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Déclarations officielles de politique étrangère du 21 juillet 2017


Sommaire



1. Point de presse de la porte-parole - Italie/Déplacement de M. Jean-Yves le Drian à Rome - Union pour la Méditerranée/Entretien de Mme Nathalie Loiseau avec M. Fathallah Sijilmassi - Slovaquie/Entretien de Mme Nathalie Loiseau avec M. Ivan Korcok - Nations unies/Lutte contre le terrorisme/Adoption de la résolution 2368 du Conseil de sécurité - Ukraine/Situation à l'est du pays - Royaume-Uni - Diplomatie économique - Exportation de matériels de guerre - Jérusalem - Libye - Turquie - Chine - Agendas (Paris, 21/07/2017)

Au point de presse de ce jour, la porte-parole a fait les déclarations et répondu aux questions suivantes :

1 - Italie - Déplacement de M. Jean-Yves le Drian à Rome (24 juillet 2017)

M. Jean-Yves Le Drian se rend à Rome le 24 juillet, à l'invitation de son homologue italien, M. Angelino Alfano, pour participer à la conférence des ambassadeurs italiens, qui aura pour thème cette année «Sécurité et croissance : les défis pour l'Italie et l'Europe».

Le ministre de l'Europe et des affaires étrangères interviendra devant les ambassadeurs italiens sur la relance du projet européen.

M. Jean-Yves Le Drian aura par ailleurs un entretien avec son homologue, qui permettra de poursuivre le dialogue que les deux ministres ont initié lors de leur rencontre à Rome le 6 juillet. Il évoquera en particulier notre volonté commune de stabilisation politique de la Libye, indispensable pour assurer un contrôle efficace du territoire et des frontières libyennes dans l'objectif de lutter contre le terrorisme et les réseaux de passeurs.

2 - Union pour la Méditerranée - Entretien de Mme Nathalie Loiseau avec M. Fathallah Sijilmassi (Paris, 21 juillet 2017)

Mme Nathalie Loiseau, ministre chargée des affaires européennes, s'entretient aujourd'hui avec M. Fathallah Sijilmassi, secrétaire général de l'Union pour la Méditerranée.

Mme Nathalie Loiseau redira notre soutien à l'Union pour la Méditerranée, seule enceinte permettant à la fois un dialogue régional associant tous les partenaires méditerranéens et le développement de projets concrets pour rapprocher les deux rives de la Méditerranée.

Créée en 2008 sous l'impulsion de la France, l'Union pour la Méditerranée compte 43 membres (28 États membres de l'Union européenne et les 15 pays riverains de la Méditerranée). Elle a déjà labellisé 47 projets d'intégration régionale, dans des domaines aussi divers que la dépollution de la Méditerranée, les énergies renouvelables, l'enseignement supérieur et la recherche, la protection civile, les autoroutes de la mer et les autoroutes terrestres et l'appui aux PME.

3 - Slovaquie - Entretien de Mme Nathalie Loiseau avec M. Ivan Korcok, secrétaire d'État slovaque aux affaires européennes (Paris, 21 juillet 2017)

Mme Nathalie Loiseau, ministre chargée des affaires européennes, reçoit aujourd'hui son homologue slovaque, M. Ivan Korcok.

Après la rencontre du président de la République le 22 juin avec les responsables des pays de Visegrad (Hongrie, Pologne, Slovaquie, République tchèque), cet entretien permettra de faire le point sur l'actualité européenne : révision de la directive sur le détachement des travailleurs, asile et migration, Europe de la défense.

La relance du projet européen sera également abordée. C'est sous la présidence slovaque du conseil des ministres, au second semestre 2016, qu'a été adoptée la «feuille de route de Bratislava» sur l'avenir de l'Union européenne à 27.

4 - Nations unies - Lutte contre le terrorisme - Adoption de la résolution 2368 du Conseil de sécurité (New York, 20 juillet 2017)

La France salue l'adoption à l'unanimité de la résolution 2368 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Cette résolution est une étape supplémentaire dans le combat de la communauté internationale contre le terrorisme. Elle vient compléter les résolutions 1267 (1999), 1989 (2011) et 2253 (2015) concernant Daech, Al-Qaida et les personnes, groupes, entreprises et entités qui leur sont associés.

Elle permet d'actualiser le régime de sanctions en réaffirmant la nécessité de prendre des mesures de gel des avoirs, d'interdiction de voyager et d'embargo sur les armes. Elle définit par ailleurs des critères d'inscription sur la liste des personnes et entités associées à ces organisations terroristes, et souligne l'importance de la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération.

Les efforts de la communauté internationale contre Daech portent leurs fruits. Sur le terrain, l'organisation terroriste subit des défaites importantes en Irak et en Syrie. La victoire des forces irakiennes à Mossoul est en cours. La bataille se poursuit également à Raqqa.

Face à la menace terroriste qui demeure complexe et multiforme, nous devons continuer de nous mobiliser dans plusieurs domaines : lutte contre la propagande et la radicalisation sur Internet, tarissement des sources de financement des groupes terroristes, préparation aux retours des combattants terroristes étrangers.

5 - Ukraine - Situation à l'est du pays

Nous condamnons les violences observées ces derniers jours dans l'est de l'Ukraine qui, selon un bilan officiel, ont fait onze morts parmi les forces armées ukrainiennes. Nous condamnons également les bombardements qui ont ciblé des zones urbaines d'Avdiivka et de Krasnohorivka, dans la région de Donetsk, faisant de nouveau payer un lourd tribut aux populations civiles.

Ce bilan s'ajoute à près de 30 morts dans l'est de l'Ukraine depuis le début du mois et plus de 40 le mois dernier.

Il est urgent de parvenir à des progrès immédiats en matière sécuritaire. C'est en ce sens que nous continuons de plaider, avec l'Allemagne dans le cadre du format Normandie, pour parvenir à la pleine mise en oeuvre des accords de Minsk.

6 - Royaume-Uni

Q - Que devient le projet franco-britannique de construire un drone de combat ? Plus généralement est-ce que le Brexit et le rapprochement franco-allemand sur des projets «défense» peuvent avoir un impact sur les accords de Lancaster House ?

R - Dans le domaine de la défense, la coopération franco-britannique est particulièrement étroite sur les plans opérationnels et capacitaires. Cette coopération ne saurait être remise en cause par le Brexit, du fait de son caractère principalement bilatéral, de la convergence politico-stratégique inchangée de nos deux pays et de la forte intégration de nos industries.

Par ailleurs, des programmes d'armement de l'avenir ont été lancés par la France et le Royaume-Uni, au nombre desquels le futur système de combat aérien (FCAS) impliquant Dassault et BAE Systems.

La réunion du groupe de travail de haut niveau («High Level Working Group») a permis en décembre dernier d'identifier les jalons qui pourraient conduire à la contractualisation de la phase de démonstration de drone de combat FCAS. Un accord a été signé à cette occasion pour lancer une phase d'étude complémentaire d'une durée de 12 mois.

Pour mémoire, le groupe de travail de haut niveau est l'instance de gouvernance de la coopération d'armement franco-britannique. Il a été créé par le traité de Lancaster House de 2010 qui met en place, entre la France et le Royaume-Uni, une coopération de défense d'une intensité exceptionnelle.

Avec l'Allemagne, nous avons une volonté politique forte de travailler au renforcement de notre coopération dans le domaine de la défense, dans un cadre européen, mais aussi dans un cadre bilatéral. Cette volonté a été réaffirmée au plus haut niveau lors du conseil franco-allemand de défense et de sécurité du 13 juillet.

Ces deux coopérations sont complémentaires.

7 - Diplomatie économique

Q - Sur le commerce extérieur quelles réformes «pratiques» envisagez-vous pour «corriger des choses concrètes» et avez-vous un calendrier pour éclaircir ces propositions ?

