauffement climatique.

Q - La programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) définira-t-elle le nombre de réacteurs à fermer ?

R - La PPE définira nos capacités en réacteurs nucléaires. Tout cela dépend de quoi ? D'une accélération sur la production d'énergie renouvelable. Et de deux choses sur lesquelles je ne suis pas éclairé aujourd'hui : l'avancée de nos recherches sur le stockage pour compenser l'intermittence des énergies renouvelables, et le calendrier de l'ASN [Autorité de sûreté nucléaire] sur le plan de la sûreté des centrales nucléaires aujourd'hui en service. Je ne transigerai en rien sur la sûreté. Et donc, pour être très concret, si l'ASN me dit qu'il faut fermer des centrales durant le quinquennat pour des raisons de sûreté, ce sera fait.

Q - À l'échelle européenne, comment faire pour convaincre des pays très réticents d'aller dans le sens de la transition écologique ?

R - Concernant les émissions de CO2, je considère que nous ne sommes collectivement pas au rendez-vous. La Commission européenne est prête à s'engager sur de nombreux points, notamment pour réorienter ses financements et prendre davantage en compte la priorité écologique. Mais nous affrontons sur ce sujet tout le problème du fonctionnement de l'Europe. Est-ce que, sur ce sujet, nous devons uniquement avancer à 27 ? À la Sorbonne, j'ai donné une méthode en proposant de faire de la coopération renforcée avec certains pays pour créer une dynamique, avancer concrètement dès à présent. Qu'est-ce qui définit la souveraineté européenne ? Ce n'est certainement pas le statu quo. Ce qui m'intéresse, c'est plutôt de savoir quels sont les États qui ont envie de travailler ensemble sur les sujets environnementaux, numériques, sociaux, de défense, de migration, et sont prêts à s'engager pour faire un geste de plus.

Si l'Europe n'est pas au rendez-vous, elle peut perdre sa souveraineté énergétique. Si nous refusons de sortir du charbon et si nous n'excluons pas l'ouverture de nouveaux projets avec des puissances qui ne sont pas nos plus grandes amies, sous prétexte qu'elles peuvent nous fournir du gaz, nous risquons de ne pas être au rendez-vous de la lutte contre le réchauffement climatique et de perdre en outre de la souveraineté géopolitique. Tout se tient ! La solution est donc dans la coalition des bonnes volontés : quels sont les États européens prêts à avancer rapidement ? Plusieurs s'exprimeront à ce sujet aujourd'hui.

Q - Quitte à assumer une Europe à deux vitesses ?

R - Mais l'Europe est déjà à plusieurs vitesses ! Ce dogme selon lequel l'Europe serait un monolithe homogène est faux. Vous avez l'Europe de Schengen, l'Europe de la zone euro... Je préfère une Europe à plusieurs vitesses de l'ambition à une Europe à plusieurs vitesses de la résignation. Il faut assumer d'avoir une avant-garde composée de pays qui ont envie d'aller plus loin, notamment sur les questions énergétiques.

Q - Plusieurs ONG considèrent que vous tenez de grands discours à l'international, mais menez peu d'actes concrets au niveau national. Par exemple, sur la part du nucléaire, mais aussi sur le glyphosate...

R - Où en étions-nous avant que la France intervienne ? Nous allions tranquillement vers une reconduction du glyphosate pour dix ans en Europe ! C'est la France qui a mis le pied dans la porte. Si on ne l'avait pas fait, personne n'aurait bougé. Nous avons mis le maximum de pression. Au final, côté européen, nous avons limité la reconduction à cinq ans, ce qui est deux fois moins que ce qui était initialement prévu, et nous avons fixé, côté français, l'objectif d'en sortir dans trois ans.

J'entends et je respecte les activistes qui voudraient sortir avant-hier, mais je suis en charge de l'intérêt général. Aujourd'hui, il y a des agriculteurs français qui, en toute honnêteté, ne savent pas faire sans Roundup. Par ailleurs, l'INRA [Institut national de la recherche agronomique] explique qu'il n'y a aujourd'hui pas de substitut au glyphosate qui garantisse une compétitivité égale, sauf à désherber à la main. Nos agriculteurs ne pourraient donc pas tenir face aux Italiens, aux Espagnols, aux Belges qui continueraient à utiliser le glyphosate.

Q - Qu'allez-vous faire dans les trois ans qui viennent ?

R - Nous allons accélérer la recherche et lancer une coopération renforcée. J'ai pris au mot la chancelière Merkel, lorsque je l'ai vue au sommet d'Abidjan en lui disant : «Tu as dit que tu étais contre [la position prise sur le glyphosate par le ministre de l'agriculture allemand] ? Très bien, je te propose une coopération renforcée, nous on essaie de le faire en trois ans.» Elle m'a répondu : «Chiche.»

Tous les États membres prêts à trouver en trois ans une alternative au glyphosate sont les bienvenus. Il y aura toujours des voix pour dire que ce n'est pas assez. Mais je prends des engagements clairs et cohérents, je ne suis jamais dans les incantations. Je refuse les débats polarisés entre ceux qui ne veulent jamais rien changer et ceux qui voudraient tout changer tout de suite. Sur le glyphosate, je me bats aussi contre les lobbys et au niveau européen pour avoir une expertise indépendante. Il est intolérable d'avoir une expertise faussée par des intérêts partisans.

(...)./.

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2. Climat - One Planet Summit - Discours de M. Emmanuel Macron, président de la République, à l'occasion de la réunion «Tech for Planet» à la Station F (Paris, 11/12/2017)

Madame la Ministre,

Monsieur le Ministre,

Merci de nous accueillir ; merci à NUMA pour l'organisation ; à Station F une fois encore et à la ville de Paris pour l'accueil dans ces lieux,

Bonjour à vous parce qu'il y a beaucoup de travailleurs un peu partout dans les box et tout autour de nous,

Je ne vais pas vous faire un long discours parce que ce qui compte, c'est l'action et c'est ce que vous êtes en train de faire et le choix que vous avez fait.

(Partie du discours en anglais)

Ce qu'on vient de voir et ce que cette journée véritablement consacre, c'est l'engagement collectif pour plus d'action. Il y a eu énormément de débats, des choses importantes qui ont été faites ; l'accord de Paris il y a presque deux ans jour pour jour, a été une étape fondamentale ; mais on est maintenant dans une nouvelle phase, dans la phase de l'action. Moi je ne suis pas persuadé que dans les années qui viennent, on aura de nouveaux grands textes diplomatiques. On en pousse un - la France l'a lancé avec le Pacte mondial pour l'environnement et on va se battre pour - mais la priorité, c'est de faire le maximum au niveau français, européen, international pour être au rendez-vous de nos engagements et pour que celles et ceux qui sont là - notre génération parce que nous sommes tous contemporains - fassent ce qu'il faut pour tenir les engagements pris. Je vous rappelle que l'engagement pris, c'est 1,5 degrés d'augmentation moyenne de la température mondiale, pas plus. Aujourd'hui, si on continue sur la tendance, on est à au moins 3,5. Donc cela veut dire que maintenant, tout de suite, on doit agir pour changer profondément les choses. Et en même temps, il faut agir pour celles et ceux qui viendront et qui eux n'ont pas le choix, qui hériteront d'une planète qui est peut-être déjà condamnée, qui naîtront peut-être dans un pays, dans un archipel, dans un continent où c'est déjà peut-être décidé parce qu'on n'aura pas agi. Et je pense que c'est profondément la responsabilité, pas simplement des gouvernants, des financeurs, des entrepreneurs, des universités, de toutes celles et ceux qui ont une part de l'action collective, d'agir.

