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Déclarations officielles de politique étrangère du 25 novembre 2014


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Union européenne/Déplacement de M. Harlem Désir à Strasbourg - Serbie/Monténégro/Entretiens de M. Harlem Désir avec la ministre serbe chargée de l'intégration européenne et le secrétaire d'État monténégrin pour l'intégration européenne - République démocratique du Congo/Massacres dans la région de Béni au Nord-Kivu - Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes (Paris, 25/11/2014)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a fait les déclarations suivantes :

1 - Union européenne - Déplacement de M. Harlem Désir à Strasbourg (24-25 novembre 2014)

M. Harlem Désir, secrétaire d'État chargé des affaires européennes, se rend à Strasbourg les 24 et 25 novembre dans le cadre de la session plénière du Parlement européen.

Il évoquera avec le président de la commission de la pêche, M. Alain Cadec (parti populaire européen), la pêche en eau profonde et au filet dérivant, ainsi que des conséquences de l'interdiction des rejets de poissons à la mer.

M. Harlem Désir échangera avec M. Claude Moraes (alliance progressiste des socialistes et démocrates), président de la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, sur la stratégie européenne de lutte contre le terrorisme, le phénomène des combattants étrangers et la gestion des flux migratoires. La question des transferts de données des voyageurs entre l'Union européenne et le Canada sera également évoquée.

2 - Serbie - Monténégro - Entretiens de M. Harlem Désir avec la ministre serbe chargée de l'intégration européenne et le secrétaire d'État monténégrin pour l'intégration européenne (Paris, 26 novembre 2014)

M. Harlem Désir, secrétaire d'État chargé des affaires européennes, recevra demain Mme Jadranka Joksimović, ministre serbe chargée de l'intégration européenne, ainsi que M. Aleksandar Andrija Pejović, secrétaire d'État monténégrin pour l'intégration européenne et négociateur en chef pour l'adhésion.

Avec Mme Joksimović, M. Désir abordera les négociations d'adhésion de la Serbie à l'Union européenne, ouvertes depuis le mois de janvier, ainsi que le renforcement de nos relations bilatérales au lendemain du déplacement du Premier ministre à Belgrade.

Avec M. Pejović, il évoquera le processus de négociation d'adhésion à l'Union européenne du Monténégro et insistera sur les priorités françaises, notamment la promotion de l'État de droit.

3 - République démocratique du Congo - Massacres dans la région de Béni au Nord-Kivu (20 novembre 2014)

La France condamne les massacres perpétrés le 20 novembre près de la ville de Beni au Nord-Kivu. Elle condamne également les attaques inacceptables qui ont visé les casques bleus de la mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo au cours des derniers jours. Le bilan des violences commises dans la région depuis le milieu du mois d'octobre dépasse 200 morts.

Dans ce moment tragique, nous exprimons nos condoléances aux familles des victimes.

Face au risque d'une nouvelle déstabilisation du Nord-Kivu, il est essentiel que les autorités congolaises et la mission des Nations unies mettent tout en oeuvre pour protéger les populations civiles, lutter contre les groupes armés, identifier les auteurs des violences et les traduire en justice.

4 - Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes (25 novembre 2014)

À l'occasion de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, nous organisons aujourd'hui au ministère des Affaires étrangères et du Développement international un séminaire sur l'action de la France contre les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre et contre la traite des êtres humains.

Cet événement réunit de nombreux intervenants issus du monde associatif, médical et de la société civile. Il sera conclu par Mme Nicole Ameline, présidente de la convention des Nations unies sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes, et Mme Myria Vassiliadou, coordinatrice contre la traite des êtres humains à la Commission européenne.

La France salue à cet égard l'adoption hier par consensus d'une résolution de l'Assemblée générale des Nations unies sur ce thème, que nous avons portée avec les Pays-Bas et qui a été co-parrainée par plus de 110 États. Nous avons également créé en octobre 2014 un groupe de travail international sur les violences contre les filles à l'école./.

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2. Reconnaissance de l'État de Palestine - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec «France Inter» (Paris, 25/11/2014)

(...)

Q - Vendredi, à l'Assemblée nationale, va se dérouler un débat important qui concerne la diplomatie française : les députés vont débattre de la reconnaissance de l'État de Palestine. C'est une bonne initiative Laurent Fabius ?

