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Déclarations officielles de politique étrangère du 21 avril 2017


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole - Venezuela/Retour en France de Sebastian Perez et Didier Barral, journalistes de l'agence CAPA/Rappel de la déclaration de M. Jean-Marc Ayrault - Développement/Participation de M. Jean-Marie Le Guen aux assemblées de la Banque mondiale et du FMI - Mali/Installation de l'ensemble des autorités intérimaires - États-Unis/Peine de mort - Agenda du ministre et des secrétaires d'État du 24 au 30 avril 2017/Principaux éléments publics (Paris, 21/04/2017)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole a rappelé la déclaration du ministre et fait les déclarations suivantes :

1 - Venezuela - Retour en France de Sebastian Pérez et Didier Barral, journalistes de l'agence CAPA - Rappel de la déclaration de M. Jean-Marc Ayrault - 21 avril 2017

Je me réjouis que Sebastian Pérez et Didier Barral, tous deux journalistes de l'Agence CAPA qui étaient détenus au Venezuela depuis le 11 avril dernier, soient en route vers la France où ils arriveront dans les prochaines heures.

Les autorités françaises étaient pleinement mobilisées pour obtenir leur libération. Je suis personnellement intervenu auprès de mon homologue Delcy Rodriguez que je remercie de sa contribution à ce dénouement. J'exprime également ma gratitude à notre ambassadeur à Caracas et à toute son équipe pour leur action efficace.

Je renouvelle tout mon soutien aux journalistes qui, partout dans le monde, font vivre la liberté de la presse.

2 - Développement - Participation de M. Jean-Marie Le Guen aux assemblées de la Banque mondiale et du FMI (Washington, 20-22 avril 2017)

M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'État chargé du développement et de la Francophonie, participe du 20 au 22 avril à Washington aux «assemblées de printemps» de la Banque mondiale et du FMI.

Il participera, le 21 avril, à la réunion du comité du développement consacré aux inégalités.

Avec M. Michel Sapin, M. Jean-Marie Le Guen rencontrera M. Jim Kim, président de la Banque mondiale, Mme Kristalina Georgieva, directrice générale, et plusieurs vice-présidents chargés de l'Afrique subsaharienne, de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient et du développement humain. Il soulignera l'importance pour la Banque de donner la priorité aux pays les plus pauvres, fragiles ou en conflit.

M. Jean-Marie Le Guen participera également à deux réunions de haut niveau sur les crises humanitaires et les risques de famine et sur la prévention des conflits par le développement.

3 - Mali - Installation de l'ensemble des autorités intérimaires (20 avril 2017)

La France salue la mise en place des autorités intérimaires chargées d'administrer les cinq régions du Nord du Mali, qui s'est achevée le 20 avril par l'installation des autorités à Taoudéni et Tombouctou. Elle félicite l'ensemble des parties pour le sens du compromis dont elles ont fait preuve.

L'enjeu est désormais, pour ces autorités, de répondre rapidement aux besoins essentiels des populations, avec l'appui de l'État.

Nous encourageons l'ensemble des parties à continuer de coopérer activement afin de consolider les acquis du processus de paix, notamment par la mise en place du cadre institutionnel prévu par l'accord d'Alger.

4 - États-Unis - Peine de mort

La France condamne l'exécution de Ledell Lee survenue le 20 avril en Arkansas et exprime sa vive préoccupation face à la reprise des exécutions dans cet État qui n'avait pas appliqué la peine de mort depuis douze ans.

La France rappelle son opposition constante à la peine de mort, en tous lieux et en toutes circonstances.

Nous demandons aux autorités de l'Arkansas de ne pas procéder aux prochaines exécutions qui sont annoncées. Alors que de plus en plus de voix s'élèvent aux États-Unis en faveur d'un moratoire sur les exécutions et que 19 États dans le pays ont déjà aboli la peine de mort, nous exhortons l'ensemble des autorités concernées à mettre un terme aux exécutions et à engager un débat en vue de l'abolition définitive.

5 - Agenda du ministre et des secrétaires d'État du 24 au 30 avril 2017 - Principaux éléments publics

 

M. Jean-Marc AYRAULT

Mardi 25 avril

8h30 - Entretien avec le président de la République, Élysée

15h - Entretien avec M. Lionel Zinsou, ancien Premier ministre béninois, Quai d'Orsay

18h - Cérémonie de remise des insignes d'officier de la Légion d'honneur à Mme Marie-France des Paillières, fondatrice de l'association «Pour un sourire d'enfant», Quai d'Orsay

Mercredi 26 avril

8h - Entretien avec les secrétaires d'État, Quai d'Orsay

9h15 - Conseil restreint de défense, Élysée

10h - Conseil des ministres, Élysée

Jeudi 27 avril

11h - Réunion des ministres autour du Premier ministre, suivie d'un déjeuner, Matignon

16h - Entretien avec M. Patrick Bernasconi, président du conseil économique, social et environnemental, Quai d'Orsay

Vendredi 28 avril -  samedi 29 avril

Réunion informelle des ministres des affaires étrangères de l'Union européenne, La Valette

 

M. Harlem DÉSIR

Lundi 24 avril - mardi 25 avril

Déplacement à Vienne

Mercredi 26 avril

8h - Entretien du ministre des affaires étrangères et du développement international avec les secrétaires d'État, Quai d'Orsay

Jeudi 27 avril

Conseil affaires générales, Luxembourg

Samedi 29 avril

Conseil européen, Bruxelles

 

M. Jean-Marie LE GUEN

Mardi 25 avril

11h - Entretien avec Mgr. Pascal Gollnisch, directeur général de l'OEuvre d'Orient, Convention

17h30 - Entretien avec M. Pierre Duquesne, représentant de la France auprès de l'OCDE, Convention

Mercredi 26 avril

8h - Entretien du ministre des affaires étrangères et du développement international avec les secrétaires d'État, Quai d'Orsay

Jeudi 27 avril

10h - Conférence de haut niveau sur la coopération au développement de l'Union européenne, Rome

Vendredi 28 avril

10h - Réunion ministérielle du G20 sur l'emploi des jeunes ruraux, Berlin./.

