Dans cet espace vous pouvez

- soit faire une recherche avancée sur tous les points de presse et déclarations de politique étrangère

- soit sélectionner une date   


Déclarations officielles de politique étrangère du 21 septembre 2017


Sommaire



1. Point de presse du porte-parole adjoint - République tchèque/Entretien de Mme Nathalie Loiseau avec M. Ales Chmelar, secrétaire d'État tchèque aux affaires européennes - Ukraine - Espagne (Paris, 21/09/2017)

Au point de presse de ce jour, le porte-parole adjoint a fait la déclaration et répondu aux questions suivantes :

1 - République tchèque - Entretien de Mme Nathalie Loiseau avec M. Ales Chmelar, secrétaire d'État tchèque aux affaires européennes (Paris, 21 septembre 2017)

Mme Nathalie Loiseau, ministre chargée des affaires européennes, reçoit aujourd'hui son homologue tchèque, M. Ales Chmelar.

Ils évoqueront l'avenir de l'Union européenne, en particulier la mise en place d'une Europe qui protège mieux ses citoyens, conformément aux appels lancés par le président de la République et le président de la Commission européenne, M. Jean-Claude Juncker.

Les ministres échangeront sur les grandes questions d'actualité européenne, dont la révision de la directive relative au détachement des travailleurs.

Ils feront également le point sur la relation franco-tchèque, dans la perspective du renouvellement du plan d'action de notre partenariat stratégique.

2 - Ukraine

Q - Une «représentation» de la République autoproclamée de Donetsk doit être inaugurée le 25 septembre à Marseille. Dans quelle mesure une telle représentation est-elle légale sachant que cette entité n'est pas reconnue par la France ? Le Quai d'Orsay peut-il et va-t-il demander sa fermeture ?

R - L'entité à laquelle vous vous référez (dite «centre de représentation en France de la République populaire de Donetsk») est enregistrée en tant qu'association au titre de la loi de 1901, ce qui ne nécessite pas d'autorisation préalable. Les autorités françaises n'accordent aucune reconnaissance officielle à cette association, qui ne dispose pas d'un statut diplomatique et ne saurait bénéficier des privilèges et immunités associés.

Notre position est constante : la France est attachée à l'intégrité territoriale de l'Ukraine dans ses frontières internationalement reconnues et au plein rétablissement de sa souveraineté ; elle ne reconnaît pas les entités séparatistes de certaines zones des régions de Donetsk et de Louhansk, avec lesquelles nous n'avons pas de relations.

Estimant que l'objet de l'association est illicite, le ministère de l'Europe et des affaires étrangères a par conséquent transmis des éléments au procureur de la République.

La France est engagée, aux côtés de l'Allemagne, dans le cadre du format «Normandie» pour trouver une solution politique pacifique et durable à la crise.

3 - Espagne

Q - Le ministère de l'Europe et des affaires étrangères a-t-il reçu un courrier de la délégation de la Catalogne à Paris concernant la déclaration institutionnelle du président catalan, Carles Puigdemont ? Si c'est le cas, quelle est la réaction du ministère ?

R - Nous n'avons pas reçu à ce stade le courrier auquel vous faites référence.

Sur le fond, comme nous l'avons déjà indiqué le 9 juin dernier, cette question relève de la politique intérieure de l'Espagne, dans laquelle la France n'a pas vocation à s'immiscer. Elle doit être réglée dans le respect du cadre constitutionnel espagnol.

Les peuples français et espagnol sont unis par des liens de proximité particulièrement anciens et étroits. La France et l'Espagne, pays alliés et amis, entretiennent depuis de nombreuses années une coopération d'une densité et d'une qualité exceptionnelles, notamment dans le domaine prioritaire de la sécurité intérieure. À l'heure où l'esprit d'unité et de solidarité doit plus que jamais nous guider dans la relance du projet européen, les autorités françaises rappellent leur attachement à une Espagne forte et unie./.

Retour sommaire


2. 72ème Assemblée générale des Nations unies - Lutte contre le terrorisme - Cybersécurité - Numérique - Discours de M. Emmanuel Macron, président de la République (New York, 20/09/2017)

Madame la Première Ministre, Chère Theresa,

Monsieur le Président du Conseil, Cher Paolo,

Cher Ken Walker,

Mesdames et Messieurs,

Ce que Theresa May vient de dire, je peux y souscrire totalement et en effet suite en particulier aux attentats que la Grande-Bretagne a eu à subir, l'initiative prise à Taormina, sous la présidence italienne du G7, puis l'initiative prise dans la déclaration commune franco-britannique étendue ensuite à nos partenaires européens, ont marqué cette volonté collective que nous avons d'avancer vers un agenda d'une plus grande et plus efficace lutte contre la propagande terroriste sur Internet.

De quoi s'agit-il ? La Première ministre vient de le rappeler, de notre efficacité collective à protéger nos citoyens. Et il s'agit d'un défi que nous partageons, gouvernement et opérateurs de l'Internet, il ne faut pas se tromper, si dans le monde actuel, avec les technologies de communication contemporaine, nous n'avons plus la possibilité, nous gouvernements, de garantir la protection de nos concitoyens face à ce qui les met en danger, à ceux qui tuent nos enfants alors soit nous changeons de civilisation, soit nous irons vers des règles beaucoup plus dures.

Et on a déjà perdu sur ce sujet, beaucoup de temps parce que pendant trop longtemps certaines ou certains ont pu croire que cela n'était la charge que des gouvernements de protéger nos concitoyens. Et il faut bien le dire, le monde de l'Internet est une formidable opportunité qui révolutionne notre imaginaire, qui nous permet d'être plus efficace, qui crée un nouveau continent d'opportunités, mais il y a aussi malheureusement le pire qui s'y joue. Et donc la question, c'est comment collectivement, nous prenons nos responsabilités pour que le pire ne s'y joue plus.