R - C'est une initiative juridiquement régulière, puisqu'en vertu des changements qui ont eu lieu dans la Constitution le Parlement peut discuter de cela. Mais il faut qu'il soit bien clair - et ça l'est pour tout le monde - qu'autant le Parlement, en l'occurrence l'Assemblée nationale, peut voter des invitations à quelque chose, autant la décision relève du gouvernement, du président de la République, et eux seuls.

Q - Le texte de la résolution c'est : «on invite le gouvernement à reconnaître l'État de Palestine».

R - Oui, il n'y a donc aucune injonction ; soyons clairs et nets là-dessus. Cela dit, pourquoi y a-t-il eu, dans plusieurs pays, le même mouvement - au Royaume-Uni, en Espagne, en Suède, etc. ? C'est parce que la situation est dramatique et complètement bloquée là-bas. Il y a donc des débats dans les opinions publiques et dans les Parlements.

Je m'exprimerai au nom du gouvernement vendredi matin. Sur la question de principe de la reconnaissance d'un État Palestinien, la position de la France a toujours été, y compris depuis 1947, qu'il fallait qu'il y ait deux États. À partir du moment où il y a deux États - on a reconnu Israël - il faudra reconnaître la Palestine. La question ne porte donc pas sur le principe mais sur les modalités. Il y a toute une série de discussions et j'aurai l'occasion de dire quelle est la position de la France.

Q - C'est-à-dire, modalités ? Une question d'opportunité, est-ce que c'est le bon moment, est-ce que c'est...

R - Non, de modalités. Jusqu'à présent, il a toujours été dit : «c'est dans le cadre d'une négociation que, le moment venu, il y aura la reconnaissance». Cela se comprend très bien parce qu'il faut aussi, pour que la reconnaissance soit effective, que du côté d'Israël il y ait un certain nombre d'éléments. Mais comme la négociation n'a pas lieu, on se trouve dans une espèce de butoir, de voie sans issue.

La France, avec d'autres partenaires, essaye d'avoir une action sur trois fronts. D'une part, aux Nations unies pour voir si on ne peut pas trouver une résolution qui permette à tout le monde de se rassembler. Ensuite, nous sommes favorables à l'idée d'une conférence internationale parce que ce que l'on constate que les parties, c'est-à-dire Israël et la Palestine, discutent mais lorsqu'ils arrivent au bout de la discussion, historiquement, ils n'arrivent plus à se mettre d'accord ; il faut donc qu'il y ait un accompagnement international et c'est dans ce cadre que peut intervenir, le moment venu, la reconnaissance.

J'aurai l'occasion d'expliquer tout cela mais, je le répète pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, c'est au gouvernement et au président de la République à prendre, le moment venu, la décision.

Q - Le moment venu, ça ne veut pas dire forcément dans les jours ou les semaines qui suivront, qui suivraient, le vote d'une résolution par le Parlement français.

R - Non bien sûr, pas du tout nécessairement, c'est une question d'opportunité politique.

Q - Mais aujourd'hui, sur le terrain, dans la réalité des faits, beaucoup expliquent que l'État palestinien n'est plus possible. La colonisation israélienne a rendu la situation irréversible, avec 380.00 colons présents dans les territoires palestiniens...

R - C'est une des raisons pour lesquelles la colonisation, qui est jugée illégale en droit international, est critiquée et même condamnée par la communauté internationale. La solution est celle des deux États mais à partir du moment où il y a, sur le terrain, des avancées de la colonisation, il arrive à un moment - et ce moment peut se rapprocher - où, concrètement, c'est de plus en plus difficile. Donc, si on veut vraiment la paix, on a besoin des deux États et si on a besoin des deux États, il faut que les conditions pratiques soient remplies.

Q - Et vous l'auriez votée, comme député, cette résolution, Laurent Fabius ?

R - J'avais déposé, il y a quelques années, quand j'étais parlementaire, un projet qui était très voisin. Mais déjà à l'époque je savais, parce que je connais la Constitution, que c'est au gouvernement et au président de la République de prendre la décision. J'insiste.

(...)

Q - Vous avez déclaré, samedi dernier, qu'il y aura, parce que c'est une évidence, une reconnaissance de l'État palestinien par la France. La question c'est quand et comment ? Il faut que cette reconnaissance soit utile aux efforts pour sortir de l'impasse et contribuer à un règlement définitif du conflit.