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2. Attentat des Champs-Élysées - Déclaration de M. François Hollande, président de la République (Paris, 20/04/2017)

Mesdames, Messieurs,

Ce soir, à 21h00 précisément, sur les Champs-Élysées, une attaque est intervenue, visant des policiers et le car qui les abritait.

Un policier a été tué. Deux autres ont été blessés. Une passante a également été touchée. L'assaillant a été lui-même neutralisé par d'autres policiers.

Tout le quartier a été bouclé. Les personnes qui étaient présentes ont pu être évacuées. Nous sommes convaincus que les pistes qui peuvent conduire à l'enquête et qui devront révéler toute la vérité sont d'ordre terroriste. Le Parquet antiterroriste a d'ailleurs été saisi et l'enquête sera menée sous sa conduite, pour connaitre les motivations et les éventuelles complicités.

J'ai convoqué un conseil de défense demain matin à 8h00. Tout est fait pour que la mobilisation de nos forces de sécurité, policiers et gendarmes militaires, soit au plus haut niveau dans les circonstances que nous connaissons. C'est d'ailleurs le cas depuis plusieurs mois. Nous serons d'une vigilance absolue, notamment par rapport au processus électoral.

Mais chacun comprendra à cette heure que mes pensées vont vers la famille du policier qui a été tué, également vers les proches des policiers blessés. Un hommage national sera rendu à ce fonctionnaire de police qui a été ainsi lâchement assassiné.

Nous devons tous prendre conscience que nos forces de sécurité font un travail particulièrement difficile, qu'elles sont exposées - on le voit encore ce soir - et que le soutien de la Nation est total à leur égard et que je réitère ici tous les engagements que j'ai pris à l'égard des policiers, gendarmes et militaires. Il en va de la protection de la Nation, de la sécurité de nos concitoyens. Tout doit être fait pour que ces policiers, gendarmes et militaires puissent exercer leur mission, bien sûr dans l'État de droit et avec le respect des procédures, mais avec la confiance de toute la Nation.

C'est le message que je veux adresser ce soir, il va au-delà même des policiers, gendarmes et militaires. Il s'adresse à tous nos concitoyens, ils sont protégés, ils doivent l'être, ils le seront et toutes les mesures qui ont pu être prises vont dans cette direction.

Mais le principe de base, celui qui doit être à chaque fois rappelé, c'est la confiance, la solidarité et le soutien de la Nation à l'égard des forces de sécurité. Telle est ma pensée ce soir et qui est une pensée de grande tristesse à l'égard de ce fonctionnaire qui a fait son travail jusqu'au bout, de sa famille, des policiers blessés, mais également de notre grande détermination à tout faire pour lutter contre le terrorisme, ici comme partout où nos forces sont engagées. Merci./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

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3. Venezuela - Retour en France de Sebastian Pérez et Didier Barral, journalistes de l'agence CAPA - Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international (Paris, 21/04/2017)

Je me réjouis que Sebastian Pérez et Didier Barral, tous deux journalistes de l'Agence CAPA qui étaient détenus au Venezuela depuis le 11 avril dernier, soient en route vers la France où ils arriveront dans les prochaines heures.

Les autorités françaises étaient pleinement mobilisées pour obtenir leur libération. Je suis personnellement intervenu auprès de mon homologue Delcy Rodriguez que je remercie de sa contribution à ce dénouement. J'exprime également ma gratitude à notre ambassadeur à Caracas et à toute son équipe pour leur action efficace.

Je renouvelle tout mon soutien aux journalistes qui, partout dans le monde, font vivre la liberté de la presse./.

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4. Lutte contre le terrorisme - Élections 2017 en France - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec LCP, Le Monde et France Info - extraits (Paris, 19/04/2017)

Q - Bienvenue à «Questions d'info». Bruits de bottes en Corée du Nord, démocratie en péril en Turquie, impasse en Syrie, poussée populiste en Europe. Comment, dans ce contexte, la France et l'Europe peuvent faire entendre leur voix face à l'Amérique de Trump et à la Russie de Poutine ? Invité de «Questions d'info» aujourd'hui, le ministre des affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, et à mes côtés pour vous interroger, Monsieur Ayrault, Françoise Fressoz du Monde, Frédéric Dumoulin de l'AFP et Yaël Goosz de France Info.

Bonjour Monsieur Ayrault. On va commencer par cette menace terroriste qui plane sur la campagne présidentielle avant le 1er tour. Le fait qu'on ait arrêté deux suspects - arrêté à temps - qui voulaient s'en prendre à des candidats - on ne sait pas lesquels précisément -, c'est bon signe pour vous ? Cela veut dire que les services sont compétents ou, au contraire, c'est inquiétant, c'est la preuve peut-être de l'échec de votre politique antiterroriste ?

R - La France a dû faire face, comme d'autres pays malheureusement, à la menace terroriste comme on ne l'a jamais connue dans notre histoire et c'est pendant le quinquennat de François Hollande que la France a dû faire face et qu'elle a fait face. Je vous rappelle que les premiers attentats terroristes de cette nature, d'aspiration islamiste radicale, ont eu lieu en 2012, au moment de l'élection présidentielle avec l'affaire Merah. Aujourd'hui, la France est totalement engagée dans une action contre le terrorisme à deux niveaux : à la fois à l'échelle internationale en étant membre de la coalition contre le terrorisme en Syrie, en Irak, mais aussi en Afrique où elle a donné l'exemple. C'était le 11 janvier 2013, le président de la République décide d'intervenir à la demande du gouvernement malien.

