Dans cet espace vous pouvez

- soit faire une recherche avancée sur tous les points de presse et déclarations de politique étrangère

- soit sélectionner une date   


Déclarations officielles de politique étrangère du 23 juin 2017


Sommaire



1. Conseil européen - Union européenne - Lutte contre le terrorisme - Europe de la défense - Conférence de presse de M. Emmanuel Macron, président de la République, à l'issue de la première journée de travail (Bruxelles, 22/06/2017)

Bonsoir Mesdames, bonsoir Messieurs,

Je vais faire un point juste après cette première séance de travail de ce conseil européen et avant le dîner qui dans quelques instants nous réunira à nouveau. D'abord pour dire tout le plaisir qui est le mien d'être ici à ce premier conseil européen pour ce qui me concerne afin de traiter de nombreux sujets qui me sont chers et qui sont importants pour les destinées non seulement de notre pays mais également du projet européen, projet que j'ai durant toute la campagne présidentielle française défendu, porté, là où nombre de mes compétiteurs l'attaquaient ou en tout cas lui imputaient l'essentiel des difficultés que connaissait notre pays.

L'objectif principal de ce conseil, si je devais en donner la cohérence, c'est de commencer à définir ou redéfinir cette Europe qui protège et dont nous avons besoin, dont nous avions parlé avec la chancelière il y a maintenant quelques semaines. L'Europe est un projet d'avenir, et nous y reviendrons dans les prochains mois, qui nécessite des évolutions, des transformations, qui nécessite aussi des réformes profondes dans plusieurs États membres, en particulier la France, celles que le gouvernement est en train de mettre en oeuvre.

Mais l'Europe, dans une mondialisation de plus en plus déréglée, face à des risques profonds qui se sont encore accrus ces dernières années, je pense en particulier au terrorisme, face aux transformations, les grandes migrations, face au changement climatique, l'Europe doit aujourd'hui protéger davantage nos concitoyens. C'est de cela dont nous avons parlé et dont nous parlerons largement durant ce conseil. La séance qui vient de s'achever a permis de traiter du sujet de la lutte contre le terrorisme et de la défense.

En matière de lutte contre le terrorisme, nous avons adopté des conclusions ambitieuses qui ont rappelé les initiatives récemment adoptées, en particulier la mise en place du PNR, la nécessité d'une coopération entre États membres en matière de lutte contre le terrorisme renforcée, la mise en place d'un contrôle aux frontières extérieures qui est une avancée importante qui va conduire dans les prochaines semaines à modifier le code Schengen pour davantage contrôler les entrées et sorties, ce qui est un élément indispensable d'une plus grande sécurisation. C'est d'ailleurs ce que pour ma part j'avais défendu durant la campagne présidentielle française où d'autres proposaient de simplement supprimer le système Schengen pour arriver à un contrôle national. Je crois qu'on adopte là une mesure qui est beaucoup plus efficace en termes de protection de nos populations.

Ensuite, nous avons longuement discuté et adopté des conclusions en matière de lutte contre le terrorisme sur Internet. À ce titre, le conseil s'est inscrit dans le droit fil du plan d'action que nous avions adopté, il y a quelques jours, avec Theresa May, à Paris, suite aux attentats de Manchester et de Londres, qui a conduit à renforcer les instruments qui sont les nôtres, les engagements qui sont les nôtres en matière de lutte contre le terrorisme sur Internet. D'abord en demandant les retraits de contenus illicites en ligne immédiatement ; on sait que plusieurs engagements ont été pris par les principaux acteurs de l'Internet mais ils se font dans des délais et sous des conditions qui ne sont pas aujourd'hui satisfaisants.

À ce titre, le plan d'action franco-britannique avait défini la nature de ces contenus et le retrait immédiat des contenus incitant à la haine ou au terrorisme avec un code de conduite renforcé. Nous sommes en la matière allés plus loin puisque nous avons ouvert la possibilité si nécessaire d'adopter une législation européenne en la matière et donc une législation contraignante sur ce sujet. C'est pour ma part un point auquel je suis attaché et qui est utile pour avoir une véritable efficacité dans la lutte contre les messages à caractère terroriste sur Internet.

Ensuite, l'autre élément important c'est l'accès aux preuves électroniques, là aussi beaucoup de travail a été fait mais nous devons être encore plus pragmatiques et c'est ce à quoi invitent les conclusions de ce conseil. Et enfin en matière de chiffrement c'est la volonté réaffirmée et bien précisée dans notre plan d'action franco-britannique que nous avons ici discutée et qui consiste à pouvoir localiser ou disposer de ce qu'on appelle les métadonnées pour celles et ceux qui utilisent des messageries cryptées, ce qui veut dire qu'on respecte totalement les libertés individuelles, les règles de confidentialité mais qu'on ne désarme pas les services de lutte contre le terrorisme et les États lorsque ces messageries sont utilisées.