C'est l'objectif de ce «One Planet Summit» de demain avec une douzaine de grandes actions que nous expliquerons et sur lesquelles nous allons nous engager collectivement, avec une surveillance étroite de nos concitoyens mais c'était aussi l'objectif des initiatives que nous avons voulu prendre au niveau français. Et donc ce soir, je veux vraiment saluer ces deux initiatives : la première - «Tech for planet» - celle que vous avez prise et je veux vraiment féliciter vos trente lauréats, féliciter et remercier toutes les entreprises françaises qui ont à vos côtés, aux côtés de NUMA, décidé de faire la sélection, de s'engager pour mettre en lumière justement ces entreprises qui sont soit dans des phases d'incubation, soit dans des phases d'accélération ou des phases déjà de commercialisation et qui, grâce à cette initiative, vont aller plus loin, plus fort, plus vite pour aider aujourd'hui à la lutte contre le réchauffement climatique, pour permettre - qui avec de la mayonnaise, d'autres avec des bulles d'eau ou des machines à laver - de participer à cette transformation et de faire qu'on apporte une réponse aujourd'hui en créant de l'activité, en créant des emplois. Donc félicitations à tous les lauréats véritablement de l'initiative «Tech for planet».

La deuxième initiative, «Make our planet great again», c'est la sélection de ces 18 projets qui viennent du monde entier, avec des chercheurs de toutes les nationalités, y compris des chercheurs et des chercheuses françaises qui décident ce faisant de revenir, dont le but est en effet de dire : si on veut préparer ces entreprises de demain, si on veut préparer ces changements collectifs, si on veut mieux comprendre ce qui se passe, adapter nos comportements, on a besoin de la science. Vous l'avez dit, on a besoin des étudiants, on a besoin des chercheurs ; c'est pour cela que la France d'ailleurs s'est engagée - je l'ai annoncé à Bonn il y a quelques semaines - à remplacer la part que les Américains ont abandonnée dans le financement du GIEC et on sera là au rendez-vous pour financer - Français, Européens - la part du GIEC qui a été laissée par les États-Unis d'Amérique pour qu'il n'y ait pas un centime en moins et que donc tout ce que fait le GIEC pour mieux comprendre les changements climatiques, soit financé comme c'était prévu. Mais derrière, il y a l'initiative qui a été prise et il y a surtout l'immense travail et je veux vraiment vous remercier, remercier l'équipe du CGI - Cher Louis Schweitzer - vous remercier, Madame la Professeure, pour le travail qui a été accompli, l'expertise scientifique, technique qui a été mis au service de ce projet pour que les meilleurs soient ici sélectionnés.

Et donc vous allez maintenant venir vous installer, développer des projets, fertiliser la recherche française, européenne avec vos projets parce qu'on a décidé de vous donner des moyens encore démultipliés et de reconnaître pleinement ce que vous êtes en train de faire. Et le fait qu'il y ait ce bouillonnement avec des entreprises, des investisseurs - start-up, grands groupes - des chercheurs, des étudiants, c'est la clé de ce succès et de la transformation que je veux pour notre pays et pour le continent. C'est montrer que la lutte contre le réchauffement climatique, cela n'a rien de défensif ; c'est une bataille pour préparer l'avenir ; c'est un choix de société ; c'est un choix dans l'émergence des nouveaux savoirs que nous voulons voir advenir ; c'est le choix d'une vie en commun ; ce sont des emplois qui seront créés ; ce sont des développements nouveaux. Donc ce sont de formidables opportunités et non pas des choses à subir.

Alors oui, il faut un peu changer les réflexes passés ; oui, il faut se réorienter vers des priorités, oui il faut faire émerger de nouveaux acteurs plus vite mais somme toute, c'est un peu l'esprit du lieu, non, il m'a semblé ?! Donc c'est ce que vous allez aider à faire et je vous en remercie.

Donc je veux féliciter les 18 projets, féliciter aussi les étudiants qui viendront, à travers le projet «Make our planet great again», ce qui va donner de la vitalité justement à cet écosystème français d'innovations dont on a terriblement besoin.

Ce soir même, alors que nous nous parlons, une initiative est en train d'être signée avec le CNES, l'ensemble de ses partenaires, qui va permettre justement d'installer un système d'observation à l'international pour regarder justement les évolutions du climat. Cette initiative qui se fait au siège du CNES alors même que nous nous parlons ici, c'est la traduction que chaque minute en ce moment à Paris, il y a des initiatives qui sont en train d'être prises pour lutter contre le réchauffement climatique, pour innover, pour mieux comprendre. Et donc ce soir même, par cette initiative, on va mettre en place un système d'Observatoire mondial justement du réchauffement climatique par le partenariat du CNES avec ses partenaires alors même que le CNES a déjà fait en franco-allemand une initiative qui permettra justement, dès 2020, d'avoir les premières initiatives et les premiers satellites d'observation sur les phénomènes du réchauffement climatique.

Ce que je veux vous faire toucher du doigt, c'est que l'innovation la plus radicale, la recherche fondamentale, la recherche appliquée, tous les projets que vous menez, la recherche technologique et les innovations entrepreneuriales que vous conduisez, sont un continuum : celui qui nous permettra de gagner cette bataille contre le réchauffement climatique, celui qui nous permettra de «Make our planet great again» mais celui qui nous permettra aussi de faire de la France et de l'Europe le lieu où l'on décide de ce monde de demain.

Moi je refuse une double fatalité : celle qu'il y aurait forcément un réchauffement contre lequel on ne peut rien faire et celle qui fait qu'en quelque sorte le monde nous serait imposé et nous ne pourrions pas faire des choix profonds. Ce que vous êtes en train de montrer ici, ce soir, par votre engagement, par ces projets qui ont été sélectionnés, par votre engagement au quotidien, c'est exactement l'inverse : nous ne voulons pas du réchauffement climatique et on peut produire, créer des emplois, faire autrement si on le décide. Il n'y a pas de fatalité. Et nous, nous ne voulons pas détruire d'emplois, nous ne voulons pas se voir imposer des solutions pour répondre à ce défi demain, on veut les choisir, en créant des entreprises, des start-up, des projets de recherche, en ayant notre place et en ayant les vrais équilibres économiques, sociaux, environnementaux d'innovation qui font que ce monde de demain, ce sera celui qu'on aura choisi parce qu'on l'a fait.

Donc pour toutes ces raisons, merci d'être là, merci pour votre énergie, pour votre engagement ; pour votre énergie en tant que chercheurs, en tant qu'étudiants, en tant qu'investisseurs, en tant qu'entrepreneurs, en tant que grands groupes. Merci à vous pour cela ! Mais surtout, mois après mois, année après année, faites tout pour qu'on gagne cette bataille contre le réchauffement climatique et pour que nous changions ainsi profondément le visage de la France pour en faire le pays leader dans cette bataille parce que c'est notre vocation et que nous avons décidé de le faire !