Et deuxièmement, la menace terroriste en France existe aussi. Elle vient à la fois de l'intérieur et de l'extérieur. C'est la raison pour laquelle nous combattons le terrorisme sur ces deux fronts. Cette politique est celle d'une mobilisation totale et vous évoquez l'arrestation de deux terroristes à Marseille qui envisageaient des actions qui restent à définir précisément. Cette arrestation a été possible car nous avons complètement renforcé notre capacité à nous défendre sur notre sol. Cela veut-il dire pour autant que nous pouvons garantir à 100% le déroulement de l'élection présidentielle et que nous pouvons protéger les Français ? Qui peut le promettre ?

Si, au cours de ces dernières années, il y a eu des arrestations, et il y en a régulièrement, c'est parce que nous avons une organisation et une police qui fait son travail. Donc la première chose qui devrait être dite c'est de rendre hommage à ce travail formidable de notre police.

Q - Depuis des mois, certains de vos détracteurs disent : «Nous payons sur le territoire national la guerre «injustifiée» que nous menons à Daech en Irak et en Syrie.»

R - Mais heureusement que nous la menons cette guerre. Si nous ne l'avions pas menée au Mali pour arrêter les terroristes qui allaient envahir toute l'Afrique de l'Ouest, où en serait l'Afrique de l'Ouest aujourd'hui ? Dans le cadre de la coalition internationale, nous menons la bataille contre Daech en Irak et aussi en Syrie parce qu'aussi bien à Mossoul qu'à Raqqa (en Syrie) il y a des sanctuaires de Daech qui accueillent des combattants qui viennent de tous les pays du monde - pas seulement de France - et qui parfois reviennent dans leur pays d'origine. Et ce sont ces cellules qui organisent les attentats chez nous et elles ne visent pas que la France. Il y a des pays qui n'interviennent absolument pas dans aucune opération, y compris dans des opérations de maintien de la paix, et qui pour autant, subissent des attentats sur leur sol.

Cette menace est collective. Nous devons réagir collectivement à l'échelle internationale mais aussi ne ménager aucun effort sur le plan international dans la lutte contre la radicalisation qui nous menace évidemment.

Q - Une question très concrète : est-ce que vous avez des inquiétudes pour le scrutin de dimanche ?

R - Toutes les précautions sont prises. Il y a 70.000 bureaux de vote en France métropolitaine et outre-mer et 866 bureaux à l'étranger. C'est dire l'immense défi qui est celui d'organiser les élections déjà sur le plan matériel pour que tout fonctionne.

Q - Risques..., oui.

R - Et cela se fait avec le concours des mairies et 50.000 policiers ont été mobilisés avec des forces mobiles d'intervention rapide qui sont disponibles. Des instructions ont été données aux maires et aux présidents des bureaux de vote pour anticiper tout risque, toute menace. Et puis bien sûr, j'insiste, il y a le travail de renseignement. Vous savez, ce travail de renseignement n'est pas sur la place publique. Si nous arrivons à déjouer des attentats, c'est parce qu'il y a un énorme travail de renseignement qui est fait sur l'ensemble du territoire national avec la DGSI et avec le renseignement territorial qu'on appelait les Renseignements généraux autrefois. Et puis aussi, c'est très important, nous avons une coopération étroite avec de nombreux services de renseignement étrangers. Et nous échangeons en permanence des informations. Et comme je vous le dis, je participe chaque semaine à la réunion du conseil de défense, il y a deux parties : une partie qui est consacrée à la situation intérieure et une partie qui est consacrée au théâtre extérieur.

Q - Au précédent conseil de défense, vous avez évoqué le problème des élections ?

R - Mais nous les avons évoquées depuis plusieurs mois.

Q - Avec des interrogations, des craintes ?

R - Mais parce que les élections, cela s'organise et cela s'anticipe. Nous avons bien conscience qu'un événement de cette importance peut être une cible alors que c'est un événement démocratique et que notre démocratie est attaquée. Un bureau de vote peut être une cible mais vous avez vu qu'un magasin peut être une cible. C'est ce qui s'est passé à Stockholm et à Saint-Pétersbourg.

C'est une question très importante (...) surtout dans cette période où nous devons mobiliser toutes nos forces et en particulier apporter un soutien sans aucune faille et sans aucun doute à nos forces de police et de renseignement, c'est l'unité de la nation. Et s'il y a bien un moment où elle doit s'exprimer, c'est maintenant. (...)./.

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5. Syrie - Irak - États-Unis - Russie - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec LCP, Le Monde et France Info - extraits (Paris, 19/04/2017)

(...)

Q - On avance et on parle de politique étrangère avec, notamment, Donald Trump. On parlait tout à l'heure de Daech et cela nous amène à parler de la Syrie. Est-ce que votre regard sur Donald Trump a changé depuis quelques jours, depuis qu'il a décidé de riposter à l'utilisation d'armes chimiques en Syrie justement ?

R - C'est la suite des événements qui pourra nous montrer s'il y a un changement de ligne des États-Unis sur le dossier syrien. Ce qui est sûr - puisque j'ai participé au G7 en Italie il y a quelques jours - j'ai pu enfin avoir une discussion de fond avec mon homologue Rex Tillerson. Je l'avais déjà rencontré plusieurs fois ou parlé au téléphone mais je suis resté sur la réserve et l'expectative. Et au G7 nous sommes rentrés dans une discussion de fond sur la manière de combattre à la fois Daech en Syrie et en Irak et, dans le même temps, apporter une solution de paix et de stabilité en Syrie.

Q - Ce que vous dites, c'est que l'administration Trump s'est normalisée.

R - Je ne sais pas si elle s'est normalisée parce qu'il ne faudrait pas que la diplomatie américaine soit une diplomatie au coup par coup.

Il ne suffit pas de faire une frappe sur une base aérienne syrienne pour que les choses soient réglées, il faut qu'il y ait une suite politique.