R - Comme le ministre l'a souligné dans son interview au quotidien Les Échos, pour diffuser une culture de l'exportation et aider les entreprises exportatrices françaises, encore insuffisamment nombreuses, surtout par rapport à certains de nos concurrents européens (125.000 quand il y en a deux fois plus en Italie et trois fois plus en Allemagne), il faut «de la simplicité» pour plus d'efficacité.

Pour le ministre, cela suppose une simplification du dispositif d'appui à l'export tant en France, où les entreprises doivent pouvoir s'adresser à un guichet unique dans les régions, qu'à l'étranger où l'ambassade doit coordonner le travail des opérateurs de l'export.

Le ministre recevra en septembre les présidents de région avec le président de l'association des régions de France, M. Philippe Richert, pour mettre en place une logique collaborative entre l'État et les régions dans ce domaine.

Il recevra également à la rentrée les «fédérateurs» des sept familles prioritaires à l'export (santé, agroalimentaire, industrie du tourisme, industries culturelles et créatives, ville durable, technologies émergentes et énergies renouvelables) qui avaient été mises en place par ses prédécesseurs, afin d'évaluer les ajustements nécessaires pour rendre leur action, qui doit être en phase avec celles des fédérations professionnelles, plus efficace. Le ministre a indiqué ne pas exclure l'ajout de nouvelles familles. En effet, cette approche par filières d'excellence est plébiscitée par les acteurs de l'export car elle permet d'identifier les obstacles hexagonaux qui freinent la projection à l'export des entreprises et de lever ces difficultés. Elle rapproche des entreprises à l'activité complémentaire pour qu'elles abordent ensemble les marchés à l'export, voire répondent à des appels d'offres groupés et elle favorise le parrainage de PME par des grands groupes.

Enfin, le ministre tient aussi à ce que le dispositif public d'appui à l'internationalisation des entreprises reste accessible aux PME et que se développe encore davantage le recours aux volontaires internationaux en entreprises (VIE), dont l'efficacité est avérée. Ces lignes conductrices seront données à la nouvelle direction générale de Business France qui doit être rapidement mise en place et mettre en oeuvre les réformes portées par le ministre.

8 - Exportation de matériels de guerre

Q - Est-ce le ministre des armées ou le ministre des affaires étrangères qui oriente et peaufine la stratégie d'exportation et ventes d'armes à l'étranger ?

R - Les règles en vigueur en matière d'exportation d'armements sont disponibles sur le site France diplomatie :

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/desarmement-et-non-proliferation/la-france-et-le-controle-des-exportations-sensibles/article/controle-des-exportations-de-materiels-de-guerre

9 - Jérusalem

Q - Craignez-vous un embrasement de la situation à l'Esplanade des Mosquées ?

R - Nous avons rappelé au point de presse du 19 juillet la préoccupation de la France face aux tensions à Jérusalem et particulièrement autour de l'Esplanade des Mosquées, où la situation s'est dégradée ces derniers jours.

Nous appelons l'ensemble des parties à s'abstenir de tout acte ou déclaration de nature à aggraver les tensions, ainsi qu'à oeuvrer à l'apaisement. Toute remise en cause du statu quo est porteuse de risques de déstabilisation.

10 - Libye

Q - Qu'attendez-vous de la réunion de Khalifa Haftar et Fayaz Seraj la semaine prochaine à Paris ?

R - Je n'ai pas de commentaire à faire à ce sujet.

11 - Turquie

Q - Soutenez-vous l'Allemagne suite à sa réaction dure envers la Turquie ?

R - Nous partageons avec l'Allemagne une même préoccupation sur l'évolution de la situation des droits de l'Homme en Turquie. Celle-ci est aggravée par les arrestations récentes de M. Kiliç, président du conseil d'administration d'Amnesty international en Turquie, avec 22 autres avocats, le 10 juin dernier et de Mme Idil Eser, directrice d'Amnesty international Turquie, le 6 juillet, avec sept autres personnes, dont des ressortissants suédois et allemand.

La France appelle à la libération des représentants d'Amnesty international et des militants des droits de l'Homme qui ont été arrêtés.

Nous demandons aux autorités turques de respecter leurs engagements européens et internationaux concernant les droits de l'Homme et les libertés fondamentales.

12 - Chine

Q - Le ministre a déclaré le 17 juillet qu'il souhaitait que les autorités chinoises assurent la liberté de mouvement de l'épouse, de la famille et des proches de Liu Xiaobo. Est-ce qu'il y a des démarches de la France envers la Chine suite à cette déclaration ?

R - La France a eu des contacts réguliers, ces dernières semaines, avec les autorités chinoises sur la situation de Mme Liu Xia. Elle a rappelé son souhait que sa liberté de mouvement ainsi que celle de sa famille et de ses proches soient assurées.

13 - Agenda du ministre, de la ministre chargée des affaires européennes et du secrétaire d'État du 24 au 30 juillet 2017 - Principaux éléments publics

M. Jean-Yves LE DRIAN

Lundi 24 juillet

15h - Ouverture de la conférence des ambassadeurs italiens, Rome

Mardi 25 juillet

9h - Entretien avec le président de la République, Élysée

18h30 - Entretien avec M. Patrice Caine, président directeur général de Thalès, Quai d'Orsay

Mercredi 26 juillet

10h - Conseil des ministres, Élysée

15h - Questions au gouvernement, Assemblée nationale

17h30 - Comité interministériel du tourisme autour du Premier ministre, Matignon

19h - Entretien avec le Premier ministre, Matignon

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Mme Nathalie LOISEAU

Lundi 24 juillet

10h - Entretien avec M. Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, à la fiscalité et à l'union douanière, Quai d'Orsay

11h - Entretien avec Mme Catherine Trautmann, présidente de la Task force pour le siège strasbourgeois du Parlement européen (Strasbourg The Seat), Quai d'Orsay

Mardi 25 juillet

9h30 - Séance de questions orales, Sénat

14h30 - Audition devant la commission des affaires étrangères, Assemblée nationale

17h - Entretien avec Mme Helen McEntee, ministre irlandaise des affaires européennes, Quai d'Orsay

Mercredi 26 juillet

10h - Conseil des ministres, Élysée

15h - Questions au gouvernement, Assemblée nationale

17h - Entretien avec M. François Rivasseau, envoyé spécial chargé de l'espace auprès du service européen pour l'action extérieure

Jeudi 27 juillet

Déplacement à Rome

Vendredi 28 juillet

15h - Entretien avec M. Jean-Dominique Giuliani, président de la fondation Robert Schuman, Quai d'Orsay

18h - Entretien avec M. Denis Simonneau, président d'EuropaNova, Quai d'Orsay

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M. Jean-Baptiste LEMOYNE

Lundi 24 juillet

17h - Visite du centre de crise et de soutien, Quai d'Orsay

Mardi 25 juillet

10h - Questions d'actualité au gouvernement, Sénat

11h45 - Visite de la direction générale de la mondialisation, Convention

17h15 - Entretien avec M. Nikolaus Meyer-Landrut, ambassadeur d'Allemagne, Convention

Mercredi 26 juillet

15h - Questions au gouvernement, Assemblée nationale./.