Merci à vous !./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

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3. Climat - One Planet Summit - Intervention de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, à l'ouverture de la table ronde : «changer l'échelle de la finance pour l'action climat» (Paris, 12/12/2017)

Monsieur le Premier ministre,

Madame et Messieurs les Ministres,

Monsieur le Commissaire,

Depuis deux ans, la mobilisation n'a pas décrue et aujourd'hui, vous le savez, il y a 170 États qui ont ratifié l'Accord de Paris. Cela représente 87% des émissions mondiales de gaz à effets de serre, c'est essentiel. Par ailleurs, l'objectif qui nous rassemble aujourd'hui, c'est de répondre par des solutions concrètes et efficaces à l'enjeu que représente le financement pour le climat. Les travaux que nous engageons aujourd'hui visent à crédibiliser notre action, et à opérer sur le terrain le changement d'échelle indispensable.

Il y a beaucoup d'éléments qui ont été mis en oeuvre depuis deux ans, en particulier les éléments financiers. Je voudrais rappeler que l'objectif que nous nous sommes fixés de 100 milliards de dollars de financement public et privé d'ici 2020 est en mouvement. Je pense en particulier au fonds vert pour le climat - la France y contribue à sa hauteur - qui, comme d'autres fonds, alimente des projets concrets en nombre croissant.

Je voudrais citer quatre exemples très concrets de l'agenda de l'action qui constitue l'un des piliers de la COP21, et qui a été repris par la COP23 sous présidence fidjienne.

D'abord, l'initiative CREWS, avec un certain nombre de pays pour renforcer les systèmes d'alertes, au bénéfice des populations des pays les plus vulnérables face aux événements extrêmes. Ce mouvement est en cours, avec 40 pays et un investissement de 100 millions de dollars d'ici 2020.

Le deuxième exemple c'est l'érosion des sols car, sans action sur les sols, et en particulier sur les sols dégradés, nos chances de rester en-dessous des deux degrés sont quasiment nulles.

Sous l'impulsion de l'Agence française de développement, sous l'impulsion de Monique Barbut (Ndr : directrice de la division technologie, industrie et économie du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), la France va s'engager à hauteur de 30 millions d'euros dans le fonds pour la neutralité en matière de dégradation des terres, le fonds LDN, qui est géré par Mirova, filiale du groupe Natixis qui montre qu'il y a un bon croisement de l'investissement public et de l'investissement privé.

Le troisième exemple c'est l'érosion côtière qui a mobilisé singulièrement la Banque mondiale et singulièrement également mon pays, avec le programme dédié à ce sujet qui s'appelle le programme WACA. Notre mobilisation est cruciale, en particulier sur certaines situations. Je pense notamment à la situation de Saint-Louis du Sénégal et je plaide, aux côtés de la directrice générale de la Banque mondiale, pour qu'un soutien spécifique et exemplaire, un soutien d'ampleur soit mis en oeuvre pour Saint-Louis qui sera peut-être la référence de la plate-forme WACA.

Enfin, je pense aussi à l'initiative africaine pour les énergies renouvelables, l'AREI que nous appuyons résolument. Il importe que les projets qui sont initiés par l'AREI puissent aboutir, ils sont déjà au nombre de 19, avec une production totale attendue de près de 2 GW pour un total de 4 milliards d'euros d'investissements. Plusieurs programmes sont en attente pour le début de l'année 2018, il faut les faire progresser.

Vous le voyez, l'engagement des uns et des autres depuis 2015 est significatif et cette journée doit poursuivre la mobilisation collective, la mobilisation innovante et solidaire, au service des financements croisés, pour atteindre les objectifs que nous nous sommes donnés./.

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4. Climat - One Planet Summit - Initiative franco-mexicaine pour l'adaptation et la résilience au changement climatique dans les Caraïbes (Paris, 12/12/2017)

En marge du sommet One Planet, les ministres français et mexicain des affaires étrangères ont signé une déclaration d'intention sur l'Initiative franco-mexicaine pour l'adaptation et la résilience au changement climatique dans les Caraïbes.

Constatant la forte vulnérabilité de la région des Caraïbes aux effets du changement climatique, la France et le Mexique souhaitent, par cette initiative :

- approfondir la coopération scientifique dans la région des Caraïbes,

- renforcer leur collaboration dans le cadre des programmes existants en matière de prévention des risques dans les pays des Caraïbes

- s'associer pour trouver ou valoriser, dans les enceintes multilatérales et régionales, des solutions de financement contribuant à la lutte contre le changement climatique dans les pays des Caraïbes./.

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5. Climat - One Planet Summit - Secteur privé - Discours de M. Nicolas Hulot, ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire (Paris, 11/12/2017)

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Président du Medef

Mesdames et Messieurs les Présidents des grandes entreprises,

Monsieur le Président du R20, Cher Arnold,

Mesdames et Messieurs,

Il y a quelques minutes, j'ai rencontré un certain nombre d'entre vous qui m'ont présenté «L'engagement des entreprises françaises pour le climat». Ces entreprises, 91 si j'ai bien retenu le nombre, ont affirmé ce matin leur détermination à s'inscrire dans le Plan Climat de la France, à viser la neutralité carbone à l'horizon 2050, à mettre au coeur de leur activité les solutions face au climat.

C'est un premier acquis, une première réussite du One Planet Summit, voulu par le président de la République, que je veux saluer ici.

Il y a quelques années, personnes n'aurait pu imaginer cette transformation, cette métamorphose des entreprises françaises en faveur du climat.

Il y a quelques années, les oppositions étaient fortes entre ceux qui étaient convaincus qu'il n'existait pas d'alternatives aux modèles du 20ème siècle.

Il y a quelques années, dans les entreprises, ceux qui parlaient de développement durable étaient souvent considérés comme de gentils idéalistes, coupés des réalités économiques, ou simplement relégués à des fonctions subalternes.

Ils sont désormais au coeur du modèle économique de la plupart des entreprises, en France, mais aussi à l'international.

Il y a quelques années, si le ministre de l'environnement avait annoncé la fin de la voiture thermique, il aurait dû faire face au lobby forcené des constructeurs automobiles, des équipementiers, mais aussi des producteurs et des vendeurs de carburants. Aujourd'hui, ces acteurs ont répondu présent, quand en Juillet, j'ai fixé ce nouveau cap pour la France.

Il est loin le temps qui opposait les entreprises et les partisans de l'écologie.

Mesdames et Messieurs,

Grâce à la COP21, grâce à l'engagement de notre pays, de sa diplomatie, de ses associations, de ces territoires, de ses entreprises, nous sommes en train de poser les bases d'une nouvelle société, d'une nouvelle économie.

Cette économie, elle se rapproche du sens premier, essentiel de ce terme : celui de la gestion de la maison.

Ce mot, qui a en partage avec l'écologie la racine grecque «oikos», la maison, notre foyer à tous, la planète, c'est la boussole qui doit désormais vous guider.