Et c'est ce que j'ai expliqué à Rex Tillerson. Avant qu'il parte à Moscou, nous avons fait une réunion entre ministres du G7 - nous avons également fait une réunion avec les pays arabes et la Turquie - pour dire à Tillerson : «Voilà ce qui va se passer à Moscou et vous devez vous préparer».

Q - Alors, justement, Moscou...

R - Et qu'est-ce qu'il y a eu à Moscou ? J'avais indiqué à Tillerson que cela pouvait se produire.

C'est que les Russes, solidaires du régime de Bachar Al-Assad, voulaient à tout prix embarquer les Américains dans une commission d'enquête soi-disant indépendante...

Q - Ce qui ne s'est pas fait...

R - ... Pour essayer de démontrer que la responsabilité de l'attaque chimique n'incombe pas au régime mais aux terroristes sur le terrain. Alors qu'il existe - je tiens à vous le rappeler - une organisation qui s'appelle l'organisation internationale contre l'utilisation des armes chimiques (l'OIAC) qui a son siège à La Haye et qui est en quelque sorte le bras armé du traité international contre l'utilisation des armes. Elle est chargée de l'enquête.

Q - ... que ce soit cette organisation qui fasse...

R - Mais elle le fait ! C'est dans ses missions ! Ce que les signataires dont la Russie ont accepté. Je vois là une manoeuvre. Je l'avais dit à Rex Tillerson : «Vous serez l'objet d'une manoeuvre, ne tombez pas dans le panneau».

Q - Donc il vous a écouté.

R - Et je constate qu'il n'est pas tombé dans le panneau. C'est une bonne chose.

Ma conviction est la suivante : c'est le régime - et c'est la conviction aussi de nos services - qui a la responsabilité de ces attaques.

Q - Conviction appuyée par des documents ?

R - Oui, et il y a une enquête qui est en cours. Il y a celle menée par l'OIAC dont je viens de parler qui fait son enquête...

Q - Mais est-ce qu'aujourd'hui, vous disposez... ?

R - Et en ce qui concerne les services de renseignement français et les renseignements militaires, c'est une question de jours mais nous apporterons la preuve, qu'effectivement, le régime a bien organisé ces frappes avec des armes chimiques.

Q - Vous êtes formel?

R - Je suis formel. J'exprime une conviction. Dans quelques jours, je pourrai vous apporter des preuves et c'est très important. Vous savez, la propagande russe et ceux qui la soutiennent (...) mettent en doute le fait que Bachar al-Assad aurait utilisé des armes chimiques. C'est scandaleux et il faut absolument le clarifier. (...)

Q - Attendez, une précision.

R - Bachar al-Assad est responsable et il faut le dénoncer sans aucune ambiguïté.

Q - Ce que vous venez de dire est extrêmement important. C'est un point important. Vous nous dites que les services français, les renseignements militaires, ont des éléments précis en leur possession.

R - J'ai une conviction. C'est une conviction et nous enquêtons avec des éléments précis. Pour l'instant, je ne peux pas les communiquer parce que les analyses sont en cours... Mais nous avons des éléments qui nous permettent et qui nous permettront de démontrer que le régime a sciemment utilisé l'arme chimique alors qu'il avait accepté après 2013 - vous vous souvenez - d'arrêter d'utiliser les armes chimiques et de détruire ses stocks. Mais il empêche les enquêtes.

Q - Et cette conviction sera étayée par des preuves dans quelques jours ?

R - Nous ne sommes pas les seuls. L'OIAC va poursuivre son enquête. Et pourquoi il y a eu le véto russe et un refus de la résolution au conseil de sécurité des Nations unies? Par la solidarité russe avec le régime syrien et tout à l'heure, je vais avoir un entretien téléphonique avec Sergueï Lavrov, mon homologue russe, et je lui redirai en toute franchise les choses : «Pourquoi avez-vous voté contre cette résolution ? Comme membre permanent, vous avez un droit de veto. Et parce que vous soutenez le régime, vous empêchez l'OIAC d'accéder à tout». Alors les membres de cette organisation vont quand même enquêter mais ils ne pourront pas accéder à tout facilement et notamment aux stocks et je pense que c'est une question centrale.

(...)

Q - Qu'est-ce que vous faites concrètement pour ce bourbier syrien ? Comment on en sort si on ne discute pas avec Bachar... ?

R - Il faut discuter avec les Russes et avec les Iraniens. Et, je vais le redire à Sergueï Lavrov - avec qui je m'entretiens souvent - car il ne s'agit pas de ne pas parler avec les Russes mais il s'agit de pointer les désaccords et d'apporter des solutions.

Tout d'abord il faut condamner l'utilisation des armes chimiques, enquêter comme c'est le cas, aller jusqu'au bout de cette enquête et déterminer la responsabilité, y compris judiciaire, de Bachar Al-Assad. Puis, qu'on mette en place - ce que j'avais déjà proposé en septembre et que je proposerai à nouveau - un mécanisme de surveillance qui devrait être porté par les membres permanents du conseil de sécurité mais aussi les pays arabes pour garantir un cessez-le-feu absolu en Syrie. Aujourd'hui, on a parlé à Astana d'un cessez-le-feu garanti par les Russes, les Iraniens et les Turcs. En réalité, il y a toujours des vols et des utilisations de bombes, il y a toujours des conflits sur le terrain et, vous le savez tous, il n'y a pas de cessez-le-feu. Il faut un mécanisme international garanti par les Nations unies dont les membres permanents du conseil de sécurité et les pays arabes, je viens de le répéter, pour qu'on puisse clouer au sol les avions syriens et commencer à voir un cessez-le-feu effectif.

Et la deuxième proposition que je fais, c'est de reprendre les négociations politiques à Genève le plus vite possible. Il y a quelques jours, je me suis entretenu avec le secrétaire général des Nations unies pour qu'on reprenne la voie de la transition politique. Et c'est dans ce cadre-là que le sort de Bachar al-Assad doit être traité.