Cet axe dans le plan de lutte contre le terrorisme est important, suite aux attentats qu'a subis le Royaume-Uni et l'ouverture de la possibilité de légiférer sur le plan européen est une avancée dont je suis pleinement satisfait. Enfin, nous avons indiqué notre volonté commune de renforcer la lutte contre le financement du terrorisme et à ce titre des initiatives concrètes seront prises en marge et dans le cadre du G20 à Hambourg début juillet.

Le deuxième sujet dont nous avons longuement parlé et sur lequel des conclusions ambitieuses ont été adoptées c'est celui de la défense européenne. Et sur ce thème je veux avant tout rendre hommage aux deux personnels européens qui ont été lâchement tués à Bamako lors de l'attaque de dimanche dernier puisqu'un Portugais et une Malienne travaillant tous deux pour l'Union européenne ont perdu la vie dans cette attaque. Les conclusions qui ont été adoptées il y a quelques instants en matière de défense sont je dois le dire à la hauteur des enjeux, il faut en mesurer pleinement le caractère historique. Et nous les devons au président de la Commission européenne, je veux ici lui rendre hommage, je ne viens pas devant vous vous expliquer que c'est mon oeuvre, pas du tout.

Je crois que le président de la Commission européenne avec beaucoup de courage a porté le 7 juin dernier une proposition forte en matière de défense, elle a été pleinement soutenue par la France et l'Allemagne dans les remarques que nous avons pu faire sur les projets de conclusions durant les semaines précédentes, elles ont permis d'adopter un texte qui est une avancée réelle en matière de défense. D'abord parce que nous avons pu adapter une stratégie globale et en particulier élargir le périmètre des coûts communs pour les opérations communes et donc donner un caractère plus pratique et plus efficace aux interventions européennes. Nous avons aussi adopté un vrai volontarisme en matière de capacités et de commandes européennes.

Nous avons pris acte d'une coopération structurée permanente, ambitieuse, et à cet égard nous souhaitons dans le cadre franco-allemand aller plus loin lors du conseil des ministres franco-allemand du 13 juillet prochain. Enfin et surtout si je puis dire, ces conclusions ont permis d'acter la création d'un fonds européen de défense élaboré en un laps de temps extrêmement court, cinq mois. Les propositions de la Commission sur le fonds européen de défense sont vraiment d'une ampleur inédite tant au regard des montants envisagés que du périmètre d'action du budget de l'Union européenne sur les questions de défense.

À mes yeux, il s'agit là d'une avancée réelle, toute la phase de recherche et développement de défense à l'exception de la production et de l'acquisition pourrait bénéficier des crédits européens, ce qui va nous permettre en termes de convergence des matériels, en termes de capacités communes de véritablement progresser et d'accélérer l'amélioration de l'équipement de nos armées, le renforcement de nos industries de défense et d'avoir une vraie ambition européenne.

Voilà ce que je souhaitais principalement souligner à ce stade et donc à titre provisoire pour ces travaux du conseil européen qui fait l'objet de discussions comme vous l'avez compris ambitieuses mais efficaces, ce qui nous permet d'être un peu plus tôt que prévu devant vous./.

Retour sommaire


2. Conseil européen - Union européenne - Allemagne - Politique économique - Point de presse de M. Emmanuel Macron, président de la République, à son arrivée (Bruxelles, 22/06/2017)

Je suis très heureux de pouvoir participer à ce premier conseil européen. L'Europe n'est pas simplement à mes yeux une idée c'est un projet, une ambition. Je l'ai défendue dans la campagne présidentielle en France. Les candidats et candidates qui se sont présentés aux élections législatives en soutien de la majorité présidentielle l'ont également défendue et aujourd'hui nous rentrons dans le concret. Ce conseil va permettre de parler de nombreux sujets d'actualité et d'avenir de notre Europe et tout particulièrement de pouvoir porter avec détermination ce projet d'une Europe qui protège.

Nous allons travailler sur la lutte contre le terrorisme, sur les sujets de migration, en particulier les sujets de défense et je suis très attaché à ce que nous puissions obtenir des conclusions claires, en particulier sur un fond européen de défense qui porte cette ambition concrètement.

Nous aurons des discussions sur le commerce, sur la lutte contre le réchauffement climatique. Autant de sujets qui font l'Europe et qui font que l'Europe peut apporter une réponse concrète aux craintes du quotidien, aux défis du quotidien, aux dérèglements de la mondialisation. C'est aussi cela le projet que nous portons et c'est ce que je veux défendre aujourd'hui avec l'ensemble de mes collègues.