Cette conversion, elle doit beaucoup à quelques pionniers, qui parmi vous, ont su écouter les cris d'alertes des scientifiques, ceux qui continuent aujourd'hui et auxquels nous ne serions nous résigner. Elle doit beaucoup aussi à des réseaux, comme ceux de vos directeurs et directrices du développement durable, qui ont su à la fois éclairer vos discussions stratégiques, mais aussi inventer les modèles économiques de demain.

La transition écologique et solidaire, elle a besoin de pionniers. Mais ceux-ci ne sauraient suffire, car face à l'urgence climatique, parce que nous savons que nous marchons sur le seuil de l'irréversible, nous avons besoin d'une mobilisation générale.

Le temps n'est plus aux débats, il est à l'action. Je suis venu vous le confirmer ici.
Il n'y pas d'issue heureuse pour notre économie, pour les emplois que vous créez, pour les biens et les services que vous produisez, en dehors du cadre de l'accord de Paris.

Ce cadre, il pose un nouvel horizon, celui de la neutralité carbone. Cet horizon, c'est le seul possible pour envisager un avenir apaisés, sans conflits, sans les inégalités et la pauvreté accrue par les désordres climatiques.

Ce cadre, c'est celui de l'impératif de solidarité, de celui qui considère que l'on ne peut condamner une partie du monde à regarder dans la misère s'effondrer les équilibres du climat, auxquels ils n'ont en rien contribué, tandis que d'autres tentent de s'abriter derrière des frontières, ou des murs.

Le projet économique de la neutralité carbone, il est enthousiasmant, parce qu'en réintroduisant de la vision, du sens dans les décisions du court terme, il pose de nouvelles fondations pour vous.

Il crée un cadre pour l'innovation, pour des ruptures technologiques qui vont participé à construire un monde sans pollution. Un cadre qui n'est plus une contrainte, mais une émancipation.

Une émancipation des énergies fossiles, qui appartiennent définitivement au passé. Une émancipation des déchets, à l'économie circulaire, qui au lieu de céder à la folie du pillage des écosystèmes et de l'empilement des déchets. Une émancipation qui met la technologie au service du progrès de tous, de la qualité de la vie.

Ce cadre, qui finalement n'est que la traduction concrète des limites de notre planète, de ses ressources, de la capacité nos écosystèmes à satisfaire nos besoins essentiels.

Il impose aussi que nous remettions au coeur du projet économique de notre pays, de l'Europe et du monde, les principes de l'économie sociale et solidaire.

Car l'entreprise, si elle a un rôle majeur dans nos société, parce qu'elle créé des emplois, produits de la richesse, ne peut s'extraire des travers de la mondialisation, de certains égoïsmes qui conduisent au creusement des inégalités.

C'est pourquoi avec Bruno Lemaire, avec Murielle Pénicaud, et avec l'aval du président de la République, nous allons faire évoluer l'objet social des entreprises, qui ne peut plus être le simple profit, sans considération aucune pour les femmes et les hommes qui travaillent, sans regard sur les désordres environnementaux.

Cette réforme, qui nous conduira vraisemblablement à modifier le code civil, elle fera en sorte que les principes et valeurs de cette économie sociale et solidaire, cette économie pionnière, celle qui tend la main, celle qui partage, celle qui préfère la coopération à la compétition, deviennent la norme et non plus l'exception.

Cette réforme est juste car elle incarne l'économie de l'avenir, celle qui concilie performance économique et intérêt général, celle qui répond aussi à l'aspiration première de tous vos collaborateurs, davantage encore des générations à venir qui placent le sens comme premier critère - et de loin : 72% - de motivation et de choix pour leur futur emploi.

C'est donc non seulement notre avenir collectif qui se joue, non seulement notre capacité à développer un capitalisme raisonné, une croissance durable de vos activités, mais aussi l'attractivité même de vos entreprises.

Je sais que nombre d'entre vous, de plus en plus nombreux, s'engagent dans cette nouvelle trajectoire économique au travers de politiques RSE ambitieuses, ou de fondations soutenant des actions d'intérêt général.

Je sais aussi que certains d'entre vous, Emmanuel Faber, PDG de Danone, Antoine Frérot pour Véolia se sont déclarés favorables à cette réforme de l'objet social de l'entreprise.

Cette évolution vous avez la responsabilité de l'incarner, de la faire vivre avec les territoires, et qui sont en train de basculer, cher Arnold, chère Michèle vers un monde sans pollution, sans émissions.

C'est dans ce cadre, celui du plan climat, que nous allons ensemble bâtir un «Green New Deal», un accélérateur de la Transition énergétique pour la France et l'Europe. Ce Green New Deal, il va poser pour tous les secteurs, les bases de la neutralité carbone.

Dans le secteur des énergies renouvelables, qui sont déjà, souvent, plus compétitives que les énergies fossiles, nous allons y aller «à fond». C'est une des conditions pour retrouver une forme de souveraineté énergétique, créer de l'emploi partout sur nos territoires, dont certains s'inventent déjà un avenir 100% renouvelable.

Dans le secteur de la mobilité se dessine un nouvel horizon, que beaucoup d'entre vous dévoilent déjà. Un horizon où les voitures n'ont plus de pot d'échappement, ou les bus et les trains deviennent électriques, ou fonctionnent à l'hydrogène, libérant les centres villes, les vallées alpines des épisodes de pollution. Cette transformation, elle doit être portée par tout un secteur, notamment dans le domaine des batteries, pour lequel nous avons besoin de champions.

Dans le secteur du logement, les bâtiments sont en train de devenir intelligents et producteurs d'énergies. Grace au digital, grâce aux savoirs faires de nos artisans, des PME et des grandes entreprises, la facture des français peut baisser de manière spectaculaire, tandis que de nouveaux modèles économiques émergent.

Dans l'industrie, l'économie circulaire, la chimie verte et l'innovation doivent aussi permettre de repenser la manière de produire.

Avec le Green New Deal, l'État sera aux côté de tous ceux qui jouent le jeu, et qui au lieu de tergiverser, de répéter «ce n'est pas possible», pour construire cette métamorphose.

Parce qu'il faudra accompagner la transformation des secteurs qui devront se reconvertir, je pense par exemple aux centrales à charbon, aux industries qui sont tournées vers les hydrocarbures, nous allons proposer des contrats de transition, qui permettront d'accompagner les salariés, les entreprises, mais aussi les territoires dans la construction d'un avenir sans énergies fossiles, vers l'agro-écologie et la protection de la biodiversité.

Ce Green New Deal, il va aussi porter un élan, une mobilisation des financements qui sont nécessaires pour changer d'échelle. L'État jouera son rôle, mais la finance doit le faire aussi. C'est aussi le rôle des collectivités, qui sont les premiers investisseurs publics, et qui peuvent mobiliser la commande publique pour créer les marchés de demain, qu'il s'agisse de restauration collective, de transports en commun sans émissions.

Mesdames et Messieurs,

Je vous prends au mot. Vous avez pris des engagements qui s'inscrivent dans le cadre que nous avons fixé. Je compte sur vous pour les respecter, pour faire le point régulièrement sur là où vous en êtes. Car le monde économique ne peut plus jouer contre son camp. Il ne peut plus se permettre le scandale des moteurs truqués, les fraudes aux quotas de CO2, les tentatives d'influencer la science.