Il ne peut pas être la solution finale pour gouverner la Syrie mais il faut trouver une méthode de transition. Et c'est ce que nous voulons obtenir en Syrie : à la fois continuer ensemble le combat contre Daech - je dirai d'ailleurs à Lavrov que nous pouvons le mener encore plus ensemble - et, dans le même temps, travailler pour un cessez-le-feu qui puisse permettre une transition politique. Sinon, il n'y aura jamais de paix en Syrie, il y aura toujours la guerre et le terrorisme.

Q - Donc Trump, c'est la riposte en Syrie contre Bachar sur l'utilisation des armes chimiques. Trump, c'est aussi une mégabombe larguée en Afghanistan contre les talibans qui travailleraient avec Daech, on ne sait pas très bien.

R - Oui. (...)./.

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6. Corée du Nord - États-Unis - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec LCP, Le Monde et France Info - extraits (Paris, 19/04/2017)

(...)

Q - Donald Trump c'est une escalade verbale avec la Corée du Nord. Est-ce que cela vous inquiète cette tension qui atteint des sommets, en tout cas en termes diplomatiques, entre Donald Trump et la Corée du Nord ?

R - Ce qu'il faut éviter, ce sont les escalades militaires.

Q - Et on est sûr qu'on peut l'éviter ?

R - En Corée du Nord, il faut voir quel est le problème. Le problème, c'est un régime qui s'intéresse d'abord à mettre de l'argent dans les armes nucléaires et chimiques pour se doter d'un arsenal nucléaire, de devenir puissance militaire nucléaire plutôt que d'investir pour améliorer les conditions de vie des habitants du pays.

Q - Pays qui est déjà une puissance militaire nucléaire...

R - Et cette prolifération nucléaire est une menace d'abord pour la région - Corée du Sud et Japon - mais aussi pour l'Amérique du Nord avec les capacités dont veut se doter le régime de Pyongyang. J'étais avec mes homologues américain et canadienne. Si les armes sont mises en oeuvre de façon effective, alors le Canada est directement visé. C'est un danger majeur.

Q - Comment y met-on fin ? Et vous comprenez les menaces américaines ?

R - Il y a un accord politique avec notamment la Chine. Je reviens de Chine où j'ai discuté évidemment - ce n'est pas la première fois - de la Corée du Nord pour empêcher la prolifération nucléaire et faire en sorte que toute la péninsule coréenne soit exempte d'arme nucléaire. Dénucléariser, c'est l'objectif politique. Comment faire ? Si on rentre dans une escalade militaire, cela peut être extrêmement dangereux.

Q - Et verbale...

R - On ne mesure pas les ripostes éventuelles. En revanche, j'ai noté que l'Union européenne a pris des sanctions qui ont une certaine efficacité. Jusqu'à présent, la Chine ne l'avait pas fait et là, il y a quelques mois ou quelques semaines, elle décidait de prendre une mesure qui me paraît aller dans le bon sens : c'est d'arrêter d'acheter du charbon à la Corée du Nord, dont elle a besoin comme énergie.

Q - Et la Chine est absolument un élément clé dans...

R - La Chine a peur du chaos, a peur de la déstabilisation du régime qui se traduirait par des millions de réfugiés sans doute en Chine, ce qui déstabiliserait toute cette région. Donc on peut aller encore plus loin par la pression internationale et par des sanctions...

Q - La solution passe par la Chine ?

R - Cela passe par une discussion entre les membres permanents du conseil de sécurité. La France est en première ligne et d'ailleurs, souvent, elle entraîne l'Europe dans une position offensive. Mais il faut parler avec les Russes, les Chinois, les Américains pour prendre ces mesures-là.

Q - Monsieur Ayrault, vous n'avez pas répondu sur Trump. Vous pensez qu'il a eu raison de hausser le ton comme il l'a fait ou c'est contreproductif ?

R - Mais ce n'est pas gênant de hausser le ton.

Q - Ah oui ? Ce n'est pas gênant ?

R - Ce n'est pas gênant de hausser le ton.

Q - Et cela peut avoir une conséquence positive ?

R - Hausser le ton, moi, je le fais aussi quand il s'agit de dire qu'on est en désaccord et qu'on doit faire preuve de fermeté, de clarté et ne pas céder. Il y a plein de sujets où il faut hausser le ton. Quand Israël continue la colonisation en Palestine et que cela conduit le peuple palestinien au désespoir, alors il faut hausser le ton. Et puis quand on hausse le ton, cela peut se traduire par des résolutions de condamnation de la colonisation au conseil de sécurité. C'est ce qui s'est passé en décembre. Hausser le ton, c'est ne pas céder à ceux qui ne voulaient pas de conférence internationale sur le Proche-Orient en France. Nous l'avons faite, nous n'avons pas céder et nous avons fait preuve de fermeté. Il faut de la fermeté mais ce qu'il faut éviter, c'est de rentrer dans des escalades militaires dont on n'est plus capable de sortir et qui deviennent extrêmement dangereuses. C'est pour cela que je vous le dis.

Q - Mais avec la Corée du Nord, est-ce qu'à partir de cette situation, cela peut déboucher sur une conflagration mondiale ?

R - Il faut tout faire pour que ce ne soit pas le cas. Et pour que ce ne soit pas le cas, il faut tout faire pour empêcher la Corée du Nord de disposer de l'arme nucléaire.

Cela, c'est la priorité des priorités. Je pense que quand on discute avec la Chine - qui a une partie de la réponse - nous montrons l'unité du conseil de sécurité et de la communauté internationale, et nous pouvons empêcher les Nord-Coréens de disposer de l'arme nucléaire. Et nous pouvons l'empêcher et passer à un règlement politique, c'est-à-dire faire en sorte que l'abandon du nucléaire, qui doit être contrôlé et vérifié - comme cela a été le cas pour l'accord sur le nucléaire iranien - puisse ensuite permettre à la Corée du Nord d'assurer son propre développement. C'est cela qui peut être la base d'un accord politique.