Q - Vous envisagez de relancer l'axe franco-allemand. Très concrètement aujourd'hui cela passe par quoi ?

R - Très concrètement nous travaillons main dans la main évidemment avec l'Allemagne. Nous avons eu des remarques communes aux conclusions de ce sommet et dans le conseil nous allons parler d'une voix commune.

Q - Vous êtes d'accord sur tout ?

R - Nous sommes d'accord. Il y a des sensibilités qui sont parfois différentes et c'est bien normal. Mais je veux que nous les réglions en amont de ces conseils. Sur tous ces sujets, je souhaite travailler de manière très étroite avec l'Allemagne. Je souhaite aussi que tous nos partenaires, et j'ai eu l'occasion ces dernières semaines et tout particulièrement ces derniers jours de voir plusieurs collègues, ouvrir ce cercle au maximum pour travailler sur ces convergences.

Q - Et pour les investissements étrangers ?

R - Sur les investissements, de manière très claire le texte des conclusions porte aujourd'hui ce que nous souhaitons. Je souhaite que nous puissions, en matière de commerce, là aussi avoir une Europe qui est tout à fait ouverte au libre-échange et à ce que sont nos valeurs, mais qui protège lorsque d'autres ne respectent pas certaines règles. Et donc mention est faite à la fois du contrôle de certains investissements directs étrangers dans des domaines sensibles. Nous demandons à la Commission d'y travailler. Mention est faite très clairement de la modernisation de nos instruments en matière commerciale. C'est quelque chose auquel je tiens beaucoup. Il est aussi fait référence à une juste réciprocité, en particulier sur l'ouverture de certains marchés. Tout cela va dans le bon sens, à la fois d'une ouverture, mais d'une ouverture raisonnée.

Q - Et sur les agences européennes ?

R - Sur ce sujet, je vais être très simple et je rejoindrai ensuite mes collègues. Ma priorité est de parler des projets de fond, de la politique européenne, de nos ambitions. Cela n'est pas d'avoir des discussions pendant des jours et des nuits sur le démantèlement ou la re-répartition. Une méthode sera proposée par le président du conseil et le président de la Commission. Je pense que cela est une bonne chose que nous nous mettions d'accord sur une méthode qui permettra de régler cela de la manière la plus efficace./.

Retour sommaire


3. Conseil européen - Union européenne - Accord de Paris sur le changement climatique - Conclusions du conseil européen - Communiqué de presse (Bruxelles, 22/06/2017)

Le conseil européen réaffirme avec force que l'UE et ses États membres sont déterminés à mettre en oeuvre rapidement et pleinement l'accord de Paris, à contribuer à la réalisation des objectifs en matière de financement de l'action climatique et à rester à la pointe de la lutte contre le changement climatique. Cet accord demeure la pierre angulaire des efforts déployés à l'échelle mondiale pour lutter efficacement contre le changement climatique, et ne saurait être renégocié. Il constitue un élément essentiel pour la modernisation de l'industrie et de l'économie européennes. Il est également essentiel à la mise en oeuvre du programme de développement durable à l'horizon 2030 ; bien que de portée plus large, le nouveau consensus européen pour le développement, récemment adopté, contribuera aussi à la réalisation de cet objectif. L'UE et ses États membres renforceront la coopération avec les partenaires internationaux dans le cadre de l'accord de Paris, en particulier avec les pays les plus vulnérables, faisant ainsi preuve de solidarité avec les générations futures et prenant leurs responsabilités envers l'ensemble de la planète. Le conseil européen invite le conseil et la Commission à examiner tous les moyens d'atteindre ces objectifs. L'UE continuera de collaborer étroitement avec tous les acteurs non étatiques, en s'inspirant de l'exemple positif que constitue le plan mondial d'action pour le climat./.

Retour sommaire


4. Conseil européen - Union européenne - Sécurité et défense - Conclusions du conseil européen - Communiqué de presse (Bruxelles, 22/06/2017)

Sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme

1. Le conseil européen condamne fermement les attentats terroristes qui ont été perpétrés récemment et est uni et résolu dans la lutte contre le terrorisme, la haine et l'extrémisme violent. Ces actes ont renforcé notre détermination à coopérer au niveau de l'UE de façon à accroître notre sécurité intérieure: nous lutterons contre la propagation de la radicalisation en ligne, coordonnerons nos efforts visant à prévenir et combattre l'extrémisme violent et à lutter contre l'idéologie qui le sous-tend, ferons échec au financement du terrorisme, faciliterons les échanges rapides et ciblés d'informations entre les services répressifs, y compris avec des partenaires de confiance, et améliorerons l'interopérabilité des bases de données.