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2. Union européenne - Projet européen- France - Allemagne - Travailleurs détachés -Migrations - Europe de la sécurité et de la défense - Brexit - Audition de Mme Nathalie Loiseau, ministre chargée des affaires européennes devant la commission des affaires européennes de l'Assemblée nationale - Propos liminaires (Paris, 20/07/2017)

Madame la Présidente de la commission des affaires européennes, chère Sabine Thillaye

Mesdames et Messieurs les Députés,

Je tenais d'abord à vous remercier pour votre invitation. Je suis honorée d'inaugurer aujourd'hui le cycle des auditions que vous tiendrez tout au long de cette nouvelle législature. Je suis heureuse que nous puissions dès à présent commencer à échanger sur les grands dossiers européens. Je sais que je pourrai compter sur votre engagement et votre implication sur ces dossiers. Votre action est fondamentale pour que l'ensemble des commissions et l'Assemblée nationale elle-même puissent jouer pleinement leur rôle sur les questions européennes. C'est pourquoi j'attacherai une importance toute particulière à ce que notre dialogue soit aussi dense que possible. Je souhaite travailler avec vous sans relâche à porter la voix de la France au sein de l'Union européenne et à défendre partout une vision ambitieuse du projet européen.

J'aimerais, pour cette première audition, vous présenter d'abord comme vous m'y avez invité Madame la Présidente, les priorités du gouvernement au niveau européen, avant d'évoquer les prochaines échéances qui nous attendent, puis de vous dire quelques mots de la méthode de travail que nous nous sommes fixée.

Vous le savez, le président de la République s'est engagé en faveur d'une Europe ambitieuse, d'une Europe fière d'elle-même, qui ose assumer le rôle moteur qui lui revient dans de nombreux domaines, de l'économie au climat. Pour autant, des inquiétudes se sont manifestées depuis des années, en France comme dans de nombreux pays européens quant à l'évolution du projet européen, mal compris et parfois mal accepté. Elles se sont exprimées notamment par le nombre de suffrages qui se sont portés sur des candidats eurosceptiques. Disons les choses : l'Europe est perçue comme trop lointaine et trop technocratique. Les Français aiment l'Europe, moins la façon dont elle fonctionne aujourd'hui et, au fond, ils craignent que l'Europe ne les aime pas.

Il est donc indispensable de démontrer aux Européens et en particulier aux Français que leur sécurité, que leurs valeurs et que le modèle social et économique auquel ils sont attachés, ne sont pas menacés, mais au contraire renforcés par l'Union européenne. Il faut que l'Europe puisse mieux les protéger face au terrorisme, au changement climatique, au commerce inéquitable ou plus largement aux effets négatifs de la mondialisation. C'est à l'échelle européenne et à l'échelle européenne seulement que nous pourrons mieux réguler la mondialisation, en mobilisant le dynamisme d'un continent plus prospère, plus pacifique, plus généreux, plus ouvert que tous les autres.

C'est le sens de l' «Europe qui protège» que le président de la République a promue dès le conseil européen des 22 et 23 juin et qui inspire l'action du gouvernement.

Une Europe qui protège, c'est d'abord une Europe qui assure la sécurité de ses citoyens. Les attentats à Londres et à Manchester nous l'ont rappelé, les tentatives avortées à Paris ou à Bruxelles également, la lutte contre le terrorisme doit demeurer une priorité de l'agenda européen. Les discussions en cours sur le paquet «frontières intelligentes» nous permettront de mieux contrôler nos frontières, pour repérer les éventuels retours de djihadistes étrangers en particulier. Mais nous devons aller plus loin pour lutter contre l'utilisation d'internet par les réseaux terroristes, qu'il s'agisse de permettre l'accès aux services cryptés par les services d'enquête ou encore du retrait automatique par les acteurs de l'internet de tout message appelant à la haine ou à commettre un acte terroriste. Les orientations du conseil européen des 22 et 23 juin derniers vont nous permettre de progresser dans ces domaines, sur la base de propositions législatives qui sont demandées à la commission.

Une Europe qui protège, c'est une Europe qui défend les citoyens et les entreprises en favorisant une mondialisation régulée. Cela passe, notamment, par la défense des intérêts européens dans les négociations commerciales internationales. L'Europe bénéficie du libre-échange, qui offre des opportunités à ses entreprises. Mais nous ne devons pas être naïfs : L'ouverture des marchés doit être réciproque, qu'il s'agisse de la circulation des marchandises ou de l'accès aux marchés publics et le dumping doit être combattu. Nous devons également redoubler de vigilance s'agissant des investissements étrangers dans nos secteurs stratégiques.

Lors du dernier conseil européen, la nécessité de renforcer nos mesures anti-dumping et de moderniser nos instruments de défense commerciale a été reconnue. De même, nos partenaires les moins enclins à peser en faveur d'une régulation du libre-échange - et il en existe parmi les États membres de l'Union européenne - ont évolué et comprennent désormais l'importance qui s'attache à instaurer la réciprocité en matière d'accès aux marchés publics. Sur la surveillance des investissements dans les secteurs stratégiques, nous souhaitons engager la commission dans un travail d'analyse et de partage d'informations que nous estimons nécessaire.

Si la lutte contre le dumping doit être au coeur de la politique commerciale européenne, l'Union doit aussi permettre de lutter efficacement contre le dumping social. Cela implique une révision de la directive sur le travail détaché et du règlement sur la sécurité sociale. Je me réjouis de l'intérêt que vous portez à ce sujet, et dont témoigne la création d'un groupe de travail dédié. Je suivrai attentivement vos travaux. Notre détermination est très forte. La ministre du travail, moi-même, le Premier ministre mais aussi le président de la République lui-même sont totalement mobilisés. Nous avons défini des objectifs clairs sur la rémunération, en application du principe «à travail égal salaire égal dans le même pays», sur la lutte contre la fraude, sur la limitation des périodes de détachement dans le temps ou encore sur le lien avec le transport routier. Des contacts techniques et politiques sont pris avec l'ensemble de nos partenaires, sur la base d'un accord franco-allemand réaffirmé lors du conseil des ministres franco-allemand du 13 juillet. Mais nous le faisons dans un esprit européen, pour une convergence par le haut qui bénéficiera à tous. Cela suppose de ne pas opposer l'Est et l'Ouest de l'Europe mais de discuter directement en particulier avec les pays de Visegrád (Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) ou encore la Roumanie, l'Espagne ou le Portugal. C'est ce que le président de la République a initié au conseil européen le 22 juin et que nous sommes en train de poursuivre. C'est ainsi que nous pourrons dégager un consensus satisfaisant à l'automne.

Une Europe qui protège, c'est aussi une Europe qui sait faire preuve de solidarité et d'efficacité dans la gestion de la crise migratoire qu'elle traverse. L'Union européenne est confrontée, depuis deux ans, à un afflux sans précédent de migrants et de réfugiés. Ce défi appelle une réponse forte de notre part, qui allie contrôle effectif de nos frontières et respect de nos valeurs. Plusieurs réformes structurelles sont actuellement en cours de discussion, notamment sur le régime européen d'asile, qui doit reposer sur un équilibre entre responsabilité et solidarité. Nous devons redoubler d'efforts pour contribuer à stabiliser la Libye, ce qui prendra du temps, et renforcer notre engagement envers les pays d'origine et de transit des migrants.

Il est essentiel aussi que nous tenions nos engagements vis-à-vis des pays européens de première ligne que sont la Grèce et l'Italie. C'est ce que nous faisons, comme indiqué dans le plan d'actions rendu public par le Premier ministre le 12 juillet. Je me rendrai moi-même en Italie la semaine prochaine et j'aurai l'occasion de discuter de ces questions avec nos amis italiens.