Q - La solution, est-ce que cela passe aussi par l'accord politique ? Si vous obtenez cela, est-ce qu'un jour, la France reconnaîtra la Corée du Nord ?

R - Je pense qu'il faut se situer dans une perspective pacifique. Évidemment, aujourd'hui, nous sommes un des rares pays d'ailleurs qui ne disposent pas de représentation diplomatique.

Q - Oui.

R - Il y a beaucoup de pays européens qui ont une ambassade en Corée du Nord. Nous, nous n'en avons pas et nous sommes dans une position extrêmement ferme qui est appréciée par nos amis sud-coréens et japonais. Nous sommes toujours en pointe pour tout faire pour empêcher que ce pays dispose de l'arme nucléaire.

Et c'est ce que j'ai discuté avec M. Wang Yi, le ministre des affaires étrangères chinois, la semaine dernière. Nous pouvons progresser mais il n'y a pas de temps à perdre.

Pourquoi il n'y a pas de temps à perdre ? C'est parce que tout l'argent dont dispose la Corée du Nord est mis dans l'investissement et la recherche pour le nucléaire et l'utilisation des armes chimiques. Ne permettons pas à ce pays de franchir une étape supplémentaire. (...)./.

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7. Qatar - Arabie Saoudite - Relations bilatérales - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec LCP, Le Monde et France Info - Extraits (Paris, 19/04/2017)

(...)

Q - Est-ce qu'il faut revoir les relations de la France avec le Qatar, première question, avec l'Arabie Saoudite, deuxième question ? Et notamment remettre en question les ventes d'armes à ces deux pays ?

R - Les ventes d'armes, que ce soit au Qatar - et à n'importe quel autre pays - doivent se faire dans le cadre de respect de la réglementation internationale. C'est ce que fait la France.

Q - Attendez, concernant le Qatar, il y a aussi un autre problème, c'est les accords fiscaux qui permettent aux intérêts qataris d'avoir des dérogations fiscales en France.

R - C'est un accord qui a été passé par le président précédent sans doute pour de bonnes raisons. Il s'agissait de favoriser les investissements du Qatar en France. Il y a une chose que je voudrais dire pour avoir parlé souvent avec mes homologues du Qatar et de l'Arabie Saoudite, puisque vous venez de les citer, et avec eux nous parlons de tous les sujets. Je sais que ces deux pays jouent un rôle important dans le monde arabe et nous discutons des conflits. On parle de la Syrie, de l'Irak, du Yémen - où il y a un drame humanitaire qui se produit - on parle bien entendu d'Israël-Palestine, mais on parle aussi des droits de l'homme ! Je le fais à chaque fois que je rencontre mes homologues.

Et puis on parle aussi de la lutte contre la radicalisation. Et je sais que ces pays font des efforts. Ils pourraient en faire plus, mais en tout cas, ce sont des sujets que nous abordons. Je préfère aborder les choses comme ça, parce qu'on a besoin de ces pays. Il ne s'agit pas de dire que l'on rompt les relations avec les uns et avec les autres. Moi, je préfère travailler aux solutions.

(...)./.

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8. Afrique - Colonisation - Entretien de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec LCP, Le Monde et France Info - Extraits (Paris, 19/04/2017)

(...)

Q - La colonisation a-t-elle beaucoup apporté à l'Algérie ?

R - Non mais ça, c'est une histoire qui avait fait l'objet d'une polémique à l'Assemblée nationale...

Q - Récurrent, on va dire...

R - La colonisation a-t-elle apporté quelque chose à l'Algérie ? La colonisation, c'est un drame historique. La colonisation est un fait historique. Mais cela a été une domination. Essayer de dire le contraire, ce serait insulter les peuples. Nous sommes aujourd'hui dans une autre étape où les pays ont pu acquérir leur indépendance et c'est tant mieux. Mais parfois cela s'est fait dans la douleur. Et justement, le cas algérien s'est fait dans la douleur puisqu'il y a eu une guerre entre la France et l'Algérie. En Afrique, il y a eu des colonisations plus pacifiques.

Mais aujourd'hui, le grand défi, c'est d'être lucide sur notre histoire, de partager une mémoire sur cette histoire dans un esprit de réconciliation, mais surtout de construire ensemble un avenir et un destin. Et comme vous me parlez de la colonisation, moi qui ai été maire de Nantes pendant vingt-trois ans, j'ai fait un travail sur l'esclavage, sur le commerce triangulaire, sur la traite négrière ; non pas pour chercher à culpabiliser, mais pour faire un travail de vérité, un travail de mémoire et nous l'avons partagé avec les Africains. Mais nous avions quel objectif ? C'est celui de construire d'autres relations, de construire l'avenir et de construire le développement. Et c'est ce que nous voulons faire en Afrique. (...)./.

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9. Moyen-Orient - Intervention du représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité (New York, 21/04/2017)

Madame la Présidente,

Je remercie Nikolay Mladenov pour son engagement et sa présentation, qui met une nouvelle fois en lumière les risques que fait peser, pour l'ensemble de la région, l'absence de règlement du conflit israélo-palestinien. Ce conflit dure depuis près de 70 ans, et l'occupation des territoires palestiniens dure depuis bientôt 50 ans. L'absence de règlement du conflit israélo-arabe, particulièrement grave en elle-même, constitue aussi une menace permanente pour la sécurité internationale. Par sa gravité, sa dimension symbolique et sa place dans l'imaginaire collectif, la portée de ce conflit non-réglé revêt un caractère structurant et dépasse largement les frontières d'Israël et des territoires palestiniens. Toute escalade dans ce conflit est porteuse d'un risque de déstabilisation régionale incontrôlable. C'est pourquoi nous ne pouvons pas nous résigner à un faux statu quo qui cache en réalité une régression quotidienne, sur le terrain comme dans les esprits. Le bout de ce chemin est clair : c'est la disparition de la solution à deux États, comme un mirage dans le désert, qui marquerait un saut dans l'inconnu et le risque du pire.