2. Les entreprises du secteur doivent assumer leurs propres responsabilités pour ce qui est de contribuer à la lutte contre le terrorisme et la criminalité en ligne. Dans le prolongement des travaux menés par le Forum de l'UE sur l'Internet, le conseil européen attend des entreprises du secteur qu'elles créent leur propre forum et mettent au point de nouvelles technologies et de nouveaux outils en vue d'améliorer la détection automatique et la suppression des contenus qui incitent à la commission d'actes terroristes. Cela devrait être complété par les mesures législatives appropriées au niveau de l'UE, si nécessaire. Le conseil européen appelle à relever les défis que posent les systèmes qui permettent aux terroristes de communiquer par des moyens auxquels les autorités compétentes ne peuvent avoir accès, y compris le chiffrement de bout en bout, tout en préservant les avantages que ces systèmes offrent en matière de protection de la vie privée, des données et des communications. Le conseil européen estime que l'accès effectif aux preuves électroniques est essentiel pour lutter contre les formes graves de criminalité et le terrorisme et que, sous réserve de garanties appropriées, la disponibilité des données devrait être assurée.

3. L'accord sur le système d'entrée/sortie, qui devrait intervenir sous peu, et la finalisation, avant la fin de l'année, d'un système européen d'information et d'autorisation concernant les voyages (ETIAS) ouvriront la voie à la mise en oeuvre rapide de ces systèmes, ce qui renforcera le contrôle des frontières extérieures et la sécurité intérieure, tout en tenant compte des situations spécifiques des États membres qui n'appliquent pas encore pleinement l'acquis de Schengen. Dans ce contexte, le conseil européen invite la Commission à élaborer, dès que possible, un projet de texte législatif mettant en oeuvre les propositions formulées par le groupe d'experts de haut niveau sur l'interopérabilité.

4. Il nous faut accélérer les efforts que nous menons ensemble pour partager nos connaissances sur les combattants terroristes étrangers et les individus radicalisés qui ont grandi à l'intérieur de nos frontières, et faire progresser les mesures stratégiques et juridiques pour gérer la menace.

5. Le conseil européen souligne qu'il est important d'apporter un soutien aux victimes d'actes de terreur.

Sécurité extérieure et défense

6. Le conseil européen réaffirme qu'il est déterminé à renforcer la coopération au sein de l'UE en matière de sécurité extérieure et de défense de manière à protéger l'Union et ses citoyens et à contribuer à la paix et à la stabilité dans son voisinage et au-delà. Avec toutes les capacités civiles et diplomatiques dont elle dispose, l'UE offre un éventail unique de possibilités à cette fin. Ainsi qu'il ressort des conclusions du conseil du 18 mai et du 19 juin 2017, des progrès importants ont été accomplis dans la mise en oeuvre de la stratégie globale de l'UE dans le domaine de la sécurité et de la défense et de la déclaration commune signée à Varsovie par les dirigeants de l'UE et de l'OTAN. La relation transatlantique et la coopération entre l'UE et l'OTAN demeurent fondamentales pour notre sécurité globale, en ce qu'elles nous permettent de réagir face à l'évolution des menaces pesant sur la sécurité, y compris les cybermenaces, les menaces hybrides et le terrorisme. Le conseil européen salue la mise en place, à Helsinki, d'un centre d'excellence européen pour la lutte contre les menaces hybrides. La conférence à haut niveau sur la sécurité et la défense, qui s'est tenue le 9 juin à Prague, a souligné tant la complémentarité de l'UE et de l'OTAN que la nécessité d'accélérer les efforts déployés en Europe en vue de renforcer nos activités de recherche, nos capacités et nos opérations en matière de défense.