L'Union doit également, face à des menaces multiples, davantage s'affirmer à l'extérieur de ses frontières. C'est pourquoi la France jouera pleinement son rôle pour contribuer à la construction d'une Europe de la sécurité et de la défense, avec comme objectif l'autonomie stratégique de l'Union, expression qui désormais n'est plus taboue. Le dernier conseil européen a permis de progresser. D'abord pour avancer vers la mise en place d'un véritable fonds européen de défense, qui permettra de financer la recherche et les programmes capacitaires en matière de défense. Pour la première fois nous allons disposer collectivement de financements communautaires mobilisables, de façon très encadrée, dans le secteur de la défense. Ensuite nous avons posé le principe d'une «coopération structurée permanente» en matière de défense, c'est-à-dire un ensemble d'engagements plus forts en matière de dépenses, de capacités et de missions extérieures. Nous travaillons avec nos partenaires allemands, comme nous l'avons notamment fait le 13 juillet lors de la réunion du conseil franco-allemand de défense et de sécurité, pour définir une liste d'engagements contraignants, avec des dispositifs d'évaluation spécifiques. Cette proposition pourra former la base d'un accord européen plus large, qui garantirait un haut niveau d'ambition pour le futur dispositif. Nous sommes attentifs à ce que les deux sujets, le fonds européen de défense et la coopération structurée permanente, avancent au même rythme.

Cet agenda de protection, nous le promouvrons lors des rendez-vous qui rythmeront les mois à venir sous la présidence estonienne, qui s'est ouverte le 1er juillet. J'ai accompagné le Premier ministre à Tallin début juillet pour insister sur nos priorités auprès des autorités estoniennes.

Nous avons de nombreux rendez-vous importants devant nous. Je pense d'abord à la réunion du conseil EPSCO du 23 octobre où les ministres du travail reviendront sur le détachement des travailleurs. Je pense aussi au Sommet de Göteborg sur les droits sociaux, qui se tiendra le 17 novembre, et qui doit permette des avancées concrètes sur le socle européen des droits sociaux proposé par la commission en avril. Il y a aussi bien entendu le sommet UE Afrique, qui se tiendra à Abidjan en novembre. Ce sommet devra être l'occasion de mieux articuler les enjeux de développement avec ceux de la sécurité et des flux migratoires.

Je voudrais également mentionner les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne. Vous le savez, une deuxième session de négociation avec les Britanniques se déroule cette semaine. Je ne veux pas spéculer en l'attente des résultats, mais je voudrais insister sur l'importance de l'unité des Européens autour des deux phases définies par le conseil européen le 29 avril dernier : nous devons d'abord nous concentrer sur les questions essentielles relatives au retrait du Royaume-Uni, à savoir les droits des citoyens de part et d'autre, la questions des frontières et celle des modalités de calcul du règlement financier du départ du Royaume-Uni. C'est ce qui figure à l'ordre du jour dans les négociations de cette semaine. C'est seulement dans un second temps, lorsque des progrès suffisants auront été constatés et normalement à l'automne, que les autres sujets seront ouverts et que le négociateur pourra commencer à évoquer l'avenir des relations entre l'UE et le Royaume-Uni. Cela suppose cependant que des progrès suffisants soient obtenus, notamment sur le règlement financier de la séparation et le sort des citoyens européens résidant au Royaume Uni. Michel Barnier négocie au nom de l'Union européenne. Il a toute notre confiance.

Enfin le Brexit ne doit pas éluder la question de l'avenir de l'Union européenne. Nous devrons dès cet automne définir le niveau d'ambition que nous voulons donner à l'Union à 27 pour l'avenir. Nous avons encore un peu de temps devant nous, que nous devons utiliser à nous préparer, avec nos partenaires et la commission européenne elle-même : le discours sur l'état de l'Union que le président Juncker présentera en septembre est à cet égard très attendu. Nous aurons l'occasion d'en reparler.

Avant d'engager la discussion avec vous, permettez-moi de vous parler brièvement de la méthode de travail que nous avons définie avec le gouvernement pour défendre nos positions le plus efficacement possible. Il y a d'abord la nécessité de faire preuve, en préalable aux discussions que nous engageons avec nos partenaires, de sérieux et de crédibilité en montrant que nous respectons nos engagements, notamment budgétaires. Mais j'aimerais ici insister sur deux convictions que je défendrai et qui sont partagées par l'ensemble du gouvernement.

La première conviction, c'est que nous devons mieux nous coordonner avec notre partenaire allemand sur les sujets européens. Le couple franco-allemand demeure un moteur irremplaçable pour la construction européenne, et vous êtes mieux placés que quiconque, Madame la Présidente, pour le savoir. Cette relation de travail étroite avec l'Allemagne, nous avons voulu la lancer dès le début du quinquennat, avec l'organisation, il y a une semaine exactement, du premier conseil des ministres franco-allemand. Ce conseil des ministres a permis de donner une impulsion forte à la coopération entre nos deux pays, autour de projets concrets dans les domaines de l'éducation et de la culture, avec les classes bilangues, de la défense et de la sécurité, comme en matière économique et sociale ou encore sur le climat. Il a notamment permis d'évoquer des sujets sensibles comme l'union économique et monétaire et l'avenir de la zone euro. Nous avons encore beaucoup de travail devant nous pour préciser les concepts et nous mettre d'accord sur une approche commune, mais nous sommes pleinement mobilisés pour avancer.

La seconde conviction, c'est qu'il nous faut refonder le lien entre les citoyens et le projet européen. L'agenda de protection, que nous défendrons et que je vous ai présenté, devra d'abord répondre à cette insatisfaction. Mais nous devons aussi prendre le temps d'écouter les critiques, d'engager le dialogue avec les déçus de la construction européenne, bien au-delà du cercle restreint des convaincus. C'est l'enjeu des conventions démocratiques que le président de la République ambitionne d'organiser, en France et dans tous les États membres qui le souhaiteront, pour redonner la parole aux citoyens. La participation de toutes les forces vives de la société sera essentielle. Je me réjouis que vous ayez créé, le 13 juillet, un groupe de travail sur le sujet, qui, pourra je l'espère nous faire part prochainement de ses propositions.

Permettez-moi pour conclure de vous remercier encore pour votre accueil et de vous souhaiter des travaux fructueux pour cette nouvelle législature. Je suis à votre disposition pour répondre à vos questions./.

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3. États généraux de l'alimentation - PAC - Politique commerciale - Environnement - Discours d'ouverture de M. Édouard Philippe, Premier ministre (Paris, 20/07/2017)

(Seul le prononcé fait foi)

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Présidents d'organisations professionnelles et d'associations,

Mesdames et Messieurs,

La scène se déroule au chapitre IX. Un métayer et son fils chargés de «pioches forgées pour des géants» s'apprêtent à arracher du sol gelé les sarments d'une vigne que le phylloxéra a tuée. Tandis qu'il s'échine à percer la croûte de glace, le fils, André, se convainc que son avenir se trouve ailleurs, loin de cette ferme qu'il n'a pas reconnue à son retour du service militaire. Son père, qui, je cite le texte, «possède cet amour fort et éprouvé qui renaît en espoirs à chaque coup du malheur», tente de l'en dissuader. Malgré ses efforts, malgré son «anxieuse tendresse», il n'y parviendra pas. Ce chapitre s'intitule «La vigne arrachée» ; le livre, La terre qui meurt. Son auteur, René Bazin, grand-oncle d'Hervé Bazin, l'a publié en 1898. Dès sa sortie, l'oeuvre a connu un immense succès populaire.

J'aurais pu en choisir un autre, au titre plus gai. Je vous rassure : la «terre» de René Bazin, en réalité une métairie familiale, ne meurt pas. Au contraire, elle renaît. Sous une autre forme, mais elle renaît. Si j'ai choisi ce livre c'est qu'il me semble illustrer trois choses :

1.       D'abord, il permet de comprendre la violence psychologique qu'a représentée pour la France le passage d'une société rurale à une société urbaine. En cinquante ans, notre pays a mis fin à une tradition que Michel Serres fait remonter au néolithique.

2.       Ce qui m'a aussi frappé dans ce livre un peu désuet, c'est qu'il aborde des problématiques - les calamités, la paupérisation, la désertification, la difficulté d'attirer des jeunes - qui subsistent aujourd'hui. J'y reviendrai.