A ce titre la déclaration d'aujourd'hui est une étape, est-ce une étape suffisante ? Non. Est-ce une étape satisfaisante ? En un sens, puisqu'elle améliore la situation dans laquelle nous étions. Est-ce qu'elle appelle d'autres rendez-vous et d'autres progrès ? Résolument oui. Parce que si nous ne savons pas faire des progrès sous cette forme, nous devrons les faire sous d'autres formes, sous la pression des événements et nous le ferons par de la législation, or nous pensons collectivement qu'il est plus intelligent de procéder comme nous sommes en train de le faire aujourd'hui.

Premier effort, première direction qui est adoptée par cette déclaration et l'approche que nous avons collectivement depuis plusieurs semaines, c'est le retrait des contenus faisant l'apologie du terrorisme et appelant à la violence. La rapidité de détection et de retrait des contenus à caractère potentiellement terroriste ou haineux progresse. La Première ministre vient de le rappeler, chaque heure compte, chaque heure parce que ce sont des jeunes ou des moins jeunes qui ont accès à cette propagande, qui peuvent d'un seul coup basculer dans des situations de très grande fragilité, nous le savons, cela a été documenté.

Tous les contenus ne sont pas identifiés et je ne mésestime pas la difficulté d'identifier un contenu proprement terroriste. Les scènes les plus brutales et les plus violentes le sont aisément mais il y a des discours qui sont plus insidieux et il nous faut donc travailler encore davantage pour mieux les identifier. De plus les contenus retirés peuvent réapparaître et certains contenus ne sont même pas retirés compte tenu de la difficulté de les détecter.

Et face à une armée moderne de terroristes qui utilisent des modes d'actions asymétriques, les Etats comme les entreprises doivent adapter leur stratégie. D'abord, il me semble que les grandes entreprises représentées ici se sont engagées dans la déclaration commune que nous allons publier à accroître les moyens consacrés au retrait des contenus. C'est un engagement nécessaire que je veux ici saluer. Nous avons besoin de plus d'investissement dans la recherche, plus de moyens humains, plus d'automaticité pour parvenir à des retraits rapides, définitifs et complets.

Il est ensuite nécessaire que les efforts consentis par les grandes entreprises pour identifier et retirer les contenus illicites profitent aussi aux plus petites entreprises, pour que ces contenus ne réapparaissent pas sur des réseaux sociaux moins connus et ne suivent des voies parallèles. Je note aussi qu'avec son projet Redirect, l'une des entreprises du forum prend en compte un risque particulier, celui de l'enfermement algorithmique, c'est-à-dire le risque qu'un individu surfant sur le Net ne soit exposé qu'à des contenus qui le renforce dans sa radicalisation. C'est une démarche absolument essentielle, je pense qu'à ce titre la déclaration n'est pas suffisamment précise et qu'il est indispensable que l'ensemble des opérateurs puissent avancer dans le sens de cet effort.

Il doit donc être poursuivi, développé pour proposer à la personne en voie de radicalisation des contenus susceptibles, bien au contraire de l'inciter au doute, au questionnement. Nous devons collectivement avoir une stratégie qui est adaptée à nos finalités profondes, qui est de ramener ces personnes en voie de radicalisation ou en fragilité vers le sens commun.

Nous devons maintenant nous fixer un premier objectif ambitieux mais nullement inatteignable, celui de retirer les contenus de propagande moins d'une heure après leur mise en ligne. C'est dans la première heure que tout se joue, en une heure le contenu doit être identifié, analysé et retiré afin de limiter les possibilités de rediffusions massives. Notre expérience démontre que c'est possible et je souhaite vivement que nos équipes à tous trois, comme tous les membres d'équipes ici représentées puissent travailler avec les opérateurs de manière précise, concrète et en prenant des engagements durables.

Sur l'incitation à la haine raciale ou religieuse, il faut aussi que nous progressions plus rapidement, des engagements ont été pris au niveau européen avec les entreprises dans le cadre du code de conduite pour lutter contre les discours haineux illégaux diffusés en ligne. Nous l'avons déjà dit si nous n'arrivons pas à obtenir des résultats tangibles, alors il nous reviendra de légiférer et de mettre en place des règles plus contraignantes, parce que nous n'avons pas le choix, parce que c'est notre responsabilité vis-à-vis de nos concitoyens, parce qu'à mes yeux c'est la responsabilité de toutes celles et ceux qui sont assis dans cette salle.

Le deuxième axe fort de notre effort doit porter sur le discours de la société civile et c'est un sujet sur lequel, en particulier la Première ministre s'est engagée dès le début et je veux ici saluer son leadership. Le message anti-terrorisme ne doit pas être porté uniquement par les Etats et nombre d'autres acteurs le font déjà. De très nombreux projets menés par la société civile ont ainsi entrepris de diffuser sur Internet un discours qui dénonce celui des groupes terroristes, un discours fondé sur des faits, sur nos valeurs humanistes, sur une lecture éclairée de la religion. Et notre rôle collectivement c'est d'aider ces voix indépendantes à être entendues, qu'il s'agisse de personnalités morales, de leaders religieux, de jeunes parlant à leur père, nous ne devons pas interférer avec le contenu ou la forme de ce discours alternatif, mais nous pouvons en revanche lui permettre d'avoir accès au plus grand nombre. Cette contre-propagande est absolument essentielle parce qu'une partie des batailles que gagnent les djihadistes se fait sur l'imaginaire, sur leur capacité à proposer justement des héros, à proposer des histoires dans lesquelles se retrouvent nos jeunes ou nos moins jeunes.

Nous devons donc faire émerger cette contre-propagande avec un discours qui n'est pas un discours officiel que les gouvernements ont à émettre, mais qui diffusé par les opérateurs permettra de proposer des modèles positifs et un imaginaire positif cohérent avec nos valeurs. D'importantes initiatives ont été prises, mais j'appelle les grandes entreprises représentées ici à développer encore leur action pour soutenir les acteurs de la société civile dans la diffusion d'une réponse crédible et légitime à la propagande des groupes terroristes.