7. Le développement conjoint de projets capacitaires décidés d'un commun accord par les États membres en vue de remédier aux lacunes majeures qui existent et de mettre au point les technologies de demain est primordial si l'on veut atteindre le niveau d'ambition de l'UE approuvé par le conseil européen en décembre 2016. Le conseil européen accueille avec satisfaction la communication de la Commission relative à un Fonds européen de la défense, qui comporte un volet «recherche» et un volet «capacités», et attend avec intérêt sa concrétisation rapide. Il appelle à la conclusion rapide d'un accord sur la proposition relative à un programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense afin que celui-ci soit mis en oeuvre sans tarder, avant que des programmes de plus grande envergure puissent être envisagés à moyen terme. Le conseil européen appelle les États membres à recenser des projets capacitaires appropriés pour le Fonds européen de la défense et pour le programme européen de développement industriel dans le domaine de la défense. Le conseil européen invite les États membres à continuer de travailler sur des options concernant la passation conjointe de marchés portant sur des capacités dans le cadre du Fonds européen de la défense, sur la base de mécanismes de financement solides. L'objectif est de fournir des capacités, de doter l'industrie de défense européenne d'une base compétitive, innovante et équilibrée à l'échelle de l'UE, y compris par une coopération transnationale et une participation des PME, et de contribuer au renforcement de la coopération européenne en matière de défense, en exploitant les synergies et en mobilisant un soutien de l'UE venant s'ajouter au financement assuré par les États membres. Le développement industriel européen dans le domaine de la défense nécessitera également que l'UE soutienne les investissements des PME et les investissements intermédiaires (sociétés à moyenne capitalisation) dans le domaine de la sécurité et de la défense. À cet égard, le conseil européen invite une nouvelle fois la Banque européenne d'investissement à examiner des mesures en vue de soutenir les investissements dans les activités de recherche et développement en matière de défense.

8. Afin de renforcer la sécurité et la défense de l'Europe dans le contexte géopolitique difficile que l'on connaît actuellement et de contribuer à ce que le niveau d'ambition de l'UE exprimé dans sa stratégie globale puisse être atteint, le conseil européen convient de la nécessité de lancer une coopération structurée permanente qui soit inclusive et ambitieuse. Les États membres établiront, dans un délai de trois mois, une liste commune de critères et d'engagements contraignants, dans le plein respect de l'article 42, paragraphe 6, et de l'article 46 du TUE, ainsi que de son protocole n°10, notamment en vue des missions les plus exigeantes, qui sera assortie d'un calendrier précis et de mécanismes d'évaluation spécifiques, afin de permettre aux États membres qui sont en mesure de le faire de notifier leur intention de participer sans délai. Ce travail doit être cohérent avec la planification de défense nationale des États membres et les engagements convenus dans le cadre de l'OTAN et des Nations unies par les États membres concernés. Des initiatives et des projets de collaboration concrets devraient également être définis à l'appui des objectifs, engagements et critères communs de la coopération structurée permanente.

9. Afin de renforcer le dispositif de réaction rapide de l'UE, le conseil européen convient que le déploiement des groupements tactiques devrait être pris en charge de façon permanente en tant que coût commun par le mécanisme Athena, géré par l'UE. Il demande par ailleurs instamment au conseil d'accélérer ses travaux visant à accroître la réactivité en matière de gestion civile des crises.

10. Le conseil européen reviendra sur ces questions au cours d'une de ses prochaines réunions./.

Retour sommaire


5. Conseil européen - Décision relative à la procédure concernant le transfert des agences de l'UE qui ont actuellement leur siège au Royaume-Uni - Communiqué de presse (Bruxelles, 22/06/2017)

En marge de la réunion du conseil européen (article 50), les dirigeants ont approuvé les modalités de procédure concernant le transfert des agences de l'UE qui ont actuellement leur siège au Royaume-Uni.

Procédure conduisant à une décision relative au transfert de l'agence européenne des médicaments et de l'autorité bancaire européenne dans le cadre du retrait du Royaume-Uni de l'Union, 22/6/2017 : http://www.consilium.europa.eu/fr/meetings/european-council/2017/06/22-euco-procedure-agencies_pdf/

./.

Retour sommaire


6. Allemagne - Union européenne - Décès d'Helmut Kohl - Tribune de M. Emmanuel Macron, président de la République, dans l'hebdomadaire Der Spiegel (Hambourg, 22/06/2017)

«Hommage à Helmut Kohl»

«Ihr habt das Herz mir bezwungen,

Und die Treue, sie ist doch kein leerer Wahn»

Friedrich von Schiller

La France pleure Helmut Kohl.

Dans nos mémoires reviennent irrésistiblement les images qu'il sut y graver si profondément. Image de Verdun et de cette main donnée à François Mitterrand devant le cercueil où s'enveloppaient le drapeau français et le drapeau allemand ; longue méditation silencieuse apaisant tant de blessures.

Ce fut cette apparition à la télévision française lors d'un débat sur le traité de Maastricht où courageusement il vint exhorter les Français à embrasser leur avenir.

Ce furent les larmes versées lors des funérailles de François Mitterrand à Notre-Dame de Paris, montrant que la grande Histoire s'écrit par la sincérité des engagements et la capacité à dépasser les clivages.

Enfin ce fut cette silhouette contemplant depuis son fauteuil roulant une porte de Brandebourg symbole de cette Allemagne qu'il avait tant contribué à réunifier.