Au regard de la montée des tensions sur place - attaque à la voiture bélier, annonces de nouvelles constructions, attentat sanglant dans une synagogue à Jérusalem et durcissement du ton des dirigeants politiques - et avec l'exacerbation de l'importation du conflit en France ces derniers mois, qu'est-ce qu'une reconnaissance unilatérale de l'État palestinien maintenant par la France changera concrètement sur le terrain ?

R - Sur le principe de la reconnaissance des deux États, ce principe est acquis depuis 1947 et c'est la constance de la politique française. Nous ne souhaitons pas que cette reconnaissance soit virtuelle, elle doit être réelle. Jusqu'à présent, c'était dans le cadre d'une négociation et la négociation est souhaitable.

Q - Quelle est la différence entre virtuelle et réelle ?

R - Si c'est un État sur le papier qui n'existe pas dans les faits, cela ne donnera rien aux Palestiniens.

Q - La France ne reconnaitrait pas la Palestine tant que sur le terrain il n'y aura rien de concret ?

R - Non, c'est de la dialectique. Si aujourd'hui, nous disons que nous reconnaissons l'État de Palestine sur le terrain, cela ne changera rien du tout. Or, les Palestiniens luttent à juste raison pour avoir un État et d'ailleurs les amis d'Israël doivent aussi souhaiter qu'il y ait un État palestinien pour permettre la sécurité.

Q - Imaginons que la proposition de Benoît Hamon de demander à l'exécutif de reconnaître l'État palestinien soit votée, obtienne la majorité à l'Assemblée. Le lendemain matin, que fait le gouvernement ?

R - C'est un signe politique sur ce que souhaiteront ceux qui auront voté mais, le gouvernement n'est pas lié c'est clair.

Q - J'ai bien compris mais qu'allez-vous faire, reconnaître ou bien attendre ?

R - Nous ferons trois choses : continuer à essayer d'obtenir une résolution unanime à l'ONU qui permette de définir les paramètres de la négociation. Nous sommes disposés à accueillir une conférence internationale avec les Arabes, les Européens, les Américains, les Jordaniens. Et, troisième point, il est souhaitable qu'il y ait une reconnaissance.

(...)./.

 

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3. Iran - Nucléaire - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec «France Inter» (Paris, 25/11/2014)

Q - Vous rentrez de Vienne. Sur le nucléaire iranien, Bernard Guetta vient d'en parler, encore un échec, encore un report de la date butoir. C'est une déception ?

R - J'ai une vision moins pessimiste que celle qui transparaissait à travers la rubrique de M. Guetta. J'ai participé aux négociations, bien sûr, dont la date butoir était prévue hier à minuit. Les négociations se sont accélérées dans la dernière période et je dois dire, pour avoir participé à cela depuis pas mal de temps, que la tonalité a été plutôt positive, même si l'accord n'a pas pu être conclu. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé de reporter, avec une nouvelle période, jusqu'en mars, et possiblement en juin.

Q - Qu'est-ce qui a manqué ?

R - L'objectif, vous le connaissez : l'Iran a parfaitement le droit d'avoir tout le nucléaire civil qu'il souhaite, mais pas la bombe atomique ; ce serait évidemment très dangereux pour la sécurité de la région et du monde.

Je ne vais pas entrer dans tous les détails, qui sont très techniques, mais il y avait trois discussions principales. Tout d'abord, sur la limitation des capacités d'enrichissement, discussion très compliquée mais j'ai trouvé qu'il y avait quand même un certain mouvement. Deuxièmement, la transformation d'un certain nombre de sites. Le site que l'on appelle le site d'Arak, qui fonctionne à l'eau lourde, où l'on a esquissé des solutions techniques qui peuvent nous permettre de régler le problème. Et puis le site enterré de Fordow où là j'ai trouvé aussi quelques avancées. Le dernier point, c'est toute la question de la vérification pour que l'on soit sûr que nous ne sommes pas lésés dans cette affaire. Là aussi, j'ai trouvé qu'il y avait un certain mouvement.

Donc, soyons précis, dans le premier accord intérimaire que nous avions signé, nous avions dit - et c'est confirmé - que tant que tout n'est pas réglé, rien n'est réglé ; donc, il faut un accord d'ensemble. Cependant la tonalité - et cela joue beaucoup - a été quand même plus positive que la dernière fois.