3.       Enfin, il illustre la relation ancestrale qui unit la France à son agriculture ainsi qu'à tous ces métiers qui formeront plus tard l'industrie agroalimentaire. Ces activités, vitales, n'ont pas fait que nourrir «physiquement» les Français. Elles ont nourri leur imaginaire, leurs souvenirs, leurs arts. Ne dit-on pas que Jean-François Millet a peint son célèbre Angélus - l'image d'Épinal par excellence - en se remémorant ses séjours chez sa grand-mère ? Vrai ou pas, l'agriculture, l'industrie agroalimentaire font partie de ce que Fernand Braudel appelle «notre histoire sous-jacente».

Les Français aiment leur agriculture ; ils aiment leurs agriculteurs, leurs artisans ; ils aiment leurs terroirs. Cet attachement n'est pas exempt de fantasmes, ni reconnaissons-le, de quelques clichés. Flotte également un petit air de nostalgie. Cet attachement est peut-être un peu agaçant pour la profession. Non, le bonheur n'est pas toujours dans le pré. Mais cet attachement est réel. Viscéral. Entier.

Vos métiers, vos activités, ont nourri la France. Ils continuent de le faire. Ils ont nourri sa culture. Ils nourrissent également sa puissance. Le mot n'est pas trop fort pour désigner un secteur - l'agriculture - dont la valeur de production s'élève à 70 milliards d'euros. Il n'est pas trop fort pour qualifier une industrie dont le chiffre d'affaires annuel s'établit à 165 milliards d'euros, 178 si l'on y inclut l'artisanat commercial. Le mot n'est pas trop fort pour embrasser ces 400.000 entreprises agricoles, 15.000 entreprises industrielles, grandes et petites, ces savoir-faire, ces terroirs, cet art de vivre érigé au rang de patrimoine de l'Humanité, ce haut degré de sécurité sanitaire.

La France est une puissance militaire. Elle est une puissance diplomatique, économique, culturelle. Elle est aussi une grande puissance agricole. Si le président de la République a voulu ces états généraux, s'il a souhaité en faire un des axes prioritaires de son action, c'est d'abord pour le dire, pour le répéter. Pour en être fiers. Et pour rappeler que cette puissance agricole est un élément de notre souveraineté nationale.

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À nous de préserver et de renforcer cette puissance. Je ne vais pas dresser ici un tableau de la situation. Vous la vivez, vous la connaissez mieux que moi. Vous aurez également l'occasion d'y revenir durant vos travaux. Un mot peut-être pour dire que ces dernières années ont été difficiles. À la variation des volumes, s'est ajoutée celle des prix. Certains secteurs, comme ceux des céréales et de la viticulture, ont souffert de mauvaises conditions climatiques. D'autres, comme le secteur laitier ou celui de la viande, connaissent une crise durable, aux conséquences dramatiques. Bien évidemment, ces difficultés ne concernent pas tous les secteurs, ni toutes les entreprises. Certains s'en sortent bien et c'est tant mieux.

Pour autant, ces difficultés sont de mon point de vue, la face émergée d'enjeux qui vous concernent tous d'une façon ou d'une autre. J'en ai identifié au moins quatre :

1.       Il y a l'enjeu de la mondialisation des échanges, loin d'être nouveau dans le secteur agricole et de l'agroalimentaire. Après tout, un grand nombre de cultures classiques étaient, il y a encore 4 ou 5 siècles, réputées «exotiques». Ce phénomène n'a évidemment rien à voir aujourd'hui avec ce qu'il était à l'époque des grandes découvertes.

Déjà, rappelons que cette mondialisation bénéficie à un grand nombre de nos agriculteurs et de nos industriels. Nous exportons 40% de nos céréales dans les pays riverains de la Méditerranée. Les filières du vin, des produits laitiers, de la viande, des animaux vivants, des fruits et légumes contribuent à équilibrer notre balance commerciale.

Le «prix» ou la contrepartie de cette ouverture, c'est l'aléa. Nos céréaliers doivent s'adapter aux cours mondiaux du blé. Les éleveurs et industriels laitiers subissent les répercussions des enchères d'une coopérative néo-zélandaise sur le prix du lait.

Les éleveurs de porc et les industriels dépendent en grande partie de la demande chinoise. Le marché des fruits d'été évolue en fonction des conditions climatiques et de l'équilibre entre les productions françaises et espagnoles. Enfin, la réduction des aides directes de la PAC sur les marchés agricoles renforce la nécessité de s'organiser au sein de chaque filière pour s'adapter aux variations des prix.

2.       Le deuxième enjeu est climatique. Ce n'est pas à vous que je vais expliquer que les phénomènes extrêmes se multiplient. Les inondations exceptionnelles du printemps dernier ont eu de graves conséquences sur les productions céréalières réputées pour leur régularité. Le gel de ce début d'année a suscité beaucoup d'inquiétudes chez les viticulteurs d'Alsace, du Jura, du Bordelais ou de Bourgogne. La sécheresse que nous connaissons cet été complique l'alimentation des animaux d'élevage. Ces phénomènes demeurent encore dans les bornes étroites de l'exception, mais ils pourraient, un jour, devenir la règle.

3.       Le troisième est numérique. J'ignore si cette évolution sera comparable à celle de la mécanisation. Une chose est sûre : elle gagne le secteur de la distribution, celui du commerce inter-entreprises, des services à l'agriculture. Robots, capteurs font également leur apparition dans les exploitations, souvent pour de bonnes raisons, en particulier pour réduire la quantité d'intrants ou d'eau. Dans une de ses interviews (JDD - 2009), Michel Serres s'exclamait : «Le paysan nouveau est quelqu'un d'admirable. Il est à la fois climatologue, chimiste, biologiste, commerçant et même commerçant international». J'ajouterai qu'il est aussi un peu ingénieur et sans doute bientôt «start-uper».

4.       Quatrième enjeu : le renouvellement des générations. Nous l'avons évoqué tout à l'heure : la problématique est ancienne. Comment attirer les jeunes ? Comment assurer la bonne transmission ou la bonne reprise d'une exploitation ou d'une PME ? Je sais que c'est un souci permanent pour bon nombre d'entre vous. Ce souci, je le partage. L'avenir de notre agriculture dépend en grande partie de notre capacité à susciter des vocations et à attirer et former des talents.

À ces enjeux «mondiaux» ou «globaux», s'ajoutent des défis plus franco-français. Certains les qualifieraient de faiblesses. Je préfère le mot de «défi». Une faiblesse, ça se constate, ça se déplore, ça se compense. Un défi, ça se relève. Je me contenterai d'en citer trois.

1.       Le premier d'entre eux - et vous aurez compris qu'il s'agit d'un des objectifs prioritaires de ces états généraux - concerne la répartition de la valeur. J'ai rappelé le montant considérable des richesses que vous produisez. Je veux redire ici la volonté du président de la République et du gouvernement de permettre à chacun de vivre de son travail, dans un contexte où certains producteurs - agriculteurs comme dirigeants de TPE - se trouvent dans des situations de très grande détresse. Je ne suis pas là pour désigner des coupables, mais pour trouver des solutions. Pas des solutions de court terme en attendant la prochaine crise, mais des solutions pérennes, dans le cadre de relations commerciales normales. L'État ne peut pas et ne doit pas se substituer au marché.

Cela implique de se poser les bonnes questions : pourquoi une partie de la valeur ne redescend-t-elle pas de la distribution vers la production ? Pourquoi certains producteurs se font mieux entendre que d'autres dans le cadre de leurs négociations ? Pourquoi certaines productions se vendent mieux que d'autres ? Pourquoi des investissements sont soutenables ici et non ailleurs ? Je souhaite que nous trouvions des réponses à ces questions connues, anciennes, dès les prochaines négociations commerciales.