Je souhaite donc, Chers Amis, que nous puissions à partir d'aujourd'hui, continuer à travailler concrètement pour aller plus loin pour que les engagements indispensables que j'ai rappelés et que nous avions à un moment cru possibles à plus court terme puissent se concrétiser dans les meilleurs délais, que des engagements supplémentaires soient pris, que nous puissions ensemble aussi élaborer des listes publiques d'opérateurs qui décident de s'engager dans cette ligne, parce que nous devons maintenant aller vers une politique de name and shame sur ce sujet si vous m'autorisez cet anglicisme. On doit valoriser les opérateurs qui décident de jouer le jeu et en creux, dénoncer les opérateurs qui décident de ne pas jouer le jeu parce que dans cette bataille contre la propagande terroriste, il n'y a pas trois camps, il n'y en a que deux. Il y a celles et ceux qui se battent pour nos valeurs, la liberté et la sécurité de nos concitoyens et il y a ceux qui décident de fait de faire le jeu des terroristes. Il faut choisir son camp, l'ambiguïté ne fait que l'affaire d'un des deux. Merci pour votre attention./.

(Source : service de presse de la présidence de la République

Retour sommaire


3. 72ème Assemblée générale des Nations unies - Éducation - Développement - Discours de M. Emmanuel Macron, président de la République, lors de la réunion «Financer l'avenir, l'éducation pour tous» (New York, 20/09/2017)

Merci, Monsieur le Secrétaire général, Cher Gordon Brown,

Mesdames et Messieurs les Chefs d'État et de gouvernement,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Chers Amis,

Le Secrétaire général vient de très bien résumer la situation une fois encore, les défis qui sont les nôtres sont multiples mais l'éducation est un sujet mondial par-dessus tout parce que quels que soient les pays qui nous réunissent, quelles que soient les aires linguistiques qui sont les nôtres, si nous voulons relever les défis de la mondialisation contemporaine nous ne le ferons que par l'éducation. Et si je puis me permettre cette remarque pour commencer, j'en suis d'autant plus convaincu que dans le projet de transformation que nous conduisons pour la France l'éducation fait partie du socle fondamental, nous sommes en train très profondément de transformer notre éducation, de réinvestir et de réorganiser les choses avec le ministre qui aujourd'hui m'accompagne.

Le sujet de l'éducation dans le monde, Monsieur le Secrétaire général, vous l'avez dit, c'est celui que nous souhaitons porter avec le président Macky Sall parce que c'est une cause qui nous permettra, je suis profondément convaincu et à plusieurs reprises Erna Solberg l'a dit, qui est profondément engagée sur ce sujet, de relever chacun de ces défis. Celui de la transformation numérique, celui de la transformation climatique, celui du défi du développement et de prévenir les phénomènes mondiaux que nous ne traitons que par les conséquences. Et quand on parle des grandes migrations, quand on parle du terrorisme, quand on parle des déstabilisations contemporaines dont nous sommes les victimes, l'éducation est une des réponses qui s'attaque aux causes profondes.

Vous l'avez parfaitement décrit pour ce qui est de votre pays et de votre cas et je veux ici vous saluer, vous l'avez dit, la seule chose que craignent ceux qui veulent affaiblir, appauvrir, la seule chose que craignent par-dessus tout les terroristes dans le monde qui nous entoure c'est que les gens, c'est que l'ensemble de nos concitoyens soient éduqués.

La pauvreté continue à grandir partout où on ne donne pas l'autonomie à des jeunes gens pour construire leur propre destin, partout où on ne forme pas pour pouvoir apprendre à se développer et à construire tout au long de la vie. La violence s'installe partout où on peut faire des femmes et des hommes des bombes humaines parce que l'obscurantisme l'a emporté sur l'éducation.

Nous passons beaucoup de temps, beaucoup d'énergie, beaucoup d'argent à régler les problèmes de ce monde et les grandes crises mais l'éducation c'est ce qui - parmi les réponses qui sont à notre portée - permet de les régler bien plus que les autres. Lorsqu'une jeunesse est éduquée, lorsque tout au long de la vie on continue à apprendre alors on ne cède en rien à ces facilités du temps présent, à ces déséquilibres et on résiste.

C'est pourquoi l'objectif de ces initiatives c'est bien d'abord de focaliser notre effort sur les régions qui sont les plus en difficulté, qui sont frappées par les crises, les guerres ou l'extrême pauvreté. C'est là où l'éducation joue un rôle absolument fondamental, c'est là où l'éducation permet justement de donner de l'autonomie, de construire de l'activité, de trouver pour chacune et chacun sa place dans la société, c'est ce qui enraye la fatalité de la pauvreté et de l'appauvrissement. C'est exactement ce que nous avons voulu retenir à quelques-uns dans l'Alliance pour le Sahel que nous avons lancée en soutien aux pays membres du G5 Sahel avec l'Allemagne, le PNUD, la banque mondiale, l'Union européenne et la banque africaine de développement. L'éducation sera l'un des piliers justement de cette initiative avec la scolarisation de quatre millions d'enfants. Nous continuerons partout où il y a des conflits, partout où il y a l'appauvrissement qui s'est installé à développer des initiatives d'éducation parce que c'est ce qui permet de l'enrayer mais c'est ce qui permet aussi de conduire à des transitions démographiques, à des transformations de comportement et à l'autonomie des femmes et des hommes.

La deuxième priorité, et je rejoins ici le Secrétaire général des Nations unies, c'est en particulier l'éducation des filles parce que l'inégalité entre les hommes et les femmes c'est bien souvent l'injustice au carré. Partout où il y a des conflits ou des continents, des régions entières sont en train de décrocher, où la grande pauvreté s'est installée, où le terrorisme se construit et où les pires projets se développent on explique que l'égalité entre les hommes et les femmes est une valeur relative. Si nous acceptons cela nous cédons sur ce qui est fondamental et ce qui nous unit, l'un des ciments des Nations unies, c'est-à-dire l'universalité de ces valeurs qui sont les nôtres.