Q - Donc ça vous laisse un espoir pour les mois prochains et ça vous permet de penser que l'Iran accepte ce que ce pays a refusé depuis des années ?

R - On n'en n'est pas encore là. Vous savez, le Diable est dans les détails, que ce soit en Iran, aux États-Unis, en Europe, en France... Mais il y a quand même une volonté d'essayer de trouver un accord que je n'avais pas ressentie dans des négociations précédentes. Cela dit, je reste prudent.

Q - Donc, il a manqué du temps mais pas de volonté politique. En gros, c'est ce que vous nous dites, c'est votre sentiment ?

R - Oui, on pourrait présenter les choses ainsi. «Cela fait déjà un an que vous négociez ; c'est une affaire qui traîne depuis 10 ans ; est-ce que c'est à quelques jours près ?». Il faut bien comprendre que dans une négociation comme celle-ci, il y a une accélération à la fin de la négociation, parce que les techniciens discutent et les politiques qui sont les décideurs font des concessions de part et d'autre. Donc voilà : tonalité plutôt positive mais pas d'accord conclu.

Q - On pourrait déboucher, peut-être, dans les prochains mois, sauf si les Républicains, majoritaires au Congrès américain, décident de mettre fin à la plaisanterie en imposant de nouvelles sanctions à Téhéran. C'est un risque ?

R - Évidemment, c'est un risque, de la même façon que du côté iranien il peut y avoir aussi un mouvement symétrique.

Maintenant, quand on entre dans la technique, le président des États-Unis dispose lui-même de pouvoirs, de lever ou de ne pas lever certaines sanctions et le Congrès, lui, a d'autres pouvoirs. Je pense qu'il y a une occasion, peut-être, à saisir mais faisons bien attention, c'est tellement complexe, tellement subtil, qu'il faut rester quand même très prudent.

(...)

Q - Qu'est-ce qui nous donne à nous, pays occidentaux, le droit de juger du programme nucléaire ou non d'un pays tiers ? On a d'autres exemples comme le Pakistan ou l'Inde qui ne sont pas forcément des pays recommandables. Qu'est-ce qui nous permet de dire non, vous n'avez pas le droit à la bombe atomique par exemple.

R - Ce n'est pas simplement nous, c'est une décision de la communauté internationale puisque les sanctions ont été décidées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Ce n'est pas simplement la France, c'est aussi la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, les États-Unis et les autres.

Pourquoi ? Parce que nous pensons que le nucléaire militaire - je laisse de côté le nucléaire civil- dans cette région serait un danger considérable. Le nucléaire a pu être une protection lorsqu'il y avait 4 ou 5 grandes puissances dans le monde qui le possédait. On parlait alors de dissuasion. Si l'Iran possède l'arme nucléaire, alors, les puissances voisines comme l'Arabie Saoudite, la Turquie, l'Égypte et d'autres pourraient aussi se doter de l'arme nucléaire. Dans une région déjà éruptive, voyez à quel point tout cela serait dangereux. C'est la raison pour laquelle, ce n'est pas dirigé contre un pays. Nucléariser cette région du monde, région déjà très troublée, est un risque que personne dans la communauté internationale ne veut courir.

(...)./.

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4. Iran - Nucléaire - Prorogation de l'allègement des sanctions - Communiqué du Conseil de l'Union européenne (Bruxelles, 25/11/2014)

Le Conseil a prorogé jusqu'au 30 juin 2015 la suspension des mesures restrictives de l'UE précisées dans le plan d'action conjoint adopté par le groupe E3/UE+3 et l'Iran le 24 novembre 2013. Cette prorogation intervient à la suite de la décision du E3/UE+3 et de l'Iran de prolonger jusqu'à cette date la validité des mesures contenues dans ce plan d'action.

Tandis que les autres mesures restrictives de l'UE restent en vigueur, la suspension permet les prestations d'assurances et de transport liées aux ventes de pétrole brut iranien aux clients actuels, l'importation, l'achat ou le transport de produits pétrochimiques iraniens ainsi que le commerce de l'or et des métaux précieux avec le gouvernement iranien et ses organismes publics. Le relèvement des seuils d'autorisation en matière de transferts financiers à destination et en provenance de l'Iran reste lui aussi d'application.