Helmut Kohl est, pour tout Français, le représentant d'une Allemagne cherchant à surmonter les ruines par l'idéal, à proposer au monde un projet capable de racheter les déchirures et les atrocités, sans jamais les oublier, ni les éluder.

Pour Helmut Kohl, comme avant lui Konrad Adenauer et Helmut Schmidt, cet idéal fut l'Europe unie et la démocratie apaisée. Par son pragmatisme, son sens du réel, la force de sa conviction, il porta la construction européenne vers de nouveaux horizons, aux côtés de deux Français, Jacques Delors et surtout François Mitterrand, auquel le lia une complicité et une confiance partagées qui marquèrent douze années de construction européenne.

L'Acte unique, Maastricht, Schengen, l'euro, si décriés aujourd'hui, furent pour cette génération qui avait l'expérience de la guerre et savait la folie des hommes, les gages d'une paix entre les peuples. Si attentif à la France, il fut du reste l'ami bienveillant de tous les autres partenaires européens.

En Helmut Kohl, la France pleure un homme qui savait que la politique du réel ne vaut que si elle permet d'incarner des idées plus hautes - de concorde, de liberté, de solidarité. Si nous avons peiné à nous placer à la hauteur de son héritage, ce n'est pas parce que nous avons manqué de pragmatisme. C'est parce que nous avons manqué d'idéalisme. Nous n'avons pas assez su tenir aux peuples d'Europe le langage de l'avenir. Nous n'avons pas su entretenir la flamme vive de l'idéal européen, et le sens s'en est perdu dans les arcanes de la technocratie.

Il est temps pour la France de ressaisir pleinement l'héritage d'Helmut Kohl. De refaire de l'Europe non une réalité technique, mais un horizon partagé. L'état du monde exige cela de nous car l'Europe est désormais le havre sûr de la paix et des droits de l'Homme, dans un monde où tous les jours ils sont bafoués.

Nous avons entrepris de renouer ce fil avec la chancelière Merkel et nous y travaillerons inlassablement parce que nous savons ce que nous devons à l'Europe, à ses fondateurs, à ses promoteurs.

Dans ce monde redevenu tragique, l'Europe doit être une espérance. C'est notre espérance. Ne la laissons pas disparaître sous le poids du cynisme et du court terme. Donnons-lui à nouveau sa chance et sa promesse. Nous le devons à Helmut Kohl./.

Retour sommaire


7. Allemagne - Union européenne - Brexit - Syrie - Point de presse conjoint de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères, et de M. Sigmar Gabriel, ministre des affaires étrangères de la République fédérale d'Allemagne - Propos de M. Le Drian (Paris, 23/06/2017)

Mesdames, Messieurs,

Je suis ravi d'accueillir aujourd'hui à Paris mon collègue allemand Sigmar Gabriel, que j'avais déjà eu le plaisir de rencontrer à Berlin le 22 mai dernier.

Cette rencontre nous a permis d'échanger sur beaucoup de sujets, de préparer d'importantes échéances, et en premier lieu le conseil des ministres franco-allemand, qui se tiendra à Paris le 13 juillet prochain.

Cet exercice régulier est un jalon important de la relation franco-allemande ; il nous permettra d'acter des projets concrets au service de nos citoyens, dans le champ de l'éducation, de la jeunesse, de l'économie ou encore de la défense.

Je retrouverai Sigmar à cette occasion, et nous participerons au conseil franco-allemand de défense et de sécurité, qui sera cette année co-présidé, en marge du CMFA, par le président et la chancelière.

Nous avons également évoqué les grands défis que nous devons relever ensemble. L'Allemagne joue à cet égard un rôle primordial en étant actuellement à la tête du G20.

J'ai salué le récent lancement du partenariat du G20 avec l'Afrique à Berlin, et je sais gré à l'Allemagne d'avoir durablement inscrit ce continent au coeur de l'agenda du G20.

J'ai également apporté tout mon soutien aux ambitions de l'Allemagne pour la réunion du G20 à Hambourg, sur le climat, le commerce ou encore le terrorisme. Nous sommes parfaitement en phase pour plaider pour une mondialisation régulée et inclusive, laissant toute sa place au cadre multilatéral.

Nous avons également évoqué l'ensemble des questions qui remuent la stabilité du monde actuellement, nous avons échangé sur les grandes crises en Syrie, en Libye et en Ukraine. Nos vues sont proches, notre solidarité très forte, comme d'habitude, et nous avons eu ensemble un échange fructueux, cordial, mais aussi très constructif et très prometteur pour l'avenir.