Votre lobbying, s'il est légitime, il ne sera recevable que si vous respectez les règles du jeu, si vous participez sincèrement à la transition écologique et solidaire.
Vous le savez, mais je préfère vous le dire franchement, en prenant ces engagements devant moi, devant les français, les citoyens et les chefs d'État et de gouvernement de la planète réunis à Paris 2 ans après la COP21, vous vous créez une obligation.

Ce contrat pour la planète, je le reçois avec bonheur. Ne le rompez pas, ne cédez pas à la tentation de revenir en arrière, au conservatisme. Car c'est un contrat qui vous lie aux français, et qui porte en lui des sujets aussi graves, aussi sérieux que la paix et la sécurité, que la justice climatique.

Je vous remercie./.

(Source : site Internet du ministère de la transition écologique et solidaire)

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6. Climat - One Planet Summit - 3e édition du Climate Finance Day - Communiqué du ministère de l'économie et des finances (Paris, 11/12/2017)

À la veille du sommet international sur le climat One Planet Summit voulu par le président de la République, l'édition 2017 du Climate Finance Day a réuni, à Bercy, près de 1.000 représentants internationaux de haut niveau de l'industrie financière, des entreprises, des autorités de régulation et de supervision, ainsi que des banques publiques, des représentants d'organisations non gouvernementales et de la sphère académique.

Cette troisième édition du Climate Finance Day, placée sous le signe de l'accélération de l'action, a mis en lumière les initiatives les plus innovantes réalisées depuis la COP21 pour accroître la mobilisation du secteur financier dans la lutte contre le changement climatique, à la fois sur le financement de la transition énergétique et sur l'adaptation au réchauffement climatique. Les principaux axes de cette évolution sont le renforcement de la transparence et de l'analyse des risques ainsi que le développement d'instruments financiers verts et de financements publics-privés.

Les différentes parties prenantes, représentant tant les pouvoirs publics que le secteur privé, ont pris de nouveaux engagements pour accélérer le verdissement de la finance.

Nicolas Hulot, ministre d'État, ministre de la transition écologique et solidaire, a rappelé que la lutte contre le changement climatique nécessitait une mobilisation et une mise en cohérence sans précédent des flux financiers publics et privés sur la planète. Les engagements pris aujourd'hui par les acteurs du financement de l'économie démontrent la possibilité de mettre l'inventivité de la finance au service d'un monde neutre en carbone, sans pauvreté et résilient aux impacts du changement climatique. Il a affirmé la nécessité d'investir plus et mieux là où le financement privé ne se dirige pas spontanément : la transition agro-écologique, la résilience des écosystèmes, les capacités de stockage du carbone des sols et des forêts. Il a encouragé à la multiplication de partenariats entre les ressources publiques et les ressources privées, notamment au sein de fonds à impact prenant en compte les bénéfices sociaux et environnementaux des investissements, en finançant des projets qui améliorent le climat et la qualité de vie de tous. Il a appelé les acteurs financiers à accélérer la décarbonation de leurs portefeuilles et réduire progressivement leurs financements aux énergies fossiles, notamment le charbon, pour se tourner vers les technologies de la neutralité carbone.

Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, a annoncé le développement de nouveaux produits d'épargne grand public pour le climat, notamment des supports verts dans les contrats d'assurance vie, ainsi que la mobilisation pour des projets ayant un impact climatique favorable des sommes versées sur les livrets de développement durable et solidaire (LDDS) centralisés à la Caisse des dépôts.

Le LDDS sera réformé pour assurer une plus grande transparence sur les projets financés, ce qui facilitera son appropriation par les titulaires des livrets. Il a appelé à l'application des recommandations de la Task Force sur la transparence sur les risques climatiques (TCFD) au niveau national et européen. Il a annoncé la signature d'une Charte pour le climat par lesquels les grands investisseurs publics rattachés à l'État s'engagent à prendre en considération les enjeux liés à la lutte contre le changement climatique dans leur politique d'investissement. Le ministre a enfin confirmé l'engagement de la France de poursuivre l'émission de l'obligation assimilable du Trésor (OAT) verte, ainsi que l'installation d'un conseil d'évaluation de ces obligations et l'adhésion de la France aux Green Bond Principles.

Gérard Mestrallet, président de Paris Europlace, a annoncé que le Climate Finance Day se tiendrait dorénavant chaque année à Paris, porté par son initiative Finance for Tomorrow. Cet événement participe d'une volonté double de la Place: faire de Paris le lieu de rendez-vous international de la finance verte et jouer un rôle moteur dans la mobilisation du secteur financier dans la lutte contre le changement climatique. Il a souligné l'importance des nouveaux engagements concrets pris par les acteurs privés : le lancement du Paris Green Bonds Pledge, réunissant les plus gros émetteurs corporate français et européens pour stimuler le développement du marché des émissions obligataires vertes; les annonces faites par plusieurs établissements financiers français de projets visant à réduire leurs émissions carbone et aligner leurs stratégies d'investissement sur l'objectif de deux degrés de l'Accord de Paris; l'annonce d'une coalition de gestionnaires d'actifs français et européens, avec le soutien de Paris EUROPLACE, sur le développement de la notation extra-financière des entreprises et du dialogue émetteurs/investisseurs.

Philippe Zaouati, président de Finance for Tomorrow voit dans les premiers résultats de Finance for Tomorrow l'initiative créée en juin dernier par Paris EUROPLACE et les acteurs de la Place de Paris et qui réunit déjà 50 membres, la preuve de la mobilisation de l'écosystème français. C'est cet engagement collectif, nourri des actions individuelles de chacun de ses membres qui font la force de notre démarche: les 50 ClimActs de Finance for Tomorrow publiés à l'occasion du Climate Finance Day en sont autant d'illustrations concrètes. Il a également rappelé le lancement du réseau mondial des places financières vertes, créé cette année à l'initiative de UNEP (Programme des Nations unies pour l'environnement) et la présidence italienne du G7, qui sera accueilli à Paris cette semaine./.

(Source : site Internet du ministère de l'économie et des finances)

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7. Tunisie - Relations bilatérales - Lutte contre le terrorisme - Lutte contre la fraude et l'évasion fiscales - Point de presse conjoint de M. Emmanuel Macron, président de la République, et de M. Beji Caïd Essebsi, président de la République tunisienne - Propos de M. Macron (Paris, 11/12/2017)

Mesdames, Messieurs, 

Je suis très heureux d'avoir pu m'entretenir aujourd'hui avec le président de la République tunisienne et je le remercie de sa visite à Paris, à la fois pour le Sommet sur le climat de demain et pour cet échange de travail et amical que nous venons d'avoir ensemble.

Nous avons saisi l'occasion de ce déjeuner pour passer en revue les sujets bilatéraux et régionaux d'intérêt majeur. Je crois pouvoir dire que sur le sujet libyen, nous avons une convergence de vues forte, une volonté d'arriver à une stabilité politique préservant l'intégrité du territoire libyen et à la restauration des équilibres et d'un État fort.

Sur ce sujet, notre volonté est que le travail du représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies puisse avoir des résultats positifs le plus rapidement possible et déboucher sur une solution crédible. En tout cas, nous y mettrons, l'un et l'autre, tous nos efforts.