2.       Le deuxième défi consiste à rétablir la confiance.

Confiance «entre les acteurs» comme on dit pudiquement, c'est-à-dire, entre vous. Je n'ai ni la prétention, ni la naïveté de faire table-rase du passé. Je pense simplement qu'une discussion, franche, directe, difficile mais honnête vaut mieux que de mauvais compromis noués sur fond de défiance. S'il y a une chose que la mondialisation a changé, c'est qu'on ne peut plus combattre en ordre dispersé. Il faut s'organiser. Les filières qui l'ont fait sont d'ailleurs les plus dynamiques. Comme souvent dans ce pays, nous ne manquons pas de structures pour conduire la discussion. Pour autant, soyons lucides : notre efficacité collective laisse à désirer. Les résultats que nous obtenons ne sont pas toujours à la hauteur des moyens, du temps et de l'énergie que nous consentons. Ce sera long, imparfait, du moins au début. C'est un pari. Le pari de la bonne foi, de l'absence de préjugés. Le pari de la maturité et de l'avenir. Ce pari, je veux le tenter avec vous dans le cadre de ces états généraux.

Rétablir la confiance aussi avec les consommateurs. Les «peurs alimentaires» ne sont pas nouvelles. On raconte que sous Louis XIV, la décision prise par les boulangers parisiens de fabriquer du pain avec de la levure de bière a déclenché une véritable crise. Certains dangers ont été surestimés ; d'autres sous-estimés. Les Trente Glorieuses ayant mis fin à la «peur du manque», les peurs se sont déplacées.

L'urbanisation, les nouveaux modes de préparation culinaire, la complexification de l'expertise ont distendu le lien entre le consommateur et le produit. Les risques ont changé de nature ; leur retentissement d'ampleur. On sait que moins le risque est élevé plus sa survenue paraît scandaleuse. On sait aussi que la confiance des consommateurs est fragile, friable. Et qu'il faut des mois voire des années pour la reconquérir à la suite d'une crise. Fondées ou pas, ces peurs, ces inquiétudes existent.

Il faut en tenir compte. Il faut trouver les gestes, les mots justes, les attitudes pour s'adresser au consommateur du 21è siècle. Il faut que les filières alimentaires suppriment « boîtes noires » et autres « angles morts » qui suscitent inutilement la méfiance. Bien souvent, il n'y a d'ailleurs rien à cacher ! Le public ne faisant pas toujours la différence entre les filières, il existe, me semble-t-il dans ce domaine, une solidarité de fait entre vous.

3.       Troisième et dernier défi : les nouvelles attentes des consommateurs. Il n'y qu'à parcourir les journaux, les magazines ou les sites Internet, pour se rendre compte qu'elles sont légions ! Certaines relèvent du phénomène de mode. Manger répond à un besoin biologique. C'est aussi une façon de se distinguer sur un plan culturel ou social. D'autres s'inscrivent dans la durée : l'alimentation durable, la nutrition, la baisse de la consommation de protéines animales, la recherche de proximité.

Derrière cet inventaire à la Prévert, on distingue des points communs. Ces tendances correspondent à des secteurs de niche, en forte croissance. Elles créent de la valeur. Elles se «mondialisent» : le citadin trentenaire français aspire peu ou prou à manger la même chose que son homologue américain ou asiatique. Elles sont les signes avant-coureurs de ce que sera le marché de demain. Un marché qui nous tend les bras, à nous Français, champions de la sécurité sanitaire, des terroirs, de l'authenticité et du savoir-faire.

Je faisais référence au pain tout à l'heure. Quelle renaissance ! Il y a vingt ans, tout le monde considérait que l'avenir de ce produit un peu suranné passait par l'industrialisation. Eh bien, grâce à une politique de labels, de montée en gamme, grâce à la valorisation de l'artisanat, de recettes ancestrales, le pain est aujourd'hui un produit phare de la mondialisation culinaire.

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Des défis à géométrie variable ; une agriculture française «qui est diversité» ; des exploitations, des entreprises qui ont parfois le sentiment de ne pas appartenir au même monde. Je le reconnais : l'équation est complexe. L'État aurait pu tout décider seul, en vous rencontrant les uns après les autres, dans le secret des bâtiments officiels.

Ce n'est pas ma vision du dialogue. Ce n'est pas la méthode qu'a voulue le président de la République pour ces états généraux. Comme pour d'autres priorités nationales - je pense à l'organisation des relations entre l'État et les collectivités, à l'avenir de l'Outre-mer ou à la question de la mobilité -, nous avons souhaité partir de vous : de votre analyse, de vos attentes, de votre énergie, de vos solutions, dans un double souci d'efficacité et de solidarité.

Forcément, les rôles changent. Dans cette démarche, l'État est une partie prenante parmi d'autres. Une partie éminente, incontournable, mais une partie parmi d'autres. Je ne dis pas que l'État «ne peut pas tout faire». Je dis qu'il ne doit pas tout faire, parce qu'il risquerait de faire mal ou de faire moins bien que vous. Comme disent les juristes, dans le domaine de l'alimentation, nous avons tous - État, collectivités locales, organisations professionnelles, ONG - un «intérêt à agir». Pour cette raison, nous avons tous intérêt à agir ensemble.

C'est l'objet de ces États généraux, de ces 14 ateliers, qui se dérouleront jusqu'en novembre et qui nous permettront, je l'espère, d'annoncer des initiatives concrètes lors de leur clôture, au mois de décembre. J'en profite pour remercier celles et ceux qui ont accepté de prendre de leur temps pour animer ces ateliers, les nourrir et en restituer les conclusions. Des réflexions qui doivent nous permettre d'atteindre quatre objectifs :

1.       Fixer un cap clair, stable et commun avec les entreprises des filières alimentaires, avec les agriculteurs, les transformateurs, les ONG pour répondre à ces enjeux de la création et de la répartition de la valeur.

2.       Conforter la confiance des Français en une alimentation toujours plus saine et plus durable. Pour moi, cela implique de proposer aux consommateurs des produits sains, offrant les meilleures qualités nutritionnelles qui soient.

Mais si vous le voulez bien, cette mission doit aller plus loin : à l'heure où l'obésité progresse en particulier chez les jeunes et dans les catégories sociales les plus modestes, nous devons - pouvoirs publics, professionnels de santé et de l'alimentation - aider les Français à réapprendre à «bien manger». J'y vois à la fois une question de santé publique - de prévention-, et d'égalité.

3.       Améliorer l'accès de tous à une alimentation de qualité. À cet égard, je compte sur vous pour nous aider à réduire le gaspillage alimentaire qui est sans doute, l'un des traits les plus détestables de la société de consommation.

4.       Réconcilier agriculture et environnement.

La transition écologique n'est ni une mode, ni une idéologie. Elle est encore moins un prétexte pour cesser telle ou telle culture. Elle est une tendance de fond. Une tendance mondiale dont la vitesse de propagation est considérable. Elle sera une menace si nous refusons de nous y adapter. Elle sera notre chance si nous la devançons.

Mon gouvernement n'a qu'un seul but : aider les professionnels - vous comme les autres secteurs économiques - à réussir cette transition et à en tirer profit. S'adapter n'est jamais facile. Cela implique de modifier des pratiques et des modes de production. Cela implique aussi d'aborder sans tabou les sujets difficiles - je pense à la question des pesticides et des perturbateurs endocriniens -, mais le prix, le crédit et la valeur futurs de nos productions sont à ce prix.

Pour atteindre ces objectifs, nous aurons besoin de partager réussites, bonnes pratiques, expérimentations et idées neuves.