Q - (Sur le Brexit)

R - Sur la question du Brexit, le calendrier existe, la méthode a été adoptée, le séquencement est connu, les négociations ont commencé, il faut qu'elles se poursuivent en fonction du mandat qui a été confié par le Conseil très récemment, et qu'a initié, en son nom, Michel Barnier. Quant à l'appartenance du Royaume-Uni à l'ensemble européen, il n'y a pas de doute, le Brexit ne signifie pas la fin de la géographie. Je suis convaincu qu'en matière de sécurité et de défense, en particulier, nous aurons avec le Royaume-Uni un partenariat positif.

Q - (Sur la Syrie)

R - Il y a deux éléments majeurs en ce qui concerne la Syrie. Le premier c'est qu'il y a eu 350.000 morts, 8 millions de réfugiés ou de déplacés, et que cette évolution se poursuit dans la souffrance et dans les drames. Deuxièmement, des foyers de terrorisme se trouvent toujours en Syrie et menacent notre propre sécurité, c'est singulièrement le cas à Raqqa, et peut-être ailleurs demain.

Nous avons quatre principes qui ont été évoqués par le président de la République. Premièrement, combattre le terrorisme. Le président a dit : «Daech est notre ennemi, Assad est l'ennemi de son peuple», cette formule a déjà été évoquée antérieurement, y compris par moi-même lorsque j'étais ministre de la défense. Deuxièmement, éradiquer toute possibilité d'intervention d'armes chimiques. Le président a été particulièrement clair sur cette orientation. Troisièmement, faire en sorte que l'aide humanitaire arrive à tous dans les meilleures conditions, et donc, à cet égard, permettre le développement des zones de cessez-le-feu le mieux possible. Quatrièmement, aller vers une solution politique, car il n'y aura pas de solution militaire. Ce qu'a dit Emmanuel Macron, c'est que la France était prête à agir, avec d'autres, sans préalable, pour aboutir à une solution négociée. Nous sommes donc disponibles./.

Retour sommaire


8. Nations unies - G5 Sahel - Remarques à la presse du représentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 21/06/2017)

(En français et en anglais)

La résolution que nous allons adopter dans quelques instants est un texte important et fondateur. Un texte important parce que le conseil de sécurité va apporter un soutien fort et décisif à la mobilisation de nos partenaires africains dans la lutte contre le terrorisme, à travers le soutien que nous allons apporter à la force conjointe du G5 Sahel.

Ce texte est aussi, ne nous y trompons pas, un texte fondateur car il incarne une vision stratégique, celle du partenariat avec nos amis africains dans le domaine de la paix et de la sécurité, dont nous allons ouvrir aujourd'hui un nouveau chapitre.

Je voudrais vous assurer de la détermination de la France à nourrir la dynamique profonde et irréversible que le conseil de sécurité engage aujourd'hui dans sa relation avec l'Afrique, comme nous l'illustrerons notamment lors de la présidence française du conseil de sécurité en octobre prochain.

The resolution we are about to adopt is in many respects a landmark resolution. Why ? First of all, because the Security Council will bring a strong and decisive support to the mobilization of our Africain partners in the fight against terrorism, and in this case in supporting the G5 Sahel joint force. So in this respect, it is a very important resolution. This is also a landmark resolution because, make no mistake about it, with this text we open a new chapter in our partnership with Africa, we open a new chapter in the strategic partnership that we want to promote - we the Security Council, and we, French, in particular - in our relationship with Africa with respect to peace and security. So there is a strong dynamic, a strong momentum that will come out of this resolution. You can count on France, with our partners, to feed this momentum in the coming months, and we will have an important opportunity with France's presidency of the Security Council in October./.

Retour sommaire


9. Nations unies - Adoption de la résolution soutenant la force du G5 Sahel - Explication de vote du représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité (New York, 21/06/2017)

«La résolution que nous venons d'adopter est un texte fondateur. Non seulement le conseil de sécurité apporte un soutien fort et décisif à la mobilisation de nos partenaires africains dans la lutte contre le terrorisme, à travers la force conjointe du G5 Sahel, mais il exprime une vision stratégique, celle du partenariat avec nos amis africains dans le domaine de la paix et de la sécurité, dont nous ouvrons aujourd'hui un nouveau chapitre».

Monsieur le Président,

La France salue l'adoption à l'unanimité de la résolution 2359.