Cette situation est d'autant moins acceptable que nous savons tous que le meilleur gage de la sécurité d'Israël et de la région, c'est une paix juste avec les Palestiniens, qui passe par la solution des deux États, et donc par la création d'un État palestinien viable et indépendant. Ce constat n'est pas une posture idéologique : c'est un constat pragmatique et réaliste, car l'on ne peut nier ni les aspirations légitimes des Palestiniens à un État, ni les aspirations, tout aussi légitimes, des Israéliens, mais aussi des Palestiniens, à la paix et à la sécurité. C'est sur le fondement de ce constat que la France a engagé un processus international qui a conduit à l'adoption à Paris, le 15 janvier dernier, d'une déclaration conjointe à laquelle ont souscrit plus de 70 États et organisations internationales. Cette déclaration s'est nourrie de tous les efforts existants, notamment l'action du Quartet, l'initiative arabe de paix, les initiatives de la Russie et de l'Égypte, le rôle essentiel des États-Unis bien sûr. Cette déclaration a permis de rappeler l'attachement unanime de la communauté internationale à la solution des deux États, et les fondamentaux qui s'imposent à nous tous, c'est-à-dire le cadre international de tout futur règlement : les frontières de 1967 et les résolutions pertinentes du conseil de sécurité.

Nous avons tenu à réaffirmer, à l'occasion de la conférence de Paris, cette priorité alors que la perspective d'une solution à deux États, je l'ai dit, est, chaque jour davantage, mise en danger sur le terrain. L'absence de processus politique, les avancées de la politique de colonisation, qui est illégale au regard du droit international et morcèle depuis des décennies les territoires palestiniens, la dégradation de la situation humanitaire et la destruction d'infrastructures palestiniennes en zone C, mais aussi la violence et l'incitation à la haine, le terrorisme, les tirs de roquettes : tous ces éléments nourrissent un cercle vicieux implacable qui menace les conditions mêmes d'une paix durable entre Israéliens et Palestiniens. C'étaient les conclusions qu'avait tirées le Quartet à l'occasion de son rapport de juillet 2016, et c'est le constat général qui a conduit à l'adoption par le conseil de sécurité de la résolution 2334.

Madame la Présidente,

Depuis le début de l'année 2017, la situation sur le terrain s'est encore aggravée. Les annonces en matière de colonisation par le gouvernement israélien se sont multipliées, comme celles portant sur plus de 6000 logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est pour les trois premiers mois de 2017. Le 6 février 2017, la Knesset a voté une loi ouvrant la voie à la régularisation des colonies sauvages, illégales même en droit israélien. Fin mars, le gouvernement israélien a décidé, pour la première fois en deux décennies, d'établir une nouvelle colonie en Cisjordanie, et a déclaré «terres domaniales» de nouvelles terres palestiniennes privées. Quant à la politique de «retenue» en matière de colonisation annoncée, ce n'est qu'une limitation en trompe-l'oeil, dont les conditions sont si vagues qu'elles reviennent en réalité à donner carte blanche à une poursuite de la colonisation tous azimuts dans les zones les plus sensibles : celles-là même qui suscitent le désespoir et l'escalade. Ces évolutions sont contraires au droit international et aux résolutions du Conseil de sécurité, en particulier de la résolution 2334, qui exige l'arrêt par Israël de ses activités de colonisation et le respect par elle de ses obligations au regard du droit international. La France condamne également avec la plus grande fermeté tous les actes de violence et de terrorisme, qui restent une réalité quasi quotidienne et inacceptable. Je veux être sans ambiguïté sur ce point, car la France ne transigera jamais avec la sécurité d'Israël.

Dans ce contexte d'extrême volatilité, Madame la Présidente, il est plus important que jamais de rappeler notre position sur Jérusalem : dans l'attente d'un règlement négocié du conflit et en vertu du droit international, notamment de la résolution 478 du conseil de sécurité, la France ne reconnaît aujourd'hui pas de souveraineté sur Jérusalem. Son statut devra être réglé par des négociations entre Israéliens et Palestiniens, qui devront permettre à Jérusalem d'être la capitale des deux États, Israël et le futur État de Palestine.

Enfin, les éléments déclencheurs des trois guerres à Gaza ces six dernières années sont toujours présents aujourd'hui, et pourraient de nouveau mener, du jour au lendemain, à un embrasement. La levée du blocus israélien sur ce territoire apparait plus que jamais nécessaire dans la perspective d'un règlement durable.

Après des années d'impasse, il est de notre devoir de recréer les conditions de la reprise de négociations politiques crédibles. Le conseil de sécurité a renouvelé avec la résolution 2334 son engagement à soutenir les parties durant les négociations et la mise en oeuvre d'un accord de paix. C'était également le message de la déclaration conjointe de Paris, dont l'objectif était de rappeler aux parties combien elles avaient intérêt à la paix, et combien la communauté internationale pouvait, sans rien imposer, les y aider. Je le redis ici, la France soutiendra tout effort permettant de rouvrir un horizon politique crédible car c'est la seule réponse au désespoir, à la radicalisation, et à l'éloignement des parties. Nous continuerons de ne ménager aucun effort dans ce sens.