Nous avons également évoqué les actualités plus récentes qui sont liées à la région, là aussi, j'ai pu réitérer les positions prises ces derniers jours publiquement, suite aux déclarations américaines.

Nous avons également un agenda bilatéral extrêmement important sur lequel nous sommes revenus. Celui-ci s'inscrit, à mes yeux, dans le cadre du choix qui a été fait par la Tunisie depuis 2011. La Tunisie a fait le choix de l'État de droit et de la démocratie. C'est un choix exemplaire. Ce choix oblige évidemment chaque jour ses dirigeants et au premier chef le président Essebsi, mais il nous oblige aussi en tant que partenaire majeur et ami de la Tunisie.

Nous ne pouvons être qu'admiratifs face au modèle de transition démocratique qui a été retenu et aux réformes qui sont en cours en Tunisie comme celles qui ont été annoncées l'été dernier par le président Essebsi sur la réforme de l'héritage.

Je veux ici saluer le courage, la ténacité du peuple tunisien. La société civile tunisienne s'est distinguée par sa maturité, sa détermination et les responsables politiques du pays par leur esprit de responsabilité.

Le président Essebsi a joué un rôle majeur dans cette transition avec un engagement en faveur de la démocratie, de la modernisation de la société et de la stabilité du pays, dans un contexte de lutte contre le terrorisme et d'instabilité régionale que je viens rapidement d'évoquer.

C'est pour toutes ces raisons, qu'à mes yeux, la relation que nous avons avec la Tunisie est prioritaire. Les liens que nous entretenons sont exceptionnels et ils sont le fruit d'une Histoire partagée, avec des échanges culturels intenses, une relation économique et commerciale intense, nous sommes le premier partenaire commercial et industriel de la Tunisie.

Cette grande proximité est aussi incarnée par les 700.000 Tunisiens de France remarquablement intégrés à la société française, les 30.000 Français vivant en Tunisie et participant au quotidien de la Tunisie. Elle s'inscrit également dans la langue que nous partageons.

Aussi, pour toutes ces raisons, nous avons évoqué plusieurs sujets de collaboration et de coopération sur lesquels nous comptons activement avancer dans les prochaines semaines et les prochains mois.

Sur la lutte contre la menace terroriste qui a frappé avec une tragique symétrie la France et la Tunisie en 2015, notre coopération en matière de sécurité et de défense ne cesse de se renforcer. Nous avons plusieurs actions qui ont été actées à la fin du mois d'octobre par nos équipes et nos ministères. Notre volonté est de pouvoir l'intensifier avec un dialogue de haut niveau sur la lutte contre le terrorisme et son financement et la signature d'un accord cadre au début de l'année prochaine.

Nous devons aussi relever ensemble le défi de la migration et construire la Méditerranée de demain pour y favoriser l'épanouissement d'un espace de paix et de développement pour sa jeunesse. Donc, en matière d'éducation, d'enseignement supérieur et de formation professionnelle, là aussi, plusieurs projets seront mis en oeuvre dans les prochaines semaines et les prochains mois.

Sur le plan de la coopération économique, la France se tient à la disposition de la Tunisie pour oeuvrer à toutes les coopérations techniques utiles le plus rapidement possible pour améliorer la situation. Nous allons continuer à travailler, en particulier avec l'Agence française de développement, pour poursuivre les projets et les intensifier.

En matière de santé, d'éducation, d'agriculture, de tourisme, de numérique et d'énergie, nous allons intensifier les projets, là aussi, pour arriver à des concrétisations au début de l'année prochaine. C'est l'objectif que nous nous sommes fixés aujourd'hui et qui, je crois, est tout à fait atteignable.

Si la France est aujourd'hui le premier partenaire de la Tunisie sur le plan économique, nous entendons le rester. Mais nous entendons surtout avoir une coopération la plus utile possible pour la Tunisie et les réformes que vous conduisez.

Enfin, sur le plan linguistique, je veux saluer ici la volonté du président Essebsi de porter le projet de la Francophonie et d'organiser un sommet dans deux ans qui sera important pour la Francophonie, lui redire qu'évidemment la France sera à ses côtés pour l'y aider et partager cette ambition qui est aussi la nôtre et que je considère comme absolument essentielle pour nos pays, pour toute la région et pour le continent africain.

Sur l'ensemble de ces sujets bilatéraux et régionaux, nous allons continuer à nous entretenir de manière régulière et à travailler de manière intensive dans les prochaines semaines, afin de pouvoir en faire déboucher un maximum de manière très concrète, puisque nous avons un horizon de court terme entre nous qui est la date du 1er février, où j'ai eu le plaisir d'accepter l'invitation qui a été faite par le président Essebsi dans son pays.

Je vous remercie encore pour votre visite.

(Déclaration du président Essebsi)

Nous allons répondre maintenant à vos questions, s'il y en a.

Q - Les négociations concernant surtout la conversion des dettes tunisiennes sont en cours concernant la troisième phase. Est-ce qu'il y aura à nouveau un accord qui permettra peut-être de créer de nouveaux projets surtout dans les régions de l'intérieur de la Tunisie ? Si oui, quelle sera la somme ? (Suite de la question en arabe)

R - En matière de conversion de dette, nous sommes déjà parvenus à des accords utiles qui ont permis de faire avancer des projets structurants et attendus en matière de santé, en particulier de construction d'hôpitaux. Ce dont je me félicite. Nous sommes tout à fait ouverts à poursuivre ce dialogue. Donc, je crois que l'un et l'autre, nous pouvons raisonnablement être confiants sur les discussions qui avancent et qui permettraient, dans le champ de l'éducation et de l'enseignement supérieur, d'avancer sur la base de mécanismes comparables vers des projets.

Notre coopération économique ne doit pas se réduire à ces mécanismes de conversion de dette, mais également à l'aide bilatérale apportée par l'Agence française de développement, qui est aussi structurante sur de nombreux secteurs, à la coopération renforcée de nos entreprises, PME, entreprises de taille intermédiaire et grands groupes et par les initiatives que nous pouvons prendre aussi sur le plan gouvernemental.

C'est l'ensemble de ces instruments que nous allons déployer pour pouvoir procéder à une relance et une réintensification de la relation économique, début février prochain, autour des six priorités sectorielles que j'évoquais tout à l'heure, santé, éducation, agriculture, tourisme, numérique et énergie.

(...)

Q - Messieurs les Présidents, je voudrais revenir sur ce que vous disiez tout à l'heure sur l'accord cadre à propos du terrorisme. C'est effectivement une question très importante, d'autant plus que vous le savez certainement, il y a eu apparemment un nouvel attentat aujourd'hui à New York, à Manhattan.

Je voudrais savoir si cette action cadre concernera également le retour des djihadistes de Syrie, s'il y a entre la Tunisie et la France des accords, des mesures qui sont prises ou qui ont déjà été prises à ce propos. Ce qui amène évidemment à parler de la situation en Libye.