Les actes juridiques seront publiés au Journal officiel de l'UE plus tard dans la journée./.

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5. Syrie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec «France Inter» (Paris, 25/11/2014)

Q - Le 4 novembre, vous avez déclaré qu'après Kobané, il fallait sauver Alep. J'y ai pleinement souscrit. Cela étant, ne trouvez-vous par paradoxal, alors que la coalition bombarde Daech, qu'à quelques centaines de kilomètres, parfois même moins, elle laisse l'aviation de Bachar Al-Assad envoyer des barils de poudre sur les populations d'Alep, sur les populations de la banlieue de Damas, elle laisse commettre chaque jour, des crimes contre l'humanité et cela en toute impunité. À quand l'interdiction de l'espace aérien syrien pour les avions de Bachar Al-Assad ?

R - C'est vrai qu'il y a déjà plusieurs semaines, dans la presse française et internationale, j'ai dit qu'il fallait sauver Alep parce que je pressentais déjà qu'après Kobané où Daech a été stoppée, la prochaine cible pour Daech et d'ailleurs aussi pour Bachar al-Assad, vous avez raison de le dire, c'est Alep. Abandonner Alep, ce serait condamner la Syrie et ses voisins à des années de chaos avec des conséquences humaines terribles.

Nous travaillons avec l'envoyé de l'ONU pour essayer de faire exactement ce que vous dites, c'est-à-dire, d'une part de sauver Alep et d'autres part, de créer des «safe zone» où il ne soit pas possible aux avions de Bachar Al-Assad et aux gens de Daech de poursuivre les Syriens. Nous sommes en train d'y travailler, il y a de nombreuses personnes à convaincre. C'est la position de la diplomatie française et je répète à ce micro que l'objectif maintenant, c'est de sauver Alep.

Q - La Coalition internationale qui est engagée contre les djihadistes de Daech n'a-t-elle pas tendance à fermer les yeux sur les exactions du régime de Bachar Al-Assad ? L'attention s'est déportée au bénéfice et au profit du régime Assad.

R - C'est l'une des différences d'approche entre la diplomatie française et d'autres diplomaties. Nous disons que nous avons deux adversaires : Daech et al-Qaïda et Bachar Al-Assad qui en profite, si je puis dire, pour avancer ses pions.

Q - Donc il en profite.

R - Nous disons qu'il faut des frappes que l'on appelle des frappes ambigües, qui permettent de faire reculer Bachar al-Assad et qu'il y ait au Nord de la Syrie, des zones de sécurité où la population syrienne puisse en paix se développer.

(...)./.

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6. Syrie - Conférence de presse conjointe de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, et de Mme Martine Aubry, maire de Lille, représentante spéciale du ministre pour le partenariat pour la Chine - Propos de M. Fabius (Paris, 25/11/2014)

(...)

Q - Vous avez parlé sur France Inter ce matin de la Syrie et du fait que vous travaillez avec les Nations unies pour sauver Alep et pour des zones de sécurité. Parlez-vous de cette question précise avec la Chine au sein du Conseil de sécurité par exemple ?

R - Il est vrai que ce qui se passe ou ce qui peut se passer à Alep est une question absolument majeure, non seulement en terme humain parce qu'il y a peut-être 300.000 personnes qui risquent d'être menacées mais peut-être même tuées. Au-delà de ces questions humanitaires qui sont des questions décisives, on comprend lorsque l'on regarde la carte que le contrôle d'Alep est décisif pour ce qui peut se passer au Liban, en Syrie même et en Turquie. Ce n'est pas un hasard si Daech a porté son action et a l'intention de l'intensifier sur et contre Alep avec Al-Qaïda et en plus avec Bachar Al-Assad qui est actif dans ce domaine, alors qu'Alep est tenue pour une large part par des Syriens faisant partie de ce que l'on appelle l'opposition modérée.

Nous travaillons donc avec les Nations unies, avec tous les membres du Conseil de sécurité dont la Chine pour savoir comment nous pourrions parvenir à une solution de stabilité et de sécurité, ce que l'on appelle en anglais, «safe zone».