Madame la Présidente,

Permettez-moi de dire un mot sur la Syrie, qui constitue aujourd'hui l'un des plus importants foyers de menaces de la région. Soyons lucides : la cessation des hostilités n'existe plus ; la situation humanitaire est catastrophique, faute d'accès aux populations dans le besoin. Le 19 avril, l'OIAC a indiqué disposer de preuves irréfutables que du gaz sarin avait été utilisé lors de la monstrueuse attaque du 4 avril à Khan Cheikhoun, attaque constitutive d'un crime de guerre et dont les auteurs devront rendre compte devant la justice. Les armes chimiques ne sont qu'une partie de l'oeuvre d'anéantissement en cours en Syrie. Elles s'ajoutent aux sièges inhumains dignes du Moyen âge, aux bombardements indiscriminés aux barils d'explosifs, aux bombes incendiaires, comme l'ont encore rapporté les Nations unies ces derniers jours, aux tortures, aux exécutions, aux déplacements de populations, et bien d'autres crimes. Ce bilan effroyable est, en premier lieu, celui de Bachar al-Assad et porte sa signature en lettres de sang. Tant que ce régime se maintiendra au pouvoir par la terreur et la destruction, il n'y aura ni paix ni reconstruction de la Syrie, ni victoire possible contre la menace terroriste, car cette menace continuera de se nourrir de la violence et de la misère qui l'ont fait naître et prospérer, comme nous l'a encore rappelé le terrible attentat d'Al-Rachidine le 15 avril.

Plus que jamais, une solution politique est donc urgente et impérative. Nous encourageons l'Envoyé spécial, M. Staffan de Mistura, à engager le prochain cycle de négociations à Genève sur le fondement d'un calendrier accéléré en vue d'une transition politique, sur le fondement du communiqué de Genève et de la résolution 2254. C'est la priorité des priorités, c'est un enjeu de sécurité nationale pour la France et un enjeu crucial de sécurité collective pour nous tous.

Enfin, Madame la Présidente, permettez-moi d'ajouter un mot sur la situation au Liban, ce pays lié à la France par une amitié si profonde et dont la résilience dans la tourmente force l'admiration. La communauté internationale devra continuer à se tenir aux côtés du Liban pour faire face à toutes les conséquences du conflit syrien, à commencer par la crise des réfugiés. Apporter le soutien et l'assistance humanitaire indispensable était le principal objectif de la conférence qui s'est tenue à Bruxelles les 4 et 5 avril à l'initiative de l'Union européenne. Des progrès politiques et institutionnels ont été accomplis par les Libanais depuis l'élection du président de la République Michel Aoun et la formation d'un gouvernement dirigé par Saad Hariri. Nous espérons que les parties libanaises sauront se mettre d'accord dans les meilleurs délais sur un cadre électoral qui permette des élections libres et justes, conformément à la Constitution. Il n'est pas possible, en effet, de proroger indéfiniment un parlement élu en 2009. La tenue des élections législatives est cruciale pour la stabilité du Liban et la préservation de sa tradition démocratique. La consolidation des progrès politiques est également primordiale pour le renforcement de l'autorité de l'État sur l'ensemble du territoire libanais et pour permettre au pays de faire face aux défis auxquels il est confronté. À cet égard, la dissociation du Liban vis-à-vis du conflit syrien et la mise en oeuvre des résolutions du conseil de sécurité 1701 et 1559 restent plus nécessaire que jamais, et nous invitons les parties à réaffirmer avec force leur engagement dans ce sens. C'est dans l'intérêt du Liban et de toute la région.

Je vous remercie./.

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10. Climat - FMI - Banque mondiale - Communiqué du ministère de l'environnement, de l'énergie et de la mer (Paris, 20/04/2017)

Mme Ségolène Royal, ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, intervient aux Assemblées de printemps de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international pour mobiliser la communauté internationale en faveur de la mise en oeuvre de la COP21 et des objectifs de développement durable

Mme Ségolène Royal intervient en tant que co-présidente de la coalition pour le prix du carbone pour mettre en avant la valeur de l'action climatique au service de la transition écologique, sur la base du rapport qu'elle a commandé à Joseph Stiglitz, Prix Nobel d'économie, et Lord Nicholas Stern en présence du président de la Banque mondiale et de la directrice générale du Fonds monétaire international. La ministre propose également à ses collègues une méthode pour faire progresser les objectifs de développement durable pour 2030.

Comme elle l'a fait mercredi 19 avril au conseil des ministres, Ségolène Royal présente l'action de la France pour la finance verte avec nos actions pour le prix du carbone, le développement des obligations vertes et la transparence sur les enjeux climatiques pour les entreprises, au titre de l'article 173 de la loi de transition énergétique pour la croissance verte.

Le rapport de Lord Nicholas Stern et Joseph Stiglitz commandé par Ségolène Royal, présidente de la COP21, doit permettre la mise en oeuvre de l'Accord de Paris par une nouvelle approche économique :

- il s'agit de travailler sur le «coût social du carbone», représentant le bénéfice mondial de chaque tonne de pollution évitée ;

- révéler la valeur du coût social du carbone et de son avantage économique, environnemental et sanitaire.

Ces valeurs pourront ensuite être utilisées comme référence pour :

- montrer le cout réel des projets intensifs en carbone ;

- canaliser le financement vers des projets de développement à faibles émissions de carbone, par exemple avec des obligations vertes comme celle émise par la France en janvier 2017 (7 milliards d'euros, la plus importante émission souveraine verte à ce jour);

- concevoir des politiques climatiques, des règlementations et des instruments de tarification du carbone interdépendants.

Mme Ségolène Royal entend mobiliser ses collègues en faveur des objectifs pour le développement durable, en s'appuyant sur ce qui a fait le succès de l'Accord de Paris :

- universalité : tous les pays doivent être mobilisés et contribuer à l'avancement des objectifs de développement durable;

- plans d'actions nationaux : chaque pays peut formuler un plan, à l'image de celui de la France qui a été présenté par la ministre à New York en juillet 2016 ;

- mobilisation de la société et des coalitions, comme la ministre l'a illustré à l'Assemblée générale des Nations unies le 23 mars dernier ;

- les financements : ils doivent faire partie intégrante des objectifs de développement durable et faire l'objet d'un suivi et d'une transparence renforcés./.

(Source : site Internet du ministère de l'environnement, de l'énergie et de la mer)

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