Et aujourd'hui l'éducation des jeunes filles est un défi fondamental parce que c'est ce qui permet de lutter contre les mariages forcés partout où c'est imposé, de lutter contre une démographie subie, ce terme je l'assume, il a pu choquer certains, mais il y a des régions entières quand la pauvreté s'est installée où la crise démographique est là aussi, qui prépare les migrations de demain et d'après-demain et se nourrit de l'absence d'éducation des jeunes filles. Et d'ailleurs elle est légitimement construite par celles et ceux qui ne veulent pas l'émancipation des jeunes filles et des femmes, c'est qu'ils savent que la pire des armes contre eux ce serait l'éducation qu'on leur donnerait.

Le troisième objectif que nous devons poursuivre c'est en effet dans toutes nos sociétés de repenser la structure de notre éducation pour en faire, d'abord, une éducation fondamentale qui enseigne les savoirs fondamentaux, le comportement et qui forme votre génération qui est là devant nous, c'est-à-dire des jeunes femmes, des jeunes hommes qui auront à devenir capables, autonomes, qui se feront leur jugement, qui décideront ou pas leur vie.

Notre éducation aujourd'hui doit relever un autre défi, c'est que nous allons tous et toutes être formés tout au long de notre vie parce que nos sociétés doivent aujourd'hui absorber des transformations technologiques, des chocs profonds qui font que cette idée dans laquelle beaucoup ont vécu jusqu'ici, qu'on serait formé pour toute la vie à 20 ans ou 25 ans, est révolue, elle n'a plus cours ! Parce qu'à 40, 45 ans, 50 ans nous aurons une transformation profonde du monde qui nous entoure, de notre activité, des secteurs d'activité porteurs d'avenir, et notre éducation, au niveau mondial, doit aussi embrasser ce défi et savoir le relever.

C'est pourquoi je considère que l'investissement dans l'éducation est une priorité, une priorité en tout cas que la France veut faire sienne dans son propre agenda. C'est une dimension centrale dans l'agenda 2030 pour le développement durable. L'éducation tous niveaux confondus représente aujourd'hui 15% de l'aide publique au développement de la France, nous devons là aussi faire davantage, en part et en valeur absolue. Et c'est pourquoi nous souhaitons nous appuyer sur une riche collaboration avec les agences des Nations unies ici présentes et que je salue ainsi qu'avec le Partenariat mondial pour l'éducation dont je souhaite souligner la pertinence et l'efficacité. Le partenariat est un catalyseur dans le secteur qu'aucune autre organisation ne peut générer à ce stade.

620 millions d'enfants supplémentaires d'âge primaire devront être scolarisés d'ici à 2030, dont 450 millions en Afrique subsaharienne et le manque de financement pour atteindre l'objectif du développement durable consacré à l'éducation est d'ores et déjà de 39 milliards de dollars annuels. À cet égard, je veux saluer le travail de la commission éducation que préside Gordon Brown. Les États partenaires doivent accroître leurs financements nationaux et les bailleurs leurs engagements dans ce secteur. Il nous appartient donc de garantir l'accès à une éducation de qualité pour tous et c'est pourquoi je m'engagerai aux côtés du Sénégal en 2018 pour mobiliser l'ensemble de la communauté internationale en faveur d'un effort accru pour financer le développement de systèmes éducatifs pérennes et résilients.

Le président Macky Sall et moi-même avons ensemble de grandes ambitions, mobiliser 3,1 milliards de dollars sur trois ans de 2018 à 2020 et je compte sur vous, partenaires européens, membres du G7 et du G20 et plus largement sur tous les pays et les acteurs de la société civile y compris les fondations, les entreprises qui sont prêts ou qui seront prêts dans les mois à venir à s'engager pour l'éducation.

Mais je souhaite également que lors de cette conférence nous puissions adopter de nouvelles méthodes, c'est-à-dire afficher nos priorités et évaluer, là aussi rendre compte. Évaluer les besoins parce qu'ils changent chaque année et évaluer nos propres réalisations parce qu'on ne peut pas se contenter de mettre simplement des chiffres ou des montants face à ce défi, c'est un travail au quotidien qui impose une responsabilité de notre part à tous.

Je laisserai le président Macky Sall le soin de vous faire part du projet qui témoigne de notre engagement conjoint en faveur de cette humanité plus solidaire mais ce défi pour l'éducation, vous l'avez compris, est à mes yeux l'une des batailles fondamentales de nos sociétés, c'est ce qui nous permettra de relever pour partie presque tous les défis qui sont aujourd'hui les nôtres. Mais c'est surtout le devoir moral que nous vous devons à vous nouvelles générations, c'est que c'est parce que nous aurons fait ce choix, cet investissement, pris ces décisions que vous aurez la possibilité dans 10 ans, 15 ans, 20 ans, 30 ans à notre place d'avoir ce luxe de choisir votre destin. Nous avons encore ce luxe aujourd'hui, il y a trop de régions sur notre planète qui ne l'ont plus et elles ne l'ont plus parce que l'éducation n'est plus là. Alors ce que nous vous devons, cela n'est pas de vous dire quel destin vous aurez ou le choisir pour vous, mais c'est de tout faire pour que vous puissiez le choisir vous-même.

Je vous remercie./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

Retour sommaire


4. 72ème Assemblée générale des Nations unies - Débat ouvert de haut niveau du conseil de sécurité des Nations unies sur le maintien de la paix - Intervention de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères (New York, 20/09/2017)

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Président de la Commission de l'Union africaine,

Chers Collègues,

Permettez-moi d'abord de vous remercier, Monsieur le Premier Ministre, pour avoir organisé ce débat, sur un sujet dont vous savez combien il est cher à mon pays. Le thème de la réforme du maintien de la paix répond à une double exigence qui n'a jamais paru si importante : une exigence de résultats, répondre à la complexité croissante des crises et aux attentes de populations, et une exigence de moyens, dans un monde aux ressources limitées et où l'efficacité n'est plus une possibilité mais un impératif. Cette double exigence nous la retrouvons dans tous les domaines de l'action publique. Mais la Charte des Nations unies nous a confié une responsabilité unique : préserver la paix et la sécurité internationales.