Ce n'est pas un travail facile, il y a des discussions qui ont lieu, l'envoyé des Nations unies en a d'ailleurs parlé récemment à Bachar Al-Assad, nous en avons parlé avec les Américains, aux Turcs et d'autres encore mais le combat pour Alep risque d'être le prochain grand combat. Selon ce qui se passera, cela donnera des directions extrêmement différentes à ce qui peut se passer en Syrie. Là comme ailleurs, la France essaie de travailler pour la paix.

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7. Ukraine - Russie - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec «France Inter» (Paris, 25/11/2014)

(...)

Q - Sur les relations avec la Russie. La livraison des navires Mistral est toujours en suspens, Moscou menace la France de réclamations financières. Quelle est la date limite que vous vous fixez pour décider oui ou non ?

R - La date limite est fixée par le contrat. Il y a des dispositions contractuelles, que je n'ai pas à exposer ici, mais nous considérons que les conditions d'une livraison ne sont pas réunies, pour des raisons évidentes aujourd'hui, quand vous regardez ce qui se passe en Ukraine.

D'ailleurs, j'en profite, puisque vous posez la question, pour dire qu'il y a des questions qui se posent des deux côtés. Du côté russe, il y a une présence russe, soit directe, soit par séparatistes interposés, qui n'est pas acceptable mais, dans les derniers jours, il y a un certain nombre de déclarations du côté ukrainien qui sont très problématiques. Lorsque les Ukrainiens disent qu'ils ne paieront plus les pensions des gens qui se trouvent à l'Est ou lorsque le nouveau gouvernement dit «notre objectif maintenant c'est que l'Ukraine rejoigne l'OTAN», cela pose évidemment de gros problèmes.

Nous restons donc fidèles - et j'en ai discuté bien sûr avec mon homologue russe qui était hier à Vienne, avec les Américains, avec d'autres, avec mon homologue allemand -, nous voulons revenir à ce qu'on appelle les accords de Minsk, qui ont été signés par tout le monde, et qui donnent une feuille de route pour retourner vers une situation de paix, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Q - Bon, et donc pas de décision dans l'immédiat ?

R - Les conditions ne sont pas remplies pour livrer, c'est clair.

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8. Ukraine - Russie - Livraison du premier BPC Mistral- Communiqué de la présidence de la République (Paris, 25/11/2014)

Le président de la République considère que la situation actuelle dans l'est de l'Ukraine ne permet toujours pas la livraison du premier BPC Mistral. Il a donc estimé qu'il convenait de surseoir, jusqu'à nouvel ordre, à l'examen de la demande d'autorisation nécessaire à l'exportation du premier BPC Mistral à la Fédération de Russie./.

(Source : site internet de la présidence la République)

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9. Mexique - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec «France Inter» (Paris, 25/11/2014)

(...)

Q - Au Mexique, le 20 Novembre dernier, la population a manifesté pour demander la démission du président. Récemment, il y a eu l'enlèvement par la police de 43 étudiants. C'est la goutte qui a fait déborder le vase pour la population mexicaine qui n'en peut plus d'un gouvernement corrompu. «Le Monde» l'a qualifié d'État mafieux.

La France peut-elle continuer à passer des accords commerciaux, notamment en matière énergétique qui ont été signés très récemment, et des contrats stratégiques avec un État mafieux, qui utilise la répression et qui viole les droits de l'Homme ?

Lors des manifestations, 11 personnes ont été arrêtées et inculpées comme mutins, tentative d'homicide et délinquance organisée.

R - Mon collègue mexicain vient très bientôt à Paris et nous aurons l'occasion de discuter de tout cela. Il est vrai qu'il y a une situation, à la suite de la mort de ces étudiants, qui est extrêmement grave. Mais, je ne pense pas que l'on puisse qualifier les choses de façon aussi schématique. Il y a eu toute une série de réformes qui sont faites et le président est dans une situation politique qui n'est pas facile. Mais cela n'empêche pas que nous avons une coopération importante dans différents domaines avec le Mexique qui reste un État démocratique.

Q - Quelle est la responsabilité de la France dans la formation des policiers au Mexique ?

R - Pour le moment, la question n'est pas là. Il y a eu des discussions à la demande du président mexicain sur telle ou telle force de sécurité, mais les choses ne sont pas conclues.

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10. Dérèglement climatique - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec «France Inter» (Paris, 25/11/2014)

(...)

Q - Concernant la conférence sur le climat à Paris, l'accord qui vient d'être conclu entre la Chine et les États-Unis pour une réduction de leurs émissions polluantes vous donne-t-il bon espoir pour réussir ce sommet dans un an ?