Par ce texte important, et à bien des égards fondateur, le conseil de sécurité exprime son plein soutien à la force conjointe mise en place par les États du G5 Sahel afin de lutter contre la menace terroriste à laquelle ils font face, et qui ne connait pas de frontières. Il appelle l'ensemble de la communauté internationale à fournir une assistance logistique, opérationnelle et financière à l'initiative des États du G5 Sahel, à travers notamment la tenue à brève échéance d'une conférence des donateurs. Enfin, il annonce son intention de se réunir à nouveau à plusieurs reprises dans les prochains mois afin d'examiner, entre autres choses, les éventuelles mesures à prendre afin de soutenir le déploiement de la force conjointe du G5 Sahel. La France entend faire de ce point une priorité de sa présidence du conseil de sécurité au mois d'octobre prochain.

Monsieur le Président,

La résolution que nous venons d'adopter apporte un appui fort et décisif à une initiative africaine majeure, endossée et autorisée par l'Union africaine, qui vise à lutter contre le terrorisme. Elle contribue à la démarche stratégique visant à encourager la volonté des pays africains de prendre en charge la sécurité de leur continent. Elle s'inscrit pleinement dans la nécessité, promue par le secrétaire général des Nations unies, de renforcer le partenariat entre les Nations unies et les organisations régionales et sous-régionales, notamment en Afrique. La force conjointe du G5 accompagnera et complétera les efforts de la MINUSMA au Mali, en agissant sur des territoires non couverts jusqu'ici et en menant des activités contre-terroristes qui ne relèvent pas du mandat de la MINUSMA. En contribuant à la sécurisation de la région, elle permettra également à la MINUSMA de se concentrer sur ses tâches prioritaires et facilitera la mise en oeuvre de son mandat. Elle agira également en coordination avec les forces françaises de l'opération Barkhane, avec laquelle des contacts opérationnels ont déjà été noués sur le terrain.

Monsieur le Président,

La paix et la sécurité dans le Sahel constituent pour la France et l'Europe une priorité de premier plan, qui a des incidences directes sur notre propre sécurité nationale. Les 4.000 soldats français déployés dans la région, à la demande des autorités des pays du G5 Sahel, poursuivent leurs actions contre-terroristes en soutien aux forces des États du G5 ; 20 d'entre eux y ont donné leur vie. Au moment où le terrorisme frappe partout dans le monde, nous ne pouvons pas laisser le Sahel devenir un nouveau refuge pour les organisations terroristes du monde entier. Au Sahel, c'est notre sécurité à tous qui est en jeu, pas seulement celle des pays du G5. Cette réalité nous impose d'agir ensemble, et de nous coordonner. C'est notamment pour cela que les États du G5 se sont tournés vers le conseil de sécurité.

Le conseil de sécurité, c'est une conviction profonde de la France, a la responsabilité morale et politique d'apporter un soutien unanime à nos partenaires africains qui s'unissent pour lutter contre la menace terroriste, en particulier au Sahel. C'est dire combien notre vote aujourd'hui est important. Le conseil de sécurité a en effet constamment soutenu le renforcement des capacités africaines pour répondre aux crises. Il a également constamment soutenu les États africains et les organisations africaines dans leur volonté de prendre leur destin et leur sécurité en main. Apporter un appui clair à la force conjointe du G5 Sahel, c'est donc avant tout faire preuve de cohérence à l'égard de nos partenaires africains. C'est aussi promouvoir une vision ambitieuse, celle du partenariat stratégique, avec nos amis africains.

Les États africains et organisations africaines prennent de plus en plus la responsabilité de déployer des forces pour lutter directement contre le terrorisme, complétant ainsi les missions des opérations de maintien de la paix des Nations unies. Nous souhaitons ici rendre hommage aux sacrifices qu'ils consentent, pour leur propre sécurité, mais également pour la nôtre. Nous saluons cette évolution profonde et positive pour garantir la paix et la sécurité internationales. Notre responsabilité collective, et la responsabilité des Nations unies en particulier, est de les soutenir concrètement dans cet effort, politiquement mais également financièrement, alors qu'ils manquent souvent des ressources nécessaires pour lutter efficacement contre le terrorisme. La France compte intensifier son action pour appuyer les États africains et les organisations africaines dans leur détermination à prendre en charge leur sécurité et répondre à la menace terroriste.

Monsieur le Président,

Ne nous y trompons pas : la résolution que nous venons d'adopter est un texte fondateur. Non seulement le conseil de sécurité apporte un soutien fort et décisif à la mobilisation de nos partenaires africains dans la lutte contre le terrorisme, à travers la force conjointe du G5 Sahel, mais il exprime une vision stratégique, celle du partenariat avec nos amis africains dans le domaine de la paix et de la sécurité, dont nous ouvrons aujourd'hui un nouveau chapitre.

Soyez assurés de la détermination de la France à nourrir la dynamique profonde et irréversible que le conseil de sécurité initie aujourd'hui dans sa relation avec l'Afrique.

Je vous remercie./.

Retour sommaire