Cette responsabilité unique crée des attentes qui sont immenses. Cette responsabilité nous engage, et nous engage à nous interroger sans relâche sur nos modes d'action, sur notre capacité à répondre aux crises, sur nos réussites, car il y en a, mais aussi sur nos limites. Je ne veux pas ici tomber dans la critique facile d'un maintien de la paix qui serait inutile, inefficace et trop coûteux. Car nous ne devons pas négliger les progrès significatifs qui ont été accomplis ces dernières années et nous ne devons pas oublier cette réalité selon laquelle les opérations de maintien de la paix des Nations unies sont souvent la seule garantie d'un minimum de sécurité et d'un minimum de protection des populations. Et je veux ici rendre hommage aux 120.000 militaires, policiers et civils, qui sont déployés à travers le monde, sur des théâtres difficiles, et qui, chaque jour, en notre nom, sont des messagers et des acteurs de paix.

Mais nous devons aussi entendre les critiques. Nous ne devons pas les sous-estimer. Au contraire, elles doivent être notre boussole pour chercher sans cesse de meilleures réponses. Et c'est ce travail de critique constructive qui doit nous permettre d'avancer vers un maintien de la paix plus efficace, de renforcer ce que nous pouvons faire mieux, de changer ce que nous pouvons faire autrement et de cesser ce que nous ne savons pas faire. En particulier, il est parfois difficile sur certains théâtres de concevoir une fin aux opérations de maintien de la paix. En République démocratique du Congo, cela fait 18 ans que la MONUSCO est déployée et que la perspective d'un retrait semble encore lointaine. Au Soudan du Sud, créée pour accompagner la naissance du plus jeune État du monde, la MINUSS est aujourd'hui confrontée à une guerre civile et une crise humanitaire sur laquelle elle a peu de prise. Au Mali, déployée pour stabiliser un pays confronté à une menace terroriste, la MINUSMA porte le triste record d'opération la plus meurtrière des Nations unies. Cette simple énumération illustre la limite à laquelle nous sommes parvenus.

Les Nations unies sont devenues la réponse à tous les maux et on attend d'elles qu'elles gèrent à moindre coût l'intégralité du spectre de crises : protection des civils, stabilisation, sécurité, justice, réinsertion, droits de l'Homme, aide humanitaire, accompagnement du processus politique... Et cela n'est plus tenable.

L'autre écueil, c'est celui de la tentation de la substitution. Le maintien de la paix s'est construit en apportant des solutions de l'extérieur. Nous avons pensé qu'en déployant une dizaine de milliers d'hommes en appui d'un accord de paix on réglerait définitivement les conflits. On voit aujourd'hui au Soudan du Sud ou en RDC les limites de cette approche. La présence des soldats du maintien de la paix a beau être massive, elle ne nous garantit plus une capacité à peser de manière sérieuse sur les choix des acteurs d'une crise ou d'un conflit. Fort de ce constat, je pense qu'il est temps de renouveler notre logiciel et d'orienter notre réflexion dans deux directions.

Premièrement, renforcer les capacités des États. C'est ce que l'on appelle aussi la réforme du secteur de la sécurité. Et à force d'en parler sans la faire, ce terme est devenu presque un repoussoir. Pourtant, accompagnée d'un processus politique crédible, c'est la clé d'une sécurité durable. Et il faut reconnaître que nous n'avons pas réussi dans ce domaine, nous devons poursuivre notre réflexion et inventer des réponses nouvelles pour mieux associer et responsabiliser les États hôtes et les pays les plus concernés dans la prise en charge de leur propre sécurité. Et c'est ce que nous avons souhaité en soutenant l'initiative du G5 Sahel. Le G5, ce sont cinq États concernés par une menace terroriste et des trafics en tout genre, qui décident de surmonter leurs différences pour mettre en commun leurs moyens limités, coordonner leurs efforts et mener des actions conjointes. Le G5, c'est aussi des pays parmi les plus pauvres du monde. Ils sont confrontés à une menace qui nous concerne tous. Nous avons donc une responsabilité collective à les soutenir. C'est la première direction : renforcer les capacités des États.

La deuxième direction : plus largement, nous devons trouver les outils adaptés à l'évolution des menaces et à la complexité des crises. Le président Macky Sall rappelait cet exemple tout à l'heure. Aujourd'hui au Mali nous sommes face à un paradoxe. Nous avons d'un côté la MINUSMA, opération sous Chapitre sept qui bénéficie de moyens significatifs, mais qui n'a pas un mandat de lutte anti-terroriste pour les raisons que l'on connaît. Et de l'autre, la force conjointe du G5 qui a un mandat de lutte anti-terroriste, mais peu ou pas de moyens et qui doit plaider pour un soutien ad-hoc de ses partenaires, sans garantie, sans visibilité. Cette situation n'est pas satisfaisante, et si l'attribution d'un mandat de lutte anti-terrorisme à la MINUSMA n'est pas la solution, alors c'est une autre architecture à laquelle nous devons travailler. Par ailleurs, les Nations unies n'ont pas le monopole de la gestion de crises, cela a été dit à plusieurs reprises. L'Union européenne, l'Union africaine et ses organisations sous-régionales sont devenues des acteurs majeurs du règlement des crises. Nous devons mieux nous appuyer sur la valeur ajoutée de chacun pour construire une réponse consolidée et coordonnée. Nous devons réinventer l'articulation entre ces outils. Je ne peux que rejoindre l'analyse du Secrétaire général et les pistes qu'il a mises en avant lors de son intervention liminaire : chacun doit se recentrer sur son coeur de métier. Et pour cela nous devons trouver le moyen d'accompagner la montée en puissance des partenaires régionaux. Depuis un an, les Nations unies et l'Union africaine ont beaucoup travaillé et nous présentent aujourd'hui des options sérieuses pour une réponse africaine aux défis sécuritaires du continent. Certaines questions, dont la question cruciale du financement, restent ouvertes et doivent être affinées. J'entends les réticences. J'entends même l'hostilité de certains. Mais je suis convaincu pour ma part que c'est cela l'avenir. Je sais le chantier majeur engagé au sein de l'Union africaine. La France se tiendra prête à traduire, en lien avec nos partenaires africains, les évolutions engagées au Conseil de sécurité, le moment venu.