R - Sur ce sujet, nous avons plusieurs initiatives d'ores et déjà qui sont en cours sur le plan de la coopération militaire et qui permettent dans la région de sécuriser les choses. Sur le plan de la lutte contre le terrorisme, nous avons des échanges réguliers, mais nous souhaitons en effet intensifier ces échanges et les placer dans un accord cadre qui permettra une coopération renforcée sur le plan civil, militaire, judiciaire, policier, à la fois d'échanges d'informations et d'échanges et de coopération technique pour lutter contre toute forme de terrorisme, éventuellement prendre en compte des retours des théâtres d'opérations, même si aujourd'hui nous n'avons que très peu le cas de retours communs. C'est un sujet pour nos deux pays, mais qui est géré par chacun de nos deux pays autour de la zone irako-syrienne vers le pays en direct.

Mais surtout pour permettre aussi de prévenir toute forme de financement des activités terroristes en renforçant les coopérations de nos services en la matière. J'ai eu l'occasion de le dire à plusieurs reprises et nous avons, la semaine dernière, procédé à un dialogue de haut niveau avec le Qatar qui a permis d'avancer aussi en ce sens. Nous devons intensifier les relations et les coopérations en la matière, parce que c'est utile pour nous et parce qu'il est bon de ne pas laisser aujourd'hui la Tunisie seule dans sa lutte contre le terrorisme.

Cet accord cadre sera pour nous extrêmement structurant dans la relation et la protection, la coopération que nous devons avoir ensemble.

Mais parce qu'il permet aussi de répondre à une transformation d'ores et déjà en cours, mais quasi certaine à venir des modes de financement des terroristes, qui, quittant la zone irako-syrienne, vont perdre l'accès direct au pétrole et au gaz qui étaient leur source principale de financement et vont chercher à se financer de manière croissante par des trafics divers et variés et des opérations de versements internationaux qui vont mettre en oeuvre des systèmes bancaires, des opérateurs, en tout cas chercher à mettre en oeuvre des structures comme celles-ci qui sont dans nos pays.

Donc, nous devons intensifier notre relation pour prévenir l'organisation de ces réseaux.

(...)

Q - Question qui s'adresse aux deux présidents. Récemment, la Tunisie a été placée par l'Union européenne sur la liste des paradis fiscaux. Est-ce que vous avez évoqué la question ensemble ? Qu'est-ce que vous vous en êtes dit ? Comment réagit en particulier Monsieur le Président Essebsi ? Merci.

R - Sur ce sujet, je veux d'abord saluer les efforts de la Tunisie et les engagements pris pour résoudre les difficultés identifiées par le Groupe du Code de conduite. Je sais - le président Essebsi me l'a confirmé - que la Tunisie a à coeur de se mettre en conformité totale avec ces normes dont elle partage la philosophie et c'est ce que j'évoquais tout à l'heure en disant que nous sommes aussi prêts à aider en termes de coopération bilatérale, administrative et technique la Tunisie à cette fin.

Afin de prendre en compte les situations particulières de partenaires comme la Tunisie, la France a proposé, lors de la réunion du Conseil Ecofin du 5 décembre 2017, d'inscrire une clause de «Revue des engagements» qui permet de revoir la liste à tout moment. Cette disposition pourra ainsi permettre à la Tunisie, sous réserve de l'analyse du Groupe du Code de conduite, de sortir de la liste sans attendre la révision annuelle. C'est notre souhait.

Nous avons beaucoup échangé avant que cette liste ne soit publique. Nous souhaitons donc intensifier la collaboration. Il nous apparait que dans les prochaines semaines, les décisions peuvent être prises qui permettraient de répondre aux préoccupations légitimes justement figurant dans le Code de conduite et qui ont conduit à cette décision. Je souhaite qu'à la lumière de ces décisions qui devraient être prises par la Tunisie, le dialogue avec l'Union européenne puisse se poursuivre et que nous puissions ainsi oeuvrer pour une sortie la plus rapide possible de la Tunisie de cette liste.

(...)

Je vous remercie beaucoup. Merci à vous./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

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8. Haïti - Relations bilatérales - Déclaration conjointe de M. Emmanuel Macron, président de la République, et de M. Jovenel Moïse, président de la République d'Haïti - Propos de M. Macron (Paris, 11/12/2017)

Mesdames et Messieurs,

Je me réjouis d'accueillir aujourd'hui le président Jovenel Moïse à l'Élysée, le président de la République d'Haïti, pour son premier déplacement en Europe, à l'occasion du Sommet One Planet, où il interviendra demain.

Je veux lui dire combien il est le bienvenu et combien je suis très heureux d'avoir eu l'occasion d'échanger avec lui sur les sujets internationaux que nous avons en commun comme les sujets bilatéraux.

Je pense qu'il était extrêmement important que le président puisse être présent à ce Sommet et intervenir, tant son pays a pu lui-même connaître dans sa chair les conséquences du réchauffement climatique et des dérèglements climatiques que la région a pu avoir à subir.

Ce premier entretien nous a permis de saluer la qualité des relations franco-haïtiennes et d'exprimer notre volonté commune d'oeuvrer en faveur du changement indispensable au redressement de son pays et à l'amélioration des conditions de vie de sa population.

Je veux ici saluer le travail très important qui est conduit par le président pour la lutte contre la corruption, le renforcement de l'État de droit et lui dire tout le soutien de la France dans ce contexte.

Je me félicite que dans les prochains jours, un accord de siège avec Expertise France puisse être finalisé, qui permettra d'oeuvrer en la matière, ainsi que les initiatives bilatérales qui ont pu être prises en termes de formation de la fonction publique et de la haute fonction publique haïtiennes, ce qui est un élément important de la structuration de l'État de droit.

Notre souhait est aussi de pouvoir consolider l'aide internationale pour ce qui est de la France et consolider aussi la part des investissements français en Haïti. Haïti fait partie des pays prioritaires de notre coopération et nous accordons une grande importance à la relation bilatérale dans ce cadre. Je pense que tout le travail, là aussi, de lien avec les bailleurs internationaux que conduit le président est extrêmement structurant en la matière, comme les discussions qui ont été entamées avec le Fonds monétaire international et les réformes ambitieuses pour donner un cadre aux investissements étrangers.

La France, par le truchement de l'Agence française de développement, s'est concentrée sur trois secteurs prioritaires : l'éducation, la bonne gouvernance et la lutte contre les effets du changement climatique.

En matière d'éducation, le plan d'action établi en 2015 sera intégralement exécuté avec 50 millions d'euros annoncés. En matière de changement climatique, le travail conduit depuis deux ans a permis d'aboutir au Fonds vert, justement un projet d'adaptation et de gestion des bassins versants pour 30 millions de dollars.

Haïti pourrait devenir à ce titre l'un des premiers, si ce n'est le premier pays à obtenir un projet d'adaptation dans le cadre de ce Fonds vert.

Nous nous sommes convenus d'accélérer en la matière le travail pour, en termes de travaux publics, en termes d'électrification, accélérer la coopération bilatérale qui permettra, là aussi, d'arriver à la réalisation de projets concrets.

Enfin, je souhaite que nous puissions également intensifier notre relation dans le cadre de la coopération régionale et de la CARICOM, dont Haïti va exercer la présidence à compter du 1er janvier prochain. Nous avons plusieurs territoires qui sont candidats et ont entamé des négociations en vue d'adhérer à l'Organisation en tant que membre associé. Je souhaite que nous puissions arriver au terme de ce processus et je redis toute ma volonté de pouvoir avancer avec la CARICOM sur des projets concrets.