Nous aurons aussi besoin de l'engagement de chacun, des territoires comme des entreprises. Je me réjouis à cet égard, que ces états généraux s'ouvrent au grand public, grâce notamment à la mise en place d'une plateforme numérique. L'alimentation, ses métiers, sa qualité, les femmes et les hommes qui la produisent, doivent être replacés au coeur des préoccupations des Français et dans le coeur des Français.

L'État prendra sa part de responsabilité, bien sûr. En fonction de vos conclusions, il accompagnera, mettra en cohérence ses politiques publiques. Je pense en particulier au programme national de l'alimentation, au programme national nutrition santé, à l'encadrement des relations commerciales, à l'information des consommateurs, à l'organisation des filières, à l'évolution des pratiques agricoles. Nous le ferons avec vous, grâce à vous. Nous ne pourrons certainement pas le faire sans vous.

Ces messages, cette méthode, ces attentes, le président de la République, retenu à un déplacement à Istres, aura l'occasion de les exprimer devant vous au début du mois d'octobre prochain, lorsque nous disposerons des premières conclusions relatives à la création et à la répartition de la valeur.

Je ne sous-estime pas l'ampleur de la tâche. La lucidité n'interdit pas l'optimisme. Au contraire !

Bon travail à tous !./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

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4. États généraux de l'alimentation - PAC - Discours de M. Stéphane Travert, ministre de l'agriculture et de l'alimentation (Paris, 20/07/2017)

La promesse du président de la République qui nous réunit ce matin, cet engagement à ce que tous les agriculteurs puissent vivre dignement de leur travail par un juste prix payé, quelles que soient leurs productions, nous oblige. Il faut dépasser nos différences d'approche et progresser ensemble. Pour cela, nous avons besoin de poser un questionnement commun.

Ce questionnement doit être étayé par le partage d'éléments objectifs sur la situation économique des filières agricoles et alimentaires françaises, sur la création de valeur et sur la répartition de cette richesse entre les différents maillons de la chaîne alimentaire, du producteur au consommateur.

Consommateurs, nous le sommes tous et tous nos concitoyens aussi. L'alimentation concerne tout un chacun dans sa qualité de vie au quotidien, sa santé, son pouvoir d'achat, la qualité de son environnement... Tous ici, nous savons que le poids économique et social de l'agriculture, de l'agroalimentaire, de la pêche, est essentiel pour la France.

L'agriculture et l'agroalimentaire pèsent à eux seuls 11% du produit intérieur brut et emploient 1,2 million de personnes.

Certes, la pêche et l'aquaculture, avec 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires, ont un poids plus faible à l'échelle nationale mais ces filières sont des poumons économiques avec leur impact de cohésion sociale pour certains territoires.

La France, premier pays de l'Union bénéficiaire des aides de la politique agricole commune (PAC) est aussi la première puissance agricole et agroalimentaire en Europe.

Ces secteurs sont structurellement exportateurs, avec plus de 9 milliards d'euros d'excédent commercial en 2016, 60% de ces exportations étant à destination de l'Union européenne.

Analyser et partager les forces et les faiblesses de nos filières doit nous permettre de mieux comprendre les problèmes structurels pour mieux les surmonter et prendre en compte les aléas conjoncturels.

Or, au-delà des chiffres préoccupants des comptes 2016 de l'agriculture que j'évoquais tout à l'heure, qui ne peuvent que retenir toute notre attention, nous pouvons relever plusieurs faiblesses dans nos filières.

Je prendrai quelques exemples :

•          nos exportations restent dominées par les vins et spiritueux, les céréales et les produits laitiers ;

•          en dix ans la France a glissé de la troisième à la cinquième place des plus importants pays exportateurs ;

•          certains secteurs connaissent des retards d'investissements pour assurer une réelle compétitivité économique qui permet une performance sociale, environnementale et sanitaire des modes de production, essentielle pour répondre aux enjeux de la transition écologique et de la biosécurité ;

•          Outre-mer, le poids économique et social des industries agroalimentaires est encore fortement concentré sur quelques filières structurantes ;

•          la culture de prévention et de gestion des risques face aux menaces naturelles n'est pas encore très développée. Les agriculteurs, les pêcheurs et plus largement les filières agroalimentaires n'ont pas suffisamment recours aux nombreux outils à leur disposition alors même que les risques augmentent.

•          la volatilité des prix de la production agricole s'accroît. En 2016, ils sont orientés à la baisse pour le lait, les bovins viande, le blé, les prix à la production mais progressent en revanche pour le porc, les fruits et légumes ; ils sont quasi stables pour les volailles. Une nouvelle baisse des prix s'observe également pour les produits des industries alimentaires, en recul en 2016 pour la troisième année consécutive. Quant aux prix à la consommation alimentaire, ils progressent légèrement en 2016 par rapport à 2015.

Ces éléments de constat, variés mais complémentaires, doivent nous conduire à nous interroger et je voudrais partager avec vous quelques premiers éléments de questionnement :

Nos filières sont-elles suffisamment organisées ? Ne faut-il pas aller vers plus de contractualisation, ou encore la mise en place d'organisations de producteurs et d'interprofessions plus structurées ?

Le dialogue entre les différents maillons, de la production à la distribution gagnerait-il à être plus développé ?

L'augmentation de la création de valeur ne suppose-t-elle pas des liens plus étroits entre la recherche française, qui se situe au meilleur niveau international, l'enseignement supérieur et le monde économique ?

L'élaboration d'une vision partagée, une meilleure mobilisation collective, des négociations commerciales plus sereines ne permettraient-elles pas d'éviter un «appauvrissement» des filières et de réduire leur vulnérabilité face aux crises économiques, climatiques et sanitaires dont on a constaté les dégâts ces dernières années ?

Comment mettre concrètement l'enjeu social au coeur de nos préoccupations pour chacun des maillons des filières ?

Comment rendre les métiers et les formations de ces secteurs plus attractives, sachant qu'ils bénéficient d'un marché de l'emploi porteur ?

Ce sont ces questions que je verse au débat ce matin, sachant que l'objet de cette journée de travail est d'enrichir le questionnement initial dont chaque atelier sera appelé à se saisir.

Ces États généraux de l'alimentation traduisent notre volonté d'engager avec détermination une reconquête de la valeur dans les filières françaises, condition indispensable au maintien sur les territoires des entreprises agricoles et à une juste rémunération des acteurs de toutes les filières./.

(Source : site Internet du ministre de l'agriculture et de l'alimentation)

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5. Nations unies - Résolution 2368 sur le régime de sanctions Daech/al-Qaïda - Conseil de sécurité - Explication de vote du représentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 20/07/2017)

Monsieur le Président,

La France salue l'adoption à l'unanimité de la résolution 2368. Elle remercie les États-Unis pour la présentation de cette résolution et le travail important fourni pendant la négociation.

Monsieur le Président,

Vendredi dernier, mon pays commémorait le triste anniversaire de l'attaque perpétrée à Nice le 14 juillet 2016, qui avait coûté la vie à 86 personnes, de nationalités très diverses. Ce souvenir, ainsi que les nombreuses récentes attaques terroristes à travers le monde, nous rappellent combien nous devons rester unis et déterminés dans la lutte contre des terroristes qui veulent anéantir notre manière de vivre et notre liberté.

Les efforts de la communauté internationale contre Daech portent leurs fruits et cela mérite d'être souligné. Sur le terrain, Daech a continué de subir des défaites importantes en Irak et en Syrie. La victoire des forces irakiennes à Mossoul est en cours. C'est une rupture majeure dans l'évolution de ce conflit. La bataille se poursuit également à Raqqa pour priver le groupe de ce sanctuaire. Depuis quelques temps, Daech attire par ailleurs moins de combattants terroristes étrangers, et c'est naturellement un point essentiel.