Monsieur le Président, soyez assuré du soutien de la France aux efforts que vous avez engagés sur ce thème qui nous rassemble aujourd'hui. La France restera un acteur engagé au service d'un maintien de la paix plus efficace, au service des populations les plus vulnérables./.

Retour sommaire


5. 72ème Assemblée générale des Nations unies - Mali - Sahel - Discours de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l'Europe et des affaires étrangères (New York, 20/09/2017)

Mesdames et Messieurs les Ministres, Chers Collègues,

Monsieur le Président Ibrahim Boubacar Keïta,

La première chose que je tiens à souligner c'est que, plus de deux ans après la signature de l'accord d'Alger, des avancées notables ont été réalisées l'an passé. Elles ont été rappelées par les uns et par les autres il y a un instant. Le début de l'année 2017 a notamment été marqué par la mise en place des patrouilles mixtes à Gao, dans le cadre du Mécanisme opérationnel conjoint (MOC), et ce malgré un odieux attentat commis le 18 janvier contre le MOC précisément.

Les discussions, certes laborieuses, ont eu lieu et ont permis de mettre en place les autorités intérimaires dans les cinq régions du Nord Mali. Les gouverneurs y ont été nommés, en particulier à Kidal. Toutes ces mesures seront indispensables pour concrétiser le retour de l'État malien dans l'ensemble du Mali. C'est une priorité sans laquelle il ne peut y avoir de stabilité dans ce pays et sans laquelle il ne peut y avoir de stabilité légitime, ce qui est la garantie de la paix dans la durée. Il y a eu une conférence d'entente nationale en mars-avril dernier qui a permis de renforcer l'appropriation du processus de paix par tous les Maliens.

Certes, il y a eu des tensions autour de Kidal au cours de l'été mais la récente trêve entre les groupes est une nouvelle positive.

Pour autant, nous ne devons pas dissimuler les difficultés et les défis auxquels le Mali doit faire face. Les attaques terroristes sont fréquentes et meurtrières - c'était encore le cas ce matin - et menacent en priorité maintenant les soldats de la paix de la MINUSMA dont je veux aussi saluer l'engagement. Elles menacent également les populations civiles. Elles les instrumentalisent car le terrorisme se nourrit du chaos et des divisions entre les populations.

Par ailleurs, les tensions et les incompréhensions qui demeurent entre les communautés sont aussi une autre source d'inquiétude, dans le Nord mais également désormais dans le centre du Mali, et cela offre un terrain propice à la menace terroriste.

Donc, aujourd'hui, la mobilisation de tous est cruciale pour juguler les velléités de déstabilisation et consolider le processus de paix.

C'est pourquoi la poursuite et l'intensification du dialogue entre les parties est essentielle pour tracer une voie commune vers une paix durable.

À ce titre, la médiation internationale et sa présidence algérienne sont pleinement mobilisées pour appuyer les efforts maliens. Il en va de même du représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies, M. Annadif, dont les efforts portent leurs fruits. Je tiens à saluer le rôle de tous ces acteurs et leur réitérer le plein soutien de la France dans cette entreprise.

Je me réjouis aussi, même si cela a été long, de la récente adoption par le conseil de sécurité d'un régime de sanctions contre ceux dont les actions cherchent à entraver les efforts de paix. Cette résolution offre un levier de plus à la disposition de la communauté internationale. Pour parfaire l'ensemble de ce dispositif, il reste encore à nommer un observateur indépendant conformément à ce que prévoit l'Accord de paix.

Donc beaucoup a déjà été fait, beaucoup de choses sont en cours. Mais les chantiers qui restent sont nombreux et il ne faut pas en sous-estimer la complexité : la réforme du secteur de sécurité (RSS) ; le processus de désarmement, démobilisation, réintégration (DDR), la décentralisation. Tous ces efforts devront se mettre en place progressivement mais avec la nécessité d'une vigilance et d'une détermination complète.

Par ailleurs, le président Ibrahim Boubacar Keïta en a fait état, à l'échelle régionale, le dispositif de lutte contre les menaces qui frappent le Mali a permis la mise en place progressive de la force conjointe du G5 Sahel. Unanimement approuvée par le conseil de sécurité du 21 juin, cette force agira en synergie avec la MINUSMA. La France apportera tout son soutien à cette force, à titre bilatéral et avec ses partenaires de l'Union européenne. Elle y consacrera d'ailleurs une réunion ministérielle lors de la présidence du conseil de sécurité le mois prochain.

Je veux dire aussi de manière très claire que notre action antiterroriste restera déterminée, via l'opération Barkhane qui se poursuivra sous cet objectif là, et notre soutien aux missions européennes de renforcement des capacités des forces de défense et de sécurité maliennes, que ce soit EUTM Mali ou EUCAP Sahel Mali, sera intacte.

Mais l'engagement militaire n'est qu'un aspect de la solution à la crise que traverse la région. Au Mali, comme dans l'ensemble du Sahel, la lutte contre l'insécurité doit aller de pair avec le développement. Et c'est en combinant ces deux piliers que nous pourrons prévenir plus efficacement le terrorisme et le fanatisme. C'est précisément le sens de l'initiative de l'Alliance pour le Sahel lancée, à l'initiative du président Macron, à Paris le 13 juin dernier, par les principaux bailleurs. Elle vise à rendre plus cohérentes et plus efficaces les actions de développement au Sahel et singulièrement au Mali.