Le Sommet de demain sera d'ailleurs une traduction concrète de cette volonté de coopération renforcée, puisque la CARICOM s'engagera de manière très concrète en la matière.

La Francophonie est également un élément qui nous unit, Haïti faisant partie justement des membres fondateurs et je souhaite que nous puissions encourager la région de manière très concrète et nous allons nous y employer, les initiatives que vous prenez en ce sens.

Je redis ici au président tout notre souhait que des entreprises françaises viennent davantage investir en Haïti. Nous allons les y pousser par des initiatives ponctuelles et des accompagnements. Je crois que toutes les réformes que vous êtes en train de conduire sur à la fois l'État de droit, le cadre d'investissement et la modernisation de l'économie permettront d'oeuvrer en ce sens de manière efficace.

Voilà le contenu des échanges que nous venons d'avoir et qui permettront de scander le travail des prochains mois et qui me permettent de redire au Président toute la joie que nous avons de l'accueillir ici à Paris, toute la détermination qui est la mienne de pouvoir agir ensemble pour son pays et agir ensemble contre le réchauffement climatique.

Merci d'être là, Président./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

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9. États-Unis - Tentative d'attentat à New York - Déclaration du porte-parole adjoint du ministère de l'Europe et des affaires étrangères (Paris, 11/12/2017)

La France condamne la lâche tentative d'attentat qui a visé aujourd'hui New York et ses habitants.

Nous souhaitons un prompt rétablissement aux blessés.

La France est solidaire des États-Unis face au terrorisme./.

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10. Union européenne - Conseil affaires étrangères - Aide pour le commerce : le Conseil adopte des conclusions sur le thème «Parvenir à la prospérité par le commerce et les investissements» - Communiqué de presse du Conseil de l'Union européenne (Bruxelles, 11/12/2017)

Le 11 décembre, les ministres chargés du développement ont examiné et adopté des conclusions sur la stratégie actualisée en faveur de l'aide pour le commerce, que la Commission avait présentée dans sa communication de novembre 2017 intitulée «Parvenir à la prospérité par le commerce et les investissements - Mise à jour de la stratégie conjointe de l'UE de 2007 en faveur de l'aide pour le commerce».

Ces conclusions rendent compte de la position du Conseil sur la stratégie actualisée de l'UE en faveur de l'aide pour le commerce, qui vise à améliorer l'intégration des pays en développement dans le système commercial international et à permettre au commerce et aux investissements de contribuer à réduire la pauvreté.

La stratégie initiale en faveur de l'aide pour le commerce a été adoptée en octobre 2007 en réponse à l'initiative du même nom menée par l'OMC. L'actualisation de la stratégie s'inscrit dans le cadre des priorités stratégiques du programme de développement durable à l'horizon 2030 des Nations unies, adopté en septembre 2015, et du consensus européen pour le développement approuvé par l'UE et ses États membres en juin 2017, et tient compte de ces priorités. La révision de la stratégie a pour principaux objectifs de renforcer la complémentarité entre les politiques commerciales et les politiques de développement et d'accroître l'efficacité de la stratégie, en augmentant les dotations en faveur des pays les moins développés, des pays en situation de fragilité et des pays touchés par un conflit.

En particulier, la stratégie actualisée vise à renforcer les synergies entre les différents instruments de financement du développement que l'UE et ses États membres utilisent pour promouvoir l'aide pour le commerce et à accroître l'incidence des programmes d'aide pour le commerce, grâce à une coopération renforcée avec le secteur privé, la société civile et les autorités locales. La stratégie vise également à faire en sorte que l'intensification des échanges commerciaux bénéficie à l'ensemble de la société, y compris aux femmes.

L'aide de l'UE pour le commerce vient compléter d'autres mesures de politique commerciale en faveur des pays en développement, et notamment le système de préférences généralisées de l'UE (SPG, SPG+ et «Tout sauf les armes»), qui permet aux pays en développement de payer moins de droits sur leurs exportations à destination de l'UE, voire de ne pas en payer, ainsi que les accords commerciaux bilatéraux conclus avec des partenaires commerciaux. Par exemple, les accords de partenariat économique (APE) entre l'UE et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) créent des conditions commerciales préférentielles, tout en protégeant les secteurs sensibles de l'économie des pays ACP.

L'aide apportée par l'UE et ses États membres en faveur du commerce et des capacités de production s'élevait à plus de 13 milliards d'euros en 2015, et à près de 100 milliards d'euros sur la période 2008-2015. Cela représente un tiers de l'aide mondiale pour le commerce et fait de l'UE le premier pourvoyeur d'aide au monde. En outre, selon une étude indépendante, menée en 2015, sur les avantages économiques générés par les régimes commerciaux de l'UE mis en place en faveur des pays en développement, la politique commerciale de l'UE avait entraîné une hausse importante des exportations des pays en développement et contribué à leur diversification économique./.

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11. Union européenne - Conseil affaires étrangères - Thaïlande : le Conseil adopte des conclusions - Communiqué de presse du Conseil de l'Union européenne (Bruxelles, 11/12/2017)

Le 11 décembre, le Conseil des affaires étrangères a adopté des conclusions sur la Thaïlande. Dans ses conclusions, le Conseil a réaffirmé l'importance que l'UE attache à ses relations avec la Thaïlande.

Le Conseil a appelé une nouvelle fois la Thaïlande à rétablir de toute urgence le processus démocratique en organisant des élections crédibles et ouvertes à tous et à assurer le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les droits politiques et civils et les libertés ont été sévèrement restreints en Thaïlande après le coup d'État militaire de 2014. La liberté d'expression et la liberté de réunion demeurent considérablement limitées. Des militants de la société civile et des défenseurs des droits de l'homme continuent à faire l'objet de harcèlement judiciaire. Le Conseil a souligné qu'il importait de restaurer ces libertés fondamentales en Thaïlande.

Dans ses conclusions, le Conseil note toutefois qu'un certain nombre de mesures ont été prises récemment par les autorités thaïlandaises. Il salue en particulier l'annonce par le chef du Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO), le 10 octobre 2017, de la tenue des élections générales en novembre 2018.

À la lumière de ces évolutions encourageantes, le Conseil estime qu'il est opportun d'oeuvrer à une reprise progressive du dialogue politique avec la Thaïlande.

Le Conseil a décidé de rétablir des contacts politiques à tous les niveaux avec la Thaïlande afin de faciliter un dialogue constructif concernant les sujets importants pour les deux parties, y compris les droits de l'homme et les libertés fondamentales, et la voie vers la démocratie. L'UE et ses États membres tireront pleinement parti de tels contacts pour aborder ces sujets de préoccupation.

Le Conseil espère voir un approfondissement progressif des relations avec la Thaïlande après la tenue d'élections crédibles et ouvertes à tous ainsi qu'une amélioration de la situation en matière de droits de l'Homme. L'UE attend des autorités thaïlandaises qu'elles créent un environnement politique dans lequel les partis d'opposition et la société civile peuvent agir librement.

Dans ses conclusions, le Conseil invite également la Commission à examiner avec la Thaïlande les possibilités de reprendre les négociations en vue de la conclusion d'un accord de libre-échange (ALE) entre l'UE et la Thaïlande./.

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