Mais nous le savons, Monsieur le Président, il suffit parfois d'un individu pour mener une attaque terroriste. La menace demeure complexe et multiforme. Nous devons donc continuer à exprimer une détermination et prendre des mesures à la hauteur de cette menace à laquelle nous sommes confrontés. Cela signifie que nous devons continuer de nous mobiliser dans plusieurs domaines : la lutte contre la propagande et la radicalisation sur internet, le tarissement des sources de financement des groupes terroristes, ou encore la préparation aux retours des combattants terroristes étrangers sont assurément et sans exclusive trois priorités de premier plan dans ce contexte.

La résolution 2368 que nous venons d'adopter permet d'actualiser le régime de sanctions contre Daech et al-Qaïda pour mieux prendre en compte l'évolution de la menace et l'ensemble de ces priorités. Cette résolution, et je voudrais souligner ce point, est une étape essentielle dans notre combat commun contre le terrorisme, un combat qui doit plus que jamais nous rassembler.

Soyez assurés du plein engagement de la France dans la lutte contre le terrorisme en général, et contre Daech en particulier.

Je vous remercie./.

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6. Nations unies - Soudan du Sud - Conseil de sécurité - Intervention du représentant permanent de la France auprès des Nations unies (New York, 20/07/2017)

Monsieur le Président,

Je remercie la présidence chinoise du conseil de sécurité pour l'organisation de cette réunion importante. Je tiens également à remercier le Sous-Secrétaire général pour les Opérations de maintien de la paix, M. El Ghassim Wane, ainsi que le président du Comité conjoint d'évaluation et de contrôle, le président Festus Mogae, pour leur engagement et pour leurs interventions très éclairantes.

Je souhaiterais mettre l'accent sur deux points plus particuliers.

En premier lieu, notre mobilisation est plus nécessaire que jamais face aux souffrances qu'endurent toujours davantage les civils.

Malgré la saison des pluies, les combats se poursuivent au Soudan du Sud, avec leurs conséquences toujours dramatiques pour les populations civiles. Les récents affrontements autour de Pagak ont conduit de nouvelles populations à fuir leurs foyers, grossissant encore davantage les flux de déplacés et de réfugiés. La situation humanitaire reste catastrophique. Certes, l'état de famine a été levé dans certaines zones du pays ; mais le spectre de la famine et de la malnutrition plane toujours sur de trop nombreux civils. Les femmes et les enfants, comme toujours, en sont les premières victimes.

Dans ce contexte, je tiens à saluer l'action de la MINUSS, qui a su adopter une posture robuste pour remplir son mandat de protection des civils. Nous l'appelons à poursuivre dans ce sens. Mais les entraves inacceptables à son action, et à celle des travailleurs humanitaires, restent trop nombreuses : la France les condamne avec force.

La responsabilité première de la protection des populations civiles incombant au gouvernement du Soudan du Sud, nous appelons celui-ci à tout faire pour assurer une bonne coopération avec la MINUSS et faciliter l'accès des organisations et travailleurs humanitaires. Cela implique notamment de favoriser leur accès dans toutes les zones où les civils sont menacés. Il faut également que la RPF puisse enfin se déployer pleinement, près d'un an après son établissement. Nous saluons les derniers développements positifs à cet égard, mais les défis et points de blocage restent nombreux et doivent être réglés.

Ce conseil doit également prendre ses responsabilités. Nous devons obtenir qu'une cessation des hostilités soit conclue et mise en oeuvre le plus rapidement possible. Nous devons aussi continuer à envisager sérieusement les moyens de faire baisser le niveau de violence dans le pays ; la France considère depuis longtemps qu'un embargo sur les armes y contribuerait.

J'en viens à mon deuxième point : les signaux encourageants sur le plan politique doivent, avec notre appui, se développer et se concrétiser.

Certains développements récents sur le plan politique offrent des raisons d'espérer que de réels progrès politiques puissent se réaliser. Nous saluons en particulier la mise en place lors du conseil des ministres de l'IGAD, le 2 juillet dernier, de modalités et d'un calendrier pour la mise en oeuvre du forum de revitalisation de haut niveau pour l'accord de paix au Soudan du Sud. Cette décision doit permettre de nourrir les efforts actuels de relance du processus politique.

Nous saluons également l'action des différents acteurs en soutien du processus politique. Nous saluons ainsi l'action de l'envoyé spécial de l'IGAD, du Haut représentant de l'Union africaine, de l'envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies, et de vous-même, bien sûr, Monsieur le Président Mogae, ainsi que de l'Ouganda et du Kenya, dont les initiatives doivent pouvoir permettre de faire avancer la paix. La France soutient l'action de tous ces acteurs, dont la bonne coordination est une condition centrale pour assurer leur efficacité.

Monsieur le Président, il est urgent que cette mobilisation permette de faire avancer la mise en oeuvre de l'accord de paix de 2015, qui reste la pierre angulaire du processus politique. Le dialogue national doit être réellement inclusif pour insuffler une dynamique positive et durable.

Nous ne devons pas non plus perdre de vue l'impératif de la lutte contre l'impunité et le caractère indispensable de la reddition de comptes pour ceux qui ont commis des violations des droits de l'Homme. Ceci passe par l'établissement sans délai de la Cour hybride, dans laquelle l'Union africaine joue un rôle moteur.

Monsieur le Président,

L'été 2015 avait été celui de l'espoir, avec la signature de l'accord de paix. L'été 2016 avait été celui de la désillusion et de la violence, avec la crise à Djouba en juillet. Cet été doit impérativement être celui des progrès durables. Nous le devons aux populations du pays, qui n'ont que trop souffert.

Je vous remercie./.

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7. Albanie - Communiqué de presse conjoint de M. Gérard Collomb, ministre d'État, ministre de l'intérieur et M. Ditmir Bushati, ministre des affaires étrangères d'Albanie (Paris, 20/07/2017)

Enjeux de l'immigration irrégulière albanaise en France et coopération bilatérale en matière de sécurité

M. Gérard Collomb, ministre d'État, ministre de l'intérieur, s'est entretenu aujourd'hui avec M. Ditmir Bushati, ministre des affaires étrangères d'Albanie, et Mme Rovena Voda, vice-ministre de l'intérieur d'Albanie, au sujet des enjeux de l'immigration irrégulière albanaise en France et de la coopération bilatérale en matière de sécurité.

Les ministres ont convenu que le nombre de ressortissants albanais en situation irrégulière sur le territoire français, y compris de mineurs isolés, avait connu une hausse importante ces dernières années. Une grande partie des capacités d'hébergement des demandeurs d'asile en France était aujourd'hui occupée par des ressortissants albanais, qui pour la majorité ne sont pas éligibles au statut de réfugié et ne requièrent pas de protection internationale.

Face à cette situation, les représentants du gouvernement albanais ont présenté à M. Gérard Collomb un plan d'action afin de renforcer, aux frontières de l'Albanie, les contrôles des départs vers la France et vers les autres pays de l'UE, et de lutter contre l'émigration de mineurs isolés ainsi que contre la fraude documentaire.

M. Gérard Collomb s'est félicité de l'engagement résolu du Premier ministre d'Albanie, M. Edi Rama, et de son gouvernement, à agir avec détermination pour traiter ces questions en vue d'obtenir des résultats d'ici trois mois.

Le ministre de l'intérieur a proposé de renforcer la coopération entre les services de police français et albanais, notamment en renforçant l'appui à la police aux frontières albanaise.

M. Gérard Collomb et les représentants du gouvernement albanais se sont accordés pour réaliser, d'ici trois mois, à Tirana, une évaluation des actions engagées et de l'efficacité de ces mesures sur le nombre de ressortissants albanais en situation irrégulière en France./.

(Source : site Internet du ministère de l'intérieur)

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