Voilà, Monsieur le Secrétaire général adjoint, Monsieur le président Ibrahim Boubacar Keïta, les quelques mots que je voulais vous adresser en vous assurant que la France restera mobilisée aux côtés de ses partenaires européens pour soutenir le Mali et pour soutenir l'ensemble des pays du Sahel.

Merci de votre attention./.

Retour sommaire


6. États-Unis - Francophonie - Discours de M. Emmanuel Macron, président de la République, lors du lancement du fonds bilingue à l'université de la ville de New York (New York, 20/09/2017)

Je vais peut-être parler en français, à la fois parce que c'est ce qui est attendu du président de la République de la France et aussi parce que je crois que peut-être ici et sur ce sujet plus qu'ailleurs, il est impérieux de voyager entre les deux langues.

C'est difficile de commencer un discours après ce qu'on vient de voir. Alors, je vais vous dire peut-être ce que cela m'a inspiré de manière très directe. C'est un peu tout ce que vous essayez de faire, tout ce que nous essayons de faire et qui fait que le multilinguisme n'est pas remplaçable.

D'abord, parce que l'essentiel de la pièce n'avait pas de mots. Mais surtout parce que ce que ces jeunes adolescents nous ont montré, c'est un sujet qui parcourt d'autres horizons linguistiques que celui que des jeunes devraient connaitre à New York City. Ce n'est pas votre quotidien à vous ici totalement. Ça l'a été par le passé. Mais ces vagues migratoires, ce que j'ai cru comprendre de ce que nous venons de voir, qui est l'une de nos hontes contemporaines, la mort en Afrique et dans la Méditerranée, c'est un sujet éminemment européen. C'est un sujet dont on parle normalement en langue italienne, espagnole ou allemande.

Ce que je veux dire par là, c'est que de jeunes gens, devant nous, avec beaucoup de sensibilité, nous aient interpellés sur ce sujet, parce qu'il est universel, et l'aient fait dans nos deux langues, cela illustre combien derrière la langue, il y a les consciences. Se battre pour que des enfants puissent être éduqués, apprendre, évoluer dans la vie avec plusieurs langues à leur actif, c'est leur permettre de rentrer dans plusieurs univers imaginaires, dans plusieurs consciences. C'est embrasser dans un même lieu plusieurs géographies.

Si le cosmopolitisme a un sens, il passe par le multilinguisme. Il ne passe pas par la domination d'une langue sur les autres, qui en quelque sorte finit par réduire tous les imaginaires à un seul imaginaire, mais bien par ces passages, ces traductions, ces voyages d'un imaginaire à l'autre, d'une langue à l'autre, d'un intraduisible à l'autre. Je dis tout cela parce que la bataille que vous menez et qui fait qu'avec le ministre de l'éducation nationale, nous tenions à être à vos côtés cet après-midi, elle est essentielle à plus d'un titre.

L'idée que nous nous battions pour que nos enfants puissent ici apprendre et partout aux États-Unis apprendre dans la langue de Shakespeare et dans la langue de Molière en même temps, c'est leur permettre non seulement d'être demain des femmes et des hommes qui seront plus efficaces dans leur métier, qui auront justement la possibilité de travailler dans plusieurs géographies, c'est créer de la productivité, comme on dirait affreusement, pour nos économies, mais c'est forger des consciences, c'est leur permettre de construire leur propre émancipation. C'est leur permettre de ne pas être enfermés simplement à l'endroit où ils habitent. C'est leur permettre d'avoir accès à autre chose qu'une seule langue ne permet pas de toucher.

Je crois que ça, ce n'est remplaçable par rien, par aucune Assemblée générale des Nations unies, par aucune réunion de leader, quelle qu'elle soit. C'est donner la possibilité aux citoyens d'être eux-mêmes ces passerelles, de traduire d'une langue à l'autre, d'évoluer dans un univers, un imaginaire à l'autre. Je crois qu'ils nous l'ont montré formidablement.

Alors, je voulais être là parce que je crois très profondément que cette initiative que vous avez conduite et que nous lançons ici auprès de vous et que nous lançons avec vous, avec le rôle essentiel de l'ambassade de France, de son partenaire historique, la FACE Fondation, dont l'objectif est de soutenir justement les écoles publiques américaines qui mettent en place ces filières, c'est de donner un cadre, un corps à cette ambition.

Cela participe d'une bataille que je compte bien mener au-delà de ce que nous faisons aujourd'hui plus largement. La bataille pour l'éducation, l'apprentissage des langues et pour tout ce que je viens rapidement d'évoquer, c'est ce que nous avons fait ce matin en lançant justement une initiative, avec le président du Sénégal, pour, d'ici début 2018, pouvoir lever 3 milliards sur trois ans pour l'éducation, grâce à la mobilisation des États et justement pouvoir reconstituer le Partenariat mondial pour l'éducation, avec une composante essentielle que seront les langues et l'apprentissage des langues.

Parce que ce que je viens d'évoquer, c'est un défi à New York, c'est un défi dans tous les États-Unis, c'est un défi en Europe où le bilinguisme et le multilinguisme doivent continuer à être développés. Mais c'est aussi un défi formidable pour toutes les terres abandonnées, tous les pays en voie de développement, les pays les plus pauvres, là où la bataille pour l'éducation et l'apprentissage des langues est une bataille contre l'obscurantisme, contre ceux qui sèment les ferments du terrorisme, de la religion la plus radicale et qui conduisent aux migrations.

La langue, c'est notre partage de civilisation. Donc, dans toutes les actions que nous menons, c'est un peu de cela que nous emportons.