R - L'espoir pour Paris Climat 2015 est réel. Il y a une évolution dans ce sens et évidemment, la France est au premier rang puisque nous allons accueillir cette conférence qui sera la plus grande conférence diplomatique jamais organisée avec 20.000 délégués, 20.000 invités et 3.000 journalistes. C'est la France qui la présidera, en l'occurrence votre serviteur.

Les choses sont en train de changer. De plus en plus de gens à travers le monde prennent conscience de la gravité du dérèglement climatique. Je n'appelle pas cela réchauffement climatique parce que dans beaucoup de cas, ce n'est pas un réchauffement, c'est un dérèglement. Tout réside dans des phénomènes qui vont avoir des conséquences effrayantes si on n'y met pas fin avec la limitation des gaz à effet de serre.

Il y a une prise de conscience. L'accord entre les Américains et les Chinois est très important car ce sont les deux plus grands pollueurs mondiaux. Ils se mettent d'accord, pour des raisons diverses, pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre.

De plus, vous avez vu qu'il y a la capitalisation, ce que l'on appelle le Fonds Vert. Tout cela n'est pas possible s'il n'y a pas de financement et la semaine dernière, nous avons réuni près de 10 milliards de dollars.

C'est une négociation très difficile dont la complexité est extrême mais l'espoir est maintenant réel.

Je vais me rendre à Lima au Pérou, en décembre, car nous co-présiderons la Cop21 l'an prochain. Mais en décembre de cette année, il y a la Cop20 au Pérou et nous allons essayer avec nos amis péruviens de faire avancer les choses pour que le travail pour l'an prochain se présente dans de bonnes conditions.

(...)

Q - La France va organiser la conférence sur le climat. La France est-elle vraiment exemplaire dans ce domaine, après notamment le retrait de l'éco taxe ?

R - Personne n'est totalement exemplaire mais lorsque l'on regarde les gaz à effet de serre puisque c'est de cela dont il s'agit, la France est quand même dans les pays les mieux placés ou les moins mal placés. La loi qui vient d'être votée sur la transition énergétique va dans le bon sens. De plus, au niveau européen il y a eu un accord général au mois d'octobre pour diminuer de 40 % les gaz à effet de serre. On peut dire qu'on n'en fait jamais assez dans le bon sens.

Q - Cela aurait-il été plus facile pour vous, comme négociateur, si l'écotaxe était instaurée en France ?

R - Ce lien direct n'est pas fait et lorsque je discute avec mes collègues du monde entier - parce qu'il y aura 195 pays présents - en leur disant qu'il faudra faire voter dans le bon sens, ils considèrent en général que l'Europe et la France en particulier sont dans le peloton de tête. Mais il y a toujours des progrès à faire./.

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11. Union européenne - Entretien de M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec «France Inter» (Paris, 25/11/2014)

(...)

Q - Que pensez-vous de l'Europe aujourd'hui, vous qui aviez voté contre la Constitution ?

R - J'avais voté contre, vous avez raison, comme d'ailleurs la majorité des Français, parce que je crois à l'Europe mais je considérais que le projet de texte qu'on nous proposait à l'époque n'était pas capable de changer l'Europe. Or, je pensais et je pense toujours qu'il y a des évolutions très importantes à opérer en Europe.

En clair, je suis pour l'idée européenne parce que c'est notre avenir, mais la gestion européenne était et demeure à certains égards critiquable. C'est ce que nous essayons de faire bouger en ce moment. Certaines choses ont bougé, il faut le reconnaître.

Par exemple, je veux rendre hommage à l'action qui est celle de Mario Draghi, le patron de la BCE, qui a vraiment fait évoluer les choses de manière positive et heureusement qu'il est là pour donner un peu d'air.

Vous le savez bien, en matière de croissance par exemple, je trouve que l'Europe n'agit pas suffisamment. J'espère que le plan de 300 milliards d'euros d'investissements qui est proposé par M. Juncker sera concret, réel et financé car il faut être sérieux en Europe et parfois budgétairement plus sérieux qu'actuellement. Mais il faut en même temps qu'il y ait de la croissance, sinon les gens vont se détourner de l'Europe, c'est ce que vous voyez dans de nombreux pays.

(...)./.

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