Alors, l'éducation bilingue française est aujourd'hui portée par un élan et un enthousiasme considérable aux États-Unis, dont je me félicite, avec plus de 150 écoles publiques dans 27 États, 88 villes, avec plus de 45 établissements homologués. Plus de 29.000 élèves bénéficient à New York de cet enseignement, mais aussi en Utah, en Louisiane, à Los Angeles, à Miami. Tout cela, ce sont les éléments factuels qu'on met normalement dans les discours d'un président de la République, pour dire que c'est très important et que cela marche déjà très bien. Mais c'est vrai. C'est pour cela que je l'ai dit !

Mais ce que vous avez entrepris de faire, c'est d'aller beaucoup plus loin. Avec le Fonds pour l'enseignement bilingue, que nous inaugurons aujourd'hui, c'est cette volonté d'accompagner l'élan à travers tout le pays, avec pour objectif d'aider les programmes existants à grandir, mais aussi d'en ouvrir de nouveaux. Pour cela, concrètement, ce fonds donne priorité à la formation des enseignants et des administrateurs, il encourage la conception et la diffusion de ressources pédagogiques innovantes, il aide au recrutement d'assistants de langue française dans les classes.

Alors, je veux remercier non seulement City University of New York de nous accueillir aujourd'hui et le représentant du gouverneur pour ses mots, mais je veux aussi remercier très chaleureusement les donateurs passés et à venir, la fondation Chanel, la fondation Gould, M. Bruno Bich, M. Hubert Joly, BEST BUY et AXA, avec leurs dons généreux et les nombreux parents qui ont aussi contribué à ce fonds.

Grâce à vous, nous nous dotons des moyens de lancer les premières actions et - je l'espère - d'encourager de nouveaux soutiens pour de nouvelles initiatives.

Je suis éminemment convaincu que par ce biais-là, ce sont non seulement de nouveaux enfants dans toutes les classes et de toutes les catégories qui seront touchés, mais c'est cette ambition que j'évoquais tout à l'heure, qui sera portée concrètement et chacun y mettant sa pierre, parce que rien n'est innocent dans cette aventure.

Ce que vous entreprenez aujourd'hui, nous ferons tout pour l'aider et l'encourager. Pas seulement par notre présence, par l'action quotidienne de l'ambassadeur, de nos députés, qui, auprès de vous, continueront à oeuvrer, mais aussi en mettant à disposition - c'est ce à quoi est attaché le ministre de l'éducation nationale - tous les ponts possibles entre les enseignements.

Parce qu'on n'enseigne pas simplement une langue différente. On enseigne différemment dans une autre langue. Il est important aussi qu'à travers l'action de ce fonds, les échanges pédagogiques puissent se nouer, des échanges qui toucheront aussi nos élèves, que des méthodes d'enseignement puissent être échangées et que ce que le ministre est en train de faire en France, qui est de refonder non seulement profondément notre école, mais la manière d'enseigner aux enseignants, puisse également irriguer votre initiative.

Je crois que ce que vous faites et ce que vous avez décidé de faire est très important. Je voulais vous remercier pour cette oeuvre de civilisation dans laquelle vous avez décidé de vous investir. Chacune et chacun d'entre vous - je reconnais certains visages - avez cette part de responsabilité comme parent, comme donateur, comme artiste. Parce que vous êtes des ponts entre nos univers.

À certains moments où d'aucuns voudraient nous éloigner, où parfois des phrases abruptes ou des postures donneraient le sentiment qu'en tout cas la France et les États-Unis pourraient s'éloigner, ce sont ces petits ponts humains qui nous sauvent.

Je ne sais pas ce que réserveront les prochaines décennies. Mais je sais juste une chose : plus il y aura d'élèves en France qui auront appris à parler l'anglais et qui sauront échanger avec un Américain, plus il y aura d'élèves américains qui sauront parler le Français, qui auront été émus par une oeuvre française, qui auront aimé un acteur, une actrice française, un chanteur, une chanteuse française pour ses chansons, qui auront partagé un peu de nos univers culturels, nos imaginaires, ceux-là pourront nous sauver du pire. Parce que dans les moments les plus graves, dans ces moments où on peut tout oublier, ou tout peut basculer, ils se souviendront de ces petits détails qui font la vie.

Je vais vous livrer une anecdote qui m'a toujours profondément marquée quant au rapport aux langues. J'ai eu la chance extrême de servir comme assistant d'un très grand philosophe qui était Paul Ricoeur. Il était orphelin, il avait perdu un de ses parents pendant la Première guerre mondiale, et puis rapidement l'autre, mais il avait appris l'allemand. Et il a ensuite été enfermé pendant la Seconde guerre mondiale, pendant plusieurs années, dans un camp. Quand il était dans ce camp, il a appris la philosophie à d'autres détenus, mais il a fait une chose que cette pièce me faisait remémorer par contiguïté, il avait un seul livre qui était un livre d'Husserl, et pendant ses années de captivité, il a traduit, dans la marge, le livre d'Husserl. En 1947, la première traduction en langue française d'Edmund Husserl était signée par Paul Ricoeur.

Parce qu'il avait toutes les raisons de détester les Allemands, mais que quelques maîtres lui avait appris la langue allemande, et avec elle, la civilisation allemande, il ne s'était pas laissé enfermer dans ce qui aurait pu diviser.

Je ne sais pas ce que les prochaines décennies nous réserveront, mais je sais que par ce Fonds, vous apprendrez à des tas d'enfants une langue qui est le lien le plus intime, le plus fort qui puisse exister et que des milliers de kilomètres ne peuvent abolir ; et que les pires vicissitudes de l'Histoire, parce que nous ne savons jamais, ne pourront jamais abolir. Et donc en faisant cela, vous faites oeuvre de civilisation.

Merci infiniment et nous serons à vos côtés, non seulement pour ce Fonds mais pour tout le reste.

Merci à vous./.

(Source : service de presse de la présidence de la République)

Retour sommaire